Rixes violentes entre jeunes dans l'Essonne
Question de :
M. Jérôme Guedj
Essonne (6e circonscription) - Socialistes et apparentés
M. Jérôme Guedj attire l'attention de M. le ministre d'État, ministre de l'intérieur, sur l'augmentation préoccupante des rixes entre jeunes dans le département de l'Essonne. Depuis plusieurs années, ce territoire est le théâtre régulier de violences collectives impliquant des adolescents parfois très jeunes, souvent issus de quartiers populaires, autour de rivalités inter-quartiers. Ces affrontements, parfois mortels, suscitent une vive inquiétude chez les habitants, les élus locaux et les professionnels de terrain. Rien qu'en 2024, plusieurs rixes graves ont été recensées à Massy, Grigny, Longjumeau, Montgeron ou encore Corbeil-Essonnes, traduisant une situation qui tend à s'enraciner. Si les forces de l'ordre sont mobilisées et certaines réponses judiciaires ont été apportées, les acteurs associatifs, éducatifs et sociaux dénoncent un manque de moyens structurels pour enrayer durablement ces phénomènes : absence de médiation de rue, réduction des horaires d'ouverture des structures jeunesse, disparition de la prévention spécialisée, manque de coordination entre les services de l'État et les collectivités. Il lui demande donc quelles mesures spécifiques sont envisagées pour lutter contre les rixes dans le département de l'Essonne, au-delà des seules opérations policières. Il lui demande également si des moyens humains et financiers supplémentaires seront alloués en urgence à ce territoire confronté à une forme de violence juvénile organisée, qui dépasse le cadre des faits divers pour devenir un problème de cohésion républicaine.
Réponse publiée le 17 février 2026
L'État et les collectivités territoriales partagent la même préoccupation en matière de prévention de la délinquance, pour lutter contre les phénomènes de rixes et assurer la sécurité des jeunes. Le département de l'Essonne, à l'instar d'autres départements franciliens, est en effet très concerné par ce phénomène. Comme vous le savez, la problématique des violences liées aux bandes et aux groupes informels constitue un défi majeur, particulièrement en Île-de-France. En juin 2021, l'État a actualisé le plan interministériel de prévention et de lutte contre les violences liées aux bandes et groupes informels, complété par des déclinaisons départementales, en lien avec les collectivités territoriales. Il s'inscrit dans le cadre de la stratégie nationale de prévention de la délinquance, de la politique publique de sécurité du quotidien et dans celui du déploiement de la justice de la vie quotidienne. Pour limiter la survenue des affrontements entre bandes et leurs réitérations, ce plan, qui prend appui sur les diagnostics réalisés dans l'ensemble du territoire, vise 3 objectifs : prévenir l'apparition de regroupements violents, renforcer le suivi et l'action policière face aux bandes et groupes se livrant à des actes de violence et améliorer les réponses judiciaires et pénales. Dans cette optique, les orientations concrètes du plan visent à prévenir et détecter les affrontements inter-quartiers, avec des mesures favorisant la remobilisation des jeunes, via par exemple des séjours de rupture ou des activités dédiées, en particulier durant les vacances ou les temps extra-scolaires, la formation et l'insertion, l'accompagnement des familles et des jeunes et leur sensibilisation aux risques (dangers des réseaux sociaux, armes blanches, trafics etc…). La réponse opérationnelle passe aussi par la circulation de l'information entre les acteurs, avec la nécessité de développer une culture commune d'échanges entre les acteurs judiciaires, éducatifs et sociaux, notamment par la mise en place de cellules d'échanges d'informations sur les mineurs en difficulté et la mise en place des boucles d'alerte rapide. La veille des réseaux sociaux et des messageries instantanées pour exploiter les signaux précurseurs, et l'instauration d'une culture de l'échange d'informations locales afin de prévenir ces phénomènes mais aussi leur réitération sont déterminantes. Les actions de médiation, de prévention spécialisée ainsi que les actions de sensibilisation durant les temps scolaires et extra-scolaires sont tout aussi déterminantes. D'autres mesures opérationnelles prévoient une présence accrue des forces de l'ordre sur le terrain dès lors que des signaux sont identifiés, le développement lorsque c'est nécessaire des GLTD (groupes locaux de traitement de la délinquance) sous l'autorité du Parquet. Une politique pénale spécifique accompagne ces mesures pour mieux répondre aux actes de violence liés aux bandes, avec notamment un renforcement du traitement judiciaire pour lutter contre la réitération (mesures judiciaires telles que les interdictions de paraître, le travail d'intérêt général (TIG) ou l'obligation de suivre un enseignement ou une formation dans le cadre d'un contrôle judiciaire.) Plusieurs territoires, confrontés à des degrés divers à ce type de violences, ont d'ores et déjà décliné et adapté, selon leurs spécificités et en liaison avec les collectivités territoriales et leurs représentants, les mesures du plan national, en mettant l'accent sur la mobilisation des instances partenariales de la sécurité du quotidien pour le renforcement du partage de l'information et des savoir-faire, sur des dispositifs de circulation rapide de l'information entre acteurs et partenaires de la sécurité et l'utilisation du retour d'expérience. Tel est le cas du département de l'Essonne, qui dispose d'une stratégie spécifique pour lutter contre les phénomènes de bande, mais aussi de certaines communes de ce département qui se sont emparées du sujet dans le cadre de leurs instances de prévention de la délinquance. La région Île-de-France soutient également via un appel à projet spécifique des associations engagées dans la prévention des violences de ce type, en finançant des projets favorisant la sensibilisation, la détection précoce des tensions et la promotion de la mixité inter-quartiers, essentiels pour réduire les rivalités territoriales. Un réseau francilien de lutte contre les rixes visant à coordonner les actions en ce sens a également été mis en place au premier semestre 2025. L'État soutient les actions portées par les collectivités en matière de prévention de la délinquance, notamment via les subventions FIPD. En 2025, l'enveloppe du FIPD pour le département de l'Essonne s'est élèvé à 925 000 euros. D'autres crédits sectoriels, notamment au titre de la politique de la ville, concourent aux objectifs partagés de prévention auprès des plus jeunes. Certaines collectivités font par ailleurs l'objet de plans de soutien spécifiques pour renforcer la sécurité et travailler sur les questions de prévention, à l'instar de la commune de Grigny. Enfin, dans le cadre des travaux en cours d'élaboration de la future stratégie nationale de prévention de la délinquance (SNPD) préparée et coordonnée par le SG-CIPDR, les bonnes pratiques en matière de prévention des rixes seront rappelées.
Auteur : M. Jérôme Guedj
Type de question : Question écrite
Rubrique : Crimes, délits et contraventions
Ministère interrogé : Intérieur
Ministère répondant : Intérieur
Dates :
Question publiée le 8 juillet 2025
Réponse publiée le 17 février 2026