Accueil > Histoire et patrimoine > Les peintures de Delacroix à la Bibliothèque > Rappel chronologique

 

LES CHEFS-D'ŒUVRE PICTURAUX

© Assemblée nationale - photo Laurent Lecat
Cliquer sur la photo pour l'agrandir

 

Les peintures murales de Delacroix
 à la Bibliothèque du Palais Bourbon

Rappel chronologique

 

15 février 1838

Delacroix écrit au baron Rivet en mentionnant ses « intrigues (...) dans le but d'avoir à peindre quelques pieds de muraille (...) qui satisferaient le besoin de faire grand qui devient excessif quand une fois on en a goûté». (Correspondance, II, p. 4).

5 septembre 1838

Au cours de son séjour à Valmont, près de Fécamp, Delacroix, ayant appris « par le journal » que le Ministre l'avait officiellement chargé de la décoration de la Bibliothèque de la Chambre des députés, écrit à Jean-Baptiste Pierret pour vérifier l'exactitude de ces informations. (Lettre conservée au musée du Louvre, département des Arts Graphiques ; Correspondance, II, p. 19-20).

En fait, le décret avait été pris le 30 août et la lettre avisant Delacroix de la décision avait été écrite le 31. Delacroix devait recevoir une somme de 60 000 francs pour l'exécution des peintures de la Bibliothèque.

(Archives nationales, F21 584 ; en dépôt à la Bibliothèque de l'Assemblée nationale). Dans le même temps, la répartition des autres commandes était ainsi décidée: pour Horace Vernet, la Salle des Pas Perdus, pour Heim, la salle des Conférences, pour Abel de Pujol, les grisailles de la Salle des Distributions.

13 septembre 1838

Delacroix, toujours à Valmont, écrit à Frédéric Villot pour lui faire part de la nouvelle commande qui vient de lui être signifiée : « Vous connaissez le local ; soyez donc assez bon dans vos moments de loisir pour vous creuser la tête sur le parti qu'on pourrait tirer de cela : cinq coupoles et deux hémicycles à chaque bout. Les sujets auxquels j'avais pensé ont des inconvénients et si je trouve une idée meilleure je la prendrai, ce que je crois très possible. Ce sont des pendentifs, vous savez. Il faudrait là une idée féconde qui n'eût pas trop de réalité, pas trop d'allégorie, enfin qu'il y en eût pour tous les goûts ». (Lettre conservée à la Bibliothèque d'Art et d'Archéologie, fondation Jacques Doucet ; Correspondance, II, p. 22).

16 octobre 1838

Delacroix demande à Gustave Lassalle-Bordes s'il a un moment de libre pour venir parler avec lui de la commande de la Bibliothèque. (Lettre conservée au musée du Louvre, département des arts graphiques ; Correspondance, II, p. 25-26).

18 octobre 1838

Delacroix remercie le ministre de l'Intérieur, M. de Montalivet, pour la distinction flatteuse dont il a bien voulu l'honorer et l'assure qu'il mettra tout l'empressement requis pour mener à bien les travaux.

27 octobre 1838

Delacroix remercie Adolphe Thiers pour la nouvelle preuve de protection qu'il vient de lui témoigner. (Lettre conservée à la Bibliothèque Nationale de France, 20608, papiers Thiers; Correspondance, II, p. 27-28).

25 décembre 1838

Louis de Planet vient prendre congé de Delacroix : « // ignore encore l'époque précise où le gouvernement lui livrera la salle de la bibliothèque de la Chambre pour y exécuter les peintures qui lui ont été commandées, et il ne sait pas d'une manière positive quand il pourra se servir de ses élèves, - mais il me recommande, aussitôt que j'aurai terminé mes affaires à Toulouse et que je serai prêt à revenir, de l'en avertir par écrit. » (Joubin, 1928, p. 382).

Vers la fin de l'année, en effet, Delacroix avait ouvert un atelier rue Neuve-Guillemin afin de pouvoir diriger quelques collaborateurs.

Novembre 1839

Delacroix demande au Ministre de l'Intérieur un premier acompte de 8 000 francs. « II m'est nécessaire pour mes études déjà faites et pour les décorateurs que je suis dans l'obligation d'employer pour m'aider ». La demande est transmise au ministre des Travaux Publics le 27 novembre mais l'acompte sera finalement imputé sur l'exercice de 1840, faute de crédits. (Archives nationales, F21 584, en dépôt à la Bibliothèque de l'Assemblée nationale).

3 septembre 1840

Delacroix est chargé de décorer la Bibliothèque de la Chambre des pairs, au Palais du Luxembourg.

21 février 1841

Un « devis de peinture en dorure » est établi de façon provisoire, afin d'évaluer divers travaux de dorure et impressions préparatoires nécessaires pour la bibliothèque. (Archives nationales, F21 752).

22 février 1841

Lassalle-Bordes est sans doute en train de travailler, sous la direction de Delacroix, aux pendentifs d'Hérodote, des Bergers Chaldéens et de Sénèque. (Lettre de Lassalle-Bordes à Philippe Burty, le 20 juin 1879, publiée par Burty en 1880).

31 août 1841

Une lettre du ministre de l'Intérieur presse Delacroix de se mettre au travail : « la plupart des travaux d'art entrepris pour la décoration du Palais de la Chambre des députés étant terminés ou sur le point de l'être» (Archives nationales, F21 584 ; en dépôt à la Bibliothèque de l'Assemblée nationale).

3-17 novembre 1841

Louis de Planet détaille le travail qu'il a effectué, sous la direction de Delacroix, au pendentif d'Aristote. (Joubin, 1928, p. 394-418).

9 août 1842

Delacroix écrit à Gustave Planche : « Mes travaux à la Chambre des députés sont très retardés ». (Correspondance, II, p. 119-120).

16 août 1842

En dépit de la faible progression de ses travaux - car il a été sérieusement malade dans le courant de l'année - Delacroix demande un acompte de 8 000 francs au titre de la Chambre des Pairs et un acompte de 10 000 francs au titre de la Chambre des députés. Celui-ci lui sera accordé le 1er septembre. (Archives nationales, F21 584 ; en dépôt à la Bibliothèque de l'Assemblée nationale).

5 novembre 1842

Delacroix écrit à Lassalle-Bordes qui se trouve dans le Gers : « J'ai presque terminé mes figures pour la Chambre des députés ; mais vous ne serez pas inutile pour y mettre sur place quelques touches ». (Lettre conservée à la Bibliothèque d'Art et d'Archéologie, fondation Jacques Doucet ; Correspondance, II, p. 126).

27 février 1843

Delacroix convoque Louis de Planet pour lui signifier que les deux esquisses des hémicycles sont pratiquement terminées et qu'il a besoin de lui pour la réalisation définitive, sur place. Planet n'étant pas immédiatement disponible, il est convenu qu'il viendra plus tard. (Joubin, 1928, p. 428-429).

15-16 mars 1843

Louis de Planet vient voir Delacroix qui lui propose de travailler sur certains pendentifs plutôt que sur les hémicycles. (Joubin, 1928, p. 430).

3 avril 1843

L'architecte de la Chambre des députés, Jules de Joly, fait son rapport au Ministre des Travaux Publics à propos des travaux en cours et signale que Delacroix promet d'avancer plus promptement avant l'ouverture de la prochaine session (Archives nationales, F21 752).

5 avril 1843

Delacroix, alors à Saint-Leu-Taverny, écrit à Lassalle-Bordes : « le plus court parti à prendre est de continuer notre hémicycle tant que faire se pourra (...). Quand je serai de retour, nous pourrons nous mettre à peindre les côtés sans les passer en grisaille, ce qui laissera au milieu le temps de sécher. Vous pourriez en attendant peindre le ciel et les astres, quand vous aurez achevé votre grisaille. » (Lettre conservée à la Bibliothèque d'Art et d'Archéologie ; Correspondance, II, p. 133-134).

15 avril 1843

Louis de Planet apprend de Delacroix que la préparation en grisaille d'un des deux hémicycles est presque achevée. (Joubin, 1928, p. 431).

31 mai 1843

Louis de Planet reçoit la visite de Delacroix qui étudie longuement son travail sur le pendentif de la Drachme du Tribut. (Joubin, 1928, p. 434-437). Une seconde visite de Delacroix se produit le 7 juin.

25 juin 1843

Un article anonyme publié dans L'Artiste fait état des premières réactions devant les deux coupoles que Delacroix a terminées (la Philosophie et les Sciences) et donne la liste des sujets de huit pendentifs.

« Comme composition, comme ensemble, deux ou trois de ces tableaux produisent un bon effet. Les personnages en sont bien posés, mais l'exécution n'en est pas également satisfaisante » (...) on prétend que, pour satisfaire aux exigences qui deviennent chaque jour plus pressantes, M. Delacroix a promis de recommencer ses peintures ou de les modifier de manière à ne plus mériter le reproche que lui adressent et les architectes et les habitués de la bibliothèque ».

été 1843

Une très forte chaleur est la cause d'une fissure dans l'hémicycle d'Orphée. La toile déjà fixée au mur doit être détachée afin que les réparations puissent être menées à bien.

10 octobre 1843

Un second rapport de Jules de Joly signale que : « dans la Bibliothèque l'exécution des peintures de décor sur deux des coupoles » est réalisée. (Archives nationales, F21 752).

22 novembre 1843

Delacroix demande un troisième acompte de 8 000 francs, accordé le 29 du même mois (Archives nationales, F21 584 ; en dépôt à la Bibliothèque de l'Assemblée nationale).

décembre 1843

L'échafaudage de l'hémicycle nord (Attila) est élargi ; celui de deux coupoles démonté, ainsi que le signale Jules de Joly dans son rapport transmis le 10 janvier 1844. (Archives nationales, F21 752).

9 décembre 1843

Delacroix rend visite à Louis de Planet et lui confie le transfert sur toile du pendentif du Lycurgue. Delacroix revient chez Planet les 11,14 et 20 décembre. (Joubin, 1928, p. 447-457).

3 juin 1844

Dans une lettre au Ministre de l'Intérieur, le Ministre des Travaux Publics « déplore vivement » le peu d'activité déployée par Delacroix (et aussi par Horace Vernet) : « je crains qu'ils ne me mettent dans la nécessité d'annuler une partie des fonds qui leur ont été accordés et de demander ensuite aux Chambres un nouveau crédit extraordinaire ». (Archives nationales, F21 584 ; en dépôt à la Bibliothèque de l'Assemblée nationale).

9 août 1844

Le Ministre de l'Intérieur invite Delacroix « de la manière la plus pressante » à reprendre ses travaux et à les conduire avec activité. (Archives nationales, F21 584 ; en dépôt à la Bibliothèque de l'Assemblée nationale).

27 août 1844

Le Ministre de l'Intérieur demande à son collègue des Travaux Publics le versement à Delacroix d'un quatrième acompte de 17 000 francs.

« M. Eugène Delacroix a presque terminé dans son atelier les peintures de décoration de la Chambre des députés. Elles ne tarderont pas à être achevées et mises en place ». (Archives nationales, F21 584 ; en dépôt à la Bibliothèque de l'Assemblée nationale).

12 septembre 1844

Delacroix écrit à Lassalle-Bordes : « J'ai obtenu hier qu'on m'ôte les principales planches des deux hémicycles de la Chambre des députés. (Delacroix avait fait cette requête à Jules de Joly le 23 juillet). L'Orphée est, comme je le craignais, trop en l'air ; mais avec quelques détails sur le devant, j'en tirerai parti tel qu'il est, et j'ai vu avec plaisir que les boursouflures n'avaient pas augmenté, ce qui fait qu'en les faisant réparer tout de suite et en les laissant quelque temps, je verrai si je ne pourrai pas achever le tableau tel qu'il est, ce que j'espère fort. Le paysage de ce tableau vous réclame, et quand vous aurez du temps de libre, vous me ferez plaisir de m'y aider un peu ». (Lettre conservée à la Bibliothèque d'Art et d'Archéologie, fondation Jacques Doucet ; Correspondance II, p. 193).

4 novembre 1844

Dans un mémoire sur les travaux exécutés pendant l'exercice 1844, Jules de Joly se plaint au ministre des Travaux Publics de ne pouvoir utiliser tous les fonds disponibles : « les travaux (...) vont être suspendus jusqu'à ce que MM. Hce Vernet et Eugène Delacroix veuillent bien compléter les ouvrages dont ils ont été chargés en 1838 ». (Archives nationales, F21 752).

janvier-février ? 1845

Pierre Andrieu rejoint Delacroix qui lui confie le suivi des pendentifs d'Adam et Ève et de Démosthènes.

9 juillet 1845

Les pendentifs des trois coupoles restant à faire étant achevés, Jules de Joly demande au ministre des Travaux Publics l'autorisation de les faire mettre en place.

12 octobre 1845

Delacroix écrit à Madame Haro qui lui fournit le plus souvent ses couleurs qu'il ne pourra s'occuper de l'opération des figures à coller que le jeudi suivant. Deux autres lettres suivront, concernant cette opération. (Lettres conservées à la Bibliothèque d'Art et d'Archéologie, fondation Jacques Doucet ; Correspondance, II, p. 241-242).

11 novembre 1845

Le Ministre de l'Intérieur accorde à Delacroix un cinquième acompte de 10 000 francs, mais la somme ne pourra être versée qu'au titre des crédits extraordinaires ouverts par une loi du 3 juillet 1846. (Archives nationales, F21 584 en dépôt à la Bibliothèque de l'Assemblée nationale).

14 février 1846

Une commission dénonce la lenteur apportée par les artistes à leurs travaux et l'augmentation des frais qui en résulte. (Archives nationales, F21 752).

8 avril 1846

Jules de Joly informe le ministre des Travaux Publics qu' « il reste à M. Delacroix les deux culs-de-four de la Bibliothèque et à retoucher quelques uns de ses pendentifs ». (Archives nationales, F21 752).

21 juillet 1846

Delacroix est averti que le sixième acompte de 3 000 francs qu'il avait sollicité lui est accordé. (Archives nationales, F21 584 ; en dépôt à la Bibliothèque de l'Assemblée nationale).

26 novembre 1846

Les questeurs adressent une lettre au ministre de l'Intérieur afin de souligner leur désapprobation quant au non achèvement des travaux de Delacroix : « Nous avons la certitude (...) que les peintures de la Bibliothèque ne seront point terminées cette année, malgré les engagements pris, soit verbalement, soit par écrit, par M. Eugène Delacroix. Nos collègues ne verront pas sans déplaisir ce nouveau retard, et ils remarqueront sans doute que des travaux de même nature, entrepris au Luxembourg par M. Delacroix, sont arrivés aujourd'hui à leur complète exécution, bien qu'ils n'y aient été commandés que longtemps après ceux du Palais Bourbon. (Archives nationales, F21 584 ; en dépôt à la Bibliothèque de l'Assemblée nationale).

4 février 1847

Dans son Journal, Delacroix note : « Arrivé à la Chambre à onze heures et demie (...). J'ai revu avec plaisir mon hémicycle ; j'ai vu tout de suite ce qu'il fallait pour rétablir l'effet. Le seul changement de la draperie de /'Orphée a donné de la vigueur au tout ». (Journal, I, p. 179-178).

8 février 1847

Dans son Journal, Delacroix note : « à la Chambre des députés. Travaillé à la femme portant le petit enfant, à l'enfant par terre ; puis à l'homme couché au-dessus du Centaure ; je crois que j'ai fort avancé. Séance très longue ». (Journal, I, p. 184).

4 mars 1847

Après une interruption due au froid, Delacroix retourne travailler à la Chambre des députés et note dans son Journal : « pris la résolution de faire mon ménage de peintre moi-même ; je m'en suis fort bien tiré et j'y gagnerai de la liberté. C'était la onzième fois que j'y retournais, et le tableau est déjà bien avancé. Travaillé surtout à /'Orphée. » (Journal, I, p. 199).

5 mars 1847

« Hier, en travaillant l'enfant qui est près de la femme de gauche dans /'Orphée, je me souvins de ces petites touches multipliées faites avec le pinceau et comme dans une miniature, dans la Vierge de Raphaël, que j'ai vue rue Grange-Batelière ». (Journal, I, p. 199).

10 mars 1847

Delacroix passe une partie de la journée à la Chambre des députés : « j'ai travaillé raisonnablement : les hommes à la charrue, la femme et les bœufs ». (Journal, I, p. 203).

15 mars 1847

Delacroix se rend à nouveau à la Chambre des députés, mais pour peu de temps : « j'ai pris le groupe des déesses en l'air » (Journal, I. p. 207).

17 mars 1847

« Travaillé à la Chambre. J'ai éprouvé combien ce lieu est malsain. J'y suis trop resté » (Journal, I, p. 209).

7 avril 1847

Après une nouvelle interruption, Delacroix reprend sans enthousiasme son travail : « Travaillé quelque peu à l'esquisse des Bergers chaldéens, que j'achève un peu d'après le pastel, qui m'avait servi. J'ai été forcé de l'interrompre ». (Journal, I, p. 215).

27 juin 1847

Delacroix note dans son Journal : « Travaillé à la Chambre. Fait les deux cavaliers ». Il y retourne le 29 juin et le 1er juillet. (Journal, I, p. 232-234).

12 août 1847

Delacroix demande à Cavé le solde des 60 000 francs alloués pour ses peintures, estimant qu'elles sont pratiquement terminées. Il souhaite également obtenir des indemnités pour les dépenses supplémentaires occasionnées par les incidents survenus au cours de l'exécution des hémicycles (fissures apparues à la suite d'une forte chaleur). (Lettre conservée à la Bibliothèque de l'Assemblée nationale ; dépôt des Archives nationales, F21 584).

24 août 1847

Le solde du paiement, soit 4 000 francs est accordé par le ministre de l'Intérieur et ordonnancé par le ministre des Travaux Publics le 11 septembre. En revanche, l'indemnité réclamée par Delacroix est refusée le 6 septembre. (Archives nationales, F21 584 ; en dépôt à la Bibliothèque de l'Assemblée nationale).

28 août 1847

Après un séjour à Champrosay, Delacroix reprend le chemin de la Chambre des députés. Il y retourne deux jours après. journal, I, p. 237).

2 septembre 1847

Delacroix note dans son journal « À la Chambre. Je ne sortirai pas, je crois, de cet Attila et de son cheval ». (Journal, I, p.238).

20 septembre 1847

Une lettre du ministre de l'Intérieur informe Delacroix des raisons qui ont motivé le refus de sa demande d'indemnité et lui fait savoir que le ministre des Travaux Publics a été saisi de « la nécessité de faire établir extérieurement un toit qui pût protéger la coupole de la bibliothèque contre l'action incessante du soleil et des intempéries de l'air, afin de prévenir la destruction des peintures ». (Archives nationales, F21 584, en dépôt à la Bibliothèque de l'Assemblée nationale).

5 octobre 1847

Delacroix note dans son Journal : « Villot est venu me voir ; nous avons parlé du procédé de la figure de /'Italie, - J'ai été reprendre mon travail pour la première fois, depuis le 12 septembre. Je suis satisfait de l'effet de cette figure. Toute la journée, j'ai été occupé, et très agréablement, d'idées et de projets de peintures relatives à cela. J'ai peint en quelques instants la petite figure de l'homme tombé en avant percé d'une flèche. » Pour la figure de l'Italie, il s'est beaucoup servi de cire : « pour faire sécher promptement et revenir à chaque instant sur la forme. Le vernis copal (...) peut remplir cet objet ». (Journal, I, p.242)

6 novembre 1847

Delacroix informe Mme Cavé que l'un des échafaudages de la Bibliothèque va être prochainement démonté : « C'est un peu plus tôt que je ne croyais. Vous savez que suivant l'habitude c'est toujours au dernier moment qu'on a le plus à faire : je serais donc occupé à terminer dans la poussière et au milieu des doreurs ». (Lettre conservée à la Bibliothèque d'Art et d'Archéologie, fondation Jacques Doucet ; Correspondance, II, p. 328).

9 novembre 1847

Répondant à une lettre de Jules de Joly expédiée le 6 octobre, le ministre des Travaux Publics informe ce dernier qu'il va demander un crédit supplémentaire afin de couvrir les frais de l'installation d'une double couverture pour l'hémicycle d'Orphée (Archives nationales, F21 584 ; en dépôt à la Bibliothèque de l'Assemblée nationale).

25 novembre 1847

Dans une étude consacrée à la Peinture monumentale en France, publiée par la Revue Indépendante, Louis de Ronchaud signale que Delacroix « est occupé en ce moment à terminer d'autres peintures au Palais Bourbon : celles de la Bibliothèque ». Il énumère les sujets représentés, s'interrogeant sur la « corrélation mystérieuse qui doit exister entre ces divers sujets : j'espère qu'elle me sera révélée par la chute de la toile qui couvre encore les deux hémicycles ; l'œuvre pourra alors être appréciée dans son ensemble et dans ses détails ».

21 décembre 1847

Delacroix écrit successivement au sculpteur David d'Angers, au statuaire Préault, au peintre Diaz, ainsi qu'à Théophile Thoré, Frédéric Villot et, le lendemain, au peintre Thomas Couture, pour les convier à venir voir son œuvre les jours suivants (lettres conservées à Angers, à Chantilly, fonds Lovenjoul, et à Paris, Bibliothèque d'Art et d'Archéologie, fondation Jacques Doucet ; Correspondance, II, p. 333-336).

5 janvier 1848

Delacroix écrit à Thoré pour lui faire part de son intention de rédiger lui-même une notice détaillée sur la décoration de la Bibliothèque, notice destinée à être insérée dans diverses revues. (Lettre conservée à la Bibliothèque d'Art et d'Archéologie, papiers Thoré ; Correspondance, II, p. 338).

9 janvier 1848

Clément de Ris consacre dans L'Artiste un très long article sur la décoration de la Bibliothèque, qui débute par cette exhortation : « Remercions d'abord l'administration des Beaux-Arts, qui, moins avare qu'au Palais du Luxembourg, a donné à M. Delacroix toute une salle où sa pensée a pu se développer à son aise et parcourir tout le clavier de son talent ».

31 janvier 1848

Thoré reproduit dans Le Constitutionnel la notice que Delacroix lui avait fait parvenir le 9 janvier, en précisant : « Nous nous proposions de rendre compte des belles peintures exécutées par M. Eugène Delacroix, dans la bibliothèque de la Chambre des députés. C'est une des œuvres d'an les plus grandes et les plus poétiques de l'époque contemporaine. Mais M. Eugène Delacroix ayant pris le soin d'écrire lui-même la description de ses coupoles et de ses pendentifs, nous nous bornons à publier cette simple notice qu'il a bien voulu nous communiquer ».

18, 19, 20 octobre 1850

Prosper Haussard étudie longuement dans Le National les peintures de la Bibliothèque : « Pour trouver et composer une telle décoration de bibliothèque, il ne fallait pas moins que la plus étendue et la plus fine intelligence littéraire unie au tact le plus sûr et le plus profond de l'art. M. Eugène Delacroix a réalisé ce problème sans effort. Nous dirons plus loin quelle belle et pittoresque harmonie de décoration, quels miracles de peinture sont obtenus ici par l'artiste: il ne s'agit en ce moment que du penseur et du poète. Les deux vastes hémicycles et les cinq petites coupoles de la Bibliothèque déroulent toute l'histoire du génie et de la civilisation antique. Les deux hémicycles extrémités opposées et circulaires de la galerie, sont comme les deux pôles de cette histoire, et représentent l'âge grec qui commence, l'âge romain qui finit : Orphée faisant lever sur la Grèce la première aurore des arts ; Attila, poussant sur l'Italie ses hordes et les ténèbres barbares. Sous les cinq coupoles peintes (...), ce ne sont point les âges ni la suite chronologique, mais les grands plans, les hautes sphères de cette histoire, qui s'étagent et rayonnent : les Sciences, la Philosophie, la Législation, la Théologie, la Poésie. A chaque coupole brille une de ces sphères, figurée sur (...) les quatre faces par ses points les plus lumineux, et ce sont quatre tableaux en pendentifs où se résume dramatiquement chaque génie spécial dans ses représentants ou ses œuvres les plus sublimes (...)

Jamais l'artiste n'a eu l'imagination plus féconde et plus variée, l'esprit plus pénétrant et plus souple que dans les peintures des cinq coupoles : c'est toute une galerie de vingt tableaux, toute une œuvre que les plus illustres maîtres avoueraient pour l'art accompli de la composition, comme pour la grandeur du faire, et que nul n'a jamais surpassée peut-être en inspiration poétique, en savoir et en goût littéraire. Sur ce dernier point, la contestation ne saurait être possible : chaque sujet est inventé avec un sentiment et une verve supérieure, caractérisé avec une sagacité admirable. L'idée brille sur tous les pendentifs des cinq coupoles (...)

La bibliothèque est comme une longue galerie de tableaux qui se déroulent sur les deux faces opposées et sous les cinq coupoles. Chaque tableau, quoique relié par l'idée, incrusté par le ton dans l'ensemble de la décoration, existe à part et forme, non pas seulement une belle oeuvre de couleur, mais une savante composition de dessin. Sous ce dernier rapport, l'infériorité de quelques-uns n'est que relative à l'éminence de tous les autres. Entre les vingt pendentifs, le choix même est embarrassant (...)

Au premier regard jeté, d'un hémicycle à l'autre, à travers la Bibliothèque, la riche étendue, l'éclatante intensité du pittoresque vous saisit et vous émerveille. Les cinq coupoles échelonnées et leurs pendentifs en perspective resplendissent à l'envi, et toute cette décoration architecturale imitée de Louis XIV, sinon de la renaissance italienne, étale une pompe de peinture, une fête de couleur qui enivre les yeux. Mais la couleur n'a point ici que ces trésors de palette, ces vigueurs ou ces suavités qui sont, pour ainsi dire, son sensualisme de polychromie et son art matériel : elle a surtout un don unique d'expression, la convenance profonde et l'accord sympathique de chaque sujet, la vérité locale la plus vive et l'idéalité la plus haute ; en un mot, tout le spiritualisme ou la dernière puissance de son art. »

1857

Clément de Ris, dans un long article de la Revue française consacré aux peintres contemporains, commente brièvement les peintures de Delacroix à la Bibliothèque de la Chambre.

22 septembre 1863

Dans une série de cinq articles réunis peu après la mort de Delacroix, Paul de Saint Victor consacre un long passage aux peintures de la bibliothèque : « l'œuvre la plus considérable d'Eugène Delacroix est la décoration de la bibliothèque du Palais Bourbon. C'est là qu'il a déployé, dans toute son ampleur, ce génie de composition dont seul, entre les artistes de notre époque, il semble avoir hérité des grandes écoles italiennes de la Renaissance. »

1864

Dans son hommage à Eugène Delacroix, publié en deux articles dans la Gazette des Beaux-Arts, Charles Blanc s'attarde sur les peintures de la Bibliothèque : « Ce dut être un beau moment de sa vie que celui où on lui confia les décorations de la bibliothèque de la Chambre, dans ce même Palais-Bourbon où il avait déjà peint le Salon du Roi. »

1881

Charles Blanc consacre dans Le Temps un article aux mesures prises par le bureau de la Chambre des députés pour la conservation des peintures murales d'Eugène Delacroix dans la bibliothèque. Une commission a été constituée, comprenant trois questeurs, quatre députés (dont Antonin Proust), quatre architectes (dont Charles Garnier et Jules de Joly) et diverses personnalités, parmi lesquelles Pierre Andrieu, Philippe Burty et Charles Blanc. Deux rapports ont été fournis, l'un par Charles Garnier, au nom des architectes, l'autre par Burty. « Conformément à ces deux rapports, qui ont été parfaitement résumés par M. Hubbard, secrétaire général de la questure, il a été décidé que MM. les questeurs feraient exécuter, dans l'intervalle entre deux sessions, les travaux indiqués par MM. les architectes ; qu'aucune restauration ne serait tentée dans les grandes peintures des hémicycles, exécutées à la cire sur le mur même ; que les morceaux peints sur toile et marouflés, c'est-à-dire collés, sur les pendentifs, seraient nettoyés là où ils se trouvent voilés par des chancis ; que s'il était nécessaire de démaroufler celle de ces toiles qui auraient le plus souffert, il n'y serait pas procédé avant que la commission convoquée de nouveau, n'y eut donné son consentement ; enfin, que des copies faites sur toile d'après les peintures des hémicycles seraient commandées - elles le seront probablement à M. Andrieu - et préparées de manière à pouvoir s'adapter, en cas de malheur, aux emplacements qu'occupent les originaux, et qu'elles seraient en attendant appliquées à des demi-coupoles de mêmes dimensions que celles de la Bibliothèque, pour en épouser la forme et n'être exposées à aucun retrait. Telles sont les mesures que la commission a cru devoir proposer au président et au bureau de la Chambre, auxquels il appartient de se prononcer sur les votes et moyens. »

29 septembre 1881

Marius Vachon, dans La France, rend compte des restaurations effectuées à la bibliothèque par Pierre Andrieu. « Nous n'étions pas sans inquiétude, bien que nous connaissions parfaitement l'habileté de l'artiste en ce genre de travail, et que sa passion ardente, presque filiale, pour son maître, son culte pour cette œuvre à Iaquelle il a été si intimement associé, nous fussent une garantie du respect profond et des soins minutieux qu'il y apporterait. Un nettoyage de peintures est une entreprise si délicate et si féconde en mésaventures ! (...) Avant l'exécution de son travail, M. Andrieu n'a point été exempt lui-même des inquiétudes qui nous préoccupaient, et il nous a avoué avec une modestie charmante que, plus d'une fois, au moment de jeter sur les peintures de son maître le premier coup de pinceau à essence, sa main a tremblé et qu'il a suivi avec anxiété l'effet de ses expériences. La plupart des pendentifs présentaient un état assez grave. Tantôt une épaisse couche de salpêtre avait envahi une partie de la toile et produit des rugosités et des écaillures ; tantôt la peinture disparaissait sous les chancis ; ailleurs, la toile, par défaut d'adhérence, s'était boursouflée ; enfin, en beaucoup d'endroits, des fissures profondes, provoquées par le travail de disjonction ou d'affaissement de la maçonnerie, striaient les compositions, coupant têtes, bras et jambes des personnages. En présence d'une telle complication de maux si variés, il était indispensable de procéder au nettoyage avec une prudence excessive et d'approprier à chaque lésion un traitement sévère. M. Andrieu a fixé autant que possible les écaillures par des aspersions d'eau de colle, ravivé au moyen d'injections de saindoux dissous dans de l'essence ou de l'éther, les couleurs altérées par le salpêtre ou les chancis, circonscrit les boursouflures par des clous et raccordé la toile dans les retraits et les fissures. L'opération à laquelle vient de procéder avec succès M. Andrieu n'est point de nature malheureusement à prévenir des accidents nouveaux. Ce qu'il y a à redouter le plus, c'est que l'action du salpêtre continue - les fissures produites par la déviation de la voûte sont moins dangereuses - or, l'on ne peut rien faire pour l'éviter ; la cause originelle du mal est dans la constitution vicieuse de la voûte de la Bibliothèque. Dans dix ans, et peut-être avant, car la toile à demi-rongée n'offrira plus la même résistance aux infiltrations et aux exsudations, on sera obligé de recommencer la besogne de nettoyage, mais dans des conditions qui la rendront plus dangereuse encore que cette fois et peut-être même impossible. Ne vaudrait-il pas mieux enlever aujourd'hui ces pendentifs, menacés d'une destruction prochaine ? » Fortement préoccupé de l'impossibilité de conserver correctement sur place les deux hémicycles, Vachon conclut : « L'état déplorable de ces deux peintures, qui s'aggrave de jour en jour, réclame une solution radicale. Elles doivent être transférées au Louvre ».

11 septembre 1897

Sabine Méa, dans le Journal des Arts, s'interroge sur le nettoyage des peintures décoratives au Palais Bourbon.

1903

Dans La Revue de l'Art ancien et moderne (deuxième article consacré aux peintures d'Eugène Delacroix à la Bibliothèque de la Chambre des députés), Gustave Geffroy s'interroge sur la sauvegarde des œuvres de Delacroix : «Maintes et maintes fois, des bruits alarmants ont couru, puis une certitude s'est faite : les coupoles se lézardent, la peinture s'écaille, ces splendeurs peuvent se changer en ruines (...). On n'a pas le choix des partis à prendre, il n'y en a qu'un : sauver les originaux, les enlever de la place où ils sont, puisqu'ils ne peuvent y rester sans danger, et mettre immédiatement des copies à leur place (...). Ces peintures sont mal placées à la Chambre (...) Va-t-on laisser toujours ignorer à ceux qui sont avides de belles distractions, d'art, de savoir, les grandes conceptions de l'un des maîtres de ce siècle et de tous les temps ? (...) Que la foule ne puisse pénétrer à la Chambre pendant les travaux des séances et des commissions n'a pas à être discuté, mais que la plus large hospitalité lui soit donnée, sans demandes et sans cartes, pendant les vacances parlementaires, et tous les dimanches, où le travail législatif chôme, voilà qui est la revendication d'un droit légitime. Il n'est pas difficile de tracer un chemin aux visiteurs respectueux et de mettre un gardien de place en place. Delacroix n'a pas conçu et exécuté son œuvre pour la solitude, le silence, la poussière, la mort. En attendant la solution qui est probablement fatale, c'est-à-dire le transfert de cette oeuvre dans un musée, rendez-lui la vie en rompant le charme de ce sommeil d'un demi-siècle. Qu'elle cesse d'être l'ornement de salles closes pour resplendir aux yeux de tous. »

1905

Henri Havard, Inspecteur Général des Beaux-Arts, fait un rapport sur les peintures des hémicycles.

1930

René Piot, élève d'Andrieu, est chargé de la restauration des peintures de la Bibliothèque.

10 octobre 1930

Un article anonyme paru dans Le Temps fait état des remarques de Piot à propos de son travail de restauration, notamment sur l'hémicycle d'Attila qui avait été traversé par un obus allemand en 1871 et sur huit pendentifs (Hésiode, Ovide, Alexandre, St Jean Baptiste, Adam et Ève, la Captivité de Babylone, la Drachme du tribut). L'article se termine ainsi : « II faut que ce monument, qui occupe dans l'histoire de notre art une place d'exception, soit non seulement l'objet de toutes les précautions, mais aussi que toutes ses parties soient visibles grâce à un système d'éclairage qui n'en dénaturera pas les colorations. Ce sera l'honneur du secrétaire général de la questure, M. Pêcheux, d'avoir compris cette élémentaire vérité et d'avoir tout mis en oeuvre pour assurer la conservation de ces merveilles. A lui maintenant le devoir de compléter son œuvre. Tous les amoureux de Delacroix, tous les connaisseurs en matière d'art lui en sauront un gré infini. »

                Chronologie établie par Mme Arlette Sérullaz, conservateur général du Patrimoine, directrice du département des arts graphiques du musée du Louvre.