Deuxième séance du samedi 27 juin 2026
- Présidence de Mme Yaël Braun-Pivet
- 1. Droit à l’aide à mourir
- Discussion des articles (suite)
- Article 12 (suite)
- Suspension et reprise de la séance
- Article 13
- Article 14
- Mme Sandrine Dogor-Such
- M. Charles Sitzenstuhl
- M. Hadrien Clouet
- Amendements nos 515, 502, 503, 780, 713, 781, 1205, 1571, 1019, 1292, 1397, 1150, 1476, 561, 79, 1223, 943, 944, 134, 255 rectifié, 163, 546, 249, 256, 1574, 80, 200, 511, 823, 1021, 509 et 173
- Article 16
- Amendements nos 789, 1588, 533, 1491, 531, 586 rectifié, 532, 788, 1587, 530, 534 et 1490, 1489
- Article 17
- Article 18
- Discussion des articles (suite)
Présidence de Mme Yaël Braun-Pivet
Mme la présidente
La séance est ouverte.
(La séance est ouverte à quinze heures.)
1. Droit à l’aide à mourir
Nouvelle lecture (suite)
Mme la présidente
L’ordre du jour appelle la suite de la discussion, en nouvelle lecture, de la proposition de loi relative au droit à l’aide à mourir (nos 2773, 2915 rectifié).
Discussion des articles (suite)
Mme la présidente
Ce matin, l’Assemblée a poursuivi la discussion des articles de la proposition de loi, s’arrêtant à l’amendement no 1204 à l’article 12.
Article 12 (suite)
Mme la présidente
Je suis saisie de deux demandes de scrutin public : sur l’amendement no 1204, par le groupe Rassemblement national ; sur l’amendement no 489, par le groupe Droite républicaine.
Les scrutins sont annoncés dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.
La parole est à M. Christophe Bentz, pour soutenir l’amendement no 1204.
M. Christophe Bentz
Il s’agit d’un vrai amendement rédactionnel. (Sourires.)
Mme la présidente
La parole est à M. Stéphane Delautrette, rapporteur de la commission des affaires sociales, pour donner l’avis de la commission.
M. Stéphane Delautrette, rapporteur de la commission des affaires sociales
C’est un vrai avis défavorable. (Sourires.)
Mme la présidente
La parole est à Mme la ministre déléguée chargée de l’autonomie et des personnes handicapées, pour donner l’avis du gouvernement.
Mme Camille Galliard-Minier, ministre déléguée chargée de l’autonomie et des personnes handicapées
Même avis.
Mme la présidente
Je mets aux voix l’amendement no 1204.
(Il est procédé au scrutin.)
Mme la présidente
Voici le résultat du scrutin :
Nombre de votants 62
Nombre de suffrages exprimés 62
Majorité absolue 32
Pour l’adoption 19
Contre 43
(L’amendement no 1204 n’est pas adopté.)
Mme la présidente
Je suis saisie de quatre amendements, nos 1018, 75, 1265 et 489, pouvant être soumis à une discussion commune.
La parole est à M. Charles Sitzenstuhl, pour soutenir l’amendement no 1018.
M. Charles Sitzenstuhl
Il s’agit d’un point important de cette proposition de loi. Il est étonnant que le recours contre les décisions du médecin relève de la juridiction administrative, alors que nos principes constitutionnels consacrent clairement l’autorité judiciaire comme la gardienne des libertés individuelles.
Cette question s’ajoute aux nombreuses interrogations soulevées par ce texte. Je l’ai déjà posée à plusieurs reprises et je la renouvelle : pourquoi la juridiction administrative se substitue-t-elle, en l’espèce, à l’autorité judiciaire ? Ce choix est contraire à notre tradition juridique.
Mme la présidente
La parole est à M. Patrick Hetzel, pour soutenir l’amendement no 75, sur lequel je suis saisie par le groupe Droite républicaine d’une demande de scrutin public.
M. Patrick Hetzel
Je partage les propos de notre collègue Sitzenstuhl. Je ne comprends pas le monopole de compétence que le texte entend confier au juge administratif. C’est pourquoi je propose de substituer le mot « compétente » au mot « administrative ». Cette rédaction permettrait à chaque ordre de juridiction d’intervenir dans son champ de compétence : la juridiction administrative pour les litiges relevant du droit administratif, le juge judiciaire pour ceux qui relèvent de sa compétence.
Mme la présidente
L’amendement no 1265 de Mme Émeline K/Bidi est défendu.
La parole est à Mme Justine Gruet, pour soutenir l’amendement no 489.
Mme Justine Gruet
À la suite d’une modification rédactionnelle adoptée en commission, cet amendement visait à préciser que la juridiction administrative était compétente. Je le retire au profit de celui de Patrick Hetzel, dont la portée est plus large.
(L’amendement no 489 est retiré.)
Mme la présidente
Quel est l’avis de la commission ?
M. Stéphane Delautrette, rapporteur
M. Sitzenstuhl se réfère à l’article 66 de la Constitution qui dispose que l’autorité judiciaire est la gardienne de la liberté individuelle. Mais à moins qu’il ne m’apporte une preuve contraire, le Conseil constitutionnel n’a jamais jugé que les décisions médicales relatives à la fin de vie relevaient par nature de la compétence des juridictions judiciaires.
Il a au contraire affirmé qu’en l’absence de disposition particulière, « le recours contre la décision du médecin relative à l’arrêt ou à la limitation des soins de maintien en vie d’une personne hors d’état d’exprimer sa volonté s’exerce dans les conditions du droit commun » : il s’agit du considérant no 16 de sa décision 2017-632 QPC du 2 juin 2017.
Plusieurs raisons justifient le choix de la compétence de la juridiction administrative : l’existence de procédures d’urgence qui ont fait la preuve de leur efficacité, je pense notamment au référé-liberté ; la célérité des procédures devant la juridiction administrative ; la nécessité d’éviter les jurisprudences divergentes entre ordres juridictionnels dans cette matière contentieuse qui pourrait ne concerner qu’un nombre limité de cas ; la simplification des procédures pour le justiciable.
Enfin, le juge administratif a montré sa capacité à adapter son office pour se prononcer sur des questions médicales complexes.
Pour toutes ces raisons, j’émets un avis défavorable à tous vos amendements.
Mme la présidente
Quel est l’avis du gouvernement ?
Mme Camille Galliard-Minier, ministre déléguée
Je partage l’ensemble des arguments exposés par le rapporteur, qui a rappelé tant la jurisprudence du Conseil constitutionnel que les différents éléments qui militent en faveur de la compétence du juge administratif.
J’ajoute que le Conseil d’État, en sa qualité de juridiction suprême de l’ordre administratif, a lui aussi validé le principe d’une juridiction unique compétente en la matière, ainsi que le choix du juge administratif.
M. Xavier Breton
On n’est jamais si bien servi que par soi-même !
Mme Camille Galliard-Minier, ministre déléguée
L’ensemble de ces arguments m’amène à émettre un avis défavorable, pour conserver en l’état la rédaction du texte.
Mme la présidente
La parole est à Mme Claire Marais-Beuil.
Mme Claire Marais-Beuil
Depuis un certain temps, une question me préoccupe et, à ce stade de nos débats, je n’ai toujours pas entendu de réponse satisfaisante. Quelle doit être l’attitude des médecins ou des services d’urgence lorsqu’ils prennent en charge une personne ayant survécu à une tentative de suicide ? Aujourd’hui, leur devoir est de tout mettre en œuvre pour sauver la vie, tout en évaluant la souffrance physique et en proposant une prise en charge adaptée.
Mais si le droit à mourir venait à être voté, cette obligation resterait-elle inchangée, dans le cas où les médecins découvraient que le patient a rempli des directives anticipées et qu’il est atteint d’une maladie incurable ? La clause de conscience s’exercerait-elle toujours dans les mêmes conditions ?
Où se situe la frontière entre la prévention du suicide et le respect de l’autonomie d’une personne qui exprime le souhait de mourir ? C’est une question éthique, médicale et juridique majeure, qui mérite une réflexion approfondie. La soigne-t-on pour mieux lui permettre de mourir ensuite ?
(L’amendement no 1018 n’est pas adopté.)
Mme la présidente
Je mets aux voix l’amendement no 75.
(Il est procédé au scrutin.)
Mme la présidente
Voici le résultat du scrutin :
Nombre de votants 81
Nombre de suffrages exprimés 81
Majorité absolue 41
Pour l’adoption 28
Contre 53
(L’amendement no 75 n’est pas adopté.)
(L’amendement no 1265 n’est pas adopté.)
Mme la présidente
Sur l’amendement no 1143, je suis saisie par le groupe Rassemblement national d’une demande de scrutin public.
Le scrutin est annoncé dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.
La parole est à M. Thibault Bazin, pour soutenir l’amendement no 12.
M. Thibault Bazin
Il serait bon de prévoir une procédure de médiation facultative. Cet outil efficace permettrait d’éviter une judiciarisation de la mort et de suivre les bonnes pratiques visant à faire du recours contentieux l’ultime moyen de contestation devant la justice.
La médiation suit le principe d’une recherche de dialogue, de la compréhension des points de désaccord et peut-être de solutions. Elle serait conduite par un tiers qualifié, indépendant de l’équipe de soins, dans des conditions garantissant l’impartialité, la confidentialité et la célérité de la procédure.
Il est vrai que le contentieux relatif aux demandes d’aide à mourir sera peu fréquent puisque la seule personne susceptible de former un recours ne sera plus là. Toutefois, les refus de donner droit à de telles demandes pourraient faire l’objet d’une médiation.
Mme la présidente
Quel est l’avis de la commission ?
M. Stéphane Delautrette, rapporteur
Monsieur Bazin, votre proposition est étrange, car vous n’avez eu de cesse de chercher à judiciariser la procédure.
M. Thibault Bazin
Non, c’est injuste de dire cela, j’ai fait tout l’inverse !
M. Stéphane Delautrette, rapporteur
Et voilà que, alors même que nous proposons une procédure judiciaire accélérée, fondée sur un référé-liberté permettant une décision sous quarante-huit heures, vous plaidez désormais pour la médiation. Pourtant, une médiation peut être beaucoup plus longue et ses délais ne sont pas compatibles avec l’urgence de la situation de la personne concernée. Avis défavorable.
(L’amendement no 12, repoussé par le gouvernement, n’est pas adopté.)
Mme la présidente
La parole est à Mme Lisette Pollet, pour soutenir l’amendement no 1143.
Mme Lisette Pollet
Nous proposons que la saisine du juge suspende la procédure jusqu’à ce qu’une décision définitive soit rendue. Sans effet suspensif, le recours risque de devenir purement théorique. En effet, si la procédure se poursuit pendant l’examen du recours et que l’acte est réalisé, aucune décision de justice ultérieure ne pourra revenir sur ses conséquences.
Nous parlons ici d’un acte irréversible. Dans tous les domaines sensibles du droit, l’effectivité du recours suppose que le juge puisse statuer avant que la situation ne devienne définitive. Cet amendement ne remet pas en cause le principe de recours prévu par le texte ; il vise simplement à lui donner une portée réelle.
Mme la présidente
Quel est l’avis de la commission ?
M. Stéphane Delautrette, rapporteur
Avis défavorable.
Mme la présidente
Quel est l’avis du gouvernement ?
Mme Camille Galliard-Minier, ministre déléguée
Même avis.
Mme la présidente
Je mets aux voix l’amendement no 1143.
(Il est procédé au scrutin.)
Mme la présidente
Voici le résultat du scrutin :
Nombre de votants 80
Nombre de suffrages exprimés 80
Majorité absolue 41
Pour l’adoption 24
Contre 56
(L’amendement no 1143 n’est pas adopté.)
Mme la présidente
Je suis saisie de deux amendements identiques, nos 634 et 1567.
La parole est à M. Patrick Hetzel, pour soutenir l’amendement no 634.
M. Patrick Hetzel
Il est retiré.
Mme la présidente
La parole est à M. Dominique Potier, pour soutenir l’amendement no 1567.
M. Dominique Potier
Je le retire également.
(Les amendements identiques nos 634 et 1567 sont retirés.)
Mme la présidente
Je suis saisie de sept amendements, nos 820 rectifié, 1144, 735, 1568, 494, 942 et 1145, pouvant être soumis à une discussion commune.
Les amendements nos 735 et 1568 sont identiques.
La parole est à Mme Annie Vidal, pour soutenir l’amendement no 820 rectifié.
Mme Annie Vidal
Il vise à aligner le délai de recours ouvert à la personne chargée d’une mesure de protection juridique sur les dispositions de droit commun, y compris par voie de référé-liberté.
En effet, le délai de deux jours paraît particulièrement court pour permettre au représentant légal d’apprécier la situation, de recueillir les éléments nécessaires et, le cas échéant, de former un recours utile. Ce délai restreint risque de vider de sa substance la garantie procédurale ainsi accordée aux majeurs.
Il serait paradoxal que la vulnérabilité de la personne protégée se traduise précisément, dans ce contexte, par une réduction des garanties procédurales qui lui sont accordées.
Mme la présidente
Sur les amendements nos 1144 et 1145, je suis saisie par le groupe Rassemblement national d’une demande de scrutin public.
Les scrutins sont annoncés dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.
Les amendements nos 1144 de Mme Lisette Pollet et 735 de Mme Nathalie Colin-Oesterlé sont défendus.
La parole est à M. Dominique Potier, pour soutenir l’amendement no 1568.
M. Dominique Potier
Patrick Hetzel et moi-même avons retiré nos amendements identiques nos 634 et 1567, qui visaient à exclure les majeurs protégés du périmètre du texte. Nous prenons acte, désormais, de leur intégration. Dès lors, il convient de garantir l’effectivité du recours. Or le délai de quarante-huit heures n’est vraiment pas sérieux.
M. Thibault Bazin
Eh non !
M. Dominique Potier
Tous ceux qui connaissent l’activité des personnes chargées de la protection des majeurs protégés et des personnes vulnérables savent combien leur disponibilité est limitée. Les difficultés pour les joindre, les contraintes d’organisation dans ces circonstances pourraient entraîner des conséquences dramatiques.
Nous proposons donc de porter ce délai à quinze jours. Ce chiffre peut être discuté : faut-il prévoir dix jours ou trois semaines ? En tout cas, ne conservons pas ce délai de quarante-huit heures, indécent au regard des enjeux en cause.
Mme la présidente
Les amendements nos 494 de Mme Justine Gruet, 942 de M. Philippe Juvin et 1145 de Mme Lisette Pollet sont défendus.
Quel est l’avis de la commission ?
M. Stéphane Delautrette, rapporteur
Parmi les nombreux arguments qui me conduisent à émettre un avis défavorable, le plus important est le suivant : le délai de deux jours laissé à la personne chargée de la mesure de protection pour contester la décision du médecin autorisant l’aide à mourir est cohérent avec le délai de réflexion d’au moins deux jours prévu à l’article 6. Si l’on fixait un délai de recours supérieur, un patient pourrait avoir confirmé sa demande avant que la personne chargée de sa protection ait pu former un recours. (M. Thibault Bazin et Mme Annie Vidal protestent.)
M. Dominique Potier
On est en Absurdie, là !
M. Stéphane Delautrette, rapporteur
Ce délai dont vous dénoncez la brièveté est donc, en réalité, le plus protecteur.
Mme la présidente
Quel est l’avis du gouvernement ?
Mme Camille Galliard-Minier, ministre déléguée
Il est difficile d’entendre que ce texte ne prévoirait pas de garantie pour les majeurs protégés. L’alinéa 3 de l’article 12 crée précisément une exception à leur bénéfice : alors que dans le cas ordinaire, il n’est pas possible qu’un tiers forme un recours contre la décision du médecin, cet alinéa tend à autoriser la personne chargée de la mesure de protection à saisir le juge. La situation des majeurs protégés fait donc bien l’objet d’une attention et de garanties particulières.
Cette saisine du tribunal doit en effet avoir lieu dans un délai de deux jours, mais je rappelle qu’il s’agit de contester une décision positive consécutive au dépôt d’une demande individuelle par la personne protégée. Cette disposition revêt donc un caractère tout à fait dérogatoire, qui justifie ce très court délai. Avis défavorable sur l’ensemble des amendements.
Mme la présidente
La parole est à M. Thibault Bazin.
M. Thibault Bazin
Monsieur le rapporteur, nous sommes cohérents avec les positions que nous avons défendues jusqu’ici.
M. Stéphane Delautrette, rapporteur
Je n’ai pas dit le contraire !
M. Thibault Bazin
Dans le cas des majeurs protégés, nous vous avons indiqué que le délai de saisine ne devait pas être inférieur à deux semaines. Si vous affirmez qu’il peut n’être que de quarante-huit heures, c’est parce que vous avez repoussé les amendements par lesquels nous demandions la fixation d’un délai sérieux. On ne sait même pas si la personne chargée de la mesure de protection sera prévenue de la décision du médecin puisque le registre ne sera pas opérationnel et que, le temps qu’il le soit, un décret doit être pris sur le sujet.
Très honnêtement, comment pouvez-vous dire que des garanties suffisantes sont prévues ? Nous vous disons le contraire !
M. Patrick Hetzel et Mme Annie Vidal
Eh oui !
M. Thibault Bazin
Madame la ministre chargée des personnes handicapées, nous estimons que ce qui est proposé n’est pas assez sérieux ni assez protecteur pour les personnes qui font l’objet d’une mesure de protection. Même dans l’Oregon, un délai d’au moins quinze jours est prévu ! Quarante-huit heures, c’est expéditif.
M. Dominique Potier
C’est une justice expéditive !
M. Thibault Bazin
Étant donné les situations concrètes dans lesquelles elles se trouvent et la charge de travail qu’un tel recours représente pour les personnes chargées d’une mesure de protection, leur laisser uniquement quarante-huit heures pour le former revient à le rendre impossible dans les cas mêmes où il serait fondé.
(L’amendement no 820 rectifié n’est pas adopté.)
Mme la présidente
Je mets aux voix l’amendement no 1144.
(Il est procédé au scrutin.)
Mme la présidente
Voici le résultat du scrutin :
Nombre de votants 82
Nombre de suffrages exprimés 82
Majorité absolue 42
Pour l’adoption 25
Contre 57
(L’amendement no 1144 n’est pas adopté.)
(Les amendements identiques nos 735 et 1568 ne sont pas adoptés.)
(Les amendements nos 494 et 942, successivement mis aux voix, ne sont pas adoptés.)
Mme la présidente
Je mets aux voix l’amendement no 1145.
(Il est procédé au scrutin.)
Mme la présidente
Voici le résultat du scrutin :
Nombre de votants 76
Nombre de suffrages exprimés 76
Majorité absolue 39
Pour l’adoption 21
Contre 55
(L’amendement no 1145 n’est pas adopté.)
M. Boris Vallaud
Je demande une suspension de séance de cinq minutes.
Mme la présidente
Elle est de droit.
Suspension et reprise de la séance
Mme la présidente
La séance est suspendue.
(La séance, suspendue à quinze heures dix-neuf, est reprise à quinze heures vingt-deux.)
Mme la présidente
La séance est reprise.
L’amendement no 492 de Mme Justine Gruet est défendu.
(L’amendement no 492, repoussé par la commission et le gouvernement, n’est pas adopté.)
Mme la présidente
La parole est à Mme Karine Lebon, pour soutenir l’amendement no 674, qui fait l’objet du sous-amendement no 2153.
Mme Karine Lebon
Il vise à sécuriser le recours, prévu à l’article 12, que pourront former les personnes chargées d’une mesure de protection auprès du juge administratif pour contester la décision autorisant l’aide à mourir. Pour que cette garantie importante soit effective, il faut préciser deux points. D’abord, la saisine du juge doit suspendre la procédure, sans quoi le recours risque d’être purement théorique : si la procédure continue pendant que le juge est saisi, il sera trop tard pour protéger la personne demandeuse.
Ensuite, le juge doit statuer rapidement, dans un délai de deux jours qui permettra de concilier deux exigences : ne pas imposer à la personne malade une attente excessivement longue, et garantir l’effectivité du contrôle dans des situations marquées par une vulnérabilité particulière.
Mme la présidente
La parole est à M. le rapporteur, pour donner l’avis de la commission sur cet amendement et soutenir le sous-amendement no 2153.
M. Stéphane Delautrette, rapporteur
Le sous-amendement tend à préciser la portée de l’effet suspensif prévu par l’amendement en indiquant qu’il s’applique aux procédures de référé-liberté et de référé-suspension introduites devant la juridiction administrative.
Je suis donc favorable à l’amendement sous réserve de l’adoption du présent sous-amendement.
Mme la présidente
Quel est l’avis du gouvernement sur l’amendement et le sous-amendement ?
Mme Camille Galliard-Minier, ministre déléguée
Avis favorable sur l’amendement de M. Monnet, qui permet de suspendre la procédure d’accès à l’aide à mourir pour le temps que durera la procédure administrative de contestation, sous réserve de l’adoption du sous-amendement.
Mme la présidente
La parole est à M. Patrick Hetzel.
M. Patrick Hetzel
Nous sommes favorables à cet amendement, défendu par Mme Lebon et sous-amendé par le rapporteur, qui va dans le bon sens. Cela étant, c’est tout de même incroyable : il y a quelques minutes, tout allait bien !
Mme Justine Gruet
Ah oui, tout allait bien !
M. Patrick Hetzel
On nous disait qu’il n’y avait aucun problème ! Pourtant, monsieur le rapporteur, vous êtes obligé de reconnaître qu’un problème se posait bel et bien et qu’il fallait le traiter par cet amendement. C’est tant mieux ! Mais on constate un décalage entre les arguments que vous avez formulés précédemment et votre position présente.
M. Xavier Breton
Très bien !
(Le sous-amendement no 2153 est adopté.)
(L’amendement no 674, sous-amendé, est adopté.)
Mme la présidente
L’amendement no 1147 de Mme Lisette Pollet est défendu.
(L’amendement no 1147, repoussé par la commission et le gouvernement, n’est pas adopté.)
Mme la présidente
La parole est à M. Patrick Hetzel, pour soutenir l’amendement no 77.
M. Patrick Hetzel
Dans le droit fil des positions que nous avons défendues jusqu’ici, il prévoit que la décision du médecin autorisant une personne faisant l’objet d’une mesure d’assistance ou de protection à accéder à l’aide à mourir pourra être contestée devant le juge des tutelles par la personne chargée de la mesure en question. Cet amendement s’appuie sur l’avis rendu par le Conseil d’État en avril 2024, dans lequel ce dernier constate très explicitement que les mesures prévues par le texte n’offrent pas de garanties suffisantes pour protéger les personnes vulnérables.
(L’amendement no 77, repoussé par la commission et le gouvernement, n’est pas adopté.)
Mme la présidente
L’amendement no 495 de Mme Justine Gruet est défendu.
(L’amendement no 495, repoussé par la commission et le gouvernement, n’est pas adopté.)
Mme la présidente
Sur l’article 12, je suis saisie par les groupes Ensemble pour la République et Socialistes et apparentés d’une demande de scrutin public.
Le scrutin est annoncé dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.
La parole est à Mme Justine Gruet, pour soutenir l’amendement no 496.
Mme Justine Gruet
Comme dans le cas des majeurs protégés, il tend à protéger davantage les personnes les plus vulnérables, qui ne font pas forcément l’objet d’une mesure de protection mais peuvent être victimes d’abus de faiblesse.
(L’amendement no 496, repoussé par la commission et le gouvernement, n’est pas adopté.)
Mme la présidente
Je suis saisie de deux amendements, nos 566 et 1148, pouvant être soumis à une discussion commune.
La parole est à Mme Josiane Corneloup, pour soutenir l’amendement no 566.
Mme Josiane Corneloup
Le texte, dans son état actuel, prévoit que seule la personne demandeuse pourra contester la décision du médecin : il n’existera donc aucun recours effectif susceptible d’empêcher un acte irréversible qui serait accompli en dehors des conditions prévues par la loi. Or la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) impose à l’État un contrôle effectif des conditions d’accès à l’aide à mourir.
Cet amendement tend donc à élargir le droit au recours en prévoyant que le procureur de la République pourra contester toute décision autorisant l’accès à l’aide à mourir devant la juridiction administrative, lorsqu’il existera un doute relatif au respect des conditions prévues par le texte.
L’amendement prévoit par ailleurs que, lorsque la contestation que l’article vise à permettre est dirigée contre une décision autorisant l’accès à l’aide à mourir, elle suspend la mise en œuvre de la procédure jusqu’au moment où la juridiction administrative a statué.
Mme la présidente
L’amendement no 1148 de Mme Lisette Pollet est défendu.
Quel est l’avis de la commission ?
M. Stéphane Delautrette, rapporteur
Défavorable.
Mme la présidente
Quel est l’avis du gouvernement ?
Mme Camille Galliard-Minier, ministre déléguée
Madame Corneloup, vous souhaitez que le procureur de la République puisse saisir le juge administratif. Or si le procureur de la République peut être saisi à tout moment et déclencher une action publique ou une action pénale, il n’a pas compétence pour saisir le juge administratif. Avis défavorable.
(Les amendements nos 566 et 1148, successivement mis aux voix, ne sont pas adoptés.)
Mme la présidente
L’amendement no 560 de Mme Josiane Corneloup est défendu.
(L’amendement no 560, repoussé par la commission et le gouvernement, n’est pas adopté.)
Mme la présidente
Je mets aux voix l’article 12, tel qu’il a été amendé.
(Il est procédé au scrutin.)
Mme la présidente
Voici le résultat du scrutin :
Nombre de votants 91
Nombre de suffrages exprimés 91
Majorité absolue 46
Pour l’adoption 60
Contre 31
(L’article 12, amendé, est adopté.)
Article 13
Mme la présidente
Sur l’article 13, je suis saisie par le groupe Ensemble pour la République d’une demande de scrutin public.
Le scrutin est annoncé dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.
L’amendement no 618 de M. Charles Sitzenstuhl, tendant à la suppression de l’article, est défendu.
(L’amendement no 618, repoussé par la commission et le gouvernement, n’est pas adopté.)
Mme la présidente
La parole est à M. Patrick Hetzel, pour soutenir l’amendement no 78.
M. Patrick Hetzel
L’article 13 renvoie à un décret en Conseil d’État les modalités d’application des dispositions prévues aux articles précédents. Cet amendement prévoit que ce décret devra notamment porter sur l’organisation des soins palliatifs, mais aussi sur les conditions de mise en œuvre de la sédation profonde et continue maintenue jusqu’au décès et sur les modalités de la procédure collégiale et de la médiation.
Le fait qu’il n’y ait qu’un contrôle a posteriori de la procédure est extrêmement troublant. En l’absence de contrôle a priori, il serait souhaitable de disposer, au minimum, d’une traçabilité de l’ensemble des étapes.
(L’amendement no 78, repoussé par la commission et le gouvernement, n’est pas adopté.)
Mme la présidente
L’amendement no 497 de Mme Justine Gruet est défendu.
(L’amendement no 497, repoussé par la commission et le gouvernement, n’est pas adopté.)
Mme la présidente
Je suis saisie de plusieurs amendements, nos 216, 262, 498 et 1570, pouvant être soumis à une discussion commune.
Les amendements nos 262, 498 et 1570 sont identiques.
La parole est à M. Patrick Hetzel, pour soutenir l’amendement no 216.
M. Patrick Hetzel
Nous avons eu l’occasion de dire que le Conseil national de l’Ordre des médecins avait fait part de certaines préoccupations au sujet de cette proposition de loi. Il serait donc souhaitable que le décret en Conseil d’État visé à l’article 13 soit pris après avoir recueilli son avis. Cela n’engage absolument pas le gouvernement, qui pourra ne pas le prendre en considération. Mais si nous voulons impliquer les professionnels de santé et faire en sorte que les choses se passent bien, il n’est pas anecdotique, loin de là, de rendre leur consultation obligatoire.
Mme la présidente
Les amendements identiques nos 262 et 498 de M. Thibault Bazin et Mme Justine Gruet sont défendus.
La parole est à M. Dominique Potier, pour soutenir l’amendement no 1570.
M. Dominique Potier
La nécessité de mobiliser l’expertise de l’Ordre des médecins au moment de la rédaction des volets réglementaires de cette loi paraît tellement évidente !
De façon générale, nous avons largement négligé l’avis des ordres et des grandes organisations – je pense à celles qui sont spécialisées en soins palliatifs. Nous délibérons alors que les acteurs les plus engagés et les plus compétents ont été littéralement écartés des arbitrages !
Mme la présidente
La parole est à M. Philippe Vigier, rapporteur général, pour la commission des affaires sociales, de la proposition de loi relative au droit à l’aide à mourir, pour donner l’avis de la commission sur ces amendements en discussion commune.
M. Philippe Vigier, rapporteur général, pour la commission des affaires sociales, de la proposition de loi relative au droit à l’aide à mourir
Avis défavorable sur ces trois amendements.
Les professionnels de santé le savent comme moi et comme vous, monsieur Hetzel, les ordres sont là pour contrôler si la déontologie, les pratiques et les recommandations définies par la Haute autorité de santé sont respectées. Ils ne peuvent pas être juges et parties. Laissons à la HAS de santé le soin de décliner la méthodologie et la procédure et laissons l’Ordre vérifier – je sais que vous y êtes sensible – si la déontologie a été respectée et, le cas échéant, prononcer des sanctions.
Mme la présidente
Quel est l’avis du gouvernement ?
Mme Camille Galliard-Minier, ministre déléguée
Je remercie M. le rapporteur général d’avoir reprécisé le rôle du Conseil de l’Ordre. En tout état de cause, le Conseil d’État pourra consulter les ordres, celui des médecins comme celui des infirmiers. Les amendements sont satisfaits. Demande de retrait ; à défaut, avis défavorable.
Mme la présidente
La parole est à M. Patrick Hetzel.
M. Patrick Hetzel
Vous nous indiquez, monsieur le rapporteur général, qu’un ordre professionnel ne peut pas être juge et partie. Pourtant, ce matin, quand j’ai défendu la clause de conscience des pharmaciens et que j’ai cité un syndicat, vous m’avez dit : « ce ne sont pas les syndicats qui doivent s’exprimer, mais les ordres » et vous avez cité l’Ordre des pharmaciens pour indiquer, qu’évidemment, il ne s’opposait pas au texte. C’est assez incroyable !
Quand ça vous arrange, vous citez les ordres, mais, quand ça ne vous arrange pas, vous dites que ce n’est pas de leurs compétence. Il y a là vraiment deux poids, deux mesures, monsieur le rapporteur général !
M. René Pilato
Ça s’appelle la politique !
M. Patrick Hetzel
En termes d’argumentation, vous êtes pris la main dans le sac, si vous me permettez cette expression ! (MM. Charles Sitzenstuhl et Xavier Breton applaudissent.)
Mme la présidente
La parole est à M. le rapporteur général.
M. Philippe Vigier, rapporteur général
C’est moi qui vous prends la main dans le sac parce que j’ai parlé de déontologie ! Les syndicalistes agissent comme ils l’entendent en faveur de leur profession, mais ils ne sont compétents en la matière. Les mots ont un sens ! La déontologie concerne les ordres. J’ai l’honneur de faire partie d’un ordre, c’est pour ça que je vous en parle. (Mme Brigitte Liso, rapporteure de la commission des affaires sociales, applaudit.)
(L’amendement no 216 n’est pas adopté.)
(Les amendements identiques nos 262, 498 et 1570 ne sont pas adoptés.)
Mme la présidente
L’amendement no 1266 de Mme Émeline K/Bidi est défendu.
(L’amendement no 1266, repoussé par la commission et le gouvernement, n’est pas adopté.)
Mme la présidente
Je mets aux voix l’article 13.
(Il est procédé au scrutin.)
Mme la présidente
Voici le résultat du scrutin :
Nombre de votants 92
Nombre de suffrages exprimés 91
Majorité absolue 46
Pour l’adoption 61
Contre 30
(L’article 13 est adopté.)
Article 14
Mme la présidente
La parole est à Mme Sandrine Dogor-Such.
Mme Sandrine Dogor-Such
Si cet article est présenté comme une garantie pour la liberté de conscience des soignants, en réalité, la clause de conscience qu’il prévoit est largement insuffisante.
D’abord, ce n’en est pas véritablement une : le professionnel qui refuse de participer à l’aide à mourir est en effet tenu de communiquer le nom des confrères disposés à mettre en œuvre la procédure. Autrement dit, on reconnaît son objection de conscience tout en lui demandant de contribuer à la réalisation de l’acte qu’il réprouve. C’est une contradiction profonde.
Ensuite, elle demeure incomplète. Alors qu’ils sont directement impliqués dans la préparation et la délivrance de la substance létale, les pharmaciens ne bénéficient pas explicitement d’une protection comparable.
Enfin, le texte refuse toute clause de conscience institutionnelle. Les établissements de santé, les établissements médico-sociaux, les structures d’inspiration confessionnelle seront contraints de permettre l’organisation de ces procédures en leur sein, quelles que soient leurs valeurs ou leur projet de soins.
Une telle conception réduit la liberté de conscience à une simple formalité administrative. Lorsqu’un acte consiste à provoquer délibérément la mort, la protection de la conscience des soignants devrait être entière, claire et sans ambiguïté. Si vous êtes convaincus de la solidité des garanties prévues par le texte, vous devriez logiquement accepter une garantie supplémentaire, destinée à protéger les patients, les familles et les professionnels eux-mêmes.
Mme la présidente
La parole est à M. Charles Sitzenstuhl.
M. Charles Sitzenstuhl
Quelques mots sur cet article 14, étant précisé que je m’exprime à titre personnel.
C’est l’un des rares articles du texte que je vais soutenir, aux côtés – je crois – des opposants au texte, parce qu’il prévoit une clause de conscience. Qu’une clause de conscience figure dans pareil texte était cependant bien le minimum !
M. Stéphane Delautrette, rapporteur
Oh là là !
M. Charles Sitzenstuhl
Dans le débat à venir, nous montrerons que cette clause est un minimum minimorum et que les promoteurs de ce texte l’ont même conçue de manière qu’on ne puisse aller en deçà.
Mme Élise Leboucher, rapporteure de la commission des affaires sociales
Vous ne pouvez nier qu’elle existe !
M. Charles Sitzenstuhl
Elle est vraiment le minimum acceptable dans le cadre de ce projet.
M. Philippe Vigier, rapporteur général
C’est lamentable !
M. Charles Sitzenstuhl
Dans la communication des promoteurs du texte, cette clause est souvent invoquée comme la preuve du fameux « équilibre » – je place ce mot entre mille guillemets – qui caractériserait celui-ci. Mais ce n’est pas parce qu’il y a une clause de conscience que ce texte est équilibré.
Mme Élise Leboucher, rapporteure
Elle protège les soignants !
M. Charles Sitzenstuhl
Elle protège certains soignants, pas tous – nous y reviendrons –, mais c’était le minimum qui puisse exister dans le cadre d’un texte élaboré par une assemblée parlementaire d’un pays démocratique. Et son existence ne rend pas pour autant ce texte équilibré.
M. Philippe Vigier, rapporteur général
Elle participe de son équilibre…
M. Charles Sitzenstuhl
Nous adopterons sans doute à l’unanimité cet article 14 mais en aucun cas cela ne vaudra soutien à l’ensemble du texte.
Mme la présidente
La parole est à M. Hadrien Clouet.
M. Hadrien Clouet
À l’heure où l’on se prend mutuellement la main dans le sac, il me semble que c’est au tour de Mme Dogor-Such d’être confondue ! Elle a exposé que la clause de conscience n’en était pas véritablement une puisqu’elle oblige celui qui s’en prévaut de diriger le patient vers un autre praticien.
Mme Sandrine Rousseau
La clause de conscience n’est pas une clause de blocage !
M. Hadrien Clouet
Mais c’est aussi le cas pour l’IVG ! L’article 2213-4 du code de la santé publique impose en effet au médecin qui refuse de pratiquer l’interruption volontaire de grossesse de diriger la patiente vers un autre praticien susceptible de réaliser cette intervention.
Mme Danielle Simonnet
Heureusement !
M. Hadrien Clouet
La clause que vous critiquez n’est donc pas une disposition incomplète ; elle n’est pas moins complète que pour d’autres actes. Cela nous rappelle une chose très simple : le RN est toujours défavorable au droit à l’interruption volontaire de grossesse !
Mme Caroline Colombier
Oh là là !
M. Hadrien Clouet
Vous révélez ici que vous souhaitez revenir sur la clause de conscience telle qu’elle existe dans le droit français pour les femmes qui avortent. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LFI-NFP. )
Mme la présidente
La parole est à Mme Justine Gruet, pour soutenir les amendements nos 515 et 502, qui peuvent faire l’objet d’une présentation groupée.
Mme Justine Gruet
Le texte part du principe qu’à défaut de faire valoir leur clause de conscience, tous les soignants sont favorables à l’aide à mourir. Je pense qu’on devrait partir du principe qu’ils y sont défavorables, au contraire, étant donné qu’ils sont aux côtés de leurs patients pour les soigner. L’amendement no 515 prévoit que ceux qui y sont favorables pourraient porter volontaires. Cela faciliterait une meilleure identification…
Mme Danielle Simonnet
Non, ce n’est pas pareil !
Mme Justine Gruet
…et, du coup, une meilleure… (L’oratrice s’interrompt. – Exclamations sur les bancs du groupe LFI-NFP.)
Mme la présidente
Allez-y, madame la députée.
Mme Justine Gruet
C’est très désagréable. Si vous voulez, nous pouvons déposer des milliers de sous-amendements,…
Mme la présidente
Non, avançons !
Mme Justine Gruet
…si bien que nous n’aurons toujours pas terminé dimanche à minuit. Ça ne me pose aucun problème !
Mme Sandrine Rousseau
Quel cinéma !
Mme Justine Gruet
Je pense que notre obstruction n’est pas stérile et qu’elle est importante sur un texte aussi grave. (Applaudissements sur les bancs du groupe DR. – Mme Annie Vidal et M. Charles Sitzenstuhl applaudissent également.)
Mme la présidente
Ce n’est pas de l’obstruction, allez-y !
Mme Justine Gruet
L’institution d’un système de volontariat faciliterait la formation initiale et la formation continue.
L’amendement no 502 tend à transposer les dispositions de l’article dans une loi autonome.
(Les amendements nos 515 et 502, repoussés par la commission et le gouvernement, successivement mis aux voix, ne sont pas adoptés.)
Mme la présidente
Je suis saisie de plusieurs amendements, nos 503, 780, 713, 781, 1205, 1571, 1019, 1292, 983, 1397, 1150, 1476, 561, 79, 1223, 943, 944, 134, 255 rectifié et 163, pouvant être soumis à une discussion commune.
Les amendements nos 713, 781, 1205 et 1571 sont identiques.
Les amendements nos 503 de Mme Justine Gruet et 780 de Mme Anne-Laure Blin sont défendus.
Sur les amendements no 713 et identiques, 1292, 1150, 1223 et 134, je suis saisie par le groupe Rassemblement national de demandes de scrutin public.
Les scrutins sont annoncés dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.
Les amendements identiques nos 713 de Mme Nathalie Colin-Oesterlé et 781 de Mme Anne-Laure Blin sont défendus.
La parole est à M. Christophe Bentz, pour soutenir l’amendement no 1205.
M. Christophe Bentz
Pour synthétiser la position que nous défendons depuis plusieurs jours, et, en réalité, depuis plusieurs années, je dirai qu’à notre sens, aucun soignant, aucun professionnel de santé ne doit participer à une procédure de mort provoquée. C’est aussi simple que ça ! C’est notre conviction et vous devez la respecter.
Mme Élise Leboucher, rapporteure
Même s’ils le veulent bien ?
M. Christophe Bentz
Certes, les pharmaciens ne sont pas tous d’accord entre eux sur le sujet. Ils ne sont pas unanimement pour ou unanimement contre, je le reconnais. Mais nous demandons que l’ensemble des professionnels de santé bénéficient d’une clause de conscience, ne serait-ce que pour défendre et protéger ceux qui ne veulent pas participer. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe RN.)
Mme la présidente
Les amendements nos 1571 de M. Dominique Potier, 1019 de M. Charles Sitzenstuhl et 1292 de Mme Christine Loir sont défendus.
La parole est à M. Patrick Hetzel, pour soutenir l’amendement no 983.
M. Patrick Hetzel
Cet amendement de mon collègue Philippe Juvin tend à étendre la clause de conscience aux pharmaciens. Deux arguments plaident en faveur d’une telle extension. D’abord, contrairement à ce que j’ai pu entendre, cela n’entraînerait pas de rupture dans la chaîne de soins – si l’on peut ici parler de soin. En effet, cette clause de conscience serait spécifique et ne pourrait être invoquée qu’en matière d’aide à mourir. Ensuite, M. le rapporteur général a affirmé ce matin que les pharmaciens opposés à cette procédure étaient très minoritaires. Si c’est le cas, quel risque prenez-vous à adopter cet amendement ? (Mme Justine Gruet applaudit.)
Soyons clairs : soit l’opposition à la procédure est majoritaire chez les pharmaciens, et alors vous prenez effectivement un risque, soit elle est minoritaire comme vous l’affirmez, et dans ce cas, quel problème peut-il y avoir à accorder une clause de conscience à ceux qui ne voudraient pas participer à un tel processus pour des raisons personnelles ?
M. Xavier Breton
Très bien !
Mme la présidente
L’amendement no 1397 de M. Yannick Neuder est défendu.
La parole est à Mme Lisette Pollet, pour soutenir l’amendement no 1150.
Mme Lisette Pollet
Il vise à étendre la clause de conscience à l’ensemble des professionnels de santé concernés par la procédure. Le texte protège certains acteurs mais pas d’autres, notamment les pharmaciens. Pourtant, tous peuvent éprouver des difficultés morales profondes à participer à un processus destiné à provoquer la mort.
La liberté de conscience constitue un principe fondamental de notre droit. Elle ne varie pas selon la profession exercée. Si le législateur reconnaît qu’une telle protection est nécessaire pour les médecins, il doit en faire bénéficier l’ensemble des professionnels directement impliqués dans la procédure. Il y va de la cohérence et du respect des libertés fondamentales. (Applaudissements sur les bancs du groupe RN.)
Mme la présidente
L’amendement no 1476 de M. Julien Odoul est défendu.
La parole est à Mme Josiane Corneloup, pour soutenir l’amendement no 561.
Mme Josiane Corneloup
La procédure d’aide à mourir implique directement les pharmaciens, tout comme beaucoup d’autres professionnels de santé. En effet, il leur faut mettre au point la préparation magistrale mais aussi la délivrer. Ces actes engagent leur responsabilité. Il me semble donc impératif d’introduire une clause de conscience : celui qui ne souhaite pas délivrer la substance létale ne doit pas être contraint de le faire. Ce matin, notre collègue Firmin Le Bodo affirmait que les pharmaciens délivraient tous les jours des substances susceptibles de provoquer la mort. La différence, c’est que c’est sans aucun doute la raison d’être de celle-ci !
Mme la présidente
Les amendements nos 79 de M. Patrick Hetzel, 1223 de Mme Tiffany Joncour, 943 de M. Philippe Juvin, 944 de M. Philippe Juvin et 134 de Mme Sandrine Dogor-Such sont défendus.
La parole est à M. Patrick Hetzel, pour soutenir l’amendement no 255 rectifié.
M. Patrick Hetzel
Il porte aussi sur l’extension de la clause de conscience aux pharmaciens. D’autres pays voisins l’ont accordée sans problème. Prenez la Belgique :…
M. Stéphane Delautrette, rapporteur
Les Belges ont autorisé plein de choses dont vous ne voulez pas !
M. Patrick Hetzel
…les pharmaciens y bénéficient bien d’une clause de conscience. C’est aussi le cas en Espagne. Cela n’empêche pas le développement de l’aide à mourir.
Mme la présidente
L’amendement no 163 de Mme Marine Hamelet est défendu.
Quel est l’avis de la commission ?
M. Stéphane Delautrette, rapporteur
Je tâcherai d’être le plus synthétique possible.
Monsieur Sitzenstuhl, vous êtes un détracteur du texte, n’est-ce pas ?
M. Charles Sitzenstuhl
Tout à fait, je confirme !
M. Thibault Bazin
C’est tout à son honneur !
M. Stéphane Delautrette, rapporteur
Contrairement à vous, je ne considère pas que la clause de conscience représente un minimum minimorum. Je rappelle qu’elle bénéficie aux professionnels de santé intervenant directement dans la procédure. Ainsi, elle concerne le médecin auprès duquel la demande est formulée, les professionnels de santé membres du collège pluriprofessionnel – médecin spécialiste, aides-soignants, auxiliaires médicaux – et aux médecins et aux infirmiers sollicités pour accompagner la personne lors de l’administration de la substance létale. Vous conviendrez qu’elle couvre tous les professionnels de santé amenés à intervenir directement dans la procédure.
Monsieur Hetzel, vous avez fait référence à la Belgique. Mais êtes-vous bien sûr de vouloir vous risquer sur ce terrain ? La Belgique autorise plein de choses ; je ne suis pas certain que vous soyez d’accord pour que nous fassions de même ! (« Ah ! » sur plusieurs bancs des groupes EPR et SOC.)
M. Patrick Hetzel
Certes !
M. Stéphane Delautrette, rapporteur
Nous avons déjà débattu des pharmaciens ce matin. Je répète ce qu’a déclaré la présidente du Conseil national de l’Ordre des pharmaciens : « Selon la procédure, le pharmacien ne sera pas en contact direct avec le patient, ne participera ni à la décision d’engager le processus ni à son accomplissement, et n’agira que sur prescription médicale. […] Pour ces raisons, le pharmacien ne saurait disposer d’une clause de conscience. » Le Conseil d’État considère que les missions des pharmaciens « ne concourent pas de manière suffisamment directe à l’aide à mourir pour porter atteinte à la liberté de conscience ».
Enfin, comme l’a rappelé le rapporteur général, si d’aventure nous introduisions une clause de conscience pour les pharmaciens, nous prendrions le risque d’ouvrir la porte à une rupture de la chaîne du soin.
Pour toutes ces raisons, j’émettrai un avis défavorable sur l’ensemble des amendements.
M. Philippe Vigier, rapporteur général
Très bien !
Mme la présidente
Quel est l’avis du gouvernement ?
Mme Camille Galliard-Minier, ministre déléguée
Pour compléter ce que vient d’expliquer le rapporteur, je dirai que la clause de conscience n’est pas minimale mais normale : il fallait une clause de conscience pour les médecins, qui sont en contact direct avec la personne ou prennent la décision, ce qui engage leur responsabilité. Ces éléments justifient une clause de conscience pour les médecins et le reste des professionnels de santé qui interviennent directement dans la procédure. A contrario, il est logique que d’autres professionnels ne puissent pas bénéficier d’une telle clause, soit parce qu’ils ne sont pas en contact direct avec le patient, soit parce qu’ils ne participent pas à la décision. Cette catégorie comprend les pharmaciens.
Il ne s’agit pas d’une opinion personnelle du rapporteur ou de moi-même mais de l’avis du Conseil d’État. La Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) va également dans ce sens puisqu’elle n’identifie aucune rupture d’égalité ou d’atteinte à la liberté de conscience. Or il faut qu’il y ait une atteinte à la liberté de conscience pour qu’une clause de conscience soit justifiée : ce n’est pas le cas ici.
J’ajouterai que le gouvernement assure les pharmaciens de son entière confiance. Ils seront incontournables dans la mise en œuvre du droit à l’aide à mourir.
Je donne donc un avis défavorable à l’ensemble de ces amendements.
Mme la présidente
La parole est à Mme Danielle Simonnet.
Mme Danielle Simonnet
Le pharmacien prépare la substance létale mais ne rencontre ni n’accompagne les patients concernés. La clause de conscience n’a donc pas à leur être étendue.
Cette clause de conscience est importante pour les soignants et montre qu’il s’agit d’un texte laïque, qui respecte toutes les croyances et toutes les orientations spirituelles.
J’en profite pour revenir à la proposition qui a été faite de constituer des listes de soignants volontaires. Je me suis rendue récemment en Turquie dans le cadre des actions de La Digue, un réseau de lutte contre l’extrême droite qui étudie notamment les dérives des régimes illibéraux. En Turquie, les hôpitaux publics ont été poussés à produire des listes de soignants acceptant de pratiquer des avortements. Ainsi, on a fait en sorte que la règle devienne l’exception, les professionnels de santé pratiquant l’avortement devant s’inscrire sur une liste. La logique a été inversée : il est ainsi devenu presque impossible d’avoir accès à l’avortement dans les hôpitaux publics en Turquie, tant la pression de la norme majoritaire anti-avortement est forte. Il me semble donc important d’introduire une clause de conscience, mais en se gardant de transformer l’exception en règle.
J’ajouterai un dernier élément : on en a beaucoup ri pendant la suspension, mais en réalité il est très grave de constater la pression qu’exercent des organisations intégristes religieuses sur ce texte, qui est pourtant une proposition de loi laïque. Ces organisations invitent à prier pour le salut des parlementaires, ce qui constitue une pression. (Applaudissements sur les bancs des groupes EcoS, LFI-NFP et SOC, ainsi que sur plusieurs bancs du groupe EPR. – Exclamations sur les bancs du groupe GDR.) Nous sommes en République, restons-le !
(Les amendements nos 503 et 780, successivement mis aux voix, ne sont pas adoptés.)
Mme la présidente
Je mets aux voix les amendements identiques nos 713, 781, 1205 et 1571.
(Il est procédé au scrutin.)
Mme la présidente
Voici le résultat du scrutin :
Nombre de votants 87
Nombre de suffrages exprimés 87
Majorité absolue 44
Pour l’adoption 27
Contre 60
(Les amendements identiques nos 713, 781, 1205 et 1571 ne sont pas adoptés.)
(L’amendement no 1019 n’est pas adopté.)
Mme la présidente
Je mets aux voix l’amendement no 1292.
(Il est procédé au scrutin.)
Mme la présidente
Voici le résultat du scrutin :
Nombre de votants 88
Nombre de suffrages exprimés 88
Majorité absolue 45
Pour l’adoption 28
Contre 60
(L’amendement no 1292 n’est pas adopté.)
(Les amendements nos 983 et 1397, successivement mis aux voix, ne sont pas adoptés.)
Mme la présidente
Je mets aux voix l’amendement no 1150.
(Il est procédé au scrutin.)
Mme la présidente
Voici le résultat du scrutin :
Nombre de votants 86
Nombre de suffrages exprimés 86
Majorité absolue 44
Pour l’adoption 28
Contre 58
(L’amendement no 1150 n’est pas adopté.)
(Les amendements nos 1476, 561 et 79, successivement mis aux voix, ne sont pas adoptés.)
Mme la présidente
Je mets aux voix l’amendement no 1223.
(Il est procédé au scrutin.)
Mme la présidente
Voici le résultat du scrutin :
Nombre de votants 88
Nombre de suffrages exprimés 88
Majorité absolue 45
Pour l’adoption 30
Contre 58
(L’amendement no 1223 n’est pas adopté.)
(Les amendements nos 943 et 944, successivement mis aux voix, ne sont pas adoptés.)
Mme la présidente
Je mets aux voix l’amendement no 134.
(Il est procédé au scrutin.)
Mme la présidente
Voici le résultat du scrutin :
Nombre de votants 89
Nombre de suffrages exprimés 88
Majorité absolue 45
Pour l’adoption 30
Contre 58
(L’amendement no 134 n’est pas adopté.)
(Les amendements nos 255 rectifié et 163, successivement mis aux voix, ne sont pas adoptés.)
------------------Cette partie de la séance est en cours de finalisation---------------------------------------------
Mme la présidente
La parole est à Mme Élise Leboucher.
Mme Élise Leboucher
Dans les établissements confessionnels, – car c’est manifestement d’eux que nous parlons, notre collègue ayant d’ailleurs évoqué son expérience dans un établissement de ce type –, les personnels de santé pourront évidemment faire valoir leur clause de conscience individuelle.
D’autre part, puisque vous parlez des convictions religieuses et du respect que chacun leur doit, je signale que ce texte respecte toutes les consciences. Encore faudrait-il que cela fonctionne dans les deux sens…. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LFI-NFP. – Mme Agnès Pannier-Runacher applaudit également.)
Mme Danielle Simonnet
Exactement !
Mme Élise Leboucher
On peut imaginer que les personnels qui travaillent dans ces établissements le font aussi pour des raisons de croyance religieuse,…
Mme Justine Gruet
Ce n’est pas une question confessionnelle !
Mme Élise Leboucher
…parmi lesquelles figure l’accueil inconditionnel de la personne – corrigez-moi si je me trompe. Que signifie l’accueil inconditionnel, si vous rejetez une personne simplement parce qu’elle fait le choix de l’aide à mourir et que cela ne correspond pas à vos valeurs ? Lesdites valeurs passent-elles avant celle de l’accueil inconditionnel ?
En tout état de cause, ces professionnels de santé bénéficient de la clause de conscience individuellement. Il n’y a matière à polémique, puisque toutes les consciences sont respectées. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)
(L’amendement no 1575 n’est pas adopté.)
Mme la présidente
Je mets aux voix les amendements identiques nos 508, 1095, 1152 et 1576.
(Il est procédé au scrutin.)
Mme la présidente
Voici le résultat du scrutin :
Nombre de votants 90
Nombre de suffrages exprimés 90
Majorité absolue 46
Pour l’adoption 29
Contre 61
(Les amendements identiques nos 508, 1095, 1152 et 1576 ne sont pas adoptés.)
Mme la présidente
La parole est à M. Thibault Bazin, pour soutenir l’amendement no 546.
M. Thibault Bazin
Je défends bien volontiers cet amendement de notre collègue Sylvie Bonne. Au regard du droit européen, des dispositions de la Convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales (CEDH) et de l’article 10 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, relatif à la liberté de conscience – il s’agit tout de même de l’un de nos principes fondamentaux –, je m’interroge sur la constitutionnalité et sur la conventionnalité des alinéas 6 à 8. Vous dites respecter ces établissements mais, si cette proposition de loi est adoptée et promulguée, pourront-ils indiquer que le suicide assisté et l’euthanasie ne font pas partie de leur projet d’établissement ? Leur éthique du soin – évoquée par Dominique Potier –, le primat qu’ils accordent à l’éthique de la vulnérabilité sur l’éthique de l’autonomie, mérite pourtant d’être pleinement respectés. (M. Dominique Potier applaudit.)
Mme la présidente
Quel est l’avis de la commission ?
M. Stéphane Delautrette, rapporteur
Comment imaginer qu’on puisse inscrire dans le règlement d’un établissement qu’on n’y mettra pas en œuvre la loi de la République ? (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe SOC. – Mme Birgitte Liso et M. Sébastien Delogu applaudissent également.) Ce qui vaudrait pour l’aide à mourir pourrait valoir pour bien d’autres choses : allons-nous permettre qu’en France, des établissements ne respectent pas la loi de la République ?
Mme la présidente
Quel est l’avis du gouvernement ?
Mme Camille Galliard-Minier, ministre déléguée
Défavorable.
Mme la présidente
La parole est à Mme Justine Gruet.
Mme Justine Gruet
Il existe déjà une exception – nous l’évoquions tout à l’heure – à l’article L. 2212-8 du code de la santé publique.
Madame Leboucher, les amendements sur lesquels vous êtes interevenue n’étaient pas les amendements confessionnels, mais ceux qui concernaient les établissements.
Mme Élise Leboucher
Je répondais à M. Sitzenstuhl !
Mme Justine Gruet
Monsieur le rapporteur Delautrette, vous n’avez pas répondu à la demande de mon collègue Christophe Bentz au sujet de la liste des établissements où l’acte serait permis. En effet, un amendement adopté ce matin a considérablement allongé ladite liste, qui inclut désormais tout établissement « où exercent des professionnels de santé ». Qui plus est, la clause de conscience que nous défendons pourrait valoir pour des personnes qui ne seraient pas des professionnels de santé, puisqu’elle couvrirait tous les personnels travaillant au sein d’un établissement.
Je le répète, c’est une question de respect mutuel : on ne peut imposer à des soignants dont le projet d’établissement prévoit qu’ils accompagnent sans pratiquer l’aide à mourir l’obligation d’en organiser la mise en œuvre. Or c’est pourtant ce que l’on demandera aux établissements, quand bien même l’ensemble de leurs personnels auraient fait valoir leur clause de conscience à titre individuel.
À mon sens, la question relève de la responsabilité de l’État au travers des ARS.
(L’amendement no 546 n’est pas adopté.)
Mme la présidente
Je suis saisie de deux amendements, nos 249 et 256, pouvant être soumis à une discussion commune.
La parole est à Mme Sandrine Dogor-Such, pour soutenir l’amendement no 249.
Mme Sandrine Dogor-Such
Il vise à exclure explicitement les maisons d’accompagnement de la liste des structures au sein desquelles l’aide à mourir pourrait être pratiquée. Nous devons en effet respecter la vocation de ces établissements : celle de structures intermédiaires destinées à accueillir des personnes fragilisées qui ne se trouvent pas nécessairement en phase terminale, selon les explications que nous ont données le gouvernement et les rapporteurs lors de l’examen du texte relatif aux soins palliatifs et à l’accompagnement. Elles ont été présentées comme des lieux de répit, de soutien, d’accompagnement et de maintien du lien humain, jamais comme des lieux destinés à accueillir la mise en œuvre de l’euthanasie ou du suicide assisté. Or, quelques semaines seulement après leur création, vous proposez d’y autoriser l’aide à mourir. C’est une contradiction majeure.
À force d’augmenter le nombre des lieux où l’on pourra pratiquer l’acte létal, vous brouillez les repères des patients, des familles et des professionnels. Les maisons d’accompagnement doivent demeurer des lieux consacrés à l’accompagnement des personnes vulnérables. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe RN.)
Mme la présidente
La parole est à M. Patrick Hetzel, pour soutenir l’amendement no 256.
M. Patrick Hetzel
Je souhaite évidemment aller dans le même sens : les établissements créés par la loi très récemment promulguée ne doivent pas devenir des endroits où l’on pratique l’aide à mourir.
Nos débats témoignent par ailleurs d’un phénomène qui est tout sauf anodin. Nous discutons d’un droit individuel, puisqu’il est désormais question d’un « droit » à l’aide à mourir. Or ce droit individuel se heurte à un collectif, celui qui agit à l’intérieur d’un établissement. On ne peut pas plus nier cette tension qu’on ne peut affirmer que ce qui existe à l’échelle d’un collectif ne renverrait qu’à de l’individuel. Je répète mon étonnement que des collègues de gauche s’aventurent sur ce terrain-là. (Mme Ayda Hadizadeh s’exclame.)
Eh oui ! Nous vivons en société : nos actes ont des conséquences sur les autres. Voilà ce que nous sommes en train de nier, et c’est terrible ! (Applaudissements sur les bancs du groupe DR. – M. Dominique Potier et M. Charles Sitzenstuhl applaudissent également.)
Mme la présidente
Quel est l’avis de la commission sur ces deux amendements ?
M. Philippe Vigier, rapporteur général
Défavorable.
Vous parlez du collectif, monsieur Hetzel, mais en son sein chacun peut faire valoir sa clause de conscience. Dès lors, la clause de conscience pour le collectif, à travers la chaîne de praticiens susceptibles de permettre l’exercice du droit à l’aide à mourir par la personne qui le demande, est préservée.
D’autre part, puisque vous avez amené le débat sur le terrain de la constitutionnalité, permettez-moi de vous lire un extrait de l’avis du Conseil d’État sur le projet de loi relatif à l’accompagnement des malades et de la fin de vie : « le Conseil d’État observe que les missions confiées par le projet de loi à ces professionnels de santé […] peuvent heurter leurs convictions personnelles […]. Il relève toutefois qu’en prévoyant une clause de conscience leur permettant de ne pas concourir à la procédure d’aide à mourir, tout en garantissant la possibilité pour la personne d’être orientée vers un professionnel de santé susceptible d’intervenir, le projet de loi permet de sauvegarder leur liberté de conscience, qui est au nombre des droits et libertés que la Constitution garantit en application de l’article 10 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789. »
Les choses sont claires : la clause de conscience fournit une garantie suffisante. Les professionnels de santé que l’acte pourrait heurter pourront la faire valoir tout au long de la procédure.
Je ne doute pas que vous voudrez déférer la future loi au Conseil constitutionnel. En tout cas, ce n’est pas ici que l’on dit le droit – combien de fois vous ai-je entendu le rappeler, monsieur Hetzel ! Le Conseil constitutionnel statuera, mais il est improbable qu’il contredise ce qu’il a lui-même affirmé, notamment dans un considérant de sa décision du 27 juin 2001.
Mme la présidente
Quel est l’avis du gouvernement ?
Mme Camille Galliard-Minier, ministre déléguée
Défavorable.
Mme la présidente
La parole est à M. Xavier Breton.
M. Xavier Breton
L’intérêt de nos débats tient à la confrontation entre deux logiques. La première consiste à reconnaître l’existence de collectifs irréductibles à la somme des individus qui les composent, c’est-à-dire l’existence d’un esprit collectif. En ce sens, un établissement, ce ne sont pas simplement des lits, c’est une histoire, une culture, qui se transmettent de génération en génération. Il en va ainsi au sein d’une association ou de tout autre collectif. C’est pourquoi il existe des valeurs qui peuvent être partagées, qui sont communes. Et la question se pose : à partir de quand et jusqu’où les prend-on en compte ?
Quant à l’autre logique, elle apparaît dans les mots du rapporteur : « Comment un établissement pourrait-il ne pas respecter la loi ? ». Cela renvoie à la manière dont on écrit la loi. Dès lors que vous avez décidé de créer dans ce texte un droit, un droit individuel qui plus est,…
M. Dominique Potier
Un droit-créance !
M. Xavier Breton
…toute une machine se met en marche : vous entrez dans une logique dans laquelle rien ne peut s’opposer à ce droit individuel. Voilà d’où vient le problème.
M. Dominique Potier et M. Charles Sitzenstuhl
C’est juste !
M. Xavier Breton
Pour notre part, nous vous demandons de prendre en compte certaines nuances, d’accepter de considérer qu’il s’agit d’une démarche qui affecte l’organisation de notre système de santé et non d’un droit face auquel tout le monde devrait se mettre au garde-à-vous, d’introduire certaines subtilités dans la réflexion. Au contraire, votre démarche finit par être totalitaire (Murmures sur les bancs du groupe SOC), en ce sens que rien ne doit s’opposer à ce droit, ce qui ne manquera pas de susciter des résistances.
Mme la présidente
La parole est à M. Nicolas Turquois.
M. Nicolas Turquois
L’offre de santé et de soins palliatifs en particulier n’est pas la même dans tous les territoires, comme certains l’ont souligné à plusieurs reprises. Pour ma part, il me semble que ce sont notamment des personnes âgées qui auront recours à ce nouveau droit. Or, quand on vit en milieu rural, on n’a pas le choix entre une multitude d’Ehpad. Il me semble que la proximité constitue le principal critère du choix d’un établissement, ne serait-ce que pour y retrouver des personnes de connaissance, voire qu’il n’y a pas vraiment à faire de choix puisqu’il n’existe qu’un seul établissement.
Par conséquent, le fait même de supprimer l’accès à l’aide à mourir dans certains établissements reviendrait à en priver certains de nos concitoyens des territoires ruraux, qui n’auront pas la possibilité de choisir leur établissement en fonction de ce critère, à moins d’aller très loin de chez eux. Nous devons donc prendre en compte l’importance de la proximité dans le choix d’un établissement. Qui plus est, la personne ne sait pas toujours quel sera son choix de fin de vie, toujours susceptible de changer avec l’avancée en âge et l’évolution d’une éventuelle pathologie. Rien que pour cette raison, il ne me semble pas possible d’admettre une clause de conscience pour les établissements.
(Les amendements nos 249 et 256, successivement mis aux voix, ne sont pas adoptés.)
Mme la présidente
La parole est à M. Dominique Potier, pour soutenir l’amendement no 1574.
M. Dominique Potier
Xavier Breton a parfaitement exposé la différence entre un droit-liberté et un droit-créance.
À Yannick Monnet, qui a parlé d’une position hors sol, je voudrais rappeler deux chiffres, qui n’ont rien de hors sol : dans notre pays, 5 500 établissements de santé accueillant des personnes en perte d’autonomie sont incapables d’offrir des soins palliatifs et d’accompagnement faute de personnel et 110 000 personnes meurent chaque année en Ehpad sans avoir eu accès aux soins palliatifs. L’urgence absolue pour nous ne devrait-elle pas être d’accompagner humainement ces personnes, sachant que la demande à mourir s’éteint dès lors que la personne accède aux soins palliatifs ?
Il ne s’agit donc pas d’une position hors sol, elle renvoie à des réalités sociales très concrètes. Il existe aujourd’hui une discrimination sociale en matière de soins palliatifs : du fait de son territoire de résidence et de son appartenance sociale, faute de moyens financiers ou de réseaux culturels, un Français sur deux n’a pas accès à une mort digne, accompagnée dans le cadre de soins palliatifs. Voilà l’urgence absolue sur laquelle nous devrions nous concentrer, plutôt que d’instaurer ce droit-créance qui bouscule tout l’ordre des priorités de la République sociale que nous essayons de bâtir ! (Applaudissements sur les bancs du groupe DR.)
Mme la présidente
Quel est l’avis de la commission ?
M. Stéphane Delautrette, rapporteur
Défavorable.
Mme la présidente
Quel est l’avis du gouvernement ?
Mme Camille Galliard-Minier, ministre déléguée
Défavorable.
Mme la présidente
La parole est à Mme Karine Lebon.
Mme Karine Lebon
Pour réagir aux propos de M. Potier, je rappelle qu’il existe aussi une inégalité territoriale…
M. Dominique Potier
En outre-mer, tout à fait !
Mme Karine Lebon
…concernant l’aide à mourir. Chez moi, à La Réunion, certains voudraient y avoir accès. Comme elle n’existe pas en droit français, seuls les riches peuvent se permettre de payer un billet, très cher, pour aller mourir ailleurs.
Mme Ayda Hadizadeh
Eh oui !
Mme Karine Lebon
Ce phénomène a fait l’objet de nombreux articles de presse, notamment l’année dernière.
C’est terrible parce que les proches désireux d’accompagner ces gens qui sont en grande souffrance, qui ont vécu des choses atroces, des douleurs insoutenables, réfractaires, ne peuvent pas le faire ; le conjoint se retrouve seul dans l’avion pour accompagner sa femme qui va mourir et la famille ne pourra récupérer que les cendres.
Le texte que nous examinons n’est peut-être pas parfait mais au moins son adoption permettrait-elle à toute la famille d’être là jusqu’au dernier moment de la vie d’une personne (Applaudissements sur les bancs des groupes LFI-NFP et SOC ainsi que sur quelques bancs du groupe EPR.)
Croyez-moi, ces moments-là sont précieux. Personne ne devrait avoir à les quémander auprès de ses proches et personne ne devrait avoir à dépendre de la bonne volonté de certains pour qu’ils ne leur soient pas retirés. (Mêmes mouvements.)
(L’amendement no 1574 n’est pas adopté.)
Mme la présidente
Je suis saisie de plusieurs amendements, nos 80, 200, 511, 823, 1021, 509 et 173, pouvant être soumis à une discussion commune.
Les amendements nos 200, 511 et 823 sont identiques.
La parole est à M. Patrick Hetzel, pour soutenir l’amendement no 80.
M. Patrick Hetzel
Permettez-moi de revenir sur ce concept de projet d’établissement. Dans les établissements concernés, ils constituent un élément central à la fois pour l’établissement en tant que tel mais également pour le droit de la santé. Il est prévu et encadré par le code de la santé publique et par le code de l’action sociale et des familles. Ce projet engage l’établissement dans la durée, structure l’organisation des soins et fonde la relation de confiance avec les personnes accueillies. On m’a demandé à plusieurs reprises si je m’étais rendu sur place pour me rendre compte de ce qu’il se passait sur le terrain. Je puis simplement témoigner du fait que c’est ce que réclament les résidents ou les patients de ces établissements. Ce n’est pas quelque chose qui tomberait tel un deus ex machina, c’est bien une demande réelle d’un corps social réel. Nous ne sommes pas des législateurs hors sol et à un moment donné, il faut écouter. Je poserai la question sous un autre angle : que direz-vous aux professionnels de santé qui exercent dans des établissements où un projet d’établissement a été établi ? Vous contenterez-vous de les inviter à exercer leur clause de conscience personnelle, continuant ainsi à nier la dimension collective ?
Mme la présidente
La parole est à Mme Josiane Corneloup, pour soutenir l’amendement no 200.
Mme Josiane Corneloup
Cet amendement de mon collègue Le Fur tend à instaurer une clause de conscience institutionnelle, fondée sur le projet d’établissement, et qui s’accompagne d’une obligation d’information et d’orientation immédiate du patient vers une structure identifiée avec l’appui de l’ARS. Mon collègue Hetzel l’a très bien expliqué. La situation est complètement incohérente puisque la loi reconnaît une clause de conscience individuelle aux professionnels de santé mais qu’elle ne prend pas en compte la dimension collective et institutionnelle du soin. Certains établissements ont fait le choix d’un projet d’établissement en fonction de convictions personnelles. Les unités de soins palliatifs ou d’autres structures, pour des motifs confessionnels par exemple, ont ainsi pu choisir d’établir un projet d’établissement qui prévoie d’accompagner la personne jusqu’au dernier moment. Il faut respecter ce choix.
Mme la présidente
La parole est à Mme Justine Gruet, pour soutenir l’amendement no 511.
Mme Justine Gruet
Un directeur d’Ehpad doit jongler pour offrir des soins à ses résidents.
M. Philippe Vigier, rapporteur général
Et c’est reparti !
Mme Justine Gruet
Avec ce texte, il devra faire de l’organisation de l’euthanasie au sein de ses murs une priorité, dans des délais très contraints de surcroît puisque, je vous le rappelle, dès lors qu’il aura été répondu favorablement à la demande, il faudra injecter la substance létale dans les quarante-huit heures. Dans la période actuelle, je puis vous assurer, madame la ministre du handicap et des personnes âgées, que leur priorité est tout autre.
M. Philippe Vigier, rapporteur général
Pourquoi dans les quarante-huit heures ?
Mme Justine Gruet
Surtout, ce n’est pas retirer un droit que de demander en repli de faire peser la responsabilité d’organiser cet acte sur l’État et les ARS. Je parle bien de l’organisation. Dès lors que l’ensemble des professionnels de santé d’un établissement ont fait valoir leur clause de conscience, je ne comprends pas que l’on demande au directeur à mettre en œuvre ce nouveau droit.
Mme la présidente
La parole est à Mme Annie Vidal, pour soutenir l’amendement no 823.
Mme Annie Vidal
Nous voyons bien, à travers nos débats, que la reconnaissance juridique de ce nouveau droit pose bon nombre de questions pour certains établissements. Au fond, ce qui est importe, c’est que le droit soit accessible dans tout le territoire. Monsieur le rapporteur, la réécriture de l’alinéa 4 de l’article 7 permet que ce droit soit accessible dans beaucoup d’établissements. Ce sera largement suffisant eu égard au nombre restreint de personnes qui pourraient être concernées.
Les équipes soignantes de bon nombre d’établissements, par exemple la bien connue Maison médicale Jeanne Garnier, nous ont alertés sur l’impossibilité, pour ces équipes, d’accomplir l’acte létal qui est contraire à leur éthique de soin, à leur philosophie et, par conséquent, incompatible avec leur mission.
On parle de liberté mais souffrez aussi que ces établissements puissent faire valoir leur droit à rester dans l’épure de leur projet institutionnel.
M. Philippe Vigier, rapporteur général
Clause de conscience !
Mme la présidente
La parole est à M. Charles Sitzenstuhl, pour soutenir l’amendement no 1021.
M. Charles Sitzenstuhl
La discussion que nous avons depuis une bonne dizaine de minutes illustre bien à quel point l’euthanasie est un rouleau compresseur déjà en marche. Du reste, ce texte n’est même pas encore promulgué que les débats n’ont déjà plus rien à voir avec ce qu’ils étaient il y a encore trois ans. Nous sommes passés d’un texte supposément d’exception à une politique publique générale qui doit s’appliquer partout, jusque dans les rares établissements dont le projet éthique diffère.
Vous auriez pu faire ce geste de les exclure du dispositif, d’autant plus, Patrick Hetzel l’a dit, qu’une disposition comparable a été prévue pour l’IVG. Je ne comprends pas votre obstination à imposer que les actes d’euthanasie et de suicide assisté puissent s’accomplir dans l’ensemble des établissements de santé du pays. C’est bien la preuve qu’une fois le train de l’euthanasie lancé, il ne s’arrête plus.
Mme la présidente
L’amendement no 509 de Mme Justine Gruet est défendu.
La parole est à M. Thibault Bazin, pour soutenir l’amendement no 173.
M. Thibault Bazin
Ce qui m’a marqué, en préparant cette nouvelle lecture, c’est d’avoir à nouveau rencontré des professionnels de santé dans mon territoire, des professionnels investis, qui accompagnent la fin de vie au quotidien, en unités de soins palliatifs, en équipes mobiles de soins palliatifs, sur les lits identifiés de soins palliatifs etc. Or ce sont ceux qui se sont quasiment révélés être le plus fermement opposés aux dispositions du texte. J’ai été très étonné de réaliser que ceux qui accompagnent le plus étroitement les patients en fin de vie et cherchent à soulager leur douleur, mais sans jamais donner la mort intentionnellement, sont les plus inquiets.
Mme Danielle Simonnet
Non !
M. Thibault Bazin
Je suis ennuyé car nos amendements, dans cette discussion commune, ne visent pas à empêcher que des établissements et des services puissent mettre en œuvre ce que vous voulez autoriser. Ils prévoient simplement que si ces établissements et services ont un projet d’établissement conforme à leur éthique, à leurs convictions, à leur conscience, ils soient autorisés à y stipuler qu’ils ne pratiqueront pas l’aide à mourir. C’est une liberté que nous leur devons aussi.
Surtout, si cela ne leur est pas accordé, je crains que ceux qui se sont senti la vocation d’accompagner des personnes proches de la mort…
Mme Danielle Simonnet
La vocation !
M. Thibault Bazin
…perdent le sens de leur métier et ne souhaitent plus l’exercer. C’est un vrai sujet et ce sont des objections qu’il faut entendre.
Mme Danielle Simonnet
C’est insupportable d’entendre cela !
Mme la présidente
Quel est l’avis de la commission ?
M. Stéphane Delautrette, rapporteur
S’agissant des soins palliatifs, je le répète, aucun des soignants qui interviendront ne sera contraint de pratiquer l’aide à mourir. Il faut arrêter de systématiquement ramener la discussion à la réalisation de l’aide à mourir en citant les professionnels qui travaillent dans les services de soins palliatifs. J’en ai rencontré, moi aussi, et certains ont reconnu que, malgré les progrès de la science, certaines douleurs résistent aux soins et ne sont pas soulagées.
Je regrette que vous ne parliez jamais des professionnels de santé, que nous rencontrons, et qui nous disent qu’il est temps de légiférer en ce domaine. Ils attendent que la loi évolue enfin sur l’accompagnement des personnes en fin de vie.
Madame Gruet, je vous réponds concernant le rôle d’un directeur d’établissement sur la mise en œuvre, le jour venu, de l’aide à mourir. Très concrètement, il est probable que l’opération se déroule dans la chambre que la personne occupe mais ce n’est pas le directeur qui va l’organiser : c’est l’équipe qui est chargée d’accompagner le patient. Il est simplement attendu du directeur qu’il laisse les professionnels de santé accéder à la chambre de la personne concernée, que ces professionnels travaillent dans l’établissement ou non, au cas où tous les professionnels de l’établissement auraient fait valoir leur clause de conscience.
Avis défavorable à tous les amendements, pour ces raisons.
Mme la présidente
Quel est l’avis du gouvernement ?
Mme Camille Galliard-Minier, ministre déléguée
Ce sont des sujets importants et nous devons vous rassurer. L’absence de clause de conscience collective ne remet pas en cause la liberté de conscience. C’est là une valeur que nous devons défendre et que nous n’avons pas l’intention de remettre en cause. Cette clause de conscience individuelle au sein des établissements permettra à chacun des professionnels, qui travaillent parfois en équipe, et sont liés les uns aux autres par des valeurs communes, de ne pas participer à la mise en œuvre du droit à mourir puisqu’ils auront fait valoir leur clause de conscience. Cette crainte d’une incompabilité que vous essayez de faire naître n’a pas lieu d’être, puisque la liberté de chacun est respectée.
Une fois encore, nous parlons de malades. Madame Gruet, vous avez souvent dit qu’il fallait bien distinguer entre deux catégories de malades. Rappelez-vous la troisième condition que nous avons posée : le patient doit être atteint d’une maladie grave et incurable, en phase terminale. L’absence de clause de conscience collective évitera de devoir transporter d’un établissement à un autre ces malades dont les souffrances sont insupportables et réfractaires. C’est un principe d’humanité, et c’est ce qui fait la différence avec l’IVG. Je crois que, tel qu’il est construit, ce texte respecte parfaitement, quoi qu’on en dise, la liberté de conscience ainsi que celui qui voudra recourir à l’aide à mourir. Avis défavorable.
Mme la présidente
La parole est à M. le rapporteur général.
M. Philippe Vigier, rapporteur général
Madame Gruet, la ministre a eu raison d’insister : ces patients sont en phase terminale.
Mme Annie Vidal
Mais non ! Ils sont en phase avancée !
M. Philippe Vigier, rapporteur général
Et on va leur annoncer qu’ils devront être transportés dans un autre établissement parce que le projet d’établissement du lieu où ils se trouvent prévoit une clause de conscience collective. Un peu de sérieux ! Faisons preuve d’un minimum d’humanité et de décence à l’endroit de ces patients.
Vous avez dit, par ailleurs, madame Gruet, qu’une fois la demande d’aide à mourir acceptée, il faudrait la réaliser dans les quarante-huit heures. Pas du tout : le délai est de quarante-huit heures au minimum et il court jusqu’à trois mois. Ce n’est donc pas au bout de quarante-huit heures que l’acte est systématiquement réalisé.
Mme Justine Gruet
Vous avez exigé que ce soit quarante-huit heures !
M. Philippe Vigier, rapporteur général
Pas du tout ! Ce n’est pas ainsi que c’est inscrit dans la loi. J’aimerais bien terminer ma phrase sans que vous m’interrompiez, mais je sais que vous êtes coutumière du fait.
M. Xavier Breton
C’est très élégant ! Vous n’auriez jamais dit cela à un collègue de gauche.
M. Philippe Vigier, rapporteur général
Comme vous avez dit quelque chose qui n’était pas juste, je me permets simplement de le relever : c’est quarante-huit heures minimum, jusqu’à trois mois.
------------------Cette partie de la séance est en cours de finalisation---------------------------------------------
Article 16
Mme la présidente
Nous en venons à deux amendements identiques, nos 789 de Mme Anne-Laure Blin et 1588 de M. Dominique Potier, qui tendent à supprimer l’article 16 et sur lesquels je suis saisie par le groupe Droite républicaine d’une demande de scrutin public.
Le scrutin est annoncé dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.
Ces amendements sont défendus.
Quel est l’avis de la commission ?
Mme Élise Leboucher, rapporteure
Défavorable.
Mme la présidente
Quel est l’avis du gouvernement ?
Mme Camille Galliard-Minier, ministre déléguée
Défavorable.
Mme la présidente
Je mets aux voix les amendements identiques nos 789 et 1588.
(Il est procédé au scrutin.)
Mme la présidente
Voici le résultat du scrutin :
Nombre de votants 89
Nombre de suffrages exprimés 89
Majorité absolue 45
Pour l’adoption 31
Contre 58
(Les amendements identiques nos 789 et 1588 ne sont pas adoptés.)
Mme la présidente
La parole est à M. Patrick Hetzel, pour soutenir l’amendement no 533.
M. Patrick Hetzel
Il a pour objectif de compléter la saisine de la Haute Autorité de santé, notamment en l’interrogeant sur des dispositifs permettant de réaliser le suicide assisté sans l’intervention d’un tiers.
(L’amendement no 533, repoussé par la commission et le gouvernement, n’est pas adopté.)
Mme la présidente
La parole est à M. Christophe Bentz, pour soutenir l’amendement no 1491.
M. Christophe Bentz
Je le retire.
(L’amendement no 1491 est retiré.)
Mme la présidente
Les amendements nos 531 de Mme Justine Gruet et 586 rectifié de Mme Marie-France Lorho sont défendus.
(Les amendements nos 531 et 586 rectifié, repoussés par la commission et le gouvernement, successivement mis aux voix, ne sont pas adoptés.)
Mme la présidente
La parole est à M. Patrick Hetzel, pour soutenir l’amendement no 532.
M. Patrick Hetzel
Il vise à demander à la Haute Autorité de santé d’établir des recommandations spécifiques qui permettent aux professionnels de santé d’identifier les signaux faibles, les situations d’emprise, les pressions familiales, économiques, psychologiques ou institutionnelles qui pourraient s’exercer sur les patients. Ce serait une manière de compléter le futur code de bonne conduite.
Mme la présidente
Quel est l’avis de la commission ?
Mme Élise Leboucher, rapporteure
Le rôle de la HAS est d’élaborer des recommandations relatives aux substances utilisées à destination des prescripteurs de ces substances, des pharmaciens responsables de leur préparation et des professionnels de santé qui accompagneront leur administration.
Les préoccupations que vous soulevez sont légitimes, mais la HAS ne semble pas être l’institution la plus compétente pour y répondre. Avis défavorable.
Mme la présidente
Quel est l’avis du gouvernement ?
Mme Camille Galliard-Minier, ministre déléguée
Défavorable.
Mme la présidente
La parole est à M. Patrick Hetzel.
M. Patrick Hetzel
Regardez le courrier de saisine de la ministre de la santé du 9 février 2026 : vous verrez que le périmètre confié à la Haute Autorité de santé est beaucoup plus large. Nous parlons ici des techniques d’administration de la substance, qui relèvent pleinement des missions de la Haute Autorité de santé.
(L’amendement no 532 n’est pas adopté.)
Mme la présidente
Je suis saisie de plusieurs demandes de scrutin public : sur les amendements nos 1490 et 1489, par le groupe La France insoumise-Nouveau Front populaire ; sur l’article 16, par les groupes Ensemble pour la République et Socialistes et apparentés.
Les scrutins sont annoncés dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.
Les amendements identiques nos 788 de Mme Anne-Laure Blin et 1587 de M. Dominique Potier sont défendus.
(Les amendements identiques nos 788 et 1587, repoussés par la commission et le gouvernement, ne sont pas adoptés.)
Mme la présidente
Les amendements nos 530 et 534 de Mme Justine Gruet sont défendus.
(Les amendements nos 530 et 534, repoussés par la commission et le gouvernement, successivement mis aux voix, ne sont pas adoptés.)
Mme la présidente
La parole est à M. Christophe Bentz, pour soutenir les amendements nos 1490 et 1489, qui peuvent faire l’objet d’une présentation groupée.
M. Christophe Bentz
Je les retire.
(Les amendements no 1490 et 1489 sont retirés.)
Mme la présidente
Je mets aux voix l’article 16.
(Il est procédé au scrutin.)
Mme la présidente
Voici le résultat du scrutin :
Nombre de votants 82
Nombre de suffrages exprimés 80
Majorité absolue 41
Pour l’adoption 54
Contre 26
(L’article 16 est adopté.)
Article 17
Mme la présidente
Je suis saisie de plusieurs demandes de scrutin public : sur l’amendement no 1277, par le groupe Rassemblement national ; sur les amendements identiques nos 4 et 1339, par les groupes Socialistes et apparentés et Écologiste et social ; sur les amendements no 5 et 687, par le groupe Socialistes et apparentés ; sur l’amendement no 1362, par le groupe La France insoumise-Nouveau Front populaire.
Les scrutins sont annoncés dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.
Nous en venons à douze amendements, nos 1277, 569, 1111, 4, 1339, 1411, 5, 687, 1362, 1112, 1402 et 1278, pouvant être soumis à une discussion commune, qui tendent à rétablir l’article 17, supprimé par la commission. Les amendements nos 4 et 1339 sont identiques et font l’objet d’un sous-amendement no 2151 rectifié ; les amendements nos 1112 et 1402 sont identiques.
La parole est à M. Christophe Bentz, pour soutenir l’amendement no 1277.
M. Christophe Bentz
Je défendrai en même temps l’amendement no 1278, également déposé par Pierre Meurin. Nous nous réjouissons évidemment qu’à cinq voix près, le délit d’entrave ait été retiré de ce texte. Ma conviction, que j’ai exposée à plusieurs reprises, est qu’il s’agissait probablement de l’article le plus grave dans un texte lui-même très grave et très dangereux.
Certains veulent pourtant le rétablir.
M. Hadrien Clouet
Oui, nous !
M. Christophe Bentz
Comme j’ai eu l’occasion de le souligner, c’était le verrou final de ce texte. Nous nous opposerons donc à l’ensemble des amendements qui tendent à réintroduire le délit d’entrave. En revanche, nous proposons de réintroduire le délit d’incitation au suicide – l’amendement Valletoux, que nous avions soutenu et arraché, si je puis dire, à la fin de la deuxième lecture. Mes chers collègues, vous pouvez nier qu’il s’agit d’un texte sur le suicide et continuer à l’appeler aide à mourir, cela n’en demeure pas moins une sémantique mensongère – je n’y reviens pas.
Pour nous, il est certain qu’inciter au suicide est gravissime. C’est la raison pour laquelle nous devons réintroduire le délit d’incitation. (Applaudissements sur les bancs du groupe RN.)
Mme Agnès Pannier-Runacher
Ça existe déjà !
Mme la présidente
L’amendement no 569 de Mme Josiane Corneloup est défendu.
La parole est à M. Théo Bernhardt, pour soutenir l’amendement no 1111.
M. Théo Bernhardt
Comme l’amendement no 1277 défendu par M. Bentz, il vise à inscrire dans la loi un délit d’incitation au suicide. Pousser quelqu’un à la mort est interdit. L’objectif est de rétablir le délit d’incitation au suicide en le punissant de deux ans d’emprisonnement et 30 000 euros d’amende.
Mme la présidente
Sur les amendements nos 1111, 1112 et identique et 1278, je suis saisie par le groupe Rassemblement national de demandes de scrutin public.
Les scrutins sont annoncés dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.
La parole est à M. Arnaud Simion, pour soutenir l’amendement no 4.
M. Arnaud Simion
Le délit d’entrave a été supprimé lors de l’examen par la commission des affaires sociales et cet amendement vise à le rétablir. Un droit sans garantie n’est pas un droit. Une liberté nouvelle qui peut être empêchée ou entravée n’est qu’une promesse vide. Cette crainte n’est pas théorique : rétablir le délit d’entrave, c’est simplement affirmer que nul ne peut empêcher une patiente ou un patient d’exercer un droit que la loi lui reconnaît ni une soignante ou un soignant d’accomplir un acte légal et encadré. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe SOC.)
Mme la présidente
La parole est à Mme Sandrine Rousseau, pour soutenir l’amendement no 1339.
Mme Sandrine Rousseau
Il vise à rétablir le délit d’entrave. De manière parallèle aux dispositions de la loi sur l’IVG, nous souhaitons éviter que des groupes, notamment religieux, campent devant les établissements qui procèdent à l’aide à mourir, culpabilisent l’entourage et empêchent la sérénité des derniers instants des personnes qui demandent cette aide. Pour que ce droit soit effectif, il importe qu’il ne soit pas un lieu de bataille culturelle et identitaire pour des réactionnaires.
Rétablir le délit d’entrave nous semble donc absolument indispensable.
Mme la présidente
La parole est à M. Théo Bernhardt, pour soutenir le sous-amendement no 2151 rectifié aux amendements identiques nos 4 et 1339.
M. Théo Bernhardt
L’objectif est d’assurer un équilibre entre délit d’incitation et délit d’entrave au cas où les amendements identiques no 4 et 1339 seraient adoptés. Si on veut une loi d’équilibre, il faut évidemment que les peines soient identiques. En tout cas, je suis ravi de voir, madame Rousseau, que vous qui étiez opposée au délit d’incitation, vous le rétablissez par votre amendement. (Mme Sandrine Rousseau proteste.) Cela fait plaisir de voir que les idées évoluent sur les bancs de la gauche.
Mme Élise Leboucher, rapporteure
Le délit d’incitation avait été adopté dans l’hémicycle !
M. Théo Bernhardt
Oui, je sais bien, mais je fais un peu de politique !
Mme la présidente
La parole est à Mme Danielle Simonnet, pour soutenir l’amendement no 1411.
Mme Danielle Simonnet
Restaurer l’article 17 est très important. Chacun a en mémoire ce qui s’est passé pour le droit à l’avortement. Dans mon arrondissement, pendant plusieurs mois, des individus d’un groupuscule intégriste ont essayé d’entraver le droit à l’avortement en créant des désordres publics devant le centre IVG de l’hôpital Tenon. Nous savons qu’un risque semblable existe pour le droit à l’aide à mourir.
Nous voulons donc restaurer l’article 17 pour rétablir le délit d’entrave. Un équilibre avait été trouvé avec la création d’un délit d’incitation. Pour ma part, je ne connais pas de groupes qui cherchent à inciter au recours à l’aide à mourir.
M. Dominique Potier
Ah bon ?
Mme Danielle Simonnet
Je n’en ai jamais rencontré, pas plus que je n’ai rencontré de groupes incitant à l’IVG.
Mme Ayda Hadizadeh
Tout à fait !
Mme Danielle Simonnet
Cela n’existe pas. Ce n’est donc pas inquiétant.
Mme la présidente
La parole est à M. Arnaud Simion, pour soutenir les amendements nos 5 et 687, qui peuvent faire l’objet d’une présentation groupée.
M. Arnaud Simion
Dans une recherche de compromis, nous avons réduit le quantum des peines, notamment dans l’amendement no 687, où nous assouplissons encore le dispositif en restreignant le champ d’application, puisque le délit ne serait constitué que pour des actes commis de manière répétée.
Mme la présidente
La parole est à M. Hadrien Clouet, pour soutenir l’amendement no 1362.
M. Hadrien Clouet
Il s’agit là aussi de rétablir le délit d’entrave dans la mesure où reconnaître le droit à disposer de soi n’a de sens que si cette faculté peut s’exprimer librement, sans être bloquée ou obstruée par des forces extérieures. Nous nous inspirons là du modèle du droit à l’interruption volontaire de grossesse, qui ne tolère pas que celui-ci soit empêché.
Nous parlons bien d’empêcher. Il ne s’agit pas de discussions avec des proches, de débats entre des personnes qui exposeraient leur opinion quant au fait de recourir à tel ou tel droit, mais d’une entrave, c’est-à-dire de pressions morales ou psychologiques exercées sur une personne et d’allégations qui visent à désinformer et mentir. Ne prétendez donc pas qu’il s’agit de réduire la liberté d’expression : les gens ont le droit de parler, de donner leur opinion, de discuter entre eux – c’est un droit fondamental.
En revanche, ils n’ont pas le droit d’empêcher physiquement, d’exercer une contrainte morale ou de mettre à mal celui qui souhaiterait user de son droit à disposer de lui-même. Cet amendement cible donc une série d’officines dont chacun connaît les noms dans le pays : l’Opus Dei, Alliance Vita, la Fraternité Saint Pie X et d’autres. Il faut aussi dire qui l’on affronte ! (Applaudissements sur quelques bancs des groupes LFI-NFP et EcoS.)
Mme Élise Leboucher, rapporteure
Exactement !
Mme la présidente
L’amendement no 1112 de M.Théo Bernhardt est défendu.
Mme la présidente
La parole est à M. Patrick Hetzel, pour soutenir l’amendement no 1402.
M. Patrick Hetzel
Cet amendement déposé à l’initiative de notre collègue Yannick Neuder vise un point précis. En supprimant l’intégralité de l’article 17, nous avons supprimé le délit d’entrave, mais nous avons surtout fait disparaître la sanction des pressions exercées sur une personne afin qu’elle ait recours à l’aide à mourir. Or cette disposition répondait à une préoccupation essentielle. La fin de vie étant un moment d’extrême vulnérabilité, où la personne malade peut se percevoir comme une charge pour ses proches ou pour la collectivité, ou peut redouter de leur peser, le risque que des pressions, explicites ou implicites, s’exercent sur elle pour qu’elle demande l’aide à mourir ne peut être ignoré. Cet amendement tend à rétablir cette seule protection, car elle permet d’éviter ces pressions. Bien entendu, la simple mise à disposition d’informations sur les modalités d’exercice du droit ne constitue pas une infraction.
Enfin, lorsque l’on observe ce qui se passe dans un certain nombre de pays où l’aide à mourir existe depuis longtemps, on constate que le nombre de demandes augmente, non parce que davantage de personnes feraient face à des souffrances réfractaires, mais précisément parce que cette pression collective et sociale s’exerce de plus en plus. Et elle s’exerce, nous le savons, sur les plus vulnérables.
Mme la présidente
Vous aviez défendu l’amendement no 1278, n’est-ce pas, monsieur Bentz ?
M. Christophe Bentz
En effet.
Mme la présidente
Quel est l’avis de la commission sur cette série d’amendements ?
M. Philippe Vigier, rapporteur général
Nous abordons l’article 17. C’est un moment important. Je serai synthétique, mais je tiens d’abord à rappeler que lorsqu’Olivier Falorni a écrit son premier texte, en 2021, n’y figuraient ni délit d’entrave, ni délit d’incitation. Ces délits ne figuraient pas davantage dans le projet de loi déposé en 2024. La volonté d’Olivier Falorni, avec qui j’ai discuté plusieurs fois, comme beaucoup d’entre vous, était de ne pas s’engager dans une judiciarisation, afin qu’aucune suspicion ne puisse s’installer.
Chacun connaît le cheminement du délit d’entrave, d’abord apparu en commission spéciale,…
Mme Annie Vidal
À l’initiative de Mme Caroline Fiat, à l’époque !
M. Philippe Vigier, rapporteur général
…avant qu’un équilibre ne soit trouvé par le président Valletoux entre l’entrave et la pression. À ce stade, je considère que nous ne devons pas judiciariser l’aide à mourir. Restons-en au texte tel qu’il est sorti de la commission et tel que nous avons pu le voter ensemble après qu’une majorité s’est dégagée. Car, au fond, alors que nous arrivons presque au terme de la discussion, il convient surtout de bien répondre à l’attente très forte des patients, de ces malades auxquels je pense, en cet instant, qui veulent enfin disposer de ce droit à mourir. Tenons-nous-en à l’équilibre que nous avons su trouver tout au long du débat. Cela suppose de rejeter tous ces amendements.
Enfin, puisque la loi Veil a été évoquée, souvenons-nous que Simone Veil n’avait pas non plus judiciarisé le recours à l’IVG. Ce n’est que vingt ans plus tard que des sanctions pénales ont été imaginées, notamment pour punir l’entrave.
M. Hadrien Clouet
Vous devriez en tirer des leçons !
M. Philippe Vigier, rapporteur général
Bref, conservons dans le présent texte l’équilibre auquel nous sommes parvenus majoritairement en commission, sans le judiciariser.
Mme la présidente
Quel est l’avis du gouvernement ?
Mme Camille Galliard-Minier, ministre déléguée
Entre la version de M. Falorni et celle qui a mûri au fil des lectures, le texte a effectivement évolué, tout comme la réflexion du gouvernement. Aujourd’hui, nous sommes convaincus d’avoir trouvé un équilibre en supprimant ces deux infractions – l’incitation et l’entrave. C’est la meilleure solution pour parvenir à cette déjudiciarisation évoquée par le rapporteur général – ou, en tout cas, pour ne pas pénaliser ce nouveau droit.
En ce qui concerne le délit d’incitation – lorsqu’il a été voté, j’étais moi-même sur vos bancs –, il faut rappeler que le code pénal comporte déjà un arsenal juridique permettant de réprimer l’abus de faiblesse sur des personnes vulnérables, à l’article 223-15-2, ainsi que la provocation au suicide. Ces délits recouvrent déjà les pressions psychologiques susceptibles d’être exercées sur les personnes – et c’est tant mieux. Il n’est pas nécessaire de créer un délit qui existe déjà.
Quant au délit d’entrave, comme l’a rappelé le rapporteur général, il faut suivre la même logique de construction progressive que pour l’interruption volontaire de grossesse : on a d’abord créé le droit, puis envisagé des infractions et des sanctions pénales ciblées, mais seulement après avoir observé les difficultés réelles d’exercice de ce droit, et non par anticipation.
M. Xavier Breton
Vous avez attendu la troisième lecture pour le dire !
Mme Camille Galliard-Minier, ministre déléguée
Ce n’est que vingt ans après la création du droit à l’IVG qu’un délit d’entrave a été introduit – les sanctions ayant encore évolué par la suite. J’appelle donc, comme le rapporteur général, à conserver l’équilibre du texte : ne judiciarisons pas ce droit à l’aide à mourir, conservons le texte tel qu’il est sorti de la commission.
Pour toutes ces raisons, j’émets un avis défavorable sur l’ensemble des amendements en discussion commune. (Mme Brigitte Liso, rapporteure, applaudit.)
Mme la présidente
La parole est à M. Yannick Monnet.
M. Yannick Monnet
J’avais moi-même signé, avec le président Valletoux, l’amendement créant le délit d’incitation, et ce en vue d’équilibrer le texte – du moins de façon théorique, symbolique. Aujourd’hui, je suis plutôt favorable à la suppression des deux délits. Ce qui est clair, c’est que s’il y en a un, il faut qu’il y ait les deux ; il ne peut pas y en avoir un tout seul. Mais je trouve que cela renvoie une mauvaise image, celle d’un texte si faible qu’il pourrait donner prise à l’incitation ou à l’entrave. Or la procédure telle qu’elle a été élaborée – même si un de ses aspects me déplaît, comme vous le savez, mais ce n’est pas le sujet ici – évite ces questions d’entrave et d’incitation. Soit nous croyons au texte et à la solidité de la procédure, et nous n’avons pas besoin d’ajouter des délits ; soit nous considérons que le texte est léger, et il faut alors chercher à le borner juridiquement – mais si le texte est léger, je n’en veux pas !
Mme Danielle Simonnet
Et le texte sur l’IVG, il est léger ?
M. Yannick Monnet
Quoi qu’il en soit, ce délit d’entrave laisse penser que ce texte pourrait permettre n’importe quoi, ce qui n’est absolument pas le cas.
Mme la présidente
La parole est à Mme Sandrine Rousseau.
Mme Sandrine Rousseau
Le sujet n’est pas le droit des personnes : celles-ci auront évidemment accès à l’aide à mourir, dès lors que les critères sont clairement définis. Mon désaccord avec toi, Yannick, porte sur la pression qui pourrait s’exercer devant les établissements, ce qui n’est pas la même chose qu’une entrave à un geste individuel ou une décision individuelle, tu le sais bien ! D’ailleurs, la pression est déjà réelle : il n’y a qu’à voir le site priepourundepute.fr. Des groupes religieux protesteront devant les hôpitaux et les cliniques. Si nous ne voulons pas connaître une dérive à l’américaine, il faut voter la création de ce délit d’entrave ! (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes EcoS, LFI-NFP et SOC.)
Mme la présidente
La parole est à M. Nicolas Turquois.
M. Nicolas Turquois
À titre personnel, j’étais plutôt favorable à la création du délit d’entrave. Nous évoquons parfois ceux qui nous sollicitent dans nos circonscriptions. S’agissant de ce texte, nous sommes partagés : j’y suis plutôt favorable, quand d’autres y sont plutôt défavorables. Reste qu’un certain nombre de Français s’interrogent : sans avoir totalement arrêté leur position, ils pensent qu’il faut évoluer sur le sujet. Plusieurs d’entre eux – et je m’adresse à ceux qui, comme moi, sont favorables au texte – m’ont dit que ce délit d’entrave les interpellait…
Mme Sandrine Rousseau
Mais non !
Mme Karen Erodi
Vous êtes de mauvaise foi, là !
M. Nicolas Turquois
Je vous assure, on me l’a fait remarquer ! Je me range donc à la position du gouvernement et de la commission : ni délit d’entrave ni délit d’incitation, comme l’a dit M. Yannick Monnet, afin de préserver l’équilibre du texte.
Mme la présidente
Nous en venons aux votes sur cette série d’amendements.
Je mets d’abord aux voix, par scrutin public, l’amendement no 1277.
(Il est procédé au scrutin.)
Mme la présidente
Voici le résultat du scrutin :
Nombre de votants 87
Nombre de suffrages exprimés 86
Majorité absolue 44
Pour l’adoption 27
Contre 59
(L’amendement no 1277 n’est pas adopté.)
(L’amendement no 569 n’est pas adopté.)
Mme la présidente
Je mets aux voix l’amendement no 1111.
(Il est procédé au scrutin.)
Mme la présidente
Voici le résultat du scrutin :
Nombre de votants 87
Nombre de suffrages exprimés 86
Majorité absolue 44
Pour l’adoption 29
Contre 57
(L’amendement no 1111 n’est pas adopté.)
(Le sous-amendement no 2151 rectifié aux amendements identiques nos 4 et 1339 n’est pas adopté.)
Mme la présidente
Je mets aux voix les amendements identiques nos 4 et 1339.
(Il est procédé au scrutin.)
Mme la présidente
Voici le résultat du scrutin :
Nombre de votants 88
Nombre de suffrages exprimés 78
Majorité absolue 40
Pour l’adoption 25
Contre 53
(Les amendements identiques nos 4 et 1339 ne sont pas adoptés.)
(L’amendement no 1411 n’est pas adopté.)
Mme la présidente
Je mets aux voix l’amendement no 5.
(Il est procédé au scrutin.)
Mme la présidente
Voici le résultat du scrutin :
Nombre de votants 88
Nombre de suffrages exprimés 77
Majorité absolue 39
Pour l’adoption 24
Contre 53
(L’amendement no 5 n’est pas adopté.)
Mme la présidente
Je mets aux voix l’amendement no 687.
(Il est procédé au scrutin.)
Mme la présidente
Voici le résultat du scrutin :
Nombre de votants 86
Nombre de suffrages exprimés 76
Majorité absolue 39
Pour l’adoption 24
Contre 52
(L’amendement no 687 n’est pas adopté.)
Mme la présidente
Je mets aux voix l’amendement no 1362.
(Il est procédé au scrutin.)
Mme la présidente
Voici le résultat du scrutin :
Nombre de votants 79
Nombre de suffrages exprimés 77
Majorité absolue 39
Pour l’adoption 23
Contre 54
(L’amendement no 1362 n’est pas adopté.)
Mme la présidente
Je mets aux voix les amendements identiques nos 1112 et 1402.
(Il est procédé au scrutin.)
Mme la présidente
Voici le résultat du scrutin :
Nombre de votants 89
Nombre de suffrages exprimés 88
Majorité absolue 45
Pour l’adoption 27
Contre 61
(Les amendements identiques nos 1112 et 1402 ne sont pas adoptés.)
Mme la présidente
Je mets aux voix l’amendement no 1278.
(Il est procédé au scrutin.)
Mme la présidente
Voici le résultat du scrutin :
Nombre de votants 87
Nombre de suffrages exprimés 84
Majorité absolue 43
Pour l’adoption 25
Contre 59
(L’amendement no 1278 n’est pas adopté.)
Article 18
Mme la présidente
Je suis saisie de plusieurs demandes de scrutin public : sur l’amendement no 535, par le groupe La France insoumise-Nouveau Front populaire ; sur l’article 18, par les groupes La France insoumise-Nouveau Front populaire et Socialistes et apparentés.
Les scrutins sont annoncés dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.
L’amendement no 535 de Mme Justine Gruet est défendu.
Mme la présidente
Quel est l’avis de la commission ?
Mme Élise Leboucher, rapporteure
Défavorable.
Mme la présidente
Quel est l’avis du gouvernement ?
Mme Camille Galliard-Minier, ministre déléguée
Défavorable.
Mme la présidente
Je mets aux voix l’amendement no 535.
(Il est procédé au scrutin.)
Mme la présidente
Voici le résultat du scrutin :
Nombre de votants 81
Nombre de suffrages exprimés 81
Majorité absolue 41
Pour l’adoption 22
Contre 59
(L’amendement no 535 n’est pas adopté.)
------------------Cette partie de la séance est en cours de finalisation---------------------------------------------