XVe législature
Session ordinaire de 2018-2019

Séance du mardi 11 juin 2019

Après l’événement tragique survenu vendredi dernier au large des Sables-d’Olonne, où trois sauveteurs en mer ont perdu la vie lors d’une opération de secours, je tiens une nouvelle fois, en votre nom à tous, à exprimer la solidarité de la représentation nationale envers leurs familles, leurs proches et tous les gens de mer. (Mmes et MM. les députés et les membres du Gouvernement se lèvent.)
Je veux aussi saluer, en cette circonstance douloureuse, l’action de la Société nationale de sauvetage en mer, la SNSM, son engagement exceptionnel et son dévouement quotidien. Je salue la présence parmi nous de plusieurs de ses membres, dont son président. (Mmes et MM. les députés et les membres du Gouvernement applaudissent longuement.)
Je salue également l’ensemble de ceux qui, au sein de la communauté maritime, font œuvre de vigilance, de professionnalisme et de générosité sur les mers et les océans, au profit de la sécurité de tous. Ils veillent chaque jour pour éviter que l’eau salée n’ait jamais le goût des larmes. (Applaudissements sur tous les bancs.)
La parole est à M. Paul Christophe. Monsieur le Premier ministre, né aux Sables-d’Olonne, familialement attaché à cette commune, petit-fils d’un sauveteur en mer, c’est avec une certaine émotion que je tiens tout d’abord à rendre hommage, à mon tour, aux trois sauveteurs de la SNSM qui ont trouvé la mort, vendredi dernier, en portant secours à un chalutier pris dans la tempête au large des Sables. Yann Chagnolleau, Alain Guibert et Dimitri Moulic sont morts en accomplissant leur devoir. Ils s’étaient engagés dans une mission de sauvetage pour que d’autres puissent vivre. Nous n’oublierons pas leur courage, leur sacrifice ; qu’ils en soient à jamais remerciés. (Applaudissements sur tous les bancs.) J’associe également à cet hommage leurs quatre compagnons d’équipage qui ont pu être secourus mais resteront à jamais marqués par ce drame.
Ces trois sauveteurs ont été faits chevaliers dans l’ordre national de la Légion d’honneur à titre posthume. J’ai une pensée très émue pour leurs familles et leurs collègues, qui pleurent la perte d’un enfant, d’un mari, d’un père ou d’un ami. La douleur de leur absence demeurera pour les enfants qui grandiront désormais sans père. Notre groupe demande qu’eux et tous les enfants de sauveteur qui perdent la vie en secourant des marins en danger soient officiellement reconnus pupilles de la nation, comme c’est le cas pour les enfants de militaires, gendarmes ou fonctionnaires de police morts en service.
Ce drame humain met en lumière les actions de la SNSM et de ses quelque 8 000 sauveteurs, des passionnés d’océan, pour la plupart bénévoles, qui assurent la sécurité des personnes et portent secours en mer en dépit de conditions météorologiques parfois difficiles.
Actuellement, le financement de la SNSM repose sur la générosité et la confiance des donateurs privés, pour près de 80 % de ses ressources. Celles-ci lui permettent notamment de renouveler ou de maintenir en parfait état la flotte de sauvetage, condition essentielle au bon accomplissement de ses missions.
Devant le dévouement de ces bénévoles, nous nous devons, nous aussi, d’être à la hauteur. Par conséquent, monsieur le Premier ministre, quelles perspectives financières l’État entend-il offrir à la SNSM pour lui permettre de poursuivre ses activités avec toute la sérénité nécessaire ?
(Applaudissements sur tous les bancs.) La parole est à M. le ministre d’État, ministre de la transition écologique et solidaire. Monsieur Christophe, le Gouvernement s’associe bien sûr à votre message de condoléances aux familles des victimes, ces sauveteurs en mer qui ont péri vendredi dernier aux Sables-d’Olonne, ainsi qu’à l’hommage que l’Assemblée nationale vient de leur rendre. Je tiens à remercier toutes celles et tous ceux qui, depuis le drame, expriment leur solidarité et leur soutien aux sauveteurs en mer, et plus particulièrement aux familles des victimes et aux rescapés, que j’ai rencontrés dès vendredi aux Sables-d’Olonne.
Il faut répéter, je crois, qu’ils n’ont écouté que leur courage quand ils ont pris la mer, comme le font les sauveteurs tous les jours, toute l’année, par tous les temps, pour porter secours, parfois à des bateaux seulement tombés en panne, mais aussi souvent à des marins en danger. Ils n’hésitent pas à s’engager au péril de leur vie. Le drame de vendredi vient nous rappeler que ces mots ne sont pas qu’une formule : c’est une dure réalité, que nous devons toutes et tous avoir en tête quand nous parlons du sauvetage en mer en France.
C’est un beau modèle que le modèle français du sauvetage en mer, fondé sur le bénévolat, l’engagement de femmes et d’hommes qui ne comptent pas leur temps. Ils veillent 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, 365 jours par an.
Mais évidemment, vous avez raison de le faire observer, tout cela ne se fait pas sans moyens. Le budget de la SNSM a d’ailleurs beaucoup augmenté depuis dix ans car il fallait renouveler ses canots de sauvetage. La contribution de l’État elle-même a augmenté, en deux paliers : elle est d’abord passée de 2 millions à 3,5 millions d’euros par an, puis maintenant à 6 millions d’euros par an.
Cependant, il est vrai que, pour le renouvellement futur de la flotte de canots de sauvetage, un effort financier supplémentaire sera nécessaire. Vous pouvez bien sûr compter sur la mobilisation du Gouvernement mais aussi, je crois pouvoir le dire, sur celle des collectivités locales et des donateurs, pour réussir à continuer à donner aux sauveteurs en mer les moyens qu’ils méritent.
(Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes LaREM, MODEM et UDI-I.)
La parole est à M. Stéphane Buchou. J’associe à mon intervention Mme Sophie Panonacle, députée de Gironde, ainsi que Mme Martine Leguille-Balloy et M. Pierre Henriet, mes collègues de Vendée.
Monsieur le ministre d’État, ministre de la transition écologique et solidaire, vendredi dernier en fin de matinée, alors que la tempête Miguel frappait nos côtes, un drame s’est noué au large des Sables-d’Olonne. Le canot de la station SNSM Patron Jack Morisseau, parti porter secours à un chalutier en difficulté, s’est retourné sous la violence conjuguée des vagues et du vent. Malgré les moyens humains et matériels importants dépêchés rapidement sur les lieux, trois des sept bénévoles ont péri. Ces hommes, n’écoutant que leur courage, n’avaient pas hésité une seule seconde à prendre une mer très dangereuse car totalement déchaînée. Le chalutier, quant à lui, piloté par un marin expérimenté, a sombré, et ce dernier est toujours porté disparu.
Je tiens ici à saluer la mémoire de Yann Chagnolleau, d’Alain Guibert et de Dimitri Moulic et, à travers eux, à honorer tous les bénévoles de la Société nationale de sauvetage en mer. Je salue leur bravoure, leur abnégation et leur dévouement.
(Mmes et MM. les députés se lèvent et applaudissent longuement.)
Quelques heures après le drame, nous étions ensemble, monsieur le ministre d’État, aux Sables-d’Olonne, ville meurtrie, sous le choc, aux côtés des familles des victimes, des rescapés, de toute la communauté des gens de la mer et des secours venus en aide à leurs collègues dans la douleur. Nous avons été particulièrement impressionnés par la dignité, par la solidarité et la fraternité dont ils ont fait preuve.
La disparition de ces hommes laisse des veuves et des orphelins et évidemment chacun se sent touché : le monde du sauvetage en mer au premier chef, le monde de la pêche maritime ensuite ; et puis nous tous, citoyennes et citoyens, élus, qui nous retrouvons dans la compassion due à ces hommes au courage hors norme.
L’émotion suscitée par cette tragédie est immense. Nous étions au moins 15 000 hier, réunis aux Sables-d’Olonne pour une marche silencieuse particulièrement digne, simple et fraternelle. Nous serons sans nul doute encore très nombreux, jeudi, pour l’hommage de toute la nation à ceux que le Président de la République a qualifiés de héros et qui seront faits chevaliers de la légion d’honneur à titre posthume.
Ce nouveau drame humain nous alerte et nous oblige ; il nous oblige à considérer que l’exercice de la liberté ne peut se passer du filtre de la responsabilité. Puisse-t-il rappeler que lors d’événements météorologiques exceptionnels préalablement annoncés, la prudence est de mise pour soi-même et pour les autres.
(Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM.) La parole est à M. le ministre d’État, ministre de la transition écologique et solidaire. Nous étions en effet ensemble, aux côtés des bénévoles de la station de sauvetage en mer des Sables-d’Olonne, aux côtés des familles des victimes, aux côtés des rescapés, qui ont survécu miraculeusement au drame qui s’est déroulé vendredi dernier.
Un homme national sera rendu aux victimes jeudi prochain, aux Sables-d’Olonne, par le Président de la République ; cet hommage sera à la hauteur de leur engagement, de leur courage, de leur dévouement, de leur sacrifice. Les honneurs seront rendus aux sauveteurs en mer qui ont péri dans ce dramatique accident, mais aussi aux survivants.
Au-delà, vous parlez des consignes de sécurité, et vous avez raison, monsieur le député ; nous l’avons d’ailleurs dit dès vendredi dernier aux Sables-d’Olonne. C’est un message partagé par tous ceux qui prennent la mer, quelle que soit leur activité, à commencer par les marins-pêcheurs : ce jour-là, aux Sables-d’Olonne, tous les bateaux de pêche étaient restés au port ; tous les pêcheurs avaient pris cette même décision en raison de l’alerte météo très sérieuse qui avait été très largement diffusée.
Ces consignes de sécurité sont établies sur la base de prévisions météorologiques ; elles s’appliquent à tous, en mer comme sur terre, mais en mer particulièrement. Je lance un appel à la responsabilité : la sécurité des marins, mais aussi celle des sauveteurs en mer, est l’affaire de toutes et de tous. Les consignes sont données en fonction d’alertes météorologiques, et elles sont là pour être respectées. Je souhaite que chacune, que chacun en soit bien conscient, dans tous les ports de France, et les applique.
La parole est à Mme Geneviève Levy. Le groupe Les Républicains tient à s’associer à l’hommage rendu à ces sauveteurs courageux ; nous leur adressons toute notre profonde reconnaissance. Je connais des bénévoles qui s’investissent en Méditerranée ; nous sommes bien sûr avec eux par le cœur et par la pensée. (Applaudissements sur tous les bancs.)
Madame la ministre des solidarités et de la santé, les urgences sont à bout de souffle. Les personnels sont encore aujourd’hui dans la rue pour vous le redire. Ils souffrent, et leur mobilisation ne faiblit pas, tant ils sont découragés. Depuis le mois de mars, l’ensemble des personnels des urgences se mobilisent pour faire entendre leur désarroi, et ils se désolent de ne pas être entendus.
Ils souffrent de l’hyperspécialisation des lits d’aval et de l’hôpital ; ils souffrent d’un sentiment de solitude et d’abandon exacerbé par les incivilités et violences quotidiennes. C’est une réalité objective.
Les urgences sont pourtant l’affaire et la responsabilité de l’hôpital tout entier, et pas seulement des urgentistes, qui sont l’ultime chaînon d’un système de santé qui n’est plus adapté aux attentes et aux besoins de la population ; et le regroupement à marche forcée des établissements de santé que vous imposez ne fera qu’aggraver la situation.
Les réponses que vous formulez ne sont pas audibles, et parfois elles sont même vexatoires.
C’est vrai ! Une honte ! La réaction des urgentistes à la suite de vos annonces lors de leur congrès annuel est accablante. Vous proposez cinq mesures pansements, quand les soignants demandent un plan d’action global, et ce n’est pas la loi Santé qui palliera les insuffisances dénoncées. C’est vrai ! Ça, c’est clair ! Une infirmière le disait très justement il y a quelques jours, et je reprends ses mots, madame la ministre : les soignants n’ont pas besoin de câlins, ils ont besoin de budget.
Allez-vous entendre les personnels des urgences ? Les urgences ne doivent plus être la variable d’ajustement de l’organisation de l’hôpital. Sur le terrain, concrètement, quelles décisions envisagez-vous ?
(Applaudissements sur les bancs du groupe LR.) La parole est à Mme la secrétaire d’État auprès de la ministre des solidarités et de la santé. Le malaise aux urgences est réel, nous ne le nions pas ; je veux que toutes et tous sachent que nous connaissons leur engagement, sachent combien nous soutenons leur travail au quotidien. (Exclamations sur les bancs du groupe LR.) Des mots, des mots, des mots ! Vous êtes aux affaires depuis deux ans, à quand les actes ? À l’origine du mouvement actuel se trouve la difficulté des conditions de travail. Plusieurs éléments pèsent sur le fonctionnement des urgences. Je pense d’abord à l’augmentation exponentielle du nombre de passages dans ces services : alors qu’il était de 10 millions en 1996, le nombre d’admissions y a atteint 21 millions en 2016. (Exclamations sur les bancs des groupes GDR et FI.) En vingt ans, nous sommes passés du simple au double ! (Vives exclamations sur les bancs des groupes FI et LR.) C’est pas ça, le problème ! Agissez ! Vous êtes là depuis deux ans ! Les raisons de cette augmentation ne sont pas toujours les mêmes d’un territoire à l’autre ; mais il est évident que l’une d’entre elles réside dans l’organisation de l’offre de soins en amont, et notamment dans la manière dont nous organisons les parcours des patients entre la ville et l’hôpital. Faute de médecins près de chez eux, nos concitoyens ont pris le réflexe de se tourner vers les urgences pour des situations qui ne le justifient pas. Il y en a marre de cet argument ! Le déclin de la démographie médicale, qui touche la ville comme l’hôpital, constitue une autre explication des tensions observées : il est trop souvent difficile de remplir les lignes de garde, et cette difficulté s’accroît en période estivale. Embauchez ! Il faut en finir avec le tout-hôpital, ce sont les hospitaliers eux-mêmes qui nous le disent. Le sens du plan « ma santé 2022 » et de la loi Santé, pour laquelle Mme Agnès Buzyn est actuellement au Sénat,… Venez dans les territoires ! Sortez de vos bureaux ! …est de réformer notre système de santé, l’organisation de nos soins, afin que chaque citoyen trouve près de chez lui la prise en charge la plus adaptée à ses besoins, notamment en ville, pour des problèmes de santé sans gravité. Sur le terrain, vous faites le contraire de ce que vous dites ici ! Je voudrais enfin rappeler que Mme la ministre a dégelé 415 millions d’euros en décembre 2018 ;… Ce n’est pas qu’une question d’argent ! …pour la première fois depuis dix ans, elle a également annoncé une hausse des tarifs hospitaliers, afin d’envoyer aux soignants un signal de reconnaissance de leur engagement dans la transformation du système de santé. (Exclamations sur les bancs du groupe FI.) Cette augmentation des financements doit également être visible dans les services d’urgence. (Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM.)
La parole est à Mme Laurence Maillart-Méhaignerie. Madame la ministre de la cohésion des territoires et des relations avec les collectivités territoriales, en deux ans, trois bureaux de poste ont fermé dans ma circonscription. (Exclamations sur les bancs des groupes LR et FI.) Obtenir un rendez-vous avec les services des impôts ou de la CAF – la caisse d’allocations familiales – relève parfois du parcours du combattant. Les citoyens attendent une présence forte et efficace des services publics sur leur territoire, à proximité de leur lieu de vie. Ils attendent des conseils, une écoute et une présence humaine qui apportent des solutions à leurs problèmes du quotidien.
Alors que nous débattons cette semaine dans notre hémicycle du projet de loi d’orientation des mobilités, les zones rurales éloignées des services publics s’invitent de nouveau au cœur de nos discussions. Ce sujet a de nombreuses fois été évoqué pendant le grand débat, et nous devons à présent agir avec force, animés par l’objectif de restaurer la confiance des citoyens envers les services publics et de répondre à leurs inquiétudes.
Je connais votre engagement, madame la ministre. C’est pourquoi je souhaite vous interroger sur la création d’une maison France service dans chaque canton, annoncée par le Président de la République lors de sa restitution du grand débat, le 25 avril dernier.
(Exclamations sur les bancs du groupe LR.) Le canton n’est pas la bonne échelle ! Il existe déjà 1 300 maisons de services au public. Ces lieux sont appréciés par de nombreux citoyens qui vivent dans une commune rurale et éprouvent de réelles difficultés à accomplir leurs démarches administratives. Ces difficultés sont énormes ! Sont en cause l’éloignement des services publics, bien sûr, mais aussi les difficultés d’accès à internet ainsi que la méconnaissance de ses droits et des outils numériques.
En mars dernier, vous appeliez à développer 500 maisons France service, qui viendraient s’ajouter aux 1 300 maisons de services au public existantes.
Vous réinventez l’eau chaude ! Oui ! Il faut sortir le dimanche ! S’agira-t-il de lieux où les Français pourront trouver un bouquet de services et réaliser leurs démarches auprès de la CAF, de Pôle emploi, du centre des impôts, de La Poste ou de la caisse primaire d’assurance maladie ? Trouveront-ils les mêmes services quel que soit le canton de France ? Quels financements comptez-vous déployer pour assurer et pérenniser leur fonctionnement en Bretagne, dans la Creuse et dans le Nord ? Et en Alsace ! Le temps de parole est écoulé ! Ces questions et leurs réponses sont primordiales pour envoyer les bons signaux, afin que nos concitoyens des zones rurales continuent à y vivre, à y vivre bien et à y croire. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LaREM.) La parole est à Mme la ministre de la cohésion des territoires et des relations avec les collectivités territoriales. Madame Maillart-Méhaignerie, au cours du grand débat, les Français ont exprimé à la fois leur besoin d’efficacité et de proximité, et bien sûr leur attachement au service public. Pour y répondre, le Président de la République a en effet pris l’engagement de développer, d’ici à 2022, dans chaque canton, des lieux physiques d’accès aux services publics. Le canton n’est pas la bonne échelle ! Le dispositif, plus ambitieux encore que celui des actuelles maisons de services au public, s’intitulera « France service ». Quelle révolution… Ces maisons garantiront une même qualité de services, quel que soit le gestionnaire – collectivité territoriale, association ou encore La Poste – et le lieu d’implantation, qu’il s’agisse de nouvelles maisons ou des maisons existantes, qui seront labellisées.
Elles offriront un panier de services qui regroupera un grand nombre d’opérateurs – neuf au minimum – et plusieurs ministères. Vous avez cité La Poste, la CAF, Pôle emploi, l’assurance maladie. S’y ajouteront plusieurs autres services bien connus, comme la CNAV – la Caisse nationale d’assurance vieillesse – ou la MSA – la Mutualité sociale agricole.
Elles permettront ainsi à un citoyen d’accomplir plusieurs dizaines de démarches différentes en un même lieu. Nous veillerons à enrichir en contenus ce panier de services, avec l’arrivée de nouveaux acteurs potentiels, en lien avec les collectivités territoriales, très engagées dans cette politique. Au-delà du panier commun, des services spécifiques pourront être proposés selon les territoires.
Enfin, nous veillerons particulièrement à ce que France service propose des actions de médiation numérique pour former et accompagner les 13 millions de Français qui se déclarent mal à l’aise avec internet. Ainsi rejoindrons-nous la mission de Cédric O sur le comptoir numérique.
Plus de proximité, une réponse de qualité, de la personnalisation : tels seront les trois piliers des maisons France service.
(Applaudissements sur quelques bancs des groupes LaREM et MODEM.)
La parole est à M. François Ruffin. Ma question ne s’adresse à aucun ministre. Ce n’est d’ailleurs pas une question ; c’est une alerte. (Exclamations sur divers bancs.) Alors il faut lui couper la parole, monsieur le président ! Françaises, Français, ce n’est pour l’instant qu’un murmure : « Référendum. » Un référendum sur Aéroports de Paris. Un référendum pour ne pas brader ce trésor à Vinci. Un référendum, surtout, sur l’avenir, l’avenir que nous refusons, l’avenir que nous désirons. Voici l’arme qui les effraie : ils ont peur, peur de votre portable, peur de votre tablette, peur de votre ordinateur, peur de vos signatures.
D’emblée, d’ailleurs, le Premier ministre s’est étranglé : « C’est une situation dangereuse ! Cela pose un vrai et grave problème démocratique ! » Il a bien raison : c’est la démocratie qui est en jeu. Pour lui, pour eux, la démocratie, elle est bien quand elle somnole dans cette Assemblée.
(Exclamations sur plusieurs bancs des groupes LaREM et MODEM.) La démocratie, c’est quand ils répètent en boucle : « croissance », « concurrence », « compétitivité », « mondialisation », « déficit » ! (Applaudissements sur les bancs du groupe FI.) La démocratie, c’est voter une fois tous les cinq ans, et ensuite, circulez braves gens, on dirige et on décide pour vous ! Voilà, la démocratie qu’ils apprécient ! (Vives exclamations sur plusieurs bancs des groupes LaREM.) Chut ! Pour nous, au contraire, la démocratie, c’est la reprise en main du destin commun. Et il faut bien commencer par un bout, même petit : puisque le premier référendum d’initiative partagée de notre histoire nous le permet, allons-y, commençons par le bitume des aéroports, avant de passer à nos écoles, nos forêts, nos trains, nos maternités, nos tribunaux !
Ils vendent Charles-de-Gaulle ? Nous répondons : « Référendum ! »
(« Référendum ! » sur les bancs du groupe FI.)
Ils cassent nos urgences ? Nous répondons « Référendum ! » (« Référendum ! » sur les bancs du groupe FI.)
Ils ferment nos classes ? Nous répondons « Référendum ! » (« Référendum ! » sur les bancs du groupe FI. – « 6 % ! » sur quelques bancs des groupes LaREM et MODEM.) S’il vous plaît ! Ils polluent l’air, la terre, la mer ? Nous répondons « Référendum ! » (« Référendum ! » sur les bancs du groupe FI. – « 6 % ! » sur de nombreux bancs des groupes LaREM et MODEM.)
Partout, sur nos cahiers d’écoliers, sur les murs de nos villes, sur nos pages internet, nous écrivons ce nom : « Référendum ! » (« Référendum ! » sur les bancs du groupe FI. – « 6 % ! » sur les bancs des groupes LaREM et MODEM.)
C’est une frénésie qui doit saisir la France : « Référendum ! » (Applaudissements sur les bancs des groupes FI et GDR. – « 6 % ! » sur les bancs des groupes LaREM et MODEM.) La parole est à M. le Premier ministre, pour apporter la réponse que M. Ruffin ne souhaitait pas. (Sourires. – Vifs applaudissements sur les bancs des groupes LaREM et MODEM.) Monsieur Ruffin, vous m’interrogez sur le référendum – ou plutôt, vous ne m’interrogez pas, car vous ne respectez pas les règles de cet hémicycle. (M. Laurent Garcia applaudit.) Vous nous dites pourtant que vous êtes attaché à la démocratie. Parlez-en à vos militants, monsieur Ruffin ! Nous le sommes aussi. (Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM et MODEM.) Aucune votation, aucune élection ne fait peur aux démocrates. (Mêmes mouvements.) Il y a quelques mois, celui qui dirige votre formation politique a déclaré qu’il voulait faire des élections européennes un « référendum » contre le Gouvernement et contre le Président de la République ! (« 6 % ! » sur les bancs des groupes LaREM et MODEM.) En effet : merci ! Je crois que les Français ont voté ! (Les députés des groupes LaREM et MODEM se lèvent et applaudissent longuement. – Autres applaudissements sur quelques bancs des groupes LR et UDI-I. – Exclamations sur les bancs du groupe FI. – « Merci ! » parmi les députés non inscrits.)
La parole est à Mme Jeanine Dubié. S’il vous plaît, chers collègues, écoutons-la dans le calme. C’est pas terrible, 6 % ! Seule Mme Dubié a la parole. Notre groupe s’associe à l’hommage que vous avez rendu aux sauveteurs en mer et salue leur courage et leur abnégation. (Applaudissements sur les bancs des groupes LT, LaREM, MODEM et UDI-I.)
Ma question s’adresse à Mme la ministre des solidarités et de la santé. Les mouvements de grève des services d’urgences, qui ont débuté à Paris au mois de mars, ont gagné l’ensemble du territoire : actuellement, quatre-vingt-quinze services sont en grève.
La situation est devenue intenable, et le mécontentement s’exprime de différentes manières. Aujourd’hui encore, une nouvelle journée d’action a lieu.
Comment pourrait-il en être autrement quand l’on sait que le nombre de passages aux urgences augmente de 2 à 3 % par an alors même que les moyens des services diminuent ? Vous l’avez rappelé, madame la ministre : de 10 millions en 1998, ce nombre est passé à 21 millions en 2018.
Le manque de personnel, les conditions de travail, les agressions dont sont de plus en plus victimes les soignants et la carence des lits d’hospitalisation en aval : tous ces facteurs conduisent aujourd’hui à une situation de rupture.
Les personnels sont fatigués, épuisés.
(M. Jean Lassalle applaudit.) L’engorgement des urgences met en danger la prise en charge des patients, mais altère aussi la santé des soignants qui malgré leur professionnalisme et leur sens des responsabilités n’en peuvent plus. (Applaudissements sur quelques bancs des groupes LT et UDI. - M. Jean Lassalle applaudit également.)
Il ne s’agit pas de vous mettre en cause : nous le savons, la situation actuelle est la conséquence d’une lente dégradation. Cependant, dans la situation actuelle, qui est gravissime, les réquisitions et le recours aux intérimaires ne sont pas des solutions de nature à mettre fin à la crise – pas plus, d’ailleurs, que l’annonce d’un rapport dont les conclusions devraient être remises à l’automne.
Alors que nous nous trouvons à la veille de la période estivale, synonyme de difficultés accrues dans les urgences, nous avons besoin de mesures immédiates.
J’ai deux questions : dans l’attente d’une réforme structurelle visant à rendre plus attractifs ces métiers essentiels, comptez-vous donner dès aujourd’hui plus de moyens aux services d’urgence ? Par ailleurs, êtes-vous prête à mettre fin aux fermetures de lits en aval afin de désengorger les urgences ?
(Applaudissements sur quelques bancs des groupes LT et GDR. – M. Jean Lassalle applaudit également.) Moratoire ! La parole est à Mme la secrétaire d’État auprès de la ministre des solidarités et de la santé. Oui, madame la députée, nous allons allouer des financements destinés à améliorer les capacités d’adaptation des services d’urgences aux situations exceptionnelles. Vous n’avez pas l’air très convaincue par ce que vous dites ! Des crédits spécifiques, à la main des agences régionales de santé, seront désormais directement fléchés vers les établissements de santé connaissant une augmentation très importante de l’activité de leur service d’urgences.
Oui, madame la députée, la ministre souhaite l’homogénéisation de la prime individuelle de risque destinée à reconnaître les conditions difficiles dans lesquelles exerce le personnel paramédical des services d’urgence…
C’est difficile partout ! …ainsi que leur exposition, dans certains cas, à des agressions verbales, voire physiques.
Enfin, pour réduire l’attente aux urgences, les médecins doivent pouvoir déléguer des compétences aux autres personnels soignants grâce à la mise en place de protocoles de coopération.
Quelle conviction ! « Fiche numéro 28 » ! La ministre a appelé les professionnels urgentistes à proposer des modèles de délégation de tâches qui aboutiront au versement d’une prime de coopération.
Le ministère est en relation permanente avec ces professionnels. Nous travaillons en coopération étroite, en particulier pour prévoir la prise en charge des urgences pendant les épidémies hivernales et les épisodes de canicule. Ils seront en outre reçus prochainement au ministère dans le cadre d’une réunion que la ministre présidera elle-même.
Donc oui, nous sommes à l’écoute, et oui, nous leur faisons des propositions.
(Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LaREM.)
La parole est à Mme Marine Brenier. Monsieur le ministre de l’agriculture et de l’alimentation, c’est en saluant l’éco-aventurier Julien Moreau et les élèves de l’école d’Isola 2000, qui assistent à notre séance, que je souhaite paraphraser Gandhi : « Soyons le changement que nous voulons voir dans le monde. » Ils ne savent pas qui c’est ! Ce mantra, les enfants l’appliquent déjà au sein de leur école en assurant la protection de l’environnement, et je tiens à les en féliciter.
Les consciences s’éveillent : selon un sondage d’Opinion Way, pour 41 % des votants, l’enjeu de l’environnement a été décisif dans leur choix lors des élections européennes.
Pourtant votre Gouvernement s’apprête à diminuer significativement les aides à la conversion et au maintien des agriculteurs biologiques.
Eh oui ! Vous supprimez les aides au maintien ! En nous alignant sur le label européen, nous avons abandonné des normes qui protégeaient bien mieux les consommateurs et l’environnement.
Notre modèle favorise désormais les grandes enseignes au détriment des petits agriculteurs. Il est aussi moins exigeant au niveau environnemental.
L’association 60 Millions de consommateurs a d’ailleurs révélé les dérives d’un tel modèle : par exemple, le lait et les œufs bio contiennent un grand nombre de produits polluants cancérigènes, et certaines pâtes à tartiner bio contiennent encore de l’huile de palme.
C’est scandaleux ! Trop d’incohérences nous empêchent à l’heure actuelle de rendre l’agriculture réellement saine et positive pour notre planète.
On vous entend souvent dire que l’écologie n’est ni de droite, ni de gauche ; elle ne semble pas en marche pour autant.
Très bien ! Comme nous ne sommes pas dans une opposition bête et méchante, voici quelques propositions : aider au développement des circuits courts, comme c’est le cas dans les 163 écoles de Nice ; interdire en agriculture biologique les serres chauffées utilisées pour produire des tomates en hiver ; retravailler les normes européennes de labellisation du bio.
Face à l’urgence, monsieur le ministre, mes questions sont les suivantes : que comptez-vous faire pour rendre l’agriculture biologique réellement saine pour notre santé et notre planète ? Allez-vous enfin tenir vos promesses envers les agriculteurs et les consommateurs et mieux accompagner la transition nécessaire à la survie de notre écosystème ?
(Applaudissements sur les bancs du groupe LR.) La parole est à M. le ministre de l’agriculture et de l’alimentation. Madame la députée, je me réjouis à l’idée que votre groupe se joigne à la majorité pour voter en faveur du budget de l’agriculture que le Gouvernement proposera dans quelques mois, et qui répond pleinement à vos attentes. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LaREM.) Nous n’avons pas dit ça ! Devant des élèves, on évite en principe de raconter des craques, comme on dit à l’école, et on s’efforce de dire plutôt la vérité.
Je suis donc désolé de vous dire que ce vous venez de dire n’est pas vrai.
(Exclamations sur les bancs du groupe LR.) Elle a dit la vérité : c’est vous qui mentez ! Le Gouvernement continue à soutenir la conversion à l’agriculture biologique et l’aide au maintien. En supprimant cette aide ? Je l’ai réaffirmé la semaine dernière : il n’y a aucun problème. (Mêmes mouvements.) Ah bon ? C’est faux ! Non, ce n’est pas faux. Vérifiez-le : avec 1,1 milliard d’euros, le plan « Ambition bio 2022 », mis en place par ce Gouvernement, est le plus ambitieux de ces vingt dernières années. Mythomane ! Le travail que nous faisons en faveur de la recherche afin de mettre fin à la dépendance aux produits phytosanitaires et aux pesticides va également dans le sens de la transition agro-écologique. Cela représente plus de 70 millions d’euros ! De même, quand nous décidons que 50 % des produits distribués dans les cantines devront être sous signe de qualité, dont 20 % de produits bio, cela va dans le sens que vous souhaitez. Les collectivités ne vous ont pas attendu ! Cela existe depuis des années Je vous remercie donc, madame la députée, de soutenir l’action que mène ce gouvernement au profit de la transition agro-écologique et du bio.
Faites attention, car certaines publicités sont mensongères. On ne peut pas dire tout et son contraire.
Nous avons pourtant l’habitude, avec vous ! Le dénigrement n’est jamais bon conseiller. Nous avons en France l’alimentation la plus saine, la plus sûre et la plus durable : tout le monde nous l’envie. (Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM et MODEM.)
La parole est à M. Cédric Villani. Monsieur le ministre de l’Europe et des affaires étrangères, de plus en plus de voix s’élèvent en France pour dénoncer la répression subie par de nombreux universitaires turcs, poursuivis par la justice de leur pays pour avoir signé en 2016 une pétition pour la paix. (Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM, MODEM, SOC, UDI-I, FI, GDR et LT.)
Cette pétition dénonçait la violation des droits élémentaires des civils dans certaines provinces du Sud-Est de la Turquie à l’été 2015 et demandait la reprise des pourparlers pour la paix. À ce jour, près d’un tiers des 2 200 universitaires signataires de la pétition ont été poursuivis, notamment Mme Füsun Üstel, enseignante à la retraite de l’université francophone de Galatasaray, condamnée à quinze mois de prison ferme.
Dernier épisode en date, le 11 mai, c’est mon ancien collègue mathématicien, maître de conférences à l’université Lyon-I, Tuna Altinel, qui vient d’être incarcéré en Turquie dans l’attente de son procès. Il lui est reproché d’avoir participé à une réunion publique organisée légalement par l’association loi de 1901 Amitiés kurdes, le 21 février dernier, à Villeurbanne.
Fonctionnaire de la République française, de nationalité turque, Tuna Altinel réside et travaille à Lyon depuis 1996. Depuis un mois, des milliers de personnes, dont des élus, universitaires, membres d’associations et de syndicats, s’indignent du sort qui lui est réservé. Mes chers collègues, vous avez été un bon nombre – je vous en remercie – à ajouter vos noms aux quelque 5 500 signataires d’une pétition lancée le 23 mai dernier pour demander sa libération.
Tuna Altinel connaît les risques de son engagement. Peu après son incarcération, il écrivait : « Chers amis, j’ai le moral [...]. Quoi qu’il arrive, dehors ou dedans, nous continuerons notre chemin. Jusqu’à ce que la paix soit établie et la démocratie instaurée. »
Monsieur le ministre, que compte faire la France, pays des droits de l’homme, fervent défenseur de la démocratie et de la liberté d’expression, en soutien de ces courageux universitaires incarcérés en Turquie pour avoir défendu des libertés que nous chérissons tant ?
(Applaudissements sur tous les bancs. – Les députés des groupes LaREM, MODEM, UDI-I, LT, SOC, GDR et FI se lèvent et continuent d’applaudir.) La parole est à M. le ministre de l’Europe et des affaires étrangères. Monsieur Vallini,… C’est l’ancien monde ! Vallini, c’était votre ancien collègue, celui qui voulait tuer les départements ! S’il vous plaît ! Désolé, c’est l’émotion. Monsieur Villani, nous sommes très soucieux de la situation de M. Altinel, votre collègue mathématicien, enseignant à l’université Lyon-I, qui est toujours placé en détention provisoire, dans l’attente de son procès, et de celle de Mme Üstel, qui n’a pas obtenu sa mise en liberté sous contrôle judiciaire, après sa condamnation à quinze mois de prison.
Nous nous soucions aussi beaucoup des procédures qui touchent les universitaires favorables à la paix, dont un grand nombre appartiennent à l’université Galatasaray,…
Chrétienne ! …laquelle fut créée par un accord franco-turc pour renforcer notre coopération en matière d’enseignement supérieur.
Nous sommes préoccupés, nous ne cachons pas nos inquiétudes aux autorités turques et nous ne réduisons pas nos démarches. Le Président de la République lui-même s’est entretenu à ce sujet avec le Président Erdogan. De son côté, Mme Vidal a saisi son homologue. Pour ma part, je me rendrai dans quelques jours à Ankara, où j’aurai l’occasion d’aborder moi-même la question avec les autorités turques.
Les principes sont essentiels : il faut affirmer la liberté d’expression ; il faut affirmer la liberté universitaire. Souhaitons que la Turquie, partie à la Convention européenne des droits de l’homme et signataire d’autres engagements relatifs aux droits de l’homme et aux libertés fondamentales, respecte ses obligations. Croyez bien que notre vigilance est totale et que nous mettons tout en œuvre pour obtenir les libérations que vous souhaitez.
(Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes LaREM et MODEM.)
La parole est à M. Bruno Millienne. Monsieur le ministre de l’agriculture et de l’alimentation, hier, le Président Donald Trump déclarait : « Nous allons faire quelque chose pour rééquilibrer les échanges commerciaux de vin entre la France et les États-Unis. » Difficile de ne pas voir, derrière cette phrase, une tentative du Président américain d’engager avec l’Europe un bras de fer sur la place de l’agriculture dans l’accord commercial en cours de négociation.
En France, les vins et spiritueux représentent 13 milliards d’euros à l’export. Il s’agit du deuxième plus gros excédent de notre balance commerciale. Les Américains sont nos premiers clients, pour plus de 3 milliards.
Si les Américains achètent du vin français, c’est non parce qu’il est peu taxé mais parce qu’il est considéré comme le meilleur du monde !
(« Oui ! » sur les bancs du groupe LR.) Une surtaxation à l’export serait non seulement scandaleuse mais aussi dévastatrice pour la ferme France. Nos collègues sénateurs, dans un rapport, nous alertent sur cette situation critique : pourtant championne d’Europe, la France pourrait dès 2023 importer plus de produits agricoles qu’elle n’en exporte. Du jamais vu, monsieur le ministre !
Cette perte de compétitivité à l’export serait imputable aux charges trop élevées qui pèsent sur nos paysans. À titre d’exemple, le coût salarial a bondi de 58 % entre 2000 et 2017, presque deux fois plus vite qu’en Allemagne.
Le rapport du Sénat rappelle en outre que, décidément, l’appellation bio n’est pas une garantie : en 2017, des contrôles ont montré que 17 % des produits issus de l’agriculture biologique étaient non conformes ; ajoutez à cela que jusqu’à 25 % des produits importés ne respectent pas les normes sanitaires françaises.
Monsieur le ministre, que comptez-vous faire pour défendre nos agriculteurs de la filière bio et nos consommateurs retrouvant dans leurs assiettes des produits aux normes sanitaires moindres que ceux issus du labeur des paysans français ?
Enfin, au-delà de l’attaque du Président Trump contre notre filière viticole, fierté nationale française, pouvez-vous rappeler à tous nos agriculteurs votre action pour faire de la ferme France une agriculture d’excellence qui figure parmi les plus compétitives au monde ?
(Applaudissements sur les bancs des groupes MODEM et LaREM ainsi que sur plusieurs bancs du groupe LR.) La parole est à M. le ministre de l’agriculture et de l’alimentation. Monsieur Millienne, l’agriculture française est une des meilleures du monde ; l’agriculture française est une des plus sûres du monde. Eh oui ! Et l’alimentation qui en découle est notre fierté, beaucoup de pays nous l’envient. Je pense qu’il faut le répéter sans cesse. C’est une manière de lutter contre l’« agribashing », c’est très important. (Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM et MODEM ainsi que sur plusieurs bancs du groupe LR.)
Par ailleurs, nous sommes fiers que la balance commerciale de l’agriculture et de l’agroalimentaire soit positive. Toutefois, depuis dix ans, nous la regardons se rééquilibrer et nous n’avons rien fait pour empêcher ce déclin. Entre-temps, vous avez été au pouvoir ! Notre excédent reste encore supérieur à 6 milliards, mais son montant baisse d’année et année. Depuis deux ans, c’est catastrophique !0 C’est pourquoi nous devons tout faire pour qu’à l’export, nos produits soient encore plus forts. À cet effet, l’Europe doit parler d’une seule et même voix : nous devons faire en sorte qu’à l’intérieur de l’Europe il n’y ait ni dumping fiscal ni dumping social, nous devons éviter toute concurrence entre les pays de l’Union européenne, car la concurrence est à l’extérieur. En ce moment, c’est l’inverse ! Lorsque le Président Trump a fait cette déclaration, il y a quelques jours, il visait notamment les vins et les spiritueux. Dans ce secteur, bon an mal an, nos exportations sont positives, mais la situation peut changer. Quoi qu’il en soit, entre nos deux pays, les droits d’accise ne sont pas différents, c’est absolument faux. Peut-être M. Trump a-t-il simplement voulu répondre au Président Macron, qui n’a pas souhaité donner mandat à la Commission européenne pour mener les négociations.
Je le répète devant vous, au nom du Gouvernement : la France est évidemment favorable au commerce international, comme nous le sommes toutes et tous, mais pas au libéralisme échevelé. Non, la France n’acceptera pas d’accords commerciaux au détriment de notre agriculture, de nos standards européens et de nos standards français !
(Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM et MODEM ainsi que sur plusieurs bancs du groupe LR.) Il faudrait le dire à Macron !
La parole est à M. Pierre Morel-À-L’Huissier. Monsieur le ministre de l’Europe et des affaires étrangères, douze enfants français ont été rapatriés du Kurdistan syrien hier. Depuis des mois pour certains, et presque deux ans, pour d’autres, 200 enfants français, dont les deux tiers ont moins de 6 ans, restent détenus dans des camps de fortune. Tous ces enfants, qui n’ont demandé ni à naître ni à être emmenés en Syrie, portent les stigmates d’une guerre qu’ils n’ont pas choisie : ils sont blessés, malades et profondément traumatisés. L’UNICEF – Fonds des Nations unies pour l’enfance –, le Comité international de la Croix-Rouge, le Haut responsable de l’ONU et la commissaire aux droits de l’homme du Conseil de l’Europe ont exhorté les États à prendre leurs responsabilités en rapatriant ces mineurs innocents exposés à des traitements inhumains et dégradants. Très récemment, la Commission nationale consultative des droits de l’homme a appelé le gouvernement français à rapatrier ces enfants « sans condition ». Le même jour, le Défenseur des droits, Jacques Toubon, demandait fermement à la France de faire cesser les « traitements inhumains et dégradants subis par les enfants et leurs mères » dans un délai d’un mois.
Les rapatriements actuels au compte-gouttes et au cas par cas sont source de discrimination. Avec le temps, les femmes les plus radicalisées ont pris le pouvoir dans les camps et menacent de mort celles qui accepteraient de se séparer de leurs enfants. Toutes ces mères, sans exception, sont judiciarisées en France et nulle part ailleurs. Laisser ces enfants et leurs mères dans les camps gangrenés par la misère, la maladie et l’idéologie contribue à fabriquer les attentats de demain.
Monsieur le ministre, quelles actions entend mener le Gouvernement pour respecter l’avis du Défenseur des droits, ainsi que les traités et conventions ratifiés par la France ? Êtes-vous aujourd’hui disposé à prendre en compte l’urgence humanitaire et sécuritaire, et à organiser le rapatriement de tous ces enfants ?
(Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe UDI-I et sur quelques bancs des groupes LaREM et MODEM.) La parole est à M. le ministre de l’Europe et des affaires étrangères. Monsieur Morel-À-L’Huissier, la position de la France est connue, et je la maintiens : nous avons dit clairement que les combattants et les militants de Daech devaient être jugés là où ils ont commis leurs crimes. Exact ! C’est une question de sécurité et de justice – les deux en même temps. La France a également souhaité que les mineurs orphelins ou isolés puissent être rapatriés en France, s’ils sont de nationalité française ; nous nous en préoccupons. La position de la France est donc simple : nous essayons de rapatrier les enfants isolés, mineurs, orphelins et, au cas par cas, des enfants se trouvant dans une situation très particulière.
Ce sont des démarches extrêmement dangereuses. Si nous avons pu rapatrier douze enfants orphelins ou isolés au cours du week-end dernier, c’est au prix d’une opération très complexe. Je voudrais rendre hommage à l’ensemble des services qui y ont contribué, ainsi qu’aux autorités du Rojava, qui ont permis ce retour. Ces enfants sont placés sous l’autorité judiciaire et font à présent l’objet d’un suivi médico-social. Antérieurement, nous avions déjà mené à bien une première opération pour cinq enfants. Nous avons aussi rapatrié, dans les mêmes conditions, deux enfants néerlandais, en relation avec les autorités de leur pays. Si d’autres opportunités se présentent, nous tenterons de mener à bien des opérations similaires. Mais la situation est difficile parce que le pays est toujours en guerre, parce qu’il faut l’accord des autorités locales, parce qu’il convient préalablement de mener un travail d’identification et de localisation qui n’est pas simple et, surtout, parce que la France n’exerce pas de contrôle effectif sur ces camps ni sur ces personnes.
(Applaudissements sur quelques bancs des groupes LaREM et MODEM.)
La parole est à M. Francis Chouat. Monsieur le ministre de l’économie et des finances, la réforme de la fiscalité internationale et l’établissement de règles partagées pour le financement des pays en développement constituent deux grandes priorités communes à la présidence japonaise du G20 et à la présidence française du G7. À Fukuoka, ce week-end, les ministres des finances du G20 se sont engagés à suivre les perspectives ouvertes par le cadre inclusif de l’OCDE – Organisation de coopération et de développement économiques – afin d’aboutir à un accord mondial sur la taxation des multinationales, ce qui constituerait une avancée importante pour maîtriser la mondialisation. Ils ont réaffirmé la nécessité de réformer la fiscalité internationale, d’une part, pour la rendre plus juste et plus efficace, d’autre part, pour assurer la pérennité du financement de nos services publics et rétablir plus de justice dans leur financement. Il est en effet intolérable que certaines multinationales, notamment dans le secteur du numérique, puissent, de manière organisée et légale, se soustraire à l’impôt.
Cette réforme doit reposer sur deux piliers. Le premier concerne la répartition des droits d’imposer, pour mieux imposer là où la valeur est créée. La proposition faite par le secrétaire d’État américain au Trésor est une base de travail qui doit faire l’objet d’une analyse plus approfondie ; on doit s’assurer qu’elle applique au secteur numérique un cadre clair. Le second pilier repose sur une proposition franco-allemande : il s’agit, grâce à une imposition minimale dans l’ensemble des pays, de mettre fin à l’organisation par ces entreprises de la délocalisation de leurs bénéfices dans des zones peu ou pas imposées. On le sait, c’est une priorité majeure pour la présidence française du G7.
Pouvez-vous, monsieur le ministre, préciser la manière dont les ministres des finances du G7 entendent se fonder sur ces deux piliers pour aboutir à une convergence et à des solutions précises, qui pourraient être adoptées d’ici la fin de l’année 2019 ?
(Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LaREM.) La parole est à M. le ministre de l’économie et des finances. Cela fait deux ans qu’avec le Président de la République, nous nous battons pour mettre en place la fiscalité internationale du XXIe siècle. Nous avons franchi, à l’occasion du G20 de Fukuoka, une étape majeure dans la mise en place d’une fiscalité des activités digitales et d’un taux minimal d’imposition sur les sociétés. Vous l’avez parfaitement dit, c’est une question de justice et d’efficacité.
S’agissant de la fiscalité des activités digitales, nous devons tenir compte d’un nouveau modèle économique, caractérisé par l’utilisation de données de masse, pour le ciblage publicitaire, qui est extraordinairement profitable et très peu taxé. C’est bien pour cela que nous avons mis en place, nous, Français – nous avons été précurseurs en Europe – une taxation du numérique au niveau national. C’est probablement cette pression qui a incité un certain nombre de pays, notamment les États-Unis, à accélérer les travaux pour aboutir à la conclusion d’un accord au niveau international.
Le deuxième sujet est la fiscalité minimale. Un certain nombre de multinationales font des bénéfices en France et les rapatrient dans des paradis fiscaux pour ne pas avoir à payer leur juste impôt au Trésor public français. C’est inacceptable, et nous y remédierons.
(Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes LaREM et MODEM.) La mise en place d’une fiscalité minimale est la réponse appropriée pour que chaque entreprise paie le juste montant d’impôt qu’elle doit au pays dans lequel elle réalise des bénéfices.
Les prochaines étapes sont claires. Maintenant que nous nous sommes entendus sur les principes au G20 de Fukuoka, nous voulons, au G7 de Chantilly, mi-juillet, parvenir à un compromis entre les sept plus grandes puissances économiques de la planète sur la fiscalité du numérique et la fiscalité minimale à l’impôt sur les sociétés. Nous pourrons ainsi définir un cadre de travail pour le G20, puis pour l’OCDE, afin qu’en 2020, ces grands principes deviennent les bases de la décision sur la fiscalité internationale du XXIe siècle.
(Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM et sur quelques bancs du groupe MODEM.)
La parole est à Mme Marie-Noëlle Battistel. Le groupe Socialistes et apparentés s’associe également à l’hommage rendu aux sauveteurs morts en mer. (Applaudissements sur les bancs des groupes SOC, LaREM et MODEM ainsi que sur quelques bancs des groupes LR et UDI-I.)
Monsieur le Premier ministre, vous prononcerez demain votre second discours de politique générale. Ce sera peut-être enfin l’occasion de changer de cap. Dans votre premier discours, il y a deux ans, vous disiez vouloir être jugé sur la façon dont vous vous comportiez « avec les plus faibles ». Nous vous jugerons à l’aune de ce critère.
Le moment d’un premier bilan est venu. Permettez-moi de vous dire que vos erreurs ont des conséquences terribles pour les territoires et nos concitoyens, notamment les plus fragiles d’entre eux. Je prendrai comme exemple la situation des territoires d’outre-mer, qui sont parmi les grands perdants de votre début de quinquennat. Même la Cour des comptes, toujours prompte à demander des baisses de dépenses, qualifie d’« inédite » la sous-consommation des crédits budgétaires votés par le Parlement. Ainsi, en 2018, votre Gouvernement a réduit de 177 millions d’euros les crédits affectés aux outre-mer.
(Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe SOC.) Autant de soutien en moins pour ces territoires et de services publics en moins leurs habitants.
Les services d’urgence pâtissent également de votre politique. La Cour des comptes, tout en saluant les efforts engagés sous le précédent quinquennat pour améliorer leur organisation, estime que le nombre de médecins urgentistes devrait augmenter de 20 % en équivalents temps plein.
(Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe SOC.) Là encore, ce sont les plus fragiles qui paient les conséquences. Le nombre d’emplois créés dans le cadre des parcours emplois compétences – supposés révolutionner les emplois aidés – est tombé de 460 000 en 2016 à 100 000 en 2019. En procédant ainsi, vous fragilisez les collectivités territoriales, les EHPAD – établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes –, les associations et bien sûr celles et ceux qui avaient un emploi aidé et se retrouvent au chômage. Tout à fait ! Sur un autre plan, 2,4 milliards d’euros ont échappé au budget de l’État en 2018, faute d’une expertise juridique en matière d’impôt sur les sociétés.
Monsieur le Premier ministre, cette liste, que je pourrais poursuivre de longues minutes, illustre votre oubli des plus fragiles et des territoires délaissés. Vous devriez changer de cap. Le ferez-vous ?
(Applaudissements sur les bancs du groupe SOC et sur quelques bancs du groupe GDR.) La parole est à M. le Premier ministre. Vous m’interrogez, madame Battistel, sur ce que j’aurai l’occasion de dire demain dans ma déclaration de politique générale, au cours de laquelle j’exposerai la méthode et le sens des mesures que nous allons prendre, après quoi j’aurai l’honneur de demander à l’Assemblée nationale d’accorder ou non sa confiance au Gouvernement pour que nous puissions continuer à agir. Ce sera non ! Vous comprendrez bien que je ne dévoile pas maintenant, en une minute et demie, le sens des mesures que j’annoncerai demain, en prenant le temps et en ouvrant le débat.
Vous avez évoqué des mesures que nous n’aurions pas prises ou que nous aurions prises dans le champ social, sans en rappeler d’autres qui nuancent largement votre tableau, sombre, faute précisément, me semble-t-il, de ne pas comporter certaines décisions sur lesquelles la majorité s’est engagée. Je pense à la revalorisation des minima sociaux : vous savez, madame Battistel, que cette revalorisation est très largement supérieure à ce qui s’est pratiqué pendant longtemps – je sais que vous le savez, mais vous n’avez pas eu le temps de le dire dans votre question.
(Rires.) Cessez de vous moquer ! Quelle arrogance ! C’est regrettable car cette mesure compte ! Je ne le dis pas légèrement car cela vient nuancer sérieusement votre propos. Un peu de modestie ! Un peu de silence aussi ! De même, vous savez – et j’aurai l’occasion de le répéter demain – que notre objectif n’est pas vraiment de continuer ce qui se fait depuis des années, à savoir d’essayer de corriger, par des mesures de dépense publique et autres, les inégalités de départ, qui sont massives. La vérité est que les inégalités primaires sont considérables en France, et que l’ensemble des politiques publiques essaient de les réduire au cours de la vie. Nous souhaitons changer de logique, ce qui est difficile, je le reconnais, en transformant les choses afin que les inégalités de départ soient nettement moins fortes. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LaREM.) En supprimant l’ISF ? Nous devons tenter ce changement et déployer cette nouvelle logique. C’est ce que nous essayons de faire, et nous accentuerons cette orientation dans les années qui viennent. De tout cela, nous aurons l’occasion de discuter demain. (Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM et MODEM.)
La parole est à M. Bruno Duvergé. Madame la ministre de la cohésion des territoires et des relations avec les collectivités territoriales, ma circonscription compte 294 communes et est constituée de 11 anciens cantons. Les chefs-lieux de ces cantons étaient historiquement et naturellement le point de convergence des populations environnantes : elles y trouvaient de multiples services, qu’ils soient publics, commerciaux, festifs ou culturels. La disparition progressive des services dans ces lieux traditionnels a contribué à faire naître un sentiment d’abandon parmi notre population. (M. Jean Lassalle applaudit.)
C’est donc avec un vrai intérêt et beaucoup d’espoir que nous avons pris connaissance de la mise en place des maisons France service. Comme vous l’avez indiqué à la presse, vous ne partez pas de rien puisque 1 340 maisons de services au public existent déjà. Mais, comme vous l’avez également précisé, le niveau de ces maisons est très hétérogène. Elles fonctionnent quand tous les services publics des différentes collectivités – de l’État à la communauté de communes en passant par la région et le département – sont regroupés en un même lieu physique et quand on y trouve un personnel d’accueil compétent, capable d’écouter et connaissant les organismes publics. Nous le vérifions au quotidien dans nos permanences quand il s’agit d’aider chaque personne à s’orienter dans ses démarches administratives. Enfin, l’idéal serait que l’on puisse accéder à une maison France service dans chaque ancien chef-lieu de canton.
Madame la ministre, pensez-vous que l’initiative du Gouvernement puisse prendre en compte ces différents critères ?
(Applaudissements sur les bancs du groupe MODEM.) La parole est à Mme la ministre de la cohésion des territoires et des relations avec les collectivités territoriales. En complément de ma réponse de tout à l’heure à Laurence Maillart-Méhaignerie, je voulais vous préciser, monsieur Duvergé, que le Premier ministre a récemment annoncé la création de 500 nouvelles maisons France service, avec l’objectif très clair de les déployer en priorité là où le besoin s’en ressent, c’est-à-dire sur les territoires ruraux non couverts jusqu’à présent et dans les quartiers prioritaires de la politique de la ville.
Nous allons engager, dans les jours qui viennent, un audit pour vérifier que les 1 340 structures existantes sont en mesure de répondre à l’attente des Français et disposent d’une offre de service étendue et de qualité – vous avez rappelé que c’est nécessaire.
Par ailleurs, j’ai l’accord du CNFPT – le Centre national de la fonction publique territoriale – pour déployer un grand plan de formation de tous les agents d’accueil, afin que ceux-ci fassent preuve d’une certaine polyvalence et puissent ainsi répondre au mieux aux besoins et aux questions de nos concitoyens.
En outre, chaque maison France service labellisée bénéficiera d’une subvention annuelle forfaitaire de 30 000 euros, financée par l’État, les opérateurs et les services partenaires, en plus de la participation des collectivités territoriales. En quatre ans, nous consacrerons plus de 200 millions d’euros au fonctionnement de ce nouveau service aux Français.
Enfin, il faut bien mesurer le caractère interministériel de cette politique : un comité de pilotage assurera le déploiement des maisons France service pour enrichir en continu l’offre de service. Nous remercions les collectivités locales de leur participation.
(Applaudissements sur les bancs du groupe MODEM.)
La parole est à M. Jean-Paul Lecoq. Notre groupe s’associe à l’hommage de notre assemblée et de la nation aux sauveteurs en mer. (Applaudissements sur tous les bancs.)
Ma question s’adresse à Mme la ministre des solidarités et de la santé. Semaine après semaine, les députés communistes l’alertent au sujet de la situation catastrophique de la santé publique. Chaque fois, elle nous répond en vantant son plan « Ma santé 2022 ». Mais que fait-on en 2019 ? Que ferons-nous en 2020 ? Que ferons-nous en 2021 ? Très juste ! La grève des urgences a atteint un niveau jamais vu en France : quatre-vingt-quinze services sont en grève !
L’état de santé des membres des équipes soignantes est catastrophique. Ce matin encore, un urgentiste témoignait du nombre croissant de burn-out dans les services d’urgences, tant les conditions de travail y sont devenues intolérables.
Et si ce n’était que les urgences ! Les députés communistes effectuent un tour de France des hôpitaux. Notre constat est le même partout : de la souffrance au travail, un manque de moyens pour effectuer les gestes les plus urgents et les plus simples, et, partout, des patients qui tiennent à leur hôpital public, à ses médecins, à ses infirmiers, et qui réclament des conditions dignes pour être soignés !
La situation des urgences hospitalières est le miroir grossissant de la politique menée depuis des années :…
Tout à fait ! …une politique de la comptabilité et de la rentabilité, rognant sur les effectifs des services publics. Or l’hôpital a besoin de temps humain, pour des soins réhumanisés.
Comme vous ne pensez qu’aux chiffres, voici ceux que vous conseillent les soignants : que personne n’attende plus de trois heures aux urgences,…
Il ne fallait pas voter les trente-cinq heures ! …la création de 100 000 postes et une augmentation de 300 euros par mois.
On me répondra, comme toujours : « Cela ne permet pas de guérir mieux ! » ; cela permettra au moins de passer la tempête.
Aurez-vous le courage de décider – comme le prévoit notre proposition de loi no 1900 – un moratoire sur les fermetures de lits, de services et d’hôpitaux, de prévoir des dispositifs de crise et de déployer les moyens adéquats ?
(Applaudissements sur les bancs des groupes GDR et FI.– M. Jérôme Lambert applaudit également.)
Canicule, isolement : la situation pourrait aggraver le bilan de l’été. Vous en porterez l’entière responsabilité.
Nos concitoyens peuvent se rassembler sur le site internet urgencesante.org pour exiger un tel moratoire.
(Applaudissements sur les bancs du groupe GDR et sur plusieurs bancs du groupe FI.) La parole est à Mme la secrétaire d’État auprès de la ministre des solidarités et de la santé. Pour lire la fiche numéro 47 ! Monsieur Lecoq, voici de trop nombreuses années qu’il n’y a pas eu d’investissement dans les hôpitaux. C’est pourquoi Mme la ministre des solidarités et de la santé a relancé à la hausse les tarifs hospitaliers, qui baissent depuis plus de dix ans. Arrêtez ! Nous entendons les observations des soignants, engagés quotidiennement pour accueillir et soigner, à toute heure du jour et de la nuit. S’agissant de leur mouvement de colère et d’épuisement, nos constats sont partagés et je n’y reviendrai pas. Comme nous, vous rencontrez sur le terrain les professionnels de santé,… C’est vous qui êtes aux responsabilités ! …que nous consultons également dans le cadre du ministère.
Mme la ministre a rappelé sa double exigence : apporter des réponses à court terme et garantir que notre système de santé ne fasse plus reposer sur les seules urgences hospitalières la réponse à toutes les demandes de soins non programmés.
Avant la fin de la semaine, Agnès Buzyn présentera les conditions dans lesquelles elle entend que les premières mesures – que j’ai rappelées à l’instant – soient prises, très rapidement et de façon opérationnelle.
Elle s’impliquera personnellement. Elle souhaite que toutes les parties prenantes et tous les métiers soient entendus. Il faut améliorer les conditions de travail des personnels soignants, ainsi que le degré de reconnaissance dont ils font l’objet.
Jeudi dernier, dans le cadre du congrès annuel des urgences, Mme la ministre a annoncé le lancement d’une mission nationale de refondation du modèle des services d’urgences, confiée au professeur Pierre Carli, président du conseil national de l’urgence hospitalière, et au député Thomas Mesnier.
Elle devra tirer les conséquences des orientations du plan « Ma santé 2022 » sur l’amont et l’aval des services d’urgences. Elle devra également apporter des réponses opérationnelles, en complément des mesures que j’évoquais à l’instant.
Enfin, permettez-moi de remercier, au nom du Gouvernement, les professionnels travaillant dans nos services d’urgence de leur engagement quotidien, sur lequel les Français peuvent compter.
(Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes LaREM et MODEM.) Ils veulent plus que des remerciements ! Ce ne sont pas des remerciements qu’ils attendent !
La parole est à Mme Marie-Christine Verdier-Jouclas. Ma question s’adresse à M. Didier Guillaume, ministre de l’agriculture et de l’alimentation. J’y associe les membres du groupe d’études vigne, vin et œnologie, que je copréside.
La réforme de la politique agricole commune approche. Le système européen de régulation des plantations de vignes, pour la filière viticole, prendra fin en 2030. Ce dispositif, adopté par les institutions européennes lors de la précédente réforme de l’organisation commune du marché, est appliqué à toutes les catégories de vins. Il permet d’accroître la surface plantée de 1 % maximum par an et par État membre.
Au mois d’avril 2019, la commission de l’agriculture et du développement rural du Parlement européen a voté, dans le cadre de la réforme de la PAC, un amendement visant à proroger jusqu’en 2050 le dispositif de régulation des plantations de vignes. Le Parlement issu des élections du mois de mai 2019 doit se prononcer au cours des prochains mois.
Souvenons-nous : en 2008, la libéralisation des plantations a entraîné une forte baisse des revenus des vignerons, la faillite de nombreuses exploitations familiales et une diminution de la qualité des vins.
La régulation des plantations de vignes est indispensable pour assurer la croissance de l’économie du vin, permettre à nos viticulteurs de développer leur production, assurer le rayonnement des vins français à l’échelle internationale et envisager sereinement l’installation des jeunes viticulteurs.
Les vignobles font partie intégrante de notre patrimoine, de notre culture, de nos terres. Dans les circonscriptions de la région Occitanie comme dans celles d’autres régions de France, la culture de la vigne doit être protégée !
Monsieur le ministre, pouvez-vous confirmer que vous vous engagez à demander la prorogation du dispositif, pour le bien de nos terres viticoles, et rassurer ainsi nos vignerons ?
Par ailleurs, nous vous remercions de votre réponse – importante pour la filière – à la question posée tout à l’heure par notre collègue Millienne au sujet de l’éventuelle taxation des vins français par les États-Unis.
(Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LaREM.) La parole est à M. le ministre de l’agriculture et de l’alimentation. Madame Verdier-Jouclas, je vous remercie de votre question, ainsi que de l’excellent travail que vous menez, à la tête du groupe d’études « vigne, vin et œnologie », avec votre coprésident, notre ami Jacques Cattin, député Haut-Rhinois. Il importe de défendre cette filière, ce patrimoine, cette culture, cette tradition française ! (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LaREM.) Même les Bourguignons applaudissent ! Le Gouvernement aussi ! Le Gouvernement s’associe à votre réflexion et partage votre souhait. La filière vitivinicole se range tout entière derrière vous. Le Gouvernement la soutient, elle qui souhaite proroger de 2030 à 2050 ses droits de plantation.
Dans le cadre du règlement Omnibus, la commission de l’agriculture et du développement rural du Parlement européen a adopté une telle prorogation. Je l’ai moi-même proposée lors du conseil européen des ministres de l’agriculture du 28 janvier dernier. Il faut à présent convaincre suffisamment d’États membres pour réunir une majorité – nous devrions y parvenir.
Il importe de préserver et de développer cette filière, en conservant ses marqueurs de qualité. J’ai rappelé tout à l’heure, en répondant à la question de Bruno Millienne, que nous avons la chance d’avoir des IGP – indication géographique protégée –, des AOP – appellation d’origine protégée – et des AOC – appellation d’origine contrôlée.
Exactement ! Ces labels de qualité sont indispensables à la segmentation et à la montée en gamme de la filière.
Aussi, madame la députée, soyez assurée que le Gouvernement est tout entier à vos côtés, pour faire en sorte de proroger les droits de plantation de la filière vitivinicole de 2030 à 2050. Il y va de l’intérêt de l’économie viticole de notre pays et de l’Union européenne. Il y va, tout simplement, de l’intérêt de la gastronomie française !
(Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM et MODEM.)
In vino veritas ! (Sourires.)
Nous avons terminé les questions au Gouvernement. La séance est suspendue.
(La séance, suspendue à seize heures cinq, est reprise à seize heures vingt-cinq, sous la présidence de M. Francis Vercamer.) La séance est reprise.
L’ordre du jour appelle la suite de la discussion du projet de loi d’orientation des mobilités (nos 1831, 1974, 1937, 1938, 1942).
Vendredi soir, l’Assemblée a poursuivi la discussion des articles du projet de loi, s’arrêtant à l’amendement no 3281 à l’article 26 AA.
La parole est à M. Dominique Potier, pour soutenir l’amendement no 3281. Par cet amendement, nous proposons, en cohérence avec les amendements que nous avons défendus sur la fin des ventes de véhicules thermiques, d’avancer de dix ans, en la fixant à 2040, la date à laquelle l’objectif de décarbonation des transports terrestres doit être atteint.
On nous dira : qu’avez-vous fait lorsque vous étiez dans la majorité ? Je connais ces arguments. Il se trouve qu’entre-temps, le rapport du GIEC – Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat – a été publié. C’est pourquoi il nous paraît important de fixer un objectif plus ambitieux et de consentir un effort significatif dans ce domaine.
Certes, nous savons que les transports terrestres ne représentent qu’une partie de la consommation d’énergies fossiles, qu’il faut avoir une approche globale du problème et que la France n’émet que 1 % des gaz à effet de serre. Mais, en adoptant cet amendement, nous ferions de la France un pays pionnier et nous serions en mesure de créer un effet d’entraînement.
J’ajoute, madame la ministre chargée des transports, que nous proposerons, lors de l’examen du projet de loi relatif à l’énergie et au climat, la création d’un fonds destiné à accompagner la mutation de l’ensemble de nos industries et modèles économiques concernés par la transition écologique ; l’État doit fournir le meilleur accompagnement possible. Ce fonds – et cette proposition intéressera sans doute Mme la présidente de la commission du développement durable et de l’aménagement du territoire – pourrait être financé par un report de l’ensemble des aides en faveur des énergies fossiles. Une telle mesure devrait nous aider à atteindre, en 2040 plutôt qu’en 2050, l’objectif que nous nous sommes fixé.
La parole est à M. Jean-Luc Fugit, rapporteur de la commission du développement durable et de l’aménagement du territoire, pour donner l’avis de la commission. Mes chers collègues, je suis heureux de vous retrouver pour la suite de la discussion des articles du titre III du projet de loi. Vendredi soir dernier, nous avons commencé d’aborder la question de la trajectoire du verdissement des flottes de véhicules.
L’exposé sommaire de votre amendement me surprend, monsieur Potier. Nous poursuivons là une longue discussion engagée vendredi soir. Selon vous, l’échéance de 2050 serait déconnectée. Votre jugement est d’autant plus sévère que nous ne vous proposons pas d’attendre 2050 pour agir, mais d’évoluer progressivement jusqu’en 2050, qui est notre point d’arrivée, l’année où la décarbonation du système des transports terrestres doit être achevée. D’ici là, la trajectoire sera jalonnée par plusieurs étapes, en 2030 et 2040.
Les articles 26A et 26B visent à imposer des obligations en matière de verdissement des flottes de véhicules, en particulier celles des entreprises qui comptent plus de cent véhicules, qu’elles utilisent ou qu’elles possèdent – nous proposerons des amendements pour éclaircir ce point.
Nous proposerons également des mesures pour verdir les flottes détenues par l’État et les collectivités, afin de concrétiser les dispositions prévues par la loi du 17 août 2015 relative à la transition énergétique pour la croissance verte, qui n’ont pas toujours été mises en œuvre, hélas.
Pour ces raisons, votre amendement ne me semble pas correspondre à la réalité.
Il résulte des échanges que nous avons eus avec la profession qu’il devrait être mis fin à la vente des véhicules roulant exclusivement à l’essence ou au diesel entre 2030 et 2035. L’échéance fixée pour la fin de la vente des véhicules neufs utilisant des énergies fossiles étant 2040, les véhicules hybrides pourront assurer la transition jusqu’à cette date.
Je rappelle ce que j’ai indiqué vendredi soir, la trajectoire que nous proposons, jalonnée par les échéances de 2020 et 2040, votées en commission, est à la fois réaliste et ambitieuse.
Revenons au cas des pays étrangers, évoqué vendredi soir. Je vous invite à relire le texte issu des travaux de la commission et le rapport qui en est résulté, dans lequel figure un extrait des réponses aux questions que nous avons posées aux autres pays européens.
À vous écouter, vendredi soir, on aurait pu croire que tous nos voisins européens s’étaient fixé des objectifs extrêmement ambitieux pour mettre fin à la vente de véhicules à carburants fossiles d’ici à 2025 ou 2030.
En réalité, aucun pays européen n’a, à ce jour, inscrit dans la loi la fin de la vente des véhicules à énergie fossile. Deux pays l’envisagent : l’Espagne à l’horizon 2040 et la Suède, à l’horizon 2030, en fonction des conclusions d’une étude qui sera menée en 2019. Les autres pays évoquent davantage des plans d’action ou se contentent d’exprimer leur volonté d’évoluer dans ce sens au cours des dix, vingt ou trente prochaines années.
La trajectoire que nous proposons n’est pas moins ambitieuse, au contraire. Nous ne sommes ni en retard ni en retrait. Nous avançons, en essayant de converger, avec nos voisins européens, vers cet objectif commun, au cours des vingt prochaines années.
Je suis défavorable à cet amendement car il serait très délicat d’avancer l’objectif de la décarbonation complète à 2040. En revanche, il est possible que nous y parvenions avant. Rappelons que nous avons prévu d’évaluer régulièrement, tous les cinq ans, l’avancée de la trajectoire. Cette évaluation permettra peut-être d’accélérer le mouvement. En tout état de cause, il serait prématuré, en 2019, de penser que l’objectif initialement fixé à 2050, pourrait être atteint en 2040.
La parole est à Mme la ministre chargée des transports, pour donner l’avis du Gouvernement. Je suis surprise que vous proposiez un tel amendement. Les objectifs que nous voulons inscrire dans ce texte ne sortent pas d’un chapeau ; ils n’ont pas été décidés sur un coin de table. Ils sont le fruit du travail engagé dans le cadre du plan climat annoncé par Nicolas Hulot à l’été 2017, ainsi que de la stratégie nationale bas-carbone. Ces démarches visent à placer la France sur une trajectoire destinée à limiter le réchauffement à 1,5 degré Celsius.
Nous n’allons pas, d’un trait de plume, effacer le travail réalisé des mois durant en concertation avec tous les acteurs concernés, en avançant l’échéance de la décarbonation des transports à 2040. Pourquoi pas 2035, tant qu’à y être ?
J’aimerais que vous mesuriez l’ampleur du travail qui a été accompli pour pouvoir fixer des objectifs dans la loi. Des concertations ont été menées, des plans d’action établis, afin de tenir l’objectif de limitation du réchauffement à 1,5 degré.
Je ne peux être favorable à un amendement qui bouleverse les agendas en avançant les échéances de dix ans. Nous devons faire preuve de responsabilité en fixant, dans la loi, des objectifs qui ne se résument pas à des incantations mais traduisent un plan d’action pour contenir le réchauffement à 1,5 degré, ainsi que l’a préconisé le GIEC.
La parole est à M. Fabrice Brun. Je voudrais en savoir davantage au sujet du lien entre les mesures dont nous débattons en ce moment et la loi Hulot relative aux hydrocarbures, votée le 19 décembre 2017. La France a alors décidé de mettre fin à l’exploitation des ressources fossiles sur son territoire à l’horizon 2040. Il me semblait que des échéances avaient été fixées à cette occasion pour mettre fin à l’utilisation des énergies fossiles dans les transports, en particulier la voiture. Pourriez-vous rappeler ce lien ? La parole est à M. Dominique Potier. Madame la ministre, je ne mets nullement en cause votre probité, ni vos convictions en ce domaine. Rappelons simplement que, depuis l’inscription dans la loi, à l’initiative de M. Hulot, d’une mesure que nous saluons tous, celle de la fin de l’exploitation des ressources fossiles sur notre territoire à l’horizon 2040, a été publié, en octobre 2018, le rapport du GIEC. Il révèle l’accélération du réchauffement climatique et compare les conséquences entre un réchauffement à 1,5 degré et un réchauffement à 2 degrés. En conséquence, il nous incite à accélérer la sortie du fossile dans les deux prochaines années.
C’est pourquoi nous vous appelons à constituer un fonds destinés à soutenir cette mutation. Nous ne nous amusons pas à pérorer ni à donner des leçons aux uns ou aux autres. Par réalisme, non par idéalisme, nous devons aller plus vite que ce que nous avions initialement prévu.
L’effort est colossal, et nous le mesurons. C’est précisément parce que les députés socialistes sont sensibles à la question de l’emploi dans les sites industriels et les territoires concernés qu’ils vous invitent à créer un fonds de mutation pour accompagner la mutation de notre industrie, qui soit à la hauteur des enjeux.
La France est capable, n’en doutons pas, de montrer la voie et d’entraîner ses voisins européens dans une mutation anticipée des énergies terrestres.
Enfin, dans la nuit de vendredi à samedi, nous étions peu nombreux mais les arguments avancés par le rapporteur ainsi que quelques députés, de La République en marche ou du Mouvement démocrate et apparentés, nous ont convaincus : les véhicules hybrides pourraient représenter une solution de transition et une échéance à 2035 pourrait être un compromis. Matthieu Orphelin a avancé cette proposition à plusieurs reprises. Une dérogation pourrait être prévue pour les véhicules hybrides, dans un souci de réalisme – vous nous appelez à en faire preuve.
En revanche, camper sur ces positions malgré le rapport du GIEC relèverait, non plus du réalisme, mais de l’irréalisme.
La parole est à M. Frédéric Barbier. Je suis élu d’un territoire de l’industrie automobile, Sochaux, où 2 000 voitures sont construites chaque jour, 500 000 chaque année.
Bien sûr, nous devons réaliser cette transition écologique et favoriser la décarbonation des mobilités, mais M. Potier me semble un peu démagogue : on ne passe pas si facilement de 2050 à 2040 ! Il faut laisser à nos territoires, à nos industries, le temps de s’adapter. La recherche d’une meilleure qualité environnementale ne doit pas faire oublier les enjeux de l’emploi, les populations, les salariés, les familles. Ils ont besoin de comprendre le sens de notre action, sinon ils penseront que nous sommes déconnectés de la réalité qu’ils vivent tous les jours.
N’oublions pas non plus les industriels qui ont investi massivement et devront encore le faire dans l’avenir du fait des mesures que nous nous apprêtons à prendre.
On ne peut pas, pour le simple plaisir d’une annonce, hâter de dix ans une telle mesure, comme si nous n’étions pas à un an près. Je sais où cela mène : à la situation que connaît aujourd’hui le site de General Electric dans le territoire de Belfort, car nous n’avons pas su – et j’ai siégé à vos côtés, monsieur Potier – anticiper l’effondrement du marché de la turbine à gaz, ni ses conséquences sur l’emploi.
Les virages industriels sont longs à prendre. N’oublions pas que, derrière ces enjeux, se trouvent des emplois et des familles. Il faut en tenir compte et ne pas annoncer dix ans de moins pour simplement impressionner dans un hémicycle.
(Mme Danielle Brulebois applaudit.) La parole est à M. Matthieu Orphelin. L’échéance de 2040 pour la fin de la vente de véhicules à énergie fossile était inscrite dans le programme d’Emmanuel Macron à la présidentielle. Or, depuis lors, comme l’a relevé M. Potier, a été publié le rapport du GIEC, dont il ressort que le maintien de cet objectif à l’horizon 2040 n’est pas compatible avec la limitation du réchauffement climatique à 1,5 degré. On peut toujours se rassurer en prétendant le contraire, mais on a tort. C’est pourquoi nous vous proposons d’avancer cette échéance à 2035.
De surcroît, l’objectif zéro émission nette de carbone d’ici à 2050, présenté par l’association Entreprises pour l’environnement, qui regroupe tous les grands industriels français, ne sera atteint que si les ventes de véhicules à énergie fossile s’arrêtent autour de 2035, plutôt qu’en 2040 – bien avant 2050 en tout cas.
Par ailleurs, M. le rapporteur a eu raison de mettre en avant l’importance du suivi. Il a été décidé en commission que l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques – OPECST – rendrait un rapport tous les cinq ans, mais je proposerai de ramener ce délai à deux ans.
Certains sujets méritent en effet un suivi plus rapproché. Julien Denormandie, ministre chargé de la ville et du logement, a fait remarquer à juste titre que certains dossiers étaient évalués chaque mois, alors que l’on peinait à obtenir des chiffres pour d’autres. Le suivi de la décarbonation du secteur des transports doit être réalisé à un rythme plus resserré que tous les cinq ans.
(L’amendement no 3281 n’est pas adopté.) La parole est à M. Bruno Duvergé, pour soutenir l’amendement no 2978. J’aimerais revenir à cet amendement et au suivant, même si je les ai déjà défendus dans la nuit de vendredi à samedi. La neutralité carbone à l’horizon 2050 s’envisage dans un cycle. Or, aujourd’hui, on mesure l’atteinte de l’objectif zéro carbone au pot d’échappement.
Ces amendements et ceux que je présenterai au prochain article tendent à modifier la définition des véhicules à faibles ou très faibles émissions, en y incluant des véhicules qui utilisent des carburants à cycle carbone nul.
Seront bien évidemment pris en compte les véhicules électriques utilisant de l’électricité d’origine décarbonée ainsi que les véhicules consommant de l’hydrogène issu d’une hydrolyse réalisée avec une électricité décarbonée ou de tout autre processus décarboné. Ces amendements visent à ce que soient également inclus tous les véhicules utilisant des carburants à bilan carbone neutre, qu’il s’agisse de carburants biosourcés à 100 % ou de carburants de synthèse. Il ne faudrait pas nous limiter, pour un simple problème de définition, aux seuls véhicules électriques ; nous devons autoriser d’autres véhicules utilisant un carburant à cycle carbone neutre.
Quel est l’avis de la commission ? Je n’ai rien à ajouter à la brillante analyse de M. Duvergé : cet amendement permet de préciser les propositions que j’avais formulées en commission. Avis favorable. Quel est l’avis du Gouvernement ? Même avis. La parole est à M. Julien Aubert. Cet amendement présente l’avantage de chercher à atteindre un objectif : s’il est bien de rouler avec un véhicule électrique, encore faut-il que cette électricité soit décarbonée. Si elle est produite avec une centrale thermique, un tel véhicule ne présente plus guère d’intérêt. Je suis donc d’accord avec les propos de M. Duvergé sur le carburant.
Il conviendrait toutefois de préciser également la question du cycle de vie des véhicules. J’ai cru comprendre, en effet, que vous ne visiez que l’énergie utilisée pour la propulsion. Or, si nous voulions être totalement transparents, il faudrait que le cycle de construction, et donc de vie, du véhicule soit, lui aussi, décarboné. Si nous importons demain des véhicules roulant à l’hydrogène de l’autre bout du monde, le bilan carbone sera loin d’être satisfaisant.
Si je suis d’accord avec la philosophie de l’amendement, je me demande si nous n’aurions pas eu intérêt à aller dans ce sens, si tant est que des objections techniques ne rendent pas cet objectif hors d’atteinte. Nous devrions en discuter.
La parole est à M. Bruno Duvergé. Nous ne pouvons qu’être d’accord avec le souhait de M. Aubert. J’avais déposé des amendements allant en ce sens en commission, mais ces éléments sont très difficiles à mesurer. Le présent amendement est applicable, quant à lui.
(L’amendement no 2978 est adopté et l’amendement no 2977 tombe.) Je suis saisi de deux amendements identiques, nos 1177 et 1864.
L’amendement no 1177 de M. Bertrand Pancher est défendu.
La parole est à M. François-Michel Lambert, pour soutenir l’amendement no 1864.
Il vise à inscrire dans le projet de loi les objectifs de développement des véhicules à faibles émissions, tels que fixés par le plan climat, présenté par le Gouvernement en juillet 2017, et le contrat stratégique de la filière automobile, signé par le Gouvernement et le secteur automobile en mai 2018 – il y a tout juste un an.
La politique de mobilité doit répondre à des critères d’équité sociale et d’excellence environnementale. De ce fait, les mesures envisagées dans le projet de loi doivent servir les objectifs de décarbonation de l’économie et d’amélioration de la qualité de l’air.
Alors même que la Commission européenne a précisé de nouveau, dans sa feuille de route pour 2050, que, pour atteindre les objectifs de l’accord de Paris, les véhicules arrivant sur le marché en 2040 ne devront plus émettre de gaz à effet de serre, il faut que la France montre toute son ambition de respecter ces objectifs, en les inscrivant dans le corps de la loi, et non simplement dans l’exposé des motifs.
Très bien ! Quel est l’avis de la commission ? Je tiens à remercier les auteurs de ces deux amendements d’avoir rappelé les objectifs d’ores et déjà fixés par le Gouvernement dans le cadre du plan climat et dans le contrat stratégique de la filière automobile. Il est bien de rappeler ces objectifs ambitieux.
Toutefois, je ne suis pas favorable à les inscrire dans le texte pour la simple raison que ces objectifs ont été fixés en 2017 pour 2022. Nous sommes en 2019 : ils n’ont pas leur place dans le cadre d’un projet de loi d’orientation, qui prévoit des mesures pour les deux ou trois décennies à venir. Ces objectifs sont en cours de réalisation ; nous sommes, si je puis dire, au milieu de la trajectoire. Le temps de la promulgation de la loi, nous en serons à la réalisation des trois cinquièmes de ces objectifs. C’est pourquoi je demande le retrait de ces amendements, non qu’ils soient satisfaits mais parce que l’action est en cours. S’ils ne sont pas retirés, j’émettrai un avis défavorable.
Quel est l’avis du Gouvernement ? Je souscris aux propos du rapporteur : ces objectifs sont inscrits dans le contrat stratégique de la filière automobile, et le seront dans le décret relatif à la programmation pluriannuelle de l’énergie. De plus, votre amendement écraserait un autre objectif important : la réduction de 37,5 % des émissions de dioxyde de carbone à l’horizon 2030. Avis défavorable. La parole est à M. Julien Aubert. Mes doutes portent sur les propos de M. François-Michel Lambert relatifs à la justice sociale. Si je comprends bien que l’on fixe un tel objectif pour 2040, il ne faut pas oublier les impératifs industriels : que signifie concrètement qu’il ne devra plus y avoir de véhicules émettant des gaz à effet de serre en 2040 ? En l’état de la technologie, nous disposons du véhicule électrique, mais il demeure très cher et soulève la question des infrastructures ; la propulsion à l’hydrogène n’est pas encore mature ; quant aux biocarburants, ils émettent des gaz à effet de serre. Dans les faits, si on ne trouve pas le moyen de développer d’autres technologies, en 2040, toutes les voitures devront être électriques pour respecter votre objectif.
Il serait important d’introduire une clause de revoyure, afin de prendre également en considération le pouvoir d’achat – la proximité de la date, à mon avis, suffit à l’écarter, mais imaginons que nous puissions la voter, même différemment. Il ne faudrait pas qu’après avoir interdit toute vente de certains types de véhicules, le prix des autres véhicules soit si élevé que nous nous retrouvions devant une forme d’impossibilité sociale, surtout après la crise que nous avons traversée ces derniers mois.
Une clause de revoyure permettrait, quelques années avant la date butoir, d’adapter éventuellement l’objectif, si nous nous apercevons qu’il n’est tenable ni du point de vue industriel ni du point de vue social.
(Les amendements identiques nos 1177 et 1864 ne sont pas adoptés.) Sur l’article 26 AA, je suis saisi par le groupe La République en marche d’une demande de scrutin public.
Le scrutin est annoncé dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.
La parole est à Mme Delphine Batho, pour soutenir l’amendement no 2769.
Il vise à mettre fin au 1er janvier 2025 à la commercialisation des véhicules neufs émettant plus de 100 grammes de dioxyde de carbone au kilomètre.
Les députés non inscrits ont peu de temps de parole, mais je tiens à rappeler que, sur la question des mutations industrielles, l’Assemblée nationale avait fait des propositions il y a quelques années, sous la précédente législature. Or nous ne prenons pas le bon chemin, puisque nous assistons à une augmentation des émissions de dioxyde de carbone des véhicules neufs vendus en France.
Il est nécessaire de prendre des décisions : les véhicules tout-terrain de loisir, dits SUV –
sport utility vehicles –, émettent davantage de dioxyde de carbone parce qu’ils sont plus lourds et moins aérodynamiques. La tendance du marché va à l’encontre de la protection du climat. (M. Sébastien Nadot, M. Dominique Potier et M. Loïc Prud’homme applaudissent.) La parole est à M. Jean-Luc Fugit. J’ai déjà eu un échange avec Mme Batho à ce sujet vendredi soir : nous avions souligné qu’une telle interdiction pour 2025 était impossible à l’heure actuelle, parce que l’Union européenne a adopté le 17 avril dernier un règlement qui porte sur les émissions des véhicules pour la période qui va de 2021 à 2030.
Ces obligations feront évoluer le modèle économique et le modèle de production des constructeurs. La diminution des émissions de dioxyde de carbone – que je souhaite comme vous – est précisément la motivation première de ces ambitions européennes. Il n’est donc pas possible, je le répète, de fixer des interdictions de vente pour les véhicules qui sont produits sur le marché européen qui, je vous le rappelle, est un marché unique. Le système d’homologation, qui est lié aux pays de production des véhicules en question, est, lui aussi, unique.
Je vous demande de retirer l’amendement, faute de quoi j’émettrai sur celui-ci un avis défavorable.
Quel est l’avis du Gouvernement ? Comme vous le savez, la France a œuvré pour que des objectifs ambitieux soient arrêtés au niveau européen, notamment pour les échéances 2025 et 2030. En 2025, l’objectif d’émission pour les véhicules neufs s’établira à 80 grammes de dioxyde de carbone au kilomètre, ce qui est bien inférieur à 100 grammes.
Il est très important que de tels objectifs soient fixés au niveau européen. Je ne me satisfais pas plus que vous de voir qu’en 2018, la moyenne a été de 112 grammes. À partir de 2020, tous les constructeurs devront ramener les émissions moyennes à 95 grammes. C’est la bonne voie : nous devons nous battre pour fixer des normes au niveau européen, qui se traduisent pas des contraintes très fortes que les constructeurs doivent respecter.
Je vous demande de retirer l’amendement, faute de quoi j’émettrai un avis défavorable.
La parole est à Mme Delphine Batho. Afin d’éviter une confusion, madame la ministre, je tiens à souligner que l’amendement vise les émissions de chaque véhicule, quand vous évoquez la directive européenne qui prend en considération les flottes des constructeurs. Cela n’a donc aucun rapport avec la limite des 100 grammes ciblée dans l’amendement. Mais si !
(L’amendement no 2769 n’est pas adopté.) La parole est à M. Damien Adam, pour soutenir l’amendement no 2781. Si nous pouvons tous nous féliciter de l’inscription dans la loi de l’objectif de la fin des véhicules fonctionnant à 100 % à l’essence ou au diesel à l’horizon 2040, des étapes intermédiaires manquent pour rendre crédible la réalisation de cet objectif. Ces objectifs intermédiaires sont en effet essentiels.
C’est pourquoi l’amendement vise à inscrire dans la loi l’objectif d’atteindre, en 2022, « un nombre de voitures particulières neuves à très faibles émissions vendues au moins cinq fois supérieur au nombre de voitures particulières neuves à très faibles émissions vendues en 2017 ». Je vous rappelle que cet objectif est inscrit dans le contrat stratégique de la filière automobile 2018-2022 et dans le plan climat du Gouvernement.
Quel est l’avis de la commission ? M. Adam ne sera pas surpris de ma réponse, qui sera la même que celle que j’ai apportée, il y a quelques minutes à peine, sur un amendement dont l’objectif était similaire. Vous l’avez vous-même souligné : cet objectif intermédiaire est déjà inscrit dans le contrat stratégique de la filière automobile, pour la période s’étendant de 2017 à 2022. Je comprends que vous vouliez vérifier, en 2022, que l’engagement pris en 2017 a bien été respecté ; il faudra procéder à cette vérification. Toutefois, je ne vois pas l’intérêt d’inscrire cet objectif, que le Gouvernement a fait sien, dans un texte de loi en 2019, compte tenu de la période en cause. Ce projet de loi vise à définir des orientations nouvelles pour les deux à trois décennies à venir ; il ne porte pas vraiment sur les objectifs en cours de réalisation. Je demande le retrait de l’amendement. À défaut, j’émettrai un avis défavorable. Quel est l’avis du Gouvernement ? Je suggère moi aussi le retrait de l’amendement, tout en précisant que cet objectif sera repris dans le décret relatif à la programmation pluriannuelle de l’énergie.
(L’amendement no 2781 est retiré.) Je suis saisi de trois amendements, nos 2767, 3282 et 1414, pouvant être soumis à une discussion commune.
Les amendements nos 2767 et 3282 sont identiques.
L’amendement no 2767 de Mme Delphine Batho est défendu.
La parole est à M. Dominique Potier, pour soutenir l’amendement no 3282.
En cohérence avec le fait de ramener de 2050 à 2040 l’échéance pour la décarbonation complète du secteur des transports terrestres, nous proposons d’avancer à 2030 la fin de la vente des véhicules utilisant des énergies fossiles.
Si j’ai été convaincu par plusieurs collègues de l’opportunité de prévoir une date intermédiaire pour les véhicules hybrides, il faut prendre acte de l’accélération de la recherche dans l’industrie automobile. Je n’ignore pas les problèmes posés, à l’heure actuelle, par notre dépendance envers la Chine en matière de pile électrique. Toutefois, il faut prendre en compte le taux de renouvellement des véhicules : nous aurons sur la route des véhicules à énergie fossile encore dix à quinze ans après la fin de leur vente. Or nous savons d’ores et déjà que les effets du réchauffement climatique seront terrifiants en 2050, date correspondant à la fin de l’usage de ces véhicules.
Monsieur Barbier, si je suis, moi aussi, très attaché à l’industrie, je suis surtout, comme vous, attaché à l’industrie du futur, à celle qui produira pour le marché de demain. Nous devons accompagner sa mutation, pour ne pas la subir ; ce que vous avez dit des turbines à gaz est tout à fait exact. Nous devons anticiper dans une logique de prospective. L’État et l’industrie doivent avoir la capacité de penser les moteurs et les véhicules du futur.
Monsieur Aubert, vos préoccupations relatives au pouvoir d’achat sont décalées par rapport au choc que provoquera, en la matière, le changement climatique. Tous les rapports de la FAO – Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture – et de l’INRA – Institut national de la recherche agronomique – sont terrifiants, s’agissant de l’impact du changement climatique sur le coût de l’alimentation, en raison de la raréfaction des nutriments ; des problèmes alimentaires se poseront.
En outre, sans mener une analyse prospective approfondie sur le budget alimentaire des ménages en 2040 ou en 2050, je voudrais évoquer un problème très concret, auquel chacun pourra s’intéresser pour sa circonscription : chez nous, les syndicats des eaux sont en train d’imaginer, pour faire face aux chocs hydriques comme la pénurie d’eau ou les différents stress hydriques, des systèmes de sécurisation de l’alimentation en eau potable, qui peuvent représenter entre 15 et 25 % du coût de l’eau potable. Ce surcoût de l’alimentation en eau potable, qui représentera 1 euro, parfois 2 euros, aura une incidence considérable dans le budget des ménages modestes.
Ainsi, lutter contre le changement climatique et l’anticiper, c’est protéger les emplois de demain et le pouvoir d’achat de nos concitoyens.
La parole est à M. Matthieu Orphelin, pour soutenir l’amendement no 1414. Viser 2035 plutôt que 2040 serait plus cohérent avec les conclusions du rapport spécial du GIEC préconisant la limitation du réchauffement climatique à 1,5 degré. Cela permettrait en outre de prendre en compte l’inertie du parc automobile, dans la perspective d’une neutralité carbone en 2050. Enfin, cette date serait également plus cohérente avec l’ambition des constructeurs automobiles, qui prévoient d’arriver à mettre fin à la vente des véhicules utilisant des énergies fossiles bien avant 2040. Quel est l’avis de la commission ? Au risque de me répéter, j’indique que les dates que vous proposez, notamment celle de 2030, ne sont pas pertinentes. Dans leur rédaction actuelle, vos amendements concernent les véhicules 100 % diesel et 100 % essence, mais aussi les véhicules hybrides, qui constituent pourtant une solution intéressante pour cette transition. Il faut sous-amender ! Je n’ai pas achevé mon propos, monsieur Potier…
La trajectoire proposée est cohérente. M. Barbier a indiqué, à juste titre, qu’il fallait faire attention à nos constructeurs et à nos territoires, notamment ceux dans lesquels se trouvent des équipementiers et des sous-traitants. Une véritable mutation doit être engagée. Le choix d’une période de vingt ans, c’est-à-dire d’une génération, pour réaliser cette transition est socialement acceptable, à la condition d’accompagner les entreprises et les territoires. Du point de vue économique, ce choix est soutenable. Du point de vue environnemental, il est à la fois réaliste et ambitieux.
Certes, si on pouvait aller plus vite par un coup de baguette magique, ce serait mieux. Vous parlez d’ailleurs beaucoup de dioxyde de carbone, quand je parle aussi des polluants de proximité : oxyde d’azote et particules fines. En tant que président du Conseil national de l’air, ces sujets me tiennent particulièrement à cœur. J’aimerais bien, par un coup de baguette magique, les faire disparaître du jour au lendemain. J’imagine que chacun d’entre nous y fait très attention dans ses déplacements quotidiens, par exemple en privilégiant, à Paris, le métro plutôt que la voiture. Nous faisons cela parce que nous avons envie de lutter contre cette pollution de proximité.
Je pense sincèrement que cette trajectoire est réaliste et ambitieuse. J’ai proposé en commission de la faire évaluer régulièrement, par l’OPECST, afin d’associer l’ensemble des représentants du peuple siégeant au Sénat et à l’Assemblée nationale. Cela permettra de contrôler le Gouvernement tous les cinq ans, de mener un véritable débat et de disposer des remontées d’informations des territoires ou des entreprises. Cela n’empêchera pas la publication de rapports intermédiaires, notamment par le Gouvernement.
Cette évaluation nous permettra peut-être de constater – personne n’est devin –, dans cinq ou dix ans, que la technologie hydrogène est devenue mature. Je crois en l’hydrogène, mais je ne suis pas capable de dire aujourd’hui si l’hydrogène sera devenu, dans dix ans, le pétrole du XXIe siècle ; personne ne peut le dire. Si cela se trouve, tel ne sera pas le cas.
Peut-être que les véhicules électrifiés, dans lesquels d’inclus les véhicules hybrides, seront devenus extrêmement intéressants, en raison d’une consommation très faible. Peut-être disposerons-nous de carburants de seconde génération particulièrement intéressants, eux aussi. Des développements seront peut-être intervenus en matière de bioéthanol ou de biogaz, notamment pour ce qui concerne la mobilité lourde. Des évolutions technologiques très intéressantes nous auront peut-être permis de passer de la mobilité lourde à une mobilité plus légère. Nous pourrons mesurer ces évolutions tous les cinq ans : en 2024, en 2029, et ainsi de suite. Nous pourrons alors prendre des décisions pour conforter la trajectoire ou, éventuellement, l’infléchir – j’espère dans le bon sens.
Je répète ce que j’ai dit lors de la discussion générale et vendredi dernier : nous avons aussi le devoir de nous appuyer sur tout notre tissu de recherche. Par exemple, en Europe, 70 % des publications à comité de lecture sur l’hydrogène sont produites par des laboratoires français, situés notamment dans l’Est de la France, que connaît bien M. Barbier. Nous disposons d’instituts de recherche, notamment d’IFP Énergies nouvelles, qui travaille très bien sur les différents scénarios pour l’avenir. Nous disposons également de laboratoires de recherche universitaire. Notre tendance naturelle, en France, est de ne pas suffisamment valoriser nos chercheurs, nos anciens chercheurs et nos instituts. Nous avons l’occasion de les associer davantage et mieux.
Nous vous proposons une trajectoire qui embarque tout le monde : nos concitoyens – dont nous n’avons pas beaucoup parlé –, les entreprises, les territoires et le monde de la recherche. Les trajectoires proposées, notamment le verdissement des flottes privées, d’État et des collectivités territoriales, sont aussi un moyen de donner une perspective et une visibilité aux constructeurs afin qu’ils fassent évoluer leur production, mais aussi qu’ils produisent plus massivement pour parvenir à réduire les coûts de production et, partant, les prix.
Au-delà, l’arrivée sur le marché d’un nombre croissant de véhicules à faibles émissions permettra à nos concitoyens de disposer de véhicules d’occasion accessibles. En commission, M. Sermier et d’autres collègues nous ont alertés, à juste titre, sur le coût social de ces mesures. Grâce au marché de l’occasion, nous donnerons aux Français un accès à ces véhicules. Je rappelle d’ailleurs que ce ne sera que la suite des primes à la conversion, qui permettent d’ores et déjà d’aider ceux qui veulent changer leur véhicule.
Pour l’ensemble de ces raisons, je pense objectivement que votre proposition visant à raccourcir la durée de mise en œuvre de la trajectoire est un peu risquée. C’est la raison pour laquelle j’émets un avis défavorable sur ces amendements.
S’agissant des pays européens auxquels il est fait référence dans l’exposé sommaire de l’un des amendements, je vous renvoie au texte inclus dans le rapport de la commission, qui est le fruit d’un travail élaboré avec les parlements des autres pays européens. Vous verrez que nous sommes ni en retrait ni en retard. Je pense même que les décisions que nous sommes en train de prendre peuvent faire de la France un pays
leader en la matière. J’espère que, pendant la prochaine décennie, nous arriverons à faire converger les pays européens, pour que, lors de la décennie suivante, nous puissions prendre des décisions beaucoup plus radicales. (Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM.) Quel est l’avis du Gouvernement ?

Mme Élisabeth Borne, ministre.