XVe législature
Session ordinaire de 2021-2022

Séance du mardi 23 novembre 2021

La parole est à Mme Marie-George Buffet. Ma question s’adressait à M. le Premier ministre, mais, vous le savez, il a été diagnostiqué positif au covid-19 et n’est pas présent aujourd’hui. Je lui souhaite un prompt rétablissement. (Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM, Dem et Agir ens et sur quelques bancs du groupe LR.) Il faut être prudent aussi ! Tout le monde peut être cas contact ! Jeudi prochain, le 25 novembre, la Journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes sera un moment de mobilisation pour les droits des femmes. Au soir de cette journée, des femmes continueront de résister, dans la sphère familiale, professionnelle ou publique, contre la domination patriarcale et ses violences, ses humiliations, ses inégalités salariales et le plafond de verre auquel se heurtent les femmes pour occuper des postes à responsabilités.
Plusieurs lois traduisant le combat féministe pour l’émancipation humaine ont permis des avancées. Je pense à celles contre la marchandisation du corps, contre les violences faites aux femmes ou pour la parité et l’égalité salariale. Toutefois, notre assemblée a aussi pour mission d’évaluer la mise en œuvre concrète de ces textes. Or, reconnaissons-le, il y a encore énormément à faire dans ce domaine.
Notre assemblée doit continuer d’agir et de défendre les revendications des femmes pour que leurs droits et leurs libertés soient effectifs, en France et de par le monde. Je pense particulièrement à l’Afghanistan, où, dès leur prise de pouvoir par la force, les talibans ont pris les femmes pour cible. Pour les soumettre et les rendre invisibles, ils ont fixé des interdits dans les domaines de l’éducation, de la culture, du sport, de la tenue et du droit à disposer de son corps, tout en encourageant les mariages forcés ou – quelle ignominie ! – la vente de petites filles. Là-bas, des femmes se sont levées avec un courage inouï. Elles ont manifesté en scandant « Notre parole est notre arme ! ». La répression s’est ensuite abattue.
L’Afghanistan ne fait plus la une des médias. Pourtant, la solidarité est plus que jamais nécessaire : il y a urgence ! La France doit contribuer à redonner la parole et leurs droits à ces femmes en accueillant en France celles qui le veulent, mais aussi en les soutenant, dans leur pays, dans leur combat contre l’inhumanité. La France ne peut ignorer le combat des femmes, ici et là-bas, pour être libres, tout simplement. Quelles actions le Gouvernement entend-t-il mener à leurs côtés ?
(Applaudissements sur les bancs des groupes GDR et FI et sur quelques bancs des groupes LaREM et SOC.) La parole est à Mme la ministre déléguée chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes, de la diversité et de l’égalité des chances. Je vous remercie de cette question ô combien importante à quelques jours du 25 novembre. Vous avez raison, depuis la prise de Kaboul le 15 août dernier, une longue nuit s’est abattue sur le destin des femmes afghanes. Les atteintes aux droits se sont multipliées, que ce soit le remplacement du ministère des affaires féminines par un ministère pour la promotion de la vertu et la répression du vice, l’exclusion des filles et des femmes de l’éducation, les attaques contre les lieux d’accueil et les associations, les fouilles de domiciles ou les arrestations.
Par la voix de M. le ministre de l’Europe et des affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, la France a rappelé avec force la nécessité du respect des droits humains, notamment les droits des femmes, au cœur de notre diplomatie féministe et au fondement de nos valeurs. Dans un contexte compliqué et incertain, nous continuons d’utiliser tous les leviers à notre disposition pour infléchir la politique des talibans. Je tiens d’ailleurs à saluer l’engagement des parlementaires et des associations, dont la mobilisation ne faiblit pas.
La France a également déployé, dès le 15 août, à la demande du Président de la République, l’opération Apagan, qui a permis d’évacuer des Afghanes menacées en raison de leur métier, de leur engagement ou de leurs liens avec la France. C’est l’honneur de notre pays que d’avoir sauvé ces femmes. Je tiens à saluer, devant cette assemblée, le courage de tous nos fonctionnaires sur place, qui ont fait la fierté de notre pays.
Nous exigeons des talibans qu’ils respectent les obligations internationales de l’Afghanistan en matière de droits humanitaires et de droits de l’homme. Il ne saurait y avoir de double discours ni de faux-semblant dans ces domaines. Comme l’a dit le Président de la République, la reconnaissance internationale a un prix et la dignité des femmes afghanes en est une condition non négociable.
(Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM et Dem.) On verra dans les prochains mois !
La parole est à M. Guillaume Vuilletet. Ma question s’adresse à M. le ministre de l’intérieur. J’y associe mon collègue Olivier Serva, qui ne pouvait être présent aujourd’hui, ainsi que mes collègues Justine Benin et Max Mathiasin.
Depuis près d’une semaine, la Guadeloupe connaît un mouvement social déclenché à l’initiative des syndicats de personnels de santé et de pompiers et visant à s’opposer au passe sanitaire et à l’obligation vaccinale. Des barrages ont été construits un peu partout sur l’île. Les soignants sont ralentis, voire empêchés d’entrer dans le centre hospitalier universitaire (CHU). Le mouvement connaît aujourd’hui des débordements inquiétants, qui ont conduit à l’interpellation de plus de 70 personnes à la suite d’affrontements avec les forces de police, de violences urbaines et de pillages. Le Gouvernement a répondu très rapidement à ces débordements en déployant 200 policiers et gendarmes supplémentaires. Au total, 2 250 policiers et gendarmes sont donc présents sur le territoire de la Guadeloupe pour rétablir l’ordre, 50 agents du RAID (Recherche, assistance, intervention, dissuasion) et du GIGN (groupe d’intervention de la gendarmerie nationale) ayant également été envoyés sur place.
Le groupe La République en marche s’associe à l’ensemble des élus guadeloupéens pour condamner les violences qui ont été commises. Les pillages et les incendies n’ont rien à voir avec les revendications sanitaires – je note d’ailleurs que près de 90 % des soignants sont aujourd’hui vaccinés. Pour justifier leurs actes, leurs auteurs prennent prétexte d’une réalité sociale et économique difficile et aggravée par la crise sanitaire. Les difficultés de la Guadeloupe ont pourtant été atténuées par les mesures d’urgence prises par le Gouvernement pour soutenir les territoires d’outre-mer pendant la crise sanitaire. En outre, les retards dont elle souffre existaient avant la crise sanitaire et le Gouvernement travaille depuis plusieurs mois à les résorber avec les élus guadeloupéens.
La violence ne résout rien et abîme la Guadeloupe par les destructions qu’elle entraîne. Une minorité violente ne doit pas prendre en otage les Guadeloupéens qui veulent mener une vie normale et qui respectent les règles. J’ai bien noté, hier, l’annonce de la création d’une instance de dialogue afin d’accompagner les soignants non vaccinés et je vous remercie, monsieur le ministre de l’intérieur, de bien vouloir nous en préciser les modalités. Plus largement, quelles mesures souhaite prendre le Gouvernement afin d’aider la Guadeloupe à retrouver sa sérénité ?
(Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM et Dem.) La parole est à M. le ministre des outre-mer. Vous avez raison : il faut condamner les violences d’où qu’elles viennent. L’Assemblée nationale et le Sénat ont adopté une loi, une loi de la République, qui doit s’appliquer en Guadeloupe comme partout ailleurs sur le territoire national. (Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM et Dem.)
Personne ne comprendrait que les Guadeloupéennes et les Guadeloupéens soient moins bien protégés que les autres Français. Nous l’avons constaté depuis plusieurs mois, la vaccination est une question délicate et difficile dans ce territoire. L’application de la loi du 5 août 2021 relative à la gestion de la crise sanitaire y a conduit à la suspension de 1 400 soignants non vaccinés. Le Premier ministre l’a dit hier soir : la réponse aux tensions en Guadeloupe passera par le dialogue social. Nous devons engager le dialogue avec les soignants et les agents de l’État pour trouver avec eux des solutions. M. le ministre des solidarités et de la santé, Olivier Véran, proposera dans les prochaines heures une méthode de travail afin que les soignants hostiles, non pas à la vaccination, mais à l’ARN messager, bénéficient d’une solution de substitution.
Nous allons bien évidemment continuer de dialoguer avec les élus de la Guadeloupe. Nous avons commencé dès hier soir – et même, en réalité, il y a plusieurs jours, voire plusieurs mois et plusieurs années – à aborder avec eux des thématiques que vous connaissez bien : la pollution au chlordécone, l’accès à l’eau potable, la relance économique – autant de sujets sur lesquels la majorité parlementaire et le Gouvernement ont fourni un effort de rattrapage sans précédent depuis 2017 !
C’est historique ! Historique ! Vous avez échoué ! Nous ne le nions pas, le retard est tel qu’il faudra continuer de travailler dur dans les années qui viennent, par une mobilisation de chaque instant. Pourquoi n’êtes-vous pas allé sur place ? En tout état de cause, l’ordre républicain doit être rétabli en Guadeloupe. M. le ministre de l’intérieur a annoncé des renforts importants et l’envoi sur place d’agents du RAID et du GIGN. Rappelons que, la nuit, les forces de l’ordre sont victimes de tirs à balles réelles, ce que nous ne pouvons pas accepter et ce que nous condamnons avec force. La violence n’a pas sa place sur le territoire de la République, en Guadeloupe comme ailleurs ! (Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM et Dem.)
La parole est à M. Raphaël Schellenberger. Monsieur le ministre des solidarités et de la santé, en 2020, le masque était inutile avant de devenir obligatoire sous peine d’amende. Ça commence bien ! En 2021, le Gouvernement ne voulait pas recourir au passe sanitaire avant qu’il devienne obligatoire en tout lieu et tout le temps. Et la semaine dernière, vous vouliez supprimer le passe sanitaire ! Les Français ont été confinés pendant des mois pour protéger l’hôpital pendant que vous fermiez 5 700 lits d’hospitalisation complète en 2020. En réalité, vous agissez au jour le jour, sans vision, sans stratégie, sans cap. Et cela continue avec cette nouvelle vague qui se profile et que vous jugiez improbable il y a quelques semaines : toujours autant d’imprécision ! Quid de la troisième dose de vaccin ? Sera-t-elle, oui ou non, obligatoire ? Pour qui ? Quand ?
Depuis le début de la crise, la préoccupation permanente des députés du groupe Les Républicains a été la sécurité des Français.
(« Oh là là ! » sur plusieurs bancs des groupes LaREM et Dem.)
Nous n’avons cessé de vous interroger à ce sujet lors des débats sur la prolongation de l’état d’urgence sanitaire, sans obtenir aucune réponse ! Durant toute la semaine de débat dans cet hémicycle, vous n’avez répondu à aucune de nos questions. En revanche, vous l’avez fait le lendemain de l’adoption du texte, face à la presse ! Vous refusez toute relation de confiance avec les parlementaires dans la gestion de la crise sanitaire. Toutes les décisions sont discutées et prises en catimini dans le bureau du conseil de défense. Vous gérez cette crise dans le secret.
C’en est assez de ce mépris pour la représentation nationale et pour le peuple, monsieur le ministre ! Vous détricotez depuis quatre ans le lien de confiance avec les élus que vous devriez au contraire tisser pour surmonter la crise. Car c’est seulement unie que la nation peut faire face !
(Applaudissements sur les bancs du groupe LR.) La parole est à M. le ministre des solidarités et de la santé. Pardonnez-moi, monsieur Schellenberger, mais je n’ai pas pu m’empêcher de m’arrêter à cette phrase que vous venez de prononcer : « Depuis le début de la crise, la préoccupation permanente des députés du groupe Les Républicains a été la sécurité des Français. » (Protestations sur les bancs du groupe LR.)
Tout à coup, un doute m’est venu : est-ce bien le même député Schellenberger qui s’est prononcé contre le passe sanitaire, contre le couvre-feu, contre le confinement (Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM et Dem) , contre l’obligation d’intégration du rappel dans le passe sanitaire… Le passe sanitaire ne sert à rien ! …et contre tous les textes relatifs à l’état d’urgence sanitaire – à l’exception, il est vrai, du premier, en 2020 ? (Mêmes mouvements. – Protestations sur les bancs du groupe LR.) Mais répondez donc à la question ! Le temps passe, mais j’ai de la mémoire et les Français aussi. Le site de l’Assemblée nationale rend publics tous les votes des parlementaires, y compris le vôtre ! (Protestations sur les bancs du groupe LR.) Arrêtez de faire le malin ! Ma grand-mère disait : « Il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis. » Il n’est jamais trop tard, monsieur le député ! Si vous considérez aujourd’hui que les mesures prises par le Gouvernement pour protéger les Français étaient finalement utiles et nécessaires, il n’est pas trop tard pour le dire. Je vous laisse quelques secondes pour me répondre ! Et je vous remercie de votre confiance, monsieur le député ! (Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM et Dem. – Protestations sur les bancs du groupe LR et sur quelques bancs du groupe GDR.) Scandaleux ! Honteux ! La parole est à M. Raphaël Schellenberger. Vous venez précisément d’illustrer ce que je disais, monsieur le ministre : vous ne m’avez pas répondu aujourd’hui, dans cette séance de questions au Gouvernement devant la représentation nationale,… Exactement ! …comme vous avez refusé de me répondre pendant une semaine lorsque nous avons débattu du dernier projet de loi relatif à la situation sanitaire ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LR.) Voulez-vous ajouter quelque chose, monsieur le ministre ? (M. Olivier Véran fait un signe de dénégation.) Ce n’est pas le cas. (Exclamations sur les bancs du groupe LR.)
La parole est à Mme Marietta Karamanli et à elle seule. Un peu de silence, chers collègues ! Monsieur le ministre des solidarités et de la santé, depuis plusieurs mois et davantage encore ces dernières semaines, les députés sont interpellés sur la fermeture des services d’urgence des hôpitaux de proximité et sur les difficultés auxquelles sont confrontés les grands hôpitaux. Dans la Sarthe, par exemple, les hôpitaux du Bailleul, de Saint-Calais et de Mamers ne fonctionnent que de façon intermittente et d’autres services hospitaliers destinés à traiter les situations urgentes fonctionnent de manière dégradée. Cette situation s’explique par l’insuffisance du nombre de médecins et de personnels soignants. Le Ségur de la santé était nécessaire, mais il a montré ses limites puisque les personnels manquent, quittent le service public ou refusent d’y travailler. C’est un cercle vicieux : l’insuffisance des effectifs accroît la charge de travail des personnels présents, donc leur découragement ! Malgré l’engagement fort des professionnels, nous assistons à une sorte de sauve-qui-peut.
Vous avez annoncé des financements exceptionnels en matière d’investissement, mais c’est le fonctionnement et l’attractivité de l’hôpital public qui posent problème aujourd’hui. Vous avez fait adopter la loi relative à l’organisation et à la transformation du système de santé, mais ce sont des réponses pratiques aux problèmes concrets de nos concitoyens que nous attendons. Où et comment faire prendre en charge un malade ? Qui pour me soigner en cas de malaise grave ou inquiétant ? Qui peut m’aider ? Voilà les questions que l’on nous pose quotidiennement !
À mon tour, monsieur le ministre, de vous poser quelques questions simples : quel est votre plan pour l’hôpital public ? Quel est le calendrier ? Combien faut-il de soignants ? Comment entendez-vous desserrer l’étau du financement et rendre plus efficace le fonctionnement ? Les députés du groupe Socialistes et apparentés espèrent que vous pourrez leur apporter des réponses concrètes.
(Applaudissements sur les bancs du groupe SOC. – M. Sébastien Jumel applaudit également.) La parole est à M. le ministre des solidarités et de la santé. Je vous remercie de votre question, madame Karamanli : elle est importante sur le fond et je partage vos préoccupations ; sur la forme, j’ai apprécié qu’elle soit exprimée en des termes modérés – il n’est pas fréquent que les députés de l’opposition reconnaissent l’intérêt du Ségur de la santé et la réalité de l’investissement consacré par le Gouvernement à l’hôpital public. (Exclamations sur les bancs du groupe LR.) Il distribue les bons points ou quoi ? On est où, là ? S’il vous plaît ! Veuillez poursuivre, monsieur le ministre. Je me suis rendu dans la Sarthe la semaine dernière, au Mans, pour annoncer le Ségur de l’investissement. À la demande de la députée Pascale Fontenel-Personne, je me suis d’ailleurs engagé à revenir, pour un débat spécifique sur les déserts médicaux, dans ce département particulièrement défavorisé du point de vue de l’offre médicale : il arrive, hélas, au 89e rang en matière de démographie médicale.
Les solutions, vous les connaissez : il y a d’abord la suppression du numerus clausus, sur laquelle je ne reviens pas car nous l’avons abondamment commentée ; ensuite, 6 000 soignants – infirmiers et aides-soignants – supplémentaires sont en formation cette année. Ça compte ! L’augmentation est de 30 % dans votre territoire, madame la députée. Il faut aussi mentionner les services d’accès aux soins (SAS) : ils permettent une meilleure coopération entre les médecins de ville et les médecins hospitaliers et donc une participation conjointe à la régulation et à la prise en charge des soins non programmés – des plages horaires leur sont réservées tant en ville qu’à l’hôpital. S’y ajoutent les coopérations interprofessionnelles, auxquelles le PLFSS apporte un soutien : c’est le cas par exemple pour la filière visuelle, puisque des orthoptistes peuvent désormais prescrire des lunettes – en Sarthe, il est très compliqué d’obtenir un rendez-vous avec un ophtalmologiste et donc de se faire prescrire des lunettes.
J’évoquerai aussi toutes les dynamiques innovantes qui se développent au sein des territoires. En me rendant au Mans, madame la députée, j’ai pu en particulier visiter le centre de cancérologie qui est en train de sortir de terre ; il compte des médecins très motivés ainsi que des plateaux techniques dernier cri, vraiment dignes des plus grands CHU. De telles dynamiques permettent d’attirer des jeunes – les médecins me l’ont dit – vers certains territoires, car ils savent qu’ils pourront y travailler en bénéficiant d’outils modernes.
Les 19 milliards d’euros du Ségur de l’investissement vont servir à désendetter, à reconstruire, à numériser et à moderniser les hôpitaux : ce sont autant d’établissements – 3 000, au total – qui seront à l’avenir plus attractifs pour l’ensemble des professionnels de santé en France, le temps qu’ils soient formés.
(Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM et Dem.)
La parole est à M. Olivier Becht. Ma question s’adresse à M. Jean-Michel Blanquer, représentant M. le Premier ministre.
Monsieur le ministre, nous espérions évidemment tous pouvoir tourner la page de l’épidémie de covid-19 ; hélas, nous voyons bien que la cinquième vague est en train de démarrer. Même si nous sommes mieux vaccinés que nombre de nos voisins, nous regardons avec appréhension ce qui se passe chez certains d’entre eux, en particulier les Autrichiens, les Allemands et les Néerlandais qui restaurent des couvre-feux et vont parfois jusqu’à se reconfiner totalement. Les Françaises et les Français se demandent dans quelles conditions ils pourront célébrer les fêtes de fin d’année, notamment Noël.
Le Gouvernement ferait mieux de bosser un peu ! Ma question est la suivante : que peut-on faire pour rappeler aux Français l’importance des gestes barrières et la nécessité de casser la courbe des contaminations, pour éviter d’avoir à prendre de nouveau des mesures restrictives de liberté ? Que peut-on faire pour éviter notamment que le virus n’entre dans les familles ? Le Premier ministre en est malheureusement un exemple : il est compliqué, dans le cadre familial, de renoncer à déjeuner ou à dîner avec ses proches. Elle a bon dos, sa fille ! Il est quasiment impossible de renoncer à embrasser ses enfants. Que peut-on faire, en particulier à l’école, pour éviter que les enfants ne ramènent le virus dans les familles ? Sa fille, elle a bon dos ! Que peut-on faire dans les bars, dans les restaurants et dans les cantines, là où on est obligé d’enlever le masque ? Peut-on envisager d’installer enfin des appareils de renouvellement de l’air, et dans certains cas de revenir à des jauges ? Quelles sont les mesures envisagées par le Gouvernement pour éviter que des mesures plus dures, restrictives de liberté, soient prises dans trois semaines ? (Applaudissements sur les bancs du groupe Agir ens.) La parole est à M. le ministre de l’éducation nationale, de la jeunesse et des sports. Je précise que M. Jean-Michel Blanquer représente cet après-midi le Premier ministre… Quel honneur ! …qui, comme vous le savez, a été déclaré positif à la covid-19. Son temps de parole, lorsqu’il s’exprime, n’est par conséquent pas limité… Qu’il n’abuse pas, quand même ! …et nous vous prions, monsieur le ministre, de transmettre au Premier ministre nos vœux de prompt et complet rétablissement au nom de la représentation nationale. (Applaudissements sur de nombreux bancs de tous les groupes.) Je le ferai évidemment, monsieur le président, et je joins ma parole à la vôtre et à celle de Mme Marie-George Buffet pour souhaiter au Premier ministre un très prompt rétablissement. Comme vous le savez, les dernières nouvelles sont bonnes et rassurantes. Ah ! Votre question, monsieur le président Becht, nous renvoie à des enjeux généraux de protection ; elle nous permet aussi de rappeler des choses qui sont pour certaines bien connues mais dont d’autres sont parfois oubliées.
D’abord, n’oublions jamais que nous sommes dans une situation plus favorable que lors des précédentes vagues, tout simplement parce que nous sommes un peuple vacciné, davantage que la moyenne des Européens. C’est évidemment un premier succès et une chance pour notre pays, mais cela ne peut que nous inciter à faire davantage. Alors que 75 % des Français ont complété leur schéma vaccinal, nous ne pouvons qu’espérer aller plus loin ; il faut insister là-dessus. Il faut aussi rappeler que les personnes ayant plus de 40 ans ont désormais vocation à faire un rappel de vaccination. Cela devra être fait car c’est un point essentiel : lorsqu’une personne vaccinée est contaminée, ce qui arrive beaucoup plus rarement qu’aux non-vaccinés, ses symptômes sont bien moins graves. Il faut continuer à le dire !
Notre système scolaire, par ailleurs, est actuellement notre plus fort atout : la France est l’un des très rares pays d’Europe où plus de 75 % des enfants de plus de 12 ans sont eux aussi vaccinés. C’est une chance et c’est ce qui nous permet de conserver ouvert – pour l’essentiel – notre enseignement secondaire.
Le deuxième élément de protection dont nous disposons et qu’il faut continuer à utiliser – avant que n’arrive le vaccin, c’était le premier –, c’est la stratégie « tester, alerter, protéger ». Elle est elle aussi essentielle et son importance doit est rappelée à tous. Il est fondamental que nous soyons capables de remonter les chaînes de contamination et de tester ceux qui doivent l’être ; c’est vrai dans la société en général mais aussi, plus particulièrement, à l’école. Je pense surtout à l’école primaire : nous y déployons les tests salivaires ainsi que de nouvelles expérimentations que nous élargirons peut-être dans les temps qui viennent, en fonction de l’évolution du contexte sanitaire. La situation, c’est vrai, est difficile : au moment où je vous parle, 6 000 classes sont fermées – je rappelle que l’année dernière, au pic de l’épidémie, alors que nous avions réussi à maintenir l’école ouverte, 12 000 classes étaient fermées. Nous continuons donc à la surveiller de près, notamment grâce à la stratégie « tester, alerter, protéger ».
En troisième lieu, il faut rappeler l’importance des gestes barrières. Vous l’avez dit, il faut les renforcer et il est vrai que l’on constate parfois, dans la vie quotidienne, un certain relâchement.
Il faudrait le dire au Premier ministre ! Les enfants de six ans sont plus responsables que le Premier ministre ! Je constate que ce relâchement est bien moindre dans le milieu scolaire ; je veux donc saluer l’attitude des personnels mais aussi celle des enfants, des élèves qui ont parfois dû remettre le masque alors qu’ils avaient pu l’enlever dans la période précédente. Grâce à leur civisme, le milieu scolaire n’est pas particulièrement contaminant ; on y apprend d’ailleurs les gestes barrières. Nous devons souhaiter que le respect véritable de ces gestes se généralise à l’ensemble de la société, ainsi que le contrôle effectif du passe sanitaire et tout ce qui nous permet de nous protéger.
C’est à cette condition que nous réussirons et c’est parce que nous y avons été attentifs que nous nous trouvons dans une situation moins inquiétante que d’autres pays d’Europe. Rappelons que la vague touche l’Europe entière et qu’elle met en évidence certains atouts de la France, ceux que j’ai rappelés précédemment mais aussi le fait que nous soyons en mesure de prendre des décisions valant pour l’ensemble du pays. On se rend compte que c’est très utile, surtout lorsqu’on observe les désordres qui se font jour dans les pays où la décision est beaucoup plus hétérogène. Nous devons donc continuer à suivre cette logique : il s’agit dans certains cas de prendre les décisions qui s’imposent – je les ai évoqués –, et plus généralement, pour tous les citoyens français, de faire preuve de civisme. Je suis certain que les Français seront de nouveau capables d’agir en ce sens.
(Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM et Dem.)
La parole est à Mme Emmanuelle Anthoine. Ma question s’adresse à M. le Premier ministre, à qui je souhaite à mon tour un prompt rétablissement.
Être femme, en France en 2021, c’est rester exposée à des violences inacceptables. Les chiffres du service statistique ministériel de la sécurité intérieure (SSMSI) sont tombés hier : les violences conjugales ont augmenté de 10 % en 2020. Comment imaginer qu’il puisse encore y avoir 139 200 femmes victimes de violences de la part de leur conjoint ? Comment accepter que 102 d’entre elles en soient mortes – et ce nombre macabre devrait encore augmenter ? Comment accepter que depuis le 1er janvier, les féminicides aient déjà fait 117 orphelins, dont 31 ont d’ailleurs été témoins de l’assassinat de leur mère ?
À deux jours de la Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes, ces chiffres nous rappellent l’ampleur d’un phénomène dramatique. Ils nous interrogent particulièrement quant au succès de la « grande cause du quinquennat » d’Emmanuel Macron en faveur des femmes. Certes, vous vous retrancherez derrière l’augmentation du taux de déclaration, lequel démontre une plus grande faculté à dénoncer de tels agissements. Cela ne suffit cependant pas à expliquer que la tendance se poursuive au lieu de s’inverser. Une politique volontariste, à l’instar de celle menée il y a quinze ans en Espagne, permettrait d’obtenir des résultats bien plus probants. Face au fléau des violences conjugales, nous devons être plus fermes.
C’est pour cela qu’avec les députés du groupe Les Républicains, nous avons fait adopter une proposition de loi visant à agir contre les violences au sein de la famille. Elle a notamment permis de renforcer le recours aux ordonnances de protection et aux bracelets antirapprochement (BAR), mais les moyens nécessaires à l’exécution de ces mesures ne suivent pas : en septembre, nous découvrions avec effroi que seulement 245 bracelets étaient activés dans toute la France. Le Gouvernement ne se montre pas suffisamment actif s’agissant du déploiement des dispositifs de protection, alors que de nombreuses pistes existent par ailleurs.
Ainsi, quand le Gouvernement va-t-il engager les moyens nécessaires pour enfin soutenir la grande cause affichée du quinquennat ?
(Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LR.) La parole est à Mme la ministre déléguée chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes, de la diversité et de l’égalité des chances. (M. le garde des sceaux se dirige vers le micro en même temps que Mme la ministre déléguée, puis M. le garde des sceaux se rassoit.) Quelle galanterie, monsieur le ministre ! Permettez-moi tout d’abord de corriger un élément : ce ne sont pas les violences qui ont augmenté de 10 %, mais bien le nombre de plaintes déposées. C’est lié à plusieurs éléments, dont – précisément – le fait que la grande cause du quinquennat, combinée à de nombreuses mobilisations de la part des associations, a permis de libérer largement la parole des femmes. (Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM et Dem.) Les femmes qui sont victimes de violences peuvent ainsi s’exprimer, parce qu’elles se sentent accompagnées et entendues, et parce qu’elles ont réalisé que de nombreuses actions concrètes et factuelles ont été entreprises ; cela prouve que la grande cause du quinquennat est portée à bout de bras.
En voici des exemples : le budget de mon ministère a quasiment doublé entre 2017 et cette année ; il a augmenté de 40 % l’année dernière et il augmentera encore de 25 % l’année prochaine. Vous avez évoqué les bracelets antirapprochement : c’est notre gouvernement qui les a créés ; quant au dispositif « téléphone grave danger » (TGD), nous le devons également au Gouvernement. Grâce à lui et aux parlementaires, notamment ceux de votre assemblée, quatre lois ont été votées en quatre ans…
Mais c’était avant vous ! …pour permettre aux victimes d’être entendues, crues et accompagnées, ainsi que leurs enfants. Nous avons ouvert trente centres de prise en charge des auteurs de violences conjugales (CPCA) – vingt-sept sont d’ores et déjà opérationnels et trois sont en cours d’ouverture – pour lutter contre la récidive. Le 3 septembre dernier, le Premier ministre, estimant que ces mesures devaient être approfondies suite aux féminicides de Mérignac et de Hayange, en a ajouté six pour mieux suivre et contrôler les auteurs, pour saisir leurs armes et pour s’assurer que lesdites mesures soient exécutées sur le terrain, au plus près des victimes. Je crois vraiment, madame la députée, que cette cause est tellement grave qu’elle doit nous rassembler plutôt que nous diviser ; nous avons besoin de tout le monde pour y parvenir. (Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM et Dem.) Il y a un problème de moyens !
La parole est à Mme Bérangère Couillard. Ma question s’adresse à Mme la ministre déléguée chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes, de la diversité et de l’égalité des chances.
Ce jeudi 25 novembre aura lieu la Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes. La lutte contre les violences faites aux femmes est l’un des piliers de la grande cause du quinquennat du Président de la République. Cela s’est traduit par une implication sans précédent du Gouvernement et de notre majorité parlementaire : l’instauration du Grenelle des violences conjugales et la proposition de loi visant à protéger les victimes de violences conjugales, dont je suis fière d’avoir été la rapporteure, en témoignent. Levée du secret médical, dépôts de plainte à l’hôpital, formation des forces de l’ordre, déploiement des bracelets antirapprochement, création de centres de prise en charge des auteurs, instauration d’un numéro – le 3919 – accessible vingt-quatre heures sur vingt-quatre et sept jours sur sept : la liste est longue puisque ce sont près d’une cinquantaine de mesures qui ont été engagées ; elles sont toutes aussi essentielles pour éradiquer les violences conjugales.
Cependant, la réalité est toujours là : même si leur nombre est en baisse, nous déplorons déjà 101 féminicides depuis le début de l’année. Ce chiffre glaçant indique que de telles violences restent une réalité du quotidien. Si nous avons résolument avancé depuis 2017, nous devons faire davantage pour lutter contre elles ; nous le devons aux victimes et à leurs enfants, qui en sont les victimes collatérales.
De nouvelles mesures fortes ont été prises par le Gouvernement ces dernières semaines, telles que l’expérimentation du dépôt de plainte hors les murs et la création d’un fichier d’auteurs de violences conjugales. Mais les attentes restent fortes et nous devons tout faire pour recueillir cette parole qui se libère chaque jour davantage, pour prévenir, pour écouter et pour accompagner, afin de remporter le combat en éradiquant enfin ces violences.
Madame la ministre déléguée, un comité de suivi des mesures du Grenelle a eu lieu hier. Pouvez-vous nous faire part de ses conclusions ?
(Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM.) La parole est à Mme la ministre déléguée chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes, de la diversité et de l’égalité des chances. Je veux vous remercier pour votre question et j’espère que tout le monde écoutera ma réponse, car il s’agit d’un sujet essentiel. Les violences faites aux femmes viennent de loin, elles ont profondément marqué notre société depuis des décennies et nous avons le devoir impérieux de conjurer ce fléau. Vous avez évoqué 101 féminicides : ce sont 101 féminicides de trop.
C’est pour cela que notre Gouvernement s’est employé depuis 2017, avec le concours des parlementaires et de la majorité présidentielle. Le résultat de ce combat, c’est le grenelle des violences conjugales et les quarante-six mesures qui en sont issues, ainsi que les quatre lois votées en quatre années pour toujours mieux protéger les victimes. Ce sont aussi les six nouvelles mesures que le Premier ministre a prises le 9 juin dernier.
Parmi toutes les mesures engagées, je sais, madame la députée, que vous êtes particulièrement impliquée dans la prise en charge des auteurs de violences, pour lutter contre la récidive. Nous avons décidé de créer trente centres de prise en charge des auteurs, dont vingt-sept existent déjà aujourd’hui. Vous serez présente jeudi prochain pour l’ouverture du centre de Bordeaux, et je veux vous remercier pour votre engagement. Comme vous l’avez évoqué, la mise à l’abri et le relogement des victimes sont des questions capitales. Lundi, avec Emmanuelle Wargon, nous avons réuni le deuxième comité de suivi des mesures sur l’hébergement et le logement. Depuis 2020, nous avons créé 2 000 places d’hébergement supplémentaires dédiées aux victimes. À la fin de cette année, nous aurons créé 7 800 places dédiées aux victimes de violences, ce qui représente une hausse de 60 %. En 2021, nous avons également revalorisé le coût de ces places d’hébergement pour mieux accompagner les victimes et leurs enfants. Depuis 2019, 20 000 logements sociaux ont été attribués aux victimes de violences conjugales.
Mesdames et messieurs les députés, aucun gouvernement ne s’est autant saisi de cette cause, et nous continuerons.
(Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM.)
La parole est à Mme Mathilde Panot. Monsieur le Premier ministre, en Guadeloupe, en pleine pandémie, il n’y a pas d’eau pour se laver les mains. Les habitants s’approvisionnent avec des citernes qu’ils ont eux-mêmes payées ou avec des tours d’eau. Les enfants ratent jusqu’à un mois et demi de cours par an car il n’y a pas d’eau à l’école. Les nappes phréatiques sont polluées au chlordécone, qui empoisonne les corps et les terres.
Mais rassurez-vous, le RAID et le GIGN sont sur place.
(Murmures sur les bancs LaREM.)
En Guadeloupe, au pic de l’épidémie, il n’y avait pas de masques, pas de tests, pas de médicaments, pas de respirateurs. L’été dernier, à l’hôpital de Pointe-à-Pitre, on comptait seulement deux infirmiers pour 100 patients. Avec 20 % de lits en moins, l’hôpital était devenu un mouroir.
Mais rassurez-vous, le RAID et le GIGN sont sur place.
En Guadeloupe, le taux de chômage s’élève à 17 % et 60 % des moins de 30 ans n’ont pas d’emploi. Un tiers de la population vit en dessous du seuil de pauvreté. Pourtant, les prix de l’alimentaire sont supérieurs de 32 % à ceux de la France hexagonale.
Mais rassurez-vous, le RAID et le GIGN sont sur place.
Monsieur le Premier ministre, vous auriez pu investir dans l’hôpital public, dans les canalisations en ruine, dans la dépollution des terres. Vous auriez pu déclencher en urgence le plan ORSEC Eau potable, bloquer les prix sur les produits de première nécessité, écouter les revendications de la population qui, ne vous en déplaise, débordent largement les seules questions sanitaires.
(Applaudissements sur les bancs des groupes FI et GDR.)
Mais non ! À la place, vous instaurez un couvre-feu arbitraire et envoyez le RAID et le GIGN, comme s’il fallait faire face à des ennemis de la République. Or la matraque n’a jamais été une réponse à la colère sociale.
Monsieur le Premier ministre, si vous voulez la paix et le rétablissement de l’ordre républicain, comme votre ministre l’a dit avec outrance et mépris, commencez par mettre un terme à la maltraitance sociale de nos compatriotes guadeloupéens !
(Applaudissements sur les bancs des groupes FI et GDR.) En Guadeloupe et en Martinique, la situation est très grave. Vous devez impérativement choisir la désescalade et le dialogue. On ne lutte pas contre une épidémie en réprimant le peuple ! (Mêmes mouvements.) La parole est à M. Jean-Michel Blanquer, représentant le Premier ministre. Madame Mathilde Panot, mon premier élément de réponse, c’est notre solidarité à l’égard de l’ensemble du peuple guadeloupéen dans les circonstances difficiles qui sont les siennes. (Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM.) Nous devons tous, vous comme nous, en responsabilité, appeler au calme et à l’ordre pour apporter des solutions aux problèmes qui peuvent exister dans la société guadeloupéenne.
Vous avez énuméré ces problèmes et votre rhétorique ne m’a pas échappé.
Vous avez parlé de l’hôpital public et de ses difficultés, qui sont bien réelles. Mais c’est ce Gouvernement qui investit 600 millions d’euros pour un nouvel hôpital public en Guadeloupe, les Guadeloupéens le savent très bien, et ils savent aussi que cela ne se fait pas du jour au lendemain et que des problèmes très anciens commencent à trouver une solution.
Vous avez mentionné le problème de l’eau, vous avez raison, c’est une vraie difficulté. Quel gouvernement y apporte une solution ?
Pas le vôtre ! Ce gouvernement a investi 100 millions d’euros, alors qu’il s’agit d’une compétence des collectivités locales. Il faut 2 milliards ! Nous agissons dans la solidarité et l’unité avec les autorités compétentes, sans créer de cloisonnement entre les autorités locales et l’État. Aujourd’hui, vouloir souffler sur les braises n’est pas responsable, car le premier droit des Guadeloupéens est de vivre dans l’ordre public. Et comme toujours, l’ordre public protège tout le monde, particulièrement les plus faibles. Vous êtes mal placés pour critiquer le fait que nous ayons envoyé les forces de l’ordre. (Exclamations sur les bancs du groupe FI. – Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM, Dem et Agir ens.)
Finalement, vous encouragez le désordre. Comme d’habitude, ce que vous voulez, c’est souffler sur les braises ! (Vives protestations sur les bancs du groupe FI. – Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM, Dem et Agir ens.) Dès qu’il y a un problème quelque part, vous avez envie de l’exploiter, vous n’aimez pas les solutions, vous aimez les problèmes. Ce n’est pas digne d’un Premier ministre ! Les solutions, je viens de les indiquer, les problèmes, vous aimez les souligner. Les Guadeloupéens, avec leurs élus, sont évidemment désireux de sortir de cette situation trop chaotique. Nous sommes déterminés, fermes. Aujourd’hui, ceux qui essuient des tirs à balles réelles sont les forces de l’ordre, et c’est cela qui devrait vous scandaliser. Soyons tous unis avec les Guadeloupéens pour le retour à un ordre public républicain. (Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM, Dem et Agir ens.) Comme il est bon !
La parole est à M. Philippe Vigier. Je tiens tout d’abord, au nom du groupe Démocrates, à adresser au Premier ministre nos vœux de prompt rétablissement. (De nombreux députés interpellent l’orateur : « Portez le masque ! » – M. Philippe Vigier revêt un masque chirurgical.)
Madame la ministre du travail, nous vivons un paradoxe. Cette France est celle de la croissance – un taux de 6,5 % est attendu pour 2021, il sera peut-être supérieur – et nous sommes très largement devant les autres pays européens. Pourtant, 1 million d’emplois sont disponibles alors qu’il faut accompagner cette croissance, c’est totalement incompréhensible.
Par ailleurs, nous comptons également plus de 5 millions de chômeurs. Il faut enfin trouver les voies et les moyens pour être plus efficaces. Vous allez me répondre que nous avons réformé l’assurance chômage en rétablissant la durée d’affiliation minimale à six mois au lieu de quatre. Des indicateurs ont-ils été prévus, et quand la représentation nationale saura si ce dispositif est efficace et si vous comptez le renforcer ?
Est-il normal que dans cette France, le titulaire d’un contrat à durée déterminée à qui l’on propose un contrat à durée indéterminée au même niveau de rémunération puisse bénéficier de l’indemnisation chômage s’il refuse cette offre ? Nous ne pouvons pas continuer ainsi.
Est-il normal qu’une personne à laquelle on propose trois emplois dans le même périmètre, avec le même niveau de qualification et de rémunération, puisse les refuser et bénéficier d’une indemnisation chômage ?
Madame la ministre, êtes-vous prête, avec les entreprises et les partenaires sociaux, à faire en sorte que dans les territoires, une initiative nouvelle soit lancée tendant à former les chômeurs directement dans les entreprises ? Je ne parle pas d’alternance ni d’apprentissage, mais de formation
in situ dans les entreprises. Il faut prendre ce chemin car nous ne pouvons continuer avec 1 million d’emplois non pourvus. (Applaudissements sur les bancs du groupe Dem.) La parole est à Mme la ministre du travail, de l’emploi et de l’insertion. Merci pour votre question qui me donne l’occasion d’évoquer notre action inédite en faveur du travail et de l’emploi. C’est vous qui l’avez écrite ! Je précise que le chiffre de 6 millions d’inscrits à Pôle emploi recouvre des réalités très différentes et prend en compte des personnes qui travaillent de façon régulière, y compris 700 000 qui travaillent à temps plein. De fait, 3,5 millions de demandeurs d’emploi n’ont aucune activité et personne ne peut se satisfaire d’un tel chiffre alors que notre pays connaît une reprise très dynamique et que de nombreuses entreprises cherchent à recruter.
C’est pourquoi nous agissons sur tous les plans. La réforme de l’assurance chômage vise à encourager le travail et entrera en vigueur, y compris les clauses soumises à retour à meilleure fortune, à partir du 1er décembre. Cette réforme vise à ce que le travail paie plus que le chômage.
Par ailleurs, depuis le début du quinquennat, nous investissons de manière inédite dans la formation avec le plan d’investissement dans les compétences, d’un montant total de 15 milliards d’euros.
la fin du mois de septembre, nous avons annoncé avec le Premier ministre un plan supplémentaire, d’un montant de 1,4 milliard, pour réduire les tensions de recrutement. Il vise précisément à permettre aux entreprises de former sur mesure les demandeurs d’emploi. Ce plan cible aussi les demandeurs d’emploi de longue durée, que j’ai demandé à Pôle emploi de contacter un par un d’ici à la fin de l’année. Enfin, le Président de la République a évoqué le renforcement du contrôle pour s’assurer que chaque demandeur recherche activement un emploi.
Toutes ces actions commencent à porter leurs fruits. Entre mai et septembre, 370 000 demandeurs d’emploi de catégorie A, c’est-à-dire sans activité, ont retrouvé un emploi. Et la part des Français qui ont un travail est au plus haut depuis 1975. Je peux vous l’assurer, nous sommes déterminés à répondre aux besoins de recrutement des entreprises et à permettre à chaque demandeur d’emploi de retrouver un travail.
(Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LaREM.)
La parole est à Mme Véronique Louwagie. Monsieur le ministre de l’économie, la perte de recettes pour les communes liée à la suppression de la taxe d’habitation est compensée par une réaffectation et une réorganisation des taxes foncières.
L’Institut des politiques publiques a chiffré l’impact de ces réaffectations pour les départements et les communes. Dans l’Orne, chaque année, 35 millions d’euros de taxes foncières payées par les propriétaires, habitants et entreprises sont prélevés par L’État et quittent le département. Ce sont 35 millions qui pourraient être investis dans les écoles, les crèches ou les aménagements routiers, mais dont les Ornais ne verront jamais la couleur.
C’est scandaleux ! À L’Aigle, où j’habite, ce sont 158 euros par habitant de taxe foncière qui ne resteront pas dans la commune. Elle a raison ! Avec ces compensations injustes et totalement contraires au bon sens, le Gouvernement a réussi à cumuler toutes les aberrations.
Vous avez réussi à transformer un impôt local en un impôt national, puisqu’en ne maintenant pas sur la commune la taxe foncière, vous l’avez nationalisée.
Vous avez réussi à instituer une péréquation totalement contradictoire et profondément injuste. C’est Robin des bois à l’envers, puisque vous prélevez la taxe foncière des territoires pauvres, ruraux et peu peuplés pour la verser à des territoires urbains, plus riches et plus peuplés.
C’est scandaleux ! Enfin, vous avez réussi à dissuader les communes d’engager de nouvelles constructions, puisqu’elles devront réaliser à leur frais de nouvelles infrastructures communales sans bénéficier du surcroît de taxes foncières liées aux nouveaux logements. C’est le dynamisme des communes rurales que vous sacrifiez.
Monsieur le ministre, vous êtes en train d’en finir avec l’autonomie fiscale des communes de France. Jamais un gouvernement n’aura été aussi recentralisateur que le vôtre. Comment peut-on admettre que la finalité locale des taxes foncières soit ainsi détournée ? Comment peut-on admettre une telle péréquation au détriment des territoires les moins peuplés ?
(Applaudissements sur les bancs du groupe LR.) La parole est à M. le ministre délégué chargé des petites et moyennes entreprises. Le Président de la République l’a rappelé lors de son allocution devant le congrès de l’Association des maires de France : la suppression de la taxe d’habitation, qui représente en moyenne un gain de pouvoir d’achat de 723 euros par foyer a été compensée intégralement et de manière dynamique aux collectivités. Ce n’est pas prouvé ! Les communes se sont vues attribuer la part départementale de taxe foncière, qui porte sur les propriétés bâties. Les EPCI et les départements perçoivent désormais de la TVA, en lieu et place de la taxe d’habitation pour les uns et de la taxe foncière sur les propriétés bâties pour les autres. Il nous a déjà lu cette fiche-là ! La forte reprise économique nous permet d’envisager une recette de TVA dynamique, ce qui permettra aux départements de toucher 800 millions d’euros supplémentaires en 2022, tandis que les EPCI percevront 400 millions supplémentaires. Ce n’est pas la question posée ! Pour les communes, la TFPB – taxe foncière sur les propriétés bâties – évoluera avec les coefficients de revalorisation des bases qui s’appuient sur l’indice des prix à la consommation hors tabac, qui devrait être supérieur à 3 % en 2022. Répondez à la question ! Depuis 2020, les communes conservent leur pouvoir de taux sur la taxe d’habitation sur les résidences secondaires et sur la TFPB.
Parallèlement, les communes et les EPCI ont conservé leur pouvoir d’exonération de taxe d’habitation sur les résidences secondaires. Dans les zones tendues, les communes peuvent majorer la taxe d’habitation sur les résidences secondaires de 5 % à 60 %. C’est un pouvoir de décision que les élus locaux conservent pour faire face à la pression foncière.
Sait-il faire autre chose que de lire ses fiches ? Tout de même, un peu de respect ! Et vous, que savez-vous faire à part aboyer ? En conclusion, je rappelle que le Gouvernement a tenu ses engagements en matière de compensation intégrale et dynamique. (Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM.) La parole est à Mme Véronique Louwagie. Monsieur le ministre délégué, vous n’avez pas répondu à la question qui portait sur la renonciation à la solidarité territoriale. C’est un sujet grave. (Applaudissements sur les bancs du groupe LR.)
La parole est à Mme Stéphanie Kerbarh. Ma question s’adresse à M. le ministre de l’économie, des finances et de la relance.
Jeudi dernier, le groupe finlandais UPM et le consortium Samfi-Paprec ont signé la vente du site de la Chapelle-Darblay. Je tiens d’ailleurs à remercier les élus syndicaux, dont des représentants sont présents aujourd’hui dans les tribunes, de nous avoir transmis cette information.
Depuis jeudi dernier court donc le délai de deux mois, durant lequel la métropole Rouen Normandie va user de son droit de préemption. La décision courageuse de cette collectivité locale répond à la poursuite d’objectifs environnementaux, sociaux et économiques qui s’inscrivent dans une politique volontariste et cohérente de ce territoire.
Monsieur le ministre, il y a un mois, vous avez indiqué apporter votre soutien à l’offre permettant la meilleure réindustrialisation possible de ce site papetier que le Président de la République avait qualifié d’emblématique et dont il voulait préserver la pérennité.
J’aimerais que vous précisiez votre soutien : faut-il sacrifier un outil industriel existant, performant, qui a des débouchés et qui dégage des bénéfices, sur l’autel d’un projet qui ne verrait le jour qu’en 2027 ? Faut-il mettre en concurrence le recyclage papier et la production d’hydrogène ? Faut-il opposer deux filières vertueuses pour l’environnement ?
Entendons-nous bien : je ne dis pas qu’il ne faut pas investir dans l’hydrogène mais que cet investissement ne doit pas se faire au prix du démantèlement de nos outils de production et de notre souveraineté industrielle. J’en appelle d’ailleurs à votre vigilance pour que l’outil de production ne soit endommagé à la Chapelle-Darblay.
Pouvez-vous nous assurer du soutien de l’État à la métropole Rouen Normandie dans sa démarche de préemption, et ainsi valider son fondement d’intérêt général pour l’emploi, pour les collectivités, pour le dynamisme économique de la zone industrialo-portuaire de HAROPA Rouen, pour la région Normandie dont vous êtes élu et pour la préservation de l’économie circulaire ?
(Applaudissements sur les bancs du groupe LT.) La parole est à M. le ministre délégué chargé des petites et moyennes entreprises. Comme vous le savez, Bruno Le Maire et Agnès Pannier-Runacher – dont je vous prie d’excuser l’absence –… Que font-ils, ces deux-là ? …suivent avec la plus grande attention cette situation, aux côtés des élus du territoire.
Depuis deux ans, le site a arrêté sa production et ses 228 salariés ont cessé d’y travailler. Depuis deux ans, les ministres ont travaillé avec son propriétaire, l’entreprise UPM, pour trouver un avenir industriel à ce site.
Ils ont obtenu qu’il soit maintenu en l’état, permettant de faire émerger deux solutions portées par des grands groupes français, ce qui est une très bonne nouvelle. La première a été déposée par Paprec et Samfi cet été, Veolia a remis la sienne fin septembre. Après examen de ces offres, UPM a choisi Samfi-Paprec.
Les ministres ont regretté qu’UPM n’ait pas retardé sa décision pour étudier ces offres plus en détail. Ils rappellent qu’il est de la responsabilité d’UPM de mener à bien une analyse approfondie de toutes les options disponibles pour trouver la meilleure solution de réindustrialisation.
Le droit de préemption que la métropole de Rouen souhaite exercer relève, vous le savez, de sa compétence. Mais je veux vous confirmer que nous serons au rendez-vous pour accompagner toute solution permettant de maximiser le nombre d’emplois industriels créés dans les activités au service de la transformation environnementale. C’est ce que nous avons fait dans le secteur du papier carton en trouvant une solution pour le site Fibre Excellence il y a quelques mois à Tarascon, ainsi que pour celui de Norske Skog à Golbey, mais aussi en sécurisant le site papetier Alizay qui fabrique du papier carton à partir d’une énergie tirée de la biomasse et de papier recyclé à une vingtaine de kilomètres de la Chapelle-Darblay. C’est aussi ce que nous ferons pour recréer de l’emploi industriel dans ce dernier site.
(Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes LaREM et Dem.) Et dans les Ardennes ?
La parole est à Mme Muriel Roques-Etienne. J’associe à ma question notre collègue Olivier Damaisin, député du Lot-et-Garonne.
Dans nos campagnes, à l’approche de l’hiver, la gronde des agriculteurs se fait entendre. Plusieurs journées de mobilisation se sont déjà déroulées dans nos territoires : dans la Creuse, l’Indre, ou encore le Pas-de-Calais. Dans mon département, le Tarn, le syndicat majoritaire appelle à de nouvelles actions jeudi soir.
Depuis plusieurs semaines, les agriculteurs subissent des augmentations de charges, surtout des prix des intrants que sont les engrais, en hausse de 30 % en un an, de l’alimentation animale et du gaz. Après le terrible épisode de gel qui a touché la production des viticulteurs et des arboriculteurs au printemps dernier, c’est aujourd’hui l’influenza aviaire qui inquiète nos éleveurs de volailles. Ajoutez à cela l’agribashing croissant, parfois même violent, de minorités actives. Le moral des agriculteurs ne peut que s’en trouver affecté.
Peu de majorités ont accompagné les hommes et les femmes qui nous nourrissent au quotidien comme nous l’avons fait en quatre ans et demi. Avec la loi pour l’équilibre des relations commerciales dans le secteur agricole et alimentaire et une alimentation saine, durable et accessible à tous, dite loi EGALIM, la revalorisation des petites retraites agricoles, la protection de la rémunération des agriculteurs ou les diverses baisses de fiscalité, nous n’avons pas à rougir de notre bilan.
Malgré tout, à l’heure de la reprise économique de tous les secteurs, les entreprises agricoles sont, pour leur part, fragilisées par ce contexte insécurisant.
Après plusieurs mois de travail et de nombreuses concertations, notamment avec l’association Solidarité paysans, Olivier Damaisin vous rendait, le 1er décembre dernier, un rapport contenant vingt-neuf propositions relatives à l’identification et à l’accompagnement des agriculteurs en difficulté et à la prévention du suicide dans le monde paysan.
La majorité et son Gouvernement ne sont pas indifférents aux cris d’alerte qui émanent de nos territoires. C’est pourquoi, monsieur le ministre de l’agriculture et de l’alimentation, vous avez présenté ce matin, conjointement avec le ministre des solidarités et de la santé et le ministre du travail, de l’emploi et de l’insertion mais aussi avec le secrétaire d’État chargé des retraites et de la santé au travail, un plan d’action opérationnel reprenant plusieurs propositions de la représentation nationale.
(« Allô ! » sur les bancs du groupe GDR.)
Pouvez-vous nous donner les grandes lignes de ce plan d’action et nous dire comment ces mesures permettront de répondre aux difficultés actuelles rencontrées au cœur du monde paysan ? (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LaREM.) La parole est à M. le ministre de l’agriculture et de l’alimentation. Nous sommes en effet confrontés aujourd’hui à un constat tragique : la surmortalité par suicide dans le monde agricole. Ces drames familiaux, ces drames humains se produisent dans nos territoires.
Cette situation nous oblige tous, quelle que soit notre tendance politique. Elle oblige l’ensemble des acteurs : élus locaux, associations, organisations professionnelles, MSA – la Mutualité sociale agricole – ou encore chambres d’agriculture.
Elle nous oblige à agir en prenant des mesures ambitieuses afin de lutter contre cette détresse agricole. C’est ce que nous avons fait sur la base du rapport de votre collègue Olivier Damaisin que je tiens à saluer pour la qualité de son travail et pour son investissement sur cette question. Un grand merci à vous, monsieur le député.
(Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes LaREM et sur quelques bancs du groupe Dem. – M. André Chassaigne applaudit aussi.)
Ces mesures sont ambitieuses, à la fois du point de vue des moyens, puisque les crédits dédiés à la lutte contre la détresse agricole augmentent de plus de 40 %, et sur le fond. Elles reposent sur trois axes principaux. Le premier est une démarche « d’aller vers », qui doit caractériser toute politique sociale. Il ne s’agit pas seulement de demander aux personnes d’appeler un numéro de téléphone. Cette politique passe notamment par le vaste réseau des sentinelles. Le deuxième axe, c’est une plus grande humanisation. Dans toutes les politiques publiques, il faut remettre l’humain au centre de tout. Le troisième, ce sont les mesures d’accompagnement, aussi bien sur le plan économique que pour aider les personnes à prendre du recul.
Nous avons élaboré toutes ces mesures avec le secrétaire d’État chargé des retraites et avec le ministre des solidarités et de la santé afin de bâtir une politique publique ambitieuse, inclusive et en contact direct avec les territoires. Nous allons les appliquer avec autant de détermination que celle que nous avons eue au moment de les concevoir.
(Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM. – Mme Géraldine Bannier applaudit également.)
Depuis l’entrée en vigueur du Brexit le 31 décembre 2020, 150 bateaux français attendent encore leurs licences pour pouvoir pêcher dans les eaux britanniques. Il faudra bien que ça cesse ! Pour ces pêcheurs français, dont la dépendance aux eaux britanniques s’élève à 60 %, la situation est dramatique. Elle l’est tout particulièrement dans ma région, les Hauts-de-France, où plus des deux tiers du poisson transformé chaque année à Boulogne-sur-Mer proviennent du Royaume-Uni.
Pourtant, que la promesse post-Brexit était belle pour les pêcheurs ! L’Union européenne, rassurante, garantissait que les Britanniques n’oseraient pas défier la Commission – il ne fallait pas s’inquiéter, la situation des pêcheurs ne serait pas bradée.
Onze mois plus tard, les résultats sont sévères pour le gouvernement français et ses 150 pêcheurs français contraints de rester à quai. Votre gouvernement n’a pas démérité, madame la ministre, et vous avez affiché tout au long de cette année une réelle détermination.
Cependant, votre déclaration du 18 novembre dernier, annonçant la préparation de plans de sortie de flotte pour indemniser les pêcheurs qui resteraient à quai, a mis le feu aux poudres.
Madame la ministre, nos pêcheurs sont comme nos agriculteurs. Ils ne veulent pas de votre enveloppe de 60 millions d’euros mais souhaitent continuer à vivre de leur travail dont ils sont fiers.
(Applaudissements sur les bancs des groupes LR et GDR. – Mme Agnès Thill et MM. Jean-Louis Bricout, Sébastien Jumel et Jean-Paul Lecoq applaudissent également.) Ils n’accepteront pas cette situation et commencent à organiser eux-mêmes leur réaction. Olivier Leprêtre, le président du comité régional des pêches maritimes et des élevages marins des Hauts-de-France, a annoncé hier soir la préparation d’un mouvement national pour protester contre le refus des Britanniques d’accorder des licences de pêche aux bateaux français. Face aux négociations qui s’enlisent, les pêcheurs français, eux, passent à l’action.
Alors, madame la ministre,…
Ça va faire dix ans qu’elle est ministre ! …rassurez nos pêcheurs et rassurez-nous. Montrez-nous que l’Union européenne et la France possèdent des moyens de réponse et de pression. Montrez-nous que la France ne saurait accepter de mettre fin à des pratiques artisanales qui se transmettent depuis des générations et font la fierté de toute une région. Enfin, je vous le demande : comment comptez-vous agir si les négociations avec la Grande-Bretagne n’aboutissent pas d’ici à la fin de l’année ? (Applaudissements sur les bancs du groupe UDI-I.) La parole est à Mme la ministre de la mer. Vous avez raison, c’est beaucoup trop lent. Nous sommes mobilisés depuis onze mois. Depuis le 24 décembre 2020, nous nous battons avec les professionnels et de nombreux élus, en permanence et avec détermination, pour obtenir la totalité des licences pour nos pêcheurs, pour défendre les droits des pêcheurs français.
Où en sommes-nous ?
Moins de blabla, plus de résultats ! Ce sont 85 % des licences qui ont été obtenues. Contrairement à ce que prétend le Royaume-Uni, le compte n’y est donc pas. Il en manque 15 %. Ce n’est pas un détail, c’est un chiffre important. Ces licences représentent des navires, des marins, des familles. Un emploi en mer, ce sont quatre emplois à terre, vous le savez. La mobilisation n’a jamais faibli.
Lorsqu’on est ministre, on est bien entendu aux côtés des pêcheurs, au quotidien, comme je l’ai fait depuis onze mois, mais on prépare aussi l’avenir. Lors des assises de la pêche et des produits de la mer, j’ai d’ailleurs parlé de la pêche de demain et de la nécessité de se préparer. Je suis aujourd’hui, et serai demain, aux côtés des pêcheurs. Mais je suis aussi responsable de l’avenir de la pêche durable pour la France et pour l’Europe car nous devons faire des propositions en la matière.
Qui sont ces 15 % de pêcheurs privés de licence ? Il peut s’agir, par exemple, monsieur le député, d’une personne de votre région qui pêche sur son navire depuis 1983 mais qui, en 2015, a retiré son bateau pendant un an pour se mettre aux normes et n’a donc pas pêché pendant un certain temps. Dans ce cas de figure, les Britanniques nous disent que le compte n’y est pas, qu’il n’a pas pêché suffisamment.
Ce n’est pas acceptable ! C’est scandaleux car nous pouvons démontrer que l’année 2015 a été consacrée à la mise aux normes de son bateau. Voilà quelle est la situation. Nous défendons aujourd’hui chaque dossier de ce type. (Applaudissements sur les bancs du groupe Dem.) Nous parlons de petits pêcheurs, de cas particuliers, sur un littoral. La mauvaise foi britannique doit être rappelée, la Commission européenne doit être au rendez-vous. Les pêcheurs veulent des réponses, nous aussi. Le Président de la République a annoncé qu’il était temps de passer à l’action. (Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM et Dem.)
La parole est à Mme Chantal Jourdan. Ma question s’adresse au secrétaire d’État chargé des affaires européennes.
Il est nécessaire de continuer à rappeler qu’un drame humain se joue depuis plusieurs semaines à la frontière de la Pologne, en Biélorussie. Si des premiers rapatriements ont été effectués, la situation reste tragique.
Je veux dire nos pensées pour ces femmes, ces hommes, et surtout ces enfants, utilisés comme les pions d’une guerre hybride qui n’est pas la leur, manipulés par le régime biélorusse qui, dans une nouvelle stratégie de déstabilisation de l’Europe, se rend coupable de crimes odieux.
Nous le savons, ce type de manœuvres est appelé à se répéter. Face à cela, la solution ne peut pas être de construire des murs, tout d’abord parce que cela ne fonctionne pas, mais surtout parce que c’est dans sa puissance, son indépendance et son humanité que l’Europe doit trouver les solutions pour apparaître suffisamment forte, unifiée et ferme sur ses principes et ses valeurs afin de dissuader ces tentatives de déstabilisation.
(Mme Valérie Rabault applaudit.)
Les sanctions prises sur le court terme par l’Union européenne pour cibler les personnes et organisations qui participent à ce trafic d’êtres humains sont une bonne chose. Cependant l’Union a besoin d’une réponse à long terme – nous avons d’ailleurs abordé cette question dans le rapport de la commission d’enquête sur les migrations publié la semaine dernière.
Monsieur le secrétaire d’État, comment la France, notamment dans le cadre de la présidence française de l’Union européenne, compte-t-elle faire avancer le pacte sur la migration et l’asile alors même qu’il existe de fortes divergences au sein de l’Union sur ces questions ?
Par ailleurs, dans l’immédiat, que pouvons-nous faire pour mettre à l’abri toutes ces personnes amassées à nos frontières dans des conditions inhumaines ? Dans le cadre des discussions européennes, un couloir humanitaire pourrait-il être ouvert rapidement, ou, tout au moins, l’accès à l’aide humanitaire peut-il être permis dans la zone frontalière ?
(Applaudissements sur les bancs du groupe SOC – M. Florian Bachelier applaudit également.) La parole est à M. le secrétaire d’État chargé des affaires européennes. Vous avez raison de revenir sur cette situation et sur le drame qu’elle représente. Je tiens d’abord à rappeler qu’il ne s’agit pas d’une crise migratoire comme nous en avons connu par le passé, pas plus que d’une vague migratoire massive ou spontanée, mais d’une agression organisée par un régime dictatorial sévissant à nos portes, la Biélorussie, qui bénéficie d’un certain nombre de complicités.
La réponse à apporter à très court terme sera impérativement européenne : tous ceux qui expliquaient que les questions migratoires se traitent exclusivement derrière les frontières nationales constatent désormais à quel point les défis sont européens. Nous résoudrons cette crise si nous agissons en Européens, avec la plus grande fermeté. Je réaffirme ici que notre solidarité à l’égard de la Pologne – mais aussi de la Lituanie et de la Lettonie, qui sont également concernées – est totale. Nous répondrons de manière efficace tout en restant fidèles à nos valeurs, que vous avez rappelées.
Nous menons déjà une action européenne : de nouvelles sanctions, qui seront détaillées dans les tout prochains jours et viseront une trentaine d’individus ou d’entités, ont été décidées. Cet après-midi même, le président du Conseil européen, Charles Michel a par exemple annoncé que la compagnie biélorusse Belavia ne pourrait plus louer d’avions en Europe. Il s’agit là d’une nouvelle mesure très concrète.
Très bien ! L’action diplomatique de l’Union européenne, à laquelle la France prend toute sa part, a permis de procéder à des suspensions de vols, afin de mettre un terme à ce trafic organisé. Cette démarche doit se poursuivre dans les prochains jours. L’Europe a les moyens d’agir, et c’est seulement en Européens que nous répondrons à ce défi.
Vous avez aussi raison de souligner que cette crise organisée montre à quel point l’Europe doit progresser en matière migratoire. Ne nous le cachons pas : il sera très difficile de faire progresser le pacte européen sur la migration et l’asile, y compris lorsque la France exercera la présidence du Conseil de l’Union européenne. Mais Gérald Darmanin et moi-même travaillons, sous l’autorité du Président de la République, à définir des mesures concrètes et des mécanismes de solidarité européens qui nous permettront d’avancer. Nous veillerons en outre, afin de mieux tenir nos frontières extérieures, à renforcer l’agence Frontex, dont nous avons tant besoin aujourd’hui, pour répondre de manière à la fois ferme et humaine, en évitant les excès, comme vous nous y invitez.
(Applaudissements sur quelques bancs des groupes LaREM et Dem.)
La parole est à M. Jean-Luc Bourgeaux. Le 8 décembre dernier, je prenais la parole devant cette assemblée pour défendre les intérêts de la filière pêche française dans les zones maritimes britanniques des îles anglo-normandes, en pleine négociation du Brexit. En bon député de Saint-Malo ! Je concluais mon propos par une question simple : allez-vous abandonner les pêcheurs et leurs familles ? Non ! Oui ! La réponse est oui ! Le 30 décembre dernier, un accord post-Brexit était enfin conclu et un délai de trois mois était annoncé pour régler ce qui apparaissait alors comme des détails relatifs aux autorisations de pêche : transmission des listes, renouvellement des bateaux, etc. Force est de constater que les mois ont passé, que les mesures prévues dans l’accord ne sont pas respectées, que les négociations se sont en réalité déroulées à sens unique et que toute la filière commence à douter de votre capacité à obtenir les fameuses licences ! Très bien ! Il a raison ! Il y a un mois, à grand renfort de déclarations médiatiques, le Gouvernement a annoncé avec fermeté que si nous n’obtenions pas toutes les licences demandées, des mesures de pression seraient engagées à compter du 2 novembre. Même pas peur ! Je vous l’avoue, comme beaucoup de Français, j’y ai cru ! Malheureusement, les jours et les semaines défilent et rien ne se passe ! Eh oui ! Cela fait bien rire M. Johnson ! Nos espoirs s’émoussent, et les pêcheurs français et leurs familles s’épuisent.
Il y a pire : la ministre de la mer a prononcé la semaine dernière une petite phrase dans laquelle elle évoque l’indemnisation qui serait versée pour compenser la destruction des bateaux des pêcheurs qui n’auraient pas obtenu d’autorisation.
(Exclamations sur les bancs du groupe LaREM.) C’est honteux ! Quel mépris pour ces hommes et ces femmes, dont la pêche est toute la vie ! (Applaudissements sur les bancs des groupes LR et GDR.) C’est inacceptable ! Avez-vous déjà fait une croix sur une partie de vos engagements ? Eh oui ! Mais non ! Si tel n’est pas le cas, à quand une première action de pression pour obtenir les licences de pêche ? (Vifs applaudissements sur les bancs du groupe LR.) La parole est à Mme la ministre de la mer. Ma détermination et ma fermeté n’ont jamais varié. (Exclamations sur les bancs du groupe LR.) Elles ont toujours été nulles ! Ce n’est pas parce qu’elles s’accompagnent d’anticipation – parce que gouverner, c’est prévoir – que j’abandonne le combat ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM.) Certes, la situation est compliquée, comme je l’indiquais tout à l’heure – vous le savez d’ailleurs très bien, vous qui avez été élu dans la circonscription de Saint-Malo –, mais je tiens à rappeler une chose : c’est d’abord à la Commission européenne de rappeler au Royaume-Uni ses engagements. Ne vous défaussez pas ! Comme les pêcheurs, comme vous, députés, et comme les acteurs de terrain, je trouve ce processus beaucoup trop lent. (Exclamations sur les bancs du groupe LR.) Le Président de la République a d’ailleurs rappelé à Ursula von der Leyen qu’après avoir laissé à la Commission européenne quinze jours supplémentaires pour débattre avec le Royaume-Uni, la France souhaitait maintenant obtenir une réponse. Vous aurez l’occasion de constater, dans les heures ou dans les jours à venir, que la fermeté de l’Union européenne, qui n’a jamais fait défaut, sera à nouveau au rendez-vous. (Exclamations sur les bancs du groupe LR.)
Vous faites beaucoup de bruit, mais il me semble que les pêcheurs ont besoin d’entendre que l’union sacrée est toujours d’actualité. (M. Erwan Balanant applaudit.) Professionnels, Gouvernement et élus des territoires doivent agir ensemble : ce n’est qu’ainsi que nous gagnerons ! Nous nous tenons derrière la Commission et nous devons maintenir la pression pour obtenir des résultats. C’est ce que nous faisons ! Bravo ! C’est un naufrage ! Nous devons des résultats, par exemple, au pêcheur de Welga. Que veut-il ? Continuer à pêcher dans la baie de Granville. Pourquoi ne le peut-il pas ? Parce qu’il utilise un petit bateau, qui n’est pas équipé d’un système de géolocalisation. Les autorités de Jersey décrètent que tant qu’il ne démontrera pas à quel endroit exact il a l’habitude de plonger, il ne pourra pas obtenir d’autorisation. Alors nous nous battons pour lui (Exclamations sur les bancs du groupe LR) , pour dénoncer cette mauvaise foi… C’est vous qui êtes de mauvaise foi ! …et pour rappeler à Jersey qu’en tant que voisins, nous devons régler ces quelques dossiers et répondre aux pêcheurs qui ont besoin de notre soutien.
Je suis aux côtés des pêcheurs de Bretagne, de Normandie et des Hauts-de-France, mais lorsque je m’exprime en tant que ministre de la mer aux assises de la pêche et des produits de la mer, je m’adresse à tous les pêcheurs, y compris à ceux qui exercent en mer Méditerranée.
(Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM. – Exclamations sur les bancs du groupe LR.)
La parole est à Mme Anne-France Brunet. Promulguée le 2 août dernier, la loi relative à la bioéthique a élargi la procréation médicalement assistée (PMA) aux couples de femmes et aux femmes seules. Il s’agissait d’une promesse de campagne du candidat Emmanuel Macron. Notre majorité peut être fière d’avoir permis cette grande avancée pour le droit des femmes. Notre volonté est désormais claire : rendre effectif ce nouveau droit le plus rapidement possible et répondre à l’afflux de nouvelles demandes.
À cette fin, je tiens à saluer la décision du ministre des solidarités et de la santé de débloquer une enveloppe de 8 millions d’euros afin de ramener les délais d’attente à six mois. Ce geste fort était attendu, tant par les patientes que par le personnel médical. Sur le terrain, ces crédits se traduiront par l’achat de nouveaux matériels et par le recrutement de personnels. Au sein du centre hospitalier universitaire (CHU) de Nantes, par exemple, pas moins de huit professionnels supplémentaires seront recrutés au cours des prochains mois, dont deux médecins, un psychologue ou encore deux techniciens de laboratoire. Cela représente un soutien significatif.
La hausse des moyens ne saurait toutefois affranchir les services concernés d’une refonte organisationnelle profonde, pour mieux répondre aux besoins et aux attentes des nouvelles patientes et des donneurs de gamètes.
Qu’est-ce que c’est que cette question ? La promotion du don, le droit à la filiation, le droit d’accès aux origines : toutes ces questions soulèvent des enjeux organisationnels importants et nécessitent notamment un suivi transparent.
Parce que l’application de la loi de bioéthique ne peut se réduire à une question de moyens, pouvez-vous revenir sur les actions prises par le ministère des solidarités et de la santé pour concrétiser rapidement la PMA pour toutes ?
(Applaudissements sur quelques bancs du groupe LaREM.) La parole est à M. le ministre des solidarités et de la santé. À l’issue de l’adoption de la loi du 2 août dernier relative à la bioéthique, j’avais pris plusieurs engagements devant le Parlement. Le premier – pour lequel je prenais peu de risques – était que la loi rencontrerait son public. À cette date, les chiffres vont au-delà de tout ce que nous avions imaginé, puisque 2 750 nouvelles demandes ont été enregistrées en vue d’entamer un parcours de PMA pour des femmes seules ou en couple avec une autre femme. Il existait donc bien, en France, un besoin criant, que vous, mesdames et messieurs les députés, avez permis de combler en adoptant cette loi.
Je m’étais ensuite engagé à ce que l’entrée en vigueur de ces nouveaux droits soit effective dès septembre 2021, grâce à la publication rapide des textes nécessaires. Cette promesse a été respectée.
Je m’étais aussi engagé à accorder un financement exceptionnel aux centres, qui auraient évidemment besoin de personnels et de moyens matériels supplémentaires pour répondre à des demandes plus nombreuses. Adrien Taquet et moi-même avons annoncé aux centres réalisant des PMA, réunis en visioconférence il y a quelques semaines, que plusieurs millions d’euros leur seraient consacrés à ce titre jusqu’en 2024 – cette dotation ayant ensuite vocation à être intégrée au financement de droit commun –, afin qu’ils ne soient pas gênés dans leur fonctionnement.
Nous nous étions en outre engagés à tout faire pour éviter des pénuries de gamètes : comment accepter de telles pénuries, quand il n’y a pas de pénurie d’amour ? Une campagne nationale s’appuyant sur des spots diffusés à la radio, à la télévision et sur internet a donc été lancée – vous n’aurez probablement pas manqué de la remarquer. Bonne nouvelle : les centres nous font savoir qu’ils ont observé, ces dernières semaines, une augmentation significative des propositions de don de gamètes.
(Applaudissements sur quelques bancs du groupe LaREM. – M. David Corceiro applaudit également.)
J’avais également annoncé le lancement d’un dispositif de communication à destination des professionnels de santé, afin qu’ils puissent s’approprier la nouvelle loi. Un comité de pilotage national de suivi est par ailleurs chargé d’analyser les besoins territoriaux et de gommer les éventuelles disparités là où elles se manifesteraient. Cette thématique relève aussi de l’action de l’Agence de la biomédecine. Enfin, comme je m’y suis engagé, des rapports seront remis au Parlement dans quelques mois sur la base des remontées des territoires.
L’accès à la PMA pour toutes n’est plus seulement inscrit dans la loi, il est devenu une réalité, grâce à votre action.
(Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes LaREM et Dem.)
La parole est à Mme Marie-Noëlle Battistel. Ce jeudi 25 novembre marquera la Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes. Nombre de Françaises et de Français manifesteront partout dans notre pays pour témoigner leur soutien aux victimes et dire avec quelle impatience la société attend que ce fléau soit endigué. La représentation nationale prendra sa part dans ce combat, puisque le même jour, à l’initiative de la délégation aux droits des femmes et à l’égalité des chances entre les femmes et les hommes – dont je tiens à remercier la présidente, Marie-Pierre Rixain –, se tiendra un colloque relatif à la lutte contre les violences faites aux femmes en situation de handicap.
Cela est d’autant plus essentiel que nous devons tous entendre le cri d’alarme lancé par les 285 femmes signataires de la tribune #MeToo politique, qui montre qu’aucun secteur de la vie sociale n’est épargné. Les violences faites aux femmes sont un véritable fléau, tant par les multiples formes qu’elles prennent – qu’elles soient d’ordre sexuel, sexiste, physique ou psychologique – que par leur nombre. Rappelons que, selon le ministère de l’intérieur, 87 % des victimes de violences conjugales sont des femmes, ce qui représente 139 200 femmes victimes en 2020. Les plaintes pour violences conjugales ont augmenté de 10 % par rapport à 2019. En 2020, 102 femmes sont mortes sous les coups de leur conjoint. Elles sont déjà 101 depuis le début de l’année 2021.
Le temps de la prise de conscience est terminé. Depuis plusieurs années les dispositifs d’aide aux victimes se sont multipliés, mais beaucoup reste à faire, notamment en matière de prise en charge des victimes. Je pense tout particulièrement aux places d’hébergement d’urgence, qu’il est primordial de démultiplier, ou aux solutions intrafamiliales, qu’il convient de développer.
Comment le Gouvernement entend-il renforcer le suivi des auteurs et des familles et développer les dispositifs déployés pour mettre fin aux violences à l’égard des femmes et pour protéger les victimes ?
(Applaudissements sur les bancs des groupes SOC et GDR.) La parole est à Mme la ministre déléguée chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes, de la diversité et de l’égalité des chances. Je saisis cette occasion pour vous remercier pour votre engagement sur cette question, qui se manifeste depuis de nombreux mois au sein de la délégation aux droits des femmes et à l’égalité des chances entre les femmes et les hommes. Il convient, peut-être, de rappeler en préambule que la question des violences faites aux femmes existe depuis si longtemps qu’il serait illusoire d’imaginer résoudre tous les problèmes en cinq ans, même si le Président de la République en a fait la grande cause du quinquennat.
Le garde des sceaux, le ministre de l’intérieur, mais aussi Emmanuelle Wargon et Adrien Taquet se sont impliqués dans ce domaine, tout comme l’a fait Olivier Véran en permettant aux femmes de déposer plainte au sein des hôpitaux. Toutes les mesures concrètes et pratiques qu’ils ont prises permettent de lutter contre ce fléau et d’accompagner les femmes qui parlent, de les écouter et de les croire, et d’avancer avec elles pas à pas.
Vous avez mentionné la tribune signée il y a quelques jours par près de 300 femmes qui dénoncent les violences qui sévissent dans le monde politique. Ces violences constituent une réalité, que nous ne saurions nier. Parce que les femmes et les hommes politiques ont, encore plus que d’autres, la responsabilité de donner l’exemple à la nation en matière d’égalité entre les femmes et les hommes, j’estime que cette tribune constitue une bonne initiative ; en revanche, je ne comprends pas le refus de reconnaître toutes les actions concrètes menées ces dernières années.
Je conclurai par le suivi des auteurs de violences. Gérald Darmanin et Éric Dupond-Moretti ont activement travaillé,…
Heureusement qu’ils sont là ! …à la demande du Premier ministre, à l’élaboration d’un fichier destiné à suivre les auteurs de violences car, au-delà de saisir les armes ou de s’assurer que tout est fait sur le terrain pour protéger les victimes, nous souhaitons fermement contrôler les auteurs de ces faits.
La parole est à M. Hubert Wulfranc. L’urgence climatique renvoie bien sûr à l’urgence d’une vie digne pour les populations des pays les moins développés : c’est ce cri qui a été lancé à la COP26 de Glasgow. Alors que les stands rivalisaient d’innovations techniques que les groupes privés internationaux développent pour garantir la durabilité d’une économie libérale verdie – et les profits substantiels qui vont avec ! –,… Oh, le gros mot ! …au prix de gâchis comme celui de la papeterie Chapelle Darblay qui a été évoqué tout à l’heure, aucune prise en compte par les pays riches de la nécessité d’un traitement équitable des énormes besoins des pays les moins développés ne s’est fait entendre. L’engagement de 100 milliards de dollars de dotations, qui date de plusieurs années, ne sera pas honoré avant 2023, et le sera majoritairement sous la forme de prêts remboursables ; il ne parviendra pas à assurer l’équilibre entre l’adaptation au changement climatique et la transition écologique. Les populations de ces pays sont, en ce moment même, frappées par des inondations et des sécheresses extrêmes, qui détruisent les infrastructures et l’accès à l’eau et à la nourriture, ce qui conduira inéluctablement à grossir les rangs des réfugiés et des exilés.
À l’aube de la présidence française de l’Union européenne, les députés communistes du groupe de la Gauche démocrate et républicaine demandent quelle action la France conduira-t-elle pour augmenter et requalifier très significativement la dotation climatique aux pays les moins développés.
(Applaudissements sur les bancs du groupe GDR et sur quelques bancs des groupes SOC et FI.) La parole est à Mme la secrétaire d’État chargée de la biodiversité. La transition écologique doit évidemment nous rassembler car c’est sans doute la seule urgence pour préserver notre qualité de vie, notre santé et la sécurité des générations futures ici et ailleurs, partout dans le monde. Depuis le début du quinquennat, le Président de la République a tenu à cet égard un engagement très fort en faisant de la diplomatie environnementale une vraie priorité. Il a changé cent fois d’avis sur tous les sujets ! Cet engagement ne se dément pas et se retrouve également au niveau national dans nos politiques et dans les moyens que nous déployons, car là est la seule légitimité qui vaille, au-delà de cette parole internationale exprimée encore dans les négociations qui viennent de s’achever dans le cadre de la COP26.
La France a accueilli, en 2021, deux événements majeurs, le
One Planet Summit en janvier et le congrès mondial de la nature en septembre, ce qui représente un effort considérable dans le contexte de crise sanitaire. Ces rendez-vous ont redonné toute sa place à la mobilisation internationale sur ces enjeux essentiels, le calendrier exceptionnel de la COP26 devant nous amener à la COP15 biodiversité.
La présidence française de l’Union européenne donnera à notre pays une responsabilité particulière. Nous tenons dans l’ensemble de ces négociations une place importante, nous sommes vus et attendus comme un pays moteur de l’ambition environnementale. Qu’il s’agisse de la sortie des énergies fossiles ou de la lutte contre la déforestation, la France ne se paie pas de mots et assume largement sa part des engagements pris à la COP26 puisque, sur les 100 milliards de dollars attendus à l’horizon de 2023, elle a rehaussé son ambition à hauteur de 6 milliards de dollars. Voilà des actes par lesquels, au travers de la coopération bilatérale,…
Oh, ça va ! Il faut arrêter ! …et des grands instruments institutionnels, nous aidons les pays en développement. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LaREM.) Depuis Copenhague, rien n’a bougé ! La parole est à M. Hubert Wulfranc. Madame la secrétaire d’État, vous comprenez bien qu’au moment où certains poussent des cris d’orfraie et souhaitent bâtir des murs aux frontières de l’Europe, la France ne peut se soustraire à cette mission ! (Applaudissements sur les bancs du groupe GDR.)
La parole est à M. Bruno Millienne. Monsieur le ministre des solidarités et de la santé, le quinquennat qui s’achève a été celui de la reprise en main de notre système de santé après des décennies d’abandon, n’en déplaise à ceux qui essaient aujourd’hui de se dédouaner de leurs responsabilités passées : nous avons doublé le nombre des maisons de santé dans les territoires, massivement investi dans l’hôpital et dans ses personnels, que je veux une nouvelle fois saluer, et rehausser le niveau du numerus clausus pour former plus de médecins. Ces réformes indispensables commencent à porter leurs fruits !
Malgré tout, on ne répare pas en quelques mois trente ans d’abandon et dix-huit mois d’une crise inédite qui a traumatisé de nombreux soignants. Ces réformes nécessitent du temps pour produire tous leurs effets alors que les besoins sont immédiats, notamment lors des pics d’activité comme actuellement avec l’épidémie de bronchiolite ou la cinquième vague du covid qui arrive. Dans mon département des Yvelines, l’agence régionale de santé (ARS) a financé, au prix d’une créativité admirable et avec l’aide de l’association plateforme territoriale d’appui (APTA) départementale et de crédits du fonds d’intervention régional (FIR), des vacations de médecins libéraux ou de jeunes retraités destinées à renforcer les équipes hospitalières, de pédiatrie notamment, lors des périodes de tension.
Ma question est simple, monsieur le ministre : pourquoi ne pas lever les freins et faciliter le recours à ce type de dispositif par les centres hospitaliers, qui pourraient ainsi recruter des vacataires, les payer, puis se faire rembourser par l’assurance maladie ? Il s’agit de rendre l’hôpital plus flexible en lui permettant de mieux adapter ses capacités de prise en charge tout au long de l’année. Je rappelle que c’est grâce aux vacataires que nous avons pu vacciner les Français en quelques mois seulement. Nous avons su depuis le début de la crise sanitaire développer une extraordinaire capacité d’adaptation tout en gardant notre sang-froid. Cet esprit d’innovation et de responsabilité donne des résultats et doit perdurer. C’est, monsieur le ministre, tout le sens de ma demande.
(Applaudissements sur les bancs du groupe Dem.) La parole est à M. le ministre des solidarités et de la santé. Je vous remercie pour votre question, monsieur Millienne, mais je tiens à dire tout d’abord que je condamne trop souvent celles et ceux qui ont tendance à nous tacler gratuitement pour balayer d’un revers de la main l’ensemble des actions menées par mes prédécesseurs. Beaucoup de choses ont été faites pour moderniser et pour transformer l’hôpital. Il est vrai que nous avons l’occasion, avec la crise du covid, de disposer de moyens absolument historiques pour l’hôpital : le ministre que je suis ne peut que s’en enorgueillir. On s’inscrit dans une continuité pour moderniser et pour transformer nos hôpitaux, avec en plus le coup d’accélérateur apporté par le Ségur de la santé que je vous remercie d’avoir souligné.
S’agissant des capacités de recrutement de médecins vacataires et autres contractuels à l’hôpital, vous avez parfaitement raison : il faut qu’un établissement qui a besoin de médecins puisse recruter, surtout dans la période actuelle, quel que soit le statut, qu’il s’agisse de médecins libéraux, hospitaliers ou retraités. S’il y a une erreur qui a été commise pendant cinquante ans, c’est bien celle du numerus clausus : nous sommes tous d’accord là-dessus.
Tout à fait ! Il existe plusieurs possibilités pour ce faire : on peut notamment recruter un médecin libéral sous le statut d’hospitalier vacataire avec une rémunération attractive. Là où il y a un problème, c’est qu’il ne peut être tenu compte de l’ancienneté du praticien hospitalier ayant pris sa retraite pour des vacations à l’hôpital, ce qui est dommage. Le médecin dit alors : « Je veux bien continuer de travailler, je veux bien revenir, mais vous n’allez pas me payer moins qu’avant ma retraite ! » Je peux vous annoncer que cette difficulté sera résolue au 1er janvier 2022, date à laquelle la réforme des statuts médicaux contractuels à l’hôpital public sera effective : elle autorisera le maintien de la rémunération des praticiens précédemment en activité, y compris lorsqu’ils étaient au dernier échelon de la grille. Tout est fait pour rendre l’hôpital attractif et lui permettre de recruter durablement des médecins, en ville ou à l’hôpital. (Applaudissements sur les bancs du groupe Dem et sur plusieurs bancs du groupe LaREM.) Excellent !
La parole est à Mme Valérie Six. Monsieur le ministre des solidarités et de la santé, je vous alerte sur les difficultés de recrutement du personnel soignant dans les hôpitaux. La situation est préoccupante. Les hôpitaux publics manquent de personnels, les services fonctionnent en sous-effectif et le moral est au plus bas. Sans blague ! La crise sanitaire n’a fait qu’aggraver l’état du secteur hospitalier, qui souffrait déjà. Aujourd’hui, il y a une forme de lassitude, voire de dégoût ; les représentants du personnel soignant témoignent d’un épuisement physique et moral. Incontestablement, nos hôpitaux n’attirent plus le personnel soignant. On constate un désintérêt, non pas forcément pour le métier mais pour sa pratique en milieu hospitalier. Cette situation se constate dans beaucoup de territoires, en Mayenne chez mon collègue Favennec-Bécot, en Bretagne, chez mon collègue Benoit, ou dans les Vosges chez mon collègue Naegelen et chez bien d’autres élus. Dans ma circonscription, à l’hôpital de Roubaix, vingt lits sont fermés, faute d’infirmiers notamment. Dès lors, afin d’attirer et de fidéliser de nouveaux personnels, l’hôpital a signé un accord majoritaire avec les syndicats, lequel prévoit que les infirmiers seront embauchés directement en CDI au lieu d’un CDD d’un an actuellement.
Dans un contexte d’intensification de la circulation du virus de la covid-19, nous devons envoyer un message fort à nos personnels soignants. Les investissements financiers prévus par le Ségur de la santé sont certes attendus, mais ils ne règlent pas les problèmes structurels de l’hôpital, lequel peine à recruter des hommes et des femmes. Le Ségur est une réponse d’urgence, mais ce sparadrap n’est pas suffisant pour le long terme : un véritable choc d’attractivité est nécessaire. Monsieur le ministre, qu’envisagez-vous pour redonner l’envie aux personnels soignants de travailler dans les hôpitaux publics ?
(Applaudissements sur les bancs du groupe UDI-I.) La parole est à M. le ministre des solidarités et de la santé. Madame la députée, un sparadrap à 30 milliards d’euros, c’est vraiment un bon gros sparadrap ! Je vous rappelle que 19 milliards d’euros sont prévus pour les investissements, les reprises de dette et la modernisation des hôpitaux ; 3 000 EHPAD et hôpitaux seront reconstruits, modernisés et numérisés, ce n’est pas un sparadrap ! Quand des soignants me disent qu’ils tiennent l’hôpital à bout de bras, mais qu’ils se demandent comment faire avec une douche pour vingt-deux malades, l’absence d’IRM et des urgences vieillissantes, c’est compliqué ; je leur dis : « Vous avez raison. On va mettre 70 millions, voire 200 millions d’euros, on reconstruit tout et vous aurez un hôpital flambant neuf dans les années à venir. » Je peux vous assurer que renaissent alors les sourires.
Vous avez par ailleurs souligné la hausse des rémunérations, qui compte en effet. Hier, le Ségur a encore progressé puisque nous avons enregistré un accord majoritaire avec les syndicats des fonctions publiques territoriale et hospitalière sur les sages-femmes, avec tout de même 500 euros net de plus à compter du mois de mars et une sixième année d’études.
(Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LaREM.) Vous voyez bien que, profession par profession, on avance, dans le dialogue et dans la concertation, grâce aux moyens considérables qui sont mis sur la table par ce gouvernement et par cette majorité.
Madame la députée, vous avez évoqué à juste titre le troisième volet parce qu’il faut en effet que cela bouge dans l’hôpital. Et c’est bien l’autre axe du Ségur, dont on parle moins, celui qui vise à recréer les services hospitaliers, à redonner du sens aux soignants, à rendre non opposable une partie du code de la santé publique pour baisser le poids des normes, à réduire les charges administratives des personnels médicaux et soignants et à permettre à chacun de se sentir représenté et représentatif au sein des différentes commissions d’établissement.
Une boîte à outils a été donnée à chaque établissement pour faire vivre la démocratie interne. Je vous signale que pas loin de Roubaix, l’hôpital de Valenciennes est un modèle du genre en matière d’organisation interne, tout le monde y est heureux, et il y a plus de personnels soignants que d’administratifs – je n’ai rien contre les administratifs, mais soigner est la priorité du moment. Les hôpitaux signent progressivement des accords. Chez vous, un accord majoritaire a été signé, y compris, me semble-t-il, par la CGT. Je pense que quand la CGT valide une transformation de l’organisation, c’est probablement que la direction prise n’est pas mauvaise – ce n’est en tout cas pas à gauche que l’on me dira le contraire.
(Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes LaREM et Dem.)
La parole est à Mme Laëtitia Romeiro Dias. Madame la secrétaire d’État chargée de la biodiversité, il y a quelques jours, l’Assemblée nationale a adopté la proposition de loi, déposée par notre majorité, visant à renforcer la lutte contre la maltraitance animale. Ce texte attendu envoie un message très clair : l’animal n’est pas un objet ou un jouet, mais bien un être vivant et sensible à qui nous devons protection.
Ce mandat aura vu des avancées vitales pour les animaux. En effet, nous, législateurs, agissons pour assurer une meilleure protection aux animaux de compagnie à travers, par exemple, le renforcement des sanctions pénales en cas de maltraitance ou d’abandon, l’interdiction de vente de chats et de chiens en animalerie ou encore l’encadrement strict de la vente en ligne. Cette proposition de loi a porté l’ambition historique d’offrir également aux animaux sauvages une protection avec la fermeture immédiate des fermes à fourrure, l’interdiction des activités de montreurs d’ours et de loups et la fin programmée de la présence d’animaux sauvages dans les cirques et les delphinariums.
Bien entendu, nous mesurons le changement que cela représente pour certains professionnels, auxquels il faut impérativement offrir un accompagnement. Mais nous savons que ces professionnels qui doivent transformer leur activité seront au rendez-vous, à l’instar des arts du cirque qui n’ont pas besoin des animaux pour éblouir les spectateurs. J’en connais un bel exemple dans ma circonscription, à Étréchy, où l’association
Cadets’ Circus , fondée en 1927 et regroupant plus de 150 artistes, propose des formations et des spectacles d’acrobaties, de jonglages et de clowns absolument incroyables, sans utiliser d’animaux.
Cette proposition de loi longtemps attendue, qui fait franchir à la France un grand pas, doit maintenant entrer en application. Madame la secrétaire d’État, quelles mesures concrètes le Gouvernement prévoit-il de mettre en œuvre pour atteindre les objectifs du texte, et selon quel calendrier ?
(Applaudissements sur quelques bancs des groupes LaREM et Dem.) La parole est à Mme la secrétaire d’État chargée de la biodiversité. Merci, madame Romeiro Dias ! Les progrès en matière de bien-être animal relèvent d’une responsabilité morale et l’adoption définitive de cette proposition de loi qui vise à renforcer la lutte contre la maltraitance animale représente une véritable fierté, un vrai moment d’humanisme dans notre rapport au monde et au vivant. Ce texte, qui introduit dans notre droit des avancées importantes que vous avez rappelées, traduit notre engagement en faveur du bien-être animal et de la faune sauvage, pris dès 2020 avec Barbara Pompili et à vos côtés. Madame la rapporteure, je tiens à féliciter vos corapporteurs Loïc Dombreval et Dimitri Houbron qui ont été à l’origine de ce texte – un texte qui a été soutenu sur l’ensemble des bancs, à l’Assemblée comme au Sénat, de façon quasi unanime, avec la hauteur de vue qu’exigeait ce sujet sensible.
Je veux également rappeler les modalités concrètes de mise en œuvre des dispositions de la loi.
D’abord, la composition de la Commission nationale consultative pour la faune sauvage évoluera pour intégrer des élus locaux et des représentants des associations de défense des animaux. Les professionnels seront systématiquement associés à son travail – c’est un engagement que j’avais devant vous. Ces dispositions seront effectives dès 2022, et les différents acteurs seront consultés sur les textes d’application.
Depuis septembre 2020, nous sommes en contact avec les professionnels. Avec Alain Griset, nous travaillons à les accompagner dans cette transition, tant en matière de formation et de reconversion professionnelles que de devenir des animaux – vous avez été à nos côtés pour y réfléchir. Nous serons également vigilants aux cadres fixés par les programmes scientifiques.
Je vous remercie à nouveau pour ces belles avancées en faveur de la faune sauvage.
(Applaudissements sur quelques bancs du groupe LaREM.)
La parole est à M. Bernard Bouley. Monsieur le ministre des solidarités et de la santé, la cinquième vague de covid-19 submerge l’Europe et frappe la France. Le Président de la République, qui a consacré quelques minutes de sa dernière allocution télévisée à ce thème, a décidé de soumettre à un rappel vaccinal la validité du passe sanitaire des plus de 65 ans. Une campagne de rappel débutera en décembre pour les personnes âgées de 50 à 64 ans ; elle pourrait s’étendre aux moins de 50 ans : 18 millions de Français sont appelés à se faire rapidement injecter une troisième dose, et ce n’est qu’un début.
Mais la volonté du Gouvernement de faire entrer la vaccination anticovid dans le circuit ordinaire des soins de ville a entraîné la fermeture de nombreux centres de vaccination. Compte tenu de l’urgence et du nombre d’injections à réaliser, je m’inquiète de la capacité des médecins de ville et des pharmaciens à y faire face. Il faut ajouter à ce défi vaccinal la grande tension structurelle que connaît l’hôpital public. Selon l’enquête dirigée par le professeur Delfraissy, 20 % des lits des grands hôpitaux publics sont fermés faute de personnel. Devant cette situation inédite et très inquiétante, ne serait-il pas logique que les médecins libéraux soient exclusivement mobilisés à soigner et à limiter le plus possible l’hospitalisation de patients ?
Il est urgent de rouvrir tous les centres de vaccination fermés pour lever tout frein à la phase de rappel vaccinal. Mais, comme nous l’avons déjà connu plusieurs fois depuis le début de cette pandémie, des décisions sont rendues publiques et la logistique pour les appliquer reste floue ; c’est ce qui se passe pour la communication du Gouvernement sur les centres de vaccination. De plus, l’enveloppe de 60 millions d’euros d’aide financière de l’État aux centres a laissé un reste à charge aux collectivités locales, déjà exsangues.
Le Gouvernement est-il prêt à clairement s’engager à rouvrir tous les centres de vaccination et à les maintenir ouverts jusqu’au terme des campagnes de primo-vaccination et de rappel vaccinal ? Quel soutien financier complémentaire le Gouvernement peut-il apporter aux collectivités à cet effet ?
(Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LR.) La parole est à M. le ministre des solidarités et de la santé. J’ai cru que votre question concernait l’Allemagne car vous sembliez décrire un territoire privé de centres de vaccination et de vaccins – ce n’est pas non plus le cas de l’Allemagne mais, étant donné la pression épidémique, ce pays rencontre actuellement une forte demande de vaccination et doit, pour y répondre, se réorganiser rapidement. Pour notre part, nous ne nous sommes jamais désarmés : plus de mille centres de vaccination restent ouverts sur le territoire national – un nombre élevé si on le rapporte à la taille de notre pays.
En parallèle, nous avons basculé une partie de l’effort vaccinal des centres vers la médecine de ville. Votre groupe, d’ailleurs, nous le demandait, comme d’autres. Les médecins libéraux, les pharmaciens, les sages-femmes, les infirmiers et les kinésithérapeutes peuvent vacciner. La semaine dernière, ils ont été nombreux à commander des vaccins, réservant près de 1,5 million de doses de vaccin Pfizer, pour vacciner en ville. C’est une bonne nouvelle !
On conserve donc les centres de vaccination et on développe en même temps la vaccination en ville. Avec la possible extension prochaine de la campagne de rappel, nous devons conserver la capacité de répondre à la demande des Français. Cet été, le jour où il a fallu faire 850 000 vaccinations, nous l’avons fait. Nous adaptons notre réponse à la demande vaccinale, ce qui me paraît relever d’une gestion intelligente des deniers publics. Cela permet surtout de ne pas monopoliser trop de soignants dans des centres qui accueillent aujourd’hui moins de personnes, pour leur permettre de retrouver leur mission hospitalière – votre groupe me pose régulièrement des questions en ce sens. En effet, pour pallier le manque de soignants, la première solution est de faire en sorte que ceux-ci reviennent dans les hôpitaux quand la situation le permet.
Aujourd’hui, 6 millions de Français n’ont toujours pas été vaccinés : c’est beaucoup trop ! Tout le monde doit désormais se faire vacciner. Il faut arrêter de dire qu’on attend car on n’a pas assez de recul : le recul est désormais suffisant. On sait comment le vaccin fonctionne, on sait qu’on a douze fois plus de risques de faire une forme grave de covid quand on n’est pas vacciné. Notre pays a enregistré 30 000 cas de covid en vingt-quatre heures. C’est une hausse très importante des contaminations qui confirme, si c’était nécessaire, que nous sommes, hélas, dans une cinquième vague épidémique. Il est donc urgent de se faire vacciner et de recevoir le rappel quand c’est nécessaire. La logistique suivra, évidemment.
(Applaudissements sur quelques bancs du groupe LaREM.)
La parole est à M. Benoit Simian. Madame la ministre de la cohésion des territoires et des relations avec les collectivités territoriales, être girondin, c’est respecter l’autonomie fiscale des collectivités ; être girondin, c’est ne pas tout décider à Paris et responsabiliser les collectivités en évitant les amendements comme celui du plan Marseille en grand ; être girondin,… C’est trahir ! …c’est remplir les fonctions régaliennes – assurer la sécurité des Français, financer nos brigades de gendarmerie… – sans faire les poches des collectivités locales. Je sais qu’il n’y a hélas plus ici de députés-maires – peut-être jusqu’à la proposition de loi dont nous débattrons vendredi ! –, mais nous attendons la mise en place du pacte girondin promis par le candidat Emmanuel Macron en 2017.
Alors que le congrès des maires vient de se tenir, nous saluons le maintien des dotations aux communes – la dotation globale de fonctionnement (DGF), la dotation d’équipement des territoires ruraux (DETR), la dotation de solidarité rurale (DSR), la dotation de soutien à l’investissement local (DSIL) –, contrairement à ce qu’ont fait les gouvernements précédents. Néanmoins le bât blesse en matière de finances départementales et régionales car nous n’avons pas été au bout de la réorganisation territoriale. L’autonomie fiscale a pris un sacré coup au profit de la contractualisation – une sorte de mise sous tutelle déguisée. Je pourrais aussi évoquer les difficultés des élus dans leurs relations avec les services déconcentrés de l’État, notamment avec les préfets, par exemple dans le domaine de l’urbanisme ou, dans ma circonscription, dans le cadre de la loi « littoral ».
Alors que notre assemblée a commencé l’examen du projet de loi relatif à la différenciation, la décentralisation, la déconcentration et portant diverses mesures de simplification de l’action publique locale, dit 3DS, nous regrettons que plus de 60 % de nos amendements en commission sur les transferts de compétences aient été jugés irrecevables. Oui aux transferts de compétences mais pas sans transfert de ressources, sinon ce sera encore un recul des services publics dans nos territoires.
Enfin, comme Édouard Philippe l’avait dit ici en répondant à une question de notre collègue Philippe Vigier, alors membre du groupe Libertés et territoires, il ne faut pas interdire la gestion déconcentrée des sujets sociaux – handicap, protection de l’enfance ou RSA – car, oui, le meilleur garant de l’égalité républicaine, c’est l’État !
Ne faisons pas de la loi 3DS une loi « 3DC », le C étant celui de « complexification ». Madame la ministre, comment faut-il aborder, selon vous, la déconcentration, la décentralisation et la différenciation territoriale dans nos politiques publiques ?
La parole est à Mme la ministre déléguée chargée de la ville. Être responsable, c’est travailler avec l’ensemble des élus pour apporter des solutions locales susceptibles de rendre le vœu de la différenciation concret. Et c’est exactement ce qu’a fait la ministre Jacqueline Gourault, qui vous prie de l’excuser pour son absence, en menant, depuis deux ans, une concertation avec les élus autour du projet de loi 3DS dont vous débattez en ce moment même. C’est un texte centré sur les besoins opérationnels, concrets, de terrain ; il répond à une demande forte et unanime, celle de ne pas remanier le Meccano institutionnel, de ne pas refondre la carte des collectivités – en d’autres termes, de laisser les élus travailler, de les soutenir et de les accompagner.
La décentralisation des routes nationales n’est pas achevée ; nous proposerons de décentraliser plus de 10 000 kilomètres de routes, ce qui représente 50 % du réseau national.
Avec quel financement ? La loi relative à la solidarité et au renouvellement urbains, dite SRU, essentielle pour la construction de logements sociaux, expire en 2025 ; nous proposons de la pérenniser, sans limitation de durée, tout en lui donnant la souplesse nécessaire pour s’adapter intelligemment aux contraintes particulières de certaines communes.
Les élus souhaitent être mieux associés aux décisions des ARS : ils disposeront désormais de trois sièges de vice-président sur quatre dans les futurs conseils d’administration des ARS.
Certains départements nous ont demandé que l’État prenne en charge le financement du RSA, afin de se concentrer sur leur mission d’insertion des bénéficiaires ; ce n’est pas une recentralisation, mais un acte de solidarité et de différenciation, qui permet de répondre aux attentes particulières des départements. Nous l’expérimenterons dès 2022, le Premier ministre s’y est engagé.
Voilà quelques illustrations des apports du projet de loi que vous examinerez bientôt en séance publique ; nul doute qu’il en sortira enrichi de vos propositions.
(Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes LaREM et Dem.)
La parole est à M. Laurent Garcia. Madame la ministre de la culture, la France a été la première à transposer l’article 15 de la directive sur le droit d’auteur et les droits voisins dans le marché unique numérique avec l’adoption à l’unanimité, en 2019, de la proposition de loi de Patrick Mignola, créant un droit voisin au profit des agences de presse et des éditeurs de presse. Cet été, deux ans après la promulgation de ce texte, le groupe Mouvement démocrate (MODEM) et démocrates apparentés a créé une mission d’information sur l’application du droit voisin au bénéfice des agences, des éditeurs et des professionnels du secteur de la presse, ou plutôt sur son inapplication.
Madame la ministre, les plateformes numériques ne peuvent plus se cacher derrière le prétexte qui consiste à dire aux éditeurs : « Estimez-vous heureux que nos services d’actualité vous offrent gracieusement une tribune, du trafic et des revenus. » Pourquoi les GAFAM – Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft – cachent-ils obstinément les montants issus de l’exploitation des contenus de presse ? Pourquoi les cachent-ils même lors de négociations protégées par le secret, même face à une amende de 500 millions d’euros prononcée par l’Autorité de la concurrence ? Quand il s’agit d’apprécier les revenus directs et indirects tirés de l’exploitation des contenus, les négociations butent sur la rétention d’information systématique et avérée de plusieurs GAFAM. Les éditeurs, agences et professionnels de la presse sont impuissants face à une conduite qui s’apparente à un abus de position dominante.
À défaut d’un accord trouvé dans un délai de six mois, la loi que nous avons votée prévoit la possibilité pour les parties à la négociation de saisir une commission placée sous l’autorité d’un représentant de l’État. À défaut de solution de compromis trouvée entre les parties, la commission est chargée de rendre sa décision dans un délai de quatre mois.
En attendant les conclusions de la mission que j’ai l’honneur de rapporter aux côtés de la présidente Virginie Duby-Muller, comment le Gouvernement agit-il pour soutenir nos entreprises et leur organisme de gestion collective récemment créé, et pour accroître la transparence des données ? La présidence française de l’Union européenne devra aussi être l’occasion de consolider le droit voisin.
(Vifs applaudissements sur les bancs du groupe Dem.) Excellent ! La parole est à Mme la ministre de la culture. La reconnaissance du droit voisin est une grande avancée démocratique. Elle permet aux journaux, aux magazines et aux agences de presse de recevoir une juste rémunération quand leurs contenus sont réutilisés par les plateformes. Vous avez eu raison de rappeler le rôle essentiel de la France dans cette conquête démocratique puisque notre pays en a été le fer de lance dans les textes européens. Vous avez rappelé la loi du 24 juillet 2019 qui a concrétisé ces progrès dans la législation nationale. Merci pour le travail que vous avez effectué, vous et le président Mignola !
Nous avons le texte, il faut maintenant le rendre effectif. Encore une fois, il y a loin de la coupe aux lèvres entre la loi et son application. On ne peut que regretter que des négociations aient été menées de manière parfois déloyale – disons le mot – entre les plateformes et les éventuels ayants droit. La décision de l’Autorité de la concurrence du 12 juillet dernier, très claire, a stigmatisé cet état de fait. C’est la raison pour laquelle j’ai invité les différentes parties prenantes à reprendre les négociations. Comme nous l’avons constaté récemment, certaines ont été concluantes. Néanmoins, les négociations n’aboutissent pas dans deux secteurs particulièrement importants : l’alliance de la presse d’information générale et le syndicat des éditeurs de la presse magazine. J’interviens donc en appui de ces organisations pour que les négociations puissent être menées le plus rapidement possible, puisque les délais sont en train de s’épuiser.
Bien entendu, si on en était réduit à des procédures contentieuses – ce qui serait regrettable –, j’accompagnerais les ayants droit. Enfin, nous serons comme d’habitude aux côtés des organes de presse – qui sont absolument indispensables – pour que leurs droits soient finalement reconnus.
(Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes LaREM et Dem.) Bravo, madame la ministre !