XVIe législature
Session extraordinaire de 2021-2022

Séance du vendredi 22 juillet 2022

La parole est à M. le ministre de l’économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique. Rien que ça ! Nous avons franchi ce matin une première étape majeure avec l’adoption du projet de loi portant mesures d’urgence pour la protection du pouvoir d’achat. Je vous remercie pour la qualité des débats de ces derniers jours, aboutissant à l’adoption d’un texte qui, je le rappelle, revalorise les retraites de 4 %, triple – jusqu’à 6 000 euros – le plafond de la prime exceptionnelle de pouvoir d’achat (PEPA), et met fin à l’injustice consistant, dans certaines branches professionnelles, à conserver des salaires inférieurs au SMIC.
Je remercie également, quel que soit le groupe auquel ils appartiennent, tous ceux qui, dans l’enceinte de l’Assemblée, ont contribué à l’amélioration de ce texte, et je souhaite qu’il en aille de même pour ce projet de loi de finances rectificative (PLFR). En tant que grand adepte de l’écrivain américain William Faulkner, je dirais que les journées qui s’ouvrent devant nous nous laissent le choix entre
Le Bruit et la Fureur – il n’est pas sûr que le débat démocratique y gagne –, Tandis que j’agonise – ce sera notre cas si les séances nocturnes s’éternisent de nouveau jusqu’au matin – et Lumière d’août si, comme je vous le propose, l’Assemblée adopte un texte au service de nos compatriotes, défendant le pouvoir d’achat. C’est vrai que ce serait mieux ! Touchant la valorisation du travail, la manière dont nous protégeons nos compatriotes de la flambée des prix du carburant, la situation des territoires ultramarins, chers entre autres au groupe Libertés, indépendants, outre-mer et territoires, ce projet de loi laisse en effet subsister des marges de manœuvre que nous devons, tous ensemble, exploiter dans nos discussions. Je ne fixe, vous le savez, qu’une limite : nos finances publiques. Après la décision prise hier par la Banque centrale européenne (BCE), chacun mesure que les conditions de financement de notre dette doivent nous rendre particulièrement vigilants ; désormais, chaque euro compte. Lorsque l’argent du contribuable entre en jeu, la moindre légèreté nous est interdite.
C’est dans cet esprit que nous devons entamer l’examen du PLFR, deuxième étape du paquet « pouvoir d’achat ». Il comprend des mesures très concrètes, déjà débattues en commission : l’aide exceptionnelle de rentrée – 100 euros par ménage, plus 50 euros par enfant – permettra ainsi à 14 millions de nos compatriotes de mieux faire face à la flambée des prix alimentaires. Les prix du carburant pénalisent quant à eux des milliers de Français, notamment ceux qui, pour aller travailler, n’ont d’autre choix que de prendre leur voiture : nous maintiendrons donc jusqu’au 1er octobre la remise de 18 centimes par litre.
Très bien ! Certains groupes proposent d’ores et déjà d’augmenter cette remise, qu’ils jugent insuffisante ;… Il faudrait aller plus loin ! …nous sommes prêts à en discuter, sous réserve que son coût total n’excède pas l’enveloppe de 4,4 milliards consacrée au carburant par ce texte. Ce qui limite les marges de manœuvre ! Nous sommes également sensibles à la situation, signalée par certains d’entre vous, des petites stations-services rurales,… Très bien ! …en particulier dans des départements tels que la Lozère, le Cantal, la Haute-Loire. Là encore, dans le cadre de ce PLFR, nous sommes disposés à prévoir des dispositifs spécifiques d’accompagnement.
Aux mesures générales s’ajoutent des mesures ciblées, destinées à ceux qui, encore une fois, sont contraints de se rendre en voiture au travail. Comme l’a indiqué la Première ministre, nous sommes favorables à l’instauration de dispositifs qui incitent les entreprises à aider leurs salariés. Nous sommes prêts à porter de 200 à 400 euros le plafond d’exonération fiscale et sociale de la prise en charge des frais de carburant par l’employeur,…
Très bien !
Excellent !
…ainsi qu’à autoriser le cumul de cette prise en charge et de celle d’un abonnement à un moyen de transport collectif. Tous ceux, par exemple, qui se rendent en voiture de leur domicile à la gare, puis prennent le train jusqu’à leur lieu de travail, pourront dorénavant être indemnisés pour l’un et l’autre de ces trajets. Cela permettra, encore une fois, de mieux protéger nos compatriotes de l’augmentation des prix de l’essence. Très bien ! Nous proposons en outre de supprimer la contribution à l’audiovisuel public (CAP) : cette décision conforme à notre politique de baisse des impôts ferait regagner 138 euros à chaque ménage ; en compensation, le secteur se verrait garantir un financement durable et solide, gage de son indépendance.
Je le redis : au-delà de ces mesures, nous abordons l’examen de ce projet de loi dans un esprit de compromis, afin d’élaborer les meilleures solutions pour nos compatriotes. En particulier, nous sommes prêts à étudier toutes vos propositions en vue de valoriser le travail : monétisation des RTT, défiscalisation des heures supplémentaires.
(Applaudissements sur quelques bancs des groupes RE, Dem et HOR.) Le plafond de leur exonération fiscale est fixé à 5 000 euros : nous sommes disposés à le porter à 7 500 euros. Enfin, enfin ! En revanche, quitte à en décevoir certains, je ne peux qu’exprimer une nouvelle fois mon opposition à toute taxe supplémentaire. Je constate qu’ont été déposés des dizaines d’amendements qui, s’ils étaient tous adoptés, nous feraient ponctionner des milliards d’euros. Ce sont des recettes ! Croyez-vous vraiment qu’une nation où le niveau des prélèvements obligatoires compte encore parmi les plus élevés des pays développés ait besoin de nouveaux impôts ? Ma réponse est non ! (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes RE et Dem.) Aucune taxe n’a jamais amélioré la vie de nos compatriotes. Ils ont besoin d’argent dans leurs poches, pas dans celles de l’État ! (Mêmes mouvements.)
Par ailleurs, l’immense majorité de nos entreprises, travailleurs indépendants, très petites entreprises (TPE), petites et moyennes entreprises (PME), souffrent de l’inflation, comme les ménages ; elles sont en outre confrontées à des problèmes d’approvisionnement en matières premières et de pénurie de main-d’œuvre, notamment dans les secteurs de la distribution, de l’hôtellerie, de la restauration, mais aussi de l’agriculture. Évidemment, je ne conteste pas que d’autres secteurs d’activité, comme le raffinage ou le transport maritime, réalisent au contraire des bénéfices importants. Ils se sont gavés, oui ! Plutôt que d’être taxées, mieux vaut que ces entreprises contribuent volontairement (Sourires et exclamations sur les bancs du groupe LFI-NUPES) : c’est plus juste, plus rapide, plus efficace, et préférable pour l’attractivité de la France. (« Eh oui ! » et applaudissements sur les bancs du groupe RE.) De ce point de vue, je salue la décision de TotalEnergies : 20 centimes de remise par litre de carburant dans toutes ses stations-services, sur les autoroutes comme en zone rurale, à compter du 1er septembre. Cela, c’est un gain direct de pouvoir d’achat en perspective pour nos compatriotes, et non une ligne supplémentaire dans le budget de l’État ! ( Applaudissements sur les bancs des groupes RE, Dem et HOR.) Je salue la décision de l’armateur CMA CGM de porter de 500 à 750 euros sa remise par conteneur et de l’étendre à toutes les entreprises françaises sans exception. (Mêmes mouvements.)
J’ajouterai un mot au sujet d’un autre volet de ce projet de loi, capital dans le contexte actuel de crise énergétique, où il existe une forte éventualité que la Russie cesse un jour d’approvisionner l’Europe en gaz. Je souhaiterais avant tout souligner à quel point EDF constitue un acteur essentiel de notre souveraineté énergétique, à quel point nous devons préserver l’unité du groupe, à quel point nous comptons sur l’ensemble de ses salariés pour faire face à la crise actuelle. Or EDF doit relever des défis concernant sa modernisation : répondre à la hausse de la demande d’électricité, produire immédiatement davantage d’énergie décarbonée.
Ces défis nécessitent des investissements exceptionnels. Nous devons engager sans délai la construction des six nouveaux réacteurs pressurisés européens (EPR) annoncés à Belfort par le Président de la République,…
C’est de l’entêtement idéologique ! …et accélérer le développement des énergies renouvelables. Dans l’un et l’autre cas, pour aller vite, il nous faut de la clarté dans la direction, un commandement unique : il nous faut nationaliser EDF. Le Président de la République en a décidé ainsi ; dans le cadre de l’examen de ce texte, nous vous proposerons d’approuver les crédits nécessaires au lancement d’une offre publique d’achat de 9,7 milliards d’euros, laquelle nous permettra de reprendre le contrôle exclusif de l’entreprise. Je le répète, il faut que ces crédits soient adoptés pour rendre l’opération possible, pour que nous puissions conduire EDF dans le chemin de l’innovation, de l’excellence industrielle, de l’excellence nucléaire et de l’indépendance.
Protection du pouvoir d’achat, valorisation du travail, politique de l’offre, investissement dans l’innovation : les lignes de force du texte sont claires, équilibrées. Elles répondent aux demandes de nos compatriotes, qui n’attendront pas et verront leur quotidien amélioré dès le lendemain de la promulgation. Depuis plusieurs semaines, nous les avons protégés massivement, mieux que tout autre pays européen – notre inflation est la plus faible de la zone euro –, grâce aux dernières mesures que vous avez adoptées, grâce au bouclier énergétique ; je vous invite désormais à faire un pas supplémentaire et à adopter ces mesures concrètes, afin que les Françaises et les Français vivent mieux.
(« Très bien ! » et applaudissements sur les bancs des groupes RE, Dem et HOR.) La parole est à M. le ministre délégué auprès du ministre de l’économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, chargé des comptes publics. Mesdames et messieurs les députés, le moment est capital. Qui aurait pu imaginer, il y a seulement deux ans, le coup porté à l’économie mondiale par la pire pandémie depuis un siècle, puis cette économie redémarrant sur les chapeaux de roue à la faveur de la levée des restrictions, poussant sa reprise jusqu’à la surchauffe, enfin redécouvrant le fléau de l’inflation du fait d’une guerre au cœur de l’Europe ; et ce dans un contexte politique où les Français nous ont demandé, voilà un peu plus d’un mois, de nous entendre pour avancer ensemble, à leur service.
Depuis deux ans, face aux aléas, aux incertitudes, aux soubresauts, notre réponse n’a jamais varié : à grands défis, grands moyens. Pendant l’épidémie, nous avons assumé l’installation de puissants amortisseurs. Le « quoi qu’il en coûte » a inspiré l’investissement inédit d’une puissance publique résolue à sauver les entreprises, à préserver les compétences des salariés, à protéger le pouvoir d’achat ; un investissement salué par les économistes, mais aussi par les Français. La France des entrepreneurs, des artisans, des commerçants, en particulier, a découvert que l’État était là pour eux – cet État providence qu’ils avaient trop longtemps eu le sentiment de financer par leur travail sans jamais en bénéficier.
(Applaudissements sur quelques bancs du groupe RE.)
Ce choix de la protection, nous l’avons fait sans jamais perdre de vue notre boussole : l’avenir. Par-delà les crises, nous n’avons jamais cessé d’agir, avec deux lignes de force majeures : la valorisation du travail, la transition écologique et énergétique. Or nous n’aurions pu ni protéger sur le moment, ni préparer l’avenir si, dès le début du premier quinquennat d’Emmanuel Macron, nous n’avions remis de l’ordre dans nos comptes. C’est parce que notre pays a regagné sa crédibilité en repassant en 2018 sous le seuil européen des 3 % de déficit que nous avons pu emprunter pour protéger les Français alors que sévissait le covid-19. Pas trop d’autosatisfaction… C’est parce que notre pays est sorti de la procédure de déficit excessif que nous avons regagné une certaine crédibilité en Europe et pu convaincre nos partenaires de déployer un plan de relance historique.
Aujourd’hui, c’est au retour de la vie chère que nous devons faire face. La situation est exceptionnelle, je le répète, mais non inédite : la France a connu et surmonté d’autres crises, d’autres épisodes inflationnistes. Toutefois, les mesures que nous vous présentons se démarquent de ce qui a pu être fait par le passé, car notre réponse à cette crise, elle aussi, rompt avec les habitudes : austérité, hausse des prélèvements obligatoires. Nous faisons un autre choix. Nous ne répondrons pas à la crise par l’impôt, à l’inflation par la rigueur, aux soubresauts du monde par des zigzags économiques.
(Applaudissements sur quelques bancs du groupe RE. – Mme Estelle Folest applaudit également.)
Nous maintenons le cap fixé il y a cinq ans, porté par Bruno Le Maire, et nous poussons encore davantage les moteurs de notre stratégie économique : moins d’impôts, moins de dette, plus de croissance. Voilà notre stratégie économique. Nous maintenons notre cap et les Français le voient. C’est pour cela que ce PLFR est un PLFR de stabilité et de dignité. Stabilité de notre politique économique et dignité car, face à l’inflation, nous ne mettons pas davantage la tête des Français sous l’eau par le poids des impôts qui augmentent : nous les aidons à vivre quand la vie devient trop chère. Pour cela il faut augmenter les salaires ! Mesdames et messieurs les députés, le texte que nous vous présentons aujourd’hui traduit donc un effort massif pour un défi d’ampleur. Cet effort massif de 44 milliards d’euros se décompose en trois blocs : des crédits budgétaires pour protéger aujourd’hui le pouvoir d’achat des Français ; des crédits budgétaires pour continuer de préparer l’avenir ; des crédits budgétaires, enfin, pour honorer nos engagements financiers et financer l’alourdissement de la charge de la dette. Ces trois blocs traduisent à la fois l’ambition qui est la nôtre et le cadre dans lequel nous agissons. Ainsi, et contrairement à ce qu’indique son titre « projet de loi de finances rectificative », ce texte n’est pas le reflet d’une trajectoire que l’on rectifie ou d’une ligne que l’on corrige à la marge. Non, ce texte est un puissant réacteur au service des Français, de notre économie, de notre cohésion.
Il est le moteur d’une stratégie visant à permettre aux Français de dépenser moins et de gagner plus. Dépenser moins pour l’énergie à la maison, grâce à la prolongation du bouclier tarifaire jusqu’à la fin de l’année. Dépenser moins pour se déplacer, grâce aux crédits que nous ouvrons pour continuer à accompagner les Français en la matière – nous en débattrons, et Bruno Le Maire a indiqué à l’instant que nous étions prêts à améliorer les dispositifs prévus. Dépenser moins pour payer ses impôts, avec la suppression de la contribution à l’audiovisuel public. Les débats à ce sujet seront nourris mais il me semble que les garanties que nous avons apportées, avec celles que nous pourrons ajouter dans le cadre du débat, nous permettront de vous convaincre.
Il n’y a aucune garantie ! Gagner plus avec le financement des revalorisations des prestations sociales, des retraites ou de la rémunération de nos fonctionnaires. Gagner plus – et le débat qui s’ouvre le montrera – grâce à d’autres dispositions que vous adopterez pour revaloriser le travail, et dont vous avez débattu en commission. Mais surtout pas grâce à l’augmentation des salaires ! Avec vous, nous pourrons avancer pour que le travail paye mieux, avec la défiscalisation des heures supplémentaires par exemple (Applaudissements sur quelques bancs du groupe RE) , ou encore la monétisation des RTT. Et les salaires ? Ce texte répond au choc d’aujourd’hui mais il vient également préparer l’avenir, en maintenant tout d’abord notre trajectoire budgétaire. Car un pays qui ne tient pas ses comptes ne peut pas être, demain, un pays libre et un pays fort. (« Absolument ! » et applaudissements sur quelques bancs du groupe RE.) Préparer l’avenir également en renforçant notre souveraineté industrielle et la transition énergétique, avec le financement de la prise de contrôle à 100 % d’EDF et de la prolongation du bonus écologique pour les Français qui changent de véhicule. Préparer l’avenir en modernisant notre rapport avec les entreprises et en luttant contre la fraude, avec la facturation électronique pour les entreprises. Préparer l’avenir aussi en continuant à agir pour l’emploi, avec des crédits supplémentaires pour l’apprentissage – 1,8 milliard d’euros pour France compétences et près de 750 millions d’euros pour les primes d’apprentissage. Ces chiffres reflètent le dynamisme de cette politique, une réussite majeure du précédent quinquennat qui nous permet d’avoir plus de 700 000 jeunes en apprentissage, alors qu’ils étaient moins de 300 000 en 2017. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe RE.)
Vous l’avez noté, ce texte fait partie d’un bloc, d’un paquet. Il vient donner à notre pays les moyens de financer ce que vous avez voté tôt ce matin. Cela signifie aussi, et je le dis dès à présent, que voter contre celui-ci alors que l’on a voté pour celui-là n’aurait pas de sens. Cela reviendrait à dire oui aux objectifs et non aux moyens indispensables pour les concrétiser dans la vie des Français. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe RE.) Je vous le dis sincèrement : je suis convaincu que l’immense majorité d’entre vous fera preuve de cette cohérence. Je veux saluer le travail qui a été fait ici à l’Assemblée nationale, en commission et dans cet hémicycle. Travailler ensemble, nous y arrivons.
Au cours de l’examen de ce texte, nous aurons des échanges, des débats, des discussions sur un certain nombre de mesures ou de paramètres. Ces débats témoigneront d’une chose : nous avons tous la volonté de répondre présent pour protéger nos concitoyens face au choc économique mondial que nous traversons. Mais il y aura, au cœur de nos débats, deux grandes questions qui nous distingueront.
Première question : ce choc conjoncturel doit-il nous conduire à priver nos services publics et notre modèle social des ressources indispensables à leur pérennité en adoptant des baisses de taxes ou d’impôts pérennes, massives et surtout non ciblées, qui ne changeraient pas la vie des Français ?
Seconde question : nos choix doivent-ils nous conduire à nous priver de toute marge de manœuvre pour continuer à préparer l’avenir et à investir ? Vous le savez, nous répondons par la négative à ces deux questions, parce que nous devons la vérité aux Français.
La vérité, c’est que la guerre en Ukraine nous a fait changer d’époque. Inflation forte, croissance plus faible : nous estimons désormais que le PIB devrait croître de 2,5 % en volume cette année, soit 1,5 point de moins que la prévision sur laquelle reposait la loi de finances initiale.
Elle a bon dos, la guerre en Ukraine ! La vérité, c’est que nos finances publiques sont à risque en raison de l’inflation et de la remontée des taux d’intérêt. La charge de la dette, que je rappelais au début de mon intervention, s’élèvera cette année à 17 milliards d’euros supplémentaires en comptabilité nationale ; c’est l’équivalent de deux fois le budget du ministère de la justice. Il faut le dire clairement : la parenthèse de l’emprunt gratuit s’est bel et bien refermée. Ce qui était soutenable dans un environnement de taux nuls ne l’est plus à l’heure où ces derniers remontent, où notre responsabilité absolue est de garantir la crédibilité de la France et de ne pas faire peser une charge excessive sur les générations futures.
La conséquence, c’est que nous sommes passés du « quoi qu’il en coûte » au « combien ça coûte », c’est-à-dire de la logique presque inconditionnelle qui a prévalu au plus fort de la crise du covid à une approche plus ciblée, plus juste et donc plus efficace tout en étant soutenable pour les finances publiques. À ce titre, nous réaffirmons notre objectif : maintenir le déficit de nos administrations publiques à 5 % cette année et le ramener en dessous de 3 % d’ici à la fin du quinquennat. Nous assumons de tenir les comptes : tenir nos comptes pour respecter nos engagements, tenir nos comptes pour conserver notre indépendance, pour préserver une force de frappe, une force d’investissement budgétaire face aux grands défis que nous devrons affronter.
Vous en déduisez donc les lignes rouges que nous refuserons toujours de franchir dans ce débat : laisser filer les comptes et augmenter les impôts. Voilà, mesdames et messieurs, la cohérence qui est la nôtre. Je vous disais, au début de mon intervention, que nous nous trouvions dans un moment capital. Ce texte est capital : capital du fait du contexte dans lequel il s’inscrit, capital par les moyens financiers exceptionnels qu’il met en œuvre, capital parce que, pour la première fois, nous supprimons purement et simplement un deuxième impôt en cinq ans.
C’est la défense du capital, oui ! Il est capital pour plus d’indépendance et plus de souveraineté énergétique, et capital enfin en raison du dialogue dont il fait l’objet pour construire des compromis. Nous pouvons montrer ensemble, Gouvernement et Parlement, que de ces débats peuvent émerger des idées nouvelles et que de nouveaux points d’équilibre peuvent être trouvés. Vous pourrez compter sur Bruno Le Maire comme sur moi-même pour porter cette logique de dialogue. Échanger, coconstruire, faire vivre cette nouvelle méthode, ce n’est pas seulement le vœu formulé par la Première ministre lors de sa déclaration de politique générale : c’est montrer aux Français que nous les avons entendus cinq sur cinq. Si on avait fait ça depuis 2017 ! Gardons à l’esprit que les Français nous regardent car, en fin de compte, c’est cela qui doit nous rassembler : agir pour eux. (Applaudissements sur les bancs des groupes RE, Dem et HOR.) La parole est à M. Mathieu Lefèvre, suppléant M. Jean-René Cazeneuve, rapporteur général de la commission des finances, de l’économie générale et du contrôle budgétaire. Je vous prie tout d’abord de bien vouloir excuser le rapporteur général qui a cet après-midi une contrainte personnelle à laquelle il ne peut et ne doit déroger. J’en profite pour saluer son immense travail sur ce texte, ainsi que la pédagogie dont il fait montre constamment auprès de nous, sur l’ensemble des bancs, sur des sujets parfois très arides. Je remercie également le président Coquerel d’avoir accepté que j’assume son intérim à l’occasion de cette discussion générale. Quelle ouverture d’esprit ! (Sourires.) Je tiens enfin à saluer le travail considérable effectué par le service de la commission des finances et par les directions de Bercy, ainsi que la disponibilité des ministres dans un délai extrêmement contraint.
Ce projet de loi de finances rectificative est indissociable du texte relatif au pouvoir d’achat que notre assemblée vient d’adopter. C’est un texte budgétaire, bien entendu, mais c’est avant tout une réponse politique massive à la crise de l’inflation que nous connaissons. De ce point de vue, le paquet « pouvoir d’achat » doit être appréhendé dans sa cohérence et dans son ampleur. Voilà qui est indispensable, je crois, pour répondre aux critiques dont il fait l’objet et que je pourrais résumer ainsi : « vous n’en faites pas assez » et « vous en faites trop ». Entre ces deux écueils, j’ai la faiblesse de croire que notre réponse est la bonne et qu’un compromis est possible sur cette base : ceux qui critiquent le coût de nos mesures doivent nous dire laquelle abandonner, tandis que ceux qui en critiquent la portée savent bien qu’une réponse budgétaire ne saurait être illimitée, sauf à créer les conditions de la dette aujourd’hui et des impôts demain.
(Applaudissements sur quelques bancs du groupe RE.)
Le paquet « pouvoir d’achat » doit être appréhendé en cohérence, tout d’abord, avec l’esprit de responsabilité qui nous anime depuis 2017 et grâce auquel nous avons fait face, comme l’a rappelé le ministre délégué Gabriel Attal, aux crises d’ampleur que nous connaissons. Il l’a dit, et nous devons le redire : pour la majorité présidentielle, le redressement de nos finances publiques n’est pas une option ; en témoigne le solde budgétaire qui est en amélioration de plus de 2 milliards d’euros par rapport à l’exécution des comptes de l’an dernier.
Il doit être appréhendé en cohérence, ensuite, avec ce que la majorité a fait pour le pouvoir d’achat au cours des cinq dernières années, avec toujours comme boussole la revalorisation du travail. C’est la ligne que nous continuons à suivre dans ce débat parlementaire avec l’amendement déposé par notre collègue Marc Ferracci, après l’excellent travail mené par M. Thibault Bazin sur la monétisation des RTT, qui constitue une avancée sociale majeure en faveur de la revalorisation du travail. Je tiens également à saluer ici les initiatives parlementaires de la majorité : grâce aux amendements de MM. Laqhila et Maillard, la prise en charge des frais de transport des salariés par leurs employeurs va être renforcée et, grâce au président de la commission du développement durable et de l’aménagement du territoire Jean-Marc Zulesi, le forfait mobilités durables sera amélioré. Je tiens également à saluer la proposition de M. Cordier, qui permettra d’aider les bénévoles en faisant en sorte qu’ils ne subissent pas l’inflation dans le cadre de leurs missions associatives.
C’est bien la première fois qu’un membre de la majorité me remercie ! Le paquet « pouvoir d’achat » doit être appréhendé en cohérence, enfin, avec notre ligne de conduite depuis 2017 : agir vite et fort face aux crises d’ampleur que nous connaissons. C’est en effet une politique d’une ampleur sans précédent que nous menons pour préserver le pouvoir d’achat des Français : 20 milliards d’euros, après 23 milliards d’euros l’an passé, au-delà de la prolongation du bouclier énergétique grâce auquel notre pays – nous ne le disons pas assez – connaît l’inflation la moins élevée d’Europe. Il faut toujours le rappeler. Aussi, quand j’entends certains sur ces bancs utiliser le champ lexical de la rareté, de la farce ou des miettes, je les invite à considérer ces ordres de grandeur, inconnus jusqu’alors. Je ne prendrai qu’un seul exemple : la hausse du point d’indice dans la fonction publique, la plus forte depuis trente-cinq ans, représente près de 7,5 milliards d’euros (Applaudissements sur les bancs des groupes RE et Dem), soit l’équivalent des budgets cumulés de l’outre-mer et de l’agriculture. C’est un effort considérable que chacun d’entre nous doit bien mesurer – et les ministres y ont insisté – au moment où nous empruntons plus de 1 milliard d’euros par jour ouvré sur les marchés financiers et où nous sommes contraints de dépenser 12 milliards d’euros de plus que prévu cette année pour financer notre endettement.
Enfin nous poursuivons, oui, les baisses et les suppressions d’impôts initiées sous le précédent quinquennat.
C’est indispensable ! Cette stratégie a porté ses fruits puisqu’elle nous mène vers le plein emploi. Les chiffres du chômage sont incontestables. Je ne connais d’ailleurs pas d’autre chemin vers la prospérité, ni de chemin vers le plein emploi qui passe par l’instabilité fiscale et les hausses d’impôts. De ce point de vue, la majorité tient à saluer l’esprit de responsabilité de TotalEnergies et de CMA CGM, qui ont annoncé ce matin un geste de redistribution significatif – personne ne peut le contester –… Si ! …en faveur du pouvoir d’achat des Français. Je le répète, mieux vaut un gain de pouvoir d’achat immédiat pour les Français qu’une taxe qui apportera une recette ultérieure dans les caisses de l’État et qui enverra un signal désastreux pour notre économie (Applaudissements sur les bancs du groupe RE) , au moment où sa compétitivité s’est redressée grâce au Président de la République depuis cinq ans. Du réalisme et du courage ! Chacun, et pas seulement l’État, doit prendre toute sa part à la redistribution des richesses. Pas seulement l’État, les riches aussi ! Ces annonces démontrent l’efficacité de notre politique économique et la parfaite coopération de nos grandes entreprises dès lors qu’il s’agit d’enjeux majeurs pour notre pays.
Mes chers collègues, aucune majorité n’a fait autant en la matière depuis des décennies…
Depuis des siècles ! (Sourires.) …puisque ce sont près de 50 milliards d’euros d’impôts et de taxes qui ont été rendus aux Français et à la compétitivité de nos entreprises.
Nous allons même poursuivre cette politique puisqu’à la rentrée, nous allons supprimer la contribution sur la valeur ajoutée des entreprises (CVAE)
(Applaudissements sur quelques bancs du groupe RE) pour continuer à redonner des marges de manœuvre et de l’air à nos entreprises, au service de la compétitivité et de l’emploi. La crise que nous connaissons ne nous fait pas renoncer à notre cap politique : réaffirmer que le travail doit être mieux rémunéré – c’est le sens de l’amendement que nous avons défendu concernant les heures supplémentaires – et qu’en aucun cas il ne doit être lésé par l’inflation ; accélérer la transition énergétique et aller vers le plein emploi tout en continuant à mener une politique sérieuse au plan budgétaire.
Mes chers collègues, avant que l’examen de ce texte ne débute, je tiens à vous faire part de mon souhait, qui est aussi celui de la majorité présidentielle, que nos débats puissent avoir lieu dans un état d’esprit apaisé et de compromis. Je crois que les enjeux le méritent et le justifient.
(Applaudissements sur les bancs des groupes RE, Dem et HOR.) La parole est à Mme Céline Calvez, rapporteure pour avis de la commission des affaires culturelles et de l’éducation. Je concentrerai mon propos sur l’article 1er du projet de loi, au cœur de nos débats en commission des affaires culturelles dont je rapporte l’avis.
Le premier point majeur est la suppression de la contribution à l’audiovisuel public (CAP), dont nous savons tous qu’elle n’est pas assez dynamique, qu’elle ne prend pas en compte les capacités contributives des foyers et qu’elle s’est, au fil du temps, déconnectée des usages.
Qui veut noyer son chien l’accuse de la rage ! L’audiovisuel public ne s’apprécie plus seulement sur un écran de télévision, en effet.
À la faveur de la disparition de la taxe d’habitation avec laquelle elle était collectée, sa suppression permet de redonner du pouvoir d’achat aux Français dès maintenant et nous donne l’occasion d’aborder le rôle précieux que joue l’audiovisuel public pour nos concitoyens.
Il s’agit de supprimer la CAP, tout en garantissant le financement de l’audiovisuel public.
Et son indépendance ! Notre défi est donc de trouver un mode de financement offrant le même niveau de garantie qu’aujourd’hui. L’analyse des garanties juridiques actuelles que nous avons menée à travers nos travaux et auditions nous a montré qu’elles n’étaient ni idéales ni parfaites. Nous avons constaté que c’était finalement grâce à la pratique et par les engagements politiques que les trajectoires prévues avaient pu être suivies. Néanmoins, j’entends les inquiétudes qui émanent des dirigeants de l’audiovisuel public s’agissant de leur indépendance à l’égard du pouvoir politique,… Ils ont de quoi s’inquiéter, en effet ! …indépendance qui ne dépend pas seulement de la nature du financement. Il nous faut dès lors proposer un dispositif qui offre un niveau de protection égal voire supérieur à celui qui existe aujourd’hui. C’est bien à son aune qu’il faut évaluer le mécanisme qui nous est soumis dans l’article 1er.
Le dispositif actuel ne fige en rien la dotation à l’audiovisuel public : arrêtons les simplismes et autres fétichismes. Ces dernières années ont vu le montant de la CAP diminuer et c’est le budget de l’État qui est venu abonder l’audiovisuel public.
Voilà ! C’est ainsi que 15 % de la dotation est déjà budgétisée – l’audiovisuel public n’en est pas moins indépendant.
La détermination des ressources de l’audiovisuel public ne passe pas seulement par la CAP mais aussi et surtout par le vote du Parlement chaque année. La défense de cette contribution a trop souvent escamoté le rôle du Parlement dans la détermination du financement de l’audiovisuel et il s’agit aujourd’hui de le réaffirmer.
Très juste ! Notre commission a donné un avis favorable à l’adoption de l’article 1er car nous estimons que, compte tenu des règles budgétaires actuelles, le Gouvernement a su mobiliser les moyens nécessaires pour respecter le besoin de prévisibilité annuelle des sociétés de l’audiovisuel public. Ainsi, pour limiter les régulations infra-annuelles qui touchent parfois les crédits budgétaires, le versement de la dotation aux sociétés de l’audiovisuel public se fera en une seule fois, dès le début de l’exercice. C’est une réponse tout à fait satisfaisante. En effet ! Nous veillerons néanmoins à ce que les effets collatéraux de la réforme soient pris en compte. Je pense notamment à la compensation des effets fiscaux ou à la prise en compte des effets de l’inflation.
Le deuxième défi est le besoin de prévisibilité pluriannuelle des sociétés de l’audiovisuel, défi sur lequel leurs dirigeants ont insisté. La création d’une mission budgétaire à l’article 1er nous permettra de débattre de la trajectoire pluriannuelle des crédits concernés à l’occasion de la loi de programmation des finances publiques dont nous débattrons à l’automne. C’est une avancée tout à fait appréciable. Sans la création de cette mission budgétaire, il n’en serait rien.
Eh oui ! Je souhaite aller plus loin. Comme nous l’avons souligné en commission, il serait bon que nous débattions des missions et des objectifs du service public audiovisuel, de son organisation, des façons dont il pourrait répondre encore mieux à ses missions. Cette discussion, nous pourrons la mener lors de l’avis que notre commission donnera sur les prochains contrats d’objectifs et de moyens (COM) mais il importerait de la prolonger dans le cadre d’une loi d’orientation et de programmation propre à l’audiovisuel public.
Ses missions, ses ressources, l’harmonisation des temporalités entre les mandats des dirigeants mais aussi les COM, les trajectoires budgétaires seraient autant de sujets qui pourraient nourrir les débats entre nous, parlementaires, mais aussi avec nos concitoyens. Quels que soient les modes de financement retenus, la concertation avec les citoyens est essentielle et même nécessaire.
Nous sommes d’accord ! Parce que l’audiovisuel public est un bien commun, chacun d’entre nous devrait y contribuer selon ses moyens. C’est ce que dessine l’article 1er avec la budgétisation du financement de l’audiovisuel public et je vous invite, au nom de la commission des affaires culturelles, à l’adopter. ( Applaudissements sur les bancs du groupe RE.) La parole est à M. le président de la commission des finances, de l’économie générale et du contrôle budgétaire. C’est la première fois que je m’adresse à vous dans cet hémicycle en tant que président de la commission des finances. Nous nous apprêtons à débattre d’un projet de loi de finances rectificative qui va, je crois, donner le ton de toutes les lois de finances à venir de cette législature. C’est pourquoi, avant d’entrer dans le détail de certaines caractéristiques de ce PLFR, je veux vous dire ma conviction que la logique économique sur laquelle il se fonde ne répond pas aux besoins et aux urgences de notre temps. (Applaudissements sur les bancs des groupes LFI-NUPES et Écolo-NUPES.)
Je n’évoquerai pas l’efficience économique et sociale de votre politique, vous savez, monsieur le ministre de l’économie et des finances, que je la conteste, mais je tiens à souligner que les catastrophes écologiques, sanitaires et sociales que nous vivons depuis quelques années ne sont pas des parenthèses éphémères. Elles vont se prolonger, se reproduire, se multiplier, s’aggraver.
Notre problème n’est pas seulement que la France brûle aujourd’hui mais qu’elle va brûler de plus en plus souvent et de plus en plus fort. Le feu ici, ailleurs les inondations, les crues toujours plus fortes, la sécheresse, les glissements de terrain, les tempêtes du siècle, tous les ans.
Notre problème n’est pas seulement le covid mais aussi toutes les pandémies qu’on nous annonce alors que nos soignants s’estiment toujours aussi démunis et débordés et que l’on ne sait pas si les urgences tiendront cet été.
(Applaudissements sur les bancs des groupes LFI-NUPES et Écolo-NUPES.)
Notre problème n’est pas seulement l’inflation ou les conséquences actuelles de la guerre en Ukraine, c’est tout notre fonctionnement économique, notre manque de souveraineté énergétique et industrielle et l’appauvrissement massif de millions de Français sur fond d’inégalités grandissantes, d’affaiblissement des services de l’État et de notre protection sociale.
Chers collègues, quand je vous annonce que nous fonçons vers ces catastrophes, c’est pour ancrer dans nos têtes, dans toutes nos têtes, qu’elles vont nécessiter des moyens matériels toujours plus étendus de la part de l’État et des services publics, et qu’elles réclament de revoir la manière de hiérarchiser les priorités.
Depuis des années que nous débattons ensemble, j’estime être devenu familier de votre raisonnement logique, des objectifs premiers de la politique de l’offre. J’ai nommé la compétitivité. Traduction : répartir la plus-value et les richesses produites toujours plus au bénéfice du capital qu’à celui du travail.
Mais non ! J’ai nommé la réduction des déficits et la baisse des impôts qui laissent aux seules dépenses publiques le soin d’éponger la dette. (« Eh oui ! » sur plusieurs sur les bancs du groupe LFI-NUPES.)
Le problème nous saute aux yeux : rien de tout cela ne répond et ne pourra répondre aux urgences vitales auxquelles est confronté notre pays. Ce n’est pas une hypothèse, c’est une certitude. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LFI-NUPES.)
J’estime avec gravité qu’il est urgent que nous fassions l’inverse de ce que vous nous proposez. Vous partez de préceptes économiques, ceux du néolibéralisme, pour déterminer le degré des réponses aux besoins. Nous devons au contraire partir des besoins, et plus particulièrement de ceux dictés par l’urgence écologique, sociale, sanitaire, pour élaborer la stratégie économique et financière apte à les satisfaire. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LFI-NUPES.)
Votre bloc si mal nommé « pouvoir d’achat » est l’illustration de ce choix erroné tant il est contraint, ligoté, asphyxié, mal orienté par vos choix macroéconomiques, à commencer par le carcan à venir que vous décriviez dans votre récente interview au journal Le Monde , monsieur Le Maire. Vous disiez vouloir maintenir votre objectif de ramener le déficit sous les 3 % d’ici à 2027 en précisant que pour y parvenir, vous comptiez sur la plus faible progression de la dépense publique depuis vingt ans. Monsieur le ministre, dans le contexte actuel, êtes-vous sûr que l’urgence et le sérieux résident dans la priorité donnée à la baisse du déficit de notre pays ? Êtes-vous sûr que la charge de la dette vaut la peine d’appauvrir les capacités de l’État et de la collectivité qu’il va falloir toujours plus mobiliser alors même que celle-ci est moindre que les dépenses fiscales que vous avez infligées chaque année aux finances publiques au profit des plus favorisés ? (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NUPES.) Il a raison ! Il n’y a pas d’argent magique ! L’urgence et le sérieux consisteraient plutôt à déterminer les sommes à mobiliser pour les investissements nécessaires à une véritable bifurcation écologique et sociale – 50 milliards par an, selon le chiffrage que nous avons élaboré pour la campagne de Jean-Luc Mélenchon – et de voir ensuite comment trouver cet argent. Une fois encore, c’est la dette écologique, et non pas la dette financière, que nos enfants pourront nous reprocher de leur avoir léguée. (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes LFI-NUPES et Écolo-NUPES.) S’il est concevable d’annuler en partie cette dernière, on ne pourra jamais annuler la première.
Ne serait-il pas plus sérieux d’écouter les cris d’alerte du président de la fédération nationale des sapeurs-pompiers quand il réclame un « quoi qu’il en coûte » en matière de protection civile ?
Il a raison ! Cela ne vous semble-t-il pas prioritaire par rapport à la logique consistant à offrir des milliards de baisses d’impôts aux plus riches et aux plus grandes entreprises sans contreparties, dans l’espoir d’un hypothétique impact positif sur le pays que, comme Godot, on ne voit jamais venir ? Ce n’est pas vrai ! Que d’argent ainsi gaspillé, que de coût carbone ainsi mobilisé au profit de quelques-uns alors que dans vos discours introductifs respectifs, messieurs les ministres, aucun de vous n’a prononcé une seule fois le mot « salaire » ! (Applaudissements sur les bancs des groupes LFI-NUPES et SOC.) Sur cela, le PLFR ne revient pas. Ce qu’il fait, en revanche, c’est supprimer précipitamment la redevance télé en utilisant une partie de la TVA. Est-il bien sérieux de se contenter d’une aide au carburant de nature temporaire, qui sera vite avalée par l’augmentation du prix de l’essence, quand la détresse de nos concitoyens est si grande ? Il faut bloquer les prix et mettre en place une taxation flottante du carburant et une taxation des pétroliers. Veuillez conclure, monsieur le président de la commission. Face à l’urgence, à la montée des inégalités, aux crises qui n’en finissent pas, je me prends encore à espérer que cette nouvelle assemblée ouvre des perspectives et envoie des signaux. Des amendements en ce sens sont sur la table, y compris venant de collègues de la majorité. Votez-les alors ! Je pense en particulier à ceux portant sur la taxation des plus grands profiteurs de la crise.
Chers collègues, vous l’avez compris, la méthode que je vous propose pour juger ces amendements est simple : il s’agit de nous demander comment employer et partager les richesses en faveur de l’intérêt général. Ne vous privez pas d’étonner le pays en répondant ainsi à ses besoins.
(Applaudissements sur les bancs des groupes LFI-NUPES, SOC, Écolo-NUPES et GDR-NUPES.) La parole est à Mme la présidente de la commission des affaires culturelles et de l’éducation. Notre commission s’est réunie la semaine dernière pour examiner l’article 1er du PLFR relatif à la suppression de la contribution à l’audiovisuel public. Sur un sujet au cœur de la vie quotidienne des Français, elle s’est rassemblée autour d’un constat et de plusieurs préoccupations qui rendent nécessaire d’offrir à l’audiovisuel public des garanties de long terme.
Chacun sur ces bancs le sait, la CAP est un impôt obsolète. D’une part, par son assiette : la contribution est assise sur la possession d’un téléviseur, sans que soient pris en compte les multiples écrans – smartphone, tablette, ordinateur – présents dans nos foyers alors même qu’ils permettent d’accéder aux contenus de l’audiovisuel public. D’autre part, en raison de ses modalités de recouvrement, adossé à celles de la taxe d’habitation qui disparaîtra définitivement pour les résidences principales en 2023.
La CAP est également un impôt profondément inéquitable, du fait à la fois de l’évolution des usages, notamment chez les plus jeunes, et du maintien des droits acquis pour certains redevables. Le rapport de la mission des inspecteurs généraux des affaires culturelles et des finances, dont j’ai demandé la transmission à l’ensemble des commissaires aux affaires culturelles, le montre bien : la CAP, par son montant fixe, prend peu en compte les capacités contributives des foyers et apparaît dès lors comme un prélèvement fortement dégressif.
L’évolution du mode de financement de l’audiovisuel public est donc plus que nécessaire. Le Gouvernement propose à l’article 1er une forme de normalisation budgétaire en faisant reposer le financement de l’audiovisuel public sur le budget général de l’État, au prorata des capacités contributives de chaque Français. Mais d’autres aspects sont pris en compte car la réussite de la réforme est conditionnée à l’existence de garanties pour les six sociétés et établissement de l’audiovisuel public. Le projet de loi écarte ainsi le risque de gestion infra-annuelle des crédits, par le versement de la dotation en une seule fois, en début de gestion. Les effets fiscaux de la réforme, loin d’être négligeables, ont aussi vocation à être intégralement compensés, et nous serons très attentifs à cet aspect à l’automne prochain.
(Mme Constance Le Grip et M. David Valence applaudissent.)
L’audition des six dirigeantes et dirigeants de ces organismes a montré leur réticence à l’idée de basculer vers la budgétisation, même protégée de toute régulation. Les membres de la commission ont été sensibles à leurs arguments, comme l’ont montré nos débats. Les sociétés ont besoin de visibilité, à la fois pour assurer leur indépendance mais aussi leur bonne gestion.
Pour répondre à cette inquiétude, la rapporteure pour avis a proposé de repousser l’adoption des nouveaux contrats d’objectifs et de moyens qui fixent la trajectoire financière pluriannuelle des sociétés, prévue en principe pour 2023. Il s’agirait ainsi de laisser le temps au Parlement de débattre des objectifs et des missions assignés à l’audiovisuel public et de décider, sur la durée, des moyens à lui allouer ainsi que de la gouvernance la plus appropriée à ses missions. Alors seulement pourraient être conclus les COM, véritables instruments de pilotage de ces entreprises.
Néanmoins, il me semble que nous pourrions accompagner cette proposition d’une modification du dispositif proposé par le Gouvernement pour rassurer nos collègues, comme l’ensemble des personnels de l’audiovisuel public, sur nos intentions.
En gardant le mécanisme de l’affectation d’une taxe – il s’agirait en l’occurrence d’une part du produit de la taxe sur la valeur ajoutée –, il serait possible de conserver, au moins jusqu’à 2025, le compte de concours financiers existant qui empêche, de fait, toute régulation infra-annuelle. Cela nous laisserait le temps d’apporter toutes les garanties nécessaires à l’indépendance du service public audiovisuel, qu’il s’agisse de l’adéquation des ressources aux missions, de la prévisibilité et de la pluriannualité ou de l’encadrement des pratiques de régulation budgétaire en cours d’année. Car, vous le savez, la garantie des ressources de l’audiovisuel fait partie intégrante des conditions de son indépendance, laquelle est reconnue par le Conseil constitutionnel comme un objectif de valeur constitutionnelle découlant de la liberté de communication.
(« Il va vous censurer ! » sur les bancs du groupe LFI-NUPES.)
Les travaux menés en commission des affaires culturelles ont permis de démontrer l’attachement des députés au service public de l’audiovisuel, en particulier dans un contexte marqué par ce que l’on a pu qualifier de dérèglement de l’information. Donnons à ce service public le cadre et les moyens lui permettant d’accomplir sa mission. (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes RE, Dem et HOR.) Excellente intervention !
Dans la discussion générale, la parole est à Mme Véronique Louwagie. Vous le savez, nous le savons, il y a urgence à soutenir le pouvoir d’achat des Français. Ces derniers subissent un niveau de taxation unique en Europe et sont désormais considérablement appauvris par une inflation galopante d’une ampleur que la France n’avait plus connue depuis quarante ans. Une inflation qui pourrait atteindre plus de 7 % et que vous avez très largement sous-estimée.
C’est donc peu dire que ce PLFR, au même titre que le projet de loi sur le pouvoir d’achat, était fortement attendu. Toutefois, à ce stade, votre réponse est encore très loin du compte.
Sur le fond, nous contestons fortement votre méthode qui consiste à multiplier les chèques ciblés sur quelques-uns – en oubliant d’ailleurs toujours les classes moyennes – sans avoir le courage de baisser durablement les taxes, ce qui bénéficierait à tous. Votre gouvernement s’obstine dans cette politique du chéquier qui revient à taxer toujours plus les Français et à compenser ce matraquage fiscal incessant en leur faisant ponctuellement l’aumône d’un chèque. En résumé, les Français paient des taxes à l’État qui leur verse des chèques avec lesquels ils paieront de nouvelles taxes… On marche sur la tête et cela ne peut plus durer ! Non, messieurs les ministres, pour le moment, le compte n’y est pas !
Devant une question aussi fondamentale que celle du pouvoir d’achat, les députés du groupe Les Républicains ne pouvaient pas rester spectateurs et se résigner à voir votre majorité voter des mesures aussi insuffisantes et bancales !
Eh oui ! Nous voulons former une opposition utile aux Français et entendons profiter de ce texte pour faire adopter nos principales revendications et obtenir les réelles avancées attendues par nos compatriotes. C’est pourquoi nous avons rencontré Mme la Première ministre afin de lui faire part de nos exigences. Très bien ! Nous voulons maintenant que plusieurs mesures fortes soient prises à l’occasion de la discussion en séance.
La priorité absolue, vous l’avez compris, c’est la baisse du prix des carburants.
Très bien ! Sur ce point, nous posons deux conditions préalables : premièrement, la baisse de 18 centimes est, à nos yeux, bien trop insuffisante ;… Les négociations commencent ! …deuxièmement, votre gouvernement doit absolument renoncer à son dispositif de chèques carburant ciblés sur quelques-uns seulement. Une telle usine à gaz est injuste et absurde : tous les Français doivent pouvoir bénéficier d’une baisse des prix de l’essence et du diesel. (MM. Vincent Descoeur et Jean-Pierre Vigier applaudissent.)
Sur ce sujet, nous livrons un combat acharné. C’est ainsi que, conscient du risque que les députés du groupe Les Républicains votent la taxe sur les pétroliers, le groupe TotalEnergies a annoncé, ce jour, une remise de 20 centimes, ce dont nous nous réjouissons. Très bien ! C’est grâce à nous ! En résumé, l’ensemble des remises doit conduire à ramener pour tous le prix du litre à 1,50 euro. Un tel soutien est indispensable pour corriger une injustice, le fait que l’inflation est plus fortement ressentie dans les zones rurales. C’est un sujet très important. Vous avez d’ailleurs évoqué, monsieur le ministre Bruno Le Maire, une réflexion sur le coût du carburant dans les territoires éloignés des raffineries. Nous nous en réjouissons parce qu’il s’agit d’un vrai sujet de justice territoriale – plusieurs collègues sur ces bancs nous ont d’ailleurs alertés sur ce point. En particulier dans le Cantal ! Enfin, deux dernières mesures nous tiennent particulièrement à cœur : premièrement, donner aux entreprises la possibilité de verser à leurs salariés un forfait carburant d’un montant supérieur, en relevant le plafond à 400 euros, soit le double de la somme actuelle ; deuxièmement, instaurer un crédit d’impôt permettant aux Français de passer au bioéthanol, dont le prix au litre est plus de deux fois inférieur à celui des carburants d’origine fossile.
La deuxième priorité des députés du groupe Les Républicains est de mieux rémunérer le travail.
Ben voyons ! Fidèles à nos convictions et constants dans nos propositions, nous renouvelons celles que nous défendons depuis plusieurs années : la défiscalisation totale des heures supplémentaires et la monétisation des RTT – vous les avez évoquées.
Enfin, troisième point, nous réclamons une lutte accrue contre la fraude sociale. Les députés de notre groupe ont toujours adopté une attitude responsable en formulant des propositions pour financer des dépenses nouvelles sans aggraver davantage notre dette. Nous vous demandons de généraliser au plus vite la carte vitale biométrique, les fausses cartes vitales coûtant actuellement à l’État 5,4 milliards d’euros chaque année.
Eh oui ! Et la fraude fiscale, combien coûte-t-elle ? Je finirai en regrettant qu’aucune diminution des dépenses publiques n’ait été engagée dans ce PLFR… Ça viendra, ne vous inquiétez pas ! Malheureusement, ça viendra ! …– nous ne vous avons d’ailleurs pas entendu, messieurs les ministres, sur ce sujet. La France connaît pourtant le taux de dépenses le plus élevé d’Europe et croule sous une dette record, au point que la remontée des taux d’intérêt pourrait avoir des conséquences dramatiques.
Vous l’avez compris, messieurs les ministres, mes chers collègues, l’attitude du Gouvernement à l’égard de nos amendements et les avancées que nous obtiendrons ou non conditionneront notre vote sur le projet de loi. Les députés du groupe Les Républicains sont prêts à faire un geste dans votre direction, à la condition toutefois d’obtenir gain de cause sur les exigences prioritaires que nous avons formulées. À ce stade, nous sommes loin du compte.
(Applaudissements sur les bancs du groupe LR.) Bravo ! La parole est à M. Jean-Paul Mattei. Invasion de l’Ukraine par la Russie, inflation en glissement annuel de 5,8 %, relèvement des taux directeurs de la BCE, hausse du coût du financement de la dette publique, mais aussi croissance historique, plus forte qu’anticipée et, en conséquence, hausse importante des recettes fiscales : le contexte dans lequel nous sommes appelés à examiner le projet de loi de finances rectificative est bien différent de celui que nous connaissions en octobre. Dans ces conditions, il serait d’ailleurs irresponsable de ne pas actualiser les hypothèses macroéconomiques sur lesquelles se fondent nos discussions sur ce texte.
Mais au-delà de l’ajustement budgétaire traditionnellement opéré chaque année, nous devons accompagner, avec ce PLFR, le paquet de mesures que le Président de la République, le Gouvernement et la majorité ont souhaité adopter pour protéger le pouvoir d’achat des Français face au retour de l’inflation.
À cet égard, nous saluons les avancées significatives que nous avons en partie votées ce matin : revalorisation de 4 % des pensions de retraite, des minima sociaux et des aides aux plus fragiles, revalorisation de 3,5 % du point d’indice des trois fonctions publiques, gel de l’indice de revalorisation des loyers, prolongement de la remise sur le carburant, suppression de la contribution à l’audiovisuel public, relance et facilitation des négociations salariales, prolongation et extension de la prime Macron ; autant de mesures qui rendront du pouvoir d’achat à nos concitoyens.
Ces mesures ciblées, ajustées au plus près des besoins, sont indispensables et le groupe Démocrate les soutient avec vigueur. Nous formulerons plusieurs propositions pour aller plus loin encore, notamment s’agissant des ménages modestes se chauffant au fioul, que nous voulons aider, à court terme, à affronter la hausse des prix du pétrole, tout en les accompagnant, à moyen terme, vers des solutions alternatives moins coûteuses et décarbonées.
Nous attachons également une grande importance aux travailleurs. Alors que la flambée du prix du carburant rend l’acte même d’aller travailler moins rentable, particulièrement en zones rurales, nous souhaitons encourager les entreprises à prendre plus largement en charge le coût du carburant – les annonces de M. le ministre vont d’ailleurs dans ce sens – en augmentant le plafond de la prime transport et en l’ouvrant à tous les salariés. Plus encore, parce que nous sommes conscients de la nécessité d’agir vite et fort contre le changement climatique et que nous voulons favoriser les déplacements multimodaux, nous vous invitons à autoriser le cumul de la prime transport et du remboursement d’un abonnement de transports en commun. Nous saluons d’ailleurs le soutien du Gouvernement, annoncé ce matin par Mme la Première ministre, à cette proposition que nous défendons depuis plusieurs semaines.
La présente loi de finances rectificative est une loi d’urgence. Nous ne devons pas, chers collègues, nous perdre dans la discussion d’amendements « structurels » que nous pourrions examiner avec profit dans le cadre du projet de loi de finances pour 2023.
(M. le rapporteur suppléant applaudit.)
Cela ne doit cependant pas nous conduire à oublier les enjeux futurs. Permettez-moi de profiter de ma présence à la tribune pour évoquer quelques-unes des priorités de mon groupe en matière de finances publiques pour les prochaines années.
Nous réaffirmons notre appel à rationaliser la dépense publique sur le temps long en poursuivant les réformes structurelles qui, seules, garantiront le pouvoir d’achat des ménages et la maîtrise de l’inflation résiduelle, que la Banque de France estime à 3,3 %. Ainsi, nous devrons très vite ramener la dette publique en dessous de 100 % du PIB, son niveau d’avant 2020.
Nous devrons également procéder à la réforme des retraites, nous n’avons pas le choix. Nous le ferons avec responsabilité et souci de justice. Nous devrons renforcer les aides aux entrepreneurs engagées par les lois adoptées sous la précédente législature – la loi, dite PACTE, relative à la croissance et à la transformation des entreprises et celle relative aux travailleurs indépendants – et en tirer toutes les conséquences économiques et fiscales, notamment afin de faciliter la transmission des entreprises et renforcer l’intéressement des salariés pour partager la valeur.
Nous devrons également réfléchir, plus largement, à des réformes fiscales structurelles destinées à mieux accompagner l’innovation et la prise de risque, sans toutefois oublier la notion de justice. Il est de notre responsabilité de poursuivre la transformation de l’économie, tout en tirant les leçons de ce qui n’a pas fonctionné au cours des dernières décennies.
Nous devrons accélérer la transition écologique et énergétique, rénover les logements qui sont les premiers consommateurs d’espace et d’énergie en encourageant les investisseurs vertueux et en aidant les particuliers à mieux s’équiper, en augmentant MaPrimeRénov’ et en facilitant le remplacement des chaudières.
Nous devrons, enfin, nous montrer responsables pour ne pas léguer aux générations futures une dette insupportable. C’est pourquoi le groupe Démocrate souhaite avancer sur des propositions compatibles avec la sauvegarde des finances publiques. À cette condition de réalisme budgétaire, nous serons en mesure de trouver des compromis parlementaires acceptables, sans hypothéquer l’avenir.
(Applaudissements sur les bancs du groupe Dem et sur quelques bancs des groupes RE et HOR.) La parole est à Mme Christine Pires Beaune. Le projet de loi de finances rectificative a non seulement pour but de corriger la loi de finances initiale pour 2022, devenue largement caduque, mais également d’inscrire les nouvelles dépenses décidées dans le cadre du projet de loi sur le pouvoir d’achat adopté ce matin.
Corriger la trajectoire de nos finances publiques s’avère nécessaire car elles se sont dégradées. À écouter le Gouvernement, cette dégradation ne serait due qu’à la pandémie et à la guerre en Ukraine. Autrement dit, vos mauvais résultats, monsieur le ministre, ne seraient liés qu’à des événements exogènes. Eh bien, non, c’est faux et la Cour des comptes l’a démontré ! Selon elle, une partie de cette dégradation a pour cause, je cite : « des mesures nouvelles qui ont réduit les prélèvements obligatoires ». Parmi celles-ci, le groupe Socialistes et apparentés dénonce tout particulièrement la diminution de l’impôt sur les sociétés et la baisse des impôts de production, qui ont profité essentiellement aux grandes entreprises.
(Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NUPES.) Bien dit ! En fait, en diminuant les ressources de l’État, vous creusez inutilement le déficit public et la dette : 12 milliards d’euros supplémentaires sont inscrits dans ce budget pour faire face aux intérêts d’emprunt, c’est vertigineux ! Appauvrir l’État, voilà depuis cinq ans le fil rouge de votre politique ! À écouter la Première ministre, cela va continuer. Mais appauvrir l’État, nos concitoyens le constatent au quotidien, c’est aussi appauvrir les services publics. (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes SOC et LFI-NUPES.) C’est offrir moins de sécurité, moins de soins, moins d’éducation. Nous ne cautionnons absolument pas cette politique libérale qui vise à affaiblir l’État.
Par ailleurs, la Cour des comptes a jugé vos prévisions « optimistes » et le Haut Conseil des finances publiques s’inquiète de vos prévisions « peu fiables ». Peu fiables en matière de croissance, d’inflation, d’augmentation des recettes fiscales que vous éroderez encore en diminuant l’impôt.
Il y a donc urgence pour la santé budgétaire du pays mais, plus que tout, il y a une urgence sociale et vous peinez à l’entendre.
(Applaudissements sur quelques bancs du groupe LFI-NUPES. – Mme Sophie Taillé-Polian applaudit également.)
Le présent projet de loi a pourtant pour ambition d’être le pendant du projet de loi protégeant le pouvoir d’achat. Si certaines mesures sont bienvenues, derrière les effets d’annonce, les faux-semblants demeurent.
Faux-semblant, le triplement de la prime de partage de la valeur – ancienne prime Macron – dont un faible nombre de Français seulement bénéficiera, prime, qui plus est, exonérée de cotisations sociales.
(Applaudissements sur quelques bancs des groupes SOC, LFI-NUPES et Écolo-NUPES.) Vous contribuez ainsi à augmenter les déficits de la protection sociale, ce qui vous permettra ensuite de diminuer les dépenses sociales en raison du déficit que vous aurez vous-mêmes creusé !
Faux-semblant également que la revalorisation des minima sociaux, des allocations, des bourses universitaires. La revalorisation à hauteur de 4 % est évidemment bienvenue, mais demeure inférieure à votre propre prévision d’inflation, estimée à 5 % sur l’année ! En d’autres termes, vous faites subir aux catégories les plus en difficulté une baisse de pouvoir d’achat.
Faux semblant encore que la suppression de la contribution à l’audiovisuel public au nom du pouvoir d’achat, à hauteur de 37 centimes d’euros par jour !
(Applaudissements sur quelques bancs des groupes SOC et Écolo-NUPES.) Les Français méritent mieux que cette opération « pièces jaunes », une mesure superficielle pour le pouvoir d’achat, mais dangereuse pour l’indépendance de l’audiovisuel public. Il faut bien entendu revoir l’assiette de la redevance, mais il est essentiel pour nous que le financement de l’audiovisuel public conserve sa dimension citoyenne. (Mêmes mouvements.)
En définitive, ce projet de loi de finances rectificative propose le strict minimum, une simple rustine quand la hausse des prix bouleverse la vie des familles les plus fragiles. Les Français attendent des réponses fortes à cette inflation qui s’installe et qui dure. Des millions d’entre eux se demandent chaque jour comment nourrir leurs enfants, comment continuer de leur apporter quelques loisirs… C’est pour cela que nous, Socialistes et apparentés, proposons la hausse du SMIC à 1 500 euros net (M. Benjamin Lucas applaudit) et l’engagement de négociations pour une revalorisation globale des salaires. Les Français ne veulent pas l’aumône sous forme de primes, ils ne veulent pas seulement « s’en sortir » : ils veulent vivre, vivre dignement de leur travail.
Il y a donc urgence, et les réponses du Gouvernement ne sont pas à la hauteur des attentes des Français ni des enjeux actuels. Monsieur le ministre, vous affaiblissez l’État au moment où nos concitoyens ont tant besoin de lui. Vous affaiblissez également les collectivités territoriales. Vous ignorez les urgences écologiques et climatiques.
Il est temps pour le Gouvernement d’entendre les Français – ils se sont exprimés – et de tirer les leçons des échecs de ces cinq dernières années. Il est temps d’entendre les oppositions de gauche, qui s’expriment également.
(M. Benjamin Lucas applaudit.) Il est temps d’avoir la lucidité et le courage de changer radicalement de politique. (Applaudissements sur les bancs des groupes SOC, LFI-NUPES, Écolo-NUPES et GDR-NUPES.) La parole est à Mme Lise Magnier. Ce projet de loi de finances rectificative revêt un caractère singulier puisqu’il ne s’agit pas uniquement d’ajuster des crédits par rapport à la loi de finances initiale, mais aussi de déployer des outils de soutien pour nos concitoyens exposés à un contexte économique particulier.
En effet, la forte hausse de la demande mondiale au sortir de la crise sanitaire et la guerre en Ukraine font peser sur les économies des tensions inflationnistes fortes, même si la France présente aujourd’hui l’un des taux d’inflation les plus faibles d’Europe, ou plutôt l’un des moins élevés. Aussi ce texte acte-t-il le fameux « paquet pouvoir d’achat » défini par le projet de loi adopté ce matin.
Tout comme nous l’avons fait au plus fort de la crise sanitaire, nous devons être au rendez-vous et agir rapidement. Dès octobre 2021, l’indemnité inflation et le bouclier tarifaire ont permis de contenir l’augmentation des dépenses contraintes des Français. Ce bouclier tarifaire encadrant les prix de l’énergie sera maintenu jusqu’à la fin de l’année, mais nous ne devons oublier aucun de nos concitoyens. Il est donc indispensable de soutenir ceux qui se chauffent au fioul. Dans ma circonscription marnaise, tous n’ont pas les moyens de remplacer leur chaudière, malgré le dispositif MaPrimeRénov’. Ils subissent en ce moment le doublement du prix de leur cuve, et ne savent pas comment ils se chaufferont cet hiver. Nous comptons donc sur le Gouvernement pour déployer un dispositif s’adressant à eux, afin qu’ils ne se sentent pas laissés de côté. Nous serons attentifs à vos propositions concrètes, monsieur le ministre, et souhaiterions être associés à l’élaboration de ce dispositif.
(Applaudissements sur les bancs du groupe HOR.)
Il faut également assurer aux Français des revenus qui leur permettent de faire face à l’inflation. La revalorisation des pensions de retraite, des prestations sociales et de la prime d’activité sont nécessaires. L’aide exceptionnelle de rentrée complétera ce soutien pour nos concitoyens qui en ont le plus besoin. Mais nous devons encore accentuer nos efforts à destination des Français qui travaillent : défiscalisation des heures supplémentaires, monétisation des RTT… Nous proposerons des amendements ambitieux visant à ce que le travail paie mieux. Oui ! Très bien, la défiscalisation ! Enfin, il faut mettre un terme à la remise de 18 centimes par litre de carburant. En tant que garants de la bonne utilisation des deniers publics, nous le savons bien : les aides globales sont les plus injustes. En revanche, il est nécessaire de remplacer progressivement cette mesure par une indemnité carburant qui cible les travailleurs. L’ensemble des travailleurs de la classe moyenne doit pouvoir en bénéficier, eux qui ont trop souvent le sentiment d’être les laissés-pour-compte des politiques de soutien du pouvoir d’achat. Encourager le travail, valoriser l’activité, récompenser le mérite : voilà ce qui permettra d’engager le pays sur le chemin de la prospérité.
Je tiens à souligner également les autres mesures de soutien que contient ce texte. Ainsi, 480 millions d’euros de crédits supplémentaires seront consacrés au soutien des agriculteurs. Ils viendront notamment en aide à la filière porcine et permettront d’indemniser les éleveurs ayant affronté la grippe aviaire ou les agriculteurs ayant souffert des épisodes de gel destructeurs. En outre, le report d’un an de la suppression du tarif réduit sur le gazole non routier (GNR) permettra aux entreprises agricoles et de travaux publics d’éviter une hausse supplémentaire de leurs charges. Le texte prévoit encore 2 326 milliards d’euros pour abonder le financement de certaines aides aux entreprises déployées lors de la crise sanitaire, et pour financer l’aide aux entreprises touchées par les conséquences de la guerre en Ukraine. Enfin, ce projet de loi de finances rectificative acte un choix stratégique fort en consacrant près de 10 milliards d’euros à la nationalisation d’EDF. Notre production électrique actuelle est une richesse qu’il nous faut entretenir ; il s’agit d’une question de souveraineté.
Je conclurai en citant un chiffre : 11 886 milliards d’euros, soit les crédits ouverts pour tenir compte des nouvelles prévisions relatives à la charge de la dette dans un contexte d’inflation et de hausse des taux d’intérêt. Rappelons-nous cette somme pendant nos débats, car notre rôle consiste non seulement à répondre aux attentes des Français, mais également à maîtriser en élus responsables les finances du pays.
(Applaudissements sur les bancs du groupe HOR et sur quelques bancs des groupes RE et Dem.) Les députés du groupe Horizons et apparentés partagent l’objectif de 5 % de déficit fixé par le Gouvernement pour 2022, et veilleront à ce qu’il soit atteint. Nous défendrons ce texte, car il contient des mesures de soutien indispensables en cette période d’incertitude. (Applaudissements sur les bancs du groupe HOR. – M. Joël Giraud et M. Jean-Paul Mattei applaudissent également.) La parole est à Mme Eva Sas. Monsieur le ministre, vous avez le mérite de la constance. Force est d’avouer que ce projet de loi de finances rectificative s’inscrit dans la droite ligne de la politique budgétaire que vous défendez : des baisses d’impôts et une volonté idéologique de retour à l’équilibre budgétaire. Cela se traduira mécaniquement par des coupes dans les dépenses publiques, au moment où nous avons, au contraire, tant besoin d’investir dans l’hôpital public, dans l’éducation, dans la transition écologique. C’est vrai ! Naturellement, les députés écologistes ne souscrivent pas à cette politique qui compromet l’investissement dans la lutte contre le dérèglement climatique et profite d’abord aux plus aisés. (Mme Marianne Maximi applaudit.) Ils ne souscrivent pas non plus aux différentes mesures que vous proposez dans ce texte, à commencer par la suppression de la redevance sur l’audiovisuel public. L’Inspection générale des finances et l’Inspection générale des affaires culturelles elles-mêmes rapportent que cette mesure compromet l’indépendance de l’audiovisuel public, la stabilité de ses ressources, et crée pour les finances publiques un manque à gagner de 3,7 milliards d’euros.
Vous proposez ensuite un nouveau report de la suppression du tarif réduit sur le gazole non routier. C’est la quatrième fois, monsieur le ministre, que la suppression de cette niche fiscale néfaste pour le climat est reportée sous la pression des lobbys de la filière du bâtiment et travaux publics (BTP). Comment le Gouvernement veut-il qu’on prenne au sérieux sa volonté d’agir pour le climat, comment compte-t-il donner la lisibilité nécessaire aux acteurs économiques pour s’adapter, s’il ne tient pas ses engagements et recule dès qu’un secteur défend ses intérêts économiques au détriment de l’intérêt général ? Pourquoi n’écoutez-vous pas le Conseil des prélèvements obligatoires, qui recommande, plutôt que de réduire la fiscalité énergétique, d’en flécher les recettes fiscales vers des investissements verts et des aides à la transition ? Comme d’habitude, vous cédez à la pression des lobbys et vous vous privez au passage de 600 millions d’euros de recettes publiques.
(M. Benjamin Lucas applaudit.)
Ce texte contient également le financement de la montée au capital d’EDF, soit 9,7 milliards d’euros financés par le contribuable. Cette sortie de la Bourse doit permettre à EDF de s’exonérer du regard des investisseurs sur son programme nucléaire, une folie qui coûtera au contribuable entre 50 et 60 milliards d’euros – « un pognon de dingue » – pour une rentabilité plus que douteuse. Quand briserez-vous avec cette obsession du nucléaire, pour enfin investir dans les énergies renouvelables et atteindre les objectifs que la France s’est donnés en la matière ? (M. Benjamin Lucas et M. Boris Vallaud applaudissent.)
J’en viens au point le plus important : les manques de ce PLFR, à commencer par le soutien aux collectivités locales. Le groupe Écologiste-NUPES, qu’on ne saurait accuser de partager souvent la ligne de Charles de Courson, soutiendra pourtant sa proposition fort pertinente approuvée en commission, à savoir la compensation pour les collectivités de l’augmentation du point d’indice et du RSA. Les élus écologistes, très impliqués dans tous les territoires, sont en effet bien conscients du fait que les collectivités jouent un rôle majeur quand il s’agit d’investir dans la solidarité et dans la transition écologique, et que certaines d’entre elles ne pourront faire face sans soutien de l’État à l’augmentation du point d’indice et du RSA.
Mais surtout, l’énorme lacune de ce PLFR concerne les économies d’énergie. Vous prétendez soutenir le pouvoir d’achat des Français…
Ils mentent ! …mais le vrai bouclier, la vraie protection des ménages contre la flambée des prix de l’énergie, c’est de leur permettre d’en consommer moins. Pourquoi ce texte ne comporte-t-il pas de volet relatif aux économies d’énergie ? Vous me répondrez encore une fois « plus tard » ou « autrement », et me renverrez aux prétendus appels à la sobriété du Président de la République. Mais nous avons besoin d’un plan Marshall pour les économies d’énergie, et nous en avons besoin dès maintenant. Nous vous proposerons par voie d’amendement d’augmenter l’investissement dans la rénovation thermique, dans le remplacement des chaudières au fioul, dans les transports ferroviaires alternatifs à la voiture, comme l’a réclamé encore récemment Jean-Pierre Farandou, président-directeur général de la SNCF. Il demande, bien légitimement, 100 milliards d’euros sur quinze ans pour investir dans les RER métropolitains, le fret ferroviaire et la modernisation du réseau. Il faut des recettes, d’abord ! Pour investir, il faut de l’argent ! Regardez autour de vous : les flammes d’un été historiquement chaud rognent les forêts de notre pays, qui brûle littéralement. Pourtant, il fait moins chaud, aujourd’hui… Et vous semblez encore penser qu’il faut remettre à plus tard les mesures de lutte contre le dérèglement climatique. Mais l’écologie plus tard, c’est l’écologie trop tard ! (Applaudissements sur les bancs des groupes Écolo-NUPES et LFI-NUPES.) Nous ne cesserons désormais de vous le répéter, monsieur le ministre, car les écologistes sont de retour à l’Assemblée. Ils ne vous laisseront pas vous complaire dans l’inaction climatique, comme vous le faites depuis 2017. (Applaudissements sur les bancs des groupes Écolo-NUPES, LFI-NUPES et SOC.) La parole est à Mme Karine Lebon. La première loi de finances de cette législature est notamment destinée à répondre à l’urgence sociale qu’entraîne en France une inflation galopante dépassant allègrement les 5 %.
Force est de constater que, tout comme le projet de loi portant mesures d’urgence pour la protection du pouvoir d’achat, ce premier PLFR s’inscrit dans la continuité de la politique économique menée ces dernières années, et qu’il n’est pas à la hauteur des enjeux. La faute à une obstination désormais bien établie : votre refus de prendre les mesures nécessaires à une augmentation réelle des salaires. Nous avons longuement débattu, lors de l’examen du texte précédent, au sujet du partage de la richesse. Bien entendu, dès lors que vous refusez de toucher aux salaires, il vous faut trouver autre chose : primes, petits chèques, baisses d’impôt… Tout cela transparaît dans ce PLFR.
Les baisses d’impôt sont devenues votre marque de fabrique. Elles représentent 50 milliards d’euros pour le dernier quinquennat, dont 25 milliards d’euros ont concerné les entreprises et 8 milliards d’euros les 5 % les plus riches. Vous poursuivez dans cette voie en supprimant la contribution à l’audiovisuel public et en élevant le plafond de défiscalisation des heures supplémentaires. Mais ces réductions d’impôt ne font qu’aggraver les injustices fiscales ; n’oublions pas que le service public, c’est d’abord le patrimoine de ceux qui en ont peu.
(Applaudissements sur les bancs des groupes GDR-NUPES, LFI-NUPES, SOC et Écolo-NUPES.) Oui ! Ces vieilles politiques ne seront jamais tenables à long terme, sauf à détricoter l’État social et les services publics. C’est le sort que vous réservez à l’audiovisuel public, dont le fonctionnement sera désormais soumis au bon vouloir du politique, à l’encontre de son indépendance financière inscrite dans nos textes constitutionnels. (Applaudissements sur les bancs des groupes GDR-NUPES, LFI-NUPES et Écolo-NUPES.)
Oui, la redevance audiovisuelle est une contribution imparfaite, mais il ne faut pas jeter le bébé avec l’eau du bain : l’on pouvait imaginer un prélèvement plus juste, comme nous le proposerons. Plutôt que de supprimer cette taxe, il aurait été pertinent de fournir la même offre de télévision numérique terrestre à tous nos concitoyens, y compris à ceux des outre-mer. Or, à La Réunion, la TNT est au rabais. En affectant une ressource existante à l’audiovisuel public, en remplacement de la redevance, vous creusez un nouveau trou de 3,1 milliards d’euros dans les comptes publics, c’est-à-dire, peu ou prou, ce que vous refusez de compenser aux collectivités après l’augmentation du point d’indice des fonctionnaires.
Outre les baisses d’impôt précitées, vous réhabilitez le chèque de 100 euros pour les allocataires des minima sociaux. Jamais deux sans trois ! Après les deux distributions de 2020, vous consentez ce petit geste qui vous coûtera 1 milliard d’euros, une goutte d’eau par rapport aux 140 milliards de votre politique du « quoi qu’il en coûte ». Sachez que les allocataires, comme les salariés, ne se contentent pas de demander une aumône ponctuelle suspendue au bon vouloir du Gouvernement ou des patrons : ils veulent pouvoir vivre dignement.
(Applaudissements sur quelques bancs des groupes GDR-NUPES, LFI-NUPES et Écolo-NUPES.) Il est grand temps d’augmenter significativement les minima sociaux, pour que plus personne ne vive sous le seuil de pauvreté.
Je suis profondément indignée que les territoires ultramarins soient les grands oubliés du PLFR, comme ils l’étaient du projet de loi portant mesures d’urgence pour la protection du pouvoir d’achat. (Mêmes mouvements.) Alors que nos territoires souffrent d’une pauvreté exacerbée, qui exige des mesures spécifiques et d’ampleur, vous ne proposez rien, vous n’acceptez rien, et vous balayez chaque proposition d’un revers de main. La situation de nos territoires vous indiffère à tel point que des mesures spécifiques de rattrapage sont qualifiées de « ruptures d’égalité » avec l’Hexagone. Nos concitoyens d’outre-mer apprécieront ! Vous avez tenté de vous rattraper, monsieur le ministre, en évoquant des « marges de manœuvre » pour les outre-mer. Nous sommes prêts à y travailler avec vous, mais nous aurions aimé y être associés avant la discussion en séance. Sachez que ce qui se fait pour nous, mais sans nous, se fait contre nous. (Applaudissements sur quelques bancs des groupes LFI-NUPES et Écolo-NUPES.)
J’en viens à un autre sujet central, qui est, paradoxalement, le grand absent du projet de loi : les nouvelles mesures fiscales. Une fois encore, la majorité et le Gouvernement refusent d’instaurer des mesures de solidarité abondées par des grands groupes qui prospèrent. (Mme Ségolène Amiot et M. Boris Vallaud applaudissent.) TotalEnergies devrait réaliser 36 milliards d’euros de bénéfices en 2022, quand la CMA CGM, qui était pourtant au bord de la banqueroute il y a près d’un an, table sur 16,5 milliards. Certains se gavent : ce n’est plus acceptable. En la matière – et plus encore que lors des précédents projets de lois de finances –, vous êtes au pied du mur, et vous êtes de plus en plus isolés. L’idée d’une telle taxation se répand pourtant en Europe : l’Italie y a consenti, et l’Allemagne s’y apprête. Combien de temps tiendra le Gouvernement, fervent défenseur des grandes entreprises, avant d’y venir à son tour ?
Dans cette attente, le groupe Gauche démocrate et républicaine-NUPES proposera, avec les autres groupes de la NUPES, une contribution exceptionnelle de 25 % assise sur les profits des compagnies pétrolières, des grands transporteurs maritimes et des sociétés d’autoroute.
(Applaudissements sur quelques bancs du groupe LFI-NUPES. – M. Benjamin Lucas applaudit également.)
Nous portons un regard extrêmement critique sur le projet de loi de finances rectificative. Cependant, notre groupe aborde son examen dans une perspective combative, comme il l’a toujours fait, pour faire valoir sa vision d’une autre société, plus juste et moins brutale. Ce sera un nouveau test pour la majorité, qui n’a cessé de vanter son esprit de compromis – mais nous n’avons guère d’illusions. (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes GDR-NUPES et LFI-NUPES. – M. Benjamin Lucas applaudit également.) La parole est à M. Charles de Courson. Vous avez affirmé, monsieur le ministre, ne pas vouloir d’un « compromis qui s’achète à coups de milliards, d’un compromis qui se finance au détriment de nos finances publiques ». C’est beau, mais où est la logique quand, dans le même temps, vous prévoyez une hausse des dépenses publiques de 60 milliards d’euros par rapport à la loi de finances initiale pour 2022, sans aucune économie, dont 20 milliards au titre du seul PLFR dont nous entamons l’examen ?
L’ancienne majorité oublie qu’elle n’aura d’autre choix que d’accepter les propositions des groupes de l’opposition, désormais majoritaires, parce que les Français en ont décidé ainsi.
Votre projet de loi de finances rectificative présente quatre insuffisances.
Première insuffisance : où sont les mesures ciblées ? Les moyens budgétaires sont bien là, puisque le Haut Conseil des finances publiques estime à 35 milliards le coût des dispositifs relatifs au pouvoir d’achat. Mais soyons réalistes : les mesures générales coûtent cher, et elles ne sont ni efficaces économiquement, ni justes socialement – je me contente ici de relayer les analyses que les économistes vous ont exposées lors des Rencontres d’Aix-en-Provence, monsieur le ministre.
Lorsque les comptes publics sont dans le rouge – et ils le sont, avec un déficit structurel de 3,6 points du PIB, voire de 4,4 points d’après le Haut Conseil des finances publiques, et une dette de près de 112 points du PIB –, il faut dépenser efficacement, c’est-à-dire cibler en priorité les foyers les plus modestes et les territoires les plus exposés à l’inflation, en particulier les départements et régions d’outre-mer et les collectivités d’outre-mer (DROM-COM), la Corse et les territoire ruraux. Certaines évolutions du projet de loi vont dans le bon sens, comme la nouvelle indemnité carburant pour les seuls travailleurs modestes. C’est un premier pas dans la bonne direction, mais il faut généraliser cette approche à l’ensemble des dispositifs. Nous avons eu vent d’une possible volonté du Gouvernement de renoncer à cette mesure, au profit d’une augmentation de 18 à 30 centimes de la remise carburant ; ce serait une erreur si, en contrepartie, vous abandonnez les aides ciblées. Prenons l’exemple de la suppression de la contribution à l’audiovisuel public. En dehors des 20 % de familles qui en sont déjà exonérées, elle profitera indifféremment aux Français, quels que soient leurs revenus. Une telle réforme aurait dû faire l’objet d’un projet de loi
ad hoc , de sorte que nous engagions un débat démocratique sur l’indépendance du secteur public audiovisuel et son avenir. Le groupe Libertés, indépendants, outre-mer et territoires s’interroge également sur le déblocage de l’indemnité carburant par la direction générale des finances publiques (DGFIP). Il est primordial que les aides ne soient pas des « usines à gaz » dont la complexité alimenterait le non-recours aux droits ouverts.
Deuxième insuffisance du PLFR : où figurent les adaptations et les modulations selon les territoires ? Qu’en est-il de la France rurale et des outre-mer ? Il n’en est fait mention nulle part dans le corps du texte, et il faut se plonger dans l’étude d’impact pour en trouver quelques traces. Comme toujours depuis cinq ans, le Gouvernement adopte une logique centralisatrice, qui manque sa cible parce qu’elle ne prend pas en considération les différences entre les territoires. Ce calibrage défaillant ne permet pas de répondre à la diversité des situations. Il faut être concret : dans les territoires ultramarins, les salaires sont plus bas que dans l’Hexagone, tandis que le prix des denrées alimentaires y est plus élevé – le panier moyen y est 60 % plus cher. À Mayotte, 77 % des habitants vivent sous le seuil de pauvreté, soit cinq fois plus qu’en métropole. Nous pourrions dresser un constat similaire dans les territoires ruraux, mais aussi en Corse – le litre de carburant y est 10 centimes plus cher que sur le continent, entre autres exemples.
Notre groupe ne demande pas des passe-droits, mais des mesures plus équitables qui intègrent les réalités de terrain des Français. Dans la loi portant mesures d’urgence pour la protection du pouvoir d’achat, vous avez d’ailleurs accepté une modulation du taux de réévaluation des loyers de 3,5 % à 2,5 % dans les DROM-COM. Et dans votre propos liminaire, monsieur le ministre, vous avez évoqué diverses possibilités d’adaptation à la diversité des territoires et des situations. Notre groupe y est favorable, et nous voterons les amendements qui iront en ce sens. Nous proposerons des mesures permettant de moduler les dispositifs pour tenir compte des fractures sociales et territoriales. Sans ces adaptations, vos dispositifs ne pourront qu’exacerber les tensions sociales, et ne permettront en rien de corriger les inégalités de niveaux de vie entre les territoires.
J’en viens à la troisième insuffisance du projet de loi : le manque de concertation avec les acteurs concernés, en particulier avec les collectivités territoriales. Afin de défendre les collectivités d’outre-mer et de l’Hexagone, notre groupe a fait adopter deux amendements en commission, demandant que l’État compense la charge financière de certaines de ses décisions, comme l’augmentation de 3,5 % du point d’indice de la fonction publique territoriale et le relèvement de 4 % du RSA.
Quatrième insuffisance : où sont les mécanismes de contrôle et les sanctions ?
Qu’en est-il, enfin, des ressources ? Certains, jusque dans la majorité, ont déposé des amendements visant à faire contribuer des secteurs qui bénéficient de la situation actuelle, comme l’énergie et le fret maritime.
Très bien ! D’autres pays l’ont déjà fait. Votre contre-feu, monsieur le ministre, est d’avoir négocié avec TotalEnergies une baisse volontaire de 20 centimes pendant deux mois, pour les seules stations-services situées sur les autoroutes et dans les zones rurales – où elles sont rares. Vous avez par ailleurs négocié avec la CMA CGM une baisse des taux de fret de 750 euros par conteneur. Veuillez conclure. Or TotalEnergies représente moins de 25 % de la distribution de carburant en France. Quant à la CMA CGM, elle n’est pas implantée à Saint-Pierre-et-Miquelon, mais est hyperdominante dans le fret maritime à La Réunion. Il faut les taxer ! Merci de conclure, monsieur le député. En conclusion, nous espérons que vous ferez preuve d’une plus grande ouverture d’esprit qu’à l’occasion du projet de loi portant mesures d’urgence pour la protection du pouvoir d’achat, adopté tôt ce matin. Il faut arrêter maintenant ! Notre vote dépendra donc de l’acceptation de certains de nos amendements. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LIOT.) La parole est à Mme Nadia Hai. Nous sommes saisis d’un texte capital, animé par une ambition claire : protéger les Français face à une inflation record qui met à mal le pouvoir d’achat. La France a été confrontée à deux crises majeures – une crise sanitaire inédite, la guerre aux portes de l’Europe –, qui ont eu des effets directs sur notre économie. Bien que la dynamique d’inflation puisse légitimement nous inquiéter, notez que la hausse des prix est plus limitée en France que chez nos voisins européens et aux États-Unis. Cela ne doit rien au hasard. Nous avons en effet pris des mesures extrêmement fortes dès les premières manifestations de la poussée inflationniste : le gel des tarifs du gaz et le plafonnement à 4 % des prix de l’électricité. Sans ces initiatives, les Français auraient subi une hausse de 50 % de leur facture de gaz et de 35 % de leur facture d’électricité. En complément de ce bouclier tarifaire, nous avons accordé dès mars 2022 une remise à la pompe de 18 centimes par litre d’essence, ainsi qu’une aide exceptionnelle en faveur des entreprises particulièrement affectées par la hausse des coûts de l’énergie.
Ces dispositifs ont été efficaces, mais face à une nouvelle donne économique et à un pic inflationniste, notre devoir est de continuer à protéger les Français. Tel est l’objectif du paquet « pouvoir d’achat » de 20 milliards d’euros qui vous est proposé. Son montant permettra tout à la fois de préserver le pouvoir d’achat et de maintenir le déficit de la France à 5 % du PIB – objectif essentiel pour l’indépendance et la crédibilité du pays.
Nous adopterons dans le PLFR des mesures grâce auxquelles le travail paiera mieux. Nous supprimerons la redevance audiovisuelle, qui représente plus de 12 euros par mois dans le portefeuille de nos concitoyens. Souvenons-nous du sursaut qu’avait suscité, à gauche de l’hémicycle, la diminution de 5 euros d’une allocation mensuelle !
(Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe RE.) Vous reconnaissez votre erreur, c’est bien ! Je m’adresse à cette même gauche : soyez fiers de voter, avec nous, la restitution de plus du double de cette somme.
Face à la hausse des tarifs du carburant, des accords ont été trouvés afin que le Gouvernement puisse poursuivre son effort. Ainsi, le groupe Renaissance salue l’annonce par TotalEnergie d’une baisse de 20 centimes du prix du carburant dans toutes les stations-services de France – je dis bien toutes, monsieur de Courson.
Mais uniquement TotalEnergies ! Et c’est le plus cher ! C’était une demande forte de la majorité, qui a toujours su affronter les situations compliquées et qui a toujours fait la différence entre le dogmatisme et le pragmatisme. Oui, ce plan est massif, et il s’adresse à l’ensemble des Français. À l’heure où les oppositions répandent des contre-vérités, je tiens à rétablir les faits. Non, nous ne menons pas une politique du chèque, mais une politique responsable qui vise à protéger nos concitoyens et à conserver notre sérieux budgétaire. Non, le projet de loi n’exclut pas les classes moyennes – bien au contraire, elles sont les grandes gagnantes du paquet « pouvoir d’achat ». (Vifs applaudissements sur les bancs du groupe RE.) Non, ce texte n’exclut aucun territoire de la République : les dispositifs s’adressent à tous les Français.
Au-delà des 20 milliards d’euros que coûtent ces mesures, la charge de la dette sera révisée de 12 milliards d’euros, du fait de l’indexation des emprunts publics sur l’inflation et de la remontée des taux d’intérêt. Nous voici confrontés à la réalité du coût de la dette, loin des discours irresponsables selon lesquels il est possible de s’endetter indéfiniment, sans que cela ne nous coûte rien. À ceux qui le pensent, je rappelle que la charge prévisionnelle de la dette pour l’année 2022 dépasse 50 milliards d’euros, soit presque autant que le budget de l’Éducation nationale.
Il y a d’autres postes sur lesquels on peut faire des économies ! On ne peut pas se permettre d’ajouter perpétuellement du déficit au déficit. Je tiens à condamner la surenchère à laquelle se livrent certains membres des oppositions – surenchère assortie, reconnaissons-le, d’une créativité remarquable imaginant des amendements tous plus coûteux les uns que les autres. (Protestations sur certains bancs du groupe LFI-NUPES.) Il faut un certain talent pour prôner une bonne gestion des finances publiques tout en proposant des centaines d’amendements coûtant plus de 100 milliards d’euros !
Je tiens néanmoins à saluer la grande qualité des débats qui ont animé les travaux de la commission des finances. Grâce à nos collègues membres de cette commission, nous avons pu, et je les en remercie, travailler sereinement malgré nos désaccords et enrichir ce texte pour parvenir, je l’espère, à des compromis qui nous permettront de voter ensemble ce texte crucial pour nos concitoyens. Je ne doute pas que c’est là notre seule motivation, à toutes et tous, dans cet hémicycle.
(Applaudissements sur les bancs du groupe RE.) La parole est à M. Jean-Philippe Tanguy. « Silence pour la France ! » (Sourires.) Merci !
La loi de finances rectificative sera, en fait, la véritable loi sur le pouvoir d’achat ; elle va permettre de rectifier les injustices et les erreurs du macronisme que les Français paient tous les jours. Mais il faut d’abord rectifier les erreurs et dénoncer les mensonges du Gouvernement.
Monsieur le ministre de l’économie, vous n’aviez pas de mots assez grandiloquents pour expliquer les réussites imaginaires d’Emmanuel Macron – ou les vôtres, on ne savait plus très bien. Alors que Marine Le Pen avait analysé dès l’été 2021 que la flambée inflationniste serait, hélas ! durable, vous avez cru qu’elle serait passagère. Alors que nous savions que l’économie française était très fragile, vous avez affirmé jusqu’en janvier 2022 : « L’économie française tourne à plein régime et elle a une capacité de réaction forte. »
Sur le fondement de ces illusions, vous avez proposé un budget 2022 que, pour la première fois, le Haut Conseil des finances publiques lui-même n’a pas été capable de valider. Depuis, les élections sont finies, mais vous n’avez aucun contrôle de la situation. Si l’inflation est moins élevée qu’ailleurs, c’est au prix d’un transfert fiscal massif et d’une augmentation abyssale de la dette. Vous ne protégez pas les Français : vous leur faites payer l’inflation de toutes les façons possibles et imaginables !
La première facture est immédiate : c’est celle de la vie chère. La deuxième est subie : c’est celle des salaires rognés et de l’épargne dévorée. La troisième est imminente : c’est celle des rattrapages tarifaires que vous préparez dans un silence coupable. La quatrième est cachée : c’est celle des hausses de fiscalité qui viendront, tôt ou tard, financer les déficits que vous accumulez.
Il existe pourtant un moyen de rectifier vos erreurs concernant l’inflation, c’est de rendre de façon pérenne de l’argent aux Français en changeant totalement d’attitude sur la TVA et la fiscalité punitive appliquées aux carburants, au gaz et au fioul. La mesure par l’INSEE du taux d’effort fiscal est claire : chaque euro de TVA pèse deux à trois fois plus dans le budget des classes populaires et des classes moyennes que dans celui des plus privilégiés ! Toute baisse de la TVA et, partant, toute hausse de la fiscalité sur la spéculation financière sont donc l’alpha et l’oméga d’une politique de justice fiscale.
Nous vous proposons deux baisses de TVA. La première consiste en une suppression de la TVA sur un panier de 100 produits de première nécessité, assortie d’un contrôle strict de sa répercussion sur les prix. La seconde, structurelle, consiste à ramener de 20 % à 5,5 % le taux de la TVA sur l’énergie – les carburants, le fioul, le gaz et l’électricité ; cette baisse se conjuguerait à la suppression des hausses de la taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques (TICPE) que vous avez votées en 2017 et 2018.
Ces mesures rendront respectivement 7, 14 et 8 milliards d’euros aux Français.
Qui, dans cette assemblée, peut oser dire que l’énergie n’est pas un bien de première nécessité ? Or, le taux de TVA appliqué à ce type de produits n’est pas de 20 % mais de 5,5 % !
(Applaudissements sur les bancs du groupe RN.) La baisse du taux de TVA applicable à l’énergie n’est donc que justice. Du reste, vous le savez car, face aux échéances électorales, vous avez créé la ristourne. Après des mois passés à critiquer Marine Le Pen pour avoir proposé une baisse du carburant pour tous les Français au même moment sur l’ensemble du territoire, vous avez pris une mesure produisant les mêmes effets, mais sous un autre nom et moins généreuse…
Il paraît d’ailleurs que vous préparez un accord avec nos collègues Les Républicains sur une ristourne de 30 centimes par litre d’essence, soit une baisse du même montant que celui que proposait Marine Le Pen au cours de la campagne présidentielle, et que nous vous proposons toujours !
(Applaudissements sur les bancs du groupe RN.) À la différence que notre mesure est claire, pérenne et transparente, et qu’elle s’appliquerait également au gaz, au fioul et à l’électricité. Vous êtes vraiment des génies… Soyez honnêtes, soyez courageux : votez définitivement cette baisse de TVA !
Nous, nous serons courageux : quand il y aura de bonnes mesures, nous les voterons. Si le groupe LR propose de mieux payer les heures supplémentaires ou d’accorder un crédit d’impôt aux salariés qui ont besoin de leur voiture, nous le soutiendrons.
Nous espérons que nos collègues seront tout aussi courageux lorsque nous défendrons la politique familiale : une demi-part fiscale pour les veuves, une part complète dès le premier enfant et la baisse des impôts de succession pour les classes moyennes.
(Applaudissements sur les bancs du groupe RN.) Et le SMIC ? Le courage s’arrête à la porte du SMIC ! Faire montre de courage, c’est aussi financer ces mesures en faveur du pouvoir d’achat. Le courage, ce serait augmenter le SMIC ! À cette fin, il faut rectifier, comme nous le proposons, les injustices du mandat précédent : la suppression de l’impôt de solidarité sur la fortune et l’instauration de la flat tax .
Il faut également rétablir l’ordre économique en instaurant une taxe exceptionnelle sur les profits exceptionnels. Monsieur Le Maire, il n’est pas acceptable, en démocratie, de demander aux multinationales de faire un geste. Je vous l’ai dit en commission, vous n’êtes pas Necker qui, à la veille de la Révolution, quémandait un don au clergé pour sauver l’État.
Chers collègues, nous sommes les garants du pouvoir d’achat des Français, les garants de la justice fiscale, de la justice sociale et de l’ordre économique. Soyons donc courageux et, surtout, soyons à la hauteur des attentes des Français !
(Les députés du groupe RN se lèvent et applaudissent.) La parole est à Mme Marianne Maximi. Monsieur le ministre, chers collègues de la majorité, alors que la question du pouvoir d’achat est au cœur de nos échanges depuis le début de la législature, vous avez une curieuse manière d’aborder le débat. À vous écouter, vous seriez irréprochables. Ainsi, monsieur Le Maire, vous répétez que « nous avons le taux d’inflation le plus bas de la zone euro » et que la France a fait « plus qu’aucun autre pays européen ». Mais à quoi servent au juste ces trophées dont vous vous targuez ?
Les chiffres que vous brandissez ne changent rien à la réalité sociale dont les députés de la NUPES et les syndicats, associations et travailleurs sociaux – dont je fais également partie – témoignent chaque jour depuis des mois.
Le bilan du premier quinquennat d’Emmanuel Macron, c’est 400 000 pauvres supplémentaires ; dans cet hémicycle, vous n’en parlez jamais. Notre jeunesse désespérée et précarisée, qui fait la queue aux Restos du cœur, vous l’avez bien vite oubliée. Qu’en est-il des 8 millions de personnes qui dépendent désormais de l’aide alimentaire, des 3 millions d’enfants pauvres, de celles et ceux qui sautent des repas, se privent de chauffage, sont à découvert chaque mois ? Pour vous, ils n’existent tout simplement pas !
(Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NUPES.) Très juste ! Même lorsque nous vous forçons à entendre leurs récits en les portant jusqu’à vos oreilles dans cet hémicycle, vous n’écoutez pas. Notre ton et notre colère vous exaspèrent bien davantage que la misère sociale dont nous nous faisons l’écho. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LFI-NUPES.)
En cherchant à nous faire taire, c’est votre désastreux bilan que vous voulez occulter. Vous faites bien, car il retrace cinq ans de casse sociale, de politiques injustes et de coupes dans le budget des plus pauvres pour inonder les plus riches de cadeaux fiscaux. Et vous voudriez nous faire croire que les mesures que vous nous proposez vont changer quoi que ce soit ! Le tournant social que vous revendiquez n’est que pur mensonge.
Vous prétendez augmenter les salaires, mais vous ne proposez que des primes, aléatoires pour ceux qui travaillent et exonérées d’impôts pour les patrons. La plupart des Français ne les toucheront même pas.
Comment osez-vous parler de revalorisation des minima sociaux et du point d’indice de la fonction publique lorsque vos coups de pouce ne compensent même pas l’inflation, de sorte que les gens vont continuer à s’appauvrir ?
Vous annoncez 20 milliards d’euros de mesures en faveur du pouvoir d’achat. Ce faisant, vous prétendez consentir un effort budgétaire sans précédent. Mais, sur ces 20 milliards, il y a 6 milliards de cadeaux fiscaux, entre la prime exonérée d’impôt et les baisses de cotisations, quand les plus précaires devront se contenter de seulement 50 millions consacrés à la revalorisation des bourses des étudiants et de 200 millions pour limiter la hausse des loyers.
Qui plus est, ces quelques bribes ne pèsent rien face à l’océan d’austérité que vous nous préparez. Car, vous l’avez confirmé ce matin, vous maintenez votre objectif absurde d’un déficit inférieur à 3 %. C’est donc 80 milliards d’euros d’économies qu’il va falloir trouver, mais où : dans nos hôpitaux ? dans nos écoles ? dans nos transports publics ? Je vous le demande.
(Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NUPES.)
Vos choix budgétaires appauvrissent l’État sans aucune contrepartie en matière d’efficacité. La suppression de la redevance télé, par exemple – mesure injuste pour l’audiovisuel public et qui n’est pas réservée aux plus précaires –, va coûter 3 milliards d’euros. C’est trois fois plus que ce que vous consacrez à une mesure plus juste telle que la revalorisation de l’allocation de rentrée, trois fois plus que la revalorisation qui sera versée aux travailleurs sociaux avec la hausse prévue dans le cadre du Ségur.
Vous nous reprochez des « folies financières » lorsque nous proposons la hausse du SMIC et le blocage des prix des produits de première nécessité, mais c’est vous qui appauvrissez continuellement l’État et la protection sociale en supprimant des cotisations et en multipliant les cadeaux fiscaux.
Le paquet pouvoir d’achat qui comprend ce PLFR s’inscrit dans la parfaite continuité de ce que nous dénoncions déjà sous la législature précédente : pour les pauvres, des miettes, et, pour les ultrariches, des flots de milliards en cadeaux fiscaux. La fortune des milliardaires atteint déjà des sommets, les profits du CAC40 battent tous les records depuis la pandémie, mais vous continuez à refuser notre taxe sur les profiteurs de crise.
Les ministres expliquent que taxer puis redistribuer prendrait trop de temps alors que les primes, c’est plus rapide. On croit rêver ! Même refus catégorique de notre proposition de supprimer les niches fiscales polluantes. Vous ne voulez pas non plus conditionner les aides publiques à des objectifs sociaux et environnementaux. Bref, avec vous, les grosses fortunes peuvent continuer à s’enrichir en toute tranquillité, en toute impunité, même quand elles mettent littéralement le feu à notre planète.
Autant dire que votre « nouvelle méthode » n’aura pas duré longtemps : après quelques jours, fini le blabla sur le dialogue, la concertation et le compromis. On revient aux vieilles habitudes : il n’y a qu’une seule manière de faire, la vôtre. Mais cette fois-ci, vous n’avez ni majorité parlementaire, ni majorité sociale, pour imposer votre projet. Alors, messieurs les ministres, vous allez devoir nous entendre.
C’est surtout nous qu’ils vont entendre ! Vous allez devoir prendre en compte la colère qui gronde dans le pays et lui répondre car, vous le savez, il n’est pas impossible qu’à la rentrée, ces personnes que vous ne voulez pas entendre s’organisent et se mobilisent pour revendiquer des mesures qui soient dans leur intérêt. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NUPES.) La parole est à M. Jean-Louis Bricout. Un déficit budgétaire de 168,5 milliards d’euros, en hausse de 14,6 milliards par rapport à la loi de finances initiale : voilà, messieurs les ministres, le cap que vous fixez dans le projet de loi de finances rectificative que vous nous soumettez.
L’augmentation des dépenses du budget général est liée à des mesures en faveur du pouvoir d’achat qui, hélas ! ne rempliront pas leur rôle, mesures qui se caractérisent par de trop nombreuses disparités pour être acceptées par les Françaises et les Français. De fait, elles ne ciblent pas les salariés les plus modestes, ceux qui vivent du SMIC, qui sont à temps partiel, bref : ceux qui sont les plus pénalisés par l’inflation actuelle.
Vous nous avez habitués par le passé à prendre des décisions en laissant des trous dans la raquette ; je pense notamment au Ségur de la santé. Le projet de loi portant mesures d’urgence pour la protection du pouvoir d’achat bat en brèche les équilibres déjà trop fragiles de notre République sociale.
Vous faites le choix des premiers de cordée contre les premiers de corvée. Or souvenez-vous du passé, les étincelles peuvent provoquer des flammèches qui embrasent toute une société !
Soyons vigilants et rappelons-nous ce qu’écrivait Stéphane Hessel dans son essai intitulé
Indignez-vous ! : « Il nous appartient de veiller tous ensemble à ce que notre société reste une société dont nous soyons fiers : pas cette société où l’on remet en cause les retraites, les acquis de la sécurité sociale, pas cette société où les médias sont entre les mains des nantis, toutes choses que nous aurions refusé de cautionner, si nous avions été les véritables héritiers du Conseil national de la Résistance. »
Des mesures caractérisées par des disparités, disais-je, mais aussi des orientations budgétaires dont je crains qu’elles ne soient insincères – la sincérité est pourtant l’une des vertus que nous exigeons de la moindre collectivité. Vous pensez, d’une part, que les dépenses nouvelles seront en partie compensées par le dynamisme des recettes prévisionnelles et, d’autre part, que l’inflation sera de 5,5 % en 2022 alors qu’elle pourrait être en définitive bien supérieure.
D’autres solutions existent et elles auraient permis une autre redistribution des valeurs produites que celle que vous nous avez proposée.
Oui, je le redis, il nous faut aller chercher l’argent là où il est : dans le monde de la finance, des géants du numérique que sont les GAFA, des profiteurs de crise. De même, nous devrions être au rendez-vous de la lutte contre l’optimisation fiscale et la fraude fiscale.
Oui, il faudra bien, à un moment ou à un autre, prélever sur l’économie virtuelle pour redistribuer plus et mieux à ceux qui bossent et entreprennent vraiment, ceux qui méritent de ne pas avoir à choisir entre remplir le frigo et se chauffer.
Oui, nous devons être aux côtés de nos collectivités, qui sont le premier maillon de la solidarité nationale, les communes et les départements ruraux notamment, qui, à chaque nouvelle crise, sont les premiers touchés. Ils forment la République des territoires, cette république que nous n’avons pas le droit de laisser choir !
« La France n’a rien perdu de son énergie. Elle est là, qui bat dans le cœur de celles et ceux qui font vivre nos territoires. » Ces mots sont ceux d’Emmanuel Macron. Alors, monsieur le ministre de l’économie, faites les bons choix avant qu’il ne soit trop tard !
Très bien ! La discussion générale est close.
La parole est à M. le ministre.
Je veux d’abord vous remercier tous et toutes pour la qualité des interventions qui permet de poser clairement les termes de notre débat économique avant l’examen du projet de loi de finances rectificative.
Madame Calvez, en vous répondant, je réponds à tous ceux qui se sont inquiétés sur le financement du déficit public : nous rendons du pouvoir d’achat aux Français – tel est bien l’objectif de ce texte. Ainsi, nous supprimons la contribution à l’audiovisuel public, qui s’élève à 138 euros par foyer. En revanche, nous garantirons le financement de l’audiovisuel public avec des recettes solides et nouvelles.
Vous les prenez où ? Qui paie la TVA ? Monsieur le président de la commission des finances, je trouve intéressant que nous puissions présenter deux visions économiques différentes à l’occasion de ce débat.
Cependant je ne voudrais pas qu’on cède à la tentation – toujours présente dans cet hémicycle – des étiquettes. Vous me reprochez d’être néolibéral. Pourtant, je ne suis pas certain qu’un néolibéral aurait dépensé 100 milliards d’euros pour financer les salaires pendant la crise
(Applaudissements sur les bancs du groupe RE) , pour protéger les entreprises et ainsi éviter à la France le choc économique le plus grave depuis 1929. (Exclamations sur les bancs du groupe LFI-NUPES.) Je ne suis pas certain qu’un néolibéral aurait décidé de mettre en place un bouclier énergétique de 26 milliards d’euros pour geler les prix du gaz et plafonner les prix de l’électricité. (Applaudissements sur les bancs du groupe RE. – Exclamations sur les bancs du groupe LFI-NUPES.) Je ne suis pas certain qu’un néolibéral vous proposerait 20 milliards d’euros de dépenses supplémentaires pour protéger le pouvoir d’achat de nos compatriotes. (Mêmes mouvements.) Je suis encore moins convaincu qu’un néolibéral vous proposerait la nationalisation d’EDF. (Applaudissements sur les bancs du groupe RE. – Protestations sur les bancs du groupe LFI-NUPES.) Ce n’est pas ce que vous proposez ! Nous divergeons au sujet de la dette publique : vous la jugez accessoire, tandis que nous la jugeons essentielle. Vous pensez que nous pouvons dépenser sans compter, ad vitam æternam , tandis que nous pensons au contraire qu’il faut revenir sous les 3 % de déficit et maîtriser les comptes publics. Personne n’est dupe ! Cela fait partie de l’ADN de notre majorité. (Mêmes mouvements.)
Vous estimez que les entreprises n’ont pas répondu à nos baisses d’impôt, qu’il s’agisse de l’impôt sur les sociétés ou sur la production. Mais je constate qu’elles ont créé 1,3 million d’emplois au cours des cinq dernières années ; nous pouvons leur en être reconnaissants. (Applaudissements sur les bancs des groupes RE et Dem.)
Je constate également que certaines d’entre elles – pas toutes, nous aurons l’occasion d’y revenir – participent à l’effort de lutte contre l’inflation et de protection de nos compatriotes en accordant des remises sur les carburants ou sur les conteneurs.
Dans le fond, monsieur Coquerel, votre discours est séduisant, mais nos résultats concrets sont encore plus séduisants pour les Français.
(Applaudissements sur les bancs des groupes RE et Dem.)
Avec un talent que je vous reconnais bien volontiers, vous avez réussi à rendre votre discours attractif, mais nous, c’est la France que nous avons rendue plus attractive au cours des cinq dernières années. (Mêmes mouvements.)
Madame Rauch, je ne reviens pas sur la contribution à l’audiovisuel public, car vous aurez l’occasion d’en débattre longuement avec Gabriel Attal. Cependant, nous sommes prêts à affecter une fraction de recettes de TVA au financement de la contribution à l’audiovisuel public ; on ne peut pas trouver recette plus solide ni plus pérenne pour l’audiovisuel public. Quel montant ? Madame Louwagie, vous nous reprochez de ne pas faire attention aux classes moyennes. Je rappelle toutefois que le bouclier énergétique sur le gaz et sur l’électricité touche tous les Français sans exception, classes moyennes comprises.
Vous estimez que la remise sur les carburants de 18 centimes d’euro par litre est insuffisante.
Oui. Comme je vous l’ai dit, nous sommes prêts à en discuter et à accorder une remise sur les carburants plus importante dès le 1er septembre 2022. Il faut nous entendre sur la trajectoire de sortie de ces aides de nature transitoire, destinées à nous permettre de passer le pic inflationniste, cependant je confirme que nous sommes prêts à aller au-delà de 18 centimes.
Comme je vous l’ai dit également, nous sommes prêts à augmenter le plafond des heures supplémentaires de 5 000 à 7 500 euros ; en revanche, je pense qu’il n’est pas raisonnable de déplafonner totalement les heures supplémentaires, car nous risquons de substituer un revenu à un autre – je ne crois pas que ce soit ce que vous souhaitez. Quant à la carte vitale biométrique, je vous confirme mon accord total : tout ce qui permet de lutter contre les fraudes avec plus d’efficacité et de rapidité aura le soutien du ministre des comptes publics et de moi-même.
Très bien ! Merci donc des gestes que vous avez faits dans notre direction – nous saurons y répondre.
Monsieur Mattei, vous avez souligné l’importance de traiter aussi la question du chauffage au fioul. Nombreux sont les députés qui ont insisté sur la nécessité d’accorder des aides ciblées : nous sommes prêts à le faire pour tous les ménages qui se chauffent au fioul.
Vous avez également souligné l’importance d’autoriser le cumul de la prime transport et du remboursement de l’abonnement ; nous sommes prêts à prendre cette disposition. Quant au sérieux budgétaire dans la gestion des finances publiques, je pense que nous avons montré, avec Gabriel Attal, notre détermination à avancer dans cette direction.
Madame Pires Beaune, vous avez insisté sur la nécessité de corriger la trajectoire des finances publiques. Je vous confirme que nous adopterons une trajectoire de finances publiques qui permettra de réduire la dette publique à partir de 2025 et de revenir sous les 3 % de déficit à partir de 2027.
Le seul point que je conteste dans votre intervention concerne les impôts. C’est un point de divergence entre nous : j’estime que la diminution de l’impôt sur les sociétés (IS) a d’abord bénéficié non aux grands groupes, mais aux PME et aux TPE. Nous avons relevé le seuil d’exonération de 7 millions à 10 millions d’euros pour toutes les PME dont le taux d’IS n’est pas de 25 %, mais de 15 %. Nous continuerons de privilégier les PME, qui sont effectivement – je le crois comme vous – le moyen le plus essentiel et le plus efficace pour créer des emplois dans notre pays.
Quant à la diminution des impôts de production, elle permet la reconquête industrielle. Je serai très concret : quand nous négocions avec GlobalFoundries, le producteur des semi-conducteurs dont on a tellement besoin dans notre pays pour la souveraineté industrielle, pour l’aéronautique ou pour nos usines automobiles, quand je leur demande de venir soutenir STMicroelectronics, à Crolles, près de Grenoble, et doubler la production de semi-conducteurs, ils me demandent d’emblée : pourquoi n’irions-nous pas en Allemagne, où nous sommes déjà implantés et où les impôts de production sont plus faibles ? Je leur réponds : parce que nous avons enfin décidé de baisser les impôts de production et que vous êtes les bienvenus ! À la clef, il y a 1 000 emplois immédiats, 4 000 dans les années qui viennent, et la souveraineté industrielle et technologique de notre pays.
(Applaudissements sur les bancs du groupe RE.) La baisse des impôts de production est une condition sine qua non de la reconquête industrielle de la France. (Mêmes mouvements.)
Je souhaite apporter à nos compatriotes deux précisions au sujet des revalorisations. Premièrement, je ne crois pas que ce soient des faux-semblants. Il est vrai que nous revalorisons les minima sociaux de 4 %, mais je rappelle qu’ils ont déjà été revalorisés de 1,8 % en avril. Cela correspond bien à une revalorisation de 5,8 %, supérieure au niveau actuel de l’inflation.
Le même raisonnement s’applique aux retraites : nous décidons d’une revalorisation de 4 % après une première revalorisation de 1,1 % de revalorisation au mois de janvier, ce qui fait un total de 5,1 %. Ce n’est qu’une mesure de justice : je ne dis pas que c’est Byzance, mais simplement que nous veillons à ce que nos revalorisations permettent de couvrir l’augmentation des prix liée au pic inflationniste.
(Applaudissements sur quelques bancs du groupe RE.)
Madame Magnier, nous vous associerons à la définition du dispositif sur le fioul, ainsi qu’à toutes les mesures qui visent à mieux rémunérer le travail, comme la défiscalisation des heures supplémentaires ou la monétisation des RTT. Quant à l’aide ciblée sur ceux qui travaillent pour atténuer les effets de la hausse du prix des carburants, je réaffirme que l’annonce de la Première ministre, Élisabeth Borne, permet justement de doubler l’indemnité carburant qui est accordée par les entreprises et qui sera défiscalisée.
Madame Sas, je suis totalement d’accord avec vous sur la nécessité d’investir dans l’éducation, dans l’hôpital et pour le climat. Nous l’avons déjà fait et nous sommes déterminés à continuer à le faire dans les années qui viennent. Cependant, pour avoir des moyens financiers pour l’école, pour les collèges, pour les universités ; pour avoir des moyens financiers pour l’hôpital et pour mettre en œuvre le Ségur de la santé, il faut avoir de l’argent public disponible, donc il faut faire preuve de responsabilité dans la gestion des finances publiques. Pour investir dans la production d’énergie, et notamment dans les industries renouvelables, il faut aussi des moyens privés et donc des entreprises profitables. C’est le seul point de divergence entre nous. Je ne conteste pas du tout la nécessité d’investir davantage dans l’hôpital public : nous le faisons. J’affirme simplement qu’il faut des comptes publics bien tenus et des entreprises profitables pour avoir les financements nécessaires pour l’hôpital, pour le collège, pour l’université et pour tous les autres services publics.
Vous proposez de flécher les recettes des énergies fossiles vers la transition climatique. Je le répète : j’y suis favorable. Vous connaissez tous le principe de non-affectation des recettes, qui est l’un des dogmes intangibles des finances publiques. Je vous propose de le faire sauter…
Enfin ! Quand nous l’avons proposé hier, on nous a dit non ! …et que nous réfléchissions tous ensemble à la manière dont nous pourrions affecter l’intégralité des recettes fiscales sur les énergies fossiles à l’accélération de la transition climatique, au financement des énergies renouvelables et à la lutte contre le réchauffement climatique. Travaillons-y ensemble, pour moi c’est une excellente idée ! (Applaudissements sur les bancs des groupes RE et Dem.) Pourquoi n’applaudissez-vous pas ? Le double discours, tout le temps ! Enfin, vous me reprochez de céder à des lobbys sur le GNR, alors que, dans toute ma vie politique, je n’ai jamais cédé à aucun lobby ; je suis un homme indépendant. Et modeste ! Ce n’est pas une question de modestie, mais d’attitude politique. Si vous estimez que, quand des petites entreprises du bâtiment ou de travaux publics perdent toutes leurs marges à cause de l’inflation et ne peuvent pas faire face à l’augmentation des coûts, ne pas augmenter les tarifs du GNR, c’est céder à des lobbys, je reconnais bien volontiers que oui, j’écoute les petits entrepreneurs de France ; oui, j’écoute les petites entreprises du bâtiment et des travaux publics, et quand elles me disent qu’elles ne peuvent pas faire face, je préfère ne pas leur mettre le couteau sous la gorge ! (Applaudissements sur les bancs du groupe RE. – Exclamations sur les bancs du groupe LFI-NUPES.)
Madame Lebon, je ne reviens pas sur l’augmentation des minima sociaux ni sur la taxation. Comme plusieurs députés et comme le président de la commission des finances, vous m’avez interrogé sur la question des salaires. Nous pouvons avoir des désaccords, mais tâchons de lever les incompréhensions ou les ambiguïtés.
Toutes les entreprises qui le peuvent doivent augmenter les salaires.
Alors obligez-les, proposez une loi pour ça ! Nous ne laissons pas de côté cette question des salaires. Mais il y a aussi des entreprises qui ne le peuvent pas.
Si donc vous votez une loi d’augmentation générale des salaires qui s’applique à toutes les entreprises, des TPE et des PME touchées par l’inflation fermeront leurs portes. Or une entreprise qui ferme, ce sont des salariés qui disparaissent, et il n’y a plus de salaire pour personne !
Nous préférons être responsables et offrir d’autres possibilités aux entreprises. Celles qui le peuvent augmentent les salaires.
Proposez une loi ! Quant à celles qui sont inquiètes, qui pensent que la conjoncture se retournera,… On a un texte tout prêt pour vous ! …que l’année suivante sera plus difficile, qu’elles utilisent les primes défiscalisées, l’intéressement et la participation, qu’elles utilisent tous les instruments mis à leur disposition pour augmenter dès 2022 et dès 2023 la rémunération de ceux qui travaillent. Le double discours, toujours ! Exonérer de charges patronales les entreprises qui augmentent les salaires, c’était dans le programme de Marine Le Pen ! Monsieur de Courson… Je suis perturbé, car vous avez changé de place… mais vous avez gagné en hauteur ! Il s’est recentré ! Vous avez une vue panoramique exceptionnelle sur tout ce qui se passe dans cette assemblée.
Vous avez insisté sur la nécessité d’apporter un appui aux départements et territoires d’outre-mer, et je reconnais bien volontiers que nous pouvons améliorer ce texte. Travaillons sur vos propositions pour que nos compatriotes des départements et des territoires d’outre-mer soient mieux protégés contre l’inflation.
Madame Hai, vous avez rappelé l’importance de la dette. Je précise que dans ce projet de loi de finances rectificative – et on ne saurait mieux montrer à quel point il est indispensable de faire attention à l’argent public – 12 milliards d’euros sont consacrés uniquement au remboursement de la charge de la dette. En effet, une partie de la dette publique française étant indexée sur l’inflation – 10 % très précisément – et, dans ces 10 %, les deux tiers étant indexés sur le niveau moyen d’inflation de la zone euro, qui est de trois points plus élevé que le nôtre, cela crée une charge de la dette immédiate de 12 milliards d’euros supplémentaire, montant qui est intégré à ce projet de loi de finances rectificative. Quand on fait face à 12 milliards d’euros de charge de la dette supplémentaire, il y a urgence à réduire la dette publique pour ne pas jeter l’argent du contribuable par la fenêtre…
Il y a 80 milliards à récupérer en luttant contre la fraude fiscale ! …en dépensant trop pour rembourser la dette. Ça fait cinq ans qu’on vous le dit ! J’ajoute que les dernières décisions de la Banque centrale européenne vont naturellement faire augmenter les taux d’intérêt, rendant ainsi plus importante encore la maîtrise de la dépense publique et de la dette.
Monsieur Tanguy, vous m’accusez de grandiloquence, mais ce n’est pas moi qui, à la tribune, crie « Silence pour la France ! »
(Applaudissements et sourires sur plusieurs bancs des groupes RE et LFI-NUPES.) Ça, c’est vrai ! Un point pour le ministre ! Vous nous demandez de parler avec des mots justes, je suis tout à fait d’accord : vous nous accusez d’augmentation fiscale, mais je rappelle que nous avons baissé les impôts de nos compatriotes de 52 milliards d’euros au cours des cinq dernières années ! C’est la baisse de fiscalité la plus importante depuis vingt ans. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe RE.) Il ne faut pas s’étonner du montant de la dette, alors ! Vous déplorez une inflation cachée. Certes, l’inflation est trop élevée, mais, je le répète, vous devriez être fier que la France soit aujourd’hui la nation de la zone euro qui, grâce aux mesures adoptées par le Parlement, présente le taux d’inflation le plus faible !
Enfin, vous faites à nouveau planer la menace d’un rattrapage du prix de l’énergie en 2023. Je répète que l’intégralité des dépenses liées au bouclier tarifaire sur le gaz et l’électricité seront couvertes par l’État en 2022 : il n’y aura donc aucun rattrapage sur la facture des consommateurs en 2023.
Notre point de divergence – vous le connaissez, autant le préciser dès le début du débat – porte sur la TVA. Le Gouvernement et la majorité estiment que baisser la TVA est à la fois injuste, inefficace et coûteux pour les finances publiques.
(« C’est faux ! » sur les bancs du groupe RN.) Vous proposez une baisse pérenne de la TVA sur les carburants, c’est votre droit ; mais cela représente une dépense de 10 milliards d’euros par an pour les finances publiques. Tiens, ça a diminué, ce n’est plus 50 milliards ! Or, pour vous qui êtes attaché à la souveraineté nationale, la meilleure des souverainetés s’obtient par la bonne tenue des comptes publics et le rétablissement d’une dette sous les 100 % de PIB. Il faut rendre leur argent aux Français ! Madame Maximi, vous avez abordé la question de la pauvreté, sujet majeur et bien trop important pour que nous laissions planer la moindre ambiguïté ou inexactitude. Vous le savez, en France, le taux de pauvreté se situe légèrement au-dessus de 14 %. C’est évidemment beaucoup trop dans un pays développé comme le nôtre,… C’est énorme !