XVe législature
2e session extraordinaire de 2019-2020

Séance du mardi 22 septembre 2020

La parole est à Mme Émilie Cariou. Monsieur le garde des sceaux, ministre de la justice, le parquet national financier – PNF – a été créé à l’issue d’une grave crise politico-financière en 2013, afin de répondre à la nécessité d’améliorer la réponse pénale face à la délinquance financière. Le PNF et l’indépendance de ses membres constituent une réponse au sentiment d’impunité ressenti par les Français face aux manquements à la probité, aux conflits d’intérêts et aux violations les plus graves des règles économiques dans notre pays.
Ce parquet spécialisé a rapidement déployé ses moyens, et établi sa réputation à l’échelon international. Avec tous les services chargés de la lutte contre la fraude, dont la brigade nationale de répression de la délinquance fiscale – BNRDF –, il fait partie d’un édifice dont je salue ici le travail.
En octobre 2018, lors de l’adoption de la loi relative à la lutte contre la fraude, votre majorité au sein de cette assemblée a amplifié sa mission. Nous avons alors renforcé les pouvoirs des parquets, dont le PNF, avec l’ouverture du verrou de Bercy et de nouveaux outils juridiques donnés aux juridictions financières, telles que la convention judiciaire d’intérêt public – CJIP – et la comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité – CRPC. Ces apports ont encore été salués la semaine dernière en commission des finances, à l’occasion de la présentation d’un rapport que j’ai rendu avec Éric Diard, député du groupe Les Républicains.
Un excellent député ! Aller plus vite et plus fort tout en replaçant l’indépendance des pouvoirs au cœur du dispositif, c’est ce qui constitue l’armature de ce parquet devenu un navire amiral de notre action publique contre la délinquance financière.
Monsieur le garde des sceaux, votre prédécesseure a diligenté une inspection du PNF. Le rapport de l’inspection générale de la justice – IGJ – fait état d’un bon bilan technique et de l’absence de manquements formels. Or vous avez annoncé, vendredi dernier, le lancement d’une enquête administrative portant sur deux membres actuels du PNF et sur Mme Éliane Houlette, ancienne procureure nationale du parquet national financier, aujourd’hui retraitée.
Quelle réponse faites-vous au Conseil supérieur de la magistrature – CSM – qui, exceptionnellement, a exprimé sa préoccupation quant aux enquêtes administratives supplémentaires que vous avez annoncées et à la garantie de l’indépendance de l’autorité judiciaire ?
(Applaudissements sur les bancs du groupe EDS et sur quelques bancs du groupe LR.) Il n’y a personne sur les bancs d’En marche ! Mes chers collègues, je vous demande de gagner vos places en silence, afin que chacun puisse entendre les questions et les réponses, mais aussi, à l’avenir, d’arriver à l’heure ! (Applaudissements sur de nombreux bancs.) C’est la majorité qui est en retard ! La parole est à M. le garde des sceaux, ministre de la justice. Je vous remercie, madame, de me poser cette question ( Exclamations sur les bancs du groupe LR) que plusieurs journalistes ont déjà posée, et à laquelle j’entends apporter la réponse la plus complète devant la représentation nationale. (« En deux minutes ? » sur les bancs du groupe LR.) Très bien ! En deux minutes, ça risque d’être difficile ! Je vais le faire sous la forme d’un rappel chronologique, car la chronologie n’est pas sujette à la subjectivité. Premièrement c’est Mme Nicole Belloubet qui a ordonné l’inspection des services, se disant choquée par ce qui s’était passé – je rappelle que, durant une enquête secrète qui a duré six ans, on a fouillé dans les fadettes de magistrats, d’avocats et d’une journaliste. C’est normal ! Les syndicats de magistrats ont alors poussé des cris d’orfraie, et ont tenté de faire dire au Conseil d’État que cette inspection était illégale. Le Conseil d’État ayant répondu que l’inspection était parfaitement légale, un syndicat de magistrats a estimé que le Conseil d’État avait rendu une décision tout à fait singulière, qu’il ne s’intéressait plus à la liberté et qu’il avait « abdiqué » – je cite les termes qui ont alors été employés.
Je n’ai participé ni de près ni de loin à la rédaction du rapport, mais je l’ai rendu public comme je m’y étais engagé.
Très bien ! Nos services, dont je n’ai pas tenu la plume, ont dit qu’il pouvait y avoir des dysfonctionnements tenant à la fois d’un manque de diligence, d’un manque de rigueur et d’un manque de loyauté. Qu’auriez-vous fait à ma place, madame la députée ? Il était normal que nous allions… Merci, monsieur le ministre. (Le micro du ministre de la justice est coupé quelques secondes avant d’être rétabli.) …mais que des magistrats ne veuillent pas répondre à l’inspection des services et préfèrent répondre à Paris Match, cela me chagrine !
La parole est à M. Julien Dive. La semaine dernière, le groupe japonais Bridgestone a annoncé la fermeture de son usine de pneus de Béthune dans les Hauts-de-France : 863 salariés en CDI sont menacés par cette annonce, ainsi qu’une centaine de sous-traitants – un vrai carnage social. Cette casse sociale n’est qu’un énième exemple de la désindustrialisation dangereuse de notre pays : au nom d’une logique économique plus que douteuse, certains groupes industriels n’hésitent désormais plus à s’essuyer les pieds sur les vies de milliers de salariés et de leurs familles en pensant que, du jour au lendemain, on peut prendre les aides financières reçues et partir.
Il est temps de siffler la fin de la récréation, car la crise sanitaire n’excuse pas tout. Plusieurs groupes, dont Bridgestone, comptent invoquer le contexte sanitaire pour justifier des destructions d’emplois, alors même qu’ils prévoyaient cette opération depuis plusieurs mois. C’est tout simplement inacceptable !
Le président de la région des Hauts-de-France a été le premier à réagir et à exiger des alternatives à la décision de Bridgestone. Monsieur le Premier ministre, êtes-vous sincèrement décidé à lui emboîter le pas ? Devant la menace de suppression de ces milliers d’emplois, nous devons tous nous réunir, indépendamment de nos différends politiques, pour engager un véritable bras de fer et aller plus loin que la loi Florange.
Êtes-vous prêt à aller plus loin, à interroger notre modèle de soutien économique et à exiger des gages de la part de ces groupes lorsqu’un site ferme sans autre raison que leur intérêt financier ou une délocalisation organisée ? Depuis 2008, Bridgestone a touché plus de 4,4 millions d’euros d’aides publiques. Êtes-vous prêt à nous présenter une loi plus coercitive…
Rendez l’argent ! …qui, face à de tels comportements, obligerait les entreprises à rembourser les aides telles que le CICE ?
Monsieur le Premier ministre, il est indéniable que la crise sanitaire a eu un impact pour l’économie et nos entreprises. Néanmoins, tous les acteurs publics sont là pour aider ces groupes, les accompagner et trouver des solutions. On ne peut accepter des méthodes qui mettent en péril la vie de milliers de salariés. On ne peut pas vouloir la réindustrialisation de notre pays et le maintien des emplois sans faire comprendre à ces groupes qu’en France, le diptyque « On prend l’argent et on se tire ! » ne marche pas !
(Applaudissements sur les bancs du groupe LR et sur quelques bancs du groupe FI.) Très bien ! La parole est à Mme la ministre déléguée chargée de l’industrie. Je vous remercie de souligner la rapidité avec laquelle le président de la région Hauts-de-France et l’État ont réagi à la situation que vous évoquez. Sur ce dossier, la publication d’un communiqué de presse commun témoigne du parfait alignement de la position des élus locaux et de l’État, ainsi que de notre engagement à répondre aux 863 salariés concernés, dont je salue la dignité dans ce moment difficile. L’État est déterminé à faire preuve d’un engagement plein et entier pour les accompagner et je rappelle qu’il était déjà présent l’année dernière et il y a deux ans, quand les premières discussions ont eu lieu.
Puisque vous évoquez, à juste titre, la politique industrielle qui a détruit de l’emploi entre 2008 et 2018, je veux revenir sur notre stratégie en matière industrielle. À la différence de ce qui s’est fait au cours des deux législatures précédentes, depuis trois ans, notre gouvernement a pris à bras-le-corps la question de l’industrie, afin de recréer de l’emploi industriel net sur l’ensemble des territoires.
C’est dans cette direction que nous allons continuer à travailler, comme nous l’avons déjà fait en trouvant des solutions pour les entreprises menacées telles que les papeteries de Condat, Arc International ou encore l’usine Smart de Hambach
(Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM) , mais aussi pour des entreprises qui s’installent en France –  je pense notamment à l’entreprise industrielle ACC qui, grâce au gouvernement français, va fabriquer des batteries électriques à Douvrin et ainsi créer 2 400 emplois dans le Pas-de-Calais. Répondez à la question ! Voilà la politique industrielle que nous voulons mener aux côtés de groupes qui s’engagent, qui créent de l’emploi et qui innovent ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM.)
La parole est à M. Adrien Quatennens. Monsieur le Premier ministre, Bridgestone est un scandale, et derrière l’arbre Bridgestone se cache la forêt – Auchan, Cargill, Agfa, Verralia et toutes les autres, que deux minutes ne me suffiraient pas à citer, mais que vous trouverez répertoriées sur le site internet stoplicenciement.fr. L’État s’est rendu complice de ce massacre social en gavant d’argent public, sans vision et sans contrepartie, des groupes qui n’ont que faire de l’intérêt général et ne se soucient que des profits de leurs actionnaires. (Applaudissements sur les bancs des groupes FI et GDR.)
Lorsque François Hollande a créé le CICE, que vous avez pérennisé sous la forme de baisses de cotisations, on entendait M. Gattaz, président du MEDEF, promettre partout un million d’emplois. Le bilan est désormais connu : c’est plutôt un million d’euros par emploi, le CICE ayant à peine créé une centaine de milliers d’emplois ! (Applaudissements sur les bancs des groupes FI et GDR.)
Votre plan de relance, salué à son tour par le MEDEF, ne vise rien d’autre que cela : catapulter des milliards et encore des milliards, sans cohérence, sans stratégie et sans contrepartie. Assez d’hypocrisie ! L’État va-t-il refuser l’homologation du plan de licenciement prévu par Bridgestone ? (Applaudissements sur les bancs des groupes FI et GDR.) Allez-vous enfin exiger dans la loi des contreparties ou le remboursement des aides versées à ces grandes entreprises ?
M. Macron nous a bassinés matin midi et soir
(Exclamations sur les bancs du groupe LaREM) avec « l’Europe qui protège ». Or, votre Europe qui protège, c’est en réalité l’Europe qui détruit et qui organise la compétition déloyale entre les États membres ! Votre Europe qui protège, c’est celle qui a subventionné l’installation de Bridgestone en Pologne pendant que le groupe abandonnait le site français de Béthune ! Votre Europe qui protège, c’est celle qui refuse l’harmonisation sociale pour exacerber la compétition généralisée sur les prix et ainsi détruire petit à petit ce qu’il aura fallu des décennies pour bâtir !
La France n’est pas une salle de jeux ni un casino. Combien de temps allons-nous rester les bras ballants, sans protection face à ces situations ? Monsieur le Premier ministre, la planification, on commence quand ?
(Applaudissements sur les bancs des groupes FI et GDR.) La parole est à Mme la ministre déléguée chargée de l’industrie. Monsieur le député Quaternens (Rires et protestations sur les bancs des groupes FI et GDR) C’est Quatennens, pas Quaternens ! …je vous remercie de souligner l’action du Gouvernement en faveur de l’emploi, puisque les chiffres montrent que c’est ce gouvernement qui a créé 500 000 emplois en 2017, 2018 et 2019 (Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM.) Pourquoi ? Parce que nous avons une conviction chevillée au corps, c’est que le travail est l’acte fondateur de la dignité et la meilleure arme pour lutter contre la pauvreté, et que c’est en ce sens que nous avons construit toute notre action politique.
Loin des idéologies qui enferment, qui norment et qui empêchent les créations d’emplois sur les territoires, je veux vous dire, monsieur Quaternens
(Rires et protestations sur les bancs des groupes FI et GDR) , que je vous tends la main afin que nous trouvions des solutions pour ces entreprises en difficulté.
Vous parlez de l’Europe, mais qui est allé auprès des instances européennes pour adopter des mesures de sauvegarde sur les pneus lourds ?
(Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM.) Qui est allé auprès des instances européennes pour obtenir des mesures de sauvegarde sur l’acier ? (Mêmes mouvements.) Qui a négocié auprès de l’Europe un accord permettant de disposer de la somme d’un montant historique de 750 milliards pour relancer notre économie ? (Mêmes mouvements.)
Qui se bat pour décarboner et moderniser notre industrie en lui accordant 35 milliards d’aides – qui ne sont pas sans contrepartie et s’adressent essentiellement aux PME et aux entreprises de taille intermédiaire, c’est-à-dire aux entreprises qui créent de l’emploi sur les territoires, ce qui contribue à nous aider à répondre aux problèmes d’emploi auxquels nous sommes confrontés ?
Alors s’il vous plaît, monsieur Quaternens
(« Non, toujours pas ! » et rires sur les bancs des groupes FI et GDR) , soyons pragmatiques et faisons en sorte d’aller défendre chaque emploi ensemble, avec des solutions industrielles plutôt qu’avec des grands mots ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM.)
La parole est à M. Francis Chouat. « Se retrouver expulsée de son dernier espace de quiétude, en plein procès des attentats de 2015, c’est lourd à porter, c’est très violent, mais c’est surtout un signal qui devrait nous alerter sur le désastre en cours »  : cette citation glaçante, je l’emprunte à une femme que la représentation nationale s’honorerait à saluer comme toutes les victimes de harcèlement terrorisant. Cette femme, c’est Marika Bret, directrice des ressources humaines de Charlie Hebdo . (Tous les députés se lèvent et applaudissent.)
Ce journal et ses personnels sont de nouveau la cible d’attaques ignobles d’antisémites, d’islamistes qui défigurent la religion de millions de musulmans pacifiques en estimant que la France devrait vivre sous une sorte de charia qui punirait le blasphème.
Marika Bret n’est pas critiquée, elle n’est pas insultée, elle est menacée, menacée de mort, oui, de mort, à tel point que les fonctionnaires de police chargés de sa protection depuis cinq ans lui ont donné dix minutes pour quitter son domicile.
Monsieur le ministre de l’intérieur, face à un tel déchaînement, il ne faut pas procrastiner au prétexte de ne pas fâcher, de ne pas stigmatiser, de ne pas en rajouter comme de lâches bonnes âmes nous y invitent.
(Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes LaREM,  UDI-I, MODEM, Agir ens., LR et FI)
Il faut protéger Marika Bret et vous le faites. Il faut agir et vous le faites. Mais il faut nommer le mal. Oui, je stigmatise les terroristes de la peur et leurs complices, adeptes d’un funeste relativisme de la République. Très bien ! Soyons tous debout avec Marika Bret, avec Charlie. Toujours !
La France ne vivra jamais sous le règne de la terreur islamiste.
(De nombreux députés sur les bancs du groupe LaREM et du MODEM se lèvent et applaudissent. – Quelques députés sur les bancs des groupe LR, FI et EDS applaudissent.)   La parole est à M. le ministre de l’intérieur. Je n’ai pas grand-chose à ajouter au réquisitoire que vous venez de prononcer, au nom de la protection de nos valeurs républicaines, pour saluer le courage de tous ceux qui, à Charlie Hebdo et ailleurs, montrent à ceux qui veulent sacrifier leurs libertés que la grandeur de la France, c’est évidemment de pouvoir caricaturer, de pouvoir choquer, de pouvoir imprimer, de pouvoir dessiner. L’Assemblée nationale s’honore, monsieur le député, du courage de vos propos. (Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM et MODEM et sur quelques bancs des groupes LR et SOC.)
Mme la directrice des ressources humaines de Charlie Hebdo, depuis cinq ans, sur décision de mes prédécesseurs est protégée par la République. C’est bien ce que nous lui devons. Au moment même où se tiennent les procès des actes ignobles commis sur le sol de notre République en janvier 2015, je puis vous assurer, sans entrer dans les détails, que des dizaines et des dizaines de policiers sont mobilisés pour assurer la protection des magistrats, de tous ceux qui concourent à l’établissement de la vérité, aujourd’hui gravement menacés.
Compte tenu des faits que vous évoquez, j’ai demandé que la protection de l’ensemble des personnels de
Charlie Hebdo soit consolidée. J’ai moi-même appelé le directeur de la publication pour l’assurer du soutien du Gouvernement, à la demande du Premier ministre, et des moyens de sécurité de la République. J’ai aussi demandé que nous puissions poursuivre, sans complaisance, sans « mais », sans « si », sans condition tous ceux qui font l’apologie du terrorisme, tous ceux qui justifient l’injustifiable, tous ceux qui profèrent des menaces de mort à l’encontre des journalistes, des parlementaires, les élus en général et les citoyens de la République. (Applaudissements sur tous les bancs.)
La parole est à M. David Habib. Monsieur le Premier ministre, la semaine dernière, notre collègue Alain David vous a interpellé sur l’évolution de la pandémie, l’augmentation des cas positifs et des hospitalisations. Votre réponse ? Déconcentration et territoires. Au pire, c’est de l’esquive ; au mieux, un hors-sujet. Se défausser sur le local n’est pas de mise. S’il n’y avait que ça ! Que m’a-t-on demandé ces derniers jours ? « Je suis cas contact, mais je n’ai pas été appelé par l’assurance maladie : ai-je droit à un arrêt de travail ? » ; « La classe de mon enfant ferme, je ne peux pas télétravailler : quelles solutions ? » ; « Étudiant dans un amphithéâtre bondé : comment respecter les gestes barrières ? ». Ce sont de vraies questions ! Votre communication incertaine et les délais de traitement dissuadent les Français de se faire tester et surtout de s’isoler.
L’heure est grave, monsieur le Premier ministre. Vous devez répondre aux Français. Chaque jour, il y a des milliers de cas déclarés. Vous êtes en train de perdre nos concitoyens, plus particulièrement les plus jeunes, parce qu’il y a trop de contradictions, trop d’erreurs, trop de zones d’ombre dans votre discours. Nous, socialistes, avons choisi dès le début de ne pas faire de la crise sanitaire un enjeu partisan. Il s’agit de la santé des Français. Et notre responsabilité, c’est de vous dire ce qui ne marche pas.
Faute de temps, je n’aborderai que deux points.
Le dépistage, tout d’abord : hier, le ministre de la santé a annoncé vingt-quatre heures d’attente pour les publics prioritaires. Mais quels sont les délais pour le reste des Français ? Si tous les salariés d’une petite entreprise doivent attendre leurs résultats pendant sept jours, eh bien, cette entreprise, elle coule.
La grippe saisonnière, ensuite : il sera difficile d’y faire face en même temps qu’au covid. Quelle est donc votre stratégie pour favoriser une vaccination la plus massive possible, auprès de tous les publics, quel que soit leur âge ? On nous dit que la réponse sera donnée en octobre. Non, la volonté politique, c’est d’afficher l’ambition de votre gouvernement dès aujourd’hui.
(Applaudissements sur les bancs du groupe SOC et quelques bancs du groupe GDR.) La parole est à M. le ministre des solidarités et de la santé. Merci pour ces multiples questions auxquelles, même si je peux avoir un débit de mitraillette quand il m’en prend l’envie, il me sera humainement impossible de répondre en deux minutes, vous comprendrez aisément pourquoi. Déjà dix secondes perdues ! Vous soulignez à juste titre que l’épidémie a pris de l’ampleur dans notre pays, ces dernières semaines, ce que je me suis échiné comme d’autres à rappeler aux Français, y compris pendant la période estivale, lorsque le relâchement était devenu la règle.
La stratégie du Gouvernement, monsieur Habib, n’a pas changé : des mesures différenciées, territoire par territoire, concertées localement. Lorsque des mesures ont pu être décidées et annoncées depuis Paris, on nous a fait le procès d’un centralisme parisien déconnecté des territoires.
Mais non  ! Dès lors que nous confions aux préfets le soin de consulter, en prenant quarante-huit à soixante-douze heures pour déterminer les bonnes dispositions, vous nous accusez presque de nous défausser de nos responsabilités.
Les mesures que nous prenons dépendent de la situation sanitaire propre à chaque territoire parce que la situation des Bouches-du-Rhône, en particulier de Marseille, n’est pas la même qu’au cœur de la Dordogne. Et cette différenciation, qui mieux que les préfets, que les élus des collectivités peut l’effectuer pour prendre les mesures qui s’imposent.
S’agissant des tests, je vous rappellerai qu’hier, j’étais à Mantes-la-Jolie pour inaugurer l’un des vingt barnums déployés en Île-de-France pour réaliser cinquante tests par jour de manière que les publics prioritaires, les patients symptomatiques, les cas-contact, les soignants, les personnes intervenant à domicile puissent obtenir leurs résultats plus rapidement que les autres.
Vous avez posé beaucoup de questions auxquelles je pourrais répondre factuellement. J’en prendrai une : vous parlez des salariés d’une petite entreprise devant attendre sept jours pour savoir s’ils peuvent retourner travailler. En réalité, soit la personne est cas-contact et elle doit rester chez elle et ne reprendre que si le résultat du test est négatif ; soit elle est symptomatique et elle doit rester chez elle jusqu’à ce qu’un test ait démontré le contraire ; soit rien ne l’empêche de travailler. N’ajoutons pas de la confusion en multipliant les interrogations alors que le sujet est déjà complexe à appréhender.
(Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LaREM.)
La parole est à Mme Marguerite Deprez-Audebert. Bridgestone-Béthune : on croyait ces deux noms liés à vie tant l’usine faisait partie du patrimoine de la ville, à l’instar de son beffroi. Elle fut en 1961, grâce à l’action de la jeune chambre économique, un cadeau venu du ciel américain, incarnant l’amorce de la reconversion minière. Béthune était alors au cœur du marché de l’Europe du Nord-Ouest. L’usine a fait vivre jusqu’à 1500 familles. On y travaillait de père en fils et on en était fier ! Avec le nouveau siècle, elle est passée sous bannière japonaise. C’est vers l’Est et le Sud que se sont déplacés les marchés, mais aussi la compétitivité. La Pologne et l’Italie ont bénéficié des investissements, dont l’usine de Béthune aurait eu besoin pour se restructurer et se robotiser, il y a quelques années.
En France, pendant ces décennies, nous avons maintenu, voire accru une fiscalité dissuasive, en taxant lourdement une production facilement délocalisable. Six millions d’euros de contributions en 2019 pour le site de Béthune ! Cela doit interroger notre responsabilité collective d’élus.
La rentabilité n’a donc fait que décroître. Avec un marché mondial baissier, une absence de politique industrielle européenne, une consommation s’adaptant à notre stratégie de mobilité partagée et la chute de rentabilité du groupe nippon, le couperet est tombé le 16 septembre. Bridgestone ne veut pas profiter des mesures prises par le Gouvernement pour réenchanter l’industrie, relancer l’économie et relocaliser de la production.
Avec plus de 2000 familles touchées, c’est tout un territoire qui sera lourdement touché !
Pas les patrons ! Mme Élisabeth Borne et vous-même, madame Pannier-Runacher, étiez hier à Béthune. Accompagnées des services de l’État, vous avez vu les élus mobilisés, les syndicats enclins au dialogue, les salariés dignes mais désabusés et attristés. C’est avant cinq mois qu’il faudra apporter une réponse.
Je sais que le Gouvernement ne laissera pas tomber le Béthunois, dont l’ADN est industriel et qui doit rester un « territoire d’industries ».
(Applaudissements sur les bancs du groupe MODEM.) La parole est à Mme la ministre déléguée chargée de l’industrie. Merci, madame la députée, d’avoir été présente hier… Merci aussi à Julien Dive ! …et d’avoir témoigné d’une entière disponibilité pour nous accompagner et nous aider à trouver une solution pour cette usine de Béthune que vous connaissez si bien puisque c’est votre père qui avait réussi à la faire installer dans le Béthunois alors qu’une autre région était en compétition, je tenais à le rappeler.
Je sais que vous êtes aux côtés des 863 salariés et de leurs familles qui, aujourd’hui, sont inquiets pour leur avenir. Je sais que vous ferez tout, comme les élus locaux, le président de région, les services de l’État, pour trouver une solution afin de donner un avenir à chacun des salariés et à ce site. Nous savons à quel point l’avenir du Béthunois est attaché à celui de l’industrie.
Vous le savez, nous n’avons pas traîné. Après l’annonce du projet de fermeture mercredi dernier, vendredi a été signé un accord de méthode qui a repris toutes les demandes des organisations syndicales donnant du temps à une négociation de qualité pour trouver des solutions et, lundi, s’est tenue une réunion au cours de laquelle nous avons évoqué la réouverture d’autres scénarios. Nous mandatons un cabinet pour effectuer une contre-expertise des chiffres qui nous seront donnés par la société Bridgestone. Nous analyserons les scénarios permettant de maintenir une activité sur le site mais également de prendre en compte la situation du Béthunois et des sous-traitants.
 
Nous avons cinq mois, avec Élisabeth Borne, pour nous pencher sur les compétences des salariés et leur donner de la visibilité sur leur avenir ; cinq mois pour densifier ce site industriel où, malheureusement, la production est aujourd’hui très largement inférieure à celle qu’elle a été il y a une dizaine d’années  ; cinq mois pour trouver des solutions ailleurs.
(Applaudissements sur quelques bancs du groupe MODEM.)
La parole est à Mme Virginie Duby-Muller. Monsieur le Premier ministre, en février dernier, avec mon collègue Olivier Marleix, nous avions interpellé le ministre de l’économie sur la crise de gouvernance chez Engie, dénonçant un probable plan caché du Gouvernement. Malheureusement, l’offensive hostile lancée par Veolia pour démanteler Suez montre que nous avions vu juste.
Votre gouvernement nous avait répondu, la main sur le cœur : « l’État exercera toute sa responsabilité vis-à-vis d’Engie ». Permettez-nous d’en douter.
Nous dénonçons la légèreté coupable dont vous avez fait preuve sur les dossiers industriels en acceptant la casse sociale d’un fleuron français chiffrée à 10 000 emplois supprimés, au moment même où notre pays traverse une crise économique sans précédent.
Cette légèreté coupable vous pousse également à priver les collectivités territoriales d’une saine concurrence entre deux champions français. Chacun comprend bien qu’à la place des synergies locales affichées par Veolia se fera jour une réalité beaucoup plus brutale : fermeture de sites industriels et destruction d’emplois dans les agences territoriales, comme en Haute-Savoie.
Le risque d’une telle manœuvre est évidemment de voir augmenter la facture d’eau des Français, alors même que leur pouvoir d’achat est déjà lourdement affecté. S’y ajoute le fait que la branche « eau » de Suez pourrait être reprise par le fonds Meridiam, lequel n’est pas un spécialiste de ce domaine d’activité et n’offre aucune garantie aux 9 000 salariés en cause.
Monsieur le Premier ministre, les Français ne supportent plus de faire les frais des mercatos financiers du Président de la République. Après ses échecs concernant Alstom et Alcatel, évitons un énième dépeçage industriel soutenu par Emmanuel Macron !
(Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LR.) Il faudrait finir par comprendre que ces fusions ne concernent pas des machines, mais bien des femmes, des hommes, des relations historiques entre les entreprises et les élus. Par conséquent, comme en février dernier, nous vous demandons de clarifier vos intentions et d’agir en pleine lumière plutôt que dans le secret des couloirs. (Applaudissements sur les bancs du groupe LR.) La parole est à Mme la secrétaire d’État chargée de l’économie sociale, solidaire et responsable. De quelle légèreté coupable s’agit-il ? Veolia a fait connaître son intention de racheter à Engie près de 30 % de Suez et a formulé une offre à cette fin. L’État, en tant qu’actionnaire d’Engie et dans le cadre de la gouvernance de l’entreprise, examinera cette offre, mais aussi les autres offres qui pourraient être faites dans les prochains jours, avec la plus grande impartialité et sur la base des engagements fermes que devra prendre l’acheteur, qu’il s’agisse ou non de Veolia. Le Gouvernement n’a absolument jamais dévié de cette position. Ainsi, si une autre offre était faite prochainement, nous nous donnerions le temps de l’étudier avec la plus grande rigueur. (Exclamations sur quelques bancs des groupes LR, SOC et GDR.)
Dans le cadre de ce processus, le Gouvernement veillera particulièrement à ce que l’offre retenue respecte un certain nombre de critères. (Mêmes mouvements.) Le premier de ces critères sera la pérennité de l’emploi. Vous l’avez dit, madame Duby-Muller, nous traversons une crise économique sans précédent. Faut-il rappeler que les salariés de Suez, notamment les 30 000 personnes employées en France, ont été en première ligne au plus fort de l’épidémie de coronavirus, que ce soit en matière de traitement des déchets ou de gestion de l’accès à l’eau ? Suez est incontestablement l’un de nos fleurons industriels, fort de compétences de pointe ; nous souhaitons le préserver, et lui préserver un ancrage territorial fort. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LaREM.)
Le deuxième critère sera la logique industrielle : nous nous assurerons notamment que les acteurs susceptibles de reprendre les activités de Suez en France sont à la fois crédibles, robustes et engagés à long terme. Il n’est pas question que cette opération prélude à la perte de notre souveraineté dans des secteurs stratégiques. Nous verrons dans cinq ans ! Merci, madame la secrétaire d’État. Madame Duby-Muller, je vous garantis l’impartialité, la neutralité et l’efficacité de l’État dans ce dossier sensible. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LaREM.)
La parole est à M. Vincent Ledoux, et à lui seul. Un peu moins de bruit, s’il vous plaît ! Ben voyons ! Ma question s’adresse à M. le ministre délégué chargé des comptes publics. Vous connaissez le conte de Charles Perrault « La Barbe bleue » : « Anne, ma sœur Anne, ne vois-tu rien venir ? » Le groupe Agir ensemble est désespéré de ne voir rien venir concernant deux sujets.
Le premier est celui de l’aide promise à la filière de la pomme de terre, frappée de plein fouet par la crise du coronavirus : 200 000 tonnes ont été redirigées vers une consommation non alimentaire et valorisées, mais les acteurs doivent encore transformer leur outil de production en vue d’un label environnemental.
Le deuxième est celui de l’amendement au projet de loi de finances pour 2020 proposé par M. Darmanin, et dotant de 10 millions d’euros un fonds sécheresse destiné à indemniser, dans toute la France, les victimes du retrait-gonflement des argiles, notamment celles qui n’avaient pu bénéficier d’une reconnaissance de l’état de catastrophe naturelle.
Il s’agit là d’un dossier important. Depuis un an, des sinistrés subissent la double peine de devoir louer une habitation sans être indemnisés. D’autres – je pense aux Dunkerquois – n’ont même pas eu cette chance relative : ils vivent dans des caravanes.
(M. Christian Hutin applaudit.) Cette situation est indigne ; pour être crédible, la parole de l’État doit se traduire concrètement, sur le terrain. Ma question est donc assez simple : quid des 10 millions prévus pour le fonds sécheresse et des 10 millions qui devraient être alloués à la filière de la pomme de terre ? (Applaudissements sur quelques bancs des groupes Agir ens et LT.)   La parole est à M. le ministre délégué chargé des comptes publics. Vous avez en fait posé deux questions, ce qui appelle deux réponses. Concernant la filière de la pomme de terre, nous travaillons en relation avec le ministre de l’agriculture, M. Julien Denormandie. Caler nos mesures sur les règles communautaires, entre autres, prend un peu de temps ; mais vous devriez très rapidement « voir venir » des solutions, pour reprendre votre expression.
Concernant le décret relatif à la sécheresse et à la réhydratation des argiles observée en 2018, vous avez rappelé à juste titre que cette catastrophe naturelle n’avait pu être reconnue comme telle et que des propriétaires s’étaient retrouvés dans une situation extrêmement précaire, leur logement étant atteint dans sa structure, voire inhabitable.
L’Assemblée nationale a adopté l’amendement du Gouvernement, présenté par Gérald Darmanin, dotant de 10 millions un fonds destiné à leur indemnisation. Ce fonds est sanctuarisé. La ministre déléguée chargée du logement, Mme Emmanuelle Wargon, et moi-même travaillons à la rédaction du décret, lequel, comme vous l’avez souhaité, doit tenir compte du niveau de revenu, du fait que l’habitation constitue une résidence principale, et de l’articulation de ces aides avec celles qui existent déjà. Il sera publié avant le début de l’examen du projet de loi de finances pour 2021, c’est-à-dire avant la mi-octobre. J’ajoute que Mmes Barbara Pompili et Emmanuelle Wargon ont signé en juillet dernier…
Pour faire quoi ? …un arrêté visant à garantir des études préventives sur les terrains où existent des aléas argileux définis,… Ce n’est pas la question ! …de manière à éviter que cette situation ne se reproduise. Les territoires sinistrés recevront les 10 millions que vous avez votés. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LaREM.) Ce n’est pas assez, 10 millions !
La parole est à Mme Josette Manin. Monsieur le ministre des outre-mer, la Martinique est secouée depuis plusieurs mois par des manifestations et des actes de violence qui renvoient aux blessures mal cicatrisées de notre histoire commune : l’esclavage et la colonisation. Pour beaucoup de ces manifestants, l’État perpétue vis-à-vis des Antilles françaises une forme de violence symbolique et structurelle. Toutefois, la Martinique fait partie intégrante de la République et elle entend le rester.
Mais en dehors des questions historiques, c’est le dossier de la chlordécone qui concentre les revendications de la population. Une commission d’enquête parlementaire a établi les raisons et les responsabilités en matière d’utilisation de ce poison, et formulé quarante-deux propositions en vue de la réparation des préjudices économiques, sanitaires et agricoles.
(Applaudissements sur quelques bancs du groupe SOC.) Nous attendons toujours leur concrétisation, malgré les promesses faites le 27 septembre 2018 par le Président de la République.
Bien évidemment, le plan de relance promeut un accompagnement pour la transformation agricole et l’objectif de souveraineté alimentaire d’ici à 2030. En attendant le territoire se meurt. Les cancers se multiplient ; les agriculteurs qui ont manipulé ce poison pendant les longues années où il était toléré agonisent lentement ; nos bébés naissent avec des malformations. Il est urgent, il est vital que la loi cadre soit appliquée, afin qu’aucun doute ne subsiste concernant les intentions de l’État.
Monsieur le ministre, que comptez-vous faire pour que l’État tienne ses engagements envers les territoires de la Guadeloupe et de la Martinique ?
(Applaudissements sur les bancs des groupes SOC et GDR. – Mme Maud Petit applaudit également.) La parole est à M. le ministre des outre-mer. L’utilisation de la chlordécone a été un scandale, comme le déclarait le Président de la République il y a deux ans. Durant les quinquennats respectifs de Nicolas Sarkozy et de François Hollande, de bonnes décisions ont permis de faire avancer ce dossier. Aujourd’hui, il faut accélérer, et vous avez raison de le rappeler.
Je tiens également à saluer les membres de la commission d’enquête parlementaire. Serge Letchimy, Justine Benin
(Applaudissements sur quelques bancs du groupe MODEM) , ont accompli un travail sans précédent afin d’établir la vérité et d’élaborer des préconisations que nous ne tarderons pas à appliquer.
Les délais du quatrième plan chlordécone seront tenus dès la fin de l’année. La commission d’enquête avait recommandé la nomination d’un directeur de projet afin de suivre ce dossier aux échelons local et national : ce sera fait. Nous débloquerons 2 millions d’euros en vue de tester les publics prioritaires, notamment les femmes qui souhaiteraient procréer et les exploitants des jardins familiaux ou JAFA. Nous devrions également progresser plus vite s’agissant de la reconnaissance des maladies professionnelles, au sujet de laquelle je serai amené à vous réunir.
Je vous remercie pour la gravité de votre question : c’est là le ton qui convient à ce dossier. Il doit nous rassembler, nous conduire à élaborer des décisions, des mesures aussi précises que possible. Comme vous, je regrette que, dans votre territoire, il fasse malheureusement parfois l’objet d’une récupération, d’un recel politicien. Aux Antilles comme ailleurs, nous devons trouver des solutions pour nos concitoyens, et certainement pas des problèmes nouveaux.
(Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LaREM.)    
La parole est à M. Rodrigue Kokouendo. Ma question s’adresse à M. le ministre de l’Europe et des affaires étrangères.
Cela fait plusieurs semaines, quarante jours exactement, que Nasrin Sotoudeh a entamé une grève de la faim. Cette avocate iranienne est détenue depuis 2018 pour avoir défendu, entre autres, des femmes ayant retiré leur voile en public afin de protester contre l’obligation qui leur est faite de le porter.
Hier, nous apprenions que cette militante est entre la vie et la mort. Elle refuse de renoncer à ce qui lui tient à cœur : faire respecter les droits humains. La crise du coronavirus a renforcé sa détermination, mais aussi les disparités entre détenus. Comment cette femme, lauréate du prix Sakharov, décerné à celles et ceux qui luttent chaque jour contre l’oppression, l’injustice et l’intolérance, pouvait-elle renoncer à défendre ses propres droits ? Elle s’exprime aujourd’hui en se laissant mourir de faim, espérant sans doute que ses actes auront plus d’effet que ses dires.
(Applaudissements sur de nombreux bancs.) Faut-il en arriver là pour faire reconnaître son droit à un procès équitable ? Est-ce là le prix à payer pour avoir osé défendre une parole libre ?
Il s’agit de savoir ce que nous pouvons faire pour sauver Nasrin Sotoudeh, mais aussi Fariba Adelkhah, directrice de recherche au CERI, le Centre de recherches internationales de la Fondation nationale des sciences politiques, toujours détenue en Iran, à Evin.
(Mêmes mouvements.) La place de cette figure emblématique, indépendante, militante, courageuse, n’est pas dans un service de soins intensifs (Mêmes mouvements) , ni derrière les barreaux à la suite d’une incarcération injustifiée. Sa place est auprès de celles et ceux qui luttent contre les discriminations, pour leur émancipation.
La France est choquée et profondément attristée par cette nouvelle. Nous, parlementaires, avons dénoncé à plusieurs reprises cette situation que nous qualifions d’inacceptable. Notre respect pour le peuple iranien est immense, de même que notre admiration pour la civilisation perse. Le gouvernement iranien n’aurait que des avantages à adresser un message bienveillant à son peuple, à la France, à l’Europe et au monde.
Monsieur le ministre, Nasrin Sotoudeh est l’une des voix les plus puissantes de l’opposition iranienne. Rester en retrait, ne pas agir, ne ferait que fragiliser la relation que nous entretenons avec l’Iran.
Merci, cher collègue. Quelles sont les actions entreprises pour libérer Nasrin Sotoudeh et Fariba Adelkhah ? (Mmes et MM. les députés se lèvent et applaudissent.) La parole est à M. le ministre de l’Europe et des affaires étrangères. Merci, monsieur Kokouendo, de faire applaudir Nasrin Sotoudeh dans cette enceinte ; merci, mesdames et messieurs les députés, d’être solidaires de cette mobilisation.
Nous sommes en effet très inquiets de l’état de santé de Nasrin Sotoudeh, condamnée à trente-huit ans de prison pour avoir fait son métier d’avocate dans les conditions qui viennent d’être expliquées, et désormais hospitalisée en soins intensifs après quarante jours de grève de la faim. Nous lui avons attribué le prix franco-allemand des droits de l’homme et de l’État de droit ; dans le cadre de la présidence française du G7, nous l’avons nommée au Conseil consultatif pour l’égalité entre les femmes et les hommes. Le Président de la République, comme moi à mon niveau, lors de chaque entretien avec les autorités iraniennes, rappelle notre volonté de la voir libérée.  
Très bien ! Je vous remercie également d’avoir cité Fariba Adelkhah, notre compatriote  franco-iranienne, condamnée à six ans de prison et détenue depuis plus d’un an en Iran, dont la condamnation, qui n’est fondée sur aucun élément sérieux, est purement politique et arbitraire. Il nous faut aussi nous mobiliser pour elle et, globalement, face à l’aggravation des violations des droits de l’homme en Iran, en particulier à la suite des manifestations de novembre 2019. Il faut le faire systématiquement au niveau diplomatique : dans chacune des enceintes où nous sommes amenés à parler, nous évoquons ces cas qui concernent l’Iran, comme nous le ferons dans les prochains jours dans le cadre de l’assemblée générale des Nations unies, qui se tiendra sous forme virtuelle. Les parlements aussi doivent se mobiliser, comme vous le faites aujourd’hui. (Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM et MODEM.)
La parole est à M. Fabien Roussel. Monsieur le Premier ministre, le Japonais Bridgestone fermerait son site de Béthune et laisserait 863 salariés sur le carreau, avec l’angoisse du chômage, des prêts pour la maison et des études des enfants. Au total, avec les sous-traitants, ce sont 3 000 familles qui sont concernées. La direction européenne de Bridgestone a expliqué hier que cette décision était due à la surcapacité de sa production en Europe, de l’ordre de cinq millions de pneus par an. Or, c’est le groupe lui-même qui a organisé cette surcapacité en investissant massivement dans ses usines de Pologne et de Hongrie. En 2012, avec une aide de 24 millions d’euros de l’Union européenne, Bridgestone a agrandi son site de Poznan et produit deux millions de pneus supplémentaires par an puis, en 2017, a triplé sa production en Hongrie. Ce sont eux qui organisent au sein de leur propre groupe une concurrence déloyale entre les salariés, avec la bénédiction de l’Union européenne, pour dire finalement que l’usine de Béthune est de trop !
Comment la France peut-elle parler de souveraineté et  de relocalisation tout en acceptant une telle décision ? C’est un scandale industriel et social, mais aussi écologique, car les pneus Bridgestone viendront désormais par camion de toute l’Europe. Il est temps de montrer que notre pays n’accepte plus ces choix purement financiers. Va-t-on enfin dire ici que les actionnaires, quels qu’ils soient, ne sont pas tout-puissants et qu’une nation sait protéger ses citoyens ?
Monsieur le Premier ministre, les députés communistes vous demandent de faire pression sur le groupe japonais en demandant le remboursement des aides publiques de l’Union européenne. Faites pression sur le gouvernement japonais. Menacez les produits que le Japon exporte vers la France. Faites respecter notre pays, notre industrie et nos salariés. Obtenez que le site de Béthune ne ferme pas.
(Applaudissements sur les bancs des groupes GDR et SOC, ainsi que sur quelques bancs du groupe LR.) La parole est à Mme la ministre déléguée chargée de l’industrie. J’accuse comme vous le choc de cette annonce et je partage avec vous la conviction que nous devons accompagner ces 863 salariés, ces 863 familles et l’ensemble des familles des sous-traitants qu’elle concerne, mais je ne crois pas à la fatalité. Je ne crois pas qu’il faille baisser les bras et haranguer ici et là au lieu de chercher des solutions, comme nous le faisons. (Protestations sur les bancs du groupe GDR.) On verra le résultat dans deux ans ! Je rappelle tout d’abord que, sur le marché du pneu, le premier élément de concurrence qui explique cette situation de surcapacité tient, et j’en suis désolée, aux exportations asiatiques, qui ont pris vingt points de parts de marché en vingt ans. Il faut donc nous interroger sur la compétitivité de l’Europe face à ces exportations. Je rappelle également que c’est avec ce gouvernement, durant la présente législature, que nous avons pris les premières mesures de protection… Nous ? …concernant les véhicules lourds, et que nous examinons un règlement permettant de distinguer les pneus de qualité de ceux qui sont de moindre qualité : nous verrons si cela permet de privilégier les productions de qualité françaises ou européennes.
Quand on parle de l’Europe, il ne faut pas aller trop vite en besogne, car l’Europe, ce sont 750 milliards d’euros au service de la relance de l’ensemble de l’économie. C’est une solidarité telle qu’on n’en a jamais vu depuis des années. C’est…
Une concurrence déloyale ! …une construction qui permet aussi à l’ensemble des pays d’être interdépendants et de se reconstruire. Oui : la Pologne et la Hongrie ! Et ce sont nos usines qui ferment en France.
La parole est à M. Guy Teissier. Monsieur le Premier ministre, la France, qui a subi de plein fouet la crise économique découlant de la pandémie du covid-19, s’est dotée d’un plan de relance pour sauver son économie, et je ne peux que saluer certaines des mesures de ce plan, mais je m’étonne de l’absence de certains secteurs stratégiques, comme celui de la défense. Cette filière industrielle d’excellence regroupe 4 000 entreprises travaillant à la fois pour la défense et pour le civil, soit 200 000 salariés. Or, seul le spatial militaire bénéficiera de votre plan de relance, à hauteur d’environ 50 millions d’euros, ce qui est une goutte d’eau parmi les 100 milliards annoncés ! Le résultat est que les industriels du secteur devront se contenter des promesses budgétaires de l’actuelle loi de programmation militaire, bien insuffisantes au regard de la crise qu’ils traversent. L’annonce de la commande de dix-huit Rafale par la Grèce pourrait laisser croire que la situation est moins critique que dans d’autres secteurs, mais c’est faux et il ne s’agit là que d’une résilience apparente.
Dans son point de presse du 3 septembre dernier, le chef de la « task force » de sauvetage de la BITD, la base industrielle et technologique de défense, a déclaré : « Si les commandes militaires ont continué pendant le confinement, l’activité civile des fournisseurs a chuté, mettant à mal leur état de santé global ». On a également appris que quatre-vingt-douze entreprises de la défense, dont 80 % de PME se sont déjà trouvées dans une situation critique en raison de la crise liée au covid-19. Malgré le soutien du ministère des armées, leur situation n’en reste pas moins fragile.
Cette omission constitue une erreur à double titre. D’une part, elle fragilise notre capacité opérationnelle, ce qui équivaut à baisser notre garde dans un contexte géopolitique qui se détériore. D’autre part, elle est dommageable sur le plan économique, puisque l’industrie de défense est l’un des secteurs industriels français pour lequel l’effet d’entraînement d’un plan de relance serait le plus efficace en termes d’emplois et de valeur ajoutée sur notre territoire.
Monsieur le Premier ministre, devant ces réalités, comment se fait-il que le secteur industriel de la défense soit le grand oublié de ce plan de relance ?
(Applaudissements sur les bancs des groupes LR et UDI-I.) La parole est à Mme la ministre déléguée chargée de la mémoire et des anciens combattants. Je vous prie d’excuser Mme Florence Parly, ministre des armées, actuellement auditionnée par le Sénat. Vous l’avez dit, le plan de relance du ministère des armées est la loi de programmation militaire, et je ne peux pas laisser dire que ce n’est rien ! Le ministère des armées a bénéficié, en 2018, de 1,8 milliard d’euros supplémentaires. La loi de programmation militaire pour les années 2019-2025, que vous avez largement votée sur ces bancs, représente 180 milliards d’investissement pour ce secteur. Je peux donc pas laisser dire que cela ne correspond pas à un vrai plan de relance (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes LaREM et MODEM) , qui permettra d’équiper nos hommes et nos femmes en petits équipements, de procéder à une nécessaire modernisation de l’armement, de travailler à l’innovation pour le futur… La bombe atomique ! …et de soutenir, au-delà des seules  industries de la défense, toute l’industrie du bâtiment et du BTP, avec des investissements immobiliers multipliés par deux. Nous participons donc globalement au maintien de l’emploi et au développement des industries de défense.
Vous l’avez dit, nous avons soutenu pendant la crise les industries de la base industrielle et technologique de défense, avec des soutiens à l’export et des prêts garantis par l’État. Nous avons également anticipé certaines commandes pour l’aéronautique, qui était le secteur le plus fragilisé, avec, comme vous le savez, 600 millions, notamment pour trois Airbus A330 MRTT et huit hélicoptères – je n’en dresserai pas la liste, car vous la connaissez mieux que moi. Ce plan est donc véritablement le plan de relance du ministère des armées et de l’État dans ce domaine.
(Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM.)
La parole est à M. Florian Bachelier. La Bretagne connaît plusieurs situations préoccupantes. Les plans sociaux et les projets de réorganisation se multiplient et des milliers de familles vivent aujourd’hui dans l’angoisse. Dans le Morbihan, ce sont les fonderies de Codan qui sont en difficulté avec le désengagement programmé du groupe Renault.
À Morlaix, ce sont le changement de stratégie du groupe Air France et l’abandon de la filiale HOP qui auraient des conséquences lourdes. À Roscoff, c’est Britanny Ferries qui paye le double prix du covid et du Brexit. À Lannion, c’est encore Nokia qui inquiète, dans une région qui assumait jusqu’à présent le fait de mettre la science et le progrès technologique au cœur de sa stratégie de développement économique. Je n’oublie pas non plus les PME qui ferment et leur cortège de licenciés qui souffrent en silence.
Tout à fait ! Face à cette situation, chacun sur ces bancs reconnaît, je le crois, que l’État a répondu présent comme jamais avec le plan d’urgence. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LaREM.) Cependant, malgré ces efforts historiques, les Bretons sont légitimement inquiets face à l’ampleur des destructions d’emplois qui se profilent. Ils savent que tous ces dispositifs sont, par essence, temporaires et se posent la question de l’après.
Mesdames et messieurs les ministres, à l’heure de la concrétisation sur le terrain du plan de relance, je souhaite vous interroger sur l’action du Gouvernement dans les secteurs qui, comme l’industrie, le transport, le commerce et l’agroalimentaire, sont déterminants pour l’emploi, mais aussi pour la souveraineté de la France.
Vous l’avez massacrée ! Ma question est donc double : comment le Gouvernement compte-t-il, concrètement, concilier le nécessaire investissement dans l’économie de demain et le soutien aux secteurs en difficulté ? Comment pouvons-nous renforcer, dans les faits, la mobilisation et la coordination vitales de tous les acteurs de la puissance publique, en ce compris les élus régionaux, les parlementaires, les préfets et le Gouvernement ? (Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM.) La parole est à Mme la ministre déléguée chargée de l’industrie. Monsieur le député,… La réponse est oui ! …je sais votre engagement sans faille au service de ce territoire de Bretagne et votre vigilance exigeante à l’égard du Gouvernement, car vous ne manquez jamais une occasion de nous saisir de dossiers d’entreprises en développement ou en difficulté. L’État est déjà fortement intervenu en Bretagne (Exclamations sur les bancs du groupe LR) et je citerai à ce propos quelques chiffres relatifs aux entreprises bretonnes : 224 millions d’euros pour 70 000 entreprises et TPE au titre du fonds de solidarité, 654 millions et plus de 66 millions d’heures indemnisées pour protéger les compétences et les emplois, 23 000 entreprises ayant bénéficié d’un prêt garanti par l’État pour 4,4 milliards et qui, comme vous l’imaginez, sont des TPE, PME et ETI – il n’y a pas de doute sur la question.
Nous sommes également mobilisés sur les dossiers que vous mentionnez. J’en évoquerai deux. Brittany Ferries, tout d’abord : le Premier ministre a affirmé nettement et sans ambiguïté son engagement de soutenir cette entreprise importante non seulement pour le trafic transmanche, mais également pour les agriculteurs. Nous avons déjà pris une mesure d’exonération de charges sociales pour 15 millions d’euros et nous accompagnons également l’entreprise dans la durée pour passer ce cap difficile. Vous pouvez compter sur nous.
Je pense également à Nokia, avec qui nous sommes en contact et qui devrait revenir vers les salariés début octobre avec de nouvelles propositions – nous les y invitons, sachant que nous travaillons de près avec les organisations syndicales et les élus, ainsi qu’avec les autres entreprises technologiques du territoire, comme Ericsson, Qualcomm, Orange et certains services de l’État.
Au-delà, nous devons également nous saisir du plan France Relance, dans le cadre duquel 2 400 projets ont été déposés sur le territoire national. Il faut que la Bretagne en prenne sa part. Nous travaillons avec les régions et avec les élus.
(Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM.)
La parole est à M. Loïc Prud’homme. Monsieur le ministre de la santé, hier le docteur Maurice Raphaël, chef depuis plus de dix ans du service des urgences du CHU du Kremlin-Bicêtre, qui reçoit 60 000 patients par an, a démissionné, après avoir donné l’alerte durant des années en dénonçant le manque de moyens et de personnel à l’hôpital. En même temps, votre gouvernement publie un décret fourbe qui permet de supprimer des postes plus facilement, sans avoir besoin de reclasser les personnels hospitaliers. Mais chaque poste supprimé à l’hôpital, ce sont des vies de plus mises en danger.
Les services hospitaliers sont donc déjà complètement surchargés, mais les laboratoires le sont aussi : les files de malades s’allongent sur les trottoirs de toutes les grandes villes et les délais sont si longs qu’on n’obtient les résultats des tests qu’une fois qu’on est sorti d’isolement. Votre stratégie de tests est donc un affichage médiatique sans aucune efficacité sanitaire.
De même, vous allégez le protocole dans les écoles. Depuis aujourd’hui les enfants et les jeunes jusqu’au lycée ne sont plus considérés comme des cas contacts. Les enseignants non plus. Dans quel but ? Ne pas fermer les établissements scolaires pour que les parents continuent de travailler, quel que soit le coût pour notre santé à tous ! Le virus circule toujours plus vite, aidé par votre gestion inconséquente de la situation sanitaire !
(Applaudissements sur quelques bancs du groupe FI.)
Je ne reviens pas sur votre gestion de la situation économique désastreuse : mon collègue Adrien Quatennens vient de pointer, là aussi, l’inefficacité de votre politique.
Vos choix dogmatiques, aveugles et impuissants à gérer une situation sanitaire hors norme, sont donc doublement fautifs. Ils démontrent que, factuellement, vous faites le choix de l’immunité collective, sans l’assumer. Mes questions seront donc très claires, monsieur le ministre. Faites-vous le pari de l’immunité collective, oui ou non ? Que ferez-vous quand les services de réanimation seront de nouveau saturés, dans les prochains jours ? Combien de personnes avez-vous décidé de laisser mourir dans votre scénario de gestion de la crise sanitaire ?
(Applaudissements sur quelques bancs du groupe FI. – Exclamations sur les bancs des groupes LaREM et MODEM.) Ces propos sont scandaleux ! La parole est à M. le ministre des solidarités et de la santé. Monsieur le député, je ne sais pas si je vais consacrer mes deux minutes à répondre aux erreurs factuelles ou à l’outrance dont vous faites preuve dans votre question. (Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM et MODEM.) J’ai l’embarras du choix.
Je commencerai par le décret de mon ministère, que vous avez évoqué, du 3 septembre 2020, qui tire les conséquences de la loi de transformation de la fonction publique de 2019 : il est désormais impossible de licencier un salarié de la fonction publique hospitalière lorsque son poste est supprimé. C’est exactement l’inverse de ce que vous avez prétendu.
(Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LaREM.)
Lorsqu’un tel poste est supprimé, le fonctionnaire, qui bénéficie d’un dispositif d’accompagnement, ne peut faire l’objet d’un licenciement sec, comme c’était le cas jusqu’à présent. Félicitez-nous pour cette mesure de protection de la fonction publique hospitalière.
J’en viens aux outrances. Évidemment, vous cherchez à provoquer : c’est votre droit, mais vous ne pensez pas ce que vous dites lorsque vous suggérez que nous ferions le décompte morbide des personnes que nous serions sur le point de laisser mourir, faute de mesures de gestion. Monsieur le député, je ne pense pas une seconde que vous imaginiez cela crédible.
Répondez plutôt à la question ! Je vous le souhaite, non pas pour moi mais pour vous, parce qu’il est très grave d’imaginer de telles choses.
En réalité, nous avons déjà débattu, et nous allons recommencer dans quelques jours, des moyens conférés au Gouvernement pour, dans la période transitoire de sortie de l’état d’urgence sanitaire, prendre toutes les mesures de gestion utiles pour sauver des vies et protéger les populations. Je ne doute pas une seconde que, cette fois-ci, vous ferez partie des députés qui ne freineront pas notre capacité à nous armer pour lutter contre le virus et que vous rejoindrez les rangs nombreux de la majorité qui nous a permis, à plusieurs occasions, de disposer de mesures législatives exceptionnelles visant à protéger les Français. Je suis certain que vous avez, en la matière au moins, de la suite dans les idées.
Sachez en tout cas qu’il n’est pas du tout question de laisser mourir qui que ce soit, qu’il n’est pas du tout question de tendre vers une immunité collective : cela ne marche pas. Les pays qui s’y sont essayés ont échoué. Nous voulons protéger de ce virus chaque vie, chaque personne vulnérable, chaque Français.
(Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes LaREM et MODEM.)
La parole est à M. Meyer Habib. Monsieur le Premier ministre, « Rien à foutre de la Shoah », « J’arrive déterminé comme Adolf dans les années 30 », « les rentiers juifs », « Fuck un Rotschild »… Après Nick Conrad qui appelait à pendre les Blancs, voici quelques perles du rappeur Freeze Corleone : 16 millions de ventes ! Mais ce qui est terrible, c’est que Mouv’, radio jeune du service public, diffuse et fait l’éloge de ce rappeur qui fait l’apologie du nazisme. Elle fait partie de Radio France, qui vient pourtant d’être rappelée à l’ordre par le Conseil supérieur de l’audiovisuel pour une fausse nouvelle accusant Israël de détruire des installations médicales anti-covid palestiniennes.
L’antisémitisme se banalise dans notre pays. Dans les territoires perdus de la République, la haine des Juifs est devenue un code culturel, sur fond d’islamisme, de théorie du complot, de racisme anti-blanc et de haine de la France. Pour eux, Hitler ou les tueurs de Toulouse, de Charlie et du Bataclan sont des héros.
Hier, Zarie Sibony, caissière rescapée de l’Hyper Cacher, partie depuis en Israël, témoignait : « J’avais l’habitude dans ma banlieue de me faire traiter de sale juive, de me faire cracher dessus. » C’était il y a cinq ans. Rien n’a changé.
Ou plutôt si : Sarah Halimi, Mireille Knoll ont été massacrées depuis. Il y a un mois, David a été roué de coups dans le XIXe. L’antisémitisme tue, frappe, insulte ! Je vous épargne les menaces quotidiennes dont je suis la cible en tant que député juif. Ce matin, c’était la photo d’une kalachnikov.
Oui, vos ministres de l’intérieur et de la justice ont été très clairs. Mais à gauche, silence, hélas ! Qu’est devenue cette gauche humaniste et républicaine, celle de Jaurès, Blum, Mendès France ?
(Exclamations sur quelques bancs du groupe SOC.) Oh non… Elle se fourvoie aujourd’hui dans le communautarisme, l’islamo-gauchisme, l’indigénisme et l’antisionisme. Ces mêmes députés de gauche, mais aussi beaucoup de votre majorité, préfèrent signer des tribunes contre les accords de paix israélo-arabes plutôt que de condamner l’apologie d’Adolf Hitler ! Ça n’a rien à voir ! Monsieur le Premier ministre, je ne suis pas inquiet que pour les Juifs, je suis surtout inquiet pour la France. Que fait-on ? (Applaudissements sur les bancs du groupe UDI-I et plusieurs bancs du groupe LR. – M. Jean Lassalle applaudit également.) Je tiens à vous rappeler que nous sommes à une séance de questions au Gouvernement : il est malaisé de mettre en cause des collègues qui ne pourront pas vous répondre. (Applaudissements sur divers bancs.) L’ancien socialiste a parlé. La parole est à Mme la ministre de la culture. Le rappeur Freeze Corleone, de son vrai nom Issa Lorenzo Diakhaté, a un talent indéniable. Il est absolument regrettable que ce talent avéré soit mis au service de propos absolument inqualifiables, racistes et antisémites (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes LaREM et MODEM) , car ce talent… Arrêtez de parler de son talent ! …donne une influence, un pouvoir tout à fait considérables aux propos inadmissibles qu’il tient.
La Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme a justement signalé ces propos. À la suite de la saisine du délégué interministériel à la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la haine anti-LGBT, le parquet de Paris a également ouvert une enquête. Nous en attendons les résultats. Je peux vous assurer que l’ensemble de la communauté nationale et de l’Assemblée nationale condamnent formellement les propos antisémites de M. Freeze Corleone.
(Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM et MODEM. – Exclamations sur les bancs du groupe LR.)
La parole est à M. Aurélien Pradié. Monsieur le ministre de l’Europe et des affaires étrangères, nous respectons dans cette assemblée votre parole. Votre voix est celle de notre diplomatie et donc la voix de la France. Votre signature n’est pas n’importe quelle signature, elle engage la France.
Or, le 30 octobre dernier, votre signature a manifestement servi des intérêts privés bien plus que l’intérêt national. En novembre, le groupe LVMH a fait le choix de se porter acquéreur de la marque américaine Tiffany, à hauteur de 13,8 milliards d’euros. C’était un choix d’entreprise, dont celle-ci était pleinement libre et dont elle se devait, tout aussi librement, d’assumer l’entière responsabilité. Le groupe de luxe s’est depuis ravisé. Et, dans une lettre que vous avez personnellement adressée à M. Bernard Arnault, vous volez au secours de son conseil d’administration, sans aucun fondement juridique, sans aucun argument solide et en créant un précédent historique en matière de diplomatie française.
Cette lettre devait rester secrète, sauf qu’elle a été rendue publique. Le bras de fer entre deux groupes internationaux aurait dû seulement agiter les milieux d’affaires, pas mobiliser la diplomatie française. Les intérêts supérieurs de notre nation étaient-ils menacés ? Non, au contraire, même, puisqu’il s’agissait d’une nouvelle conquête française sur le marché américain. Qui, au sommet de l’État, vous a passé cette commande ? Nous apprenons aujourd’hui qu’un procès se tiendra le 5 janvier, et votre courrier est versé à la procédure. Les tensions commerciales et judiciaires entre la France et les États-Unis vont s’aggraver.
La protection d’intérêts privés et de liens privilégiés aurait-elle dépassé la défense de l’intérêt général ? Dans une démocratie, nous devons combattre toutes les tentations d’instrumentalisation de l’État. Il y va de la crédibilité du politique, de la crédibilité de la France et donc de notre souveraineté.
Monsieur le ministre, je vous pose la question clairement, parce qu’elle est grave : quels intérêts la France a-t-elle servis dans cette affaire  ?
(Applaudissements sur les bancs du groupe LR et quelques bancs du groupe UDI-I.) La parole est à M. le ministre de l’Europe et des affaires étrangères. Vous avez brièvement rappelé la situation internationale et la complexité des relations commerciales avec les États-Unis. Vous le savez, les États-Unis, en représailles à la taxe française sur les services numériques, ont adopté en juillet 2020 des sanctions tarifaires contre les exportations françaises, singulièrement dans le secteur du luxe. Ces sanctions ont été suspendues jusqu’en janvier 2021.
Nous avons engagé avec l’Organisation mondiale du commerce des négociations pour éviter que ces menaces ne soient mises à exécution à cette date butoir, qui demeure néanmoins.
Dans ce cadre, quel est le rôle du ministre des affaires étrangères ? En matière de diplomatie économique, mon rôle revêt trois aspects : d’abord, faire part aux groupes français de vocation internationale de la politique commerciale transatlantique suivie par le Gouvernement ; ensuite, répondre à leurs interrogations politiques, quel que soit le pays – singulièrement sur les États-Unis ; enfin, indiquer, le cas échéant, l’avis du Gouvernement et son appréciation de nature politique sur la gestion des grandes échéances internationales à venir.
C’est la raison pour laquelle j’étais totalement dans mon rôle en répondant à une interrogation du groupe LVMH.
(Applaudissements sur quelques bancs du groupe LaREM.)
La parole est à Mme Claudia Rouaux. J’associe à ma question mes collègues Jean-Louis Bricout et Dominique Potier.
Monsieur le ministre de l’agriculture et de l’alimentation, la méthanisation agricole avait à l’origine une double vertu sociale et écologique. Force est de constater aujourd’hui que son développement s’accompagne de dérives qui sont une source d’inquiétude pour de nombreux élus ruraux et représentants du monde agricole, notamment en Bretagne : accaparement de terres pour produire du maïs à vocation énergétique, disparition de productions agricoles, notamment laitières, insuffisamment rémunératrices, spéculation foncière, inflation du prix des cultures fourragères pour l’élevage, transmission de ces unités de biogaz valorisées à plusieurs millions d’euros, mauvais bilan carbone induit par la transformation de prairies en cultures de maïs, sans oublier les nuisances liées au transport des intrants, l’approvisionnement étant parfois à plus de cinquante kilomètres des méthaniseurs.
La France doit tirer les leçons des dérives du système allemand, qui a bâti une industrie fondée sur de grosses unités et des cultures dédiées à la méthanisation agricole. Le coût budgétaire pour l’État et le contribuable, lié aux subventions et au tarif de rachat de l’énergie, ne doit pas permettre de spéculer sur notre modèle agricole fondé sur les exploitations familiales.
La crise sanitaire que nous traversons nous rappelle que la souveraineté alimentaire est une exigence : la terre doit nourrir les hommes. Face à ce constat, il convient d’activer des leviers : abaisser le seuil des 15 % d’intrants issus de cultures végétales ; établir des schémas régionaux de méthanisation favorisant la micro-méthanisation, source de compléments de revenus pour les agriculteurs, et les méthanisations en lien avec les industries agro-alimentaires ; créer un véritable dispositif de contrôle par les services de l’État et réorienter la politique agricole commune, car il est anormal que des hectares de maïs destinés à la méthanisation bénéficient d’aides.
Pouvez-vous nous indiquer les mesures concrètes que le Gouvernement compte prendre pour mettre fin à ces dérives ?
(Applaudissements sur les bancs du groupe SOC. – M. Paul Molac applaudit également.) La parole est à M. le ministre de l’agriculture et de l’alimentation. Vous l’avez dit, et je ne cesse de le répéter : le principal objectif de mon action vise la souveraineté et l’indépendance agro-alimentaires de notre pays. Or cette souveraineté et cette indépendance, qui ont fait l’objet d’échanges réguliers entre votre collègue Dominique Potier, dont vous avez cité le nom, et moi-même, passent par la maîtrise du sol, qui est une question essentielle. Des travaux transpartisans ont du reste été menés sur ce sujet, réunissant M. Potier et Anne-Laurence Petel pour la majorité.
Oui, il faut prévoir des garde-fous en matière de méthanisation. Serait-il normal que, demain, le maïs ne soit plus cultivé qu’en vue de la méthanisation ? La question peut être légitimement posée, qui plus est dans des secteurs où des enjeux existent en matière d’eau et d’irrigation. Barbara Pompili et moi-même évoquons souvent le sujet.
Une autre question se pose : celle des tarifs, qui est débattue en ce moment même. Elle résulte d’un aspect positif des choses : en effet, le développement dans notre pays de la méthanisation sert d’alternative à certaines émissions des gaz à effet de serre et représente un complément de revenus très important pour les agriculteurs, tout en favorisant l’économie circulaire et les circuits courts. Il faut identifier et maîtriser les dérives éventuelles et, en même temps, accompagner cette filière qui, à mes yeux, doit l’être. Parce que je la défends, je ne voudrais pas que des dérives viennent jeter l’opprobre sur la méthanisation.
Dans son rapport parlementaire « L’agriculture face au défi de la production d’énergie », Jean-Luc Fugit propose des pistes pour développer la méthanisation tout en en limitant les dérives. Ce sera l’occasion d’ouvrir de beaux débats dans l’hémicycle.
(Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes LaREM et MODEM.)
La parole est à M. Fabrice Brun. Monsieur le Premier ministre, pourquoi attribuer les fréquences 5G si facilement, sans contreparties ? Pourquoi vous priver d’un moyen de pression sur les opérateurs ? Elle serait pourtant salutaire, si l’on veut qu’ils terminent enfin le déploiement de la 4G dans notre pays ! Car si le New Deal fonctionne sur le papier, sur le terrain, c’est une autre affaire. Vous le savez, l’équipement en 4G du réseau mobile existant comme l’installation des nouveaux pylônes de téléphonie mobile ont pris beaucoup de retard.
Pourquoi enfermer les Français dans un débat manichéen – pour ou contre la 5G, pour ou contre le progrès, les véhicules autonomes, la téléchirurgie, l’agriculture connectée ou l’industrie du futur ? Cela n’a pas de sens, à moins que vous ne cherchiez à esquiver la question centrale : celle de l’égalité des chances numériques pour tous les Français, où qu’ils habitent et où qu’ils travaillent ; pour cette France des territoires, qui a bien compris que la société du tout numérique aggrave les inégalités.
Alors, monsieur le Premier ministre, je vous le demande : 4G ou 5G, serons-nous encore longtemps les dindons de la farce numérique ?
(« Bravo ! » etapplaudissements sur plusieurs bancs du groupe LR.) La parole est à M. le secrétaire d’État chargé de la transition numérique et des communications électroniques. Je vous remercie de cette question, qui me permet de mettre en valeur ce qui me semble une des principales réalisations du Gouvernement. (Exclamations sur les bancs du groupe LR.) StopCovid ? C’est pas gentil ! (Sourires.) Un chiffre : durant les quinze années qui ont précédé 2018 – donc y compris sous votre majorité – 600 pylônes ont été allumés en zone blanche. Dans les deux ans à venir, grâce au New Deal qui a été négocié par l’Autorité de régulation des communications électroniques et des postes, Julien Denormandie, Agnès Pannier-Runacher et Mounir Mahjoubi, ce seront 2 000 pylônes ! De toute façon, il n’y a plus de place ! Deux mille pylônes en deux ans contre 600 en quinze ans ! Dans les années à venir, 10 000 à 12 000 pylônes vont s’allumer partout en France, au rythme de 60 à 70 par semaine dans les zones blanches.
Dans votre département, en Ardèche, 38 pylônes seront allumés au cours des deux prochaines années ; quatre l’ont déjà été, un le sera la semaine prochaine, à Issamoulenc. Je suis un peu Talleyrand : quand je me regarde, je me désole, quand je me compare, je me console ! Pas un seul pays dans le monde déploie les pylônes plus vite que nous.
(Exclamations sur les bancs du groupe LR.) C’est toujours insatisfaisant, ça ne vient jamais assez vite pour les habitants, mais personne, aucun pays, aucune majorité n’a jamais fait autant pour lutter contre la fracture numérique du quotidien. (Applaudissements sur quelques bancs des groupes LaREM et MODEM.) La parole est à M. Fabrice Brun. Merci pour cette réponse qui confine à la caricature et illustre à quel point vous êtes déconnecté de la réalité. (Applaudissements sur les bancs du groupe LR.) Vous avez raison, le New Deal ça marche, mais sur le papier, pas sur le terrain ! Pas dans les territoires ! Prenons l’exemple de mon département de l’Ardèche : sur les 38 nouveaux pylônes 4G qui étaient prévus dans le cadre du New Deal, seuls 5 sont effectivement opérationnels aujourd’hui. (Exclamations sur les bancs du groupe LR.) Cinq sur trente-huit ! Voilà la réalité du terrain, près de trois ans après la signature du New Deal. Voilà pourquoi nous vous demandons de faire peser une pression maximale sur vos amis, les opérateurs de téléphonie mobile ! Allez voir un peu ces territoires dont vous parlez sans arrêt ! La parole est à M. le secrétaire d’État. Je vous retourne la question, monsieur le député : comment le déploiement des pylônes mobiles se déroule-t-il sur le terrain ? Mes prédécesseurs se sont engagés à équiper 38 sites. C’est le quota dévolu à l’Ardèche, même si la moyenne sera plutôt de 120 pylônes par département.
C’est maintenant aux collectivités territoriales d’agir.
(Vives exclamations sur les bancs du groupe LR.) Puisque nous avons décidé de leur laisser le choix de la localisation des pylônes, il revient maintenant aux maires et aux présidents de conseils départementaux, avec l’aide du préfet, de se déterminer. Nous avons choisi de laisser la main aux collectivités territoriales sur ce sujet. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LaREM. – « Du pipeau ! » sur les bancs du groupe LR.)
La parole est à Mme Cécile Delpirou. Madame la ministre du travail, de l’emploi et de l’insertion, la crise sanitaire se double maintenant d’une crise économique et sociale d’une ampleur inédite. Partout en France, des entreprises et leurs salariés en subissent durement les conséquences. Alors que des dizaines de milliers d’emplois sont menacés, le Gouvernement a apporté une réponse à la hauteur et a, jusqu’ici, préservé l’essentiel.
Cependant, nous devons rester vigilants, afin que la crise ne provoque pas un recul social sans précédent pour les salariés fragilisés. Trop d’entreprises s’attachent à restaurer leurs profits pour satisfaire leurs actionnaires plutôt qu’à pérenniser l’activité en France et à préserver l’emploi.
La semaine dernière, Bridgestone annonçait la fermeture de son site de Béthune. Pourtant, à aucun moment elle n’a eu recours aux outils proposés par le Gouvernement pour éviter cette situation. Depuis le mois de mars, les plans sociaux se multiplient : Auchan, Nokia, Air France. Au total, 345 plans de sauvegarde de l’emploi ont été lancés par des entreprises de plus de cinquante salariés.
Il faut bien entendu relancer notre économie, sauver le plus d’entreprises possible et préserver un maximum d’emplois. Le plan de relance prévoit d’ailleurs une baisse massive de la fiscalité pour les entreprises. Mais cela devra nous inciter à plus d’exigence encore vis-à-vis de ces dernières. N’oublions pas, surtout, de protéger les plus fragiles, et restons attentifs : la crise ne doit pas servir de prétexte à des abus. L’examen du budget au Parlement, dans les semaines à venir, doit être l’occasion de renforcer le soutien aux salariés mis en difficulté durant la pandémie.
Madame la ministre, que compte faire le Gouvernement pour protéger les salariés menacés et ceux qui ont perdu leur emploi ?
(Applaudissements sur quelques bancs du groupe LaREM.) La parole est à Mme la ministre du travail, de l’emploi et de l’insertion. Le Gouvernement est pleinement mobilisé pour protéger les emplois, les salariés et nos concitoyens. Comme vous l’avez rappelé, au plus fort de la crise, le dispositif d’activité partielle a assuré la rémunération de près de 9 millions de Français ; fin juillet, ce n’était plus le cas que pour 2,5 millions. Désormais, le plan « France relance » nous offre des solutions visant à la fois à relancer notre activité et à protéger, dans la durée, nos emplois et nos compétences.
Comme vous, j’ai noté, depuis le début de la crise sanitaire, une hausse des plans sociaux. Soyons clairs : un certain nombre étaient en préparation avant la crise. Sur ces dossiers, avec Bruno Le Maire et Agnès Pannier-Runacher, nous sommes très mobilisés pour veiller à la qualité du dialogue social et des réponses qu’il permet de faire émerger. Pour les entreprises faisant face à une baisse  d’activité du fait de la crise sanitaire, nous disposons, dans le cadre de France relance, d’outils puissants, comme l’activité partielle de longue durée, qui permet d’éviter les licenciements en partageant l’activité entre tous les salariés et en renforçant leurs compétences grâce à la formation professionnelle.
Plusieurs branches sont en train de se saisir de cet outil : trois accords ont déjà été signés et plus d’une dizaine sont en cours de discussion. Pas moins de quatre-vingt-dix entreprises ont d’ores et déjà signé un accord, permettant ainsi de sauver des milliers d’emplois. Le Gouvernement est donc pleinement mobilisé pour relancer notre économie, créer de nouveaux emplois et protéger les salariés qui sont fragilisés, partout dans les territoires.
(Applaudissements sur quelques bancs du groupe LaREM.)
La parole est à M. Sébastien Jumel. Deux minutes pour parler des oubliés de la relance, c’est bien peu et j’aurais voulu vous parler, avec Jean-Paul Lecoq, du silence assourdissant d’Édouard Philippe concernant la situation de Dresser-Rand, au Havre. Mais je souhaite concentrer mon propos sur les liaisons maritimes transmanche.
De tous nos quais, à Dieppe, Dunkerque, Calais, Le Havre, Caen, Cherbourg, Saint-Malo, Roscoff, monte l’exigence d’un soutien massif aux liaisons transmanche, percutées de plein fouet par la crise sanitaire et la quatorzaine britannique.
Très bien ! Je viens de réunir les élus normands sur la jetée de Dieppe afin de défendre cette revendication pour la ligne Dieppe-Newhaven, vieille d’un siècle et demi. Vous le savez, les liaisons maritimes avec l’Angleterre sont vitales pour notre pays : vitales pour l’emploi français, puisque le pavillon français est en jeu – 5 000 emplois directs et 13 500 emplois indirects sont concernés ; vitales pour le tourisme, puisque 1,5 milliard d’euros sont réinjectés dans l’économie par les voyageurs britanniques.
Après un élargissement des mesures du plan tourisme cet été pour apporter un soutien aux compagnies transmanche, le Premier ministre a annoncé, un peu à l’arrache, le remboursement de leurs cotisations sociales pour 2021. Mais cela nous laisse au milieu de la traversée : pour rester à flot, toutes les compagnies, toutes les traversées, tous les ports transmanche doivent être assurés du soutien de l’État, avec un engagement dans la durée, jusqu’à la sortie de la crise.
Je sais que les Bretons ont bousculé M. le Premier ministre au sujet de Brittany ferries. C’était légitime. Mais quel engagement prenez-vous, Mme la ministre de la mer, dans la durée, pour les marins et employés des autres compagnies ? Il y va de l’avenir du pavillon français et des territoires concernés par le lien transmanche.
La parole est à Mme la ministre de la mer.