Première séance du vendredi 10 juillet 2026
- Présidence de M. Christophe Blanchet
- 1. Réponses immédiates aux phénomènes troublant l’ordre public, la sécurité et la tranquillité
- Discussion des articles (suite)
- Après l’article 8
- Article 9
- Amendements nos 200, 228, 272, 462, 468, 796, 469 rectifié, 460 rectifié, 461 rectifié, 511, 515, 143, 273, 467 et 470
- Rappel au règlement
- Article 9 (suite)
- Amendements nos 669, 666, 797 rectifié, 692, 795, 471, 516 et 785, 799, 791
- Article 14
- Article 14 bis A
- Après l’article 14 bis A
- Article 15
- Discussion des articles (suite)
Présidence de M. Christophe Blanchet
vice-président
M. le président
La séance est ouverte.
(La séance est ouverte à neuf heures.)
1. Réponses immédiates aux phénomènes troublant l’ordre public, la sécurité et la tranquillité
Suite de la discussion d’un projet de loi
M. le président
L’ordre du jour appelle la suite de la discussion du projet de loi visant à offrir des réponses immédiates aux phénomènes troublant l’ordre public, la sécurité et la tranquillité de nos concitoyens (nos 2850, 2984).
Discussion des articles (suite)
M. le président
Hier soir, l’Assemblée a poursuivi la discussion des articles du projet de loi, s’arrêtant à l’amendement n° 227 rectifié portant article additionnel après l’article 8.
Après l’article 8
M. le président
La parole est à M. Pouria Amirshahi, pour soutenir l’amendement no 227 rectifié.
M. Pouria Amirshahi
Les sujets que nous aborderons aujourd’hui sont liés à la question qui nous occupe depuis plusieurs jours : comment définir notre doctrine pénale ? Doit-elle être judiciarisée en renforçant les droits ou, au contraire, basculer vers une logique plus punitive, en multipliant les amendes forfaitaires délictuelles ? Essayons de débattre de façon argumentée car, chacun l’aura compris, deux visions de la tranquillité publique s’opposent.
D’un côté, nous promouvons une approche préventive, centrée sur le respect des droits de nos concitoyens, ce qui n’empêche pas de prévoir des sanctions adaptées et proportionnées. Cet amendement de Mme Regol le montre bien. De l’autre côté, vous défendez une conception viriliste de la loi.
M. le président
La parole est à M. Xavier Albertini, rapporteur de la commission des lois constitutionnelles, de la législation et de l’administration générale de la République, pour donner l’avis de la commission.
M. Xavier Albertini, rapporteur de la commission des lois constitutionnelles, de la législation et de l’administration générale de la République
L’amendement reviendrait à supprimer le dispositif prévu à l’article 8. Il est par ailleurs satisfait, car aux termes de l’article L. 330-1-1 du code de la route, l’habilitation des professionnels de l’automobile à effectuer des opérations d’immatriculation enregistrées dans le traitement automatisé ne peut être délivrée qu’après une enquête administrative. Avis défavorable.
M. le président
La parole est à M. le ministre de l’intérieur, pour donner l’avis du gouvernement.
M. Laurent Nuñez, ministre de l’intérieur
Vous souhaitez que l’habilitation de tiers à effectuer ces opérations ne puisse être délivrée qu’après la réalisation d’une enquête administrative. Comme cela vient d’être dit, l’article L. 330-1-1 du code de la route prévoit déjà que les tiers, c’est-à-dire tous les professionnels de l’automobile, fassent l’objet d’une enquête administrative pour obtenir ladite habilitation. L’amendement est donc satisfait. Demande de retrait ; à défaut, avis défavorable.
M. le président
La parole est à M. Pouria Amirshahi.
M. Pouria Amirshahi
C’est exact, mais l’amendement précisait que c’était à défaut de recentraliser la gestion du système d’immatriculation des véhicules. Même si cela va de soi, cela va mieux en le disant. Je maintiens donc l’amendement.
(L’amendement no 277 rectifié n’est pas adopté.)
Article 9
M. le président
Je suis saisi de cinq amendements identiques, nos 200, 228, 272, 462 et 468, tendant à supprimer l’article 9.
La parole est à M. Max Mathiasin, pour soutenir l’amendement no 200.
M. Max Mathiasin
L’article 9 n’apporte pas de réponse immédiate aux phénomènes troublant l’ordre public, la sécurité et la tranquillité de nos concitoyens, comme l’annonce pourtant le titre du projet de loi. Au contraire, il met en concurrence les forces de sécurité intérieure et les douanes. Cela risque de brouiller les lignes et d’entraîner de la confusion, ce qui est inefficace.
J’ajoute qu’aucun argument de l’étude d’impact ne justifie cette mesure. L’objectif poursuivi par l’article 9, qui est de renforcer la capacité des forces de l’ordre de réaliser des contrôles de marchandises et de personnes dans les zones frontalières pour mieux lutter contre la croissance des trafics peut être parfaitement assuré par les brigades douanières, dont c’est le métier. Renforçons donc les effectifs de ces brigades, et laissons les policiers et les gendarmes faire leur métier de leur côté.
Prenons l’exemple de Marie-Galante, que vous connaissez sans doute, monsieur le ministre. L’île ne compte que cinq agents des douanes, alors qu’elle est à proximité de tous les trafics, en particulier de ceux en provenance de la Dominique, située à seulement quelques kilomètres. La seule solution, après dix ans de suppressions de postes, est le renforcement des effectifs et des moyens opérationnels des douanes.
M. le président
La parole est à M. Pouria Amirshahi, pour soutenir l’amendement no 228.
M. Pouria Amirshahi
Nous avons déjà eu ce débat en commission, mais je voudrais tout de même insister sur l’importance de cet amendement, et plus largement sur celle de la discussion qui s’ensuit. Vous proposez de transférer de facto – ou, en tout cas, d’étendre – le champ des capacités d’investigation de la police et de la gendarmerie, en leur permettant d’exercer des prérogatives qui relèvent normalement des douaniers.
Cela soulève plusieurs problèmes. Je voudrais en évoquer un en particulier. Au-delà de ce que vient de rappeler mon collègue sur le renforcement indispensable des moyens des douanes – position que je soutiens pleinement –, une autre question se pose : celle du sens du travail.
Vous avez des douaniers qui ont suivi une formation, qui ont un parcours particulier, qui ont passé des concours et qui exercent ce métier parce qu’ils ont des compétences spécifiques : ces agents doivent être confortés dans leur métier et dans leurs capacités. Mais au lieu d’augmenter leurs effectifs, d’améliorer leurs conditions de travail, de leur donner la possibilité de mener les enquêtes et investigations nécessaires à l’établissement de la vérité, à la prévention et à la lutte contre le trafic illicite de marchandises, vous les laissez dans une situation difficile et sous tension – chacun connaît l’écart entre le nombre d’agents disponibles et le volume d’investigations à conduire. Et, en plus de cela, vous demandez à des policiers d’assumer des missions pour lesquelles ils ne sont pas nécessairement préparés.
Au-delà même de la question de doctrine, se pose un véritable enjeu de management et de considération à l’égard de nos agents des forces de l’ordre. On demande à des policiers et à des gendarmes d’assumer des missions pour lesquelles ils ne sont pas faits, tandis que les douaniers qui, eux, sont formés pour cela, ne sont ni encouragés ni renforcés dans leurs compétences.
M. le président
La parole est à M. Roger Vicot, pour soutenir l’amendement no 272.
M. Roger Vicot
Il tend à supprimer l’article 9, qui instaure un régime autonome de contrôles d’identité, de fouilles et d’inspections, confié à la fois à la police et à la gendarmerie. Ce dispositif permettra de mener des fouilles sans soupçon individualisé dans des zones très vastes, qui couvrent notamment les frontières, les ports, les aéroports, soit les principaux points d’entrée et de sortie du territoire.
Il y a un risque réel d’atteinte aux libertés publiques, car les contrôles d’identité et les fouilles de personnes, de bagages ou de véhicules seront autorisés en l’absence de tout comportement suspect. C’est une évolution majeure de notre droit. Procéder ainsi, sans le moindre soupçon ni le moindre indice, soulève un problème sérieux. Je pense en particulier aux alinéas 2, 3 et 5 à 14.
M. le président
Sur les amendements no 200 et identiques, je suis saisi par le groupe Ensemble pour la République d’une demande de scrutin public.
Le scrutin est annoncé dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.
La parole est à Mme Andrée Taurinya, pour soutenir l’amendement no 462.
Mme Andrée Taurinya
Nous souhaitons supprimer l’article 9, qui nous paraît particulièrement attentatoire aux libertés individuelles, puisqu’il confère aux douaniers des prérogatives dont ils n’ont pas besoin, alors même qu’ils ont déjà une charge de travail considérable et des moyens insuffisants.
C’est un mélange des genres, destiné à masquer le manque de moyens, et c’est aussi une atteinte aux libertés. C’est d’ailleurs tout le sens de votre texte, qui inquiète tout le monde : les associations, mais aussi les douaniers eux-mêmes. Nous avons auditionné des douaniers qui ne souhaitent absolument pas entrer dans ce dispositif. De la même manière, les policiers que nous avons rencontrés ne veulent pas davantage assumer ces nouvelles prérogatives.
Pourquoi me faites-vous signe que non ? Nous avons auditionné des personnels de la police, de la gendarmerie et des douanes qui ne sont absolument pas d’accord avec cette mesure. Vous pouvez dire non, comme vous l’avez déjà fait l’autre jour en affirmant que tous les policiers étaient favorables et aussi les avocats et les juges…
M. Laurent Nuñez, ministre
Je ne les ai pas vus !
Mme Andrée Taurinya
Nous n’auditionnons peut-être pas les mêmes personnes. Mais il n’en demeure pas moins qu’il y a des personnels qui ne sont pas d’accord avec cette mesure, voire, pour certains, avec l’ensemble de ce texte.
M. le président
La parole est à M. Nicolas Sansu, pour soutenir l’amendement no 468.
M. Nicolas Sansu
Le gouvernement porte atteinte aux services des douanes en permettant aux policiers et aux gendarmes de procéder à des contrôles d’identité, des fouilles et des visites dans des zones dans lesquelles agissent les douaniers. Cette confusion des rôles risque d’entraîner à la fois une perte d’efficacité et une forme d’injustice dans la conduite des contrôles. En effet, les forces de police et de gendarmerie ne sont pas formées à ces tâches particulières, qui demandent autant une expertise juridique qu’une connaissance précise des flux logistiques utilisés par les réseaux criminels. J’ajoute que cela laisse entendre que les contrôles douaniers ne porteraient que sur les stupéfiants, ce qui est faux : les douanes ont bien d’autres missions à accomplir.
Les services douaniers sont efficaces. Avec un effectif vingt fois moindre, la douane obtient des résultats 40 % supérieurs à ceux de la police et de la gendarmerie en matière de lutte contre les stupéfiants. Leur service d’enquête judiciaire, l’Office national antifraude (Onaf), a saisi près de 600 millions d’euros d’avoirs criminels en 2024 et démantelé quarante-quatre organisations criminelles. Améliorer la lutte contre le narcotrafic impliquerait donc de renforcer les effectifs douaniers plutôt que de faire des économies en élargissant le champ de compétence de la police aux zones douanières. Ces derniers, à effectifs constants, sont déjà chargés du maintien de l’ordre et de la sécurité publique.
L’abandon de cette spécialisation risque donc d’être source d’inefficacité alors que la douane française accuse un véritable retard structurel. Elle compte près de trois fois moins de personnel que l’Allemagne et quatre fois moins que l’Italie. Le plan Douane qui a été annoncé n’a pas vraiment été suivi d’effets.
Enfin, ce dispositif permettrait aux policiers et gendarmes de contrôler toute personne se trouvant ou circulant dans une zone douanière sans exigence de comportement suspect. Le Conseil national des barreaux alerte sur ce point en soulignant qu’un tel mécanisme, fondé sur une large latitude laissée aux services spécialisés de police et de gendarmerie, porte une atteinte directe à la liberté d’aller et de venir, au respect de la vie privée et à la protection contre les contrôles généralisés et discriminatoires. Nous appelons donc à supprimer l’article.
M. le président
Quel est l’avis de la commission ?
M. Xavier Albertini, rapporteur
L’article 9 répond aux menaces de tous ordres auxquelles sont confrontés les services chargés de lutter contre la criminalité. Les communes frontalières ou côtières constituent des points d’entrée des transports internationaux et concentrent une part importante du trafic d’armes, de stupéfiants, et aussi, malheureusement, de traite d’êtres humains et de flux migratoires irréguliers.
En 2024, les douanes françaises ont saisi plus de 110 tonnes de stupéfiants, dont 53 tonnes de cocaïne. Les flux criminels ne se limitent pas aux stupéfiants : le blanchiment de capitaux transite également par les frontières et les trafics de marchandises illicites connaissent une progression préoccupante. Les autorités françaises ont interpellé en 2024 plus de 147 000 personnes en situation irrégulière.
L’article 9, dont vous demandez la suppression, s’inspire largement du régime de contrôle des flux régi par l’article L. 422-2, ancien article L. 60-1, du code des douanes. Il transpose l’ensemble des opérationnalités. Il intègre un certain nombre de garanties, en particulier la saisine du procureur. Il est cantonné dans le temps et dans l’espace – 40 kilomètres, sur une durée opérationnelle de douze heures. J’émets donc un avis défavorable sur l’ensemble des amendements. Ce dispositif s’inscrit dans une logique de complémentarité, et non de subsidiarité ou d’effacement du travail des douanes, dont l’action est essentielle.
Nous aussi, nous avons auditionné l’ensemble des syndicats de douaniers, mais également l’ensemble des représentants des forces de sécurité intérieure, comme la police et gendarmerie. Les trafiquants de tous ordres sont capables de se déplacer à l’intérieur d’une bande de 40 kilomètres autour de la zone frontalière. C’est pourquoi il me semble important de compléter l’action des douaniers par celle de la police. Je précise à ce propos que ce sont des policiers spécialisés qui procéderont à ces contrôles d’identité et je tiens à nouveau à saluer les services des douanes pour leur travail. Avis défavorable.
M. le président
Quel est l’avis du gouvernement ?
M. Laurent Nuñez, ministre
Quelques précisions très rapides, pour m’opposer à ces amendements de suppression.
D’abord, les missions des douanes et celles des policiers et des gendarmes ne sont pas les mêmes : il n’y a pas de concurrence entre eux, contrairement à ce que vous semblez dire. Les policiers et les gendarmes sont chargés de lutter contre les trafics en tout genre et contre la criminalité organisée. Les douanes, elles, assurent prioritairement les contrôles de marchandises, de capitaux et de valeurs. Ce ne sont pas du tout les mêmes missions.
Dans les zones frontalières, les zones portuaires et sur les autoroutes se produisent de nombreux trafics d’armes et de stupéfiants. C’est pourquoi, avec cet article, nous donnons aux policiers et aux gendarmes les mêmes prérogatives juridiques qu’aux douaniers – ce qui, je le répète, ne signifie pas qu’ils auront les mêmes missions – pour qu’ils puissent mieux lutter contre la criminalité organisée. C’est tout ! Il n’y a pas lieu d’entrer dans une logique de boutiquier, en détaillant qui fait quoi.
Ensuite, il me paraît important de rappeler que ce dispositif avait été validé juridiquement par le Conseil constitutionnel, à propos des douanes. Je ne partage donc pas votre opinion concernant les atteintes aux libertés.
Enfin, il ne sera mis en œuvre que par certains services, très spécialisés, de la police et de la gendarmerie : on parle de 15 % des effectifs. Pour le gouvernement, ce dispositif est absolument indispensable. Il a d’ailleurs été validé en interministériel par les différentes directions générales des ministères. Un décret coordonnera l’action complémentaire des douaniers, des policiers et des gendarmes, qui sera très utile pour lutter contre la criminalité organisée. Il me semblerait totalement irresponsable de se priver d’une telle disposition quand on prétend vouloir lutter contre la criminalité organisée. Avis défavorable.
M. le président
La parole est à M. Michaël Taverne.
M. Michaël Taverne
Nous voterons contre ces amendements de suppression. Une fois encore, nous avons la démonstration que la gauche est totalement déconnectée. (Exclamations sur les bancs du groupe LFI-NFP.)
Mme Andrée Taurinya
Changez de vocabulaire !
M. Michaël Taverne
Ça commence bien ! Dès qu’on parle de la réalité du terrain, vous vous énervez, vous n’êtes pas sereins, ce qui montre bien votre déconnexion.
Mme Elsa Faucillon
Non, là on parle de votre arrogance !
M. Jean-François Coulomme
Demandez à l’intersyndicale !
M. Michaël Taverne
Collègues de gauche, si l’on veut lutter contre la criminalité organisée, la moindre des choses est de voter ce texte, même s’il ne va pas assez loin, car il vise à sortir la France du piège du narcotrafic. Et vous, vous êtes tous opposés à ce texte. Alors vos leçons de morale, vous pouvez vous les garder !
Il n’est pas question d’instaurer une concurrence ou une compétition entre les différents services de douane ou de police.
M. Nicolas Sansu
Demandez à l’intersyndicale !
M. Michaël Taverne
Cela s’appelle la complémentarité et cela se fait déjà partout en France. Sachez, si vous vous intéressez un peu à la criminalité, qu’on constate entre Rotterdam et Anvers un phénomène de glissement. La criminalité organisée travaillait d’abord à Rotterdam ; comme les douanes et les policiers ont mis énormément de moyens, elle s’est déplacée vers le port d’Anvers. Puis, comme les Belges ont fait exactement la même chose, elle arrive aujourd’hui en France, notamment au Havre. C’est la raison pour laquelle il faut absolument adopter cet article.
Ne vous inquiétez pas, mon cher collègue communiste, les policiers savent fouiller un coffre, pas de problème ! Il n’y a pas besoin d’avoir une formation de deux ans pour ça.
Mme Elsa Faucillon
C’est très insultant pour les douaniers !
M. Michaël Taverne
Ils savent très bien faire leur travail, ils savent procéder à des contrôles d’identité. Il ne s’agit pas de mettre ces deux services en concurrence, mais de compter sur leur complémentarité. Monsieur Bernalicis, cela se fait dans le Nord, notamment à Tournai, et cela se passe plutôt bien. Voilà pourquoi il faut généraliser ce dispositif au niveau national.
M. le président
La parole est à M. Ugo Bernalicis.
M. Ugo Bernalicis
Vous allez créer une confusion totale entre les missions des douanes et celles qui vont désormais être confiées à la police et à la gendarmerie. Franchement, pourquoi s’embêter, à l’avenir, à recruter des douaniers dans le pays, puisque les policiers et les gendarmes pourront aussi être douaniers ? Créons une filière unique, ce sera plus efficace !
Mme Elsa Faucillon
Ah oui !
M. Ugo Bernalicis
Comme d’habitude, le ministre n’est pas à une entourloupe près. Il nous dit que puisque le Conseil constitutionnel a déjà validé ce genre de mission pour les douaniers, ce n’est pas un souci que les policiers procèdent aux mêmes contrôles – sur un périmètre certes plus restreint. Mais si le Conseil constitutionnel a prévu que les douaniers puissent disposer de prérogatives un peu plus intrusives que celles laissées aux policiers et aux gendarmes – puisque les douaniers n’ont pas besoin d’une réquisition du procureur de la République, comme le prévoit l’article 78-2-2 du code de procédure pénale pour les policiers et les gendarmes –, c’est justement parce qu’ils ont un périmètre infractionnel spécifique, précis et beaucoup plus limité. C’est ce qui fait que la mesure est proportionnée : parce qu’ils ne peuvent pas faire tout ce qu’ils veulent. Avec cet article, vous donnez cette prérogative à des policiers et à des gendarmes qui, d’habitude, pour arriver au même résultat, ont besoin d’une réquisition du procureur de la République, parce qu’ils sont sous son contrôle et sous son autorité.
C’est cela, précisément, que vous êtes en train de contourner ! Désormais, il sera possible de faire des contrôles d’identité, partout dans le pays, dans un périmètre de 40 kilomètres autour des gares et des aéroports. Si vous faites des petits cercles sur une carte, vous verrez qu’il ne restera plus beaucoup d’endroits en France qui ne seront pas concernés. Un policier pourra fouiller quelqu’un pour vérifier s’il a des stupéfiants, sans avoir à démontrer quoi que ce soit : voilà ce que vous êtes en train d’introduire. Il n’aura pas à démontrer quoi que ce soit, et cela va juste augmenter le nombre de contrôles d’identité au faciès dans le pays. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LFI-NFP.)
M. le président
Je mets aux voix les amendements identiques nos 200, 228, 272, 462 et 468.
(Il est procédé au scrutin.)
M. le président
Voici le résultat du scrutin :
Nombre de votants 35
Nombre de suffrages exprimés 35
Majorité absolue 18
Pour l’adoption 12
Contre 23
(Les amendements identiques nos 200, 228, 272, 462 et 468 ne sont pas adoptés.)
Mme Elsa Faucillon
Nous ne sommes pas nombreux, il y a beaucoup de malades !
M. le président
Je suis saisi de deux amendements, nos 796 et 469 rectifié, pouvant être soumis à une discussion commune.
Sur ces amendements, je suis saisi de demandes de scrutin public : sur le premier, par le groupe Ensemble pour la République ; sur le deuxième, par le groupe La France insoumise-Nouveau Front populaire.
Les scrutins sont annoncés dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.
La parole est à Mme Elsa Faucillon, pour soutenir l’amendement no 796.
Mme Elsa Faucillon
Cet amendement a le même objet que les précédents, puisqu’il vise à supprimer les dispositions de l’article 9. Monsieur Taverne, ce ne sont pas les réalités trafiquées que vous nous présentez qui nous gênent, mais l’arrogance avec laquelle vous les assénez en permanence.
Vous êtes particulièrement méprisant vis-à-vis des douaniers : il ne suffit pas d’ouvrir un coffre pour être douanier. D’accord, monsieur Taverne ? Vous leur rendrez des comptes : je pense qu’ils suivent nos débats, puisque c’est leur profession qui est en danger. On ne compte que 16 500 douaniers en France, alors qu’ils sont 48 000 en Allemagne. Nous avions déjà dit, au moment de l’examen de la proposition de loi sur le narcotrafic, à quel point nous avions besoin d’augmenter les effectifs de nos douaniers. Avec cet article, vous êtes en train de vider la profession, et c’est particulièrement grave.
M. le président
La parole est à Mme Andrée Taurinya, pour soutenir l’amendement no 469 rectifié.
Mme Andrée Taurinya
On voit clairement ici l’objectif de votre texte : généraliser le fichage, le flicage et la répression. Pourquoi cet article comporte-t-il la mention « quel que soit son comportement » ? Il est écrit que les policiers pourront « contrôler l’identité de toute personne, quel que soit son comportement » ! Jusque-là, on contrôlait les gens pour ce qu’ils avaient fait, pour leurs agissements, ou si l’on constatait qu’ils avaient commis une infraction. Désormais, une personne pourra être contrôlée, quel que soit son comportement, du seul fait qu’elle se trouvera à un certain endroit. C’est, je le répète, une atteinte gravissime aux libertés individuelles, notamment à la liberté d’aller et venir, qui est garantie par notre Constitution.
Je le répète, votre objectif apparaît clairement ici : le fichage et la surveillance généralisée.
M. Jean-François Coulomme
À bas l’État policier !
Mme Andrée Taurinya
Et cela va se confirmer dans les articles qui suivent, notamment avec le dispositif de lecture automatisée des plaques d’immatriculation (Lapi). Nous ne sommes pas très nombreux dans cet hémicycle ce matin, et je le regrette, mais il faudrait vraiment qu’il y ait un sursaut. Non, nous ne sommes pas déconnectés ; au contraire, nous sommes totalement connectés aux droits fondamentaux, nous sommes totalement connectés à la Constitution et aux valeurs de la République, que nous défendons. (M. Ugo Bernalicis applaudit.)
M. Jean-François Coulomme
Bravo !
M. le président
Sur les amendements no 460 rectifié et identique ainsi que sur les amendements no 273 et identiques, je suis saisi par le groupe La France insoumise-Nouveau Front populaire de demandes de scrutin public. Sur l’article 9, j’ai également reçu une demande de scrutin public du groupe Ensemble pour la République.
Les scrutins sont annoncés dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.
Quel est l’avis de la commission sur ces deux amendements ?
M. Xavier Albertini, rapporteur
Ces deux amendements visent à supprimer les alinéas 5 à 12 de l’article 9. Étant favorable à cet article, j’émets un avis défavorable sur ces amendements.
M. le président
Quel est l’avis du gouvernement ?
M. Laurent Nuñez, ministre
Même avis. Ces amendements vivent purement et simplement à désosser l’article 9.
M. le président
La parole est à M. Michaël Taverne.
M. Michaël Taverne
Nous voterons contre ces amendements, qui fragilisent malheureusement l’article 9. Madame Faucillon, il faut écouter quand on parle !
Mme Elsa Faucillon
Oh, ça suffit !
M. Michaël Taverne
Il est vrai que lorsque c’est le Rassemblement national qui s’exprime, généralement, ça ne vous intéresse pas trop. Pourtant, vous devriez écouter, parce que vous apprendriez plein de choses.
Mme Elsa Faucillon
Soyez clair quand vous parlez !
M. Michaël Taverne
Je n’ai absolument pas dit que les douaniers ne savaient pas faire leur travail, vous auriez dû m’écouter ! Votre collègue Nicolas Sansu a dit que les policiers devaient être formés pour contrôler les coffres. Moi, j’ai dit que les policiers n’avaient pas besoin d’une formation spécifique pour fouiller les coffres.
Mme Elsa Faucillon
Vous avez dit « pour ouvrir les coffres » !
M. Michaël Taverne
Vous savez, moi je suis en zone frontalière, donc je vois les douaniers trois à quatre fois par semaine. Ne vous inquiétez pas, je sais ce qu’ils pensent, notamment de la gauche !
M. le président
La parole est à M. Ugo Bernalicis.
M. Ugo Bernalicis
Monsieur Taverne, vous travaillez encore ? Je ne comprends pas.
M. Michaël Taverne
Je vais les voir, en immersion !
M. Ugo Bernalicis
C’est pour cela que vous êtes encore payé ? Parce que vous travaillez encore avec les douaniers trois ou quatre fois par semaine ?
M. le président
Revenons aux amendements, s’il vous plaît.
M. Ugo Bernalicis
Oui, justement, revenons aux amendements. Monsieur le ministre, vous n’avez rien à dire à leur sujet ?
M. Guillaume Kasbarian
Le ministre a dit que vous vouliez désosser l’article et qu’il ne le voulait pas !
M. Ugo Bernalicis
Nous vous avons présenté un certain nombre d’arguments et je vous ai dit que nous avions bien compris que votre objectif politique était de contourner l’autorité judiciaire. C’est vraiment l’objectif de votre vie.
M. Jean-François Coulomme
Une obsession !
M. Ugo Bernalicis
Une obsession, exactement ! C’est vraiment l’un des fils rouges de ce texte ! Vous dites qu’il faut absolument que les policiers puissent faire des recherches pour lutter contre le trafic de stupéfiants, mais ils peuvent déjà le faire ! Ce n’est pas une nouvelle finalité pour la police ! Ce que vous changez, ce sont les moyens. Vous êtes en train de faire un 78-2-2 permanent, c’est-à-dire que vous autorisez les contrôles d’identité comme on veut, où on veut, partout dans le pays, sans contrôle de l’autorité judiciaire.
M. Laurent Nuñez, ministre
Une heure !
M. Ugo Bernalicis
Les policiers n’auront pas besoin de démontrer qu’ils cherchent des stupéfiants pour procéder à un contrôle d’identité à 40 kilomètres d’une zone frontalière, d’une gare, d’un aéroport ou d’un port. Même le peu de contrôle qui existe aujourd’hui, c’est trop pour vous. Et c’est insupportable !
C’est aussi une marque de mépris envers les douanières et les douaniers. Oui, être douanier, c’est un métier, ce sont des pratiques professionnelles, des connaissances, des savoirs et des lieux où l’on exerce. La vérité, c’est que vous aimeriez briller en médiatisant la saisie de grandes quantités de drogue.
M. Sébastien Huyghe
Mais non, c’est dans un souci d’efficacité !
M. Ugo Bernalicis
Le ministre de l’économie et des finances, lui, médiatise moins ce genre de choses ; il ne fait pas de points presse ultramédiatisés avec les douaniers. Ces derniers sont plus taiseux ; ils font un peu plus le travail de police judiciaire, tel qu’on l’imagine, c’est-à-dire un travail dans l’ombre. Mais vous, vous voudriez vous enorgueillir d’avoir fait une opération « place nette » qui ne fonctionnera pas, dans je ne sais quelle gare ou quel train. C’est insupportable !
M. le président
Merci de conclure.
M. Vincent Caure, rapporteur de la commission des lois constitutionnelles, de la législation et de l’administration générale de la République
Je crois que nous sommes suffisamment éclairés !
M. le président
Je mets aux voix l’amendement no 796.
(Il est procédé au scrutin.)
M. le président
Voici le résultat du scrutin :
Nombre de votants 32
Nombre de suffrages exprimés 32
Majorité absolue 17
Pour l’adoption 10
Contre 22
(L’amendement no 796 n’est pas adopté.)
M. le président
Je mets aux voix l’amendement no 469 rectifié.
(Il est procédé au scrutin.)
M. le président
Voici le résultat du scrutin :
Nombre de votants 34
Nombre de suffrages exprimés 34
Majorité absolue 18
Pour l’adoption 10
Contre 24
(L’amendement no 469 rectifié n’est pas adopté.)
M. le président
Je suis saisi de trois amendements, nos 460 rectifié, 461 rectifié et 511, pouvant être soumis à une discussion commune.
Les amendements nos 460 rectifié et 461 rectifié sont identiques.
La parole est à M. Ugo Bernalicis, pour soutenir l’amendement no 460 rectifié.
M. Ugo Bernalicis
Je reviens aux arguments que j’ai déjà développés. Je suis sûr que le ministre aura à cœur d’y répondre – c’est d’ailleurs dans son intérêt puisque le Conseil constitutionnel va être saisi.
L’article ne prévoit aucune demande de réquisition auprès du procureur de la République. Sur l’autre périmètre infractionnel, celui où les policiers et les gendarmes peuvent intervenir sans réquisition du procureur, ils doivent théoriquement disposer d’un faisceau d’indices laissant penser qu’une personne est susceptible de commettre une infraction. Or cette exigence reste une garantie très imparfaite, eu égard aux millions de contrôles d’identité réalisés chaque année, dont une proportion extrêmement élevée relève du contrôle au faciès.
Avec cet amendement de repli, nous demandons, à tout le moins, que l’avis du procureur de la République soit sollicité dans le cadre des contrôles prévus par l’article 9. Je rappelle au ministre de l’intérieur qu’il n’est que ministre de l’intérieur, certainement pas ministre de la justice et encore moins procureur de la République. Ce n’est pas lui qui conduit la politique pénale ! Au moment où nous parlons, nous avons encore une Constitution, à moins que le macrono-lepénisme nous ait déjà fait basculer dans autre chose… (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)
M. le président
Les amendements nos 461 rectifié de Mme Andrée Taurinya et 511 de M. Paul Molac sont défendus.
Sur l’amendement no 511, je suis saisi par le groupe Ensemble pour la République d’une demande de scrutin public.
Le scrutin est annoncé dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.
Quel est l’avis de la commission sur ces trois amendements ?
M. Xavier Albertini, rapporteur
Monsieur Bernalicis, nous avons longuement débattu de ce sujet au Sénat, ce qui est bien légitime. La mesure que vous proposez, adoptée en commission, puis de nouveau supprimée, ferait perdre son sens à l’article 9. Alors que nous cherchons de la souplesse, votre amendement aurait pour effet d’alourdir la procédure. L’article 9, qui facilite les contrôles d’identité, est d’ailleurs calqué sur les dispositions du code douanier. Avis défavorable sur votre amendement comme sur les deux autres.
M. le président
Quel est l’avis du gouvernement ?
M. Laurent Nuñez, ministre
Avis défavorable également, pour les mêmes motifs.
Monsieur Bernalicis, il n’y a pas de réquisition préalable du procureur, mais celui-ci doit être avisé dans l’heure – dans l’heure !
M. Ugo Bernalicis
« Avisé » : merci, monseigneur !
M. Laurent Nuñez, ministre
Je vous invite à lire le texte avec beaucoup d’attention. Un contrôle ne peut pas dépasser douze heures. Il ne peut pas non plus être systématique. Je le répète, il s’agit de lutter contre la criminalité organisée et le trafic d’armes. En outre, la disposition concerne un volume d’effectifs limité.
M. Ugo Bernalicis
Allez raconter ça à d’autres !
M. Laurent Nuñez, ministre
Ne faites pas ce geste de façon un peu nonchalante ! Lisez le texte et nous en reparlerons.
M. le président
Sur l’amendement no 515, je suis saisi par le groupe Ensemble pour la République d’une demande de scrutin public.
Le scrutin est annoncé dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.
La parole est à M. Ugo Bernalicis.
M. Ugo Bernalicis
Vous les voyez, les criminels organisés qui craignent les contrôles d’identité, dans les gares ? Par définition, ils sont organisés, et ce n’est pas l’article 9 qui va les faire tomber ! D’ailleurs, des contrôles d’identité peuvent déjà être effectués.
Monsieur le ministre, pour faire de la lutte contre la criminalité organisée une priorité, il faut renforcer les effectifs de la police judiciaire, il faut un plan, des moyens et des recrutements dédiés (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP), notamment pour la criminalité économique et financière et le blanchiment. Mais ce n’est pas votre priorité ! Votre priorité, c’est de venir ici faire le malin en expliquant que grâce à ce projet de loi, la criminalité organisée va reculer. C’est faux, vous mentez !
J’en viens à votre défiance envers le procureur de la République. Vous consentez donc à l’informer ? L’autorité judiciaire vous remercie, c’est très aimable de votre part ! Comment allez-vous procéder ? Par texto, par message WhatsApp ? « Bonjour, on est à la gare, on fait des contrôles, salut, au revoir, bonne journée ! »
Même aujourd’hui les réquisitions du procureur de la République sont réalisées en dépit du bon sens. Nos collègues doivent le savoir : ce ne sont jamais les procureurs qui décident de mener des contrôles d’identité élargis et de lancer une opération place nette ou de viser les immigrés en situation irrégulière et qui requièrent l’intervention de la police ; c’est toujours un préfet ou un ministre qui se dit : « La semaine prochaine, on fera trois jours contre les étrangers ! » Ils ne savent visiblement pas quoi faire de leur vie. Les chefs de la police appellent ensuite le parquet pour demander une réquisition tel jour telle heure, sur le fondement de l’article 78-2-2 du code de procédure pénale – ils en ont besoin, expliquent-ils, pour l’opération de communication du ministre…
Voilà comment ça se passe. Le procureur de la République donne toujours son autorisation pour ces opérations car il est dans une relation problématique avec la police, la police judiciaire en particulier, soumise à un autre ministre – c’est bien toute la bizarrerie de notre fonctionnement.
Avec cet article, vous aggravez la situation en vous en prenant à la séparation des pouvoirs ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)
M. le président
Je mets aux voix les amendements identiques nos 460 rectifié et 461 rectifié.
(Il est procédé au scrutin.)
M. le président
Voici le résultat du scrutin :
Nombre de votants 36
Nombre de suffrages exprimés 36
Majorité absolue 19
Pour l’adoption 13
Contre 23
(Les amendements identiques nos 460 rectifié et 461 rectifié ne sont pas adoptés.)
M. le président
Je mets aux voix l’amendement no 511.
(Il est procédé au scrutin.)
M. le président
Voici le résultat du scrutin :
Nombre de votants 37
Nombre de suffrages exprimés 37
Majorité absolue 19
Pour l’adoption 10
Contre 27
(L’amendement no 511 n’est pas adopté.)
M. le président
L’amendement no 515 de M. Paul Molac est défendu.
Quel est l’avis de la commission ?
M. Xavier Albertini, rapporteur
Avis défavorable.
M. le président
Quel est l’avis du gouvernement ?
M. Laurent Nuñez, ministre
Avis défavorable.
M. le président
Je mets aux voix l’amendement no 515.
(Il est procédé au scrutin.)
M. le président
Voici le résultat du scrutin :
Nombre de votants 39
Nombre de suffrages exprimés 39
Majorité absolue 20
Pour l’adoption 12
Contre 27
(L’amendement no 515 n’est pas adopté.)
M. le président
Sur les amendements nos 143, 669, 666 et 797 rectifié, je suis saisi par le groupe Ensemble pour la République de demandes de scrutin public.
Les scrutins sont annoncés dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.
Je suis saisi de l’amendement no 143. Qui le défend ?
Personne ? C’est dommage : j’en suis l’auteur et il est excellent ! (Sourires.)
Les services m’informent qu’il peut être considéré comme défendu.
Quel est l’avis de la commission ?
M. Xavier Albertini, rapporteur
Bien que cet amendement soit particulièrement bien rédigé (Sourires), il est satisfait par l’article 13 que nous allons examiner dans quelques instants. Je vous invite donc à le retirer, monsieur le président. À défaut, mon avis sera défavorable.
M. le président
Quel est l’avis du gouvernement ?
M. Laurent Nuñez, ministre
Même avis.
M. Ugo Bernalicis
Vous ne voulez pas lutter contre la contrefaçon, monsieur le ministre ?
M. le président
Je mets aux voix l’amendement no 143.
(Il est procédé au scrutin.)
M. le président
Voici le résultat du scrutin :
Nombre de votants 40
Nombre de suffrages exprimés 40
Majorité absolue 21
Pour l’adoption 12
Contre 28
(L’amendement no 143 n’est pas adopté.)
M. le président
Je suis saisi de trois amendements identiques, nos 273, 467 et 470.
La parole est à M. Roger Vicot, pour soutenir l’amendement no 273.
M. Roger Vicot
Après l’adoption, mardi, de la présomption d’usage légitime des armes pour les forces de l’ordre et, hier, de la suspension préventive du permis de conduire – pour une durée maximum de trois ans, en cas d’usage réitéré de stupéfiants, en dehors de toute infraction au volant –, qui sanctionne par avance une faute qui n’a pas été commise, le gouvernement inscrit, à l’alinéa 5, avec les mots « quel que soit son comportement », une notion qui comporte une part d’arbitraire évidente. Cet amendement, déposé à l’initiative de Mme Capdevielle, vise donc à supprimer ces mots.
Monsieur le ministre, je comprends la nécessité d’améliorer la collaboration et la cohérence des services de police et des services des douanes. En commission, nous vous avons proposé, en vain, d’inscrire dans le projet de loi le rôle intangible de chef de filat de la douane, ce qui aurait permis de clarifier les choses et de rassurer les syndicats de douaniers. Je n’imagine pas que ces derniers aient tous mal compris le sens de cet article !
M. Ugo Bernalicis
Évidemment !
M. Roger Vicot
Cette précision dans le texte aurait permis de sanctifier – le terme n’est sans doute pas adapté dans cette enceinte –…
M. Ugo Bernalicis
De sanctuariser !
M. Roger Vicot
…la fonction de chef de file de la douane, ce qui n’aurait pas empêché la collaboration et la cohérence entre les services.
M. le président
La parole est à Mme Elsa Faucillon, pour soutenir l’amendement no 467.
Mme Elsa Faucillon
Les mots « quel que soit son comportement » ne sont pas habituels dans le langage juridique. Ils nous semblent problématiques puisqu’ils pourraient justifier des contrôles qui ne seraient plus seulement aléatoires – ceux-là existent déjà chez les douaniers et se fondent aussi sur une expérience des comportements. Monsieur le ministre, comprenez que, pour nous, ces mots contiennent un potentiel discriminatoire très important. J’aimerais que vous nous répondiez sur ce point. Retirez-les ! Ils n’existent pas pour les douaniers.
M. le président
La parole est à Mme Andrée Taurinya, pour soutenir l’amendement no 470.
Mme Andrée Taurinya
J’ai défendu tout à l’heure un amendement visant à supprimer tout l’alinéa. Par cet amendement de repli, nous vous demandons un petit effort et la suppression des seuls mots « quel que soit son comportement », qui peuvent en réalité s’appliquer à tout le monde, de manière complètement subjective. Avec vous, nous sommes dans une société paranoïaque : n’importe qui peut être suspect ! Bienvenue dans le monde d’Orwell, où chacun doit être contrôlé et fiché. Nous n’avons pas obtenu la suppression de l’alinéa, mais faites un effort et supprimez au moins ces mots !
M. le président
Quel est l’avis de la commission sur ces trois amendements ?
M. Xavier Albertini, rapporteur
La suppression des mots « quel que soit son comportement » alourdirait la procédure et limiterait l’application de l’article 9 à l’existence d’indices tirés du comportement de la personne. Or cet article est calqué sur l’article L. 422-2 du code des douanes, qui permet aux douaniers, à tout moment, sans indices spécifiques, de procéder à des contrôles. Avis défavorable.
M. le président
Quel est l’avis du gouvernement ?
M. Laurent Nuñez, ministre
L’objet même de l’article 9 est d’autoriser les agents de police judiciaire (PJ), comme les douaniers, à procéder à des contrôles. Nous ne ciblons pas des personnes, mais des lieux, des lieux dans lesquels nous savons qu’il y a du transit d’armes et de stupéfiants, c’est-à-dire une criminalité à réprimer.
Monsieur Vicot, en matière de criminalité organisée, le chef de filat a été désigné par la loi visant à sortir du piège du narcotrafic : il s’agit de la direction nationale de la police judiciaire. Par ailleurs, je le répète, l’activité de contrôle sera menée en complémentarité avec les douaniers.
Chaque fois que nous proposons une mesure, M. Bernalicis nous explique que ce n’est pas la bonne mesure et qu’il suffit de renforcer les effectifs de la PJ,…
M. Pierre-Yves Cadalen
Vous proposez toujours la même chose !
M. Laurent Nuñez, ministre
…de faire des enquêtes judiciaires.
M. Ugo Bernalicis
C’est parce que je veux prendre votre place !
M. Laurent Nuñez, ministre
Mais nous faisons tout ça, monsieur Bernalicis. Avec La France insoumise, c’est toujours : « Ne faites pas ça !», « Faites ça ! », « Il faut faire de la prévention ! ». Ce que cela signifie, en réalité, c’est que vous n’avez envie de rien faire. (Protestations sur les bancs du groupe LFI-NFP.)
Mme Andrée Taurinya
Mais non !
M. Laurent Nuñez, ministre
C’est la réalité ! Nous, nous proposons des mesures opérationnelles, qui permettent de lutter contre la criminalité organisée dans le respect des prérogatives des procureurs.
M. Ugo Bernalicis
Vous êtes un Oui-Oui, on est au courant !
M. Laurent Nuñez, ministre
Vous êtes bien malvenu de me pointer du doigt moi qui suis si respectueux de l’autorité judiciaire ! (Applaudissements sur les bancs des groupes EPR et Dem.)
M. Ugo Bernalicis
Précisément vous, parce que vous étiez préfet ! C’est dans vos gènes !
M. Sébastien Huyghe
Calmez-vous !
M. Pierre-Yves Cadalen
Dites au ministre de se calmer !
M. le président
La parole est à Mme Andrée Taurinya.
Mme Andrée Taurinya
Avec ces amendements, nous n’alourdissons pas la procédure. Au contraire, nous proposons une formulation allégée !
Le problème tient à ce que vous étendez aux policiers la prérogative des douaniers d’opérer dans certaines zones des contrôles aléatoires. C’est cela qui ne va pas : normalement, la police contrôle sur la base de faits, d’infractions. Avec votre dispositif, tout le monde peut être contrôlé ; j’ai l’impression que vous ne vous rendez pas compte de ce que cela signifie.
Quant aux leçons, ça suffit : en matière de police et de justice, notre programme est complet. Je vous propose de le lire, car visiblement, vous n’en avez pas pris connaissance.
M. Laurent Nuñez, ministre
Si, si !
Mme Andrée Taurinya
Et cessez de dire que nous n’y connaissons rien ! En fait, vous tenez exactement le même discours que le Rassemblement national. Ce que vous voulez, ce qui constitue l’objectif de ce texte, c’est ficher tout le monde, surveiller tout le monde, pour mieux réprimer ; c’est moins de libertés, ce sont des droits fondamentaux attaqués. Voilà pourquoi vous avez le soutien du Rassemblement national.
M. Pierre-Yves Cadalen
Exactement ! Intéressez-vous au contenu du texte !
Rappel au règlement
M. le président
La parole est à Mme Elsa Faucillon, pour un rappel au règlement.
Mme Elsa Faucillon
Il se fonde sur l’article 100. Je vois que notre assemblée commence un tout petit peu à s’étoffer : tant mieux car, il y a quelques scrutins publics, nous étions trente-cinq votants, mais vingt-trois députés dans l’hémicycle.
Évidemment, il peut se produire dans la vie des événements qui entraînent un arrêt maladie ; sans préjuger de la véracité des faits, je note simplement que parmi les absents qui ont délégué leur vote, certains étaient hier soir sur des plateaux télé ou occupés à regarder le match. J’invite donc les collègues, souvent suspicieux lorsqu’il s’agit des arrêts maladie des travailleurs, à se montrer à l’avenir un peu plus vigilants, prudents, voire bienveillants. (Applaudissements sur les bancs des groupes LFI-NFP et EcoS.)
Mme Andrée Taurinya
Très bien !
M. Ugo Bernalicis
Si on pouvait contrôler les députés quel que soit leur comportement…
Article 9 (suite)
M. le président
Je mets aux voix les amendements identiques nos 273, 467 et 470.
(Il est procédé au scrutin.)
M. le président
Voici le résultat du scrutin :
Nombre de votants 44
Nombre de suffrages exprimés 44
Majorité absolue 23
Pour l’adoption 14
Contre 30
(Les amendements identiques nos 273, 467 et 470 ne sont pas adoptés.)
M. le président
Sur les amendements nos 669, 666 et 797 rectifié, je suis saisi par le groupe Ensemble pour la République de demandes de scrutin public.
Les scrutins sont annoncés dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.
La parole est à M. David Magnier, pour soutenir les amendements no 669 et 666, qui peuvent faire l’objet d’une présentation groupée.
M. David Magnier
L’amendement no 669 vise précisément à porter le périmètre des contrôles renforcés de 40 à 60 kilomètres des frontières afin de mieux contrôler celles-ci, contrairement à ce que peut prétendre la gauche. On peut franchir la frontière en étant très gentil mais sans être forcément innocent pour autant ; nous devons donc élargir cette zone en vue de lutter contre le narcotrafic et autres. Il s’agit d’un amendement de bon sens, que je vous invite à adopter.
Pour ce qui est de l’amendement no 666, il prévoit la même mesure pour le périmètre littoral.
Cette extension répondrait à une demande formulée par les douaniers en 2023, à l’époque de l’élaboration de la future loi visant à donner à la douane les moyens de faire face aux nouvelles menaces. À l’époque, de mémoire, la gauche avait préconisé exactement les mêmes solutions ; je trouverais donc incohérent qu’elle vote contre aujourd’hui. Il est vrai que depuis le début de l’examen de l’article 9, nous avons du mal à comprendre sa position par rapport à 2023. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe RN.)
M. le président
Quel est l’avis de la commission ?
M. Xavier Albertini, rapporteur
Je le disais hier à votre collègue Gillet, le bon sens ne fait pas forcément la loi ; en l’occurrence, porter de 40 à 60 kilomètres le dispositif de l’article 9 perturberait l’équilibre recherché entre objectifs de prévention et de répression de la criminalité transfrontalière – je me permets de vous rappeler que cette bande de 40 kilomètres est celle prévue, pour les douaniers, par le code des douanes, en particulier l’article L. 122-2.
Par ailleurs, une profondeur de 60 kilomètres pourrait, au regard de ce qui est défini comme transfrontalier, être entachée d’inconstitutionnalité, car bien supérieure aux limites autorisées ou en tout cas acceptées. Pour toutes ces raisons, avis défavorable.
M. le président
Quel est l’avis du gouvernement ?
M. Laurent Nuñez, ministre
Le ministre de l’intérieur aimerait bien étendre la distance prévue à 60 kilomètres, mais, franchement, je crains que cela ne dépasse le cadre de la proportionnalité et qu’on n’encoure la censure ; 40 kilomètres, au contraire, c’est ce qui est appliqué aux douaniers. Pour ce motif de proportionnalité, avis défavorable.
M. le président
La parole est à Mme Andrée Taurinya.
Mme Andrée Taurinya
Je ne comprends pas. Monsieur le rapporteur, monsieur le ministre, vous avez bien dit « avis défavorable » ? C’est bizarre : vous voyez pourtant ce que vous produisez. Vous voulez en rester à 40 kilomètres et le Rassemblement national en veut 60 ou 80. Vous devriez dire oui ! Sans doute envisagez-vous une telle mesure pour l’année prochaine, mais, l’année prochaine, vous ne serez plus là.
Je vous répète depuis le début que ce texte a été inspiré par le Rassemblement national, lequel, forcément, vote avec la Macronie et la droite, mais essaie chaque fois d’aller plus loin. Vous dites, ici, vous en tenir au texte, reste que, d’une manière générale, vous allez dans le même sens, exactement. Encore une fois, je ne comprends pas. Vous devriez répondre : « Oui, merci, car le texte sera adopté grâce à vous ! » Faites un geste envers le Rassemblement national, donnez-lui des avis favorables, un petit peu !
M. le président
La parole est à M. le ministre.
M. Laurent Nuñez, ministre
Le Conseil d’État, pour des raisons de constitutionnalité, souhaitait cet alignement sur les douaniers.
Mme Andrée Taurinya
Ah ? Tiens donc.
M. Laurent Nuñez, ministre
Nous écoutons beaucoup, nous appliquons des principes juridiques, nous respectons l’État de droit, madame la députée.
Mme Andrée Taurinya
Ah oui ?
M. Laurent Nuñez, ministre
Je le répète, c’est le Conseil d’État qui a souhaité cette mesure ; ce n’était pas forcément la demande du gouvernement.
Mme Andrée Taurinya
Ah, voilà !
M. Laurent Nuñez, ministre
Cela ne venait pas de plus haut : ne soyez pas dans vos fantasmes d’un gouvernement sécuritaire.
Mme Andrée Taurinya
Ce ne sont pas des fantasmes !
M. Pierre-Yves Cadalen
Vous êtes vraiment désagréable, ce matin !
M. Laurent Nuñez, ministre
C’était le Conseil d’État ; je vous apporte cette précision.
M. le président
Je mets aux voix l’amendement no 669.
(Il est procédé au scrutin.)
M. le président
Voici le résultat du scrutin :
Nombre de votants 43
Nombre de suffrages exprimés 43
Majorité absolue 22
Pour l’adoption 13
Contre 30
(L’amendement no 669 n’est pas adopté.)
M. le président
Je mets aux voix l’amendement no 666.
(Il est procédé au scrutin.)
M. le président
Voici le résultat du scrutin :
Nombre de votants 43
Nombre de suffrages exprimés 43
Majorité absolue 22
Pour l’adoption 15
Contre 28
(L’amendement no 666 n’est pas adopté.)
M. le président
Sur les amendements nos 795, 471, 516, 785, 799 et 791, je suis saisi par le groupe Ensemble pour la République de demandes de scrutin public.
Les scrutins sont annoncés dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.
L’amendement no 797 rectifié de M. Davy Rimane est défendu.
Quel est l’avis de la commission ?
M. Xavier Albertini, rapporteur
Défavorable.
M. le président
Quel est l’avis du gouvernement ?
M. Laurent Nuñez, ministre
Même avis.
M. le président
Je mets aux voix l’amendement no 797 rectifié.
(Il est procédé au scrutin.)
M. le président
Voici le résultat du scrutin :
Nombre de votants 37
Nombre de suffrages exprimés 37
Majorité absolue 19
Pour l’adoption 2
Contre 35
(L’amendement no 797 rectifié n’est pas adopté.)
M. le président
L’amendement no 692 de M. le rapporteur est rédactionnel.
(L’amendement no 692, accepté par le gouvernement, est adopté.)
M. le président
L’amendement no 795 de M. Davy Rimane est défendu.
Quel est l’avis de la commission ?
M. Xavier Albertini, rapporteur
Défavorable.
M. le président
Quel est l’avis du gouvernement ?
M. Laurent Nuñez, ministre
Même avis.
M. le président
Je mets aux voix l’amendement no 795.
(Il est procédé au scrutin.)
M. le président
Voici le résultat du scrutin :
Nombre de votants 39
Nombre de suffrages exprimés 39
Majorité absolue 20
Pour l’adoption 0
Contre 39
(L’amendement no 795 n’est pas adopté.)
M. le président
L’amendement no 471 de Mme Andrée Taurinya est défendu.
Quel est l’avis de la commission ?
M. Xavier Albertini, rapporteur
Défavorable.
M. le président
Quel est l’avis du gouvernement ?
M. Laurent Nuñez, ministre
Même avis.
M. le président
Je mets aux voix l’amendement no 471.
(Il est procédé au scrutin.)
M. le président
Voici le résultat du scrutin :
Nombre de votants 44
Nombre de suffrages exprimés 44
Majorité absolue 23
Pour l’adoption 13
Contre 31
(L’amendement no 471 n’est pas adopté.)
M. le président
L’amendement no 516 de M. Paul Molac est défendu.
Quel est l’avis de la commission ?
M. Xavier Albertini, rapporteur
Défavorable.
M. le président
Quel est l’avis du gouvernement ?
M. Laurent Nuñez, ministre
Même avis.
M. le président
Je mets aux voix l’amendement no 516.
(Il est procédé au scrutin.)
M. le président
Voici le résultat du scrutin :
Nombre de votants 48
Nombre de suffrages exprimés 48
Majorité absolue 25
Pour l’adoption 11
Contre 37
(L’amendement no 516 n’est pas adopté.)
M. le président
La parole est à Mme Elsa Faucillon, pour soutenir les amendements nos 785, 799 et 791, qui peuvent faire l’objet d’une présentation groupée.
Mme Elsa Faucillon
De ces amendements dus à notre collègue Rimane, le no 785 vise à tenter de contrer le fameux « quel que soit son comportement » en précisant que le contrôle ne peut être fondé sur l’apparence physique, l’origine réelle ou supposée, etc. Au doute que laisse planer le texte s’ajoute en effet l’expérience des nombreux Guyanais qui, lorsqu’a été instauré le dispositif « 100 % contrôle » à l’aéroport de Cayenne-Félix-Éboué, ont eu le sentiment que ces contrôles présentaient des biais discriminatoires.
Les nos 799 et 791 sont des amendements de repli, mais dont l’adoption permettrait de rassurer : ils prévoient que soient communiquées respectivement au procureur de la République et au Parlement des informations plus fouillées, plus précises, portant notamment sur la date, l’heure, les circonstances de ces contrôles.
M. le président
Quel est l’avis de la commission sur ces trois amendements ?
M. Xavier Albertini, rapporteur
Avis défavorable. L’amendement no 785 est satisfait par le droit en vigueur : contrôles d’identité, visites, fouilles ne peuvent être effectués que dans le respect des principes constitutionnels, entre autres l’égalité devant la loi et l’interdiction de toute discrimination. Certes, vous évoquiez un ressenti,…
Mme Elsa Faucillon
Non, une expérience !
M. Xavier Albertini, rapporteur
…mais le dispositif de l’article 9 est strictement encadré. Quant aux exigences supplémentaires qui figurent dans les deux autres amendements, l’article prévoyant un compte rendu au procureur de la République, ce niveau de détail ne serait ni nécessaire ni proportionné.
M. le président
Quel est l’avis du gouvernement ?
M. Laurent Nuñez, ministre
Même avis, pour les mêmes raisons. J’ajouterai seulement qu’il ne s’agit pas de contrôles généralistes, déterminés par un faisceau d’indices, comme les contrôles d’identité réalisés un peu partout, mais de lieux extrêmement ciblés et de criminalité organisée. Le texte renvoie à une catégorie bornée d’infractions, qui ne concerne, encore une fois, que des effectifs spécialisés : pelotons de surveillance et d’intervention de la gendarmerie (Psig), escadrons départementaux de contrôle des flux (EDCF), services de police judiciaire spécialisés.
M. le président
Je mets aux voix l’amendement no 785.
(Il est procédé au scrutin.)
M. le président
Voici le résultat du scrutin :
Nombre de votants 48
Nombre de suffrages exprimés 48
Majorité absolue 25
Pour l’adoption 16
Contre 32
’(L’amendement no 785 n’est pas adopté.)
M. le président
Je mets aux voix l’amendement no 799.
(Il est procédé au scrutin.)
M. le président
Voici le résultat du scrutin :
Nombre de votants 46
Nombre de suffrages exprimés 46
Majorité absolue 24
Pour l’adoption 15
Contre 31
(L’amendement no 799 n’est pas adopté.)
M. le président
Je mets aux voix l’amendement no 791.
(Il est procédé au scrutin.)
M. le président
Voici le résultat du scrutin :
Nombre de votants 46
Nombre de suffrages exprimés 46
Majorité absolue 24
Pour l’adoption 13
Contre 33
(L’amendement no 791 n’est pas adopté.)
M. le président
Je mets aux voix l’article 9, tel qu’il a été amendé.
(Il est procédé au scrutin.)
M. le président
Voici le résultat du scrutin :
Nombre de votants 51
Nombre de suffrages exprimés 51
Majorité absolue 26
Pour l’adoption 34
Contre 17
(L’article 9, amendé, est adopté.)
Article 14
M. le président
Je vous rappelle que, à la demande du gouvernement, les articles 10 à 13 bis sont réservés.
Je suis saisi de trois amendements, nos 738, 898 et 310, pouvant être soumis à une discussion commune et qui visent à rétablir l’article 14, supprimé par la commission.
Les amendements nos 898 et 310 sont identiques et font l’objet de deux sous-amendements nos 1036 et 1010.
Sur l’ensemble de ces amendements et sous-amendements, je suis saisi par le groupe Ensemble pour la République de demandes de scrutin public.
Les scrutins sont annoncés dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.
L’amendement no 738 de M. Laurent Wauquiez est défendu.
La parole est à M. le ministre, pour soutenir l’amendement no 898.
M. Laurent Nuñez, ministre
Cet amendement vise à rétablir une disposition supprimée en commission permettant aux forces de l’ordre d’utiliser des drones en cas d’urgence. Il s’agit d’un élément indispensable lors de violences, d’émeutes ou, pire, d’attaques terroristes, ainsi qu’en cas de faits graves entraînant le déploiement de forces spécialisées comme le Raid – recherche assistance intervention dissuasion – ou le Groupe d’intervention de la gendarmerie nationale (GIGN). Aussi surprenant que cela puisse paraître, ces forces ne peuvent pas faire usage d’un drone, même en cas d’urgence ou d’intervention de vive force à mener très rapidement.
Je souhaite le rétablissement de cet article afin de réparer cette difficulté juridique. Il s’agit de permettre l’utilisation d’un drone dans l’urgence, sous réserve d’une régularisation très rapide, dans l’heure qui suit ; à défaut, l’usage du drone ne pourrait être maintenu. Dans son avis sur le projet de loi, le Conseil d’État a considéré que ce dispositif était parfaitement proportionné.
M. le président
L’amendement no 310 de M. Michaël Taverne est défendu.
Le sous-amendement no 1036 de M. Nicolas Sansu est défendu.
La parole est à M. Pouria Amirshahi, pour soutenir le sous-amendement no 1010.
M. Pouria Amirshahi
L’article 14 a été supprimé en commission ; évidemment, nous avons voté pour sa suppression, étant inquiets de l’usage excessif des drones à des fins de surveillance. Je renvoie ceux qui le souhaitent au débat que nous avons eu en commission.
Il est ici question d’un dispositif de surveillance mobile capable de capter des images sur une zone certes délimitée, mais tout de même assez large, de suivre des déplacements et de concerner un grand nombre de personnes dans l’espace public. Ainsi, si cet article venait à être rétabli, le présent sous-amendement vise au moins à garantir que la population concernée par le périmètre de survol soit informée de l’existence de cette surveillance.
Le gouvernement nous indique que si l’autorisation n’est pas formalisée dans un délai d’une heure, le recours au drone est interrompu ; dont acte. Mais pendant cette heure, des images ont été captées, des données ont été collectées.
Certains pourraient considérer cette exigence trop précautionneuse, mais la procédure étant la sœur jumelle de la liberté, je veillerai à ce que nous ne nous contentions pas de cette interruption au bout d’une heure. Par principe, il est essentiel d’assurer, en amont, l’information de la population concernée. Mais, idéalement, je vous invite bien sûr à ne pas rétablir l’article.
M. le président
Quel est l’avis de la commission ?
M. Vincent Caure, rapporteur
Au contraire, je pense qu’il faut rétablir l’article 14. À titre personnel et en tant que rapporteur, j’émets un avis défavorable sur les sous-amendements et un avis favorable sur l’amendement no 898 du gouvernement, qui rétablit la capacité d’usage des drones en cas d’urgence aujourd’hui non autorisée.
J’émets un avis défavorable sur les amendements nos 738 et 310, car ils ne tirent pas les conséquences de la volonté d’amélioration de la rédaction du texte qui a animé la commission. Encore une fois, nous traitons ici de l’usage des drones en cas d’urgence. Nous tirons les conclusions de la jurisprudence du Conseil constitutionnel, qui avait censuré des dispositions proches par le passé, en restreignant ici le champ aux seuls cas d’urgence pour la sécurité des personnes, avec une caractérisation bien plus fine.
M. le président
Quel est l’avis du gouvernement ?
M. Laurent Nuñez, ministre
Je ne reviens pas sur la discussion concernant l’utilité des drones ; je rappelle toutefois que leur usage n’est autorisé que lorsqu’il n’est pas possible de procéder à certaines observations par les moyens humains terrestres. Cela est donc évidemment très utile.
S’agissant de l’amendement no 738 de M. Wauquiez, je demande son retrait au profit de l’amendement du gouvernement ; à défaut, j’y serai défavorable.
Enfin, j’émets un avis défavorable sur les sous-amendements.
(L’amendement no 738 est retiré.)
M. le président
La parole est à M. Michaël Taverne.
M. Michaël Taverne
Nous voterons évidemment pour le rétablissement de l’article 14. Je rappelle à nos collègues de gauche que nous sommes en 2026 : il est temps de prendre conscience que, désormais, de nouvelles technologies existent.
Mme Elsa Faucillon
Oh là là…
M. Michaël Taverne
Je reprends le cas cité par le ministre de l’intérieur : en France, les forces d’intervention, notamment du troisième niveau comme le Raid, ne peuvent pas utiliser de drones, alors qu’en Belgique, en Angleterre ou en Espagne, elles le peuvent.
Monsieur le rapporteur, j’avais déposé un amendement en commission visant à inclure les rodéos motorisés dans les motifs de recours aux drones en cas d’urgence, afin d’assurer la sécurité des personnes. Vous aviez donné un avis défavorable. Pouvez-vous me confirmer que cet article permettra le déclenchement des drones lors de rodéos motorisés ? J’aimerais que nous soyons bien d’accord, car j’avais spécifié en commission la nécessité d’inclure les rodéos motorisés pour les besoins des enquêtes. Or cela n’est pas écrit noir sur blanc dans le texte.
M. le président
La parole est à M. le rapporteur.
M. Vincent Caure, rapporteur
Nous avons effectivement abordé la question de l’utilisation des drones face aux rodéos motorisés en commission et j’y suis favorable, comme je l’ai redit hier. Nous avons ajouté cette possibilité à l’article 3. Cela est donc bien prévu dans le projet de loi.
M. le président
Je mets aux voix le sous-amendement no 1036.
(Il est procédé au scrutin.)
M. le président
Voici le résultat du scrutin :
Nombre de votants 49
Nombre de suffrages exprimés 49
Majorité absolue 25
Pour l’adoption 14
Contre 35
(Le sous-amendement no 1036 n’est pas adopté.)
M. le président
Je mets aux voix le sous-amendement no 1010.
(Il est procédé au scrutin.)
M. le président
Voici le résultat du scrutin :
Nombre de votants 50
Nombre de suffrages exprimés 50
Majorité absolue 26
Pour l’adoption 16
Contre 34
(Le sous-amendement no 1010 n’est pas adopté.)
M. le président
Je mets aux voix les amendements identiques nos 898 et 310.
(Il est procédé au scrutin.)
M. le président
Voici le résultat du scrutin :
Nombre de votants 52
Nombre de suffrages exprimés 52
Majorité absolue 27
Pour l’adoption 35
Contre 17
(Les amendements identiques nos 898 et 310 sont adoptés ; en conséquence, l’article 14 est ainsi rétabli.)
Article 14 bis A
M. le président
Je suis saisi de deux amendements identiques, nos 899 et 725, visant à supprimer l’article 14 bis A.
La parole est à M. le ministre, pour soutenir l’amendement no 899.
M. Laurent Nuñez, ministre
Il s’agit de rétablir le texte initial et donc de supprimer de cet article introduit en commission, visant à exclure l’usage des drones pour l’encadrement des manifestations revendicatives ou sportives. Je ne comprends pas le sens de cette disposition. Ou plutôt, je comprends l’argument des auteurs, selon qui les drones entraînent forcément une surveillance, pour reprendre les mots de M. Amirshahi, mais je ne le partage pas. Pour vous, le drone, c’est forcément la surveillance ; le mot protection ne vous effleure donc jamais l’esprit, jamais.
M. Ugo Bernalicis
Les lacrymos, ça ne protège pas beaucoup !
M. Laurent Nuñez, ministre
Pourtant, les drones utilisés pendant les manifestations visent à contenir les troupes de black blocs, ceux-là mêmes qui perturbent vos manifestations. Sans ces drones, les manifestations de La France insoumise ou des organisations syndicales n’iraient pas au bout. Elles n’auraient même pas lieu !
M. Ugo Bernalicis
Oh !
M. Laurent Nuñez, ministre
À moins que M. Bernalicis ne manifeste une forme de solidarité avec les black blocs (Exclamations sur quelques bancs du groupe LFI-NFP.) – mais jamais je ne vous accuserai de cela, car je ne le pense sincèrement pas –,…
M. Ugo Bernalicis
Par contre il n’y a aucun doute sur votre solidarité avec les BRAV-M !
M. Laurent Nuñez, ministre
…ces drones sont là pour vous protéger et pour permettre que les manifestations se déroulent jusqu’à leur terme. Empêcher les forces de l’ordre d’utiliser des drones pendant les manifestations revendicatives ou associatives serait catastrophique.
Les conditions d’usage exigent une autorisation de l’autorité administrative, motivée par la nécessité de prévenir des troubles à l’ordre public.
Il n’existe pas de croisement avec des fichiers, pas de reconnaissance faciale, pas de possibilité d’identifier qui que ce soit. Il s’agit simplement d’un instrument permettant aux forces de sécurité intérieure d’avoir une vue en hauteur…
M. Ugo Bernalicis
De là-haut, c’est plus joli…
M. Laurent Nuñez, ministre
…pour anticiper les mouvements des groupes à risque. Et je vous rassure, les groupes à risque, ce sont surtout les black blocs ; ce sont bien ceux-là que nous visons.
Si cet amendement n’était pas voté, cela constituerait une assurance tous risques pour les groupes de casseurs pendant les manifestations. Je suis sûr, monsieur Bernalicis, que ce n’est pas ce que vous souhaitez. En tout cas, je ne vous prête pas cette intention.
M. le président
L’amendement no 725 de M. Guillaume Kasbarian est défendu.
Quel est l’avis de la commission ?
M. Vincent Caure, rapporteur
L’article 14 bis A est un ajout de la commission ; en tant que rapporteur et à titre personnel, je suis favorable à sa suppression.
M. le président
La parole est à M. Jérémie Iordanoff.
M. Jérémie Iordanoff
Sur la question des drones, il convient de s’interroger sur la nature du droit de manifester et sur ce qu’implique, dans une société donnée, la liberté de circuler et de contester le pouvoir. L’exercice de ces droits exige l’absence de toute crainte de mesures de rétorsion. À défaut, les gens ne sortiront plus, ne manifesteront plus.
M. Guillaume Kasbarian
Il n’est pas questions ici de drones d’attaque !
M. Jérémie Iordanoff
Je n’ai pas dit qu’il s’agissait de drones d’attaque. Simplement, que fait un drone ? De la surveillance.
Imaginez : vous voulez descendre dans la rue pour manifester contre l’ordre établi, contre le gouvernement ou pour quelque raison que ce soit, bonne ou mauvaise. Si vous avez peur d’être observé, fiché ou reconnu, vous ne le ferez pas : vous resterez chez vous. Si demain un régime autoritaire se met en place…
M. Paul Midy
Vous pensez à M. Mélenchon ?
M. Jérémie Iordanoff
…et qu’on ne peut plus sortir dans la rue pour le contester, que va-t-il se passer ?
En instaurant une forme de surveillance, il s’agit en réalité de limiter le droit de manifester. Dans une société libre, on doit pouvoir sortir dans l’espace public pour protester sans être filmé ou regardé par le pouvoir en place. C’est pourquoi la question des drones a une portée beaucoup plus large que le simple maintien de l’ordre dans une manifestation.
M. le président
La parole est à M. Michaël Taverne.
M. Michaël Taverne
Nous voterons pour l’amendement du gouvernement car l’utilisation des drones est primordiale. Lors d’une manifestation, la première mission des forces de l’ordre – que vous insultez du matin au soir – est d’assurer la sécurité des personnes qui manifestent.
Par ailleurs, nous sommes dans une situation internationale compliquée, nous sommes toujours sur le fil du rasoir, notamment face aux risques d’attaques terroristes.
M. Antoine Léaument
Rendez l’argent !
M. Ugo Bernalicis
Lisez donc les commentaires de l’ONU sur le fonctionnement de la police en France !
M. Michaël Taverne
Imaginez, monsieur Iordanoff : vous êtes en train de manifester librement, place de la République, et un commando armé se trouve à 250 mètres et se dirige vers vous.
M. Jean-François Coulomme
N’importe quoi !
M. Michaël Taverne
Vous seriez content de disposer de drones pour identifier ce groupe, permettant ainsi aux policiers et aux gendarmes d’intervenir pour vous sauver la vie. (Applaudissements sur les bancs du groupe RN.)
(Les amendements identiques nos 899 et 725 sont adoptés ; en conséquence, l’article 14 bis A est supprimé.)
Après l’article 14 bis A
M. le président
Je suis saisi de trois amendements, nos 518, 520 et 521, portant article additionnel après l’article 14 bis A, pouvant être soumis à une discussion commune.
L’amendement no 518 de Mme Andrée Taurinya est défendu.
La parole est à M. Ugo Bernalicis, pour soutenir l’amendement no 520.
M. Ugo Bernalicis
Il vise à encadrer l’usage des drones. Monsieur Nuñez, il faut être gonflé pour tenir de tels propos. Selon vous, grâce aux drones, il n’y aurait plus de black blocs et les manifestations se dérouleraient parfaitement bien.
M. Laurent Nuñez, ministre
Je n’ai pas dit ça !
M. Ugo Bernalicis
Si ! Vous avez dit que plus aucune manifestation n’arriverait à son terme si nous n’avions pas ces drones pour nous accompagner, et que c’était grâce à vous, la Macronie, et aux ministres de l’intérieur successifs, que les manifestations pouvaient avoir lieu. (Exclamations sur les bancs du groupe LFI-NFP.)
M. Laurent Nuñez, ministre
Ça, c’est vrai !
M. Antoine Léaument
Mensonge !
M. Ugo Bernalicis
Je n’ai même plus assez de doigts – je n’en ai jamais eu assez – pour compter le nombre de manifestations où il y avait des drones et où nous avons ressenti des gaz lacrymogènes, où des gens ont perdu un œil alors qu’ils n’avaient rien à voir avec les exactions qui étaient commises, etc. En réalité, depuis que vous utilisez les drones, les choses ne vont pas mieux, voire elles ont empiré. C’est ça, la réalité objective ! La finale de la Ligue des champions…
M. Laurent Nuñez, ministre
Ce n’est pas une manifestation !
M. Ugo Bernalicis
Ah, pour vous, ce n’est pas une manifestation ?
M. Laurent Nuñez, ministre
Non, ça n’a rien à voir !
M. Ugo Bernalicis
Il s’agit d’une manifestation festive – revendicative, ils revendiquaient la victoire. Des jeunes gens ont perdu un œil et vous n’étiez même pas au courant – cette information n’était pas remontée dans les rapports ! Vous ne savez pas gérer un maintien de l’ordre qui vise la désescalade. C’est ça, le problème ! Pour vous, les drones sont un outil d’escalade – un outil de répression supplémentaire. C’est ça, la réalité vécue par les manifestantes et les manifestants, bien loin des plateaux de télé et des images qu’on peut voir sur BFM TV, ou des fantasmes du ministre de l’intérieur, soi-disant homme de terrain. C’est insupportable ! Vous détournez les drones de leur finalité. Nous continuerons de nous y opposer. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)
M. le président
La parole est à M. Jérôme Legavre, pour soutenir l’amendement no 521.
M. Jérôme Legavre
C’est un amendement de repli, dans le même ordre d’idées. Monsieur Taverne, selon vous, les forces de police sont là pour assurer la sécurité des manifestants. Celles-ci obéissent à des ordres qui leur sont donnés par le pouvoir politique. Rappelons plusieurs faits : dans la dernière période, singulièrement depuis 2016 et les manifestations contre la loi « travail », manifester dans ce pays est devenu de plus en plus difficile, voire impossible.
M. Guillaume Kasbarian
Enfin !…
M. Jérôme Legavre
En 2016, les manifestations ont été systématiquement nassées. Le 1er mai 2019 – j’ai un souvenir très précis de cette journée –, la manifestation n’a pas pu partir : elle a été noyée sous un nuage de gaz lacrymogène. Les manifestants – les cortèges syndicaux, qui étaient en tête – ont été chargés. Les services d’ordre ont été chargés et se sont fait tabasser. Parmi eux, il n’y avait pas de black blocs ni de gilets jaunes. Ces derniers, qui étaient derrière, se sont fait défoncer – pardonnez-moi l’expression – méthodiquement et systématiquement, sur tout le parcours, à tel point que certains ont dû se réfugier dans un hôpital – ça avait d’ailleurs donné lieu à un coup monté. Faut-il rappeler ce qui s’est passé à partir du moment où le 49.3 a été déclenché sur la réforme des retraites ? (M. Jean-François Coulomme et Mme Danièle Obono applaudissent.)
Un député du groupe LFI-NFP
Vous étiez à la manœuvre !
M. Jérôme Legavre
Les manifestations sont devenues purement et simplement impossibles. Les conditions étaient systématiquement et méthodiquement réunies, du fait du pouvoir politique, pour qu’elles ne puissent pas avoir lieu. La répression s’est déchaînée – avec ou sans drones. Il y a une volonté politique depuis des années de rendre le droit de manifestation quasi impossible – c’est ce dont nous parlons. (Applaudissements sur de nombreux bancs du groupe LFI-NFP.)
M. Guillaume Kasbarian
Ce n’est pas possible de dire ça !
M. le président
Quel est l’avis de la commission sur ces amendements en discussion commune ?
M. Vincent Caure, rapporteur
Avis défavorable sur les trois amendements.
M. le président
Quel est l’avis du gouvernement ?
M. Laurent Nuñez, ministre
Défavorable, évidemment. (Exclamations sur les bancs du groupe LFI-NFP.) Monsieur Bernalicis, vous mélangez les violences urbaines et les manifestations. L’objet de l’amendement, c’est plutôt les manifestations. Monsieur Legavre, nous ne voyons jamais les événements de la même façon. Le 1er mai 2019, la manifestation n’est pas partie parce qu’il y avait un précortège dans lequel des black blocs étaient présents.
M. Jérôme Legavre
Non, cela n’a rien à voir avec les black blocs ! C’étaient les cortèges syndicaux !
M. Laurent Nuñez, ministre
Les forces de l’ordre sont intervenues pour dégager ces derniers et permettre au cortège de partir.
M. Jérôme Legavre
Ce sont des mensonges !
M. Laurent Nuñez, ministre
Monsieur Bernalicis, je le répète, la question n’est pas celle du pouvoir en place. Ce sont les forces de sécurité intérieure qui rendent possibles vos manifestations. Plutôt que de passer votre temps à dire que la police tue, vous feriez mieux de les remercier, parce que sans les forces de l’ordre, il n’y aurait pas vos manifs ! (Vives exclamations sur les bancs du groupe LFI-NFP.)
M. Jérôme Legavre
Vous n’avez jamais foutu les pieds dans un cortège !
M. Laurent Nuñez, ministre
Combien de fois avons-nous dû extraire des députés de La France insoumise, parce que les black blocs voulaient leur porter atteinte ? Ça suffit maintenant ! (Exclamations sur les bancs du groupe LFI-NFP. – Applaudissements sur les bancs des groupes RN, EPR et DR.)
Vous êtes venu me dire merci dans mon bureau !
M. le président
La parole est à M. Antoine Léaument.
M. Antoine Léaument
Connaissez-vous La Marseillaise ? « Contre nous de la tyrannie, l’étendard sanglant est levé ! » Savez-vous que l’étendard sanglant de la tyrannie fait référence au drapeau rouge de la loi martiale,…
Mme Natalia Pouzyreff
Oh !
M. Antoine Léaument
…qui autorisait, après trois sommations, la garde nationale à brandir le drapeau rouge et ensuite à tirer sur la foule ?
M. Paul Midy
Cela n’a aucun rapport ! Arrêtez !
M. Antoine Léaument
Ça a été utilisé une fois, lors de la manifestation du 17 juillet 1791, connue sous le nom tragique de fusillade du Champ de Mars.
M. Ian Boucard
M. Nuñez n’était pas ministre de l’intérieur à l’époque !
M. Antoine Léaument
Sachez-le, monsieur le ministre, toutes les fois où j’ai reçu des coups lors d’une manifestation, c’était la faute de la police. J’ai reçu un coup de matraque, c’était la faute de la police ;…
M. Jérôme Legavre
Exactement ! Il y a même des images !
M. Antoine Léaument
…j’ai reçu une grenade de désencerclement dans la jambe, alors que nous étions parfaitement pacifiques…
M. Ugo Bernalicis
Et sur un trottoir !
M. Antoine Léaument
…et que j’étais sur un trottoir.
Un député du groupe RN
Ah, bien sûr !
M. Antoine Léaument
Quand on vous dit que vous avez une mauvaise gestion du maintien de l’ordre ! Toutes les fois où j’ai vu des scènes de panique ou de bazar, la cause n’était pas les black blocs – je ne vais pas avec les black blocs.
M. Ugo Bernalicis
Ça le fait marrer, qu’on se prenne des grenades ! C’est minable !
M. Antoine Léaument
La cause, c’était la mauvaise gestion du maintien de l’ordre. Lors de la manifestation, non pas revendicative cette fois, mais de célébration d’une victoire de football, là encore, le désordre et le chaos étaient dus au fait que les consignes étaient incompréhensibles – je vous avais demandé un rendez-vous qui finalement n’a pas pu avoir lieu.
M. Ugo Bernalicis
Tant mieux !
M. Antoine Léaument
Les gens ne comprenaient pas pourquoi ils ne pouvaient pas accéder à l’avenue des Champs-Élysées – globalement, ils n’ont pas envie de faire du bazar, du bordel en manifestation. Ce n’est pas ce dont ils ont envie !
M. José Beaurain
Oh !
M. Antoine Léaument
Ils ont envie soit de célébrer, soit de manifester. Je peux défendre, si vous voulez, l’amendement no 517 pour poursuivre le raisonnement.
M. le président
Non, vous continuerez après.
M. Antoine Léaument
Je continuerai donc après.
M. le président
La parole est à M. Michaël Taverne.
M. Michaël Taverne
Nous voterons contre ces amendements. Monsieur Legavre, vous m’avez interpellé. La première mission des policiers et des gendarmes lors des manifestations est d’assurer la sécurité des manifestants. Je vous invite à relire le rapport de la commission d’enquête sur la structuration, le financement, les moyens et les modalités d’action des groupuscules auteurs de violences à l’occasion des manifestations et rassemblements intervenus entre le 16 mars et le 3 mai 2023, ainsi que sur le déroulement de ces manifestations et rassemblements – M. le président de la commission des lois était rapporteur. Nous avons auditionné les représentants de nombreuses organisations syndicales – j’ai participé à quasiment toutes les auditions.
M. Jérôme Legavre
Moi j’y suis dans les cortèges, c’est toute la différence !
M. Michaël Taverne
Ils nous ont déclaré que leurs organisations ont toujours réussi à arriver à leur point d’aboutissement grâce aux policiers et aux gendarmes, mais que, systématiquement, elles étaient perturbées par le précortège du fait de la présence d’éléments radicaux, et qu’elles remerciaient les policiers et les gendarmes d’intervenir pour leur permettre de manifester comme le prévoit la Constitution. (Exclamations prolongées sur les bancs du groupe LFI-NFP.)
M. Pierre-Yves Cadalen
Ne parlez pas à la place des syndicats ouvriers !
M. Michaël Taverne
Essayez d’atterrir un peu.
M. Pierre-Yves Cadalen
Faut pas déconner !
M. Michaël Taverne
Quand on vous dit la vérité, systématiquement, vous pensez qu’on raconte n’importe quoi ! Nous sommes connectés, nous, à la vraie vie, vous savez.
M. Jérôme Legavre
Non !
Mme Danièle Obono
Vous parlez pour les syndicats, bien sûr !
M. Michaël Taverne
Je vous invite à lire le mémoire relatif aux groupuscules violents, aux effets de bandes et aux mouvements éruptifs violents que j’ai rédigé pour l’Institut des hautes études du ministère de l’intérieur (IHEMI). (Exclamations sur les bancs du groupe LFI-NFP.) Les nombreuses personnalités que nous avons auditionnées – des sociologues, des syndicalistes – ont affirmé que les policiers faisaient bien leur travail et étaient perturbés systématiquement par des éléments radicaux du précortège. (Applaudissements sur les bancs du groupe RN.)
(Les amendements nos 518, 520 et 521, successivement mis aux voix, ne sont pas adoptés.)
M. le président
La parole est à M. Antoine Léaument, pour soutenir l’amendement no 517, sur lequel je suis saisi par le groupe Ensemble pour la République d’une demande de scrutin public.
Le scrutin est annoncé dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.
M. Antoine Léaument
Je comprends que vous soyez un peu gêné aux entournures : du côté du Rassemblement National, vous ne participez jamais aux manifestations. (Exclamations sur les bancs du groupe LFI-NFP.) Quand il s’agit de défendre les retraites, vous n’êtes pas là ; quand il s’agit d’augmenter les salaires, vous n’êtes pas là ; quand il s’agit de se mobiliser d’une manière générale pour l’augmentation des salaires ou pour la diminution du temps de travail, vous n’êtes pas là. (Exclamations sur les bancs du groupe RN.) Par contre, vous êtes là à l’Assemblée pour défendre les politiques répressives. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.) Quand les gilets jaunes manifestaient, vous disiez sur les plateaux télé que vous les souteniez, mais la vérité, c’est qu’à l’Assemblée nationale, vous votiez la répression du mouvement des gilets jaunes. (Mêmes mouvements.)
Une députée du groupe LFI-NFP
Exactement !
M. Antoine Léaument
Monsieur le ministre, selon vous, il y a des cortèges violents au début des manifestations. Pourquoi est-ce le cas, malheureusement ?
Mme Élisa Martin
Parce qu’on les laisse faire !
M. Antoine Léaument
Les gens sont tellement mécontents contre la politique qui est mise en œuvre, que certains d’entre eux finissent par se dire – ce n’est pas notre cas – que c’est la seule manière de se faire entendre. Si vous changiez votre politique, il y aurait moins de manifestations et moins de cortèges violents.
Mme Émilie Bonnivard
N’importe quoi !
M. Antoine Léaument
Le problème est toujours le même : c’est l’équilibre entre l’ordre public et la liberté – depuis le début, je n’arrête pas de vous le dire. Normalement, on est censé trouver l’équilibre entre les deux.
M. Sébastien Huyghe
C’est pathétique ! Vous légitimez la violence !
M. Antoine Léaument
Alors que notre doctrine de gestion du maintien de l’ordre vise la désescalade, votre pratique de maintien de l’ordre fait l’inverse : lorsque vous voyez des cortèges violents, vous balancez des gaz lacrymogènes, vous encerclez, vous matraquez.
M. Pierre-Yves Cadalen
À Sainte-Soline, par exemple !
M. Antoine Léaument
Cela provoque des effets désastreux : des gens qui sont tout tranquilles finissent des fois par être agacés, y compris contre les forces de l’ordre. Ainsi, par votre pratique du maintien de l’ordre, vous augmentez la violence dans les manifestations.
M. Ugo Bernalicis
Laurent Nuñez, fournisseur officiel de black blocs !
M. le président
Quel est l’avis de la commission ?
M. Vincent Caure, rapporteur
Avis défavorable.
M. le président
Quel est l’avis du gouvernement ?
M. Laurent Nuñez, ministre
Même avis.
M. le président
La parole est à M. Pouria Amirshahi.
M. Pouria Amirshahi
Monsieur le ministre, dans votre réponse à ma question qui portait initialement sur les drones, vous avez repositionné ces derniers comme une réponse vis-à-vis des manifestants – à l’instar du titre du projet de loi Ripost. Je ne me situais pas sur ce terrain. Je parlais des drones de surveillance, n’en déplaise à ceux qui euphémisent en mettant en avant la volonté de protéger les manifestants grâce aux drones. Je n’ai aucun souci avec la technologie, ce n’est pas le sujet ; c’est l’usage qu’on en fait. Pour ne pas être dans le fantasme de ce qui pourrait advenir si demain ces drones étaient utilisés par un pouvoir mal intentionné, je vais simplement vous dire pourquoi sur le fond, ça pose un problème.
Antoine Léaument l’a dit dans sa première intervention tout à l’heure : lorsqu’on change de régime – par exemple, lorsque les États-Unis, dont nous fêtons le 250e anniversaire de la déclaration d’indépendance, se dotent de principes constitutifs, ou lorsqu’en 2011, le peuple tunisien se lance dans une révolution dans le cadre du printemps arabe –, c’est d’abord contre la tyrannie. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LFI-NFP.) Vous pouvez dire que c’est exagéré et qu’il n’y a pas de lien. Pourquoi s’inquiéter aujourd’hui, en 2026, de l’usage des drones ? Précisément parce que notre rôle de législateurs est de veiller à ce que, d’abord et avant tout – car c’est la condition première de la possibilité d’exercer notre souveraineté démocratique –, nous disposions de tous les cliquets possibles pour éviter qu’un régime tyrannique puisse se servir de ces outils. C’est ça, le sujet, au fond.
On pourrait entrer dans les détails et se demander si, oui ou non, des dispositifs de ce type entrent dans le champ possible de l’exercice d’un pouvoir tyrannique. Je n’en sais rien, mais le débat philosophique mérite un peu de hauteur. Nous parlons de placer de telles dispositions exorbitantes entre les mains d’un pouvoir administratif – c’est grave ! Qui contrôle celui qui contrôle – celui qui surveille ? Ce ne sont pas des petits sujets ; je vous demanderai de ne pas les balayer d’un revers de la main. C’est ce qui, au fond, nous constitue : le fait de savoir si oui ou non nous sommes protégés de nous-mêmes.
M. le président
Je mets aux voix l’amendement no 517.
(Il est procédé au scrutin.)
M. le président
Voici le résultat du scrutin :
Nombre de votants 57
Nombre de suffrages exprimés 57
Majorité absolue 29
Pour l’adoption 19
Contre 38
(L’amendement no 517 n’est pas adopté.)
M. le président
L’examen de l’article 14 bis ayant été réservé à la demande du gouvernement, nous passons à l’examen de l’article 15.
Article 15
M. le président
Sur les amendements nos 843, 901 et 834 ainsi que sur les amendements no 15 et identiques, je suis saisi par les groupes Ensemble pour la République et Horizons & indépendants de demandes de scrutin public.
Les scrutins sont annoncés dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.
L’inscription d’orateurs sur cet article n’étant pas possible, nous passons à l’examen des amendements.
Je suis saisi de plusieurs amendements, nos 843, 901, 834, 15, 247 et 775, qui visent à rétablir l’article 15, pouvant être soumis à une discussion commune.
Les amendements nos 15, 247 et 775 sont identiques.
L’amendement no 901 fait l’objet de sous-amendements nos 934, 1055, 941, 1090, 938, 1056, 1087, 937, 1088, 936, 1089, 935, 939, 1057, 940 et 942.
Les sous-amendements nos 1056 et 1087 sont identiques, ainsi que les sous-amendements nos 937 et 1088 et les sous-amendements nos 936 et 1089.
La parole est à M. Christophe Marion, pour soutenir l’amendement no 843.
M. Christophe Marion
Cet amendement vise à rétablir l’article 15, car c’est un article de bon sens opérationnel. Il élargit le champ des infractions autorisant l’usage des dispositifs Lapi et prolonge la durée de conservation et de consultation des données collectées.
Ces mesures nous paraissent indispensables car les dispositifs Lapi sont simples, efficaces et, surtout, déjà éprouvés. Nul besoin de réinventer la poudre : nous nous appuyons sur des dispositifs existants, que nous optimisons pour centraliser les informations et faciliter le travail des enquêteurs afin de rendre l’action des forces de sécurité et des douanes plus rapide et plus précise et les procédures judiciaires plus solides.
J’entends l’inquiétude de certains, mais la France n’est quand même pas un État policier. Quand on voit l’usage des dispositifs Lapi fait par d’autres pays européens, on constate qu’on est loin derrière eux.
Nos concitoyens sont prêts. Ils ont accepté la vidéosurveillance algorithmique (VSA) pendant les Jeux olympiques et les études d’opinion montrent qu’ils souhaitent disposer d’outils leur permettant de prouver leur bonne foi après un accident ou une infraction. Il faut les entendre.
La rédaction que nous proposons est très claire : pas de reconnaissance faciale. La Cnil – Commission nationale de l’informatique et des libertés – ne s’est pas opposée à l’article. Elle a même reconnu qu’il répondait à des nécessités opérationnelles pour des infractions graves et ciblées, dont la liste limitée est stratégique : terrorisme, vol aggravé, évasion violente et enlèvement d’enfant. La Cnil a même salué le fait que la consultation des données au-delà d’un mois soit soumise à l’autorisation d’un magistrat.
Je conclus sur un point de vigilance : monsieur le ministre, nous avons besoin d’être pleinement rassurés quant à la sécurisation des données. (Applaudissements sur les bancs du groupe HOR.)
M. le président
La parole est à M. le ministre, pour soutenir l’amendement no 901.
M. Laurent Nuñez, ministre
Cet amendement vise à rétablir le recours étendu au dispositif Lapi, qui est important. Le projet de loi, dans sa rédaction initiale, prévoyait d’étendre son champ d’application à de nouvelles infractions, dont la liste figure dans l’amendement. Elles concernent notamment les actes terroristes et des infractions touchant à la criminalité organisée. Des amendements votés au Sénat ont élargi l’usage du dispositif à des infractions importantes, qui ont marqué les esprits, et à la recherche de personnes.
L’amendement vise également à permettre, sous le contrôle de la Cnil, de procéder à certains traitements de données, dans des conditions fixées par un décret en Conseil d’État, après avis de la Cnil.
Il vise enfin à étendre la durée de conservation des données à un an pour leur utilisation dans un cadre judiciaire.
En rétablissant l’article 15, l’amendement offrirait aux forces de sécurité intérieure des pouvoirs accrus, dans un cadre extrêmement contrôlé, pour mieux lutter contre la criminalité organisée.
M. le président
La parole est à Mme Laetitia Saint-Paul, pour soutenir l’amendement no 834.
Mme Laetitia Saint-Paul
L’extrême gauche a fait tomber le couperet Orwell. Depuis la parution de 1984, les démocraties s’interdisent de penser la sécurité numérique. Chaque utilisation de la technologie devient suspecte. Big Brother est tapi dans l’ombre. Sécurité égale surveillance égale oppression. (Rires sur les bancs du groupe LFI-NFP.)
M. Antoine Léaument
Quel argument ! Bravo !
Mme Laetitia Saint-Paul
Réduire la technologie à des instruments de contrôle, c’est oublier que, dans une démocratie, son usage est encadré par la loi et contrôlé par des autorités indépendantes. Elle sert la liberté.
Cet amendement du groupe Horizons & Indépendants porte sur les dispositifs de lecture automatisée de plaques d’immatriculation. Il propose deux avancées : étendre le champ des infractions autorisant leur recours, notamment au vol aggravé, à l’évasion et à l’escroquerie, et porter à un an la durée de conservation des données collectées.
Cette mesure répond à une demande des forces de l’ordre qui constatent sur le terrain l’efficacité opérationnelle des Lapi. Elles plaident donc pour un élargissement équilibré du dispositif qui permet de repérer en temps réel des véhicules signalés, de recouper des déplacements et de dénouer des affaires qui, sans ce dispositif, resteraient dans l’impasse.
La durée de conservation des données est aujourd’hui trop courte au regard du temps réel des enquêtes. Chacun sait qu’une investigation ne se boucle pas en quelques jours. La porter à un an, c’est simplement mettre le droit en accord avec la réalité du travail d’enquête, sous le contrôle des garanties qui encadrent déjà ces traitements.
Il ne s’agit donc ni de créer un outil nouveau ni d’instaurer une surveillance généralisée, mais de permettre à un dispositif éprouvé et encadré de produire tous ses effets, dans le respect de nos exigences constitutionnelles. (M. Christophe Marion applaudit.)
M. le président
La parole est à Mme Élisa Martin, pour soutenir le sous-amendement no 934 à l’amendement no 901.
Mme Élisa Martin
La lecture automatisée de plaques d’immatriculation nous a d’abord été vendue notamment comme un dispositif permettant de contrôler l’entrée des véhicules dans les ZFE – zones à faibles émissions. Dans un premier temps, pour verbaliser, les agents devaient cliquer. Puis, on est passé à un système automatique. C’est toujours la même histoire de ce rêve, ou plutôt de ce cauchemar, où les nouvelles technologies résolvent tout. C’est l’effet « Cliquez ! ».
Vous souhaitez donc désormais élargir le champ du dispositif Lapi, que vous parez de toutes les vertus, au-delà de celui de la verbalisation. Nous allons vivre dans un monde merveilleux où nous serons contrôlés, repérés, suivis dans tous nos mouvements et dans nos moindres faits et gestes pour stopper le terrorisme, les enlèvements d’enfants ou les braquages. La liste de l’amendement du gouvernement semble infinie.
Le dispositif pose, en lui-même, des problèmes d’atteinte aux libertés fondamentales, comme la liberté d’aller et venir, et à la vie privée. Dans l’amendement du gouvernement, il y a un mot qui est particulièrement problématique : en visant les « occupants » du véhicule, le dispositif ne concerne plus seulement les voitures, mais les êtres humains qui s’y trouvent, toujours au nom de cette logique d’effectivité.
M. le président
La parole est à M. Pouria Amirshahi, pour soutenir le sous-amendement no 1055.
M. Pouria Amirshahi
La nature très hétéroclite du texte me plonge dans un certain désarroi. Après avoir parlé de drones, de rave-parties et de mortiers, on parle désormais de plaques d’immatriculation. Je ne suis pas convaincu que nous soyons en train de faire une loi de qualité. Bref.
Vos dispositifs Lapi ne se limitent pas à lire une plaque : ils peuvent aussi photographier les occupants du véhicule. Vous avez omis de préciser ce petit détail. Ceux qui sont attachés au respect des libertés auraient apprécié que vous le fassiez, pour pouvoir décider en connaissance de cause.
L’article 15 élargit fortement le champ d’application des Lapi, ça a été dit, et permet de conserver les données pendant un an, contre quinze jours aujourd’hui. Faut-il s’en inquiéter ? Je rappelle qu’en élargissant les finalités d’un dispositif et en allongeant la durée de conservation des données, on multiplie les possibilités de croisement de fichiers et d’exploitation mal intentionnée.
On augmente ainsi le risque de surveillance généralisée. Je ne dis pas, monsieur le ministre, que c’est votre intention, mais le dispositif tel qu’il se dessine permettrait que cette intention se déploie. Je propose donc de tracer une ligne nette pour que la lecture automatisée de plaques ne devienne pas un outil d’identification biométrique afin d’éviter que les données conservées ne contiennent des visages. Je ne demande rien d’autre.
M. le président
La parole est à M. Pierre-Yves Cadalen, pour soutenir le sous-amendement no 941.
M. Pierre-Yves Cadalen
La collègue Saint-Paul est partie. C’est dommage, car je souhaitais répondre sur l’usage assez curieux qu’elle a fait de George Orwell. Selon elle, 1984 est la raison pour laquelle nous nous interdisons de tomber dans la dérive liberticide du gouvernement, ce qui serait un problème. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.) Je ne vous apprends rien en vous disant que George Orwell a écrit 1984 avant internet. Son argument est donc un peu curieux.
Cela dit, posons bien les termes. J’ai été élu député après la dissolution. Depuis, nous assistons à des phénomènes de type orwellien. Vous avez perdu les élections, mais vous affirmez les avoir gagnées.
M. Jean-François Coulomme
Exactement !
M. Pierre-Yves Cadalen
Vous menez une politique impopulaire, mais vous affirmez qu’elle n’a jamais aussi bien fonctionné. Vous détruisez les libertés publiques, mais vous prétendez en être les garants. C’est insupportable !
Emmanuel Macron…
M. Vincent Caure, rapporteur
Le président de la République.
M. Pierre-Yves Cadalen
…qui se prétendait libéral, a floué son beau monde en 2017. Il a même écrit un livre intitulé, excusez du peu, Révolution. Nous sommes hostiles au néolibéralisme et au libéralisme économique, mais nous connaissons la tradition du libéralisme politique, incarnée notamment par Montesquieu ou Benjamin Constant. Je ne suis pas sûr qu’Emmanuel Macron y soit attaché.
M. Antoine Léaument
Eh oui !
M. Pierre-Yves Cadalen
Les dispositions que nous examinons renforcent toujours plus le contrôle sur les individus.
M. Antoine Léaument
Le gouvernement a été constant sur ce sujet !
M. Pierre-Yves Cadalen
Je rappelle que Benjamin Constant trouvait scandaleux de devoir montrer un papier d’identité lors du passage d’une frontière. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)
M. le président
La parole est à M. Roger Vicot, pour soutenir les sous-amendements nos 1090, 1087, 1088 et 1089, qui peuvent faire l’objet d’une présentation groupée.
M. Roger Vicot
Ces sous-amendements sont peu ou prou identiques.
Passez-moi l’expression, mais il y a une petite entourloupe avec les Lapi. On connaissait déjà leur utilisation en matière de surveillance du stationnement payant avec le contrôle exclusif des plaques d’immatriculation. Avec cet article, on élargit la photo aux occupants du véhicule, ce qui est très différent.
M. Antoine Léaument
Eh oui !
M. Roger Vicot
L’efficacité constatée des Lapi pour surveiller le stationnement payant et l’élargissement considérable du champ des infractions font courir un véritable risque de surveillance généralisée et permanente de la population. M. Marion a dit que nous pouvions être rassurés, car la France n’est pas État policier.
Mme Élisa Martin
Un peu, quand même !
M. Roger Vicot
J’espère que cette situation perdurera, car dans un État plus autoritaire, avec une conception différente des libertés publiques, un tel dispositif pourrait devenir – j’ose le mot – dangereux.
Ces sous-amendements sont des sous-amendements de sagesse. Nous n’ignorons pas que, pour certains problèmes, le recours à la technologie est nécessaire. Nous proposons donc par ces sous-amendements de restreindre l’utilisation du dispositif Lapi – ou plutôt Lapiov, lecture automatisée de plaques d’immatriculation et des occupants du véhicule – aux infractions les plus graves : criminalité organisée, terrorisme, soustraction de mineur et enlèvement. Cela permettrait d’utiliser le dispositif tout en évitant le risque de surveillance généralisée, qui est réel.
------------------Cette partie de la séance est en cours de finalisation---------------------------------------------