Question orale n° 744 :
Nationalisation de Fibre Excellence

17e Législature

Question de : M. Hadrien Clouet
Haute-Garonne (1re circonscription) - La France insoumise - Nouveau Front Populaire

M. Hadrien Clouet interroge M. le ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle, énergétique et numérique sur la nationalisation de Fibre Excellence. Papier d'écriture, mouchoirs, produits sanitaires, emballages : voilà ce qui est en jeu avec la liquidation programmée de la société Fibre Excellence, champion du secteur papetier français. Les victimes ? 670 emplois dans les usines, 10 000 emplois indirects, une énergie verte, la transition écologique de toute la filière, des forêts menacées de déforestation à l'étranger. En effet, les usines de Saint-Gaudens et Tarascon constituent les deux derniers sites de fabrication de pâte marchande dans le pays. En leur sein, 670 travailleurs produisent 550 000 tonnes annuelles. Les deux usines génèrent aussi de l'électricité renouvelable à partir de bois et de copeaux au bénéfice de milliers de foyers sur leur territoire. Elles assurent l'indépendance nationale vis-à-vis de la pâte sud-américaine et canadienne, avec un matériau local, sourcé, sans déforestation ni fret maritime de longue distance. Or le dirigeant de Fibre Excellence a annoncé une possible fermeture des usines. Dès octobre et novembre 2025, celle de Saint-Gaudens a été arrêtée cinq jours dans le cadre d'un dispositif de chômage partiel. Celle de Tarascon a été stoppée plusieurs semaines. Voici que l'entreprise est désormais en cessation de paiement. Le tribunal de commerce de Toulouse a fixé un délai de 6 mois maximum pour trouver un repreneur, tout en renvoyant l'affaire à une audience du 17 juin 2026 chargée d'évaluer les capacités financières des sites, conditionnant le maintien de la période d'observation, à défaut de quoi la liquidation sera prononcée. Pourtant, ces usines assurent une production d'intérêt national et peuvent dégager des bénéfices, à condition de les débarrasser de la finance privée. Des éléments conjoncturels peuvent expliquer une partie de la perte de rentabilité de cette filière. À ce titre, la baisse de la demande a pu avoir directement un impact sur les prix dans le segment d'activité de Fibre Excellence. En outre la concurrence monétaire avec les États-Unis rend Fibre Excellence, comme nombre d'entreprises européennes, moins compétitive, limitant ses débouchés. À ce problème de débouchés s'ajoute le renchérissement des intrants, puisque le prix du bois d'industrie a augmenté de 50 % depuis 2022. Les intempéries récentes ont créé un goulet d'étranglement (impossible d'accéder à Tarascon en bateau de fret car le Rhône était trop haut, impossible d'accéder en camion en raison des tempêtes), dont le caractère provisoire ne justifie pas cette liquidation des usines et peut être aisément surmonté avec une garantie publique. Par ailleurs, les usines ne produisent pas que de la pâte ; leur marge positive tient uniquement à la vente d'électricité biomasse. L'excédent de vapeur des chaudières est transformé en énergie, revendue à Électricité de France, mais l'État a réduit le tarif réel d'achat de cette énergie, puisqu'il est désindexé du coût de la biomasse. Ainsi, les usines achètent une électricité plus chère qu'elles ne la vendent ! Mais toutes ces problématiques sont très largement amplifiées par des actionnaires tentés d'abandonner le secteur - en témoigne le refus du plan d'aide par les actionnaires indonésiens résolus à démanteler la production. Ces mêmes actionnaires envisagent de placer leurs capitaux dans des usines plus rentables, d'investir dans l'import-export de pâte à papier pour se placer en aval de la chaîne de valeur et encaisser les écarts de prix. Ils se défaussent sur la puissance publique du coût d'indemniser et accompagner de futurs licenciés. Au final, la fermeture coûtera bien plus cher à la collectivité qu'un maintien de l'activité, même à perte ! Aussi M. le député défend-il une nationalisation de la société Fibre Excellence pour lever tous ces obstacles industriels, économiques et financiers. Il souhaite connaître ses intentions à ce sujet.

Réponse en séance, et publiée le 13 mai 2026

GROUPE FIBRE EXCELLENCE
M. le président . La parole est à M. Hadrien Clouet, pour exposer sa question, no 744, relative au Groupe Fibre Excellence.

M. Hadrien Clouet . Qu'il s'agisse de papier toilette, de mouchoirs ou de livres (L'orateur présente successivement un rouleau de papier toilette, un paquet de mouchoirs et un livre), de nombreux produits requièrent de la pâte à papier provenant d'une seule entreprise française, Fibre Excellence.

Cette entreprise dispose de deux usines, l'une située à Saint-Gaudens, l'autre à Tarascon. Elles sont aujourd'hui toutes deux en voie de liquidation – ce qui veut dire que, d'une part, 670 salariés sont menacés dans leur emploi ; d'autre part, que 10 000 emplois indirects dans la filière risquent de suivre. Cela signifie aussi qu'une source d'énergie verte est en jeu, puisque ces usines chauffent des milliers de foyers à partir de copeaux de bois. Enfin, ce qui est aussi en jeu, outre la production stricto sensu, c'est l'indépendance nationale : si Fibre Excellence devait être liquidée, nous importerions de la pâte à papier canadienne et sud-américaine, à des prix fixés par leurs producteurs, au lieu d'utiliser un bois local.

Pourquoi un tel désastre ? Les actionnaires – dans le cas de Fibre Excellence, mais aussi de manière plus générale – ne pensent le monde et la production qu'avec une avance à très court terme. Ces derniers ont ainsi refusé le plan alternatif à 150 millions d'euros du gouvernement, pour éviter de ne mettre ne serait-ce qu'un centime dans la modernisation de l'équipement. Je pense donc, en accord avec l'intersyndicale, qu'il faut nationaliser cette entreprise et ses deux usines. Fibre Excellence est en effet sabotée par ses actionnaires indonésiens, qui n'attendaient qu'un prétexte pour retirer leurs billes et les placer dans un secteur plus profitable. La baisse du cours du dollar et les intempéries de cet hiver ont fourni ce prétexte. Il faut donc que l'État reprenne les choses en main.

Cela dit, l'entreprise est aussi sabotée par Bercy ! L'usine achète désormais l'électricité à un prix plus élevé que celui auquel elle la vend, puisque l'État a baissé les tarifs de rachat d'électricité par EDF. Il faut donc que l'État nationalise : il n'aura plus d'intérêt à ponctionner l'entreprise par ce double cours énergétique.

Il faut faire vite, car les deux sites sont déjà placés en chômage partiel. Or on perd chaque semaine de chômage partiel des qualifications, des compétences, et évidemment, des salariés, qui vont chercher un emploi ailleurs. Cela menace la pérennité de l'entreprise, y compris si une solution est trouvée. Je rappelle qu'une fermeture coûterait bien plus cher à la collectivité qu'un maintien de l'activité. Enfin, je me permets un trait d'humour, mais, s'il n'y a plus de papier, vous allez avoir du mal à faire vos cartons, ce qui arrivera bien un jour ! Je vous demande donc, monsieur le ministre, de bien vouloir recevoir l'intersyndicale. Il faut discuter avec l'ensemble des parties prenantes et examiner avec eux le projet de nationalisation défendu par l'ensemble des syndicats du secteur.

M. le président . La parole est à M. le ministre délégué chargé de l'industrie.

M. Sébastien Martin, ministre délégué chargé de l'industrie . Monsieur le député, cette question mérite un minimum de sérieux. Je veux bien que vous veniez avec du papier toilette,…

M. Hadrien Clouet . Et des livres !

M. Sébastien Martin, ministre délégué . …mais, au regard du respect dû aux salariés de ces usines, nos échanges mériteraient de rester à un certain niveau. Contrairement à ce que vous suggérez, il ne s'agit pas de discussions de cabinet – sachant que vous ne parliez malheureusement pas de cabinets ministériels !

M. Hadrien Clouet . Le papier toilette fait partie de ce qu'ils produisent !

M. Sébastien Martin, ministre délégué . Cela dit, comme je ne vous ai pas beaucoup vu sur ce dossier jusqu'à présent, je suis très heureux que vous m'interpelliez à ce sujet.

M. Hadrien Clouet . Et vous, vous étiez où ?

M. Sébastien Martin, ministre délégué . Sachez que depuis mon arrivée à Bercy, il ne s'est pas passé une semaine sans que j'aie eu au moins un rendez-vous avec les salariés de Fibre Excellence ou sans que je sois en contact avec les élus locaux ou nationaux du département ! Il n'y a pas eu une semaine sans que je me sois mobilisé avec les équipes de Bercy – le comité interministériel de restructuration industrielle, les équipes de mon cabinet ou celles de la direction générale des entreprises (DGE) – pour trouver des solutions à ce dossier extrêmement complexe. Et non, l'État n'a pas baissé le prix de l'électricité.

M. Hadrien Clouet . Si !

M. Sébastien Martin, ministre délégué . Si vous connaissiez le dossier, vous sauriez que l'entreprise Fibre Excellence dispose d'une unité de cogénération qui produit à la fois de la chaleur et de l'électricité ; que celle-ci a répondu à un appel d'offres de la Commission de régulation de l'énergie (CRE), et que les tarifs fixés par ces appels d'offres sont des tarifs fixes. Au passage, je vous informe que les tarifs de rachat de l'électricité sont en ce moment bien supérieurs au cours du marché puisque, dans les deux sites de Fibre Excellence que sont Saint-Gaudens et Tarascon, l'électricité est rachetée autour de 110 ou de 120 euros le mégawattheure. Il est donc complètement faux de prétendre que nous avons baissé le prix de rachat de l'électricité,…

M. Hadrien Clouet . Je n'ai pas dit ça !

M. Sébastien Martin, ministre délégué . …alors que ce dossier mérite du sérieux et que les 700 salariés dont nous parlons méritent du respect.

Le week-end dernier encore, j'ai passé un certain temps avec des investisseurs afin de trouver de potentiels repreneurs. L'actionnaire de Fibre Excellence a effectivement été défaillant,…

M. Hadrien Clouet. Ah ça, oui !

M. Sébastien Martin, ministre délégué . …alors même que l'État a proposé un plan d'accompagnement de 150 millions d'euros dans le cadre d'un arbitrage obtenu auprès du premier ministre – ce qui n'avait rien d'évident. Comme vous le savez, rehausser le prix de l'électricité dans le cadre d'un contrat CRE nécessite de passer par un amendement à la loi de finances, et il me semble que personne ici n'a besoin d'un dessin pour savoir à quel point il sera complexe de faire adopter un tel amendement à la loi de finances l'an prochain, voire la loi de finances elle-même ! J'ai aussi réuni à Bercy les acteurs de la filière bois, l'Office national des forêts (ONF), les coopérateurs, la Fédération nationale du bois et les communes forestières pour étudier les possibilités d'approvisionnement en bois. La mobilisation du gouvernement sur ce sujet est donc absolument totale.

Comme cela m'a été demandé par courrier il y a quinze jours, je recevrai le 20 mai l'ensemble des représentants syndicaux et des élus locaux qui le souhaitent pour participer à une table ronde sur Fibre Excellence. Je répète que ce sujet mérite la mobilisation de tous, avec l'esprit de sérieux et de responsabilité que nous devons aux salariés.

M. le président . La parole est à M. Hadrien Clouet.

M. Hadrien Clouet . Monsieur le ministre, vous déformez certains éléments et ce n'est pas bien. Certaines discussions de fond, notamment sur le relèvement du prix du mégawattheure, sont nécessaires. Pour ce qui est des produits qui sortent de ces usines, ils sont tous aussi estimables les uns que les autres, car tout est stratégique – produits d'hygiène, livres, papier. Enfin, une manifestation a eu lieu à Toulouse le 6 mars dernier ; on ne vous y a pas vu !

Données clés

Auteur : M. Hadrien Clouet

Type de question : Question orale

Rubrique : Industrie

Ministère interrogé : Économie, finances, souveraineté industrielle, énergétique et numérique

Ministère répondant : Économie, finances, souveraineté industrielle, énergétique et numérique

Date : La question a été posée au Gouvernement en séance, parue au Journal officiel du 5 mai 2026

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