Question de : M. Julien Brugerolles
Puy-de-Dôme (5e circonscription) - Gauche Démocrate et Républicaine

M. Julien Brugerolles attire l'attention de Mme la ministre de la culture sur la situation particulièrement préoccupante de la presse quotidienne régionale. En effet, de nombreuses suppressions de postes sont d'ores et déjà annoncées dans plusieurs groupes de presse. À titre d'exemple, le groupe Centre France, qui édite notamment le quotidien La Montagne, a fait état début avril 2026 d'un projet de suppression de 152 postes sur un total de 1 600 salariés, soit près de 10 % de ses effectifs. Ce plan social devrait également conduire à la fermeture de trois agences locales. Ces réductions d'effectifs ne sont pas sans conséquence sur les conditions de travail des journalistes et, par voie de conséquence, sur la qualité et la diversité de l'information proposée aux lecteurs. Dans ce contexte, il devient particulièrement difficile pour ces titres de reconquérir de nouveaux publics et de maintenir un lien de proximité essentiel avec les territoires. Or il existe une relation directe entre la vitalité démocratique et l'accès à une information locale fiable et pluraliste. La disparition progressive de relais d'information de proximité fragilise ainsi l'équilibre démocratique de nombreux territoires, en particulier ruraux. Par ailleurs, la presse régionale doit aujourd'hui faire face à des défis structurels majeurs : adaptation au virage numérique et aux nouveaux usages, ou encore captation et réutilisation de ses contenus par des systèmes d'intelligence artificielle sans contrepartie économique. Dans ce contexte et à un an d'échéances électorales majeures, il apparaît indispensable de garantir la pérennité d'un réseau de presse locale dynamique, indépendant et en capacité de faire vivre la pluralité de l'expression et de l'information. Aussi, il lui demande quelles mesures le Gouvernement entend mettre en œuvre pour soutenir et protéger durablement la presse quotidienne régionale. À ce titre, il souhaite également connaître l'état d'avancement du projet de loi « États généraux de l'information », promis par le Président de la République, qui devait être présenté en Conseil des ministres à la fin du mois de janvier ou au début du mois de février 2026, mais qui ne l'a toujours pas été.

Réponse publiée le 28 juillet 2026

La presse locale est un maillon essentiel du pluralisme, de la fiabilité de l'information et, partant, de la vitalité démocratique des territoires. Sa fragilisation présente donc un risque démocratique, économique et social important. La capacité de cette famille de presse à assurer son rôle démocratique et de cohésion territoriale est aujourd'hui menacée par la baisse structurelle de ses revenus. Celle-ci résulte de l'attrition de la diffusion papier et de la diminution des recettes publicitaires captées par les plateformes numériques, insuffisamment compensées par la croissance des abonnements numériques. Pour faire face à la baisse de leur chiffre d'affaires, les éditeurs de presse sont contraints de réduire leurs coûts, composés pour une large part de coûts salariaux, selon l'étude sur le modèle économique de l'information en France réalisée par le ministère de la culture et l'Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique (ARCOM). Dans ce contexte, le Gouvernement soutient les éditeurs de presse locale et agit en faveur de la préservation du pluralisme sur l'ensemble du territoire. Plusieurs dispositifs d'aides concourent directement au financement de la production d'information locale. Quatorze quotidiens locaux bénéficient de l'aide au pluralisme des quotidiens régionaux, départementaux et locaux d'information politique et générale à faibles ressources de petites annonces (QFRPA), dotée de 1,4 million d'euros par an. L'aide au pluralisme de la presse périodique régionale et locale, dotée de 1,47 million d'euros par an, a soutenu 227 publications locales en 2025. Plusieurs dizaines de services de presse numériques locaux bénéficient de l'aide au pluralisme des services de presse tout en ligne (SPTEL), pour un montant d'aide d'environ 700 000 euros en 2025. Enfin, le budget de 1,8 million d'euros du fonds de soutien aux médias d'information sociale de proximité (FSMISP) est réparti entre 200 médias d'information locale chaque année. L'État soutient également la diffusion et la modernisation de la presse locale d'information politique et générale. Sa diffusion aux abonnés bénéficie d'un avantage tarifaire postal (47 millions d'euros en 2024) et d'une aide directe au postage (29,5 millions d'euros en 2025) et au portage (28,5 millions d'euros en 2025). Le développement numérique de la presse quotidienne régionale et sa transformation industrielle sont les principaux bénéficiaires du fonds stratégique pour le développement de la presse (FSDP) depuis sa création en 2012. Le fonds a ainsi notamment concouru au financement de la nouvelle imprimerie de Centre France, à hauteur de 1,5 million d'euros. La presse quotidienne régionale est d'ailleurs directement ciblée par les dispositifs d'accompagnement des salariés des imprimeries concernés par les ajustements industriels décidés pour faire face à la diminution des volumes. L'article 191 de la loi de finances pour 2026 a ainsi créé un nouvel outil d'accompagnement social des restructurations des imprimeries de presse quotidienne nationale et régionale. L'action de l'État à l'endroit de la presse quotidienne régionale ne se limite pas à l'attribution d'aides publiques. Elle s'inscrit aussi dans le champ réglementaire et dans l'action européenne pour assurer une répartition plus équitable de la valeur entre les producteurs d'une information journalistique – la presse en particulier – et les plateformes et services numériques qui tirent d'importants revenus de la diffusion et de l'exploitation de leurs contenus, sans juste rémunération en retour. Le Gouvernement soutient la proposition de loi du député Erwan Balanant visant à renforcer l'effectivité du droit voisin des éditeurs et agences de presse. Conscient de l'urgence à agir pour soutenir les droits et les revenus des éditeurs de presse, le Gouvernement a engagé la procédure accélérée sur le texte le 25 mars 2026, et l'a notifié en juin à la Commission européenne en vue de son adoption définitive par les deux chambres. Le ministère de la culture demeure pleinement mobilisé en soutien aux acteurs de la presse locale et poursuivra son action afin de préserver le pluralisme de l'information locale, d'accompagner la transition économique, industrielle et numérique des titres, et de soutenir la diffusion de la presse sur tout le territoire.

Données clés

Auteur : M. Julien Brugerolles

Type de question : Question écrite

Rubrique : Presse et livres

Ministère interrogé : Culture

Ministère répondant : Culture

Dates :
Question publiée le 28 avril 2026
Réponse publiée le 28 juillet 2026

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