Question de : M. Jérôme Guedj
Essonne (6e circonscription) - Socialistes et apparentés

M. Jérôme Guedj alerte Mme la ministre des outre-mer sur la situation économique particulièrement préoccupante en Nouvelle-Calédonie. Les acteurs économiques du territoire tels que les chefs d'entreprise, artisans et agriculteurs alertent aujourd'hui sur une dégradation rapide et profonde de la conjoncture locale. Selon une enquête récente menée auprès de 776 entreprises par les chambres consulaires et organisations professionnelles, une entreprise sur deux ne disposerait plus que de trois mois de trésorerie, tandis qu'un quart des structures envisagerait une cessation d'activité à court terme. Par ailleurs, près de 52 milliards de francs CFP, soit environ 430 millions d'euros d'investissements, seraient actuellement suspendus en raison d'un manque de visibilité institutionnelle. Dans ce contexte, de nombreuses voix locales soulignent que l'instabilité politique et institutionnelle fragilise durablement le tissu productif, entraînant une perte de compétences, la destruction progressive d'emplois et un risque d'effondrement économique difficilement réversible. Si les dispositifs d'aide de l'État permettent d'amortir temporairement les effets de cette crise, ils ne semblent pas faire le poids et ne suffisent pas quant à enrayer une dynamique de dégradation continue. Ainsi, dans un contexte que les acteurs locaux qualifient de « point de non-retour » potentiel, il lui demande quelles mesures d'urgence le Gouvernement entend mettre en œuvre afin de restaurer la visibilité et la stabilité économique en Nouvelle-Calédonie, de soutenir durablement les entreprises locales et de prévenir un effondrement structurel du tissu productif calédonien.

Réponse publiée le 30 juin 2026

Les émeutes de 2024 ont fortement impacté l'économie calédonienne. Les destructions ont été estimées à 2 Md€ par la Caisse centrale de réassurance et le PIB a chuté de 13,5%. De ce fait, la situation économique des entreprises et des ménages s'est fortement détériorée et l'économie du territoire ne montre en effet pas encore de signe tangible de reprise. Dans l'urgence de la crise, l'État a mobilisé un niveau de soutien inédit. Les transferts de l'État atteignent un pic historique en 2024, représentant 38% du PIB de la Nouvelle-Calédonie et environ 11 000 € par habitant. Pour répondre aux conséquences durables liées à ces émeutes, le Premier ministre a défini le 20 février 2026 un Pacte de refondation économique et social pour la Nouvelle-Calédonie. Ce pacte fait suite à un travail de concertation mené pendant plusieurs mois par la Mission interministérielle pour la Nouvelle-Calédonie, avec les forces politiques et les partenaires sociaux calédoniens. Non conditionné à une évolution institutionnelle, il constitue un engagement structurant et massif de l'État pour créer une perspective de stabilisation, de relance et de reconstruction économique. Fondé sur un principe de responsabilité partagée et de réciprocité des engagements, ce pacte prévoit un soutien exceptionnel et temporaire de l'État sur cinq ans, en contrepartie de réformes structurelles destinées à rétablir l'économie, retrouver l'équilibre budgétaire et renforcer progressivement l'autonomie financière de la Nouvelle-Calédonie. Ce pacte est structuré autour de six piliers, pour un montant total engagé par l'État de 2 Md€ soit 240 Mds XFP sur cinq ans. Pilier 1 : favoriser l'attractivité du territoire, relancer l'activité et l'emploi Pilier 2 : investir dans les infrastructures essentielles, diversifier l'économie et protéger la population face aux conséquences du changement climatique Pilier 3 : investir dans un modèle durable pour le nickel Pilier 4 : investir dans la jeunesse Pilier 5 : rétablir les finances publiques Pilier 6 : renforcer la cohésion sociale par des actions de proximité. Les piliers 1 et 2 visent à créer les conditions pour la stabilité économique en soutenant le tissu productif calédonien. Le pilier 1 vise à soutenir directement les entreprises et l'emploi privé. Pour ce faire, une enveloppe de 50 M€ par an est prévue pour améliorer la compétitivité et l'attractivité de l'économie calédonienne, en finançant une baisse de l'impôt sur les sociétés. Cette mesure a été travaillée entre l'État et le gouvernement de Nouvelle-Calédonie, en lien avec les partenaires sociaux. Elle a fait l'objet d'un avant-projet de loi de pays, adopté par le gouvernement de Nouvelle-Calédonie fin mai. Celui-ci prévoit notamment l'abaissement du taux de droit commun de l'impôt sur les sociétés à 23 %, ainsi que la diminution du taux réduit à 5 %. Cet avant-projet de loi de pays, s'il est voté par le congrès de la Nouvelle-Calédonie, entrera en vigueur à une date convenue par convention entre l'État et la Nouvelle-Calédonie. Pour 2026, le Premier ministre a entendu les demandes des représentants des entreprises, relayées par le gouvernement de la Nouvelle-Calédonie, visant à prendre des mesures d'urgence vis-à-vis des difficultés de court terme de l'économie calédonienne, et en particulier des problématiques de trésorerie des entreprises. Aussi, l'enveloppe de 50 M€ susmentionnée est réorientée pour financer : Le report exceptionnel de cotisations sociales patronales sur l'assurance-maladie, pour les entreprises ayant connu une baisse de chiffre d'affaires supérieure à 40 % ; La prolongation de l'aide exceptionnelle de maintien dans l'emploi (AEME) jusqu'au 31 décembre 2026. Une fois levées ces aides d'urgence et temporaires, l'enveloppe de 50 M€ permettra de financer une baisse d'impôt sur les sociétés. Celle-ci pourra alors entrer en vigueur sans dégrader les finances publiques de la Nouvelle-Calédonie, et permettra ainsi d'améliorer structurellement la compétitivité et l'attractivité de l'économie calédonienne. Toujours au titre de ce pilier, 30 M€ sont prévus au titre de ce pilier pour prolonger le dispositif SOGEFOM, qui a été fortement renforcé à la suite de la crise de 2024. L'activité de garantie a connu une croissance forte à la suite des émeutes. En 2025, la production de garanties en Nouvelle-Calédonie a atteint 127,6 M€, contre 58,9 M€ en 2024, soit une progression de 116 %. Le nombre de dossiers garantis par la SOGEFOM a plus que doublé, passant de 711 à 1 592 dossiers (+124 %). L'intervention de la SOGEFOM a contribué à irriguer l'ensemble du tissu économique. Les principaux secteurs soutenus ont été le commerce (42,3 M€), les services (32,5 M€), le BTP et l'artisanat-PMI (dans une moindre mesure), c'est-à-dire les secteurs les plus exposés aux conséquences des émeutes et à la phase de reconstruction. Un dispositif exceptionnel de défiscalisation pour la reconstruction, inscrit dans la loi de finances pour 2026, est également un vecteur important de soutien pour permettre le redémarrage de l'investissement privé sur le territoire. Enfin, le Pacte de refondation prévoit de financer le micro-crédit en terre coutumière, par le biais de l'association ADIE, à hauteur de 600 k€. Le projet de convention est en cours de finalisation. Le pilier 2 représente 200 millions d'euros de financements de l'État. Il est décliné en premier lieu par un plan de relance afin de financer des opérations de maîtres d'ouvrage publics, qui entrent dans quatre catégories : le désenclavement ; la fourniture de services essentiels ; la prévention et l'adaptation face aux conséquences du réchauffement climatique ; la diversification de l'économie. Ces opérations doivent être matures et prêtes à débuter dès 2026 pour un achèvement des travaux avant la fin 2030. L'objectif de ce plan est de stimuler l'activité à court terme, et ainsi de bénéficier aux entreprises et aux salariés calédoniens, en particulier dans le secteur du BTP. Une première vague d'appels à projets au titre du plan de relance a permis de présélectionner, en mars 2026, 64 projets de collectivités territoriales, pour un montant de 75 M€. Parmi les opérations financées, peuvent être citées la construction d'un centre d'incendie et de secours sur la commune du Mont Dore, la sécurisation de la route de Ouaté sur la commune de Pouembout, et la mise en place d'un réseau de déchetteries pour le SIVOM VKP. La vague 2 de l'appel à projet s'est clôturée le 15 mai dernier. L'instruction des dossiers est en cours et devrait donner ses résultats après les élections provinciales. Outre le plan de relance, des financements sont prévus au titre du pilier 2, à hauteur de 20 M€, pour les projets privés, selon trois axes visant à diversifier l'économie calédonienne : le renforcement des fonds propres des entreprises calédoniennes, l'agriculture et le tourisme. Cette diversification de l'économie vise à créer les conditions d'une consolidation économique de la Nouvelle-Calédonie sur des secteurs stratégiques autres que l'industrie du nickel et les services non marchands. Cette stratégie de diversification doit être déclinée par plusieurs vecteurs, en pleine concertation avec les secteurs économiques concernés : structuration de filières, financement de projets, formations. Les modalités concrètes de mise en œuvre de cette stratégie devraient être annoncées cet été. Ainsi, l'État français est pleinement mobilisé pour soutenir les entreprises calédoniennes, à la fois par une politique de soutien à l'offre (baisse de fiscalité, apports de financements à des projets privés) et une politique de soutien à la demande (plan de relance). L'objectif est à la fois d'obtenir des résultats rapides afin de relancer l'économie calédonienne, et de refonder le modèle économique calédonien de manière structurelle.

Données clés

Auteur : M. Jérôme Guedj

Type de question : Question écrite

Rubrique : Outre-mer

Ministère interrogé : Outre-mer

Ministère répondant : Outre-mer

Dates :
Question publiée le 2 juin 2026
Réponse publiée le 30 juin 2026

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