La situation en Géorgie met à l’épreuve une exigence fondamentale : celle de la crédibilité de l’Union européenne dans la défense de l’État de droit et des principes démocratiques. L’octroi à la Géorgie, en décembre 2023, du statut de pays candidat à l’Union européenne a consacré une ambition partagée. Il a aussi créé une responsabilité : celle, pour les autorités géorgiennes, de s’inscrire résolument dans le respect des engagements qui fondent toute perspective d’adhésion.

Les évolutions observées depuis 2024 conduisent à un constat clair. Il ne s’agit pas de dérives ponctuelles, mais d’une trajectoire qui interroge la solidité des institutions démocratiques, la sincérité du dernier scrutin législatif d’octobre 2024, l’équilibre des pouvoirs et le respect effectif des libertés fondamentales en Géorgie. Les différents rapports des institutions européennes et des organisations internationales font état d’atteintes répétées aux droits fondamentaux, de la répression de manifestations pacifiques, de poursuites engagées contre des opposants politiques ainsi que d’un affaiblissement préoccupant de l’État de droit, notamment en matière d’indépendance de la justice et de respect des garanties d’un procès équitable, dans un contexte de pressions croissantes exercées sur les médias indépendants et la société civile. L’influence croissante exercée par la Russie sur la vie politique et économique géorgienne est à dénoncer. Le parti au pouvoir, le « Rêve géorgien », s’aligne sur les positions du grand voisin russe, et le pays voit s’instaurer sur son économie la main mise d’oligarques directement liés au régime de Vladimir Poutine.

Dans ce contexte, la position européenne doit être tenue avec cohérence et fermeté. Elle repose sur un principe simple : l’approfondissement de la relation avec l’Union européenne est indissociable du respect plein et entier de l’Etat de droit. Cette exigence vaut pour tous les pays candidats ; elle constitue la condition même de la crédibilité du projet européen.

Pour autant, cette fermeté doit s’accompagner d’une distinction essentielle. La Géorgie n’est pas réductible aux choix de ses autorités actuelles. Les enquêtes d’opinion montrent de manière constante qu’une très large majorité du peuple géorgien demeure profondément attachée à la perspective européenne. Cet attachement s’exprime de manière visible dans des manifestations quotidiennes se déroulant dans plusieurs grandes villes de Géorgie, malgré les pressions, les intimidations, les amendes et les arrestations, à travers l’engagement de nombreux citoyens, étudiants, journalistes et représentants de la société civile. Cet attachement, ancien et solide, à la liberté et à une perspective européenne, ne peut être ignoré ni affaibli.

C’est dans cet équilibre que s’inscrit la présente proposition de résolution européenne que j’ai portée au nom du Groupe Ensemble Pour la République. Elle vise à dire les faits avec clarté, sans dramatisation ni minimisation. Elle affirme une exigence : celle du respect des principes démocratiques et de l’Etat de droit. Elle réaffirme, dans le même mouvement, un engagement : celui de la France en faveur des aspirations démocratiques et européennes du peuple géorgien.

J’ai bien sûr voté en faveur de cette proposition de résolution européenne.