Question écrite n° 8344 :
Stratégie nationale de dépistage organisé du cancer de la prostate

17e Législature
Question signalée le 20 octobre 2025

Question de : Mme Agnès Firmin Le Bodo
Seine-Maritime (7e circonscription) - Horizons & Indépendants

Mme Agnès Firmin Le Bodo attire l'attention de M. le ministre auprès de la ministre du travail, de la santé, de la solidarité et des familles, chargé de la santé et de l'accès aux soins, sur l'absence de stratégie nationale de dépistage organisé du cancer de la prostate. Chaque année en France, 60 000 nouveaux cas de cancer de la prostate sont diagnostiqués, entraînant près de 12 000 décès annuels, soit près de quatre fois plus que le nombre de morts sur les routes. Ce cancer, souvent silencieux, est découvert trop tardivement, à un stade métastatique pour un tiers des patients, nécessitant alors des traitements lourds (chimiothérapie, radiothérapie, hormonothérapie) et onéreux. En dépit de la gravité de cette maladie, aucune campagne nationale de dépistage organisé n'existe actuellement, contrairement à d'autres types de cancer comme le cancer du sein ou le cancer colorectal. Pourtant, un simple dosage du PSA par prise de sang (coûtant 9,45 euros) permettrait un repérage précoce du risque et pourrait éviter des traitements ultérieurs infiniment plus coûteux (chimiothérapies de 5 000 à 20 000 euros, hormonothérapies de 30 000 euros par an). Les associations nationales de patients (APCLP, ANAMACAP, CERHOM) ont récemment alerté sur l'urgence de déployer une véritable politique de prévention active pour réduire la mortalité, améliorer la qualité de vie des patients et maîtriser les dépenses de santé, alors que le nombre de cas de cancer de la prostate pourrait doubler d'ici 2040 selon The Lancet. Elle lui demande donc quelles mesures il compte prendre pour mettre en place un programme de dépistage ciblé systématique chez les hommes à partir de 50 ans, développer des campagnes d'information et de sensibilisation sur tout le territoire et intégrer la lutte contre le cancer de la prostate dans la stratégie nationale de lutte contre les cancers.

Réponse publiée le 3 février 2026

Avec plus de 50 000 nouveaux cas et plus de 8 000 décès annuels, le cancer de la prostate est, chez l'homme, le premier cancer en termes d'incidence et le troisième en termes de mortalité. Le dépistage du cancer de la prostate repose sur un test de dosage de l'Antigène spécifique de prostate (PSA) associé à un toucher rectal. La valeur prédictive positive en population d'un taux élevé de PSA est faible. Ce qui expose à un nombre élevé d'investigations invasives inutiles, à la fois douloureuses et à risque de générer des complications sérieuses (infections, hospitalisations…). De plus, la décision médicale de mise en place d'un traitement doit faire l'objet d'une analyse individuelle de la balance bénéfice / risque. En effet, le cancer de la prostate est le plus souvent d'évolution lente et les traitements du cancer de la prostate sont grevés d'un taux élevé de séquelles invalidantes (incontinence, impuissance…), qui mérite d'être considéré si le cancer n'est pas agressif. Pour ces raisons, le dépistage du cancer de la prostate fait l'objet de débats par la communauté médicale et scientifique internationale et il n'a pas encore été démontré que le dépistage du cancer de la prostate soit associé à un bénéfice significatif en termes de réduction de la mortalité tout comme il n'est pas possible aujourd'hui d'émettre de recommandations particulières visant à prévenir son développement. En effet, les évaluations et recommandations des agences d'évaluation et des autorités sanitaires, publiées en France et au niveau international, sont, depuis plusieurs années, concordantes et considèrent qu'en l'état actuel des connaissances, il n'y a pas lieu de mettre en place de programme de dépistage systématique du cancer de la prostate par dosage du PSA (et/ou toucher rectal) ni de recommander cette pratique. Elles concluent également qu'une information éclairée du patient, sur l'ensemble de la démarche de dépistage et ses conséquences, par le médecin, est nécessaire avant qu'un homme ne décide ou non de faire un dosage et ce dans le cadre d'un dépistage individuel. La question du dépistage des cancers de la prostate agressifs fait quant à elle l'objet d'un Programme d'actions intégrées de recherche de haut niveau (PAIR), soutenu par l'Institut national du cancer (INCa), la ligue nationale contre le cancer et la Fondation ARC. L'ambition de ce PAIR est de pouvoir « dépister de façon plus précise, en connaissant mieux les personnes à risque élevé, avec de nouveaux outils de dépistage, de nouvelles technologies moins invasives, plus facilement acceptables, et plus fiables que les tests actuels ». Dans ce contexte, il n'est pas prévu à ce jour d'engager de campagne nationale d'incitation au dépistage du cancer de la prostate à l'instar des campagnes nationales réalisées pour l'incitation au dépistage du cancer du sein ou du cancer colorectal. Néanmoins, l'INCa développe de nombreux outils et contenus d'information du grand public sur le cancer de la prostate et le dépistage individuel (rubriques du site cancer.fr, brochure d'information grand public sur le dépistage du cancer de la prostate). Les bilans de prévention qui ont été mis en place en 2024 pourront favoriser le repérage des hommes avec des facteurs de risque de cancers de la prostate et le cas échéant, la délivrance d'information sur le dépistage individuel de ce cancer. Enfin, la stratégie décennale de lutte contre le cancer 2021-2030 prévoit de renforcer la recherche dans le domaine des dépistages notamment pour développer de nouveaux programmes de dépistages, comme celui du cancer de la prostate. Les résultats des études sont suivis par l'INCa et, le cas échéant, une nouvelle saisine de la haute autorité de santé pourrait être proposée en vue d'actualiser la recommandation de 2012 sur le dépistage de ce cancer.

Données clés

Auteur : Mme Agnès Firmin Le Bodo

Type de question : Question écrite

Rubrique : Maladies

Ministère interrogé : Santé et accès aux soins

Ministère répondant : Santé, familles, autonomie et personnes handicapées

Signalement : Question signalée au Gouvernement le 20 octobre 2025

Dates :
Question publiée le 8 juillet 2025
Réponse publiée le 3 février 2026

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