Commission des affaires étrangères - L’influence de la France dans un monde postcolonial - Publication du rapport d'information

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Communiqué de presse
Carte du monde ancienne | Copyright : Shutterstock / Lukasz Szwaj

Lors de sa réunion du 15 avril 2026, la commission des affaires étrangères de l’Assemblée nationale a autorisé la publication du rapport sur l’influence de la France dans un monde postcolonial, présenté par ses rapporteures Mmes Amélia Lakrafi (Ensemble pour la République – Apparentée au groupe, Français établis hors de France) et Sabrina Sebaihi (Écologiste et Social, Hauts-de-Seine).

La France a depuis 2017 et le discours du président de la République à Ouagadougou (Burkina Faso), entamé un processus de normalisation de ses relations avec les pays qu’elle a anciennement colonisés, en particulier en Afrique subsaharienne. Cette refondation s’inscrit en rupture avec une longue période qui a suivi la décolonisation et au cours de laquelle la France a conservé une importante présence militaire, politique et économique dans ce qui était alors considéré comme son « pré carré ».

Inspirée par les théories postcoloniales, une nouvelle génération de dirigeants et de citoyens remet en question ce passé et conteste la présence française, notamment militaire. La France est ainsi devenue une cible pour certains dirigeants qui lui attribuent la responsabilité de leurs échecs et pour des puissances concurrentes, en particulier la Chine, ou hostiles, comme la Russie, qui usent de la désinformation pour affaiblir son influence et gagner des parts de marché.

Pour autant, les relations de la France avec les pays anciennement colonisés sont-elles aussi mauvaises que peuvent le laisser penser les prises de position de leurs gouvernements ? Les travaux menés par les rapporteures montrent qu’une étude approfondie des logiques à l’œuvre, s’appuyant sur des échanges avec des universitaires et la société civile des pays concernés, apporte des réponses nuancées, entre la réalité d’une dégradation de l’image de la France, notamment en lien avec les questions militaires et de mobilité, et le maintien de liens humains et économiques étroits.

À ce jour, le « sentiment anti-français » ne s’est exprimé que de façon sporadique au sein des populations et seuls trois pays ont coupé leurs relations avec la France : le Mali, le Niger et le Burkina Faso, à la suite de coups d’État militaires. Les jeunes du Maghreb et d’Afrique subsaharienne continuent de vouloir venir étudier en France et sont attachés aux valeurs défendues par la France. Les entreprises françaises investissent massivement en Afrique, francophone comme anglophone, car ce sont des marchés d’avenir. Malgré les tensions politiques avec certains pays, des rencontres au plus haut niveau sont maintenues et permettent la conclusion fréquente d’accords de coopération et l’engagement de projets nombreux en faveur du développement du continent africain.

Dans ce contexte, et du fait des liens humains et économiques étroits qu’ils entretiennent par l’intermédiaire des diasporas, la France ne saurait exercer sa diplomatie de la même manière avec ces partenaires historiques que dans le reste du monde.

Ce nouveau rapport souhaite donc apporter une contribution originale et opérationnelle, sous un nouvel angle, celui des attentes des pays anciennement colonisés, qui doivent désormais être traités comme des « partenaires historiques », et de leur perception de la politique étrangère française. Sans remettre en cause l’ensemble de la stratégie diplomatique française, il identifie des irritants et des pistes d’amélioration pour enfin refonder des relations partenariales d’égal à égal avec ces pays.

Si le travail de mémoire ne saurait offrir toutes les solutions, il apparaît indispensable d’avancer rapidement sur cette question en vue de répondre à l’exigence de dignité et de respect exprimée par ces pays. La mise en œuvre des promesses en matière de restitution des biens culturels en est une pierre angulaire, tout comme l’ouverture de l’accès aux archives et la transmission de l’histoire coloniale, par exemple en créant un musée dédié.

Les politiques de mobilités, et plus particulièrement l’attribution des visas, qui apparaissent comme la première des préoccupations, doivent faire l’objet d’ajustements urgents pour améliorer le traitement des demandeurs qui ressentent de la frustration, voire du mépris. Cela exige une plus grande transparence des critères d’attribution, des procédures simplifiées pour certains publics mais aussi un renforcement de la lutte contre la fraude documentaire.

Les coopérations culturelle et universitaire doivent revenir au cœur des relations diplomatiques pour que celles-ci soient apaisées et reposent sur des bases durables. À cet égard, la France gagnerait à poursuivre l’amélioration de l’accueil des étudiants en provenance de ces pays, qui constituent un levier majeur pour le développement du continent africain, à condition de ne pas se limiter aux classes les plus aisées et de réduire les contraintes administratives par l’attribution de titres de séjour correspondant à la durée des études.

En outre, toutes ces actions ne peuvent avoir d’effets que si la France les fait connaître de manière pertinente, pour lutter, notamment, contre la menace de la désinformation.

En répondant positivement aux attentes des populations, mais aussi de leurs proches vivant en France, et en faisant preuve d’exemplarité et de transparence, notre pays pourra pleinement s’inscrire dans ce monde postcolonial où il bénéficie d’une position privilégiée mais aujourd’hui remise en cause. Dans le cas contraire, d’autres puissances s’imposeront – certaines le font déjà – et n’auront pas les mêmes préoccupations pour la démocratie et le développement de ces pays.

 

Consulter le rapport

Visionner la réunion de commission durant laquelle le rapport d’information a été examiné

Contact presse : Guillaume Zanin – guillaume.zanin@assemblee-nationale.fr