XVIe législature
Session ordinaire de 2022-2023

Séance du mercredi 05 octobre 2022

L’ordre du jour appelle la suite de la discussion du projet de loi portant mesures d’urgence relatives au fonctionnement du marché du travail en vue du plein emploi (nos 219, 276).
Hier soir, l’Assemblée a poursuivi la discussion des articles, s’arrêtant aux amendements portant article additionnel après l’article 1er.
Je suis saisie de quatre amendements identiques, nos 388 rectifié, 391 rectifié, 392 rectifié et 393 rectifié, lesquels font l’objet du sous-amendement no 401.
La parole est à M. Dominique Da Silva, pour soutenir l’amendement no 388 rectifié.
Tendre vers le plein emploi suppose que nous soyons à cheval sur le respect des droits et des devoirs, principe qui doit s’appliquer à tous et auquel notre majorité et moi-même sommes très attachés. C’est tout l’objet de cet amendement, qui vise à clarifier et à apporter une réponse à un phénomène bien connu des employeurs qui le subissent : l’abandon de poste du salarié.
En effet, le départ volontaire d’un salarié qui n’exprime pas sa volonté de démissionner pose problème car, dans le droit actuel, il n’est pas considéré comme démissionnaire. Cette situation anormale désorganise les entreprises, surtout les plus petites auxquelles je m’intéresse depuis longtemps – j’en ai visité de nombreuses. Cette situation les oblige à licencier le salarié concerné, généralement en CDI, sans raison.
Nous souhaitons une disposition claire et juste : l’instauration d’une présomption simple de démission du salarié lorsqu’il quitte volontairement son poste. Une telle présomption resterait bien évidemment conditionnée à une mise en demeure préalable de l’employeur invitant son salarié à reprendre son poste de travail. De cette manière, le salarié contestant la rupture de son contrat de travail aurait la possibilité de saisir le conseil de prud’hommes, lequel devrait alors statuer au fond dans un délai très court d’un mois.
La pratique de l’abandon de poste, qui permet d’être indemnisé par l’assurance chômage alors qu’il s’agit là d’une faute grave, est inacceptable. Nous souhaitons y mettre un terme sans priver le salarié de ses justes droits.
(Applaudissements sur quelques bancs du groupe RE.) Sur les amendements identiques nos 388 rectifié, 391 rectifié, 392 rectifié et 393 rectifié, je suis saisie par le groupe Les Républicains d’une demande de scrutin public.
Le scrutin est annoncé dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.
La parole est à M. Philippe Vigier, pour soutenir l’amendement no 391 rectifié.
Il est identique à celui de notre collègue Da Silva, et il a également été repris par nos collègues des groupes Horizons et apparentés et Les Républicains. Il porte sur un sujet récurrent de nos auditions des partenaires sociaux. Comme l’a très bien expliqué Dominique Da Silva, il ne s’agit pas de faire n’importe quoi, bien au contraire. Ce n’est pas votre genre ! Il convient notamment de s’appuyer sur la jurisprudence, que nous connaissons et qui nous permet de définir ce qui relève effectivement de la démission, de sorte d’éviter tout effet d’aubaine et toute dérive dans l’application du projet de loi.
De nombreuses entreprises ne peuvent actuellement que constater l’absence d’un de leurs salariés, sans avoir été préalablement prévenues, ce qui a pour conséquence – chacun le comprend – une profonde désorganisation de leur fonctionnement. Ces amendements visent ainsi à la fois à conserver un filet de sécurité pour les salariés – le groupe Démocrate (MODEM et indépendants) avait appelé l’attention du ministre du travail, du plein emploi et de l’insertion sur ce point dès les premières auditions sur ce texte – et à protéger les chefs d’entreprise susceptibles de se retrouver dans une situation intenable.
J’insiste sur le fait que ces amendements sont largement transpartisans, sachant que le sous-amendement que notre collègue Delaporte présentera dans un instant n’est pas très éloigné des nôtres.
(M. Arthur Delaporte proteste.) Aussi la communauté du bon sens l’emportera-t-elle peut-être afin d’assurer la responsabilisation aussi bien des chefs d’entreprise que des salariés. Ne laissons pas la réglementation telle qu’elle est, c’est-à-dire sans offrir aux employeurs de solution en cas d’abandon de poste. La parole est à M. François Gernigon, pour soutenir l’amendement no 392 rectifié. L’abandon de poste consiste à quitter volontairement son poste de travail ou sa fonction sans préavis ni explications. Aucune raison ne peut justifier cet acte, puisqu’en cas de souci de santé, la médecine du travail existe et qu’un arrêt de travail est toujours possible. En cas de désaccord avec l’employeur, la rupture conventionnelle entre les parties est prévue et, dans ce cas, la rupture du contrat de travail permet de percevoir le revenu de remplacement prévu par l’assurance chômage.
Nous savons tous que l’abandon de poste est utilisé pour contourner les effets de la démission et percevoir les indemnités de chômage. Il est donc ici proposé de limiter cette pratique, sachant qu’il ne s’agit évidemment pas de faire obstruction au droit de retrait en cas de risque avéré pour la santé ou la vie du salarié.
La parole est à M. Jean-Louis Thiériot, pour soutenir l’amendement no 393 rectifié. Tout a déjà été très bien dit par les précédents orateurs. Ces amendements sont effectivement transpartisans – nous avons été plusieurs à y travailler – et sont le fruit de rencontres, après que j’en ai pris l’initiative en commission des affaires sociales, avec toutes les activités du territoire.
Je rappellerai d’abord deux principes. Le premier est que l’assurance chômage est exclusivement limitée aux cas de privation involontaire d’emploi. Or l’abandon de poste n’en relève pas. Deuxièmement, à ceux qui s’opposeraient à cet amendement et qui ont toujours à la bouche le mot « assurance », je tiens à rappeler que le principe de l’assurance est l’imprévisibilité de l’accident. Il n’existe pas de clause potestative dans l’assurance, aussi plutôt que de citer
Le Petit Livre rouge , il vaudrait mieux lire le code des assurances. Le code du travail aussi, c’est un bon livre ! Dans toutes les PME de nos territoires – je pense à la restauration, au bâtiment, aux travaux publics, au travail agricole ou, plus particulièrement, au transport scolaire –, il est impératif de mettre un terme à l’abandon de poste du jour au lendemain, car cela aboutit à laisser des enfants sur le bord des routes, comme dans ma circonscription, en Seine-et-Marne. (Exclamations sur quelques bancs des groupes LFI-NUPES et Écolo-NUPES.) Pourquoi ? Posez-vous la question ! Il s’agit à la fois d’une mesure de justice et d’équité.
Enfin, je précise que ces amendements ne priveront les salariés d’aucun droit, dans la mesure où ces derniers pourront toujours former un recours s’ils considèrent que leur abandon de poste est une démission forcée.
Oui, ces amendements sont conformes à l’esprit dans lequel nous devons travailler dans cette assemblée où, au nom de l’intérêt général, il convient d’agir de manière transpartisane. Dans le cas contraire, cela signifie que l’on fait le choix du droit à la paresse, qui ne doit pas revenir à vivre aux crochets de ceux qui se lèvent tôt le matin.
(Protestations sur les bancs du groupe LFI-NUPES – Applaudissements sur quelques bancs des groupes LR, Dem et HOR.) La parole est à M. Arthur Delaporte, pour soutenir le sous-amendement no 401. Contrairement à ce que disait notre collègue Vigier, le groupe Socialistes et apparentés ne soutient absolument pas ce que vous souhaitez instaurer par ces amendements. Nous cherchons plutôt à pointer l’absurdité de votre démarche et à introduire les garanties minimales qui s’imposent. Ainsi, avant de légiférer, je nous invite collectivement à mesurer ce que vous êtes en train de faire et qui est contraire aux principes fondamentaux du droit du travail – je dis bien principes fondamentaux. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NUPES et sur quelques bancs du groupe Écolo-NUPES.)
Vous parlez de présomption de démission voire de prédémission, mais je vous mets au défi d’introduire ces dispositions dans la loi et de passer ne serait-ce que l’épreuve du Conseil constitutionnel. (Mêmes mouvements.) Je vous mets également au défi de démontrer la compatibilité de la mesure avec les normes internationales de l’OIT – Organisation internationale du travail – et avec le droit de l’Union européenne auquel vous dites adhérer, tout comme nous, ou encore de passer l’obstacle des juges de la chambre sociale de la Cour de cassation, qui n’accepteront jamais un tel motif de rupture de contrat. Prenons le risque dans ce cas ! Enfin, je vous mets au défi d’évaluer le nombre d’abandons de poste que vous qualifiez d’injustifiés. Le plus souvent, un abandon de poste n’est pas volontaire. (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes LFI-NUPES et Écolo-NUPES. – Exclamations sur plusieurs bancs des groupes LR, Dem et HOR.) Ce n’est pas vrai ! Ceux qui affirment le contraire n’ont pas croisé de chefs d’entreprise, car l’abandon de poste, à l’instar des retards ou des négligences, est bien utilisé pour justifier un licenciement, tout en apportant une sécurité juridique aux salariés. Je le répète, le licenciement pour faute grave existe et l’employeur peut toujours invoquer ce motif en cas de problème. Il faut arrêter de faire d’un phénomène minoritaire, que vous ne parvenez pas même à évaluer, un phénomène de société nécessitant de prendre une mesure pénalisant l’ensemble des chômeurs. Revenons à la raison, s’il vous plaît ! (Applaudissements sur les bancs des groupes LFI-NUPES et Écolo-NUPES.) Il a raison ! La parole est à M. Marc Ferracci, rapporteur de la commission des affaires sociales, pour donner l’avis de la commission sur ce sous-amendement et ces amendements identiques. L’avis de la commission est favorable sur l’ensemble des amendements. Le phénomène des abandons de poste est un sujet ancien. Je me souviens qu’il avait déjà été évoqué lors de l’examen de la loi pour la liberté de choisir son avenir professionnel, et je tiens à cet égard à saluer notre collègue Dominique Da Silva, qui s’était exprimé sur ce point à l’époque.
La question des abandons de poste s’est donc également reposée au cours de nos travaux en commission sur le présent texte, au travers du témoignage de terrain de certains parlementaires, ainsi que lors des auditions que nous avons menées. Ce phénomène peut causer de lourds problèmes, particulièrement aux petites entreprises, qui font face à une incertitude juridique s’agissant de la vacance des postes. Nous le savons, dans le contexte actuel, une telle situation peut très vite s’avérer dramatique pour leur activité économique.
Les amendements ont fait l’objet d’améliorations depuis leur examen en commission, afin d’instaurer un dispositif équilibré qui garantisse aux salariés dont la démission aura été prononcée par leur employeur à la suite d’un abandon de poste de pouvoir obtenir l’examen de leur situation par le conseil de prud’hommes. Ces garanties procédurales sont très importantes, car il est vrai que certains – je dis bien certains – abandons de poste sont motivés par des raisons légitimes telles que la santé et la sécurité du salarié. Cela étant, j’insiste sur le fait que ces motifs légitimes ne font pas obstacle à ce que le phénomène important des abandons de poste, qui nous est remonté du terrain, fasse l’objet d’une réponse législative.
En ce qui concerne le sous-amendement proposé par notre collègue Delaporte, il nous semble que les garanties apportées par l’amendement dans sa version originelle sont suffisantes. En revanche, les formalités supplémentaires que vous introduisez à l’alinéa 2 de cet amendement, c’est-à-dire après que l’abandon de poste a été notifié par l’employeur, aboutirait à ralentir cette procédure et pourrait pénaliser de manière assez paradoxale les salariés susceptibles d’être considérés comme démissionnaires pour de mauvaises raisons. Votre sous-amendement va donc à l’encontre du but que vous poursuivez, qui est de protéger les salariés.
C’est la raison pour laquelle j’émets un avis défavorable sur ce sous-amendement et favorable sur les amendements.
La parole est à Mme la ministre déléguée chargée de l’enseignement et de la formation professionnels, pour donner l’avis du Gouvernement. Après avoir salué le travail conjoint des groupes Démocrate, Renaissance, Horizons et Les Républicains sur ces amendements, je voudrais insister sur le fait que la présomption de démission en cas d’abandon de poste par un salarié répond aux demandes des entreprises, dans lesquelles ces abandons de poste sont en augmentation constante et posent divers problèmes. Outre que cela désorganise le collectif de travail et oblige l’employeur à licencier son salarié, ce dernier, lorsqu’il a des raisons légitimes d’être absent – notamment des motifs de santé – risque d’être injustement stigmatisé.
Ce dispositif nous paraît enfin bénéfique pour les finances de l’assurance chômage dans la mesure où, ces salariés qui renoncent volontairement à travailler sont pourtant considérés comme involontairement privés d’emploi, et ont donc droit à des indemnités chômage.
Le Gouvernement est donc favorable à ces amendements qui établissent, en cas d’abandon de poste par un salarié, une présomption simple de démission assortie d’une mise en demeure préalable par l’employeur, de manière à ce que l’abandon de poste ne soit déclaré que si le salarié ne répond pas ou qu’il ne se justifie pas.
Compte tenu du nombre de demandes de prise de parole, chaque groupe aura la liberté de s’exprimer sur ces amendements.
La parole est à M. Hadrien Clouet.
Nous avons d’abord cru à une blague ! Le phénomène dont vous parlez n’a pas été évalué ; vos arguments consistent surtout à citer la tante de la belle-mère des uns ou des autres qui aurait constaté un abandon de poste. C’est ce que vous faites tout le temps ! Ce sont les remontées du terrain ! Il me semble que nous méritons des informations un petit peu plus solides pour nous prononcer sur une réforme. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NUPES.)
Ce qui est extrêmement sérieux, en revanche, c’est le fond de votre proposition. Vous nous demandez d’acter le fait que des salariés humiliés, sous-payés et maltraités soient maintenus en poste de gré ou de force, parce que vous leur supprimez toute porte de sortie. Notamment, lorsque des personnes porteront plainte, elles seront blacklistées pour des années et ne retrouveront pas de travail dans les secteurs où les employeurs se parlent entre eux. Bref, vous êtes en train de condamner au chômage durable des personnes au nom de l’accès au travail,… …dit le mec qui n’a jamais travaillé dans le privé ! Vous établissez une forme de triple peine pour des salariés qui non seulement occupent des postes intenables, dans des conditions inacceptables, non seulement vont être sanctionnés voire licenciés, grâce à toute une volée de motifs, mais qui, après avoir subi tout ça, se verront retirer leurs allocations chômage. Cette triple peine est à la fois injuste et inefficace ; elle est inacceptable ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NUPES.) Pourtant, vous refusez de vous pencher sur les conditions d’emploi. Au lieu de considérer qu’un emploi peut être problématique, mal conçu et mal adapté à la personne qui l’occupe et qu’il faut donc en revoir les conditions, vous estimez que c’est l’employé qui pose problème et vous le forcez à accepter n’importe quoi et à s’y tenir.
Enfin, si c’est avec des amendements aussi sommaires et aussi outranciers que vous envisagez de traiter la multitude de situations concernées, c’est bien qu’il existe sur vos bancs un droit à la paresse parlementaire.
(Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NUPES.) La parole est à M. Frédéric Descrozaille. Votre lecture du droit social n’est pas vraiment compatible avec la nôtre si vous prétendez que, parce qu’il y a subordination il y a aliénation. Vous semblez considérer que les salariés ne peuvent pas se protéger eux-mêmes, et qu’il faut donc les protéger… Par la loi ! …par la loi, par la réglementation et par l’action syndicale. Vous n’avez pas confiance dans le fait que ce sont des personnes qui sont parfaitement capables de faire valoir leurs droits. (Exclamations sur les bancs du groupe LFI-NUPES.) S’il vous plaît, je ne suis pas dans l’invective et je ne vous juge pas ; je fais simplement valoir une autre position, qui consiste à penser que les gens sont capables de se défendre eux-mêmes, grâce à la loi.
Contrairement à ce que vous venez de déclarer, nous ne sommes pas outranciers puisque nous faisons intervenir un tiers, le conseil des prud’hommes, dans un délai raisonnable. En effet, s’il y a des cas où l’abandon de poste est justifié, vous ne pouvez pas nier qu’il y a des abus. Pourquoi a-t-on fait des conventions de rupture ? Parce que certains salariés démissionnaires voulaient toucher le chômage et demandaient donc à être licenciés ; d’où les licenciements bidon, les contestations, les transactions et les conventions de rupture.
Les employeurs ne veulent pas de la clause de rupture ! Il est donc grand temps que la loi empêche raisonnablement ces abus, en misant notamment sur le fait que les gens sont capables de se protéger et de se défendre tout seuls. (Applaudissements sur les bancs des groupes RE et Dem.) Ce n’est pas vrai ! La parole est à M. Pierre Dharréville. Je ne crois absolument pas que cette mesure soit de nature, comme vous vous en targuez, à résoudre les tensions sur le marché du travail ; cela va même être l’inverse, parce que vous ne vous posez pas la question fondamentale : quelle est la cause de tous ces abandons de postes ? Vous ne cherchez absolument pas à comprendre ce qui se cache derrière ni à trouver des solutions. Ce n’est pas votre problème ; et vous êtes en dehors des clous que vous avez vous-mêmes posés. Il a raison ! En réalité, nous disposons déjà d’outils dans le code du travail, et la disposition que vous voulez y intégrer va fragiliser la démission, telle qu’elle est actuellement codifiée. Selon les termes du code du travail, la démission doit être claire et non équivoque. Or, de manière irréfléchie, vous venez interférer avec les dispositions préexistantes, quitte à créer des zones de non-droit.
S’il n’existe aucune documentation sur les raisons qui poussent à un abandon de poste, j’en connais au moins une : dans les déserts médicaux, il est très difficile d’obtenir un rendez-vous médical et, si vous êtes malade ou victime d’un accident sans pouvoir consulter dans des délais raisonnables, vous serez donc jugé pour abandon de poste et licencié sans indemnités.
(Exclamations et protestations sur les bancs des groupes RE et Dem.)
Je vous encourage donc à réfléchir avant de prendre des décisions comme celle-là. Il faut documenter les phénomènes dont vous parlez, qui relèvent surtout d’une posture idéologique défendue par le Medef, même si son nom n’a pas été beaucoup cité jusqu’à présent. C’est une bataille que mène le Medef depuis très longtemps, et vous êtes en train d’accéder à sa demande.
À cause d’un phénomène marginal, vous affaiblissez la protection des salariés et, quand on aura empilé toutes les mesures antisociales, de casse du droit du travail et d’affaiblissement de la protection des salariés que vous avez mises en place depuis que vous êtes au pouvoir, ça fera une belle pièce montée, digne de figurer dans le
Guinness des records . (Applaudissements sur les bancs des groupes GDR-NUPES et LFI-NUPES.) La parole est à M. Philippe Vigier. Cher collègue, vous nous expliquez que ce n’est pas ainsi que nous réglerons les tensions sur le marché du travail mais, pardonnez-moi car c’est rare venant de vous, vous vous êtes trompé : la jurisprudence constante de la Cour de cassation établit qu’en cas de problème de santé ou de sécurité, ceux-ci sont exclus du champ d’application de la mesure, ce que nous avons inscrit dans le texte. Votre argument ne tient donc pas une seconde.
Ensuite, l’absence d’un salarié engendre des tensions pour les autres salariés, qui doivent absorber sa charge de travail ; or vous n’en parlez jamais.
(Applaudissements sur les bancs des groupes Dem et RE.)
Enfin, j’ai bien entendu notre jeune collègue nous dire qu’il existait dans notre assemblée un droit à la paresse mais, n’étant jamais parmi les derniers députés en termes de présence, notamment en commission, je suis très à l’aise avec le sujet et je lui réponds que nous verrons à la fin du film.
Pour conclure, il est prévu qu’un décret en Conseil d’État sécurise les modalités juridiques du dispositif, et vous devriez donc arrêter votre surenchère qui est un mauvais service rendu aux salariés que vous prétendez défendre. Quant au Medef, il ne gère ni les artisans, ni les petites et moyennes entreprises (PME), ni les petites et moyennes industries (PMI), ni les entreprises de taille intermédiaire (ETI).
(Vifs applaudissements sur les bancs des groupes Dem et RE.) Il gère La République en marche ! La parole est à M. Stéphane Viry. Il était évident que, sur les questions de d’abandon de poste, de refus d’un CDI après un CDD ou d’offre d’emploi raisonnable, nous aurions des positions politiques – des postures idéologiques, pour reprendre l’expression de Pierre Dharréville –, antagonistes. Face à vous, nous avons également le droit de défendre notre conception de l’entreprise, où l’employeur doit pouvoir compter, autant que nécessaire, sur des compétences humaines, solides et disponibles, dans le cadre protecteur du droit du travail.
Selon vous, les abandons de postes sont un phénomène marginal ; ma lecture est tout autre. Pour être, comme vous, en contact avec de nombreux employeurs, je peux témoigner qu’ils constatent, notamment depuis la crise sanitaire, que les salariés sont de plus en plus nombreux à quitter leur emploi, peut-être attirés par une autre manière de vivre, et à abandonner l’entreprise, sur une décision unilatérale, ce qui est problématique.
L’article 1er de ce projet de loi nous donne l’occasion de sécuriser juridiquement le parcours de ces salariés, et les amendements proposés me semblent préserver les droits de chacun, y compris du salarié. D’où le fait que vos accusations de posture idéologique détachée de la réalité des entreprises me paraissent infondées. C’est donc sans état d’âme que je voterai pour ces amendements et contre le sous-amendement.
C’est étonnant ! C’est un mauvais procès de considérer que, dans le cadre de nos fonctions, nous n’assurerions pas la protection des travailleurs. (Applaudissements sur quelques bancs des groupes RE et DEM.) La parole est à M. Boris Vallaud. La question est moins de savoir dans quelle mesure ces cas existent que de considérer ce que cette disposition apporte ou retire aux travailleurs comme aux chefs d’entreprise. Concernant la mesure du phénomène, lorsque j’entends le rapporteur nous parler de motifs parfois légitimes parfois illégitimes, j’ai le sentiment d’un gros flottement. Une fois de plus, là où nous aurions besoin, sur un sujet sérieux, que la représentation nationale soit éclairée, on ne nous sert que ce qu’aurait vu quelqu’un qui connaît quelqu’un… (Protestations sur les bancs des groupes RE et Dem.)
Tout cela doit être documenté. Parmi les motifs de licenciement pour faute, il peut y avoir l’abandon de poste. Je remarque par ailleurs que, si le tribunal a un mois pour statuer, il n’est pas précisé quel doit être le délai de la mise en demeure. La précision est renvoyée à un décret en Conseil d’État, et vous me pardonnerez de ne pas être tout à fait serein, quand je sais de quel gouvernement émanera ce décret. Il peut être parfaitement léonin et insécuriser le principe réglementé de la démission comme le licenciement pour faute. Il peut remettre en question l’efficacité de la réforme de l’assurance chômage, que vous avez conduite il y a cinq ans et en vertu de laquelle les démissionnaires devaient être couverts – on voit qu’il s’agissait en réalité d’une promesse assez largement mensongère.
J’ai peur que cette disposition n’apporte rien, ni aux salariés ni aux chefs d’entreprise qui peuvent se retrouver face à des situations difficiles. Vous risquez, par une forme de précipitation législative, de précariser tout le monde.
Le Gouvernement ne sait rien des effets de la loi qu’il nous soumet. À la lecture des treize pages consacrées à l’étude d’impact de l’article 1er, on arrive à la conclusion que cet article ne changera pas grand-chose.
Soyons sérieux et travaillons convenablement à sécuriser les travailleurs !
(Applaudissements sur les bancs du groupe SOC.) Oui, soyons sérieux ! La parole est à M. Thierry Benoit. J’apporte mon soutien, au nom du groupe Horizons, à ces amendements qui visent à limiter le recours des salariés à l’abandon de poste.
Monsieur Vallaud, nous n’avons pas besoin d’étude d’impact. Celles et ceux d’entre nous qui sont au contact du terrain, et ils sont nombreux, savent que les situations d’abandon de poste existent et qu’elles concernent non pas les entreprises de plusieurs centaines de salariés, mais les artisans, les commerçants, les indépendants et les petites entreprises de quelques salariés.
(Applaudissements sur les bancs du groupe HOR et Dem et sur plusieurs bancs du groupe RE. – Exclamations sur les bancs du groupe LFI -NUPES.) Exactement ! Imaginez les difficultés d’une crêperie en Bretagne qui compte trois salariés quand, du jour au lendemain, un des compagnons abandonne les autres.
Le code du travail prévoit la rupture conventionnelle, la démission et, malheureusement, le licenciement. Il faut définir un cadre juridique aux situations d’abandon de poste.
Il existe déjà ! Ce besoin nous est exposé depuis de nombreuses années dans nos circonscriptions. Saisissons donc l’occasion de la discussion de ce projet de loi pour y répondre et régler le problème.
Lors de nos débats hier soir, un député de La France insoumise nous expliquait que l’assurance chômage était une forme de salaire différé, mais l’assurance chômage, c’est comme l’assurance habitation, l’assurance automobile ou l’assurance tous risques : ce sont des systèmes avec des cotisants et des bénéficiaires.
Vous ne connaissez pas l’histoire ! Le système de l’assurance chômage a pour fonction de venir au secours de celles et ceux des travailleurs qui, à la suite d’un accident de la vie, se retrouvent au chômage. (Applaudissements sur les bancs du groupe HOR et Dem et sur plusieurs bancs du groupe RE.) Tous les groupes ayant demandé la parole ont pu s’exprimer, je mets donc aux voix le sous-amendement no 401.
(Le sous-amendement no 401 n’est pas adopté.) Je mets aux voix les amendements identiques nos 388 rectifié, 391 rectifié, 392 rectifié et 393 rectifié.
(Il est procédé au scrutin.) Voici le résultat du scrutin :
Nombre de votants 290
Nombre de suffrages exprimés 287
Majorité absolue 144
Pour l’adoption 219
Contre 68
(Les amendements identiques nos 388 rectifié, 391 rectifié, 392 rectifié et 393 rectifié sont adoptés.) (Applaudissements sur les bancs des groupes RE, Dem et HOR.) C’est passé avec le soutien du Rassemblement national ! (Vives exclamations sur les bancs des groupes RE, Dem et HOR.) Sur l’amendement no 192 rectifié, je suis saisie par le groupe Rassemblement national d’une demande de scrutin public.
Le scrutin est annoncé dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.
Je suis saisie de plusieurs amendements, nos 192 rectifié, 359 et 205, qui fait l’objet d’un sous-amendement no 405, pouvant être soumis à une discussion commune.
La parole est à Mme Marine Le Pen, pour soutenir l’amendement no 192 rectifié.
Monsieur le rapporteur, madame la ministre, je suis en total désaccord avec votre philosophie de l’indemnisation du chômage. Pourquoi votez-vous pour ? Vous dites tout et son contraire ! Cette philosophie, je la connais : elle consiste à dire que si les gens sont au chômage, c’est de leur faute. Je vous comprends, car si ce n’est pas de leur faute, c’est de la vôtre. C’est bien souvent le cas puisque, par définition, c’est vous qui pouvez agir pour la création d’emploi, mais vous ne le faites pas.
Les 5,4 millions de demandeurs d’emploi en France ne le sont pas par leur propre volonté, mais il existe un pourcentage minime de gens qui ont tendance à abuser du système, comme partout.
Nous avons été saisis par de nombreux chefs d’entreprise qui voient des gens refuser un CDI à l’issue d’un CDD. C’est inadmissible. Mes chers collègues de La France insoumise, on ne peut pas à la fois lutter contre les CDD en voulant davantage de CDI et admettre le refus d’un CDI à l’issue d’un CDD.
(Applaudissements sur les bancs du groupe RN – Exclamations sur les bancs du groupe LFI-NUPES.) Seule Mme Le Pen a la parole ! L’amendement proposé est simple et juste. Il vise à considérer comme démissionnaire, et donc sans droit à l’ouverture des allocations chômage, toute personne refusant un CDI à l’issue d’un CDD. (Exclamations sur les bancs du groupe LFI -NUPES.) C’est un exercice difficile de suivre sa pensée avec ces hurlements, mais je vais y arriver !
Pour les modalités pratiques, il suffira d’ajouter à la liste des pièces remises au salarié à la fin d’un CDD une attestation stipulant qu’aucun CDI n’a été proposé.
(Applaudissements sur les bancs du groupe RN.) La parole est à M. François Gernigon, pour soutenir l’amendement no 359. Les contrats à durée déterminée sont des emplois considérés, à juste titre, comme précaires. Le monde économique et les prestataires de services peinent actuellement à trouver des salariés alors que l’ensemble des métiers sont en tension.
À l’issue d’un CDD, bon nombre de salariés refusent la proposition d’un CDI même si celui-ci reprend au minimum les mêmes fonctions, la même qualification, les mêmes horaires, le même lieu de travail et la même rémunération.
L’amendement prévoit que le refus d’un CDI soit inscrit sur l’attestation à destination de l’Assedic et que, en cas de refus d’un CDI à trois reprises au cours d’une période de douze mois, le versement du revenu de remplacement soit suspendu.
La parole est à M. Philippe Vigier, pour soutenir l’amendement no 205. La multiplication des contrats courts est un sujet qui anime cette maison depuis longtemps.
M. le rapporteur l’a rappelé hier, la taxation sur les CDD et le système de bonus-malus, qui ont coûté énormément d’argent aux entreprises, on a parlé d’une somme de 9 milliards, ont très bien marché.
(Protestations sur quelques bancs du groupe LFI -NUPES.) Vous ne pouvez pas dire le contraire : c’est nous qui l’avons mis en place, vous n’étiez pas là !
Les CDI proposés en remplacement de CDD, avec les mêmes conditions salariales et prenant en compte la qualification et le parcours antérieur, permettent d’éviter la précarité que connaissent tellement de salariés qui enchaînent les CDD les uns après les autres. Il existe toutefois des situations, notre collègue M. Gernigon vient de le rappeler, où des salariés refusent un CDI proposé à l’issue d’un CDD.
Je me tourne vers vous, chers collègues
(M. Philippe Vigier se tourne vers la gauche de l’hémicycle) pour vous proposer une nouvelle voie afin de sortir de cette impasse, tout en sécurisant la situation du salarié par la garantie que l’offre est réelle, sincère et argumentée et qu’elle se traduira, car c’est une question qui se pose, par le versement de la rémunération attendue.
Vous nous avez accusés de ne pas beaucoup voir les entreprises. Nous les voyons autant que vous.
Vous les voyez, mais vous ne les connaissez pas ! Je ne dis pas que nous les voyons plus, chacun fait son boulot. Ne nous dites pas que nous ne voyons ni les entreprises, ni les salariés, ni les chômeurs : nous les voyons tout autant que vous.
Essayons de pratiquer l’intelligence collective pour mettre fin à la précarité que nous observons tous et sécuriser les parcours professionnels tout en prenant garde aux difficultés juridiques que nous n’aurions pas cernées. C’est le but de cet amendement du groupe Démocrate.
(Applaudissements sur les bancs du groupe Dem.) La parole est à M. Arthur Delaporte, pour soutenir le sous-amendement no 405. J’ai l’impression de me répéter et j’en suis triste. Quel triste sire ! J’étais professeur dans une ancienne vie : la pédagogie de la répétition, c’est essentiel.
Nous légiférons à l’aveugle…
Vous avez fait la même chose. …sans savoir quelles seront les conséquences et sans pouvoir prendre en compte les cas, monsieur Vigier, où les refus de CDI sont justifiés. Avec vos réformes, le risque est de pénaliser tous les refus. Elles menacent tout le monde. C’est vrai ! Mon impression est qu’un deal a été passé avec la majorité. Le sous-amendement vise à protéger les salariés dans le cadre des mesures que vous envisagez de voter, et que nous réprouvons. Il prévoit que l’employeur devra démontrer son absence de faute, au sens du code du travail, après une procédure contradictoire entre l’employeur, le salarié et le conseil de prud’hommes.
Considérer le salarié ayant refusé trois propositions de CDI comme démissionnaire revient à lui refuser le droit à indemnisation du chômage, contredisant ainsi la parole présidentielle, puisque le président Macron s’était exprimé en 2017 en faveur de l’indemnisation du chômage après démission.
Vos propositions ne contiennent pas de garde-fou permettant de vérifier que le refus par le salarié d’une proposition de CDI soit justifié car il aurait été victime de burn-out, de harcèlement ou de mauvaises conditions de travail.
Nous vous demandons de protéger les salariés de la mauvaise réforme que vous voulez mener.
(Applaudissements sur les bancs du groupe SOC.) Sur le sous-amendement no 405, je suis saisie par le groupe Socialistes et apparentés, membre de l’intergroupe NUPES, d’une demande de scrutin public.
Le scrutin est annoncé dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.
Quel est l’avis de la commission ?
La question du refus d’une offre de CDI à l’issue d’un CDD a été largement discutée à l’occasion de nos travaux en commission et notamment lors des auditions des parties prenantes, en particulier les organisations patronales. Il existe un consensus sur la réalité du phénomène tel qu’il remonte du terrain.
Les amendements proposés, qui visent à suspendre le bénéfice de l’indemnisation en cas de refus d’un CDI, actent ce diagnostic et répondent à une réalité. Néanmoins, la question de savoir comment rendre un tel dispositif opérationnel se pose fortement. Cela a été rappelé en commission, notamment lors des auditions de la direction générale de Pôle emploi, ainsi que par le ministre.
Pour que les amendements nos
192 rectifié, 359 et 205 aient une portée pratique, il faudrait mettre en place un système permettant de certifier et de transmettre l’information de refus de CDI à Pôle emploi afin qu’il en tire les conséquences en termes d’indemnisation. Le ministre a confirmé que la mise en place d’un tel système à brève échéance n’était pas possible. Nous devons donc continuer à travailler pour trouver des solutions opérationnelles à ce problème.
La question du refus de CDI a été soulevée par plusieurs collègues de la commission des affaires sociales. Avec sa présidente, nous avons donc annoncé, lors de l’examen du texte en commission, la mise en place d’un groupe de travail sur cette question dont la mission sera de suivre les travaux du Gouvernement sur la mise en œuvre opérationnelle de solutions à ce problème. C’est important, car il revient à notre assemblée d’opérer ce suivi.
C’est pour éviter de dire que vous êtes d’accord avec le Rassemblement national ! La commission demande donc le retrait des amendements nos 192 rectifié, 359 et 205. En cohérence, l’avis est défavorable pour le sous-amendement no 405. Quel est l’avis du Gouvernement ? Je salue le travail des parlementaires qui ont souhaité répondre à l’interpellation des acteurs économiques. C’est une réalité : les salariés n’acceptent pas toujours la transformation de leur CDD en CDI. Néanmoins, à ce stade, nous n’avons pas pu dégager une voie juridique permettant de priver les salariés visés de leur allocation chômage.
Nous entendons la voix du MODEM, notamment, qui souhaite travailler sur ce sujet. Toutefois, je signale qu’un dispositif permettant d’inciter le salarié à accepter un CDI existe déjà. En cas de refus du CDI proposé, l’employeur peut en effet refuser le versement de la prime de précarité, dont le montant s’élève à 10 % de la rémunération brute totale perçue pendant le contrat de travail. La discussion est ouverte, pour trouver des modalités plus précises permettant de traiter différemment la diversité des cas de refus d’un CDI suite à un CDD.
J’appelle au retrait des amendements, afin de les travailler de nouveau avec vous. En l’état, ils sont juridiquement trop fragiles. En outre, des dispositions existent déjà et votre proposition s’appliquerait à des réalités très disparates. À défaut de retrait, l’avis sera défavorable.
Là encore, j’accepterai de donner la parole à chaque groupe qui en fera la demande, mais pour les amendements suivants, nous en reviendrons à la règle habituelle : un orateur pour, un orateur contre.
La parole est à Mme Raquel Garrido.
En 1972 comme en 2022, on voit bien de quel côté du manche l’extrême droite se trouve : toujours contre les travailleurs ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NUPES ainsi que sur plusieurs bancs des groupes SOC et Écolo-NUPES.)
Quelle cohérence éclatante ! Vous êtes tous d’accord sur les bancs de la droite pour dire que le problème, c’est toujours les salauds de pauvres, les salauds de travailleurs, les salauds de chômeurs. (Vives exclamations sur les bancs des groupes RE, RN, LR, Dem, HOR et LIOT.) Scandaleux ! Vous dépassez les limites ! Vous êtes toujours du côté de l’oppression des travailleurs. Eh oui, cela vous gêne, mais vous en apportez la preuve arithmétique. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NUPES. – Vives exclamations sur les bancs des groupes RE, RN, LR, Dem, HOR et LIOT.) Madame la députée, je vous prie de ne pas abuser des excès de langage. (Applaudissements et exclamations sur les bancs des groupes RE, RN, LR, Dem, HOR et LIOT.) Chers collègues, écoutez-la. C’est pratique d’insulter les gens sans subir de conséquences ! Quelle image vous donnez aux Français ! Écoutez mes arguments ! C’est incroyable, avec la droite,… (Exclamations continues sur les bancs des groupes RE, RN, LR, et Dem.) Seule madame Garrido a la parole. La droite et l’extrême droite usent avec constance d’arguments du même ordre. Le MODEM n’est pas la droite ! Vous souhaitez avoir le droit de virer les travailleurs quand vous le voulez. En revanche, quand ceux-ci souhaitent partir, vous le leur refusez ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NUPES.) Il a donc fallu forger des règles pour vous empêcher de les virer à tout bout de champ et des normes…. (Exclamations sur quelques bancs des groupes RE, RN, LR et Dem.) Mme Garrido habite un logement social ! C’est vrai qu’avec 5 000 euros par mois, c’est une travailleuse pauvre ! Chers collègues, s’il vous plaît ! Il existe également des normes internationales – je pense à la convention 29 de l’OIT sur le travail forcé. Avec son mari, ils touchent 10 000 euros par mois ! Un argument vous convaincra, j’espère, de l’inanité de votre projet. (« Non ! » sur les bancs du RN.) Une femme en CDD harcelée par son patron… (Exclamations continues sur les bancs RE, RN, LR et Dem.) Dix mille euros par mois pour Mme Garrido ! Et où dormira-t-elle ce soir ? Elle prend les HLM des travailleurs ! Les violences faites aux femmes ne vous intéressent pas ? Pourtant, cela fait deux semaines que vous en traitez en boucle ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NUPES. – Exclamations sur les bancs RE, RN, LR et Dem.) Merci, chère collègue.
La parole est à Mme Marine Le Pen.
Madame Garrido, si vous n’étiez pas aveuglée par votre idéologie, vous vous étonneriez des pudeurs de vierge du Gouvernement face à ces amendements. Les arguments qu’il développe – « Ce serait infaisable ! », « Comment fera Pôle emploi ? » – ne tiennent pas la route une seconde. En effet, il suffit de demander aux anciens bénéficiaires d’un CDD souhaitant bénéficier d’une indemnisation chômage d’attester qu’un CDI ne leur a pas été proposé. Alors que cette mesure est simplissime, Mme la ministre déléguée la présente comme très compliquée (Applaudissements sur les bancs du groupe RN) , inapplicable et redondante par rapport aux dispositions existantes. Mais non ! La suppression de la prime de 10 % de la rémunération versée à la fin du CDD n’est pas la solution au problème.
Le type de fraude visé existe bien. Encore une fois, comme je l’ai dit à Mme Borne, les chômeurs heureux de leur situation ne représentent ni 100 %, ni 90 %, ni 80 %, ni 60 %, ni 50 % ni même 40 % de l’ensemble. Cela étant, certains fraudent, en choisissant de ne travailler que quelques mois en CDD, avant d’arrêter pour quelques mois – c’est tellement sympa !
Mais non ! Et ce discours, il n’est pas indécent ? D’ailleurs bien souvent, ce ne sont pas les ouvriers qui fraudent ainsi, en refusant les CDI. C’est peut-être pour cela que vous êtes aussi gênés ! Certains s’amusent à alterner travail et chômage (Applaudissements sur les bancs du groupe RN) ; ils semblent plus proches de votre électorat que de celui de La France insoumise, qui n’a rien compris au problème. (Protestations sur les bancs du groupe LFI-NUPES.)
Nous ne retirons donc pas l’amendement. (Applaudissements sur les bancs du groupe RN.) Nous luttons contre la fraude, car frauder, c’est mal, que l’on soit un employeur… C’était votre cas au Parlement européen ! …ou un salarié profitant de l’indemnisation du chômage. (Applaudissements sur les bancs du groupe RN.) La parole est à M. Philippe Vigier. Madame Garrido, nous ne souhaitons pas virer les gens, au contraire. Nous essayons de sécuriser leur parcours ! C’est mignon, comme formulation ! Votre incohérence est au rendez-vous de notre cohérence.
J’ai été sensible aux propos de Marc Ferracci. Comme mon collègue du groupe Horizons et apparentés, j’ai tenu à ce que ce débat ait lieu dans l’hémicycle, où toutes les sensibilités politiques sont représentées, plutôt que seulement en commission, où nous n’étions pas très nombreux.
Nous devons garder en tête un deuxième fait, qui m’a interloqué : parmi les 12 millions d’offres à Pôle emploi, 600 000 se révèlent non valables. Madame la ministre déléguée, pour résoudre ce problème, vous avez repris la proposition de votre collègue Olivier Dussopt. Il vous faut engager vraiment les parlementaires, Pôle emploi et le Gouvernement dans cette démarche, et ce rapidement, pas dans cinq ans – vous me connaissez, je suis tenace sur ce sujet. Si c’est le cas, nous vous suivrons. Je retire l’amendement, mais il faut trouver une solution à ce problème.
(Applaudissements sur quelques bancs du groupe Dem.)
(L’amendement no 205 est retiré. En conséquence, le sous-amendement no 405 tombe.) La parole est à Mme Emeline K/Bidi. Je suis effarée. Vos propositions sont déconnectées de la réalité (« Oh ! » sur les bancs du groupe RN) , du droit du travail, de l’esprit du code du travail. Si celui-ci prévoit des mesures en faveur des salariés, c’est parce que le rapport de forces est déséquilibré. Or toutes vos propositions reposent sur l’idée qu’il s’est inversé. Les salariés auraient pris le pouvoir dans les entreprises ; ils seraient des fraudeurs fainéants, qui abandonnent leur poste pour être licenciés et percevoir l’allocation chômage. Nous n’avons jamais dit ça ! Vous confondez abandon de poste et fin de mission ! On voit le niveau ! Ils refuseraient la transformation de leur CDD en CDI, pour bénéficier des mêmes allocations.
Vous inversez l’esprit du code du travail, vous faites perdre leurs droits aux salariés, pour les contraindre dans leur emploi, à n’importe quelle condition, sous n’importe quel prétexte, pourvu que les employeurs en ressortent gagnants.
Dans le monde du travail, les employeurs ne sont pas forcément vertueux, ni les salariés fainéants ; l’inverse n’est pas vrai non plus. Toutefois, un rapport de force s’y exerce en défaveur des salariés.
Karl Marx, sors de ce corps ! Il faut le comprendre, pour assainir le débat sur l’application même des mesures proposées. Les fraudeurs, s’ils existent, sont très peu nombreux. Ce n’est pas une raison pour ne rien faire ! Et ce ne sont pas eux que vous allez embêter, mais plutôt les nombreux salariés contraints dans l’emploi, que vous forcerez encore davantage à subir des conditions de travail inacceptables. (Applaudissements sur les bancs des groupes GDR-NUPES et Écolo-NUPES.) Aucun rapport ! La parole est à M. François Gernigon. En face des droits du travail, il faut inscrire les devoirs du travail. (Exclamations sur les bancs du groupe LFI-NUPES.) Tous ceux qui, dans leur circonscription, rencontrent les acteurs du monde économique savent que les deux sujets évoqués aujourd’hui sont d’actualité.
Parlons également des collectivités. Dans ma circonscription, un agent titulaire de son poste, salarié d’une collectivité de 2 500 habitants, a démissionné, quittant la fonction territoriale – c’est son droit. Il a ensuite signé un CDD de six mois, mais, à l’issue de ce délai, a refusé le CDI proposé par son employeur. La collectivité étant son propre assureur, elle risque de devoir le rémunérer pendant deux ans, tout en étant obligée de le remplacer. C’est une double charge, alors que les finances des collectivités sont déjà grevées.
Cependant, je retire l’amendement, à la condition de participer, au nom du groupe Horizons et apparentés, au groupe de travail consacré à ce sujet.
(Applaudissements sur les bancs du groupe HOR.)
(L’amendement no 359 est retiré.) La parole est à M. Aurélien Taché. Quand j’entends nos débats sur cette disposition contraignant les salariés à accepter un CDI après un CDD, je me dis, chers collègues, que vous êtes déconnectés non seulement du droit en vigueur, mais également de la vie de millions de travailleurs précaires. (Mme Bénédicte Taurine applaudit.)
Contrairement à ce que vous pensez, de très nombreux Français ont accepté leur job – après avoir « traversé la rue » – parce qu’ils n’ont pas d’autre choix pour nourrir leur famille ; celui-ci est parfois très éloigné de leurs aspirations et de leur parcours.
Je croyais pourtant que sur les bancs de cet hémicycle, le fait de choisir son métier, de s’émanciper par le travail – puisque vous n’avez que ce mot à la bouche – constituait encore un objectif souhaitable.
Certains, malgré un bac + 5, sont obligés d’accepter un CDD de six mois dans la vente, ou n’importe quel autre secteur ; ils seront choqués que les allocations chômage leur soient coupées si jamais ils refusent la transformation de ce contrat en CDI.
S’ils refusent trois fois la transformation d’un CDD en CDI ! Trois fois ! C’est du délire ! Dans ma circonscription, des jeunes m’expliquent que, malgré leurs études, ils sont obligés de travailler dans un abattoir. (M. Arthur Delaporte applaudit.) Et alors ? Ils éviscèrent des volailles toute la journée, jour après jour. Le soir, ils rentrent chez eux, avec l’odeur du sang et de la mort sur eux. (Exclamations sur les bancs des groupes LR et RN.) Lamentable ! Eh oui, c’est cela, la réalité de millions de travailleurs. Quel mépris pour ceux qui font ce travail ! Rendez-vous au moins une fois dans les usines, pour la constater, car visiblement vous ne les fréquentez plus depuis longtemps ! (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes LFI-NUPES, SOC et Écolo-NUPES.)
Après un tel CDD de six mois, je comprends que l’on ait besoin d’une période de chômage, pour se reconvertir et trouver un autre projet professionnel. (Exclamations sur les bancs des groupes LR et RN.) Je défends ces travailleurs. Manifestement, pour vous, ils représentent de la chair à canon, alors que ces femmes et ces hommes peuvent souffrir au travail. (Applaudissements sur les bancs des groupes SOC et Écolo-NUPES.) Les bobos sont de retour ! La parole est à M. Arthur Delaporte. L’avis de Mme la ministre déléguée est empreint de sagesse ; j’aurais aimé que la même attitude soit adoptée à propos de la série d’amendements précédente.
M. Taché soulève un problème majeur. Beaucoup d’étudiants enchaînent les CDD. Prenons le cas de Pauline.
(Exclamations sur les bancs des groupes RE, RN, LR et Dem.)
Vous la connaissez bien, madame la ministre déléguée. Pauline a 22 ans. Elle est étudiante en master à l’université de Caen, et elle a enchaîné trois CDD chez McDo’. McDo’ embauche beaucoup d’étudiants – parfois en CDI, me direz-vous. On lui propose un CDI. Doit-elle l’accepter ? Si elle refuse, le dispositif que vous défendez aura pour conséquence de lui faire perdre le droit à l’indemnité chômage. C’est exactement ça ! Non, c’est faux ! Pour toutes les Pauline, réfléchissons bien avant d’agir et de voter la loi. Laissez Pauline tranquille ! Ne précarisons pas davantage encore les étudiants : ils le sont suffisamment. Ne précarisons pas davantage toutes celles et ceux qui enchaînent les petits contrats, ne leur refusons pas le droit au chômage ! S’ils refusent un CDI, ils se précarisent eux-mêmes ! Vous insistez sur le fait que les droits doivent s’accompagner de devoirs. Vous avez raison. Toutefois, je souligne que le droit du travail, que la loi définit, comporte bien des devoirs, qui sont traduits dans le contrat de travail. Le contrat impose des obligations en même temps qu’il reconnaît des droits. S’il vous plaît, pas de leçons sur ce point. (Applaudissements sur les bancs des groupes SOC et LFI-NUPES.) La parole est à Mme Astrid Panosyan-Bouvet. Il faut se féliciter de la création d’un groupe de travail sur ce sujet. Ah ! On est sauvés ! En effet, une investigation est nécessaire. Nous souhaitons nous assurer que les gens qui ont recours à l’assurance chômage y ont pleinement droit, qu’ils ne choisissent pas d’organiser leur activité en cumulant des CDD avant de faire autre chose.
Vous citez l’exemple de Pauline, mais vous précisez qu’elle est étudiante : selon vous, elle cumule des CDD et peut prétendre à l’assurance chômage.
Ça existe ! Or, a priori , on ne perçoit pas d’allocations chômage lorsqu’on est étudiant. (Exclamations sur les bancs du groupe LFI-NUPES. – M. Arthur Delaporte proteste.)
Les entreprises sont réellement confrontées à ce problème ; soyons satisfaits que la commission des affaires sociales, avec l’appui de la ministre déléguée, crée un groupe de travail. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe RE.) Je rappelle qu’il faut s’adresser à la présidence, au rapporteur ou à Mme la ministre déléguée. On ne s’interpelle pas dans l’hémicycle. Ça vaut pour M. Louis Boyard ! Je mets aux voix l’amendement no 192 rectifié.
(Il est procédé au scrutin.) Voici le résultat du scrutin :
Nombre de votants 311
Nombre de suffrages exprimés 308
Majorité absolue 155
Pour l’adoption 100
Contre 208
(L’amendement no 192 rectifié n’est pas adopté.) À partir de maintenant, et comme je l’ai déjà annoncé, je donnerai la parole à un orateur pour et à un contre dans les discussions sur les amendements.
La parole est à Mme Véronique Besse, pour soutenir l’amendement no 124.
Il vise à remplacer, dans l’article L. 5411-6 du code du travail, « [Le demandeur d’emploi] est tenu » par « Il lui est obligatoire », afin d’exprimer plus fermement à la personne au chômage l’injonction de tout mettre en œuvre pour retrouver un emploi, notamment lors de ses entretiens avec Pôle emploi.
Une étude de 2018 de Pôle emploi montre que 8 % des chômeurs indemnisés ne cherchent pas activement un emploi. Il faut les y contraindre davantage.
En contrepartie, l’inscription du mot « obligatoire » renforce le droit des personnes au chômage de bénéficier d’un suivi personnalisé. Il est difficile de savoir si c’est toujours le cas – les chiffres montrent aussi que beaucoup de personnes ne perçoivent pas d’allocations.
Quel est l’avis de la commission ? La nuance entre « être tenu » et « être obligé » est ténue.
En réalité, les demandeurs d’emploi ne se soustraient pas à la discussion concernant le projet personnalisé d’accès à l’emploi : la plupart du temps, ils l’attendent, car elle constitue la porte d’entrée dans un parcours d’accompagnement qui leur est généralement utile.
L’amendement n’est pas opportun. Avis défavorable.
Quel est l’avis du Gouvernement ? Même avis. La parole est à M. Louis Boyard. Cet amendement est aussi aberrant que nombre des propos tenus depuis dix minutes environ. Or vous ne relevez jamais cet aspect ! Je suis choqué que vous vous indigniez des propos de Mme Garrido, mais pas de ceux de Mme Le Pen, quand elle dit qu’un chômeur resterait au chômage quelques mois parce que ce serait « sympa ». (Mme Marie Pochon applaudit.)
Je suis choqué que nous discutions des 8 % de chômeurs qui ne chercheraient pas activement un emploi, sans jamais citer cet autre chiffre : il y a dix-sept fois plus de chômeurs que d’emplois disponibles ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NUPES.) Adressez-vous à la présidente ! Ce point est au fondement de nos débats. On n’est pas au chômage par plaisir. La plupart des chômeurs vivent sous le seuil de pauvreté. Tu n’as jamais travaillé ! Va travailler ! Nous sommes en train de débattre de l’opportunité de changer un mot dans un texte que personne ne lira. Mme Panosyan-Bouvet affirme que Pauline ne toucherait pas le chômage, alors qu’elle le toucherait ! C’est faux, ce qu’il dit ! Connectez-vous enfin un peu à la réalité, enfin ! Ce sont les propos de ce genre qui culpabilisent les gens au chômage. Relevez le niveau en distinguant vos discours de ceux d’un Rassemblement national qui culpabilise les chômeurs, qui parle d’assistanat et qui vote vos projets. (Protestations sur les bancs du groupe RN.) L’indécence est de votre côté, et non dans les propos de Mme Garrido ! (Applaudissements sur les bancs des groupes LFI-NUPES, SOC, Écolo-NUPES et GDR-NUPES.) M. Delaporte a dit tout à l’heure que la répétition devrait porter ses fruits : je répète, et j’espère ne pas avoir besoin de recommencer, qu’on s’adresse à la présidence, au rapporteur ou à la ministre déléguée, afin d’éviter qu’un brouhaha ne s’installe dans l’hémicycle. Merci, madame la présidente !
Et, chers collègues, arrêtez de crier ! Ça suffit, ces mises en cause personnelles. Il faut être attentif au travail des autres, avant de critiquer.
(L’amendement no 124 n’est pas adopté.) La parole est à M. Stéphane Viry, pour soutenir l’amendement no 94. Il concerne l’offre raisonnable d’emploi, qui a été définie par la loi de 2008 relative aux droits et aux devoirs des demandeurs d’emploi. Nous n’avons pas forcément tous le même avis en la matière : je considère que parfois, je dis bien parfois, des entreprises subissent un abus, lorsque certains refusent d’apporter leurs compétences, alors qu’ils seraient disponibles. Refuser à plusieurs reprises, sans aucun motif légitime, des offres d’emploi compatibles avec sa formation, sa qualification, son expérience professionnelle, cela pose problème. En tout cas, c’est contraire à l’esprit du marché du travail, et ça concourt à augmenter le taux de chômage.
Le présent amendement vise donc à empêcher les demandeurs d’emploi de déroger à l’obligation d’accepter les offres d’emploi qui leur correspondent.
Quel est l’avis de la commission ? Vous revenez sur la notion d’offre raisonnable d’emploi – et j’insiste sur le mot « raisonnable ». Il existe des critères selon lesquels un demandeur d’emploi peut légitimement refuser une offre. La loi les énumère, ils concernent notamment le salaire et l’éloignement géographique. Pour chacun, ils sont affinés dans le cadre du dialogue avec les conseillers de Pôle emploi, et sont introduits dans le projet personnalisé d’accès à l’emploi, depuis la loi de 2018 pour la liberté de choisir son avenir professionnel.
L’amendement que vous défendez tend à obliger les demandeurs d’emploi à accepter toute offre, quelle qu’elle soit. Cela me paraît excessif et aboutirait à faire accepter des postes qui ne correspondent aucunement aux aspirations des demandeurs d’emploi, ni à leurs contraintes salariales et géographiques. Avis défavorable.
Quel est l’avis du Gouvernement ? Même avis.
(L’amendement no 94 n’est pas adopté.) Sur l’amendement no 40, je suis saisie par le groupe Socialistes et apparentés (membre de l’intergroupe NUPES) d’une demande de scrutin public.
Le scrutin est annoncé dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.
La parole est à M. Arthur Delaporte, pour soutenir les amendements nos 40 et 350, qui peuvent faire l’objet d’une présentation groupée.
Ils ont en effet un objectif commun ; de plus, mon intention n’est pas de ralentir les débats.
Notre droit comporte une définition de l’assurance maladie. Nous parlons beaucoup de l’assurance chômage, mais il n’en existe pas de définition juridique. Or un fondement commun nous permettrait de nous accorder sur sa nature.
Aussi proposons-nous d’inscrire dans le code du travail, en amont des articles consacrés à l’assurance chômage, un article qui le définit en ces termes : « Le régime d’assurance chômage est fondé sur le principe de solidarité face au risque de privation d’emploi. Il assure la continuité du salaire d’activité et garantit un niveau de vie satisfaisant aux travailleurs privés d’emploi. »
Il s’agit de dire ce qu’est concrètement l’assurance chômage ; sa vocation assurantielle se traduit par le maintien d’un revenu lié au salaire, dans une forme stable et lisible par tous.
Lors de l’examen en commission, M. le rapporteur a souligné l’aspect contradictoire de l’inscription du mot « salaire ». Nous conservons le dispositif de l’amendement que nous avions alors défendu, parce qu’il s’agit bien d’un revenu de substitution au salaire et que cela nous paraît important, du point de vue philosophique.
Cependant, nous proposons également une version légèrement modifiée du même texte dans l’amendement no 350. Celui-ci est plus consensuel – peut-être, monsieur le rapporteur, pourrez-vous lui donner un avis favorable. « [Le régime d’assurance chômage] verse un revenu de remplacement du salaire et garantit un niveau de vie satisfaisant aux travailleurs privés d’emploi. »
J’espère que vous adopterez l’amendement no 40, qui est plus cohérent, mais, à défaut, votez le no 350.
Quel est l’avis de la commission ? L’amendement no 40 prévoit que l’assurance chômage « assure la continuité du salaire d’activité ». Je trouve la formulation très ambiguë : elle suggère que le revenu de remplacement que constitue l’indemnité chômage doit être égal au salaire d’activité. Je vous l’ai dit en commission. Or cela est évidemment exclu, ce ne serait pas du tout incitatif.
L’amendement no 350 substitue à cette notion celle de revenu de remplacement. Il est déjà satisfait. Le taux moyen de remplacement, c’est-à-dire le rapport entre le montant de l’allocation chômage et celui du dernier salaire, est de l’ordre de 70 %, ce qui se situe dans la moyenne des pays de l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques). Ainsi, un niveau de vie décent et susceptible de permettre la recherche d’emploi est assuré.
Avis défavorable sur les deux amendements.
Quel est l’avis du Gouvernement ? Il est également défavorable sur les deux amendements. Le nouveau mode de calcul vise à assurer une équité entre les salariés qui occupent un emploi discontinu et ceux qui ont un emploi continu, par exemple à temps partiel. Il s’agit d’être plus conformes à une logique assurantielle. La parole est à M. Alexis Corbière. Je soutiens ces deux amendements, qui sont de nature presque philosophique. Vous êtes des philosophes ? C’est aussi le but de cette discussion : quelle philosophie défendons-nous ? Celle d’une assurance en faveur des salariés qui perdent leur emploi. Certains d’entre vous, dans la majorité et à l’extrême droite, ont une approche différente, et c’est ce qui a pu susciter une certaine passion. Selon cette approche, c’est en ayant le moins de droits possible, en occupant une position défavorable dans le rapport de force avec leur employeur que les salariés seront motivés pour travailler.
Or cette philosophie revient selon nous à considérer les gens comme paresseux et à faire de cette paresse une explication du chômage.
(Protestations sur les bancs du groupe RE.) Oui, c’est une vision du monde : l’employeur est confronté une difficulté, la fainéantise de ses salariés. Un collègue insistait sur les devoirs des salariés : mais dans une entreprise, le salarié n’a que des devoirs vis-à-vis de son employeur ! Il est dans un rapport de subordination. Il ne faut vraiment pas connaître le monde de l’entreprise pour croire qu’elle est un lieu de liberté où le salarié fait ce qu’il veut ! (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes LFI-NUPES et SOC.) Il a des devoirs, et s’il ne les respecte pas, il est blâmé, voire licencié. Nous devons donc, par la loi et par le code du travail, parvenir à rééquilibrer la relation entre les salariés et les employeurs. En ce sens, les deux amendements de M. Delaporte dessinent le cadre philosophique dans lequel nous voulons nous inscrire.
Monsieur le rapporteur, vous avez eu ce mot terrible : l’amendement no 40 ne serait pas du tout « incitatif ». Vous partez, vous aussi, de ce présupposé philosophique et idéologique : si l’assurance chômage est trop favorable, un travailleur ne sera pas incité à chercher du boulot. En conséquence, pour qu’un chômeur retrouve rapidement un emploi, il faut qu’il bénéficie de droits aussi faibles que possible. Nous sommes en désaccord avec cette idée.
La parole est à M. Arthur Delaporte. J’ai du mal à comprendre les avis qui ont été donnés. Selon le rapporteur, les amendements seraient satisfaits – mais je ne vois pas comment, en l’absence d’une définition juridique de l’assurance chômage dans le projet de loi. Quant à la ministre déléguée, elle les juge en contradiction avec la vocation assurantielle de l’assurance chômage ; or le lien que nous faisons entre salaire et revenu de remplacement permet justement de mieux affirmer cette vocation. Je mets aux voix l’amendement no 40.
(Il est procédé au scrutin.) Voici le résultat du scrutin :
Nombre de votants 220
Nombre de suffrages exprimés 216
Majorité absolue 109
Pour l’adoption 54
Contre 162
(L’amendement no 40 n’est pas adopté.)
(L’amendement no 350 n’est pas adopté.) La parole est à Mme Joëlle Mélin, pour soutenir l’amendement no 227. Il concerne les étrangers hors Union européenne (« Ah ! » sur les bancs du groupe LFI-NUPES) dont le titre de séjour est suspendu à un emploi. L’amendement vise à limiter leurs droits au chômage à l’équivalent d’une année pleine, afin de réorienter la solidarité vers les citoyens français. Les travailleurs étrangers ne cotiseraient donc pas comme les Français ? Précisons à nouveau que le principe de solidarité participe du contrat social et qu’il a été la garantie d’un droit solide et protecteur depuis soixante ans ; il est dénaturé par une libéralisation progressive du marché du travail. Cela vous convenait, pourtant ! L’immigration de travail, mal contrôlée, n’a eu pour effet que de tirer les salaires vers le bas ou de les maintenir à un niveau anormalement bas. Afin de corriger cette erreur politique qui a conduit à la fabrication de travailleurs précaires, souvent au bénéfice de multinationales prédatrices ou d’entreprises peu scrupuleuses, je vous propose d’adopter cet amendement qui tend à protéger les travailleurs français. (Applaudissements sur les bancs du groupe RN.) Sur les amendements nos 227 et 242, je suis saisie par le groupe Rassemblement national d’une demande de scrutin public.
Les scrutins sont annoncés dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.
De même, sur les amendements nos 271 et 304, je suis saisie par le groupe La France insoumise-Nouvelle Union populaire, écologique et sociale d’une demande de scrutin public.
Les scrutins sont annoncés dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.
Quel est l’avis de la commission sur l’amendement no 227 ?
Avis défavorable. On retrouve ici la vision politique – philosophique même – de l’extrême droite. (Protestations sur les bancs du groupe RN.) Votre proposition entraînerait une rupture d’égalité entre des salariés qui ont cotisé identiquement et, de ce fait, remettrait en cause le caractère assurantiel de l’assurance chômage, qui est fondé sur le principe du lien entre les cotisations et les droits acquis. Le contrat social ! Quel est l’avis du Gouvernement ? Même avis. La parole est à M. Arthur Delaporte. Cet amendement me rappelle ceux que vous avez déposés en commission, qui tendaient par exemple à limiter l’accès aux élections professionnelles aux seuls salariés maîtrisant la langue française. (Exclamations sur les bancs du groupe RN.) Vous n’avez donc pas honte ? Non ! Il me paraît logique de s’exprimer dans la langue nationale ! Non, vous n’avez pas honte, et c’est bien ce qui est problématique. La préférence nationale ! Sous vos beaux costumes et derrière la prétendue dédiabolisation, rien n’a changé ! Vous remettez en question les droits des travailleurs : ils ont en effet tous les mêmes droits, parce qu’ils ont tous cotisé de la même façon. C’est faux ! M. le rapporteur le rappelait fort justement : un droit ouvre des droits. Non seulement vous défendez des propositions anticonstitutionnelles, mais vous êtes indignes ! (Applaudissements sur les bancs des groupes SOC, LFI-NUPES et Écolo-NUPES ainsi que sur quelques bancs du groupe RE.) La parole est à Mme Prisca Thevenot. Chassez le naturel, il revient au galop ! Pendant des semaines, des mois, vous avez voulu nous faire oublier qui vous étiez réellement. (Protestations sur les bancs du groupe RN.) Mais vos beaux mots et vos cravates ne nous ont jamais trompés : vous étiez, vous êtes et vous resterez un mouvement d’extrême droite, cet amendement le prouve à nouveau ! (Applaudissements sur les bancs des groupes RE et Dem.) Vous brandissez la préférence nationale, bannissant toutes celles et ceux qui ne vous ressemblent pas ! Eh oui ! Oui, la préférence nationale ! Votre préférence nationale est notre honte républicaine, entendez-le ! (Applaudissements sur les bancs des groupes RE, Dem, LFI-NUPES, SOC et Écolo-NUPES. – Exclamations sur les bancs du groupe RN.)
Vous dites vouloir protéger la Constitution par vos amendements, mais vous la détricotez. Vous dites défendre les valeurs de la France, mais vous voulez, par cet amendement, légaliser la discrimination ! (Mêmes mouvements.) Entendez bien : cinquante ans après, vos cravates ne cacheront jamais votre flamme ! Jamais ! (Mêmes mouvements. – Plusieurs députés des groupes RE et Dem se lèvent pour applaudir.) Je mets aux voix l’amendement no 227.
(Il est procédé au scrutin.) Voici le résultat du scrutin :
Nombre de votants 220
Nombre de suffrages exprimés 217
Majorité absolue 109
Pour l’adoption 53
Contre 164
(L’amendement no 227 n’est pas adopté.) (Applaudissements.) La parole est à Mme Fatiha Keloua Hachi, pour soutenir l’amendement no 27. Il vise à informer le futur demandeur d’emploi de ses droits à indemnisation dès que survient le fait générateur de sa future recherche d’emploi – plan social, licenciement pour faute, etc.
Le principal reproche à adresser à l’indemnisation du chômage est l’ampleur du non-recours : seulement 36 % des demandeurs d’emploi sont indemnisés, selon les chiffres de la Dares, la direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques. Il convient donc de notifier rapidement ses droits au travailleur. Les Urssaf disposent des données nécessaires : il suffit de les transmettre à Pôle emploi afin que soient contactés les travailleurs concernés.
Quel est l’avis de la commission ? L’adoption de l’amendement supposerait beaucoup d’efforts de la part de Pôle emploi, qui a déjà développé des outils tels qu’un simulateur de droits permettant aux demandeurs d’emploi, dès qu’un changement de situation intervient, de connaître l’évolution de leur éligibilité, du montant et de la durée de leur indemnisation. Dans la situation actuelle de fortes tensions sur le marché du travail, il me semble nécessaire que Pôle emploi se recentre sur l’accompagnement des demandeurs d’emploi et des entreprises, afin d’aider ces dernières à recruter. Imposer une charge supplémentaire alors que des outils existent déjà ne me semble pas opportun. Avis défavorable. La parole est à M. le ministre du travail, du plein emploi et de l’insertion, pour donner l’avis du Gouvernement. Avis défavorable, pour les mêmes raisons que celles évoquées par M. le rapporteur. La parole est à M. Arthur Delaporte. C’est un peu simple, comme réponse. Monsieur le ministre, vous devriez, comme M. le rapporteur, ouvrir le rapport du médiateur de Pôle emploi, qui juge que « les changements incessants de la réglementation de l’assurance chômage » sont en partie responsables du non-recours aux droits. Le rapport de la Dares, qui a été communiqué lundi dernier, le montre bien également.
Monsieur le ministre, peut-être m’écouterez-vous quand vous aurez fini de discuter avec votre collègue ?
(Protestations sur quelques bancs des groupes RE et Dem.)
(L’amendement no 27 n’est pas adopté.) La parole est à M. Victor Catteau, pour soutenir l’amendement no 242. Lorsqu’une personne perd son emploi, l’allocation lui est versée sept jours plus tard. L’amendement vise à supprimer ce délai de carence, afin que les personnes perdant leur emploi perçoivent leur allocation dès le lendemain de la fin du contrat de travail.
Dans un contexte économique compliqué pour beaucoup de Français, avec une inflation qui s’accentue, nous voulons favoriser le pouvoir d’achat. La pratique actuelle revient à retirer à des Français un quart de l’allocation qu’ils pourraient percevoir sur un mois. J’appelle donc la NUPES, qui défend le pouvoir d’achat depuis le début de l’examen du projet de loi, à voter pour cet amendement de bon sens.
(Applaudissements sur les bancs du groupe RN.) Quel est l’avis de la commission ? Votre amendement témoigne de votre ignorance des contraintes qu’impose la gestion administrative d’un organisme tel que Pôle emploi. (Protestations sur les bancs du groupe RN.) Ce délai d’attente est une nécessité administrative imposée à l’opérateur de longue date pour permettre le suivi et l’ouverture des droits.
De plus, dans l’hypothèse où des personnes enchaîneraient de manière rapide des contrats courts, ce délai évite d’ouvrir des droits à quelqu’un qui reprend aussitôt un emploi. Avis défavorable.
(Protestations sur les bancs du groupe RN.) Quel est l’avis du Gouvernement ? Même avis. Je mets aux voix l’amendement no 242. Allez la NUPES, on vote !
(Il est procédé au scrutin.) Voici le résultat du scrutin :
Nombre de votants 195
Nombre de suffrages exprimés 191
Majorité absolue 96
Pour l’adoption 55
Contre 136
(L’amendement no 242 n’est pas adopté.) Quelle honte ! Mais où est passé le courage de la gauche ?

Mme la présidente.