XVe législature
Session ordinaire de 2018-2019

Séance du mercredi 12 juin 2019

L’ordre du jour appelle la suite de la discussion du projet de loi d’orientation des mobilités (nos 1831, 1974, 1937, 1938, 1942).
Hier soir, l’Assemblée a poursuivi la discussion des articles du projet de loi, s’arrêtant à l’amendement no 1439 portant article additionnel après l’article 26.
La parole est à M. Vincent Thiébaut, pour soutenir l’amendement no 1439. Il vise à étendre le champ des modes de transport dont les frais sont pris en charge par l’employeur en y intégrant la location privée de vélos.
Aujourd’hui, on le sait, l’un des enjeux du développement de la mobilité et des transports publics est le traitement du fameux dernier kilomètre. Or les offres de location publique de vélos n’existent pas partout sur le territoire, d’où l’intérêt d’une prise en charge des frais de location privée.
La parole est à M. Jean-Luc Fugit, rapporteur de la commission du développement durable et de l’aménagement du territoire, pour donner l’avis de la commission. L’amendement est satisfait par la nouvelle rédaction de l’article 26 concernant le forfait mobilités durables. Je demande son retrait. À défaut, j’émettrai un avis défavorable. La parole est à Mme la ministre chargée des transports, pour donner l’avis du Gouvernement. Même avis. Retirez-vous votre amendement, monsieur le député ? Fidèle à mes habitudes, je le retire, madame la présidente. (Sourires.)
(L’amendement no 1439 est retiré.) La parole est à Mme Josette Manin, pour soutenir l’amendement no 3236. Faute d’information adéquate, beaucoup d’employés ignorent que le code du travail fait obligation à tous les employeurs, quel que soit l’effectif de l’entreprise ou de l’administration, de prendre en charge une partie du prix des titres d’abonnement souscrits par leurs salariés pour leurs déplacements entre leur résidence habituelle et leur lieu de travail, qu’il s’agisse de moyens de transports publics – transports en commun – ou de services publics de location de vélos.
L’amendement vise par conséquent à leur garantir une information plus systématique et plus claire concernant les dispositions légales en vigueur en la matière.
Quel est l’avis de la commission ? Si l’on doit informer le salarié, c’est sur l’ensemble de ses droits, et non uniquement sur celui dont il est ici question. Je demande le retrait de l’amendement. À défaut, je donnerai un avis défavorable. Quel est l’avis du Gouvernement ? J’ajoute que nous avons inscrit la mobilité parmi les thèmes de négociation obligatoire. Ce sera l’occasion pour les partenaires sociaux, en particulier les représentants des salariés, de se saisir du sujet. Cette nouveauté, jointe à l’instauration d’un titre mobilités analogue aux tickets restaurant ou aux chèques vacances, permettra de diffuser largement l’information parmi les salariés.
Je demande le retrait de l’amendement.
(L’amendement no 3236 est retiré.) La parole est à Mme Huguette Tiegna, pour soutenir l’amendement no 1389. L’absence de moyen de charge à domicile constitue l’un des principaux obstacles au développement des véhicules électriques. L’amendement vise à lever cet obstacle en facilitant la charge sur le lieu de travail.
L’article 26 crée un forfait mobilités durables permettant aux entreprises et aux administrations de rembourser à leurs salariés et agents une partie de leurs frais de déplacement du domicile au lieu de travail, sous forme forfaitaire, s’ils utilisent un mode de transport qui réduit la pollution, comme le vélo ou le covoiturage.
L’amendement tend également à exonérer de charges sociales et d’impôt sur le revenu la charge lente, à titre gracieux, des véhicules électriques des salariés sur leur lieu de travail. Outre que même les salariés ne disposant pas d’un moyen de charge à domicile pourraient ainsi utiliser un véhicule électrique, l’exonération éviterait à l’employeur d’instaurer un dispositif supplémentaire de comptage des consommations électriques.
Quel est l’avis de la commission ? Aux termes de l’amendement, l’employeur pourrait mettre une borne de recharge lente à la disposition de ses salariés. Mais cette possibilité lui est déjà donnée, puisque le Gouvernement a prévu de considérer comme nul l’avantage en nature que représente la recharge offerte aux employés sur le lieu de travail. L’amendement est donc satisfait.
Par ailleurs, la rédaction de l’amendement empêcherait la mise à disposition de bornes de recharge rapide, ce qui serait contre-productif.
Je demande donc son retrait. À défaut, j’émettrai un avis défavorable.
Quel est l’avis du Gouvernement ? Même avis. Je confirme que l’arrêté aux termes duquel la recharge sur le lieu de travail n’est pas considérée comme un avantage en nature a été signé et est en cours de publication. L’amendement est donc satisfait. Retirez-vous votre amendement, madame la députée ? Je précise que l’amendement n’a pas pour but d’opposer recharge lente et recharge rapide : il s’agit simplement d’une question de moyens pour les entreprises.
J’accepte naturellement de le retirer puisque la ministre nous dit qu’il est satisfait.
(L’amendement no 1389 est retiré.) La parole est à M. Vincent Descoeur, pour soutenir l’amendement no 14. Nous en avons déjà débattu dans l’hémicycle : il s’agit de permettre à l’employeur de participer aux frais de transport de ses salariés, y compris de ceux d’entre eux qui n’utilisent pas ou ne peuvent pas utiliser les transports collectifs, et ce grâce à un ticket carburant. Quel est l’avis de la commission ? L’amendement est satisfait. D’une part, la prise en charge de tout ou partie des frais de carburant par l’employeur est déjà possible sur le fondement de l’article L. 3261-3 du code du travail. Pas sous forme de ticket ! D’autre part, en conséquence de notre travail d’hier sur l’article 26, le forfait mobilités pourra prendre la forme d’un titre mobilité, ce qui répondra également au besoin qu’exprime l’amendement. Je demande son retrait.
Je n’ai pas l’impression de vous avoir convaincu, mon cher collègue…
Quel est l’avis du Gouvernement ? En effet, M. Descoeur n’a pas l’air convaincu… L’amendement de M. Zulesi,... (Exclamations.) Encore lui ? (Sourires.) ...toujours le même amendement, en effet, adopté hier, tend à instaurer un titre mobilité pour simplifier la vie des entreprises, en lieu et place d’un empilement de dispositions – sur le carburant, sur le forfait mobilités, etc. Le présent amendement est donc entièrement satisfait. La parole est à M. Vincent Descoeur. Je n’étais pas dubitatif ; simplement, je n’ai pas pu assister hier à la partie du débat en question. J’entends toutefois que le mécanisme adopté, bien que différent de celui que je propose, permet de résoudre le problème que je soulève. Fidèle à l’esprit d’ouverture qui me caractérise (Sourires) , je retire donc mon amendement. Excellent !
(L’amendement no 14 est retiré.) La parole est à Mme Sophie Auconie, pour soutenir l’amendement no 551. Cet amendement obéit au même esprit que les précédents. On va donc me répondre que l’amendement de mon honorable collègue Zulesi contribue à le satisfaire. Permettez-moi toutefois d’estimer, madame la ministre, que le mien va un tout petit peu plus loin. Le Premier ministre n’a-t-il pas dit tout à l’heure son souhait que nous en fassions encore davantage et rappelé la nécessité que nous entendions le message envoyé dernièrement par les citoyens français ?
Par cet amendement, nous proposons donc la création d’un dispositif incitatif – à l’image de celui que promouvait M. Zulesi – destiné aux salariés et aux employeurs et visant à accélérer le développement du recours au vélo pour les trajets entre le domicile et le lieu de travail. Le salarié aurait la possibilité d’opter soit pour le forfait mobilités durables, soit – c’est là toute la différence entre nous, monsieur Zulesi : je préfère le « soit » au « en même temps » – pour une aide à l’acquisition d’un vélo, les deux options étant cumulables avec la prime transport. Les montants versés par l’employeur seraient exonérés de cotisations sociales et, pour le salarié, d’impôt sur le revenu. C’est un très bon amendement !
Quel est l’avis de la commission sur ce très bon amendement ? Je ressens une amicale pression… En réalité, la possibilité que vous évoquez est déjà offerte par l’article 26 : celui-ci mentionne la prise en charge des frais liés à l’utilisation d’un cycle, sans autre précision ; le cas de la location avec option d’achat, visé par l’amendement, pourra donc être prévu dans les textes réglementaires d’application de la loi. Dès lors, ce si bel amendement est satisfait, et j’en demande le retrait. Quel est l’avis du Gouvernement ? Même avis. La parole est à Mme Sophie Auconie. Comme M. Descoeur, nous nous caractérisons par notre attitude constructive ; je dirais même que nous l’incarnons ! Je retire donc mon amendement. Toutefois, monsieur Zulesi, je serai très attentive à la mise en œuvre dudit décret. Très bien ! Nous le serons tous ! Quelle star, ce Jean-Marc ! (Sourires.)
(L’amendement no 551 est retiré.) L’amendement no 3122 de M. Arnaud Viala est défendu.
(L’amendement no 3122, repoussé par la commission et le Gouvernement, n’est pas adopté.) La parole est à M. Vincent Descoeur, pour soutenir l’amendement no 39. Il permettrait de garantir que tout vendeur d’un véhicule affiche distinctement le numéro de certificat de qualité de l’air – Crit’Air – associé à ce véhicule, afin de sensibiliser l’opinion à la nécessité de respecter l’environnement et d’améliorer l’information du consommateur – en l’occurrence, de l’acheteur. Quel est l’avis de la commission ? Il s’agit d’un excellent amendement… qui est satisfait par un amendement à l’article 26 bis que j’ai fait adopter en commission. J’en demande donc le retrait. Quel est l’avis du Gouvernement ? Même avis. Maintenez-vous votre amendement, monsieur le député ? J’ai assisté assidûment aux travaux de la commission ; vous avez dû être discret au moment dont vous parlez, monsieur le rapporteur,... Non, non ! ...car ce que vous évoquez m’a échappé. N’en prenez pas l’habitude !
Sans employer le même argument que précédemment, je retire mon amendement.
(L’amendement no 39 est retiré.) La parole est à Mme Emmanuelle Anthoine, pour soutenir l’amendement no 3124. Cet amendement de M. Viala vise à étendre le champ d’éligibilité de la pastille Crit’Air 1 aux véhicules diesel Euro 6d-TEMP. Il convient en effet de ne pas pénaliser davantage ceux qui continuent à utiliser des véhicules diesel. Quel est l’avis de la commission ? Tout d’abord, les moteurs diesel, y compris les plus récents, émettent toujours plus d’oxydes d’azote,  notamment, que les moteurs à essence. Du reste, les plafonds des normes Euro sont supérieurs dans le cas des véhicules Euro 6d-TEMP ou Euro 6d que vous évoquez. En outre, une telle mesure relèverait du domaine réglementaire. En tout état de cause, elle n’est pas pertinente – et je ne parle même pas des mesures qu’il faudrait prendre concernant les particules ultrafines, qui font l’objet d’un autre amendement que nous examinerons ultérieurement. Je demande le retrait de celui-ci. À défaut, j’émettrai un avis défavorable.
(L’amendement no 3124, repoussé par le Gouvernement, n’est pas adopté.) La parole est à Mme la ministre, pour soutenir l’amendement no 2703 rectifié. Il vise à habiliter le Gouvernement à légiférer par ordonnance, dans un délai de vingt-quatre mois à compter de la promulgation de la loi, pour adapter les modalités de prise en charge des frais de transport par les employeurs – après un bilan des accords d’entreprise relatifs à la mobilité résultant de la négociation obligatoire sur la qualité de vie au travail – ou pour permettre aux régions qui le souhaitent d’expérimenter différents dispositifs de prise en charge des frais de transport.
Comme nous l’avons indiqué lors de l’examen de l’article 26, nous avons souhaité privilégier le dialogue social et faciliter l’accompagnement par les employeurs de la mobilité de leurs salariés. Non seulement nous avons rendu obligatoire la négociation sur le thème de la mobilité, mais nous mettons aussi à disposition des entreprises et des salariés des outils simples tels que le titre mobilités. On peut supposer que ces outils permettront, grâce à un accompagnement approprié, de lever le frein que la mobilité peut constituer dans l’accès ou le retour à l’emploi.
Il nous paraît cependant utile de dresser, dans dix-huit mois, un bilan des accords et, s’il s’avère que les mesures prises dans ce cadre ne sont pas satisfaisantes, de les compléter par des dispositions nationales et de permettre aux régions, le cas échéant, d’expérimenter des dispositifs spécifiques. De fait, celles-ci mènent également une politique d’accompagnement des salariés dans ce domaine. Je pense, par exemple, à la région Hauts-de-France, qui rembourse les frais de carburant de certains salariés dans des conditions définies, à la région Bourgogne-Franche-Comté, qui a décidé de contribuer aux frais de déplacement des salariés à la même hauteur que l’employeur – lequel peut, depuis la loi de finances, être exonéré dans ce cadre des charges sociales et fiscales – ou à la région Île-de-France, qui permet au passager de financer un covoiturage avec son passe Navigo.
Quel est l’avis de la commission ? Favorable. La parole est à M. Martial Saddier. Madame la ministre, je ne reviendrai pas sur le principe de l’amendement, auquel on peut souscrire, mais je voudrais être certain d’avoir bien compris. Dans l’esprit du Gouvernement, l’ordonnance prévoira-t-elle que c’est la région qui sollicitera l’employeur ? Renverra-t-elle ainsi aux régions le « fait générateur » ? La parole est à Mme la ministre. Deux possibilités sont ouvertes par cette habilitation : un dispositif national et, le cas échéant, un dispositif adapté si des régions le souhaitent.
Prenons l’exemple du covoiturage. Nous incitons les employeurs à instituer le forfait mobilités. Par ailleurs, au titre Ier, nous avons permis aux régions d’accompagner soit les conducteurs, soit les passagers. Dès lors, il nous paraît intéressant, si nous voulons systématiser un dispositif, de tenir compte de la bonne articulation des aides régionales avec l’accompagnement de l’employeur.
J’ai cité l’exemple de la région Bourgogne-Franche-Comté, qui prévoit de verser dix euros par mois lorsqu’une entreprise accompagne un salarié à hauteur de dix euros. Il s’agit d’élaborer un dispositif national et de permettre, le cas échéant, à titre expérimental, des adaptations en fonction des politiques conduites dans chaque région.
La parole est à Mme Valérie Lacroute. Tout d’abord, vous prévoyez de dresser, dans les dix-huit mois suivant la promulgation de la loi, un bilan des mesures qui auront été prises dans les entreprises. Certes, nous avons eu des débats intéressants dans le cadre des Assises nationales de la mobilité et de l’examen de ce projet de loi, en commission et en séance publique – ce qui n’avait pas été le cas depuis longtemps sur ce sujet –, mais pourrons-nous avoir connaissance de ce bilan ? Par ailleurs, il me paraît regrettable que vous décidiez de légiférer ensuite par ordonnance. Enfin, je n’arrive pas à comprendre si vous vous adressez aux employeurs publics ou aux employeurs privés. Aux employeurs privés. Comment pourrez-vous instaurer des dispositifs différents d’une région à l’autre ? Les aides risquent de l’être également, et on risque de créer ainsi des inégalités entre les Français. En effet, on le voit bien, certaines métropoles ont mis en place de nombreux services de transport avec, parfois, des réductions tarifaires importantes. Tel n’est pas nécessairement le cas dans les territoires ruraux, ce à quoi ce projet de loi vise d’ailleurs à remédier. En permettant une différenciation entre les territoires, je crains qu’on ne crée une discrimination en matière d’aide à la mobilité. La parole est à Mme la ministre. Tout d’abord, je ne doute pas que l’ensemble des parlementaires souhaiteront être associés au suivi et au bilan. Le Gouvernement s’engage donc à vous le présenter avant de légiférer par ordonnance. Ensuite, les zones dont il est question ici sont celles qui sont privées de transports en commun car, dans les zones qui en sont pourvues, le dispositif est très simple : il consiste dans le remboursement de l’abonnement à hauteur de 50 %.
L’enjeu, ici, est donc de mieux accompagner dans leurs déplacements domicile-travail les salariés qui ne bénéficient pas de transports en commun. L’État, pour sa part, a annoncé qu’il allait instituer le forfait mobilités pour ses agents, à hauteur de 200 euros. Mais il importe – et le bilan qui sera dressé dans dix-huit mois pourra en tenir compte – de ne pas oublier que les régions mènent dans ce domaine des politiques complémentaires de celles des employeurs.
Île-de-France Mobilités, par exemple, permet aux usagers d’utiliser leur passe Navigo dans le cadre d’un covoiturage. Dans un tel cas, on ne va pas demander à l’employeur de participer au-delà du remboursement du passe Navigo, puisque celui-ci donne accès au covoiturage. Toutefois, ce type de mesure n’existe pas ailleurs. Nous voulons donc nous réserver la possibilité de tenir compte, dans le dispositif qui sera adopté, de ce que font les régions.
Sous forme d’expérimentation ! En effet.
(L’amendement no 2703 rectifié est adopté.)
Je suis saisie de deux amendements identiques, nos 1237 et 3440, tendant à supprimer l’article 26 bis.
L’amendement no 1237 de M. Fabrice Brun est défendu.
La parole est à M. Jean-Marie Sermier, pour soutenir l’amendement no 3440.
Il s’agit de supprimer l’article 26 bis, introduit en commission. Cet article impose en effet l’affichage, dans les concessions automobiles, de la catégorie Crit’Air des véhicules à vendre, notamment des véhicules d’occasion. Cela part d’un bon principe, puisque cela permettrait à l’acheteur d’être mieux informé sur les émissions polluantes du véhicule. Mais cette mesure est très compliquée. En outre, les professionnels de la distribution ne disposent pas forcément des informations relatives à la classification ; en tout cas, ils ne peuvent pas en avoir connaissance lorsque le véhicule est revendu. Nous ne sommes pas opposés à l’objectif, mais cette disposition nous paraît prématurée et mal écrite. Elle complexifierait la vente des véhicules et pourrait même se révéler contre-productive car le consommateur s’y perdrait. Quel est l’avis de la commission ? Monsieur Sermier, cela ne vous étonnera pas, je suis défavorable à ces amendements de suppression. Je ne crois pas que cette mesure soit aussi compliquée que vous le dites. Au demeurant, nous avons examiné tout à l’heure un amendement, dont vous étiez l’un des cosignataires, qui avait un objet contraire à celui que vous défendez à présent… Quoi qu’il en soit, la catégorie Crit’Air, qui dépend de la date de la première immatriculation, est une aide à la décision, au même titre que le bonus-malus ou les normes Euro. L’affichage de la catégorie Crit’Air des véhicules neufs comme des véhicules d’occasion revendus par les concessionnaires permettra d’éclairer le consommateur, qui comprendra aisément si on lui explique à quoi correspond cette catégorie. La disposition introduite en commission nous paraît donc, contrairement à ce que vous dites, intéressante et assez facile à appliquer.
(Les amendements identiques nos 1237 et 3440, repoussés par le Gouvernement, ne sont pas adoptés.)
(L’article 26 bis est adopté.)
La parole est à M. Martial Saddier. Madame la ministre, nous reprenons, avec les articles 27 et 28, un vieux débat. Souhaitons bon vent aux ZFEM, les zones à faibles émissions mobilité, qui ont vocation à succéder aux zones à circulation restreinte. Ceux qui, comme moi, sont des monuments historiques de cette assemblée, se souviennent des ZAPA, les zones d’actions prioritaires pour l’air et, à la suite du Grenelle de l’environnement, de la possibilité, offerte par la loi, de contrôler la circulation afin de préserver la qualité de l’air.
Ces dispositifs n’ont pas fait leurs preuves mais ce soir, le Parlement s’apprête à en officialiser un quatrième. Espérons qu’il donne des résultats.
J’ai présidé durant quelques années le Conseil national de l’air et j’ai essayé de délimiter à Bonneville, lorsque j’en étais maire, une zone à circulation restreinte, ce qui ne fut pas simple. À ce titre, permettez-moi de formuler quelques remarques.
L’article 28 tend à rendre obligatoire l’instauration d’une ZFEM lorsque les normes de qualité de l’air ne sont pas respectées « de manière régulière ». Il conviendra de préciser cette notion, sinon le préfet, les associations environnementales, les élus et les acteurs socioprofessionnels ne parviendront jamais à se mettre d’accord sur ce qu’est le dépassement régulier d’un seuil. Nous ne sommes pas sortis de l’auberge, si je puis dire. Je le sais par expérience.
En outre, si vous voulez donner toutes ses chances à ce nouveau dispositif, il faudra s’accorder sur la définition des sources d’émission de polluants, y compris dans le cadre des plans de protection de l’atmosphère. Ce sera l’objet de la concertation, de l’enquête publique, puis de l’arrêté du préfet du département. À défaut, aucun accord ne pourra être trouvé sur l’origine des polluants. Les populations locales et les acteurs socioprofessionnels seront alors incapables de comprendre la procédure proposée pour résoudre le problème et encore moins d’y adhérer.
Il faudra donc tenir compte des mesures réalisées par les stations d’enregistrement, qui sont de deux types : les stations routières et les stations urbaines. Inutile de vous préciser que les stations routières sont toutes dans le rouge. Prenez par exemple les oxydes d’azote : les stations situées au bord des autoroutes et des grandes voies de circulation enregistrent toutes des dépassements. Quant aux stations urbaines, elles permettent de mieux identifier les populations exposées et les sources de pollution.
Ensuite, le projet de loi tend à permettre de dévier la circulation, mais prenons garde de ne pas reporter chez le voisin le problème de pollution. Rien ne sert, ainsi, de désengorger une vallée pour reporter la circulation dans une autre. Il faut avoir les moyens de résoudre le problème sans le déplacer. Pour ce qui concerne les zones urbaines, la déviation vers les autoroutes peut être une piste, même si ce procédé n’entre pas, culturellement, dans nos habitudes.
Par ailleurs, ne nous focalisons pas sur une seule source de pollution au risque d’occulter les autres. Dans certaines zones géographiques, on peut créer d’énormes problèmes en se focalisant sur le transport alors que ce n’est pas la principale source d’émissions.
Enfin, n’oubliez pas les deux-roues. Dans quelques endroits en France, on a tenté de délimiter des zones à circulation restreinte sans en tenir compte, et cela a provoqué de très violentes réactions.
Sur tous ces points, il est nécessaire de compléter le texte, d’ici à la fin de son examen.
La parole est à Mme Laetitia Saint-Paul. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : la pollution de l’air est à l’origine de 48 000 décès par an ; c’est la troisième cause de mortalité après l’alcoolisme et le tabagisme. La pollution de l’air extérieur représente, pour la collectivité, un coût annuel total de 100 milliards d’euros, dont une large part tient aux coûts de santé. Cette pollution provoque des allergies respiratoires liées aux pollens allergisants chez 30 % de la population adulte et 20 % des enfants. C’est un enjeu de santé publique majeur dont nous devons nous saisir collectivement.
Afin de répondre concrètement à ce fléau, l’article 27 tend à déployer dans les grandes villes des plans d’action de lutte contre la pollution de l’air, en vue d’améliorer le plus rapidement possible la qualité de l’air. Il vise également à abaisser de 250 000 à 100 000 habitants le seuil à partir duquel le plan d’action climat-air-énergie d’un établissement public de coopération intercommunale – EPCI – doit comporter un plan d’action contre la pollution de l’air. Ainsi, le nombre d’agglomérations concernées passerait de vingt-cinq à soixante et une.
Enfin, le plan d’action de lutte contre la pollution de l’air dépassera le périmètre des villes. Il était temps d’apporter une réponse concrète et de grande ampleur.
La parole est à Mme Emmanuelle Anthoine. Les zones urbaines, notamment celles de la région Rhône-Alpes, connaissent des dépassements inquiétants des seuils réglementaires pour l’émission de particules fines, les PM10, dans l’atmosphère. La France a été convoquée le 30 janvier 2018 par la Commission européenne pour n’avoir pas respecté ces normes. Quant au Conseil d’État, il a invité le Gouvernement à prendre toutes les mesures nécessaires pour améliorer la qualité de l’air.
Il faut donc agir. L’instauration d’une ZFEM peut être une solution, à condition toutefois de le faire en bonne intelligence : nous devons lutter contre la pollution atmosphérique tout en permettant aux salariés de se rendre sur leur lieu de travail sans être pénalisés. Les ZFEM doivent ainsi être plus souples pour que la mesure soit applicable. À défaut, il n’y aura ni acceptation sociale ni mise en œuvre efficace de cette disposition.
L’amendement no 3141 de M. Jean-Luc Fugit est rédactionnel.
(L’amendement no 3141, accepté par le Gouvernement, est adopté.) Je suis saisie de deux amendements, nos 1898 rectifié et 1979 rectifié, qui peuvent faire l’objet d’une présentation groupée.
La parole est à Mme Élisabeth Toutut-Picard, pour les soutenir.
L’amendement no 1898 rectifié vise à protéger de la pollution de l’air extérieur les publics les plus vulnérables à cette pollution, à savoir ceux qui sont hébergés dans les établissements recevant des publics sensibles – ERPS –, en en faisant les cibles prioritaires des plans d’action – qui seront enrichis par les données collectées dans les cartes stratégiques air –, dans le respect des normes européennes relatives à la qualité de l’air. 
L’amendement no 1979 rectifié tend à cibler spécifiquement les enfants, qui sont particulièrement vulnérables à la pollution de l’air car leur organisme est encore en développement. Cette pollution peut générer, chez eux, de graves troubles respiratoires, allergiques, asthmatiques, neurologiques et comportementaux, ainsi que des carences immunitaires, du diabète et de l’obésité.
Par cet amendement, qui vise spécifiquement les établissements d’accueil collectif d’enfants de moins de 6 ans ainsi que les accueils de loisirs mentionnés au premier alinéa du II de l’article R. 227-1 du code de l’action sociale et des familles, j’entends donner la priorité aux mesures correctrices des plans d’action en direction de ce public très jeune et insister sur la nécessité de lutter contre la pollution de l’air extérieur aux abords des établissements fréquentés par ces très jeunes enfants.
Quel est l’avis de la commission ? Je rappelle au préalable que le travail réalisé en commission a permis de durcir le texte en matière de lutte contre la pollution de l’air.
Nous avons ainsi prévu que les associations agréées de surveillance de la qualité de l’air, dont certaines ont été citées, soient consultées avant l’adoption du plan d’action par l’EPCI concerné afin de pouvoir apporter l’appui technique nécessaire. En outre, nous avons décidé que les objectifs fixés par les plans d’action seraient biennaux. En adoptant un amendement de Mme Pompili, nous avons rendu systématique la prise de mesures par le préfet en cas de pic de pollution. Enfin, nous avons étendu la possibilité de créer des ZFEM après 2021. J’ai tenu à ajouter le terme « mobilité » dans l’intitulé de ces zones, car nous agissons au niveau des transports et non sur l’ensemble des leviers.
J’en viens à ces amendements, qui concernent la carte stratégique air.
Cette expression recouvre la cartographie que l’on peut établir à partir des données fournies par les associations agréées de surveillance de la qualité de l’air. Néanmoins, la réalité diffère d’une ville à l’autre, et il n’existe pas de référentiel unifié pour le travail de ces différentes associations. Atmo France, qui fédère l’ensemble des associations, réfléchit au moyen de faire converger les différentes méthodologies, mais cette méthodologie commune n’est pas encore au point. Je demanderai d’ailleurs que ce travail soit présenté au Conseil national de l’air, que je préside depuis un an, avant d’être validé.
Pour ces raisons, nous ne pouvons inscrire les cartes stratégiques air dans la loi.
Pour ce qui est des publics particulièrement sensibles, sujet que je connais bien, rappelons que nous sommes tous sensibles à la pollution. Loin de moi l’idée de minimiser la sensibilité plus particulière de certains sujets, mais nous devons tous lutter contre la pollution de fond qui nous affecte tous. Nous reviendrons sur ce sujet lorsque nous examinerons un amendement ultérieur, que je sous-amenderai car il manque de précision en l’état. En tout cas, vos amendements seront satisfaits.
Pour l’ensemble de ces raisons, je vous invite à les retirer. Sinon, j’y serai défavorable.
Quel est l’avis du Gouvernement ? Même avis, pour les mêmes raisons.
Je souhaite apporter quelques précisions à M. Saddier. Ce sujet n’est pas simple, c’est vrai ; il est compliqué de trouver les mesures appropriées pour lutter contre la pollution de l’air. Aussi avons-nous décidé d’accompagner les territoires qui s’engagent en la matière. Aux quinze métropoles qui avaient déjà pris la décision de le faire se sont ajoutées huit autres collectivités après l’appel à manifestation d’intérêt que nous avons lancé auprès de toutes les collectivités qui sont confrontées à des enjeux importants en matière de qualité de l’air. Aujourd’hui, l’ADEME, l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie, accompagne donc vingt-trois collectivités – représentant 17 millions d’habitants – qui s’engageront dans la création de zones à faibles émissions.
Les dispositifs d’accompagnement sont importants. Le fonds air mobilité a été doté de 35 millions d’euros. Des mesures de contrôle sanction automatisé sont prévues, et une mission a été confiée au préfet Bartolt pour s’assurer que les dispositifs sont opérationnels.
L’idée est également de freiner la pollution, d’où l’ensemble des mesures prises pour accompagner le verdissement des flottes, dont nous avons débattu lors de l’examen des précédents articles – suramortissement, bonus, obligations pour les flottes publiques ou les flottes importantes des entreprises.
L’arsenal sera très complet dans la loi, comme l’a indiqué M. le rapporteur. Ce texte permettra de matérialiser l’objectif de déploiement des ZFE dans les zones en dépassement – la notion de dépassement régulier sera, je vous rassure, précisée dans un texte réglementaire auquel il renvoie –, de simplifier les procédures de consultation et de concertation au niveau des agglomérations lorsque les ZFE englobent plusieurs communes, d’inclure l’étude d’une ZFE dans les plans pour la qualité de l’air et de donner des outils pour le contrôle. Ce dernier point est très important : les collectivités manquent parfois de moyens, en cas de pic de pollution, pour limiter et contrôler la circulation en fonction des pastilles Crit’Air. Les contrôles sanction automatisés amélioreront grandement l’efficacité des mesures prises.
Ce dispositif est complet et opérationnel. Des accompagnements sont prévus, à la fois au stade des études et pour la mise en œuvre des ZFE le cas échéant.
La parole est à Mme Élisabeth Toutut-Picard. Pour revenir sur les arguments qui viennent de m’être opposés, ce n’est pas parce que les associations agréées de surveillance de la qualité de l’air ne sont pas encore coordonnées entre elles qu’il ne faut pas appeler leur attention sur la cible à privilégier particulièrement, à savoir les très jeunes enfants. Certes, nous sommes tous sensibles à la pollution de l’air extérieur, mais nous savons maintenant que les jeunes enfants y sont particulièrement sensibles parce que leur organisme est en cours de développement ; nous savons que les mille premiers jours de la vie, qui vont de la conception à l’âge de 2 ans, sont une période d’extrême fragilité, parce que l’être humain réagit alors très mal à toute exposition aux perturbateurs endocriniens, mais également à la pollution atmosphérique.
À mon avis, l’un n’empêche pas l’autre : même si nous allons mettre au point un ensemble de mesures et d’organisations visant à structurer notre politique et les moyens à consacrer aux pollutions atmosphériques, la cible des jeunes enfants mérite d’être privilégiée et désignée comme telle aux associations agréées de surveillance de la qualité de l’air, qui sont censées nous protéger contre les pollutions atmosphériques. Donc, malgré l’avis défavorable, je maintiens mon amendement, car je maintiens ma position.
(Les amendements nos 1898 rectifié et 1979 rectifié, successivement mis aux voix, ne sont pas adoptés.) La parole est à Mme Delphine Bagarry, pour soutenir l’amendement no 2237. Il vise à étendre aux EPCI de plus de 50 000 habitants l’obligation d’élaborer le plan d’action mentionné à l’article 27. D’après une étude publiée en juin 2016 par Santé publique France, intitulée « Impacts sanitaires de la pollution de l’air en France : nouvelles données et perspectives », la perte d’espérance de vie est en moyenne de dix mois dans les zones comprenant entre 2 000 et 100 000 habitants. Cela montre clairement que les grandes zones urbaines ne sont pas les seules affectées par la pollution de l’air ; celle-ci touche également les habitants des villes moyennes.
Je précise que l’amendement a été rédigé en lien avec plusieurs organisations, dont Unicef France, le Réseau Action Climat et la Fédération française des usagers de la bicyclette.
Quel est l’avis de la commission ? Vous nous demandez, madame Bagarry, d’abaisser à 50 000 habitants le seuil à partir duquel un plan d’action est obligatoire. Ce n’est pas nécessaire, pour plusieurs raisons que je vais exposer posément, afin que les membres du Réseau Action Climat, qui ont suscité cet amendement, comprennent bien que ce n’est pas contre eux – nous travaillons tous contre la pollution de l’air, et c’est l’objectif de ce texte.
Le plan d’action sera obligatoire dans toutes les zones où les seuils de pollution de l’air sont dépassés, c’est-à-dire celles qui sont soumises à un plan de protection de l’atmosphère – PPA. Cela n’a strictement rien à voir avec la taille de la commune, mais avec le fait d’être ou non en zone de dépassement. Tous les EPCI concernés, quelle que soit leur taille, seront donc pris en compte.
Ainsi, dans la vallée de l’Arve, si chère à M. Saddier, le PPA porte sur cinq communautés de communes, soit quarante et une communes, pour une population totale de 160 000 habitants. En faisant le ratio, vous comprendrez rapidement que certaines de ces communes sont de faible taille. Or elles seront concernées par le plan d’action, parce qu’il y a ce PPA.
Par ailleurs, depuis 2016, tous les EPCI de plus de 20 000 habitants sont obligatoirement couverts par un plan climat-air-énergie territorial – PCAET. Ce plan devra désormais comprendre obligatoirement une dimension « air ». Nous avons amendé l’article 27 en commission pour faire en sorte que tel soit bien le cas.
Prenons l’exemple de l’agglomération de Rodez, non pas parce que c’est ma ville natale, mais parce que c’est un EPCI dont le nombre d’habitants se situe entre 50 000 et 100 000 et qui n’est pas couvert par un PPA, dans la mesure où il n’est pas confronté à des problèmes particuliers en matière d’air. Comme l’agglomération compte plus de 20 000 habitants, il existe un PCAET et, par conséquent, des actions transversales en matière de qualité de l’air. Dans ces agglomérations, on n’attend pas de subir des pics de pollution pour agir ; on s’attaque à la pollution de fond.
L’absence de plan d’action étant compensée par le dispositif des PCAET, il n’est pas utile d’abaisser le seuil en question à 50 000 habitants. Je vous suggère de retirer l’amendement. À défaut, l’avis sera défavorable.
Quel est l’avis du Gouvernement ? Même avis. Maintenez-vous ou retirez-vous l’amendement, madame Bagarry ? Mme Pitollat, sa première signataire, m’avait donné mandat pour le retirer au cas où des explications claires nous seraient fournies. Or M. le rapporteur nous a donné des exemples très précis, ce dont je le remercie. Je retire donc l’amendement.
(L’amendement no 2237 est retiré.) Je suis saisie de quatre amendements identiques, nos 982, 1187, 2210 et 2235.
La parole est à M. Bertrand Pancher, pour soutenir l’amendement no 982.
L’article 27, qui vise à lutter contre la pollution de l’air, est un bel article de loi.
La pollution de l’air cause plus de 40 000 morts par an, soit dix fois plus que les accidents de la route. Il s’agit évidemment de morts par diminution de l’espérance de vie. D’ailleurs, mes chers collègues, plus nous passons de temps à Paris pour siéger dans cet hémicycle, plus nous raccourcissons notre espérance de vie. En effet, les habitants de Paris vivent dix mois de moins que la moyenne nationale, en raison de l’asthme et de nombreuses autres affections importantes.
Cette situation ne peut plus durer. Il est particulièrement important de légiférer, et je tiens à remercier le Gouvernement et son administration de présenter des propositions aussi fortes dans ce domaine.
Vous l’avez dit, madame la ministre, l’arsenal de lutte contre la pollution atmosphérique et les particules fines est complet, n’en déplaise à certains qui voudraient continuer à rouler comme auparavant. Le plan d’action évoqué par M. le rapporteur est relativement ambitieux. L’objectif de cet amendement est de faire en sorte que ce plan d’action vise notamment la réduction de la pollution atmosphérique en dessous des recommandations de l’Organisation mondiale de la santé aux abords des établissements recevant des publics sensibles, en particulier des enfants.
Je rappelle que trois enfants sur quatre respirent un air pollué en France. Si la pollution a des conséquences graves sur la santé des adultes, celles-ci sont bien plus redoutables sur la santé des enfants, dont l’organisme, immature, est plus fragile. Certains porteront à vie les stigmates de la pollution de l’air.
Bien sûr ! En effet, quand les particules sont inhalées, elles restent dans l’organisme. Elles suscitent de graves problèmes : allergies, déficiences immunitaires, diabète, obésité… ; la liste est longue. J’en ai discuté avec des parents d’élève de la région parisienne.  
La pollution de l’air nous concerne tous, mais certains publics, plus vulnérables, doivent être mieux protégés. C’est notamment le cas des enfants. Pourtant, les crèches, écoles et lieux d’accueil des jeunes enfants sont trop exposés à une pollution qui dépasse les seuils dans nos villes. Un rapport établi conjointement par Unicef France et le Réseau Action Climat ainsi que les cartographies très précises publiées par Greenpeace et Respire alertent sur le nombre d’écoles exposées à une pollution de l’air extérieur forte, dont le trafic routier est directement responsable.
Cet amendement vise simplement à garantir que les plans d’action qui seront élaborés tiendront compte du caractère spécifique de l’exposition des jeunes publics à la pollution de l’air et prévoiront des mesures adaptées concernant les établissements recevant des publics sensibles, dont les enfants.
La parole est à Mme Émilie Bonnivard, pour soutenir l’amendement no 1187. Cet amendement de M. Cherpion est identique à celui de M. Pancher : il vise à ce que le risque d’exposition des jeunes enfants à la pollution de l’air soit pris en compte de manière plus spécifique qu’il ne l’est actuellement. La parole est à M. Jean-Yves Bony, pour soutenir l’amendement no 2210. Cet amendement de M. Le Fur vise à compléter l’alinéa 5 par la phrase suivante : « Le plan d’action vise notamment la réduction de la pollution atmosphérique en dessous des recommandations de l’Organisation mondiale de la santé aux abords des établissements recevant des publics sensibles, en particulier des enfants. » La parole est à Mme Delphine Bagarry, pour soutenir l’amendement no 2235. J’ajoute que les enfants sont un public bien plus sensible que les adultes. On est d’ailleurs en train de revoir à la baisse, pour les enfants, les seuils tolérés pour certaines substances toxiques. On en vient même à considérer qu’elles sont délétères quel que soit leur niveau de concentration. Le principe de précaution voudrait qu’une attention particulière soit prêtée aux enfants et que les recommandations soient plus drastiques qu’elles ne le sont actuellement. Quel est l’avis de la commission sur ces amendements ? Je vais essayer d’expliquer les choses clairement et de rassurer Mme Toutut-Picard, car je vois bien qu’elle n’a pas été convaincue par mes arguments tout à l’heure.
Je n’ai pas dit qu’il ne fallait pas tenir compte des publics sensibles. J’ai travaillé sur la question de la pollution de l’air et des publics sensibles. J’y suis moi aussi particulièrement sensible.
Vous souhaitez cibler les enfants. Il est vrai que la sphère oto-rhino-laryngée d’un enfant n’est pas mature avant l’âge de 15 ans. Mais ce ne sont pas les seuls publics sensibles. Il ne faut pas oublier les personnes âgées, ni les 4 millions d’asthmatiques qui vivent en France.
Ce sont le plus souvent des enfants ! Une publication scientifique à comité de lecture, sortie ce matin, montre que la baisse de la pollution de l’air et de la concentration en particules induit une baisse de l’intensité asthmatique. Les malades hospitalisés sont également un public sensible.
Comme je l’ai expliqué précédemment, nous examinerons ultérieurement un amendement, le no 2234, que je proposerai de sous-amender car il manque de précision, voire d’ambition. L’amendement dispose que le plan d’action doit intégrer une analyse des solutions à mettre en œuvre pour les établissements recevant un public sensible. Pour ma part, je proposerai, ce qui va plus loin, que le plan d’action tienne compte des publics les plus sensibles, et pas seulement des enfants. Je ne souhaite pas que l’on écrive ou laisse entendre que les personnes sensibles sont uniquement les enfants, même s’il est évidemment très important de protéger ces derniers.
C’est le plus important ! J’en viens aux présents amendements, qui visent à faire du respect des normes fixées par l’Organisation mondiale de la santé – OMS – un objectif des plans d’action. À cet égard, j’entends ce que vous dites à propos de l’impact des transports, et j’ai moi aussi rencontré les représentants du Réseau Action Climat et de l’Unicef au cours des auditions.
Je rappelle que nous travaillons sur les transports. La principale pollution de proximité imputable aux transports, ce sont les oxydes d’azote ; 65 % des oxydes d’azote proviennent des transports. Le seuil à ne pas dépasser fixé par l’OMS pour les oxydes d’azote est de 40 microgrammes par mètre cube par an. Or c’est exactement la norme européenne et, donc, la norme française. En conséquence, les amendements sont satisfaits sur ce point.
En revanche, une nuance existe s’agissant des particules : la norme de l’OMS est deux fois plus exigeante que la norme européenne,…
Voilà ! …puisqu’elle est de 10 microgrammes pour les PM2,5, quand la norme européenne, et donc française, s’établit à 20 microgrammes. Toutefois, si nous voulons la modifier, il faut le faire au niveau européen, en revenant sur une directive de 2008.
En outre, si 25 % des émissions de PM2,5 proviennent des transports, 75 % proviennent d’autres activités. Les plans d’action et les PPA doivent donc porter aussi sur l’agriculture, sur l’industrie et sur le secteur résidentiel – notamment sur le chauffage au bois non performant. C’est sur l’ensemble de ces leviers qu’il faut agir ; nous en débattons régulièrement au Conseil national de l’air.
Ces amendements ne sont pas dénués d’intérêt, mais l’essentiel pour lutter contre la pollution tient dans les mesures du titre III, qui visent à favoriser des mobilités plus propres et plus actives. Je demande leur retrait, faute de quoi j’émettrai un avis défavorable.
Je le répète, la norme de l’OMS est déjà l’objectif en ce qui concerne les oxydes d’azote. S’agissant des particules, il n’est pas possible de faire évoluer la norme française sans modifier la directive européenne de 2008. Quant à la question des publics les plus sensibles, elle sera abordée lorsque nous examinerons l’amendement no 2234.
Quel est l’avis du Gouvernement ? Même avis.
(Les amendements identiques nos 982, 1187, 2210 et 2235 ne sont pas adoptés.) Je suis saisie de trois amendements identiques, nos 2176, 2462 et 2581.
L’amendement no 2176 de M. Marc Le Fur est défendu.
La parole est à M. Hubert Wulfranc, pour soutenir l’amendement no 2462.
La discussion sur la qualité de l’air est de première importance. Je ne suis pas un expert en la matière et je n’ai aucune autorité pour contester les propos du rapporteur. Ce que je sais, en revanche, c’est que, dans le cadre du programme d’investissement que vous allez mettre en œuvre, à la faveur, en particulier, des projets autoroutiers de contournement, dont celui qui est prévu dans ma circonscription, vous allez déplacer la pollution de l’air et faire exploser les seuils en la matière dans les banlieues ouvrières de la rive sud de Rouen, alors que le bilan sanitaire des populations concernées est déjà catastrophique.
Vous savez fort bien de quoi je parle, madame la ministre : du contournement est de Rouen, pour lequel a été accordée une déclaration d’utilité publique, qui fait, d’ailleurs, l’objet d’un recours de la part de plusieurs villes. Les beaux discours sur la qualité de l’air sont une chose, la réalité en est une autre, quand on constate l’importance des investissements autoroutiers que vous vous apprêtez à déployer. Il s’agit purement et simplement d’un aménagement de classe !
Nous nous opposons aux ZFE, parce qu’il n’est pas acceptable de balayer la poussière chez les uns pour la rejeter chez les autres, ou de revenir au Moyen Âge en instaurant un nouvel octroi pour les populations qui n’ont pas les moyens d’acquérir des véhicules propres : il faudra payer pour entrer dans les centres-villes bourgeois. Une telle politique est absolument intolérable, surtout lorsqu’on ne réunit pas les conditions préalables à celle-ci, en assurant la gratuité des transports en commun, en particulier au moment des pics de pollution.
Votre politique obéit à une logique. Derrière les discussions techniques, il y a toujours des choix de classe.
(Applaudissements sur les bancs du groupe FI.)
C’était le coup de gueule de la soirée. Nous l’avons compris. La parole est à M. Loïc Prud’homme, pour soutenir l’amendement no 2581. Hubert Wulfranc vient de nous couper le pot d’échappement sous les pieds (Sourires) , puisque nous souhaitons nous aussi, par cet amendement, souligner le risque antisocial prégnant que comportent les ZFE.
Les plus fragiles sont les premières victimes de la pollution sans en être les principaux responsables ; Hubert Wulfranc l’a rappelé en s’appuyant sur un exemple des plus concrets. En France, les personnes vivant dans les quartiers pauvres et pollués ont cinq fois plus de risque de mourir que la moyenne lors d’un épisode de pollution, tout en payant quatre fois plus de taxe carbone en pourcentage de leurs revenus que les riches, qui émettent quarante fois plus de carbone qu’eux.
Les gilets jaunes ont exprimé une demande très claire de justice fiscale. Les ménages aux faibles revenus possèdent généralement des voitures plus anciennes et plus consommatrices de carburant, lequel pèse deux fois plus dans leur budget que dans celui des familles les plus aisées ; le pourcentage va en effet du simple au double. Un Français sur quatre, je le rappelle, dépense plus de 150 euros par mois pour aller travailler en voiture, et le transport représente 21 % des dépenses des ménages ruraux. Or les solutions alternatives sont rares, et souvent chères, quand elles existent.
Avec les ZFE, vous voudriez, premièrement, interdire la circulation des voitures les plus anciennes, principalement possédées par les plus fragiles de nos concitoyens, et donc, deuxièmement, priver ces derniers de l’accès aux centres-villes, au titre de la lutte contre la pollution de l’air. Nous ne contestons pas la nécessité de cette lutte, mais nous remarquons que ce sont eux qui en subissent les effets en premier, d’autant que – c’est le troisième point – vous n’offrez pas de solutions alternatives au tout-voiture. C’est la triple peine. Nous connaissions la double peine ; avec les ZFE, vous inventez la triple peine.
Comme Hubert Wulfranc, le groupe La France insoumise partage l’idée qu’il est nécessaire de lutter contre la pollution de l’air dans les grandes agglomérations et de réduire les impacts sanitaires et les injustices liées à cette pollution. C’est pourquoi il n’est pas cohérent de financer des rocades ou des contournements à coup de centaines de millions d’euros pour demander finalement aux gens de laisser leur voiture chez eux, puisqu’ils ne pourront pas l’utiliser pour entrer en ville.
Avant de proposer l’instauration de ZFE, il est donc indispensable de proposer toutes les solutions alternatives possibles au tout-voiture, qu’il s’agisse de transports en commun là où il n’en existe pas, de la gratuité de ces transports dans les zones urbaines ou d’un maillage ferroviaire fin permettant de se rendre des territoires ruraux dans les bassins d’emplois. Il n’est pas possible de mettre la charrue avant les bœufs.
(Applaudissements sur les bancs du groupe FI. – M. Hubert Wulfranc applaudit également.) Quel est l’avis de la commission ? Je réponds au coup de gueule d’Hubert Wulfranc. Je suis un peu contrarié, en tant que député, d’être réduit au rôle de technicien. J’habite, à Givors, dans un quartier prioritaire de la politique de la ville ; je sais donc ce que sont les gens aux revenus modestes. La mise en place des ZFE ne se fait pas contre les gens : nous voulons lutter contre la pollution. Avec ce texte, nous proposons des solutions de mobilité du quotidien pour tout le monde, de lutter contre la pollution et de protéger un bien commun : l’air que nous respirons.
J’ai bien compris que notre souhait de lutter contre la pollution ne vous a pas convaincu,…
Ce n’est pas ce que nous avons dit ! Nous ne contestons pas cela ! …mais tel est bien notre objectif, je vous le dis en toute sincérité.
Nous avons pris à cette fin de nombreuses mesures. Si nous ne proposions rien d’autre que l’instauration de ZFEM, je pourrais comprendre vos remarques, puisque, je le répète, j’habite dans un quartier prioritaire de la politique de la ville – j’insiste sur ce point, car il est important pour moi de rappeler d’où je parle.
Les primes à la conversion sont faites pour aider ; elles sont même doublées pour ceux qui ont les revenus les plus modestes.
C’est insuffisant. Vous pouvez juger que c’est insuffisant, elles n’en constituent pas moins une aide.
Le développement de transports en commun, qui seront en outre plus propres, le covoiturage, toutes les mesures que nous avons évoquées, tant au sein du titre III que dans l’ensemble du texte, visent à améliorer l’accès de tous à des solutions de mobilité plus propres et, si possible, plus actives.
L’instauration d’une ZFE – je vous invite à bien regarder de quoi il retourne – n’est pas celle d’un péage. Je suis, tout comme vous, totalement opposé à la notion de péage, parce que cela revient à se payer le loisir de polluer. Les ZFE visent, c’est vrai, à interdire aux véhicules immatriculés avant 1995 les zones les plus denses,…
Que fait-on quand il faut aller bosser ? …dans lesquelles leur impact peut être le plus important en termes non pas d’émissions mais de concentration. Sans faire un cours, je tiens à souligner qu’il y a une différence entre l’émission et la concentration : nous sommes soumis non pas aux émissions mais aux concentrations. L’objectif est de faire baisser la concentration moyenne à laquelle chacun d’entre nous est soumis.
Ces anciens véhicules sont heureusement de moins en moins nombreux. Lorsque Paris interdit les Crit’Air 5 et, bientôt, les Crit’Air 4, ou lorsque Grenoble s’attaque aux véhicules utilitaires très anciens, le Gouvernement propose des mesures d’accompagnement, que Mme la ministre pourra rappeler.
Et les 4x4 ? Et les Porsche Cayman ? De plus, les ZFE seront instaurées de manière progressive : tous les deux ou trois ans, une certaine catégorie de véhicules, correspondant à un niveau de Crit’Air, sera interdite à la circulation, ce qui signifie que le dispositif ne sera pas totalement mis en place avant 2030, année qui correspond précisément à la réalisation de l’objectif, évoqué hier, de verdissement des flottes de l’État, des collectivités et des entreprises, ce qui permettra de constituer un parc de véhicules d’occasion à faibles émissions à des prix accessibles. Les ZFE entrent donc dans une logique, non pas d’exclusion des gens mais de lutte contre la pollution de l’air. C’est la raison pour laquelle je suis défavorable à ces amendements identiques. Quel est l’avis du Gouvernement ? Le sujet étant sérieux, il serait bon d’éviter des présentations caricaturales, qui pourraient donner l’impression que l’examen de ce projet de loi commence à l’article 27. Je tiens donc à vous rappeler d’autres dispositions du texte, notamment un programme d’investissement de 13,4 milliards d’euros sur le quinquennat. De plus, les trois quarts des investissements de la décennie seront consacrés au ferroviaire. Nous investirons notamment 2,6 milliards d’euros, sur dix ans, pour multiplier par deux la capacité des réseaux de TER, afin d’éviter à nos concitoyens d’être coincés dans des bouchons lorsqu’ils se rendent à leur travail. Les transports en commun et les mobilités partagées et actives bénéficieront, quant à eux, de 1,6 milliard d’euros.
Vous faites, finalement, un procès d’intention aux agglomérations et aux villes qui s’engageront dans l’instauration de ZFE.
C’est à vous, madame la ministre, que nous faisons un procès d’intention ! Nous ne vous faisons pas confiance ! Les élus de Grenoble ou de Montpellier ont conscience qu’il convient de prendre en considération la diversité des citoyens et des quartiers dans la définition des ZFE. Nous pouvons faire confiance aux élus locaux pour trouver des dispositions progressives. Celles-ci pourront concerner d’abord la logistique du dernier kilomètre, enjeu souligné par M. le rapporteur, et être assorties, bien évidemment, d’un accompagnement des professionnels.
N’oublions pas non plus que le Gouvernement a mis en place des primes à la conversion afin d’inciter les Français, en les accompagnant, à acquérir des véhicules qui consomment moins, polluent moins et, en plus, pèsent moins sur le budget du ménage. Nous avons décidé de doubler non seulement la prime à la conversion pour les Français les plus modestes, mais aussi le nombre des familles qui seront accompagnées durant le quinquennat : il passera de 500 000 à 1 million. Il s’agit là d’un ensemble de mesures concrètes.
Si on ne débat que d’un alinéa, il est possible d’en faire une présentation caricaturale, qui n’est pas représentative du projet de loi.
La parole est à M. Hubert Wulfranc. Nous n’avons pas cherché à donner l’impression que nous entamions l’examen du texte, ce soir, et à cette heure-ci.
Monsieur le rapporteur, je ne vous ai aucunement réduit à un technicien quelconque. En votre qualité de député à vocation nationale et de président du Conseil national de l’air, auquel vous avez fait référence, à juste titre, pour étayer vos propos, je vous invite à venir dans ma circonscription.
Pourquoi pas ? Vérifiez la déclaration d’utilité publique publiée il y a six mois. Prenez connaissance des conclusions concernant le dépassement des normes au fameux rond-point des Vaches – occupé encore récemment par les gilets jaunes ; vous y serez d’ailleurs bien accueilli. Venez voir cette rive gauche particulièrement confrontée aux problèmes sanitaires, où vivent les populations de la chimie, de la métallurgie, de la papeterie, et où subsistent quelques cheminées, desquelles s’échappent encore des fumées, à la plus grande satisfaction des salariés qui y travaillent.
La création d’un contournement payant pour éviter le centre-ville rouennais, qui a certes besoin d’un désenclavement – car il est lui-même, comme je le disais hier, le pot de chambre de la Normandie –, entraînera l’encombrement du rond-point des Vaches par des centaines de poids lourds supplémentaires. Il ne fera que reporter, sur la rive gauche ouvrière, le trafic de poids lourds de l’ensemble de l’agglomération rouennaise, qui a explosé, et aggraver considérablement l’exposition à la pollution atmosphérique non seulement des actifs et des retraités, mais aussi des enfants, puisque l’école maternelle est à 500 mètres dudit rond-point des Vaches.
Je vous attends.
Je viendrai ! Est-ce le fameux rond-point des Vaches que nous connaissons déjà ? C’est le même ! Il n’y aura pas de loup, si vous venez avec moi. Il n’y a que des vaches ! (Sourires.) Les vaches ont été brûlées, ce qui a produit un peu de fumée supplémentaire, mais cela fait partie des pertes et profits ! (Sourires.) La parole est à M. Loïc Prud’homme. Madame la ministre, il me serait agréable que nos arguments ne soient pas caricaturés, eux non plus. Ils sont recevables et étayés de façon plutôt cartésienne. Quant aux amendements déclarés irrecevables, monsieur Pradié, ils n’ont pas franchi les portes de cet hémicycle.
S’agissant de la prime à la conversion, je tiens à rappeler, monsieur le rapporteur, que c’est un leurre de faire croire que les plus modestes peuvent s’équiper en véhicules propres, étant donné leur prix. Les aides ne permettent pas de financer ces investissements importants.
Il a raison ! J’en viens à un point plus important encore : vous avez répliqué à plusieurs reprises, madame la ministre, en soulignant le caractère inédit des 13 milliards d’euros d’investissements dans le système ferroviaire. On fait ainsi un rattrapage, je vous l’accorde. En revanche, la politique menée relève de la schizophrénie car, dans le même temps, on investit massivement dans des contournements routiers et des rocades. On augmente ainsi le trafic de voitures dans les périphéries, et on ne résout pas le problème.
S’agissant des mobilités douces, l’investissement dans le vélo s’établit à 70 centimes par habitant et par an, contre 4 euros dans les pays les plus avancés en la matière. Je ne m’attends pas à ce qu’on atteigne tout de suite 4 euros, mais nous devrions au moins doubler l’effort actuel.
En outre, si vous partagez l’objectif d’améliorer la qualité de l’air et de développer les transports en commun, vous serez sans doute favorable à notre prochain amendement, qui prévoit la gratuité des transports en cas de pic de pollution. Il s’agit d’offrir une solution alternative aux gens qui n’ont ont pas et de réduire les concentrations de polluants les jours où elles sont les plus élevées. On verra si vous avez vraiment la volonté d’améliorer, pour tous, la qualité de l’air dans les centres-villes.
(Applaudissements sur les bancs du groupe FI.) Il faut aller jusqu’au bout de la logique !
(Les amendements identiques nos 2176, 2462 et 2581 ne sont pas adoptés.) La parole est à Mme Caroline Fiat, pour soutenir l’amendement no 2591. Nous ne sommes pas contre les ZFE, mais nous aimerions qu’il existe des moyens suffisants, en complément, pour améliorer la qualité de l’air.
Madame la ministre, les membres de notre groupe sont présents depuis le début de l’examen du texte, même si nous nous relayons pour pouvoir rentrer dans nos circonscriptions, car nous sommes peu nombreux. Sous-entendre, comme vous l’avez fait, que nous ne commençons à nous inquiéter qu’à l’article 27 est très caricatural – je vous retourne le compliment !
Le présent amendement va dans le sens que vous souhaitez, monsieur le rapporteur : nous proposons la gratuité des transports en commun lors des pics de pollution, puisqu’il ne sera plus possible alors de prendre sa voiture. C’est un amendement de bon sens. Pour nous comme pour vous, la qualité de l’air est très importante.
Quel est l’avis de la commission ? Les deux sujets peuvent être liés ou non : il faut en même temps des transports publics de qualité – c’est une évidence – et une préservation efficace de la qualité de l’air. Je précise que de nombreuses collectivités territoriales prennent d’ores et déjà l’initiative, en cas de pic de pollution, de rendre les transports publics collectifs gratuits. Par exemple, en mars dernier, les transports publics ont été rendus gratuits en Île-de-France, à l’occasion d’un pic de pollution.
En outre, l’exposé sommaire de votre amendement laisse penser que la ZFE ne serait mise en place qu’en cas de pic de pollution. Or les pics de pollution sont certes très graves, mais que nous ne devons pas, je le rappelle, nous intéresser qu’à eux. Ce contre quoi il faut lutter, c’est la pollution moyenne constante.
Demandez aux pharmaciens et aux médecins ! Il ne faut pas agir qu’en cas de pic de pollution ; il faut s’attaquer à la pollution de fond.
Il n’en reste pas moins qu’en cas de pic de pollution pendant plusieurs heures, il faut agir. Les collectivités territoriales peuvent d’ores et déjà prendre l’initiative de rendre gratuits leurs transports publics. J’émets un avis défavorable sur cet amendement, car il est satisfait. Il n’apporterait rien, puisque les collectivités peuvent déjà prendre des mesures.
Allez jusqu’au bout de la logique et rendez-les obligatoires ! Quel est l’avis du Gouvernement ? Même avis. La parole est à Mme Caroline Fiat. Notre amendement porte effectivement sur les pics de pollution, parce qu’il faut bien prendre le taureau par les cornes pour avancer. Vous répondez que certaines communes prennent l’initiative de rendre les transports gratuits. Cela tombe bien : nous sommes en train d’examiner un projet de loi de portée nationale, et plutôt que de se satisfaire que certaines collectivités puissent prendre une telle mesure, nous demandons qu’elle soit obligatoire en cas de pic de pollution. Cela ferait une grande différence !
Vous avez vous-même admis que les ZFE n’étaient pas nécessairement une réponse aux pics de pollution. Or nous proposons que les transports soient gratuits dans ce cas, pour améliorer la qualité de l’air. Je ne comprends pas que votre avis soit défavorable, puisque vous répétez à l’envi, depuis le début de l’examen de l’article 27, que le seul objectif qui vous tienne à cœur est l’amélioration de la qualité de l’air.
La parole est à M. Jean-Paul Lecoq. Je profite de l’absence momentanée de M. Wulfranc pour dire un mot. (Sourires.)
Monsieur le rapporteur, toutes les études témoignent d’un impact des pics de pollution sur la santé. Les études réalisées auprès des pharmaciens dans l’agglomération du Havre démontrent que, pendant les pics de pollution, davantage de médicaments sont vendus, notamment aux asthmatiques.
Dans cette agglomération, on a installé des systèmes d’alerte très efficaces, notamment grâce à la fibre optique : on recommande aux gens qui se trouvent, par exemple, dans les piscines et dans les gymnases de cesser leur activité physique. L’idéal serait de dire aux gens d’éviter les déplacements actifs et de prendre les transports en commun, parce qu’ils sont gratuits. Or figurez-vous que les élus locaux du Havre ont fait ce constat, mais n’ont pas pris cette décision, quel qu’ait été le maire – y compris celui qui est devenu Premier ministre –, alors que je défends cette idée depuis quinze ans. Aujourd’hui, puisque vous avez le souci de la santé publique et la volonté d’avancer, osez rendre cette mesure obligatoire !
La parole est à M. Loïc Prud’homme. Je souhaite faire un bref rappel concernant la gratuité telle qu’elle est appliquée dans deux régions de France.
En Île-de-France, les transports publics étaient gratuits lors des pics de pollution, mais on a reculé, puisque, désormais, une tarification spéciale s’applique. Monsieur le rapporteur, il s’agit non pas de plusieurs heures, mais de plusieurs jours par an.
Dans l’agglomération lilloise, d’après ce que m’ont indiqué mes collègues qui y sont établis, la pollution de l’air est la cause de 1 700 décès par an. Là encore, ce n’est pas l’affaire de quelques heures, mais de plusieurs jours, plusieurs fois par an. La fréquence des épisodes contribue à expliquer la mortalité due à la qualité de l’air. Or le problème, c’est que la gratuité des transports s’applique après trois jours consécutifs de pic de pollution. En fait, cette condition a été posée pour éviter de pratiquer la gratuité, car il est assez rare que les pics durent plus de trois jours.
Si vous voulez réellement aller plus loin, monsieur le rapporteur, nous pouvons discuter : nous pouvons proposer, par exemple, que les transports publics soient gratuits à partir du troisième jour de pic de pollution, consécutif ou non, à compter du 1er janvier de l’année. L’idéal serait qu’ils soient gratuits dès le premier jour, quelle que soit la durée du pic de pollution. Nous nous en porterions tous mieux.
(Applaudissements sur les bancs du groupe FI.)
(L’amendement no 2591 n’est pas adopté.) Vous n’êtes pas favorable à la gratuité, madame la présidente de la commission du développement durable ? Cela n’a rien à voir ! Fut un temps, nous étions d’accord sur ces questions… Je suis saisie de deux amendements, nos 115 et 416, pouvant être soumis à une discussion commune.
La parole est à M. Martial Saddier, pour soutenir l’amendement no 115.
Tous les travaux scientifiques ont prouvé que la pollution de fond causait davantage de problèmes de santé publique que les pics de pollution. C’est ce que je viens de dire ! On peut regretter les pics de pollution, mais il importe de s’attaquer à la pollution présente en permanence et à un certain niveau dans une zone géographique donnée.
Mon amendement est similaire à celui que j’ai défendu ce matin en commission sur un autre texte, et qui a été adopté – je remercie mes collègues. Il tend à promouvoir, dans les zones qui disposent d’un PPA, toutes les technologies et les énergies qui permettant de s’attaquer à la pollution de fond, qui est, je le répète, la vraie source de nuisance pour la santé publique.
La parole est à Mme Emmanuelle Anthoine, pour soutenir l’amendement no 416. De même que le précédent, il vise à promouvoir ces énergies et technologies alternatives, afin qu’elles contribuent en profondeur à la transition énergétique en matière de mobilité. Quel est l’avis de la commission sur ces amendements ? La mise en œuvre des ZFE sera progressive, comme on le voit déjà à Strasbourg, Grenoble ou Paris, ou même à l’échelle de la métropole du Grand Paris, qui est en train de réfléchir à la sienne. Il est ainsi prévu d’éliminer d’abord les véhicules dépourvus de vignette Crit’Air, puis les véhicules classés Crit’Air 5, les Crit’Air 4, et ainsi de suite. L’élimination des Crit’Air 1 n’interviendra pas avant la fin des années 2020 ou le début des années 2030.
Or les énergies que vous évoquez et les véhicules qui les utilisent sont classés dans la catégorie Crit’Air 1. Il s’agit de véhicules à faibles émissions – et non pas à très faibles émissions, vous le savez aussi bien que moi – qui seront autorisés à circuler dans les ZFE pendant au moins la prochaine décennie. Dans la ZFE de Paris, qui est l’une des plus avancées, les véhicules classés Crit’Air 1 auront la possibilité de circuler jusqu’à 2030.
Les vingt-trois agglomérations engagées dans des réflexions pour mettre en place des ZFE proposeront toutes, je le pense, une certaine progressivité. C’est notamment le cas de Grenoble et de Strasbourg. La précision que vous proposez n’apporterait rien de particulier dans les dix ans qui viennent. Les amendement étant satisfaits, je vous invite à les retirer.
Quel est l’avis du Gouvernement ? Même avis. Retirez-vous votre amendement, monsieur Saddier ? Je le retire, en soulignant qu’il a pour objet, comme certains amendements examinés ce matin en commission, d’offrir des possibilités, en face de chaque obligation, compte tenu des incidences pour les territoires concernés.
Pour avoir été l’un des premiers à soutenir l’élaboration d’un PPA de nouvelle génération à la suite du Grenelle de l’environnement, je sais que ce dispositif fonctionne quand on offre aux populations et aux acteurs socioprofessionnels, en face d’une obligation, des solutions, des possibilités nouvelles et des expérimentations. Pour que cela marche, ce doit être donnant-donnant. Tel était l’objet de ces amendements.
(L’amendement no 115 est retiré.) Madame Anthoine, retirez-vous également votre amendement ? Oui, madame la présidente.
(L’amendement no 416 est retiré.) Je suis saisie d’un amendement no 2234 qui fait l’objet de deux sous-amendements, nos 3589 et 3588.
L’amendement no 2234 de Mme Claire Pitollat est défendu.
La parole est à M. Jean-Luc Fugit, pour soutenir les sous-amendements no 3589 et 3588, qui peuvent faire l’objet d’une présentation groupée.
Je suis heureux que cet amendement ait été défendu, car c’est, comme je l’indiquais tout à l’heure, celui que je propose d’adopter pour préciser le cadre en faveur des publics les plus sensibles. Je n’y reviens pas dans le détail.
L’amendement no 2234 est intéressant, mais incomplet. Le sous-amendement no 3589 vise à préciser que les solutions à mettre en œuvre pour les publics sensibles seront prévues dans le plan d’action, plutôt que de faire l’objet d’une analyse figurant dans le plan d’action.
Le sous-amendement no 3588 tend à cibler non pas « un public sensible », mais « les publics les plus sensibles », afin, comme je le disais tout à l’heure, de n’oublier personne, qu’il s’agisse des enfants, des personnes âgées, des asthmatiques ou des personnes qui font beaucoup de sport et ont donc une ventilation importante.
J’émets donc un avis favorable sur l’amendement no 2234, sous réserve de l’adoption de ces deux sous-amendements. 
Quel est l’avis du Gouvernement ? Cela rejoint des préoccupations qui ont été exprimées quant à la nécessité de mener des actions particulières en direction des publics sensibles. J’émets donc un avis favorable, sous réserve de l’adoption des deux sous-amendements.
(Les sous-amendements nos 3589 et 3588, successivement mis aux voix, sont adoptés.)
(L’amendement no 2234, sous-amendé, est adopté.) Je suis saisie de deux amendements identiques, nos 64 et 1660.
La parole est à M. Vincent Descoeur, pour soutenir l’amendement no 64.
Il vise à s’assurer que la mise en place de la ZFE intègre la nécessité de déplacement des professionnels dans l’exercice de leur activité. Il s’agit, à cet effet, de prévoir une concertation qui associerait leurs représentants.