Les facteurs qui conduisent à une union des forces politiques, syndicales et intellectuelles de gauche entre 1934 et 1936 sont multiples :
La crise économique : à partir de 1931, les différents gouvernements qui se succèdent appliquent une politique déflationniste. Le Parlement autorise les gouvernements de Gaston Doumergue le 29 juin 1934 et Pierre Laval le 7 juin 1935 à recourir à des décrets-lois (ancêtres des ordonnances) qui, notamment, diminuent les traitements des fonctionnaires (1934) et suppriment les exemptions fiscales dont bénéficiaient les pensions d’ancien combattant et les allocations versées aux victimes d’accident du travail (1935).
Mais contrairement à ce qu’en espéraient leurs initiateurs, ces mesures n’empêchent pas l’augmentation du déficit budgétaire et du chômage. Dès 1932, les « marches de la faim » se multiplient, telle celle entre Lille et Paris en novembre et décembre 1933.
Une forte poussée antiparlementariste : l’affaire Stavisky, qui a mis en lumière des liens entre cet escroc et des membres des milieux d’affaires, de la classe politique et de la magistrature, déclenche une nouvelle vague d’antiparlementarisme.
Le 6 février 1934, une manifestation est organisée par différentes ligues et formations de la droite nationale (l’Action française, les Camelots du roi, les Croix-de-Feu, etc.) ainsi que des associations d’anciens combattants pour protester contre le limogeage du préfet de Paris, Jean Chiappe, réputé proche de la droite. Le rassemblement, dont l’objectif est d’empêcher l’investiture du gouvernement d’Édouard Daladier en envahissant la Chambre des députés, dégénère en émeute qui fait 19 morts et plus de 1 000 blessés au pourtour de la place de la Concorde.
Les organisations de gauche analysent immédiatement cette journée comme une tentative de coup d’état fasciste et commencent à manifester séparément puis en commun dès le 9 février suivant.
Un changement de stratégie du parti communiste français (PCF) : depuis sa création, le PCF applique les consignes de l’Internationale communiste – le Komintern – de « classe contre classe » et de rejet de toute alliance avec les autres forces de gauche, allant jusqu’à considérer les socialistes comme des « sociaux traitres ».
Toutefois, la prise du pouvoir par Adolf Hitler en Allemagne a montré les limites de cette stratégie. Au cours de l’année 1934, le Komintern infléchit progressivement sa position jusqu’à autoriser le PCF à se rapprocher des autres formations de gauche.


