XVe législature
Session ordinaire de 2020-2021

Séance du mercredi 12 mai 2021

Avant de débuter nos travaux, je vous indique, chers collègues, que le président de l’Assemblée nationale a reçu de M. Benjamin Griveaux, député de la cinquième circonscription de Paris, une lettre l’informant qu’il se démettait de son mandat de député.
Acte est donné de cette démission, qui sera notifiée au Premier ministre.
L’ordre du jour appelle la discussion, après engagement de la procédure accélérée, de la proposition de loi de Mme Marie-Pierre Rixain et plusieurs de ses collègues, visant à accélérer l’égalité économique et professionnelle (nos 4000 rectifié, 4143).
La parole est à Mme Marie-Pierre Rixain, rapporteure de la commission des affaires sociales. « Dans une certaine mesure, l’émancipation des femmes est devenue un fait. La femme a aujourd’hui accès à presque toutes les professions. Elle jouit des mêmes droits que l’homme dans la vie sociale et politique […] Or, si l’on y regarde de plus près, cette égalité garantie par les principes n’est que formelle. […] La femme est l’égale de l’homme en droit, mais elle ne l’est pas dans l’évaluation sociale. » S’ils datent de 1933, ces mots d’Hannah Arendt décrivent pourtant avec acuité la place des femmes dans notre système économique, professionnel et social, construit il y a plus de soixante-quinze ans, quand, à la sortie de la Seconde Guerre mondiale, ont été établis les grands principes qui irriguent encore notre organisation collective. Celle-ci a été conçue sur le modèle alors traditionnel du père de famille travaillant à temps plein, jouissant de droits directs, et de la mère au foyer, occupée entre l’éducation des enfants et les tâches domestiques, bénéficiant de droits dérivés liés à son statut d’épouse et de mère.
Construite sur un tel paradigme, notre société reste encore profondément inégalitaire. Faut-il rappeler que les femmes perçoivent un revenu inférieur de 28,5 % à celui des hommes, qu’au sein d’un couple, elles gagnent en moyenne 42 % de moins que leurs conjoints ? À ces chiffres, j’ajouterai que les femmes n’occupent qu’un nombre limité de métiers et de secteurs professionnels, que le plafond de verre demeure une réalité, que les emplois peu qualifiés et le temps partiel sont très majoritairement le lot des femmes, et que la pauvreté au travail a trois fois sur quatre le visage d’une femme.
Les raisons qui expliquent ces chiffres sont multiples et relèvent d’une vision encore archaïque du rôle des femmes dans la société. Non, l’argent des femmes n’est ni un argent de poche ni un revenu d’appoint.
Bien sûr ! Non, le travail des femmes n’est pas une activité auxiliaire. Tout autant que les hommes, les femmes doivent être reconnues comme des sujets économiques de plein droit car, tout autant que les hommes, les femmes contribuent à la richesse de notre pays. Pour reprendre les mots de Simone de Beauvoir, l’autonomie économique et financière des femmes est « la garantie de leur indépendance […], la base sur laquelle elles pourront revendiquer des droits civiques […] et trouver leur bonheur en même temps que leur liberté. »
L’effectivité de ce droit requiert des politiques volontaristes qui constituent autant d’opportunités pour les individus que pour la société. C’est ce que je prétends faire avec cette proposition de loi – avec humilité, car je suis pleinement consciente des limites d’un tel véhicule législatif et du travail qu’il nous reste à accomplir, mais tout en étant déterminée à faciliter très concrètement le quotidien des femmes dans la diversité de leurs parcours de vie.
Ce texte est le fruit de quatre années de travail en tant que députée et présidente de la délégation aux droits des femmes et à l’égalité des chances entre les hommes et les femmes. Je tiens à remercier tous les groupes qui composent la majorité parlementaire d’avoir cosigné ce texte, œuvre collective : le groupe La République en marche, le groupe Mouvement démocrate (MODEM) et démocrates apparentés, le groupe Agir ensemble. J’ajoute qu’il n’aurait sans doute pas atteint le stade de la séance publique sans le soutien de Christophe Castaner, président du groupe La République en marche.
Heureusement qu’il était là ! Je tiens à le remercier, à saluer son implication et la sincérité de son engagement en faveur de l’égalité entre les femmes et les hommes.
Cette proposition de loi s’inscrit dans le droit fil de la loi du 13 juillet 1965, qui a supprimé l’autorisation préalable du mari pour qu’une femme puisse travailler et ouvrir un compte en banque. Ce geste d’émancipation et de liberté doit trouver son achèvement dans des mesures donnant à chaque individu l’assurance de jouir des revenus de son travail et des prestations individuelles. Tel est l’objet des articles 1er et 2, qui prévoient l’obligation du versement du salaire et des prestations sociales individuelles sur un compte en banque ou postal dont le – ou la – bénéficiaire est détenteur ou codétenteur.
Ce texte ayant l’ambition de lutter contre les assignations qui déterminent le destin de chacune et de chacun, les articles 3 et 4 visent à permettre aux femmes qui le souhaitent d’accéder plus facilement au marché du travail. Les personnes qui prennent un congé parental ou qui bénéficient de la prestation partagée d’éducation de l’enfant (PreParE) sont à 95 % des femmes. Celles-ci sont majoritairement en emploi précaire ou peu qualifié, ou dites inactives ou au chômage avant la naissance de leur enfant. Ce public doit appeler toute notre attention alors que le taux de chômage des mères de jeunes enfants a augmenté de 40 % entre 2014 et 2018. L’article 3 fait progresser l’offre de formation proposée aux bénéficiaires de la PreParE, au moment où leurs droits expirent.
L’article 4, sensiblement allongé en commission, s’attache à favoriser l’accès des familles monoparentales, et plus généralement des familles les plus éloignées de l’emploi, à des modes de garde adaptés. Viser plus spécifiquement les familles monoparentales dans ce dispositif est d’autant plus pertinent que 35 % des enfants d’une famille monoparentale ont leurs parents au chômage, contre 9 % dans les familles recomposées et 6 % dans les familles dites traditionnelles. C’est pour cela que nous avons consacré dans le texte le principe des crèches à vocation d’insertion professionnelle (AVIP), en plus de l’ouverture du « berceau social » aux familles monoparentales sous condition de ressources.
Pour que les femmes puissent jouir des mêmes opportunités que les hommes, il est également indispensable d’agir en faveur d’un meilleur équilibre des filières d’enseignement et de lutter contre les biais de genre qui façonnent encore trop de choix. C’est le sens de l’article 5 de cette proposition de loi. Au cours de la discussion, je vous présenterai un amendement visant à simplifier le dispositif tout en le globalisant : tous les jurys d’admission devront désormais comporter au moins 30 % de personnes de chaque sexe. Mon ambition est claire : permettre à toutes les jeunes femmes et tous les jeunes hommes de notre pays d’accomplir leur choix professionnel sans se heurter à aucun stéréotype de genre.
Ce n’est pas que votre ambition, c’est la nôtre également ! Cette juste représentation, nous y travaillons partout. Dans la lignée de la loi Sauvadet, nous avons considérablement renforcé les obligations de l’employeur public. Les mesures qui encadrent notre fonction publique sont parmi les plus ambitieuses au sein de l’Union européenne. Sans chercher à les modifier dans un sens ou un autre alors même qu’elles commencent tout juste à s’appliquer, ce texte vise à faire en sorte que les plus grandes entreprises de notre pays suivent également cette voie afin de réduire les inégalités salariales que l’index de l’égalité professionnelle entre les hommes et les femmes permet de mesurer. Les articles 6 et 6  bis nous permettront de franchir un cap supplémentaire.
Avant d’en arriver au prochain article, je veux prendre le temps de saluer l’engagement et la détermination de ma prédécesseure, Mme Marie-Jo Zimmermann. Mesurons ensemble la réussite de sa démarche : au-delà de son texte, c’est une logique qui a été entérinée, permettant de corriger l’effacement des femmes de la vie économique, de rectifier la défaillance de notre universalisme à l’endroit des femmes. Grâce à l’instauration de quotas, les femmes sont désormais plus de 46 % dans les conseils d’administration des grandes entreprises françaises, plaçant ainsi la France derrière l’Islande au niveau mondial en la matière.
Pourtant, dix ans plus tard, les femmes à la tête de grandes entreprises en France se comptent encore sur les doigts d’une main. C’est pourquoi, mes chers collègues, je vous propose d’écrire une nouvelle page grâce à l’article 7 de cette proposition de loi. Nous proposons un dispositif ambitieux : mesurer la part des femmes au sein des instances dirigeantes des entreprises de plus de 1 000 salariés, et fixer à ces dernières des objectifs chiffrés, selon un rythme réaliste, afin de parvenir à une juste représentation de chaque sexe. La part des femmes au sein des instances dirigeantes de ces entreprises passerait à 30 % d’ici à cinq ans, puis à 40 % de femmes d’ici à huit ans. Ce rythme me semble être le bon pour insuffler cette dynamique paritaire au sein de nos entreprises.
Le partage du pouvoir économique doit être réinventé de manière active au sein des entreprises. Rappelons que la mixité de la gouvernance économique – et donc des instances dirigeantes des entreprises – est certes un enjeu d’égalité professionnelle et de justice sociale, mais elle est également un levier de performance et de croissance pour les entreprises. Rappelons aussi le mantra du collectif Sista : « Il faut compter les femmes pour que les femmes comptent. » C’est ce que je vous propose, à travers les articles 8 et 8 
bis , qui renforcent les objectifs de représentation des femmes au sein des comités d’investissement de Bpifrance et des fonds d’investissement, ainsi que la part des femmes bénéficiaires de leurs actions.
Pour conclure, permettez-moi de citer Virginia Woolf : « Et alors que j’écrivais cette critique, j’ai pris conscience que si je voulais faire de la critique littéraire, je devrais vaincre un certain fantôme. Ce fantôme était une femme, et quand j’en suis venue à mieux la connaître, je lui ai donné le nom de l’héroïne d’un poème bien connu, l’ange du foyer. » Tuer l’ange du foyer faisait partie de la tâche de la femme écrivain. Ce fantôme rôde toujours et demeure un obstacle pour nombre de femmes cherchant à se libérer de contraintes instaurées par de puissantes règles sociales. Aussi, une fois les derniers bastions sociaux, économiques et politiques conquis, il reste à chacune d’entre nous d’accepter la grande aventure d’être soi et de tuer l’ange du foyer, jour après jour.
(Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM et Agir ens.) La parole est à Mme la ministre déléguée chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes, de la diversité et de l’égalité des chances. Je suis très heureuse d’être ici, devant vous, pour prendre la parole sur une proposition de loi qui, j’en ai l’intime conviction, une fois adoptée, entrera au panthéon de notre histoire collective. Il y a des lois qui transforment – j’insiste sur ce mot – réellement notre société. Ce sont des lois en avance sur leur temps et qui, lorsque l’on regarde ensuite dans le rétroviseur, prennent des allures de révolution. C’est le cas de cette proposition de loi : il s’agit d’un texte nécessaire, au regard du long chemin qui nous reste à parcourir pour atteindre la parité.
Ce long chemin s’inscrit pourtant dans le sillon tracé par la Révolution et les valeurs d’égalité, de liberté et de fraternité qui cimentent notre pacte républicain. Mais l’égalité ne se décrète pas, ne jaillit pas comme par magie d’une société qui demeure, à maints égards, patriarcale, sexiste et discriminante. Beaucoup a été fait et beaucoup reste à faire, y compris dans notre pays, afin que l’égalité devienne réelle et concrète.
Grâce à vous, chère Marie-Pierre Rixain, grâce au président Christophe Castaner et à l’ensemble des députés qui soutiennent cette proposition de loi, nous passons des paroles aux actes. D’autres se sont battus avant nous pour faire avancer l’égalité, non sans rencontrer des obstacles. Rappelons-nous, par exemple, les difficultés essuyées par Yvette Roudy en 1983 avec son projet de loi portant modification du code du travail et du code pénal en ce qui concerne l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes : sa bravoure et son opiniâtreté n’avaient pas eu raison d’une société française encore un peu frileuse sur le sujet.
Trente ans plus tard, Marie-Jo Zimmermann sera confrontée aux mêmes difficultés, mais la loi relative à la représentation équilibrée des femmes et des hommes au sein des conseils d’administration et de surveillance et à l’égalité professionnelle, dite loi Copé-Zimmermann, verra le jour grâce à sa pugnacité et à celle de Jean-François Copé. Grâce à eux, les conseils d’administration des entreprises du CAC40 se sont spectaculairement féminisés. Ils comptaient à peine 10 % de femmes en 2009, un taux passé à 44,6 % aujourd’hui. La France est ainsi sur la plus haute marche du podium européen et deuxième au niveau mondial, juste derrière l’Islande. Il s’agit là d’une véritable fierté collective. Et qui aujourd’hui oserait revenir en arrière, qui prendrait le risque de voir ce progrès remis en cause ?
Ce qu’ambitionne la proposition de loi que nous examinons, c’est d’aller encore plus loin en s’adressant à toutes les femmes : de celles en situation de précarité aux cadres dirigeantes. Ce que notre pays a réussi il y a dix ans avec la loi Copé-Zimmermann, le Parlement propose ici de l’amplifier. Et si nous sommes réunis aujourd’hui, c’est que l’égalité économique demeure malheureusement une exception, et non la règle.
Dans le monde, les hommes détiennent 50 % de richesses de plus que les femmes ; selon ONU Femmes, 51 % des femmes actives occupent un emploi précaire à l’échelle internationale. Et les femmes assurent plus des trois quarts du travail domestique, qui n’est évidemment ni rémunéré ni reconnu. En France, à compétences et postes égaux, l’écart salarial entre les femmes et les hommes s’élève à 9 %. En outre, 78 % des emplois à temps partiel, majoritairement subis, sont occupés par des femmes. Enfin, les femmes touchent des retraites inférieures de 42 % à celles des hommes.
C’est pourquoi je vous le dis avec détermination : ces inégalités ne sont plus acceptables. Elles le sont d’autant moins que les femmes ont été et sont encore en première ligne face à la triple crise sanitaire, économique et sociale que nous traversons. Rétablir l’égalité n’est donc pas leur accorder une faveur ; rétablir l’égalité, c’est non seulement réparer une injustice, mais c’est aussi améliorer les performances des entreprises, leur efficacité et leur attractivité.
La présente proposition de loi embrasse le très large spectre de l’égalité entre les femmes et les hommes. De la place des femmes dans les instances dirigeantes des entreprises à l’aide aux familles monoparentales, en passant par l’entrepreneuriat féminin, le texte s’adresse à toutes les femmes de notre pays.
Permettez-moi d’aborder l’article 7, qui fait l’objet de toutes les attentions. Comme d’autres membres du Gouvernement, j’ai eu l’occasion de m’exprimer favorablement au sujet des mesures contraignantes pour faire accélérer l’accession des femmes aux postes stratégiques dans l’entreprise. J’ai en effet l’intime conviction que nous avons besoin de mesures volontaristes et ambitieuses pour atteindre cet objectif. C’est qu’après tant d’années à espérer que les femmes soient reconnues pour leurs talents et leurs compétences, je considère que les préjugés sexistes restent tenaces et que nous avons besoin d’un coup d’accélérateur pour transformer durablement la société et pour la rendre enfin plus juste et plus égalitaire.
L’attention portée à l’article 7 est compréhensible parce que l’idée d’imposer des quotas suscite parfois des inquiétudes, mais elle s’impose au regard de notre dessein : rattraper un retard lié à des inégalités profondément enracinées dans les mentalités et les comportements. Et nous serons à la fois ambitieux et réalistes sur le temps nécessaire pour atteindre nos objectifs. C’est pourquoi nous devons, en parallèle, continuer à penser et mettre en place des dispositifs destinés à traiter à la racine les mécanismes qui reproduisent ou renforcent les inégalités. L’éducation et la formation, par exemple, en sont les premiers leviers. C’est l’objet de plusieurs autres articles et je m’en réjouis.
Parce que je l’ai observé au cours de ma vie antérieure en entreprise, je sais que l’un des obstacles majeurs à la progression des carrières des femmes est l’accès à une solution de garde pour les enfants. C’est un fait : les familles monoparentales sont à 85 % composées d’une femme avec enfants et 700 000 d’entre elles vivent sous le seuil de pauvreté. Avec Adrien Taquet, le Gouvernement a réduit le coût des assistants maternels, en particulier pour les femmes seules avec enfants, en augmentant de 30 % le montant du complément du mode de garde. Nous renforçons également le soutien à la création de nouvelles places de crèche dans les quartiers, par le biais d’une majoration des aides aux communes, effective depuis le 1er janvier. L’article 4 soutient clairement les familles monoparentales en leur réservant des places en crèche afin de leur permettre de trouver un emploi, de créer une activité ou de participer aux actions d’accompagnement professionnel.
Dans cet esprit, l’article 3 donne utilement l’accès aux bénéficiaires de la prestation partagée d’éducation de l’enfant à des dispositifs de formation professionnelle dès la fin de leur droit à cette prestation. J’y souscris pleinement, car il est essentiel d’aider les femmes éloignées de l’emploi à la suite de leur maternité.
Je terminerai sur un point qui me tient particulièrement à cœur : l’entrepreneuriat féminin. Dans ce domaine aussi, synonyme d’émancipation, des inégalités subsistent. Des biais sont par exemple utilisés lorsqu’il s’agit pour les femmes d’accéder aux financements pour créer et faire grandir leur entreprise et sont cause que les femmes ont 30 % de moins de chances que les hommes de voir leur demande de financement aboutir. J’ai récemment renouvelé avec Bpifrance l’accord-cadre relatif à la promotion et au financement de l’entrepreneuriat féminin dans les territoires. Il est crucial d’aider nos entrepreneurs qui créent de l’activité, de l’emploi et qui contribuent directement à l’émancipation économique des femmes.
En poursuivant la même fin, l’article 8 prévoit des objectifs de mixité dans la politique de soutien à la création et au développement d’entreprises, soutenue par Bpifrance, notamment dans la composition des comités d’investissement ainsi que des équipes dirigeantes des projets bénéficiaires. Comme vous le voyez, les acteurs publics sont donc très engagés dans ce projet.
Mesdames et messieurs les députés, le combat pour la parité n’est pas un combat idéologique : il n’est ni de gauche ni de droite, il n’oppose pas non plus les femmes aux hommes ni une génération à une autre et il ne s’agit pas de cocher une case dans un rapport RSE (responsabilité sociale des entreprises) à la fin de l’année ni de se battre pour la moitié du ciel. Le combat pour la parité est un enjeu de société qui nous concerne tous, un enjeu de justice, de valorisation des compétences et de performance ; c’est un défi culturel permanent pour, au bout du compte, que nous puissions tous vivre dans une société plus inclusive et plus égalitaire. Ce texte est équilibré et il accompagne le monde économique dans cette démarche de progrès vers la parité.
Notre pays a l’occasion de porter haut le flambeau de l’égalité. Nous l’avons déjà fait par le passé et le monde post-covid nécessite à nouveau que nous ayons ce courage et cette ambition qui changera la vie de nombreuses femmes et inspirera le monde. Saisissons cette occasion : le présent texte n’ôte de droit à personne et son adoption grandira la société tout entière. Je salue le travail déjà accompli au terme d’un processus de concertation remarquable. Le Gouvernement soutient cette proposition de loi et je me réjouis de prendre part au débat sur chacun des amendements que vous présenterez.
(Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM et Agir ens.)
Dans la discussion générale, la parole est à M. Stéphane Viry. Nous examinons une proposition de loi visant à accélérer l’égalité économique et professionnelle. Je tiens à vous dire le plaisir avec lequel je m’exprime au nom de mon groupe sur ce texte apportant une contribution pour que les femmes bénéficient de la même reconnaissance professionnelle que les hommes.
Les travaux de la semaine dernière en commission ont modifié très largement le texte, avec la création de huit nouveaux articles et la réécriture de huit des neuf articles initiaux – j’y reviendrai.
Madame la rapporteure, je vous l’ai dit la semaine passée lors de nos travaux en commission, je vous le dis à nouveau : compte tenu de la communication du Président de la République sur l’égalité entre les femmes et les hommes, grande cause de son quinquennat, c’eût été une faute de la majorité présidentielle de ne soumettre aucun texte à l’Assemblée sur le sujet. J’observe toutefois qu’il aura fallu attendre le début de la cinquième année du quinquennat pour obtenir une proposition de loi sur l’égalité professionnelle et économique entre les femmes et les hommes.
Cette proposition de loi sonne comme une évidence absolue : à travail identique, salaire identique et reconnaissance professionnelle identique. C’est un cheminement législatif continu, entrepris depuis plusieurs années, pour révoquer le fait que les femmes soient moins payées que les hommes, pour, j’y insiste, un travail identique. Je rappelle qu’en 2008, sous le quinquennat de Nicolas Sarkozy, a été introduit dans la Constitution le principe selon lequel la loi favorise l’égal accès des femmes et des hommes aux mandats électoraux et aux fonctions électives, ainsi qu’aux responsabilités professionnelles et sociales. En 2006, la droite avait déjà fait voter une première loi relative à l’égalité salariale entre les femmes et les hommes. N’oublions pas non plus la loi de 2010 portant réforme des retraites, qui oblige les entreprises de plus de 50 salariés à signer un accord ou un plan d’action en faveur de l’égalité professionnelle. N’oublions pas davantage la loi Coppé-Zimmermann de 2011, mentionnée précédemment, qui a fixé un quota de femmes dans les conseils d’administration et de surveillance des entreprises.
La présente proposition de loi poursuit plusieurs objectifs. Il s’agit d’abord d’offrir davantage d’aides aux familles monoparentales pour le mode de garde des enfants, car c’est en effet souvent l’absence de cette possibilité qui favorise l’inactivité professionnelle des femmes. Il s’agit ensuite de mieux équilibrer les filières d’enseignement et de lutter contre les biais de genre car non, une femme qui a un enfant n’est pas moins compétente qu’une femme sans enfant et non, une femme n’est pas moins compétente qu’un homme, indépendamment de la profession et de l’investissement professionnel. Ces biais de genre inconscients restent aujourd’hui la cause de nombreux phénomènes d’inégalités. Il s’agit encore de compléter la loi Coppé-Zimmermann qui a produit des effets, cela a été dit, puisque les conseils d’administration des plus grandes entreprises françaises sont composés de 40 % de femmes. Enfin, il s’agit de mettre en place de nouvelles mesures dans les entreprises pour permettre une transparence accrue et favoriser la place des femmes. Ces quelques innovations doivent permettre de réduire et de supprimer, à terme, l’écart entre les femmes et les hommes, notamment en matière salariale.
Le constat est en effet clair : à poste équivalent, les femmes gagnent en moyenne 10 % de moins que les hommes. C’est inacceptable. Aujourd’hui, vous l’avez souligné, madame la ministre déléguée, les femmes ont de plus en plus de mal à être financées par les principaux fonds de capital-risque, et aucune d’entre elles ne préside une société inscrite au CAC40. Plusieurs explications à cela : les femmes occupent 80 % des emplois à temps partiel pour pouvoir concilier vie de famille et vie professionnelle ; 85 % des familles monoparentales sont composées de mères célibataires et l’accès à la garde d’enfants est loin d’être satisfaisant et abordable, comme je viens de le préciser. Continuer l’action politique pour améliorer la place des femmes dans la société et dans les entreprises, en favorisant leur évolution, notamment leur accès à des postes à responsabilité, voire à très haute responsabilité, est donc une nécessité.
Je regrette tout de même que cette proposition de loi ne prenne pas en considération certains sujets tels que le travail à temps partiel ou la revalorisation économique des métiers féminisés. Cela dit, je conviens que le pragmatisme ou le réalisme implique de tenir compte de la capacité des entreprises à intégrer de nouvelles contraintes.
Madame la rapporteure, laissez-moi enfin vous dire qu’à titre personnel, je regrette la manière dont ce texte est arrivé devant la représentation nationale. Alors que, au nom de la délégation aux droits des femmes et à l’égalité des chances entre les hommes et les femmes, nous étions en pleins travaux dans le cadre d’une mission d’information sur l’égalité professionnelle et économique, vous avez fait le choix d’interrompre ces derniers et de défendre seule, avec le groupe majoritaire et ses alliés, la présente proposition de loi. Je regrette cette méthode qui n’apporte rien de positif, alors que tous les députés membres de ladite délégation, issus de tous les groupes, avaient apporté leur pierre à l’édifice. Je souhaite d’ailleurs féliciter le travail fourni par notre collègue Laurence Trastour-Isnart, qui s’est beaucoup impliquée dans cette mission d’information.
La proposition de loi accélère les réponses possibles en matière d’égalité économique et professionnelle. C’est un premier pas vers une amélioration de la situation des femmes. Ce texte a vocation à être enrichi.
(Applaudissements sur les bancs du groupe LR et sur quelques bancs du groupe LaREM.) La parole est à Mme Perrine Goulet. Vous l’avez souligné, la cause des femmes ne doit pas être une variable d’ajustement dans ces temps de crise sanitaire, économique et sociale. Le confinement que nous avons connu a révélé l’extrême fragilité de la condition des femmes. On songe évidemment aux premières de corvée – infirmières, caissières, agricultrices –, mais également aux mères en télétravail. Cette expérience vécue par notre nation doit nous conduire à faire évoluer le droit pour garantir la place des femmes dans la société. Votre proposition de loi, madame la rapporteure, comporte plusieurs dispositifs qui contribueront à faire avancer cette cause.
L’Assemblée s’apprête ainsi à compléter certaines dispositions de la loi Copé-Zimmermann qui prévoyait l’accès des femmes aux conseils d’administration. Si le volontarisme des entreprises est variable, on constate tout de même que la majorité d’entre elles souhaitent aller dans le sens de l’histoire. Nous le constatons au quotidien dans nos circonscriptions : des sociétés affichent leurs réalisations, leurs ambitions et leurs réussites. Il s’agit maintenant d’aller plus loin dans l’incitation des entreprises – lesquelles, je le répète, sont majoritairement volontaristes et convaincues de la nécessité d’œuvrer pour la féminisation des postes à responsabilité. Un défi de taille consistera à faire en sorte que les femmes soient représentées au-delà des fonctions transverses et supports – telles que la communication ou les ressources humaines – qui leur sont souvent réservées. Il s’agit de leur permettre de s’orienter également vers le cœur de métier des entreprises, qu’il s’agisse d’industrie lourde, où il faut davantage de femmes, ou de puériculture, où il faut davantage d’hommes.
À ce stade, il m’apparaît nécessaire de préciser deux éléments. Je veux d’abord vous faire part d’un regret : les premières de corvée sont moins bien prises en considération dans le texte que les premières de cordée. Entendons-nous bien : la question des places en crèche pour les familles monoparentales est essentielle. La reconnaissance des crèches AVIP à l’article 4 du texte constitue, en la matière, un premier pas, mais peut-être aurait-il été souhaitable d’en faire d’autres. Rappelons que les politiques d’aide aux moins favorisés sont souvent particulièrement coûteuses et difficiles à mettre en œuvre et que, dans ce domaine, une proposition de loi ne peut avoir qu’une incidence plus limitée qu’un projet de loi.
En deuxième lieu, le groupe Mouvement démocrate (MODEM) et démocrates apparentés s’attachera à défendre des amendements visant à assurer une plus grande progressivité des mesures s’appliquant aux entreprises, afin que ces dispositions gagnent en efficacité et en effectivité sans devenir une contrainte pour l’ensemble des entreprises et des salariés.
Je veux également vous faire part d’un doute : le Gouvernement, dans l’action qu’il mène depuis quatre ans, a plusieurs textes majeurs à son actif. Je pense notamment à la loi relative à la croissance et la transformation des entreprises, dite loi PACTE. Je me faisais, en préparant mon intervention, la réflexion que l’Assemblée avait adopté, à cette occasion, le principe de la remise d’un rapport qui aurait pu nous éclairer sur la situation actuelle. Dans son article 40, la loi PACTE dispose en effet que, « en cohérence avec les actions menées par les chambres de commerce et d’industrie en faveur de l’égalité entre les femmes et les hommes et l’encouragement de l’entreprenariat féminin, le Gouvernement remet au Parlement au plus tard le 1er janvier 2020 un rapport sur la situation des entrepreneures ainsi que sur la possibilité de mettre en œuvre des actions au niveau national visant à accompagner les femmes créatrices d’entreprises ». L’administration française produit de nombreux rapports, mais je n’ai pas eu l’occasion de consulter celui-ci. Peut-être le Gouvernement peut-il nous préciser s’il existe ?
Vous l’avez souligné, madame la rapporteure : cette proposition de loi est un texte d’humilité, mais aussi de concorde. Soyons-en certains : il ne résoudra pas toutes les difficultés rencontrées par les femmes dans leur vie sociale et professionnelle. Il constitue néanmoins un pas de plus sur une route que nous devons, inlassablement, continuer d’arpenter.
Enfin, je tiens à souligner l’ouverture d’esprit de la rapporteure, qui a fait siennes certaines des propositions qui lui ont été soumises en commission et a permis leur adoption. Je songe notamment à la lutte contre les stéréotypes de genre dans les choix de métiers, qui doit s’exercer le plus tôt possible. C’est donc avec confiance que mon groupe et moi-même abordons les débats qui s’annoncent.
(Applaudissements sur les bancs du groupe Dem et sur quelques bancs du groupe LaREM.) La parole est à Mme Marie-Noëlle Battistel. Avant d’entrer dans le détail de la proposition de loi, je regrette, comme je l’ai fait en commission – mais cette fois-ci en présence du Gouvernement –, que nous n’ayons pas été saisis d’un grand projet de loi relatif à l’égalité entre les femmes et les hommes au cours de ce mandat. Le 25 novembre 2017, le Président de la République avait fait de l’égalité entre les femmes et les hommes une grande cause nationale du quinquennat. En matière économique, cette priorité n’avait trouvé qu’une traduction très marginale dans la loi PACTE, qui réformait pourtant de nombreux secteurs. Lorsque, le 3 décembre 2019, Bruno Le Maire et Marlène Schiappa avaient lancé une consultation publique intitulée « Agir ensemble pour l’égalité femmes-hommes dans l’économie », nous nous attendions à un projet de loi à la hauteur de l’enjeu.
Il n’en fut rien, et c’est désormais à travers une proposition de loi, au périmètre par nature plus limité, déposée par notre collègue Marie-Pierre Rixain, que nous sommes appelés à débattre de la question de l’égalité économique et professionnelle. Nous regrettons qu’au cours de ce quinquennat, les initiatives législatives visant à faire progresser les droits des femmes aient souvent dû être le fait du Parlement. À l’inverse, je salue très sincèrement, au nom du groupe Socialistes et apparentés, le travail de la rapporteure, qui s’est saisie de cette question et a permis une amélioration sensible du texte en commission, grâce à son ouverture d’esprit à l’égard de plusieurs propositions venues de l’opposition. Je pense par exemple à la possibilité donnée aux bénéficiaires de la prestation partagée d’éducation de l’enfant d’accéder aux dispositifs de formation professionnelle en amont de la fin de cette prestation, plutôt qu’à l’issue de celle-ci. Nos amendements, sur ce point, se sont rejoints.
Ainsi, si l’équilibre du texte issu de la commission devait être préservé, notre groupe voterait en faveur de cette proposition de loi.
Cependant, et cela ne surprendra pas Mme la rapporteure, nous pensons qu’on peut renforcer l’ambition de ce texte et accélérer sa mise en œuvre. La composition des jurys de sélection ou de concours dans les universités, les filières dites sélectives ou les procédures d’accès à la fonction publique, doit enfin atteindre la parité. La diversité de la composition de ces instances – qui dépasse la seule question de la représentation de chaque sexe – est une condition essentielle d’une plus juste représentation de notre société, en particulier d’une plus juste place des femmes, au sein des parcours et des métiers concernés.
Il en va de même de la place des femmes au sein des instances dirigeantes des entreprises. Il s’agit d’ailleurs d’un impératif économique : rappelons que les premières études longitudinales réalisées sur la féminisation des instances dirigeantes des entreprises du
Fortune 500 – le classement des 500 premières entreprises américaines – montraient déjà que le quartile d’entreprises dont les équipes de direction étaient les plus féminisées affichait, en moyenne, un taux de rendement des capitaux propres supérieur de 35,1 % à celui du quartile regroupant les entreprises les moins féminisées. Nous proposerons donc que l’obligation faite aux entreprises de plus de 1 000 salariés de compter au moins 30 %, puis 40 %, de représentants de chaque sexe parmi les instances dirigeantes, prévue à l’article 7, soit remplacée par une exigence de parité, précédée d’une étape intermédiaire prévoyant une proportion minimale de 40 %. Nous demanderons également l’extension de cette obligation aux entreprises de plus de 250 salariés et une accélération de deux ans du calendrier proposé, car notre objectif est bien d’atteindre la parité réelle, dont nous estimons qu’elle constitue une chance pour l’entreprise.
Nous pensons également qu’en matière de droits des femmes au sein de l’entreprise, certains domaines ont été oubliés dans la proposition de loi, qu’il s’agisse de la lutte contre les discriminations au travail ou de l’accompagnement des personnes victimes de violences conjugales. Nous proposerons ainsi, comme plusieurs de nos collègues, la désignation obligatoire, au sein de la délégation du personnel siégeant au comité social et économique (CSE), d’un référent chargé de lutter contre les discriminations.
Par ailleurs, au vu du retard pris dans la ratification de la convention 190 de l’Organisation internationale du travail (OIT), nous avions déposé, à la demande de plusieurs ONG, dont ActionAid, des amendements visant à mieux protéger les femmes victimes de violences conjugales dans leurs rapports avec leur employeur, à faciliter leurs démarches administratives ou à les aider à obtenir une mobilité professionnelle. Nous proposions également un congé légal pour leur permettre d’effectuer les démarches judiciaires, médicales ou sociales rendues nécessaires par leur situation, ou encore la possibilité de rompre sans préavis un contrat de travail lorsqu’une personne doit s’extraire d’un contexte dangereux. Nous regrettons que ces amendements aient été déclarés irrecevables. Pouvez-vous, madame la ministre déléguée, vous engager à ratifier la convention 190 de l’OIT ?
Pour finir, madame la rapporteure, je connais votre engagement ancien et constant sur ces questions. Je sais que nous pourrons encore faire progresser cette proposition de loi en adoptant les mesures que nous vous proposons.
(Applaudissements sur les bancs du groupe SOC et sur quelques bancs du groupe LaREM.) La parole est à Mme Annie Chapelier. C’est avec beaucoup de fierté que je m’exprime devant vous au nom du groupe Agir ensemble sur la proposition de loi de notre collègue Marie-Pierre Rixain visant à accélérer l’égalité économique et professionnelle entre les femmes et les hommes. Je veux saluer, chère présidente de la délégation aux droits des femmes, l’engagement qui est le vôtre depuis le début de la législature. Votre pugnacité a permis à ce texte d’aboutir.
Parce qu’il garantira aux femmes la libre disposition de leurs revenus, parce qu’il permettra de faciliter le retour à l’emploi après un congé parental, parce qu’il contribuera à briser le plafond de verre dans l’accès aux postes à haute responsabilité, parce qu’il renforcera la mixité dans l’entrepreneuriat et parce qu’il offrira de nouvelles armes pour combattre les biais de genre dans les choix professionnels – et ce, dès le collège, grâce notamment à l’adoption de l’article 5 
bis proposé par notre groupe, qui permettra d’améliorer la formation des conseillers d’orientation sur ces questions –, ce texte est d’une importance majeure dans la lutte contre les freins à l’émancipation économique et professionnelle des femmes.
« Tout employeur assure, pour un même travail ou pour un travail de valeur égale, l’égalité de rémunération entre les femmes et les hommes. » En citant l’article L. 3221-2 du code du travail, je veux rappeler que, pour l’émancipation des femmes, l’égalité salariale ne fait pas tout : l’équité salariale, c’est-à-dire un salaire égal versé pour un travail de valeur égale, est un autre combat qui concerne toutes les femmes dont le travail est sous-estimé et considéré comme naturel ou maternel, car lié au secteur social. Le Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes (HCE) s’est félicité de l’adoption de cet article, qui invite à mener un véritable travail de classification de la valeur des emplois. C’est avec la même détermination que nous devons défendre les droits des métiers à prédominance féminine.
Je me réjouis également de l’adoption en commission de plusieurs amendements défendus par notre groupe, qui permettront notamment d’intégrer des périodes de formation continue au parcours d’insertion professionnelle, d’ouvrir le droit à des places prioritaires en crèche pour les enfants de femmes en situation de précarité, ou encore de renforcer la transparence des établissements du supérieur en matière d’égalité entre les femmes et les hommes. Ces avancées sont à saluer. Pour les mêmes raisons, notre groupe défendra en séance plusieurs amendements à l’article 5, concernant notamment la prévention des stéréotypes de genre et une meilleure communication des chefs d’établissements sur l’égalité des chances. Nous espérons être entendus sur ces points.
Il est pourtant des secteurs où tout reste à faire. Je pense tout particulièrement à celui de l’audiovisuel : 80 % des experts invités sur les plateaux de télévision, par exemple, sont des hommes. Alors que nous nous apprêtons à voter des obligations qui s’imposeront aux entreprises, je souhaite, chers collègues, que nous gardions à l’esprit notre devoir d’exemplarité : l’égalité au sein de la fonction publique comme de la classe politique doit aussi être un objectif. N’oublions pas 50 % de notre population : l’électorat français étant
de facto paritaire, sa représentation par les élus doit l’être également. L’intégration politique des femmes est le reflet de la vitalité et de la qualité d’une démocratie.
En apportant des outils pour favoriser cette représentativité, on ne fait pas seulement gagner les femmes, mais l’ensemble de la société : un monde où les femmes ont une place reconnue et un pouvoir décisionnel semblable à celui des hommes est un monde meilleur pour tous. C’est pourquoi je regrette de voir si peu de femmes dans les cabinets présidentiels, les grands corps de l’État ou les réunions internationales. Partout où est le pouvoir, les hommes discutent entre eux – de la gestion et de la bonne utilisation de l’argent public, des relations internationales ou, par exemple, de la gestion d’une crise sanitaire et sociale mondiale.
C’est tout de même un peu excessif ! Cependant, nous ne pouvons pas légiférer sur tout : l’exemplarité et la recherche de l’équilibre sont aussi une question de convictions, de valeurs et de choix. Les causes ne se défendent pas qu’à coups de lois. Chacun connaît le proverbe chinois selon lequel « les femmes soutiennent la moitié du ciel ». C’est ensemble, sur un pied d’égalité, et pas autrement, que nous sommes forts. Il nous revient aujourd’hui de décider si nous voulons apporter notre contribution à cette quête inlassable de droits. Nous avons la possibilité d’œuvrer, par ce texte qui changera réellement la vie de nombreuses femmes, pour nos filles et nos fils, pour un monde plus égalitaire, plus équitable, plus respectueux et plus digne. Soyons ambitieux ! Bousculons les habitudes ! Déconstruisons les stéréotypes pas à pas et faisons-le, chers collègues, sans aucun regret – car nous ne devons regretter que ce que nous n’aurons pas osé faire.
C’est pourquoi, vous l’aurez compris, notre groupe votera avec conviction en faveur de cette proposition de loi.
(Applaudissements sur les bancs des groupes Agir ens et LaREM.) La parole est à Mme Valérie Six. En 1791, Olympe de Gouges affirmait, dans la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne : « La femme naît libre et demeure égale à l’homme en droits. » Nous avons encore du chemin à parcourir pour atteindre l’égalité entre les hommes et les femmes. Il y a eu des avancées notables, comme la loi du 13 juillet 1965, qui autorise les femmes à ouvrir un compte en banque en leur nom et à travailler sans le consentement de leur mari, ou la loi Copé-Zimmermann du 27 janvier 2011, qui impose 40 % de femmes dans les conseils d’administration des entreprises.
Cependant, les femmes ont encore beaucoup à faire pour atteindre une autonomie bancaire et financière. Le texte que nous examinons aujourd’hui vise à accélérer l’égalité économique et professionnelle. Je remercie Marie-Pierre Rixain pour la qualité de son travail. Les auditions étaient très instructives et riches en messages d’espoir. Nos débats en commission des affaires sociales ont permis des avancées que je tiens à saluer. L’entrée en vigueur des articles garantissant une autonomie bancaire est prévue un an après la publication de la loi, et non plus deux comme prévu initialement dans le texte.
Je suis ravie de la réécriture de l’article 4, qui intègre et définit les crèches AVIP, lesquelles accueillent à hauteur d’au moins 30 % de leur effectif des enfants dont les parents sont demandeurs d’emploi et volontaires pour s’engager dans une recherche d’emploi pouvant comprendre une période de formation. J’ai moi-même déposé un amendement en ce sens, visant à réserver des places en crèche pour les parents qui reprennent une formation ou cherchent un emploi.
Cependant nous savons que la problématique est plus large. On compte en France 446 000 places en crèche pour 2,2 millions d’enfants de moins de 3 ans. Nous devons investir davantage dans les services de la petite enfance. J’ai notamment déposé un amendement qui incite les entreprises à proposer des places en crèche. C’est un dispositif gagnant-gagnant : en réservant des places en crèche pour ses salariés, l’entreprise leur permet de se rendre au travail beaucoup plus sereinement.
Les débats en commission ont également permis d’intégrer dans le texte des accords conclus entre les établissements scolaires et universitaires visant à favoriser une représentation équilibrée des femmes et des hommes au sein des filières d’enseignement. Je suis très favorable à ce nouvel article. Je suggérerai d’aller plus loin avec un amendement visant à demander un rapport qui formule des propositions destinées à valoriser les enseignantes des filières technologiques et professionnelles.
Nous constatons que les stéréotypes genrés persistent, notamment dans le choix des carrières professionnelles. L’enseignement supérieur doit se sentir investi d’une mission particulière pour la mixité, car l’orientation professionnelle est majoritairement due à l’orientation scolaire. Les femmes sont majoritaires dans certaines filières telles que le social ou l’aide à domicile, dans certains métiers comme ceux d’infirmière, de secrétaire, d’hôtesse de caisse ou encore de magistrate. À l’inverse, certaines filières, comme les métiers du numérique ou de l’informatique, attirent peu de femmes ; or ce sont les métiers de demain. Nous devons agir. Aussi ferai-je également des propositions pour favoriser la mixité dans les filières.
S’agissant de la place des femmes dans le monde du travail, je suis pour une meilleure représentativité dans les entreprises. Un effort de transparence est nécessaire. La loi Copé-Zimmermann a permis aux femmes d’occuper, en 2019, 43,6 % des sièges d’administrateur au sein des 120 plus grandes sociétés cotées en bourse, contre un peu plus de 26 % en 2013. La proposition de loi dont nous débattons aujourd’hui prévoit que la proportion de femmes chez les cadres dirigeants et les cadres membres des instances dirigeantes soit d’au moins 30 % au sein des entreprises de plus de 1 000 salariés. Je suis favorable à cette nouvelle mesure.
Enfin, nous devons introduire des objectifs de mixité dans la politique de soutien à la création et au développement d’entreprises de Bpifrance car, en matière d’entrepreneuriat, les femmes ont la même volonté que les hommes de créer leur entreprise. Je regrette cependant que nous ne puissions pas débattre des modes de garde ou du congé parental, des questions qui me semblent indissociables de la vie professionnelle des parents.
Globalement, je salue l’esprit du texte qui tend à une plus grande mixité et j’espère que nos débats permettront de l’enrichir encore davantage.
(Applaudissements sur quelques bancs du groupe LaREM.) La parole est à M. Michel Castellani. En 1946, notre pays a érigé l’égalité entre les femmes et les hommes au rang de principe constitutionnel. Soixante-quinze ans plus tard, nous devons encore travailler pour faire de cette promesse d’égalité une réalité. Les données, connues de tous, ont été rappelées à plusieurs reprises à cette tribune. Les femmes demeurent moins bien rémunérées, leur taux d’emploi est inférieur à celui des hommes et elles sont moins nombreuses aux postes de direction.
Ces inégalités, nous le savons, ont été ravivées à la faveur de la crise. Les femmes ont été surmobilisées. Infirmière, aide-soignante, aide à domicile, agente d’entretien, caissière ou encore enseignante : ces professions, qui se sont retrouvées en première ligne face à l’épidémie, sont exercées, à une large majorité, par des femmes. À l’inverse, et de manière symbolique, les secteurs clés du plan de relance, comme l’aéronautique ou l’automobile, apparaissent comme très peu féminisés.
En résumé, le chemin de l’égalité est encore long. Pourtant, depuis les années 60, les lois se sont succédé, les avancées aussi, preuve que le travail législatif est utile. Mais les inégalités persistent, ce qui confirme que ce travail doit se poursuivre. Si la loi Copé-Zimmermann a été un vrai succès, au niveau des conseils d’administration, le ruissellement des instances de gouvernance vers les instances de direction ne s’est pas réellement produit. Le plafond de verre continue de bloquer ou de ralentir la progression des femmes.
La proposition de loi que nous examinons aujourd’hui s’attaque à ce partage inégal du pouvoir au sein des entreprises. Nous ne pouvons que souscrire à cette ambition. Disons-le clairement : les quotas ne sont pas une solution parfaite, personne ne peut se satisfaire d’avoir à les instaurer, mais c’est sans doute la seule qui s’offre à nous pour améliorer la situation.
Il importe aussi d’améliorer nos outils d’évaluation des inégalités au sein des entreprises. L’index d’égalité professionnelle est encore mal défini. Notre groupe fera des propositions en la matière. Les femmes doivent pouvoir accéder aux postes de cadres dirigeants, car il faut reconnaître les compétences et le mérite des femmes au même titre que ceux des hommes.
Je veux aussi évoquer ce que certains chercheurs appellent le « plancher collant », expression qui désigne le fait que les femmes sont trop souvent cantonnées à des postes moins rémunérés mais aussi plus précaires. La valorisation des métiers dits féminisés, ceux-là mêmes que la crise sanitaire a remis en lumière et qui œuvrent pour le bien commun, pourrait constituer une solution. Nous devons aussi lutter contre les postes à temps partiel subi, que les femmes occupent à plus de 80 %. Ces dimensions sont totalement absentes de cette proposition de loi, nous le regrettons.
Pourtant, bien que modeste, cette proposition de loi n’en demeure pas moins nécessaire et nous saluons, madame la rapporteure, votre engagement. Notre groupe souscrit à toutes les dispositions de ce texte tout en craignant que certaines se heurtent à des difficultés d’application si elles ne s’accompagnent pas en parallèle de politiques publiques ambitieuses.
Nous avons ainsi besoin d’une politique familiale plus égalitaire afin que la conciliation entre vie familiale et vie professionnelle ne se fasse plus au détriment des femmes. Le petit pas en matière de congé paternité, porté à vingt-huit jours, dont sept seulement sont obligatoires, n’est probablement pas suffisant.
Je veux également insister sur une thématique que je connais un peu : l’accès à la formation et à l’enseignement supérieur. La féminisation des jurys va dans le bon sens, mais il me paraît indispensable d’agir en amont, dès les choix d’orientation. Une meilleure sensibilisation aux stéréotypes, dès le plus jeune âge, et une meilleure coopération entre le secondaire et le supérieur sont indispensables. Les stéréotypes ont la vie dure. Ces représentations, tenaces, conditionnent les individus et favorisent la reproduction d’un partage inégal de la richesse et du pouvoir depuis bien des siècles. C’est pourtant toute la société qui gagnerait à une égalité réelle entre les femmes et les hommes, y compris sur le plan économique.
Pour la Banque mondiale, si l’on éradiquait toute forme de discrimination envers les femmes au travail, la productivité ferait un véritable bond en avant, et si le taux d’emploi rémunéré des femmes était le même que celui des hommes, le PIB de la zone euro augmenterait lui aussi considérablement. Par conséquent, cessons d’opposer le combat pour l’égalité au développement économique. Là encore, il s’agit d’un stéréotype que contredisent les études sérieuses et auquel il convient de tordre le cou.
(Applaudissements sur quelques bancs du groupe LaREM. – Mme Annie Chapelier applaudit également.) La parole est à Mme Bénédicte Taurine. Je tiens tout d’abord à saluer votre engagement, Marie-Pierre Rixain, car je sais combien la cause des femmes vous tient à cœur.
En revanche, s’agissant de l’ensemble de cette proposition de loi, je déplore que les mesures restent, à mon sens, trop marginales. Tout reste à faire en matière d’égalité économique entre les femmes et les hommes. Or je considère que ce texte ne va pas assez loin.
Ce n’est malheureusement pas l’index Pénicaud qui comble les lacunes existantes. Nous aurions pu attendre de cette proposition de loi qu’elle corrige au moins cet outil. S’il a été conçu à l’origine pour supprimer les inégalités salariales, les objectifs ne sont malheureusement pas atteints. Par exemple, les entreprises pourront continuer d’augmenter d’1 euro les salaires des femmes durant leur carrière ou à leur retour de congé maladie, tout en bénéficiant de la note maximale pour ces deux indicateurs. Quant à celui qui évalue l’égalité salariale, il pourra continuer à ne pas prendre en compte les temps partiels.
Bref, cet index passe à côté des mesures qui permettraient aux femmes d’être nettement moins vulnérables. Mais la proposition de loi dont nous débattons et qui, d’après son intitulé, vise pourtant à accélérer l’égalité économique et professionnelle, ignore ces défauts alors que nous aurions pu y remédier et améliorer la situation des femmes avec un texte plus ambitieux. Elle a néanmoins, en effet, le mérite d’exister.
Par ailleurs, avec cette loi, vous augmentez le nombre de places en crèche pour les bénéficiaires de l’allocation de soutien familial. Nous considérons que cette disposition est trop restreinte, puisque moins d’un quart des parents isolés en bénéficient. La nécessité d’être disponible pour s’occuper des enfants conduit bien souvent le parent isolé à aménager son temps de travail, voire à interrompre son activité. Je rappelle que 85 % des parents isolés sont des femmes et que près d’une mère célibataire sur deux travaille à temps partiel. Je rappelle également que quatre familles monoparentales sur dix vivent aujourd’hui en dessous du seuil de pauvreté.
Nous aurions dû nous saisir de ces enjeux. Nous aurions par exemple pu attendre une politique bien plus ambitieuse pour accroître drastiquement le nombre de places en crèche. L’arrivée du premier enfant est identifiée comme étant le moment, dans la carrière des femmes, où s’installe le décrochage salarial par rapport aux hommes. Comment ne pas y voir une corrélation avec le manque criant de places en crèche et le manque de soutien financier de l’État sur ce point ?
Le programme d’Emmanuel Macron annonçait le maintien d’un rythme élevé dans la création de places. Or, en 2018 par exemple, 1 800 places ont été créées, soit 6 % de l’objectif du quinquennat. Selon certaines études, il manquerait plus de 200 000 places de crèche en France. Notre pays est donc bien loin de répondre aux besoins des femmes en la matière.
Nous bataillons enfin depuis plusieurs mois pour rappeler que, dix ans après la loi Copé-Zimmermann, la loi établissant 40 % de femmes dans les instances exécutives dirigeantes n’existe toujours pas. Cette disposition ne figurant pas dans le texte initial, nous avons été plusieurs à déposer des amendements en ce sens. Je note avec satisfaction que vous avez amendé votre texte pour faire apparaître ces quotas.
En effet, sans un tel outil, la situation des femmes n’évoluera pas positivement. Depuis le début de la législature, il y a quatre ans, cette mesure apparaissait comme un serpent de mer : des annonces étaient faites dans un sens par le ministère avant d’être systématiquement suivies d’annonces contraires. Nous avons donc déjà perdu quatre ans en matière d’égalité femmes-hommes, et surtout de changement dans les représentations et les rôles modèles, nécessaire à l’évolution des mentalités.
Malheureusement vous nous faites perdre deux ans de plus, puisque le Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes, organe qui contribue à l’évaluation des politiques publiques en recueillant les analyses liées à ces questions, en évaluant les études d’impact des lois, en adressant des recommandations et des avis directement au Premier ministre, préconise de mettre en place ces quotas dans six ans, et non huit, comme c’est actuellement proposé.
Enfin, madame la rapporteure, comment ne pas évoquer l’amendement visant à ce que la pénalité financière en cas de non-respect des quotas ne soit plus qu’une option ? Malheureusement, désormais, aucune sanction n’est prévue.
Tout au long de cette législature, l’égalité entre les femmes et les hommes sera restée, contrairement aux annonces, le parent pauvre de l’ensemble des politiques publiques alors qu’elle devait être la grande cause du quinquennat. Nous le regrettons. Cependant, le groupe La France insoumise votera votre texte, madame la rapporteure.
La parole est à M. Pierre Dharréville. La question de l’égalité professionnelle est un enjeu majeur car le patriarcat continue de traverser toute la société et n’épargne pas le travail qui, structurant fortement les rapports sociaux, cimente les inégalités entre les femmes et les hommes. Les chiffres sont édifiants : une femme gagne en moyenne 25,7 % de moins qu’un homme et, à contrat, diplôme, expérience et responsabilités identiques, elle gagne en moyenne 10 % de moins ; 82 % des salariés à temps partiel et deux tiers des travailleurs pauvres sont des femmes. Les inégalités dans le monde du travail demeurent criantes. Et elles ont des conséquences sur toute la vie, dans toute la vie, tout au long de la vie, puisqu’elles se répercutent sur les droits au chômage ou à la retraite.
Ces dernières années, pas moins de huit lois spécifiques ont été votées. Pour autant, notre législation demeure faible à l’égard des employeurs parce qu’elle n’ose pas remettre en cause le libéralisme et son fondement inégalitaire ; elle n’ose pas se frotter de trop près à la toute-puissante liberté d’entreprendre, qui découle du sacro-saint droit de propriété. Ainsi, les femmes sont victimes, avec supplément, des logiques de rentabilité, de profitabilité, de précarité, de baisse du coût du travail et de modération salariale. Et ce n’est pas un index de l’égalité professionnelle mal conçu ni l’obligation de l’ouverture de négociations sur l’égalité professionnelle dans les entreprises qui peuvent être vraiment efficaces, faute d’obligation de résultat ni même de conclure un tel accord.
S’il est incontournable de s’attaquer à la mainmise masculine sur les postes à responsabilité et à forte rémunération, la lutte contre ces injustices ne saurait se limiter à ce que quelques femmes bénéficient de très hauts salaires comme certains hommes ; elle appelle à une amélioration pour toutes les femmes, à commencer par celles dont le travail est aujourd’hui si mal reconnu, et à une plus juste répartition des richesses au sein de l’entreprise, c’est-à-dire à une remise en cause du modèle actuel. L’égalité entre les femmes et les hommes est un combat qui doit être mené avec plus de volonté politique. Ce n’est pas vous, madame la rapporteure, présidente de la délégation aux droits des femmes et dont je salue l’engagement qui êtes en cause, mais si cette proposition de loi exprime de bonnes intentions, elle n’élargit pas vraiment la palette : aucune contrainte nouvelle n’est réellement imposée, sinon en matière d’information.
Il est donc urgent d’agir vraiment pour prendre soin du travail, pour prendre soin au travail. La crise a révélé, s’il le fallait, que nombre de métiers mal reconnus étaient massivement exercés par des femmes : il s’agit souvent de métiers répondant à des besoins de première nécessité, à forte dimension sociale, des métiers d’accompagnement ou de services – secteurs de la santé, du médico-social, de la grande distribution, de la propreté, de l’aide à domicile mais aussi de l’enseignement – considérés comme des tâches subalternes auxquelles les femmes, dans l’espace privé comme dans l’espace public, sont si souvent cantonnées. Pourtant, d’une part, ce sont des métiers nobles et, d’autre part, les femmes ne peuvent être considérées comme y ayant des prédispositions particulières parce que femmes. Ces métiers sont de surcroît parmi les plus précaires en termes de conditions de travail et les moins bien rémunérés.
Nous vivons dans une société qui reconnaît bien mal les métiers, les qualifications, le travail, et moins encore pour les femmes. Agir pour l’égalité professionnelle implique la revalorisation de toutes ces professions, et l’État doit donner l’exemple et l’impulsion. Notre groupe propose d’encadrer le recours au temps partiel imposé, qui reste le premier facteur des inégalités salariales et la forme de sous-emploi la plus courante, d’autant plus qu’il augmente, certaines entreprises en ayant fait un mode ordinaire de gestion : le temps partiel subi concerne 32 % des femmes à temps partiel, près de 10 % des travailleuses. J’insiste sur ce point car nos amendements en la matière ont été écartés, comme s’ils étaient hors sujet ! Si un texte de loi dont l’objet est de favoriser l’égalité professionnelle vient en débat et que nous ne pouvons pas y débattre des propositions qui la permettraient, cela veut bien dire que nous sommes empêchés de légiférer correctement. Cette irrecevabilité est sans doute tout à fait réglementaire… et pourtant tout à fait désolante.
De même, nos amendements sur la traduction législative de la convention no 190 de l’OIT, que la France a pourtant signée, ont également été écartés. Je rappelle que cette convention vise à faire reconnaître les effets de la violence domestique en prévoyant un congé pour les victimes, des modalités de travail flexibles, un droit à une mobilité géographique ou encore à une protection temporaire contre le licenciement. J’en profite pour demander au Gouvernement quand cette convention sera appliquée par notre pays.
Enfin, je veux insister sur la nécessité d’en finir avec la baisse des moyens alloués à l’inspection du travail, car la présence de femmes et d’hommes ayant à cœur de faire avancer cette cause sur le terrain, agissant au quotidien pour faire appliquer la loi, est indispensable. Une loi sans moyens a de fortes chances d’être une loi sans effets. Il ne suffit donc pas d’afficher des intentions, encore faut-il que la loi affirme des ambitions et que les choix budgétaires leur donnent vie.
Cela étant dit, il n’y a pas de raison que nous nous opposions à cette proposition de loi qui contient des dispositions utiles, que les députés du groupe GDR soutiendront.
(Mme la rapporteure et M. Gérard Leseul applaudissent.) La parole est à M. Christophe Castaner.
Je sais, chère Marie-Pierre Rixain, combien vous avez fait pour ce texte, combien vous l’avez défendu et allez encore le faire ici même pour notre compte.
En commençant ce discours, je pense à toutes les personnes qui nous regardent, toutes les personnes qui nous attendent, je pense à toutes ces femmes qui se sont battues pour l’égalité sans jamais renoncer et qui ont permis d’obtenir, bien souvent d’arracher une à une, des victoires. Je pense à toutes celles qui s’engagent et doivent lutter encore, à toutes celles qui gravissent les échelons de la société et font vivre par leur exemple l’égalité. Je pense enfin, et peut-être surtout, à toutes ces femmes victimes de violences, parfois symboliques ou psychiques, mais aussi trop souvent physiques. Parler d’égalité, c’est ne pas oublier que le meurtre ignoble de Chahinez Daoud par son ex-conjoint à Mérignac, il y a quelques jours à peine, nous oblige : nous devons agir sans hésiter, sans faiblir, débattre dans le respect, ne jamais renoncer. L’égalité entre les femmes et les hommes est un combat de tous les instants, rien ni personne ne doit nous en détourner.
Bien sûr, il y a eu d’indéniables progrès. Les femmes ont désormais la liberté de disposer de leur corps et, grâce au combat engagé pour la parité, elles ont accès aux plus hautes responsabilités et le droit – heureusement… – ne reconnaît plus de différences entre les femmes et les hommes. Mais pour autant, devrait-on s’arrêter là ? Peut-on envisager un instant de se contenter de la lettre des textes sans regarder le reflet que nous renvoie la réalité, à savoir que le chemin est encore long, que les femmes sont plus souvent victimes de discrimination, de préjugés et ont, à poste équivalent, un salaire inférieur de 10 % à celui de leurs collègues masculins, que les femmes mettent en moyenne bien plus de temps pour accéder à des postes de responsabilité ou au conseil d’administration. La réalité, c’est que les femmes sont trop souvent sommées de choisir entre le travail et la vie familiale, comme si prendre soin de ses enfants sonnait exclusivement au féminin… Mais la plus dure réalité, c’est que je pourrais continuer longuement cette énumération, parler de l’entrepreneuriat, du travail partiel et aussi de la prison dans laquelle sont enfermées de trop nombreuses femmes contraintes de rester avec un mari violent en raison du fait que celui-ci a la maîtrise totale des ressources financières.
Le combat pour l’égalité réelle est encore long, mais il mérite d’être mené et nous le mènerons jusqu’au bout.
Le Président de la République a fait de l’égalité femmes-hommes la grande cause du quinquennat et, depuis quatre ans, nous avons agi sur tous les fronts en prenant des mesures essentielles telles que l’allongement du congé paternité, son caractère désormais obligatoire devant permettre d’aboutir à une meilleure répartition du temps consacré aux enfants, la garantie par la caisse d’allocations familiales (CAF) du paiement des pensions alimentaires alors que près de trois à quatre sur dix n’étaient pas ou très partiellement payées ; en parallèle, nous avons intensifié la lutte contre les violences conjugales, accélérant encore après le Grenelle de novembre 2019, à la fois en renforçant la prévention, en consacrant plus de moyens à la protection des victimes et en améliorant leur accompagnement. Nous avons travaillé main dans la main avec le Gouvernement et les services de l’État, mais aussi avec les associations pour ne rien laisser passer.
Aujourd’hui, grâce à la proposition de loi déposée par notre groupe et les deux autres composantes de la majorité présidentielle, nous franchissons encore un pas en nous attaquant de front aux inégalités économiques.
Les premiers articles affirment le caractère individuel du droit à détenir un compte courant pour garantir à chaque femme l’indépendance et l’autonomie dans la gestion de ses revenus, y compris les prestations sociales : un conjoint ne pourra ainsi plus préempter les revenus de sa conjointe, elle les recevra sur un compte à son nom.
Pour faciliter l’accès au travail, cette proposition de loi étend les places réservées dans les crèches aux mères les plus en difficulté.
Et puis il nous faut agir à la racine, dès l’orientation des filles au cours de leur scolarité. À titre d’exemple, je souligne que les femmes ne représentent que 28 % des ingénieurs diplômés. Nous allons donc voter la mise en place d’un index de l’égalité permettant de rendre compte des choix genrés dans les différentes filières.
Ce texte vise aussi à permettre un égal accès aux financements lors de la création d’entreprise, sachant que seuls 2 % des fonds dédiés ont été levés par des start-up à direction 100 % féminine. L’État doit être exemplaire, y compris en progressant en termes de parité dans la politique de soutien à la création et au développement d’entreprises menée par la Banque publique d’investissement.
Enfin, cette future loi permettra à terme de mettre en place une représentation équilibrée des femmes dans les instances dirigeantes des grandes entreprises françaises. Les quotas ne représentent pas une solution miracle, mais ils sont souvent nécessaires. Nous devons être ambitieux pour casser ce plafond de verre mais aussi tenir compte de la réalité des entreprises, et la rapporteure a trouvé un équilibre sur ce point dans sa définition des objectifs de progression de mixité fixés aux entreprises.
Mesdames, messieurs, l’égalité n’a pas de couleur politique, pas plus qu’elle n’a de temps à perdre. Nous, nous sommes ici pour construire et réussir, je ne doute pas un instant qu’il en soit de même sur tous les bancs de chaque groupe. Offrons ensemble cette grande avancée à l’égalité femmes-hommes au travail.
(Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM. – M. Michel Castellani et M. Bruno Millienne applaudissent également.) L’égalité des temps de parole, c’est pour vous aussi ! La parole est à Mme Albane Gaillot. C’était il y a à peine plus d’un an, le covid faisait une entrée fracassante ; d’abord sanitaire, la crise a rapidement eu des répercussions sociales et économiques. Une chose est absolument certaine : la crise liée au covid n’a pas impacté les femmes et les hommes de la même manière et, selon certains experts, cette pandémie pourrait anéantir vingt-cinq ans de progrès en matière d’égalité entre les femmes et les hommes.
Aussi, je crois que nous passerions à côté du sujet, à savoir l’égalité économique et professionnelle entre les femmes et les hommes, si nous ne tenions pas compte dans nos débats et dans nos réflexions de l’impact de la crise sur l’emploi des femmes. Car il ne s’agit pas seulement de s’attacher à réduire les inégalités existantes, mais aussi et surtout d’anticiper le développement de nouvelles formes d’inégalités du fait de cette crise. Vingt-cinq ans de progrès perdus, ai-je dit, ce dont nous ne pouvons nous satisfaire. Plusieurs travaux dressent déjà un état des lieux des inégalités engendrées suite aux différents confinements : je pense notamment à ceux du Conseil économique, social et environnemental (CESE) et de la Fondation des femmes.
Il me semble essentiel de pouvoir mesurer ces nouvelles inégalités dès à présent pour mieux les appréhender. Cela pourrait être l’objet de l’index de l’égalité professionnelle, même si les notes exemplaires obtenues par une très large majorité des entreprises concernées, notes qui apparaissent systématiquement décorrélées de la réalité des inégalités professionnelles entre les femmes et les hommes, doivent nous alerter collectivement : si cet outil a le mérite d’exister, il manque son objectif en ce qu’il omet des facteurs importants d’inégalités et omet de considérer les caractéristiques et les trajectoires propres à l’emploi des femmes. La ségrégation professionnelle, par exemple, qui façonne pourtant les trajectoires des femmes et des hommes sur le marché du travail, est peu prise en compte. L’index, en se limitant à comparer les mêmes grandes catégories d’emplois, ne permet pas non plus de tirer les grandes leçons de la crise qui a mis en lumière l’évidente contradiction entre la valeur sociale et la reconnaissance économique des emplois à dominante féminine. Enfin, faute d’intégrer des indicateurs relatifs au nombre de femmes parmi les cadres dirigeants, l’index fait l’impasse sur le très fameux plafond de verre qui empêche les femmes d’accéder aux plus hautes fonctions – j’ai déposé un amendement pour y remédier. Alors que les conséquences économiques de la crise sanitaire ont rendu visibles et accentuent les inégalités entre les femmes et les hommes, les réponses qui lui sont apportées passent à côté de cet enjeu.
Je voudrais prendre un exemple. Le Gouvernement fait le choix de relancer l’économie par l’écologie : sur 100 milliards d’euros investis, 30 sont consacrés à des mesures en faveur de l’écologie. Jusque-là, rien d’inquiétant, me direz-vous. Nous savons que l’investissement dans les grands travaux écologiques peut permettre de créer nombre d’emplois. Le problème, c’est que ces divers métiers sont quasiment non mixtes : les femmes ne représentent que 16 % des employés. De manière générale, elles sont très peu nombreuses dans les secteurs à fort potentiel verdissant.
Il est certain que la transition écologique offre des opportunités d’emploi pour les femmes. Seulement, sans une politique volontariste de féminisation de ces emplois, il y a fort à parier que les femmes n’en bénéficieront pas. Ne pas en tenir compte lorsque nous légiférons sur l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes me paraît donc regrettable. J’ai déposé un amendement visant notamment au déploiement d’un plan national de formation pour favoriser l’emploi des femmes, mais j’ai été étonnée de constater son irrecevabilité au titre de l’article 45 de la Constitution. Comment la formation des femmes aux métiers dits d’avenir pourrait-elle n’avoir aucun rapport direct avec l’accélération de l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes ?
Mes chers collègues, la loi que nous nous apprêtons à voter est un premier pas salutaire. Madame la rapporteure, je sais votre engagement et je vous remercie de soumettre ce sujet à la représentation nationale. Toutefois, je crois que nous pourrions aller plus vite et plus loin. Je pense en particulier à la mise en place de quotas dans les instances dirigeantes des entreprises. Il faut faire plus, en élargissant le spectre des entreprises concernées par les obligations paritaires, et plus vite ; je proposerai des amendements en ce sens. Je pense aux violences sexistes et sexuelles, dont le lieu de travail constitue souvent le terreau, transformant le travail en supplice, en souffrance pour les femmes qui en sont les victimes. Je regrette que mon amendement ait été déclaré irrecevable au motif qu’il n’aurait aucun lien direct avec le texte. La mise à l’agenda de cette proposition de loi visant à lutter contre les inégalités professionnelles entre les femmes et les hommes est une occasion trop rare, saisissons-là.
(Mme la rapporteure et Mme Annie Chapelier applaudissent.) La discussion générale est close.
La parole est à M. François Ruffin. Il y a un an, le Président de la République déclarait : « notre pays tient tout entier sur des femmes et des hommes que nos économies reconnaissent et rémunèrent si mal ». Parmi ces femmes, ces premières de cordée dont le nombre est massif, on comptait les auxiliaires de vie sociale (AVS), qui ont poursuivi leur mission auprès de nos aînés – bien souvent sans masque, sans gants, sans protection ; on comptait les assistantes maternelles, qui ont continué à accueillir les enfants d’enseignants et les enfants de soignants ; on comptait les agents d’entretien, qui ont continué à nettoyer l’Assemblée nationale, les gares et tous les bureaux en utilisant, en plus, du virucide. Autant de métiers qui sont massivement féminins – entre 85 et 99 % de femmes – et fortement dévalorisés tant sur le plan de la reconnaissance que de la rémunération, avec bien souvent des horaires de travail qui s’étendent du matin au soir avec des contrats à trous.
À la fin du mois, ces salariées ne touchent même pas un SMIC, alors qu’elles exercent des métiers qui, pour reprendre les propos du Président de la République et la Déclaration universelle des droits de l’homme, relèvent de l’utilité commune, qui devrait être le seul fondement des distinctions sociales. Le texte que nous examinons s’attache à instaurer une égalité entre les hommes et les femmes, à poste équivalent. Mais sans revaloriser tous les emplois qui sont massivement féminins – agents d’entretien, assistantes maternelles, auxiliaires de vie sociale –, on passe à côté d’un pan énorme de l’inégalité entre les femmes et les hommes.
Pourquoi ces emplois sont-ils dévalorisés ? Parce qu’ils sont féminins, parce que dans l’inconscient collectif, au fond, les femmes s’occupent depuis des siècles des enfants, des personnes âgées, des malades. Elles l’ont fait jusqu’ici gratuitement et bénévolement ; comme on les paie désormais un peu, elles n’auraient pas à embêter le monde ? Je regrette tout de même que depuis un an, rien n’ait été fait…
C’est faux ! …pour ces professions envers lesquelles le Président de la République s’était engagé, et que ni la présente loi ni aucune autre ne prévoient de revalorisation. La parole est à Mme Marie-Noëlle Battistel, pour soutenir l’amendement no 145. Il s’agit de préciser que le salaire ne peut être versé que sur un compte joint dont le bénéficiaire a la jouissance sans le contreseing du cotitulaire. C’est un amendement que nous avions déposé en commission et nous souhaitons vraiment insister sur ce point, puisqu’il existe trois sortes de comptes joints, intitulés « monsieur ou madame », « monsieur et/ou madame » et « monsieur et madame ». La précision apportée par l’amendement nous semble donc importante. Quel est l’avis de la commission ? La commission a rejeté cet amendement, car il entre dans un degré de détail qui risquerait de priver la mesure d’effectivité. Je rappelle en outre que les comptes joints permettent à chaque cotitulaire de faire fonctionner le compte, de déposer et de retirer de l’argent ou de faire un chèque avec sa seule signature, raison pour laquelle je donne un avis défavorable. Quel est l’avis du Gouvernement ? Cette mesure ne nous semble pas justifiée, puisqu’il semble très difficile pour l’employeur de vérifier si le compte concerné est un compte joint ou un simple compte indivis. Le dispositif ne serait pas très efficace et, dans les faits, il n’aboutirait pas au résultat recherché. Une telle mesure ne pourrait que forcer les personnes à ouvrir des comptes personnels, ce qui constituerait un surcoût et complexifierait la gestion du budget personnel pour un nombre très important de foyers. L’avis est donc défavorable.
(L’amendement no 145 n’est pas adopté.) La parole est à Mme Cendra Motin, pour soutenir l’amendement no 41. Je souhaite appeler votre attention sur un cas auquel les services du personnel sont assez souvent confrontés, celui des jeunes mineurs qui travaillent dans les entreprises pour des périodes très courtes et qui n’ont pas toujours de compte en banque à leur nom. L’idée était donc de prendre en considération leur situation. Quel est l’avis de la commission ? Même s’il part d’une bonne intention, votre amendement risque de réduire le bénéfice de la protection offerte par l’article 1er pour des personnes qui tirent déjà un salaire de leur travail – je pense en particulier aux mineurs de 16 à 18 ans. Bien que je comprenne la contrainte que peut représenter l’ouverture d’un compte, notamment pour un mineur, je pense que la pratique est suffisamment établie pour que la protection que je propose leur soit également applicable. Je vous demande donc de retirer votre amendement. Quel est l’avis du Gouvernement ? Il ne nous semble pas utile de créer une dérogation dans ce cas déjà couvert par certaines dispositions spécifiques du code civil et du code du travail, qui continueront de s’appliquer. Avis défavorable.
(L’amendement no 41 est retiré.) La parole est à Mme Bénédicte Taurine, pour soutenir l’amendement no 111. Dans la mesure où l’article implique des changements importants dans la réception du salaire, nous souhaitons que l’employeur avertisse les personnes concernées afin de s’assurer de la continuité du versement des rémunérations. Un rappel tous les trois mois permettrait de remédier à la situation plus rapidement que ne l’oblige la loi. Quel est l’avis de la commission ? Défavorable. Quel est l’avis du Gouvernement ? Cet amendement fait porter la responsabilité du changement de compte sur les entreprises. Il impliquerait une vérification des comptes communiqués par l’ensemble des salariés, ce qui constituerait une charge très importante pour les entreprises. Il semble ainsi plus réaliste de convenir avec les entreprises de plans d’information adaptés à chaque situation concernant cette nouvelle obligation. Avis défavorable.
(L’amendement no 111 n’est pas adopté.)
(L’article 1er est adopté.)
La parole est à Mme Bénédicte Taurine, pour soutenir l’amendement no 116. Il s’agit d’un amendement rédactionnel visant à substituer à la notion de bénéficiaire celle d’allocataire. Le fait de désigner les personnes comme des bénéficiaires de prestations sociales laisse à penser qu’elles bénéficient d’un avantage social indu, alors qu’elles perçoivent une prestation socialisée qui leur appartient, puisqu’elles ont cotisé. Il ne faut pas ignorer l’histoire de la sécurité sociale et de sa construction pour lui permettre de survivre. (M. François Ruffin applaudit.) Quand on parle de bénéfices, La France insoumise n’aime pas ! Quel est l’avis de la commission ? Je ne pense pas que la notion de bénéficiaire soit particulièrement stigmatisante. Je vous rappelle que dans le code de la sécurité sociale comme dans celui de l’action sociale et des familles, des centaines de références renvoient aux bénéficiaires, sans que cela n’ait jamais conduit à diminuer la légitimité des personnes titulaires de droits sociaux. À l’inverse, la notion d’allocataire est restreinte en termes courants, et renvoie aux prestations familiales que nous ne visons pas. L’avis est donc défavorable. Quel est l’avis du Gouvernement ? Le terme de bénéficiaire est fréquemment utilisé par la réglementation. Comme dans l’usage courant, il ne me paraît pas sous-entendre que les personnes qui perçoivent des prestations sociales bénéficieraient d’un avantage indu. Avis défavorable.
(L’amendement no 116 n’est pas adopté.) La parole est à Mme Marie-Noëlle Battistel, pour soutenir l’amendement no 146. Il s’agit d’un amendement de cohérence avec le no 145 qui a été rejeté. Par parallélisme, il porte sur le versement des prestations sociales sur un compte joint dont le bénéficiaire a la jouissance sans le contreseing du cotitulaire. Tout à l’heure, vous avez répondu que cela risquait de complexifier la mesure. Or il nous paraît tout de même assez simple pour l’employeur de procéder à une vérification, puisque la précision figure sur le relevé d’identité bancaire du salarié.
(L’amendement no 146, repoussé par la commission et le Gouvernement, n’est pas adopté.)
(L’article 2 est adopté.)
L’amendement no 117 de Mme Bénédicte Taurine est défendu.
(L’amendement no 117, repoussé par la commission et le Gouvernement, n’est pas adopté.) Les amendements nos 188, 189 et 190 de Mme la rapporteure sont rédactionnels.
(Les amendements nos 188, 189 et 190, acceptés par le Gouvernement, sont successivement adoptés.) La parole est à M. Gaël Le Bohec, pour soutenir l’amendement no 283. Cet amendement, cosigné par une quinzaine de collègues, vise à faciliter l’accès à une formation professionnelle pour les parents à l’issue d’un congé parental. À l’heure actuelle, le congé parental est encore inégalement réparti entre les sexes. Il importe donc que des données quantifiées en matière d’égalité soient accessibles publiquement pour mesurer les efforts accomplis dans le domaine de la formation professionnelle, en particulier en faveur des femmes, et pouvoir les poursuivre. Quel est l’avis de la commission ? Même si je suis sensible à votre demande, j’aurais peur que l’adoption de votre amendement n’induise plus de confusion qu’autre chose. L’article prévoit un dispositif spécifique portant obligations à Pôle emploi et à la CAF de mener conjointement des initiatives en faveur du retour à l’emploi des bénéficiaires inactifs ou au chômage de la PreParE. Il ne me semble donc pas que ce soit l’endroit pour prévoir, pour ces deux organismes, des indicateurs d’égalité dans leur composition ou dans leur action. Votre amendement risquant de mélanger deux situations différentes, je vous propose de le retirer. Quel est l’avis du Gouvernement ? La répartition du congé parental et de la PreParE entre les femmes et les hommes est, comme vous le rappelez, très inégale et on ne peut que le regretter. Cependant, elle ne dépend pas, a priori , des actions de formation mises en œuvre pour faciliter la réinsertion de leurs bénéficiaires sur le marché du travail. Par ailleurs, la répartition de la PreParE entre les femmes et les hommes est un indicateur suivi depuis plusieurs années dans le cadre du rapport d’évaluation des politiques de sécurité sociale destinées aux familles, qui est annexé au projet de loi de financement de la sécurité sociale. Votre amendement me paraît donc pour partie déjà satisfait par l’existence d’un indicateur sur les bénéficiaires de la PreParE et par le suivi de la convention et de ses résultats, qui est prévu au dernier alinéa de l’article 3. Pour ces raisons, je vous propose de retirer votre amendement ; à défaut, j’y serai défavorable.
(L’amendement no 283 est retiré.)
(L’article 3, amendé, est adopté.)
La parole est à Mme Valérie Six. L’article 3 est le fruit de l’adoption, en commission, d’un amendement introduisant un droit au télétravail pour les mères dans les douze semaines qui précèdent leur congé de maternité, sous réserve que les missions puissent être exécutées hors des locaux de l’entreprise. Je suis opposée à l’instauration d’un tel droit au télétravail, pour deux raisons principales.
D’une part, le droit au télétravail n’existe ni dans le droit positif ni dans l’accord national interprofessionnel, et c’est une condition fondamentale pour que le télétravail se déploie partout de manière apaisée. Pour notre groupe, son développement passe par le dialogue social. Vous ne promouvrez pas le télétravail en l’imposant à l’employeur, d’autant que rien, dans le droit actuel, n’empêche de prévoir une telle disposition dans les conventions collectives ; rien n’empêche non plus une employée de convenir avec son employeur d’une période de télétravail durant sa grossesse.
D’autre part, ce dispositif entre en concurrence directe avec le congé pathologique prénatal. Le télétravail n’est pas un sous-travail, et il ne faudrait pas qu’avec ce dispositif une femme enceinte se retrouve à télétravailler alors que, en son absence, elle aurait bénéficié d’un congé pathologique. Toutes les grossesses ne se ressemblent pas : certaines sont plus difficiles que d’autres, et je ne crois pas que vous allez aider les jeunes mères en leur proposant de télétravailler, bien au contraire.
La parole est à Mme Albane Gaillot, pour soutenir l’amendement no 48. Si la grossesse est un moment majeur dans la vie d’une femme, c’est aussi, malheureusement, pour certaines, un moment redouté d’un point de vue professionnel. Selon une étude du Conseil supérieur de l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes (CSEP), publiée en février 2019, 50 % des femmes estiment que leur maternité a freiné leur carrière, alors que seuls 18 % des hommes éprouvent ce sentiment au sujet de leur paternité.
Afin de rétablir une forme d’équilibre, de faciliter l’organisation professionnelle des femmes enceintes et d’améliorer l’évolution de leur carrière, le présent amendement déposé par Paula Forteza va plus loin que la rédaction actuelle de l’article 3 
bis et propose d’instaurer un véritable droit au télétravail pour les salariées éligibles à cette forme d’organisation du travail. L’employeur ne pourra s’opposer à ce que la salariée exerce ce droit, jusqu’à deux jours par semaine, à compter du deuxième trimestre de grossesse. Il reviendra aux partenaires sociaux, dans le cadre d’accords de branche ou d’entreprise, de définir les missions éligibles au télétravail. Quel est l’avis de la commission ? La commission a émis un avis défavorable à l’amendement, moins-disant par rapport aux dispositions qu’elle a adoptées. D’abord, en vertu de l’article 3  bis , le télétravail est de droit puisqu’il peut être mis en œuvre à la demande de la salariée. Par ailleurs, l’amendement évoque la notion floue de deuxième trimestre de grossesse, alors que l’article 3  bis prévoit que ce droit est ouvert aux salariées quatre mois avant le début de leur congé maternité, soit cinq mois et demi avant la date présumée de l’accouchement. Enfin, vous prévoyez que cette possibilité puisse concerner deux jours par semaine, tandis que l’article 3  bis ne fixe aucune limitation à ce droit. Quel est l’avis du Gouvernement ? De nombreux accords d’entreprise prennent déjà en compte les spécificités des salariés pour faciliter le recours au télétravail, notamment pour des raisons médicales ou familiales. Les accords collectifs sont souvent riches de mesures liées à la protection de la maternité et font du télétravail un levier important, lorsque le poste le permet. L’accord national interprofessionnel conclu par les partenaires sociaux en novembre 2020 renforce encore cette dynamique et la présente proposition de loi, adoptée par la commission des affaires sociales, prévoit déjà de mettre en avant la possibilité, pour les femmes enceintes, de recourir au télétravail. Pour l’ensemble de ces raisons, je vous demande de retirer votre amendement ; dans le cas contraire, j’y serai défavorable. Souhaitez-vous retirer l’amendement, madame Gaillot ? Il a été déposé par ma collègue Forteza ; je le maintiens donc.
(L’amendement no 48 n’est pas adopté.) La parole est à Mme Emmanuelle Anthoine, pour soutenir l’amendement no 54. Par le présent amendement notre collègue Trastourt-Isnart propose de compléter l’amendement de Mme Calvez qui a été adopté en commission des affaires sociales. L’article 3  bis du texte renforce l’article L. 1225-17 du code du travail en permettant à la salariée de bénéficier du télétravail dans les douze semaines précédant son congé de maternité. Étendre cette possibilité aux douze semaines suivant le congé donnerait à la mère une flexibilité qui pourrait l’aider à trouver le juste équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle, et faciliter son retour au travail. Cette disposition permettrait de prendre en compte de nombreuses situations en donnant à la mère qui a accouché la liberté de recourir ou non au télétravail, lorsque son emploi le permet. Quel est l’avis de la commission ? La commission a émis un avis défavorable à votre amendement. Il part d’une bonne intention – donner plus de flexibilité aux femmes à la naissance de leur enfant –, mais semble problématique à deux égards.
Contrairement à l’article 3 
bis , motivé par les risques de grossesse pathologique, la proposition de notre collègue ne se justifie pas par une attention spécifique à la santé des mères.
Par ailleurs, le télétravail après l’accouchement peut accroître le risque de dépression post-partum. En effet, nous le savons toutes et tous, l’attention à un nourrisson est un travail à temps plein, qui peut difficilement être concilié, dans le même lieu, avec les exigences de la vie professionnelle. Aussi, nous adopterions avec cet amendement une mesure dangereuse tant pour la santé du nourrisson que pour celle de la mère, qui serait obligée de jongler entre les soins à apporter à un tout petit bébé et les contraintes professionnelles, parfois accrues lorsqu’on reprend l’activité après un congé maternité.
Pour toutes ces raisons, j’émets un avis défavorable.
Quel est l’avis du Gouvernement ? Je ne peux qu’aller dans le sens de Mme la rapporteure. J’ajoute que c’est par la négociation collective que les règles les mieux adaptées à la situation des salariées et de leur entreprise peuvent être définies. Par conséquent, avis défavorable. La parole est à M. Fabien Di Filippo. Madame la ministre déléguée, madame la rapporteure, j’ai relevé deux contradictions fortes dans vos propos.
D’abord, madame la ministre déléguée, vous venez de dire qu’on favorise le télétravail avant l’accouchement dans la loi ; pourquoi renvoyer le télétravail après l’accouchement à la négociation collective ? Soit on s’en remet toujours à la négociation collective, soit on laisse toujours la main à État.
Ensuite, madame la rapporteure, télétravail ne signifie pas mode de garde. Les périodes qui suivent l’accouchement sont clairement les plus stressantes. Ce n’est pas parce que vous travaillez à la maison que vous n’allez pas faire garder votre enfant. Le télétravail peut permettre de réduire les temps de déplacement et améliorer l’organisation, autant de choses qui diminueront le stress. Quant au stress lié au télétravail, il est aussi fort avant qu’après l’accouchement.
C’est mon expérience de jeune père de famille : je le suis devenu pendant cette législature, et je le serai à nouveau dans quelques mois. Je vous assure que les périodes qui suivent l’accouchement sont souvent beaucoup plus compliquées que celles qui le précèdent. La bonne intention que vous avez eue pour les secondes gagnerait à être étendue aux premières.
Très bien !
(L’amendement no 54 n’est pas adopté.)
(L’article 3 bis est adopté.)
Sur l’article 4, je suis saisi par le groupe La République en marche d’une demande de scrutin public.
Le scrutin est annoncé dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.
L’amendement no 192 de Mme la rapporteure est rédactionnel.
(L’amendement no 192, accepté par le Gouvernement, est adopté.) La parole est à Mme la rapporteure, pour soutenir l’amendement no 191. C’est un amendement de précision qui répond aux interrogations de nombre de nos collègues, notamment au sujet des familles monoparentales et de la référence à l’allocation de soutien familial (ASF). Il précise que le dispositif reste réservé aux familles monoparentales, sous condition de ressources, conformément à l’article du code de l’action sociale et des familles où il doit s’insérer. Quel est l’avis du Gouvernement ? L’ASF est une prestation versée aux familles monoparentales en cas de non-perception de pension alimentaire, soit parce que l’enfant n’a pas été reconnu ou que l’un des parents est décédé, soit parce que l’ex-conjoint n’est pas en capacité de payer sa pension alimentaire ou qu’il refuse de le faire. Cette prestation ne permet donc pas de couvrir toutes les situations de monoparentalité. Par ailleurs, elle s’adresse à l’ensemble des familles, quel que soit leur niveau de ressources. Le bénéfice de la majoration du revenu de solidarité active attribué aux parents isolés représente donc un critère plus pertinent et mieux adapté que celui de l’ASF pour étendre le dispositif des places réservées en crèche aux familles monoparentales, notamment les plus modestes. Je suis donc favorable à l’amendement.
(L’amendement no 191 est adopté.) Je suis saisi de deux amendements identiques, nos 6 et 82.
La parole est à Mme Emmanuelle Anthoine, pour soutenir l’amendement no 6.
Il vise à étendre le bénéfice des places réservées pour la garde d’enfants aux personnes souhaitant poursuivre leurs études, pour leur permettre d’approfondir leur projet professionnel. En pratique, lorsque l’on a des enfants, il est aussi compliqué de se consacrer aux études qu’à l’activité professionnelle ; c’est pourquoi il faut créer des dispositifs qui aident les parents à le faire. La parole est à M. Bertrand Bouyx, pour soutenir l’amendement no 82. Cet amendement essentiel vise à actualiser les dispositifs d’aide pour les personnes qui s’engagent dans des études universitaires longues. Il est indispensable de leur permettre de bénéficier de places de garde réservées. Quel est l’avis de la commission ? Votre amendement, qui avait déjà été déposé en commission, est satisfait par la nouvelle rédaction de l’article 4. C’est pourquoi je vous demande de le retirer.
(L’amendement no 82, ayant reçu un avis défavorable du Gouvernement, est retiré.)
(L’amendement no 6, repoussé par le Gouvernement, n’est pas adopté.) La parole est à Mme Valérie Six, pour soutenir l’amendement no 216. L’article 4 insère dans la loi le principe des crèches AVIP et en donne une définition. Ces crèches pourraient accueillir des enfants jusqu’à l’âge de 6 ans. Or la loi pour une école de la confiance du 28 juillet 2019 a rendu l’école obligatoire dès 3 ans. Il paraît dès lors paradoxal de prévoir un accueil des enfants jusqu’à 6 ans en crèche AVIP alors que ceux-ci sont censés se trouver à l’école dès 3 ans. Par conséquent, l’amendement propose, dans la définition des crèches AVIP, de réduire l’âge d’accueil de l’enfant jusqu’à 3 ans. Quel est l’avis de la commission ? L’amendement est restrictif : il empêcherait l’émergence, sur le modèle des crèches AVIP, d’autres structures hybrides telles que des haltes-garderies AVIP. Nous souhaitons développer ces modèles ; c’est pourquoi la commission a émis un avis défavorable. Quel est l’avis du Gouvernement ? Le cadre juridique actuel applicable aux crèches les définit comme des « établissements et services d’accueil des enfants de moins de 6 ans ». Cette formulation permet de tenir compte des jardins d’enfants, qui accueillent des enfants âgés entre 2 et 6 ans. L’abaissement de l’âge de la scolarisation obligatoire de 6 à 3 ans va conduire, après une phase transitoire permettant aux jardins d’enfants d’évoluer, à ce que les établissements et services d’accueil des jeunes enfants relevant de ces dispositions n’accueillent plus que des enfants avant leur scolarisation. Je vous propose donc de retirer votre amendement ; à défaut, j’y serai défavorable.
(L’amendement no 216 n’est pas adopté.) L’amendement no 193 de Mme la rapporteure est rédactionnel.
(L’amendement no 193, accepté par le Gouvernement, est adopté.) La parole est à Mme la ministre déléguée, pour soutenir l’amendement no 144 du Gouvernement. Le Gouvernement partage votre volonté d’inscrire dans la loi le modèle des crèches AVIP, et la mesure proposée dans cet amendement devrait permettre d’accélérer le développement de ce modèle vertueux. Il convient cependant de s’assurer que le dispositif inscrit dans la loi est bien celui qui existe dans les faits. Si le modèle initial des crèches AVIP réservait 30 % de places aux enfants dont les parents sont en insertion professionnelle, la pratique a rapidement montré que ce niveau était trop élevé pour que le système fonctionne correctement. C’est clair ! C’est pourquoi, dès 2017, un avenant conclu entre le ministère des solidarités et de la santé, le ministère du travail, de l’emploi et de l’insertion, la Caisse nationale d’allocations familiales (CNAF) et Pôle emploi a ramené ce taux à 20 %. Cette évolution, décidée en concertation avec les représentants des gestionnaires de crèche, répondait à un véritable besoin et a permis de pérenniser le modèle des crèches AVIP. Très bien ! C’est la raison pour laquelle le Gouvernement propose de prendre en compte cette évolution, validée par la pratique, et d’inscrire, en cohérence, cette modification à l’article 4.
(L’amendement no 144, accepté par la commission, est adopté.) Les amendements nos 194 et 195 de Mme la rapporteure sont rédactionnels.
(Les amendements nos 194 et 195, acceptés par le Gouvernement, successivement mis aux voix, sont adoptés.) Je mets aux voix l’article 4.
(Il est procédé au scrutin.) Voici le résultat du scrutin :
        Nombre de votants                        83
        Nombre de suffrages exprimés                83
        Majorité absolue                        42
                Pour l’adoption                83
                Contre                0
(L’article 4, amendé, est adopté.) (Applaudissements sur de nombreux bancs.)
La parole est à M. Gaël Le Bohec, pour soutenir l’amendement no 323, portant article additionnel après l’article 4  bis . Cet amendement fait l’objet d’un sous-amendement rédactionnel de Mme la rapporteure. Plusieurs études montrent que les stéréotypes de genre sont transmis par les parents à leur enfant dès la vie intra-utérine. En effet, les parents s’adressent à l’enfant à naître et apposent leurs mains différemment sur le ventre de la mère selon que l’enfant est de sexe masculin ou féminin. Bien qu’il s’agisse de réflexes de la part des parents, il importe de les sensibiliser à la question de la lutte contre les stéréotypes de genre dès la grossesse, ainsi que durant les premiers mois de la vie de l’enfant.
Le présent amendement vise, par conséquent, à compléter le code de l’action sociale et des familles, qui comporte un volet sur l’éducation et le conseil familial. À cet égard, permettez-moi de mentionner le travail de Sara Brachet, Carole Brugeilles, Anne Paillet, Agnès Pélage, Catherine Rollet et Olivia Samuel, qui, dès 2014, dans un ouvrage collectif intitulé
Des femmes et des hommes singuliers , avaient décrit le processus sexué qui s’engage dès avant la naissance et qui mobilise de multiples représentations et de nombreuses attentes vis-à-vis de l’enfant à naître. La parole est à Mme la rapporteure, pour donner l’avis de la commission sur cet amendement et soutenir le sous-amendement no 347. Vous le savez, cher collègue, j’ai longtemps travaillé dans le secteur de la périnatalité et je suis très attachée à ce que l’on distingue deux aspects qui forment, à mon sens, une maternité féministe : d’un côté, le suivi de la grossesse, centré sur l’état physiologique propre à chaque femme, selon ses besoins et ses droits ; de l’autre, l’accompagnement à la parentalité, qui doit s’adresser aux deux parents, et pas seulement à la mère. Je rappelle, par ailleurs, que le code du travail permet au coparent d’un enfant à naître de s’absenter de son travail pour se rendre à trois examens médicaux obligatoires de suivi de grossesse, ce qui comprend les échographies. J’engage tous les coparents à se rendre aux échographies ! Quel est l’avis du Gouvernement ? Monsieur Le Bohec, l’ajout que vous proposez est cohérent avec la réforme, en 2018, du principal dispositif d’accompagnement des couples, à savoir les établissements d’information, de consultation ou de conseil familial, régis par le code de la santé publique. En effet, cette réforme a accentué la mission relative à l’information des personnes sur leurs droits en matière de vie affective, relationnelle et sexuelle, cette mission visant désormais expressément la promotion de l’égalité entre les filles et les garçons et entre les femmes et les hommes. Je suis donc favorable à votre amendement et au sous-amendement de Mme la rapporteure.
(Le sous-amendement no 347 est adopté.)
(L’amendement no 323, sous-amendé, est adopté.) (Applaudissements sur divers bancs.)
La parole est à Mme Christine Hennion. L’article 5 revêt une importance fondamentale si nous souhaitons que cette proposition de loi, que je salue, atteigne son objectif de manière durable et qu’un cercle vertueux s’enclenche pour une véritable mixité dans tous les secteurs.
Je prendrai un exemple concret. La Fondation Femmes@Numérique, que je préside, a constaté que la proportion de filles dans les filières supérieures du numérique stagnait autour de 15 % à 16 % depuis dix ans. Comment, dans ces conditions, amener les femmes à travailler, à parts égales, dans les entreprises de ce secteur et à y occuper des postes à responsabilités ? Tout cela doit changer, et vite.
Je me félicite que le travail en commission ait permis l’ajout des collèges dans l’article 5. En effet, si c’est au plus jeune âge que se forment les stéréotypes, c’est au collège qu’ils se cristallisent. Il était donc important d’agir également au collège.
Une vraie mixité dans tous les métiers est la clé de l’égalité des salaires et de l’égalité dans l’accès aux responsabilités, mais aussi d’une plus grande innovation et d’une meilleure gouvernance dans les entreprises.
La parole est à Mme Céline Calvez, pour soutenir l’amendement no 306. Cet amendement vise à favoriser la lutte contre les stéréotypes genrés dès le plus jeune âge. Notre collègue Christine Hennion a souligné que ces stéréotypes se fixaient au collège, mais ils apparaissent dès le plus jeune âge. C’est la raison pour laquelle nous devons nous pencher sur les programmes de l’éducation nationale et réfléchir à la manière de favoriser davantage l’égalité entre les femmes et les hommes.
Nous proposons donc de désigner, au sein du Conseil supérieur des programmes, composé de dix membres, une personne au moins spécialiste des questions d’égalité afin de veiller à ce que les programmes scolaires favorisent l’égalité entre les femmes et les hommes.
Quel est l’avis de la commission ? La commission a émis un avis défavorable sur cet amendement, mais je souhaite le soutenir à titre personnel. Dans sa composition, le Conseil supérieur des programmes est paritaire, mais il est intéressant d’aller plus loin au sein d’une instance qui doit évidemment être particulièrement attentive à la question de l’égalité. Quel est l’avis du Gouvernement ? Madame la députée, l’école joue un rôle essentiel pour transmettre le sens de l’égalité entre les filles et les garçons et cultiver, chez tous les élèves, la même ambition dans leur parcours scolaire. C’est la raison pour laquelle je suis favorable à votre amendement. Excellent !
(L’amendement no 306 est adopté.) (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LaREM.) Je suis saisi de deux amendements identiques, nos 196 et 324.
La parole est à Mme la rapporteure, pour soutenir l’amendement no 196.
Cet amendement, sur lequel la commission a émis un avis favorable, vise à permettre aux jeunes femmes de disposer demain de compétences indispensables sur le marché du travail, qui connaît, vous le savez, une mutation rapide. Selon la direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques, la DARES, les filières émergentes, qui utilisent souvent des outils numériques et technologiques, ne comprennent actuellement que 15 % de femmes. Or 191 000 postes pourraient être à pourvoir dans ces secteurs dans les années à venir. Nous ne pouvons pas laisser les jeunes femmes en dehors de cette évolution !
Cet amendement tend, par ailleurs, à favoriser la présence des femmes dans les filières numériques proprement dites. On ne peut plus accepter l’écart constaté à la rentrée scolaire de 2019 dans le choix de la spécialité « Numérique et sciences informatiques » en classe de seconde : cette spécialité a attiré 2,6 % de filles contre 15,2 % de garçons. Les conséquences de cet écart sont frappantes à l’heure actuelle puisque les femmes ne représentent que 30 % des salariés du numérique et qu’elles y travaillent majoritairement dans les fonctions support.
La parole est à Mme Carole Grandjean, pour soutenir l’amendement no 324. Le groupe La République en marche défend l’éducation aux outils numériques et technologiques pour tous les élèves, mais plus particulièrement pour les filles. En effet, comme vient de le souligner Mme la rapporteure, on observe des inégalités criantes dans l’orientation vers les filières numériques.
La maîtrise des outils numériques revêt un enjeu plus général du point de vue de l’accès aux métiers de demain, en particulier pour les femmes. Demain, deux métiers sur cinq concerneront les filières numériques et la transition écologique. L’évolution du marché de l’emploi est donc un élément primordial. Nous devons impérativement former les filles à ces nouveaux métiers.
Quel est l’avis du Gouvernement sur ces amendements identiques ? Vous l’avez dit, au cours des cinq prochaines années, un métier sur trois aura une composante numérique. Les jeunes filles et les femmes ne peuvent pas passer à côté de ces opportunités professionnelles. Je partage donc votre souhait de porter une attention toute particulière à la formation des filles dans ce domaine et à leur orientation vers le secteur informatique et les nouvelles technologies. L’inscription de cette préoccupation dans le code de l’éducation renforcera l’attention portée par la communauté éducative à la nécessité d’ouvrir plus largement les possibilités de formation aux outils numériques, puis d’orientation vers les métiers du numérique et de l’informatique. Mon avis est donc grandement favorable sur ces amendements.
(Les amendements identiques nos 196 et 324 sont adoptés.) (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LaREM.) L’amendement no 197 de Mme la rapporteure tend à corriger une erreur de référence.
(L’amendement no 197, accepté par le Gouvernement, est adopté.) La parole est à Mme Laurence Gayte, pour soutenir l’amendement no 260. L’égalité entre les femmes et les hommes constitue, pour toute organisation, un levier démontré et puissant de modernisation, d’efficacité et de qualité de gouvernance. Elle devrait l’être tout autant, voire davantage, dans la fonction publique en général. Chacun doit prendre conscience que l’égalité entre les femmes et les hommes est un levier essentiel de la qualité de la décision et du pilotage des politiques publiques.
Cet amendement propose de s’inspirer d’une pratique de la fonction publique hospitalière, qui a instauré un comité de sélection pour tous les postes de direction. Ce comité est paritaire du point de vue des organisations représentatives et examine les candidatures de titulaires et de contractuels aux emplois de direction sur des critères de compétences affichés au préalable et avec l’objectif de pré-sélectionner à quasi-parité des femmes et des hommes. Nous proposons de décliner, tout en l’adaptant, cette bonne pratique dans les deux autres fonctions publiques, avec le double objectif d’une objectivation professionnelle et d’un examen des candidatures en vue d’atteindre la parité.
Quel est l’avis de la commission ? Je prendrai quelques minutes pour répondre à ce premier amendement sur la fonction publique afin d’expliquer ma position sur la quasi-totalité des amendements qui porteront sur ce thème.
Comme je l’ai indiqué lors de mon intervention liminaire, l’objet de la proposition de loi n’est pas de faire en sorte que la fonction publique rattrape son retard sur les entreprises, mais l’inverse. Nous y reviendrons, mais je veux y insister : notre objectif est que les entreprises rattrapent leur retard par rapport à des mesures déjà mises en œuvre par l’État au sein de la fonction publique.
En effet, nous avons déjà renforcé les obligations de la fonction publique en matière de représentation équilibrée des femmes et des hommes, de protection contre les violences et les agissements sexistes et sexuels, et de conciliation entre la vie personnelle et la vie professionnelle, tout cela notamment au travers de la loi du 6 août 2019 de transformation de la fonction publique. Il n’est donc pas opportun, moins d’un an après l’entrée en vigueur de ces règles, qui font d’ailleurs partie des plus exigeantes pour la fonction publique de toute l’Union européenne, de les modifier à nouveau. Il me semble préférable, pour cela, d’attendre un premier bilan. C’est la raison pour laquelle j’émets un avis défavorable sur cet amendement.
Quel est l’avis du Gouvernement ? Je partage tout à fait l’avis de Mme la rapporteure, et nous reviendrons sur le sujet tout à l’heure en examinant plusieurs autres amendements.
(L’amendement no 260 n’est pas adopté.) L’amendement no 198 de Mme la rapporteure est rédactionnel.
(L’amendement no 198, accepté par le Gouvernement, est adopté.) La parole est à Mme Annie Chapelier, pour soutenir l’amendement no 285. Il avait déjà été présenté en commission, mais nous l’avons légèrement modifié en nous focalisant sur la « prévention » aux stéréotypes de genre plutôt que sur la « sensibilisation », déjà intégrée dans le cursus de chaque élève.
L’article 5 prévoit déjà que l’orientation et les formations proposées aux élèves favorisent la représentation équilibrée entre les femmes et les hommes parmi les filières de formation. Il est temps d’affirmer dans le code de l’éducation la nécessité d’une prévention aux stéréotypes de genre à toutes les étapes de la vie scolaire ; c’est à quoi tend le présent amendement. Je précise que le vote de l’article 5 
bis devrait permettre d’intégrer cet aspect à la formation des conseillers d’orientation ; nous demandons de l’appliquer également aux élèves, pour que les conseillers d’orientation ne soient pas les seuls à être sensibilisés à ce sujet. Quel est l’avis de la commission ? Comme j’ai eu l’occasion de vous le dire en commission, votre amendement me semble satisfait. C’est une obligation à laquelle l’ensemble des établissements scolaires, y compris étrangers, doivent satisfaire. Je vous propose donc de le retirer. Quel est l’avis du Gouvernement ? L’article L. 123-6 du code de l’éducation indique déjà que le service public de l’enseignement supérieur « mène une action contre les stéréotypes sexués, tant dans les enseignements que dans les différents aspects de la vie de la communauté éducative ». La disposition introduite par votre amendement n’étant donc pas nécessaire, je vous en demande le retrait ; à défaut, j’émettrai un avis défavorable.
(L’amendement no 285 est retiré.) La parole est à Mme Sonia Krimi, pour soutenir l’amendement no 320, qui fait l’objet de deux sous-amendements, nos 348 et 349. Cet amendement a déjà été présenté en commission mais je l’ai retravaillé en tenant compte de vos remarques. Il ne s’agit pas d’obliger qui que ce soit mais simplement de demander aux classes préparatoires aux grandes écoles de diffuser leurs statistiques, afin de garantir la parité en leur sein. C’est un amendement de bon sens et j’espère qu’il sera adopté. La parole est à Mme la rapporteure, pour soutenir les sous-amendements nos 348 et 349, qui peuvent faire l’objet d’une présentation groupée, et donner l’avis de la commission sur l’amendement. Les deux sous-amendements sont rédactionnels.
La commission a donné un avis favorable à l’amendement. Je crois en effet que la publication annuelle des données agrégées de ces établissements répond à l’objectif de plus grande transparence que nous poursuivons, d’autant qu’ils disposent déjà d’un certain nombre de statistiques relatives à la réussite de leurs étudiants et à leurs débouchés.
Quel est l’avis du Gouvernement ? La promotion de l’égalité entre les filles et les garçons fait déjà l’objet d’une attention très particulière à tous les niveaux de formation scolaire. Les statistiques de genre sont d’ores et déjà présentes dans l’ensemble des données annuelles qui sont produites par les ministères en charge de l’éducation nationale et de l’enseignement supérieur. Elles existent pour les formations, l’orientation, la performance scolaire, les examens et l’insertion professionnelle. Un travail sur l’image de formations telles que les classes préparatoires aux grandes écoles est nécessaire pour permettre aux jeunes filles de poursuivre ces parcours ambitieux ; il figure déjà parmi les objectifs des actions menées dans le cadre des cordées de la réussite.
Pour ces raisons, je donne un avis de sagesse à votre amendement.
(Les sous-amendements nos 348 et 349, successivement mis aux voix, sont adoptés.)
(L’amendement no 320, sous-amendé, est adopté.) La parole est à Mme la rapporteure, pour soutenir l’amendement no 312, qui fait l’objet du sous-amendement no 342. Cet amendement, auquel la commission s’est déclarée favorable, est particulièrement important. Il vient parachever la construction de l’article 5, déjà largement entamée grâce aux amendements adoptés en commission, afin d’établir une obligation générale de représentation équilibrée des femmes et des hommes dans les jurys d’accès aux formations d’enseignement supérieur.
L’inscription de cette obligation dans le code de l’éducation permet d’en faire la norme pour l’accès à toutes les formations des premier et second cycles universitaires ; celles-ci comprennent l’ensemble des formations post-bac, dont la mention avait été ajoutée en commission. C’est ce qui explique la suppression du renvoi qui avait été effectué aux alinéas 12 et 13, désormais satisfaits par la rédaction globale ainsi proposée.
La politique visant à faire respecter une proportion minimale de 30 % de personnes de chaque sexe est-elle nécessaire ? Malheureusement, nous le savons, la réponse est encore oui puisque seuls 28 % des étudiants de grandes écoles d’ingénieur sont des femmes ; ce taux baisse d’ailleurs à 15 % dans les filières comme les mathématiques. C’est donc évidemment nécessaire, et ça l’est également, à l’inverse, dans des filières telles que les formations vétérinaires, où l’on compte seulement 15 % d’hommes.
Cette politique n’est certes pas la seule bonne réponse à apporter, et nous avons par ailleurs adopté des mesures visant à renforcer les actions de sensibilisation qui doivent être menées au sein de l’éducation nationale. Celles-ci permettront de contribuer à faire diminuer les orientations contraintes et les biais de genre, qui expliquent d’ailleurs une partie des écarts constatés par la suite sur le plan salarial.
Nous savons néanmoins que l’existence de modèles féminins au sein des formations et des jurys d’admission participe clairement à réduire les écarts de représentation entre les femmes et les hommes – les auditions que nous avons menées le prouvent, ainsi que le rapport produit par nos collègues Stéphane Viry et Céline Calvez.
Pour toutes ces raisons, je crois qu’il est nécessaire que nous adoptions le présent amendement.
La parole est à M. Michel Castellani, pour soutenir le sous-amendement no 342.