Prise en charge du trouble d'éco-anxiété
Publication de la réponse au Journal Officiel du 5 août 2025, page 7068
Question de :
Mme Claudia Rouaux
Ille-et-Vilaine (3e circonscription) - Socialistes et apparentés
Mme Claudia Rouaux attire l'attention de Mme la ministre de la santé et de l'accès aux soins sur la prise en charge et l'accompagnement des individus qui souffrent d'éco-anxiété, dans un contexte marqué par la dégradation de l'état de santé mentale de la population française, certes accentuée depuis la crise sanitaire liée à l'épidémie de covid-19, mais surtout dans ce cas précis en raison de phénomènes liés au changement climatique. Selon une étude publiée dans la revue scientifique The Lancet Planetary Health en septembre 2021 sur la base d'une enquête auprès de plus de 10 000 jeunes adultes âgés de 16 à 25 ans dans 10 pays pour comprendre la manière dont le changement climatique affecte leur santé mentale, il s'avère que 45 % de ces jeunes affirment que l'anxiété climatique affecte leur vie quotidienne de manière négative. Cette réalité est le reflet d'inquiétudes sur des perspectives d'avenir liées au changement climatique, associées à un sentiment d'impuissance et de colère face à l'insuffisance de l'action des pouvoirs publics. Pour des personnes concernées, elle se traduit parfois par des troubles de type anxieux voire dépressifs de nature préoccupante en matière de santé mentale. C'est pourquoi elle souhaiterait connaître les mesures de prévention et de prise en charge que compte prendre le Gouvernement pour accompagner ces personnes souffrant d'éco-anxiété.
Réponse publiée le 5 août 2025
L'« éco anxiété » désignerait « l'état psychologique de détresse mentale et émotionnelle qu'un individu peut ressentir en réponse à la menace du changement climatique et aux problèmes environnementaux mondiaux, état qui peut, dans ses formes les plus aiguës, nécessiter le recours à un praticien ». Non reconnue par l'organisation mondiale de la santé dans sa classification internationale de maladies (CIM 11, 2022), elle semble toucher une population croissante, notamment chez les jeunes, d'après différentes recherches scientifiques de disciplines diverses, sans que sa dimension pathologique soit avérée. Pour autant, ce ressenti de détresse peut évoluer vers un trouble anxieux, un trouble dépressif ou, encore, un trouble avec des symptômes apparentés à un trouble de stress post-traumatique. Antérieur à la pandémie, le développement de l'éco-anxiété s'inscrit dans un contexte global de dégradation de la santé mentale des populations, et notamment des plus jeunes, qui invite à considérer plus généralement les mesures adoptées par le Gouvernement dans ce cadre, chacune d'elles étant susceptible d'aider à mieux faire face au phénomène d'éco-anxiété. Si l'impact de la Covid-19 a mis en évidence l'importance de la santé mentale comme déterminant majeur de la santé globale, le Gouvernement est mobilisé de longue date pour inscrire la santé mentale des enfants et des jeunes comme une priorité de sa politique de santé. Dès juin 2018, et en cohérence avec les objectifs de la stratégie nationale en santé mentale, le Gouvernement a adopté une feuille de route santé mentale et psychiatrie organisée autour de trois axes : - la prévention ; - le parcours de soins ; - l'insertion. Cette feuille de route a été enrichie en 2021 par des mesures issues des Assises de la santé mentale et de la psychiatrie, avec un axe spécifique pour repérer et agir plus précocement pour la santé psychique des enfants et des jeunes en réponse à la dégradation de la santé mentale chez les jeunes constatée depuis la crise du Covid, pour atteindre un total de 50 actions concrètes. Dans le champ de la prévention, les mesures principales sont l'organisation d'une communication grand public régulière sur la santé mentale, notamment avec la mise en ligne par Santé publique France en 2025 d'un site internet dédié à la santé mentale ; l'amplification du déploiement du secourisme en santé mentale dans tous les milieux et la poursuite de ce déploiement auprès des étudiants ; l'expérimentation de maisons de l'enfant et de la famille en charge de la coordination de la santé des 3-11 ans et enfin, la mise en service du numéro national gratuit de prévention du suicide, le 3114. Parmi les communications, plusieurs ont ciblé spécifiquement la santé mentale des adolescents et des jeunes depuis 2021 : campagne « #JEnParleA » pour les 11-17 ans en 2021 et 2022, et « Le Fil Good », cinq courtes vidéos à destination des 11-24 ans, présentant différents comportements favorables à la santé mentale, diffusées sur les réseaux sociaux d'octobre 2023 à janvier 2024. Ces communications renvoient systématiquement vers le dispositif Fil Santé Jeunes, qui informe les 12-25 ans sur les différents aspects de leur santé, notamment la santé mentale et le bien-être, et propose un forum, un tchat et un numéro d'appel anonymes et gratuits. Pour les jeunes en repli social ayant un statut d'étudiant, il existe également des lignes d'écoute dédiées aux étudiants : Nightline, dispositif associatif soutenu par différents ministères et la coordination nationale d'accompagnement des étudiantes et des étudiants, dont la plateforme téléphonique s'adresse depuis décembre 2023 à tous les étudiants, avec le soutien du ministère de l'enseignement supérieur et de la recherche. La résilience des jeunes et des adolescents aux transformations liées au changement climatique devrait aussi être renforcée grâce au déploiement d'une stratégie nationale multisectorielle sur les compétences psychosociales chez les enfants et les jeunes dans tous les secteurs accueillant des enfants, des adolescents et des jeunes. En améliorant la conscience de soi, la maîtrise du stress et des émotions, la capacité à maintenir un état de bien-être psychique, ces dernières participent à une meilleure appréhension des évolutions susceptibles d'affecter l'environnement, notamment en favorisant des liens de qualité. La prévention du suicide constitue aussi un axe prioritaire de la politique de santé publique du ministère chargé de la santé avec la mise en place d'un ensemble d'actions intégrées : - le maintien du contact avec la personne qui a fait une tentative de suicide (programme VigilanS et son adaptation en cours pour le public mineur) ; - des formations au repérage, à l'évaluation du risque suicidaire et à l'intervention de crise suicidaire ; - des actions ciblées pour lutter contre la contagion suicidaire ; - l'information du public et, enfin, la mise en place du numéro national de prévention du suicide et d'un tchat, le 3114. Concernant les soins, le dispositif « Mon Soutien Psy » permet le remboursement par l'Assurance maladie d'une prestation d'accompagnement psychologique dès l'âge de 3 ans, pour des troubles d'intensité légère à modérée, comprenant jusqu'à 12 séances par an. D'autres mesures clés favorisant l'accès aux soins des jeunes sont le renforcement du réseau des maisons des adolescents (et le déploiement d'équipes mobiles), l'augmentation des effectifs des centres médico-psychologiques pour enfants et adolescents, ainsi que le renforcement en psychologues dans les maisons de santé et centres de santé, avec extension du dispositif aux enfants et adolescents à partir de l'âge de 3 ans. Le Gouvernement agit donc à la fois sur la prévention et la prise en charge des troubles psychiques des enfants et des jeunes, et reste attentif à l'évolution de l'état de la santé mentale de la population. Enfin, dans le cadre de la santé mentale Grande cause nationale de 2025, de nombreuses actions de communication sont menées sur l'ensemble des dimensions de la santé mentale.
Auteur : Mme Claudia Rouaux
Type de question : Question écrite
Rubrique : Santé
Ministère interrogé : Santé et accès aux soins
Ministère répondant : Santé et accès aux soins
Renouvellement : Question renouvelée le 11 mars 2025
Dates :
Question publiée le 3 décembre 2024
Réponse publiée le 5 août 2025