XVe législature
Session ordinaire de 2018-2019

Séance du mardi 21 mai 2019

L’ordre du jour appelle les questions au Gouvernement.
Avant de donner la parole au premier orateur, je vous indique que le vote par scrutin public sur la proposition de loi portant création d’une Agence nationale de la cohésion des territoires aura lieu immédiatement après la réponse à la dernière question. Je suspendrai la séance seulement après le vote.
Monsieur le ministre de l’économie et des finances, je veux vous parler d’un groupe qui, entre 2013 et 2018, a réalisé 2,7 milliards de bénéfices, a obtenu 522 millions d’argent public au titre du CICE – crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi – et, dans le même temps, a supprimé 10 000 emplois.
Ce groupe vient d’annoncer la mise en vente de vingt et un supermarchés et d’un hypermarché, celui de Villetaneuse. C’est sans discussion, ni avec les collectivités concernées, ni avec les personnels, ni avec les syndicats, qu’il va jeter des milliers de familles dans la précarité.
Ce groupe, c’est Auchan, propriété de la famille Mulliez, ces premiers de cordée dont la fortune personnelle atteint un Himalaya de 38 milliards d’euros.
Dans la grande distribution, c’est la précarité, le temps partiel imposé et les licenciements qui alimentent les dividendes. Chez ces gens-là, les profits sont premium et les emplois sont low cost. Pour que l’indécence soit tout à fait complète, les Mulliez, si prompts à tendre la main pour toucher l’argent des contribuables français, ont choisi la désertion en s’exilant fiscalement en Belgique.
Monsieur le ministre, cette obscénité sape la cohésion de notre société. Elle est devenue insupportable pour la majorité des Français.
Très juste ! Peut-être nous rejoindrez-vous pour condamner moralement de tels agissements. Malheureusement, il s’agit non pas d’un écart de conduite, mais d’un système. En effet, on pourrait parler aussi du groupe Carrefour, où 3 000 emplois sont menacés, et de beaucoup d’autres.
Condamner ne suffit plus, il faut des actes ! Monsieur le ministre, allez-vous arrêter de donner des chèques en blanc ? Allez-vous exiger des contreparties aux milliards d’argent public que vous versez à ces groupes ? Allez-vous enfin les obliger à prendre leurs responsabilités, à investir pour anticiper les évolutions, à sauvegarder l’emploi et, rêvons un peu, à payer leurs impôts ?
(Applaudissements sur les bancs du groupe GDR et sur plusieurs bancs des groupes FI et SOC. – M. José Evrard applaudit également.) La parole est à Mme la secrétaire d’État auprès du ministre de l’économie et des finances. Monsieur Peu, je veux vous parler d’un groupe qui vient d’afficher une perte d’un milliard d’euros, parce qu’il est en pleine transformation, tant la distribution est aujourd’hui confrontée à une évolution massive, la concurrence étant forte,… C’est faux ! …notamment celle des plateformes numériques.
Je veux vous parler d’un groupe qui est en train de négocier avec les représentants du personnel.
C’est faux ! Deuxième erreur ! Je veux vous parler d’un groupe qui a effectivement annoncé qu’il céderait vingt et un magasins, qu’il était en recherche avancée de repreneurs… C’est faux ! …et que, dans les endroits et dans les cas où il ne pourrait pas céder à un repreneur, il établirait un plan social,… Quatrième mensonge ! …dont il est en train de discuter les éléments avec les représentants du personnel. Si tel est le cas, souffrez, monsieur Peu, que ces représentants soient informés au préalable, et permettez-leur de défendre leur dossier.
Je veux vous parler d’un groupe qui a effectivement annoncé, à notre incitation et avec notre implication,…
Et l’évasion fiscale ? …qu’il allait chercher à reclasser le maximum de personnes dans l’ensemble du groupe s’il ne trouvait pas de repreneur dans leur bassin de vie. Cinquième mensonge ! Voilà la réalité, monsieur Peu.
Si nous élargissons le propos, vous avez raison, les acteurs de la distribution traversent en ce moment des difficultés ; leur modèle est en transformation profonde ; il faut les accompagner.
Et le départ en Belgique de la famille Mulliez ? Je tiens également à dire que cette transformation sera possible si nous sommes capables, en Europe, de défendre les plateformes contre un certain nombre de pratiques. (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes LaREM et MODEM. – Exclamations sur les bancs du groupe GDR.)   C’est une réponse honteuse ! Un peu moins de brouhaha, s’il vous plaît…
Mes chers collègues, il y a un peu trop de brouhaha. Je vous prie d’écouter les orateurs.
La parole est à M. Pieyre-Alexandre Anglade.
Monsieur le ministre de l’Europe et des affaires étrangères, nous voilà à cinq jours d’une élection majeure pour le pays, où deux visions s’affrontent : d’un côté, celle d’une Europe ambitieuse, qui veut se faire respecter et qui place au cœur de son projet la liberté, la protection et le progrès (« Arrêtez ! » sur les bancs du groupe LR)  ; de l’autre, celle de la division, du rétrécissement de la France et de la soumission de l’Europe. (Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM. – Exclamations sur les bancs du groupe LR et parmi les députés non inscrits.) Ce n’est pas comme cela que vous sauverez votre peau ! Plus on approche de ce scrutin, plus s’affirment les forces extérieures qui cherchent à défaire l’Union européenne.
Ce week-end, deux événements notables ont illustré le rôle joué par les nationalistes en France et ailleurs en Europe dans cette tentative de déstabilisation de l’Europe. Le premier événement, c’est la venue à Paris de Steve Bannon, idéologue identitaire venu faire basculer l’Europe sous le poids des
fake news puisque les nationalistes européens, qui n’ont que l’intérêt national à la bouche, conspirent au grand jour pour affaiblir leur pays et ouvrir grand les portes de l’Europe à des forces étrangères hostiles à nos intérêts. (Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM.)
Or, comme l’a rappelé le Président de la République ce matin, ces élections ne doivent pas servir à consacrer des grandes puissances extérieures face auxquelles aucun pays européen ne saurait lutter seul. Ces élections doivent rester européennes (Exclamationscontinues sur les bancs du groupe LR) et faire émerger une vision ambitieuse pour l’Europe (Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM et MODEM) , parce que l’Europe n’est pas une abstraction mais se trouve au cœur de nos vies. Ce que vont décider les Européens pourrait changer leur vie et celle des prochaines générations. (Mmes et MM. les députés du groupe GDR se lèvent et quittent l’hémicycle.) , comme il a fait basculer l’Amérique vers Donald Trump. (Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM et MODEM. – Exclamations sur les bancs du groupe LR.) Le second événement, c’est la publication d’une vidéo qui montre le chef du parti d’extrême droite autrichien, le FPÖ, négocier le financement illégal de son parti et le rachat d’un quotidien populaire avec une pseudo-oligarque russe. ( Nouvelles exclamations sur les bancs du groupe LR.) Avec ces deux événements, les masques tombent (« Benalla ! » sur les bancs du groupe LR et parmi les députés non inscrits) Ridicule ! Ce matin, le Président a parlé d’un « esprit de conquête ». Cet esprit, c’est celui qui doit nous animer face à l’urgence, animer chacun des Français attachés à notre souveraineté nationale. Aussi, monsieur le ministre, pouvez-vous nous dire quel chantier la France devra défendre en priorité pour faire de l’Europe une puissance capable de s’affirmer face à ceux qui veulent nous défaire, nous diviser pour mieux nous soumettre ? (Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM et MODEM, dont de nombreux membres se lèvent. – Huées et claquements de pupitres sur les bancs du groupe LR et parmi les députés non inscrits.) S’il vous plaît, chers collègues, veuillez écouter la réponse du Gouvernement. Quelle réponse ? Il n’y a pas eu de question ! La parole est à M. le secrétaire d’État auprès du ministre de l’Europe et des affaires étrangères, et à lui seul. Monsieur Anglade, permettez-moi de faire un petit détour par l’histoire, par notre histoire européenne. (Exclamations sur les bancs du groupe LR.)
C’est un temps que les moins de vingt ans n’ont pas connu, c’était il y a trente ans. C’était le 9 novembre 1989. Souvenons-nous des femmes et des hommes qui, tenant à la main leur petite bougie, venaient défier des Vopos armés. (Exclamations continues sur les bancs du groupe LR.) S’il vous plaît, mes chers collègues ! Le 9 novembre 1989, le mur de Berlin tombait, un peuple se libérait et l’Europe était sur la voie de la réunification (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LaREM) , une Europe qui, pendant plusieurs décennies, avait été coupée en deux. Les Européens ont, depuis, pas à pas, bâti cette puissance, une Europe qui entend bien se faire respecter, qui, naturellement, refuse les ingérences au nom d’un principe simple : ce qui regarde les Européens doit être décidé par les Européens et eux seuls, à l’occasion d’élections démocratiques. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LaREM et sur quelques bancs du groupe MODEM. – Exclamations sur les bancs du groupe LR.) Tout cela pour strictement ne rien dire ! Répondez à la question ! Pour ce faire, un certain nombre de dispositifs ont été mis en place : réseau d’observation, système d’alerte rapide au sein des États membres. Mais le Président de la République souhaite aller plus loin grâce à une véritable agence de défense des démocraties européennes. (Exclamations sur les bancs du groupe LR.) Encore une agence ? Les Européens sont en effet des citoyens libres et souverains, vivant dans des États libres et souverains, qui entendent le rester ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM et sur plusieurs bancs du groupe MODEM.)
La parole est à M. Frédéric Reiss, que je vous demande d’écouter dans le silence, mes chers collègues. (« Ce sera une vraie question ! » sur les bancs du groupe LR.) Ma question, à laquelle j’associe mes collègues Patrick Hetzel et Maxime Minot, concerne les « bugs » de Parcoursup et s’adresse à M. le Premier ministre.
Les lycéens de terminale préparent activement les épreuves du baccalauréat et, dans le même temps, attendent les réponses à leurs vœux d’intégration dans l’enseignement supérieur. Pour près de 900 000 jeunes, c’est une période déterminante pour leur avenir – un moment d’angoisse d’abord, de soulagement, ensuite, quand leurs vœux sont exaucés. Ces derniers jours, nombre d’entre eux – on parle d’une dizaine de milliers – ont subi une douche froide en apprenant que c’est à tort qu’ils avaient obtenu une réponse favorable sur la plateforme Parcoursup. On peut imaginer le désarroi de ces futurs étudiants et de leurs familles de se retrouver sur liste d’attente ou de se voir refuser une formation dans laquelle ils croyaient être acceptés vingt-quatre ou quarante-huit heures auparavant.
(Applaudissements sur les bancs du groupe LR. – Mme Pau-Langevin applaudit également.) Le Gouvernement a pourtant vanté les améliorations de Parcoursup – « un processus plus humain», selon le mot du ministre de l’éducation nationale, M. Blanquer. Il est où, d’ailleurs, Blanquer ? Aujourd’hui, on se rend compte des résultats déplorables auxquels conduisent des algorithmes approximatifs et le raccourcissement du calendrier. Eh oui ! Plus de 400 formations sont concernées, ce qui donne l’impression que le nouveau Parcoursup, c’est l’ancien en pire. Absolument ! Je crains fort que les deux professeurs principaux de terminale prévus par la réforme du baccalauréat ne soient pas suffisants pour améliorer l’orientation des futurs étudiants. Exact ! Monsieur le Premier ministre, les ministres de l’éducation nationale et de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation vont-ils se coordonner et redresser la barre du bateau Parcoursup qui, manifestement, part à la dérive ? C’est l’avenir de nos lycéens qui est en jeu. (Applaudissements sur les bancs du groupe LR. – Mme Caroline Fiat applaudit également.) La parole est à Mme la ministre de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation. …et des couacs! Monsieur Reiss, vous faites allusion à ce qui s’est produit dans la nuit de mercredi à jeudi dernier. C’est très grave ! C’est une honte ! Il s’agissait de la première affectation des candidats sur la plateforme Parcoursup. Dès le matin, les équipes de surveillance de la plateforme se sont rendu compte qu’un certain nombre d’anomalies s’étaient produites. (Exclamations sur les bancs du groupe LR.) C’était trop tard ! Vous l’avez rappelé : les responsables de 400 formations sur 14 500 se sont trompés lorsqu’ils ont renseigné leurs capacités d’appel. Ces erreurs matérielles se sont traduites par des réponses erronées pour ces candidats. Ma responsabilité était de préserver les 900 000 candidats de la plateforme et de faire en sorte que ces erreurs soient immédiatement corrigées. Votre responsabilité était de faire en sorte que cela n’arrive jamais ! C’est pourquoi, avec l’ensemble des équipes – celles agissant sur le terrain mais aussi le service national chargé du fonctionnement de Parcoursup –, nous avons corrigé l’ensemble des erreurs. Le système a pu continuer à fonctionner dès le vendredi.
Aujourd’hui, plus de 72 % des lycéens ont reçu des propositions et, comme vous l’avez mentionné, sont soulagés, à près d’un mois des épreuves du baccalauréat, car ils connaissent les formations dans lesquelles ils ont d’ores et déjà été acceptés.
(« Et les autres ? »sur les bancs du groupe LR.) C’est bien parce qu’il y a plus d’humain dans la procédure que les équipes pédagogiques sur le terrain ont pu contacter l’ensemble des candidats affectés et que le système a pu retrouver son fonctionnement normal à peine quelques heures après que ces erreurs humaines ont été identifiées. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LaREM et sur quelques bancs du groupe MODEM.)
La parole est à Mme Caroline Abadie. Monsieur le secrétaire d’État chargé du numérique, « He will be nameless »... En français ! ...disait Jacinda Ardern au lendemain des attentats de Christchurch. « Il sera sans nom » – je vous le traduis, messieurs –, parce qu’il cherchait la notoriété et s’est filmé en train d’abattre, à terre, ses victimes déjà blessées. Cette vidéo macabre, diffusée en direct sur sa page Facebook, est restée en ligne dix-sept minutes. 4 000 personnes ont vu l’original, et en vingt-quatre heures, Facebook a retiré 1,5 million de copies.
La semaine dernière, la Première ministre néozélandaise a signé, à Paris, sur invitation du Président Emmanuel Macron, l’appel de Christchurch. Suivi par de nombreux pays et par les Facebook, Twitter, Google, Microsoft et consorts, cet appel pose des objectifs communs et demande aux plateformes numériques de retirer immédiatement les contenus terroristes et extrémistes violents.
Mais le monde d’internet n’a pas de frontières : pour combattre, ensemble, la propagation des virus de la haine et de la peur, les pays ont besoin d’un cadre pour donner force et cohérence aux législations nationales. Il en va ainsi des contenus terroristes et pédopornographiques. Il en va de même des injures et des contenus haineux, visés par la proposition de loi défendue par notre collègue Laetitia Avia, qui sera examinée en juin dans l’hémicycle.
(Applaudissements sur quelques bancs du groupe LaREM.)
L’appel de Christchurch, la charte du G7 et, surtout, l’Europe ! Monsieur le secrétaire d’État, nous sommes nombreux sur ces bancs à espérer que l’Union européenne crée un statut d’accélérateur de contenu, pour que les réseaux sociaux assument enfin pleinement leur responsabilité de premier vecteur de communication du XXIe siècle. L’Europe n’est pas le problème, mais la solution ! Monsieur le secrétaire d’État, qu’envisagez-vous de faire au lendemain des élections européennes pour promouvoir un cyberespace européen de liberté et de respect ? (Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM.) La parole est à M. le secrétaire d’État chargé du numérique, pour une réponse intégralement en français. Très bien, monsieur le président ! Ma réponse sera en effet intégralement en français.
Tout d’abord, un chiffre, que vous avez cité, madame la députée, pour prendre la mesure du problème : dans les vingt-quatre heures ayant suivi la diffusion en direct de la tuerie de Christchurch, 1,5 million de copies de la vidéo ont été retirées par Facebook.
Elle vient de le dire ! Cela donne une idée de l’ampleur du phénomène.
Au-delà de ce cas particulier, les Français et les Européens peuvent malheureusement constater chaque jour qu’insulter, injurier ou menacer sur internet peut se faire en toute impunité. Cela appelle une mobilisation générale.
C’est précisément le sens de l’appel de Christchurch : neuf États, les représentants des réseaux sociaux et la Commission européenne ont, sous l’impulsion de la Nouvelle-Zélande et de la France, décidé de dire : « stop » !
C’est également le sens de la proposition de loi de la députée Laetitia Avia, qui donnera à la France un cadre protecteur des citoyens et respectueux des libertés publiques.
Mais c’est aussi, et surtout, le sens de notre action à l’échelle européenne, car l’Europe, vous avez raison, madame la députée, est le meilleur niveau pour protéger les Français. En effet, face aux réseaux sociaux qui comptent plusieurs milliards d’utilisateurs, toute la force des 400 millions d’Européens est nécessaire pour imposer notre voix. Lorsque les Européens sont unis, ils savent protéger leurs valeurs et imposer le respect de leurs citoyens. C’est le cas du règlement européen, qui a imposé l’obligation de retrait, en une heure, de tous les contenus terroristes sur les réseaux sociaux. C’est aussi le cas du règlement général sur la protection des données, qui protège efficacement la vie privée des Européens et qui est devenu un standard mondial.
Sur les contenus haineux, le terrorisme, la pédopornographie en ligne et toute la régulation des réseaux sociaux, nous devons aller encore plus loin. Pour cela, nous devons nous unir avec nos partenaires européens, car, sans union, il n’y aura pas de protection efficace des Français et des Européens. Donner de la force à cette protection est l’un des enjeux du choix politique que feront nos concitoyens dans les jours à venir.
(Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LaREM et sur quelques bancs du groupe MODEM.)
La parole est à M. Bastien Lachaud. Monsieur le Premier ministre, cent multinationales sont responsables de plus de 70 % des émissions de gaz à effet de serre. Les 0,5 % d’ultra-riches produisent 13 % des émissions de CO2, mais ce sont eux que vous protégez, plutôt que le climat.
La conséquence de cela est que d’ici à 2100, les océans pourraient monter de près de 2 mètres, les eaux vont s’acidifier et les événements climatiques extrêmes se multiplier. En vingt ans, le rythme de fonte des glaces de l’Antarctique a été multiplié par six. En France, 850 000 personnes devront déménager, la moitié de la Camargue sera inondée et la centrale nucléaire du Blayais sera menacée.
Et Fessenheim ? Dans le monde, 1,8 million de kilomètres carrés de terre disparaîtront, provoquant des famines, des guerres et le déplacement de près de 200 millions de personnes. L’urgence climatique est aussi une urgence pour la paix !
Les animaux disparaissent : 1 million d’espèces sont menacées de disparition, la sixième extinction de masse est entamée, les oiseaux meurent et les plastiques remplacent les poissons. Vous avez refusé de taxer le kérosène, signé les accords de libre-échange « climaticides » comme l’accord économique et commercial global – CETA – avec le Canada, trahi sur le glyphosate et le chlordécone
(Applaudissements sur les bancs du groupe FI.) , favorisé la déforestation importée et l’artificialisation des sols.
Mais Mme Loiseau promet de faire en Europe tout ce que vous refusez de faire en France. Mensonges ! Il faut sortir des traités pour planifier la transition écologique et mettre en place une écologie populaire, le protectionnisme solidaire et la règle verte, qui oblige à ne pas prélever plus de ressources que celles que la terre est capable de reconstituer. L’heure est à l’avènement d’une écologie populaire contre celle des actionnaires.
Incantation ! Quand la France respectera-t-elle les accords de Paris ? Quand engagerons-nous la transition écologique ? Quand, enfin, allez-vous déclarer l’état d’urgence climatique ? (Applaudissements sur les bancs du groupe FI.) La parole est à M. le ministre d’État, ministre de la transition écologique et solidaire. Et du CO2 ! Taxeur en série ! Nous pourrions nous retrouver sur le constat du dérèglement climatique ; en effet, nous sommes d’accord pour reconnaître que la situation mondiale se dégrade et qu’il faut agir. C’est la raison pour laquelle nous mettons l’accent sur la nécessité de regarder la réalité en face, avec l’appui des scientifiques. C’est pour cela que j’ai permis aux spécialistes du climat du groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat – GIEC – et à ceux de la plateforme intergouvernementale sur la biodiversité et les services écosystémiques – IPBES – de présenter leur rapport devant les sept ministres de l’environnement du G7, à Metz au début du mois.
Par ailleurs, pour agir plus fort, plus vite et plus loin pour le climat,...
Avec Ségolène ! ...nous disons clairement les choses aux Français : il faut plus d’Europe pour faire plus pour le climat.
Puisque vous avez fait allusion aux programmes des uns et des autres pour les prochaines élections européennes – c’est, en effet, le moment d’en parler –,...
Le temps de parole de votre parti est plus que dépassé ! ...votre programme expose votre souhait de sortir des traités européens. Croyez-vous sérieusement que c’est en commençant par déconstruire l’Union européenne que nous pourrons agir plus vite pour le climat à l’échelle mondiale ? (Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM et MODEM. – Protestations sur les bancs du groupe FI.)
Si nous ne voulons pas agir sur le climat à l’échelle européenne, sur quoi le ferons-nous ? J’ai lu le programme de La France insoumise (Applaudissements sur les bancs du groupe FI.)  : à la page 10, il est précisé que vous souhaitez instaurer un droit à la désobéissance des règles européennes. J’espère que ce programme ne sera pas appliqué, car si jamais il l’était, tout le travail sur le climat pourrait être annulé à tout moment par un seul pays ! (Mmes et MM. les députés des groupes LaREM et MODEM se lèvent et applaudissent.) Debout ! Debout !
La parole est à Mme Sophie Errante. Monsieur le Premier ministre, vous connaissez mon attachement à nos territoires et mon engagement en faveur de services publics mieux adaptés et plus proches de nos concitoyens. Tel est le cas de nombreux députés, que j’associe à ma question.
Je sais que vous êtes engagé, avec le Gouvernement et la majorité, dans cette voie vertueuse pour notre pays et notre démocratie.
Lors de la conférence de presse du 25 avril dernier, donnée à l’issue du grand débat national, le Président de la République a pris des engagements fermes, afin que l’État repense son action sur le terrain.
Il s’est engagé, d’une part, à donner plus de pouvoirs et de responsabilités aux acteurs de terrain, lesquels sont au contact des réalités de nos concitoyens, et, d’autre part, à simplifier le fonctionnement de nos administrations.
Nous savons que le Gouvernement est loin de partir d’une feuille blanche en la matière. Avec la loi pour un État au service d’une société de confiance et le projet de loi de transformation de la fonction publique, nous avons déjà fait plusieurs pas vers un État plus simple, plus lisible et plus réactif – citons notamment le droit à l’erreur, la généralisation de la médiation et le permis de faire –, permettant d’obtenir des résultats concrets !
Au mois de juillet 2018, vous avez mis en avant votre volonté de simplifier et d’améliorer le circuit de la décision publique, en demandant au Gouvernement de faire des propositions visant à transférer autant de décisions que possible aux échelons les plus proches des territoires, et à améliorer l’organisation des administrations de l’État.
Au cours des derniers mois, plusieurs mouvements sociaux ont été l’expression d’une attente forte de nos concitoyens, et l’écho de leur inquiétude de ne plus avoir à leurs côtés ces services publics qui leur sont si utiles.
Monsieur le Premier ministre, pouvez-vous présenter à la représentation nationale les principaux axes de la réforme que vous mettrez en œuvre, telle qu’esquissée par les deux projets de circulaire – relatifs respectivement à l’administration centrale et à l’organisation territoriale de l’État – récemment divulgués par la presse ?
Les Français nous écoutent, les Français nous attendent !
(Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LaREM.) La parole est à M. le Premier ministre. Madame la députée, je vous remercie de votre question, qui me permet d’évoquer avec vous l’impérieuse nécessité de transformer la façon dont notre État fonctionne, au service de nos concitoyens.
Il ne s’agit pas de la transformer pour le plaisir, mais pour faire en sorte que les décisions soient mieux prises et mises plus rapidement en application, et que la proximité légitimement attendue par nos concitoyens se double, s’agissant d’une administration à laquelle ils sont attachés, d’un fonctionnement efficace.
Vous avez évoqué de nombreuses pistes, que le Gouvernement et la majorité ont commencé à emprunter, ainsi que des documents toujours soumis à la concertation. Il s’agit de deux projets de circulaire tirant les conclusions – ou plus exactement les conséquences – de deux circulaires, que j’ai adressées le 24 juillet dernier aux responsables des services de l’administration déconcentrée et à ceux des administrations centrales.
Peut-on en avoir un exemplaire ? Ces deux projets de circulaire, soumis à la concertation, doivent permettre d’interroger les parties prenantes : les préfets, qui dirigent localement le fonctionnement de l’administration déconcentrée de l’État ; les organisations syndicales ; les administrations centrales. Il en résultera une signature et une transformation effective des modes d’action de l’État.
Que visons-nous ? Nous voulons faire en sorte que les décisions soient prises – bien davantage qu’elles ne le sont et qu’elles ne l’étaient auparavant – au bon échelon. Or le bon échelon, c’est l’échelon local.
Dès 2020, 95 % des décisions administratives individuelles seront prises localement, sans jamais être évoquées à l’échelon central.
(Applaudissements sur quelques bancs du groupe LaREM.) Cela s’appelle une sous-préfecture ! Il y a là une transformation très profonde, très peu spectaculaire, mais dont je suis certain qu’elle donnera des résultats sensibles, et perceptibles par nos concitoyens.
Outre cette déconcentration du pouvoir de décision, nous allons réduire le nombre d’échelons hiérarchiques des administrations ministérielles. En effet, à force d’empiler et de multiplier les échelons administratifs au sein des ministères, nous diluons et ralentissons inutilement la prise de décisions.
Et les collectivités territoriales ? Nous voulons également simplifier le paysage administratif. Au fil du temps – et je ne critique aucun de ceux qui les ont créés –, l’État s’est doté de plus de 1 200 établissements, organismes et agences complétant ou démembrant l’action publique. Nous allons adopter tout à l’heure un texte qui en crée une nouvelle ! L’Agence nationale de cohésion des territoires, précisément ! Notre objectif est d’en mener une revue complète, afin de vérifier que l’existence de ces organismes – surtout ceux qui sont de petite taille – est toujours justifiée et que leur réorganisation ne serait pas synonyme d’économies et d’efficacité accrue. (Mme Nicole Trisse applaudit.)
Notre but, madame la députée, … Elle a voté les grandes régions ! …est également d’alléger les activités qui ne forment pas le cœur du travail de l’administration, notamment l’administration centrale.
Nous avons une administration formidable, dont je me ferai toujours le défenseur. Mais je regrette qu’elle passe parfois tant de temps à produire des normes qui, bien que toujours motivées par le souci de servir l’intérêt général, se révèlent parfois inutiles et souvent trop complexes.
Vous êtes bien placé pour le savoir ! C’est le cas des 80 kilomètres heure ! Notre objectif est de réduire la production normative de l’État. Bravo ! Nous avons déposé une proposition de loi en ce sens, vous l’avez repoussée ! Il n’y a là rien de spectaculaire, mais sur le terrain, dans la vie de tous les jours, si nous travaillons avec constance, détermination et cohérence, nous obtiendrons des résultats tangibles. Je suis certain, au fond, que chacun ici cherche à atteindre cet objectif. Ce ne sera pas facile, mais c’est possible. Il ne fallait pas créer les grandes régions ! Nous voulons également rééquilibrer les effectifs de l’État en faveur des agents de terrain et, parmi ceux-ci, rééquilibrer les effectifs vers les départements, afin d’enrayer une mécanique à laquelle chacun, ici, a contribué : la recentralisation au niveau régional des agents de l’État. Très juste ! Au cours des quinze dernières années, ce mouvement a été continu, quelles que soient les majorités. Notre objectif est de l’interrompre, puis de faire revenir les agents de l’État à l’échelon départemental, où ils seront plus accessibles pour les administrés, afin qu’ils prennent des décisions au plus près du terrain. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LaREM.) Bravo ! On est d’accord ! Enfin, nous voulons rapprocher les services publics de nos concitoyens. Tel est le sens de l’engagement pris par le Président de la République au sujet des maisons de service public. Nous n’avons pas attendu le Président de la République à ce sujet ! Tel est également le sens de l’engagement que j’ai récemment rappelé : créer 500 maisons de service public supplémentaires d’ici la fin de l’année, afin de mettre à disposition de nos concitoyens un bouquet de services publics accessible, efficace et complet. Quel baratineur ! Je comprends que cela agace à ma droite,… Pas du tout ! Nous vous soutenons ! …mais je suis heureux d’être en position de le faire et de pouvoir dire aux Français que leur État fonctionnera mieux et plus près d’eux, et qu’ils pourront le constater ! (Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM et MODEM.)
La parole est à M. Jean-Paul Mattei. Madame la ministre du travail, la semaine dernière, l’INSEE a publié les chiffres du chômage pour le premier trimestre de cette année. Très bien ! Une baisse de 0,1 %, quel bilan ! Ainsi, le taux de chômage a continué à diminuer entre les mois de janvier et mars 2019, atteignant 8,7 % de la population active sur l’ensemble du territoire, et 8,4 % en métropole. Et ailleurs ? Il s’agit du niveau le plus bas depuis dix ans ! (Applaudissements sur les bancs des groupes MODEM et LaREM.) Vous devriez rendre hommage à Hollande ! On dénombre désormais 20 000 demandeurs d’emploi en moins. En outre, on observe un recul significatif du chômage de longue durée depuis un an.
Madame la ministre, le groupe MODEM salue ces bons résultats, qui confortent la dynamique des réformes engagées par ce gouvernement depuis près de deux ans en faveur des créations d’emplois dans le secteur privé.
Il s’agit là d’un signal très positif dans la lutte contre le chômage, ce fléau économique et social. En la matière, contrairement à ce que certains prétendaient, tout n’avait donc pas été essayé !
Si ces chiffres nous réjouissent, ils nous engagent d’autant plus à redoubler les efforts entrepris. Madame la ministre, comment le Gouvernement compte-t-il consolider ces bons résultats ? Comment pouvons-nous appliquer plus efficacement encore, et sur tous les territoires, nos réformes de l’apprentissage et de la formation professionnelle ?
Des catastrophes ! Comment encourager mieux encore les entrepreneurs – petits et grands – ainsi que les salariés à travailler ensemble pour vaincre enfin le chômage de masse ? (Applaudissements sur les bancs du groupe MODEM et sur quelques bancs du groupe LaREM.) Excellent ! La parole est à Mme la ministre du travail. En effet, le taux de chômage est tombé à 8,7 %, soit un point de moins qu’il y a deux ans. C’est le fruit de notre action, mais aussi un encouragement pour aller plus loin. C’est le fruit de la chasse aux chômeurs ! Il s’agit du taux de chômage le plus bas depuis dix ans.
S’agissant du taux d’emploi – obtenu en rapportant le nombre de gens qui travaillent à la population active –, il est de deux Français sur trois, soit le chiffre le plus élevé depuis quarante ans.
Et la suppression de 120 000 postes de fonctionnaire ? Toutefois, songeons aux jeunes, aux seniors, aux personnes en situation de handicap, aux habitants des quartiers prioritaires de la ville et des zones rurales : nous avons encore beaucoup à faire pour continuer à faire reculer le chômage de masse ! C’est sûr : il y a encore du boulot ! Qu’avons-nous fait jusqu’à présent ? Rien ! Les ordonnances travail ont eu pour effet de rendre confiance aux TPE et aux PME, qui – selon leurs propres dires – n’ont plus peur d’embaucher.
Vous avez adopté la loi pour la liberté de choisir son avenir professionnel, dont nous constatons d’ores et déjà les premiers résultats, notamment une augmentation de 7,7 % du nombre d’apprentis l’an dernier, et une dynamique encore plus forte en ce début d’année.
Enfin, dans le cadre du plan d’investissement dans les compétences, seize régions sur dix-huit ont contractualisé avec nous.
Nous pouvons aller plus loin. Pour ce faire, nous agirons dans plusieurs directions.
Premièrement, nous profiterons de l’effet de la loi PACTE, la loi pour la croissance et la transformation des entreprises, qui stimule la croissance.
Très bien ! Deuxièmement, la réforme de l’assurance chômage encouragera un emploi plus durable.
Enfin – il s’agit d’un point très important –, nous lancerons, sous l’autorité de M. le Premier ministre, la mobilisation nationale et territoriale pour l’emploi, destinée à résoudre, avec les collectivités territoriales et les partenaires sociaux, les problèmes concrets qui se posent sur le terrain. Il s’agit notamment de lever les freins à l’emploi, tels que trouver un logement, un moyen de transport, un apprenti ou une garde d’enfant.
Benalla n’a pas eu beaucoup de mal ! Tous ces sujets sont d’ordre opérationnel. De façon très pragmatique, nous allons nous y atteler, territoire par territoire, avec les partenaires concernés.
Le chômage de masse n’est pas une fatalité. Nous continuerons à le faire reculer ensemble.
(Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LaREM et sur les bancs du groupe MODEM.)
La parole est à M. Didier Quentin. Monsieur le Premier ministre, à la suite de ce que j’appellerai pudiquement une erreur de casting, vous vous êtes lancé à fond dans la campagne européenne, de même que le Président, qui s’y investit massivement, comme encore ce matin dans 80 % de la presse quotidienne régionale. Cela peut d’ailleurs poser des questions… Scandaleux ! C’est de la propagande ! Qui paye cette campagne ? Vous fixez de grandes ambitions à notre pays au sein de l’Union européenne, mais force est de reconnaître que les choses se présentent assez mal : les grandes envolées du discours de la Sorbonne n’ont pas eu beaucoup d’écho...
La lettre aux Européens n’a pas connu plus de succès. Elle est même apparue à plusieurs de nos partenaires comme assez présomptueuse, au moment où l’on voyait, sur tous les écrans européens, les désordres de nos samedis successifs, et où l’on constatait la persistance de nos déficits...
Mais, beaucoup plus grave, la relation franco-allemande, essentielle à tout progrès dans la construction européenne, est profondément dégradée, comme le montrent les récentes déclarations de la chancelière sur ses désaccords avec le président Macron. Quant à sa probable successeure, Annegret Kramp-Karrenbauer, elle va jusqu’à remettre en cause Strasbourg comme siège du Parlement européen, et même notre statut de membre permanent du Conseil de Sécurité.
Dans ce contexte difficile, comment comptez-vous, monsieur le Premier ministre, faire entendre la voix de la France, qui semble malheureusement de plus en plus isolée, et défendre ses intérêts, notamment pour l’avenir de la politique agricole commune ?
(Applaudissements sur les bancs du groupe LR.) La parole est à M. le secrétaire d’État auprès du ministre de l’Europe et des affaires étrangères. Vous évoquez, monsieur le député, la relation franco-allemande, à laquelle chaque Président de la République a veillé à apporter sa pierre. Chacun, sans exception depuis 1963, je crois, a été soucieux de la renforcer. C’est d’ailleurs dans cet état d’esprit que le Président de la République Emmanuel Macron et la chancelière Angela Merkel ont signé le traité d’Aix-la-Chapelle, auquel les parlements participent d’ailleurs aussi, dans une coopération renforcée.
De nombreux chantiers ont ainsi été menés en commun : je pense à ceux liés à l’émergence d’une initiative européenne en matière de batteries, ou encore à la défense du multilatéralisme, avec l’alliance lancée par Jean-Yves Le Drian et son homologue Heiko Maas. Mais nous pourrions également parler du budget de la zone euro, ou de l’Europe de la défense, qui ont fait de grands progrès ces derniers mois.
Ce n’est pas ce que dit Mme Merkel ! Alors, si vous croyez entendre de la friture sur la ligne, ce n’est pas du fait des gouvernements allemand et français, mais, peut-être, de celui de certaines femmes politiques auxquelles vous êtes alliés. La présidente de la CDU a parfois soulevé des sujets auxquels nous attachons une grande importance : la défense des intérêts français, c’est notamment la défense du siège du Parlement européen à Strasbourg. De ce point de vue, nous serons encore et toujours pour la défense des intérêts européens et, en même temps, pour une coopération franco-allemande affirmée. L’Europe a besoin de ce moteur, de cette impulsion. Comptez sur nous pour y travailler au quotidien. (Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM et MODEM.)
La parole est à M. Olivier Falorni. Madame la ministre de la santé, la tragédie humaine de Vincent Lambert, qui semble sans fin, bouleverse nos concitoyens ; mais cette tragédie qui dure est aussi le symptôme d’une faille juridique que ne peuvent ignorer des législateurs que nous sommes. Il ne s’agit pas, pour autant, de mettre notre hémicycle à l’unisson de cette arène, devenue folle, que nous observons au dehors. Je veux le dire avec la plus grande force : je trouve totalement obscène de voir la tragédie d’un homme transformée en une sorte de match de football, dont on célébrerait, avec une euphorie indécente, je ne sais quelle « remontada ». Vincent Lambert est un homme, pas un ballon. (Applaudissements sur de très nombreux bancs. – M. Damaisin se lève et applaudit.)
La tragique réalité est que Vincent Lambert souffre de lésions cérébrales irréversibles, qu’il se trouve dans un état végétatif chronique, dit de conscience minimale, et qu’il est artificiellement maintenu en vie avec une sonde qui le nourrit et l’hydrate. Ses médecins ont estimé, de façon collégiale, que cela relevait de l’obstination déraisonnable, et que l’arrêt des traitements devait être engagé, conformément à la loi. Leur décision a été confirmée par le Conseil d’État.
Mais ce drame met cruellement en lumière l’une des multiples failles des lois françaises : que faire en l’absence de directives anticipées et d’une personne de confiance désignée, la famille étant divisée par un désaccord profond ? La loi belge y répond, depuis plus de quinze ans, par la hiérarchisation de la parole portée par les proches, celle du conjoint primant sur celle des enfants majeurs, puis sur celle des parents.
Ma question, madame la ministre, est donc très concrète : êtes-vous prête, au moins, à modifier la loi Claeys-Leonetti, pour y introduire cette disposition de clarté qui permettrait d’éviter ces interminables et insupportables déchirements autour de la tragédie d’un être humain ?
(Applaudissements sur de très nombreux bancs.) La parole est à Mme la ministre des solidarités et de la santé. Je pense que, comme beaucoup de Français, nous sommes tous bouleversés par le drame que vit cette famille. Il touche à la part intime de chacun.
Vous le savez, l’État français a toujours été soucieux de s’assurer que l’application de la procédure d’arrêt des traitements, en cas d’obstination déraisonnable, respectait la loi. Hier soir, la cour d’appel de Paris a accepté la requête des parents de Vincent Lambert, et ordonné la reprise des traitements, afin de faire exécuter les recommandations du comité des droits des personnes handicapées de l’ONU. L’équipe médicale chargée de Vincent Lambert appliquera donc ces mesures provisoires. Je n’en dirai pas davantage, car je ne connais pas le cas particulier de M. Vincent Lambert.
Aujourd’hui, encore plus qu’avant, je pense qu’il nous faut respecter l’intimité et la douleur de cette famille et des proches de Vincent Lambert. Je ne vois qu’une leçon à en tirer, et nous devons le faire collectivement, pour que cette situation ne se reproduise pas : nous devons tous remplir nos directives anticipées.
(Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM et MODEM.)
Chaque personne majeure, depuis la loi Claeys-Leonetti de 2007, peut rédiger par avance une déclaration pour préciser ses volontés de fin de vie, c’est-à-dire son refus ou sa volonté que les traitements ou les actes médicaux qui lui seront prodigués soient poursuivis, limités ou interrompus.
Les consignes données dans les directives anticipées permettent aux équipes médicales de prendre en charge les patients en respectant toutes leurs volontés. Je pense que c’est la seule leçon que nous pouvons tirer aujourd’hui de cette affaire.
(Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM et MODEM.)
La parole est à Mme Sylvie Tolmont. Madame la ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche, décidément, Parcoursup restera, pour sa deuxième année, synonyme d’angoisse pour des milliers de jeunes qui souhaitent intégrer l’enseignement supérieur. Avec APB, on ne savait toujours pas en juillet où on allait s’inscrire en septembre ! Le 17 mai, un bug survenait, remettant en cause les affectations attribuées à des milliers de candidats. Alors que vous semblez incapable de donner des chiffres corrects, certains médias estiment à 67 000 le nombre de candidats touchés. Selon vos éléments de langage, ce dysfonctionnement – qui est, rappelons-le, une première dans l’histoire de Parcoursup et d’APB – serait lié à un « mauvais paramétrage des capacités d’accueil par les établissements ».
« Même si ces jeunes le vivent comme "j’ai eu quelque chose et on me l’a enlevé", en fait la réalité c’est qu’ils n’auraient jamais dû l’avoir. » C’est par ces mots, alliant cynisme et légèreté, que vous vous dédouanez une nouvelle fois des couacs de votre système. Oui, madame la ministre, c’est dramatique pour les milliers de candidats qui ont reçu une réponse positive erronée ! Nous vous parlons orientation et futur professionnel ; vous nous répondez algorithme et gestion des flux. L’inscription de tous les candidats sur la plateforme est paraît-il la priorité du Gouvernement, quand le plus important pour les jeunes est d’obtenir une réponse conforme à leurs envies, une réponse qui leur permette de se concentrer sereinement sur les révisions du baccalauréat.
Vous dénonciez le tirage au sort d’APB pour légitimer votre système. La réalité, c’est que vous avez industrialisé, rationalisé, hiérarchisé l’orientation pour en faire une sélection des premiers de cordée. Face aux dysfonctionnements survenus l’année dernière, le Défenseur des droits vous avait exhorté à proposer des solutions pour résoudre en particulier le manque de transparence.
Eh oui, Parcoursup fait pire qu’APB ! Aujourd’hui, Parcoursup sécurise les plus confiants et insécurise les plus vulnérables. Il continue à plonger dans l’incertitude ceux qui avaient déjà des difficultés. Madame la ministre, élèves et familles méritent mieux que ce climat d’incertitudes et d’anxiété. Comment allez-vous enfin répondre à leur besoin légitime de se projeter dans l’avenir ? (Applaudissements sur les bancs des groupes SOC et GDR.) Le tirage au sort, c’était tellement mieux ! La parole est à Mme la ministre de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation. Et des bugs ! Les erreurs que vous mentionnez sont des erreurs humaines, commises par environ 2 % des formations ; elles ne sont pas acceptables, parce qu’elles ont créé de faux espoirs. C’est pourquoi j’ai demandé à l’inspection générale de faire toute la lumière sur les circonstances qui ont abouti à une telle situation. Avez-vous pensé à présenter des excuses ? Vous avez raison d’en appeler à la sérénité de tous ; c’est en effet ce dont les jeunes ont besoin en ce moment pour préparer leur baccalauréat. Il me paraît essentiel de rappeler que, grâce à Parcoursup, 72 % des lycéens ont déjà reçu une proposition, et sont ainsi fixés sur leur prochaine rentrée universitaire. Parcoursup, c’est aussi, je le rappelle, plus de mobilité sociale et géographique ; c’est 21 % de boursiers supplémentaires dans l’enseignement supérieur, et une mobilité géographique accrue de 10 %.
Alors oui, madame la députée, il est important de poursuivre l’accompagnement de l’ensemble des 900 000 candidats qui utilisent actuellement cette plateforme, de façon à leur garantir les meilleurs choix et le meilleur avenir possible dans l’enseignement supérieur. Ceux qui aujourd’hui parlent de bug de la plateforme – qui a au contraire permis de repérer ces erreurs et donc de continuer la procédure – sont ceux qui étaient contre la création de Parcoursup, contre l’humanisation de l’accès à l’enseignement supérieur, et – mais je ne peux pas le croire – pour le tirage au sort.
(Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM et MODEM.)
La parole est à Mme Catherine Fabre. Madame la ministre du travail, l’Europe, c’est d’abord l’idée d’un espace apaisé, d’une communauté de destin. Jean Monnet disait sobrement : « Nous unissons des hommes. »
On peut se féliciter que cette promesse ait permis jusqu’ici de protéger notre peuple européen des affres de la guerre. Mais aujourd’hui les tensions reviennent, les poussées nationales aussi, et avec elles la perspective de voir à nouveau les Européens s’entre-déchirer.
Ces réminiscences sont dues au manque d’Europe. Si nous avons largement progressé dans la création d’un marché commun et dans l’établissement d’une monnaie unique, nous n’avons pas encore pu faire converger nos modèles sociaux. C’est pourquoi, depuis deux ans, madame la ministre, vous avancez avec détermination vers cet objectif : réforme du travail détaché, égalité entre les femmes et les hommes, Agence européenne du travail, ou encore programme Erasmus Pro.
Quel scandale, cette question ! Car l’Europe qui unit les hommes, c’est d’abord la promesse d’une solidarité.
À ce titre, je dois dire qu’au sein du paysage politique français, nous ne partageons pas tous la même ambition. Ainsi, le Rassemblement national qui, faut-il le rappeler, représente un tiers des députés français au Parlement européen, a raté toutes les occasions de soutenir les avancées européennes en matière d’emploi et d’harmonisation sociale.
(Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM. – (Exclamations sur les bancs du groupe LR.) Ce n’est pas une tribune électorale, ici ! En mai 2018, il s’est par exemple abstenu de voter une réforme défendue par la France, et adoptée, qui prévoit que la rémunération du travailleur détaché s’aligne sur celle du pays d’accueil. (Protestations sur les bancs du groupe LR.)
Nous voulons, nous, une Europe sociale, une Europe qui protège les travailleurs, qui déclenche le cercle vertueux de l’emploi et des droits sociaux qui lui sont associés. C’est nul, cette question ! Elle se croit dans un meeting ! Ainsi quand on parle d’un salaire minimum européen, il ne s’agit pas de dévaloriser le SMIC français, bien évidemment, mais de tirer l’ensemble des modèles sociaux vers le haut !
À l’heure où les Français sont appelés à choisir l’Europe qu’ils veulent pour leur avenir, pour leurs enfants, il est plus que jamais nécessaire de leur présenter avec honnêteté nos bilans et nos visions respectives.
(Vives protestations sur les bancs du groupe LR.) Il fallait remplacer Mme Loiseau ! Vous serez sanctionnés ! Madame la ministre, pouvez-vous nous présenter le bilan et les perspectives des actions menées par la France depuis deux ans en matière d’emploi et d’harmonisation sociale en Europe ? (Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM.) C’était la séquence publicitaire ! La parole est à Mme la ministre du travail. Où en sommes-nous de l’Europe sociale ? Depuis deux ans, il y a eu des progrès. En novembre 2017, le socle européen des droits sociaux a été adopté à l’unanimité. La révision de la directive sur le travail détaché, qui attendait depuis 1996, a été menée à bien – ainsi, le principe « à travail égal au même endroit, salaire égal », s’applique . Nous avons publié l’ordonnance correspondante, et le dumping social ne peut plus exister. Mensonge ! Ce n’est pas vrai ! Une directive sur la conciliation entre vie privée et vie professionnelle a été adoptée. Je pense aussi à la proposition de directive relative aux conditions de travail décentes.
Est-ce suffisant ? Non. Mais nous montrons qu’il est possible d’avancer. Un slogan proclamait il y a quelques années : « impossible n’est pas français ». Je vous dis aujourd’hui : « impossible n’est pas européen » !
(Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM et MODEM.) Nous en avons fait la démonstration, avec Nathalie Loiseau, en prenant l’initiative et en obtenant la révision de la directive sur le travail détaché : unis avec tous les autres pays, nous pouvons faire des progrès en matière sociale ! (Protestations sur les bancs des groupes GDR et FI.) Ce n’est pas vous qui avez obtenu des avancées, c’est le parti populaire européen ! Ce n’est pas suffisant, je le redis : beaucoup de nos concitoyens doutent du fait que l’Europe leur apporte une protection en matière sociale. Il faut aller plus loin. C’est trop tard ! Il faut sanctionner Macron ! Ce n’est pas le lieu de défendre chaque point de notre programme ; mais je veux dire que, si nous voulons construire une Europe durable, et à laquelle nos concitoyens adhèrent, alors il faut une Europe plus sociale, plus engagée sur l’égalité professionnelle, sur le droit à la formation et à la reconversion, sur les salaires minimaux, sur l’Erasmus pour tous les jeunes et pas seulement pour les étudiants… Et que faites-vous depuis deux ans ? Pour tout cela, il faut plus d’Europe, mieux d’Europe, une Europe plus sociale, et j’espère que beaucoup s’associeront à cette démarche. (Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM et MODEM.)
La parole est à M. Jean-Christophe Lagarde. Monsieur le Premier ministre, au mois de décembre dernier, vous annonciez l’abandon d’une hausse des tarifs de l’électricité. Pourtant, à la suite d’un avis de la Commission de régulation de l’énergie – CRE –, une hausse de 5,9 % a été annoncée pour juin, qui sera semble-t-il suivie au mois d’août ou de septembre, d’une nouvelle hausse de 1 à 2 %. Au total, les tarifs auront potentiellement augmenté de 6 à 8 % d’ici à la rentrée prochaine. C’est énorme ! « Les impôts ont baissé pour 95 % des Français ! » On diminue le pouvoir d’achat ! M. de Rugy, votre ministre, nous a expliqué qu’étant mal faite, la loi ne permettait pas de faire autrement et qu’il convenait que le Gouvernement la change l’année prochaine. Ne vous gênez pas pour la changer !

M. Jean-Christophe Lagarde.