XVe législature
Session ordinaire de 2020-2021

Séance du mardi 08 juin 2021

L’ordre du jour appelle la suite de la discussion, en nouvelle lecture, du projet de loi relatif à la bioéthique (nos 3833, 4222).
Cet après-midi, l’Assemblée a poursuivi la discussion des articles du projet de loi, s’arrêtant à l’amendement no 1074.
L’amendement no 1074 de M. Pascal Brindeau est défendu.
La parole est à M. Jean-Louis Touraine, rapporteur, pour donner l’avis de la commission spéciale.
Avis défavorable. Vous proposez que l’on informe le conjoint, en cas de don de gamètes. Or nous avons décidé en commission spéciale de supprimer le double consentement au sein du couple. Je rappelle que la France est le dernier pays en Europe à solliciter le conjoint pour un acte qui engage d’abord la personne du donneur. Il est opportun de maintenir dans le texte de loi la position constante de la commission spéciale à cet égard. C’est dur de meubler ! J’ajoute que c’est aussi une demande importante de la part des organismes qui s’occupent des donneurs qui jugent extrêmement contraignant de devoir différer leurs pratiques pour faire signer le conjoint, sachant que le trouver et le faire venir peut prendre du temps. Vous pouvez arrêter, ils sont arrivés ! Ne commencez pas, monsieur Cordier ! Le règlement a été respecté par M. le rapporteur et il ne vous appartient pas d’en commenter son usage.
La parole est à M. le secrétaire d’État chargé de l’enfance et des familles, pour donner l’avis du Gouvernement.
Cet amendement propose que l’autre membre du couple soit informé, préalablement au don de gamètes, des dispositions législatives et réglementaires afférentes, notamment de celles relatives à l’accès des enfants nés de don aux données non identifiantes et à l’identité du donneur – objet de l’article 3 du présent projet de loi, que nous aurons bientôt l’occasion de discuter. Mais si, comme nous avons déjà eu l’occasion de l’expliquer, l’information et l’accord du partenaire sont légitimes, le Gouvernement encourageant les couples à échanger en ce sens, ces échanges relèvent de la sphère privée et non de la loi, raison pour laquelle le Gouvernement a toujours émis un avis défavorable à une telle proposition et le réitère lors de cette troisième lecture. La parole est à Mme Caroline Fiat. Monsieur le président, je n’ai pas pu venir vous en parler, mais je remercie Mme la présidente de la commission spéciale ainsi que tous les groupes parlementaires qui ont bien voulu accéder à ma demande de prise de parole même si elle n’a que peu à voir avec les amendements en discussion – il est vrai que dans le cadre du temps législatif programmé, on peut dire ce que l’on veut, me semble-t-il.
Chacun sait ici qu’un député court un peu partout, surtout en période électorale, et je viens seulement d’apprendre, honte à moi, qu’ont eu lieu aujourd’hui, en Meurthe-et-Moselle, les obsèques de Jacques Manel, chef de service du centre anti-poison et de toxicovigilance de ce département. Je tenais profondément à lui rendre hommage ce soir parce que, dans ce petit département qu’est la Meurthe-et-Moselle, c’est grâce à des hommes comme lui, qui ont à cœur de réaliser des projets, puis de les faire grandir, que nous avons à Nancy un centre anti-poison. On vote ici des lois d’importance nationale, mais il peut y avoir dans nos villes, et on en est tous fiers alors, de grands hommes, de grandes femmes, qui les rendent belles.
C’est vrai ! Notre chauvinisme local n’en est-il pas touché ? Cela me tenait donc vraiment à cœur d’intervenir, même si cela n’a pas vraiment de rapport avec ce texte de loi. Et je vous remercie tous, encore une fois, de m’avoir laissé rendre hommage ce soir à Jacques Manel, qui nous a quittés.
(L’amendement no 1074 n’est pas adopté.) Je suis saisi de plusieurs amendements, nos 1075, 168, 371, 784 et 1223, pouvant être soumis à une discussion commune.
Les amendements nos 168, 371, 784 et 1223 sont identiques.
L’amendement no 1075 de Mme Agnès Thill est défendu.
Les amendements nos 168 de M. Patrick Hetzel, 371 de M. Xavier Breton, 784 de Mme Anne-Laure Blin et 1223 de M. Marc Le Fur sont défendus.
(L’amendement no 1075, repoussé par la commission et le Gouvernement, n’est pas adopté.)
(Les amendements identiques nos 168, 371, 784 et 1223, repoussés par la commission et le Gouvernement, ne sont pas adoptés.) Je suis saisi de cinq amendements, nos 1607, 166, 369, 782 et 1219, pouvant être soumis à une discussion commune.
Les amendements nos 166, 369, 782 et 1219 sont identiques.
L’amendement no 1607 de Mme Blandine Brocard est défendu.
Les amendements nos 166 de M. Patrick Hetzel, 369 de M. Xavier Breton, 782 de Mme Anne-Laure Blin et 1219 de M. Marc Le Fur sont défendus.
(L’amendement no 1607, repoussé par la commission et le Gouvernement, n’est pas adopté.)
(Les amendements identiques nos 166, 369, 782 et 1219, repoussés par la commission et le Gouvernement, ne sont pas adoptés.) Je suis saisi de douze amendements, nos 167, 370, 534, 715, 783, 931, 1221, 1513, 536, 1566, 9 et 1608, pouvant être soumis à une discussion commune.
Les amendements nos 167, 370, 534, 715, 783, 931, 1221, 1513 d’une part, 536 et 1566 d’autre part, sont identiques.
Les amendements nos 167 de M. Patrick Hetzel, 370 de M. Xavier Breton et 534 de Mme Emmanuelle Ménard sont défendus.
La parole est à Mme Marie Tamarelle-Verhaeghe, pour soutenir l’amendement no 715.
Je veux me faire par cet amendement le porte-voix de la fédération des CECOS – centres d’étude et de conservation des œufs et du sperme humain – qui demande en effet le maintien du consentement du conjoint parce que le don de gamètes n’est pas anodin, notamment le don d’ovocytes étant donné les risques médicaux, dont il faut tenir compte et qui peuvent interférer dans la vie du couple. De plus, il peut y avoir consentement au moment du don et non plus lors de l’utilisation effective. Il est donc proposé que le consentement du conjoint soit, lui aussi, révocable. Les amendements nos 783 de Mme Anne-Laure Blin, 931 de Mme Agnès Thill, 1221 de M. Marc Le Fur, 1513 de M. Julien Ravier, 536 de Mme Emmanuelle Ménard, 1566 de Mme Josiane Corneloup, 9 de Mme Annie Genevard et 1608 de Mme Blandine Brocard sont défendus.
Quel est l’avis de la commission ?
Avis défavorable à cette nouvelle tentative de rétablir l’obligation de l’accord du conjoint pour un don de gamètes.
(Les amendements identiques nos 167, 370, 534, 715, 783, 931, 1221 et 1513, repoussés par le Gouvernement, ne sont pas adoptés.)
(Les amendements identiques nos 536 et 1566, repoussés par le Gouvernement, ne sont pas adoptés.)
(Les amendements nos 9 et 1608, repoussés par le Gouvernement, successivement mis aux voix, ne sont pas adoptés.) Je suis saisi de huit amendements, nos 170, 373, 786, 1226, 169, 372, 785 et 1224, pouvant être soumis à une discussion commune.
Les amendements nos 170, 373, 786, 1226 d’une part, et 169, 372, 785 et 1224 d’autre part, sont identiques.
Les amendements nos 170 de M. Patrick Hetzel, 373 de M. Xavier Breton, 786 de Mme Anne-Laure Blin, 1226 de M. Marc Le Fur, 169 de M. Patrick Hetzel, 372 de M. Xavier Breton, 785 de Mme Anne-Laure Blin et 1224 de M. Marc Le Fur sont défendus.
(Les amendements identiques nos 170, 373, 786 et 1226, repoussés par la commission et le Gouvernement, ne sont pas adoptés.)
(Les amendements identiques nos 169, 372, 785 et 1224, repoussés par la commission et le Gouvernement, ne sont pas adoptés.) L’amendement no 1078 de M. Pascal Brindeau est défendu.
(L’amendement no 1078, repoussé par la commission et le Gouvernement, n’est pas adopté.) Je suis saisi de sept amendements, nos 588, 680, 1609, 171, 374, 787 et 1228, pouvant être soumis à une discussion commune.
Les amendements nos 588 et 680, d’une part, et 171, 374, 787 et 1228, d’autre part, sont identiques.
Les amendements nos 588 de Mme Annie Genevard, 680 de M. Fabien Di Filippo, 1609 de Mme Blandine Brocard, 171 de M. Patrick Hetzel, 374 de M. Xavier Breton, 787 de Mme Anne-Laure Blin et 1228 de M. Marc Le Fur sont défendus.
(Les amendements identiques nos 588 et 680, repoussés par la commission et le Gouvernement, ne sont pas adoptés.)
(L’amendement no 1609, repoussé par la commission et le Gouvernement, n’est pas adopté.)
(Les amendements identiques nos 171, 374, 787 et 1228, repoussés par la commission et le Gouvernement, ne sont pas adoptés.) La parole est à M. Gérard Leseul, rapporteur de la commission spéciale, pour soutenir l’amendement no 965. Avec votre autorisation, monsieur le président, je défendrai en même temps mon amendement no 966. Vous avez en effet déposé un amendement no 966. Nous vous écoutons soutenir ces deux amendements. Aujourd’hui, la loi autorise la conservation des ovocytes uniquement pour des raisons médicales, si une maladie ou une intervention altère ou risque d’altérer la fertilité, à une exception près : la femme qui pratique un don d’ovocytes peut être autorisée à en conserver pour elle-même sous certaines conditions. Par cet article 2, le Gouvernement entend ouvrir le droit à l’autoconservation des gamètes sans raison médicale, et c’est une bonne chose que nous, les membres du groupe Socialiste et apparentés, saluons.
Cependant, les conditions d’âge seraient fixées par décret en Conseil d’État, pris après avis de l’Agence de la biomédecine, et il est indiqué dans l’étude d’impact que cette ouverture au droit à l’autoconservation se ferait à partir de 30 ans ou 32 ans. Nous en avons discuté en commission spéciale et ce seuil est justifié dans l’étude d’impact par une moyenne statistique montrant un plus fort taux de fécondité avant cet âge. Or de nombreuses femmes, peut-être même de plus en plus, souffrent de pathologies telles que l’endométriose, qui peut se manifester dès la puberté, ou l’insuffisance ovarienne prématurée – qui touche une femme sur 10 000 avant 20 ans et une sur 1 000 avant 30 ans.
Aujourd’hui, ces personnes se voient trop souvent refuser l’autoconservation de leurs ovocytes, même si elles souhaitent le faire pour des raisons médicales. Demain, ce pourrait encore être le cas.
Les deux amendements visent donc à permettre l’autoconservation des ovocytes, dès la majorité pour le premier et, à défaut, à partir de 25 ans s’agissant de l’amendement de repli. Certes, il a été dit à plusieurs reprises qu’il ne fallait pas nécessairement promouvoir l’autoconservation des ovocytes, mais entre l’autoriser dès la majorité et en faire l’absolue promotion, il y a une marge que je ne franchis pas.
En réponse aux arguments exposés en commission spéciale, nous soulignons que toute femme majeure est libre de son corps et qu’elle est seule capable de savoir ce qui serait trop lourd à supporter ou non pour elle. Compte tenu de la lourdeur du processus, elle ne prendrait d’ailleurs pas à la légère la décision d’autoconserver ses ovocytes.
Quel est l’avis de la commission ? La commission spéciale a émis un avis défavorable parce que les conditions que vous citez comme l’endométriose – on pourrait aussi évoquer la chimiothérapie pour traiter un cancer ou une leucémie – sont déjà prévues dans la loi et la conservation des ovocytes est bien entendu proposée par les équipes médicales dans ces cas-là.
Il est ici question d’une autoconservation d’ovocytes non pas de convenance, mais qui relève tout de même de la seule décision d’une femme. Tout l’objectif a donc été de définir les conditions dans lesquelles la demande sera suffisamment légitime pour que les moyens adaptés soient mis en relation avec les besoins. Si l’on abaisse à 25 ans ou,
a fortiori , à 18 ans, la condition d’âge, les demandes seront faites à foison, sans toujours être réfléchies. J’ai cité tout à l’heure l’exemple de femmes trentenaires dont le couple n’est pas immédiatement apte à pourvoir à l’éducation d’un enfant ; généralement, ce n’est pas le type de décision que l’on prend à 18 ou à 20 ans.
Je crois que la commission spéciale a été sage en proposant d’en rester, au moins pendant les sept prochaines années jusqu’à la future révision de la loi de bioéthique, à des dispositions qui posent une borne d’âge pour l’autoconservation des ovocytes, sachant qu’elles seront prises en suivant les conseils de l’ensemble des experts de l’Agence de la biomédecine, qui inspire le Conseil d’État.
(Les amendements nos 965 et 966, repoussés par le Gouvernement, successivement mis aux voix, ne sont pas adoptés.) Je suis saisi de quatre amendements identiques, nos 172, 375, 541 et 788.
La parole est à M. Patrick Hetzel, pour soutenir l’amendement no 172.
Je souligne une nouvelle fois que l’autoconservation des ovocytes sans raison médicale présente tout de même une difficulté majeure. Je citerai simplement une phrase que l’on trouve dans l’avis de l’Académie nationale de médecine, et qui indique de façon très troublante que « ce changement de nature de l’acte médical n’est pas sans soulever de sérieuses questions de fond pour l’avenir de la pratique médicale. » L’Académie nationale de médecine nous alerte donc sur certaines évolutions dangereuses pour la pratique médicale elle-même. Je trouve frappant que l’on n’obtienne pas de réponse à ce type d’interrogations. Les amendements nos 375 de M. Xavier Breton, 541 de Mme Emmanuelle Ménard et 788 de Mme Anne-Laure Blin sont défendus.
Quel est l’avis de la commission ?
Défavorable car l’intention des amendements est couverte par l’article L. 2141-11 du code de la santé publique.
(Les amendements identiques nos 172, 375, 541 et 788, repoussés par le Gouvernement, ne sont pas adoptés.) L’amendement no 546 de Mme Emmanuelle Ménard est défendu.
Quel est l’avis de la commission ?
Avis défavorable. Quel est l’avis du Gouvernement ? Même avis. J’aimerais répondre, monsieur le président. Vous ne pouvez plus parler, madame Ménard. Le règlement, c’est le règlement. L’autorité est une valeur à laquelle chacun doit se soumettre. Cette discussion n’a aucun sens !
(L’amendement no 546 n’est pas adopté.) Les amendements identiques nos 173 de M. Patrick Hetzel, 376 de M. Xavier Breton, 789 de Mme Anne-Laure Blin et 1233 de M. Marc Le Fur sont défendus.
(Les amendements identiques nos 173, 376, 789 et 1233, repoussés par la commission et le Gouvernement, ne sont pas adoptés.) La parole est à Mme Blandine Brocard, pour soutenir l’amendement no 1610. Des candidats à l’assistance médicale à la procréation (AMP) ont rapporté les pressions dont ils étaient parfois victimes pour qu’à l’occasion de l’AMP ils acceptent de donner leurs gamètes pour d’autres couples. Un don réalisé dans de telles conditions présente un consentement vicié. Il est donc particulièrement important qu’aucune proposition de don ne soit faite à la personne qui demande l’autoconservation de ses gamètes préalablement au prélèvement ou au moment de sa réalisation. Quel est l’avis de la commission ? Défavorable. Quel est l’avis du Gouvernement ? Même avis. Et pourquoi ? Parce que ce n’est pas l’option que nous avons retenue.
(L’amendement no 1610 n’est pas adopté.) L’amendement no 548 de Mme Emmanuelle Ménard est défendu.
(L’amendement no 548, repoussé par la commission et le Gouvernement, n’est pas adopté.) L’amendement no 1611 de Mme Blandine Brocard est défendu.
Quel est l’avis de la commission ?
Défavorable. Quel est l’avis du Gouvernement ? Il est satisfait. Demande de retrait ; à défaut, avis défavorable.
(L’amendement no 1611 est retiré.) La parole est à Mme Blandine Brocard, pour soutenir l’amendement no 1612. Il s’agit de préciser davantage l’absence de prise en charge par l’employeur, ou par toute personne à l’égard de laquelle le patient se trouverait en situation de dépendance économique, des frais relatifs à la conservation des gamètes. Monsieur le rapporteur, vous dites que c’est un point auquel vous tenez beaucoup, je vous propose donc de le préciser davantage. Quel est l’avis de la commission ? Je vous remercie d’en reparler, mais il n’empêche que votre amendement est satisfait puisque la précision figure déjà dans le texte. Avis défavorable.
(L’amendement no 1612, repoussé par le Gouvernement, n’est pas adopté.) L’amendement no 1083 de Mme Agnès Thill est défendu.
(L’amendement no 1083, repoussé par la commission et le Gouvernement, n’est pas adopté.) L’amendement no 1082 de Mme Valérie Six est défendu.
(L’amendement no 1082, repoussé par la commission et le Gouvernement, n’est pas adopté.) Je suis saisi de sept amendements identiques, nos 8, 175, 378, 791, 1237, 1476 et 1616.
La parole est à Mme Annie Genevard, pour soutenir l’amendement no 8.
Je propose que la possibilité de pratiquer le prélèvement, le recueil et la conservation des gamètes soit réservée aux établissements de santé publics ou privés à but non lucratif, comme c’est le cas pour les embryons, afin de protéger ces opérations de l’appétence d’établissements guidés par la seule logique du profit. On sait que dans d’autres pays, notamment aux États-Unis, c’est devenu un commerce très lucratif et que bon nombre d’entreprises ont des ramifications également dans notre pays. Cette précaution est non seulement utile, mais également nécessaire. Les amendements nos 175 de M. Patrick Hetzel, 378 de M. Xavier Breton, 791 de Mme Anne-Laure Blin et 1237 de M. Marc Le Fur sont défendus.
La parole est à Mme Elsa Faucillon, pour soutenir l’amendement no 1476.
Il s’agit en effet de supprimer la possibilité offerte aux centres privés de recueillir et de conserver des gamètes qui, comme je l’ai indiqué hier à l’occasion de la discussion générale, est pour nous une ligne rouge.
Nous l’avons suffisamment dit : l’article 1er constitue une avancée décisive de liberté et d’égalité, et nous le défendons. En revanche, nous ne sommes pas d’accord avec l’alinéa 13 de l’article 2, qui permet que le recueil et la conservation des gamètes soient rendus possibles dans des établissements privés à but lucratif, afin qu’ils prennent le relais lorsque les établissements publics ou privés à but non lucratif sont inexistants.
D’abord, l’alinéa entérine le fait que, face à un désert de centres hospitaliers publics, ce soit évidemment le privé qui prenne le relais. Cela ne nous satisfait pas. Si nous consacrons des droits nouveaux, il faut que ces derniers soient effectifs et que la puissance publique puisse les mettre en œuvre.
Ensuite, l’alinéa fait courir le risque, déjà présent, d’une privatisation du système de santé mais aussi d’une marchandisation des corps. Je note d’ailleurs que les couples hétérosexuels pour lesquels l’AMP est actuellement autorisée n’ont pas besoin de se rendre en Espagne : quand le secteur public fait défaut, les couples qui le peuvent s’orientent vers la médecine privée. Parce que le service public de la santé, particulièrement en matière d’AMP, fait défaut, les délais sont longs et tous les couples ne veulent pas attendre. Pour ceux qui le peuvent, le privé prend le relais, à un coût exorbitant.
Maintenir cette pratique dans la loi, c’est accepter la déliquescence du secteur public en matière d’AMP. Or, comme nous l’avions déjà dit au cours des lectures précédentes, nous la refusons. Cette disposition, qui ne figurait pas dans le texte initial et qui a été ajoutée par voie d’amendement, constitue immanquablement une ligne rouge très importante.
La parole est à Mme Blandine Brocard, pour soutenir l’amendement no 1616. Je n’ai plus grand-chose à ajouter, Mme Genevard et Mme Faucillon ayant très bien exposé les enjeux du sujet. Permettez-moi simplement d’appeler l’attention de mes collègues de la majorité : quand la droite et la gauche de l’hémicycle identifient une même ligne rouge, il faut vraiment se poser des questions. (Applaudissements sur les bancs du groupe LR. – Mme Nadia Essayan applaudit également.) Ce n’est pas un hasard ! Quel est l’avis de la commission sur ces amendements identiques ? Dans un monde idéal, chaque département de métropole et d’outre-mer disposerait d’établissements publics aptes à réaliser le prélèvement et la conservation des ovocytes. Malheureusement, ce monde idéal n’est pas encore réalisé. Nul ne défend plus que moi le service public de la santé ; j’y ai attaché toute ma vie professionnelle, et je continuerai à le défendre.
Pour autant, de même que nous avons beaucoup défendu, de façon prioritaire, l’intérêt supérieur de l’enfant, nous devons aussi défendre l’intérêt prioritaire de la femme, c’est le plus important. De façon pragmatique, il n’est pas acceptable que dans des départements entiers – et d’une façon beaucoup plus large encore en outre-mer –, certaines femmes n’aient aucun accès à une structure permettant le prélèvement et la conservation des ovocytes. Cette situation constitue une discrimination vis-à-vis de ces femmes, auxquelles on ne va pas demander de déménager ou de se rendre en métropole pour celles qui habitent des îles lointaines.
Il faut donc pouvoir faire appel à des professionnels qui, je vous le rappelle, ont été formés exactement dans les mêmes conditions que ceux qui travaillent dans le secteur public. Ils sont habilités, ont reçu l’autorisation de l’agence régionale de santé (ARS) et vont réaliser tout cela exactement dans les mêmes conditions qu’à l’hôpital public, avec la même technicité et sans dépassement d’honoraires ou facturation supplémentaire. Le risque de commercialisation abusive est donc totalement nul, tout ceci sera rigoureusement contrôlé par les ARS.
Autant je voudrais que vous ayez raison et qu’on puisse faire conserver des ovocytes partout dans un service hospitalier public, autant je ne veux pas priver des femmes de cette possibilité. C’est parce que plusieurs décennies seront nécessaires pour doter la totalité des départements français de métropole et d’outre-mer de services compétents dans les hôpitaux publics que nous avons ajouté ce dispositif par voie d’amendement, dans le souci scrupuleux que les femmes seront bien traitées et qu’elles n’auront pas un euro de plus à débourser qu’à l’hôpital public.
Quel est l’avis du Gouvernement ? Le rapporteur a brillamment exposé les différentes raisons qui nous poussent à émettre un avis défavorable sur ces amendements déposés par des députés siégeant tant à la droite qu’à la gauche de l’hémicycle. L’idée du Gouvernement n’est pas de généraliser l’accès des établissements privés à but lucratif à cette activité. Nous ne sommes pas confrontés à un déficit d’offre et il n’est pas nécessaire d’augmenter le nombre d’établissements autorisés, en particulier pour y inclure des établissements risquant de vouloir recruter le plus de candidats possible dans une démarche lucrative.
Cependant, comme l’a bien dit le rapporteur, des circonstances locales, notamment dans des territoires ultramarins, peuvent entraîner une absence d’offre disponible ; dans ce cas, il faut offrir aux femmes, de façon dérogatoire et exceptionnelle, la possibilité de recourir à ces services. Ne pas le faire créerait une discrimination envers les femmes habitant les territoires sous-dotés. C’est pourquoi il est important de préserver la possibilité d’autoriser, à titre dérogatoire et exceptionnel – je le répète –, les établissements privés à pratiquer ces activités, au nom de l’égalité de toutes les femmes.
Avis défavorable à l’ensemble des amendements.
La parole est à Mme Elsa Faucillon. Ouvrir de nouveaux droits n’est pas gratuit : pour les rendre effectifs, la puissance publique doit mettre des moyens. Le mot de « pragmatisme » que vous avez utilisé, monsieur le rapporteur, signe une sorte de renoncement : vous nous expliquez que, dans un monde idéal, il y aurait des centres publics dans chaque département. En effet, dans un monde idéal, nous aurions eu des masques et des blouses en mars ou en avril 2020 ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LR. – Mme Caroline Fiat applaudit également.) Excellente comparaison ! Mieux vaut ne pas utiliser cette image pour la période que nous traversons. Et puis, à qui voulez-vous faire croire que des centres privés iront s’installer dans les départements que vous citez par philanthropie ?
Vous dites que les ARS exerceront un contrôle sur ce type d’actes, mais vous savez bien que, pour d’autres actes médicaux, les frais dépassent largement les plafonds. Contrairement à la puissance publique, dénuée de but lucratif et soucieuse d’assurer des droits, les centres privés n’iront dans les zones où le service public fait défaut qu’avec l’idée d’entrer dans leurs frais, voire de se faire de l’argent.
Se développera donc, dans ces territoires, pour cet acte mais aussi pour d’autres, un système de santé privé cherchant à faire du profit. Vos arguments ne tiennent pas. Ils ne font qu’illustrer le renoncement de l’État à assurer les nouveaux droits que nous ouvrons à l’article 1er et plus généralement dans ce texte, et que je suis fière de voter.
Même si on laisse de côté les centres de conservation des ovocytes et que l’on s’intéresse aux centres publics proposant l’AMP, on constate que les délais d’attente renvoient déjà les hommes et les femmes vers les centres privés. Cette loi nous offrait l’occasion de combler ces lacunes et de permettre à l’État d’être au rendez-vous pour les couples hétérosexuels et, demain, pour les femmes seules et les couples de femmes.
Très bien ! La parole est à Mme Nadia Essayan. Monsieur le rapporteur, vous avez dit que le droit de la femme était prioritaire sur celui de l’enfant. Je ne crois pas que ce soit le cas. Pire, ce texte passe du droit de l’enfant, qu’on n’évoque presque plus, au droit à l’enfant. On ne saurait mieux dire ! Cela me semble grave.
Si votre souci est de permettre à toutes les femmes d’accéder à cette pratique, partout sur le territoire, y compris là où le service public fait défaut, sous-amendons les amendements en discussion en précisant que le recours aux centres privés n’est possible que là où il n’y a pas d’établissements publics, et en attendant que ceux-ci s’y installent.
Votre proposition est satisfaite, c’est exactement ce que dit le texte. La parole est à Mme Caroline Fiat. Permettez-moi, très exceptionnellement, de me montrer taquine. Mme Faucillon ne m’en voudra pas de défendre l’amendement de Mmes Brocard, Genevard et Blin et de MM. Hetzel, Breton et Le Fur. Imaginons, dans un exercice de politique-fiction, que nous ayons déposé des amendements prévenant du danger que représenteraient des EHPAD à but lucratif, qui feraient payer les résidents. Imaginons qu’une crise sanitaire arrive et que ces EHPAD fassent n’importe quoi. Une députée d’un parti qui se nommerait La République en route dirait : mais non, madame Fiat, jamais un établissement privé à but lucratif ne versera de l’argent à ses actionnaires pendant que les soignants en sous-effectif verront mourir les résidents. Dans un monde idéal, nous n’aurions que des EHPAD publics, pourvus d’un personnel suffisant pour soigner toutes les personnes hébergées.
Revenons à la réalité. L’amendement proposé par nos collègues des bancs de droite et par ma collègue Elsa Faucillon
(Exclamations sur divers bancs) N’interrompez pas Mme Fiat, je sens qu’elle va conclure ! …prouve par A plus B qu’il faut donner aux services publics de notre pays les moyens d’offrir ces prestations à tout le monde. Pourquoi aurions-nous besoin du privé ? Eh oui, madame Genevard, monsieur Hetzel, monsieur Breton, madame Blin, monsieur Le Fur, madame Brocard, vous avez raison ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LR. – Mme Blandine Brocard applaudit également.)
Pourquoi toujours compter sur le secteur privé à but lucratif ? Je compte sur vous, en novembre 2021, pendant l’examen du projet de loi de financement de la sécurité sociale, pour voter tous mes amendements sur le sujet ; je saurai vous rappeler votre position ! Arrêtons de toujours compter sur le secteur privé à but lucratif, qui entraîne, en effet, la marchandisation de toute chose. Comment se donner les moyens d’avoir un service public digne de ce nom ? Il faut voter des PLFSS conséquents. C’est vous, chers collègues de la majorité, qui en avez le pouvoir, chaque année, à la même date, en octobre et novembre ! Merci, madame Fiat, vous avez été rapide ! La parole est à M. Raphaël Gérard. Je voudrais revenir aux propos du rapporteur. Comme je l’ai dit en m’exprimant sur l’article 1er, je suis souvent d’accord avec Mme Faucillon sur ce texte, mais cette fois nos avis divergent légèrement. En réalité, dans les territoires ultramarins, en dehors du secteur privé, il n’y a pas d’accès à l’AMP. On peut certes se dire qu’il faut se donner les moyens pour que cela change,… Eh oui ! …mais aujourd’hui, les délais d’attente sont très longs du fait de la pénurie de gamètes due aux caractéristiques morphologiques des candidats à l’AMP. En conséquence, les femmes qui ont les moyens sont obligées de faire appel au réseau privé, de plus souvent basé à l’étranger, et de se rendre dans des pays voisins pour accéder aux gamètes et aller au bout de leur projet parental. La disposition prévue dans le texte n’empêche pas d’engager une réflexion sur la création d’établissements publics capables de pallier ce manque, mais adopter ces amendements reviendrait à fermer la porte à l’AMP pour nombre de couples ultramarins qui ne disposent pas, actuellement, d’une autre solution.
Par ailleurs, on constate que ce sont les centres publics qui créent des difficultés pour l’accès à l’AMP de certains couples, notamment transparentaux. L’obstruction opposée à un couple hétéroparental composé d’une femme cisgenre capable de porter son enfant et d’un homme transgenre sont toujours le fait de centres publics, qui refusent sans aucune raison à un couple hétérosexuel le droit d’accéder à l’AMP. Interrogeons-nous sur les pratiques des centres privés et publics plutôt que de fermer la porte à l’AMP, à court et moyen terme, pour nombre de nos concitoyennes ultramarines.
Créons des services publics ! Les uns et les autres ont pu amplement s’exprimer. Je mets donc les amendements aux voix.
(Les amendements identiques nos 8, 175, 378, 791, 1237, 1476 et 1616 ne sont pas adoptés.) La parole est à M. le rapporteur, pour soutenir l’amendement no 1553. Il est rédactionnel.
(L’amendement no 1553, accepté par le Gouvernement, est adopté.) L’amendement no 549 de Mme Emmanuelle Ménard est défendu.
(L’amendement no 549, repoussé par la commission et le Gouvernement, n’est pas adopté.) Je suis saisi de cinq amendements, nos 1613, 176, 379, 792 et 1238, pouvant être soumis à une discussion commune.
Les amendements nos 176, 379, 792 et 1238 sont identiques.
La parole est à Mme Blandine Brocard, pour soutenir l’amendement no 1613.
Il fait écho à un amendement que j’ai défendu précédemment. Si une personne ne souhaite plus conserver ses gamètes, elle ne doit pas se voir proposer un don qui n’était pas l’objet de la démarche qu’elle avait engagée. L’autoconservation des gamètes proposée aux personnes ne doit pas être détournée vers la constitution de banques de gamètes en vue de leur utilisation pour le parcours de l’AMP de tiers. Les amendements nos 176 de M. Patrick Hetzel, 379 de M. Xavier Breton, 792 de Mme Anne-Laure Blin et 1238 de M. Marc Le Fur sont défendus.
Quel est l’avis de la commission ?
On a bien montré en commission spéciale qu’une réduction drastique de la durée de conservation des gamètes n’était pas envisageable. Avis défavorable. Quel est l’avis du Gouvernement ? Même avis, pour les mêmes raisons.
(L’amendement no 1613 n’est pas adopté.)
(Les amendements identiques nos 176, 379, 792 et 1238 ne sont pas adoptés.) Les amendements nos 1084 de Mme Agnès Thill, 1614 de Mme Blandine Brocard et 550 de Mme Emmanuelle Ménard sont défendus.
(Les amendements nos 1084, 1614 et 550, repoussés par la commission et le Gouvernement, successivement mis aux voix, ne sont pas adoptés.) Les amendements identiques nos 177 de M. Patrick Hetzel, 380 de M. Xavier Breton, 551 Mme Emmanuelle Ménard, 793 de Mme Anne-Laure Blin, 1152 de M. Thibault Bazin et 1239 de M. Marc Le Fur sont défendus.
(Les amendements identiques nos 177, 380, 551, 793, 1152 et 1239, repoussés par la commission et le Gouvernement, ne sont pas adoptés.) L’amendement no 1615 de Mme Blandine Brocard est défendu.
(L’amendement no 1615, repoussé par la commission et le Gouvernement, n’est pas adopté.) Je suis saisi de deux amendements identiques, nos 1085 et 1153.
La parole est à Mme Agnès Thill, pour soutenir l’amendement no 1085.
Il est défendu. La parole est à M. Patrick Hetzel, pour soutenir l’amendement no 1153. La question est dans le droit fil de ce qui vient d’être dit. Nous allons tout doucement vers une marchandisation. La preuve : vous prévoyez la prise en charge par la sécurité sociale des actes afférents au recueil et au prélèvement de gamètes en cas de choix de réaliser une autoconservation de gamètes, ouverte aux femmes et aux hommes, sans aucune raison médicale.
Pouvez-vous nous expliquer, monsieur le rapporteur, pourquoi vous allez dans ce sens si ce n’est pour préparer une marchandisation et progressivement le développement d’une tout autre orientation que celle qui a prévalu jusque-là ? Nous sommes en train de franchir une nouvelle ligne éthique. Quels seront d’ailleurs les tarifs appliqués pour les remboursements ? Vous êtes, nous le voyons bien, en train de préparer le développement d’une activité économique extrêmement lucrative.
Quel est l’avis de la commission ? Avis défavorable. C’est justement pour éviter toute commercialisation qu’une partie est prise en charge par la solidarité nationale, ce qui évitera des disparités selon les niveaux de ressources. Toutes les conditions sont garanties pour continuer à progresser, à contre-courant de toute commercialisation et de toute marchandisation. Soyez rassurés.
(Les amendements identiques nos 1085 et 1153, repoussés par le Gouvernement, ne sont pas adoptés.) La parole est à Mme Valérie Six, pour soutenir l’amendement no 1086. Cet amendement vise à conserver le critère d’infertilité médicalement diagnostiquée comme condition au remboursement de l’AMP et de l’autoconservation des ovocytes par la sécurité sociale. Un remboursement d’un acte médical non thérapeutique ne serait pas justifié puisque la sécurité sociale a pour objet initial la couverture des soins et des risques liés à une maladie. Par ailleurs, ce remboursement de l’ouverture de l’AMP aux couples de femmes et aux femmes seules engendrera un coût conséquent de 200 millions d’euros pour le contribuable, selon l’Agence de la biomédecine. Il convient donc de réserver ce remboursement aux AMP pour infertilité médicalement diagnostiquée. Quel est l’avis de la commission ? Avis défavorable. La solidarité nationale, en particulier l’assurance maladie, ne s’occupe pas exclusivement de thérapeutique ni même de soins mais aussi d’actions de prévention, de dépistage, de vaccination, d’IVG (interruption volontaire de grossesse), ainsi que de cette action de prévention que peut représenter l’autoconservation. Ce serait une discrimination que de l’accepter pour certaines femmes et non pour d’autres.
(L’amendement no 1086, repoussé par le Gouvernement, n’est pas adopté.) Sur l’article 2, je suis saisi par le groupe La République en marche d’une demande de scrutin public.
Le scrutin est annoncé dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.
Les amendements identiques nos 178 de M. Patrick Hetzel, 381 de M. Xavier Breton, 794 de Mme Anne-Laure Blin et 1241 de M. Marc Le Fur sont défendus.
(Les amendements identiques nos 178, 381, 794 et 1241, repoussés par la commission et le Gouvernement, ne sont pas adoptés.) Je suis saisi de huit amendements, nos 329, 1617, 179, 382, 795, 1242, 1192 et 1195, pouvant être soumis à une discussion commune.
Les amendements nos 179, 382, 795 et 1242, d’une part, ainsi que les amendements nos 1192 et 1195, d’autre part, sont identiques.
La parole est à Mme Sylvia Pinel, pour soutenir l’amendement no 329.
Cet amendement propose de réintroduire une disposition fort importante, initialement introduite par l’Assemblée et finalement abandonnée par notre commission spéciale en nouvelle lecture : l’interdiction formelle d’importation de gamètes, sous quelque forme que ce soit, pour les entreprises commerciales ainsi que pour les particuliers.
Il nous paraît nécessaire d’affirmer cette interdiction à cet endroit du texte qui traite de l’autoconservation des gamètes, en précisant particulièrement l’interdiction à l’égard des entreprises commerciales et des particuliers. En effet, des entreprises privées basées à l’étranger, spécialisées dans la vente de gamètes, développent leur activité en France en contravention avec tous les fondamentaux de nos règles éthiques. Ces entreprises s’adressent tant à des entreprises basées sur notre territoire qu’à des particuliers.
La parole est à Mme Blandine Brocard, pour soutenir l’amendement no 1617. La rédaction que nous avons adoptée en première lecture interdisait strictement l’import ou l’export de gamètes à titre commercial. Alors que nous disions que l’importation et l’exportation de gamètes ou de tissus germinaux issus du corps ne pouvaient être effectuées à titre commercial, notre rédaction prévoit aujourd’hui que l’importation et l’exportation « sont exclusivement destinées à permettre la poursuite d’un projet parental par la voie d’une assistance médicale » : cela signifie que l’importation et l’exportation peuvent être réalisées à titre commercial lorsque la finalité est non une finalité commerciale mais un parcours d’AMP. Cette formulation autorise donc l’importation de gamètes achetés à l’étranger. Eh oui ! La parole est à M. Patrick Hetzel, pour soutenir l’amendement no 179. Des entreprises privées basées à l’étranger et qui sont spécialisés dans la vente de gamètes développent leurs activités en France en totale contravention avec tous les fondements de notre droit bioéthique, notamment en termes d’anonymat et de gratuité. Ces entreprises s’adressent tant à des entreprises basées sur notre territoire qu’à des particuliers, raison pour laquelle nous défendons ces amendements. Encore une fois, monsieur le rapporteur, que comptez-vous faire pour éviter les dérives en termes de marchandisation du corps humain ? Rien ! De toute évidence, vous n’apportez pas de réponses. Il y a là une alerte majeure, c’est une ligne rouge éthique que vous êtes une nouvelle fois en train de franchir allègrement, sans même, je le répète, apporter la moindre réponse. (Applaudissements sur les bancs du groupe LR.) Les amendements identiques nos 382 de M. Xavier Breton, 795 de Mme Anne-Laure Blin et 1242 de M. Marc Le Fur, ainsi que les amendements identiques nos 1192 de M. Patrick Hetzel et 1195 de M. Xavier Breton sont défendus.
Quel est l’avis de la commission sur cette série d’amendements ?
Soyez satisfaits, c’est dans le texte de loi, à l’alinéa 27. Cet alinéa, qui a été rédigé par nous tous conjointement avec le Sénat, est plus disant et fait reculer des risques que vous n’avez pas prévus dans vos amendements, puisqu’il prévoit que l’ensemble des mouvements transfrontaliers de gamètes se font « à l’exclusion de toute finalité commerciale ».
Cette disposition est à la fois plus précise et plus englobante que celle que vous avez adoptée en première lecture. Elle inclut en particulier une disposition relative à l’exportation de gamètes qui manque dans la plupart de vos amendements. Plutôt que de fragiliser le dispositif en adoptant l’un ou l’autre, je vous propose de les retirer et de maintenir le texte qui inclut l’interdiction de tout mouvement transfrontières de gamètes ayant une finalité commerciale.
Quel est l’avis du Gouvernement ? Même avis pour les mêmes raisons. La parole est à M. Patrick Hetzel. Si vous maintenez la rédaction actuelle, des décisions seront prises pour exporter des gamètes afin de poursuivre éventuellement une AMP à l’étranger et, quand on aura constaté que c’est possible à l’étranger, on l’étendra en France. Votre rédaction est extrêmement sioux, mais il y a là un vrai danger. Je le dénonce solennellement : c’est un cheval de Troie pour ce genre de choses en effet de retour. (M. Marc Le Fur applaudit.) Exactement ! La parole est à M. Jean-Louis Touraine, rapporteur. Monsieur Hetzel, relisez les textes. Votre amendement ne prévoit pas suffisamment l’interdiction d’exportation vers d’autres pays. Le texte de la loi, pensé conjointement entre le Sénat et l’Assemblée nationale, permet d’exclure non seulement l’importation mais aussi l’exportation ; il offre donc une bien meilleure garantie. N’essayez pas de fragiliser notre position pour éviter une commercialisation. N’ouvrez pas des portes quand nous voulons nous protéger d’une commercialisation transfrontalière. Rejoignez-nous et retirez vos amendements.
(Les amendements nos 329, 1617, successivement mis aux voix, ne sont pas adoptés.) (Les amendements identiques nos 179, 382, 795 et 1242 ne sont pas adoptés.) (Les amendements identiques nos 1192 et 1195 ne sont pas adoptés.) L’amendement no 1554 de la commission est rédactionnel.
(L’amendement no 1554, accepté par le Gouvernement, est adopté.) Je mets aux voix l’article 2, tel qu’il a été amendé.
(Il est procédé au scrutin.) Voici le résultat du scrutin :
        Nombre de votants                        126
        Nombre de suffrages exprimés                118
        Majorité absolue                        60
                Pour l’adoption                83
                Contre                35
(L’article 2, amendé, est adopté.)
La parole est à Mme Marie Tamarelle-Verhaeghe. Cet article 2  bis nous offre certes une occasion de nous réjouir, puisque le Parlement introduit la prévention de l’infertilité dans ce projet de loi, mais il est aussi symptomatique : il faut un projet de loi de bioéthique pour qu’un plan de prévention sur le sujet soit demandé. Ce plan aurait-il pu être intégré au Plan national de santé publique ? L’élaboration des termes de celui-ci, de ses mesures et de ses actions reste encore trop souvent inconnue.
Pourquoi l’infertilité n’est-elle pas intégrée dans le Plan national de santé publique ? Pourquoi des priorités sont-elles à l’agenda, quand d’autres ne le sont pas ? Quels moyens seront alloués à ce plan de prévention dans le cadre du Plan national de santé publique ? Autant de questions relatives à la construction et au pilotage de notre politique de prévention, qui restent posées.
Nous sommes néanmoins sur le bon chemin puisque, je me permets de le redire et de m’en réjouir, la prévention est bien inscrite maintenant comme un des piliers de notre stratégie nationale de santé.
Je suis saisi de trois amendements identiques, nos 900, 1088 et 1134.
La parole est à M. Patrick Hetzel, pour soutenir l’amendement no 900.
Cet amendement a pour objectif de compléter l’article 2 bis en écrivant que la recherche sur les causes de l’infertilité, l’organisation de la prévention et la mise au point de réelles thérapies de restauration de la fertilité sont une priorité nationale. Les amendements identiques nos 1088 de Mme Agnès Thill et 1134 de M. Xavier Breton sont défendus.
Quel est l’avis de la commission ?
Avis défavorable car cette rédaction est plus déclarative, moins précise et moins opérationnelle que celle du texte de la loi.
(Les amendements identiques nos 900, 1088 et 1134, repoussés par le Gouvernement, ne sont pas adoptés.) Les amendements identiques nos 181 de M. Patrick Hetzel, 384 de M. Xavier Breton et 1243 de M. Marc Le Fur sont défendus.
(Les amendements identiques nos 181, 384 et 1243, repoussés par la commission et le Gouvernement, ne sont pas adoptés.) Les amendements identiques nos 180 de M. Patrick Hetzel, 383 de M. Xavier Breton, 596 de M. Philippe Gosselin, 796 de Mme Anne-Laure Blin et 1245 de M. Marc Le Fur sont défendus.
(Les amendements identiques nos 180, 383, 596, 796 et 1245, repoussés par la commission et le Gouvernement, ne sont pas adoptés.) Les amendements nos 557 et 555 de Mme Emmanuelle Ménard sont défendus.
(Les amendements nos 557 et 555, repoussés par la commission et le Gouvernement, successivement mis aux voix, ne sont pas adoptés.) Les amendements identiques nos 1087 de M. Pascal Brindeau et 1514 de M. Julien Ravier sont défendus.
(Les amendements identiques nos 1087 et 1514, repoussés par la commission et le Gouvernement, ne sont pas adoptés.) La parole est à Mme Sylvia Pinel, pour soutenir l’amendement no 331. Depuis le début de l’examen de ce projet de loi, nous sommes nombreux à demander à ce que des recherches soient menées sur les causes de l’infertilité pour mieux la prévenir et lutter contre celle-ci. Le groupe Libertés et territoires appelle également à favoriser une meilleure information des hommes et des femmes quant aux enjeux liés à la fertilité et à la procréation, dès le plus jeune âge, mais également tout au long de la vie. Après les dispositions adoptées en première lecture et rétablies en deuxième et en nouvelle lecture, cet amendement propose d’ajouter dans le projet de loi que la fertilité féminine et masculine fera également l’objet de séances d’information et d’éducation dans les collèges et les lycées. Quel est l’avis de la commission ? Vous avez raison, madame Pinel, l’information et l’éducation de la jeunesse française, non seulement sur l’infertilité, mais aussi sur la sexualité et, plus largement, sur la santé sexuelle, sont insuffisantes. Elles sont cependant déjà prévues par la loi. C’est la raison pour laquelle la commission spéciale a émis un avis défavorable sur votre amendement. Le ministère de l’éducation nationale, de la jeunesse et des sports doit théoriquement organiser des séances d’information et d’éducation sur ces sujets en coordination avec le ministère des solidarités et de la santé. M. le secrétaire d’État nous confirmera sans doute dans quelques instants qu’il en est bien ainsi.
Sachez que j’attache comme vous une grande importance à l’information des jeunes, avant qu’ils soient en situation de procréer, sur leur santé sexuelle, leur sexualité, la protection face à certaines maladies et la réflexion nécessaire, autant chez les garçons que chez les filles, dès le plus jeune âge, sur leur avenir procréatif. Je partage donc pleinement votre intention, madame Pinel, mais ce n’est pas tant une disposition dans un article de loi qui manque pour le moment, que l’application des dispositions déjà existantes. J’en appelle donc au représentant du Gouvernement ici présent afin qu’il plaide auprès des deux ministères concernés pour une réelle application des textes.
Quel est l’avis du Gouvernement ? Avis défavorable pour les mêmes raisons. Je confirme que cette question est actuellement examinée par le Gouvernement. Sachez, par ailleurs, s’agissant des cours de sensibilisation à la vie affective et sexuelle, que nous avons lancé, avec Jean-Michel Blanquer, ministre de l’éducation nationale, de la jeunesse et des sports, et Elisabeth Moreno, ministre déléguée chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes, de la diversité et de l’égalité des chances, une mission d’évaluation et d’audit en vue de mieux sensibiliser les enfants aux violences, notamment sexuelles, dont ils peuvent être victimes. Cette réflexion participe de la même démarche que celle à laquelle vous nous invitez, tout comme d’ailleurs la stratégie que nous avons initiée en matière de lutte contre les perturbateurs endocriniens. Ces différentes questions sont en cours d’évaluation et d’élaboration, et s’inscrivent dans la même logique que l’amendement.
(L’amendement no 331 n’est pas adopté.)
(L’article 2 bis est adopté.)
La parole est à Mme Monique Limon. C’est en plaçant l’intérêt de l’enfant au centre de nos préoccupations que ce projet de loi organise un changement de paradigme essentiel au sujet de l’accès aux origines. En effet, l’évolution du régime de l’accès aux origines pour les personnes majeures nées d’une assistance médicale à la procréation est l’une des plus grandes avancées portées par le texte.
Comme beaucoup, je considère que la recherche des origines et la levée du secret font partie intégrante de la construction et de la réalisation d’une personne. Il ne s’agit pas d’instaurer un droit à la rencontre, mais de permettre à ceux qui le désirent de lever le voile sur une partie de leur identité à leur majorité. Tel est l’objectif de l’article 3 relatif aux droits des personnes nées d’une AMP avec tiers donneur, qui traduit la possibilité pour ces enfants devenus majeurs d’accéder à certaines données non identifiantes du donneur. Cet article, en rétablissant la rédaction adoptée en deuxième lecture par l’Assemblée nationale, ménage l’équilibre entre le droit d’accès aux origines personnelles et l’anonymat du donneur.
Il est en effet important de rappeler que la levée de l’anonymat est partielle et non totale, et qu’elle sera également strictement réalisée au bénéfice de l’enfant devenu adulte. Il s’agit de mettre en place un dispositif qui n’inflige ni violence, ni intrusion aux donneurs et à leur famille. L’homme est depuis toujours taraudé par la question de ses origines. Interdire cette connaissance à certains sous prétexte qu’ils ont été conçus à l’aide d’une AMP n’est tout simplement pas acceptable. Bien au contraire, il est essentiel de permettre aux personnes majeures issues d’une AMP qui le souhaitent d’avoir enfin accès à leur récit génétique, qui servira à renforcer la base de leur construction personnelle, étape nécessaire pour élaborer puis réaliser un projet de vie.
(Applaudissements sur quelques bancs du groupe LaREM.) La parole est à Mme Florence Provendier. L’article 3 du projet de loi répond enfin favorablement à une demande constante des enfants devenus adultes nés d’une AMP avec tiers donneur : le droit d’accéder aux données non identifiantes et à l’identité de leur donneur au moment de leur majorité. Après des décennies de secret organisé, il était grand temps que cesse cette injustice, laquelle prend fin aujourd’hui grâce au texte. Alors que ce retard est désormais rattrapé, une autre question se pose cependant : celle de l’accès aux origines pour les enfants ayant atteint l’âge de 15 ans, c’est-à-dire l’âge de la majorité sexuelle, voire de 17 ans, l’âge pris en compte pour le don du sang. Cette étape a été franchie dans d’autres pays européens : en Allemagne à partir de 16 ans et en Autriche à partir de 14 ans, un enfant peut accéder aux informations non identifiantes du donneur. Je défendrai une nouvelle fois un amendement en vue d’autoriser l’accès aux origines pour les enfants à partir de 15 ans.
Soyons clairs : la levée de l’anonymat des donneurs ne changera en rien la filiation de l’enfant. Le donneur ne deviendra jamais le parent de l’enfant au sens juridique. Il n’aura aucune obligation d’aucune sorte à son égard, et réciproquement. Il s’agit d’une question d’égalité des droits de tous les enfants. L’accès aux origines, notion désormais parfaitement distinguée de la filiation par la Cour européenne des droits de l’homme, est un droit fondamental. Il se base sur l’article 3 de la Convention internationale des droits de l’enfant, qui affirme la primauté de l’intérêt supérieur de l’enfant. Rétablir le droit d’accès aux origines pour les enfants nés d’AMP, c’est comprendre qu’il est naturel de vouloir connaître son ascendance génétique, ne serait-ce que pour des raisons médicales et psychologiques, essentielles pour se construire. C’est aussi valoriser l’acte de pure solidarité du donneur.
(Applaudissements sur quelques bancs du groupe LaREM.) La parole est à Mme Géraldine Bannier. L’article 3 consacre une avancée majeure, considérable, avec l’inscription dans la loi d’un droit d’accès aux origines reconnu par la Cour européenne des droits de l’homme. Pour rappel, la France eût été condamnée si elle n’avait pas avancé sur le sujet à la suite du recours déposé par des enfants nés d’une insémination artificielle avec donneur (IAD), parmi lesquels Audrey Kermalvezen.
Dans les faits, il faut bien reconnaître que les tests génétiques ont déjà rendu cet accès effectif, à défaut d’être légal, pour les personnes issues du don. Alors que nous sortons de cinquante ans d’hypocrisie et de mensonge quasi institutionnalisés, nous devons maintenant nous battre pour qu’un récit de vérité soit construit par les parents avec leur enfant au sein de la famille. C’est la raison pour laquelle le groupe Mouvement démocrates (MODEM) et démocrates apparentés défendra un amendement, déjà adopté par l’Assemblée en deuxième lecture, soutenu par Mme la rapporteure Coralie Dubost et par de nombreux groupes, visant à permettre aux responsables de l’enfant de disposer de quelques éléments non identifiants relatifs au donneur afin d’être incités à partager plus volontiers qu’ils ne le font aujourd’hui – il est si facile de ne rien dire… – l’histoire de sa conception avec leur enfant et de répondre ainsi à sa potentielle souffrance. Nous devons sortir pour de bon de la honte et du tabou dans l’intérêt de tous, et d’abord des personnes issues du don.
L’amendement no 1025 de Mme Emmanuelle Ménard, qui tend à supprimer l’article 3, est défendu.
La parole est à Mme Coralie Dubost, rapporteure de la commission spéciale, pour donner l’avis de la commission.
Avis défavorable.
(L’amendement no 1025, repoussé par le Gouvernement, n’est pas adopté.) Je suis saisi de quatre amendements identiques, nos 183, 386, 798 et 1248.
L’amendement no 183 de M. Patrick Hetzel est défendu.
La parole est à M. Xavier Breton, pour soutenir l’amendement no 386.
Chers collègues, je vous invite à un peu plus de prudence dans vos propos ! Vous parlez de mensonge et de honte, mais des centaines de milliers de familles ont choisi de garder le secret. Vous ne cessez de nous appeler à ne pas stigmatiser certaines familles, mais n’est-ce pas précisément ce que vous faites en jugeant les familles qui ont cru bien faire, au regard de la législation existante, en conservant le secret sur les origines de leur enfant ? Que ressentent ceux qui ont fait ce choix en vous entendant ? Ils doivent être profondément meurtris. Exactement ! Révéler l’AMP avec tiers donneur, laisser à l’enfant le choix de connaître plus tard ses origines ou ne rien dire : le choix est difficile pour les familles. Je suis donc surpris, même choqué, par le ton péremptoire avec lequel vous défendez votre position, bien qu’il soit dans l’esprit de vos interventions de cet après-midi. Vous prétendez être guidés uniquement par l’intérêt supérieur de l’enfant, mais qui le définit ? Ce n’est certainement pas nous dans cette assemblée.
Soyez plus modestes, chers collègues ! Nous participons sans doute à la définition de l’intérêt supérieur de l’enfant, mais les parents aussi, ainsi que la société au quotidien. Quelle prétention est la vôtre quand vous montrez du doigt des familles qui ont cru bien faire et qui vivent une situation difficile ! Vous nous donnez des leçons à longueur de temps, mais c’est vous qui stigmatisez les familles et qui instruisez des procès !
(Applaudissements sur les bancs du groupe LR.) Tout à fait ! Les amendements nos 798 de Mme Anne-Laure Blin et 1248 de M. Marc Le Fur sont défendus.
Quel est l’avis de la commission ?
Je veux répondre à la fois à M. Breton et à Mme Bannier en leur disant qu’ils ont en réalité raison tous les deux et qu’ils se sont mal compris. Je ne crois pas que Mme Bannier cherche à jeter l’opprobre sur les parents quand elle évoque le mensonge et le secret organisés pendant de nombreuses décennies en France autour de l’origine de la naissance des enfants issus de l’AMP avec tiers donneur. Ce dont elle parle, c’est de l’institutionnalisation du mensonge, c’est du secret organisé par l’État et inscrit dans le code civil.
Sans vouloir déformer vos propos, madame Bannier, il me semble que nous partageons ce soir la même fierté de permettre, par ce texte, que l’État cesse de stigmatiser les familles en leur imposant le déni. Nous avons la volonté de créer les conditions qui permettront aux familles de choisir de parler sans gêne. Le regard que la société porte sur elles, les propos que nous tenons dans cet hémicycle, les textes que nous adoptons et les mots que les médecins leur confieront pendant leur parcours les aideront, ou non, à confier à leur enfant le récit de ses origines personnelles.
Il est donc bien évident qu’aucun parent n’est jamais mis en cause. Nous assistons simplement à un changement dans la culture de l’État et nous en sommes collectivement très fiers, car nous espérons qu’il apportera beaucoup de bien-être aux familles concernées.
S’agissant de votre amendement, monsieur Breton, qui portait sur les données médicales, il est déjà satisfait, comme les trois autres qui lui sont identiques. Par conséquent, je demande son retrait ; à défaut, j’émettrai un avis défavorable.
Quel est l’avis du Gouvernement ? Même avis, pour les mêmes raisons.
(Les amendements identiques nos 183, 386, 798 et 1248 ne sont pas adoptés.) Les amendements nos 637 et 656 de Mme Emmanuelle Ménard sont défendus.
(Les amendements nos 637 et 656, repoussés par la commission et le Gouvernement, successivement mis aux voix, ne sont pas adoptés.) Les amendements identiques nos 182 de M. Patrick Hetzel, 385 de M. Xavier Breton, 797 de Mme Anne-Laure Blin, 1246 de M. Marc Le Fur et 1618 de Mme Blandine Brocard sont défendus.
(Les amendements identiques nos 182, 385, 797, 1246 et 1618, repoussés par la commission et le Gouvernement, ne sont pas adoptés.) L’amendement no 655 de Mme Emmanuelle Ménard est défendu.
(L’amendement no 655, repoussé par la commission et le Gouvernement, n’est pas adopté.) Je suis saisi de quatre amendements identiques, nos 184, 387, 799 et 1249.
La parole est à M. Patrick Hetzel, pour soutenir l’amendement no 184.
Je donne lecture de la rédaction que nous proposons, parce que je trouve qu’elle se suffit à elle-même : « À sa majorité, la personne née d’une assistance médicale à la procréation par recours à un tiers donneur peut consentir à ce que ses informations médicales non identifiantes soient accessibles à tout médecin, pour nécessité médicale, au bénéfice du donneur de gamètes. » On voit bien que cette question médicale est susceptible d’avoir une importance majeure. Les amendements identiques nos 387 de M. Xavier Breton, 799 de Mme Anne-Laure Blin et 1249 de M. Marc Le Fur sont défendus.
Quel est l’avis de la commission ?
Nous pensons, monsieur Hetzel, que votre demande est satisfaite puisque le médecin peut quant à lui avoir accès à ces informations en cas de nécessité médicale – et non thérapeutique, nous avons conduit une amélioration sur ce point ; si nécessaire, il pourra les transmettre à l’enfant issu de dons. Compte tenu du secret médical et de la sensibilité de certaines pathologies, nous pensons qu’il faut laisser le médecin apprécier la situation et ne pas multiplier le nombre de personnes étant susceptibles de transférer ces données. Demande de retrait ou avis défavorable. Quel est l’avis du Gouvernement ? Même avis, pour les mêmes raisons.
(Les amendements identiques nos 184, 387, 799 et 1249 ne sont pas adoptés.) L’amendement no 1089 de Mme Agnès Thill est défendu.
(L’amendement no 1089, repoussé par la commission et le Gouvernement, n’est pas adopté.) La parole est à M. Pierre Dharréville, pour soutenir l’amendement no 1474. Nous avons déjà eu l’occasion de débattre à plusieurs reprises de la levée de l’anonymat du don et mon avis est déjà connu sur ce sujet. Je comprends la demande émanant de certains enfants, qui souhaiteraient connaître l’identité du tiers donneur ; en même temps, cela remettrait en cause la philosophie du don telle que nous la connaissons dans notre pays, ses fondements et la manière dont elle s’est structurée. Je m’interroge donc sur la décision que nous sommes en train de prendre en la matière, qui tend à rebiologiser la filiation.
D’ailleurs, certains des opposants à l’AMP ne s’y sont pas trompés puisqu’ils ont eux-mêmes défendu la levée de l’anonymat. Nous sommes en train de créer une sorte de lien social entre le donneur et l’enfant ; cela me semble aller à contre-courant de ce que devraient être la philosophie de ce texte et la conception de la bioéthique que nous défendons. Il y a là à mon sens une incohérence et c’est pour cette raison que j’ai déposé l’amendement.
Quel est l’avis de la commission ? Je tiens à répondre à M. Dharréville car je connais la sincérité de son engagement, même si nos points de vue diffèrent. Je pense que son intervention reflète une partie des inquiétudes de la société, dues à ce qui a été précédemment expliqué, à savoir ces décennies au cours desquelles le secret a été organisé comme s’il existait une forme de honte. Or il ne doit y avoir aucune honte… Exactement ! …ni pour les parents ni pour les enfants ni pour les donneurs ni pour personne. Je veux ensuite vous rassurer sur la filiation, puisque vous l’avez évoquée, même si elle est traitée à l’article suivant : il n’y aura jamais de filiation entre le donneur et l’enfant. Il ne faut jamais dire jamais. Disons : pour l’instant !

Mme Coralie Dubost, rapporteure.