XVe législature
Session ordinaire de 2017-2018

Séance du jeudi 19 octobre 2017

L’ordre du jour appelle la suite de la discussion du projet de loi de finances pour 2018 (nos 235, 273, 264 rectifié, 266 rectifié). La parole est à M. Marc Le Fur, pour un rappel au règlement. Je vous remercie, madame la présidente, de me donner la parole, sur le fondement de l’article 58 de notre Règlement. Je tiens à faire deux remarques.
La première a trait à la manière dont nos débats sont saucissonnés. Nous devions commencer par l’article 10, et non pas par l’article 1er. Nous venons d’apprendre que l’ordre a été modifié. Pourquoi pas, certes ? Mais le débat n’a plus d’ordre. Je suis très surpris.
La seconde a trait au document sur l’évaluation préalable des articles qui nous est fournie par l’administration, évaluation à bien des égards intéressante, voire remarquable et qui nous est un outil indispensable. Le problème est que nous ne disposons de ce document que très tardivement. En l’état de mes informations, il a été mis à la distribution jeudi soir, si bien que lorsque la commission des finances s’est réunie, nous n’en disposions pas. Comment pouvions-nous dès lors faire un travail sérieux ? C’est un outil indispensable ! Peut-être était-il possible d’y avoir accès par voie électronique, mais il faut en tout cas que les parlementaires disposent à temps des outils nécessaires si l’on veut qu’ils effectuent correctement ce qui est non seulement leur travail mais aussi leur devoir.
Monsieur Le Fur, je vous répondrai simplement que la modification de l’ordre d’examen des articles est une prérogative du Gouvernement. En effet. Quant au fait que nous ayons disposé assez tardivement du document que vous évoquez, je ne manquerai pas de relayer votre remarque auprès des services de Bercy. Je vous remercie, madame la présidente.
Nous abordons maintenant l’examen des articles du projet de loi de finances pour 2018. Deux orateurs sont inscrits sur l’article liminaire.
La parole est à M. Daniel Labaronne.
Il y a un an, les débats dans l’hémicycle autour du projet de budget pour 2017 portaient sur les sous-budgétisations et la non-sincérité des prévisions économiques à la base du texte. Cette critique ne pourra pas être faite au PLF pour 2018, puisque celui-ci repose sur des prévisions macroéconomiques réalistes et prudentes. Les hypothèses de recettes publiques ont été saluées par le Haut conseil des finances publiques. Les hypothèses de croissance effective et potentielle et de déficit structurel sont dans la ligne, voire plus conservatrices que les prévisions des organismes internationaux, qu’il s’agisse de l’Union européenne, du FMI – Fonds monétaire international – ou de l’OCDE, et celles d’organismes privés.
Je tiens à rappeler que toute notre politique vise à faire progresser notre croissance potentielle en engageant une rupture radicale pour doter la France d’une économie de l’innovation dans laquelle l’investissement deviendra porteur de croissance. Il faut, à cette fin, engager des réformes structurelles. Nous les avons déjà évoquées : elles concernent le marché du travail, l’épargne, qu’il convient d’orienter vers l’investissement productif, la formation professionnelle ou l’assurance chômage.
Grâce à ces réformes et compte tenu de notre trajectoire des dépenses publiques, l’économie française pourra sortir de la procédure de déficit excessif. Nous pouvons nous en réjouir, d’autant que nous pourrons dès lors bénéficier du volet préventif du pacte de stabilité et de croissance et des conditions de flexibilité dans l’application de ce pacte.
La parole est à M. Fabien Roussel. Cet article liminaire prévoit un déficit structurel, comme s’il était inéluctable, et une croissance potentielle surtout liée au pari que vous faites d’enrichir les riches dans l’espoir qu’ils redistribueront les richesses. Nous ne pouvons pas voter une telle trajectoire qui repose sur un simple pari, d’autant que nous avons montré que le déficit structurel n’était pas inéluctable : il suffirait de s’attaquer à l’évasion fiscale pour que les rentrées soient supérieures au déficit. Le solde serait alors positif.
Par ailleurs, la croissance potentielle que vous anticipez est fondée sur les mesures que vous vous apprêtez à mettre en œuvre, mesures dont nous pensons plutôt qu’elles affecteront notre économie. C’est la raison pour laquelle nous ne voterons pas cet article.
Je regrette enfin que le Gouvernement n’ait pas accepté hier de nous remettre chaque année un rapport sur les détenteurs de la dette de la France et les sommes qu’ils détiennent. C’est regrettable car un tel rapport eût été une mesure de transparence. Le fait que les deux tiers de la dette soient détenus par des capitaux étrangers pose un véritable problème démocratique. Comme M. Darmanin l’a expliqué hier, que notre dette change toutes les secondes de main signifie qu’elle fait l’objet de transactions à haute fréquence. C’est inquiétant pour l’économie.
(Applaudissements sur quelques bancs des groupes GDR et FI.) Nous en venons à l’examen des amendements.
La parole est à M. Jean-Louis Bricout, pour soutenir l’amendement n1007.
Cet amendement, qui est dans la droite ligne du contre-budget présenté par notre groupe, révise le solde structurel pour 2018 à moins 2,7. Il tend à calibrer l’objectif de solde structurel sur la base d’un calcul de la croissance potentiel révisé, qui tienne compte des écueils qui ont été souvent mentionnés dans le mode de calcul actuel et qui ont été corrigés dès 2013 par le FMI. La parole est à M. Joël Giraud, rapporteur général de la commission des finances, de l’économie générale et du contrôle budgétaire, pour donner l’avis de la commission. Il est évident que ce débat sur l’article liminaire au projet de loi de finances reproduit celui que nous avons déjà eu sur le projet de loi de programmation des finances publiques, puisque les amendements sont rigoureusement les mêmes, ou à une virgule près. Ne souhaitant pas reprendre les argumentaires qui ont déjà été développés lors du débat sur le PLPFP, je me contenterai d’émettre un avis défavorable. La parole est à M. le secrétaire d’État auprès du ministre de l’économie et des finances, pour donner l’avis du Gouvernement. Monsieur le député, je ferai les mêmes remarques que le rapporteur général : les débats ont déjà eu lieu sur ce sujet. Le Haut conseil des finances publiques a estimé que le scénario de croissance potentielle retenu est conforme : il est à 1,2 pour l’OCDE et le FMI, nous sommes à 1,25. Dans le contre-projet de budget que vous avez proposé, vous n’expliquez pas le sous-jacent, qui est évidemment décisif pour les trajectoires des finances publiques.
(L’amendement n1007 n’est pas adopté.) Je suis saisie de trois amendements, nos 770, 701 et 1252, pouvant être soumis à une discussion commune.
Les amendements nos 701 et 1252 sont identiques.
La parole est à Mme Marie-Christine Dalloz, pour soutenir l’amendement n770.
Si vous le permettez, madame la présidente, je défendrai en même temps les amendements nos 770 et 701, qui sont très proches. Entendu. Nous avons déjà eu cette discussion hier soir dans le cadre du PLPFP. Je tiens à rappeler que la France est en procédure de déficit excessif auprès de la Commission européenne du fait de son endettement qui dépasse les 60 % du PIB. La France, qui a signé le TSCG – traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance – doit respecter sa signature. Or, il y est prévu que lorsque les trois conditions suivantes sont réunies : une procédure de déficit excessif, une conjoncture favorable et un endettement qui dépasse les 60 % – et les trois sont réunies – le déficit structurel doit être réduit annuellement d’au moins 0,5 point de PIB, sous peine de devoir repasser devant la Commission européenne.
Si nous ne remettons pas en question vos prévisions macroéconomiques de croissance potentielle, nous soulignons en revanche, comme le Haut conseil des finances publiques, que la pente de réduction du déficit structurel que vous prévoyez est trop faible puisqu’elle s’établit à 0,1, et non à 0,5 pour répondre aux préconisations du traité.
L’amendement n770 vise donc à inscrire 1,6 au lieu de 2,1 dans le tableau du déficit structurel pour 2018 : nous respecterions ainsi les normes du TSCG et la signature de la France.
Cet amendement vise à vous aider. La parole est à M. Charles de Courson, pour soutenir l’amendement n1252. On se demande bien, d’abord, ce qui justifie l’existence d’un article liminaire, à partir du moment où nous avons voté le projet de loi de programmation des finances publiques. Il a une portée pédagogique ! Pour ce qui est de mon amendement, c’est un amendement de principe : il vise à rappeler que l’effort de réduction du déficit structurel soit s’élever à 0,5 point. Or nous en sommes loin, puisqu’il ne s’élève qu’à 0,1. C’est la énième fois que je le rappelle, à temps et à contretemps, et je continuerai de le faire pendant cinq ans. J’en ai l’habitude.
Avez-vous vu, chers collègues de l’ancienne majorité ? La réduction du solde structurel est de 0,3 point. C’eût été 0,1 point si des mesures d’annulation n’avaient pas été prises, à hauteur de 4 milliards, pour rebudgéter ce que vous n’aviez pas budgété.
Comparativement à ce que vous aviez fait, c’est bien mieux ! Rappelez-vous le débat sur le projet de loi de finances pour 2017, mon cher collègue, vous y étiez : qui a eu raison ? La majorité de l’époque ou ceux qui, dans l’opposition, affirmaient que les prévisions n’étaient pas crédibles ? Êtes-vous toujours dans l’opposition ? Les faits ont tranché. Quel est l’avis de la commission sur les trois amendements ? Pour les mêmes raisons que précédemment et tout en rappelant que l’article 5 du pacte de stabilité prévoit une procédure dérogatoire en cas de profondes modifications structurelles, j’émets un avis défavorable sur tous ces amendements. Quel est l’avis du Gouvernement ? Le sujet a déjà été évoqué, et Charles de Courson nous le rappellera à chaque débat budgétaire. Nous y serons donc attentifs. La modification proposée, soit 0,5 point au lieu de 0,1, nous conduirait à l’insincérité budgétaire. La Commission rendra mi-novembre un avis. Nous ne préjugeons pas de ce qu’elle dira, mais les premiers éléments dont nous disposons nous inclinent à penser qu’elle a confiance dans le sérieux des mesures proposées et dans le caractère structurel de la baisse des dépenses que ce gouvernement compte engager.
Pour toutes ces raisons, avis défavorable aux trois amendements.
La parole est à Mme Amélie de Montchalin. Deux remarques.
Tout d’abord, monsieur Charles de Courson, vous avez souligné que, comme d’habitude, vous passerez votre temps durant cinq ans à répéter qu’il faut faire plus d’efforts.
Eh oui ! J’ai envie de vous répondre, puisque cela fait un grand nombre d’années que vous répétez cela,… Vingt-cinq ans ! ...que c’est bien la raison pour laquelle nous sommes là aujourd’hui : nous avons envie de changer de méthode ! La méthode du rabot, les réserves de précaution énormes,… La méthode de Rabault ? J’ai dit : « du rabot » ! Bref, tout cela nous indique que cela n’est plus possible, qu’il faut changer de méthode. Comme pour les APL ! Regardez les budgets que nous choisissons de soutenir et sur lesquels nous faisons vraiment des efforts : l’éducation, l’armée, la solidarité. Nous sommes sur la bonne voie pour changer d’habitudes. (Exclamations sur les bancs du groupe LR.) Les CCI ! Les agences de l’eau ! Un vrai changement d’habitudes ! J’aimerais ensuite que nous gardions tous en mémoire les excellentes remarques de Mme Dalloz. Cela nous permettra d’avoir des débats plus constructifs s’agissant de la maîtrise et de l’équilibre que nous cherchons à atteindre, de certaines dépenses – je pense notamment aux collectivités locales et aux contrats aidés – ou de vos baisses d’impôts massives, dont nous débattrons toute la matinée. (Applaudissements sur les bancs du groupe REM.) La parole est à M. Charles de Courson. Madame de Montchalin, vous avez la vigueur des jeunes troupes. (Sourires.) Moi, je fais partie des vieilles troupes, qui, en plus, ont survécu vingt-cinq ans, à temps et à contretemps. Et moi, je n’ai pas changé de discours depuis vingt-cinq ans. (« Ça, c’est vrai ! » sur divers bancs.)
On ne peut pas réduire la dépense publique sans mener de grandes réformes structurelles. (Exclamations sur divers bancs.) Exactement ! Et vous ne le faites pas : vous vous contentez de raboter ! Madame de Montchalin, vous avez renoncé à poursuivre la réforme des retraites. C’est intenable ! (Approbations sur les bancs du groupe LR.) Avant deux ans, vous serez obligés de changer votre fusil d’épaule. Il faut continuer d’augmenter, lentement mais sûrement, l’âge de départ à la retraite, comme nous l’avons fait pendant huit ans : cela représente 2 milliards d’euros par an ! C’est ainsi que nous pouvons réduire le déficit structurel, comme le démontrent d’ailleurs les études du Conseil d’orientation des retraites. Bien sûr ! Je pourrais vous aligner les réformes structurelles à mener. Voilà ce que je reproche au Gouvernement : même s’il a fait des efforts, il n’a fait que la moitié de ce qu’il faudrait faire. Ce n’est pas plus compliqué que cela. La parole est à Mme Marie-Christine Dalloz. Madame de Montchalin, vous nous invitez à ouvrir le débat, ce que je trouve intéressant – je ne sais pas si c’est vraiment le rôle de la majorité, mais j’entends vos arguments. Si vous nous dites aujourd’hui qu’une réforme structurelle, c’est la remise en cause des contrats aidés, alors je ne vois pas vraiment comment votre politique va s’articuler. C’est vrai ! Ce n’est pas cela, une vraie réforme structurelle.
La nuit dernière, nous avons discuté de la mise sous tutelle des collectivités territoriales dans leur ensemble – l’article 24 du PLPFP, que nous avons voté hier soir, est tout de même assez significatif.
Eh oui ! La discussion que nous avons eue la nuit dernière restera certainement dans les annales, et les associations d’élus sauront retenir la vision que vous avez de leur gestion.
Toutes ces mesures ne constituent pas des réformes structurelles, madame de Montchalin. Vous pouvez nous dire que vous vous inscrivez dans une grande trajectoire de réformes structurelles, mais cela ne se concrétise pas dans le projet de budget que vous soutenez.
Et vous, qu’avez-vous fait ? Je suis désolée de vous le dire, mais ce n’est pas avec des grandes leçons de macroéconomie que l’on élabore un budget. (Exclamations sur plusieurs bancs du groupe REM.)
Pour ma part, lorsqu’il s’agit de financer des dépenses supplémentaires, je ne fais pas le choix d’une augmentation de la CSG, qui va toucher les retraités et les territoires ruraux : je choisis l’augmentation de la TVA. (Exclamations sur les bancs du groupe REM.) Très clairement, nous ne faisons pas les mêmes choix. Nous respectons les vôtres, mais laissez-nous au moins débattre et défendre nos points de vue. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LR.)
(L’amendement n770 n’est pas adopté.)
(Les amendements identiques nos 701 et 1252 ne sont pas adoptés.) La parole est à M. Philippe Vigier, pour soutenir l’amendement n1292. C’est un amendement d’appel qui va faire plaisir à Mme de Montchalin. Cela ne fait que dix ans que je siège dans cet hémicycle, pas vingt-cinq ans, mais moi aussi je dis toujours la même chose : relisez mes anciennes déclarations et vous verrez que j’y reste fidèle.
À plusieurs reprises, mes chers collègues, vous avez fait appel à l’expertise du Haut conseil des finances publiques – vous l’avez fait vous-même, madame de Montchalin. Nous voulons donc vous accompagner sur la voie de la vertu et de la sincérité. Le Haut conseil se prononce déjà sur les recettes inscrites dans le projet de loi de finances. Nous souhaitons donc que, à partir de 2019 – pour 2018, c’est trop tard – il puisse aussi s’exprimer sur les dépenses. Cela nous permettrait de savoir très précisément si certaines d’entre elles sont sous-évaluées. Ce serait un grand pas sur la voie de la sincérité budgétaire et de l’amélioration du contrôle du Parlement, et aiderait certainement le Gouvernement à respecter les engagements qu’il prend devant le Parlement.
Très intéressant ! Quel est l’avis de la commission ? Défavorable. Cet amendement pose un petit problème, dans la mesure où c’est une loi organique de décembre 2012 qui fixe les compétences du Haut conseil des finances publiques. Par ailleurs, même si je comprends bien la raison pour laquelle vous avez déposé cet amendement, il ne me paraît pas très compatible avec le rôle que l’on veut faire jouer au Haut conseil. Les avis rendus par cette instance, dont nous percevons d’ailleurs tout l’intérêt lors de l’examen tant de ce projet de loi de finances que du projet de loi de programmation, portent essentiellement sur les hypothèses retenues en matière de prévisions budgétaires. Il convient que les sous-budgétisations soient relevées a posteriori par la Cour des comptes, et non par le Haut conseil des finances publiques. Votre amendement modifierait la nature de ce conseil : il en ferait un instrument politique et pourrait même le décrédibiliser. Quel est l’avis du Gouvernement ? Je partage les arguments exprimés par M. le rapporteur général. S’agissant du PLF pour 2018, permettez-moi de souligner que le Haut conseil des finances publiques a salué l’effort visant à une budgétisation plus réaliste du budget de l’État. Il n’était pas difficile de faire mieux que le gouvernement précédent ! Rendez-vous donc l’année prochaine pour vérifier que ce nouveau budget n’a pas fait l’objet de sous-budgétisations, comme cela pouvait être le cas auparavant. Avis défavorable. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe REM.) La parole est à M. Philippe Vigier. Monsieur le secrétaire d’État, élargir le périmètre de l’action du Haut conseil des finances publiques ne nous fait pas hésiter. Je pense que le président Migaud verrait cela d’un très bon œil. Nous aimerions disposer non seulement d’un jugement a posteriori , mais aussi d’un avis a priori .
Monsieur le rapporteur général, vous qui signez le rapport sur le projet de loi de finances, cet avis vous aiderait beaucoup dans votre expertise, à moins que vous ne redoutiez justement que le Haut conseil n’explore trop en profondeur des sous-budgétisations qui pourraient vous mettre en défaut.
Mes chers collègues, faisons cet effort collectif ! Madame de Montchalin, vous vous souvenez probablement que j’ai demandé hier l’application de la règle d’or pour les dépenses de fonctionnement de l’État. C’est également ce que proposait le Haut conseil en 2014 et 2015.
Très bien ! La parole est à M. Fabien Di Filippo. Mes chers collègues, je ne vois pas comment vous pourriez vous opposer à cet amendement, sur la forme ou sur le fond, dans la mesure où il permet justement d’éviter ce que vous avez dénoncé au moment où vous êtes arrivés aux affaires, à savoir de trouver une situation qui n’avait pas été anticipée. Les collègues de mon groupe qui siégeaient alors l’avaient dénoncé l’année dernière, lors de la discussion budgétaire, sans que leurs avertissements aient été pris en compte. Aujourd’hui, nous constatons que des dépenses avaient été largement sous-budgétées pour 2017, et c’est vous qui devez assumer cette situation insupportable. L’amendement n1292 permettrait d’éviter ce genre de situation et d’anticiper les problèmes de budgétisation. Je vous invite donc à jouer le jeu de la transparence et à adopter cet amendement de très bons sens. (Applaudissements sur les bancs du groupe LR.) Merci, monsieur Di Filippo ! Très constructif ! La parole est à Mme Amélie de Montchalin. Je pense que nous sommes tous assez convaincus de la nécessité de suivre beaucoup mieux nos dépenses. Votez donc cet amendement ! C’est pourquoi un groupe de travail, ou une mission – je ne sais pas comment il faut l’appeler, monsieur le président de la commission des finances – travaille sur la réforme de la procédure budgétaire. Une commission de plus ! Il s’agit de déterminer à partir de quand nous devons discuter d’un budget, comment y travailler suffisamment en amont, comment l’examen de la loi de règlement peut devenir un vrai moment d’évaluation des dépenses… L’avis que vous a donné le rapporteur général ne porte absolument pas sur le fond : le Haut conseil des finances publiques, avec la gouvernance qui est la sienne, n’est pas aujourd’hui l’outil le plus adapté pour faire ce travail au mieux.
L’objectif est totalement partagé. En tant que députés, nous comptons bien renforcer notre rôle d’évaluation et de suivi des dépenses – nous ne voulons pas nous limiter au vote du budget ! Au sein de la commission des finances, nous aurons tout le loisir de poursuivre collectivement cette démarche et de voir si, dans le cadre de la révision de la procédure budgétaire, nous pouvons nous trouver des alliés, potentiellement externes, pour nous aider dans ce travail de suivi des dépenses.
(Applaudissements sur quelques bancs du groupe REM.)
(L’amendement n1292 n’est pas adopté.)
(L’article liminaire est adopté.) Très bien !
Nous abordons l’examen de la première partie du projet de loi de finances pour 2018. Plusieurs orateurs sont inscrits sur l’article 1er.
La parole est à M. Pierre-Henri Dumont.
Si j’ai bien compris, le leitmotiv de ce budget est de rendre du pouvoir d’achat aux Français. Cet objectif est louable, mais la réalité des territoires vous rattrape. En effet, la pierre angulaire des gains de pouvoir d’achat que vous proposez est l’exonération de la taxe d’habitation, qui vise à compenser vos très nombreuses hausses d’impôts. Comment ? Où avez-vous vu des hausses d’impôts ? Mais pour bénéficier de cette exonération, encore faut-il, à l’origine, payer une taxe d’habitation ! Dans ma circonscription, à Calais, 50 % des foyers fiscaux gagnent moins de 15 000 euros par an, et seuls 31 % sont imposables. Cela signifie que la majorité des foyers de ma circonscription, qui se trouvent déjà dans un grand dénuement, verront leurs conditions de vie se dégrader à l’issue du vote de votre budget. Pour eux, ce sera 0 euro d’économies, mais 300 euros supplémentaires de taxe sur le gazole, 200 euros d’aides en moins pour faire garder leur enfant et 350 euros de dépenses supplémentaires par an s’ils doivent assouvir malheureusement une addiction au tabac.
Et je ne parle pas de leurs conditions de vie dans leur logement, puisqu’en plaçant les offices publics HLM au bord du précipice, vous mettez en place les conditions d’une catastrophe sociale dans nos quartiers : manque d’entretien de l’habitat existant, fin de la construction de logements neufs et, dans le pire des cas, faillite des organismes HLM mettant en péril les communes ayant garanti les emprunts de ces organismes… Les communes de ma circonscription, qui ont déjà des budgets inférieurs d’un tiers à la moyenne nationale des villes de même taille, n’auront alors d’autre choix que de diminuer les services publics de proximité à destination de ces mêmes publics en très grande difficulté.
(Applaudissements sur les bancs du groupe LR.) C’est un budget injuste ! La parole est à M. Éric Coquerel. Nous voterons évidemment l’article 1er, puisqu’il s’agit de l’autorisation de prélever les impôts existants. En revanche, tout au long de nos débats, nous dénoncerons la vision de la fiscalité qui nous est proposée. Pour notre part, nous ne sommes ni pour l’augmentation de la CSG, ni pour l’augmentation de la TVA que propose, si j’ai bien compris, le groupe Les Républicains. Ces deux mesures sont comme Charybde et Scylla : elles portent sur des impôts non progressifs, injustes, qui touchent les Français de manière inégale puisqu’ils ne comportent pas de dimension redistributive qui assure le consentement à l’impôt. Nous défendrons un impôt sur le revenu beaucoup plus important, beaucoup plus juste, réparti sur quatorze tranches. Nous défendrons également une baisse de la TVA, qui touche les revenus les plus populaires de manière absolument injuste. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe FI.) La parole est à M. Fabien Roussel. L’article 1erne faisant qu’autoriser l’État à prélever l’impôt, nous voterons pour. Cependant, nous soutiendrons l’amendement déposé par Philippe Vigier et visant à limiter les dépenses fiscales – une expression qui désigne les avantages fiscaux dont peuvent bénéficier les contribuables, notamment les plus riches, pour diminuer le montant de leur impôt. Ces niches fiscales dérogent aux normes fiscales : leur limitation est donc plutôt une bonne chose et nous irons dans ce sens. La parole est à M. Gilles Le Gendre. Je souhaite réagir à l’intervention de M. Dumont. D’ici lundi, nous allons manier beaucoup de concepts techniques et nous allons certainement nous opposer, ce qui est d’ailleurs une très bonne chose. Mais de grâce, ne racontons pas d’histoires ! Débattons sur des faits avérés ! Non, nous ne finançons pas la baisse de la taxe d’habitation par des hausses d’impôts : c’est totalement inexact. Comment la financez-vous, alors ? Vous trouvez donc plusieurs milliards d’euros en claquant des doigts ? Nous finançons la baisse de la taxe d’habitation, progressive, sur trois ans, par des économies. Pas seulement ! On voit bien que vous n’avez jamais dirigé une commune, monsieur Le Gendre ! Le seul impôt que nous augmentons, et vous êtes bien placés pour le savoir, puisque vous en faites une sorte d’obsession, est la CSG. Les retraités vous remercient ! Tous les autres impôts que nous modifions, c’est à la baisse. (Applaudissements sur les bancs du groupe REM.) Et la taxe sur le diesel ? Ce n’est pas un impôt ? Ces baisses représentent 11 milliards d’euros sur le seul exercice 2018. Vous pouvez être contre la baisse de la taxe d’habitation, qui va permettre de distribuer un pouvoir d’achat majeur aux populations les plus défavorisées, mais ne racontez pas d’histoires. (Mêmes mouvements.) La parole est à M. Damien Abad. Vous savez, monsieur Le Gendre, les impôts et les taxes, c’est à peu près la même chose. N’oubliez pas donc que la taxe sur le diesel va être augmentée, comme un certain nombre d’autres taxes… De nouvelles taxes vont même être créées ! …et que des crédits d’impôts vont être réduits. Comment ? Je pense notamment au crédit d’impôt pour la transition énergétique, mais aussi à la baisse des aides personnalisées au logement, à la suppression du prêt à taux zéro, et à tellement d’autres choses…
Je ne voudrais donc pas que vous soyez amnésiques dès le début de ce débat budgétaire. Cette fiscalité est un peu, malheureusement, le symbole de ce gouvernement : c’est la fiscalité du « en même temps » ! En même temps qu’on taxe, on diminue la fiscalité sur le capital…
Je suis prêt, en toute honnêteté, à vous donner un bon point pour la
flat tax . En revanche, c’est malheureusement un vrai mensonge que de dire, comme le Président de la République l’a fait à la télévision, que l’augmentation de la CSG sera compensée par la suppression de la taxe d’habitation. C’est tout simplement faux : deux millions et demi de retraités ne recevront aucune compensation par le biais de la taxe d’habitation, et vous le savez très bien, monsieur Le Gendre. Au terme de cette réforme, qui s’étale sur trois ans, ces retraités seront beaucoup plus nombreux – sept millions d’entre eux ont d’ailleurs des revenus qui se situent au-dessus du plafond.
La réalité est donc une augmentation de la fiscalité pour les retraités et pour les propriétaires, sans oublier les agriculteurs, qui ne verront pas les baisses de cotisations dont d’autres bénéficient mais qui supporteront la hausse de la CSG. C’est donc malheureusement un budget qui se traduira très clairement, pour certaines catégories de population, par un choc fiscal macronien. C’est regrettable, car il est temps, dans ce pays, de libérer les énergies…
Justement ! …et de redonner de la compétitivité à nos entreprises et du pouvoir d’achat aux Français. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LR.) La parole est à M. Charles de Courson. Mes chers collègues, il était de tradition de faire figurer dans l’article 1erl’évaluation des dépenses fiscales. Ce n’est plus le cas ! Un montant, qui n’était pas vraiment un plafond, était indiqué dans le document sur l’évaluation – dont je vous incite tous à faire votre livre de chevet – et une petite discussion s’engageait à ce sujet.
En 2016, on a dépassé de près de 2 milliards d’euros le plafond fixé. Ce mouvement s’est poursuivi en 2017, mais on a fait encore plus fort, avec un dépassement de 7 milliards. Alors que le coût des dépenses fiscales était de 87,6 milliards en 2016, il a été de presque 93 milliards en 2017, soit 5 à 6 milliards au-dessus du chiffre qui avait été indiqué.
Le drame de la dépense fiscale est qu’elle n’est pas limitative et que, de ce fait, elle flambe.
Eh oui ! En 2017, avec le CICE, il y aura eu 4,5 milliards de plus que prévu. Vous rendez-vous compte ? C’est un dérapage complet.
Monsieur le secrétaire d’État, il serait intéressant d’expliquer pourquoi vous n’indiquez plus ce plafond dans l’article 1er. La loi de programmation que nous avons examinée hier comportait en effet un article en ce sens, mais qui ne plafonnait pas ce chiffre, se limitant à définir un pourcentage maximum du rapport entre les dépenses fiscales et le total des recettes nettes et des dépenses fiscales – c’est-à-dire des recettes fiscales avant dépenses fiscales. C’est regrettable. Pourriez-vous donc dire quelles sont les intentions du Gouvernement en matière de dépenses fiscales ?
La parole est à M. le secrétaire d’État. Monsieur Dumont, si dans votre circonscription 50 % de la population gagne moins de 15 000 euros, je ne doute pas une seconde que vous serez favorable à la suppression des cotisations, qui permet d’augmenter le salaire net. (Exclamations sur les bancs du groupe LR.) Le but n’est pas de réparer a posteriori les inégalités créées par le marché, mais d’empêcher leur survenue et, pour cela, de permettre que le travail paie mieux dans notre pays. Je suis certain que je vous trouverai à nos côtés et à ceux du Gouvernement pour poursuivre cet objectif que, je le sais, nous partageons. Sortez de Paris ! Il y a quelque chose au-delà du périphérique ! J’ai grandi bien au-delà du périphérique, monsieur Le Fur, et j’ai passé moins de temps que vous dans ce confortable hémicycle. (Applaudissements sur les bancs du groupe REM.) Ce n’est pas faute d’avoir essayé ! Le montant des dépenses fiscales est estimé, comme vous le rappeliez, monsieur de Courson, à 87,6 milliards d’euros en 2016, à 93 milliards en 2017 et à 99,8 milliards en 2018. Nous allons débattre d’un amendement qui propose de limiter le montant de ces dépenses : je vous ferai une réponse plus complète à ce moment-là.
La maîtrise du coût des dépenses fiscales est évidemment un objectif partagé sur l’ensemble des bancs de cette assemblée. Il est exact que ce coût augmente de près de 7 milliards entre 2017 et 2018. Cette augmentation résulte de mesures adoptées par le précédent gouvernement – cela a été débattu à maintes reprises et la question a été longuement abordée sur ces bancs – avec notamment la hausse mécanique du coût du CICE, désormais en régime de croisière, qui sera de 4,5 milliards en 2018, et la hausse de 1,1 milliard du coût du crédit d’impôt pour l’emploi d’un salarié à domicile à compter des revenus de 2017.
Nous vous proposons, dans ce projet de loi de finances, des réformes qui réduisent significativement le coût des dépenses fiscales : je pense en particulier à la suppression du CICE, sur laquelle nous aurons l’occasion de revenir. Le projet du Gouvernement concernant la maîtrise de la dépense fiscale est ambitieux, sur l’exercice 2018 comme sur la totalité du mandat, jusqu’en 2022 : nous proposons effet de la réduire de 14 milliards. C’est un objectif que nous pouvons partager. Nous aurons l’occasion d’en débattre dans les jours et les semaines qui viennent.
Sur cet article, je suis saisie d’un amendement n1251.
La parole est à M. Philippe Vigier, pour le soutenir.
Monsieur le secrétaire d’État, Charles de Courson a très bien expliqué dans son intervention cette évolution, cette dérive des dépenses que sont les « niches fiscales ». Voilà quelques années, je m’en souviens, elles représentaient 70 milliards d’euros et quelqu’un nous expliquait qu’on allait diviser ce montant par deux. Alors que nous allons atteindre le chiffre de 100 milliards, cet amendement, qui est en quelque sorte un amendement d’appel, veut affirmer qu’on ne peut pas laisser glisser les choses ainsi.
Ceux qui ont attentivement lu ce projet de budget, c’est-à-dire, j’imagine, l’immense majorité de nos collègues, auront constaté que dix-sept niches fiscales sont créées, alors que six seulement sont supprimées. Et à aucun moment il n’est question de l’efficience d’une dépense fiscale. Certaines sont tout à fait justifiées, mais l’important est de savoir si elles ont un rôle ou non ! Au fil du temps, cette dérive est devenue insupportable.
Nous avons eu hier soir un débat sur la fameuse loi de programmation des finances publiques. Il est vrai que le CICE disparaîtra en 2019, ce qui se traduira par des dépenses fiscales en moins. Mais pourquoi alors l’ambition du Gouvernement, telle qu’elle apparaît dans sa copie relative à la loi de programmation, n’est-elle que de ramener le rapport entre les dépenses fiscales et les recettes fiscales à 27 % contre 28 % aujourd’hui ? Comment ce rapport peut-il ne diminuer que d’un point alors qu’il y aura 24 milliards de dépenses fiscales de moins en 2019 ?
Cela signifie que vous allez encore « lâcher » – ou expliquez-moi le contraire. De fait, si l’on retranche 24 milliards des 100 milliards environ de dépenses fiscales prévus en 2018, on obtient 76 milliards : le rapport est différent de celui qui a été évoqué hier. Il y a un trou dans la raquette.
Expliquez-moi donc comment vous maîtriserez ces dépenses fiscales et – j’en prends à témoin Mme de Montchalin, très favorable à un meilleur suivi des niches fiscales, terrain sur lequel je suis prêt à lui emboîter le pas – selon quelles méthodes, quand et comment.
Quel est l’avis de la commission ? Monsieur Vigier, si j’étais un peu taquin, je vous proposerais bien de retirer votre amendement, par cohérence avec les dépenses fiscales que vous proposez dans plusieurs amendements que nous examinerons ultérieurement. Allez-y ! Mais je ne serai pas taquin et je vous répondrai sur le fond. Vous avez-vous-même rappelé la situation liée au CICE : le plafond que vous proposez est donc trop bas pour être retenu en 2018. C’est donc déjà une réalité que votre amendement ne serait pas applicable.
Je rappelle également que la hausse constatée en 2018 n’est pas due au présent projet de loi de finances mais, pour l’essentiel, à la montée en charge notamment du CICE et du crédit d’impôt de taxe sur les salaires. Avis défavorable.
Quel est l’avis du Gouvernement ? Monsieur Vigier, le projet que présente le Gouvernement est plus ambitieux que l’amendement que vous proposez, avec 14 milliards de diminution de la dépense fiscale sur la période 2018-2022. S’il fallait témoigner de la volonté du Gouvernement de réduire la dépense fiscale – et je crois qu’on peut lui faire crédit de s’être engagé clairement dans cette voie – nous nous engageons, dans le projet de loi de programmation, à en limiter le coût à un maximum de 28 % du montant des recettes fiscales de l’État nettes des dépenses fiscales pour 2018, ramené à 25 % en 2022.
Ce nouvel outil de pilotage permettra par ailleurs au Parlement de contrôler à la fois la cohérence des engagements et l’action du Gouvernement en matière de dépense fiscale. Je ne doute pas que vous exercerez ce contrôle avec intérêt. Avis défavorable.
La parole est à M. le président de la commission des finances, de l’économie générale et du contrôle budgétaire. Le débat sur les niches fiscales durera aussi longtemps qu’il y aura de la fiscalité, notamment en France. La niche fiscale n’est ni dieu ni diable : la seule question qui vaille est de savoir si elle est utile ou pas. Elle peut par exemple remplacer simplement une baisse de fiscalité. On recherche toujours le Graal, à savoir une fiscalité à assiette large et à faible taux, mais on a généralement du mal à tout rassembler.
La question est donc de savoir si la niche fiscale est utile pour remplir l’objectif fixé, et si cet objectif, fixé à un moment donné, est toujours prioritaire. Une niche fiscale doit donc avoir une durée déterminée – il n’y a pas de raison qu’elle n’en ait pas – sous la forme d’une sorte de contrat court à l’issue duquel une évaluation solide et sérieuse est nécessaire. Des évaluations très importantes ont été menées, à une époque, par l’inspection des finances : elles doivent être réactualisées et être un outil de travail constant pour le Parlement. Force est de constater que ce n’est pas le cas aujourd’hui.
La parole est à M. Jean-Luc Mélenchon. La dépense fiscale et un concept très fécond, qui me conduit à dire que, de notre point de vue, l’État a été volontairement appauvri au cours des vingt dernières années. Nous y voyons la marque d’une stratégie de recul de l’intervention de l’État.
L’amendement de notre collègue me donne l’occasion de signaler un absent de ces dépenses fiscales, qui mérite d’être connu pour ce qu’il est, à savoir une dépense somptuaire : la France règle 20,2 milliards d’euros au budget de l’Europe, dont il lui revient 14 milliards, selon une logique que tout le monde connaît. Il manque donc 6 milliards, ce qui signifie que nous faisons tous les ans, à partir de cette année, cadeau de 6 milliards d’euros à l’Union européenne pour équiper d’autres pays autour de nous.
Je n’en suis pas d’accord. Dès lors que la Commission européenne a inscrit la France sur la liste des pays à déficit excessif, position qualifiée hier d’humiliante par le Premier ministre, nous devrions avoir le droit de récupérer ces 6 milliards. Si c’était le cas, le déficit de la France se situerait au-dessous de la barre des 3 % et notre pays ne figurerait plus sur la liste des pays européens à déficit excessif. Je trouve étrange qu’on n’en parle pas. Il nous faut récupérer ces 6 milliards, nous en reparlerons je l’espère très bientôt.
Je signale à mes collègues qu’après 20 milliards cette année, la contribution de la France augmentera de 4 milliards dans les deux prochaines années. Nous n’avons donc pas fini de voir apparaître ce fantôme fiscal qui nous ponctionne et nous cloue dans une situation dont nous ne voulons plus.
(Applaudissements sur les bancs du groupe FI.) La parole est à M. Charles de Courson. Je m’adresse à nos jeunes collègues : tous les gouvernements, lorsqu’ils sont arrivés au pouvoir, ont promis de s’attaquer aux dépenses fiscales et de les réduire. Or, le résultat est inverse : comme l’a montré le rapporteur général, les dépenses fiscales vont passer, entre 2013 et 2018, de 72 à 100 milliards. Vous rendez-vous compte ?
Ce phénomène ne se limite d’ailleurs pas au domaine fiscal : dans le domaine social, les « niches sociales » connaissent une hausse continue, passant de 34 milliards en 2013 à 49 milliards en estimation pour 2018. Pourquoi cette dérive, que tous les gouvernements ont connue ? Parce que c’est tellement facile, les dépenses fiscales… Et en plus, on les sous-estime ! On se fait plaisir, elles ne sont pas limitatives, et en voiture !
(Sourires.)
Vous ne pouvez pas tenir les dépenses publiques si vous ne tenez pas les dépenses fiscales et les niches sociales. L’esprit de l’amendement de Philippe Vigier était précisément de dire que vient un moment où il faut avoir le courage d’inverser le cours de l’histoire.
Puisqu’il y a, nous dit-on, des gens de l’ancien monde et des gens du nouveau, j’appelle les gens du nouveau monde à ne pas poursuivre les errements de l’ancien.
Bien dit !
(L’amendement n1251 n’est pas adopté.)
(L’article 1er est adopté.) À la demande du Gouvernement, nous examinons par priorité les articles 10 à 15, ainsi que les amendements portant article additionnel après l’article 15.
La parole est à M. Éric Coquerel.
Nous voterons contre cet article, si notre amendement de suppression n’est pas adopté. L’article 10 vise à doubler le plafonnement applicable aux autoentrepreneurs. Cette disposition est, d’une certaine façon, le complément de vos ordonnances réformant le code du travail, qui fragilisent le contrat de travail de manière considérable en renvoyant les salariés à un contrat de gré à gré avec un chef d’entreprise. Il y a donc une fragilisation du statut du CDI – je ne relancerai pas le débat, vous connaissez notre point de vue.
De son côté, l’article 10 vise à faire en sorte qu’il y ait de plus en plus d’autoentrepreneurs dans le pays. Ce statut, me dira-t-on, repose sur l’esprit d’entreprise : pourquoi s’opposer à cet avenir incroyable de l’humanité ? Or la réalité, ce n’est pas ça. Dans la réalité, on impose ce statut à de nombreux jeunes pour obtenir un premier emploi. C’est un statut d’une précarité terrible, qui ne permet pas d’assurer son avenir social, parce que débarrassé de la plupart des charges. Voilà ce que vous nous proposez en réalité d’augmenter de manière considérable ! C’est absolument néfaste pour ceux qui non pas « profitent » de ce statut, mais le subissent. En outre, vous induisez une concurrence absolument déloyale avec les artisans, les petits chefs d’entreprise et autres.
Ce n’est pas vrai ! Pour toutes ces raisons, l’article 10 est absolument néfaste. (Applaudissements sur les bancs du groupe FI.) Très bien. La parole est à M. Damien Adam. Quel plaisir de pouvoir dire ces quelques mots devant vous. (Sourires.)
L’augmentation des seuils des régimes d’imposition des micro-entreprises est un engagement de campagne. Le régime fiscal de la micro-entreprise représente une formidable opportunité pour les entrepreneurs, qui voient leurs démarches administratives simplifiées et leurs charges réduites – obligations comptables allégées, calcul de la base imposable simplifié, prélèvements fiscaux et sociaux lisibles et prévisibles. Une économie du tiers-monde ! Ce dispositif est clairement un succès : selon l’INSEE, 40 % des entreprises créées depuis février 2017 sont des micro-entreprises. Créé en 2009, sous la présidence de Nicolas Sarkozy, au lendemain de la crise économique, le régime de la micro-entreprise vise à lutter contre le travail au noir et à permettre à chacun de bénéficier, de manière simplifiée, d’un revenu complémentaire. Aujourd’hui, il doit être conçu comme une période transitoire dans la vie d’un entrepreneur, un marchepied lui permettant de démarrer son activité, puis de croître.
Cependant, cette mesure ne fait pas l’unanimité et doit être complétée. Elle ne doit pas devenir une forme de concurrence déloyale à l’encontre des artisans ou des commerçants. Il faudrait ainsi permettre à tous les artisans et commerçants d’opter chaque année, selon leurs besoins, pour le régime fiscal de la micro-entreprise. Cette mesure, évoquée par le Président de la République, alors candidat, doit être mise sur la table.
La réflexion sur le régime de la micro-entreprise doit donc demeurer ouverte. Nous pourrons d’ailleurs la poursuivre dans le cadre de la future loi pour le financement des entreprises, qui sera examinée au printemps 2018. Nous apportons la preuve encore aujourd’hui que jamais une majorité ne se sera autant souciée des micro-entreprises et des PME.
(Applaudissements sur quelques bancs du groupe REM.) Il aurait fallu expliquer cela à la chambre des métiers l’autre jour ! La parole est à Mme Olivia Gregoire. Comme vient de le dire assez clairement mon collègue, la micro-entreprise est un régime simplifié d’activité. Pour ses nombreux utilisateurs, c’est un gage de simplicité. Le statut de micro-entreprise est une sorte de point d’entrée dans l’activité, dans l’entreprise – l’expression de « marchepied » est bien trouvée.
Quand vous vous lancez, dans la vraie vie, dans une activité, vous n’êtes pas nécessairement prêt à endosser l’intégralité des responsabilités administratives qui y sont liées. Vous devez avoir de la simplicité : c’est exactement l’état d’esprit de ce régime. Il permet très souvent de se tester et d’éprouver, dans un cadre allégé – espérons-le – ce qu’est la vie de l’entreprise. Tous les indépendants peuvent en bénéficier tant que leur chiffre d’affaires ne dépasse pas 33 200 euros pour les activités de services et 82 800 euros pour les activités de vente.
Ce projet de loi de finances propose, conformément à nos engagements de campagne, de doubler les plafonds existants et de ne plus retenir qu’un seul seuil pour chaque type d’activités, gage de lisibilité. C’est une mesure de simplification et de libération : les indépendants pourront bénéficier du régime simplifié de la micro-entreprise plus longtemps, et ils seront plus nombreux à pouvoir le faire.
C’est la promesse d’un quotidien simplifié. C’est aussi, pour les entrepreneurs qui démarrent, la promesse de pouvoir se concentrer, et c’est essentiel, sur leur activité principale, là où bien souvent ils perdent du temps dans des démarches administratives fort complexes.
Je rappelle, pour conclure, que personne n’est obligé de prendre le statut de micro-entrepreneur, et que personne n’en est exclu : c’est simplement un choix ouvert à tous, un choix de liberté offert aux indépendants. Remettons cette disposition dans son contexte : le doublement des seuils fait partie d’un train de mesures simplifiant la vie des Français qui travaillent. Il sera complété l’année prochaine par une loi réformant l’entreprise, dans laquelle nous préciserons un certain nombre de points.
(Applaudissements sur les bancs du groupe REM.) La parole est à M. Xavier Roseren. J’ajouterai à ce qui vient d’être dit que la concurrence existe déjà entre les artisans : ce régime n’y changera rien. La concurrence est souvent bonne et ceux qui travaillent bien résistent par rapport aux autres. Ce dispositif permet de mettre le pied à l’étrier, de se lancer, de tester son projet avant de passer à la vitesse supérieure en optant pour l’un des autres régimes.
Cette promesse de campagne du Président de la République répond à une demande formulée depuis plusieurs années par les petits entrepreneurs qui se lancent et veulent de la simplification.
Dernier point intéressant à mes yeux : le maintien du régime de micro-entreprise l’année suivant le dépassement du seuil, s’il s’agit d’un premier dépassement sur une période de deux ans. Cela répond vraiment à une problématique actuelle, qui empêche les entrepreneurs et artisans d’accepter des chantiers de peur de dépasser le seuil et donc de ne plus bénéficier de ce régime fiscal.
La parole est à Mme Marie-Christine Verdier-Jouclas. Beaucoup de choses ayant déjà été dites, je vais les compléter. Nous avons tous entendu des entrepreneurs dire qu’ils peinaient à s’en sortir face à la complexité des démarches administratives. Combien hésitent à entreprendre ou se sont découragés dès les premières années ?
Ne perdons pas de vue la réalité : depuis sa création récente, ce régime simplifié de calcul et de paiement des cotisations a facilité le quotidien de nombreux créateurs d’entreprise. Il permet aujourd’hui à des entrepreneurs d’exercer une petite activité professionnelle indépendante, très facilement, de façon régulière ou ponctuelle, et surtout en payant des cotisations sociales en fonction de leurs revenus : pas de chiffre d’affaires, pas de cotisation. C’est l’opportunité de se lancer, d’oser et de se tester. Ce régime permet de se concentrer sur l’essentiel : développer sa structure. Il donne davantage de chances pour s’accrocher et faire réussir son entreprise. Avec l’augmentation des plafonds, nous incitons le plus grand nombre à créer son entreprise, à créer de l’emploi et à participer ainsi à la transformation de notre pays – une double chance, en quelque sorte.
Cela étant, je peux d’ores et déjà anticiper vos critiques concernant la TVA, d’autant plus que notre groupe a travaillé sur tous les aspects de ce sujet. Nous avons fait un choix assumé : le doublement des plafonds de la micro-entreprise ne s’accompagnera pas d’un doublement du plafond d’exonération de la TVA. Il existe une raison majeure à cela : nous ne pouvons pas nous permettre de priver notre pays de telles recettes fiscales.
Si nous entendons les inquiétudes qui s’expriment sur l’éventuelle difficulté de calculer cette TVA, l’État a toutefois une réponse ferme et réaffirmée ici : il accompagnera les indépendants dans leurs démarches pour qu’une mesure de simplification du quotidien ne s’accompagne en aucun cas d’une nouvelle complexification.
(Applaudissements sur quelques bancs du groupe REM.) La parole est à Mme Sarah El Haïry. L’article 10 permet l’augmentation des seuils des régimes d’imposition des micro-entreprises. « Engagement pris, promesse tenue », pour reprendre le slogan de la famille politique qui a fait naître le statut d’auto-entrepreneur !
Ce dernier évolue aujourd’hui positivement, avec plus de souplesse et plus de sécurité. Plus de souplesse, tout d’abord, car nous augmentons les plafonds de chiffre d’affaires, conformément aux engagements présidentiels. C’est nécessaire car on ne peut pas concevoir de refuser une prestation au motif que l’on risque de dépasser ce seuil. Notre droit étant trop complexe et trop instable, cet article est positif.
Plus de sécurité, ensuite, car ces plafonds permettent de protéger et de se projeter vers d’autres statuts, étape par étape, et de manière prévisible. Pour ces raisons, nous soutenons l’article 10 et saluons sa qualité.
(Applaudissements sur les bancs du groupe MODEM.) La parole est à M. Frédéric Reiss. En examinant ce projet de loi de finances pour 2018, nous sommes loin de la rupture complète avec ce qui se fait depuis trente ans, annoncée par le Gouvernement. Ce budget aura au moins le mérite de ne pas sous-estimer les dépenses, nous évitant ainsi les mauvaises surprises du PLF pour 2017.
Une des clefs du redressement de notre économie est évidemment la politique en faveur des entreprises, de leurs salariés et de la création d’emplois. Le gain de pouvoir d’achat promis aux salariés sera sans doute beaucoup plus modeste qu’annoncé, et on ne peut que regretter le renoncement de la majorité concernant l’exonération des charges sur les heures supplémentaires. C’est une des mesures phare du candidat Macron qui devient occasion manquée.
L’article 10 prévoit une augmentation des seuils des régimes d’imposition des micro-entreprises. Depuis la création du statut d’autoentrepreneur, une certaine confusion régnait en matière de franchise en base de TVA. Cet article prévoit d’augmenter significativement les plafonds de chiffre d’affaires ou de recettes pour les régimes micro-BIC – bénéfices industriels et commerciaux – et micro-BNC – bénéfices non commerciaux.
Or la micro-entreprise est un outil au service de la création d’entreprise, mais pas au service de son développement. Le développement d’activités, la création de valeur et la création d’emplois doivent être encouragés, mais la concurrence doit être équitable, par l’équilibre des charges entre indépendants et micro-entreprises. Je souhaite ensuite rappeler le formidable travail accompli par les plates-formes d’initiative locale encadrant les créateurs d’entreprise.
Je conclurai avec la nécessité de loyauté en matière de règles d’installation des entreprises, la qualification professionnelle étant le socle d’une concurrence équitable et permettant de sauvegarder la sécurité du travail réalisé, dans l’intérêt du consommateur et de la qualité du service. Aussi les prélèvements sociaux et fiscaux doivent-ils être cohérents et justes.
La parole est à M. Marc Le Fur. Un ministre a tout intérêt à écouter les parlementaires plutôt qu’à s’en prendre à eux – d’autant que, pour ma part, je trouve l’article 10 intéressant. Nous avons en effet subi, sur cette question, une guerre de religions à la française comme nous les aimons, entre les autoentrepreneurs et les entreprises classiques.
Pour notre part, nous étions partagés. Ayant créé le statut d’autoentrepreneur, sous l’égide d’Hervé Novelli, nous avons constaté sur le terrain que des gens se sortaient parfois de difficultés majeures en créant leur propre entreprise, acquérant, pour certains d’entre eux, une véritable raison de vivre. Mais nous étions partagés parce que nous entendions aussi les artisans, en particulier du bâtiment, nous parler bien souvent de concurrence déloyale. Il fallait atténuer cette difficulté, et l’article 10 y contribue.
Certains ont voulu supprimer le statut d’autoentrepreneur : ce fut le cas de la gauche quand elle est arrivée au pouvoir. Elle y a vite renoncé parce qu’elle a compris que ce n’était pas possible, et parce qu’elle a constaté que beaucoup d’autoentrepreneurs devenaient ensuite des artisans, des créateurs d’entreprise. Je pourrais vous citer, dans ma circonscription – si vous circuliez, monsieur le secrétaire d’État, vous vous en rendriez compte – des autoentrepreneurs qui non seulement ont créé leur activité, mais ont créé des emplois.
Il fallait donc atténuer cette difficulté et, pour cela, appliquer le même seuil fiscal à l’ensemble des entreprises, quel que soit leur statut. C’est ce que vous faites avec cet article, et cela me convient à peu près.
Il fallait également ne pas modifier le seuil de fiscalité sur la TVA. En effet, c’est sur ce point que la question de la concurrence déloyale est la plus criante. Vous maintenez le seuil de TVA, ce qui est plutôt une bonne chose, et vous appliquez à l’ensemble des entreprises les nouvelles dispositions relatives aux seuils fiscaux et sociaux – je suis sûr que beaucoup de nos collègues n’ont pas compris cela ! Cela va plutôt dans le bon sens, à la condition de se respecter les uns et les autres.
(Applaudissements sur quelques bancs du groupe REM.) La parole est à M. Sébastien Jumel. Je ne fais pas partie de ceux qui sous-estiment la portée idéologique du projet gouvernemental, qui est global et cohérent. Nous avons un président des riches qui nous dit dans un hall de gare que dans la vie, il y a ceux qui réussissent et ceux qui ne sont rien. Ce sont les médias qui disent ça ! Un dérapage indéfendable. Comment peut-on dire de quelqu’un qu’il n’est rien ? Nous avons donc un projet de budget construit pour favoriser ceux qui réussissent et pénaliser ceux qui ne sont rien. Il s’ajoute à la mise en miettes du code du travail et des protections qu’il assure aux salariés.
En cohérence, on nous propose aujourd’hui un article qui vise à pérenniser et accentuer une concurrence déloyale entre l’économie réelle de l’artisanat et des autoentrepreneurs qui ne sont pas soumis aux mêmes normes, aux mêmes règles fiscales et aux mêmes contraintes. Il y donc un vrai risque d’aggraver par cet article la fracture entre la France qui travaille, la France qui manque et celle qui nourrit l’illusion que les start-up et l’autoentreprise sont le rêve absolu.
Nicolas Sarkozy lui-même, qui a lancé ce dispositif pendant la crise, avait indiqué qu’il était conjoncturel et que le pérenniser entraînerait la concurrence déloyale dont je parle.
Enfin, quand je vois Pierre Gattaz applaudir des deux mains cette mesure, je pense au fameux « quand c’est flou il y a un loup » de Martine Aubry et j’en déduis qu’il y a danger pour l’économie réelle.
(Applaudissements sur les bancs des groupes GDR et FI.) La parole est à M. Jean-Luc Mélenchon. Telle est la magie des mots, mes chers collègues, qu’ils peuvent parfois masquer ou travestir la réalité qu’ils décrivent. C’est la spécialité du Gouvernement ! Car qu’est-ce, je vous prie, que l’autoentreprise, sinon le travail à la tâche ? C’est ce que faisait le docker du XIXe siècle quand il prenait la file pour essayer d’avoir du travail. Le premier qui a réagi contre l’excès du recours au travail à la tâche est le roi François 1er. Ce n’est donc pas, comme vous le prétendez une guerre de religions franco-française : c’est une analyse de la nature du travail.
Le législateur peut en effet constater que les mœurs conduisent ceux qui vivent dans un océan de chômage à préférer le statut d’autoentrepreneur à celui de chômeur. On peut parfois n’avoir du travail qu’en adoptant le statut d’autoentrepreneur. Mais nous, législateur, pouvons-nous perdre de vue le sens que nous donnons au travail et à la création de richesses, qui n’est pas que de la « création de valeur », comme vous dites ?
L’autoentreprise, c’est la conséquence finale de la théorie du ruissellement et de la baisse du prix du travail. La grande entreprise se recentre sur ce qu’elle appelle son cœur de métier et ensuite elle vend à la tâche tous les compartiments de son activité réelle.
Quelqu’un a-t-il constaté dans ce pays une quelconque augmentation de la production depuis qu’il existe des autoentrepreneurs ? Non ! Jamais ! Aucune !
De compartiment en compartiment, on en arrive finalement à une personne toute seule, qui vend son aptitude au travail.
La même chose était déjà réalisée dans le collectif de travail. Les grandes entreprises ont plus de stabilité quand elles couvrent l’ensemble du champ qui correspond à la qualification de ce qu’elles produisent que quand elles le resserrent à un seul compartiment. Ainsi Alstom était plus stable quand elle avait sa filiale hydraulique GE Hydro.
(Exclamations sur les bancs du groupe REM.) C’est des autoentrepreneurs qu’on est en train de parler ! Mais c’est de cela dont nous parlons, mesdames et messieurs ! Vous êtes en train de relever le plafond de cotisation du travailleur à la tâche, c’est tout ! Et progressivement vous le relèverez jusqu’au point où il ne paiera rien, instaurant ainsi une concurrence totalement déloyale. (Applaudissements sur les bancs du groupe FI.) La parole est à M. Damien Abad. L’autoentreprise, c’est toujours mieux que l’autosatisfaction, monsieur Mélenchon. C’est au moins un gage de liberté économique pour tout le monde. (Applaudissements sur les bancs du groupe REM.) Quel est le statut de l’autosatisfait, monsieur le député ? Pourquoi s’énerver ainsi à propos de cet article, monsieur Mélenchon ? Vous savez comme moi qu’il a été revu à la baisse et qu’il ne va même pas concerner 6 000 micro-entreprises. Il ne touche notamment pas au plafond de la franchise de TVA.
Je trouve comme M. Le Fur que c’est un article équilibré, parce qu’il prend en compte les critiques d’un certain nombre d’artisans et de commerçants.
Je crois au principe et à la philosophie de l’autoentreprenariat, c’est-à-dire la liberté pour chacun de porter un projet et d’entrer dans le champ économique. Mais je crois aussi au principe de la concurrence loyale. D’ailleurs s’il faut créer un régime simplifié pour les micro-entreprises, c’est bien que le problème de base est la complexité excessive du régime fiscal de nos entreprises.
Certes cet article ne va pas révolutionner l’économie, étant donné le peu de monde concerné, mais il permet au moins de trouver un point d’équilibre satisfaisant pour tout le monde.
(Applaudissements sur les bancs du groupe REM.) C’est un commentaire autosatisfait, ça ! La parole est à M. Fabien Roussel. Me replongeant dans mes chères études, j’ai retrouvé la définition du capitalisme que l’on nous apprend à l’école : « le capitalisme est un système économique fondé sur le marché libre, la concurrence, la recherche du profit et la propriété privée des moyens de production. » Avec ce texte, nous sommes en face d’une accélération brutale de ce système économique. C’est une intensification de la casse du monde du travail et de nos très petites entreprises. C’est l’inverse ! Le travail à la tâche, c’est l’ « ubérisation » de la société. Vous prétendez que nous allons créer des emplois en invitant les chômeurs à créer leur entreprise : quelle lubie !
En relevant le plafond de cotisation des autoentrepreneurs, vous mettez en outre en grande difficulté les entreprises du bâtiment, qui subissent déjà la concurrence des travailleurs détachés. Vous allez organiser la concurrence parmi les TPE du bâtiment.
Vous dites que vous défendez la liberté de choisir le statut d’autoentrepreneur, mais votre liberté, c’est la jungle organisée ! C’est la liberté du renard dans le poulailler et à ce jeu-là, c’est souvent la poule qui perd.
Très bien ! C’est qui, la poule ? Ça ne tient pas, comme raisonnement! La parole est à M. Jean-Paul Dufrègne. Je m’interroge sur les conséquences financières et sociales de cet article. Je ne doute pas qu’il parte d’une bonne intention… L’enfer en est pavé ! …mais a-t-on véritablement évalué les conséquences, en termes de fiscalité et de cotisations sociales, d’impositions qui ne seront plus basées sur un bénéfice réel mais sur un chiffre d’affaires sur lequel on pratique un abattement ?
Il y aura deux catégories. Il y aura ceux qui seront imposés sur un résultat inférieur à leurs revenus réels : c’est forcément un encouragement au travail au noir, puisqu’il faudra éviter de dépasser un certain seuil de chiffre d’affaires pour rester dans cette configuration avantageuse du point de vue du paiement de l’impôt comme de celui des cotisations sociales.
Et puis il y aura ceux qui malheureusement seront imposés sur la base d’un résultat supérieur à leur résultat réel et qui risquent d’être en difficulté à la fois pour payer leur impôt et leurs cotisations sociales. Vous me direz qu’ils ont la possibilité d’opter pour un autre régime, mais ce sont souvent des entrepreneurs qui n’ont pas la compétence administrative suffisante pour apprécier ces situations et qui sont, en général, moins accompagnés par les centres de gestion ou de comptabilité, qui sont compétents dans ces matières.
Et puis il y a effectivement la question de la concurrence déloyale. C’est une vraie question qu’il ne faudra pas sous-estimer en multipliant les situations d’installation un peu à la marge.
La parole est à M. Bertrand Pancher. Ne nous racontons pas d’histoire, monsieur le secrétaire d’État : ces augmentations de seuil d’imposition des autoentrepreneurs posent de nombreuses questions. Les artisans, les commerçants, de grandes organisations nationales comme la CGPME ou la CAPEB – car il n’y a pas que le MEDEF – sont inquiets. Ils ne sont pas opposés au fait d’augmenter ces seuils, de diminuer les charges et de donner plus de liberté – ils ne sont pas fous ! – mais ils veulent que tout le monde soit traité de la même façon.
Quand on connaît le monde des autoentrepreneurs, et vous comme moi en connaissons beaucoup, on sait comment ça marche. On sait que les transactions en liquide y ont cours beaucoup plus qu’ailleurs, et que les contrôles y sont beaucoup moins fréquents qu’ailleurs.
L’intérêt est que les petits entrepreneurs deviennent des artisans, des commerçants et demain des chefs d’entreprise peut-être, mais nous avons besoin que vous nous apportiez la garantie que les uns et les autres seront traités équitablement.
Question subsidiaire : tout cela a-t-il vraiment fait l’objet d’une véritable concertation avec les uns et les autres ?
La parole est à M. Éric Alauzet. Pour commencer, il y a des logiciels à rafraîchir, à ma gauche : nous parlons là de micro-entreprises, pas d’autoentrepreneurs. Les choses évoluent, il faut avancer. (Exclamations sur les bancs des groupes GDR et FI.) Pas capable de parler avec les autres sans les regarder de haut. Arrogant. Vraiment arrogant. Il y a quand même là une opportunité de liberté et de déblocage des initiatives. C’est vrai qu’il faut voyager léger, dans cette société. C’est une possibilité pour plein de gens d’entrer par étapes dans le monde du travail. D’une certaine façon, on crée une nouvelle strate, un intermédiaire entre ce qui existe aujourd’hui et le statut d’artisan et de commerçant, entre lesquels la marche est parfois un peu élevée.
C’est vrai qu’il y a des risques, mais il faut regarder les choses honnêtement et ne pas être trop caricatural.
Pas vous, vous êtes tout en nuances ! J’essaie de l’être un peu plus que vous, monsieur Mélenchon. J’accepte de venir sur les sujets qui m’embêtent, ce que vous acceptez moins facilement.
Cela peut être une trappe à précarité, c’est vrai – vous voyez, je suis capable de le dire ! Vous, vous avez du mal à dire que c’est aussi une opportunité, et un vrai choix assumé par certaines personnes. Dans de nombreux cas, c’est un moment, une étape dans un parcours de vie, ce n’est pas forcément pour la vie entière. Il ne fait en tout cas aucun doute que c’est mieux que le chômage.
Il est vrai que cela peut favoriser une concurrence déloyale pour les artisans
(« Ah ! » sur les bancs du groupe FI) et que c’est parfois vécu comme tel – vous voyez que j’ai la capacité de le dire ! Vous aussi, ouvrez-vous un petit peu aux opportunités qui nous sont proposées ici. Donneur de leçons ! Cependant la question de la TVA justifie la mise en place de ce nouveau seuil intermédiaire, qui n’exonérera pas du paiement de la TVA. Cela permet de répondre aux craintes exprimées par les artisans.
Quant au risque d’« ubérisation »…