Date : 25 novembre 2020
Cible : Sur l'ensemble du texte

La proposition de loi dite de « sécurité globale » est en réalité une loi de « surveillance générale » et « d’impunité totale » pour les éléments déviants des forces de l’ordre.

Sa philosophie n'est pas nouvelle : pour garantir de la sécurité il faut sacrifier des libertés. Cela fait vingt lois qu'on passe au nom de ce raisonnement fallacieux et chaque fois l'exécutif y revient en bêlant : "ce n'est pas assez".

L’article 22 prévoit de généraliser l’emploi des drones pour la surveillance de la population.

Il fait entrer dans le monde de Georges Orwell et de Big Brother.

Vous participez à une manifestation : Big Brother vous regarde et le sait ; vous traversez la frontière : Big Brother vous regarde et le sait ; vous marchez sur le trottoir à deux pas de  la caserne des pompiers : Big Brother vous regarde et le sait ; vous croisez des convoyeurs de fonds : Big Brother vous regarde et le sait ;  vous attendez votre petite amie au pied d’un immeuble où le trafic de stupéfiants sévit faute d’une véritable police de proximité : Big Brother vous regarde et le sait.

Avec cette loi, ce cauchemar deviendra réalité. Car toutes les situations énumérées sont prévues par cet article qui parle de « surveillance des littoraux et des zones frontalières », de « protection des bâtiments et installations publics et de leurs abords" et de « prévention des atteintes à la sécurité des personnes et des biens dans des lieux particulièrement exposés à des risques d’agression, de vol ou de trafic d’armes, d’êtres humains ou de stupéfiants". Bref, toutes les situations de la vie permettront qu’on mette un drone au-dessus de nos têtes. La population entière sera à brève échéance traitée comme suspecte.

Mais ce n’est pas le seul défaut de cet article. Il organise la confusion des missions de police et des missions de l’armée. Il énumère les cas d’emplois « d’aéronefs équipés de caméras » par je cite « les services de l’État concourant à la sécurité intérieure et à la défense nationale ».  Cela ouvre une possibilité que les missions de la police et de l’armée deviennent interchangeables. C’est inimaginable et c’est dangereux. Les métiers de l’une ne sont pas les métiers de l’autre.

Signalons d’ailleurs que cette appellation d’« aéronefs » est lourde d’ambiguïtés menaçantes. Il ne s’agit pas seulement de drones. En l’état, cet article autorise l’emploi d’hélicoptères militaires équipés de caméras pour surveiller des opposants au gouvernement. Dans quel genre de régime cette possibilité existe-t-elle ?

L’article 24 est emblématique de la dérive, non pas sécuritaire, mais tout bonnement autoritaire du gouvernement.

Il s'agit notamment d'interdire de filmer des policiers. Quel recul inouï ! Même en Chine cela est autorisé depuis 2016 !

Quelle sorte de République requiert que les gardiens de la paix agissent dans l'ombre ? Quelle turpitude le gouvernement a-t-il résolu de faire disparaître des écrans ? Nous ne le savons que trop ! Il s'agit des violences commises contre les gilets jaunes, les grévistes, les étudiants, les journalistes, contre nos concitoyens.

Le gouvernement se drape des beaux principes du républicanisme mais les bafoue allègrement. Il a profité d'une proposition de loi de la majorité pour introduire une multitude d'amendements et s'affranchir de l'obligation de remettre une étude d'impact à leur sujet.

D'ailleurs, le problème est tel qu'au sein même de l'exécutif le pouvoir s'est réduit à une tête d'épingle : Emmanuel Macron a court-circuité le conseil des ministres et profite du secret du Conseil de Défense pour tout décider seul.

Ce Conseil de Défense utilisé pour gérer une crise sanitaire dit bien la confusion intellectuelle et même l'autoritarisme qui s'installent au sommet de l’État : quand on ne sait plus quoi faire, on prend des poses de chef de guerre et on appelle l'armée à la rescousse.

C'est le cas lorsque le président passe les effectifs de Sentinelle à 7000 personnes alors qu’aucun bilan de cette opération n’a été produit depuis 5 ans.

On étend le domaine de la surveillance et de la répression. La loi organise une véritable escalade en étendant les circonstances pour lesquels le port et l’emploi des armes sont autorisés. C’est un engrenage qui nous conduit dans une société "à l’américaine". Au lieu d’empêcher la commission des crimes, au lieu de désarmer les malfaisants de toute sorte, on engage une course avec eux. La sécurité des Françaises et des Françaises nécessite une lutte implacable contre tous les trafics qui minent la cohésion de la société. C’est la liberté d’action des criminels qu’il faut entraver et non celle des citoyens. Pour cela il faut que les missions de la police soient précises, qu’elle dispose de moyens suffisants et que son exemplarité restaure la confiance des citoyens.