XVe législature
Session ordinaire de 2017-2018

Séance du jeudi 16 novembre 2017

L’ordre du jour appelle la suite de la discussion de la seconde partie du projet de loi de finances pour 2018 (nos 235, 273). Nous abordons l’examen de la mission « Économie » et des crédits relatifs aux comptes spéciaux « Accords monétaires internationaux » et « Prêts et avances à des particuliers ou à des organismes privés » (n273, annexes 20, 21 et 22 ; n264, tomes VIII, IX, X et XI ; n275, tome VI).
La parole est à M. le ministre de l’économie et des finances.
Madame la présidente, mesdames et messieurs les députés, je suis heureux de vous retrouver après cette très courte nuit pour l’examen des crédits relatifs à la mission « Économie » et aux comptes spéciaux « Accords monétaires internationaux » et « Prêts et avances à des particuliers ou à des organismes privés ».
J’aimerais d’abord remettre en perspective cette mission pour insister sur les choix économiques du Gouvernement. Notre choix fondamental consiste à transformer en profondeur l’économie française pour permettre à nos entreprises de grandir et de conquérir les marchés extérieurs, par une politique qui est résolument une politique de l’offre : nous voulons améliorer l’offre de produits français, l’offre de la production française.
Cela passe évidemment par toutes les orientations fiscales que nous avons fait voter : le prélèvement forfaitaire unique, la baisse de l’impôt sur les sociétés, la suppression de l’impôt de solidarité sur la fortune. Cela passe également par la pérennisation du crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi, que nous aborderons plus tard dans la journée. Cela passe enfin par des choix résolument conquérants dans le domaine de l’innovation. Le maintien du crédit d’impôt recherche et l’instauration du fonds pour l’innovation de rupture, doté de 10 milliards d’euros, servent ces objectifs volontaristes en matière d’innovation et donc d’investissement.
Cette politique volontariste se poursuivra au travers du projet de loi pour la transformation des entreprises, sur lequel beaucoup d’entre vous travaillent déjà, ce dont je tiens à les remercier.
J’en viens au rappel des grandes masses budgétaires de la mission « Économie ».
Avec un peu moins de 1,9 milliard d’euros en crédits de paiement et 2,1 milliards en autorisations d’engagement, les moyens de cette mission sont stables par rapport à la loi de finances initiale pour 2017.
La masse salariale représente un peu moins de 50 % des crédits de cette mission, pour 12 017 agents. Il s’agit principalement des effectifs de la direction générale des entreprises, de la direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes – à la fois en administration centrale et en région, par l’intermédiaire des DIRECCTE –, de l’INSEE, de la direction générale du Trésor et de la direction de la législation fiscale. Sont prévues 182 suppressions d’emplois, ce qui représente un taux d’effort de 1,5 % et témoigne de la contribution de la mission à la maîtrise des effectifs de la fonction publique d’État. J’ai eu l’occasion de rencontrer les représentations syndicales en début de semaine pour leur faire part de ce chiffre et leur en expliquer la motivation.
À travers ces directions et les crédits hors personnel dont elles disposent, la mission « Économie » propose aux petites et moyennes entreprises et aux entreprises artisanales différents dispositifs d’accompagnement et de soutien. La mission finance en particulier l’action de Bpifrance en matière de financement des PME par la garantie de prêts bancaires, dont le financement a été consolidé cette année, et en matière d’assurance à l’exportation, un domaine dont le rôle est de plus en plus important dans un monde instable et face à des crises multiples. Elle finance également l’agence Business France, qui aide les PME à ouvrir de nouveaux marchés à l’exportation.
Au sein de la mission « Économie » figure le programme 343 « Plan ’France Très haut débit’ », vers lequel le financement approprié bascule progressivement. Vous savez quelle importance nous accordons au développement du très haut débit. Je rappelle nos objectifs et le calendrier : un bon débit pour tous en 2020, un très haut débit pour tous à l’échéance 2022. Je vous annonce aussi que nous travaillons sur des solutions nouvelles pour couvrir notamment les territoires ruraux les plus isolés grâce à une offre française en matière satellitaire.
Ça ne marche pas ! Ce peut être une solution pour ces territoires isolés ; en tout cas, nous étudierons tout ce qui permettra d’atteindre cet objectif afin de pouvoir investir, désenclaver les territoires et y créer des emplois.
Au titre de nos choix économiques, je tiens à vous annoncer que le Gouvernement déposera un amendement de 1,7 milliard d’euros en autorisations d’engagement pour financer le programme d’infrastructure Charles de Gaulle Express. Ce prêt donnera lieu à des crédits de paiement à compter de 2019. L’objectif est de disposer de la visibilité nécessaire s’agissant du financement de ce grand projet d’infrastructure.
(Applaudissements sur les bancs des groupes REM et MODEM.) La parole est à M. Xavier Roseren, rapporteur spécial de la commission des finances, de l’économie générale et du contrôle budgétaire. Madame la présidente, monsieur le ministre de l’économie et des finances, mesdames et messieurs les rapporteurs, mes chers collègues, l’économie française retrouve une vitalité dont témoignent la création nette de 300 000 emplois et le redémarrage progressif de l’investissement. Cette conjoncture favorable doit nous pousser à engager de grands chantiers afin de repenser notre système économique, de l’adapter aux réalités et de lever les freins qui l’empêchent aujourd’hui d’atteindre tout son potentiel.
Telle est la voie que nous empruntons, avec le Gouvernement et la majorité, par le biais d’un ensemble cohérent de réformes. Nous en avons vu les prémices dès cet été, avec les ordonnances portant sur le dialogue social, et ce travail continue aujourd’hui avec le PLF et le PLFSS, traduction budgétaire des politiques publiques que nous entendons mener pour lutter contre le chômage, développer notre économie, protéger les plus fragiles et faire face aux défis d’aujourd’hui et de demain.
La mission « Économie », dont je suis, avec Olivia Gregoire, rapporteur spécial pour le développement des entreprises et les régulations, tend à engager un effort massif, à la fois fiscal et budgétaire, en faveur des entreprises.
Concernant la fiscalité, l’effort est inédit.
Le crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi – CICE –, attaché au programme 134 de la mission, devrait atteindre 20,9 milliards d’euros en 2018, en augmentation de 4 milliards par rapport à 2017. Sa transformation en baisse de cotisations sociales dès 2019 permettra d’installer durablement l’effort fiscal en faveur des entreprises, de simplifier les procédures, mais aussi d’intégrer au dispositif des secteurs qui en étaient jusque-là exclus, en particulier celui de l’économie sociale et solidaire.
La baisse de l’impôt sur les sociétés, dont le taux devrait atteindre 25 % en 2022, est engagée dès 2018. Un effort particulier est fait en faveur des PME, puisque le taux normal d’impôt sur les sociétés – IS – passe de 33 % à 28 % pour les 500 000 premiers euros de bénéfice.
Enfin, la libération de la fiscalité sur le capital permettra d’orienter l’épargne vers les entreprises, notamment les plus petites. C’est cette logique qui guide la transformation de l’impôt sur la fortune – ISF –en impôt sur la fortune immobilière – IFI – et l’instauration du prélèvement forfaitaire unique – PFU.
Cet ensemble de mesures participe ainsi à la création d’un écosystème plus favorable, plus stable et plus lisible, qui accroîtra l’attractivité de l’économie française.
Le second pilier, d’ordre budgétaire, appelle une analyse en deux temps qui distingue les crédits de la mission « Économie » et ceux du Grand plan d’investissement.
Au titre du seul programme 134, ce sont 1,02 milliard d’euros en autorisations d’engagement et 983 millions d’euros en crédits de paiement qui sont prévus pour 2018, soit, là encore, une stabilité des crédits par rapport à 2017. La loi de programmation des finances publiques prévoit cependant que les crédits de la mission seront accrus pour atteindre 2,1 milliards dès 2020.
Les crédits du compte de concours financiers « Prêts et avances à des particuliers et à des organismes privés », rattaché à la mission « Économie », demeurent stables, à 100 millions d’euros. Ils permettent notamment d’abonder le fonds de développement économique et social – FDES –, qui accorde des prêts aux entreprises en difficulté.
En dehors du périmètre de la mission « Économie », l’engagement du Gouvernement en faveur du dynamisme de l’économie française s’appuiera également sur le Grand plan d’investissement de 57 milliards d’euros qui sera lancé en 2018.
Dans le domaine de l’innovation et du soutien aux entreprises, ce sont 3,5 milliards qui seront débloqués pour soutenir l’excellence scientifique française et 4,6 milliards qui seront alloués au soutien à l’innovation dans les entreprises. En parallèle, le fonds pour l’innovation de rupture, doté de 10 milliards, viendra soutenir les technologies de rupture pour préparer l’économie française aux grandes évolutions à venir.
Enfin, la prochaine loi sur les entreprises, baptisée PACTE – plan d’action pour la croissance et la transformation des entreprises – comportera différents dispositifs relatifs à la création et à la transmission d’entreprises, au financement de l’économie, à la simplification des relations entre les entreprises et les administrations, aux aides à l’export ainsi qu’à l’intéressement et à la participation. Ce projet de loi viendra compléter les réformes déjà engagées à ce jour.
Je salue la méthode innovante employée pour le préparer, gage de notre volonté de concertation, avec la constitution de six binômes composés chacun d’un chef d’entreprise et d’un parlementaire, et le lancement d’une consultation citoyenne en ligne. Ce nouveau modèle de construction des lois permet d’ouvrir un dialogue constructif entre l’ensemble des acteurs.
Pour toutes ces raisons, nous appelons à voter les crédits de la mission « Économie ».
(Applaudissements sur les bancs des groupes REM et MODEM.) La parole est à M. Nicolas Forissier, rapporteur spécial de la commission des finances, de l’économie générale et du contrôle budgétaire. Il me revient au nom de la commission des finances d’intervenir brièvement sur le commerce extérieur et l’internationalisation de nos entreprises, qui font l’objet, d’après le document de politique transversale qui nous a été remis pour la première fois cette année, de douze programmes différents – là aussi, des réformes semblent s’imposer.
Le périmètre strict de mon rapport est plus réduit puisqu’il concerne l’action 07 du programme 134 de la mission « Économie » gérée essentiellement par le ministère de l’économie, bien que la compétence relève du ministère des affaires étrangères, pour un montant total de crédits de 154 millions en autorisations d’engagement et 155 millions de crédits de paiement.
Cette action a deux composantes principales. Première composante : la subvention pour charges de service public de Business France, qui se monte à 95,26 millions cette année, en baisse de 2,5 millions par rapport à la programmation 2017. En prenant en compte l’ensemble des subventions publiques de Business France, y compris celles délivrées par le ministère de la cohésion des territoires et par le ministère de l’agriculture, elles sont en baisse de 2,6 %. Business France a subi une baisse de ses crédits de 20 % ces cinq dernières années, ce qui me paraît préoccupant.
Deuxième composante importante : la rémunération de Bpifrance Assurance Export au titre de ses prestations réalisées pour le compte de l’État, fixée à 58,6 millions en autorisations d’engagement et 59,6 millions en crédits de paiement. La baisse est de 19,3 % pour 2018, mais pour être honnête, la baisse réelle n’excède pas 3 %, compte tenu des mouvements exceptionnels liés au transfert de Coface à Bpifrance qui avaient eu lieu l’année précédente.
Ces crédits baissent, donc, alors même que la situation du commerce extérieur se dégrade de façon continue. Depuis 2000, la part du marché mondial de la France a été divisée par deux, pour s’élever aujourd’hui à 3,7 %. Notre déficit commercial est deux fois plus élevé qu’en 2005. Nous étions à 48,1 milliards d’euros de déficit en 2016, alors même que l’Allemagne réalisait 253 milliards d’excédent commercial. En année glissante, nous sommes à ce jour à plus de 60 milliards d’euros de déficit commercial. Je rappelle ces chiffres pour que nous prenions conscience d’une situation qui n’est pas très satisfaisante, c’est le moins qu’on puisse dire.
Nous devons réagir, monsieur le ministre, comme je l’ai déjà dit en commission. Cette réaction doit être forte. J’en appelle à votre connaissance de l’économie et à votre volonté. Je fais aussi référence à ce que le Président de la République a annoncé, lui qui dit vouloir transformer l’économie, ainsi que nos collègues se plaisent à le rappeler. Chiche ! Mais, en ce cas, il faut prendre enfin les mesures nécessaires pour relever cette situation. Le commerce extérieur est le point noir de l’économie française aujourd’hui.
Il y a eu des réformes positives ces dernières années, et je le souligne assez consensuellement. La réforme conduite par M. Fabius, qui s’est beaucoup impliqué dans ce domaine, visant à mettre ensemble le Quai d’Orsay et Bercy a constitué une nouvelle étape importante dans l’équipe de France à l’export. La création de Business France, terminant un chantier auquel j’avais moi-même pu participer il y a quelques années avec la fusion totale des organismes nationaux, l’Agence française pour les investissements internationaux – AFII – et Ubifrance, est aussi un bon élément.
Mais nous souffrons d’un manque de signes politiques. J’ai dit en commission qu’il n’y avait pas dans le Gouvernement de ministère dont l’intitulé comprenne le commerce extérieur. Je n’appelle pas à un gadget, mais à trouver les signes politiques pour montrer que le commerce extérieur doit être une priorité nationale. Il faut en tirer les conséquences en matière de budget, monsieur le ministre, et aussi terminer enfin la réforme du dispositif public.
Budgétairement, les crédits de Business France sont en baisse. Aujourd’hui, avec la subvention publique, elle ne peut même plus couvrir ses charges de masse salariale, ce qui veut dire qu’elle est obligée d’augmenter ses facturations, en nombre et en tarifs, ce qui n’est pas bon pour les entreprises qu’elle est censée accompagner.
Bercy a aussi demandé à Bpifrance Assurance Export de limiter à 32 millions en 2018 et à 28,5 millions en 2019 les crédits sur l’assurance prospection, alors que c’est l’outil préféré des PME, qu’il fonctionne extrêmement bien et que nous sommes les seuls au monde à le posséder. Cela témoigne d’une vision très restrictive.
Je vous prie de conclure, mon cher collègue… Il faut donner un signe fort, sanctuariser ce budget et cesser les coups de rabot annuels que nous connaissons depuis des années. Enfin, il faut conduire – et tous les acteurs y sont prêts, y compris Business France, les services de l’État et les milieux consulaires ou patronaux – la réforme définitive du dispositif public d’appui à l’export qui permettra à nos entreprises de disposer d’une vraie lisibilité. Vous connaissez la nécessité de cette réforme, monsieur le ministre, qui doit reposer sur une volonté politique. Nous l’attendons. (Applaudissements sur les bancs du groupe LR.) C’est un sujet majeur ! La parole est à M. Philippe Chassaing, rapporteur spécial de la commission des finances, de l’économie générale et du contrôle budgétaire. Les programmes 220 « Statistiques et études économiques » et 305 « Stratégie économique et fiscale » présentent des budgets contenus qui contribuent au redressement des finances publiques. Cependant, la sobriété budgétaire ne saurait se résumer à des mesures mécaniques de rabot, détournant des réformes de fond. Au contraire, la recherche permanente d’économies doit encourager les approches innovantes, afin que nos administrations s’engagent dans des démarches de performance au long cours et s’adaptent à l’évolution des besoins. Avec mon collègue rapporteur spécial Alexandre Holroyd, nous constatons que des efforts ont été accomplis sur les différents postes de dépenses, mais qu’il existe encore d’importants leviers d’amélioration.
Financé par le programme 220, l’Institut national de la statistique et des études économiques – INSEE – doit répondre à une demande sociale de statistiques croissante, tout en assumant une contrainte durable sur ses ressources. Les efforts de productivité ont permis de diminuer les effectifs d’un quart en quinze ans, et les dépenses de rémunération baisseront l’an prochain pour la cinquième année consécutive. Mais cette trajectoire d’économies appelle à accroître l’investissement dans les ressources humaines. Près de la moitié des agents de l’INSEE partiront à la retraite en l’espace de dix ans : il faut donc préparer l’évolution des métiers et des compétences, accroître la formation des nouveaux personnels, rénover les modes d’organisation du travail et réexaminer les implantations territoriales.
À l’appui de son plan de modernisation « Insee Horizon 2025 », nous souhaitons que l’Institut soit doté d’une véritable visibilité pluriannuelle sur ses crédits. L’INSEE pourra ainsi se saisir des opportunités offertes par les mégadonnées, ou « big data », qui exigent une programmation adaptée de l’investissement et de la recherche et développement et qui imposent d’accroître le partage des méthodes statistiques au plan européen.
S’agissant du programme 305, près de 60 % des crédits couvrent les prestations que la Banque de France effectue pour le compte de l’État, pour 250 millions d’euros inscrits en 2018. La grande majorité de la dépense concerne le secrétariat des commissions départementales de surendettement, une mission qui mobilise plus de 1 300 emplois temps plein de la Banque de France, soit 28 % des effectifs de son réseau.
Le volume des dossiers traités par la Banque de France est passé de 231 000 dossiers traités en 2014 à 185 000 attendus cette année. Cette baisse, dont nous nous félicitons, est la conséquence d’une politique déterminée de prévention du surendettement, dans les lois de 2010 et 2013, qui ont encadré le crédit à la consommation et amélioré l’information des emprunteurs. De même le législateur a simplifié le traitement du surendettement, à la fois dans l’intérêt des personnes surendettées et pour permettre à la Banque de France de réduire ses coûts de secrétariat.
Cependant, ses coûts fixes importants ne lui ont pas permis de s’adapter rapidement à la baisse du volume des dossiers. Si les crédits inscrits au budget par l’État ont diminué de 21 % depuis 2012, la Banque de France a répercuté ses coûts complets en diminuant la part de l’État à son dividende. Cela a entraîné une perte de recettes au budget général. Nous regrettons cette contraction des recettes et des dépenses, contraire à la sincérité budgétaire. L’État a désormais établi contractuellement avec la Banque de France une trajectoire pluriannuelle de baisse de la dotation, à l’appui du plan de modernisation Ambitions 2020 qui prévoit la fermeture de succursales infradépartementales et concentre la gestion des dossiers de surendettement dans 35 centres de traitement partagé, contre 117 aujourd’hui.
Nous espérons que les indicateurs de performance du programme attesteront, dès le prochain budget, les effets de ce plan. En outre, nous considérons que cette réforme devra être pleinement articulée avec l’expérimentation en cours dans quatre régions pilotes d’un réseau de « points conseils budget », interlocuteurs associatifs qualifiés, partenaires de la Banque de la France, qui pourraient à terme représenter une nouvelle solution d’accueil physique des personnes surendettées.
Enfin, le programme 305 rassemble les effectifs de la direction générale du Trésor et de son réseau international. L’an dernier, 178 contrats de plus de 10 millions d’euros ont été conclus par des entreprises françaises à l’étranger avec l’appui des services économiques des ambassades. Depuis dix ans, le réseau a diminué ses effectifs d’un quart et s’est redéployé dans les nouveaux pays en forte croissance. Cependant, les marges de manœuvre sont limitées par le poids dans la masse salariale des coûts de l’expatriation. Pour assumer la contrainte budgétaire sans perte de compétences, il conviendrait d’affecter sur les nouveaux postes, chaque fois que possible, des personnels qualifiés recrutés localement, comme le font de nombreux pays européens.
De même, il faut améliorer la complémentarité des différents réseaux de l’État à l’étranger. Le Premier ministre a annoncé qu’il réunira début 2018 le comité interministériel chargé d’en assurer le pilotage d’ensemble, le CORINTE, qui n’a pas été réuni depuis 2009. Nous formons le vœu que les arbitrages qui seront rendus dégageront de nouveaux leviers d’efficience pour le réseau du Trésor, indispensable à notre diplomatie économique.
(Applaudissements sur les bancs du groupe REM.)
En application de l’article LO 185 du code électoral, le Président a reçu du Conseil constitutionnel communication d’une décision portant annulation de l’élection législative des 11 et 18 juin 2017 dans la première circonscription du Val-d’Oise, à la suite de laquelle Mme Isabelle Muller-Quoy avait été proclamée élue.
L’ordre du jour appelle la suite de la discussion de la seconde partie du projet de loi de finances pour 2018 (nos 235, 273). Nous reprenons l’examen de la mission « Économie ».
La parole est à M. Paul Christophe, rapporteur pour avis de la commission des affaires économiques.
Madame la présidente, monsieur le ministre, mesdames et messieurs les rapporteurs, chers collègues, le commerce extérieur est un secteur stratégique pour l’économie française. La France est aujourd’hui le sixième exportateur mondial de biens et services, et les exportations s’élèvent à près de 30 % de son produit intérieur brut. Pourtant, les chiffres du commerce extérieur pour l’année 2016 ne sont pas à la hauteur des attentes. Ainsi, le solde des échanges de biens se dégrade de 3,1 milliards d’euros en 2016, après avoir déjà baissé de près de 30 % en quatre ans. Le déficit des échanges de biens et services augmente pour la première fois depuis cinq ans et les soldes des secteurs traditionnellement moteurs du commerce international français s’érodent.
Dans ce contexte, nous ne pouvons que regretter la diminution des crédits alloués au commerce extérieur. Je prendrai pour seul exemple la subvention pour charges de service public versée à l’opérateur Business France.
Très bien ! Les crédits alloués à l’opérateur sont en baisse de 2,8 % par rapport à 2017, passant de 98,1 millions à 95,3 millions. Cette diminution poursuit un mouvement engagé depuis 2015, qui a conduit à une diminution de 9,5 % en trois ans. En outre, le plafond d’emplois de Business France diminue également, de dix équivalents temps plein par rapport à 2017. Nous déplorons cette réduction des moyens humains et financiers, au moment même où le besoin d’un soutien public est particulièrement explicite.
Au sein du commerce extérieur, un sujet est essentiel : celui de la place que doivent y prendre les grands ports maritimes métropolitains. En effet, le transport maritime joue un rôle crucial dans le développement du commerce international. Il assure près de 90 % des échanges mondiaux, 60 % du transport intra-européen et 78 % des importations françaises.
En outre, le secteur portuaire génère, depuis 2013, une contribution positive à la balance commerciale. Les entreprises et services de l’industrie maritime représentent plus de 100 000 emplois directs et indirects en France et une valeur ajoutée de 1 500 milliards d’euros. Pourtant, le modèle économique portuaire est à bout de souffle. Alors même que nos ports disposent d’atouts considérables, leur potentiel est sous-exploité, car leur compétitivité est en déclin. La France, avec 5 millions de conteneurs manutentionnés, n’occupe que le septième rang européen et son trafic a diminué de 0,3 % entre 2015 et 2016.
Au final, un conteneur sur deux arrivant en France passe par un port étranger. Ceci est proprement inacceptable, car le manque à gagner est considérable. Cinq millions de conteneurs détournés représentent une perte de 4,3 milliards d’euros de valeur ajoutée et de 30 000 à 50 000 emplois, pour des produits qui, quoi qu’il arrive, sont importés avant d’être consommés en France. Sont également perdues les taxes douanières, reversées à l’Union européenne, mais dont 25 % sont restitués à l’État d’arrivée de la marchandise.
C’est pourquoi il est aujourd’hui indispensable de concevoir une politique portuaire ambitieuse et réaliste au profit de notre commerce extérieur. Nous faisons plusieurs suggestions. D’abord, l’État doit développer une véritable stratégie portuaire nationale, dont la dimension terrestre doit être le pivot. Il est en effet essentiel et urgent d’améliorer la desserte des infrastructures portuaires, qui, par sa faiblesse, fait perdre aujourd’hui à nos ports un grand nombre de clients potentiels.
Il a raison ! Il faut également que les pouvoirs publics garantissent aux ports, dans la réglementation qui leur est imposée, une équité par rapport à leurs équivalents européens, et simplifient l’ensemble de l’environnement législatif et réglementaire, qui les pénalise et les ralentit dans leurs projets d’investissements. Enfin l’État doit, dans les négociations que l’Union européenne conduira avec les autorités britanniques, veiller à protéger l’économie portuaire des conséquences lourdes que pourrait avoir le Brexit.
Les ports français, pour leur part, doivent veiller à se coordonner les uns avec les autres pour remplacer la logique de concurrence qui prévaut entre eux par une logique de complémentarité. Ils peuvent également déployer des initiatives pour pallier les lacunes des réseaux de transport, au travers d’opérateurs ferroviaires portuaires. C’est enfin à eux qu’il revient de poursuivre et d’accélérer la transition numérique et écologique, pour développer des systèmes de transmission de données ou des ports à énergie positive. Ils ont toutefois besoin, pour l’ensemble de ces actions, du soutien des pouvoirs publics.
À ces conditions, la valeur ajoutée produite par l’économie maritime française pourra en effet doubler à l’horizon 2030, comme l’OCDE l’annonce pour l’économie maritime mondiale. Cette progression se fera alors au bénéfice des territoires, qui verront leur industrie et leurs emplois préservés, des entreprises, qui pourront exporter plus facilement, des consommateurs, qui pourront acheter des produits importés dont la sécurité sera garantie, et de l’ensemble des citoyens, qui profiteront d’un environnement moins pollué et plus sain.
(Applaudissements sur les bancs des groupes REM, MODEM, LR et LC.) La parole est à M. Sébastien Jumel, rapporteur pour avis de la commission des affaires économiques. Mardi matin, avec mon ami Laurent Jacques, maire du Tréport – qui a assisté à notre séance hier – nous étions sur le site historique de Verescence, ex-SGD, leader mondial du flaconnage de luxe. Il s’agissait, dans cette usine installée en vallée de la Bresle depuis 1896…, Que je connais bien ! …que vous connaissez bien, monsieur le ministre, d’inaugurer la reconstruction du four 6 et de célébrer un investissement de 30 millions d’euros sur ce site qui produit 200 millions de flacons par an pour les marques les plus prestigieuses. Il s’agissait de témoigner d’une réussite industrielle qui repose sur le savoir-faire ouvrier et l’intelligence de 850 salariés.
Cette bonne nouvelle est le fruit de la mobilisation de tout un territoire, qui a valeur d’exemple au moment où je présente ce rapport. Mobilisation des salariés verriers et de leurs représentants, qui, à l’époque où un fonds prédateur de type LBO – 
leveraged buy-out – envisageait de siphonner ce fleuron, ont su porter jusqu’au plus haut niveau de l’État, grâce à l’expertise de leur comité d’entreprise, un projet industriel partagé, mis en œuvre aujourd’hui. Mobilisation aussi des habitants et des élus, qui ont su convaincre les pouvoirs publics que dans un territoire où le PIB industriel atteint 22 %, l’industrie se conjugue au présent et au futur.
Cet exemple, au-delà de la fierté qu’il suscite, démontre que lorsqu’on prend soin d’écouter l’avis des salariés, ce que le projet d’ordonnances rendra plus difficile, lorsque, comme à Alpine Renault, on croit au renouveau d’un véhicule sportif
made in Dieppe, made in France, lorsqu’on se donne les moyens jusqu’à l’expropriation, comme chez M-Real à Alizay, pour sauver la filière papetière de l’Eure, lorsqu’on facilite, par des garanties réactives, la relance des madeleines made in Normandie de l’entreprise Jeannette, à Caen,… Relance à laquelle j’ai fortement participé ! …bref, chaque fois que l’intelligence des salariés est relayée par le volontarisme politique, le renouveau industriel est au rendez-vous. Si, au contraire, le laisser-faire, le moins d’État et la vente à l’encan de nos fleurons donnent raison à ceux qui rêvent d’un pays sans usines, alors l’emploi industriel recule de 25 % en quinze ans.
Force est de regretter, comme mon rapport le détaille, qu’en baissant de 12 % les crédits consacrés à l’industrie, vous ne répondez pas à ces enjeux. J’espère que vous prendrez en compte notre volonté de donner ses moyens de fonctionnement au centre technique industriel papetier en acceptant nos amendements sur le sujet.
L’enjeu de ce rapport est modestement de vous convaincre que le déclin industriel n’est pas inéluctable, à condition de se donner les moyens d’évaluer les politiques publiques coûteuses et à l’efficacité relative, en particulier celle du CICE, pour les réorienter, et de lutter contre le dumping fiscal, social et environnemental. Ce rapport donne quelques pistes pour structurer durablement les filières industrielles. Cela implique de combattre la désertification des territoires, de mettre en place une politique de formation ambitieuse et d’impulser une nouvelle gouvernance des entreprises industrielles. Monsieur le ministre, il est urgent de trouver des moyens pour assurer la stabilité capitalistique de ces entreprises comme le font les Allemands. La financiarisation de l’économie bouscule nos industries. Des blocs de contrôle stables ont laissé une plus grande place à des investisseurs institutionnels, dont beaucoup d’investisseurs étrangers. Cela a généré des pratiques dommageables comme l’acceptation du LBO, qui représente une sur-rémunération du capital peu compatible avec des stratégies industrielles durables.
Questionné sur les moyens que l’État devrait déployer pour favoriser la stabilité capitalistique, Benjamin Griveaux répond qu’il faudrait mettre en place une fiscalité favorable au capital. Un raisonnement un peu juste quand on sait que 120 de nos plus grandes entreprises sont susceptibles de faire l’objet d’une OPA, amicale ou non ! J’espère que la prochaine commission d’enquête de l’Assemblée nationale sur les récentes fusions d’entreprises industrielles permettra d’identifier des leviers plus efficaces et profitant à l’ensemble du corps économique et social du pays.
Modifier la gouvernance des entreprises et leurs mécanismes de financement est une nécessité. Bpifrance pourrait devenir l’outil financier de cette politique industrielle. Les investissements étrangers pourraient être mieux contrôlés. Les salariés pourraient davantage peser dans les orientations stratégiques pour qu’un vrai dialogue économique s’établisse au sein des entreprises. En attendant, monsieur le ministre, je crains que le ministère du redressement productif, inefficace faute d’avoir armé l’État, laisse place aujourd’hui à un ministère du renoncement productif à force de continuer à le désarmer. Pour ces raisons, j’émettrai un avis défavorable à l’adoption des crédits de la mission « Économie » relatifs à l’industrie.
(Applaudissements sur les bancs des groupes GDR et FI.) Je vous répondrai, monsieur Jumel. Ce sont des lieux auxquels je suis attaché. La parole est à M. Vincent Rolland, rapporteur pour avis de la commission des affaires économiques. Les crédits de la mission « Économie » affichent un niveau stable dans ce projet de loi de finances. On observe, certes, une baisse de 7 % des autorisations d’engagement, mais elle correspond à la trajectoire de financement du plan France très haut débit qui était prévue. En revanche, les crédits du programme 134 « Développement des entreprises et régulations » affichent une nette augmentation, de 17,5 % en autorisations d’engagement et de 2,9 % en crédits de paiement, ce que je souhaite saluer.
Mais cette hausse des crédits masque un certain nombre de mesures de périmètre, et des choix pour le moins discutables. Je déplore la baisse de plusieurs dépenses essentielles pour nos entreprises : celle des crédits du Fonds d’intervention pour les services, l’artisanat et le commerce – FISAC –, celle du secteur des services à la personne, celle des subventions aux centres techniques industriels, ainsi que celle des crédits de la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes – DGCCRF – et des subventions aux associations de consommateurs. Je relève également la disparition de l’ensemble des dépenses d’intervention en faveur du tourisme, qui figuraient auparavant à l’action 21 de ce programme. Si la commission des affaires économiques a choisi de donner un avis favorable aux crédits du programme 134 consacrés aux entreprises, ces baisses de crédits ont justifié, me concernant, un avis défavorable.
Par ailleurs, j’ai choisi de revenir, dans la seconde partie de cet avis, sur la question des transmissions d’entreprises, qui demeurent trop peu dynamiques dans notre pays. Cet enjeu revêt pourtant une importance cruciale alors que la population de nos chefs d’entreprise est vieillissante et qu’un bon fonctionnement du marché des cessions-reprises est essentiel à la croissance et à l’emploi, notamment pour nos PME. L’examen des obstacles à la transmission suggère que, si des freins administratifs et fiscaux existent, l’essentiel de l’effort devrait porter sur l’accompagnement des cédants et des repreneurs. Les principaux obstacles à la transmission sont en effet d’ordre psychologique et humain. Je formule dans mon rapport des propositions visant à renforcer cet accompagnement, notamment une bonification des soutiens apportés par Bpifrance aux repreneurs qui y recourent. Je formule également d’autres propositions pour simplifier le cadre juridique et fiscal des cessions, en particulier une simplification du pacte Dutreil et la suppression des obligations découlant de la loi relative à l’économie sociale et solidaire en matière d’information préalable des salariés en cas de cession.
Je souhaite enfin revenir sur une baisse de crédits qui a particulièrement attiré mon attention dans ce budget, celle affectant le FISAC. Il est proposé de faire passer ses moyens, en 2018, de 16,5 à 14 millions d’euros en autorisations d’engagement. Ce fonds joue pourtant un rôle essentiel dans la préservation et la modernisation du tissu commercial en zone rurale, dans les quartiers prioritaires de la politique de la ville et dans les centres-bourgs. Dois-je rappeler que dans la loi de finances pour 2010, le FISAC était attributaire de 78 millions d’euros ? En moins de dix ans, ses moyens ont été divisés par cinq ! Pour autant, la situation des commerces et de l’artisanat ne s’est pas radicalement améliorée durant cette période.
J’ai donc déposé un amendement visant à rehausser les moyens de ce fonds. Lors de son examen en commission, il a reçu le soutien de collègues issus de tendances très variées de notre assemblée. Le rapporteur général de la commission des finances a d’ailleurs déposé un amendement allant dans le même sens. À ce propos, je veux rappeler à l’ensemble de mes collègues que le 6 octobre dernier, devant la Fédération française du bâtiment, le Président de la République a déclaré vouloir « revitaliser le FISAC […] pour le mettre au service d’une stratégie avec les communes, les départements et les régions ». En commission élargie, le Gouvernement est resté flou sur l’ampleur de cette réforme, mais il me semble important de redonner au FISAC davantage de crédits.
Veuillez conclure, mon cher collègue… Je souhaite que nos débats d’aujourd’hui nous permettent de parvenir à un soutien de l’économie de proximité plus conforme aux défis qui sont les siens. Il y va de l’équilibre économique entre nos territoires et de leur vitalité. Bien dit. La parole est à Mme Christine Hennion, rapporteure pour avis de la commission des affaires économiques. Mon rapport porte sur les crédits du budget relatifs à l’économie numérique et aux télécommunications. Outre l’analyse de ces crédits, sur laquelle je vais revenir, j’ai consacré une importante partie de ce rapport à deux sujets qui me sont chers : d’une part, un bilan d’étape de la politique d’ouverture des données publiques à la suite de l’adoption de la loi pour une République numérique, et d’autre part la mise en œuvre d’un État-plateforme, qui s’appuie sur la digitalisation des services publics pour s’adapter aux usages de nos concitoyens.
Pour ce qui est des crédits, je dois faire le constat d’un budget équilibré. S’agissant de la fiscalité des opérateurs de télécommunications, nous sommes dans une période particulière. Plusieurs autorisations de fréquences sont en train d’être renégociées entre le Gouvernement et les opérateurs, et nous souhaitons que cette négociation soit la plus exigeante possible en matière de couverture numérique. Cela devra peut-être passer par la remise à plat de la fiscalité spécifique des télécoms.
Dans un premier temps, et dans la perspective du futur déploiement de la 5G, il pourrait être opportun d’envisager un plafonnement de l’IFER « mobile » – imposition forfaitaire sur les entreprises de réseaux, concernant les antennes-relais de téléphonie mobile – en échange d’engagements de déploiement ambitieux de la part des opérateurs de télécommunication.
Dans un second temps, votre rapporteure souhaite que cette réflexion s’intègre dans le contexte plus général du marché européen des télécommunications, qui posera de nouveaux défis en termes de fiscalité des réseaux. Cette nouvelle échelle, qui apportera de nouvelles opportunités à nos entreprises, pourrait rendre nécessaire une base fiscale plus pertinente de l’IFER fixe, qui ne concerne aujourd’hui que le réseau en cuivre, ainsi qu’une réduction, voire une suppression de la taxe sur les opérateurs de téléphonie mobile. C’est pour cela que je n’ai pas déposé d’amendement de nature fiscale sur ce sujet : attendons de connaître le fruit de ces négociations pour intervenir.
Enfin, en ce qui concerne le budget des opérateurs, je dois admettre une certaine perplexité, sinon une véritable inquiétude, quant aux perspectives budgétaires de l’Autorité de régulation des communications électroniques et des postes – ARCEP. De nouvelles missions sont confiées, à un rythme très régulier, à cette autorité indépendante, souvent à l’initiative du Parlement, qui a confiance dans ses analyses et dans son expertise. Pourtant le plafond d’emplois de l’ARCEP risque d’être réduit, ce qui me semble incompatible avec l’exécution de ces missions. J’attire donc l’attention du ministre sur l’importance de préserver le budget et les emplois de cette autorité administrative indépendante.
Sur la partie thématique, où en sommes-nous de l’
open data en France ? J’ai mené une dizaine d’auditions sur ce sujet, et j’ai ainsi constaté que l’ouverture des données publiques est à la fois bénéfique pour les services de l’État mais également pour les usagers et pour l’écosystème d’innovation français. Il faut donc continuer à promouvoir l’expansion de cette politique, en particulier auprès des administrations qui ne sont pas encore toutes au fait de leurs nouvelles obligations légales.
À ce titre, je salue la mission Etalab pour le travail de pédagogie qu’elle accomplit au sein des services de l’État, ainsi que la CADA – Commission d’accès aux documents administratifs – et la CNIL – Commission nationale de l’informatique et des libertés – pour avoir su avec brio s’adapter à la révolution numérique de leurs missions.
Toutefois, pour que la politique d’
open data prospère, il est urgent de simplifier le cadre juridique et d’en améliorer la lisibilité. En effet, de nombreuses lois récentes définissent les données de façon différente et emploient des concepts mal déterminés. Ceci concerne toutes les entreprises et tous les services dont le modèle économique est basé sur l’exploitation des données, comme Météo-France, l’IGN – l’Institut géographique national – ou l’INSEE. Ces entreprises doivent y voir clair pour se transformer efficacement.
En lien avec l’
open data , il y a bien sûr la politique de transformation numérique de l’État. Il faut promouvoir la constitution d’un État-plateforme, c’est-à-dire d’un État qui « horizontalise » les relations entre les services publics et les usagers, en créant de nouveaux usages et en définissant une meilleure qualité de service. Dans le cadre du programme Action publique 2022, la transformation numérique de l’État est prioritaire : c’est bienvenu. Il faudrait cependant encourager les initiatives déjà existantes, comme les «  startup d’État » de la DINSIC – direction interministérielle du numérique et du système d’information et de communication de l’État – qui, avec peu de moyens, obtiennent d’admirables résultats en matière d’efficacité du service public.
Mon rapport et mes propositions sont l’occasion de rappeler que l’État-plateforme ne sera pertinent que si les 13 millions de personnes qui, aujourd’hui, n’ont pas accès à internet ou ne savent pas s’en servir sont correctement accompagnées dans le cadre d’une politique d’inclusion numérique très ambitieuse.
La parole est à M. Buon Tan, rapporteur pour avis de la commission des affaires étrangères. La situation de notre commerce extérieur est très préoccupante. Le déficit commercial s’est considérablement aggravé, dépassant les 60 milliards d’euros en 2017 : c’est un record historique. Même le secteur des services, habituellement excédentaire, est devenu déficitaire.
Bien entendu, il y a à cela des facteurs conjoncturels, comme la hausse des cours des hydrocarbures, et des facteurs structurels, notamment le manque de compétitivité de nos entreprises. Les réformes déjà engagées par le Gouvernement permettront de répondre en grande partie à ces enjeux. Mais ne nous voilons pas la face : c’est bien notre système d’accompagnement des entreprises à l’export qui montre aujourd’hui ses limites.
Malgré des réformes saluées par l’ensemble des acteurs, plus d’une centaine d’organisations sont en charge du commerce extérieur. Ce mille-feuille a pour conséquences directes une absence de visibilité pour les PME et les TPE ainsi qu’une dispersion des moyens budgétaires. Il y a en outre des doublons parmi les acteurs, ou, pire, de la concurrence.
Monsieur le ministre, chers collègues, le constat est alarmant, et chaque jour qui passe aggrave la situation. Au-delà des chiffres, ce sont 24 % de nos emplois qui sont touchés. L’export est aussi un important levier de croissance pour nos entreprises : c’est même en exportant que les TPE peuvent devenir des PME, et les PME des ETI – ces fameuses entreprises de taille intermédiaire si peu nombreuses dans notre tissu économique. Nos produits, nos marques, nos technologies sont pourtant appréciés et attendus à travers le monde.
Mes chers collègues, je voudrais partager avec vous une conviction : nous devons sans tarder engager une révolution culturelle dans notre approche du commerce extérieur.
Très bien ! Essayons ensemble de tourner la page de nos habitudes et inventons les outils de demain en partant des besoins des usagers, à savoir les patrons des PME qui n’arrivent pas à exporter et les acheteurs internationaux qui ne trouvent pas nos produits.
J’appelle concrètement à une transformation organisée autour de trois axes : simplifier, faciliter et innover. Simplifier, d’abord, en remplaçant le mille-feuille actuel par un guichet unique. Faciliter ensuite l’accès des PME aux outils publics, en réduisant les limitations et en assouplissant les conditions d’accès. Innover, enfin, en repensant l’existant, en inventant les outils qui manquent et en créant les « Comptoirs de France ».
Le constat alarmant que j’ai dressé est maintenant partagé par tous. Aussi vous poserai-je trois questions précises, monsieur le ministre.
La feuille de route de la nouvelle équipe de Business France prévoit de proposer et de mettre en œuvre une nouvelle organisation du commerce extérieur dans un esprit de co-entreprise. Ces réformes ambitieuses sont-elles compatibles avec une nouvelle baisse des dotations, après celles de 20 % des dernières années ? C’est un chantier qui demande des moyens. C’est pourquoi la commission des affaires étrangères a adopté un amendement visant à reconduire les crédits de Business France pour éviter ainsi un nouveau coup de rabot de 3 millions d’euros, et un autre tendant à demander au Gouvernement un rapport sur cette question. Les soutiendrez-vous ?
Ce sont deux excellents amendements ! Du fait des contraintes budgétaires, les subventions destinées à Business France ont connu des baisses successives, et ces baisses ont eu des effets pervers. Nous constatons par exemple que la facturation des services aux entreprises représente aujourd’hui 50 % du budget de Business France. Parallèlement, le nombre de TPE et PME ayant recours à l’assurance prospection a été divisé par deux en deux ans.
Or dans le même temps, l’assurance export gérée par Bpifrance dégage chaque année 600 millions d’euros d’excédents, et cela depuis plus de vingt ans. Ne faudrait-il pas réemployer une partie de cet excédent en faveur de notre commerce extérieur ? D’autant plus que chaque euro investi dans ce domaine entraîne une augmentation des exportations de 5 à 70 euros !
Il est impensable que la France, emblème de la gastronomie, du luxe et de l’innovation, riche de ses innombrables spécialités locales, soit la lanterne rouge des pays exportateurs. Or pour exporter, nos entreprises, qui sont souvent des TPE et PME, ont des besoins spécifiques.
Merci, mon cher collègue… Je propose donc d’expérimenter des « Comptoirs de France » où seront mis en contact la multitude de petits producteurs et les acheteurs étrangers. Ils permettront également d’apporter des solutions logistiques viables. Êtes-vous prêt, monsieur le ministre, à soutenir cette expérimentation ?
Sous réserve des amendements que j’ai évoqués, la commission des affaires étrangères a donné un avis favorable aux crédits relatifs au commerce extérieur.
Nous en venons aux interventions des porte-parole des groupes, pour cinq minutes chacun.
La parole est à M. Damien Adam, pour le groupe La République en marche.
En direct des Bahamas ! Madame la présidente, monsieur le ministre, mesdames et messieurs les rapporteurs, mes chers collègues, derrière les chiffres, il y a des petites entreprises, qui n’ont qu’un objectif : survivre, croître et embaucher. Il y a aussi d’autres entreprises, plus solides, qui, pour poursuivre leur développement, aspirent à se tourner vers l’export, mais ne peuvent le faire sans accompagnement, sans soutien, dans un contexte de concurrence internationale. Il y a encore des communes, qui se mobilisent pour installer le très haut débit pour leurs habitants, ou des étudiants, qui bénéficient du dispositif du volontariat international en entreprise et contribuent ainsi à la promotion de la France. Il y a enfin les associations de défense des consommateurs, qui fournissent à ces derniers une information indépendante de qualité.
Toutes ces personnes, physiques ou morales, sont bénéficiaires des politiques regroupées au sein de la mission « Économie », dont les crédits restent stables dans ce projet de loi de finances, en dépit d’un contexte budgétaire contraint. Ces crédits s’élèvent ainsi à 1,64 milliard d’euros pour 2018, soit une légère diminution par rapport à l’année 2017, qui s’explique par un effort de rationalisation. Toutefois, dans le cadre du chantier pluriannuel de transformation de l’action publique décidé par le Gouvernement, les crédits de la mission devraient augmenter de près de 1,8 milliard en 2019, et atteindre plus de 2,1 milliards en 2020.
Ces crédits traduisent concrètement plusieurs priorités politiques. La première est le soutien à la création et à la croissance de nos entreprises, car ce sont elles qui créeront les emplois de demain. Ce soutien est évidemment indispensable. Ainsi, les crédits réservés à Bpifrance connaissent une hausse inédite, que je salue. Ils permettront d’accroître le volume des garanties de prêts bancaires octroyées aux entreprises. Par ailleurs, le groupe La République en marche entend mener une réflexion approfondie sur la diversification des moyens de financement des TPE et PME, qui recourent encore majoritairement à l’autofinancement.
J’ajoute que le projet de loi sur les entreprises en cours de préparation, qui devrait être présenté au Parlement par le ministre de l’économie et des finances en avril 2018, permettra à n’en pas douter de renouveler le cadre de nos entreprises et de mettre à leur disposition de nouveaux outils pour innover, se transformer, grandir et créer des emplois.
La deuxième priorité, conformément aux engagements du Président de la République, est de parvenir à une couverture numérique de très haut débit pour l’ensemble du territoire d’ici à 2022. Ce grand projet, que le Gouvernement entend mener à bien par le moyen du plan France Très haut débit, prévoit le déploiement de nouveaux réseaux financés par des investissements publics et privés de plus de 20 milliards d’euros d’ici à la fin de l’année 2022. Ces nouveaux réseaux, répartis entre les opérateurs privés ainsi que les réseaux d’initiative publique, nécessitent entre 13 et 14 milliards d’euros d’investissements, dont 3,3 milliards pris en charge par l’État. Pour l’année 2018, 208 millions d’euros d’autorisations d’engagement viendront alimenter l’enveloppe de soutien de l’État.
Troisième priorité : nous voulons encourager nos entreprises, en particulier nos PME et ETI, à exporter. Ce soutien est aujourd’hui assuré principalement par deux organismes publics : Business France, qui apporte une aide à l’export et participe à l’attractivité de la France auprès des investisseurs étrangers, et Bpifrance Assurance Export, qui soutient les PME et ETI à l’international. La forte dégradation du commerce extérieur français depuis le début des années 2000 pousse le Gouvernement à se fixer un objectif ambitieux : porter de 125 000 à 200 000 le nombre d’entreprises françaises exportatrices.
D’autres moyens d’aider nos entreprises dans la conquête de l’international pourront être employés à l’occasion de la discussion du projet de loi consacré aux entreprises que j’ai évoqué il y a quelques instants.
Je voudrais pour finir revenir sur un enjeu majeur du quinquennat, soutenu en partie par des crédits de la mission « Économie » : la reconquête industrielle. L’hémorragie industrielle de ces deux dernières décennies a été particulièrement dure pour la France : entre 1995 et 2013, notre économie a perdu plus de 900 000 emplois industriels et 45 % de parts de marché à l’export. Les causes de ce phénomène sont connues : un rapport qualité-prix insuffisant, des difficultés à monter en gamme, un déficit d’investissement productif, d’innovation et de formation.
Cependant il ne s’agit pas de regretter éternellement l’économie d’hier, mais de se préparer – investir, innover, se former – pour faire face aux révolutions industrielles de demain. Notre politique se concentrera ainsi sur trois objectifs : réunir les conditions de la montée en gamme de notre industrie, par la baisse de l’impôt sur les sociétés, et la transformation du CICE, défendre nos intérêts industriels dans la mondialisation, notamment à l’échelle européenne, en favorisant les partenariats européens plutôt que les rachats étrangers pour nos fleurons industriels, et enfin accompagner la transformation profonde de l’industrie française, par la réorientation de l’investissement dans le financement de l’économie réelle et par un fonds de financement pour l’industrie et l’innovation du futur.
C’est dans ce contexte que le groupe La République en marche votera les crédits de cette mission, qui auront vocation à monter en puissance dans les années à venir.
(Applaudissements sur les bancs du groupe REM.) La parole est à M. Julien Dive, pour le groupe Les Républicains. À chaque fois que je suis amené à prendre position, à m’exprimer, à légiférer ici, je garde à l’esprit ce qui m’a amené à m’engager en politique au service de nos concitoyens. Et c’est peut-être parce que j’en suis moi-même issu, fils et petit-fils de commerçants de marché, que la boussole de mon engagement est la défense de ces femmes et de ces hommes qui incarnent la valeur travail, ces femmes et ces hommes que le sociologue Christophe Guilluy définit comme partie intégrante des classes moyennes d’aujourd’hui que sont les indépendants, les artisans, les commerçants, les patrons de PME et les jeunes start-upers .
Vous savez, chers collègues, ce ne sont pas les politiques qui créent de l’emploi en France ! Ce sont toutes ces femmes et tous ces hommes, tous ces chefs d’entreprise qui s’engagent au quotidien et prennent leurs risques pour créer de l’économie, pour créer de la croissance, pour enrichir notre PIB dans nos territoires, dans notre pays. Et notre rôle à nous tous, c’est de les accompagner, de les protéger et de créer les conditions propices à l’épanouissement économique de leur activité. Aussi, faut-il se poser les questions suivantes : quelle politique industrielle voulons-nous pour la France ? Quels leviers devons-nous créer pour impulser l’économie du numérique ou l’économie solidaire ? Comment identifions-nous les mutations du commerce de ville et qui sera le client du commerce de demain ?
C’est donc avec une attention particulière que je me suis concentré sur le contenu de la mission « Économie » de ce projet de loi de finances, dont l’enjeu est de favoriser la mise en place d’un environnement propice pour encourager nos entreprises et les rendre plus compétitives, afin d’appuyer la croissance et de stimuler l’emploi. Cette année, il y a une baisse de 7 % des autorisations d’engagement et de 0,33 % des crédits de paiement de la mission. Je n’oublie pas, monsieur le ministre, que vous nous avez prévenus en commission : « Elle connaîtra une hausse progressive tout au long de ce quinquennat ». Mais sachez que nous resterons vigilants sur cette promesse, car sur un sujet aussi vital, une parole donnée, c’est une parole à respecter !
D’ici là, ma vigilance se porte plus particulièrement sur la politique du Gouvernement en matière de soutien à l’économie de proximité. Je suis déjà intervenu sur ce point en commission élargie, mais il me semble important d’y revenir en séance publique. Les crédits du programme 134 dédié au commerce, aux PME et à l’artisanat baissent en 2018, comme tous les ans ! Pour reprendre la métaphore du secrétaire d’État Benjamin Griveaux, je dirai qu’ils fondent comme neige au soleil depuis plusieurs années. Le Gouvernement prouve ainsi qu’il oublie encore les territoires qui luttent chaque jour contre la désertification en leur retirant des leviers essentiels pour la survie des centres-villes. À la faveur d’amendements portant sur le FISAC, nous aurons sans nul doute un débat dans quelques minutes sur ce sujet. Le groupe Les Républicains a pour sa part déposé un amendement pour augmenter les crédits accordés au Fonds et lui permettre ainsi de remplir sa mission de revitalisation des zones rurales et péri-urbaines fragilisées. J’espère que les députés de l’ensemble des groupes ne feront pas de politique politicienne et voteront l’augmentation des crédits du FISAC pour nos territoires.
Très bien ! Cette baisse des crédits du programme 134 rejoint malheureusement un ensemble de décisions du Gouvernement qui nourrissent la fracture entre nos territoires, parmi lesquelles : la menace qui pèse sur les dotations aux collectivités territoriales ; la suppression brutale des emplois aidés auxquels avaient recours les petites communes et les associations génératrices d’économie ; la hausse de la fiscalité du diesel sur les cinq prochaines années, sachant que ce carburant est surtout utilisé par les 60 % de Français qui vivent dans la France périphérique et sont donc contraints à l’automobilité, sans oublier les flottes d’entreprises.
Si l’on considère l’action globale du Gouvernement en matière d’économie, il y a, là encore, des raisons de s’inquiéter pour l’emploi et pour la compétitivité de nos entreprises. Ainsi, la baisse du taux de CICE, de 7 % à 6 % en 2018, va immanquablement augmenter le coût du travail et rendre nos entreprises moins compétitives face à la concurrence internationale. De même, la baisse des crédits alloués à la recherche industrielle, sur laquelle je vous ai déjà plusieurs fois alerté, monsieur le ministre, n’est pas de bon augure pour l’innovation française. Et grâce à vous, avec la suppression du régime social des indépendants – RSI –, ou plus précisément la suppression de l’interlocuteur social unique, les indépendants auront toujours autant de problèmes de recouvrement de leurs cotisations, mais avec de multiples guichets ! Ainsi, loin de simplifier un système à bout de souffle, le Gouvernement crée une usine à gaz qui ne pourra que compliquer la vie des travailleurs indépendants.
Enfin, je constate le manque d’ambition s’agissant du commerce international, alors que notre balance commerciale est en déficit croissant.
Pour l’ensemble de ces raisons et parce que nous avons une vision d’ensemble sur votre action en matière d’économie, notre groupe ne pourra pas voter en faveur des crédits de la mission « Économie ».
(Applaudissements sur les bancs des groupes LR et LC.) Dommage ! La parole est à Mme Marguerite Deprez-Audebert, pour le groupe du Mouvement démocrate et apparentés. La mission « Économie » fixe les grandes priorités économiques du Gouvernement au service de l’investissement et de la croissance. Les crédits sur lesquels nous allons voter dans quelques minutes ne connaissent pas une évolution marquée depuis l’année dernière. Les moyens de cette mission, constituée des programmes relatifs au développement des entreprises, aux études, aux stratégies économiques et au plan France Très haut débit sont en effet stables par rapport à la loi de finances initiale pour 2017. Les choix budgétaires du Gouvernement sont donc plutôt courageux au regard d’un contexte particulièrement tendu qui nous oblige à la fois à être responsables et à préparer l’avenir.
Le groupe MODEM et apparentés note avec satisfaction l’équilibre trouvé, qui permet de répondre aux nombreux défis touchant le développement des entreprises, la numérisation du territoire et la poursuite de la restructuration de notre industrie, et ce tout en maîtrisant la dépense publique. Ainsi, en dépit de ces exigences de responsabilité budgétaire, nous tenons à saluer le soutien de l’État aux PME, avec une augmentation de près de 3 % des crédits de paiement du programme 134 et notamment des moyens dont dispose Bpifrance pour garantir des prêts à des entreprises, disposition dont on connaît l’important effet de levier. Je me réjouis également de l’accélération du plan France Très haut débit : le Président de la République a assuré que le haut débit pour tous sera atteint à l’horizon 2020 et le très haut débit en 2022. Le haut débit pour tous et, plus largement, ce mode d’accès au numérique sont absolument essentiels pour lutter contre les fractures territoriales entre les utilisateurs d’internet et ceux qui en sont exclus. Nous devons profiter de ce plan pour saluer les initiatives de plusieurs entreprises qui ont su trouver des solutions inédites et réussi à innover intelligemment avec des opérateurs locaux.
Par ailleurs, lors de la commission élargie, nous avons été nombreux, dans tous les groupes, à vous interroger sur la baisse des crédits en autorisations d’engagement du FISAC. Ce fonds est particulièrement important pour la préservation du tissu commercial en zone rurale, dans les villes moyennes et dans les centres-bourgs. Je vous sais investi dans ce domaine, monsieur le ministre, et vous vous êtes engagé à conduire une mission de réflexion sur des plans stratégiques plus efficaces et surtout efficients. Il s’agit de faire mieux avec moins, vous l’avez plusieurs fois rappelé. Le dispositif doit être repensé et redimensionné ; les efforts concentrés. Sur ce sujet important, l’association des parlementaires à cette réflexion pourra certainement être utile.
Comme mes collègues, je ne peux que m’alarmer de la situation du commerce extérieur. Je regrette, comme nombre d’entre eux, la diminution constante des crédits alloués à Business France qui, notre rapporteur l’a souligné, baissent de 2,8 %, passant de 98,1 à 95,3 millions d’euros, ce qui reflète un manque de stratégie offensive, nos actions étant plus tournées vers le national que l’international. L’export et l’internationalisation de nos entreprises doivent pourtant être des priorités de l’État. Il en va du rayonnement économique de notre pays et surtout de notre balance commerciale,…
Très juste ! …dont le déficit cumulé sur douze mois atteint 60 milliards. Par ailleurs, autre signal inquiétant : les exportations sont de plus en plus concentrées sur un nombre d’entreprises de plus en plus faible ! Absolument ! J’accueille évidemment favorablement le lancement du chantier de la réorganisation et de l’accompagnement de nos entreprises à l’export, mais n’oublions pas que ces piètres résultats tiennent surtout à notre incapacité – ou manque de volonté, et là-dessus je suis en phase avec M. Buon Tan – à transformer nos PME en ETI afin d’atteindre la taille critique, qui est d’au moins 250 salariés, pour se lancer dans l’export. Très juste ! C’est exactement le problème. Une refonte de notre vision et de nos mentalités est indispensable. Eh oui ! Quant au tourisme, monsieur le ministre, secteur qui contribue très positivement à notre balance commerciale et représente plus de 7 % du PIB, je partage l’objectif du Gouvernement concernant la promotion de la destination France. Je me réjouis de l’annonce, en commission élargie, du lancement d’une mission regroupant les acteurs issus du monde de l’hôtellerie, du numérique et des institutionnels : ensemble, ils devront réfléchir au financement de cette promotion. Toutefois, notre souci n’est pas tant d’accueillir plus de visiteurs que de les inciter à dépenser plus. Et là, ce n’est pas forcément une question de budget ! La conclusion de cette réflexion, en janvier prochain, devrait permettre de fixer des objectifs ambitieux face au flux mondial de touristes, estimés à 2 milliards d’ici 2030. Notre groupe y sera particulièrement attentif.
Monsieur le ministre, mes chers collègues, malgré quelques limites, ce budget traduit la volonté du Gouvernement d’amener la France aux premiers rangs en termes d’attractivité et de compétitivité. Le groupe MODEM et apparentés votera donc les crédits de la mission « Économie ».
(Applaudissements sur les bancs des groupes MODEM et REM.) Très bonne intervention ! La parole est à M. Christophe Naegelen, pour le groupe Les Constructifs : républicains, UDI, indépendants. La mission « Économie » est importante en ce qu’elle a pour ambition de favoriser une croissance durable et équilibrée de l’économie française en permettant aux territoires, aux femmes et aux hommes qui les composent, aux entreprises de construire l’économie de demain.
Trois points essentiels méritent toute notre attention dans cette mission.
Tout d’abord, concernant le programme « Développement des entreprises et régulations », nous déplorons la forte baisse des crédits de l’action 21 « Développement du tourisme », et notamment l’arrêt des dépenses d’intervention qui permettaient, entre autres, de soutenir les fédérations de tourisme. Pour nos territoires, cela est un très mauvais signal. Certes, les crédits alloués au tourisme ne baissent pas dans leur globalité car Atout France bénéficie d’une hausse de crédits, mais réduire à néant l’aide à la structuration de l’offre touristique dans les territoires alors que les contrats de destination et les pôles d’excellence sont des leviers d’aménagement du territoire n’est pas de nature à soutenir le développement du tourisme dans nos communes rurales.
Nous regrettons également, monsieur le ministre, votre manque d’ambition pour le FISAC, qui joue pourtant un rôle essentiel pour la préservation du tissu commercial en zone rurale, dans les quartiers prioritaires de la politique de la ville et dans les centres-bourgs dégradés. Rappelons que l’État est là pour réparer les fragilités territoriales.
C’est juste ! Au vu des défis à relever, il s’agirait de faire preuve de davantage d’audace !
Ensuite, il y a le très haut débit, ô combien important. Pour atteindre l’objectif de couverture du territoire en très haut débit pour 2022 – et en haut débit dès 2020 – le Gouvernement s’appuie sur le plan France Très haut débit et en assure sa part de financement. Cependant, la Cour des comptes, en janvier dernier, avait estimé le coût du plan à 35 milliards au lieu des 20 milliards prévus, pour des objectifs tenus autour de 2030 plutôt que de 2022. Comprenez bien que ces différences d’appréciation ne sont pas de nature à rassurer aussi bien les entreprises que les habitants et les collectivités des territoires… déjà en retard ! Il serait donc nécessaire d’avoir des éclaircissements sur ce sujet. Et il serait également important de cibler certains départements en priorité. La fracture numérique doit être réparée une bonne fois pour toutes, et rapidement.
Enfin, il y a la simplification. Lorsque j’avais interpellé le secrétaire d’État Jean-Baptiste Lemoyne en commission élargie, il avait évoqué le « droit à l’erreur ». Celui-ci est très positif, dans le sens où il doit permettre de passer d’une administration qui sanctionne à une administration qui conseille. Il est urgent d’aller plus loin en simplifiant globalement la charge administrative imposée aux sociétés, qui leur fait perdre du temps et les éloigne de leur cœur de métier. Pour notre part, nous avons mis en place un groupe de travail parallèle au plan Entreprises, et je travaille actuellement avec le Centre des jeunes dirigeants d’entreprise des Vosges afin de faire des propositions concrètes sur ce problème important qui gangrène la vie de nos entreprises.
Encore une fois donc, bien que vos idées partent d’une bonne intention, vous n’allez pas assez loin et vous envoyez des signaux contradictoires aux entreprises. « On baisse les charges, mais pas au niveau de ce que vous aviez avant ! On veut être votre partenaire, mais on baisse les crédits des chambres de commerce et d’industrie, ce dont vous serez les premières victimes ! » Aux territoires ruraux et à leurs habitants, vous dites : « Tout le monde aura le très haut débit, mais on ne sait pas si ce sera en 2022 ou en 2030, et si cela coûtera 20 ou 30 milliards d’euros ! On veut vous rendre attractifs, mais on ne se montre pas assez ambitieux pour le FISAC et l’on supprime l’aide à la structuration de l’offre touristique ! »
Par ailleurs, comme l’a relevé le rapporteur pour avis Paul Christophe, on peut regretter la diminution des crédits alloués au commerce extérieur, dans un contexte général dégradé au regard des soldes des échanges et au moment même où le besoin d’un soutien public est particulièrement explicite.
Monsieur le ministre, sur des thèmes comme la simplification, vous pouvez compter à n’en pas douter sur notre soutien et notre implication. Il est en revanche nécessaire de clarifier les choses s’agissant de votre plan France Très haut débit, et d’aller plus loin dans l’aide et dans l’accompagnement général de nos entreprises, afin que ce quinquennat soit tout autant celui du réussir ensemble que celui du réussir pour tous.
(Applaudissements sur les bancs du groupe LC.) La parole est à M. Jean-Louis Bricout, pour le groupe Nouvelle Gauche. Il me revient de remplacer pour donner la position de mon groupe Dominique Potier, actuellement retenu dans le cadre des états généraux de l’alimentation. À la réflexion, j’en suis très heureux, car alors que nous avons quasiment achevé l’examen des différentes missions budgétaires, cette mission « Économie », au champ traditionnellement vaste, résume plutôt bien l’esprit général de votre budget pour 2018.
Nous voterons contre ces crédits. Je veux expliquer pourquoi.
Pour celles et ceux qui vont bien, cela continuera ! En l’espèce, cela continuera aussi pour nos entreprises, en tout cas pour les plus importantes, celles qui ont le moins de difficultés à conquérir des marchés. En revanche, j’y reviendrai, il y a finalement assez peu de crédits fléchés en direction de nos TPE, PME et ETI, alors que nous savons bien – en tout cas ceux qui connaissent bien nos territoires – qu’elles constituent le véritable cœur de notre tissu économique.
En effet, si l’on compare la France aux grands pays européens, comme l’Allemagne ou l’Angleterre, on se rend compte qu’elle compte beaucoup de PME, mais pas assez d’ETI. Il est vraiment nécessaire de faire grandir nos PME afin qu’elles deviennent aptes à aller à l’export.
C’est la clef du succès. Cela n’est pas simple, car cela nécessite beaucoup de transformations dans l’entreprise, notamment dans les services juridiques et commerciaux ou de back-office . Or vous n’avez pas augmenté, monsieur le ministre, les crédits affectés à la Coface – Compagnie française d’assurance pour le commerce extérieur – et à Business France : c’est un peu dommage, car nos PME ont réellement besoin de grandir pour améliorer notre balance du commerce extérieur.
Ainsi donc, admettez qu’à périmètre constant, et sans la montée en puissance du plan France Très haut débit – que nous avions d’ailleurs lancé au printemps 2013 – qui vise à couvrir tout le territoire en très haut débit d’ici à 2022 et mobilise un investissement de 20 milliards sur dix ans, partagé entre opérateurs privés, collectivités territoriales et État, les crédits restent stables, voire baissent légèrement. En effet, ce plan ne requerra de crédits de paiement qu’à compter de 2019.
Cette évolution est assez incompréhensible, voire indécente, lorsque l’on sait, comme beaucoup d’observateurs attentifs s’accordent d’ailleurs à le dire, que le Gouvernement bénéficie, grâce à l’effet des décisions prises sous le précédent quinquennat, du redressement de certains indicateurs économiques. Je pense notamment à la remontée de la croissance et de l’inflation. Là aussi, admettez-le, monsieur le ministre, vous récoltez des fruits en fin de mûrissement.
Il aurait été cohérent que nos PME et TPE puissent en ressentir les effets. Par exemple, on aurait pu imaginer de créer un fonds d’investissement expérimental pour favoriser la transition énergétique des petites entreprises, ciblé sur le FISAC – un bel outil sur lequel nous aurons l’occasion de revenir.
Le contre-budget que le groupe Nouvelle Gauche a présenté début octobre affirmait déjà notre préoccupation globale pour les TPE et PME. C’est pourquoi je vous proposerai tout à l’heure un amendement de transfert de crédits vers nos TPE et PME : cette proposition vise à rétablir un équilibre nécessaire et bienvenu alors que vous avez déjà, monsieur le ministre, raboté la taxe sur les salaires pour les grands groupes. Chers collègues de la majorité, les adeptes du « en même temps » que vous êtes devraient accepter cette proposition sans trop de difficulté.
Au travers du soutien de nos petites entreprises, c’est finalement l’investissement dans l’économie réelle qu’il s’agit de renforcer. Les près de 25 000 milliards d’euros qui sont domiciliés dans les paradis fiscaux représentent chaque année des dizaines de milliards de manque à gagner fiscal pour la France, l’Europe et les citoyens du monde, qui font défaut à l’économie réelle.
L’écho du scandale des
Paradise papers n’a pas faibli : il nous invite à lutter, une nouvelle fois, contre les paradis fiscaux et l’optimisation fiscale. L’examen des crédits de cette mission aurait pu être l’occasion pour votre majorité de se positionner à l’avant-garde de cette lutte, dans la continuité de la loi Sapin 2. Monsieur le ministre, je vous ferai également une proposition sur ce point, et j’espère que vous l’accepterez. Si tel n’était pas le cas, alors nous serons vraiment fondés à dire que ce budget est celui des occasions manquées et du matraquage des plus fragiles. La parole est à M. Loïc Prud’homme, pour le groupe La France insoumise. Nous examinons, par le biais des programmes de la mission « Économie », le développement des entreprises et les régulations, le plan France Très haut débit, les statistiques et études économiques et enfin la stratégie économique et fiscale, et nous verrons aussi les comptes spéciaux « Accords monétaires internationaux » et « Prêts et avances à des particuliers ou à des organismes privés ».
S’agissant du programme 134 « Développement des entreprises et régulations », l’objectif d’améliorer la compétitivité française en soutenant, à hauteur de 100 millions d’euros, les entreprises électro-intensives affectées par le prix du carbone est un non-sens face à l’enjeu climatique actuel et à la nécessité de la transition écologique. Il met en lumière, une fois de plus, la contradiction entre le libre-échange, qui implique la compétitivité, et cette transition écologique. Ces crédits seraient bien plus utilement employés à combler la baisse des financements alloués à la protection des consommateurs et à financer les PME et ETI françaises s’étant investies dans la transition écologique.
Dans ce même programme, les dépenses fiscales liées au CICE sont évidemment critiquables. Je n’y manquerai pas.
En effet, le coût du dispositif passe de 16,5 à 20,9 milliards d’euros entre 2017 et 2018, alors même qu’il est mal ciblé. Sa pérennisation, sous la forme d’une baisse de cotisations sociales, entraînera une trappe à bas salaires.
Les baisses de cotisations sociales mises en œuvre depuis les années 1990 sont très coûteuses et n’ont manifestement pas permis de faire baisser le chômage dans notre pays. Les pin’s « 1 million d’emplois » distribués par le Medef n’y auront rien changé. La France insoumise demandera donc un rapport d’information sur les baisses de cotisations, afin de faire toute la lumière sur l’utilisation de cet argent public.
Dans le projet de loi de finances pour 2018, le Gouvernement souhaite par ailleurs doubler les fonds dédiés au financement des PME et des ETI, via la banque publique d’investissement Bpifrance. Ces crédits passent de 24 à 48 millions d’euros, ce qui contribuera à pallier la frilosité des banques qui ne jouent pas toujours leur rôle, pour ne pas dire quasiment jamais, dans le financement de l’économie.
Nous nous en félicitions. Jusqu’à ce que nous découvrions l’amendement du Gouvernement qui fait baisser ces crédits de 7 millions… Le volume de prêts garantis par Bpifrance aux PME et aux ETI sera en conséquence réduit : comment expliquer ce rétropédalage ?
Le Gouvernement donne sans compter aux riches, mais devient tout à coup très regardant quand il s’agit de financer l’économie réelle : c’est un comble, monsieur le ministre, alors qu’on vous entend à longueur de séance nous parler du « réel » !
S’agissant du plan France Très haut débit, La France insoumise remarque, en s’appuyant sur les travaux de la Cour des comptes, que son coût est évalué à 34,9 milliards d’euros, alors qu’il ne devait être que de 20 milliards. En outre, les opérateurs privés n’ont investi que 1 milliard au lieu des 3 milliards prévus. Les collectivités, déjà sous pression financière, en pâtissent. Nous posons donc la question au Gouvernement : les opérateurs de télécommunications respectent-ils leurs engagements ?
S’agissant du compte de concours financiers « Prêts et avances à des particuliers ou à des organismes privés », l’amendement express n1038, déposé par le Gouvernement sans avoir été examiné en commission, nous pose question.
Cet amendement à 1,7 milliard d’euros prévoit un prêt à une société créée par la SNCF et Aéroports de Paris en vue de construire le projet de liaison ferroviaire rapide Charles-de-Gaulle Express, dont le ministre nous a parlé tout à l’heure.
Mais, monsieur le ministre, vous ne nous avez pas tout dit : cette société se verrait accorder une concession pour cinquante ans. Or le groupe Aéroports de Paris fait partie des sociétés souvent citées dans les listes de privatisations à venir.
Ça s’appelle le libéralisme ! Si c’était le cas, nous nous retrouverions avec une société en majorité privée, qui héritera de l’exploitation de la liaison rapide Paris-Charles-de-Gaulle pour cinquante ans, sans aucun garde-fou s’agissant des redevances qu’elle pourra exiger.
Pourquoi l’État n’a-t-il pas conduit les travaux en maîtrise d’ouvrage lui-même ? Pourquoi recourt-il à une concession d’une durée de cinquante ans ? Telles sont les questions qui nous intéressent et auxquelles nous souhaiterions obtenir des réponses claires et précises. Et qu’est-ce qui nous garantit que nous ne sommes pas en train de reproduire, à petite échelle, ce que l’État a fait à grande échelle avec les autoroutes, dont nous avons parlé hier tard dans la nuit ?
Excellent ! La méthode adoptée par le Gouvernement est également très critiquable : un amendement déposé en séance, que la commission n’a pas examiné et qui porte sur 1,7 milliard d’euros d’autorisations d’engagement, soit un montant presque équivalent à celui des crédits de la mission tout entière ! Ce n’est pas respecter le Parlement que d’agir de la sorte. Précisément, c’est une autorisation d’engagement. Ce dédain à l’égard de la représentation nationale devient votre signature. Dans ces conditions, parce qu’il se trouve en profond désaccord avec l’utilisation faite des fonds publics comme avec les méthodes employées, le groupe La France insoumise votera contre les crédits de la mission « Économie ». (Applaudissements sur les bancs du groupe FI et quelques bancs du groupe GDR.) Très bien ! La parole est à M. Alain Bruneel, pour le groupe de la Gauche démocrate et républicaine. Les politiques conduites dans le cadre de cette mission visent à favoriser l’emploi et le développement des exportations ainsi qu’à garantir la protection et la sécurité des citoyens et des consommateurs, mais aussi à éclairer le débat économique et social.
Si les crédits de la mission « Économie » sont stables, ils n’en suscitent pas moins de sérieuses inquiétudes. La première concerne la baisse des crédits affectés à la Direction générale de la concurrence et de la répression des fraudes ainsi que celle des subventions accordées aux associations de consommateurs, telles que l’Institut national de la consommation – INC –, Que Choisir ou la Confédération nationale du logement.
Même si cette diminution a été minorée en commission, par la voie d’un amendement, le constat qui s’impose est clair : la baisse continue des subventions versées aux associations depuis cinq ans atteint globalement 30 %, ce qui touche tous les acteurs de la défense des consommateurs.
Le message envoyé par le Gouvernement est clair : il consiste à placer l’intérêt des sociétés comme de leurs actionnaires au-dessus de l’intérêt général. C’est d’ailleurs un leitmotiv de la politique conduite par la majorité depuis le mois de juillet à travers la réforme du code du travail comme à travers la politique fiscale qui favorise outrageusement la rente spéculative au détriment de l’investissement productif.
Nos concitoyens sont en demande d’une politique ambitieuse de protection de leur santé, de préservation de l’environnement et de réorientation des politiques économiques vers la satisfaction du bien commun. C’est pourquoi près de deux tiers des Français se considèrent aujourd’hui, monsieur le ministre, comme des perdants de votre politique : ils se sentent légitimement floués et les signaux envoyés depuis six mois ont tout pour les inquiéter davantage.
Nous en avons encore l’exemple sur le terrain de la politique en direction des PME d’une part et de l’industrie d’autre part. D’un côté vous sabrez dans les dépenses essentielles à nos entreprises : celles du FISAC, celles du secteur des services à la personne, celles des centres techniques.
Depuis votre arrivée au pouvoir, l’Italien Fincantieri a pu prendre le contrôle des chantiers de l’Atlantique, Alstom a été vendu à Siemens, et General Electric Hydro, à Grenoble, va perdre près de la moitié de ses salariés. Emmanuel Macron, alors candidat à l’élection présidentielle, avait pourtant promis de mettre fin à l’hémorragie des emplois industriels !
Il rappelait à juste titre qu’entre 1995 et 2013, notre économie avait perdu plus de 900 000 emplois industriels et 45 % de parts de marché à l’exportation, quand l’Allemagne perdait deux fois moins de parts de marché. Il soulignait avec raison qu’au cours des cinq dernières années, les pertes nettes d’emplois industriels s’étaient poursuivies, à hauteur de 2 000 à 16 000 emplois par trimestre. Il promettait de réunir les conditions d’une montée en gamme de notre industrie et de défendre nos intérêts industriels dans la mondialisation. Que sont devenues ces belles promesses ? Elles se sont muées en cadeaux fiscaux pour les actionnaires et en célébration bruyante des vertus de la concurrence et des investissements étrangers en France.
Il a des accents gaulliens. C’est un gaullisme renouvelé. (Sourires.) Dans le même temps, les mauvaises nouvelles se suivent, sans que le Gouvernement lève le petit doigt : fermeture de l’usine Tupperware de Joué-lès-Tours – 235 emplois ; restructuration de Coca-Cola France – 128 emplois ; fermeture d’un laboratoire du groupe Nestlé à Sophia Antipolis – 550 emplois ; et encore General Electric Grenoble – 345 emplois – et la branche logistique d’Intermarché – 130 emplois.
Des centaines de postes sont également menacés chez Castorama et Brico Dépôt, du fait du regroupement à Cracovie, en Pologne, des activités de comptabilité et de contrôle de gestion. Engie transfère en douce son service clientèle à l’étranger. Chez Orange, Nokia, PSA, les restructurations s’enchaînent à un rythme accéléré. Et les ordonnances portant réforme du code du travail, déjà en application, facilitent considérablement la multiplication des plans sociaux.
En guise de politique industrielle, vous nous proposez de faire confiance au marché, d’accompagner un mouvement jugé inéluctable en livrant davantage encore notre tissu industriel aux appétits financiers. L’absence d’un grand ministère de l’industrie dit suffisamment le manque d’une volonté politique affirmée en ce domaine.
Sortir notre industrie de l’ornière n’est pourtant pas hors de portée. Cela supposerait de conduire une politique ambitieuse, afin de permettre aux entreprises de se financer autrement que sur les marchés, de rénover nos outils industriels, de favoriser la formation tout au long de la vie pour soutenir la montée en gamme de notre industrie et augmenter les salaires.
Compte tenu de ces graves lacunes, nous voterons contre le budget de cette mission.
(Applaudissements sur les bancs des groupes GDR et FI.) Nous en avons fini avec l’expression des porte-parole des groupes.
Monsieur le ministre, puisque vous demandez à prendre la parole, je vous la donne, mais il ne peut pas s’agir d’une réponse aux interventions des orateurs.
C’est une question de procédure que je voudrais soulever, madame la présidente.
Nous venons d’entendre des interventions, toutes très intéressantes, sur des sujets majeurs de politique économique. Je veux bien que la discussion budgétaire soit « litanie et léthargie », comme on le dit depuis un haut responsable politique français, mais ce n’est pas ma conception du débat parlementaire.
(Applaudissements sur les bancs du groupe REM et MODEM.) On a dit tout à l’heure qu’il y avait du mépris à l’égard de la représentation nationale, ou du dédain, mais il n’y en a aucun. Quand le ministre de l’économie et des finances reste jusqu’à la fin de toutes les discussions budgétaires, quand il participe, avec un grand plaisir, aux débats jusqu’à deux heures du matin puis revient le matin discuter avec vous, je pense que c’est plus une marque d’attention qu’une marque de mépris ! (Applaudissements sur les bancs des groupes REM et MODEM.) C’est juste normal ! Mais un débat sans que le ministre puisse répondre ? Désolé, mais je crois que cela appelle une révision en profondeur de nos règles et de nos comportements, parce que s’il n’y a pas d’échanges, il n’y a pas de débat et dès lors, il n’y a pas d’approfondissement de sujets qui, pour les Français, sont pourtant majeurs. (Applaudissements sur les bancs du groupe REM.) Nous sommes bien d’accord ! Je pose donc la question à la présidente : quand le ministre de l’économie et des finances pourra-t-il répondre aux questions économiques et financières qui viennent de lui être posées par la représentation nationale ? (Applaudissements sur les bancs des groupes REM et MODEM.) Très bien ! Un point de procédure, monsieur le ministre. Toutes les discussions budgétaires sont organisées de la même façon. Elles sont organisées par la conférence des présidents, qui n’a pas prévu de réponse dans la mesure où les interventions des députés sont en quelque sorte des explications de vote. Non, ce n’est pas le cas des rapports ! Vous aurez tout loisir d’expliquer la position du Gouvernement, au cours de l’examen des amendements, ainsi que lors des réponses aux questions. Dans ce cas, je tiens à manifester mon profond regret de cette méthode. Nous aussi ! On va me poser une série de questions qui porteront sur d’autres sujets. J’y répondrai bien volontiers, mais en deux minutes ! Il vient d’être question de la politique industrielle du pays, du commerce extérieur, du déficit de notre balance commerciale, et je ne vais répondre que sur des aspects techniques, en deux minutes ? Les représentants de la nation ne seront pas correctement informés et les Français qui nous écoutent et nous regardent n’auront pas les réponses du Gouvernement sur notre stratégie industrielle et notre stratégie commerciale. Nous avons déjà fait cela en commission élargie ! Je vous le dis très sincèrement : je regrette profondément ce que je considère comme une mauvaise manière démocratique. (Applaudissements sur les bancs des groupes REM et MODEM.) Madame la présidente, je demande la parole ! Non, monsieur Jumel, aucune prise de parole n’est possible sur ce point.
Monsieur le ministre, il s’agit d’un format de discussion ramassé. Votre intervention sera rapportée à la conférence des présidents, qui est décisionnaire en la matière.
Nous passons à présent aux questions.
Je vous rappelle que la durée des questions et des réponses est fixée à deux minutes.
Rappel au règlement ! La parole est à M. Sébastien Jumel, pour un rappel au règlement. Madame la présidente, au titre de l’article 58, alinéa 2 de notre règlement, j’appuie la demande de M. le ministre, en vue de nourrir le débat parlementaire. Nous sommes plusieurs rapporteurs à avoir formulé un avis sur des questions stratégiques, qui engagent l’avenir de la France. Il est important, si l’on ne veut pas abaisser le rôle de l’État, celui du Gouvernement et celui du Parlement, de permettre au ministre de répondre en quelques minutes aux propositions et réflexions émises par notre assemblée.
Je propose, en vertu de la souveraineté de l’hémicycle ainsi constitué, que l’on vote à main levée sur le fait de permettre au ministre de répondre en quelques minutes aux questions soulevées.
(Applaudissements sur les bancs des groupes GDR et FI ainsi que sur plusieurs bancs des groupes REM et MODEM.) D’abord les questions ! Monsieur le rapporteur pour avis, d’abord, ce n’est pas la présidente de séance qui décide du déroulement des choses. (Exclamations sur plusieurs bancs.) Ne laissez pas l’administration diriger nos débats ! Les débats sont organisés selon une procédure arrêtée par la conférence des présidents. C’est ainsi que fonctionne notre institution. Il y a parmi vous des présidents de groupe qui participent à cette conférence. Moi-même, je rapporterai les propos de M. le ministre, ainsi que le vôtre, monsieur le rapporteur pour avis. Nous verrons alors si une autre procédure est décidée.
En tout état de cause et sur le fond, monsieur le ministre, avant que nous ne procédions à l’examen des amendements, vous aurez tout le loisir d’expliciter la position du Gouvernement.
La parole est à M. Marc Fesneau, toujours pour un rappel au règlement.
Madame la présidente, je comprends qu’il y ait des procédures pour encadrer nos débats, mais parfois, on peut aussi décider de ne pas s’astreindre à ce cadre rigide. Voilà une heure et demie que nous débattons, avec des arguments intéressants et des confrontations d’idées sur le texte. Tout comme M. Jumel, je ne comprends pas pourquoi nous ne pourrions pas donner deux, trois, voire quatre minutes au ministre pour qu’il nous réponde sur un certain nombre de sujets. Je n’ai pas l’impression que ce faisant, nous nous affranchirions de manière insupportable du règlement, et cela nous éviterait d’être dans une caricature de débat, avec une litanie d’interventions, mais sans la parole du Gouvernement. À quoi servons-nous, si nous n’arrivons pas à modifier les choses ? (Applaudissements sur les bancs des groupes MODEM, REM, GDR et FI.) Monsieur le président Fesneau, vous participez à la conférence des présidents. Toutes les discussions budgétaires en séance ont été organisées sur le même modèle. Elles n’avaient jusqu’alors donné matière à aucune remarque particulière. Et alors ? Je le répète : la conférence des présidents examinera ce point. Mais tout le monde est d’accord ! La parole est à Mme Marie-Christine Dalloz, pour un rappel au règlement. Au titre de l’article 58, alinéas 1 et 2, de notre règlement, je voudrais rappeler à notre assemblée que le débat que nous venons d’avoir dans l’hémicycle, avec les différents rapporteurs, nous l’avons déjà eu en commission élargie : c’est une répétition à l’identique. Eh oui ! Monsieur le ministre, en commission élargie, vous avez eu tout le loisir de répondre aux intervenants et aux questions qui vous ont été posées. (Vives exclamations sur de nombreux bancs.) Il n’était pas là ! En commission élargie, les orateurs des groupes et les rapporteurs pour avis se sont exprimés, et le ministre a répondu à chacun. Ici, ce n’est que la répétition de la commission élargie, sauf pour les amendements. (Exclamations sur les bancs du groupe REM et du groupe FI.) Le ministre a déjà répondu. ( « Non ! »sur plusieurs bancs. ) Il peut très bien renvoyer aux réponses qu’il a faites en commission élargie.
Il y a des traditions et un règlement de l’Assemblée nationale.
Il faut changer les choses, dans ce cas ! Je ne comprends pas que le groupe majoritaire les remette en cause. C’est ubuesque. La parole est à M. Alain Bruneel, pour un autre rappel au règlement. Pendant ce temps, le ministre aurait eu tout le temps de parler… Comme le règlement me permet de faire un rappel au règlement pour dire ce que j’ai envie de dire, j’en profite ! (Sourires.)
Je partage les avis qui viennent d’être exprimés, sauf le dernier. Même si des choses ont été dites en commission élargie, il est frustrant que le ministre ne puisse pas répondre aux questions qui ont été posées tant par les rapporteurs que par les représentants des groupes. Certes, il y a un règlement, mais sachons en sortir de temps en temps, et faire simple ! Nous avons besoin de réfléchir ! (Applaudissements sur les bancs des groupes GDR, FI, REM et MODEM.) Le ministre répondra après les questions ! Monsieur le député, je note qu’au titre du règlement, vous appelez à une réforme du règlement. C’est de la dialectique marxiste ! (Sourires.) Nous passons maintenant aux questions, mais sachez que tout ce qui a été dit sera rapporté à la conférence des présidents, qui, le cas échéant, prendra les dispositions qui permettront de satisfaire davantage les députés.
Nous commençons par une question du groupe La République en marche.
La parole est à Mme Michèle Crouzet, pour deux minutes.
Madame la présidente, monsieur le ministre, mesdames et messieurs les rapporteurs, chers collègues, aujourd’hui, dans certaines zones rurales, l’accès à un débit internet fixe de qualité n’est pas assuré. Beaucoup de citoyens ressentent un sentiment d’isolement et d’abandon, sans compter que des entreprises peuvent hésiter à s’implanter en cas de couverture numérique limitée. Parmi celles déjà installées, certaines peuvent être découragées, dans la mesure où elles ne parviennent pas à exercer leur activité de façon optimale.
Je peux vous donner l’exemple, dans l’Yonne, d’une entreprise installée depuis vingt ans dans une petite commune. En raison d’une couverture numérique défaillante qui l’empêche de poursuivre son développement national et international, elle prévoit de s’établir dans le département voisin avec ses trente salariés.
La couverture mobile doit elle aussi être complétée. En effet, 500 communes françaises se trouvent actuellement dans des zones blanches – sans parler de la blancheur des zones dites « grises ».
Lors de la conférence des territoires du 17 juillet 2017, le Président de la République, Emmanuel Macron, s’est engagé sur l’objectif d’une couverture du territoire en haut débit d’ici à 2020 et en très haut débit d’ici à 2022. Cela s’est traduit dans le projet de loi de finances pour 2018 par 208 millions d’euros de crédits alloués au programme 343 « Plan "France Très haut débit" ».
Le déploiement des nouveaux réseaux représente un investissement de plus de 20 milliards d’ici à la fin 2022. Les opérateurs privés auront investi 6 à 7 milliards pour environ 3 600 communes. Sur le reste du territoire, les réseaux d’initiative publique – RIP – nécessiteront un investissement de 13 à 14 milliards d’euros, dont un quart financé par l’État.
Selon le rapport d’information de nos collègues Éric Bothorel et Laure de La Raudière sur la couverture numérique du territoire, les projets de RIP des collectivités sont à des stades de développement très variés. Beaucoup d’efforts restent à accomplir pour atteindre les objectifs, d’autant plus qu’il faudra surmonter une pénurie prévisible de câbles optiques, notamment dans l’Yonne, dès le deuxième trimestre 2018.
Je vous demande donc, monsieur le ministre, de préciser la mise en œuvre opérationnelle du plan France Très haut débit, notamment en liaison avec les entreprises et les collectivités, afin de respecter le calendrier fixé.
(Applaudissements sur quelques bancs du groupe REM.) La parole est à M. le ministre. On est en train de transformer l’Assemblée nationale en théâtre d’ombres et le ministre en potiche. C’est juste. Prenez une potiche, cela coûtera moins cher au contribuable qu’un ministre de l’économie et des finances !
J’insiste sur la nécessité qu’après une heure trente d’interventions de membres de l’Assemblée nationale, le ministre puisse disposer de dix ou quinze minutes pour répondre, sur des sujets aussi importants.
(Applaudissements sur les bancs des groupes REM, MODEM, FI et GDR.)
Je vais bien évidemment répondre à la question de Mme Crouzet, mais je voudrais d’abord que l’on mette en regard deux chiffres : 48 milliards, et 1,4 million.
Ce chiffre, 1,4 million, c’est le nombre d’emplois industriels que nous avons perdus en vingt-cinq ans en France ; et 48 milliards, c’est le montant du déficit commercial extérieur en 2016. Je pense que les deux sont étroitement liés. Nous ne rétablirons jamais un excédent commercial extérieur si nous ne redevenons pas une grande puissance industrielle dans les années qui viennent. J’en suis profondément convaincu.
Très bien ! Et on peut faire le lien avec la question qui m’a été posée sur le très haut débit. Comment pouvons-nous y arriver ? Premièrement – et je me réjouis que, sur tous les bancs de cette assemblée, quelle que soit la couleur politique, chacun s’accorde à le dire – nos petites et moyennes entreprises doivent grandir. Ah ! Elles doivent devenir des entreprises de taille intermédiaire. Les conclusions du dernier rapport de l’INSEE, qui vient de sortir et dont je vous recommande la lecture, sont sans appel. Entre 2009 et 2015, quelles sont les entreprises qui ont créé le plus d’emplois ? Ce ne sont pas les grands groupes, ni les PME : ce sont les entreprises de taille intermédiaire. Elles ont contribué à la création des 337 500 emplois marchands entre 2009 et 2015. Il est donc urgent de transformer nos PME en ETI, et tel est l’objectif du projet de loi que vous aurez à examiner l’année prochaine. C’est indispensable. Très bien ! Pour qu’elles grandissent, il faut d’abord qu’on les accompagne. C’est ce que fait la Banque publique d’investissement, ainsi qu’un certain nombre d’autres organismes.
Il faut aussi que nous nous posions la question de l’allégement des charges sur les salaires supérieurs à 2,5 fois le SMIC. On ne peut pas dire à notre industrie d’embaucher des personnels de plus en plus qualifiés, mais qui, forcément, coûtent plus cher, et concentrer les allégements de charges uniquement sur les bas salaires.
Je suis favorable à l’allégement des charges, non seulement sur les bas salaires, pour l’emploi, mais aussi au-dessus de 2,5 SMIC pour la compétitivité de notre industrie.
Le déploiement du très haut débit est également nécessaire ; c’est le sens du plan « France très haut débit », qui vise à permettre à nos PME de grandir sur l’ensemble du territoire. Le Gouvernement est d’ailleurs prêt, madame la députée, à étudier, pour les territoires les plus reculés, de nouvelles solutions, par exemple satellitaires là où la fibre serait trop chère.
L’accompagnement passe bien entendu par la mise en œuvre de dispositifs. Un certain nombre d’entre vous, mesdames, messieurs les députés, m’ont interrogé sur Business France ; en l’espèce, la question me semble moins relever des crédits budgétaires que de l’organisation et de la simplification de nos mécanismes à l’exportation, comme plusieurs d’entre vous l’ont souligné.
La deuxième clé, pour redresser notre industrie et notre commerce extérieur, est l’innovation : c’est tout le sens du crédit d’impôt recherche et du fonds pour l’innovation de rupture, sur lesquels je ne reviens pas.
La troisième clé, ce sont des infrastructures aussi performantes que possible. On m’a interrogé, à ce sujet, sur le projet de Charles-de-Gaulle Express. Oui, le Gouvernement entend lui allouer des autorisations d’engagement dès à présent. Pourquoi ? Parce qu’il ne veut plus perdre un seul mois dans le lancement de ce projet qui permettra de relier le plus grand aéroport français au centre de Paris en vingt minutes. Vous ne ferez pas de la France un pays attractif pour les investisseurs et pour le développement économique si son plus grand aéroport n’est pas relié correctement à sa capitale.
Très juste ! J’espère donc que vous serez nombreux à soutenir cette disposition.
Enfin, pour être tout à fait complet, une stratégie nationale ne suffit pas : il faut aussi une stratégie européenne. Tous les efforts que nous ferons en matière de compétitivité, de développement des infrastructures, de réduction du coût du travail, d’amélioration de l’offre et de taille des entreprises resteront vains sans une plus grande intégration au sein de la zone euro, sans convergence fiscale, si nos amis allemands n’investissent pas davantage dans les infrastructures, et s’ils ne poursuivent pas la politique d’augmentation salariale qu’ils ont engagée avec l’instauration d’un salaire minimum.
Ce qui est très préoccupant, ce n’est pas seulement le déficit de notre balance commerciale, c’est sa divergence croissante, depuis le début des années 2000, avec la balance commerciale allemande, excédentaire de 234 milliards d’euros.
Eh oui ! On ne peut construire une économie européenne forte quand les deux premières économies d’Europe divergent. (Applaudissements sur les bancs des groupes REM et MODEM.) Très bien ! Nous en venons à une question du groupe Les Républicains.
La parole est à M. Jean-Luc Reitzer, pour deux minutes.
Je m’efforcerai en effet, monsieur le ministre, de m’en tenir aux deux minutes qui me sont imparties… (Sourires.)
L’orateur de mon groupe a souligné, tout à l’heure, l’importance du FISAC pour le soutien à l’activité économique et commerciale. D’autres acteurs économiques, vous le savez, contribuent aussi au dynamisme de notre commerce et de notre industrie : je veux, une fois de plus, parler des chambres de commerce et d’industrie – CCI.
Après une baisse continue des ressources fiscales de nos chambres, à hauteur de 35 % au cours des cinq dernières années,…
C’est vrai ! …et de quelque 670 millions d’euros de prélèvements sur leurs fonds propres, l’annonce d’une nouvelle baisse budgétaire cette année, de surcroît fort importante, est un choc très violent pour elles et pour leurs 17 000 salariés, dont je rappelle qu’ils étaient 21 000 fin 2013.
Sans ces hommes et ces femmes, comment les chambres de commerce peuvent-elles accomplir leurs missions ? Elles accompagnent les entreprises en difficulté, comme vous venez de le dire, et aussi celles qui se créent. À titre d’exemple, la chambre de commerce d’Alsace Eurométropole accompagne chaque année quelque 2 000 créateurs d’entreprise.
Il en est de même pour la formation. En Alsace encore – vous ne m’en voudrez pas d’évoquer cette région –, quelque 10 000 jeunes sont formés chaque année sur les sites et campus, et environ 1 600 d’entre eux, puisque vous avez parlé du chômage des jeunes, sortent avec un métier en poche.
Enfin, dans le contexte de déficit commercial français que vous avez décrit, les chambres de commerce jouent un rôle important en matière d’exportations.
Sans les moyens humains et financiers dont elles ont besoin, monsieur le ministre, nos CCI ne peuvent plus avoir la même efficacité, et leurs aides aux commerçants sont en train d’être supprimées ici et là, notamment dans la ville dont j’ai été le maire pendant trente-quatre ans.
Merci, mon cher collègue. J’aimerais donc, monsieur le ministre, connaître les raisons de cette diminution budgétaire brutale, et vous demande bien sûr de ne pas sacrifier les chambres de commerce et d’industrie… Merci. …sur l’autel de la rigueur budgétaire. Très bien ! Vous avez la parole, monsieur le ministre, pour deux minutes. Je vous la redonnerai ensuite avant d’appeler les amendements. Vous m’avez posé deux questions, monsieur Reitzer. S’agissant des chambres de commerce et d’industrie, le Gouvernement a décidé, après en avoir longuement parlé avec elles, de leur demander un effort de 150 millions d’euros, puis de leur donner, à partir de 2019, une visibilité jusqu’en 2022. Une réflexion doit aussi s’engager sur leur organisation, afin de les rendre plus efficaces.
Quant au FISAC, la question suscite, je le sais, de légitimes inquiétudes. Je suis moi-même élu d’un département rural, dans lequel beaucoup de communes ont besoin d’aides à la revitalisation. Nous aurons donc l’occasion d’examiner les propositions faites par un certain nombre d’entre vous, en particulier M. le rapporteur général, Joël Giraud. Cela nous permettra d’étudier ensemble les moyens d’améliorer le dispositif.
La parole est à M. Jean Lassalle, au titre des députés non inscrits, pour deux minutes. Deux minutes, oui : merci beaucoup de me le rappeler avec autant de ferveur, madame la présidente. (Sourires.)
Le temps est tellement compté que je ne sais jamais sur quoi je suis censé intervenir. (Sourires.) Vous, au moins, madame la présidente, vous me laissez parler quelques instants ; mais votre prédécesseur, hier soir, n’a pas eu cette élégance, je tenais à le souligner. J’ai eu la chance d’être député sous quatre législatures, et n’ai jamais été aussi mal traité que sous celle-ci ; mais vous n’y êtes pour rien.
Je veux interroger M. le ministre sur quelques mesures d’économie, par exemple les moyens de taxer le Qatar sur les investissements qu’il réalise en France : ce serait une source importante de rentrées financières. J’aimerais aussi savoir ce que l’on peut faire vis-à-vis de l’Arabie saoudite.
Depuis quelques jours, cependant, un sujet mérite d’être ouvertement posé : l’avenir de l’Algérie. Quel rapport ? me direz-vous. Le Président Bouteflika, momie vivante, doit prendre une décision. La situation a plongé l’Algérie dans une perplexité extrême, et les grandes sociétés s’interrogent.
Après l’arrivée des islamistes au pouvoir il y a douze ans, et le coup d’État qui s’en est suivi, un accord a été conclu entre les acteurs, aux termes duquel l’armée devait prendre le pouvoir, avec derrière elle la branche la plus dure des islamistes. Si cela devait se produire, l’impact, pour les finances françaises, serait sans commune mesure avec tout ce que nous avons connu jusqu’à présent.
J’imagine que vous n’aviez pas préparé de réponse à cette question, monsieur le ministre, mais je vous la pose sans être pressé d’obtenir une réponse : je veux seulement, ici, appeler l’attention de l’Assemblée sur ce problème si grave.
La parole est à M. le ministre. Décidément, monsieur le député, nous avons beaucoup de points communs :… Je le sais ! …les Pyrénées, l’agriculture et maintenant l’Algérie.
À Alger, dimanche dernier, aux côtés de mon collègue Jean-Yves Le Drian, j’ai rappelé mon attachement à ce pays, où mon grand-père naquit en 1899, et à l’amélioration de ses relations commerciales avec le nôtre. Le Président de la République, dans les jours qui viennent, et le Premier ministre le 7 décembre, auront l’occasion d’exprimer la volonté de la France d’améliorer la coopération économique entre nos deux pays, ce qui est dans l’intérêt de l’un comme de l’autre.
Des signaux très concrets ont été envoyés lors de ce déplacement. Le projet d’usine PSA à Oran, bloqué depuis des années, s’est enfin débloqué. Il est, là encore, dans l’intérêt de la France que l’économie algérienne se porte mieux. C’est aussi une façon d’éviter des flux migratoires trop importants et de retrouver, pour chaque pays, une vraie puissance économique.
L’Algérie est confrontée, avec la chute des prix du pétrole, à un défi économique majeur. Elle fait des efforts considérables pour restaurer la compétitivité de son économie et offrir des emplois à chacun. Nous devons l’encourager et l’accompagner dans cette direction.
Je ne serai pas plus long sur le sujet, mais je veux vous redire à quel point il est stratégique, pour la France, de construire, non seulement sur des mémoires dont chacun sait combien elles sont douloureuses de part et d’autre, mais aussi sur un avenir positif, conquérant et économiquement solide pour nos deux nations.
Je vous remercie pour votre élégance ! Vous voyez que le débat peut être riche ! Nous en avons terminé avec les questions.
Souhaitez-vous prendre la parole pour une intervention complémentaire avant l’examen des amendements, monsieur le ministre ?
Oui, madame la présidente, je vous remercie pour votre compréhension : cela ne m’étonne pas de vous. Très bien ! Cela me permettra de revenir sur la question du commerce extérieur et sur celle de l’industrie.
S’agissant du commerce extérieur, les améliorations de nos dispositifs d’accompagnement à l’exportation demeurent insuffisantes. M. Buon Tan a formulé un certain nombre de propositions sur ce point, notamment en matière de simplification et d’innovation. J’y suis tout à fait favorable.
Ce n’est pas en augmentant de 1 ou 2 millions d’euros les crédits de tel ou tel organisme public que nous y parviendrons, mais d’abord en restructurant de manière significative le dispositif de soutien à l’exportation. Comment Business France travaille-t-il avec les CCI ? Quel est le rôle de chacun ? Comment une petite entreprise peut-elle s’y retrouver ? Un guichet unique ne serait-il pas une bonne solution ? Sur toutes ces questions, les portes sont grandes ouvertes et je vous propose d’apporter, dans le cadre du projet de loi de transformation des entreprises dont nous débattrons l’an prochain, les réponses les plus concrètes possibles. Des propositions ont également été faites en ce domaine par M. Nicolas Forissier. J’apporte mon soutien à toute piste d’amélioration et de simplification du dispositif.
Le redressement de notre commerce extérieur suppose aussi, bien entendu, une amélioration de notre offre. Cela passe, je n’y reviens pas, par tout ce que j’ai évoqué : innovation, montée en gamme, restructuration de notre outil productif, digitalisation des PME afin de les transformer en ETI et, j’insiste sur ce point, solidarité au sein du tissu productif français. Je ne comprends pas pourquoi, de l’autre côté du Rhin, on voit une telle solidarité entre les grands groupes et les sous-traitants de premier et de deuxième rang,…
Très juste ! …quand, en France, on observe une fâcheuse tendance à laisser tomber les uns et les autres, avec un sauve-qui-peut général où chacun essaie de se débrouiller seul, ce qui est la garantie qu’aucun ne s’en sortira. Tout à fait ! Je plaide pour plus de solidarité franco-française entre les grands groupes, les sous-traitants de premier et de deuxième rang, les PME et les très petites entreprises, car c’est en étant offensive et solidaire au niveau national que notre économie s’en sortira. (Applaudissements sur les bancs des groupes REM, MODEM et NG.) Très bien ! Je veux aussi compléter mes propos sur l’industrie, car l’enjeu est majeur pour notre nation.
Il n’y a pas, d’un côté, l’industrie de demain formidablement innovante, qui s’en sortira, et, de l’autre, l’industrie traditionnelle, qui aurait vocation à disparaître. Je veux être très clair sur ce sujet, car il relève d’un choix stratégique du Président de la République et de l’ensemble du Gouvernement. Seule l’industrie de très haute technologie aurait de l’avenir, disent certains ; mais je ne le crois pas du tout. Il y a, bien entendu, de la place pour cette industrie-là, qu’illustre par exemple la société ST Micro Electronics, que j’ai récemment visitée lors de mon déplacement en Isère. Modèle d’entreprise franco-italienne de pointe, elle dispose de technologies très développées et a des clients comme Apple. Les semi-conducteurs qu’elle développe sont parmi les plus performants au monde, et c’est tant mieux, et ses investissements dans l’innovation se chiffrent, non en dizaines ou en centaines de millions d’euros, mais en milliards : encore tant mieux. Cette entreprise est un magnifique champion, à la pointe du progrès, des technologies et de la digitalisation. C’est parfait.
D’un autre côté, il y a dans les Vosges une cristallerie, la cristallerie Saint-Louis, créée en 1586. Nous pouvons être tout aussi fiers du savoir-faire de ses ouvriers.
Oui ! Toutes deux sont aussi nécessaires au développement de notre économie. Absolument, d’autant que Baccarat est parti chez les Chinois ! Vous avez cité la vallée de la Bresle, cher Sébastien Jumel, que je connais bien car c’est la région dont nous sommes tous les deux élus. Je m’y suis rendu à plusieurs reprises, et j’ai visité la flaconnerie dont vous avez parlé.
Nous pouvons être fiers d’avoir une flaconnerie de luxe dans la vallée de la Bresle, qui se redresse : elle a retrouvé son savoir-faire, sa technologie et sa compétitivité. Je me permettrai cependant, avec un peu d’humour, de vous signaler que ces petites entreprises traditionnelles comme la cristallerie Saint-Louis ou la flaconnerie haut de gamme de la vallée de la Bresle ne peuvent pas subsister – il est dommage que le député du groupe La France insoumise qui connaît bien le sujet, ne soit pas sur ces bancs aujourd’hui – sans l’appui d’un grand groupe de luxe comme LVMH.
(Applaudissements sur les bancs du groupe REM.) LVMH a des marges plus importantes que la flaconnerie ! C’est possible ! C’est certain ! Pour Alpine Renault, que vous avez cité, c’est la même chose. J’espère que nous aurons l’occasion d’inaugurer ensemble le nouveau site Alpine Renault à Dieppe. Alpine Renault, c’est une pépite, c’est notre histoire – son bleu de France a dû faire rêver plus d’un parmi nous, moi le premier. Elle n’aurait pas eu d’avenir, à Dieppe ou ailleurs, si Renault n’avait pas été capable de se restructurer, de conclure des alliances, des rapprochements, notamment avec Nissan, pour être l’un des premiers constructeurs automobiles mondiaux.
Voyez, messieurs, mesdames les députés, qu’il y a un lien entre d’un côté la TPE, la PME, leur capacité à grandir et de l’autre côté de grands groupes mondiaux, qui tiennent la route et qui sont parmi les plus compétitifs au monde.
C’est donc une stratégie globale qu’il faut développer. L’avenir de l’industrie française, je le redis, réside évidemment dans l’amélioration de notre offre, dans l’innovation, dans la capacité à se digitaliser, à grandir, et dans une plus grande solidarité entre les grands groupes et les PME – la question des délais de paiement sera probablement au cœur de discussions l’année prochaine.
N’opposons pas une industrie d’hier à une industrie de demain : défendons surtout une industrie nationale !
(Applaudissements sur les bancs des groupes REM et MODEM.) Bravo ! Je vous remercie, monsieur le ministre. Pour la bonne compréhension de nos procédures, monsieur le ministre, mes chers collègues, je précise que le Gouvernement prend la parole quand il le souhaite, dès lors que nous ne sommes plus dans une phase organisée de la discussion. Vous êtes remarquable, madame la présidente. Vous rehaussez le niveau ! Quand on est content, il faut le dire ! Oui, et quand on est mécontent, aussi ! J’appelle les crédits de la mission « Économie », inscrits à l’état B.
Sur ces crédits, je suis saisie de plusieurs amendements.
La parole est à M. le ministre, pour soutenir l’amendement n1178 du Gouvernement.
Cet amendement vise à gager sur le programme 134 le relèvement de 7 millions d’euros de la taxe affectée à l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution – ACPR –, voté en première partie du projet de loi de finances.