XVe législature
2e session extraordinaire de 2018-2019

Séance du mercredi 11 septembre 2019

L’ordre du jour appelle la discussion, sur le rapport de la commission mixte paritaire, du projet de loi relatif à l’énergie et au climat (no 2193)   
La parole est à M. Anthony Cellier, rapporteur de la commission mixte paritaire. En juillet dernier, la commission mixte paritaire sur le projet de loi relatif à l’énergie et au climat a été conclusive. Je me réjouis que nous ayons pu trouver, avec le Sénat, un accord sur ce projet de loi aux enjeux cruciaux, rattachés à l’humain et à son environnement – un projet de loi fondamental, qui donne des outils à chacune et chacun d’entre nous pour agir contre le dérèglement climatique.
Tout au long des travaux, à l’Assemblée comme au Sénat, les amendements ont été nombreux et les échanges constructifs, ce qui a permis d’enrichir considérablement le texte. Je reviendrai sur quelques avancées majeures. Avec ce texte, nous avons fait le choix de renforcer nos ambitions pour le climat. C’est ainsi que l’article 1er reconnaît l’existence d’une « urgence écologique et climatique ». Pour y répondre, nous prévoyons notamment d’atteindre la neutralité carbone à l’horizon 2050. Il s’agit d’un objectif profondément ambitieux, qui suppose de décarboner totalement nos énergies avec méthode.
Celle-ci consiste à réduire notre consommation d’énergies fossiles de 40 % en 2030, c’est-à-dire dans dix ans ; à fermer nos quatre dernières centrales à charbon d’ici à 2022, c’est-à-dire dans deux ans, tout en accompagnant les femmes et les hommes qui perdent leur outil de travail ; à développer davantage les énergies renouvelables, ce que ce texte et la programmation pluriannuelle de l’énergie permettent, dès maintenant, en prévoyant une augmentation de la production hydroélectrique, un cadre pour l’hydrogène vert, des garanties d’origine pour le biogaz et l’augmentation de la part du solaire ou encore de la chaleur renouvelable. Ces objectifs ambitieux doivent s’accorder avec des choix réalistes et pragmatiques : c’est pourquoi nous décalons de 2025 à 2035 la date à laquelle le nucléaire atteindra la part de 50 % dans la production d’électricité.
Au-delà de la production, c’est également notre rapport à la consommation qui doit désormais changer et, en premier lieu, à la notion d’empreinte carbone, dont le texte fixe des objectifs de réduction.
Notre consommation énergétique au sein même du logement doit être également au centre de nos préoccupations. Le secteur du bâtiment représente près de 45 % de la consommation d’énergie nationale et près de 26 % des émissions de gaz à effet de serre. Nous avons adopté plusieurs mesures pour lutter contre les passoires thermiques, dont un dispositif en trois étapes : information sur la consommation énergétique du logement, obligation de rénovation, sanction si besoin, en cas de non-respect de cette obligation.
Nous définirons ces sanctions dans la loi quinquennale sur la politique énergétique et climatique, car – c’est une victoire obtenue dans le cadre de ce projet de loi – c’est le Parlement qui fixera désormais les objectifs et les priorités d’action de la France pour l’énergie et le climat.
L’effort doit être partagé par tous. Nous renforçons les obligations de certains investisseurs, qui devront mieux prendre en compte l’impact de leurs investissements sur l’environnement. Les entreprises de plus de 500 salariés, l’État et les collectivités devront établir, sous peine de sanctions, un plan de transition pour réduire leurs émissions de gaz à effet de serre.
Enfin, et c’est un point essentiel, ce texte vise à décarboner notre économie, tout en accompagnant l’ensemble de nos concitoyens. Il faut pour cela éviter les hausses de facture d’électricité trop brutales, en conciliant stabilité des prix et maintien d’une juste rémunération du parc nucléaire historique. Il convient également de mieux encadrer les certificats d’économies d’énergie et la lutte contre la fraude et d’ouvrir le chantier de la simplification des aides à la rénovation énergétique.
Ce projet de loi relatif à l’énergie et au climat est un texte tourné vers l’avenir, qui touche le quotidien des Françaises et des Français. Les mesures qu’il contient seront renforcées et complétées par le projet de loi d’orientation des mobilités, les projets de loi de finances, le suivi du Haut Conseil pour le climat, ainsi que par la convention citoyenne pour le climat qui favorisera, je n’en doute pas, l’émergence de nouvelles propositions concrètes.
J’ai déjà eu l’occasion de le souligner : ce texte ne réglera pas tout, il est une partie de la solution. Il ne suffit pas de parler des enjeux climatiques et environnementaux, à l’envi, comme un mantra ou comme un élément sémantique. L’impact de nos choix et de nos comportements sur l’environnement, comme sur le climat, doit être, pour nous comme pour chacun de nos concitoyens, un réflexe, je dirai même une obsession.
(Applaudissements sur le banc du groupe LaREM. – M. Jimmy Pahun applaudit également.) La parole est à Mme la ministre de la transition écologique et solidaire. Le projet de loi qui nous réunit aujourd’hui est un texte d’avenir et de vérité. Il est un nouveau pilier de notre ambition pour la transition écologique. Il révise et fixe des objectifs ambitieux pour notre politique climatique et énergétique ; il prévoit de refonder sa gouvernance et son évaluation. Plus important encore, il donne des leviers concrets pour atteindre ces objectifs : réduire nos émissions de gaz à effet de serre, diminuer nos consommations, développer les énergies renouvelables et lutter contre les passoires thermiques.
On avait reproché à ce texte sa brièveté : les débats ont permis de l’enrichir. Je tiens à saluer le travail accompli par les parlementaires pour le renforcer et le compléter. Je tiens aussi à rendre hommage à l’engagement de François de Rugy, qui a défendu ce projet de loi ici-même.
(Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM et MODEM.) Je remercie également la commission mixte paritaire pour le remarquable travail qu’elle a conduit, afin d’aboutir au texte qui vous est présenté aujourd’hui.
L’engagement pour relever le défi climatique, mesdames et messieurs les députés, nous l’avons en partage. L’urgence écologique et climatique que vous avez voulu inscrire dans le texte l’illustre. C’est bien pour cela que le Président de la République a placé l’écologie au cœur de l’acte II du quinquennat.
Comme le Premier ministre vous l’avait dit en juin, les mois à venir seront ceux de « l’accélération écologique ». Cette accélération, vous pouvez compter sur moi pour la porter, la porter avec vous. Forts de la prise de conscience de tous sur les sujets écologiques, nous devons être déterminés. Je le suis, pour trouver des réponses concrètes et promouvoir les transformations nécessaires. Ces réponses, nous devons les construire collectivement avec vous, avec l’ensemble du Gouvernement, avec la société civile, avec les territoires et avec les partenaires sociaux, parce que la transition écologique et solidaire est l’affaire de tous.
Avec ce projet de loi, la direction est claire : atteindre la neutralité carbone au milieu du siècle. Pour y parvenir, il nous faut dès à présent redoubler d’efforts. Il s’agit d’abord de réduire notre dépendance aux énergies fossiles : à cette fin, il nous faut accélérer la réduction de leur consommation. Avec ce texte, nous allons plus vite et visons une réduction de 40 % en 2030, et non plus de 30 %.
La transition écologique n’est pas compatible avec les énergies fossiles. Grâce à cette loi, nous fermerons les quatre dernières centrales à charbon du pays. C’est ainsi l’équivalent de 10 millions de tonnes de CO2 que nous éviterons chaque année.
(Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM, MODEM et UDI-I.) Le texte prévoit aussi l’accompagnement des salariés et des territoires. C’est indispensable : la transition écologique ne sera possible que si elle est solidaire.
Pour atteindre la neutralité carbone et les 33 % d’énergies renouvelables du mix énergétique en 2030, il nous faut accélérer. C’est l’ambition de ce texte qui, d’une part, précise et élargit les obligations d’installation de panneaux photovoltaïques en toitures et, d’autre part, permet leur installation sur les délaissés autoroutiers. La France s’engage pleinement dans le développement à grande échelle des énergies renouvelables. Nous allons ainsi accélérer le déploiement de l’éolien en mer. Nous avons attribué 600 mégawatts en juin dernier. Nous visons maintenant de porter à 1 gigawatt la capacité d’éolien en mer attribuée d’ici à 2024.
Très bien ! La filière industrielle a maintenant toutes les cartes en main pour démontrer que la transition écologique est aussi utile pour les territoires et pour les emplois.
Toutes ces ambitions ne se réaliseront pas sans modifier la gouvernance et l’évaluation de notre politique climatique. C’est pourquoi le texte crée le Haut Conseil pour le climat – HCC. Instance d’expertise scientifique indépendante, capable d’analyser l’ensemble des politiques publiques, le HCC pourra se prononcer sur leur conformité à nos objectifs. C’est un gage de transparence pour l’État. Il permettra de nourrir le débat public.
Je me réjouis également du rôle accru du Parlement dans ce domaine : à partir de 2023, il établira tous les cinq ans les principaux objectifs de notre politique énergétique. Si la transition écologique est l’affaire de tous, elle est évidemment celle de la représentation nationale. Évaluer l’impact écologique de nos politiques, c’est aussi évaluer l’incidence environnementale de nos lois de finances, notamment leur compatibilité avec les engagements de la France – je pense en particulier à l’accord de Paris. Le budget vert était un engagement pris lors du premier conseil de défense écologique : il est maintenant inscrit dans la loi. Ce rapport annuel, sur lequel le HCC rendra un avis, sera remis aux parlementaires en amont des discussions sur le projet de loi de finances pour éclairer les débats.
J’ai parlé d’objectifs et de gouvernance. Je souhaite revenir sur un élément très concret de ce texte : la lutte contre les passoires thermiques, qui illustre parfaitement une écologie qui apporte des réponses concrètes pour améliorer le quotidien et qui donne des résultats. Le logement représente plus du quart de notre consommation énergétique. Il ne saurait donc y avoir de transition sans lui : 4 millions de ménages modestes vivent dans des passoires thermiques et près de 15 % des Français ont froid l’hiver dans leur logement. Il s’agit donc d’un enjeu majeur pour la transition énergétique ainsi que pour la qualité de vie des ménages et pour le pouvoir d’achat.
Nous avons un objectif clair : la fin des passoires thermiques en 2028. La loi prévoit un déploiement, progressif dans le temps, des obligations de rénovation, pour permettre aux propriétaires de s’adapter. Il ne s’agit pas de mettre en difficulté des millions de foyers. Il nous faut accompagner les ménages, mieux les informer et leur donner confiance dans la rénovation énergétique. Les audits seront obligatoires dès 2022 pour les passoires thermiques, afin de connaître les travaux à réaliser pour améliorer la performance énergétique des logements. Sur ce pilier majeur de la transition, nous ne pouvons laisser se développer des pratiques douteuses de mauvaises rénovations, qui instillent le doute chez nos concitoyens. C’est pourquoi la proposition de loi renforce également la lutte contre la fraude aux certificats d’économie d’énergie, afin que chaque rénovation soit réellement utile pour les occupants des logements et pour le climat.
Depuis des mois la jeunesse, la société civile, les experts et les scientifiques se mobilisent à un niveau inédit pour porter une exigence écologique. Ce texte apporte des éléments de réponse supplémentaires à leur appel. Aujourd’hui, grâce à celui-ci, la représentation nationale et le Gouvernement décrètent l’urgence écologique et climatique et y apportent des réponses concrètes. Pour être au rendez-vous du défi de la transition écologique, nous avons la responsabilité d’agir sur tous les leviers, du plus petit au plus grand, de l’individuel au collectif, de l’isolation thermique des logements à la fermeture des centrales à charbon. Telle est notre ambition.
(Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM, MODEM et UDI-I.)
J’ai reçu de M. Jean-Luc Mélenchon et des membres du groupe La France insoumise une motion de rejet préalable déposée en application de l’article 91, alinéa 5, du règlement.
La parole est à Mme Mathilde Panot.
Il est manifeste que vous ne comprenez pas ce qu’implique l’urgence écologique dans laquelle nous nous trouvons. Quelle condescendance ! Le projet de loi dont nous sommes à nouveau saisis est inconséquent et impropre à répondre aux enjeux liés au climat et à la perte massive de biodiversité, enjeux aussi immenses que pressants. Voilà pourquoi je défends à cette tribune son rejet pur et simple, en vue de reprendre le travail sur des bases plus sérieuses. J’espère au moins que, lorsque vous présentez un projet de loi pareil, vous ne vous dites pas qu’il suffit ou qu’il est à la hauteur. Quelle outrecuidance ! Je n’ai pas encore décidé de ce qui est le pire, entre refuser de faire quoi que ce soit et ne rien faire en pensant que l’action menée suffit. Dans les deux cas, les conséquences seront les mêmes. C’est bien à l’aune des conséquences prévisibles, et de plus en plus certaines quand l’inaction est reine, qu’il faut juger ce type de vaines gesticulations politiques.
Le changement climatique doit être combattu avec toute l’énergie que doit nous donner l’envie de survivre et le désir de vivre bien. Avec le changement climatique, il n’y a pas de compromis, pas de demi-mesure, plus de centre mou et inconsistant. La vieille politique des arrangements avec le réel, qui vous sied tant lorsqu’il s’agit de nier les effets sociaux désastreux de vos politiques, ne marche plus. Et je vous le dis très clairement : elle ne marche plus ni sur le plan social, ni sur le plan écologique.
C’est d’ailleurs le message que vous envoient les décrocheurs des portraits d’Emmanuel Macron.
Oh ! Ce matin, j’étais aux côtés de neuf d’entre eux. Ils risquent, pour une action pacifique et symbolique qui dénonce l’inaction sociale et écologique du Gouvernement (Exclamations sur les bancs du groupe LaREM) , cinq ans de prison et 75 000 euros d’amende ! Il est inadmissible que des lanceurs d’alerte soient traduits devant la justice pour avoir défendu l’intérêt général. Des « lanceurs d’alerte » ? Des délinquants ! Où est le procès de Monsanto lorsqu’il nous empoisonne ? Où est le procès de Lafarge et des autres cimentiers lorsqu’ils polluent et bétonnent les terres dont nous avons tant besoin ? Où est le procès de Total, qui continue à extraire à tout va les énergies fossiles qui doivent rester sous terre ? En France, la justice est indépendante. Surtout, où est votre procès, à vous qui persévérez dans l’inaction écologique et dans cette politique de libre-échange, notamment avec le CETA –  Comprehensive economic and trade agreement  –, le JEFTA –  Japan-EU free trade agreement  – et le traité, à venir, avec le Mercosur –  Mercado común del Sur  –, qui nous condamnent toutes et tous? Sachez que les gens ont d’autres projets que celui de se laisser enterrer tranquillement !
Si nous ne devions prendre qu’un exemple de la vacuité totale de ce projet de loi, il suffirait de rappeler vos objectifs sur le climat. Pour 2030, vous enjoignez à l’Union européenne de revoir ses objectifs à la hausse, mais vous n’en faites rien pour la France. Vous vous cantonnez à un objectif à l’horizon de 2030, largement insuffisant pour rester sous le seuil de 1,5 degré de réchauffement par rapport à l’ère préindustrielle. En revanche, pour 2050, et sans aucune feuille de route contraignante, vous présentez un objectif à la hausse, encore que le terme utilisé puisse prêter à débat. Toujours est-il que vous dites : neutralité carbone pour 2050 !
En 2050, j’aurai 61 ans et Emmanuel Macron, 72 ans.
Et moi, je serai mort ! (Sourires.) Et Jean-Luc, quel âge aura-t-il ? Quelque chose comme 130 ans, non ? J’espère qu’entre-temps nous aurons pu faire le travail que vous vous refusez de mener à bien, et engager la planification écologique si nécessaire à notre pays. Mais vous vous rendez bien compte qu’il n’y a aucun sens à s’engager à l’horizon 2050 sans aucun plan pour réaliser l’objectif fixé.
Entendez-moi bien, encore une fois : comment expliquez-vous donc ce hiatus formidable entre la stagnation de la réduction des émissions de gaz à effet de serre à l’horizon 2030 et un objectif revu à la hausse à horizon 2050 ? Comment réduire davantage nos émissions d’ici à 2050 si nous ne commençons pas par les réduire davantage dès 2030 ? Expliquez-nous, j’insiste. Quelle machine à voyager dans le temps, quelle inversion chronologique du calendrier, quelle fantastique invention disruptive, pour reprendre un terme qui vous est cher, allez-vous donc proposer pour surmonter cette contradiction ?
Sans doute, plus prosaïquement, gérez-vous la boutique en espérant avoir disparu du paysage une fois venu l’orage du changement climatique. Cela dit, vous ne gérez, ce faisant, que votre boutique, votre petit intérêt partisan ; car, dans ce projet loi, il n’est nullement question de la nécessaire transition vers le 100 % d’énergies renouvelables et la fin du nucléaire en France. Non, le risque nucléaire n’a pas l’air de vous inquiéter plus que cela. L’entretien du parc nucléaire non plus, d’ailleurs, car rien ne prouve qu’EDF soit aujourd’hui en mesure d’assurer l’entretien de centrales vieillissante que vous vous refusez à fermer.
Peut-être vous laissez-vous séduire par les sirènes de l’habituelle solution techniciste, réflexe automatique et rarement pertinent. Puisque le changement climatique s’abat sur nous, gardons le nucléaire, chantent ces voix déraisonnables. Cet été, durant lequel les ressources en eau ont été en tension et le niveau de nos fleuves anormalement bas, quatre réacteurs ont dû être mis à l’arrêt. Et quarante de nos cinquante-huit réacteurs dépendent, pour leur approvisionnement, des eaux fluviales : plus le niveau de celles-ci est bas, plus le stress hydrique, sur toutes les activités, augmente.
Dans ce contexte, le fait qu’EDF consomme 22 % de la consommation annuelle nette en eau du pays devrait nous interroger sur l’inertie dont vous faites preuve en la matière. Le changement climatique met donc en péril la production d’électricité d’origine nucléaire. Et le problème posé par la baisse du niveau des fleuves ne se pose pas qu’en amont. En effet, en aval du processus de production, les eaux sont rejetées dans les fleuves, dont elles peuvent augmenter la température s’ils atteignent un niveau trop bas, et de ce fait endommager la faune et la flore. En d’autres termes, le nucléaire perd sur le tableau du changement climatique et nous fait perdre sur le tableau de la biodiversité.
Face à cela, vous maintenez votre cap d’éloignement sans fin de la réduction de la part du nucléaire, alors qu’une réduction de moitié de cette source d’énergie dans la production d’électricité est, selon plusieurs scénarios de RTE – Réseau de transport d’électricité –, pour ne citer que cette instance, tout à fait possible, et ce tout en baissant nos émissions de gaz à effet de serre. Comment penser, dans ces conditions, que vous faites preuve de sens de l’État et que vous envisagez à moyen terme les intérêts de la patrie républicaine des Français, au lieu de réaliser des compromis médiocres guidés par des intérêts privés ?
Votre approche sur le nucléaire apporte une nouvelle preuve que vous ne faites aucun cas de la majorité sociale. Encore une fois, alors que la commission d’enquête parlementaire sur la sûreté et la sécurité des installations nucléaires vous y avait enjoints, vous ne faites absolument rien pour les travailleurs de la sous-traitance du secteur, lesquels, toujours plus précarisés, sont obligés de travailler dans des conditions de santé et de protection elles-mêmes toujours plus dangereuses. Or ils effectuent 80 % des activités nucléaires : voilà pourquoi je vous parlais de « majorité sociale ». Mais, pour elle, vous n’avez que du mépris, et ne faites donc rien pour ces travailleurs de la sous-traitance. Quelles que soient vos options politiques, vous devez pourtant le savoir : ni la continuation du parc, ni la transition vers le 100 % d’énergies renouvelables ne sont concevables sans eux.
Non contents de ne gérer que votre boutique, vous considérez que l’État en est une autre, sans faire de différence bien claire entre vos biens et les biens communs. L’État n’est pas à vendre, nous ne sommes pas à vendre, et nous ne sommes pas d’accord pour que vous continuiez à le piller sans cesse : Aéroports de Paris, La Française des jeux, la branche énergie d’Alstom et, avant vous, les autoroutes : ça suffit !
Nous connaissons tous, et la presse s’en est fait l’écho ces derniers mois, le nouveau projet que vous avez à l’esprit. Il tient en une formule très simple : privatisation des filières renouvelables et nationalisation de la filière nucléaire. En d’autres termes : privatisation des profits et nationalisation des pertes. La braderie généralisée de l’État est à son paroxysme : vous vendez des rentes pour racheter des dettes. En d’autres termes, vous arnaquez la République dont vous êtes supposés servir l’intérêt général.
À cela, je ne vois qu’une explication, celle-là même qui rend cohérentes vos actions depuis le début de ce quinquennat : vous n’êtes pas le parti des Marcheurs ou de je ne sais quoi d’autre, vous êtes le parti de l’argent, le parti des pilleurs de biens communs !
Les puissances de l’argent ne s’embarrassent pas de considérations environnementales ; ce n’est pas chose nouvelle. C’est dans ce cadre que s’inscrit le démantèlement général du service public de l’énergie. La bataille pour la nationalisation de l’énergie n’est pourtant pas venue de nulle part. Les géants de l’électricité, avant 1945, usaient et abusaient de leur pouvoir en maintenant des tarifs très élevés pour la population. En cas de tension écologique majeure sur le marché de l’énergie, vous savez comme moi ce que la privatisation du secteur de l’énergie veut dire : seuls les plus riches, et à certains endroits, auront droit à de l’énergie.
S’il s’agit d’un service public régulé et organisé en fonction des demandes de nos concitoyens et concitoyennes, alors la solidarité est possible, et les temps critiques sont ceux où l’on se serre les coudes. Les salariés d’EDF se mobiliseront le 19 septembre prochain pour empêcher la poursuite du pillage : je leur adresse, depuis cet hémicycle, un salut fraternel et solidaire.
Dans le secteur de l’énergie comme dans les autres, c’est la même lutte qui se joue, entre les tenants de l’individualisme libéral, le rêve d’une société d’atomes détachés les uns des autres et la conscience de notre nature sociale et solidaire, tout individus que nous sommes. Le démantèlement progressif, déjà largement entamé, du service public de l’énergie va accroître les inégalités entre riches et pauvres, entre centres et périphéries. Vous construisez un monde seulement réservé aux riches qui habitent les centres, mais vous vous rappellerez assez tôt de l’existence des pauvres des périphéries. Nous vous rappellerons aux conditions nécessaires pour une existence digne.
Je veux dire un mot, enfin, sur les moyens à mettre en place dans l’hypothèse où vous accepteriez le rejet du texte. Il est temps d’organiser la planification écologique dont le pays a besoin. Si vous voulez atteindre l’objectif de 100 % d’énergies renouvelables à horizon 2050, si vous souhaitez réduire les émissions liées au transport de marchandises entre nations, si vous voulez changer nos modes de consommation, alors il faut changer nos modes de production.
Sur la rénovation des logements, quand donc engagerez-vous les investissements publics nécessaires pour lutter contre les passoires thermiques ? Le rythme est insuffisant et aucun progrès significatif n’est accompli en la matière dans ce projet de loi. Ce sont près de 800 000 logements par an qu’il faut rénover : cela ne va pas se faire tout seul, par la grâce du « saint marché ».
Pour la puissance publique, le temps est venu de concevoir, de façon démocratique, un vaste plan au service de la plus grande tâche jamais proposée à l’humanité, celle de survivre au chaos qu’elle est en train de produire. Il faut penser ensemble, agir ensemble et, pour cela, socialiser davantage les moyens de production clés, le secteur de l’énergie n’étant qu’un exemple parmi d’autres.
Vous faites tout le contraire, et votre croyance dans la capacité du marché à relever le défi écologique est tout aussi dangereuse qu’irrationnelle. Nous vous opposons la démarche certaine et assurée des citoyens qui, défendant la République sociale et la fraternité, savent que seuls ces principes d’action peuvent nous guider vers un avenir vivable.
Dans les explications de vote sur la motion de rejet préalable, la parole est à Mme Nathalie Sarles. J’interviens au nom du groupe La République en marche.
On l’a dit, ce projet de loi relatif à l’énergie et au climat représente une étape, ambitieuse, dans la lutte contre les changements climatiques. Pourtant, chers collègues de La France insoumise, vous nous proposez de le rejeter !
Voter cette motion de rejet, c’est ne pas reconnaître l’urgence écologique et climatique et son inscription dans la loi ; c’est refuser de viser l’objectif de neutralité carbone à l’horizon 2050 ; c’est aussi empêcher la représentation nationale de fixer les priorités d’action de la politique nationale énergétique pour la prochaine PPE – programmation pluriannuelle de l’énergie – en 2023.
Ne pas voter ce texte, c’est refuser les mesures nouvelles sur les passoires thermiques, la fermeture des centrales à charbon et l’accompagnement social de leurs salariés ; c’est refuser le développement de l’éolien offshore, le développement de l’hydrogène renouvelable bas carbone, la possibilité d’installer des panneaux photovoltaïques le long des routes ou d’en imposer l’installation sur des bâtiments.
Rejeter ce texte, c’est aussi refuser un budget vert ; c’est refuser l’expertise du Haut Conseil pour le climat et c’est refuser la facilitation des communautés d’énergie ainsi que la transparence sur les certificats d’économie d’énergie. C’est refuser la modification des règles qui conduisent à une augmentation des tarifs de l’électricité, au détriment du pouvoir d’achat des Français.
Bien sûr, il est toujours tentant de critiquer, de crier que nous n’allons pas assez loin, pas assez fort. Mais le texte qui nous est soumis comporte des avancées pour la préservation de notre environnement et la protection de nos concitoyens.
Mes chers collègues, vous l’aurez compris, je vous invite avec force à ne pas voter cette motion de rejet préalable.
(Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM. – MM. Bruno Millienne et Antoine Herth applaudissent aussi.) La parole est à M. Jean-Marie Sermier. On peut regretter que le consensus trouvé en CMP n’ait pas accouché, comme vous l’avez prétendu, madame la ministre, d’un texte d’urgence sur le problème climatique, mais d’un texte a minima : je pense en particulier à la prolongation de dix ans du niveau de la part du nucléaire.
J’y reviendrai lors de la discussion générale, ce projet de loi ne répond ni aux attentes globales de nos concitoyens, ni à l’urgence climatique. Nous regrettons toujours, madame la ministre, de n’avoir pas été saisis d’un texte de programmation pluriannuelle de l’énergie. Il appartient en effet à la représentation nationale de s’exprimer sur un sujet aussi fort.
Néanmoins, je crois nécessaire d’avancer. Dans cette logique, le groupe LR ne votera pas la motion de rejet préalable.
Très bien ! Bravo ! Voilà une attitude responsable ! La parole est à M. Nicolas Turquois. Le groupe MODEM et apparentés, qui a totalement fait sienne l’urgence climatique dont nos concitoyens ont pris conscience, ne votera pas cette motion de rejet défendue par Mme Panot.
Je veux m’adresser à ceux qui pensent qu’on répondra à cette urgence en opposant les uns aux autres. Certes, il y a une urgence climatique. Toutefois, je voudrais prendre un exemple concret, qui me touche personnellement. Il y a dans ma circonscription une entreprise de 700 salariés, les Fonderies du Poitou, tournée vers la fabrication de moteurs diesel. Si ces salariés partagent eux aussi la conviction qu’il y a une urgence climatique, ils s’inquiètent également de leur avenir professionnel. Nous, députés de la majorité, devons leur proposer un avenir qui passe par la fixation d’une trajectoire qui leur apportera des réponses adéquates conciliant leur avenir professionnel, leurs fins de mois et l’urgence climatique.
Ce projet de loi, en définissant des trajectoires, est, vu la situation, la meilleure réponse que nous pouvons apporter. Nous, membres du groupe du Mouvement démocrate et apparentés, nous opposerons à la motion de rejet et nous vous invitons à en faire autant.
(Applaudissements sur les bancs des groupes MODEM et LaREM.) La parole est à M. Joaquim Pueyo. Quand ce texte nous a été présenté, il ne comprenait qu’un petit nombre d’articles : huit. Il en compte désormais cinquante-cinq. Il convient de souligner le travail de fond effectué par les parlementaires, afin d’enrichir le texte et d’en accroître l’ambition. La fermeture des dernières centrales à charbon à l’horizon 2022 représente pour nous une étape qu’il était temps de franchir.
Face au défi climatique, nous devons prendre des mesures concrètes et fortes. Le temps des demi-décisions est passé, nous en sommes tous conscients. Bien que des insuffisances réelles subsistent, s’agissant notamment de la transition écologique des bâtiments, il convient néanmoins de souligner les améliorations apportées au texte, au fil des lectures. C’est notamment le cas de la reconnaissance d’une urgence écologique, du renforcement des obligations de production d’énergie renouvelable en toiture et du suréquipement pour les installations hydroélectriques. Si, comme je l’ai indiqué, ce texte ne semble pas encore suffisant, on ne peut nier qu’il s’est amélioré au fil du temps – d’ailleurs, le rapporteur a été très ouvert lors de l’examen de certains amendements.
En tout état de cause, on ne peut pas dire qu’il n’y a pas lieu de débattre ou que le texte est intrinsèquement dangereux. C’est pourquoi le groupe Socialistes et apparentés votera contre la motion de rejet préalable.
(Applaudissements sur les bancs des groupes SOC, MODEM et LaREM.) La parole est à M. Antoine Herth. Le plaidoyer de Mme Panot ne nous a pas convaincus. Elle a malheureusement une fois de plus versé dans l’amalgame, confondant urgence écologique et impératif écologique – terme que j’entends souvent employé sur les bancs de la France insoumise. Parler d’impératif revient à dire que l’on impose, que l’on ne discute pas, que l’on ne négocie pas. La différence est la même qu’entre une démocratie libérale et une démocratie populaire. Nous avons le plaisir d’être dans une démocratie libérale, de pouvoir débattre, négocier le bon rythme et faire les bons choix tout en maintenant fermement le cap. Tel est l’objet de ce texte, et nous nous en félicitons.
Vous évoquiez, madame Panot, le sort des travailleurs du nucléaire. Je rappelle que l’une des raisons qui a conduit à la décision de découpler la fermeture de Fessenheim et la mise en service de Flamanville était justement la nécessité de programmer les reconversions professionnelles et de se préoccuper du sort des familles de celles et ceux qui travaillent sur ce site industriel. Sachez donc, madame Panot, que cette préoccupation est aussi la nôtre.
Pour toutes ces raisons, le groupe UDI et indépendants votera bien évidemment contre la motion de rejet.
(Applaudissements sur les bancs des groupes UDI-I, LaREM et MODEM.) Excellent ! La parole est à M. François-Michel Lambert. Nous pourrions nous reconnaître dans une partie des réflexions livrées par le groupe La France insoumise sur l’urgence d’agir en matière de climat et d’énergie. D’ailleurs, nous avons été très nombreux, il y a quelques semaines, à aller écouter la vice-présidente du GIEC, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, accompagnée de la jeune Greta Thunberg. Affichage ! On pourrait donc estimer que le travail qui a été engagé par le Gouvernement mais que certains d’entre nous ne soutiennent pas, ce travail qui a été soumis à l’Assemblée nationale et au Sénat et qui a débouché sur le texte que nous allons examiner dans quelques instants, n’est pas la réponse à la hauteur des enjeux. Je le confirme – d’ailleurs, le groupe Libertés et territoires s’exprimera tout à l’heure sur le sujet : il n’est pas à la hauteur. Toutefois, cela signifie-t-il que nous devons reculer et ne rien faire ? Je pense pour ma part que l’ensemble de la société nous demande d’avancer dans ce domaine. Nous devons donc saisir l’occasion de discuter sur ce texte, au retour d’une CMP sur laquelle chacun pourra donner son avis.
Force est de constater que des avancées ont été faites, mais qu’à ce jour tout n’est pas arrêté. Nier le travail qui a été réalisé, en refusant la marche sur laquelle nous pourrions prendre appui avant d’aller plus loin, ne peut être la position du groupe Libertés et territoires. Notre groupe émettra des critiques, mais nous continuerons à construire, dans une confiance partagée, notamment avec le Gouvernement et nos collègues parlementaires.
Nous voterons donc contre la motion de rejet préalable.
(Applaudissements sur les bancs du groupe LT et sur certains bancs du groupe LaREM.) La parole est à Mme Mathilde Panot. Nous voterons pour la motion de rejet que nous avons présentée – voilà qui ne vous étonnera pas ! (Exclamations et rires.) Quelle cohérence ! Ma collègue de La République en marche prétend que, si nous déposons une motion de rejet, c’est que nous sommes contre l’état d’urgence écologique et climatique. En réalité, nous avions prévu, dans une proposition de résolution, de l’affirmer : nous ne sommes donc pas contre. En revanche, et c’est là la différence entre nous, nous ne voulons pas faire semblant de faire quelque chose. (Exclamations sur les bancs des groupes LaREM et MODEM.)
La collègue a dit ensuite quelque chose d’intéressant : c’est que, si nous adoptions la motion de rejet, cela reviendrait à refuser les énergies renouvelables – éoliennes offshore etc. Je vais donc vous expliquer pourquoi votre projet de loi, et plus largement la politique que vous menez, ne favorisera pas les énergies renouvelables. Le ministre d’État avait même déclaré, en première lecture, qu’un nouveau programme nucléaire pourrait être envisagé. Or, tant que nous poursuivrons dans la voie du nucléaire, nous n’investirons pas dans les énergies renouvelables. C’est donc vous qui, en réalité, allez voter contre les énergies renouvelables ! (Exclamations sur les bancs des groupes LaREM et MODEM.) Alors ça ! Quel retournement de situation ! C’est nous qui inscrivons leur développement dans le texte de loi ! Si vous lisez un peu la presse, peut-être savez-vous que Greenpeace a publié aujourd’hui un rapport sur le véritable coût des déchets nucléaires : ceux-ci pourraient peser sur le budget d’EDF à hauteur de 15 milliards d’euros. Je vous le dis et le redis : le programme nucléaire actuel, premièrement, n’est pas résilient face au changement climatique, deuxièmement, coûte si cher – notamment du fait du grand carénage qui doit être effectué – qu’il nous empêche d’investir et nous fait prendre un retard considérable dans le domaine des énergies renouvelables. C’est faux ! Allez donc expliquer cela aux électriciens d’EDF ! D’autre part, vous n’avez pas écouté tout ce que j’avais dit, cher collègue de l’UDI-I. Ce que j’ai dit, c’est qu’il fallait élaborer une planification écologique – rassurez-vous : c’est ce qu’on faisait auparavant ; la planification écologique, ce ne sont pas les Soviétiques qui débarquent ! Ce plan, géré démocratiquement, déterminerait précisément comment créer les 900 000 emplois nécessaires à la transition énergétique, comment former les gens et faire en sorte que les investissements réalisés portent sur la sobriété, l’efficacité et la transition énergétiques dont nous avons besoin. Tout cela serait décidé de manière démocratique, j’y insiste.
Dernière chose : je ne suis pas d’accord avec le collègue du groupe LT lorsqu’il dit : « Mieux vaut ça que rien ».
Pour vous, c’est la Révolution ou rien ! Moi, je ne suis pas d’accord avec un projet de loi qui poursuit l’ouverture à la concurrence et laisse Total – entre autres – décider de notre avenir énergétique. Si vous n’êtes pas d’accord avec le projet de loi, votez contre ! Cet avenir, nous devons en décider par nous-mêmes, et c’est pourquoi nous nous opposerons à ce texte. (Applaudissements sur les bancs du groupe FI.) Opposition systématique ! Votez contre, mais n’empêchez pas les autres d’avancer ! La parole est à M. Hubert Wulfranc. Comme vous le savez, chers collègues, nous avons, au groupe communiste, quelques divergences avec nos collègues de la France insoumise en cette matière. De plus en plus… Il n’en reste pas moins que nous prendrons nos responsabilités et que nous voterons pour la motion de rejet. Je suis déçu ! (Sourires.) Je voudrais vous dire, cher collègue de l’UDI-I, que nous sommes tellement dans une démocratie libérale qu’en ce moment même, les députés de la République que nous sommes sont ni plus ni moins shuntés, pour ce qui concerne l’avenir de l’outil industriel majeur que constitue EDF, puisque cet avenir se discute sans vous, mesdames et messieurs les députés de la majorité, et a fortiori sans nous, les députés de l’opposition. En effet, en ce moment même, on discute, à Bruxelles, de la désarticulation totale du groupe EDF, instrument majeur de la politique énergétique de notre pays depuis des décennies. Voilà ce qu’il se passe !
Et vous, que faites-vous ? Eh bien, vous allez tranquillement adopter un projet de loi qui, en sus de souffrir de tares majeures – j’y reviendrai durant mon intervention en discussion générale –, cache aux députés français, en n’en soufflant mot, ce qui se décide en ce moment même à Bruxelles, alors que cela concerne notre patrimoine national. Ce n’est pas la première fois que vous nous faites le coup, mais vous comprendrez que, pour cette simple raison, nonobstant ce que je dirai en discussion générale, le groupe communiste votera pour la motion de rejet.
(La motion de rejet préalable, mise aux voix, n’est pas adoptée.)
Dans la discussion générale, la parole est à Mme Huguette Tiegna. Affirmer l’urgence climatique, renforcer les objectifs de la politique énergétique, lutter contre les passoires thermiques, améliorer la maîtrise du prix de l’énergie : telle est l’ambition du projet de loi relatif à l’énergie et au climat. S’inscrivant dans la continuité de l’accord de Paris, du plan climat et de la loi mettant fin à l’exploration ainsi qu’à l’exploitation des hydrocarbures, il illustre la volonté de notre majorité d’accélérer la transition écologique.
Le 25 juillet dernier, la commission mixte paritaire a trouvé un accord. Je veux saluer l’intense travail mené avec le Sénat, notamment par nos deux rapporteurs, Anthony Cellier et Nathalie Sarles, travail qui a permis d’aboutir à un texte de compromis.
Ce texte illustre notre volonté et, en même temps, notre pragmatisme sur les questions énergétiques. L’objectif de neutralité carbone en 2050, la réduction de 40 % de la consommation énergétique primaire d’énergies fossiles, la diminution de la part du nucléaire dans notre
mix énergétique à hauteur de 50 % en 2035 et la fermeture des centrales à charbon en 2022 sont des mesures qui ont été façonnées par notre vision de ce que doit être la société de demain.
L’urgence écologique est là. Les efforts que nous devons fournir sont encore importants, mais nous ne devons pas perdre de vue que la transition vers un nouveau modèle doit être juste et solidaire. Elle doit se faire concrètement, dès maintenant.
Le groupe La République en marche a présenté des amendements importants, que j’ai défendus et qui répondaient à notre volonté d’envoyer des messages forts sur des sujets qui touchent les Français au quotidien et qui ne sont guère simples : la rénovation énergétique, l’accompagnement des salariés et des territoires touchés par les fermetures de centrales à charbon, la participation des citoyens et des territoires à la transition écologique, ainsi que le développement des énergies renouvelables, notamment photovoltaïques, et le soutien à certaines filières en plein développement, comme l’hydrogène ou le biogaz.
D’autre part, nous avons obtenu une avancée majeure à travers l’institution d’une loi quinquennale relative à l’énergie et au climat, proposition qui avait été formulée depuis plusieurs mois par un groupe de députés LaREM. Cela permettra au Parlement de donner enfin son avis en la matière.
Soyons fiers du travail accompli. Ce n’est que le début du chemin qui doit nous mener à l’énergie de demain, une énergie sobre, efficace et respectueuse de l’environnement.
Je tiens à remercier les différents acteurs qui ont participé à l’élaboration et à la discussion du projet de loi, en particulier François de Rugy. Je salue l’engagement des députés de la majorité comme de l’opposition : ils ont pris l’urgence écologique à bras-le-corps. J’espère que ce souci présidera à nos travaux dans l’hémicycle pour le restant de la législature.
Le groupe La République en marche votera bien évidemment en faveur de l’accord trouvé sur le projet de loi. Rendez-vous lors de l’examen du projet de loi de finances pour en finaliser les aspects financiers !
(Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM.) La parole est à M. Jean-Marie Sermier. L’été a été marqué par les enjeux écologiques. Je vous rassure : je ne pense pas à la traversée de l’Atlantique en bateau par Greta Thunberg, ni à son retour en avion avec ses accompagnateurs. Il fallait tout de même la faire cette traversée de l’Atlantique ! Elle n’est pas encore revenue ! Il y a eu des événements autrement plus sérieux, avec, loin de chez nous, les dramatiques incendies en Amazonie, et, près de chez nous, une canicule qui a provoqué 1 500 décès et détruit certaines récoltes agricoles et viticoles de notre pays. Cet été, le dérèglement climatique a donc été une dure réalité pour de nombreux Français.
Dans ce contexte de plus en plus inédit, le projet de loi relatif à l’énergie et au climat revêt une importance particulière. Il embrasse de nombreux sujets. Certaines mesures proposées sont positives ; d’autres moins. En tout cas, nous pouvons nous réjouir qu’un accord ait été trouvé lors de la réunion de la commission mixte paritaire. C’est toujours un bon signal et cela souligne la qualité de la coconstruction parlementaire.
C’est vrai ! Je regrette que le relèvement du plafond de l’ARENH – Accès régulé à l’énergie nucléaire historique – ait conduit les représentants de notre groupe à voter contre le texte de la CMP. C’est dommage, nous aurions sans doute pu l’adopter à l’unanimité.
L’un des objectifs principaux du projet de loi consiste à repousser de 2025 à 2035 la date à laquelle le nucléaire représentera 50 % de la production nationale d’électricité. Lors de la discussion du projet de loi relatif à la transition énergétique pour la croissance verte, en 2015, nous avions donné l’alerte, s’agissant d’un calendrier qui ne nous paraissait ni réalisable ni souhaitable. L’échéance est aujourd’hui repoussée, et laissez-moi vous dire, madame la ministre, que je pense qu’elle le sera de nouveau d’ici à 2035. J’en fais le pari devant vous.
Contre la pensée dominante, permettez-moi de réaffirmer clairement le soutien des Républicains à l’énergie nucléaire, à son industrie, et aux hommes qui la fabriquent au quotidien. C’est une énergie propre et nécessaire pour atteindre la neutralité carbone. À l’évidence, la France doit s’appuyer sur le nucléaire pour prendre le temps de bâtir un mix énergétique sûr.
J’insiste sur le fait qu’il ne faut pas confondre l’urgence climatique et l’urgence écologique. Aujourd’hui, nous voulons trouver les moyens de répondre à l’urgence climatique, ce qui passe nécessairement par le maintien de notre potentiel nucléaire.
À cet égard, nous reconnaissons que le projet de loi comporte un certain nombre d’avancées. Je pense à méthanisation qui peut permettre de diversifier et de sécuriser les revenus de nos agriculteurs. De même, nous nous réjouissons que l’hydrogène ait enfin été pris en considération par plusieurs gouvernements dans la période récente. En tout cas, madame la ministre, nous vous remercions pour cette avancée.
Par ailleurs, nous sommes satisfaits que le Sénat ait introduit des dispositions pour encourager la petite hydroélectricité. Le nombre de kilowattheures qu’elle produit n’est sans doute pas impressionnant, mais cette énergie naturelle déjà existante est celle qui dégage le moins de CO2. Espérons que le texte facilitera l’exploitation des 19 000 petits moulins de nos territoires, qui se heurtent parfois à une certaine hostilité de l’administration. J’ajoute que nous avons besoin de ces barrages qui servent de retenues pour les eaux pluviales, retenues bien utiles en périodes de sécheresse.
En revanche, nous réaffirmons notre souhait que soit abandonné l’objectif de construction de 15 000 mâts éoliens en métropole d’ici à 2028.
L’ensemble de ces sujets sera au cœur de la PP. Il est tout de même particulièrement choquant que celle-ci ne soit pas débattue au Parlement.
Nous l’avons votée ! Au-delà de la question essentielle du mix énergétique, le projet de loi s’est étoffé au cours de la navette parlementaire. Sans prétendre être exhaustif, je souhaite passer en revue différents points.
Nous soutenons évidemment la fermeture des centrales à charbon à l’horizon de 2022, que nous avions réclamée. Il faudra cependant accompagner les salariés concernés. Nous sommes aussi favorables aux constructions à énergie positive. À ce sujet, permettez-moi de saluer l’un des pionniers en la matière, Elithis, groupe français originaire de ma région, puisqu’il est installé à Dijon. Nous soutenons également la suppression des tarifs réglementés du gaz et de l’électricité, qui répond à des objectifs européens. Il faudra néanmoins entendre l’inquiétude des consommateurs sur une possible envolée des prix. Il y a enfin les certificats d’économies d’énergie – les CEE –, sur lesquels il faudra retravailler pour mieux lutter contre les fraudes.
Malgré cela, ce projet de loi n’est malheureusement pas à la hauteur de l’urgence climatique unanimement reconnue. Pour bien montrer qu’il faut aller encore plus vite et plus fort, en l’état du texte, nous y serons défavorables.
(Applaudissements sur les bancs du groupe LR. – Exclamations sur plusieurs bancs des groupes LaREM et MODEM.) Vous me décevez ! Vos collègues sénateurs ont eu plus de raison ! C’est pour cela qu’ils sont sénateurs ! (Sourires.) La parole est à M. Nicolas Turquois. À quelques jours du sommet Action climat de l’ONU qui se déroulera le 23 septembre à New York, et à la veille de la COP25 organisée au Chili au mois de novembre prochain, nous, représentants de la nation française, sommes à nouveau amenés à nous exprimer sur le projet de loi relatif à l’énergie et au climat.
Avant toute chose, j’aimerais souligner le travail transpartisan effectué en parfaite complémentarité par les deux chambres. Réunie à la fin du mois de juillet, à l’issue de l’examen du texte en première lecture par le Parlement, la commission mixte paritaire est parvenue à s’accorder sur une rédaction commune du projet de loi. J’éprouve une profonde satisfaction d’avoir pu prendre part à l’accord trouvé entre l’Assemblée et le Sénat sur les dispositions restant en discussion. Au vu de l’urgence du sujet, les divergences partisanes ayant été dépassées, c’est un bon signe pour notre démocratie.
La première avancée du projet de loi réside dans la définition et l’affirmation du principe de neutralité carbone à l’horizon 2050. Cette définition juridique est une première en droit français. Très concrètement, les émissions de gaz à effet de serre, responsables notamment du réchauffement climatique, ne devront pas être supérieures à ce que la terre peut absorber. Ce principe revêt pour moi, comme pour beaucoup de nos concitoyens, une importance fondamentale.
En évoquant ce sujet, il est difficile de ne pas penser, le cœur serré, à la catastrophe écologique à laquelle nous assistons impuissants : je pense bien sûr à la destruction de la forêt amazonienne.
Il reste que la fixation du principe de neutralité carbone d’ici à 2050 n’aurait pas de sens si nous ne cherchions pas, en même temps, à réduire notre consommation d’énergies fossiles. C’est pourquoi la future loi relative à l’énergie et au climat prévoit la réduction de notre consommation d’énergies fossiles de 40 % d’ici à 2030, et la fermeture définitive des centrales à charbon d’ici à 2022.
Toutefois, le déclin programmé des énergies fossiles doit impérativement s’accompagner du développement d’énergies propres. L’ambition du texte est d’agir en ce sens, en augmentant d’1 gigawatt les capacités de l’éolien en mer, et en favorisant le développement de la petite hydroélectricité.
Le développement de ces alternatives ne doit pas, pour autant, se faire de façon désorganisée. Il en va de leur pleine et entière acceptation par notre société. C’est pourquoi, et ce choix d’un « en même temps » est à saluer, le texte entend préserver notre littoral de l’installation de panneaux solaires pour éviter une urbanisation supplémentaire de milieux fragiles, tout en introduisant, dans certains cas, l’obligation d’installation de dispositifs énergétiques sur les toitures des nouveaux bâtiments commerciaux. Il restera malgré tout à travailler sur l’acceptabilité de certains projets. Je pense en particulier aux éoliennes qui suscitent beaucoup de crispations dans les territoires. J’attends, madame la ministre, que nous puissions travailler sur ce sujet à l’avenir.
Le projet de loi consacre aussi l’importance du nucléaire, qui a permis à la France de parvenir à une large autonomie de sa production énergétique. Dans le cadre de la recherche d’un mix énergétique plus diversifié, nous avons acté que le nucléaire ne représentera plus que 50 % de la production globale en 2035. Cette échéance, préférable à celle de 2025, permet de construire une transition crédible sans rendre nécessaire, par exemple, la construction de centrales à gaz, ce qui aurait été en contradiction totale avec nos ambitions climatiques.
La future loi a aussi acté la revalorisation du volume et du prix de l’accès régulé à l’énergie nucléaire historique. C’est une forme de garantie donnée aux industriels dont l’activité subirait l’impact de coûts trop élevés de l’électricité. Saluons ce choix !
La meilleure énergie étant celle que l’on ne consomme pas, un ensemble d’amendements est venu étoffer le projet de loi, permettant finalement des avancées majeures en matière d’information sur les travaux de rénovation énergétique, de lutte contre les fraudes aux certificats d’économies d’énergies et de lutte contre les passoires thermiques.
L’amélioration de l’information des citoyens passera également par la pérennisation du Haut Conseil pour le climat, qui sera chargé d’évaluer la mise en œuvre des politiques publiques pour réduire les émissions de gaz à effet de serre de la France, notamment en comparaison avec des pays tiers.
Nombreuses sont les mesures de ce texte qui peuvent paraître techniques ; elles sont pourtant essentielles dans le combat pour le climat. Elles permettent en particulier de définir des trajectoires fines, régulièrement évaluées pour sortir de la dépendance aux énergies carbonées. C’est la raison pour laquelle nous avons décidé qu’avant le 1er juillet 2023, puis tous les cinq ans, une loi fixera les priorités d’action de la politique énergétique nationale pour répondre à l’urgence écologique et climatique. L’enjeu est clair : il s’agit d’avoir une meilleure lisibilité, et surtout une meilleure accessibilité des objectifs énergétiques que se fixe la France.
Ainsi, voter dès aujourd’hui ce projet de loi est sans conteste une réponse forte et attendue par nos concitoyens, qui traduit un effort à poursuivre et amplifier. Les épisodes de canicule que nous avons vécus cet été, l’ouragan Dorian aux Bahamas ou encore le typhon meurtrier qui vient de toucher le Japon sont autant de preuves qu’il est urgent d’agir. Churchill avait coutume de dire qu’il vaut mieux prendre le changement par la main avant qu’il nous prenne par la gorge : n’oublions pas que le coût de la protection du milieu naturel est beaucoup plus faible que celui de sa reconstitution !
En votant en faveur du projet de loi relatif à l’énergie et au climat, le groupe MODEM et apparentés entend non seulement agir, mais aussi prévenir les drames de demain. Pour l’ensemble de ces raisons, il votera ce texte qui, nous l’espérons, sera adopté à une large majorité.
(Applaudissements sur les bancs des groupes MODEM et LaREM.) La parole est à Mme Marie-Noëlle Battistel. Dans son discours de politique générale, le 12 juin dernier, le Premier ministre avait laissé entendre que la France allait entrer dans une nouvelle ère en matière de transition écologique, transition dont le projet de loi qui nous occupe aujourd’hui serait un nécessaire vecteur.
Nous avions souligné en première lecture les insuffisances de ce texte et son absence d’ambition : absence d’objectifs intermédiaires sur les trajectoires carbone ; absence de mesures relatives à la production d’énergies renouvelables ; absence de mesures relatives au logement, premier secteur consommateur d’énergie, ou encore absence de mesures réellement contraignantes.
C’est donc sans surprise que le projet de loi est passé de douze à cinquante-cinq articles, entre le texte initial, déposé le 30 avril dernier à l’Assemblée, et complété par une lettre rectificative, et celui qui a été transmis au Sénat. Parmi les dispositions nouvelles adoptées, notre groupe politique avait pris position en faveur de celles relatives à la problématique de la transition du parc de logements.
Nous étions en pointe sur le sujet et nous vous avions proposé un dispositif complet, qui comportait un calendrier de résorption des passoires thermiques, un mécanisme de soutien aux ménages modestes, proposé par notre collègue Jean-Louis Bricout – mécanisme assis sur un système d’avance remboursable au moment de la mutation du bien –, et un dispositif contraignant avec l’interdiction de mise en location des passoires énergétiques à un horizon raisonnable. Nous regrettons que l’essentiel de ces trois chantiers pourtant majeurs ait été écarté dans les débats.
Certes, la majorité a finalement fixé un calendrier à l’horizon 2027 pour les logements classés F et G. Néanmoins, en l’absence de financements nouveaux ou de mesures coercitives, il demeure essentiellement au rang des intentions. Nul n’imagine demain qu’une forme de « désigner et dénoncer » – pour éviter de parler anglais –, suffise à bloquer la transaction de biens ne respectant pas les normes.
En revanche, certaines de nos propositions avaient été retenues. Mon collègue Dominique Potier avait ainsi souhaité que la recherche de la sobriété énergétique et la définition de budgets carbone soient inscrites dans la programmation pluriannuelle de l’énergie. Il avait aussi défendu la publication d’une feuille de route de la sobriété énergétique du numérique. Malheureusement, ces dispositions ont été rejetées par le Sénat.
Nous proposions également, comme d’autres collègues, de déclarer l’urgence climatique et d’en tirer des leçons en adoptant des mesures amplifiant les obligations d’installations d’équipements de production d’énergies renouvelables, en particulier sur les toitures et les parkings.
Pour ma part, j’avais soutenu une disposition législative, qui a été votée, permettant de favoriser le suréquipement pour les installations hydroélectriques. Cette mesure permettra la réalisation de travaux d’augmentation de puissance et de modernisation des infrastructures, sans remise en cause des durées de concession ni effet d’aubaine économique, avec peu ou pas d’impact environnemental.
À cet égard, monsieur le rapporteur, je souhaite très sincèrement saluer votre état d’esprit et votre méthode…
Vous avez raison ! …qui ont permis, malgré nos divergences, d’avancer sur certains dossiers, et parfois de convertir le Gouvernement à un peu plus d’ouverture.
À l’aune des travaux menés ensuite par nos collègues du Sénat, nous étions confiants dans le fait qu’une nouvelle lecture nous permettrait de préciser les mesures prises, notamment en matière d’habitat et d’énergies renouvelables. Hélas, l’accord obtenu en commission mixte paritaire a été particulièrement décevant.
Si les lectures des conclusions des CMP sont le plus souvent l’occasion de louer un travail de qualité, assis sur un subtil équilibre entre les aspirations des deux chambres, je dois, hélas, vous dire notre déception d’avoir vu la CMP – j’étais présente – se transformer en retraite de Russie : la régression était nette par rapport aux modifications apportées au texte par les sénateurs, et même par rapport aux dispositions adoptées ici même en première lecture.
Non ! Certes, des mesures positives ont été intégrées au texte final ou y ont été maintenues, mais nous manquons de moyens financiers et de mesures coercitives. Certaines dispositions sont incomplètes, comme le relèvement hâtif du plafond de l’ARENH sans actualisation du prix. D’autres ne sont pas acceptables, comme la suppression des tarifs réglementés du gaz et de l’électricité.
Voilà pourquoi le groupe Socialistes et apparentés s’abstiendra lors du vote, ainsi qu’il l’avait fait en première lecture.
Nous continuerons par ailleurs, dès le prochain projet de loi de finances, à défendre une véritable ambition pour la transition écologique, à la mesure des enjeux, notamment dans le secteur du bâtiment, grâce à un dispositif holistique et financé. En effet, si le présent texte marque une étape supplémentaire vers une transition écologique juste et socialement équilibrée, il ne saurait être un aboutissement.
Nous veillerons également à ce que, dans le cadre des orientations fixées par le Président de la République quant à la réorganisation du groupe EDF, la filière hydroélectrique soit sanctuarisée au sein d’un service public, pour toutes les raisons que j’évoque depuis plusieurs années, que Mme la ministre connaît très bien et que je ne répéterai pas ici.
(Applaudissements sur les bancs du groupe SOC. – Mme Jeanine Dubié applaudit également.) La parole est à M. Antoine Herth. Si le groupe UDI et indépendants se réjouit que la commission mixte paritaire ait pu aboutir à un accord, et si le texte qui nous est soumis modifie effectivement les objectifs de notre programmation pluriannuelle de l’énergie, il ne nous aura pas permis de débattre du fond des choix énergétiques de notre pays : nous n’avons pas discuté de la place du nucléaire, des centrales à gaz, de l’éolien – terrestre ou maritime – ni de la méthanisation, entre autres.  Reconnaissez que c’est un peu dommage.
Nous partageons l’objectif d’une production énergétique décarbonée, mais nous pouvons avoir des divergences à propos des modalités permettant d’atteindre la neutralité carbone en 2050. En effet, cet objectif louable pourrait aboutir à un transfert de charges au détriment de l’agriculture, qui serait sommée, à terme, d’absorber les émissions de carbone que les autres secteurs d’activité n’auraient pas réussi à réduire comme ils l’auraient dû.
II est donc essentiel que les parlementaires puissent continuer de débattre des orientations de notre politique énergétique, dès lors que les décisions prises ne sont pas consensuelles et peuvent conduire à des affrontements entre des secteurs dont les intérêts divergent. Heureusement, ce sera possible, grâce à la ténacité des députés, mais en 2023 seulement – une perspective quelque peu lointaine, mais c’est déjà un premier pas.
Nous aurions notamment pu débattre de l’énergie nucléaire, qui constitue un atout dans la lutte contre le changement climatique. En la matière, nous partageons votre souhait de reporter de 2025 à 2035 l’objectif de 50 % d’énergie nucléaire au sein du mix électrique, contre 70 % aujourd’hui : c’est un délai bien plus réaliste.
Nous aurions également aimé débattre des autres énergies qui soulèvent des problèmes d’acceptabilité sociale, en particulier l’éolien terrestre, lequel a entraîné, par endroits, un véritable mitage du territoire.
Nous nous réjouissons de la fermeture prochaine – d’ici à 2022 – des quatre  dernières centrales à charbon françaises, qui représentent un tiers des émissions de gaz à effet de serre de notre production d’électricité, pour à peine 1 % à 2 % de notre mix électrique.
Nous sommes également soulagés de la suppression de l’article 4 quater, qui avait été ajouté par l’Assemblée nationale.
Le futur Haut Conseil pour le climat, dont le texte entérine la création, devra exercer un rôle important, afin d’orienter nos politiques publiques vers une véritable transition énergétique de la société. Son premier rapport est éclairant : l’objectif de neutralité carbone en 2050 est, dit-il, « techniquement réalisable mais implique une transformation profonde de l’économie et de la société à grande échelle ». Or – vous en conviendrez certainement, madame la ministre – le projet de loi ne dégage pas assez d’énergie pour alimenter une transformation aussi profonde, même s’il va dans la bonne direction.
L’un des leviers à actionner est celui du logement. Sur ce sujet essentiel, de nombreuses dispositions ont été ajoutés lors du parcours législatif et l’orientation est la bonne. Selon l’étude TREMI – travaux de rénovation énergétique des maisons individuelles – de l’ADEME – Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie –, parmi les 5 millions de maisons individuelles qui ont fait l’objet de travaux de rénovation entre 2014 et 2016, un quart seulement a sauté au moins une classe de DPE – diagnostic de performance énergétique –, tandis que les trois quarts restants n’amélioraient pas leur performance énergétique, malgré 36,3 milliards d’euros d’investissements au cours de la période ; c’est assez inquiétant.
J’espère que cette situation fera bientôt partie du passé, grâce à votre ambition, que nous soutenons, d’améliorer la gouvernance et le pilotage de la rénovation énergétique, en particulier grâce au service d’accompagnement pour la rénovation énergétique que vous avez lancé cette semaine. Il faudra bien que l’argent public dépensé produise des résultats concrets – les expériences actuelles n’étant plus bientôt, du moins je l’espère, que de malheureux souvenirs. Il est en tout cas absolument nécessaire d’améliorer le pilotage et l’efficience de nos politiques publiques en la matière.
S’agissant enfin du dispositif de l’ARENH, le texte apporte une solution de court terme, alors que nous aimerions pouvoir envisager la fin d’un système qui fonctionne imparfaitement.
Au total, si, à nos yeux, le texte ne révolutionne pas notre politique énergétique, il propose tout de même des mesures intéressantes. Vous l’avez dit, madame la ministre : c’est un pilier. À ce titre, il mérite d’être salué et c’est pour cette raison que nous le soutiendrons, en remerciant le président de la commission et le rapporteur d’avoir veillé à ce que tous les avis s’expriment de façon équilibrée, au cours des débats.
(Applaudissements sur les bancs du groupe UDI-I.) Merci à vous ! La parole est à M. Éric Coquerel. Je me suis rendu ce matin à un procès, celui de neuf militants écologistes non violents que l’on a fait comparaître devant un tribunal correctionnel pour vol en réunion – j’espère qu’à cette heure ils sont relaxés, et je les salue. Hors sujet ! Pas du tout ! Qu’ont-ils bien pu faire de suffisamment grave pour risquer cinq ans de prison et 75 000 euros d’amende, pour que soit saisi le bureau de lutte antiterroriste ? Ils se sont attaqués aux institutions ! Ils ont osé décrocher des portraits du Président. En laissant vide l’emplacement de ces portraits, ils voulaient appeler l’attention sur le vide de sa politique environnementale et sociale. De fait, je remarque que vous consacrez plus d’énergie à réprimer les militants écologistes qu’à transformer le modèle énergétique français. (Exclamations sur les bancs du groupe LaREM.)
Ils ont agi en s’inscrivant dans la longue tradition de la désobéissance civile, pour sonner l’alarme à propos de l’urgence climatique. L’avez-vous entendue, cette alarme ? L’avez-vous entendue quand le GIEC nous a annoncé qu’il nous restait douze années pour agir ? L’avez-vous entendue ne serait-ce qu’à une seule des centaines de réunions, de COP, de sommets, de Grenelle et de colloques où l’on ne cesse de se répéter les mêmes chiffres et de crier à l’urgence ? Vous arrive-t-il parfois d’être vous-mêmes sonnés en réalisant l’ampleur de l’écart entre les objectifs à atteindre pour sauver la planète et les résultats catastrophiques des politiques que vous continuez de mener ?
À écouter vos beaux discours, on a bien l’impression que vous êtes au courant ; vous acceptez même l’inscription dans la loi de la notion d’urgence écologique et climatique. Mais apparemment, dans votre monde, le mot « urgence » n’a pas le même sens que dans le nôtre. Il semblerait que, pour vous, faire face à l’urgence, c’est tout remettre à plus tard, en promettant vaguement que quelqu’un finira par s’en occuper un jour,...
Ce ne sera pas vous, en tout cas ! ...de préférence dans plusieurs décennies, quand il ne sera plus temps.
C’est exactement ce type de politique, celles des œillères et des promesses dont la concrétisation est éternellement remise à plus tard, qui nous a conduits à la catastrophe climatique à laquelle nous faisons face aujourd’hui.
Il existe pourtant des solutions : on ne vous demande même pas de les inventer ! Quantité d’associations, des milliers de scientifiques, de militants et de bénévoles travaillent sans relâche pour les construire et les défendre, comme l’association négaWatt, avec son scénario précis de transition énergétique, qui rend accessible l’objectif de 100 % d’énergies renouvelables en France en 2050.
Au lieu de les écouter et de vous montrer à la hauteur des enjeux de votre époque, vous choisissez de stagner et même de reculer. Vous reportez ainsi sans honte de dix ans les objectifs que vous aviez vous-même fixés en matière de réduction de la part de nucléaire dans la production d’électricité. Vous rendez du même coup possibles de longues et précieuses années supplémentaires d’inaction dans ce domaine, sans aucune justification rationnelle ni scientifique,...
Ah si ! ...et mettez directement la population en danger, en ne tenant pas compte de l’état déjà très inquiétant de nos centrales, qui auront en moyenne 49 ans en 2035. L’association Greenpeace l’a résumé en quelques mots : le projet de loi veut sauver le nucléaire,... Tant mieux ! ...pas le climat. Monsieur Sermier, à Fukushima, l’énergie nucléaire était propre... jusqu’à l’explosion de la centrale ! Ce n’est pas la même chose en France ! Ce n’est malheureusement pas la seule des sources de déception et des entourloupes que dissimule le texte, et qui vont du recul des objectifs annoncés d’émissions de gaz à effet de serre à l’absence d’interdiction totale des centrales au charbon, contrairement à la promesse présidentielle, en passant par l’absence de politique d’envergure pour développer et systématiser les énergies renouvelables.
Enfin, la question centrale des logements que l’on qualifie de passoires énergétiques illustre parfaitement l’étroite intrication entre urgences écologique et sociale. Vous le savez, les personnes les plus démunies sont les premières victimes de la mauvaise isolation des logements, ne pouvant se payer le luxe de choisir leur logement selon ce critère, à supposer que sa performance énergétique soit indiquée. Vous choisissez malgré tout de fixer un plafond de performance énergétique près de deux fois supérieur à 330 kilowattheures par mètre carré et par an, c’est-à-dire au seuil au-delà duquel on considère qu’un logement est une passoire énergétique. Pire : aucune sanction réelle n’est encore prévue pour les propriétaires qui n’effectueraient pas les travaux nécessaires dans des logements déjà loués.
Ce projet de loi, illustration supplémentaire du cynisme de la politique du Gouvernement, restera dans l’histoire comme une pierre de plus à l’édifice de la catastrophe climatique. Nous n’avons plus le temps ni pour le « en même temps », ni pour l’entre-deux. C’est pourtant ce qui caractérise le présent texte comme le projet de loi d’orientation des mobilités : ils ne transforment en rien notre modèle énergétique ni notre modèle de transports, se contentant de les adapter à l’ouverture à la concurrence et aux privatisations. Or l’urgence climatique n’attend pas, elle a besoin d’une telle transformation. En pratiquant au mieux l’immobilisme, voire en aggravant la situation, vous commettez une mauvaise action vis-à-vis des Français et de notre avenir.
Pour ces raisons, le groupe de La France insoumise votera contre le texte.
La parole est à M. Hubert Wulfranc. Comme l’a révélé le premier rapport du Haut Conseil pour le climat, publié en juin, et en dépit des bavardages médiatiques, la France n’est pas au rendez-vous de la transition écologique. Le décalage par rapport aux objectifs que notre pays s’est lui-même fixés provient en particulier des émissions liées aux transports, qui n’ont pas diminué depuis dix ans, et de celles provenant des bâtiments, qui ont diminué trois fois moins vite que ce qui avait été anticipé. Le rythme actuel de mise en œuvre des engagements pris dans le cadre de la loi relative à la transition énergétique pour la croissance verte, en 2015, n’est pas le bon.
Nous aurions pu espérer que le projet de loi relatif à l’énergie et au climat tirerait les enseignements de cet échec et accélérerait le mouvement ; au lieu de quoi vous nous proposez, une fois de plus, un texte d’affichage et des objectifs en trompe-l’œil. En voici trois exemples.
Alors que les émissions de gaz à effet de serre importées représentent 40 % de notre empreinte carbone, l’objectif de neutralité carbone à l’horizon 2050 ne les comptabilise pas. Le Haut Conseil pour le climat avait pourtant insisté sur la nécessité de prendre en compte les émissions provenant des transports internationaux et de veiller à maîtriser les émissions liées à nos importations. Dès lors, la présentation des conditions d’atteinte de la neutralité carbone demeure totalement biaisée, insincère et, pourrait-on dire, isolationniste.
Par ailleurs, si le texte ne perd pas de vue, comme nous le réclamions, l’objectif de réduction de 50 % de la consommation finale d’énergie en 2050 par rapport à 2012, encore faut-il que nous nous donnions les moyens d’y parvenir.
Or, le Haut Conseil fait état d’un manque d’investissements publics et privés pour le climat de plus de 40 milliards d’euros en 2018 dans les secteurs clés des transports, des bâtiments et de la production d’énergie. À titre de comparaison, les investissements qui entretiennent l’utilisation des énergies fossiles en France ont atteint 75 milliards d’euros en 2017. Les manquements de l’État et ceux du système bancaire, dont votre gouvernement protège les intérêts, sont donc criants.
Le groupe de la Gauche démocrate et républicaine pointe, en deuxième lieu, l’absence de vision stratégique. En effet, une vision rationnelle de l’évolution du mix énergétique devrait associer développement équilibré des filières renouvelables, rénovation des capacités nucléaires historiques, maintien de capacités thermiques rénovées suffisantes pour gérer les tensions du système et investissement dans la recherche. Le mix énergétique n’est pas, pour nous, à ce stade sécurisé, alors que la sécurité d’approvisionnement du pays laisse à désirer. Vous préférez pour votre part poursuivre la désintégration des opérateurs publics : c’est l’objet de la négociation ouverte avec Bruxelles sur la séparation des activités d’EDF entre production – le fameux paquet bleu – et distribution – le paquet vert –, séparation qui fait courir notamment le risque d’une explosion des prix de l’électricité.
Le temps me manque pour évoquer l’ensemble de dispositions de ce texte, mais la cerise sur le gâteau est bien entendu, en cohérence avec les choix que je viens d’évoquer, les mesures mettant fin aux tarifs réglementés du gaz et de l’électricité, mesures qui portent en germe l’apparition d’une jungle tarifaire d’autant plus dangereuse que la précarité énergétique augmente. Nous vous en prions, madame la ministre : cessez d’argumenter sur la baisse des tarifs, alors que tous les éditorialistes des journaux du matin démontrent le contraire et que nous avons lancé l’alerte sur cette question voici déjà plusieurs mois.
Baisse du prix du gaz au 1er août ! Pour toutes ces raisons, madame la ministre, notre groupe votera contre ce projet de loi et continuera de défendre les propositions que nous vous avions faites, notamment dans le cadre de la conclusion du Grand débat, pour contribuer à ce que des mesures fortes interviennent en matière climatique et en matière énergétique pour notre pays. La parole est à M. François-Michel Lambert. Ce week-end, Mme la secrétaire d’État Brune Poirson, chargée à vos côtés, madame la ministre, de la transition écologique et solidaire, a proclamé devant les cadres et les militants de sa formation politique : « N’ayez pas l’écologie timide. N’ayez pas l’écologie complexée. » Il semble pourtant que cette écologie dite « souriante », dont le Gouvernement se réclame désormais, ne s’incarne pas encore totalement dans les textes de loi dont nous débattons.
Le présent texte en apporte une triste confirmation. J’en veux pour preuve le fait que le texte initial n’évoquait même pas la question de la performance énergétique des bâtiments, un secteur qui pèse pourtant 43 % de la consommation finale d’énergie et près de 20 % des émissions de gaz à effet de serre, sachant, de plus, que l’impact social et environnemental de la précarité énergétique touche 5 millions de ménages. Le texte issu de la commission mixte paritaire ne prend pas la mesure de la centralité de cet enjeu : le critère de performance énergétique pour la définition d’un logement décent a été revu à la baisse et les sanctions en cas de non-respect de l’obligation de performance énergétique ne sont toujours pas définies.
Dommage ! À cet égard, l’examen au Sénat et l’accord obtenu en CMP ont rogné encore un peu plus une ambition pourtant déjà bien modeste. Nous avons pris connaissance des récentes annonces du Gouvernement portant sur la création d’un service d’accompagnement pour la rénovation énergétique, doté de 200 millions d’euros. C’est une bonne chose, car l’accompagnement des particuliers en ce domaine est primordial. Cependant, je ne peux que remarquer que le poids financier de la rénovation énergétique sera supporté pour moitié par les collectivités, lesquelles sont déjà en grande difficulté et, pour l’autre, par les certificats d’économies d’énergie. Il est donc à craindre que ce nouveau dispositif ne soit largement insuffisant, pour atteindre l’objectif de rénovation de 500 000 logements par an ou celui de la suppression des passoires énergétiques d’ici à 2050. Nous aurons l’occasion d’aborder plus longuement ces problématiques, dans le cadre notamment de l’examen du prochain budget.
J’évoquais les lacunes concernant le secteur du bâtiment, mais le texte s’illustre également par l’absence ou par la faiblesse de certaines thématiques clés, telles que les réseaux de chaleur ou de froid, les vecteurs d’énergies renouvelables locales, l’éolien offshore, l’hydroélectricité ou encore l’ensemble de l’énergie fatale, thématiques pourtant introduites lors des discussions au Sénat. Car le nucléaire, encore une fois, prend toute la place en France, ce qui ne nous permet d’avoir un débat apaisé et intelligent sur les enjeux énergétiques.
J’en viens aux grands objectifs de la politique énergétique de notre pays, le cœur de ce texte.
Tout d’abord, deux satisfecit : les prochaines PPE feront l’objet d’une loi, et non plus d’un décret comme aujourd’hui ;…
C’est dommage que ce ne soit pas appliqué ! …de même, je salue l’objectif affiché de diviser par six des émissions de gaz à effet de serre et d’atteindre la neutralité carbone à l’horizon 2050 – mais encore faudra-t-il s’entendre sur ce qu’est la neutralité carbone.
Je suis par contre pour le moins circonspect – le mot est faible eu égard à ma réelle pensée sur notre approche du sujet –, s’agissant du report à 2035 de la réduction à 50 % de la part du nucléaire dans le mix énergétique : notre pays n’a pas l’ambition d’être à la hauteur des enjeux énergétiques, englué qu’il est encore dans le nucléaire. Au groupe Libertés et territoires, nous regrettons particulièrement que ce texte ne propose pas de définir une trajectoire détaillée de cette réduction, comme nous l’avions proposé. La pérennisation du parc nucléaire constitue un gouffre financier au détriment de l’investissement dans les énergies renouvelables qui, elles, arrivent à maturité.
Par ailleurs, le texte contribue à lever quelques obstacles à la mutation de notre politique énergétique et à faciliter l’émergence de projets vertueux, ce que je salue.
Un mot également sur la fermeture des centrales à charbon : vous savez que je suis concerné au premier chef puisque, dans ma circonscription, on devra fermer le groupe 5, qui est le groupe charbon, de la centrale thermique de Provence, sur les communes de Meyreuil et de Gardanne. Un rendez-vous est prévu à ce sujet à la préfecture de Marseille demain. Même si nous avons compris que la rédaction choisie permettra de faire fonctionner ponctuellement les centrales à charbon, nous souhaitons que les mesures d’accompagnement des entreprises concernées soient les plus protectrices possibles, afin que cette avancée environnementale ne conduise pas à un drame social. À cet égard, je pense que notre pays n’est pas à la hauteur des enjeux : on est extrêmement loin de ce que l’on doit mettre en œuvre pour réussir la transition dans les territoires concernés.
Il y a quelques jours, le Haut Conseil pour le climat, instance créée par ce texte de loi – bien que fonctionnant en réalité depuis plusieurs mois –, a publié une version simplifiée de son rapport annuel, afin de rendre son expertise plus accessible. Le constat qu’il établit demeure limpide : nos efforts ne sont pas suffisants pour atteindre les objectifs fixés en matière de diminution de gaz à effet de serre et limiter ainsi le réchauffement climatique.
Dès lors, la majorité du groupe Libertés et territoires s’abstiendra sur ce texte
(« Oh ! » sur plusieurs bancs du groupe LaREM) qui demeure, nous l’avions dit, je le répète et le redirai encore, une petite loi, loin des impératifs que commande pourtant l’urgence écologique et climatique. Permettez-moi, madame la ministre, mes chers collègues, d’avoir une pensée pour Michel Petit, le premier président du conseil scientifique de l’association Sauvons le climat, décédé il y a quelques jours à peine. Soyons à la hauteur de son engagement. Je crains que nous ne le soyons pas encore. (Applaudissements sur les bancs du groupe LT. – M. Xavier Paluszkiewicz et M. Ian Boucard applaudissent également.) La discussion générale est close.
Avant de donner la parole à Mme la ministre, je vous informe, mes chers collègues, que sur l’ensemble du projet de loi, je suis saisi par le groupe La République en marche d’une demande de scrutin public.
Le scrutin est annoncé dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.
La parole est à Mme la ministre.
Je voudrais tout d’abord me réjouir que chacun d’entre vous partage la conviction qu’il est nécessaire de répondre à l’urgence écologique et climatique. Nous pouvons également tous partager la conviction que répondre à cette urgence passe notamment par la neutralité carbone à l’horizon de 2050, que ce texte inscrira désormais dans notre droit. Nous reconnaissons en outre qu’il est nécessaire d’accélérer la réduction de notre dépendance aux énergies fossiles, en remontant notre ambition à 40 % de baisse d’ici à 2030 ou encore en fermant les centrales à charbon avant la fin du quinquennat. Croyez-vous ce que vous dites ? Respectez déjà l’accord de Paris ! Je pense que nous partageons tous aussi l’objectif de nous donner tous les outils pour développer les énergies renouvelables, qu’il s’agisse du photovoltaïque, de la méthanisation et de l’éolien, même si je suis tout à fait d’accord, monsieur le député du groupe Les Républicains, que cela suppose aussi de travailler concrètement sur l’acceptabilité des projets portant sur ces deux derniers domaines.
Nous pouvons aussi tous nous réjouir– même si on peut les juger insuffisantes – des avancées en matière de gouvernance. Il en est de même de la meilleure association, à l’avenir, du Parlement à la définition de la politique énergétique de notre pays. Cette politique le mérite. Nous pouvons également saluer la mise en place de nouveaux modes de gouvernance, je pense notamment au Haut Conseil pour le climat ou encore au
green budgeting , lequel nous permettra de nous assurer que nos lois de finances respectent bien les engagements de notre pays en la matière, s’agissant en particulier de l’accord de Paris. Je regrette dès lors, monsieur le député, que le groupe Les Républicains entretienne une polémique d’autant plus inutile que ce projet de loi ne propose pas de sortir du nucléaire mais de ramener sa part à 50 % de la production d’électricité en 2035. Cela affaiblit notre pays ! C’est important pour permettre le développement des filières d’énergie renouvelable. Aucun d’entre nous ne peut se satisfaire que nous n’ayons pas de champion français dans le domaine du photovoltaïque ou des batteries. Vous savez que le Gouvernement a pris ce sujet à bras-le-corps, avec comme ambition une filière européenne de batteries. J’espère que les objectifs fixés permettront également de créer une filière dans l’éolien, où il n’y a plus aujourd’hui de champion français. Ce mix équilibré sera donc aussi l’occasion de faire émerger des filières d’énergie renouvelable dans notre pays. À cet égard, Bruno Le Maire et moi-même souhaitons mettre l’accent sur l’hydrogène, une source d’énergie d’avenir. Tout à fait ! Je partage également la conviction de l’importance de la lutte contre les passoires thermiques. S’il y a des avancées à ce sujet dans le texte, nous devons également simplifier les dispositifs d’aide : c’est ce que le Gouvernement, mesdames, messieurs les députés, vous proposera dans le cadre du projet de loi de finances. Il s’agira de passer d’un crédit d’impôt, qui nécessite de faire des avances, à une prime unifiée ; il s’agira également de mieux accompagner les Français, c’est le sens de toute la démarche qui a conduit le Gouvernement à annoncer 200 millions d’euros pour soutenir le service public de la rénovation énergétique. Certes, tout n’est pas dans ce texte et la mobilisation des territoires est un levier majeur pour accélérer la rénovation thermique des logements. Emmanuelle Wargon et Julien Denormandie s’y emploieront dans les prochaines semaines afin que soit définie, dans chaque région, une mobilisation à tous les niveaux, pour mieux accompagner les Français dans la rénovation thermique des logements, un enjeu essentiel.
Je me tourne maintenant vers certains bancs de la gauche de l’hémicycle, pour regretter qu’y soient faites des présentations caricaturales de nos politiques, qui font semblant d’ignorer toutes les mesures concrètes et toutes les dispositions législatives proposées par le Gouvernement depuis le début du quinquennat. Il serait préférable de nous retrouver sur l’objectif de relever le défi de l’urgence écologique et climatique.
(Exclamations sur les bancs du groupe FI.) Je pense ainsi au plan climat, qui a posé l’objectif de neutralité carbone. Mais vous ne le mettez pas en place ! Le Gouvernement ne se contente pas de l’inscrire dans la loi : il le défend au niveau européen, et vingt-quatre pays ont déjà rallié l’objectif de la neutralité carbone en 2050. Mettez-le en place, alors ! Je souligne qu’il a encore été défendu par le Président de la République lors du dernier G7, ce qui a conduit d’autres États, notamment l’Inde et le Chili, à s’y rallier. Et puis, vous semblez l’oublier, nous avons agi dès le début du quinquennat à travers la loi sur les hydrocarbures. J’ajoute que vous allez rependre vos travaux dans quelques minutes en continuant l’examen du projet de loi d’orientation des mobilités, lequel prévoit aussi d’accompagner nos concitoyens vers une mobilité plus facile et plus propre, ce qui est essentiel. Est-ce que vous croyez à ce que vous dites ? Et vous aurez à débattre, cet automne, d’un projet de loi de lutte contre le gaspillage.
Il est vrai que nous ne sommes pas d’accord sur la vision que vous proposez : pour vous, l’État et la loi devraient tout faire. Je respecte votre position mais, quant à moi, je suis convaincue que l’État ou la loi ne doivent pas tout faire, tout seuls. Il faut, au contraire, considérer la mobilisation des citoyens, des partenaires sociaux et des collectivités comme une force, afin de réussir tous ensemble cette transition écologique et solidaire.
(Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM et MODEM. – M. Olivier Becht applaudit également.)
J’appelle maintenant le texte de la commission mixte paritaire.
Conformément à l’article 113, alinéa 3, du règlement, je vais d’abord appeler l’Assemblée à statuer sur les amendements dont je suis saisi.
Les amendements, nos 2, 1, 4, 6, 5 rectifié et 3 peuvent faire l’objet d’une présentation groupée.
La parole est à Mme la ministre, pour les soutenir.
Les six amendements proposés par le Gouvernement ne portent que sur des mises en cohérence et sur des précisions rédactionnelles.
Ils ont fait l’objet d’un travail conjoint avec les deux rapporteurs, à l’Assemblée nationale et au Sénat, et ont recueilli leur accord.
L’amendement no 2, notamment, vise à remplacer les mots « secret industriel et commercial » par les mots « secret des affaires ». Les autres amendements sont également rédactionnels.
(Les amendements nos 2, 1, 4, 6, 5 rectifié et 3, acceptés par la commission, successivement mis aux voix, sont adoptés.)
Je mets aux voix l’ensemble du projet de loi, compte tenu du texte de la commission mixte paritaire, modifié par les amendements adoptés par l’Assemblée.
(Il est procédé au scrutin.) Voici le résultat du scrutin :
        Nombre de votants                        128
        Nombre de suffrages exprimés                111
        Majorité absolue                        56
                Pour l’adoption                95
                Contre                16
(L’ensemble du projet de loi est adopté.)
(Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM et MODEM.) La séance est suspendue.
(La séance, suspendue à seize heures trente, est reprise à seize heures quarante.) La séance est reprise.
L’ordre du jour appelle la suite de la discussion, en nouvelle lecture, du projet de loi d’orientation des mobilités (nos 2135, 2206).
Hier soir, l’Assemblée a poursuivi la discussion des articles du projet de loi, s’arrêtant à l’amendement no 521 à l’article 5.
La parole est à Mme Marie-Noëlle Battistel, pour soutenir l’amendement no 521. Il vise à assurer que les schémas régionaux d’aménagement, de développement durable et d’égalité des territoires – SRADDET –, au-delà des objectifs en matière d’intermodalité et de développement des transports, ainsi que des objectifs en matière de logistique introduits par l’article 5, fixent également des objectifs de rééquilibrage modal en faveur des modes de transport moins émetteurs de gaz à effet de serre – qu’il s’agisse du mode ferroviaire, du mode fluvial, des transports en commun à faibles émissions ou des modes actifs comme le vélo ou la marche.
Ces orientations seraient en complète cohérence avec la programmation financière et opérationnelle des investissements de l’État dans les transports définis par le projet de loi.
La parole est à M. Bruno Millienne, rapporteur de la commission du développement durable et de l’aménagement du territoire, pour donner l’avis de la commission. Avis défavorable. La parole est à M. le secrétaire d’État chargé des transports, pour donner l’avis du Gouvernement. Même avis. La parole est à Mme Marie-Noëlle Battistel. Ces réponses me semblent un peu courtes. Pouvez-vous nous apporter des précisions sur ces avis défavorables ? La parole est à M. le rapporteur. Comme nous l’avons déjà indiqué hier, ainsi qu’en première lecture, nous ne sommes pas favorables à l’alourdissement des SRADDET. Pour cette raison, nous émettons un avis défavorable.
(L’amendement no 521 n’est pas adopté.) Je suis saisi de deux amendements identiques, nos 409 et 685.
La parole est à M. Michel Castellani, pour soutenir l’amendement no 409.
Cet amendement vise à prendre en compte les enjeux logistiques dans la planification urbaine. À cette fin, il les mentionne dans les plans locaux d’urbanisme – PLU –, dans les schémas de cohérence territoriale – SCOT –, ainsi que dans les plans et documents établis par la métropole du Grand Paris. La parole est à Mme Valérie Lacroute, pour soutenir l’amendement no 685. Les activités logistiques doivent être réellement prises en compte dans les outils de planification d’urbanisme. Les plateformes se développant partout en France, et tout particulièrement en Île-de-France, il me semble important de les intégrer aux outils de planification, dans l’intérêt de l’aménagement du territoire, afin de fluidifier les circulations et de répondre aux enjeux environnementaux liés au développement de la logistique. Quel est l’avis de la commission ? Nous avons déjà discuté de cette question. Vous n’ignorez pas que le Sénat a adopté plusieurs dispositions qui, intégrées à l’article 5, donnent une dimension logistique aux principaux documents d’urbanisme. Cette préoccupation me semble donc suffisamment présente dans le texte. En outre, ce que vous préconisez est déjà possible en vertu du droit en vigueur.
Ces amendements sont donc satisfaits. Avis défavorable.
Quel est l’avis du Gouvernement ? En effet, cette disposition existe déjà dans le code général des collectivités territoriales, dont l’article L. 5219-1 prévoit notamment que la métropole du Grand Paris est compétente pour créer des zones tertiaires, pouvant inclure la logistique.
Je demande donc le retrait des amendements. À défaut, j’émettrais un avis défavorable.
(Les amendements identiques nos 409 et 685 ne sont pas adoptés.) Je suis saisi de deux amendements identiques, nos 458 et 687.
La parole est à M. Michel Castellani, pour soutenir l’amendement no 458.
Toujours dans le domaine de la logistique, nous proposons d’introduire dans le code de l’urbanisme un article L. 111-19-1 ainsi rédigé : « Nonobstant toute disposition contraire au plan local d’urbanisme, pour toute opération supérieure à 5 000 mètres carrés, les espaces de livraisons et expéditions, dont le dimensionnement tient compte des besoins logistiques du bâtiment, sont intégrés à l’emprise foncière objet de la demande d’autorisation de construire ».
Cet amendement vise évidemment à inciter les porteurs de projets immobiliers à prévoir, lors de l’élaboration d’opérations supérieures à 5 000 mètres carrés, la mise en place d’espaces dédiés à la logistique.
L’amendement no 687 de Mme Valérie Lacroute est défendu.
Quel est l’avis de la commission ?
Ces amendements identiques visent à introduire une nouvelle obligation. Or il est d’ores et déjà possible d’appliquer les dispositions proposées. Les imposer de façon uniforme sur tout le territoire n’est pas justifié. Demande de retrait ou avis défavorable. Quel est l’avis du Gouvernement ? Je souscris aux propos de M. le rapporteur. L’alinéa 97 du présent article répond à l’objectif d’aménagement visé par les amendements.
En outre, les dispositions proposées soulèvent plusieurs difficultés. Leur adoption introduirait dans l’établissement des plans locaux d’urbanisme des dérogations supplémentaires, qui pourraient être préjudiciables à la définition, par les élus locaux, d’un projet de territoire pertinent. Par ailleurs, elle pourrait nuire à la maîtrise des surfaces imperméabilisées, au regard des éventuelles difficultés d’accueil des véhicules de livraison à l’intérieur des bâtiments concernés. Avis défavorable.
(Les amendements identiques nos 458 et 687 ne sont pas adoptés.) Je suis saisi de deux amendements identiques, nos 505 et 688.
La parole est à M. Michel Castellani, pour soutenir l’amendement no 505.
Il vise à intégrer systématiquement la mention des équipements logistiques dans la rédaction des plans locaux d’urbanisme, afin d’assurer la prise en compte automatique des enjeux logistiques. La parole est à Mme Valérie Lacroute, pour soutenir l’amendement no 688. Je compléterai les propos de notre collègue en insistant sur le caractère systématique d’une telle prise en compte.
M. le rapporteur a argué qu’il est d’ores et déjà possible d’appliquer les dispositions proposées. Les rendre systématiques incitera et engagera – le mot « obligatoire » vous gêne, monsieur le rapporteur – les collectivités territoriales à prendre en compte les enjeux logistiques, qui me semblent essentiels en matière d’aménagement du territoire, notamment dans les collectivités territoriales et les communautés de communes, ainsi qu’au sein des régions. Les rendre systématiques obligera les collectivités territoriales à aborder ce sujet et à ouvrir le dialogue sur ces enjeux.
(Les amendements identiques nos 505 et 688, repoussés par la commission et le Gouvernement, ne sont pas adoptés.) L’amendement no 416 de M. Bruno Millienne est un amendement de coordination.
(L’amendement no 416, accepté par le Gouvernement, est adopté.) La parole est à M. Stéphane Demilly, pour soutenir l’amendement no 578. En l’absence d’un plan de mobilité, le présent article prévoit que « le diagnostic intégré au rapport de présentation du plan local d’urbanisme analyse les flux de circulation prévisibles appelés à franchir les passages à niveau ».
Le présent amendement vise à préciser ce diagnostic, en prévoyant qu’il détaille les conditions de sécurité du franchissement des passages à niveau. Il me semble vraiment très important de procéder à un tel ajout. On dénombre encore trop d’accidents sur les passages à niveau. Sans vouloir être morbide, je rappelle que seize décès y sont à déplorer en 2018.
Quel est l’avis de la commission ? Monsieur Demilly, il me semble que la préoccupation que vous exprimez par le biais de cet amendement est d’ores et déjà satisfaite, par la rédaction de l’alinéa 110, d’une part, et par l’article 33  quater du présent projet de loi, d’autre part. Demande de retrait ou avis défavorable. Quel est l’avis du Gouvernement ? Après la remise du rapport de Mme Laurence Gayte, Mme Élisabeth Borne a présenté le 3 mai dernier un plan d’action visant à améliorer la sécurisation des passages à niveau, prévoyant notamment de rendre obligatoire un état des lieux, sous forme de diagnostic.
Tel est l’objet de l’article 33 
quater du présent texte. Votre amendement risque donc de faire double emploi, monsieur Demilly. Bien entendu, nous sommes tout à fait en accord avec le diagnostic politique que vous dressez. Je suggère le retrait de l’amendement. Maintenez-vous l’amendement, monsieur Demilly ? Je le retire, monsieur le président.
(L’amendement no 578 est retiré.)
(L’article 5, amendé, est adopté.)
La parole est à M. Michel Castellani, pour soutenir l’amendement no 442. Par le biais de cet amendement, nous essayons d’amener les jeunes citoyens à s’impliquer en matière de mobilité solidaire. Nous cherchons à encourager les initiatives des élèves et des parents d’élèves visant à établir un lien social de proximité.
Ainsi, ils seront incités à accompagner ponctuellement des personnes en situation de vulnérabilité économique ou sociale. Nous essayons de renforcer la construction du sens civique des élèves.
Quel est l’avis de la commission ? Monsieur Castellani, je souscris sans réserve à votre préoccupation. Toutefois, les dispositions que vous proposez me semblent relever du domaine réglementaire et non du domaine de la loi. Demande de retrait ou avis défavorable. Quel est l’avis du Gouvernement ? Même avis. Maintenez-vous l’amendement, monsieur Castellani ? Je me rends à l’argument de M. le rapporteur et retire l’amendement.
(L’amendement no 442 est retiré.) Je suis saisi de trois amendements identiques, nos 77, 203 et 689.
La parole est à Mme Valérie Beauvais, pour soutenir l’amendement no 77.
Cet amendement a pour objet de favoriser les tarifs sociaux ou solidaires plutôt que des mesures générales de gratuité, laquelle, en matière de transports, est une fausse bonne idée.
En effet, compte tenu du coût réel des transports, le prix du titre de transport ne suffit pas à couvrir l’intégralité du service rendu, dont une part importante – comprise entre 40 % et 60 % selon les modes de transport – demeure à la charge de l’autorité organisatrice de transports.
La gratuité n’existe pas, nous le savons tous : ce sont les contribuables qui participent au financement. Dans le territoire où je suis élue, le financement des transports publics se décompose comme suit : 40 millions d’euros proviennent du versement transport des employeurs, 15 millions proviennent des titres de transport payés par les usagers et 20 millions demeurent à la charge de la collectivité. Avec la gratuité, il manquerait 15 millions d’euros pour le financement des transports publics de la communauté urbaine du Grand Reims.
À l’heure de la réduction des dotations de l’État et de la suppression de la taxe d’habitation, les collectivités territoriales devront faire des choix. Autrement dit, généraliser la gratuité des transports publics fait peser une charge financière supplémentaire sur les autorités organisatrices de la mobilité – AOM –, ce qui réduit leur autonomie financière, pour un résultat incertain. Leurs investissements en pâtiront.
En outre, sur certaines lignes, comment pourra-t-on gérer les flux de voyageurs, alors même que le trafic est d’ores et déjà saturé ? La gratuité en matière de transports publics est donc une fausse route pour l’usager et une impasse financière pour les collectivités territoriales.
C’est pourquoi il est préférable de prévoir, dans le texte, que les autorités organisatrices de la mobilité privilégient les tarifs sociaux ou solidaires, comme je l’ai suggéré à plusieurs reprises en commission.
La parole est à M. Jean-Yves Bony, pour soutenir l’amendement no 203. Identique au précédent, il tend à favoriser les tarifs sociaux ou solidaires plutôt que des mesures générales de gratuité. Très bien !