Question de : M. Steevy Gustave
Essonne (3e circonscription) - Écologiste et Social

M. Steevy Gustave alerte M. le ministre d'État, ministre des outre-mer, sur le risque sanitaire élevé pour la population ultramarine, causé par la propagation des sargasses sur les côtes de Martinique et de Guadeloupe. Ces algues brunes, se développant à la surface de l'eau, passent tout le cycle de leur vie en pleine mer. Lorsqu'elles s'échouent sur les plages, elles dégagent une odeur nauséabonde et durant leur processus de décomposition, produisent de l'ammoniac et du sulfure d'hydrogène. Durant cette phase, les sargasses sont particulièrement dangereuses pour la santé des riverains, comme le souligne une enquête publiée le 24 juin 2025 par le comité indépendant d'experts du centre hospitalier universitaire de Martinique. L'enquête confirme qu'une exposition répétée aux sargasses affecte durablement les individus. Malgré la mise en place d'actions spécifiques par l'Agence régionale de santé de Martinique, la situation n'a cessé de se dégrader. À la crise sanitaire s'est ajoutée une crise écologique, les sargasses se répandant dans les mangroves, déstabilisant la faune marine. Malgré l'ampleur du phénomène, les moyens alloués à la lutte restent insuffisants. Le Gouvernement a annoncé un nouveau plan visant à renforcer les actions de collecte et de destruction, sans annoncer de montant précis. Le plan précédent prévoyait 36 millions répartis sur l'ensemble des DROM dont 1,8 million d'euros uniquement pour la Martinique. Ces montants sont dérisoires pour lutter efficacement contre les sargasses. Alors que l'année 2025 marquera un record en matière d'échouement de sargasses en Guadeloupe et en Martinique, il lui demande comment il compte protéger la population ultramarine et lutter contre cette double crise sanitaire et écologique.

Réponse publiée le 13 janvier 2026

Les échouements de sargasses sur les côtes des Antilles françaises sont à l'origine de troubles sanitaires et de désordres économiques et environnementaux majeurs. Une trentaine de communes sont régulièrement impactées en Martinique et en Guadeloupe. Face à ce phénomène invasif, l'État a mis en place des mesures d'urgence dès 2015 puis a amplifié et formalisé son engagement à travers deux plans pluriannuels successifs (2018-2021 et 2022-2025). Le plan en cours (plan Sargasses II) représente un effort financier de 36 M€, porté de manière interministérielle (intérieur, santé, transition écologique, mer, recherche, travail). Il comprend 26 mesures articulées autour de 5 priorités : l'action préventive (prévision de Météo France par satellite des échouements, déploiement de caméras de surveillance et de capteurs d'air, diffusion régulière des mesures et information de la population…), la réponse opérationnelle (financement d'équipements de collecte en mer et sur les plages, aménagement de sites de stockage…), la gouvernance (comités de pilotage locaux animés par les préfets, création de structures de mutualisation des moyens opérationnels…), la recherche et l'innovation (appels à projets pour trouver des solutions viables de valorisation des sargasses collectées) et la coopération internationale avec les autres pays des Caraïbes également touchés par le phénomène. Les risques liés aux sargasses surviennent après leur échouement, au moment où les gaz qu'elles émettent, en particulier l'hydrogène sulfuré, sont à l'origine des effets toxiques observés. L'action de l'Etat, via les agences régionales de santé, se concentre sur l'évaluation et la maîtrise de ce risque sanitaire : déploiement des capteurs d'hydrogène sulfureux et d'ammoniac, accompagnement des institutions dans l'application des principes de précaution, prévention, diagnostic précoce, prise en charge dans le cadre de filières et parcours jalonnés. Elle inclut également la recherche médicale et scientifique, notamment la collecte de données et le suivi de cohortes. Des recommandations ont été formulées dans un avis rendu le 8 juin 2018 par le Haut Conseil de la santé publique (HCSP), complété par un second avis en date du 7 septembre 2023, afin de réduire l'exposition des populations concernées par les échouements de sargasses (éloignement des zones affectées, consultation d'un médecin, appel du centre 15 en cas de symptômes évocateurs d'intoxication…).  En cas de situation critique, comme ce fut le cas à plusieurs reprises au cours du printemps 2025, des mesures conservatrices sont prises telle que la fermeture d'établissements scolaires. C'est dans ce contexte qu'en concertation avec la collectivité territoriale de la Martinique, l'État a décidé de réunir un comité d'experts chargé d'évaluer de manière urgente les impacts et risques sanitaires liés aux échouements récurrents d'algues sargasses, en particulier dans la commune du Robert.  Le suivi de la population a commencé en 2011, au moment des premiers échouements, via des remontées du réseau sentinelle (médecins, pharmacies…), des permanences organisées localement et des consultations aux centres régionaux de pathologies professionnelles et environnementales (CRPPE) du CHU de Fort-de-France et de Pointe-à-Pitre. Ces actions ont mis en évidence plusieurs signes cliniques récurrents (irritations oculaires, asthme, troubles respiratoires, symptômes cutanés…). Une étude de cohorte va être prochainement lancée afin d'inscrire la démarche dans une logique scientifique. Le rapport remis par le comité d'experts, en mai 2025, actualise les seuils d'alerte retenus dans les avis rendus par le HCFP à la lumière de l'évolution des connaissances, précise certaines notions (périmètre de la population vulnérable, signes cliniques), pose les jalons d'un plan d'action et formule une série de recommandations très opérationnelles tant en termes de suivi de l'état de santé des élèves et professionnels des établissements scolaires touchés que de gestion, prévention et protection face aux échouements de sargasses. Alors que le plan de lutte contre les sargasses II s'achève en fin d'année 2025, le Premier ministre a confirmé la publication à venir d'un troisième plan pluriannuel. Une mission inter-inspections IGA/IGEDD a été chargée de procéder à un bilan du plan II. Celui-ci viendra nourrir les travaux d'élaboration du plan III pour lequel un temps de concertation locale sera organisé sous la coordination des préfets concernés (Martinique, Guadeloupe, Saint-Martin-et-Saint-Barthélémy) en janvier 2026. L'objectif est que le plan sargasses III soit validé et publié avant la prochaine "saison" des échouements, c'est à dire au début du premier trimestre 2026. Une attention toute particulière sera accordée au volet sanitaire, qui a vocation à être renforcé.

Données clés

Auteur : M. Steevy Gustave

Type de question : Question écrite

Rubrique : Outre-mer

Ministère interrogé : Outre-mer

Ministère répondant : Outre-mer

Dates :
Question publiée le 15 juillet 2025
Réponse publiée le 13 janvier 2026

partager