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Les chefs-d'œuvre picturaux

© Assemblée nationale - photo Laurent Lecat

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Les peintures de Delacroix
à la Bibliothèque de l'Assemblée nationale

Module interactif du plafond

Rappel chronologique

À propos des dessins de Delacroix pour la Bibliothèque du Palais Bourbon

Repères biographiques

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Voir aussi :

Les peintures de Delacroix au salon du Roi

Eugène Delacroix vient de terminer la décoration du salon du Roi lorsque, en septembre 1838, le Ministre de l'Intérieur, Marthe-Camille de Montalivet, lui confie celle de la Bibliothèque.

Le projet, d'une toute autre ampleur, est à la mesure de son génie créatif et de son goût de "faire grand" : deux culs-de-four séparés par cinq coupoles, chacune reposant sur quatre pendentifs, le tout formant un vaisseau de quarante-deux mètres de long et dix de large.

Cette fois il s'entoure de collaborateurs : Gustave de Lassalle-Bordes (1815-1846), Louis de Planet (1814-1875), Léger-Cherelle et Pierre Andrieu, mais les travaux ne commencent pas aussitôt, retardés par des problèmes de santé, la commande qui lui est faite par la Chambre des pairs du Palais du Luxembourg, mais aussi par le besoin de mûrir ce vaste projet.

Il hésite, prend des notes, demande conseil à ses collaborateurs, choisit des sujets, esquisse, surcharge, rature, élimine. Sa correspondance et son journal témoignent d'un labeur acharné.

Beaucoup plus qu'à une décoration c'est à l'élaboration d'un programme cohérent qu'il s'attache. La destination du lieu et la classification des savoirs qui était celle de l'époque s'imposent finalement à lui et cristallisent son inspiration.

Vue générale du plafond de la bibliothèque

Cliquer pour voir chaque coupole et chaque pendentif en détail, avec la notice correspondante de Delacroix.

Chacune des cinq coupoles est consacrée à une discipline évoquée dans les pendentifs par des scènes ou des événements qui l'ont illustrée : au centre la Législation, d'un côté la Théologie et la Poésie, de l'autre la Philosophie et les Sciences.

La paix, berceau du savoir, et la guerre qui en est l'anéantissement, les encadrent et se font face, dans les deux culs-de-four.

Les travaux traînent en longueur, au grand mécontentement du Ministre des travaux publics qui supervise la réalisation du projet, et du Ministre de l'intérieur qui l'a commandé. Les pendentifs, peints sur toile, peuvent être partiellement réalisés en atelier, puis marouflés, mais ce n'est pas le cas des culs de four : ils doivent être peints sur place après avoir été enduits de cire. Des échafaudages sont montés à 15 mètres du sol, puis démontés, au rythme des sessions. Des fissures apparaissent, imposant des réparations puis la construction d'un toit pour protéger les peintures des intempéries.

60 000 F ont été alloués à Delacroix pour l'ensemble de la décoration. Le complément qu'il réclame pour couvrir les dépenses supplémentaires occasionnées par les fissures survenues dans les hémicycles lui est refusé.

Les peintures, lorsqu'elles sont enfin terminées à la fin de l'année 1847, sont accueillies avec enthousiasme par la critique qui salue l'inspiration poétique, la fête des couleurs, la sensualité de la polychromie, la verve et la fécondité de l'imagination. Elle situe cet artiste complet, à la fois penseur et poète, dans la grande tradition de la renaissance italienne.

La description de ces peintures est faite par Delacroix lui-même dans une notice adressée le 9 janvier 1848 à Thoré qui la reproduit avec quelques lignes d'introduction dans Le Constitutionnel du lundi 31 janvier 1848. « Nous nous proposions de rendre compte des belles peintures exécutées par M. Eugène Delacroix, dans la Bibliothèque de la Chambre des députés. C'est une des œuvres d'art les plus grandes et les plus poétiques de l'époque contemporaine. Mais M. Eugène Delacroix ayant pris le soin d'écrire lui-même la description de ses coupoles et de ses pendentifs, nous nous bornons à publier cette simple notice qu'il a bien voulu nous communiquer. »

Cul-de-four de la Paix

Orphée vient policer les Grecs encore sauvages et leur enseigne les arts de la paix.

Huile et cire sur enduit (7,35 x 10,98m)

© Assemblée nationale - photo Laurent Lecat

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« Orphée apporte aux Grecs, dispersés et livrés à la vie sauvage, les bienfaits des arts et de la civilisation. Il est entouré de chasseurs couverts de la dépouille des lions et des ours. Ces hommes simples s'arrêtent avec étonnement. Leurs femmes s'approchent avec leurs enfants. Des bœufs réunis sous le joug tracent des sillons dans cette terre antique, au bord des lacs et sur le flanc des montagnes couvertes encore de mystérieux ombrages. Retirés sous des abris grossiers des vieillards, des hommes plus farouches ou plus timides contemplent de loin le divin étranger. Les Centaures s'arrêtent à sa vue et vont rentrer dans le sein des forêts. Les Naïades, les Fleuves s'étonnent au milieu de leurs roseaux, pendant que les deux divinités des Arts et de la Paix, la féconde Cérès chargée d'épis, Pallas tenant dans la main un rameau d'olivier, traversent l'azur du ciel et descendent sur la terre à la voix de l'enchanteur. »

Cul-de-four de la Guerre

Attila suivi de ses hordes barbares foule aux pieds l’Italie et les Arts.

Huile et cire sur enduit (7,35 x 10,98m)

© Assemblée nationale - photo Laurent Lecat

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Attila, détail du cul-de-four de la Guerre

Huile et cire sur enduit

© Assemblée nationale

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« Attila suivi de ses hordes barbares foule aux pieds de son cheval l’Italie renversée sur des ruines. L’Éloquence éplorée, les Arts s’enfuient devant le farouche coursier du roi des Huns. L’incendie et le meurtre marquent le passage de ces sauvages guerriers, qui descendent des montagnes comme un torrent. Les timides habitants abandonnent, à leur approche, les campagnes et les cités, ou, atteints dans leur fuite par la flèche et la lance, arrosent de leur sang la terre qui les nourrissait. »

Coupole de la législation

Coupole de la Législation : Numa et Égérie
Huile sur toile marouflée (2,21 x 2,91 m)

© Assemblée nationale

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« Au fond d'un bois mystérieux, le roi de Rome s'entretient avec la nymphe. Cette dernière est assise au milieu des roseaux et ses pieds baignent dans sa source limpide. Une biche étonnée s'arrête un instant à les considérer. »

Coupole de la philosophie

Coupole de la Philosophie : Socrate et son démon

Huile sur toile marouflée (2,21 x 2,91 m)

© Assemblée nationale

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« Le philosophe est assis dans un bocage, loin des hommes et près d'un ruisseau qui murmure. On voit voler derrière lui et se pencher à son oreille son génie ou démon familier, qui n'était peut-être que la solitude elle-même et le recueillement dans lesquels les vrais sages ont toujours retrempé leur âme et puisé des inspirations profondes. »