Question de : M. Jérôme Guedj
Essonne (6e circonscription) - Socialistes et apparentés

M. Jérôme Guedj attire l'attention de M. le ministre de l'Europe et des affaires étrangères sur la stratégie de la France concernant l'accès aux métaux critiques en Afrique, notamment dans des pays comme la République démocratique du Congo, le Mali ou le Zimbabwe. La transition énergétique européenne accroît fortement la demande en métaux stratégiques comme le cobalt, le lithium ou les terres rares, dont une grande partie des réserves mondiales se trouve en Afrique. Or plusieurs puissances, dont la Chine, y développent une influence économique dominante, notamment par le biais de contrats miniers à long terme et d'investissements dans les chaînes de valeur locales. Face à ce contexte, la France et l'Union européenne ont annoncé la mise en œuvre d'une stratégie de sécurisation des approvisionnements, notamment via le « Critical Raw Materials Act » européen. Il lui demande quelles actions concrètes la diplomatie française déploie pour établir ou renforcer des partenariats durables, équilibrés et transparents avec les pays africains producteurs de métaux critiques, quels projets sont soutenus par l'AFD ou d'autres instruments publics dans ce domaine et comment le Gouvernement entend garantir que ces partenariats contribuent également au développement local, à la lutte contre l'exploitation illégale, au respect des normes environnementales et à la souveraineté des États africains sur leurs ressources naturelles.

Réponse publiée le 9 septembre 2025

L'action de la France dans le domaine des métaux critiques en Afrique intègre entièrement les questions de bonne gouvernance, de soutenabilité et de partenariat équilibré avec les partenariats africains. Cet engagement est d'autant plus important dans le contexte de compétition brutale et de transactionnalité agressive de nos partenaires et compétiteurs, à rebours d'une gestion collective et au bénéfice des populations locales de ces ressources cruciales pour la transition énergétique. L'Afrique abrite une part importante des réserves mondiales connues de métaux. Le continent possède plus de 50 % des réserves de cobalt et de manganèse, et plus de 20 % de bauxite et de cuivre. Alors que la connaissance du sous-sol n'est que partielle (environ 15 %), le continent africain se positionne déjà comme l'un des premiers producteurs de métaux critiques : sont extraites du sol africain les deux-tiers des ressources de cobalt (depuis la République démocratique du Congo), 10 % du cuivre, 30 % du lithium, 15 % des terres rares, 20 % du graphite et plus de 30 % du manganèse commercialisés à l'échelle mondiale. Toutefois, les métaux africains sont encore exportés à l'état brut et raffinés à l'étranger. La Chine domine ce marché, représentant 85 % de la capacité de traitement mondiale et 60 % de la production mondiale de métaux critiques. Compte tenu du potentiel africain et des enjeux de diversification et de sécurisation des approvisionnements, l'appui aux entreprises françaises du secteur de la mine est une priorité de l'action de la Délégation interministérielle aux approvisionnements en minerais et métaux stratégiques (DIAMMS) et du ministère de l'Europe et des affaires étrangères (MEAE). Depuis la mise en place de la feuille de route de la diplomatie des métaux, demandée par le rapport Varin en avril 2022, la France a déployé en Afrique plusieurs outils visant à sécuriser et diversifier les approvisionnements de l'industrie française et à soutenir le développement minier des pays partenaires. Des partenariats bilatéraux sur les métaux critiques ont été signés avec le Maroc, la RDC, la Zambie, et le Nigéria, et ont été proposés à l'Ethiopie, à la Mauritanie, et à Madagascar. Ces accords portent sur 4 axes généraux : la coopération institutionnelle sur les bonnes pratiques et la connaissance du sous-sol ; les coopérations sur des projets extractifs et de transformation ; la formation et la R&D ; l'appui à la convergence sur les normes environnementales, sociales et de gouvernance. En témoigne aussi la présence des acteurs français au salon minier Mining Indaba en Afrique du Sud en 2024 et pour l'édition 2025. Les partenariats proposés et signés avec des Etats tiers promeuvent la coopération entre le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM) et le service géologique de l'Etat tiers. Le BRGM a une présence historique sur le continent et est reconnu mondialement pour son expertise. Il participe au programme PanAfGeo, un projet panafricain cofinancé par l'Union européenne (UE) et un consortium de services géologiques européens. Deux phases se sont succédées, une première réalisée entre 2016 et 2019, la seconde entre 2021 et 2024, qui ont permis de former 1 750 géoscientifiques issus des 54 pays africains. L'ensemble représente un investissement d'environ 20 millions d'euros. PanAfGeo participe au renforcement de la collaboration entre l'association des services géologiques européens (EuroGeoSurveys) et l'association des services géologiques africains (OSGA) ainsi que le partenariat Afrique-UE. Ce projet panafricain de formation est piloté par le BRGM et est le fruit d'une coopération entre l'Union africaine et l'UE. L'initiative se poursuit avec PanAfGeo+, dont le financement par l'UE est prévu de 2025 à 2029. PanAfGeo+ vise à renforcer les partenariats Afrique-UE en géosciences, continuer à appuyer les services géologiques africains et l'OSGA, et promouvoir les partenariats économiques Afrique-UE sur les matières premières critiques. D'autre part, le BRGM est présent dans plusieurs pays africains dans le cadre de contrats bilatéraux. Il travaille par exemple sur des projets de cartographie du sous-sol et d'inventaires de ressources minérales. Au plan européen, la France a contribué à l'adoption du Critical Raw Materials Act par l'Union européenne le 23 mai 2024. Le CRM Act vise à renforcer les chaînes de valeur de l'UE, et à garantir la responsabilité des projets, notamment en obtenant l'homologation des certifications RSE. La France est également un acteur majeur du renforcement de la transparence du secteur minier, notamment via son engagement au soutien de l'Initiative pour la Transparence des industries Extractives (ITIE) qui promeut la gestion ouverte et responsable des ressources pétrolières, gazières et minières dans 55 Etats qui s'engagent à divulguer des informations sur l'ensemble de la chaîne de valeur. La contribution de la France se traduit par le financement du secrétariat de l'ITIE ou le financement de projets d'assistance technique sollicités par les Etats riches en ressources naturelles. Ainsi, la France finance le déploiement d'un expert auprès du bureau de l'ITIE à Lubumbashi (RDC) ou un Fonds Equipe France (2022-2024), mis en œuvre au Sénégal et en République du Congo, pour lutter contre l'exploitation illégale des ressources naturelles et favoriser le respect des normes environnementales. Ainsi la France appuie le renforcement de la bonne gouvernance et du développement durable dans le secteur extractif dans le respect de la souveraineté de ces États. Enfin, l'Agence Française de Développement (AFD) participe au développement de l'écosystème minier en Afrique en soutenant et finançant les infrastructures autour de la mine, notamment pour la fourniture d'énergie et le transport. Par exemple, l'AFD soutient par un prêt le projet Transgabonais de chemin de fer pour transporter le minerai de manganèse vers la côte.

Données clés

Auteur : M. Jérôme Guedj

Type de question : Question écrite

Rubrique : Commerce extérieur

Ministère interrogé : Europe et affaires étrangères

Ministère répondant : Europe et affaires étrangères

Dates :
Question publiée le 17 juin 2025
Réponse publiée le 9 septembre 2025

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