XVe législature
Session ordinaire de 2021-2022

Séance du mardi 14 décembre 2021

La parole est à M. Ugo Bernalicis. Trois mille : c’est le nombre de magistrats qui ont signé une tribune le mois dernier à la suite du suicide d’une de leurs collègues, pour alerter sur le manque de moyens dans l’institution judiciaire. Aujourd’hui, ils sont plus de 7 000 à avoir signé cette même tribune, sur les 9 000 magistrats que compte le pays. C’est « historique » et je m’énerve par avance de la réponse que va nous donner le garde des sceaux, qui nous parlera, dans ses éléments de langage, des 8 % d’augmentation de son budget en 2022, etc.
Je m’interroge. Vous, monsieur le garde des sceaux, qui avez rencontré les magistrats qui ont les mains dans le cambouis, vous qui connaissez la justice charnellement, intimement, vous semblez découvrir les audiences de nuit, la justice d’abattage des comparutions immédiates. Or vous ne pouvez pas dire que vous êtes étonné par la situation, vous, le grand avocat.
Vous avez terminé ? Il n’y a pas de question ! Quelle est la question ? La parole est à M. le garde des sceaux, ministre de la justice. Je répondrai donc à cette brève question. Tout d’abord, je constate que vous me faites dire des choses que je n’ai pas dites, mais je suis habitué à cela de votre part.
J’ai entendu les acteurs du monde judiciaire qui expriment leur mal-être. Je les ai écoutés, les ai entendus, les ai reçus à la chancellerie et je les rencontre tous les jours dans mes déplacements. Mieux, je les invite à faire entendre leur voix dans le cadre de cet exercice tout à fait particulier que sont les états généraux de la justice. Ces états généraux sont faits pour cela, ils permettront de dégager des propositions pour améliorer la justice de ce pays pour nos concitoyens, pour les magistrats, les greffiers, les avocats, les agents pénitentiaires, les services administratifs.
Ma réponse à votre brève question n’est pas encore tout à fait terminée. Il est vrai que nous aurions pu durant ce quinquennat recruter plus de 650 magistrats et 870 greffiers. Il est vrai que nous aurions pu durant ce quinquennat augmenter de plus de 33 % le budget du ministère de la justice.
(Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes LaREM et Agir ens. – M. Erwan Balanant applaudit également.) Il est vrai que nous aurions pu durant ce quinquennat augmenter le budget des services judiciaires autant que ce que la gauche et la droite réunies ont fait en dix ans. (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes LaREM et Dem.) Il est vrai que nous aurions pu durant ce quinquennat augmenter drastiquement l’aide juridictionnelle. La vérité, monsieur Bernalicis, c’est que tout cela, nous l’avons fait, et que c’est cette majorité qui l’a fait. (Applaudissements sur de nombreux bancs des groupes LaREM et Dem.)
Le problème, c’est qu’avec vous, c’est la politique du crocodile : une très grande bouche, de tout petits bras. (Mêmes mouvements. – Exclamations sur les bancs du groupe FI.) La parole est à M. Ugo Bernalicis. Quelle morgue, quel mépris (Exclamations sur plusieurs bancs du groupe LaREM) , mais on finit par s’y habituer. Leur voix, monsieur le ministre, les magistrats la font entendre en dehors des états généraux de la justice. Ils la feront entendre demain dans tout le pays, notamment ici à Paris, dans leur manifestation devant Bercy, car ce sont bien les moyens qui manquent à l’institution judiciaire.
Vous êtes un maroufle.
(Exclamations sur de nombreux bancs des groupes LaREM et Dem.) La pluie de soutiens, de la conférence des procureurs, de la conférence des procureurs généraux, de la Cour de cassation, du Conseil supérieur de la magistrature, vous ne pouvez la nier. Elle traduit votre incompréhension, vous qui poursuivez, après Mme Belloubet, un modèle de justice qui considère tout cela comme de la gestion de flux. La précarisation que vous perpétuez est précisément ce que dénonce la tribune des magistrats. Vous ne le comprenez pas et pourtant une justice maltraitée est une justice maltraitante.
Comme le disait ma grand-mère avec le bon sens des gens du Nord : grand diseux, petit faiseux.
La parole est à M. le garde des sceaux. Je ne veux pas répondre aux injures mais je rappellerai que ce budget en nette augmentation, monsieur Bernalicis, vous ne l’avez pas voté ! (Applaudissements sur de nombreux bancs des groupes LaREM, Dem et Agir ens.)
La parole est à Mme Constance Le Grip. Abject, honteux, révoltant, lâche. La consternation, la colère, la tristesse se sont emparées de nous et de nombre de nos compatriotes devant l’intolérable dégradation du Mont Valérien, du mémorial de la France combattante, que nous avons découverte hier matin avec indignation et dégoût. (Applaudissements sur tous les bancs.)
La salissure, la souillure, la profanation, oui, la profanation de ce haut lieu, de ce lieu sacré de la mémoire de la France nous touche en plein cœur et c’est la nation assemblée qui s’indigne et condamne avec la plus grande fermeté cette insulte ignominieuse à nos héros, nos combattants, nos Résistants, tombés pour la libération de notre pays.
Le mémorial de la France combattante situé au Mont Valérien dans les Hauts-de-Seine, inauguré par le général de Gaulle en 1960, est un sanctuaire, un lieu de recueillement, d’hommage et de mémoire. Il y a tout juste quelques semaines y entrait pour son ultime repos Hubert Germain, le dernier compagnon de la Libération.
Devant une telle honte nationale, devant tant de bêtise crasse et haineuse,…
Elle a raison ! …devant tant de négation de ce que fut la grandeur de la France durant les années sombres, il faut inlassablement répéter l’importance de ce devoir de mémoire, l’urgence vitale de l’enseignement de l’histoire de France, la nécessité absolue et vitale de combattre toute expression totalitaire et obscurantiste.
Le Président de la République, les membres du Gouvernement ont immédiatement annoncé que les auteurs de cette souillure seraient recherchés puis jugés. Nous appelons à une totale diligence de nos forces de sécurité pour identifier et retrouver les auteurs de cette souillure. Nous appelons au prononcé de sanctions très sévères. Monsieur le Premier ministre, où en est actuellement l’enquête ?
(Applaudissements sur les bancs du groupe LR et sur plusieurs bancs des groupes LaREM et Dem. – Mme Josette Manin applaudit également.) La parole est à Mme la ministre déléguée chargée de la mémoire et des anciens combattants. Je partage votre indignation et votre colère. Ma colère était très froide, hier, face à tant de bêtise, face à une telle ignorance de l’histoire ainsi que de la mémoire des Résistants, des otages, des 1 008 fusillés et des combattants de la France libre présents dans la crypte du Mont Valérien, où Hubert Germain, notre dernier compagnon de la Libération, est inhumé depuis le 11 novembre.
J’ai été révoltée par le fait que cet ensemble ait été souillé mais également par ce qui était inscrit, la calligraphie, qui, dans ce contexte, est absolument effroyable. À notre époque où les discours de haine, les discours clivants amènent notre société à de tels actes symboliques, les étoiles jaunes, les « SS » au bout du mot « passe », tout cela est révoltant. Plus que jamais, nous avons besoin, auprès de la jeunesse, de travailler avec insistance autour des valeurs mémorielles de la France combattante,…
Oui, mais sur l’enquête ? …autour de ce qu’ont apporté ces femmes et ces hommes qui se sont battus pour notre liberté, pour notre démocratie, pour notre République.
Je partage et nous partageons tous ici votre indignation.
Où en est l’enquête ? J’ai porté plainte hier. L’enquête a démarré. Je n’ai pas pour l’instant d’éléments, vous le comprendrez puisque nous sommes à quelques heures du dépôt de plainte. Je vous en donnerai dès que nous en aurons. Dans tous les cas, je souhaite que les sanctions les plus sévères soient prononcées contre les individus qui ont commis ces actes ignobles. (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes LaREM et Dem.)
La parole est à M. Philippe Vigier. Chacun connaît, monsieur le Premier ministre, le lien singulier entre la Nouvelle-Calédonie et la France. Nous avons tous en tête le drame d’Ouvéa, les accords de Matignon de votre prédécesseur Michel Rocard, et ce processus de trente années qui a conduit en 1998 aux accords de Nouméa, avec un statut d’autonomie envisagé. Depuis lors, trois consultations référendaires ont été organisées ces quatre dernières années.
Les Calédoniens ont voté le week-end dernier et ils ont dit leur attachement à la France, à la patrie France. C’est une belle nouvelle pour nous mais qui exige de notre part. C’est une belle nouvelle parce que nous avons la chance d’avoir une façade maritime extraordinaire, la deuxième au monde, grâce aux départements et territoires d’outre-mer, avec leurs richesses culturelles, économiques, géostratégiques.
Mais un Calédonien sur deux n’est pas allé voter. Il faut donc retrouver le chemin de l’unité, le chemin de la confiance, retrouver un schéma institutionnel puisqu’en juillet 2023 on devra proposer, vous le savez, un nouveau modèle institutionnel pour les Calédoniens.
J’aimerais savoir la méthode que le Gouvernement va employer, et vous singulièrement, puisque Lionel Jospin, Édouard Philippe, Michel Rocard que je citais à l’instant, ont tous été des artisans importants des accords passés. Donnez-nous votre méthode, votre calendrier, et dites-nous si plus de souveraineté est envisageable pour les Calédoniens, qui ont réaffirmé avec cœur leur attachement à la patrie française. Ils seront encore plus fiers d’être français demain, comme nous serons encore plus fiers qu’ils soient heureux dans la République française.
(Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes LaREM et Dem.) Excellent ! La parole est à M. le Premier ministre. Merci de me poser cette question sur un événement très important qui s’est déroulé dimanche dernier et qui a marqué la fin de ce que nous appelons le processus des accords de Nouméa. Vous l’avez dit, en vertu de ce processus, à trois reprises les Calédoniens ont été interrogés sur le futur qu’ils voulaient pour leur île, à deux reprises sous mon gouvernement, dont dimanche dernier. À trois reprises, et je m’en réjouis, ils ont manifesté leur volonté de rester dans le giron de la République française. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LaREM. – M. Cyrille Isaac-Sibille applaudit également.) Très bien ! Vous me permettrez en premier lieu de souligner l’impartialité, l’excellence et la sérénité de ces consultations référendaires. Jamais, je le précise, la date n’a fait l’objet d’un parfait consensus. Elle a toujours été contestée mais chaque fois, y compris cette fois-ci où plusieurs formations avaient appelé à ne pas participer au vote, les maires, quelles que soient leurs tendances politiques, ont veillé à l’exécution des opérations électorales de manière extrêmement calme et digne. C’est un point qu’il faut mettre au crédit de l’ensemble des acteurs.
Qu’allons-nous faire aujourd’hui, avec quelle méthode ? Telle est votre question. Je rappelle qu’avec Sébastien Lecornu nous avions anticipé cette échéance, c’est-à-dire la préparation de l’après-troisième référendum. J’ai invité à Paris, fin mai, début juin, l’ensemble des délégations ; la plupart ont voulu venir, sauf une. C’est d’ailleurs à partir de cette séquence que la date du troisième référendum a pu être arrêtée. Nous nous sommes mis d’accord pour que, quel que soit le résultat de la consultation référendaire, soit repris ce qui est toujours la même méthode depuis Michel Rocard, Lionel Jospin, les différents Premiers ministres qui ont eu en charge ce dossier, à savoir la voie du dialogue.
Il y a beaucoup de sujets à évoquer : les questions juridiques et institutionnelles, celle du nickel, celle du développement économique de l’île, celle aussi de l’influence dans cette zone du Pacifique extrêmement importante pour la France. Sébastien Lecornu, qui était sur place à la demande du Président de la République et à ma demande, y est toujours pour discuter avec l’ensemble des partis de la mise en place de cette méthode, sur la base des orientations arrêtées à Paris en juin. Seul le dialogue nous permettra de construire un avenir pour la Nouvelle-Calédonie dans la paix et la sérénité.
(Applaudissements sur quelques bancs des groupes LaREM et Dem.)
La parole est à M. Jean-Michel Clément. Ma question s’adresse à M. le ministre de l’éducation nationale. La cinquième vague de covid-19 frappe notre pays, suscitant une inquiétude nouvelle et forte à l’endroit de nos écoles où les taux d’incidence augmentent fortement. Depuis deux ans, nous avons acquis la certitude que la contamination par aérosol joue un rôle majeur, et que l’aération et la ventilation ont donc un caractère essentiel. Pourtant, s’il y a un lieu où la ventilation est négligée, alors qu’elle devrait être une priorité, ce sont bien les écoles.
L’installation des équipements d’aération se fait au compte-gouttes : seulement 20 % des écoles sont dotées de capteurs de CO2, et combien sont équipées de purificateurs ? Vous dites qu’ils ne sont pas des solutions miracles. Certes, cela n’existe pas, mais dans certains établissements, il n’est même pas possible d’ouvrir les fenêtres. Les outils d’aération sont cruciaux pour maintenir les écoles ouvertes et éviter qu’elles ne deviennent des lieux de contamination. Le seul dépistage ne suffit pas ; c’est la prévention qu’il faut renforcer.
Faute de volonté politique, vous renvoyez la balle aux collectivités. Ce n’est pas acceptable, alors qu’elles font face à d’importants surcoûts matériels et d’organisation liés à la crise sanitaire. À l’exception des plus aisées, elles n’ont pas la capacité d’engager seules de telles dépenses. Nous vous avons alerté à de multiples reprises, en vain. Il y a plusieurs mois, vous vous étiez dit prêt à aider les collectivités, mais sans davantage de détails.
Vous évoquez une enveloppe de 20 millions d’euros, mais où est passée cette aide, dont on sait en outre qu’elle sera insuffisante ? Pouvez-vous nous dire combien d’écoles ont été soutenues pour installer les équipements de ventilation nécessaires ? Allez-vous augmenter la dotation prévue, compte tenu de la vigueur de l’épidémie chez les enfants ?
La parole est à M. le ministre de l’éducation nationale, de la jeunesse et des sports. Votre intervention a le mérite de rappeler les points importants afin de maintenir les écoles ouvertes. Il faut bien sûr redire que la vaccination et la politique de tests sont absolument essentiels dans la lutte que nous menons. Permettez-moi d’indiquer que selon le comptage de vendredi dernier, 3 200 classes étaient fermées dans toute la France, soit un chiffre qui reste raisonnable par rapport à l’ensemble.
Vous avez raison : les gestes barrières – et ce que recouvre cette appellation – représentent le troisième pilier de la lutte contre le virus. C’est parce que nous avons réussi à les faire respecter dans les écoles de France que nous avons pu traverser la crise l’an dernier en maintenant les écoles ouvertes. C’est encore le cas aujourd’hui, et c’est aussi la raison pour laquelle j’affirme souvent que les établissements scolaires sont des lieux où on se protège davantage que dans d’autres endroits, parce que le port du masque y est respecté, que les gestes barrières y sont enseignés et qu’ensuite, les enfants sont les ambassadeurs de ces gestes dans le reste de leur vie – n’oublions pas qu’ils se contaminent souvent davantage à l’occasion d’autres activités sociales.
Parmi les gestes barrières, figure l’aération régulière des pièces. Rien ne remplace le fait d’ouvrir les fenêtres dix minutes toutes les heures. Cela fait partie des consignes qui ont été rappelées dans le cadre du renforcement du protocole sanitaire que nous prônons.
En matière d’équipements d’aération, il faut distinguer les capteurs de CO2 et les purificateurs d’air. J’ai toujours dit que les premiers étaient nécessaires. Équiper les écoles est une compétence des collectivités locales, personne ne peut le nier. Ces dernières peuvent en acheter, et elles le font. J’ai dit que nous soutiendrions celles qui n’arriveraient pas à en acheter, et nous l’avons fait : une circulaire a été prise il y a plusieurs mois, et un fonds de 20 millions d’euros a été constitué. Ce dernier n’est pas épuisé au moment où je vous parle, et nous avons prolongé la possibilité de recourir au fonds jusqu’au mois de mars – s’il le faut, nous l’abonderons.
Nous intervenons donc en soutien, comme nous le faisons concernant les purificateurs d’air. La semaine dernière, la ministre déléguée auprès du ministre des solidarités et de la santé, Brigitte Bourguignon, vous expliquait que plusieurs éléments doivent être pris en compte concernant les purificateurs d’air – je manque de temps pour entrer dans les détails. Un certain discernement est nécessaire. Oui, il y a une politique…
Merci, monsieur le ministre…
La parole est à Mme Anne-Laure Cattelot. Ma question s’adresse à M. le garde des sceaux. La justice de notre pays est précieuse. Elle est garante de nos droits et libertés, mais elle est avant tout un service public, présent tant pour protéger les plus fragiles que pour affronter les moments difficiles. La justice a ses grands serviteurs, des hommes et des femmes dévoués pour la faire fonctionner, même quand le mécanisme est grippé par des décennies de sous-investissement.
À entendre certains responsables politiques, un coup de baguette magique suffirait pour obtenir de nouvelles places de prisons, des recrutements par milliers et le raccourcissement des délais de traitement
(Exclamations sur plusieurs bancs du groupe LR), alors qu’ils ont fait si peu quand ils étaient aux responsabilités. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LaREM.) Dans cette majorité, nous le savons bien : pour la justice, il faut des moyens massifs, des euros sonnants et trébuchants ; en un mot, du concret. Ce ne sont pas moins de 2,2 milliards d’euros supplémentaires qui ont été attribués à la justice pendant ce mandat – cela avait commencé avec votre prédécesseure, Nicole Belloubet, que je salue.
Voilà qui donne un horizon, un vrai. Mais à force d’années de mauvais traitement, on finit par perdre le sens même de sa mission, de ce travail quotidien que l’on aime tant. C’est le cas des magistrats, des greffiers, des agents pénitentiaires et des nombreux professionnels de justice qui vous ont interpellé, notamment dans des tribunaux de proximité comme ceux de Cambrai ou d’Avesnes-sur-Helpe, que vous connaissez si bien. Ils me disent entendre ce soutien inédit de votre part
(Exclamations sur plusieurs bancs du groupe LR) Quel aveuglement ! …et, en même temps, ils ont du mal à voir le bout du tunnel de leurs galères (Nombreuses et bruyantes interruptions sur les bancs des groupes LR et FI) Un peu de calme, s’il vous plaît. …et des dysfonctionnements du quotidien auxquels ils remédient coûte que coûte. Je sais que vous les avez reçus, et que vous les rencontrez au gré de vos déplacements dans les juridictions, dans le cadre des états généraux de la justice. Cette instance de dialogue constitue une voix d’expression directe pour tout le personnel judiciaire, les forces de l’ordre et les associations, mais aussi les citoyens. L’objectif est de faire en sorte que la justice soit plus proche, plus accessible et plus efficace.
Monsieur le garde des sceaux, je vous le dis : vous êtes chaleureusement attendu dans le ressort qui vous a vu prêter serment
(Exclamations sur plusieurs bancs LR) , à Avesnes-sur-Helpe, dans cette terre du Nord qui vous est chère, pour échanger et débattre de toutes ces questions. Venez y faire le serment de la reprise de sens de la justice. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LaREM. – M. Brahim Hammouche applaudit également.) Merci, madame la députée. Je rappelle que chaque député est libre de poser la question qu’il souhaite. (Exclamations sur les bancs du groupe LR.)
La parole est à M. le garde des sceaux, ministre de la justice. Madame la députée Cattelot, en ce qui me concerne, j’apprécie beaucoup les mots que vous avez eus à mon égard. (Rires et exclamations sur les bancs des groupes LR et FI. – Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LaREM.) C’est un passe-plat ! Vous le savez, je partage également tous les mots que vous avez prononcés sur la justice, car la justice, c’est évidemment notre pacte social. (Exclamations sur les bancs du groupe LR.) Il faut la respecter, et il faut naturellement apporter aux magistrats, aux greffiers et aux personnels une reconnaissance sonnante et trébuchante (M. Ugo Bernalicis s’exclame vivement) , pour reprendre votre expression.
Disons-le clairement : depuis de nombreuses années, l’abandon a atteint un niveau inégalé. Il est le fait tant de la droite qui hurle à cet instant, que de la gauche. Je vais vous donner un exemple très concret que vous connaissez, celui du budget des services judiciaires. La majorité – elle peut en être fière – et le Gouvernement ont fait en un seul quinquennat ce que droite et gauche ne sont pas parvenues à faire en dix ans.
(Exclamations sur les bancs des groupes LR et FI. – Applaudissements sur quelques bancs du groupe LaREM.) On vous entendait moins à droite lorsque le nombre de magistrats avait diminué de 140 ; et moins à gauche, lorsque le budget de la justice était de l’ordre de 1 % du budget total de l’État. (Exclamations sur les bancs du groupe SOC.)
Je voudrais revenir sur deux annonces qui ont été faites hier. Après avoir atteint les objectifs de la LPJ – la loi de programmation 2018-2022 et de réforme pour la justice –, la prochaine promotion de l’École nationale de la magistrature, la plus grande de l’histoire de l’école,… Allez ! …sera de 380 auditeurs de justice, et 80 places seront attribuées pour le concours supplémentaire (M. Sacha Houlié applaudit) , soit un total de plus de 460 magistrats. Enfin, je vous le confirme avec le plus de clarté possible : oui, les postes ont été créés dans le cadre de la justice de proximité (Exclamations sur plusieurs bancs du groupe LR – M. Ugo Bernalicis s’exclame bruyamment) ;… Ça suffit ! Vous arrêtez ou la prochaine fois je vous sanctionne ! …et j’indique à la représentation nationale que ces postes seront pérennisés. (Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM, Dem et Agir ens.) Je vous demande de cesser les cris. La prochaine fois, ils feront l’objet d’un rappel à l’ordre inscrit au procès-verbal.
La parole est à M. Philippe Gosselin. Monsieur le Premier ministre, souvenez-vous : en 2017, votre Gouvernement nous promettait un monde nouveau. Il devait moderniser la vie politique, en finir avec les pratiques iniques,… Réduire le chômage ! …corriger les défaillances de notre démocratie – rien que cela. Cinq ans plus tard, il faut bien le dire : ce nouveau monde nous paraît pire que l’ancien. Finalement, votre majorité reproduit, et même accentue, tous les travers politiques qu’elle dénonçait hier. Eh oui ! Vous transmettrez nos amitiés à M. Claude Guéant ! Depuis septembre, le Président de la République fait campagne matin, midi et soir. Avec le chéquier de la France, il multiplie les dépenses électoralistes à mesure que la présidentielle se rapproche. Certes, cela n’est pas totalement nouveau, mais on ne l’avait jamais vu dans des proportions pareilles. Depuis l’été, on note quarante-deux annonces supplémentaires et 45 milliards de dépenses inconnues et rarement financées. Jamais on n’a connu un tel degré d’irresponsabilité budgétaire. Comme cela ne suffit pas, on découvre que le Président de la République profite de son statut pour faire campagne à bon compte et à grand renfort de battage médiatique. M. Gosselin a raison ! L’émission qui sera diffusée demain soir est bien une émission de campagne, ni plus ni moins. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LR. – M. Pascal Brindeau applaudit également.) Personne ne s’y trompe, sauf que le président refuse de s’appliquer à lui-même les règles sur les temps de parole que doivent pourtant respecter tous les autres candidats.
Comment accepter que le président puisse lui-même se soustraire délibérément à la règle commune, et mener une campagne qui n’en porte pas le nom, qui plus est, financée par l’ensemble des Français ? Monsieur le Premier ministre, allez-vous prendre vos responsabilités et saisir le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) afin que cette émission du Président de la République soit décomptée de son temps de parole ?
(Applaudissements sur les bancs du groupe LR. – M. Pascal Brindeau applaudit également.) La parole est à M. le secrétaire d’État auprès du Premier ministre, porte-parole du Gouvernement. Monsieur Gosselin, quand on cherche à convaincre les Français, on cherche à leur parler ; pas à empêcher les autres de le faire. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LaREM. – M. Erwan Balanant applaudit également.) Quand on cherche à convaincre les Français, on cherche la cohérence. Vous dites l’exact inverse de ce que vous disiez il y a dix ans, quand vous défendiez à raison la légitimité du président Sarkozy à parler de son action face à la crise, jusque tard en 2012. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LaREM.) Quand on cherche à convaincre les Français, on parle d’eux, de leurs attentes, de leurs inquiétudes ; pas de tambouille politicienne (Exclamations sur les bancs du groupe LR) ou de je ne sais quel artifice pour enfumer le débat.
Mais la réalité, c’est que votre écran de fumée masque bien votre gêne et votre embarras. Cela fait un moment que vous avez arrêté d’essayer de convaincre les Français. Vous cherchez à les dégoûter du débat politique en le tirant vers le bas ;…
Il a raison ! …à les dégoûter de l’action politique en refusant par principe toutes les propositions et toutes les solutions qui sont apportées ; à les dégoûter de l’avenir, en dépeignant tout en noir, en refusant de considérer qu’il puisse y avoir un espoir pour l’avenir. Nous assumons d’être au rendez-vous de la pire crise depuis un siècle et de nous exprimer devant les Français au sujet des mesures que nous prenons. (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes LaREM, Dem et Agir ens. – Exclamations sur les bancs du groupe LR.) Nous assumons d’être au rendez-vous de l’Europe et de lui fixer un cap pour les mois à venir ; nous assumons d’être au rendez-vous de la France,… Un peu de modestie ne nuit pas ! … de recruter les policiers que vous avez licenciés, de baisser les impôts que vous avez augmentés, de sauver les services publics que vous avez voulu liquider. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LaREM.)
Ce quinquennat est un miroir de vos échecs et de vos renoncements. Voilà pourquoi vous êtes gênés quand le Président de la République s’exprime devant les Français, comme il est légitime à le faire. Laissez chacun s’exprimer et, surtout, laisser les Français juger. (Vifs applaudissements sur les bancs des groupes LaREM, Dem et Agir ens.) La parole est à M. Philippe Gosselin. Monsieur le secrétaire d’État, puisque vous parlez de Nicolas Sarkozy, sachez qu’en janvier 2012, son temps de parole a été décompté,… Eh oui ! …et il a été considéré comme présumé candidat par le CSA. Appliquez donc les mêmes règles, puisque vous semblez les ignorer. (Applaudissements sur les bancs du groupe LR.) La parole est à M. le secrétaire d’État. Je vais vous donner une information exclusive : nous sommes en décembre. Et alors ? Nous ne sommes pas encore en janvier. Les règles du CSA sont très claires. (Huées sur les bancs du groupe LR. – Plusieurs députés des groupes LaREM et Dem se lèvent et applaudissent vivement.) Il me reste deux secondes, je veux répondre ! Non ! Vous avez déjà répondu, monsieur Gosselin.
La parole est à Mme Sylvie Tolmont. Plus un jour ne se passe sans que l’on nous remonte de tous les territoires des alertes dramatiques sur un hôpital public qui se désagrège sous nos yeux. Les lits continuent à fermer ; les discontinuités des services d’urgence s’accentuent partout ; le personnel reste tragiquement en pénurie dans tous les services. Pendant ce temps, vous répétez en boucle gestion du passif, Ségur de la santé et numerus clausus. Ce prétendu passif a pourtant permis, sous le quinquennat de François Hollande, le retour à l’équilibre du régime général de la sécurité sociale pour la première fois depuis 2001, en ramenant le déficit de 17,5 milliards en 2012 à 400 millions en 2017, ne l’oubliez pas.
Aujourd’hui, nous sommes sur le Titanic. Alors que je vous alertais ici même en octobre sur l’état de délabrement des services d’urgence sarthois, le pire est malheureusement advenu avec plusieurs événements graves qui se sont produits en novembre au centre hospitalier de Bailleul, dans ma circonscription.
Pour les patients, le risque vital n’est plus une simple hypothèse : c’est une réalité mortifère. Vous naviguez à vue, alors qu’un plan d’urgence est nécessaire pour réorganiser l’hôpital et sa gouvernance, pour le recentrer sur les soins et la santé publique et pour revoir les politiques de ressources humaines ainsi que les modalités de tarification.
Le Ségur de la santé n’a pas éteint les revendications des soignants car la perte d’attractivité de leur métier n’est pas seulement financière. La pénurie de personnel s’étend au-delà des médecins. Où sont les infirmiers, les aides-soignants qui manquent cruellement pour faire tourner les établissements ? Au centre hospitalier du Mans, ce sont trente postes d’infirmiers qui sont vacants !
Sous le précédent quinquennat, nous avions augmenté les effectifs de la fonction publique hospitalière de 43 000 postes. Vous êtes au pouvoir depuis presque cinq ans : quand allez-vous réagir ?
(Applaudissements sur les bancs du groupe SOC.) La parole est à M. le ministre des solidarités et de la santé. Il y a trois semaines, j’étais à vos côtés dans votre beau département, pas loin du Mans – j’ai bénéficié de votre accueil républicain. Vous m’avez fait part des difficultés rencontrées par votre territoire en matière de désertification médicale. Je vous ai répondu que j’avais conscience du problème, madame la députée : nous le savons, vous et moi, nous en connaissons les causes et nous allons travailler ensemble pour trouver des solutions.
Nous nous sommes ensuite rendus dans le centre de cancérologie de la Sarthe, qui est flambant neuf – il est encore en construction. Si vous avez tendu l’oreille, comme je l’ai fait, vous avez peut-être entendu ce que disaient les directeurs et surtout les médecins présents sur place : « L’hôpital-bashing, ce n’est pas notre truc, nous sommes en train d’innover parce que nous voulons nous en sortir par le haut. »
Je ne fais pas de bashing ! Ils le disent : c’est en innovant qu’ils parviennent à attirer les médecins qui reviennent dans leur territoire.
Oui, c’est difficile, ont-ils dit, mais en ajoutant qu’ils croient en l’avenir de l’hôpital. On peut comparer nos bilans respectifs, si vous le souhaitez. Vous avez factuellement raison quand vous dites que le déficit de la sécurité sociale s’est résorbé lors du quinquennat précédent, mais il y a une réalité qui ne vous aura pas échappé et qui a marqué le présent mandat : celle de la crise sanitaire.
(Protestations sur les bancs du groupe SOC. – Applaudissements sur quelques bancs du groupe LaREM.) Bravo ! Je le revendique : le Gouvernement et la solidarité nationale ont permis de payer les vaccins et les tests pour tous les Français sans reste à charge, et les Français ont pu être pris en charge en réanimation sans avoir besoin de présenter leur carte Vitale. Tout cela, évidemment, a un coût pour la nation, mais c’est un coût utile, car il permet de soigner et de sauver des vies.
Enfin, nous pouvons trouver des solutions territoriales grâce au plan d’investissement du Ségur de la santé. Il n’y a ni droite ni gauche : il n’y a que de l’argent public, mis à la disposition de 3 000 hôpitaux et EHPAD de notre pays pour encourager les soignants à tenir bon en leur disant que nous sommes à leurs côtés. Nous avons augmenté leurs salaires ; quant à vous, vous n’avez pas voté la mesure et c’est votre choix.
Vous utilisez l’image du Titanic. Mais j’ai envie de vous dire que les marins – les soignants – sont encore à bord : ils sont en difficulté, ils rament mais ils tiennent bon la barre. Vous, vous continuez à jouer de la flûte.
(Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM et Dem.) La parole est à Mme Sylvie Tolmont. Je suis désolée mais vous ne répondez pas à ma question. Je vous parle de la pénurie de médecins, de soignants, d’infirmiers et d’aides-soignants que subissent nos hôpitaux : que répondez-vous à cela, s’il vous plaît ?
La parole est à M. Stéphane Vojetta. Ma question s’adresse également à M. Olivier Véran, ministre des solidarités et de la santé. Près de deux ans après le début de la pandémie, une grande partie de la population française observe avec inquiétude les contaminations de la covid-19 atteindre des niveaux inédits, puisque le chiffre de 50 000 nouveaux cas quotidiens a été dépassé le 11 décembre dernier. C’est d’autant plus préoccupant que le nouveau variant omicron commence à peine à se répandre sur le territoire national et que sa dangerosité est à ce stade encore mal connue.
Fort heureusement, la stratégie vaccinale de la France, soutenue par l’action du Gouvernement sous l’impulsion du Président de la République, nous permet d’aborder la nouvelle vague plus sereinement. On ne peut en effet que se réjouir de voir que la France compte parmi les pays les plus vaccinés en Europe et dans le monde. Cependant, il est désormais avéré que les personnes ayant complété leur schéma vaccinal devront recevoir une dose supplémentaire du vaccin contre la covid-19, si nous voulons maintenir une protection optimale de notre population et ainsi éviter de mettre notre système hospitalier sous pression.
Dans ce contexte, pouvez-vous rassurer les Français et la représentation nationale quant à la capacité de la France à administrer les doses de rappel qui permettront de protéger nos populations les plus fragiles et les plus exposées ? En outre, sommes-nous capables de convaincre ces populations fragiles de demander leur dose de rappel ? Ne devrions-nous pas, pour suivre les recommandations de la Haute Autorité de santé (HAS), accélérer aussi la vaccination des plus jeunes, en particulier celle des enfants âgés de 5 à 12 ans ?
Par ailleurs, vous savez sans doute que les centaines de milliers de Français établis à l’étranger rentreront en France pour les fêtes de fin d’année, afin de retrouver leurs proches. Ces Français de l’étranger, en particulier ceux âgés de plus de 65 ans, pourront-ils rentrer en France à Noël avant d’avoir reçu une dose de rappel dans leur pays de résidence ? Et, le cas échéant, pourront-ils bénéficier de cette dose de rappel sur le territoire national, comme cela avait été le cas l’été dernier ?
(Applaudissements sur quelques bancs du groupe LaREM.) La parole est à M. le ministre des solidarités et de la santé. Je n’ai que deux minutes pour vous répondre : je ne pourrai pas tout aborder. Il semble que notre pays ait atteint un pic épidémique très élevé – 50 000 contaminations par jour désormais –, le plus élevé que nous ayons connu depuis le début de la pandémie.
Je ne peux pas encore vous dire si la courbe va diminuer une fois le pic passé, ce qui serait évidemment une nouvelle rassurante, ou si nous resterons sur un plateau, ce qui ne serait pas rassurant – chacun peut le comprendre. De la même manière, je peux vous confirmer que ces quinze derniers jours, à mesure qu’augmentait le nombre de contaminations, la charge sanitaire, c’est-à-dire le nombre d’hospitalisations et d’admissions en réanimation, augmentait elle aussi. Elle continuera d’augmenter pendant les deux prochaines semaines et cela commence à peser lourd sur nos hôpitaux, qui sont très mobilisés.
J’ajoute que la vaccination protège ; il ne faut pas avoir la moindre hésitation à ce sujet. J’étais hier à l’AP-HP, plus particulièrement à l’hôpital Cochin : sur les huit patients présents dans l’unité de réanimation que j’ai visitée, sept n’étaient pas vaccinés, notamment deux femmes enceintes. Je le dis devant la représentation nationale parce que j’ai promis aux réanimateurs que je le ferais : les femmes enceintes qui hésitent à se faire vacciner se mettent en danger. Il y en a un certain nombre en réanimation et je peux vous dire que pour les équipes médicales, c’est probablement encore plus difficile à vivre que le reste des soins qu’ils apportent à des milliers de Français. Le patient vacciné qui se trouvait en réanimation était quant à lui porteur d’une greffe de rein, sous traitement immunosuppresseur : il n’était donc pas suffisamment protégé par le vaccin. Vaccinez-vous !
Je le dis aussi aux Français qui disposent d’un faux passe ou qui se font passer pour des personnes vaccinées : ils se mettent en danger. Ils doivent aller voir leur médecin pour lui dire qu’ils ont changé d’avis et qu’ils veulent se protéger. C’est absolument fondamental.
J’ai fixé un objectif très ambitieux, monsieur le député : 20 millions de doses de rappel devaient être administrées d’ici Noël. Je peux vous dire que ce sera fait avant Noël
(Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM) et que nous serons en capacité de vacciner toutes celles et ceux qui doivent l’être en temps et en heure, et même probablement avec quelques jours d’avance, ce qui nous permettra d’intensifier notre politique de rappel. Les dernières données montrent que si la double dose de vaccin est peut-être un peu moins efficace contre le variant omicron, elle protège tout de même à 70 % contre les formes graves ; grâce au rappel de la troisième dose, nous avons toutes les raisons d’espérer que les Français resteront protégés dans la durée. Il y a urgence à avancer et nous sommes à vos côtés. (Mêmes mouvements.)
La parole est à M. Meyer Habib. Monsieur le Premier ministre, le 1er décembre dernier, la France s’est hélas encore une fois déshonorée en votant de façon honteuse et immorale la résolution de l’ONU déniant le lien historique entre le peuple juif et son site le plus sacré à Jérusalem, le Mont du Temple, remettant en question plus de trois mille ans d’histoire juive, mais aussi primo-chrétienne et chrétienne. En 2016, la France avait déjà voté pour islamiser en mosquées le tombeau de Rachel et le caveau des Patriarches. Aujourd’hui, on pousse le délire jusqu’à baptiser le mur des Lamentations « Al-Buraq », en référence à Mohammed, et on fait du mont du Temple, le lieu le plus sacré du judaïsme depuis quatre mille ans, un lieu exclusivement musulman !
Comment la patrie des droits de l’homme, pays des Lumières, peut-il se fourvoyer dans une entreprise négationniste dont le seul objectif est de délégitimer Israël ? Triste coïncidence, nous sommes aujourd’hui le 10 tevet : dans le calendrier juif,…
République laïque ! …c’est l’un des trois jours de jeûne commémorant la destruction du Temple de Jérusalem, et ce depuis deux mille six cent sept ans.
Dois-je vous rappeler que même dans les périodes les plus sombres de leur histoire, des massacres des croisés aux bûchers de l’Inquisition, des pogroms cosaques à la tragédie de la Shoah, les Juifs ont répété : « L’an prochain à Jérusalem » –
L’shana haba’ah b’Yerushalayim ? République laïque ! François-René de Chateaubriand l’avait compris puisqu’il écrivait déjà en 1811, dans Itinéraire de Paris à Jérusalem , à propos du peuple juif : « Il a assisté dix-sept fois à la ruine de Jérusalem, et rien ne peut le décourager ; rien ne peut l’empêcher de tourner ses regards vers Sion. »
Monsieur le Premier ministre, va-t-on remplacer dans la Bible les 669 occurrences de Jérusalem – aussi appelée Sion – par « Al-Qods »,…
Libérez la Palestine ! …alors que Jérusalem n’est pas mentionnée une seule fois dans le Coran ? Libérez la Palestine ! Les marchands du temple vont-ils se transformer en marchands des mosquées ? Quel cadeau de Noël faites-vous à cet Islam conquérant qui a saccagé Palmyre, rasé Nimrod, détruit le monastère Saint-Élie et qui persécute les chrétiens d’Orient dans leur berceau historique ? Je suis triste et en colère, et j’ai écrit au Président de la République à ce propos.
Monsieur le Premier ministre, j’ai fait un rêve : celui de voir la France, comme l’ont fait les États-Unis, reconnaître Jérusalem comme la capitale unifiée de l’État d’Israël. À défaut, pouvez-vous au moins ne plus bafouer l’histoire judéo-chrétienne ?
(Protestations sur quelques bancs du groupe GDR.) La parole est à M. le ministre de l’Europe et des affaires étrangères. Je voudrais apporter quelques précisions sur le fond et sur la forme, concernant la résolution des Nations unies à laquelle vous faites référence. Ce qui compte, c’est que la liberté de religion et de conscience des habitants de Jérusalem soit garantie, ainsi que l’accès permanent, libre et sans entrave aux lieux saints pour les personnes de toutes religions et de toutes nationalités. Ce qui compte, c’est que le statu quo historique prévalant depuis 1967 sur la base d’un accord entre Israël et la Jordanie soit respecté. Ce qui compte, c’est qu’un règlement global, juste et durable de la question de Jérusalem tienne compte des aspirations légitimes des deux parties, israélienne et palestinienne. Oui ! Ce qui compte, c’est que le texte auquel vous faites référence comporte à notre demande l’ensemble de ces éléments, et qu’il n’impose en aucun cas un récit univoque concernant la vieille ville de Jérusalem. Très bien ! Puisque vous avez fait part de vos observations en matière de terminologie, je voudrais préciser que ce qui compte, s’agissant du point précis que vous soulevez quant à l’appellation des lieux saints – le fait que l’appellation arabe « Haram al-Sharif » soit utilisée au lieu du vocable « Mont du Temple-Haram al-Sharif » –, c’est que nous avons obtenu cette année, pour la première fois, que le nom arabe ne figure plus seul dans aucune résolution votée à l’Assemblée générale des Nations unies, y compris dans le texte que vous évoquez. En effet, si le terme « Haram al-Sharif » est cité seul à un endroit de la résolution, c’est à la demande de la Jordanie et en référence à une autre résolution prise par le Conseil de sécurité. Parallèlement – j’attire votre attention sur ce point –, nous avons voté au niveau européen une déclaration faite à l’Assemblée générale des Nations unies, selon laquelle « l’appellation internationale applicable aux lieux saints de Jérusalem est ’’Mont du Temple-Haram al-Sharif’’, et aucune autre. »
J’espère que ces précisions auront permis une clarification et vous aideront à retrouver votre calme à ce sujet.
(Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM et GDR.)
La parole est à Mme Émilie Bonnivard. Samedi, la plupart des 250 stations de sports d’hiver françaises ouvriront. C’est avec beaucoup de soulagement mais aussi d’appréhension que les 120 000 saisonniers travaillant dans ce secteur économique vont démarrer la saison. Oui ! Avec plus de 80 % de pertes de chiffre d’affaires l’hiver dernier et malgré les aides de l’État, les trésoreries de ces entreprises sont aujourd’hui fragiles. Or, à quelques jours de l’ouverture, il existe de vrais risques que vous devez anticiper.
Parmi ceux-ci figurent les obstacles relatifs à la venue des clientèles européennes, qui représentent une part essentielle de la fréquentation de nos stations. Alors qu’aucune homogénéité vaccinale ou sanitaire n’existe au niveau européen et que la France imposera de son côté, à partir du 15 janvier, un passe nécessitant une troisième dose, pouvez-vous nous indiquer si tout Européen dont le statut vaccinal est valide d’après la législation sanitaire de son pays d’origine sera accepté ? Sans cela, vous priverez de fait le secteur d’une partie majeure de son activité.
Absolument ! Très bien ! Je voudrais ensuite soulever un autre point critique : les départs en classes de neige. Très bien ! Ces séjours scolaires sont salutaires pour la socialisation de nos enfants et ils constituent une occasion extraordinaire de faire vivre les valeurs républicaines. Il est donc essentiel que le ministère de l’éducation nationale fasse dès maintenant cesser leurs annulations en chaîne, en donnant aux rectorats des consignes claires. Il y va de la survie des structures dédiées à l’accueil de ces jeunes. Elle a raison ! Que comptez-vous faire à ce sujet ?
Enfin, alors qu’en raison de l’épidémie, des incertitudes fortes perdurent quant au niveau de fréquentation qui sera celui des stations cet hiver, pourquoi ne pas lancer une grande campagne de promotion nationale de la montagne auprès de nos concitoyens ?
(Applaudissements sur les bancs du groupe LR.) Cette filière économique, fruit d’une politique lancée par le général de Gaulle et Georges Pompidou, est l’une des rares dans lesquelles la France est leader mondial ! Sachons la reconnaître, la protéger et la préserver, dans cette période incertaine, comme un héritage précieux. (Mêmes mouvements.) La parole est à M. le ministre délégué chargé du tourisme, des Français de l’étranger, de la francophonie et des petites et moyennes entreprises. Il faut sauver la montagne ! Nous l’avons sauvée, la montagne, l’année dernière, en lui octroyant 6 milliards d’euros d’indemnisation ! Je crois que nous pouvons nous permettre d’être raisonnablement optimistes à son sujet, tout simplement parce que la saison qui s’ouvre a été préparée minutieusement avec les professionnels et les élus des stations de montagne. Le Premier ministre a annoncé il y a quelques semaines les conditions dans lesquelles les stations pourraient ouvrir, grâce à l’utilisation du passe sanitaire. Les Français, comme les étrangers, ne s’y sont d’ailleurs pas trompés : ils plébiscitent les destinations de montagne pour les vacances d’hiver, et c’est heureux – les taux de réservation ont rejoint ceux de 2019.
J’entends les inquiétudes relatives à la cinquième vague. Pour en sortir, il n’y a pas de mystère : il faudra respecter la doctrine du passe sanitaire et prendre les doses de rappel qui s’imposent. Une telle exigence s’applique naturellement à toutes les clientèles, nationale ou européenne, et je veux vous rassurer : tous les pays d’origine des clients européens ont instauré des dispositifs de rappel. C’est le cas en Belgique, aux Pays-Bas mais aussi au Royaume-Uni, où les jeunes enfants peuvent recevoir leur deuxième dose depuis le début du mois de décembre.
Nous nous préparons donc à une belle saison. Nous avons investi des moyens additionnels en matière de promotion touristique et nous avons même invoqué les mânes pour que la neige soit présente – vous l’avez vu, elle est là ! Nous nous projetons tout entiers vers le succès de la saison.
(Applaudissements sur quelques bancs du groupe LaREM.) On a de la neige grâce au Gouvernement ! Formidable ! Vous doutez de tout !
La parole est à M. Jean-Paul Dufrègne et à lui seul ! Madame la ministre de la transformation et de la fonction publiques, alors que les prix flambent et que le pouvoir d’achat est la première préoccupation des Français, M. le ministre de l’économie, des finances et de la relance, Bruno Le Maire, a appelé les entreprises « à prendre leur part de responsabilités » en matière de hausse des salaires.
Pourtant, la semaine dernière, le premier employeur de France a annoncé, par la voie d’Amélie de Montchalin : « Toutes les conditions ne semblent pas aujourd’hui réunies pour une réévaluation immédiate du point d’indice » des fonctionnaires. Les 5 millions d’agents de la fonction publique n’auront connu aucune augmentation de salaire sous ce quinquennat et depuis douze ans, à l’exception de la microrevalorisation de 2016. Les plus chanceux devront se contenter d’un chèque inflation de 100 euros, qui n’est ni suffisant, ni pérenne.
Le constat est édifiant : en vingt ans, le pouvoir d’achat des fonctionnaires a décroché de 20 % par rapport à l’évolution du coût de la vie. Nous assistons à une véritable paupérisation de la fonction publique, qui entraîne une crise des vocations, notamment dans l’éducation nationale et dans les hôpitaux, qui peinent de plus en plus à recruter.
Vous refusez de toucher au point d’indice des fonctionnaires comme vous refusez de rehausser le SMIC pour les salariés du privé. Vous achetez la paix sociale à coups de mesures sectorielles sans ambition.
Alors que l’inflation a atteint 2,7 % sur un an, quand les conditions seront-elles réunies, selon vous, pour le dégel du point d’indice des fonctionnaires et le rattrapage de la perte de salaire qu’ils subissent depuis tant d’années ?
(Applaudissements sur les bancs du groupe GDR.) La parole est à Mme la ministre de la transformation et de la fonction publiques. En 2017, pour améliorer le pouvoir d’achat des fonctionnaires, nous devions faire un choix. Nous pouvions, comme toutes les majorités précédentes, de droite et de gauche, considérer que le seul levier dont nous disposions était le point d’indice et augmenter tous les fonctionnaires du même pourcentage. Le dernier gouvernement de gauche avait choisi cette stratégie, qui s’était traduite par une augmentation de salaire de 5 à 6 euros pour les fonctionnaires de catégorie C, les moins bien rémunérés… Ceux des collectivités locales ! Avec le Président de la République, le Premier ministre et le Gouvernement, nous avons fait un choix différent, que nous assumons : celui d’une mesure qui fait une différence réelle sur la feuille de paie.
Je vous répondrai donc par des éléments concrets. Que verra-t-on, au mois de janvier 2022, sur la feuille de paie des fonctionnaires ? Les 1,2 million d’agents de catégorie C – je le répète, les moins bien rémunérés – de l’État et des fonctions publiques territoriales et hospitalières bénéficieront de hausses de 40 à 100 euros par mois !
(Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM.)
Le Gouvernement a également décidé de financer leur mutuelle santé, aujourd’hui à la seule charge des fonctionnaires, qui sera désormais prise en charge à 50 % par tous les employeurs publics. Dès le mois de janvier, cette mesure se traduira, pour les 2 millions agents de l’État, par 15 euros supplémentaires sur la feuille de paie.
Pour préserver le pouvoir d’achat des Français, nous avons fait le choix, vous l’avez rappelé, de verser une indemnité inflation à un certain nombre d’entre eux, mais nous avons aussi décidé, ce qui est historique, de consacrer des milliards d’euros à la revalorisation de métiers oubliés et relégués : je pense évidemment au métier de soignant, au cœur du Ségur de la santé, mais également aux métiers de chercheur, d’enseignant, de policier et de sage-femme. Nous avons débloqué des crédits très importants pour mettre fin aux inégalités dont pâtissaient jusque-là tous ces métiers. Tout cela suffit-il ?
(M. Jean-Paul Dufrègne fait un signe de dénégation.)
Je vous répondrai clairement : non ! Car le système de rémunération de la fonction publique ne garantit pas son attractivité et ne donne plus de perspective d’augmentation salariale. Que faire, alors ? Nous devons avoir le courage de repenser en profondeur ce système. C’est la raison pour laquelle je me suis prononcée en faveur d’une véritable négociation sur ce sujet, dans le cadre du dialogue social. Le système est à bout de souffle et l’augmentation du seul point d’indice ne nous permettra pas de résorber les inégalités, le problème d’attractivité de la fonction publique et… (Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM.) Merci, madame la ministre !
La parole est à M. M’jid El Guerrab. Permettez-moi, monsieur le ministre délégué chargé du tourisme, des Français de l’étranger et de la francophonie et chargé des petites et moyennes entreprises, avant de vous poser ma question, de rendre un hommage appuyé aux agents consulaires qui vivent depuis deux ans une situation difficile en raison de l’apparition de nouveaux variants du covid-19 et du blocage de certaines frontières. Je sais que l’ensemble de la représentation nationale s’y associera. (Applaudissements sur les bancs du groupe Agir ens.)
Les agents consulaires ont fait un travail remarquable pendant cette période. Grâce à eux, plus de 350 000 personnes ont été rapatriées en France l’année dernière. Au cours des derniers jours, des milliers de nos compatriotes étaient encore bloqués à l’étranger et des avions ont été affrétés pour les rapatrier.
Monsieur le ministre délégué, je sais le travail que vous avez fait pour que nos compatriotes résidant à l’étranger soient vaccinés. Néanmoins, nous l’avons vu cet été, certaines situations restent difficiles, en raison de blocages. Nous avons appelé les Français de l’étranger à se faire vacciner localement, ce qu’ils ont fait, mais les vaccins utilisés étaient souvent des vaccins non reconnus par l’Agence européenne du médicament. Le Gouvernement s’est donc mobilisé afin qu’ils bénéficient d’un vaccin à ARN messager pour leur troisième dose. Nos compatriotes de l’étranger ont donc reçu une troisième dose avant tous les autres.
Aujourd’hui, on leur dit qu’ils doivent recevoir une quatrième dose. Ils s’inquiètent et attendent des recommandations claires. Comment le Gouvernement prendra-t-il en considération la situation spécifique des Français de l’étranger ?
(Applaudissements sur les bancs du groupe Agir ens.) La parole est à M. le ministre délégué chargé du tourisme, des Français de l’étranger et de la francophonie et chargé des petites et moyennes entreprises. Je vous remercie de ce coup de chapeau aux personnels des ambassades et des consulats, qui depuis, non pas mars 2020, mais janvier 2020 sont à l’œuvre ! (M. M’jid El Guerrab acquiesce.)
Les premiers Français à avoir été touchés par la pandémie étaient des Français établis hors de France, ceux de Wuhan, que la France a rapatriés. Avec M. le ministre de l’Europe et des affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, nous avons organisé le rapatriement de 370 000 Français de passage à l’étranger.
Nous avons également veillé à organiser un plan d’accompagnement social pour les Français de l’étranger en instaurant une aide spéciale covid-19 secours occasionnel de solidarité (SOS). Grâce aux arbitrages budgétaires que nous avons obtenus, cette aide sera maintenue au cours des prochains mois.
Par ailleurs, nous avons prévu un accompagnement scolaire et éducatif avec un dispositif exceptionnel en matière de bourses et un soutien renforcé aux établissements.
Enfin, le Gouvernement accompagne les Français de l’étranger sur le plan sanitaire. La campagne de vaccination a commencé il y a plusieurs mois à Madagascar et s’est poursuivie depuis partout dans le monde. Actuellement, les Français de l’étranger bénéficient de la vaccination dans 64 pays, grâce à une organisation logistique très complexe.
S’agissant des vacances de Noël et des prochaines semaines, je veux rassurer nos compatriotes établis hors de France : ils seront évidemment autorisés à revenir en France. S’ils ont été vaccinés avec des vaccins reconnus par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), mais pas agréés par l’Agence européenne des médicaments, ils pourront recevoir un rappel en France et bénéficier de tests de dépistage gratuits, le cas échéant, afin de prolonger leur passe sanitaire.
Nous allons aussi déployer la campagne de rappel partout dans le monde. Elle a commencé à Madagascar le 8 décembre et se poursuit actuellement à l’île Maurice et au Mali. Nous sommes aux côtés des Français partout dans le monde car ce sont Français à part entière !
(Applaudissements sur les bancs du groupe Agir ens et sur quelques bancs du groupe LaREM.)
La parole est à M. François Ruffin. À l’hôpital de Bailleul, un patient est mort faute d’anesthésiste. Partout, les hôpitaux craquent. À Saint-Junien, Pontivy, Moissac, Senlis, Saint-Calais et Luçon, partout les urgences ferment la nuit ou le week-end, quand elles ne ferment pas tout court. Partout, des services de cardiologie, de neurologie ou de chirurgie ferment. Partout, ce sont des « pertes de chance », comme on dit dans votre jargon : des cancers qui ne sont pas découverts, des enfants qui ne sont plus suivis en pédiatrie. Partout, ce sont des soignants qui fuient, qui s’enfuient, parce qu’ils sont usés et épuisés, mais pas seulement : ils fuient et s’enfuient parce que vous les avez trompés !
Que s’est-il passé ? Pendant la crise sanitaire, comme pendant une épreuve, les soignants ont tenu sur leurs nerfs, mais aussi sur l’espoir. Le président Macron leur chantait de telles louanges, à eux les « héros en blouse blanche ». Il leur promettait un « après », où ils pourraient tout simplement faire leur métier. Ils y ont cru, mais qu’ont-ils vu, dans votre budget, l’an dernier ? Des économies de 1 milliard d’euros à l’hôpital et 5 700 suppressions de lits !
C’est faux ! Dix-neuf milliards ! Il fallait oser. Chapeau ! En pleine année covid, vous avez réussi un exploit. Quel message avez-vous adressé ainsi aux soignants ? Celui qu’il n’y aura pas d’après et que rien ne changera jamais.
Je veux le dire aux infirmiers et aux usagers : l’hôpital ne meurt pas, il est tué !
(M. Ugo Bernalicis applaudit.)
Ce n’est pas le virus qui détruit l’hôpital, ni une fatalité : ce sont vos choix, ceux de la majorité et du président Macron.
Je veux le dire aux infirmiers et aux usagers : la course entre les patients et les brancards dans les couloirs, c’est un choix ; nous pouvons changer ça.
Les lits fermés, les services fermés, les maternités fermées, c’est un choix ; nous pouvons changer ça.
(Même mouvement.)
Le refrain des gestionnaires sur le retour à l’équilibre et les restrictions budgétaires, c’est un choix ; nous pouvons changer ça.
Citoyens, médecins, infirmiers, usagers, par le débat, par le combat, dans la rue et dans les urnes, nous devons changer ça !
(Applaudissements sur les bancs du groupe FI. – Protestations sur les bancs du groupe LaREM.) La parole est à M. le ministre des solidarités et de la santé. Merci de nous avoir lu ce tract sur la question hospitalière, monsieur Ruffin !
Vous parlez de choix, mais vous aviez celui de soutenir la plus forte hausse de salaire des soignants jamais enregistrée dans l’histoire de notre pays. L’avez-vous fait ? Non, vous avez voté contre !
(Applaudissements sur quelques bancs du groupe LaREM.)
Vous aviez le choix de soutenir le plus grand plan d’investissement jamais proposé pour 3 000 hôpitaux et EHPAD, doté d’une enveloppe de 19 milliards d’euros. L’avez-vous fait ? Non ! Vous êtes pourtant très prompt, lors de nos déplacements dans les hôpitaux et les EHPAD de votre département, à vous gargariser des mesures prises par le Gouvernement et accueillies avec soulagement par les soignants ! (Protestations sur les bancs du groupe FI.)
Vous voulez réduire la charge du personnel hospitalier. Vous avez donc sans doute pris vos responsabilités de parlementaire et de représentant élu de la nation et multiplié les appels à la vaccination auprès de la population. L’avez-vous fait ? Non, je ne crois pas ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM.)
Vous vous plaignez, comme nous, du manque de médecins. Vous avez donc sans doute aussi soutenu, en 2018, la loi relative à l’organisation et à la transformation du système de santé, qui supprimait le numerus clausus. L’avez-vous fait ? Non, je ne crois pas. Eh non ! Au nom de vos responsabilités et de vos choix, avez-vous soutenu le plan budgétaire du Gouvernement visant à augmenter de 30 % le nombre d’infirmières et d’aides-soignantes en formation dans votre région cette année ? Ce n’est pas vrai ! Non, je ne crois pas. (Exclamations sur les bancs du groupe FI.)
Quant aux soignants à qui vous vous adressez, monsieur Ruffin, sachez que j’ai porté la blouse blanche dix ans, dont trois comme aide-soignant en EHPAD passés à m’occuper des personnes âgées sur quatre étages ! Vous voulez du pathos, je peux aussi en faire ! Le quotidien des soignants, je le connais. Nous les plaignons vous et moi pour leur charge de travail, mais la différence entre nous, c’est que je serai toujours à leurs côtés pour les soutenir et les tirer vers le haut alors que vous faites l’inverse depuis maintenant cinq ans ! (Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM et Dem. – Protestations sur les bancs du groupe FI.) Ce n’est pas ce qu’ils pensent !
La parole est à M. Éric Diard. Monsieur le ministre de l’éducation nationale, de la jeunesse et des sports, la semaine dernière, une étude de l’IFOP sur la montée du fait religieux dans les lycées révélait l’ampleur du séparatisme au sein même de notre système éducatif. Ainsi, plus d’un lycéen sur deux reconnaît avoir déjà été confronté à une forme d’expression du fait religieux dans son établissement, malgré le principe de laïcité, 47 % des élèves ont eu connaissance de demandes de menus confessionnels et 28 % ont constaté l’absence de filles en cours de sport au nom de la religion.
Dans les lycées relevant de l’éducation prioritaire, plus d’un élève sur deux a constaté la remise en cause des enseignements. Ce chiffre atteint 56 % pour les cours sur l’origine de la vie et la théorie de l’évolution et 58 % pour l’éducation civique et morale. Enfin, 40 % des lycéens considèrent les règles religieuses comme plus importantes que les lois de la République. Ce taux est situé entre 35 % et 65 % en fonction de la religion et entre 31 % et 55 % selon la commune.
Monsieur le ministre, le Parlement a adopté la loi confortant le respect des principes de la République il y a un an. Au cours de l’examen de ce texte, vous avez rejeté nos propositions visant à renforcer la lutte contre le séparatisme à l’école, préférant vous concentrer sur l’instruction en famille. Vous avez également refusé de renforcer les contrôles des établissements scolaires hors contrat alors qu’ils sont les plus exposés au séparatisme.
Compte tenu de cette étude alarmante sur le séparatisme dans les lycées français, ne pensez-vous pas avoir sous-estimé la gravité de la situation ?
(Applaudissements sur les bancs du groupe LR.) La parole est à M. le ministre de l’éducation nationale, de la jeunesse et des sports. Je ne conteste en rien cette enquête, étant, vous le savez très bien, le premier à souligner ce type de problème. Précisons que les enquêteurs ont interrogé des lycéens sur ce qu’ils ont pu vivre durant leur parcours scolaire et pas seulement au cours des quatre dernières années. En effet, je suis le premier à le reconnaître, de tels phénomènes existent dans la société et se retrouvent à l’école. En revanche, je prétends que jamais autant n’a été fait pour y faire face que depuis 2017. Prétentieux ! La situation empire ! Regardez ce qui a été entrepris plutôt que de prétendre – à tort – que nous n’avons rien fait. Vous venez de dire, par exemple, que nous ne faisions rien contre les écoles hors contrat. C’est totalement faux et même contraire à la réalité : à mon arrivée, aucune disposition juridique ne permettait de les empêcher d’ouvrir ou de les fermer ; il est désormais possible de les empêcher d’ouvrir grâce à l’adoption de la loi Gatel, ou de les contraindre à fermer grâce à l’adoption de la loi confortant le respect des principes de la République, dite loi contre le séparatisme. Vous n’avez rien compris ! Et je vous le dis : nous en fermons, comme vous le verrez encore dans les prochains jours. (Exclamations sur les bancs du groupe SOC.) Vive le vent ! Tout va bien ! Ce matin encore, j’étais avec le Premier ministre dans un territoire où il y a ce type de problème et, dans les jours qui viennent, je le répète, vous aurez encore un exemple de fermeture. S’il ne faut pas minimiser le phénomène, il ne sert à rien non plus de l’exagérer comme vous le faites. (Applaudissements sur quelques bancs des groupes LaREM et Dem.) La parole est à M. Éric Diard. Avec vous, monsieur le ministre, les établissements hors contrat qui ne respectent pas les valeurs de la République peuvent continuer à ouvrir sans autorisation. Non ! Ce sont les services de l’État qui essaient ensuite de les faire fermer en utilisant des moyens connexes, tels que les règles d’hygiène et de sécurité. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LR.) La parole est à M. le ministre. Monsieur le député, vous venez dire une contre-vérité : la loi Gatel permet d’empêcher une ouverture pour des raisons d’ordre public, et la loi confortant le respect des principes de la République permet une fermeture pour les mêmes raisons. Non seulement c’est une réalité juridique, mais nous l’avons fait et nous le ferons encore. (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes LaREM et Dem.)
La parole est à M. Alexandre Holroyd. Demain, notre assemblée sera appelée à se prononcer sur le dernier budget du quinquennat. Ce budget résulte de réformes économiques majeures entreprises dès l’été 2017 et de la relance engagée en septembre dernier.
Trois constats s’imposent. Premièrement, jamais notre pays n’avait enregistré une croissance économique aussi forte depuis que l’homme a fait son premier pas sur la lune. Deuxièmement, jamais notre pays n’avait connu un taux d’emploi aussi élevé depuis l’arrivée du film
Les Dents de la mer sur le grand écran. Troisièmement, ce budget consacre cinq ans de baisses d’impôt pour les Français et pour les entreprises, ce qui marque une rupture sans pareil avec un demi-siècle de majorités successives accros au « taxons tout ce qui bouge ». (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LaREM.)
Au-delà de ces résultats économiques, ce budget reflète nos engagements à l’égard des Français.
Nous allons protéger nos concitoyens face à l’envolée des prix comme nul autre grand pays ne le fait. En 2022, les prix du gaz n’augmenteront pas en France et la hausse du tarif réglementé de l’électricité n’excédera pas 4 %.
Jusqu’à quand ? Sans ce budget, le prix du gaz augmenterait de 20 % et celui de l’électricité de 25 %. Cet hiver, grâce à ce budget, 5,8 millions de ménages modestes bénéficieront d’une augmentation de 100 euros de leur chèque énergie pour régler leurs fractures. Et quelle est la question ? Dans les soixante jours qui suivront l’entrée en vigueur de ce budget, 38 millions de nos concitoyens recevront une somme de 100 euros, qui les aidera à faire face à une explosion temporaire des prix – celui de la baguette de pain, du carburant ou des pâtes. Il y a des pages de pub pendant les questions au Gouvernement, maintenant ? Reconstruire une économie forte et compétitive pour rendre à la puissance publique les moyens de protéger les Français lorsque la situation l’impose, n’est-ce pas là, monsieur le ministre délégué chargé des comptes publics, la raison d’être ce budget ? (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LaREM. – M. Jean-Paul Mattei applaudit également.) La parole est à M. le ministre délégué chargé des comptes publics. Vous l’avez dit, l’Assemblée nationale sera appelée demain à adopter un budget conforme aux engagements du Président de la République. Il réarme les ministères régaliens et prépare l’avenir. Il permet aussi de continuer à tenir nos engagements en matière de fiscalité : à l’issue du quinquennat, la baisse d’impôt atteindra 50 milliards d’euros, bénéficiant pour moitié aux ménages et pour moitié aux entreprises. Nous aurons ainsi effacé les conséquences des chocs fiscaux de 2010 et 2013 et rendu du pouvoir d’achat à nos concitoyens. Vous n’étiez pas au Parti socialiste, à l’époque ? En moyenne, le pouvoir d’achat des ménages français a augmenté deux fois plus au cours des cinq dernières années que durant les dix années précédentes.
Pour un salarié payé au SMIC, la défiscalisation des heures supplémentaires, la baisse des cotisations et l’augmentation de la prime d’activité représentent l’équivalent d’un treizième mois. Nous devons en être collectivement fiers.
Pour mieux protéger les Français – et c’est aussi la raison d’être de ce budget –, nous prenons trois mesures face à la flambée des prix de l’énergie.
Tout d’abord, comme annoncé par le Premier ministre, un montant supplémentaire de 100 euros sera adressé dès aujourd’hui aux 5,8 millions de ménages bénéficiaires du chèque énergie.
Ensuite, un dispositif de blocage des prix permettra de contenir l’augmentation du prix de l’électricité dans une limite de 4 % et de faire en sorte que le prix du gaz ne soit pas supérieur au niveau atteint au mois d’octobre. Vendredi dernier, vous avez complété ce dispositif pour permettre au Gouvernement de réagir si l’augmentation était plus importante que prévu, et ainsi de protéger les Français.
Enfin, 38 millions de Français vont bénéficier d’une indemnité inflation de 100 euros, en premier lieu les étudiants boursiers qui ont déjà commencé à la percevoir. Les indépendants du secteur privé la percevront demain, les salariés du secteur privé à la fin du mois, les bénéficiaires de minima sociaux en janvier, et ainsi de suite jusqu’à fin février.
Tenir les finances publiques, investir, faire en sorte de dégager des marges, cela sert aussi à protéger les Français et à préparer l’avenir.
(Applaudissements sur quelques bancs du groupe LaREM.)
La parole est à Mme Cécile Untermaier. Depuis plus de trois ans, monsieur le Premier ministre, les groupes d’opposition vous interrogent sur la désertification médicale. La semaine dernière, vous avez encore écarté la question du président Chassaigne sur ce sujet. Nous avons pourtant franchi le cap de l’admissible et les personnes sans médecin référent se privent de soins, faute de trouver un professionnel. Très juste ! On ne peut plus inaugurer des maisons de santé pilotées par l’Agence régionale de santé (ARS) sans les médecins, comme nous l’avons fait hier à Cuisery et Frangy-en-Bresse, en faisant de surcroît peser de vrais risques financiers sur ces collectivités.
La cartographie de la répartition des médecins est éloquente puisque les effectifs varient du simple au triple selon les secteurs. Selon la Cour des comptes, les mesures incitatives sont coûteuses et inefficaces. Le
numerus apertus ne règle pas le problème actuel de la désertification médicale, mais vous ne voulez pas de mesures coercitives et défendez des mesures incitatives sans effets. Or la politique nationale de santé publique exige des résultats. Nous devons tenter d’autres actions. Que nous proposez-vous ? (Applaudissements sur les bancs des groupes SOC et GDR.) La parole est à M. le ministre des solidarités et de la santé. Votre constat est très juste, madame la députée : nous manquons de médecins. Si nous en manquons, c’est parce que, durant quarante ans, il a été décidé d’arrêter d’en former. (Exclamations sur les bancs du groupe LR.)
Le numerus clausus a été une formidable machine à empêcher de jeunes étudiants français d’apprendre la médecine en France. Pendant un temps, pour compenser, on a fait appel à des médecins qu’on allait chercher en Roumanie en recourant à des chasseurs de têtes, puis cela n’a plus suffi. Vous auriez dû en parler à Marisol Touraine ! Vous posez une question tout à fait légitime. Croyez bien que le Gouvernement a pleinement conscience des difficultés de millions de nos concitoyens à trouver un médecin. Qu’allons-nous faire, demandez-vous, en attendant que la suppression du numerus clausus , décidée en 2018, produise ses effets, à savoir une augmentation du nombre de médecins installés ?
Tout d’abord, je signale que le recours à la télémédecine a été multiplié par cent en deux ans, le nombre d’acte de téléconsultation passant de 10 000 à 1 million. Cela ne remplace pas tout, mais cela aide.
Ensuite, le Président de la République a donné au Gouvernement la mission de doubler le nombre de maisons de santé pluriprofessionnelles en cinq ans. Ce sera fait.
Rien ne garantit une juste répartition ! Il nous a demandé de doubler le nombre de centres de santé. Nous avons très fortement augmenté leur nombre et nous pouvons atteindre l’objectif de doublement.
En outre, nous avons développé les communautés professionnelles territoriales de santé (CPTS) qui permettent aux médecins et aux professionnels paramédicaux de mieux travailler. Nous avons déployé plus de 2 000 assistants médicaux au cours des dernières années sur l’ensemble du territoire national. Ça fonctionne. Pour les consultations de soins non programmés, des services d’accès sont en cours d’expérimentation dans une vingtaine de départements. Là aussi, ça fonctionne.
Dans le dernier budget de la sécurité sociale, vous avez eu l’occasion de voter pour que certains professionnels de santé soient en accès direct. Nous expérimentons la mesure pour les kinésithérapeutes et les orthophonistes. Ça fonctionne. Vous avez pu voter pour que les orthoptistes puissent prescrire des lunettes lorsqu’une personne a des difficultés à trouver un ophtalmologue. La mesure sera opérationnelle dans les prochaines semaines, et ça va fonctionner.
Si l’on vous écoute, tout va bien ! En attendant que le nombre de médecins augmente, nous trouvons toutes les dispositions possibles et imaginables pour faire reculer les déserts médicaux. Actuellement, nous formons 10 500 médecins par an – contre 8 000 au début de quinquennat et 7 000 au début du quinquennat précédent – et ce nombre devrait passer à 12 000, 13 000, 14 000 ou 15 000. Nous déployons des capacités de formation et nous développons les stages en ambulatoire dans les zones rurales. Nous allons y arriver. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LaREM.) Ils sont tous ministres, les médecins ! La parole est à Mme Cécile Untermaier. Pour ma part, je n’ai jamais prétendu que vous n’avez rien fait. Il est clair que vous avez fait des choses, mais les résultats ne sont pas à la hauteur des exigences d’une politique nationale de santé publique.
Si j’ai insisté sur la cartographie, c’est que le problème est moins le nombre de médecins que leur répartition :…
Tout à fait ! …il y a un médecin pour 10 000 habitants dans certains secteurs, alors que le ratio est de trois pour 10 000 dans d’autres.
Quant aux maisons et aux centres de santé, ils sont parfois vides. Le problème reste donc bien prégnant. Devons-nous dire à nos concitoyens de prendre patience ? La santé n’attend pas. Devons-nous dire aux collectivités locales d’assumer la carence de l’État ? Elles n’en ont pas les moyens.
(Applaudissements sur les bancs des groupes SOC et GDR.)
La parole est à M. Dino Cinieri. Monsieur le ministre de l’intérieur, pour la troisième fois en deux jours, une voiture de police a été incendiée devant le commissariat de Firminy, dans ma circonscription de la Loire, à la suite de jets de cocktails Molotov. Malgré la grande réactivité des pompiers, ces véhicules ont été entièrement détruits.
Pour les policiers, cet acte ne fait aucun doute : il s’agit de représailles de la part de trafiquants de drogue dérangés dans leurs activités par le travail remarquable de la police, après le déploiement récent d’une brigade spécialisée de terrain dans la vallée de l’Ondaine.
Ces attaques contre nos forces de l’ordre, qui se consacrent nuit et jour à la protection de la population, sont inacceptables, intolérables ! Nos forces de l’ordre font un travail admirable, reconnu par tous, avec de moins en moins de moyens et dans un climat social qui se tend de plus en plus. Les crimes et délits augmentent dans nos communes malgré l’accroissement timide d’effectifs qui restent insuffisants.
Les policiers de l’ensemble du territoire national vous demandent de les protéger. À Firminy, ils se sentent vulnérables dans ce commissariat dont l’accès n’est pas sécurisé. En 2016 déjà, un forcené avait lancé sa voiture à vive allure contre la porte d’entrée du commissariat.
S’attaquer à nos policiers, c’est s’attaquer à la République. Les trois auteurs de ces attaques viennent apparemment d’être interpellés. Ils doivent être fermement – je dis bien fermement – condamnés.
Monsieur le ministre, qu’allez-vous faire pour assurer la sécurité de ceux qui nous protègent au quotidien ? Allez-vous accepter notre invitation et venir à Firminy dans les jours à venir afin de rencontrer les policiers et les élus de la vallée de l’Ondaine ?
La parole est à M. le ministre de l’intérieur. Monsieur le député, je suis d’accord avec la première partie de vos propos : la destruction des véhicules de la police de Firminy est tout à fait inacceptable. Comme vous l’avez souligné vous-même, elle fait suite aux très nombreuses opérations antidrogue conduites sur tout le territoire national à la demande du Président de la République et Premier ministre, afin de déranger les trafiquants.
Ces opérations donnent des résultats puisqu’elles se sont traduites par une augmentation de 20 % des saisies et de plus 50 % des interpellations. Les policiers font leur travail, ce qui provoque ce genre de réactions.
Je veux encourager vivement les forces de l’ordre, en particulier les policiers du département de la Loire, dont vous êtes un élu. Je me réjouis de la rapidité de l’enquête et, comme vous, je souhaite que les auteurs de ces faits puissent être confondus et condamnés.
C’est donc bien parce qu’il y a une activité policière supplémentaire dans tous les quartiers de la République, que nous constatons ces réactions. Et nous ne lâcherons pas.
En revanche, je suis moins d’accord avec la deuxième partie de votre intervention. L’augmentation des effectifs a été timide, dites-vous. Nous avons recruté plus de 10 000 policiers et gendarmes !
Peut-être avez-vous vu les chiffres que j’ai communiqués à la presse quotidienne régionale et qui ont été publiés ce matin ? Dans toutes les villes et départements de France, les effectifs de policiers et de gendarmes ont augmenté de manière très forte, conformément à l’engagement et aux promesses de la majorité parlementaire.
Avec le garde des sceaux, nous avons mis fin aux remises de peine automatiques pour ceux qui s’en prennent à des policiers. Nous avons choisi – point très important – une incrimination pénale spécifique. Pour la première fois, un observatoire dédié, demandé par les policiers, recensera les violences envers les policiers, les pompiers, les gendarmes et les élus. En la matière, nous ferons preuve d’une totale transparence.
Vais-je venir dans le département ? Oui. Quand ? La semaine prochaine. En cette période de Noël, j’espère que vous m’accueillerez et que j’aurai une nouvelle fois l’occasion de saluer et d’encourager les policiers qui sont la fierté de la République.
(Applaudissements sur quelques bancs des groupes LaREM et Dem.) La parole est à M. Dino Cinieri. Si vous venez la veille de Noël, apportez les cadeaux qu’il nous faut : les moyens nécessaires pour assurer la sécurité face à ces délinquants et ces voyous !
La parole est à Mme Barbara Bessot Ballot. Monsieur le ministre de l’agriculture, ce n’est pas un hasard si, vendredi dernier, vous avez choisi la Haute-Saône, le pays de la cancoillotte, avec ses plus de 3 000 exploitants, pour venir échanger sur les nouvelles dispositions des retraites agricoles.
Nous pouvons être fiers d’avoir répondu à une attente de longue date : augmenter à 85 % du SMIC le minimum de retraite, sur la base d’une démarche transpartisane engagée par André Chassaigne et travaillée avec Jacqueline Dubois. Il était urgent d’agir puisque la moitié des agriculteurs partiront à la retraite dans dix ans et viendront s’ajouter aux 200 000 retraités bénéficiaires de cette revalorisation dès ce mois.
Nous sommes allés plus loin, avec l’élargissement du dispositif aux conjoints collaborateurs et aux aidants familiaux. Cette injustice désormais réparée contribue à rendre de l’attractivité à ce métier essentiel à la société, comme nous l’a rappelé le dernier recensement décennal.
Cette action s’inscrit dans une démarche plus globale que nous menons avec le Gouvernement depuis 2017 ; avec les lois EGALIM 1, pour l’équilibre des relations commerciales dans le secteur agricole et alimentaire et une alimentation saine, durable et accessible à tous, et 2, pour protéger la rémunération des agriculteurs ; avec le texte sur le foncier agricole adopté hier sur ces bancs, pour une meilleure distribution des parcelles de la ferme France et aussi, évidemment, avec France relance, le Varenne de l’eau et prochainement la réforme de l’assurance récolte.
Et ce n’est qu’un début. Depuis la décision du monde agricole de ne pas entrer dans le système général en 1962, les réalités ont évolué. La réforme des retraites qu’on nous a empêchés de mener prévoyait bien de corriger un déficit structurel par l’harmonisation et la solidarité.
Monsieur le ministre, pouvez-vous confirmer votre volonté de créer un système juste et durable pour nos agriculteurs, mais aussi pour nos artisans, nos commerçants, nos indépendants, bref, de créer un système de retraite plus équitable eu égard à la valeur travail ?
(Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LaREM.) La parole est à M. le secrétaire d’État chargé des retraites et de la santé au travail. Vous avez interrogé le Gouvernement sur ce que nous avons pu examiner ensemble durant mon séjour en Haute-Saône, à savoir la réalité des petites retraites agricoles pour les chefs d’exploitation comme pour les conjoints collaborateurs, qui sont souvent les épouses, et sur la nécessité de trouver les voies pour que l’ensemble des retraités modestes, qui ont fait l’objet d’un rapport très suivi de vos collègues Nicolas Turquois et Lionel Causse, puissent aussi être concernés demain par ces nouvelles mesures.
S’agissant tout d’abord de ce que nous avons pu voir ensemble dans votre département avec votre collègue Christophe Lejeune, nous avons trouvé au groupement agricole d’exploitation en commun (GAEC) Normand des agriculteurs pleinement engagés. La cheffe d’exploitation en retraite, qui voyait sa pension évoluer de 70 euros en moyenne, bénéficiera d’une augmentation de 100 euros. Nous pouvons aussi féliciter et remercier le président Chassaigne pour son abnégation en la matière
(Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM, Dem, SOC et GDR) et son sens de la négociation, car il l’a bien menée, avec le Gouvernement comme avec les parlementaires. Les deux lois qui portent son nom ont été votées à l’unanimité par cette assemblée et par le Sénat. Nous aussi, nous l’avons votée ! Elles nous permettent de revaloriser de 100 euros les retraites de plus de 200 000 chefs d’exploitation agricole et de 200 000 conjoints collaborateurs. Ce faisant, nous avons adressé un coup de chapeau à tous ceux qui nous nourrissent, et qui ont continué de le faire pendant la crise sanitaire. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LaREM.)
La parole est à M. François-Michel Lambert. Permettez-moi d’évoquer la mémoire d’André Aschieri, maire de Mouans-Sartoux pendant quarante ans, premier député écologiste du Sud de la France, élu en 1997. C’est sous son impulsion que fut créée l’Agence française de sécurité sanitaire de l’environnement et du travail, pour enfin prendre en compte le lien entre dégradation de l’environnement et impacts sur notre santé. Il nous a quittés la semaine dernière. (Applaudissements.)
À quelques semaines de Noël, nous nous inquiétons du devenir de nos produits régionaux. Le danger ne vient pas de la position de quelques-uns face au foie gras, mais bien du risque que pourrait être l’utilisation à tort et à travers de l’outil nutri-score.
L’outil est intéressant pour comparer deux boîtes de raviolis, certes, mais il n’est d’aucune utilité pour nous expliquer que le kouign-amann est gras et sucré ! Le vrai danger pour notre santé, ce ne sont pas nos recettes traditionnelles à base de produits naturels, ce sont ces produits ultratransformés de l’industrie agroalimentaire mondiale, ces produits fortement soupçonnés d’être la principale cause de la maladie de NASH – stéatohépatite non alcoolique –, une forme d’hépatite.
Je me permets d’ailleurs de rappeler que c’est dans le Gers, pays du foie gras – qui est gras –, du confit de canard – qui est gras –, de la croustade – qui, sucrée et beurrée, contient un peu d’armagnac – que l’on vit le plus longtemps : 87 ans en moyenne ! La preuve est faite !
Monsieur le ministre de l’agriculture, dans notre pays qui a inventé la gastronomie, à la veille des fêtes de fin d’année, de ce plaisir à se retrouver autour de nos bons produits, nous devons prendre garde à la simplification des messages induits par le nutri-score.
(M. Jean-Paul Dufrègne applaudit.) Très bien ! Quelle sera la politique française dans le cadre du cycle européen de la politique agricole commune (PAC) et de la présidence française de l’Union européenne face au danger de perdre nos bons produits de terroir au profit de produits ultratransformés de l’agro-industrie, ce qui ne serait pas sans conséquence sur la santé de nos concitoyens et sur le revenu de nos agriculteurs ? (Applaudissements sur les bancs des groupes LT, LR, SOC et GDR.) La parole est à M. le ministre de l’agriculture et de l’alimentation. Je vous confesse que le Premier ministre, le Gouvernement et l’ensemble de l’exécutif sont aussi attachés que vous aux beaux produits de notre terroir, nos IGP – indications géographiques protégées – et AOP – appellations d’origine protégée. (Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM, Dem et LT.) Le Gouvernement les défendra aux niveaux national et européen.
Soyons clairs : la France n’imposera pas le nutri-score au niveau national. Le Gouvernement n’entend pas rendre ce système obligatoire, il pourrait le devenir uniquement s’il en était décidé ainsi au niveau européen. Il n’y aurait aucun sens à agir différemment, puisque nous sommes dans un marché commun. La position française est sans ambiguïté.
Par ailleurs, nous savons bien que le calcul du nutri-score ne prend pas en compte la réalité des consommations puisqu’il se fonde sur une proportion exprimée en millilitres ou en grammes. Parfois, en dépit de notre amour prononcé pour les beaux produits dont vous avez parlé, cette proportion dépasse largement le niveau de la consommation effective, ce qui crée un biais. Nous avons décidé de revoir cette méthodologie au niveau européen, avec nos partenaires espagnols et italiens, qui sont confrontés à la même difficulté.
La position du Gouvernement est donc très claire : nous soutenons ces beaux produits du territoire et nous ne rendrons pas le nutri-score obligatoire au niveau national. Une telle décision ne pourrait être prise qu’au niveau européen. Nous devons revoir la méthodologie pour tenir compte de la réalité de la consommation et des bienfaits de ces produits auxquels nous sommes tant attachés.
(Applaudissements sur les bancs du groupe LT.) Très bien ! Nous y veillerons ! Et vive le kouign-amann. (Sourires.)
La parole est à M. Pierre Dharréville. Mon indignation est totale face à la souillure du mémorial du Mont Valérien, moi qui occupe, dans cette enceinte, le siège qui était celui de Gabriel Péri. Demain, cela fera quatre-vingts ans qu’avec soixante-neuf otages, il y a été fusillé. (Applaudissements sur tous les bancs.)
Madame la secrétaire d’État chargée des personnes handicapées, le projet de décret relatif aux modalités de prise en charge des fauteuils roulants pour les personnes en situation de handicap suscite de nombreuses inquiétudes.
Il semble que le Gouvernement prévoie d’imposer des modalités d’acquisition pour certains modèles de fauteuils roulants accessibles uniquement à la location, des délais entre chaque renouvellement et une très forte baisse de leur prise en charge : cela risque de réduire de façon significative le parc de fauteuils roulants sur le marché français et la variété des modèles, avec un impact négatif sur les innovations technologiques.
Si les prix peuvent être prohibitifs parce que trop élevés, les niveaux de prise en charge le sont aussi parce que trop bas. Le reste à charge pour les personnes est difficile à supporter pour beaucoup et les parcours de recherche de financements sont tellement contraignants que nombre d’utilisateurs et utilisatrices renoncent à l’acquisition du fauteuil roulant le plus adapté à leurs besoins.
Les aides à la mobilité, notamment les fauteuils, sont un sujet extrêmement sensible. Le libre choix de ces aides ne doit pas être remis en cause. Il est essentiel que chaque personne utilisatrice puisse bénéficier, sans subir d’inégalités sociales, du fauteuil roulant le plus adapté à sa situation et à ses besoins, sans quoi les conséquences sur son état de santé, sur sa sécurité ou sur ses choix de vie quotidienne peuvent être considérables.
La baisse du prix des aides techniques que représentent les fauteuils ne peut se faire détriment des utilisateurs et utilisatrices. Quels sont vos projets ? Quels sont vos objectifs budgétaires ? Que pouvez-vous répondre aux inquiétudes des personnes en situation de handicap et de leurs familles ?
(Applaudissements sur les bancs des groupes GDR et FI ainsi que sur plusieurs bancs du groupe SOC. – Mme Blandine Brocard et M. Ugo Bernalicis applaudissent également.) La parole est à Mme la secrétaire d’État chargée des personnes handicapées. Cette réforme part d’un constat simple, partagé par tous : il existe trop de freins à l’acquisition d’un fauteuil ; des freins financiers, liés à des prix parfois exorbitants et non justifiés, parmi les plus élevés en Europe, mais également des freins liés aux délais, parfois trop longs et trop complexes.
Le panier de soins actuel est totalement obsolète. Pour remédier à cette situation, nous comptons améliorer le remboursement des fauteuils roulants par la sécurité sociale dans un objectif très simple : permettre un accès simplifié et plus rapide à des fauteuils roulants de qualité. Surtout, je suis extrêmement attachée à garantir que chaque personne puisse bénéficier du fauteuil roulant le plus adapté à sa situation et à ses besoins dans le respect, je le réaffirme, de ses libres choix. Cela passe par le renforcement des exigences sur le parcours de prescription, le développement d’essais systématiques en condition de vie réelle. C’est ce que nous faisons en déployant les équipes locales d’accompagnement aux aides techniques, qui sont plébiscitées.
Nous menons cette réforme dans un dialogue très étroit avec les associations représentatives. J’ai eu l’occasion d’échanger avec APF France handicap – anciennement, Association des paralysés de France – et les administrations jeudi dernier. Je veux rétablir certaines vérités et répondre aux inquiétudes qui se sont exprimées. Le renouvellement anticipé du fauteuil sera évidemment possible au regard de son état d’usure et de l’évolution du handicap. Le remboursement de plusieurs fauteuils sera possible si le besoin est identifié et objectivé. Les personnes qui continueront à avoir un usage de leur fauteuil n’auront pas à le restituer en cas de nouvelle acquisition.
Dans ce domaine comme dans beaucoup d’autres, nous souhaitons inciter au réemploi des aides techniques non utilisées, avec le reconditionnement. C’est important, et c’est aussi une demande des intéressés. Il n’est en aucun cas question de réaliser des économies pour l’assurance maladie. Des moyens supplémentaires sont alloués pour cette réforme et nous négocierons avec les fabricants pour parvenir à un niveau de prix qui leur permette de préserver leurs marges pour garantir l’innovation – vous avez raison – sans créer de rente de situation. J’espère que ces éléments vous auront rassuré, monsieur le député.
(Applaudissements sur quelques bancs du groupe LaREM.) La parole est à M. Pierre Dharréville. Les associations ont fait part de leurs inquiétudes après la rencontre que vous avez évoquée. Selon moi, il faut changer de vision. (Applaudissements sur les bancs du groupe GDR.)
La parole est à Mme Valérie Bazin-Malgras. Ma question s’adresse à M. le secrétaire d’État chargé des retraites et de la santé au travail. Au 1er janvier, au moment de nous souhaiter nos meilleurs vœux pour la nouvelle année, les retraités auront des raisons de s’inquiéter. Ils subiront effectivement une énième perte de pouvoir d’achat. Leurs pensions de retraite ne seront revalorisées que de 1,1 % alors que l’inflation est chiffrée à 2,8 % sur un an. Cette revalorisation automatique apparaît trop faible pour compenser les effets d’une inflation galopante.
Je pense plus particulièrement aux 5,7 millions de Français dont la pension est inférieure à 1 000 euros. L’inflation pèse très fortement sur eux. L’augmentation dramatique des prix de l’énergie a de lourdes conséquences sur leur porte-monnaie en pleine période hivernale, où le besoin de se chauffer est vital.
(Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LR. – M. François Ruffin applaudit également.)
La prime inflation n’aura qu’un temps ; elle ne permettra pas de compenser une perte de pouvoir d’achat durable. Avec de petites pensions, aucun écart n’est permis, et la précarité est une réalité.
Les retraités n’ont pas bénéficié du « quoi qu’il en coûte » : l’activité partielle, le fonds de solidarité et les dizaines de milliards d’euros accordés dans le cadre de mesures catégorielles ne s’adressaient pas à eux. Pourtant, eux aussi subissent de plein fouet les effets de la crise, en particulier la forte inflation actuelle.
Le président Macron leur avait promis, en avril 2019, que « toute retraite pour une carrière complète devra[it] être supérieure à 1 000 euros par mois ». Les millions de retraités concernés attendent toujours ! La seule promesse que l’exécutif ait tenu à leur égard, c’est l’augmentation de la contribution sociale généralisée (CSG) en début de quinquennat ! Force est de constater qu’Emmanuel Macron est le premier Président de la République, depuis quarante ans, à ne pas avoir réformé notre système de retraite, en dépit de ses promesses réitérées.
Les pensionnaires de petites retraites, qui ont travaillé toute leur vie jusqu’à quarante heures par semaine, méritent mieux qu’une simple revalorisation automatique de leurs revenus : ils méritent un véritable coup de pouce de la part du Gouvernement. Comptez-vous enfin garantir le maintien du pouvoir d’achat des retraités ?
(Applaudissements sur les bancs du groupe LR. – MM. Ugo Bernalicis et François Ruffin applaudissent également.) La parole est à M. le secrétaire d’État chargé des retraites et de la santé au travail. D’abord, je crois que vous le savez, les pensions de retraite versées aux fonctionnaires et aux salariés relevant du régime général augmenteront de 1,1 % au 1er janvier 2022. C’est là le résultat d’une application stricte de la loi : nous maintenons bien le pouvoir d’achat des retraités, en nous conformant à la formule de calcul légalement définie. Il n’y a aucune ambiguïté en la matière. J’ai cru un instant que vous faisiez référence à la revalorisation des retraites complémentaires AGIRC-ARRCO, qui, elle, a bien été sous-indexée, à hauteur de 0,5 point. Vous n’êtes cependant pas sans savoir que cette décision relève des partenaires sociaux, et non du Gouvernement, qui a bien fait le choix de maintenir le pouvoir d’achat des retraités. (Mme Valérie Bazin-Malgras proteste.)
Un mot ensuite du chèque inflation : il me semble que vous appartenez à une formation politique… …qui a osé réformer ! …qui a décidé de voter, lors de l’examen du projet de loi de finances rectificative au Sénat, la suppression du chèque inflation pour les retraités. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LaREM. – Exclamations sur les bancs du groupe LR.) Je me réjouis de constater que les députés de votre groupe souhaitent que le pouvoir d’achat des retraités augmente, contrairement aux sénateurs qui auraient souhaité les priver du bénéfice de cette prime. Il me paraissait important de souligner ce point.
En réalité, tout ne repose pas sur le chèque inflation : plus de 55 % des retraités ne payent plus de taxe d’habitation, grâce à la décision prise ici même par la majorité – mais j’imagine que vous vous êtes jointe à ce vote, puisque vous vous souciez du pouvoir d’achat des retraités.
Et l’augmentation de la CSG ? Plusieurs mesures à destination des retraités modestes ont été prises. Vous leur aviez promis au moins 1 000 euros par mois ! Comme je l’ai indiqué tout à l’heure, Julien Denormandie et moi-même avons été particulièrement attentifs à la situation des retraités agricoles et des conjoints collaborateurs. Leur situation s’est améliorée grâce à M. Chassaigne, pas grâce à vous ! Ne doutez pas de la volonté du Gouvernement en la matière. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LaREM.)
La parole est à Mme Céline Calvez. Si nous le pouvions, nous donnerions à voir, sur les écrans dont l’hémicycle est équipé, le parcours – que dis-je, l’aventure – que viennent de vivre onze jeunes footballeuses. Il fait en effet l’objet d’un documentaire plein d’espoir que vous avez visionné la semaine dernière, madame la ministre déléguée chargée de la ville, lors de votre venue à Clichy, dans les Hauts-de-Seine. Je vous remercie d’ailleurs de votre présence : vous avez ainsi pu rencontrer Hafsa, Lina, Joséphine, Wissam ou Noémie – ainsi que leurs coéquipières et leurs mamans supporters –, qui ont représenté la France en Finlande au mois de juillet dernier, à l’occasion de la Helsinki Cup, un tournoi mondial de football junior. Ces sportives, grâce à l’association Football is the solution , ont fait l’expérience de l’esprit d’équipe, de l’accomplissement par l’effort et du dépassement des frontières, que celles-ci soient géographiques ou culturelles.
Encore aujourd’hui, il en faut, du courage, aux filles pour jouer au foot et faire fi des préjugés tellement intégrés dans notre société ; il en faut, de la détermination, pour ne pas se faire piquer le ballon parce qu’on n’est pas un garçon ! Alors bravo à ces adolescentes qui prouvent que tout est possible quand on ose prendre la parole et revendiquer sa place, sur le terrain comme en dehors !
À travers leur exemple, je tiens à saluer l’action déterminante des associations qui œuvrent dans les quartiers, en particulier de celles qui favorisent l’accès au sport. Elles regroupent des millions de bénévoles et, en mettant le pied à l’étrier de nombreux jeunes, elles participent non seulement à améliorer leur santé et à développer leur sens du collectif, mais aussi, parfois, à leur offrir des perspectives d’insertion professionnelle. Ce dernier thème fait d’ailleurs l’objet d’une mission que vous avez récemment confiée à Karl Olive sur l’insertion des jeunes des quartiers par le sport.
Nous avons évoqué les vertus de la pratique du sport au cours de nos discussions sur la proposition de loi visant à démocratiser le sport en France, qui sera examinée par le Sénat en janvier prochain. Comment concevez-vous le rôle du sport pour lutter pour plus d’égalité dans les quartiers – je songe à l’égalité entre filles et garçons, mais aussi, plus globalement, à l’égalité des chances ?
Allô ! Comment le Gouvernement entend-il soutenir l’activité des associations et des acteurs du monde sportif afin de faire rimer liberté, égalité et fraternité ? (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LaREM.) La parole est à Mme la ministre déléguée chargée de la ville. Vous avez raison de rappeler qu’il importe de prendre des actions déterminantes en faveur de l’émancipation individuelle. Roxana Maracineanu, ministre déléguée chargée des sports, et moi-même estimons précisément que le sport est un vecteur d’émancipation, de sociabilisation et de réussite, quel que soit le lieu où l’on vit.
Depuis 2017, nous avons agi résolument dans ce domaine, en intégrant le sport dans les contrats de ville conclus dans les quartiers prioritaires de la politique de la ville (QPV) ; en déployant le plan de rattrapage des équipements sportifs décidé par le Premier ministre ; en apportant un soutien renforcé aux associations qui œuvrent pour l’insertion par le sport ; ou encore en développant les activités sportives dans les territoires grâce au doublement du nombre de bénéficiaires du dispositif SESAME – Sésame vers l’emploi dans le sport et l’animation pour les métiers de l’encadrement –, qui permettra de former 6 000 jeunes sans qualifications aux métiers du sport.
Comme vous l’avez rappelé, Jacqueline Gourault, Roxana Maracineanu et moi-même avons confié une mission à Karl Olive, un ancien journaliste sportif qui a grandi dans un quartier de la ville de Poissy, dont il est désormais maire. Je ne doute pas que son regard expert et créatif nous permettra d’aller plus vite, plus fort et plus haut. Il présentera d’ailleurs quelques mesures dans le cadre du colloque qui se tiendra ici même le 17 décembre. Je songe par exemple à la mobilisation de financements privés pour financer des actions sportives dans les quartiers, ou encore au développement de tiers lieux sportifs en bas d’immeubles avec le soutien des bailleurs sociaux. Ces derniers pourraient d’ailleurs s’appuyer, plus largement, sur le plan massif de financement d’équipements sportifs annoncés par le Président de la République en vue des Jeux olympiques de 2024.
Enfin, vous avez évoqué le parcours des jeunes filles suivies par l’association Football is the solution, que j’ai eu la chance de rencontrer. J’en ai ressenti une réelle fierté, car elles incarnent un message fort : l’importance du sport pour dépasser les différences de genre, mais aussi les différences sociales, économiques et culturelles. Vous pouvez compter sur l’action du Gouvernement pour contribuer à défendre cette conviction haut et fort.
(Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LaREM.)