Vers le Front populaire
L’union des forces politiques se fait par étapes. Elle se réalise d’abord au niveau local, par la création de comités locaux à partir du 9 février 1934 ; ils réunissent de nombreuses organisations de gauche (intellectuels, syndicalistes, proches et militants du PCF et de la SFIO…) qui appellent de leurs vœux une traduction politique de leur combat contre ce qu’elles considèrent comme un danger fasciste.
Le 27 juillet 1934, le PCF et la SFIO signent un « pacte d‘unité d’action » visant principalement à la défense des libertés démocratiques et à la lutte contre les ligues et le danger fasciste ou encore contre les préparatifs de guerre. Sur le plan économique, le pacte demande notamment la révision des décrets-lois de 1934 et 1935. S’il n’est pas encore un programme électoral, le principe de désistement pour les élections cantonales d’octobre 1934 est acté.

Dans les mois suivants, les rapprochements entre les différents partis de gauche se multiplient, y compris avec des Radicaux, groupés autour d’Édouard Daladier, hostiles à la politique de déflation encore soutenue par la majorité du parti dirigé par Gaston Doumergue. Le PCF appelle à cet élargissement non seulement dans son journal L’Humanité mais également à la tribune de la Chambre quand le 13 novembre 1934, Maurice Thorez, député et secrétaire général du parti prononce à la tribune de la Chambre la formule de « front populaire du travail, de la liberté et de la paix » et promeut une alliance des forces de gauche.

Le 2 mai 1935, l’annonce de la signature du traité franco-soviétique d'assistance mutuelle par le gouvernement de Pierre Laval et l’Union soviétique fait apparaître paradoxalement le PCF comme une formation avec laquelle un accord politique devient possible après l’en abandon de son discours pacifiste et de son rejet du patriotisme.
Les élections municipales des 5 et 12 mai 1935 renforcent ce rapprochement, notamment grâce à la multiplication des désistements et fusions de listes du PCF, de la SFIO et du parti Radical. Le résultat montre déjà dans les communes de plus de 5 000 habitants, un affaiblissement du parti Radical (qui perd par exemple Marseille et Nantes au profit de la SFIO), une légère baisse de la SFIO et une importante poussée du PCF.
En juin 1935, Édouard Daladier, qui a remplacé Gaston Doumergue à la présidence du parti Radical, décide de rejoindre le PCF, la SFIO et les autres partis de gauche, ainsi que d’autres organisations de gauche – notamment la Ligue des Droits de l’homme, la CGT et la CGT-U – dans le « Comité d'organisation du rassemblement populaire » avec comme objectif de lutter contre le danger fasciste et les politiques de déflation. La manifestation du 14 juillet 1935 organisée par le Comité est un succès salué par tous les commentateurs.

Le 11 janvier 1936, après plusieurs mois de négociations difficiles tant les positions divergent entre les trois grandes formations principales, un programme électoral commun est finalement signé par tous les partis de gauche, qui par ailleurs reconduisent la règle du désistement en faveur du candidat le mieux placé. La lutte contre les ligues, la défense des libertés publiques et de la paix sont mises en avant. Si les mesures économiques et sociales occupent une grande partie du programme, peu sont détaillées. Par exemple si la réduction du temps de travail sans perte de salaire figure dans ce programme, aucun horaire de travail précis n’est indiqué. Quant aux congés payés et aux conventions collectives, ils n’y figurent pas.
Ce programme se retrouve dans les engagements électoraux des différents candidats des formations signataires de l’accord. Depuis 1881, à l’initiative d’une proposition de résolution du député Désiré Barodet en 1882, les professions de foi des élus députés sont réunies en un volume par législature imprimé par la Chambre des députés puis l’Assemblée nationale. Ceux de la période 1881-1988 qui ont été numérisés par la Bibliothèque de Sciences Po Paris en partenariat avec la division des Archives de l’Assemblée nationale. Dans le volume qui rassemble ces engagements pour les élections de 1936, celle de Léon Blum élu dans la 1ère circonscription de l’Aude est accessible en page 185.
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