XVe législature
Session extraordinaire de 2019-2020

Séance du mardi 28 juillet 2020

Jeudi dernier, le 23 juillet, Tojohasina Razafintsalama, soldat du 1er régiment de hussards parachutistes de Tarbes, est mort dans l’accomplissement de sa mission au service de la France au sein de l’opération Barkhane, au Mali.
Je salue, avec un profond respect, son courage et sa détermination. Et j’adresse, au nom de la représentation nationale, mes plus sincères condoléances à sa famille et à ses proches, ainsi qu’à ses frères d’armes.
Je vous invite à observer une minute de silence.
(Mmes et MM. les députés et les membres du Gouvernement se lèvent et observent une minute de silence.)
La parole est à Mme Mathilde Panot. Monsieur le Premier ministre, quel est le point commun entre Anthony Smith, inspecteur du travail, Alex, François, Yassine, Patrick et Ahmed de la RATP, Farida, infirmière, les soignants de l’hôpital psychiatrique du Rouvray, les militants de Bure et les Gilets jaunes ?Toutes et tous ont voulu remettre le monde à l’endroit : Anthony voulait sanctionner une entreprise qui mettait en danger la santé de ses salariés ; les agents de la RATP exerçaient leur droit de grève contre la réforme des retraites qui pourrit nos vies ; Farida réclamait plus de moyens pour l’hôpital public ; les militants de Bure luttent contre l’enfouissement des déchets nucléaires pour les générations futures ; les Gilets jaunes luttent pour la justice sociale et la démocratie.
Mais leur point commun le plus évident, tristesse de notre démocratie, est que le Gouvernement a voulu les faire taire ! Sans aucune honte, le Président dit vouloir changer de méthode, mais voici le triptyque réservé à celles et ceux qui osent critiquer votre politique, et il n’a pas changé depuis trois ans : sanctions disciplinaires, révocations, répression policière et judiciaire !
(Exclamations sur plusieurs bancs du groupe LaREM.) Vous osez encore parler de dialogue et de démocratie, mais seulement s’il s’agit de citoyens passifs et silencieux. Vous brisez des vies tous les jours ! Le sort des vies humaines n’est définitivement pas votre priorité !
Je vous le dis solennellement : un pouvoir qui a sans cesse recours à la force pour se perpétuer est voué à un destin funeste.
Levez les sanctions contre Anthony Smith, contre Alex, Ahmed, François, Yassine, Patrick et tous les autres !
(Mme Caroline Fiat applaudit.)
Cessez d’envoyer les matraques quand le peuple vous demande des comptes !
Cessez d’utiliser la force pour masquer l’indigence de votre politique !
Comme des Gilets jaunes l’ont très justement rappelé à Emmanuel Macron : le Président de la République est, comme nous tous dans cet hémicycle, l’employé du peuple français.
Et le maire de Colombes ? Qu’il s’en souvienne et respecte la souveraineté populaire !
Monsieur le Premier ministre, à quand une amnistie pour celles et ceux qui défendent l’intérêt général et sont injustement poursuivis pour leurs actions généreuses ?
(Applaudissements sur les bancs des groupes FI et GDR.) La parole est à M. le ministre de l’intérieur. Toute opinion en France peut s’exprimer, la liberté de manifester est garantie par la Constitution et à ce titre encadrée, et toute personne peut se présenter à des élections ou en contester, même dans la rue, les résultats.
Mais, madame la députée, l’État de droit veut bien dire ce qu’il veut dire : les forces de l’ordre sont légitimes dans l’exercice de la force précisément parce qu’elles sont le produit d’un État de droit, que c’est au terme d’élections libres, disputées, démocratiques, que nous établissons des règles qu’elles font respecter. Et parmi ces règles, il y a évidemment la liberté de manifester – je pense que les Français ont pu voir à la télévision ou dans la rue qu’elle était grande dans notre pays, et c’est tant mieux –, mais aussi les missions des forces de l’ordre, qui sont les premières victimes des violences.
(Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM, MODEM, LT et sur plusieurs bancs du groupe UDI-I et Agir ens.) En 2019, ce sont 11 000 policiers et gendarmes qui ont été agressés ; sept policiers et gendarmes décédés en service, qui n’ont pas retrouvé leur famille, qui n’ont pas embrassé leurs enfants, victimes alors de conditions matérielles difficiles ! (Mêmes mouvements.)
Nous sommes tous les deux d’accord pour proclamer que la liberté de manifester doit être grande dans notre pays pour garantir le droit de s’exprimer, mais nous avons manifestement un désaccord sur l’ordre dans un État de droit : pour ma part, je suis très fier de la police de la République ! (Mêmes mouvements.) Vous n’avez rien écouté !
La parole est à Mme Agnès Firmin Le Bodo. Monsieur le Premier ministre, après une consultation menée par le CCNE – le Comité consultatif national d’éthique –, un rapport de l’OPECST – l’office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques –, une mission d’information conduite par Xavier Breton et Jean-Louis Touraine, et un avis rendu par le Conseil d’État, le projet de loi relatif à la bioéthique a fait son entrée à l’Assemblée nationale en août 2019. Depuis, plus de 200 heures de travaux ont été menées, notamment dans le cadre de la commission spéciale que j’ai l’honneur de présider.
« Science sans conscience n’est que ruine de l’âme », disait Rabelais. Mais science, conscience, éthique, l’articulation est difficile, l’équilibre précaire, car tout cela est terriblement humain, redoutablement humain. Les lois Bioéthique, dites à la française, ont cette fonction ; nous devons faire preuve de sagesse, ce qui nécessite de savoir ce que la science peut et ce que nous, humains, pouvons accepter… Vaste ambition. Ces lois sont structurées par trois grands principes : la dignité, la solidarité et la liberté.
Vaste ambition, disais-je, que nous avons collectivement partagée, avec humilité et force travail, et qui a abouti en première lecture à un texte à mon sens équilibré, juste et adapté aux besoins actuels des Françaises et des Français. Je tiens d’ailleurs à remercier l’ensemble de mes collègues qui ont permis ce travail passionnant, souvent passionné mais toujours dans le respect des idées des uns et des autres. Nous avons eu de beaux débats : je retiendrai notamment nos échanges sur la PMA post mortem qui resteront comme un moment important dans mon expérience parlementaire. Ce projet de loi Bioéthique a bel et bien un objet multiple puisque se manifestent des inquiétudes liées aux progrès en génétique, au développement dans le domaine de l’intelligence artificielle et du champ des neurosciences, mais aussi des préoccupations au regard des aspirations sociétales devant l’accès à la PMA pour les couples de femmes et les femmes seules, et qu’il s’agit également d’accompagner la solidarité dans le cadre du don d’organes, de tissus et de cellules.
Le possible – ce que la science permet – n’est pas le probable – ce que l’humain peut accepter – et encore moins le réalisé – ce que la loi autorise. Dès lors, monsieur le Premier ministre, alors que débute l’examen en deuxième lecture du projet de loi Bioéthique, pouvez-vous nous donner votre position et celle du Gouvernement sur ce texte ?
(Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LaREM ainsi que sur quelques bancs des groupes MODEM et Agir ens. – « Ah ! » sur les bancs du groupe LR.) La parole est à M. le Premier ministre. Je vous remercie beaucoup de me donner l’occasion de m’exprimer, pour la première fois (Protestations sur de nombreux bancs du groupe LR) sur ce sujet majeur. Vous auriez pu le faire la semaine dernière ! On se calme, mes chers collègues. Je voudrais rendre hommage à votre assemblée et à la majorité parlementaire pour la richesse et la qualité du texte qu’elle a voté à l’issue de la première lecture, en octobre dernier. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LaREM.) Je tiens à le faire d’abord en raison du travail de concertation particulièrement dense qui a été mené, et le sujet le mérite, faisant suite à six mois de travaux et d’échanges avec le Conseil national d’éthique,… C’est dur d’avaler son chapeau ! …ensuite et surtout pour le caractère très approfondi et très fécond des discussions en commission et sur tous les bancs dans cet hémicycle. Il a besoin d’une fiche pour dire ça ! On veut une réponse ! Sur le fond (« Ah ! »sur de nombreux bancs du groupe LR) , à l’initiative du gouvernement dirigé par mon prédécesseur et dans le cadre des engagements pris devant la nation par le Président de la République,… Il n’en a rien dit ! …on a abouti à un texte représentant une avancée considérable pour les familles, pour les patients et pour la recherche. Il s’agit bien sûr, vous l’avez rappelé, des dispositions relatives à la PMA et à ses conséquences sur le droit à la filiation et à l’accès aux origines. Vous disiez le contraire il y a un mois ! Parlez avec le cœur ! Derrière tout cela, il y a parfois des drames mais aussi beaucoup d’espoirs, autant de situations humaines que nous allons alléger sinon régler. Et nous pouvons tous en être fiers. Comme nous pouvons être fiers des autres dispositions qui vont permettre d’importants progrès en matière de recherche scientifique, de dons d’organe et de thérapies ; je pense également aux avancées en matière d’éthique et d’encadrement de certaines pratiques (Exclamations sur plusieurs bancs du groupe LR)… Ce n’est pas un encadrement mais une ultralibéralisation !
dont le traitement de données issues de l’intelligence artificielle pour les actes de soins.
Oui, mesdames, messieurs les députés, je parle d’avancées très significatives et d’un équilibre qui a su être trouvé, sans drame
(Exclamations sur les bancs du groupe LR) , sur des sujets dont je n’ignore pas la grande sensibilité, qui font miroir aux évolutions de notre société et interpellent le plus profond de nos consciences. Zéro respect pour le vivant ! Le Gouvernement demande solennellement à l’Assemblée de préserver l’équilibre issu du vote en première lecture. (Applaudissements sur les bancs du groupe Agir ens et sur quelques bancs du groupe LaREM.) Et c’est bien d’ailleurs parce que la volonté du Gouvernement est de ne pas compromettre cet équilibre par l’adoption de nouvelles dispositions autres que mineures qu’il a choisi de vous le soumettre en fin de session extraordinaire. (Vives exclamations sur les bancs du groupe LR.) Allez-vous combattre la GPA ? La GPA demeure notre ligne rouge ! (Mêmes mouvements. ) D’autres sujets viendront légitimement en débat, telle la réservation des ovocytes pour le partenaire, la PMA postmoderne (Rires etexclamations sur les bancs du groupe LR)… Le Premier ministre ne sait pas lire !
ou encore le diagnostic préimplantatoire des aneuploïdies ou les tests génétiques en population générale : ils ne recueilleront pas plus qu’avant l’approbation du Gouvernement ! (Applaudissements sur les bancs du groupe Agir ens et sur quelques bancs du groupe LaREM. – Exclamations sur les bancs du groupe LR.) Un peu de silence ! Monsieur Minot, premier avertissement ! Mais sa réponse n’est pas sérieuse, monsieur le président ! Ce projet de loi, dans la version équilibrée correspondant parfaitement à la pensée du Président de la République et de moi-même, va constituer une avancée majeure. Et je suis persuadé que votre assemblée, sur de nombreux bancs, en a parfaitement conscience. (Applaudissements sur les bancs du groupe Agir ens et sur plusieurs bancs des groupes LaREM et MODEM.) Ce n’est pas du niveau d’un premier ministre ! Je vais vous demander un peu de silence pour écouter tant les questions des collègues que les réponses du Gouvernement.
La parole est à M. Jean-Louis Bricout et à lui seul. Ma question s’adresse à Mme la ministre déléguée à l’industrie et concerne la grande distribution dans le secteur du bricolage.
Adeo, maison-mère de Leroy-Merlin, Weldom et Bricoman, a décidé de basculer une bonne partie de ses approvisionnements en Chine.
L’entreprise Nespoli, forte de 230 employés installés en Thiérache, à La Capelle, dans ma circonscription, et qui fabrique des rouleaux, pinceaux et brosses, en fait les frais : elle se voit privée de 50 % de son carnet de commandes. Ce n’est donc pas l’entreprise qui délocalise sa production, mais le réseau de distribution qui délocalise ses approvisionnements.
Exactement ! Il y a certes une nuance, mais le résultat est le même : un plan social à craindre et des ouvriers sur le carreau, dans un territoire qui n’avait pas besoin de cela. Voilà où nous mène la course infernale à la compétitivité mondiale : au dumping social.
Quelles mesures comptez-vous prendre pour que nos entrepreneurs continuent à produire dans nos territoires ?
(Applaudissements sur les bancs du groupe SOC.) La parole est à Mme la ministre déléguée chargée de l’industrie. À travers votre question concernant l’entreprise Nespoli, vous m’interrogez au fond sur la compétitivité de notre industrie… Non, il a posé une question précise ! …et sur les mesures que nous comptons prendre pour que la politique que nous menons depuis trois ans continue à renforcer l’empreinte industrielle de la France. Il y a encore du boulot ! Je rappelle que c’est ce gouvernement qui a recréé de l’emploi industriel en 2016, 2017 et 2018… (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LaREM. – Protestations sur les bancs du groupe LR.) Comment ça, en 2016 ? En 2016, vous n’étiez pas là ! …et qui a permis à la France d’atteindre la première marche du podium européen en matière d’investissements directs étrangers dans le secteur industriel. Ça ne fonctionne plus, la méthode Coué ! Venez voir dans les Ardennes, s’il y a eu des créations d’emplois ! Bruno Le Maire, Élisabeth Borne et moi-même accompagnerons le cas spécifique de l’entreprise Nespoli, comme nous le faisons en toutes circonstances. Mais vous avez raison, monsieur Bricout : nous devons aller plus loin. Nous nous efforcerons ainsi de rendre notre industrie plus compétitive – car il s’agit là d’une question que nous ne saurions éluder –, en baissant massivement les impôts de production, de 10 milliards d’euros en 2021 et d’autant en 2022.
Nous ferons en sorte, avec Jacqueline Gourault, de développer à nouveau l’industrie par le biais des projets soutenus dans le cadre du programme Territoires d’industrie : 200 millions d’euros sont déjà mobilisés pour déployer ces projets dans l’ensemble des territoires d’ici la fin de l’année.
Ce programme ne fonctionne pas, il n’y a jamais personne aux réunions ! Il s’agit là de projets très concrets et créateurs d’emplois.
Dans la même veine, nous continuerons à améliorer la compétitivité de notre industrie, en simplifiant les procédures. Vous connaissez la démarche des sites « clés en main », qui permet d’installer très facilement de nouvelles industries en réduisant les délais d’obtention des autorisations nécessaires – trois mois pour un permis de construire, dix mois pour une autorisation environnementale.
Ce n’est pas la question ! Répondez à la question ! Nous prenons des mesures concrètes, et vous le savez.
Enfin, nous investirons dans la relocalisation des industries à travers un plan d’action spécifique. Une trentaine de projets sont déjà sur la table et nous réussirons cette reconquête.
(Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LaREM.) On les attend, ces projets ! La parole est à M. Jean-Louis Bricout. La France doit certes être compétitive et innovante, mais nous sommes lassés d’entendre les incantations du Gouvernement sur l’écologie, les circuits courts, la relocalisation en France, la baisse des impôts de production ou la suppression de l’ISF. Votre politique ne fonctionne pas : l’exemple que j’ai évoqué le prouve. (M. Marc Le Fur applaudit.)
Vous ne traitez pas, dans votre réponse aux enjeux environnementaux, la question, pourtant réelle, des frontières. Exactement ! Le même constat vaut pour le secteur agricole et les accords de libre-échange. Le comportement de certains acteurs économiques, donneurs d’ordres plus avides de prix bas et de marges confortables que soucieux des enjeux environnementaux et de notre souveraineté, pose aussi problème.
Quand contrarierez-vous les comportements de ceux qui préfèrent le fric à la France et que vous ne cessez de privilégier depuis trois ans ?
(Applaudissements sur les bancs des groupes SOC et GDR.)
La parole est à M. Olivier Falorni. « Les policiers, les gendarmes français qui ont obéi aux ordres de leurs supérieurs en mettant en œuvre la rafle du Vél d’Hiv […] sont les ancêtres de ceux qui, aujourd’hui, avec le même zèle, traquent les migrants et les sans-papiers ». C’est scandaleux ! Cet amalgame abject a été écrit et lu solennellement par un maire de la République française, écharpe tricolore sur l’épaule. Il constitue une double injure : injure aux victimes de ce crime imprescriptible commis par le régime de Vichy… De Pétain ! …et injure à l’égard de notre police républicaine chargée d’assurer le respect de notre État de droit démocratique. (Applaudissements soutenus sur les bancs des groupes GDR, SOC, EDS, LaREM, Agir ens, LT, MODEM, UDI-I, LR et parmi les députés non inscrits.)
Dans un communiqué de regret particulièrement cauteleux, ce maire a affirmé répondre à une polémique agitée par l’extrême droite. Il n’est pourtant pas besoin d’être d’extrême droite pour être indigné, comme je l’ai été, moi qui suis d’une gauche républicaine et laïque et qui n’oublie jamais que les classes populaires sont les premières victimes de l’insécurité. (Mêmes mouvements.)
En évoquant cette question, j’ai en mémoire les travaux de la commission d’enquête relative aux moyens mis en œuvre par l’État pour lutter contre le terrorisme depuis le 7 janvier 2015, dont j’ai été vice-président. Je me souviens de ces rescapés du Bataclan, qui, jusque-là, étaient tous fans de hard rock, mais pas vraiment de la police. Je me rappelle leurs témoignages poignants et reconnaissants à l’égard des policiers qui avaient risqué leur propre vie pour sauver la leur. (Applaudissements sur tous les bancs.) Pendant cette nuit d’horreur, croyez-moi, tout le monde aimait la police !
La liberté suppose la sécurité ; et la sécurité exige une police contrôlée, mais aussi une police respectée.
(M. Meyer Habib applaudit.) C’est ce que nous vous demandons, monsieur le ministre ! (Applaudissements sur les bancs des groupes GDR, SOC, EDS, LaREM, Agir ens, LT, MODEM, UDI-I, LR et parmi les députés non inscrits. – Les députés des bancs EDS, LaREM, Agir ens, LT, MODEM, UDI-I, et LR se lèvent pour applaudir.) La parole est à M. le ministre de l’intérieur. Inutile de vous dire que je partage les propos que vous venez de tenir. Comme tout le monde ! Nuitamment, sur les réseaux sociaux, j’ai découvert, comme beaucoup de Français médusés, les propos de M. le maire de Colombes. Il devrait démissionner ! Après avoir regardé cette vidéo, et me méfiant des diffusions internet, j’ai utilisé le conditionnel pour indiquer que ces propos, s’ils étaient vérifiés, seraient proprement scandaleux et insultants pour la République – pas simplement pour les forces de l’ordre – et qu’en tant que ministre de l’intérieur, après en avoir informé M. le Premier ministre, je déposerais plainte. (Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM, MODEM, UDI-I, Agir ens et sur plusieurs bancs du groupe LR. – M. David Habib applaudit également.)
Ces propos ont été confirmés par plusieurs témoins. Le maire de Colombes, dans un communiqué, a fait savoir qu’on l’avait mal compris, mais je n’ai pas entendu d’excuses à l’endroit, non pas du Gouvernement – ce qui n’aurait pas beaucoup de sens –, mais des forces de l’ordre et des Français, qu’il a particulièrement choqués. J’ai donc décidé, hier en fin de journée, de déposer plainte. C’est chose faite : j’ai saisi M. le procureur de la République de Nanterre et la justice fera son travail. (Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM, LR, MODEM, SOC, UDI-I, Agir ens et EDS.)
Je me permets cependant quelques mots : les forces de l’ordre nous protègent. Notre travail, en tant que législateurs, hommes et femmes politiques, ou ministre de l’intérieur, est de protéger ceux qui nous protègent. Tout à fait ! La comparaison ignoble entre des faits que chacun ici a condamnés et qui suscitent, depuis le discours du Président Chirac en 1995, une réaction unanime de la classe politique – chacun s’accorde sur le fait que le régime de Vichy et les fonctionnaires qui l’ont servi ont trahi l’âme même de la France – et l’action de la police de la République fait vomir. (Applaudissements sur les bancs des groupes SOC, EDS, LaREM, MODEM, Agir ens, UDI-I et LR.)
La parole est à M. Damien Abad. Ma question, qui porte sur la bioéthique, s’adresse à M. le Premier ministre. On voit combien vous êtes embarrassé, à tel point que vous avez préféré répondre à la majorité plutôt qu’à l’opposition sur un thème pourtant fondamental. (Applaudissements sur les bancs du groupe LR. – M. Meyer Habib applaudit également.)
Monsieur le Premier ministre, il est de votre devoir de répondre à l’ensemble des députés de la nation mais aussi à l’ensemble des familles françaises, qui sont aujourd’hui inquiètes,… Tout à fait ! Absolument ! …à l’image des parents de la jeune Adélaïde, que j’ai rencontrés ce week-end en Ardèche. Ces derniers, qui sont tout simplement fiers et heureux de voir leur fille pleine de vie, s’interrogent et ne comprennent pas pourquoi votre majorité s’obstine à vouloir maintenir l’article 19 sur le diagnostic préimplantatoire et la détection systématique des aneuploïdies. (Applaudissements sur les bancs du groupe LR. – Mme Agnès Thill applaudit également.)
Accepter un tel diagnostic pour toutes les trisomies, et surtout pour la trisomie 21, c’est faire un premier pas vers le tri des embryons – Mme Buzyn elle-même l’a souligné. (Protestations sur plusieurs bancs du groupe LaREM.) Mes chers collègues, vous ne pouvez pas jouer à la roulette russe avec les embryons. Très bien ! Vous ne pouvez pas jouer aux apprentis sorciers sur des questions aussi fondamentales que la vie humaine.
Alors, monsieur le Premier ministre, dites les choses clairement : allez-vous l’emporter en retirant l’article 19, ou votre majorité le maintiendra-t-elle coûte que coûte ?
Eh oui ! Dites la vérité : allez-vous retirer cette mesure potentiellement dangereuse et particulièrement offensante pour les familles d’enfants atteints de trisomie ? (Applaudissements sur les bancs du groupe LR. – MM. Meyer Habib, Olivier Becht et Paul Christophe, ainsi que Mme Agnès Thill applaudissent également.) La parole est à M. le Premier ministre. J’ai, en effet, répondu tout à l’heure sur la question très importante du projet de loi relatif à la bioéthique. Je crois avoir alors précisé de la manière la plus claire… PMA postmoderne ! …quelle était la position du Gouvernement sur ce sujet, mais peut-être quelques interventions intempestives vous ont-elles empêché d’entendre l’intégralité de mon propos… (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LaREM et MODEM.) Ce n’est pas au niveau ! Ma position, qui est évidemment celle de l’ensemble du Gouvernement, consiste à demander, en deuxième lecture et dans le cadre des discussions qui se dérouleront normalement dans cet hémicycle, dans le respect des interventions de chacune et de chacun, d’en rester autant que possible au texte voté ici même en octobre 2019. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LaREM.) Voilà qui est clair, net et précis.
Le texte a fait l’objet d’une longue concertation et a été amplement débattu. Ce processus – et j’en félicite toutes celles et ceux qui y ont contribué – a permis de progresser par rapport au texte gouvernemental, en prenant en considération différentes contributions, y compris celles venant des bancs de la droite. C’est un texte équilibré, je le répète… Vous disiez le contraire il y a un mois ! …et je vous invite à ne pas remettre en cause cet équilibre. (Protestations sur les bancs du groupe LR.) C’est à votre majorité qu’il faut dire cela ! Veuillez écouter la réponse du Premier ministre, chers collègues ! La majorité, j’en suis persuadé, partagera cette volonté. Nous faisons face à la nécessité de comprendre les évolutions de notre société et de l’apaiser. Ce n’est pas ce que vous faites… Je pense, comme vous, que c’est ce chemin que vous suivrez dans quelques jours. Répondez sur l’article 19 ! J’écoute, dans la fonction qui est désormais la mienne, les évolutions de la société. Je m’inscris, avec la majorité parlementaire, dans une démarche de progrès. En quoi est-ce un progrès ? J’affermis l’autorité de l’État et la laïcité de la République. Je construis le dialogue social et la libération des territoires. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LaREM. – Exclamations sur les bancs du groupe LR.) C’est du bla-bla ! La parole est à M. Damien Abad. Monsieur le Premier ministre, je vous entends. Mais votre majorité est favorable à cet article, votre ministre des solidarités et de la santé a voté pour en première lecture, comme quasiment tous vos rapporteurs. Eh oui ! La question centrale qui se pose est la suivante : est-on aujourd’hui sûr et certain que cela ne nous mènera pas à cette dérive dont les Français ne veulent pas et qui serait terrible pour notre société ? (Applaudissements sur les bancs du groupe LR. Mme Agnès Thill applaudit également.) Au-delà de ce point, et puisqu’il est question de chimères, la bioéthique mérite mieux que des slogans : elle mérite de l’humilité. (Applaudissements sur les bancs du groupe LR. Mme Agnès Thill et M. Meyer Habib applaudissent également.)
La parole est à Mme Danielle Brulebois. Ma question s’adresse à M. le ministre des solidarités et de la santé. Les accords du Ségur de la santé, dont vous avez présenté les conclusions la semaine dernière, ont été quelque peu éclipsés le même jour par le plan de relance européen, un événement majeur et fondateur pour l’Europe qui nous est chère.
Les accords du Ségur de la santé sont pourtant eux aussi des accords historiques. Ils viennent reconnaître l’engagement de ceux qui nous soignent. Avec 8,2 milliards d’euros d’amélioration des salaires de l’hôpital public et privé, ce sont des sommes sans précédent qui viennent valoriser les métiers et l’engagement des soignants, en première ligne pendant la crise, dont je salue une nouvelle fois le dévouement exemplaire.
Ce n’est pas possible, c’est le Gouvernement qui a écrit la question ! Malgré toutes les promesses faites depuis des décennies, jamais un gouvernement n’aura autant fait en matière de reconnaissance de ces métiers de santé tellement essentiels pour notre société et pour chacun d’entre nous. C’est un rattrapage considérable que vous avez opéré par rapport à des années de retard et d’inaction.
Au-delà de la revalorisation des salaires, vous voulez faire confiance à l’hôpital et aux acteurs de terrain en consacrant 19 milliards à l’investissement pour améliorer la prise en charge des patients et le quotidien des soignants. Je vous ai fait parvenir les contributions des acteurs de santé du Jura que m’avez chargée de remercier. Je sais qu’ils ont retenu toute votre attention.
Pouvez-vous nous dire comment les élus locaux seront associés à l’appréciation des besoins en santé et comment sera redonné du pouvoir aux territoires en matière d’investissement ? L’annonce de l’ouverture de 4 000 lits et de la création de 15 000 emplois a suscité les plus grands espoirs. Comment ces décisions se déclineront-elles dans les groupements hospitaliers, les hôpitaux de proximité, les services d’urgence, les CPTS – les communautés professionnelles territoriales de santé – et les EHPAD de nos départements ruraux ?
Question impertinente ! Question difficile ! La parole est à M. le ministre des solidarités et de la santé. Fiche no 22 ! Madame la députée, je vous remercie pour votre question… Une question insolente ! …qui me permet de revenir sur les accords du Ségur et sur le contenu des propositions que nous avons formulées à l’issue d’un travail conduit sous l’égide du Premier ministre. Les soignants nous ont demandé la juste reconnaissance de leur travail. Ils ont demandé votre démission ! Nous avons donc débloqué 8,2 milliards d’euros par an pour revaloriser tous les salaires de tous les métiers de l’hôpital public, de l’hôpital privé et de tous les EHPAD, ce qui constitue une première. En outre, le montant attribué chaque année est quarante fois plus élevé que lors des derniers accords hospitaliers. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LaREM.)
Les soignants nous ont dit qu’ils manquaient de lits dans les hôpitaux, qu’il y avait des brancards dans les services d’urgences et qu’en raison des fluctuations de l’activité pendant les épidémies ou pendant les vacances notamment, dans les zones à forte densité de population, ils n’arrivaient plus à soigner correctement les patients. C’est pourquoi nous avons décidé d’ouvrir 4 000 lits à la demande. C’est la première fois depuis plus de quinze ans qu’un tel discours est tenu. (Mme Danielle Brulebois applaudit.) Oui, nous sommes capables de reconnaître qu’il peut manquer des lits et de décider alors d’en ouvrir. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LaREM.)
Les soignants nous ont dit qu’ils n’étaient pas assez nombreux pour procéder correctement aux soins, avec bientraitance, en prenant le temps d’être au chevet du malade et qu’en cas d’absence au sein des équipes, chacun était mobilisé, des infirmières devant passer d’un service à un autre. Nous avons répondu à ce problème en créant 15 000 postes de soignants supplémentaires, tout en redonnant de l’attractivité à ces métiers afin qu’il n’y ait plus de poste vacant dans les hôpitaux.
Les soignants nous ont dit qu’il y avait trop de bureaucratie, trop de normes, que c’était trop compliqué et qu’ils n’y arrivaient plus. Nous avons rendu facultatives un grand nombre de normes et de règles. Nous avons permis, là où cela était souhaité, la recréation des services hospitaliers afin d’assurer davantage d’actions de proximité.
Enfin, puisque vous m’interrogez sur la place des élus et des territoires, je souhaite que, lorsqu’un élu passe la porte d’une agence régionale de santé, il se sente chez lui.
(Exclamations sur les bancs du groupe LR.) Les ARS font un travail formidable. Nous devons renforcer leur présence au niveau départemental pour permettre une meilleure collaboration avec l’ensemble des élus afin que ces derniers participent pleinement aux politiques d’investissement et de développement de la santé dans les territoires. C’est aussi cela que prône le Gouvernement de Jean Castex. Nous l’avons fait. Vous êtes vraiment déconnecté ! Toujours des mots, rien que des mots ! Socialiste !
La parole est à M. Olivier Marleix. Chacun sur ces bancs, j’en suis sûr, pourrait faire siens les mots d’Aimé Césaire, qualifiant la traite et l’esclavage de « sauvagerie insurpassée au cours des siècles ». Chacun sur ces bancs regarde avec fierté le vote unanime qui fut celui de l’Assemblée nationale il y a tout juste vingt ans, à l’initiative de Mme Taubira, reconnaissant la traite et l’esclavage comme un crime contre l’humanité. (Applaudissements sur les bancs du groupe SOC et sur quelques bancs du groupe LaREM. – Mme Sylvia Pinel applaudit également.) Chacun sur ces bancs salue la décision de Jacques Chirac d’instituer une journée mémorielle le 10 mai et constate avec lui que « la République s’est construite avec le mouvement abolitionniste ». Enfin, nous avons aussi été nombreux, je crois, sur ces bancs, à saluer les propos du Président Macron, le 14 juin dernier, lorsqu’il affirmait : « La République n’effacera aucune trace ni aucun nom de son Histoire […] elle ne déboulonnera pas de statue ».
Il aura finalement fallu un petit mois seulement pour que la parole présidentielle atteigne sa date de péremption, puisque ce dimanche 26 juillet, à Fort-de-France, un petit groupe d’activistes a détruit, au terme d’un ultimatum, sous le regard passif de l’État – sous les fenêtres mêmes de la préfecture, monsieur le ministre de l’intérieur – une statue de Joséphine de Beauharnais.
Quel scandale ! Comment votre gouvernement, averti par ultimatum, a-t-il pu laisser faire ? Comment votre gouvernement, informé à l’avance, a-t-il pu laisser détruire un monument historique, se rendant juridiquement complice, par son abstention, d’un délit puni de dix ans de prison ? (Applaudissements sur les bancs du groupe LR.) Par quelle faiblesse avez-vous pu renoncer aussi vite à tenir une promesse du chef de l’État ? Où était, monsieur le Premier ministre, l’autorité de votre gouvernement dimanche dernier à Fort-de-France ? (Applaudissements sur les bancs du groupe LR. Mme Agnès Thill et M. Meyer Habib applaudissent également.) La parole est à M. le ministre de l’intérieur. Nous convenons évidemment que la République est l’institution qui a permis l’abolition de l’esclavage et qui a notamment accordé aux habitants des territoires ultramarins les mêmes droits qu’à ceux qui habitent sur le sol métropolitain. Comme vous, et comme l’ont fait plusieurs gouvernements, appartenant à différentes majorités, nous reconnaissons bien sûr que l’esclavage est une des choses les plus horribles que puisse commettre l’humanité.
Vous semblez d’accord avec les propos du Président de la République, c’est assez rare pour être souligné – cela a dû vous demander un effort important.
(Exclamations sur les bancs du groupe LR.) Lamentable ! C’est petit ! Quelle condescendance ! Je regrette que vous ayez perdu votre légendaire sens de l’humour collectif ! C’est de l’humour à deux sous ! En revanche, je ne suis pas d’accord avec le fait que vous attaquiez ainsi les représentants de l’État, qui ont fait leur travail en Martinique, à commencer par M. le préfet, que je veux ici saluer et remercier, et les forces de l’ordre qui ont protégé la préfecture au moment où un groupuscule incendiaire attaquait des bâtiments publics, en pleine journée, dès 9h30 le matin, justement pour qu’on en parle. Le préfet a non seulement condamné ces actes mais il a aussi déposé auprès de la justice les plaintes nécessaires à leur poursuite et est intervenu pour que, dans les rues de Fort-de-France, ne règnent pas le chaos et la violence au sein de la population. Qu’est-ce que ç’aurait été s’il ne l’avait pas fait ! On ne parle pas de cela mais de la statue ! C’est un aveu de laxisme ! Vous avez oublié de dire que ce groupuscule, suivi par les services du ministère de l’intérieur,… Nous sommes sauvés ! …s’en est également pris à la statue de M. Gandhi, le qualifiant de « négrophobe », ce qui prouve que ces extrémistes doivent être poursuivis et condamnés.
La Martinique n’a pas eu à rougir des représentants de l’État ni de leur intervention.
Cela n’a aucun rapport ! Vous ne faites rien ! Il est sans doute plus facile de faire des commentaires ici qu’à Fort-de France. La parole est à M. Olivier Marleix. La réalité, c’est que dimanche, vous avez laissé faire. Il n’y avait sur place ni forces de l’ordre ni corps préfectoral. En matière de sécurité, nous attendons moins de mots et plus d’action. Écoutez un peu plus les conseils de Nicolas Sarkozy. On n’en fait jamais assez. (Applaudissements sur les bancs du groupe LR.)
La parole est à Mme Cécile Untermaier. Le rapport remis par le GRÉCO, le groupe d’États contre la corruption du Conseil de l’Europe, publié le 9 janvier dernier, fait état de la persistance de « zones grises » au sein de l’exécutif en France. Ce n’est pas nouveau. Depuis le remaniement, votre gouvernement compte 43 ministres et secrétaires d’État et potentiellement 563 conseillers. Il n’y a plus de place sur ces bancs ! Les députés sont obligés de céder leur place ! Il s’agit sans doute du gouvernement le plus important en nombre… Depuis quinze ans ! …et au coût le plus élevé de la Ve République. Sa gouvernance exige de tendre vers une exemplarité d’autant plus difficile à garantir que le nombre d’intervenants est élevé. Aujourd’hui seules demeurent pour le Gouvernement les règles imposées par les lois du 11 octobre 2013. La déontologie a fait son entrée dans les grandes institutions, dans la magistrature et au sein des grandes collectivités territoriales comme de l’administration. Elle doit d’ailleurs, à mon sens, évoluer davantage vers le conseil que vers le contrôle.
En amont et en aval des obligations de déclaration d’intérêt et de patrimoine, les ministres sont confrontés au quotidien à des pressions et méritent, comme partout ailleurs, d’être accompagnés, prévenus, conseillés par une instance déontologique. Il s’agit d’éviter les affaires du passé – l’affaire Delevoye étant le dernier exemple en date – en détectant les situations de conflit d’intérêts, de déport en conseil des ministres ou dans les commissions et sans doute aussi en renseignant les frais de représentation, mais en évitant la tyrannie de la transparence.
Tel n’est pas le rôle du secrétariat général du Gouvernement mais d’une personne identifiée au sein de votre exécutif de façon responsable et transparente. L’Observatoire de l’éthique publique, présidé par René Dosière, a fait une proposition en ce sens qui a reçu un écho très favorable.
Allez-vous, monsieur le Premier ministre, vous engager dans cette voie d’une gouvernance introduisant pour la première fois cette culture déontologique de conseil et de prévention des risques ? Elle est, au demeurant, essentielle à la relation de confiance avec les citoyens.
(Applaudissements sur les bancs du groupe SOC et sur quelques bancs du groupe GDR.) La parole est à M. le garde des sceaux, ministre de la justice. Avant de vous répondre, je veux rendre hommage devant la représentation nationale, au nom du Gouvernement, en tant que garde des sceaux mais aussi en tant qu’ancien avocat, et finalement en tant que citoyen, à maître Gisèle Halimi, qui nous a quittés ce matin. (La plupart des députés applaudissent et se lèvent.) Toute sa vie, elle aura combattu, milité, défendu. Vite, il ne reste plus beaucoup de temps ! (Exclamations sur divers bancs.) Son obsession était la justice pour tous – peut-être devrais-je dire pour toutes. À cet instant, toutes mes pensées, et celles du Gouvernement, vont à sa famille et à ses proches. (Applaudissements sur de nombreux bancs.)
Vous savez que le pouvoir exécutif est doté par la loi depuis plusieurs années d’outils destinés à veiller au respect de la déontologie par les membres du Gouvernement. Je ne vous rappellerai pas les lois d’octobre 2013, de décembre 2016 ni de septembre 2017. Les lois n’ont cessé de renforcer les outils de prévention déontologique. La déontologie des membres du Gouvernement est placée sous le contrôle de la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique, chargée de superviser la procédure de vérification. Ce n’est pas la question ! Je vous réponds. Les membres du Gouvernement lui adressent ensuite leur déclaration de situation patrimoniale. Je tiens toutefois à rappeler qu’il est nécessaire que, sur ces questions, nous réfléchissions ensemble aux limites que nous souhaitons nous fixer. Répondez donc à la question ! Il est indispensable que les dirigeants du pays, ses plus hauts représentants, donnent l’exemple. On en parlera à Alexandre Benalla ! Mais il ne faudrait pas tomber dans les travers inverses, quand la transparence devient la « transperçance », qui décourage les générations prêtes à s’engager pour réformer notre pays, craignant pour leur vie privée, celle de leurs proches, et craignant d’être livrées à la vindicte populaire, comme jadis aux chiens. À quand, madame la députée, le déontologue de la déontologie ? (Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM et MODEM. M. Olivier Becht applaudit également.) Il a mis une cravate !
La parole est à M. Erwan Balanant. Merci, monsieur le garde des sceaux, pour vos mots envers cette combattante pour la République, les libertés et la justice qu’était Gisèle Halimi.
À la rentrée, nous allons examiner un texte important pour nos institutions, le projet de loi organique relatif au Conseil économique social et environnemental.
C’est important, ça ? Le CESE endosse principalement un rôle de conseiller du Gouvernement et du Parlement en vue de l’élaboration de la politique nationale en matière économique, sociale et environnementale. Or sa composition, ses modalités de fonctionnement et le rythme des réformes mettent à mal le plein accomplissement de ses missions.
Plus généralement, cette chambre, méconnue du grand public et souvent mal aimée des élus, voit son utilité remise en cause.
C’est un fromage de la République ! Pourtant, cette institution est un outil de consultation citoyenne primordial. Le récent succès de la convention citoyenne pour le climat, qui s’est déroulée dans le cadre du CESE, en est une illustration éloquente. Cette expérience démocratique inédite ouvre de nombreuses pistes de réflexion pour une rénovation démocratique.
En ce sens, le projet de loi organique dont nous débattrons à la rentrée prochaine est porteur d’une vraie ambition. Au-delà de sa mission actuelle, le CESE assurerait le traitement des pétitions dans un cadre modernisé. Surtout, il deviendrait le carrefour des consultations publiques. Ces évolutions seraient cruciales pour faire vivre la démocratie participative. C’est pour les députés du groupe du Mouvement démocrate et apparentés une des meilleures façons de réconcilier les Français avec la démocratie représentative, donc d’améliorer le fonctionnement de la démocratie tout court.
Vous êtes candidat au CESE ? Monsieur le ministre, au-delà de la réforme, ne devons-nous pas dessiner de nouvelles perspectives pour articuler la démocratie participative souhaitée par les Français et la démocratie représentative, pilier de notre République ? (Applaudissements sur les bancs du groupe MODEM et sur quelques bancs du groupe LaREM.) Balanant au CESE ! La parole est à M. le garde des sceaux, ministre de la justice. Je connais votre intérêt et d’ailleurs celui de tous, ici, pour cette question : j’étais moi-même hier devant vous pour vous demander d’adopter un projet de loi organique dont les dispositions nous permettront de débattre sur le fond dès le mois de septembre.
Le projet de loi organique relatif au CESE a pour vocation de donner de nouveaux moyens à cette assemblée consultative afin de renforcer, vous l’avez mentionné, la démocratie participative, qui a besoin d’oxygène.
C’est la démocratie tout court qui a besoin d’oxygène. Le CESE peut être l’instrument de ce renforcement. Le projet de loi organique ne modifie pas les compétences du CESE – il faudrait d’ailleurs, pour cela, modifier la Constitution. En revanche, il modifie les moyens mis à la disposition du CESE qui pourra notamment organiser la participation du public et s’adjoindre le concours de citoyens pour l’aider dans la préparation de ses avis.
La crise des gilets jaunes, le grand débat national, la convention citoyenne pour le climat l’ont montré : nos concitoyens aspirent à être mieux associés et à participer plus directement aux décisions publiques. Et nous devons répondre à cette attente.
C’est une tarte à la crème… Je tiens toutefois à vous rassurer sur un point essentiel : renforcer la démocratie participative ne signifie pas affaiblir la démocratie représentative dont vous êtes à la fois le symbole et les garants. « Symbole », c’est le mot. Le CESE est et demeurera une assemblée consultative composée de représentants… Non élus ! …des forces économiques et sociales du pays et chargée d’éclairer les pouvoirs publics sur les enjeux économiques, sociaux et environnementaux. Il n’y a donc aucune concurrence avec les assemblées du Parlement, composées de représentants élus de la nation,… Eh oui ! …qui votent la loi et contrôlent l’action du Gouvernement. Pas de concurrence en particulier avec l’Assemblée nationale devant laquelle le Gouvernement est responsable. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LaREM.)
La parole est à M. Pierre Dharréville. Jeudi dernier, une nappe de chlorure ferrique s’est écoulée dans la mer depuis le site pétrochimique Kem One de Lavéra. Cet incident a suscité une vive émotion.
Premièrement, la suppression des comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail, les CHSCT, n’est pas sans effets sur les enjeux de sécurité et de santé. Une proposition de loi existe pour, dans un premier temps, rétablir des instances dans les sites Seveso. À la suite de l’accident de Lubrizol et de tous les autres, je vous demande d’y réfléchir.
Ça n’a rien à voir ! Deuxièmement, après deux arrêtés de mise en demeure en 2019, la responsabilité de l’entreprise est engagée sur la maintenance et la surveillance. Avait-elle assez investi dans cette partie non productive des installations ? Au-delà de la société Kem One, dont il faut reconnaître qu’elle a réalisé des travaux importants ces dernières années, l’investissement dans l’outil industriel n’est souvent pas à la hauteur parce qu’il vient contrarier la quête de dividendes. L’État doit exiger les transformations nécessaires à la protection des salariés, de la population et de l’environnement ; or les leviers de l’intervention publique semblent insuffisants.
Troisièmement, vous avez écrit hier dans
Ouest-France , monsieur le Premier ministre, que « près du tiers des investissements prévus par le plan de relance […] sera directement dédié à la conversion écologique de notre économie ». Tout apport doit être conditionné et ne doit pas être utilisé pour maintenir le taux de rémunération des actions mais pour permettre à l’État de peser durablement. Tout appelle à une gestion démocratisée de ces fonds.
Au regard des enjeux économiques, écologiques, sanitaires et sociaux, les grandes concentrations doivent avoir une place particulière dans le plan. Je dépose donc la candidature d’un des plus grands sites industriels d’Europe, le port industriel de Fos-sur-Mer – y compris, d’ailleurs, pour y développer le fret.
(Applaudissements sur quelques bancs du groupe GDR.)
Nous voulons une transition écologique de l’industrie. Vous avez également écrit : « L’écologie à laquelle je crois est celle de l’action plutôt que de l’incantation. » Quelles suites allez-vous donner à l’incident de Lavéra ? Vous avez là une occasion à saisir. (Applaudissements sur les bancs du groupe GDR. – M. Boris Vallaud applaudit également.) La parole est à Mme la ministre de la transition écologique. On a en effet détecté, la semaine dernière, sur le site de l’exploitant Kem One, une fuite provenant d’un bac de production de chlorure ferrique. Cette fuite, qui a provoqué une pollution dans l’anse d’Auguette, a heureusement été circonscrite. J’ai eu l’occasion de m’entretenir dès vendredi avec le maire de Martigues, Gaby Charroux, que vous connaissez, à qui j’ai confirmé que le Gouvernement restait très vigilant quant aux suites à donner à cette affaire.
L’Inspection des installations classées s’est immédiatement rendue sur le site et a vérifié que l’exploitant déployait tous les moyens nécessaires pour supprimer la fuite – avant d’évoquer l’avenir, il convient de parer à l’urgence. Par précaution, la baignade a été interdite jusqu’à samedi dernier et a été de nouveau autorisée à partir d’aujourd’hui. À ce stade on ne constate aucune mortalité piscicole mais nous restons, j’y insiste, mobilisés.
Ainsi, la Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement, la DREAL, analyse les risques d’écotoxicité. Le préfet, pour sa part, a signé vendredi un arrêté d’urgence pour imposer à l’exploitant la mise en sécurité des installations, la remise dans les quinze jours d’un rapport d’accident, la surveillance, au cours des prochaines semaines, de l’impact de la fuite sur la partie terrestre de l’installation, la surveillance à court terme et à moyen terme de l’impact de la fuite sur la partie maritime et l’évaluation de cet impact sur les différents milieux, en lien avec un expert compétent et, bien sûr, le nettoyage des zones concernées – je vous assure que l’exploitant devra nettoyer les dommages causés et, comme le prévoit la loi, compenser, si nécessaire, les pertes en matière de biodiversité.
Je puis vous garantir, monsieur le député, que la plus grande transparence sera faite sur cette affaire et que nous allons profiter du plan de relance pour faire en sorte de concilier l’activité industrielle avec la préservation de l’environnement et avec le respect du climat. Nous allons y mettre les moyens.
(Applaudissements sur quelques bancs du groupe LaREM.)
La parole est à M. Jean-Jacques Ferrara. En l’absence de la ministre des armées, qui se trouve à Tarbes, ma question s’adresse au Premier ministre. Quoique l’on puisse penser du plan de relance européen, il a fait deux victimes : le fonds européen de la défense, fixé à 7 milliards d’euros contre 13 espérés, et l’espace, dont le budget est passé de 16 milliards d’euros espérés à 13 milliards et quelques. Il a raison ! Ces mauvaises nouvelles ont pour nous deux conséquences directes : d’une part, elles viennent percuter de plein fouet l’ambition affichée de l’Europe de conquérir son autonomie stratégique, objectif cher au Président de la République ; d’autre part, c’est autant de financements en moins pour nos industries de défense et spatiales, ce qui constitue une faute stratégique et une erreur économique. Ce constat, nous avons été plusieurs, quel que soit notre groupe d’appartenance, à le formuler au sein de la commission de la défense nationale et des forces armées.
L’industrie de souveraineté constitue l’un des meilleurs canaux de transmission de l’effort de relance : elle crée des emplois sans délais, elle tire vers le haut la recherche technologique, et elle est essentiellement nationale et européenne. Bien sûr, les plus candides préfèrent voir le verre à moitié plein : pour eux, après tout, une partie de ces financements sont inédits. Mais avec 7 ou 13 milliards d’euros, nous sommes bien loin des 300 milliards que l’administration américaine consacre à la défense.
Quel va-t-en guerre ! Comment, monsieur le Premier ministre, se réjouir de telles annonces ? Comment ne pas y voir une occasion manquée ? Comment, enfin, croire que la défense constitue bel et bien une priorité pour nos partenaires européens ? (Applaudissements sur les bancs du groupe LR. – M. Bertrand Pancher applaudit également.) La parole est à Mme la ministre déléguée chargée de la mémoire et des anciens combattants. Permettez-moi d’excuser Florence Parly qui se trouve à Tarbes pour rendre hommage au soldat hussard parachutiste Tojohasina Razafintsalama, pour lequel la représentation nationale a eu un moment d’émotion en début de séance. La reconnaissance de la nation est très importante pour nos armées, toujours très affectées dans ces moments difficiles. (Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM, MODEM et Agir ens. et sur de très nombreux bancs des autres groupes.) Le sacrifice suprême de nos soldats nous oblige.
Vous posez une question importante sur le fonds européen de la défense. D’abord, vous l’avez mentionné, il est inédit. La Commission européenne a proposé qu’il atteigne 13 milliards d’euros. C’était avant la crise du covid-19. Il serait finalement de 7 milliards,…
Eh oui… …ce qui correspond d’ailleurs à la dernière proposition de Charles Michel. Pour ma part, je vois le verre à moitié plein parce que c’est une création budgétaire vraiment historique pour ce qui concerne la défense. Elle nous permettra progressivement de travailler à notre autonomie stratégique au niveau européen, à des programmes d’innovation et de recherche toujours plus pertinents. Vous savez que la coopération structurée, à la base de nombreux projets de recherche dans la défense, pourra ainsi être financée. On en a un exemple avec le lancement récent de l’opération Takuba.
Pour le Gouvernement,…
C’est historique ! …c’est historique. (Sourires sur les bancs du groupe LR.) Nous allons bien entendu continuer, avec nos collègues européens, à promouvoir la défense européenne. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LaREM.) Ça manque un peu de lucidité ! La parole est à M. Jean-Jacques Ferrara. Je tiens à vous faire part de ma crainte : il ne faudrait pas que ces fonds européens ponctionnent les budgets nationaux des États membres au détriment de la défense. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LR.)
La parole est à Mme Danièle Obono. Les enfants sont les principales victimes des violences sexuelles. Chaque année, 130 000 filles et 35 000 garçons subissent viols et tentatives de viols. Une fille sur cinq et un garçon sur treize en sont victimes. On sait que 81 % de l’ensemble des violences sexuelles débutent avant l’âge de 18 ans, 51 % avant 11 ans, 21 % avant 6 ans. Or ni la société ni les institutions ne sont à la hauteur face à ces crimes.
Pour plus de deux tiers des victimes, le fait d’avoir parlé n’a entraîné aucune conséquence.
Leur prise en charge médico-psychologique est notoirement insuffisante, tout comme la protection judiciaire et les suites données à ces crimes.
Gabriel Matzneff, mis en cause par Vanessa Springora, qui a subi ses abus à l’âge de 14 ans, a sévi pendant des décennies en toute impunité, au vu et au su dudit beau monde. Non seulement cela, mais il a été encensé et célébré pour avoir écrit des livres où il glorifiait ses crimes. En 2013, il a ainsi reçu le prix Renaudot essai, qu’il considère comme une récompense pour l’ensemble de son œuvre dont je nous épargnerai la lecture de certains passages.
En 2019, il a fallu plusieurs semaines pour que, sous la pression d’associations, le parquet se saisisse du dossier du pédocriminel Jeffrey Epstein, dont les ramifications françaises sont pourtant connues depuis plusieurs années.
Le silence et l’impunité sont les meilleures armes des prédateurs. Il faut y mettre un terme.
Monsieur le ministre de la justice, daignerez-vous répondre, cette fois, à la question que je vous ai posée la semaine dernière lors de votre audition en commission des lois, concernant la politique que vous comptez mener et les moyens que vous comptez employer pour assurer que justice soit rendue aux victimes de ces crimes ? Êtes-vous prêt à envisager de soutenir la proposition que nous avons déposée concernant la présomption simple de non-consentement qui, en renversant la charge de la preuve en faveur des enfants victimes de violences sexuelles, constituerait un progrès notable du droit ?
(Applaudissements sur les bancs du groupe FI.) La parole est à M. le garde des sceaux, ministre de la justice. La justice n’est jamais aussi grande que lorsqu’elle se préoccupe du sort des tout-petits. Et les enfants sont les tout-petits. Que ce soit au travers des différentes législations, y compris celle que vous appelez de vos vœux, ou de la future loi sur la bioéthique, les tout-petits méritent toute notre attention. Il y a des progrès à faire ! Cela étant, il existe déjà plusieurs dispositions qui ne demandent qu’à être appliquées, des textes qui répriment les comportements des pédocriminels ou des pédophiles et qui prévoient un suivi socio-judiciaire à leur sortie de prison. Il existe aussi, que vous le vouliez ou non, des mesures qui protègent les enfants, et c’est heureux.
Vous proposez ni plus ni moins qu’un renversement de la charge de la preuve. Une telle idée a déjà fleuri dans quelques esprits, mais elle est impossible à appliquer. En revanche, il est possible d’être très attentif au recueil de la parole de l’enfant. Je pourrais vous en parler longuement car j’ai beaucoup travaillé, après l’affaire d’Outreau, sur la manière dont il convenait de recueillir la parole des enfants. Il faut qu’interviennent des magistrats, des policiers, des gendarmes extrêmement compétents, spécialement formés à cette tâche, tant il est vrai que celle-ci est éminemment complexe et délicate.
Sachez que, contrairement à ce que vous pouvez dire, notre justice ne laisse pas filer ceux pour lesquels il est avéré qu’une preuve de leur culpabilité a été recueillie dans un processus judiciaire qui, permettez-moi de vous le dire respectueusement, madame, nous honore.
(Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM et Agir ens.) La parole est à Mme Danièle Obono. Il ne s’agit pas de moi, il s’agit des milliers et des milliers de victimes qui témoignent régulièrement sur les réseaux sociaux (Exclamations sur les bancs du groupe LaREM) des faillites et des défaillances de la justice. Il est question de la parole des enfants devenus adultes qui n’ont que ces réseaux pour s’exprimer… Merci, madame la députée.
La parole est à M. François Jolivet. (Vive discussion hors micro entre Mmes Danièle Obono et Sonia Krimi.) Mesdames, si vous avez une discussion à mener, vous sortez. Sinon, vous écoutez l’orateur, qui a seul la parole. Monsieur le ministre de l’intérieur, « la garantie des droits de l’homme et du citoyen nécessite une force publique ». C’est le principe qu’a posé le législateur de 1789. Pour lui, sans sécurité, pas de libertés.
La force publique, aujourd’hui baptisée « forces de l’ordre » ou « forces de sécurité intérieure », rassemble des femmes et des hommes qui ont pour mission de rassurer, de protéger et de sauver. De tout temps, en tout lieu, sur tous les fronts, elles agissent.
Sur le front de l’ordre public, elles font face à des situations violentes. L’usage récent de mortiers d’artifice contre elles en témoigne. À la fin des manifestations, les actes violents deviennent récurrents.
Sur le front de la sécurité du quotidien, elles deviennent des cibles.
Sur le front social, elles sont le réceptacle de bien des malaises individuels ou collectifs. Par ailleurs, elles sont devenues les otages d’un magma médiatique et politique les jugeant et les condamnant, avant même l’ouverture d’enquête.
Si les dérives de quelques-uns ne sont pas contestables, cela ne doit pas jeter l’opprobre sur la très grande majorité d’entre eux. Cette majorité a besoin d’être rassurée et de retrouver le sens de sa mission et de sa vocation. Elle a besoin de votre soutien, monsieur le ministre, et de celui du Gouvernement.
Jérôme, Mathias, Alexis, Maggy, Pascal, Matthieu, Ludovic, Frédéric, Olivier, Marielle sont les prénoms, parmi d’autres, de policiers qui ont mis fin à leur vie.
Parce que le métier évolue beaucoup, la prise en compte du risque de suicide doit devenir un souci permanent de l’ensemble de la chaîne hiérarchique. Le suicide d’un membre des forces de l’ordre ne doit pas devenir une habitude sourde.
Monsieur le ministre, comment comptez-vous redonner un sens et une lisibilité à l’action des forces de l’ordre et prévenir le risque de suicide de celles et ceux qui nous protègent ?
(Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LaREM et sur quelques bancs des groupes UDI-I, LT et Agir ens.) La parole est à M. le ministre de l’intérieur. Comme nombre de professions, les forces de l’ordre connaissent des difficultés. Mais certaines de ces difficultés, propres à leur métier, ont des conséquences très importantes sur leur vie personnelle et familiale, ce qui les amène souvent à s’interroger sur leur engagement et, parfois, dans des circonstances particulièrement dramatiques, à mettre fin à leurs jours.
Mes prédécesseurs, sous plusieurs gouvernements, ont essayé d’endiguer ce problème. Celui-ci est d’autant plus aigu que les cycles horaires des policiers et des gendarmes, la violence à laquelle ils sont confrontés, ainsi que les mutations, notamment à la sortie de l’école qui les envoient loin de leur famille, souvent jeune, accroissent le risque de dépression. Nous devons absolument apporter une réponse.
Beaucoup a été fait, mais beaucoup reste à faire. Parce que les blessures, les agressions et les attaques, qu’elles soient physiques ou verbales, sont l’une des raisons pour lesquelles les policiers et les gendarmes peuvent mettre fin à leurs jours, ils doivent pouvoir en parler à leur hiérarchie et au ministère de l’intérieur. C’est la raison pour laquelle un dispositif élaboré par mon prédécesseur sera instauré, après concertation avec les syndicats, dès le début du mois prochain ; il permettra aux policiers et aux gendarmes victimes de joindre, par téléphone ou par télédéclaration, à toute heure, une personne du ministère de l’intérieur afin de bénéficier d’un accompagnement bien plus individuel qu’il ne l’est aujourd’hui dans leurs difficultés personnelles ou professionnelles.
Vous l’avez dit, monsieur Jolivet, il nous faut, outre notre soutien, donner du sens à l’action des agents du service public qui sacrifient parfois leur vie pour nos concitoyens. Entre le policier et celui qui commet des actes contraires aux lois de la République, nous choisirons toujours le policier.
(Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LaREM.)
La parole est à M. Sébastien Chenu. Le plan de relance adopté par l’Union européenne est pour la France le pire accord possible. (Exclamations sur les bancs du groupe LaREM.) Il signifie un endettement colossal et une tutelle budgétaire renforcée ; il ouvre la voie à un futur impôt européen. Comment qualifier d’historique un accord qui sonne comme un échec personnel du président Macron, bien incapable de négocier avec nos partenaires européens et impuissant à défendre l’intérêt de la France, qui le motive si peu ? (Mêmes mouvements.) Vous ne croyez pas vous-même à ce que vous dites ! Si tout plan de relance nécessite d’investir et de dépenser, il n’y avait aucune obligation de recourir à une dette commune. Nous subissons la double peine : d’un côté, nous devrons contribuer à un fonds tout en perdant la maîtrise de l’affectation de ses financements ; de l’autre, nous serons contributeurs déficitaires, c’est-à-dire que nous continuerons à payer pour les autres, en particulier ceux qui ont fait le choix de réindustrialiser leur pays.
En ne touchant que 40 milliards d’euros, la France est le dindon de la farce. Elle contribue au budget européen à hauteur de 17 %, mais elle ne percevra que 10 % des aides.
L’emprunt commun endettera lourdement les jeunes générations. En outre, de l’aveu même du ministre de l’économie, des finances et de la relance, nul ne connaît la clé de répartition du remboursement au niveau européen.
Cet accord est au mieux aventureux, au pire inconséquent. Emmanuel Macron s’apprête donc à restreindre nos capacités financières et à renforcer notre dépendance budgétaire, au nom du fédéralisme européen, son grand fantasme. Avec ce plan d’endettement, nous nous lions les pieds et les poings pour très longtemps. Nos intérêts sont sacrifiés. Vous effacez encore un peu de France.
Oui, cet accord est le pire de notre histoire, le pire de l’histoire de l’Union européenne pour la France. Monsieur le Premier ministre, comment comptez-vous assumer un accord qui mutile financièrement la France et sacrifie les jeunes générations au nom d’une vision idéologique complètement dépassée ?
(Applaudissements parmi les députés non inscrits.) La parole est à M. le secrétaire d’État chargé des affaires européennes. Encore un ami de Macron et un haut fonctionnaire de l’Élysée ! Votre question me donne l’occasion de revenir sur un accord que je qualifierais – puisque vous n’aimez pas le terme « historique » – d’inédit. Au fond, vous n’aimez pas l’Europe, même quand elle réussit, parce que vous n’aimez pas que la France soit forte en Europe. (Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM, MODEM et Agir ens.)
Un tel plan de relance n’avait jamais été obtenu. C’est un succès que nous devrions célébrer collectivement parce que le plan permettra d’apporter 750 milliards d’euros à l’Union européenne dans son ensemble – presque 400 milliards d’euros de subventions budgétaires immédiates à partir de la fin de cette année et, vous l’avez dit, au moins 40 milliards d’euros pour la France, sans doute beaucoup plus, parce qu’il s’agit d’une partie seulement du plan de relance. On verra ! Le Président de la République, avec le soutien, je pense, de l’ensemble des députés siégeant sur ces bancs, a également négocié un budget qui préserve plusieurs intérêts majeurs pour le pays.
Il s’agit, d’abord, de la politique agricole commune.
(Mêmes mouvements.) Il y a deux ans, on parlait d’une baisse de 15 milliards d’euros. Nous nous sommes battus, aux côtés du ministre de l’agriculture et de l’alimentation, et les revenus pour les agriculteurs français sont désormais garantis pour sept ans. On verra ! Je mentionnerai également les sommes supplémentaires obtenues pour les régions d’outre-mer, qui seront aussi une force pour la France dans les années à venir.
La France est le troisième bénéficiaire du plan de relance. L’argent sera disponible immédiatement. Et il n’est pas vrai que cela augmentera les impôts des Français, ni ceux des entreprises. Vous pouvez le répéter tant que vous voulez, monsieur Chenu, ce n’est pas vrai, parce que nous avons obtenu la création de ressources nouvelles, alimentées par ceux qui profitent de l’Europe et qui ne paient rien aujourd’hui,…
(Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LaREM) Qui va payer ? Vous empruntez sans rembourser ? C’est nouveau ! …les entreprises du secteur du numérique, les entreprises polluantes qui exportent vers l’Europe et ne respectent pas nos standards environnementaux.
C’est un succès européen, que nous devrions célébrer ensemble…
Qui va rembourser ? Monsieur Cordier, s’il vous plaît ! …car 40 % du plan de relance français sera in fine financé par l’Union européenne. Mensonge ! Cela n’a jamais été fait, alors essayons de revendiquer cette réussite collectivement.
Il s’agit de ma première réponse lors des questions au Gouvernement, et je tiens à dire ma fierté d’être devant la représentation nationale.
(Vifs applaudissements sur les bancs des groupes LaREM, MODEM et Agir ens.)
Avant de vous céder la parole, monsieur Taugourdeau, je tiens, au nom de la représentation nationale, à vous adresser mes félicitations pour votre élection en qualité de maire de Beaufort-en-Anjou et à vous souhaiter un plein succès à la tête de la municipalité. (Applaudissements sur les bancs du groupe LR ainsi que sur plusieurs bancs du groupe LaREM et sur quelques bancs des groupes LT et Agir ens.) Encore une victoire pour LR aux municipales ! Vous n’avez pas eu à féliciter beaucoup de députés du groupe LaREM, monsieur le président ! Aucun ! Je vous remercie, monsieur le président.
Monsieur le Premier ministre, c’est avec une émotion sincère que je prends la parole, pour la dernière fois, dans notre hémicycle. Élu à quatre reprises depuis 2002, je mesure, au terme de mon mandat, combien la situation économique de notre pays n’a, malheureusement, guère évolué.
Je vous entends dire, et vous avez raison, qu’il est urgent et nécessaire de relancer l’économie et la création de richesses. C’est ce que l’on entend, mais ce n’est pas ce qui se passe sur le terrain, dans ma circonscription 100 % rurale.
Quand je lis ce dimanche dans la presse que quarante-sept agriculteurs du bassin de l’Authion, au cœur de ma circonscription, ont été verbalisés pour le dépassement de leur quota d’eau pendant la canicule de 2019, les bras m’en tombent !
C’est scandaleux ! Les amendes vont de 800 à 7 500 euros. La covid-19 serait-elle déjà oubliée ?
Bien sûr, la confiance n’exclut pas le contrôle, mais comment notre administration, votre administration – la police de l’eau – peut-elle continuer à sanctionner sans apprécier la situation ?
Je conçois notre rôle de législateur comme celui d’un accompagnateur et d’un facilitateur, non comme le verbalisateur et l’auteur d’un carcan juridico-administratif, illisible, incompréhensible, injuste, parfois jusqu’à en être stupide, mais toujours prompt à sanctionner !
J’ai toujours plaidé pour une formation du législateur, parce que la loi est écrite par les juristes alors que le législateur parle comme tout le monde. Les deux ne se comprennent pas. Le même mot a un sens au tribunal et un autre au café du village.
Monsieur le Premier ministre, je vous invite à venir dans ma circonscription constater la gravité de l’accident subi, malheureusement, par la ruralité. Pour un fait divers grave, tout le monde se déplace. Pour l’accident de quarante-sept agriculteurs, j’aimerais que vous le fassiez. Mon adresse est facile à retenir : ma circonscription est la 49.3 !
(Applaudissements sur les bancs du groupe LR.) La parole est à Mme la ministre de la transition écologique. C’est le ministre de l’agriculture qui devrait répondre ! Je vous félicite pour votre élection ainsi que pour votre engagement constant au sein de l’Assemblée nationale.
Je suis très attachée à ce que les liens puissent être renoués entre la police de l’eau et le monde agricole. Nous avons besoin de travailler ensemble et d’asseoir tout le monde autour de la table dans les territoires pour avancer sur la question de l’eau, essentielle pour notre avenir commun.
Nous devrons partager l’eau. Certains territoires, vous êtes bien placé pour le savoir, souffrent de sécheresse ou de tensions sur l’utilisation de l’eau. Or tout le monde doit avoir accès à la ressource.
La police de l’eau doit aider, informer et soutenir les agriculteurs, mais elle ne peut pas le faire toute seule. Certaines mesures ont été instaurées : les agences de l’eau aident ainsi les agriculteurs à s’équiper ; des contrats de territoire « eau et climat » ont été ou seront prochainement signés.
Les députés Frédérique Tuffnell et Loïc Prud’homme, que je salue, ont remis récemment un rapport sur la gestion des conflits d’usage en situation de pénurie d’eau. Ils proposent des solutions que nous allons étudier de très près pour améliorer la situation. Les agriculteurs ont eux aussi leur part de travail à réaliser, afin de mieux économiser l’eau.
Je le répète, nous ne ferons rien seuls ; nous ne ferons rien en opposant les uns aux autres. Nous relèverons ensemble ce défi majeur – nous le voyons avec les incendies, l’eau est notre avenir à tous – et vous pouvez compter sur le Gouvernement pour aider à la réussite commune.
Annulez les amendes ! La parole est à M. Jean-Charles Taugourdeau. Je vous recevrai avec grand plaisir dans ma commune de Beaufort-en-Anjou, madame la ministre, et je vous montrerai l’environnement agricole. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LR. – M. Thierry Benoit applaudit également.)
La parole est à Mme Albane Gaillot. Monsieur le Premier ministre, « L’acte de procréation est l’acte de liberté par excellence, la liberté entre toutes les libertés, la plus fondamentale, la plus intime de nos libertés. Et personne, […] personne n’a jamais pu obliger une femme à donner la vie quand elle a décidé de ne pas le faire. » C’est ainsi que Gisèle Halimi concluait, en 1972, sa célèbre plaidoirie du procès de Bobigny. Une immense féministe nous a quittés aujourd’hui ; nous savons ce que nous lui devons.
À l’heure où le droit à l’avortement est mis en danger aux quatre coins du monde, nous lui devons de poursuivre ce combat, de lutter contre toutes les formes d’obscurantisme quelles qu’elles soient, de préserver la plus intime de nos libertés. Nous lui devons de ne jamais nous résigner.
Plus de quarante ans après le vote de la loi Veil dans cet hémicycle, le droit à l’avortement est mis en danger, par le manque d’ambition concrète des politiques publiques en matière d’éducation à la sexualité, par les nombreuses fermetures d’établissements spécialisés dans la pratique de l’IVG – l’interruption volontaire de grossesse –, qui créent de larges disparités entre les territoires, et par la clause de conscience spécifique à l’IVG, qui consacre l’avortement comme un acte à part.
Mes chers collègues, chacun de ces obstacles peut être levé par une adaptation, à la marge, de notre droit. Parce que nous considérons qu’une liberté aussi fondamentale que le droit à l’avortement doit dépasser les clivages politiques, nous avons déposé, le 15 juillet dernier, une proposition de loi transpartisane visant à améliorer l’effectivité du droit à l’avortement.
Monsieur le Premier ministre, ma question est simple : partagez-vous notre constat sur l’effectivité du droit à l’avortement et soutiendrez-vous cette proposition de loi pour que la France s’impose comme l’un des pays les plus progressistes en la matière ?
(Applaudissements sur les bancs des groupes EDS, FI et GDR ainsi que sur plusieurs bancs du groupe SOC.) La parole est à M. le ministre des solidarités et de la santé. Madame la députée, vous venez de parler de Gisèle Halimi. Mon dieu, la vie de cette femme ! Durant toute sa vie, elle a été bousculée partout où elle se trouvait, précisément pour avoir voulu bousculer nos consciences. Toute sa vie, elle a pris des risques. Toute sa vie, elle a su anticiper avec ferveur, conviction et talent tous les grands débats qui traverseraient un jour la société.
En 1972, elle se bat pour que l’IVG ne soit plus considérée comme un crime. Il a fallu deux ans pour que le Parlement emprunte ce chemin, dans les conditions que l’on connaît aujourd’hui. En 1978, elle se bat pour que le viol soit reconnu comme un crime. Il a fallu à nouveau deux ans pour cela soit traduit dans la loi. Imaginez que c’était l’année de ma naissance !
Ce n’est pas si vieux ! Il est des combats qui sont difficiles à mener au moment où ils sont menés – parfois par des hommes, souvent par des femmes. Il est toujours intéressant et parfois émouvant de constater que, dix, vingt, trente ou quarante ans plus tard (M. le ministre se tourne vers la droite de l’hémicycle) , l’objet de ces batailles finit par faire consensus.
Nous pouvons tous relire les écrits de Gisèle Halimi sur l’IVG, qui remontent à 1972. Nous constatons, en entendant des débats qui peuvent encore avoir cours ou en voyant, dans le métro, certaines campagnes honteuses de publicité – il y en avait une encore au mois de janvier dernier –, que les combats ne sont jamais gagnés définitivement et qu’il nous faut les poursuivre avec conviction.
Alors, agissez ! On peut compter sur de grandes femmes comme Gisèle Halimi et sur la ferveur d’un Parlement qui croit aux avancées sociales et sociétales.
Madame la députée, en tant que membre du Gouvernement, ministre des solidarités et de la santé, je défendrai bec et ongles, en toutes circonstances, tous les droits des femmes, dont, évidemment, le droit d’avorter, le droit pour les femmes de disposer pleinement de leur corps. Nous devons travailler ensemble sur ces questions, encore et encore. Nous ne devons jamais en parler au passé.
(Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM.) La parole est à Mme Albane Gaillot.

Mme Albane Gaillot.