Prise de position de la Grande mosquée de Paris sur l'élection européenne
Question de :
M. Julien Odoul
Yonne (3e circonscription) - Rassemblement National
M. Julien Odoul attire l'attention de M. le ministre d'État, ministre de l'intérieur, sur les prises de position de la Grande mosquée de Paris pour les élections européennes du 9 juin 2024. En effet, le 22 mai 2024, le recteur de la Grande mosquée de Paris a appelé les musulmans à voter lors des prochaines élections, pour « contrer l'extrême droite ». Dans son billet hebdomadaire publié sur le site de la Grande mosquée de Paris, il explique notamment que : « En tant que Français et musulmans, il est de notre devoir de participer activement aux élections » européennes et nationales pour « renforcer notre démocratie » et « promouvoir les valeurs de justice, d'égalité et de solidarité ». Pire, il souligne également qu'en votant, « nous pouvons soutenir des politiques et des candidats qui défendent le bien commun et combattent l'injustice et la corruption, en accord avec les principes musulmans ». Cette déclaration est inacceptable de la part d'un représentant d'un culte et interroge sur la politisation de la Grande mosquée de Paris qui devrait conserver la neutralité. Quelques heures auparavant, le recteur recevait en grande pompe la 7e de liste de La France Insoumise pour les élections européennes. Tout sourire, cette personne qui a refusé de reconnaître le Hamas comme groupe terroriste, posait aux côtés du recteur. Pour rappel, le recteur de la Grande mosquée est un habitué des propos polémiques et sulfureux ces dernières années. En août 2022, après un attentat contre l'écrivain Salman Rushdie, il s'exprime sur les réseaux sociaux en ces termes : « Les croyants se prosterneront alors que les mécréants ne le pourront guère, leur dos restera raide et lorsque l'un d'eux souhaitera se prosterner, sa nuque partira dans le sens inverse comme faisaient les mécréants dans ce monde, contrairement aux croyants ». Ce message sera rapidement effacé devant l'indignation générale. Après les pogroms du 7 octobre 2023 en Israël, dans un communiqué de presse publié le 1er novembre 2023, il a considéré « la résistance du peuple palestinien comme légitime pour obtenir ses droits fondamentaux ». Pire encore, le mardi 14 novembre 2023, lors d'un entretien accordé à RMC, l'imam de la Grande mosquée de Paris s'est interrogé sur l'existence réelle des 1 762 actes antisémites recensés en France du 7 octobre au mois de novembre 2023. Plus tard lors de cette même émission, l'imam ira même jusqu'à déclarer que « Le Hamas sont des Palestiniens élus par des Palestiniens qui, pour réveiller l'opinion sur le sort de Gaza, a décidé de tuer ». Par ses propos intolérables, le recteur de la Grande mosquée s'est ainsi fait le relais de la propagande du Hamas, qu'il n'a jamais qualifié d'organisation terroriste. Dès lors, son appel à voter pour « contrer l'extrême droite » mais surtout pour un parti « en accord avec les principes musulmans » doit alerter tous les Français. Le ministère de l'intérieur n'est pas sans savoir que la Grande mosquée de Paris entretenait des liens avec les Frères musulmans, allant jusqu'à siéger au bureau exécutif du Conseil français du culte musulman (CFCM) jusqu'au 17 février 2021. Ce même CFCM qui avait déclaré un an auparavant que la jeune Mila « l'avait bien cherché » alors que celle-ci était menacée de viol et de mort pour avoir critiqué l'islam. Tous ces éléments traduisent l'anti-républicanisme dont fait preuve la Grande mosquée de Paris. Plutôt que d'adresser des consignes de vote pour contrer « l'extrême droite », soi-disant responsable de « l'augmentation des actes islamophobes », le représentant du culte musulman devrait plutôt s'indigner de l'explosion des actes antisémites et de la montée du communautarisme islamiste dans le pays. Par ailleurs, alors que le gouvernement algérien finance la Grande mosquée de Paris à hauteur de 2 millions d'euros par an, cette ingérence étrangère de l'Algérie dans les élections françaises est intolérable. Comment réagirait le gouvernement d'Alger si une structure financée pour partie par la France s'immisçait dans les élections algériennes ? À ce titre, il lui demande ce qu'il pense de cette tentative d'ingérence étrangère. Il lui demande de condamner les propos du recteur de la Grande mosquée de Paris et de le rappeler à l'ordre.
Réponse publiée le 5 août 2025
Le Gouvernement est pleinement engagé dans la lutte contre les discours contraires à la loi, de haine, de provocation à la haine, à la discrimination ou à la violence, tenus par toute personne, quelles que soient ses responsabilités (religieuses, politiques, associatives, etc.). Tout discours doit respecter les limites à la liberté d'expression posées notamment par l'article 421-2-5 du code pénal qui réprime la provocation directe à des actes de terrorisme et l'apologie publique de ces actes, mais aussi l'article 24 de la loi du 29 juillet 1881 relative à la liberté de la presse qui réprime notamment les provocations publiques à la commission de certains crimes et délits, et les provocations publiques à la haine, à la discrimination ou à la violence à l'égard d'une personne ou d'un groupe de personnes à raison de leur origine ou de leur appartenance ou de leur non-appartenance à une ethnie, une nation, une race ou une religion déterminée, ainsi qu'à l'égard d'une personne ou d'un groupe de personnes à raison de leur sexe, de leur orientation sexuelle ou identité de genre ou de leur handicap. C'est ainsi que plusieurs prédicateurs liés à l'islam politique ou radical, ayant agi ou tenu des propos haineux, en rupture avec les principes de la République, ont fait l'objet d'une expulsion du territoire national, à l'instar du conférencier Hassan IQUIOUSSEN, ou encore d'une interdiction d'entrer sur le territoire, comme Hani RAMADAN, prédicateur suisse et frère de Tariq RAMADAN. En outre, le ministère de l'intérieur veille à signaler systématiquement à l'autorité judiciaire tous les faits, portés à sa connaissance, qui lui semblent constitutifs d'une infraction pénale. Ainsi, à la suite des attaques terroristes du 7 octobre 2023, de très nombreux signalements ont été faits sur des propos tenus sur les réseaux sociaux faisant l'apologie du terrorisme, y compris des propos tenus par des imams lors de prêche. Si l'article 35-1 de la loi du 9 décembre 1905 dispose que « Il est interdit de tenir des réunions politiques dans les locaux servant habituellement à l'exercice d'un culte ou dans leurs dépendances qui en constituent un accessoire indissociable. Il est également interdit d'y afficher, d'y distribuer ou d'y diffuser de la propagande électorale, que ce soit celle d'un candidat ou d'un élu. », il n'interdit pas aux responsables religieux, d'une part, d'encourager les fidèles à aller voter, et, d'autre part, de prendre position publiquement sur des enjeux nationaux, comme le font du reste des représentants d'autres cultes. En ce sens, les propos que le Recteur de la grande mosquée de Paris a tenus concernant les élections et le conflit israélo-palestinien n'engagent que lui et il n'appartient pas au Gouvernement d'intervenir dès lors qu'ils ne contreviennent pas à la loi. Édifiée en 1926 en hommage aux soldats musulmans morts pour la France durant la Première Guerre mondiale, la Grande mosquée de Paris entretient historiquement des liens forts avec plusieurs pays du Maghreb, et singulièrement l'Algérie. Pour autant, la GMP, soumise au droit cultuel français, est tenue, comme toute association qui exerce le culte, de veiller à l'application des règles prévues par la loi du 9 décembre 1905, ce à quoi l'État veille. Ainsi, le nouvel article 19-3 de la loi du 9 décembre 1905 impose aux associations cultuelles de déclarer à l'autorité administrative les financements qu'elles perçoivent directement ou indirectement en provenance de l'étranger lorsque leur montant ou valorisation dépasse 15 300 €. Le non-respect de cette obligation est également passible d'une amende de 3 750 €, dont le montant peut être porté au quart de la somme sur laquelle a porté l'infraction. Par ailleurs, l'autorité administrative dispose d'un droit d'opposition lorsque « les agissements de l'association bénéficiaire ou de l'un de ses dirigeants ou administrateurs établissent l'existence d'une menace réelle, actuelle et suffisamment grave affectant un intérêt fondamental de la société ». Enfin, l'article 75 de la loi CRPR soumet les associations cultuelles à une obligation de certification de leurs comptes lorsque le montant total des ressources et avantages provenant de l'étranger excède 50 000 € ainsi qu'à une obligation de tenue d'un état comptable séparé desdites ressources. Il convient enfin de distinguer le Conseil français du culte musulman qui n'est plus l'interlocuteur de l'État et qui n'est pas représentatif de l'islam de France, que la Grande mosquée de Paris a quitté en 2021, de la fédération « Musulmans de France », concernée par le rapport récemment rendu public par le Gouvernement « Frères musulmans et islamisme politique en France ».
Auteur : M. Julien Odoul
Type de question : Question écrite
Rubrique : Religions et cultes
Ministère interrogé : Intérieur
Ministère répondant : Intérieur
Dates :
Question publiée le 1er avril 2025
Réponse publiée le 5 août 2025