XVe législature
Session ordinaire de 2019-2020

Séance du jeudi 11 juin 2020

L’ordre du jour appelle la discussion de la proposition de loi de Mme Émilie Bonnivard et plusieurs de ses collègues visant à sauver les secteurs de l’hébergement touristique, des cafés et de la restauration en instaurant un taux réduit de taxe sur la valeur ajoutée à 5,5 % jusqu’au 31 décembre 2020 (nos 3005, 3048).
La parole est à Mme Brigitte Kuster, rapporteure de la commission des finances, de l’économie générale et du contrôle budgétaire. La proposition de loi que je vous présente aujourd’hui au nom du groupe Les Républicains vise à contribuer au sauvetage des secteurs de l’hébergement touristique, des cafés et de la restauration en instaurant un taux réduit de TVA de 5,5 % jusqu’au 31 décembre 2020.
Ces secteurs sont dans le rouge depuis maintenant plusieurs mois. Après les manifestations et les grèves de 2019, la pandémie a frappé de manière brutale : l’activité a diminué de 90 %. Avec le monde de la culture, c’est donc la partie du tissu économique la plus touchée. L’hébergement touristique et la restauration ont été les premiers à l’arrêt ; ils seront parmi les derniers à reprendre.
Eh oui, c’est le secteur le plus touché ! La baisse des capacités d’accueil en raison des précautions sanitaires engendre d’énormes coûts supplémentaires ; ajoutons à cela la baisse de la demande. Des temps particulièrement difficiles s’annoncent, notamment là où la dépendance vis-à-vis de la clientèle internationale est forte. Rappelons qu’au premier semestre 2020, les recettes ont baissé de près de 45 milliards d’euros.
Au-delà des chiffres, ce sont des centaines de milliers de personnes qui sont dans l’angoisse, et bien souvent dans des situations dramatiques. Après beaucoup d’investissements financiers personnels, et souvent familiaux, et des heures de travail jamais comptées, des entreprises sont en danger, voire s’effondrent. Pour certains, à la faillite professionnelle s’ajoutent la faillite morale et le désespoir. Malheureusement, on déplore déjà deux suicides dans la profession.
Pour répondre à ces difficultés, nous proposons de diminuer temporairement le taux de la TVA, et de le fixer à 5,5 % pour les entreprises de l’hôtellerie et de la restauration. C’est bien sûr une mesure complémentaire de celles qui existent déjà ; elle s’inscrit dans la logique de réduction des impôts et des charges que nous prônons dans le cadre du plan de redressement économique proposé par le groupe Les Républicains. Cette baisse de la TVA permettrait de sauver un grand nombre d’entreprises, donc d’emplois, en assurant la reconstitution des trésoreries, aujourd’hui cruellement nécessaire.
Permettez-moi de rappeler que c’est un mécanisme de soutien qui a déjà fait ses preuves : en 2009, souvenez-vous, il avait été décidé d’aligner le taux de TVA pour les ventes à consommer sur place sur celui des ventes à emporter. La majorité de l’époque avait décidé de ne pas attendre le projet de loi de finances de l’année suivante, et avait privilégié l’adoption d’un projet de loi ad hoc afin que le taux réduit s’applique dès la saison touristique estivale de 2009.
C’est vrai ! La logique de cette proposition de loi est la même : il y a urgence, et nous devons agir vite. C’est d’autant plus pertinent que la directive TVA de l’Union européenne nous le permet, et que plusieurs de nos voisins ont déjà agi en ce sens. Exact ! Face à l’ampleur de la catastrophe, cette baisse que nous vous proposons vise des objectifs ambitieux.
Il s’agit d’abord de rendre plus rentable la réouverture des établissements, alors même que la distanciation sociale, dont je rappelais tout à l’heure les effets néfastes, s’impose au plus grand nombre et réduit le nombre de couverts servis.
Il s’agit ensuite de soutenir un tissu de TPE fondamental pour l’économie française, qui aborde la crise déjà fragilisée. Le risque, c’est que les hôteliers-restaurateurs n’aient plus la trésorerie pour payer les salaires : ils devraient alors se séparer de certains salariés, alors même que ce secteur est habituellement l’un des plus dynamiques – plus d’un million d’emplois, de surcroît non délocalisables. Ce sont les jeunes qui en pâtiront le plus, puisque la moyenne d’âge dans le secteur de l’hébergement et de la restauration est d’environ 35 ans.
De surcroît, les performances des entreprises ont été moindres en France que dans les autres pays de l’Union européenne l’an dernier : en 2019, le mouvement des gilets jaunes puis les grèves contre la réforme des retraites ont affecté la fréquentation des établissements touristiques et bien sûr des restaurants. J’ajoute que la clientèle du secteur est à 31 % étrangère, que la fermeture des frontières a bouleversé la donne et que l’activité touristique internationale ne reprendra cet été que de manière réduite. Que de fragilités et d’inconvénients pour un même secteur !
L’Observatoire français des conjonctures économiques – OFCE – vient de le confirmer : avec 590 000 salariés et 120 000 non salariés touchés, le secteur de la restauration traditionnelle – hors restauration rapide – est d’ailleurs le plus touché. Ajoutons que ces métiers n’ont évidemment pas pu avoir recours au télétravail, et ont donc subi la crise de plein fouet. La dernière note de conjoncture de l’INSEE confirme cette situation, en indiquant que la perte d’activité de ce secteur est de 90 %.
La conjoncture difficile, préexistante, et la crise sanitaire rendent donc urgente l’amélioration de la trésorerie des PME et des TPE de l’hôtellerie et de la restauration. Sinon, nous courons au-devant de temps économiques, sociaux et humains très difficiles, voire catastrophiques. Les assurances contre les pertes d’exploitation ne sont pas la solution, puisqu’elles ne couvrent pas les risques épidémiques ; quant aux réponses inédites du Gouvernement, que nous avons d’ailleurs saluées, elles ne seront pas suffisantes pour permettre la survie de nombre d’entreprises.
Le Gouvernement a annoncé le report des échéances de paiement des cotisations sociales et des prélèvements fiscaux des entreprises pour les mois de mars et d’avril ; mais cela concerne l’impôt sur les sociétés, et non la TVA.
Quant à la couverture de l’activité partielle, bien que les services de l’État aient été mobilisés pour servir ce dispositif dans les plus brefs délais, ils ont été submergés par la demande, considérable ; les retards de versement ont été nombreux. Au 2 juin 2020, plus de 1,3 million de demandes d’autorisation préalable d’activité partielle avaient été déposées, concernant plus de 1 million d’entreprises et 13 millions de salariés. Cet engorgement des services a pu retarder la perception par les entreprises du remboursement des salaires versés en l’absence d’activité ; des efforts de trésorerie ont donc dû être consentis par ces mêmes entreprises, toujours les mêmes, acculées, et qui ne pouvaient pas dégager de profits, puisqu’il n’y avait plus d’activité !
S’agissant du dispositif de prêts garantis par l’État – PGE –, il est intéressant, mais il a régulièrement été refusé aux plus petites entreprises, même s’il était garanti à 90 %. Le Gouvernement a souhaité faire en sorte que les canaux de financement demeurent ouverts, par des prêts de trésorerie à court terme. Mais sans trésorerie, les entreprises bénéficiaires auront bien du mal à rembourser les PGE. Encore une fois, je ne remets pas en doute le bien-fondé de ce dispositif ; mais il existe un risque de surendettement de ces sociétés, sur lequel nous appelons votre attention. Les dépôts de bilan seront nombreux.
Enfin, le fonds de solidarité temporaire permet de verser des aides directes, mais son ampleur est souvent trop faible pour le secteur touristique, où les pertes sont énormes. Ces mesures vont dans le bon sens. Mais elles demeurent insuffisantes pour faire face au choc que va subir ce secteur : le fonds de solidarité ne permet pas de compenser les pertes d’exploitation subies par de petits entrepreneurs du secteur de l’hôtellerie et de la restauration, puisque le montant maximal de l’aide est de 1 500 euros.
C’est trop peu. Nous ne pouvons pas nous contenter de dire que beaucoup a déjà été fait ; de l’aveu de très nombreux professionnels, si nous n’allons pas plus loin, nous n’éviterons pas une aggravation de la crise, et surtout les drames humains qui en découleront.
C’est parce que les dispositifs existants ne sauraient suffire à apporter une réponse à la situation critique dans laquelle se trouve ce secteur que nous proposons de diminuer la TVA de 4,5 points de pourcentage jusqu’à la fin de l’année 2020. C’est l’objet des trois articles de cette proposition de loi que j’ai l’honneur de rapporter devant vous. Je veux ici saluer Émilie Bonnivard, avec qui j’ai beaucoup travaillé pour la préparer, Vincent Rolland et tous les membres du groupe Les Républicains. Il s’agit de permettre aux professionnels de l’hôtellerie et de la restauration de résister à une crise à nulle autre pareille, sans avoir recours à une augmentation des prix. Celle-ci s’avérerait contre-productive, puisque la clientèle aura également vu son pouvoir d’achat affecté par la crise.
Depuis ce matin et jusqu’à tard ce soir, le groupe Les Républicains fait des propositions. Force est de constater que bien qu’elles dessinent un plan de relance économique, aucune d’entre elles n’a retenu l’attention bienveillante du Gouvernement.
Ils préfèrent plagier ! Il nous paraîtrait inconcevable que vous persistiez dans ce refus systématique de nos propositions, sous le prétexte qu’elles émanent de l’opposition. C’est le sectarisme de la majorité ! Tout à fait ! Elles sont pourtant de bon sens ; elles sont pragmatiques, elles sont attendues. Nous attendons de vous l’attitude responsable que nous avons nous-mêmes adoptée en votant vos textes d’urgence. (Vifs applaudissements sur les bancs du groupe LR.) C’est incroyable de refuser de bonnes propositions de loi ! La parole est à M. le secrétaire d’État auprès du ministre de l’action et des comptes publics. Aux œuvres d’art ! Permettez-moi de commencer par saluer les auteurs de la proposition de loi et de les remercier de leur contribution à cette journée de débats et d’étude des propositions du groupe Les Républicains.
Vous proposez ici l’abaissement temporaire du taux de TVA applicable à l’hébergement touristique, aux cafés et à la restauration. Vous l’avez rappelé, madame la rapporteure : c’est un mécanisme qui avait été utilisé lors de la crise de 2008, où le taux avait été fixé à 10 %.
Le constat des difficultés rencontrées par l’hôtellerie et la restauration est partagé ; l’épidémie de covid-19 les a profondément affectés. Face à cette crise d’une ampleur inégalée, l’État a fortement soutenu ce secteur, et continuera de le faire. Dans le cadre du plan d’urgence économique, ces entreprises ont ainsi bénéficié de mesures inédites, dont deux qui se détachent par leur montant : pour accompagner les salariés, la presque totalité du secteur a eu recours au dispositif d’activité partielle ; pour préserver la trésorerie de ces entreprises, des prêts garantis par l’État ont été accordés à 50 000 entreprises du secteur, pour un total de 6,2 milliards d’euros aujourd’hui. Je me dois de vous signaler que le taux de refus des dossiers de PGE est inférieur à 3 % : cela témoigne de l’ampleur du dispositif, et surtout de sa facilité d’accès, sans doute plus importante que ce que vous avez dit tout à l’heure. D’autres dispositifs ont aussi été mis en œuvre, et d’autres encore figurent dans le projet de loi de finances rectificative présenté hier en conseil des ministres.
Vous l’avez rappelé tout en réfutant cet argument : le Gouvernement a pour principe de réserver les mesures fiscales aux lois de finances ; le véhicule législatif choisi ici ne nous paraît donc pas adapté. Mais c’est là un argument de forme.

Dans le projet de loi de finances rectificative qui a été adopté hier en conseil des ministres, et présenté aux commissions des finances de l’Assemblée et du Sénat – j’ai eu l’honneur de le faire devant cette dernière –, le Gouvernement propose un dispositif d’allégement de la cotisation foncière des entreprises – CFE – des secteurs de l’hôtellerie, de la restauration, du tourisme et de l’événementiel. Deux mesures ont été adoptées.
D’une part, le paiement de la CFE est entièrement reporté jusqu’au 15 décembre, date de paiement du solde, ce qui permet aux entreprises concernées de ne pas payer d’acompte le 15 juin ou de suspendre leurs versements mensuels.
C’est reporter pour mieux couler ! D’autre part, les collectivités locales qui souhaiteraient accorder un dégrèvement de deux tiers du montant de la CFE des entreprises appartenant à ces secteurs d’activité bénéficieront d’une compensation de celui-ci par l’État.
Dans le même ordre d’idées, les entreprises du secteur de l’hôtellerie-restauration et du tourisme jusqu’à 250 salariés seront exonérées des cotisations sociales patronales dues pour la période de mars à juin. Pour aller plus loin que cette seule exonération de cotisations patronales, un crédit de cotisations de 20 % des salaires versés depuis février accompagnera la reprise d’activité. Cela représente au total 2 milliards d’euros d’aides exceptionnelles, prenant la forme d’exonérations, mais aussi de crédits d’impôts pour faire face aux échéances des prochains mois.
Enfin, le projet de loi de finances rectificative permet aux collectivités qui le souhaitent d’exonérer les redevables de taxe de séjour au titre de l’année 2020, conformément à une demande de nombre d’associations d’élus.
Par ailleurs, les efforts du Gouvernement depuis le début de la crise se poursuivront au bénéfice des secteurs que vous visez. Nous allons ainsi, comme annoncé lors du comité interministériel pour le tourisme du 14 mai dernier, maintenir le fonds de solidarité pour les entreprises des secteurs de l’hôtellerie-restauration et du tourisme jusqu’à la fin de l’année 2020. En outre, celui-ci sera désormais ouvert aux entreprises dont le chiffre d’affaires atteint jusqu’à 2 millions d’euros, contre 1 million actuellement, et qui comptent jusqu’à 20 salariés – au lieu de 10 – de manière à accroître l’éligibilité.
Ouvrez les restaurants ! Madame la rapporteure, l’aide au titre du fonds de solidarité n’est pas plafonnée à 1 500 euros, mais à 10 000, lorsque l’on additionne le premier et le second volets, ce dernier étant construit avec les régions. Grâce aux régions, plutôt ! Les régions participent au fonds de solidarité à hauteur de 5,5 % – à hauteur de 500 millions sur les 8 milliards dont il est doté. Puisque vous m’interrogez sur la participation des régions, je dois dire que deux d’entre elles, la région Île-de-France et la région Auvergne-Rhône-Alpes, n’ont pas encore acquitté les sommes qu’elles s’étaient engagées à payer, puisqu’elles n’ont versé que la moitié. Il reste quelques dizaines de millions d’euros qui n’ont pas été honorés. (Exclamations sur les bancs du groupe LR.)
D’autres outils seront mis à disposition, tels que le prêt garanti par l’État saison et le plan d’investissement en fonds propres, géré par la Caisse des dépôts et Bpifrance pour 1,3 milliard. Vous intervenez en tant qu’élu local ou en tant que ministre ? Monsieur Abad, je ne suis pas encore conseiller régional. Je me dois, comme secrétaire d’État auprès du ministre de l’action et des comptes publics, d’être parfaitement transparent : je répète qu’à ce jour, les régions ont intégralement tenu leurs engagements, à l’exception de deux d’entre elles, qui n’ont versé que 50 % de leur participation. Puisque vous y tenez, je ne doute pas que vous saurez le leur rappeler ! Avant, c’était zéro ! Je n’ai pas dit que ces régions n’avaient pas tenu leurs engagements : j’ai dit qu’elles ne l’avaient pas fait intégralement. J’ai les chiffres, si vous voulez ! La région Île-de-France a acheté des masques ! 4,5 milliards d’euros ont été versés au titre du fonds de solidarité à 1,5 million d’entreprises. Je vous laisse comparer les chiffres.
J’en viens à la question de la TVA. Les entreprises du secteur de la restauration ont pu déclarer un chiffre d’affaires forfaitaire au titre des mois de confinement, allant jusqu’à 50 % du montant du mois précédent, le montant de TVA dû pouvant être régularisé dans une déclaration de TVA ultérieure. Elles ont aussi bénéficié du remboursement rapide des crédits de TVA, puisque nous avons accéléré celui-ci.
C’est vrai. En revanche, je le dis très clairement, le Gouvernement ne souhaite pas moduler davantage le taux de TVA. Une baisse du taux de TVA aurait un coût significatif sans levier économique suffisant. Nous avons réservé cette mesure à des cas ponctuels comme l’acquisition de gel, de solution hydroalcooliques ou encore de masques. Parce que vous pensez que les restaurateurs ne souffrent pas ? Le secteur de l’hôtellerie et de la restauration bénéficie déjà d’un taux de TVA réduit de 10 %, soit la moitié du taux normal, ce qui représente une dépense fiscale de 4 milliards d’euros. Cet effort doit être replacé dans le contexte d’une utilisation déjà massive par la France de taux de TVA réduits – avec un taux normal de 20 %, la France se situe en dessous de la moyenne européenne, qui s’établit à 21,5 % pour toute l’Union et à 20,8 % pour la zone euro.
Les taux réduits couvrent l’ensemble du secteur touristique. Il s’agit à la fois de l’hôtellerie et de la restauration, mais aussi de la culture et des loisirs – spectacle vivant ou droits d’admission aux expositions, aux sites, aux installations à caractère culturel, ludique, éducatif ou professionnel.
Ce que j’ai rappelé ! De surcroît, l’incitation économique par la TVA est peu efficace, comme le soulignait le Conseil des prélèvements obligatoires en 2015. C’est une mesure de trésorerie ! Celui-ci relevait dans le même rapport que la réduction du taux de TVA dans la restauration lors de la crise de 2008 avait été répercutée pour seulement 20 % sur les prix et pour un peu moins de 30 % sur des revalorisations salariales et que le nombre d’emplois créés pouvait être estimé entre 6 000 et 9 000, soit un coût de 175 000 à 262 000 euros par emploi, bien supérieur aux 86 000 euros de la prime forfaitaire à l’emploi auquel ce dispositif se substituait. L’objectif n’est pas de baisser les prix ! Je le répète, nous avons pris des mesures sans précédent pour accompagner l’intégralité du tissu économique et particulièrement les cafés, hôtels et restaurants. Je veux souligner la mesure extrêmement forte que représente l’exonération des cotisations patronales pour quatre mois pour les entreprises de ce secteur comptant jusqu’à 250 salariés, à laquelle s’ajoute un crédit de cotisations sur la masse salariale n’ayant pu être versée pendant cette période. Il s’agit, selon nous, d’une mesure de trésorerie et d’accompagnement bien plus efficace que celle que vous proposez ce jour. L’un n’empêche pas l’autre ! Bravo, monsieur le secrétaire d’État !
Dans la discussion générale, la parole est à Mme Émilie Bonnivard. Le tourisme est certainement le secteur économique le plus durement affecté par la crise du covid-19. Il représente pourtant près de 8 % de notre PIB, un million d’actifs et fait de la France la première destination mondiale.
L’hébergement touristique, les cafés et restaurants constituent non seulement le cœur de l’offre touristique, mais aussi une part considérable, rappelons-le, du tissu économique et des emplois dans nos territoires. Ils ont été les premiers à subir la fermeture administrative et sont les derniers à rouvrir, enregistrant une baisse d’activité de 95 % pendant cette période.
Malheureusement, pour eux, la reprise sera extrêmement progressive et partielle. Pendant plusieurs mois, ces établissements devront affronter une situation économique dégradée en raison d’une baisse de fréquentation annoncée de 50 %, selon Atout France, voire davantage dans les territoires très dépendants de la fréquentation touristique étrangère comme Paris, d’une réduction considérable de leurs capacités d’accueil en raison des protocoles sanitaires, ainsi que de l’impossibilité de bénéficier d’un effet de rattrapage de la consommation.
Tout à fait ! L’ensemble de ces facteurs fragilisent considérablement le modèle économique des hôtels, cafés et restaurants qui, dans ce contexte, n’atteignent pas, ou à peine, leur seuil de rentabilité : les recettes pour les prochains mois seront amputées tandis que les charges fixes– loyer, application du protocole sanitaire, charges, salaires – resteront importantes dès la reprise.
Alors que la filière envisage 25 à 30 % de faillites, nous devons donc impérativement envisager toutes les solutions pour les aider à reconstituer leurs marges. Si le Gouvernement a élaboré un plan de relance pour le tourisme que je salue, celui-ci n’offre pas, à vrai dire, de solution en la matière. C’est la réalité.
En effet, le troisième projet de loi de finances rectificative prévoit la suppression de charges que Les Républicains avaient appelée de leurs vœux au cœur de la crise pour ce secteur, mais uniquement pendant la période de fermeture, de mars à juin.
Pardonnez-moi, monsieur le secrétaire d’État, mais je trouve mesquine votre remarque sur les régions – on déconfine très rapidement les réflexes politiciens ! La région Auvergne-Rhône-Alpes a alloué 8 millions d’euros à sa promotion touristique, quand l’État parvient péniblement à y consacrer 1,5 million.
Exactement ! La seule mesure de votre plan susceptible d’améliorer la rentabilité est le maintien du fonds de solidarité. Or, croyez-vous que 1 500 euros par mois – je ne reviens pas sur la complexité des critères fixés pour obtenir les 10 000 euros, critères que l’État a de surcroît imposé aux régions – suffiront pour permettre à un restaurant parisien d’assumer son loyer et ses charges, mais aussi de compenser une baisse de recettes de plus de 50 % ? La réponse est clairement non : ce n’est pas suffisant ! Tout à fait ! Dans ce contexte, 15 à 20 % des établissements envisagent de ne pas rouvrir.
L’absence d’accord avec les assurances sur la couverture des pertes d’exploitation prive aussi les établissements de ressources. Vous n’avez pas trouvé de solution dans ce domaine, alors que les représentants du secteur vous ont demandé à plusieurs reprises d’intervenir.
Ce sont les raisons pour lesquelles mes collègues Brigitte Kuster, Vincent Rolland et l’ensemble des députés Les Républicains proposent d’abaisser la TVA sur l’hébergement touristique, les cafés et les restaurants de 10 % à 5,5 % jusqu’au 31 décembre 2020.
Cette mesure d’urgence apporterait une vraie bouffée d’oxygène aux établissements en augmentant la valeur ajoutée de la part de l’activité qui demeure. C’est un outil complémentaire de votre dispositif, puisqu’aucune des mesures que vous avez prises ne répond au problème que nous soulevons.
Il contribuera, comme l’a indiqué le Président de la République lui-même lors de sa visioconférence avec les acteurs du tourisme du 25 avril, à abaisser leur seuil de rentabilité, ce qui est l’objectif que nous devons poursuivre.
J’insiste sur le caractère temporaire de cette mesure destinée à répondre à l’équation économique délicate des prochains mois, alors que le secteur n’attend pas de reprise réelle avant 2021, voire 2022.
Le Gouvernement ne devrait pas s’autocensurer en refusant de recourir à l’outil de la TVA. Un même outil fiscal peut répondre à différents objectifs en période de crise : en 2008, il a permis de relancer la consommation par une baisse des prix ; en 2020, il permettrait la reconstitution des marges dans un secteur fragilisé sur lequel pèseront très fortement les contraintes sanitaires imposées par l’État. L’Allemagne a décidé d’utiliser ce levier fiscal.
Les 750 millions d’euros que coûte la mesure seront réinjectés directement dans l’économie et viendront compenser, pour partie, les pertes de recettes liées au protocole sanitaire et à la chute de la fréquentation. Ils faciliteront, à moyen terme, les remboursements de prêts garantis par l’État ou d’autres emprunts qui ne manqueront pas d’être réclamés, toujours trop tôt pour ces entreprises.
(Applaudissements sur les bancs du groupe LR.) J’espère que le Gouvernement t’entendra ! La parole est à Mme Sarah El Haïry. Depuis le début du mois de mars et de la crise sanitaire liée au covid-19, tous les secteurs économiques de notre pays ont été durement atteints. Dire que le secteur du tourisme n’a pas été épargné serait un doux euphémisme.
Déjà fragilisé par de nombreux mouvements sociaux qui ont pesé sur les revenus du secteur ces derniers mois, celui-ci est toujours, malgré le déconfinement, dans une situation très difficile.
En effet, il a subi de plein fouet les conséquences de la crise sanitaire. Les baisses de chiffre d’affaires pendant le confinement sont estimées entre 90 et 100 % pour la restauration, et entre 70 et 85 % pour l’hôtellerie. Malgré la reprise d’activité encore partielle, trop par endroits, la situation reste critique pour de nombreuses structures.
La situation exceptionnelle que nous connaissons nous oblige, en tant que législateurs, à réagir avec conviction et efficacité pour soutenir un secteur qui est à la fois une force économique et une fierté culturelle pour notre pays et nous assurer que la crise n’entraîne pas sa faillite.
Le texte que nous examinons aujourd’hui vise à soutenir le secteur du tourisme, en lui permettant de bénéficier d’un taux de TVA réduit à 5,5 % jusqu’au 31 décembre 2020, date à laquelle le taux reviendrait à son niveau actuel.
Je salue le travail de nos collègues du groupe Les Républicains, qui nous permet d’avoir ce débat nécessaire et essentiel. Mais le groupe MODEM n’est pas convaincu par l’efficacité de cette mesure.
(Exclamations sur les bancs du groupe LR.)
Baisser le taux de TVA pour soutenir le secteur de la restauration a déjà été tenté en 2009, avec un autre objectif – vous l’avez rappelé, mais il me paraît nécessaire de le faire à nouveau. Il s’agissait alors de créer des emplois et de baisser les prix. L’objectif que vous recherchez aujourd’hui, chers collègues, est différent… Tout à fait ! …puisqu’il s’agit de restaurer les marges.
Cependant, les travaux de l’Institut des politiques publiques sur cette question tendent à démontrer que les hausses de taux de TVA sont souvent supportées par le consommateur, avec des conséquences à très long terme sur la demande et le pouvoir d’achat.
Nous estimons qu’un soutien doit être apporté au plus grand nombre d’établissements en difficulté, y compris ceux pour lesquels la reprise est limitée, voire impossible, comme dans les zones oranges, où des aménagements ont dû être réalisés. Or profiter d’une baisse du taux de TVA nécessite d’avoir une activité. Cette mesure n’est donc que partielle et ne semble pas de nature à favoriser la reprise, contrairement au fonds de solidarité ou encore à l’exonération de charges, qui sont plus universels.
Les mesures proposées par le Gouvernement nous apparaissent donc plus à même d’apporter un soutien efficace de long terme au secteur du tourisme.
Le sectarisme d’En marche… C’est le cas du maintien de l’activité partielle dans des conditions similaires à celles de la période du confinement, de la prolongation du fonds de solidarité, ou encore de l’exonération, pendant quatre mois, de cotisations sociales pour les TPE et PME du secteur. Ces mesures permettent également d’affiner la répartition des aides en fonction des situations particulières des établissements, ce qui n’est pas le cas d’une baisse du taux de TVA.
En effet, de nombreux facteurs, comme la localisation en zone verte ou orange, comme la capacité à proposer de la vente à emporter, comme l’écart entre le nombre de couverts avant et après le confinement, font que chaque situation est unique. Il convient donc que les aides proposées soient adaptées à ces particularités, afin de répondre au mieux aux besoins des professionnels du secteur du tourisme.
Enfin, le secteur aura à se restructurer en profondeur pour s’adapter aux nouveaux impératifs sanitaires. Nous devrons être à ses côtés et c’est la raison pour laquelle nous préférons les mesures d’investissement de long terme…
Encore faut-il que les restaurateurs survivent aux six prochains mois… …à une mesure comme la baisse du taux de TVA, qui représente un dommage potentiel. L’un n’empêche pas l’autre ! Le groupe MODEM ne soutiendra donc pas cette proposition de loi. (Exclamations sur les bancs du groupe LR. – Applaudissements sur les bancs du groupe MODEM. – M. Laurent Saint-Martin applaudit aussi.) C’était très bien avant la dernière phrase ! La parole est à M. Joaquim Pueyo. Pour amortir les effets dévastateurs de la crise, les pouvoirs publics ont instauré un certain nombre de mesures, telles que le fonds de solidarité, le chômage partiel ou le prêt garanti par l’État. Ces outils ont permis – tout le monde le reconnaît – de sauvegarder des emplois et de soutenir les acteurs économiques durant cette période inédite.
Cependant, les baisses et suspensions d’activité ont créé ou renforcé des situations de fragilité et ont eu des incidences sévères sur les trésoreries des entreprises. Les plus petites structures sont les plus exposées et nécessitent un accompagnement particulier.
Cette vigilance doit spécifiquement s’exercer sur les secteurs dépendant de la saisonnalité. C’est le cas de l’hébergement touristique, des cafés, bars et restaurants, et de toutes les autres activités liées au tourisme. Leurs revenus dépendent grandement de la période estivale ; or la saison 2020 est déjà bien entamée et les revenus des acteurs de ce domaine se trouvent amoindris.
En France, troisième destination touristique européenne, les revenus liés à ces activités représentent 7,3 % du PIB et 2 millions d’emplois directs et indirects. Certaines prédictions évoquent la possible disparition de 15 à 20 % des acteurs du secteur, notamment dans la restauration.
À cela s’ajouteront l’impossibilité, pour les touristes asiatiques ou américains, de se rendre en Europe et la réduction des déplacements au sein de l’Union européenne. Au-delà des chiffres, ce sont des milliers d’hommes et de femmes qui sont touchés quand leur activité est menacée. Qu’ils soient salariés, chefs d’entreprise, indépendants ou commerçants, ce sont des milliers de Français qui risquent de voir leurs revenus baisser ou de se retrouver au chômage. Nombreux sont ceux dont la rémunération est intrinsèquement liée à un revenu complémentaire issu du tourisme ; c’est notamment le cas des étudiants et des travailleurs saisonniers.
Il est donc indispensable, comme pour tous les autres secteurs, de prendre des mesures de long terme afin d’éviter des faillites et un chômage massifs, alors que plusieurs centaines de millions d’euros ont déjà été engagés pendant la crise pour éviter une catastrophe économique et sociale. Le Gouvernement a annoncé le 15 avril dernier, dans le cadre du plan tourisme, un certain nombre de mesures. Parmi celles-ci figurent le maintien et l’élargissement du fonds de solidarité pour les entreprises du secteur du tourisme jusqu’à la fin de l’année 2020, ainsi que la prolongation du dispositif d’activité partielle jusqu’à la fin du mois de septembre 2020. Sont également prévus un plan d’investissement et un allègement potentiel de la taxe de séjour sur les hébergements touristiques. Par ailleurs, le ministre de l’action et des comptes publics a annoncé une exonération de charges pour les entreprises de moins de 250 salariés dans le secteur du tourisme.
Toutes ces annonces sont à saluer, mais elles sont encore insuffisantes. Nous le voyons sur nos territoires, nos concitoyens qui travaillent dans le secteur de la restauration font preuve de combativité pour reprendre leur activité, mais ils doivent être aidés. Or contrairement à d’autres secteurs de l’économie, les mois perdus ne sont pas récupérables. Alors que dans d’autres domaines, un regain de la consommation peut compenser une partie des pertes, la majeure partie de l’industrie touristique demeure à l’arrêt, aura à faire face à des baisses de fréquentation et ne pourra étendre ses capacités au point de récupérer les mois perdus. La question de l’incidence sur la trésorerie se posera encore pendant plusieurs mois, et ce malgré l’instauration du prêt garanti par l’État.
La proposition de loi de nos collègues du groupe Les Républicains vise à donner de l’air à ces entreprises en leur permettant de dégager des marges de trésorerie. Elle propose de faire passer de 10 à 5,5 % le taux de la taxe sur la valeur ajoutée applicable à l’hébergement touristique, aux cafés, aux bars et à la restauration jusqu’à la fin de l’année 2020.
Tout à fait ! Voilà quelqu’un qui sait lire. Il convient que cette mesure de bon sens… Tout à fait ! …vienne compléter les annonces du Gouvernement et elle devra être accompagnée par d’autres plus ambitieuses, compte tenu de la situation difficile que traverse ce secteur d’activité.
Le groupe Socialistes et apparentés a présenté, le 7 mai dernier, trente-quatre propositions pour accompagner les acteurs économiques dans le temps. Parmi celles-ci figurent l’annulation des taxes, redevances et impôts locaux au titre de l’année 2020, avec la compensation par l’État des pertes de recettes engendrées pour les collectivités, ou encore la prolongation jusqu’au 15 mars 2021 des mesures relatives à l’activité partielle des salariés.
L’extension à dix ans du prêt garanti par l’État doit également être sérieusement envisagée, afin de retarder au maximum le risque de difficulté de trésorerie des entreprises.
Notre volonté est également de compléter le dispositif du chèque-vacances par une formule « tout compris ».
Nous avons aussi proposé un plan de relance, avec la création d’un fonds d’amortissement des charges reportées destiné aux petites et moyennes entreprises du secteur du tourisme, lequel serait alimenté par les compagnies d’assurance et par une taxation des agences et plateformes en ligne de tourisme.
Enfin, l’instauration d’un plan d’urgence pour les saisonniers, comprenant une exonération totale de cotisations jusqu’à 1,5 SMIC jusqu’en mars 2021, et le lancement de plans de relance pour le tourisme hors saison des seniors et pour les voyages scolaires, font également partie de nos propositions.
Toutes ces mesures, à l’instar de celle proposée aujourd’hui par nos collègues Républicains, ont un objectif clair : soutenir les milliers d’entreprises touristiques et les hommes et femmes qui y travaillent, qui sont durement touchés par cette crise.
Les députés Socialistes et apparentés soutiendront cette mesure, mais celle-ci devra être suivie de bien d’autres.
(Applaudissements sur les bancs des groupes SOC et LR.) Bravo ! Excellent ! Cela veut dire que votre suppléante votera pour, monsieur Dussopt ? Elle fait ce qu’elle veut. La parole est à M. Vincent Rolland. Après quatre-vingt jours de fermeture due à la situation sanitaire de notre pays, les cafés et restaurants ont pu rouvrir le 2 juin dernier, même si ce n’est que de manière partielle en Île-de-France, à Mayotte et en Guyane.
Cette situation inédite, dictée par des impératifs sanitaires que chacun est en mesure de comprendre, a mis à genoux toute cette profession qui est le symbole même de l’art de vivre à la française et que l’on nous envie dans le monde entier. Le mot « restaurant » n’est-il pas employé dans de nombreuses langues pour désigner ces lieux de rassemblement et de convivialité ?
Pendant près de trois mois, les cafés et restaurants auront été les plus longuement touchés par les fermetures administratives, et, c’est le moins que l’on puisse dire, la reprise de leur activité sur un mode dégradé ne laisse pas présager d’un avenir radieux.
Oui, nous avons adopté un certain nombre de mesures pour venir en aide au secteur, telles que le chômage partiel, le fonds de solidarité, les allègements et suppressions de charges, le prêt garanti par l’État, le prêt tourisme ou l’annulation de la taxe de séjour. Mais elles ne suffisent pas.
Les dirigeants des établissements de tourisme savent que le plus difficile reste à venir, étant donné qu’ils auront à faire face à des accumulations de dettes et à des emprunts reportés, qui ne manqueront pas de venir fragiliser, voire d’anéantir, des trésoreries au plus bas. Les protocoles sanitaires et les distanciations sociales seront, quant à eux, autant de charges qui s’inscriront dans une reprise progressive de la fréquentation.
Nous le savons bien, contrairement à d’autres secteurs d’activité, il n’y aura pas de consommation de rattrapage ; les pertes déjà subies ne seront jamais compensées ou récupérées. La profession estime à 20 % le nombre d’affaires qui disparaîtront. Ces dépôts de bilan pèseront sur la durée et pour un montant de plusieurs milliards d’euros sur le déficit de l’État, auquel viendront également s’ajouter le non-remboursement des PGE souscrits par des entreprises ayant disparu.
« La gravité de la récession appelle une réponse massive », a déclaré le ministre de l’économie et des finances Bruno Le Maire. Nous, Les Républicains, pouvons proposer une réponse forte à la filière des cafés, hôtels et restaurants avec cette proposition de loi déposée par Émilie Bonnivard, Brigitte Kuster et moi-même,…
Excellent ! Très bonne proposition ! …laquelle prévoit la baisse du taux de TVA s’appliquant à ce secteur pour le faire passer de 10 à 5,5 % jusqu’à la fin de l’année 2020. Cette mesure permettra de soutenir un redémarrage, que l’on sait difficile et progressif, en reconstituant la trésorerie des entreprises et en abaissant le point mort à partir duquel une affaire peut recommencer à vivre – ou à survivre.
Cette approche économique encourage la reprise de l’activité et fera diminuer le recours au chômage partiel. De plus, les exonérations de charges n’auront que peu d’impact dans le secteur de la restauration, les rémunérations qui y sont pratiquées se situant, pour la plupart, autour du SMIC.
Mais, me direz-vous, cela a un coût. C’est vrai ! Il en coûtera 700 millions d’euros aux finances publiques. C’est peu au regard des sommes engagées dans les plans de soutien,…
Tout à fait ! …et, surtout, notre proposition évitera des dizaines de milliers de faillites…, Très juste ! …bien plus coûteuses pour le budget de la nation et synonymes de drames sociaux. Nos voisins allemands ont adopté pareille mesure dans des proportions encore plus larges,… Et voilà… …puisque le taux de TVA s’appliquant à ce secteur passera de 19 à 7 %, et ce sur une année complète. Ils n’ont pas été aussi loin que nous sur l’activité partielle ! Au début de cette saison touristique atypique et alors qu’il nous faut mobiliser toutes les forces vives pour redresser notre cher pays, je vous invite, mes chers collègues, à écouter la voix de celles et ceux qui font la France de la convivialité et de l’attractivité touristique, et à leur apporter notre soutien dans cette crise, en votant cette proposition de loi. (Applaudissements sur les bancs du groupe LR.) La parole est à Mme Jeanine Dubié. La quasi-totalité des secteurs économiques ont été affectés, à des degrés divers, par les répercussions de la crise du covid-19, mais peu l’ont été autant que ceux de la restauration, des cafés et de l’hébergement touristique, ce dernier dans toute la diversité de ses composantes : hôtels, gîtes, meublés, mais aussi hôtellerie de plein air. Toutes ces entreprises, souvent petites, voire très petites, ont fermé le rideau le 15 mars. Pour celles qui ont rouvert, la reprise d’une activité normale n’est pas pour demain.
Le 14 mai dernier, le Gouvernement a dissipé le flou dans lequel vivaient les professionnels du tourisme depuis le mois de mars, en annonçant une série de mesures destinées à améliorer les dispositifs de sauvetage des filières. Néanmoins, il n’a pas fait disparaître les nuages qui les menacent.
Les députés du groupe Libertés et territoires ont alerté à plusieurs reprises sur les problèmes que rencontrent les entreprises du tourisme, de l’hôtellerie et de la restauration. Plusieurs mesures étaient très attendues par les professionnels : prolongement et adaptation du fonds de solidarité et de l’activité partielle, exonération de cotisations sociales, report des échéances de crédit. Le Gouvernement a répondu en grande partie à ces attentes.
Cependant, des interrogations demeurent. Par exemple, un grand nombre d’aides reposent sur un recours à l’emprunt. En outre, certains pans ont été oubliés, notamment les filières d’approvisionnement, pourtant durement affectées elles aussi – je pense en particulier aux fournisseurs de l’hôtellerie et aux producteurs locaux.
Le Gouvernement a donné un peu plus de visibilité en confirmant que les Français pourraient partir en vacances, en France, en juillet et en d’août. Quant à l’annonce de la réouverture des bars et restaurants à partir du 2 juin, elle fut un soulagement. Notons toutefois que ces réouvertures doivent s’accompagner de l’application d’un protocole sanitaire strict, ce qui nécessite une nouvelle organisation, réduit l’affluence et a nécessairement un impact sur le chiffre d’affaires. D’ailleurs, compte tenu de l’évolution de l’épidémie, des voix s’élèvent pour demander un assouplissement progressif des conditions du déconfinement, en fonction de la situation sanitaire.
C’est dans ce contexte inédit que nos collègues du groupe Les Républicains ont choisi de rouvrir le débat sur le taux de TVA dans la restauration et les cafés, tout en l’étendant au secteur de l’hébergement touristique. Les députés de notre groupe se sont interrogés : cette réduction, temporaire je le rappelle, est-elle le bon moyen de soutenir ces secteurs, dans la mesure où elle leur permettrait d’améliorer leurs marges et de reconstituer leur trésorerie dans un contexte difficile ?
Sans conteste, la baisse de la TVA constitue un outil d’amélioration des marges.
Merci ! Dans un premier temps, elle contribuerait, à coup sûr et de manière rapide, à amortir les nouveaux coûts liés à la réorganisation des établissements et à la réduction des capacités. Dans un second temps, elle permettrait une relance de l’emploi. Tout à fait ! En effet, nombre de salariés des secteurs concernés sont actuellement en activité partielle. Une baisse de la TVA présenterait au moins le mérite de faciliter une reprise d’activité et un retour de ces salariés au travail. Je pense notamment à l’ensemble des travailleurs saisonniers, qui n’ont pas retrouvé d’activité du fait de la baisse de la fréquentation touristique. Tout à fait, et ils risquent de devoir patienter encore ! Nous estimons néanmoins qu’une baisse de la TVA n’est pas suffisante ; il convient de compléter cette approche. Il importe notamment d’offrir un accompagnement différencié en fonction des contextes locaux. En effet, certains territoires sont particulièrement dépendants de l’activité touristique. Oui, les territoires de montagne ! Je pense tout particulièrement à la Corse, aux outre-mer, aux zones de montagne, aux régions côtières, ainsi qu’aux territoires dont l’économie est essentiellement liée à l’accueil d’une clientèle étrangère, du fait de leurs spécificités – tel est le cas de Lourdes, par exemple. Tout à fait ! J’ai eu des échanges nourris à ce sujet avec le secrétaire d’État chargé du tourisme, que je remercie de son écoute attentive et de sa mobilisation. Dans le cadre de la relance, les feuilles de route sectorielles doivent être définies par le comité de filière tourisme. Il est primordial que les collectivités compétentes soient étroitement associées à ce travail, dans une logique de différenciation – celle-ci nous tient à cœur, vous le savez.
Pour en revenir à l’objet, plus limité, de la proposition de loi soumise à notre examen, une majorité – dont je fais partie – des membres du groupe Libertés et territoires estime qu’une baisse temporaire de la TVA est souhaitable. Selon nous, la situation exceptionnelle appelle en effet des réponses qui doivent l’être tout autant. Tel est précisément le sens de cette proposition de loi, que nous soutenons.
(Applaudissements sur les bancs des groupes LT et LR.) La parole est à Mme Émilie Cariou. Je tiens tout d’abord à saluer la prise de conscience par chacun, dans cet hémicycle, des grandes difficultés qui frappent le secteur du tourisme et de la restauration dans notre pays. Je n’y suis pas moins sensible que mes collègues du groupe Les Républicains. Nous avons tous été frappés par les mesures de confinement, et chaque territoire de notre pays, qui dispose de tant d’attraits touristiques, mesure combien nous nous trouvons dans une situation hors norme, inédite.
D’ici à quelques jours nous sera soumis un nouveau projet de loi de finances rectificative, qui nous permettra de discuter de mesures de soutien aux secteurs économiques durement frappés par cette crise sanitaire. Il me semble que ce sera le bon outil pour répondre aux problèmes légitimement soulevés par cette proposition de loi.
De nombreuses mesures ont été mises sur la table afin de soutenir les entreprises : le chômage partiel, les prêts garantis, le fonds de solidarité, le report ou l’annulation, notamment pour les petites entreprises, de charges fiscales et sociales. Le secrétaire d’État vient de rappeler les nombreuses mesures complémentaires d’aide, de soutien et de report de charges qui seront présentées dans le cadre du troisième PLFR, ainsi que les mesures d’annulation de charges fixes, notamment d’impôts locaux, qui sont bien évidemment très importantes pour les restaurateurs.
Nous sommes très réservés quant à l’idée de baisser la TVA afin d’octroyer un soutien supplémentaire. La TVA est une taxe acquittée par les consommateurs, et nos collègues du groupe Les Républicains assument d’ailleurs que cette ristourne de TVA aurait vocation à permettre aux entreprises de constituer de la trésorerie…
C’est effectivement son objet. …sur le dos desdits consommateurs.
En outre, une baisse de taux uniforme bénéficierait à toutes les entreprises du secteur, indépendamment de leur taille, du lieu et du type de difficultés rencontrées. Or les capacités de trésorerie sont, vous en conviendrez, très contrastées au sein d’un même secteur socioprofessionnel. Le groupe Accor, aussi respectable que soit cette multinationale, n’a pas les mêmes problèmes qu’un restaurant de quartier,…
Les deux font face aux mêmes problèmes ! …et je ne suis d’ailleurs pas sûre que l’on sauverait le deuxième en divisant par deux le taux de TVA, ni que l’on aiderait correctement le premier si l’on ne fait pas plus de dentelle.
Le taux de 5,5 % bénéficierait à l’hôtellerie et à la restauration jusqu’à la fin de l’année 2020. Je remarque toutefois que la réintégration dans le taux normal ne semble pas prévue. Il s’agit d’une erreur de rédaction, j’imagine, mais il est très problématique de ne pas indiquer à quel taux de TVA ces activités seront imposées à partir du 1er janvier 2021.
Bien évidemment, nul besoin de le préciser, le gage prévu dans le texte n’est pas réaliste. Il est cependant dangereux de laisser croire – vous êtes vous-mêmes critiques à cet égard – que l’on va continuer à distribuer des aides en les finançant uniquement par de l’emprunt. On laisserait partir ainsi, je vous le rappelle, 3,7 milliards de recettes fiscales.
Non, 700 millions ! Autrement dit, on engloutirait l’équivalent du budget de la justice !
En revanche, je partage votre souci de faire bénéficier les intéressés de soutiens financiers. La modulation du taux de TVA présenterait un avantage : elle permettrait aux entreprises de récupérer rapidement des marges financières, compte tenu des échéances de paiement de la taxe, première ressource du budget de l’État. Il faut aider vite et de façon transparente, en fixant des objectifs de soutien à la transition énergétique et d’aménagement du territoire. C’est la ligne que soutiendra le groupe Écologie démocratie solidarité lors de la discussion du PLFR 3.
Enfin – et je le dirai de la même façon au sujet d’une autre de vos propositions de loi –, on ne peut pas, on ne peut plus, en 2020, supprimer de manière sèche des pans entiers de TVA sans se soucier de la politique de concurrence qui doit prévaloir, faute de quoi les intermédiaires s’engouffreront rapidement dans la brèche pour capter ce qui aura été abandonné en TVA.
La mesure ne sera appliquée que six mois ! Mes chers collègues, ne croyez pas que certains géants de la réservation en ligne, qui s’interposent entre professionnels du tourisme et consommateurs, oublieront d’intervenir ! En effet, ils sont déjà sur place, grâce à l’amabilité d’un certain nombre de grands moteurs de recherche, notamment américains.
Je relève ces manquements et vous fais part de nos inquiétudes et de nos désaccords, tout en soulignant que nous partageons quelques constats objectifs : nous appelons nous aussi de nos vœux, en cette période, une politique publique de soutien efficace aux secteurs de l’hôtellerie et de la restauration. Néanmoins, il me semble que les mesures contenues dans le troisième PLFR répondront plus directement à cette exigence, notamment les mesures relatives aux charges fixes.
Ce n’était pas la peine de créer un groupe pour dire cela… Il fallait rester dans le groupe La République en marche ! En conclusion, le groupe Écologie démocratie solidarité ne pourra pas voter votre proposition de loi. Nous débattrons du soutien aux entreprises lors de l’examen, dans quelques jours, du troisième PLFR. La parole est à Mme Agnès Firmin Le Bodo. La crise sanitaire due au covid-19 et les fermetures administratives décidées dans le cadre du confinement ont grandement fragilisé le secteur du tourisme. La perte d’activité moyenne du secteur est estimée entre 25 et 40 % pour l’année 2020. Les entreprises en ressentent fortement l’impact sur leur trésorerie, alors que certaines d’entre elles avaient déjà subi une perte substantielle d’activité du fait des mouvements sociaux de la fin de l’année 2019.
La fermeture de tous les restaurants a été décrétée le 14 mars 2020, et toute la population française a été confinée le 17 mars. Comptant 600 000 salariés et 120 000 non-salariés, le secteur de la restauration traditionnelle, hors restauration rapide, est le plus touché par les fermetures administratives. Dans sa
Note de conjoncture du 7 mai 2020, l’INSEE évalue la perte d’activité du secteur à 90 %.
« L’année 2020 est une année perdue pour les cafés, hôtels, restaurants et discothèques », a déclaré au mois d’avril le président de l’Union des métiers et des industries de l’hôtellerie, premier syndicat du secteur. Dans sa
Note de tendances , l’observatoire de l’économie du tourisme a estimé la perte d’activité moyenne du secteur entre 25 et 40 % pour l’année 2020. Dans une note datant du mois de mars, l’OFCE a évalué à 14 milliards sur un mois la baisse des dépenses touristiques liée aux effets du confinement. Les bars, restaurants et hôtels ont donc beaucoup souffert, mais également leurs fournisseurs et les grossistes qui travaillent en amont et n’ont réalisé aucun chiffre d’affaires pendant la période. C’est vrai ! Il faut effectivement parler de la situation des grossistes ! Le secteur du tourisme emploie près de 3 % de la population active, à des postes qui, en outre, ne peuvent pas être délocalisés. Au premier semestre 2020, ses recettes ont déjà diminué de 45 milliards d’euros. L’hébergement touristique et la restauration, premiers secteurs mis à l’arrêt, seront parmi les derniers à reprendre. La réduction des capacités d’accueil due à l’application des mesures sanitaires et à la baisse de la demande, notamment dans les territoires dépendant de la clientèle internationale, annonce des temps difficiles.
Le secteur du tourisme est l’un des plus dynamiques de l’économie française en matière d’emploi – il compte plus d’un million d’emplois non délocalisables –, mais aussi l’un des plus fragiles, puisque ses performances demeurent étroitement liées à la conjoncture. Les effectifs y sont assez jeunes : 40 % ont moins de 30 ans, et l’âge moyen est de 35 ans environ.
Pour aider ce secteur, vous proposez une baisse générale du taux de TVA à 5,5 % jusqu’au 31 décembre 2020 pour l’ensemble des prestations de services réalisées par les acteurs du secteur du tourisme : prestations de vente à consommer sur place, prestations de vente à emporter et prestations d’hébergement touristique. Il s’agirait d’une mesure d’urgence pour soutenir la saison estivale déjà tronquée.
Séduisante de prime abord, cette mesure n’est pas suffisante. Votre proposition soulève une question de fond primordiale : comment l’État doit-il continuer d’accompagner les entreprises touchées par la crise, notamment les plus petites d’entre elles, tout en préparant la relance ? La période qui commence est, on le voit bien, délicate, plus délicate même que celle du confinement, durant laquelle il a fallu prendre, dans l’urgence, des mesures amples et massives. Désormais, l’économie a besoin d’amortisseurs, mais il faut aussi préparer l’avenir grâce à une politique de soutien ciblée favorisant une reprise d’activité ; il s’agit de trouver des mesures fines, adaptées et précises.
L’idée d’annuler les charges sociales et, dans certains cas, les charges fiscales vient nécessairement très vite à l’esprit. C’est un levier déjà fréquemment utilisé, avec plus ou moins de succès. Cependant, c’est une action qui doit être ciblée, temporaire et bien ajustée, afin d’éviter les effets d’aubaine. Par ailleurs, et surtout, cela ne peut être une mesure isolée. C’est pourquoi il nous semble préférable de réfléchir à des plans de soutien massifs qui déploient plusieurs armes pour lutter contre un effondrement du secteur.
Tel est précisément le sens du plan de soutien massif présenté par le Gouvernement, qui bénéficiera aux secteurs de la restauration, du tourisme, de l’événementiel, du sport et de la culture – durablement affectés car soumis à des restrictions d’activité perdurant au-delà du 11 mai –, mais aussi à leurs prestataires et clients ayant subi une très forte baisse de leur chiffre d’affaires.
Ce plan permettra aux entreprises concernées de bénéficier d’une prise en charge à 100 % de l’indemnité d’activité partielle. Le fonds de solidarité leur restera accessible jusqu’à la fin de l’année 2020. Les TPE et PME relevant de ces secteurs bénéficieront d’une exonération des cotisations patronales acquittées ou reportées durant les mois de mars à juin et d’une aide au paiement des cotisations. Ces mesures s’ajouteront aux mesures exceptionnelles d’exonération de cotisations, de remise ou d’apurement des dettes sociales bénéficiant à toutes les entreprises.
Vous l’avez compris, le groupe Agir ensemble ne votera pas le texte,…
C’est dommage ! …non en raison d’un quelconque désintérêt pour ce secteur gravement touché par la crise, mais parce qu’il veut le soutenir d’une façon plus large, globale et multifactorielle. Cela ne veut rien dire… La parole est à M. Stéphane Peu. Cette proposition de loi nous invite à répondre aux difficultés exceptionnelles que le secteur de l’hôtellerie et de la restauration traverse depuis le 17 mars, date de la fermeture des établissements. Je le dis d’entrée de jeu : le groupe de la Gauche démocrate et républicaine votera en sa faveur. (Applaudissements sur les bancs du groupe LR. – M. Pascal Brindeau applaudit également.)
Il s’agit d’un secteur clé de l’activité de notre pays ; au sixième rang des secteurs pourvoyeurs d’emplois, il occupe près d’un million de personnes et représente 70 milliards d’euros de chiffre d’affaires. L’observatoire de l’économie du tourisme a estimé que la baisse d’activité du secteur liée à la crise du covid atteignait 90 %, 97 % pour les voyagistes. Il évalue à 25 % la baisse prévisible du PIB de l’ensemble de l’activité touristique pour l’année 2020.
Les professionnels du tourisme ont massivement eu recours aux dispositifs instaurés par le Gouvernement pour faire face à la crise. Le chômage partiel a ainsi été utilisé par 95 % des acteurs, concernant plus de 80 % des employés ; 87 % des acteurs du secteur ont utilisé le report des charges courantes et des dettes fiscales et sociales. Les entreprises du tourisme représentent plus de 10 % des bénéficiaires des prêts garantis par l’État, pour environ 1,3 milliard d’euros. Il est intéressant de noter que plus de la moitié des hôteliers interrogés fin mars dans une enquête conduite par le cabinet Roland Berger estimaient qu’il fallait privilégier les aides financières plutôt que les allégements de taxes.
Nous sommes obligés de constater qu’en dépit des mesures prises et annoncées par le Gouvernement, la situation reste critique. Comme le souligne la rapporteure, le fonds de solidarité ne compensera qu’une part minime de la perte d’exploitation subie par les petits entrepreneurs du secteur de l’hôtellerie-restauration. De leur côté, les compagnies d’assurance se sont très largement défaussées de leurs responsabilités…
Tout à fait ! …et les banques refusent encore trop souvent les prêts pour que la garantie de l’État joue pleinement son rôle. Ajoutons qu’un prêt doit par définition être remboursé : ce n’est donc pas non plus la panacée. Aussi nos collègues formulent-ils la proposition de baisser la TVA de 10 à 5,5 % jusqu’à la fin de l’année, provisoirement donc, afin de permettre aux acteurs de l’hôtellerie-restauration d’améliorer leurs marges et donc de reconstituer leur trésorerie.
Si la pertinence de l’objectif poursuivi est peu contestable, plusieurs remarques s’imposent. La baisse de TVA envisagée ne s’appliquera pas aux voyagistes, qui ont pourtant beaucoup souffert de la situation, avec un recul de 97 % de leur activité : il aurait peut-être été souhaitable de les inclure dans le périmètre de cette baisse de TVA.
C’est vrai. A contrario, le texte prévoit que la baisse de TVA s’appliquera sans restriction aux locations meublées. Il est pourtant indispensable de nous assurer que seuls les meublés de tourisme en bénéficieront, à l’exception des autres locations en meublé, dont la prolifération en zone tendue nuit à l’offre de logements. Tout à fait ; ils ne s’acquittent pas de la TVA. À l’évidence, une mesure de baisse de la TVA ne suffira pas à sauver le secteur, qui a besoin d’aides financières directes, et surtout d’une recrudescence de la fréquentation. À cet égard, le Gouvernement a annoncé un plan de relance de 18 milliards d’euros pour l’hôtellerie et la restauration : c’est une bonne mesure. Il a aussi avancé l’idée de réformer l’Agence nationale pour les chèques-vacances, dont 4,4 millions de salariés bénéficient, pour que davantage de salariés, notamment des petites et moyennes entreprises, puissent y avoir accès. Permettre à davantage de Français de partir en vacances constitue à nos yeux une piste intéressante, qui va à la fois dans le sens du progrès social et du redressement du secteur.
Si la baisse de la TVA ne sauvera pas à elle seule le secteur de l’hôtellerie-restauration, une telle mesure nous paraît néanmoins utile : elle peut éviter une hausse brutale des prix, qui aurait des conséquences désastreuses sur la fréquentation des établissements ; elle peut constituer une mesure complémentaire et provisoire du soutien à ceux que la situation place au bord de la faillite. Défendre l’emploi et l’activité de ce secteur dans la période que nous connaissons exige que nous ne négligions aucun des outils à notre disposition.
Très juste. C’est pourquoi, malgré les quelques réserves formulées, nous voterons – je le répète – en faveur de la présente proposition de loi. (Applaudissements sur les bancs du groupe LR. – M. Pascal Brindeau applaudit aussi. ) La parole est à M. Sébastien Chenu. Parmi les conséquences de la crise sanitaire accompagnant le covid, on dénombre évidemment les fermetures administratives obligatoires qui ont concerné le secteur de l’hôtellerie, de la restauration et du tourisme, lequel a été à l’arrêt pendant deux mois. La grande majorité des hôtels et des restaurants ne retrouveront pas une activité normale avant plusieurs mois. Je salue l’inventivité dont ces professionnels ont fait montre ces dernières semaines. Plus d’un million de salariés sont au chômage complet ou partiel, 1 milliard de repas n’ont pas été servis et quelque 13 milliards d’euros de chiffre d’affaires ont été perdus – ils ne seront pas rattrapés. Sans mesures de soutien fortes et immédiates, de nombreux établissements ne survivront pas à ce choc inédit.
Le dispositif de chômage partiel a maintenu dans l’emploi des milliers de salariés et préservé des compétences qui seront essentielles pour la reprise de l’activité. Les prêts garantis par l’État profitent d’abord aux entreprises dont la situation financière est la plus solide. Ils ne sont pas assez nombreux ; de plus, de nombreux entrepreneurs témoignent du refus de leur banque habituelle de leur accorder ces prêts sollicités et pourtant garantis, donc, par l’État – aucune disposition n’oblige en effet les établissements bancaires à accorder à leurs clients des crédits, même garantis par l’État. Ainsi, faute de trésorerie suffisante, les entreprises les plus fragiles n’ont pas pu reprendre leur activité à l’occasion du déconfinement. Quant aux entrepreneurs qui ont eu la chance d’obtenir des prêts et qui ont pu traverser la crise sanitaire, le plus dur reste cependant à venir. Avec un chiffre d’affaires proche de zéro pendant deux mois, les acteurs du secteur ont vu leur trésorerie se dégrader fortement : c’est un nouveau modèle économique qu’ils doivent désormais inventer pour survivre. À terme, il faudra bien assumer le remboursement des emprunts, quand l’activité reprendra presque normalement, si – nous l’espérons tous – une deuxième vague épidémique ne réduit pas à néant ces efforts considérables. Les incertitudes sont encore grandes, et rien ne garantit que les entreprises réussissent à dégager les marges de manœuvre nécessaires pour faire face aux échéances de leurs emprunts et au paiement de leur loyer. Dans ce contexte, toutes les mesures d’urgence visant à préserver l’emploi, ainsi que la survie de tous les acteurs économiques, y compris les fournisseurs, producteurs, agriculteurs et pêcheurs, sont les bienvenues et toutes les propositions doivent être étudiées attentivement – ce que nous faisons aujourd’hui.
La proposition de loi que nous examinons vise à diminuer le taux de la TVA applicable au secteur de l’hôtellerie-restauration de 10 à 5,5 %, jusqu’au 31 décembre 2020. Contrairement à la baisse du taux de TVA décidée en 2009, celle-ci a pour objectif d’augmenter les recettes directes et d’améliorer les marges des entreprises pour qu’elles reconstituent leur trésorerie. La diminution de l’activité touristique, l’instauration de mesures sanitaires et la probable baisse du pouvoir d’achat des clients, l’absence de touristes dans les mois à venir, vont entraîner de manière mécanique une chute du chiffre d’affaires des établissements de l’hôtellerie, de la restauration et du tourisme. La baisse du taux de TVA de 10 à 5,5 % est donc la bienvenue. Cependant, elle ne suffira pas à sauver nos hôtels et nos restaurants et devra faire partie intégrante d’un vaste plan de relance et de soutien de l’activité. Pour notre part, nous avions proposé une aide directe aux PME ou TPE, sous la forme d’un forfait de 1 500 euros pour chaque entreprise et de 1 000 euros par salarié, pour préserver les liquidités des établissements et ainsi les aider à affronter le redémarrage de l’activité. Tel n’a pas été le choix du Gouvernement – nous le regrettons. Le 23 avril dernier, j’ai ici même lancé un appel à sauver nos hôtels et nos restaurants, en dénonçant l’insuffisance des mesures prises par le Gouvernement, qui se résumaient alors à un simple report de charges, et non à une annulation, pour la période de confinement. Seule la suppression de l’ensemble des charges, pour la période allant du 15 mars au 31 décembre 2020, soulagerait les trésoreries exsangues. En complément, nous sommes favorables au maintien du dispositif d’activité partielle dans certains secteurs, jusqu’au 15 mars 2021.
Les collectivités locales devraient s’associer à cet effort, en exemptant les entreprises de l’hôtellerie-restauration du paiement des taxes et des impôts locaux pour l’année 2020. Maintenir les commerces de proximité, les petits restaurants et les activités d’hôtellerie est indispensable pour ne pas voir la désertification des centres-villes s’accentuer. Les acteurs du secteur sont des entrepreneurs courageux ; ils savent qu’on ne peut pas tout attendre des pouvoirs publics. Néanmoins, il n’est pas admissible que les assureurs ne prennent pas leurs responsabilités et refusent d’indemniser les pertes d’exploitation de leurs clients : qu’attendez-vous, monsieur le secrétaire d’État, pour mobiliser le monde de l’assurance, comme le veut votre devoir ? Un état de catastrophe sanitaire devrait être reconnu juridiquement dans les futurs contrats d’assurance. La situation particulièrement fragile des entreprises de l’hôtellerie-restauration et du tourisme ne permet pas de tergiverser davantage ; il est temps de déployer dans les plus brefs délais un plan de relance ambitieux pour sauver nos hôtels et nos restaurants. Cette baisse temporaire de la TVA y aurait toute sa place ; elle n’est évidemment pas suffisante en tant que telle, mais il s’agit d’une première pierre à l’édifice : nous la soutiendrons.
Merci. La parole est à M. Pascal Brindeau. Ce texte visant à abaisser le taux de TVA à 5,5 % dans le secteur de l’hôtellerie et de la restauration est une très bonne proposition de loi, faite de bon sens. À telle enseigne qu’avec plusieurs collègues du groupe UDI et indépendants, dont Christophe Naegelen et Michel Zumkeller, qui sont à mes côtés, nous en avions déposé une similaire. C’est donc avec plaisir, et en faisant preuve de cohérence, que nous nous associons à la proposition de nos collègues du groupe Les Républicains. Il s’agit d’une bonne proposition de loi, parce que tout ce qui peut contribuer à relancer le secteur de l’hôtellerie et de la restauration doit être tenté. Bien sûr, des mesures d’urgence ont été adoptées pour soutenir les petites et les plus grandes entreprises de ce secteur, complètement essoré par la période de fermeture pure et simple, correspondant à une activité égale à zéro. Le secteur a perdu 95 % de son chiffre d’affaires pendant le confinement. En outre, la reprise, assortie d’une réouverture partielle de certains établissements, si elle a bien lieu, n’est pas de nature à sauvegarder ces petits hôtels et restaurants qui, si rien n’est fait, disparaîtront avant la fin de l’année. Il s’agit d’une mesure de bon sens ; l’Allemagne vient d’ailleurs de baisser le taux de TVA dans le secteur de l’hôtellerie de 12 à 6 %. Tout à fait ! La concurrence sera donc renforcée dans les zones frontalières avec nos amis allemands.
Je ne commenterai pas l’ensemble de ses dispositions, mais cette proposition de m’offre l’occasion de relayer les attentes fortes de ce secteur professionnel. Concernant le maintien du chômage partiel jusqu’à la fin de l’année pour le secteur de l’hôtellerie et de la restauration, j’aimerais, monsieur le secrétaire d’État, que vous me confirmiez que la catégorie N des établissements recevant du public, visés par l’arrêté du 14 mars 2020, concerne bien tout le secteur, y compris les hôtels. En effet, puisque tous les établissements offrant un service de restauration étaient visés par la fermeture, je voulais recevoir l’assurance que l’ensemble des structures hôtelières d’hébergement, au-delà des hôtels qui servent des petits-déjeuners, bénéficieront du maintien du chômage partiel, y compris pour des emplois qui ne sont pas liés à la restauration, mais à l’hébergement.
Le troisième projet de loi de finances rectificative prévoit que les reports de paiement des cotisations sociales décidées pour les mois de mars et d’avril se transforment en annulations. À ce sujet, le secteur professionnel est attaché à ce que tous les établissements, quelle que soit leur taille, soient concernés ; cela me conduit à m’écarter de l’analyse de Mme Cariou opposant la structuration du groupe Accor à celle de tout petits établissements.
Tout le secteur est touché d’une manière assez homogène et les milliers d’emplois qui sont en jeu le sont à la fois dans les petites entreprises, chez des artisans et dans les grands groupes de l’hôtellerie. Ces derniers sont ceux qui témoignent de la puissance de la France en matière d’accueil touristique et qui permettent d’accueillir un nombre important de touristes – pas beaucoup d’étrangers dans cette période compliquée, mais sans doute davantage dans les mois à venir. Il importe de préciser que cette annulation prévue dans le PLFR 3 concerne à la fois les TPE, les PME et les ETI.
Enfin, il faut insister sur le fait que cette période de confinement puis de déconfinement a renforcé les distorsions de concurrence entre les structures d’hébergement de l’hôtellerie et les plateformes de type Airbnb, puisque le protocole sanitaire négocié entre la profession et le ministère de la santé s’impose aux premières mais pas aux secondes. En effet, les locations de ces appartements sont considérées comme des locations d’appartements privés. Ce n’est que si le locataire le demande qu’une désinfection de l’appartement est faite, ce qui renforce encore les distorsions de concurrence dans ce secteur.
Tout à fait. J’aimerais donc, monsieur le secrétaire d’État, obtenir quelques éléments de réponse sur ces sujets.
Bien évidemment, le groupe UDI et indépendants votera en faveur de la proposition de loi.
(Applaudissements sur les bancs des groupes UDI-I et LR.) La parole est à M. Laurent Saint-Martin. Ils font appel aux cadors quand ils se sentent menacés ! Je remplace au pied levé, pour le groupe La République en marche, ma collègue Marie-Christine Verdier-Jouclas qui ne peut être présente et vous prie de l’en excuser.
Je ne vais pas répéter le bon débat que nous avons eu juste avant. Beaucoup d’arguments de part et d’autre ont été présentés et je partage ceux de mes collègues de la majorité. Ceci dit, je crois qu’il faut avoir ce débat avec beaucoup de modestie. Y a-t-il vraiment une seule bonne réponse à la crise pour les secteurs du tourisme, de l’hôtellerie et de la restauration ? Je ne le crois pas, et je le dis honnêtement. Je me garderai bien de dire que ce qu’ont fait le Gouvernement et la majorité est absolument parfait et que ce que vous proposez est absolument indécent.
La vraie bonne question est la suivante : la baisse de la TVA est-elle une bonne solution ?
Oui ! Regardez les Allemands ! Si oui, à quel moment faut-il la mettre en œuvre ? J’ai entendu beaucoup de collègues dire que l’Allemagne figurait parmi les pays qui avaient fait ce choix-là, notamment au début de la crise.
Le Gouvernement a fait un choix différent, que je trouve personnellement meilleur. Pourquoi ? Parce que la TVA – nous en avions parlé lors du premier collectif budgétaire – est par construction attachée à la valeur ajoutée, c’est-à-dire à la création de richesses. Au moment de la fermeture, vous ne pouvez par définition plus avoir d’activité. La baisse de la TVA n’est donc pas intéressante.
(Exclamations sur les bancs du groupe LR.) C’est le débat d’hier ! Pourquoi la baisse de la TVA n’est-elle pas non plus nécessairement la meilleure solution au moment de la reprise? D’abord parce que si vous baissez la TVA à ce moment-là, vous allez le faire à peu près sur tout le territoire et vous aurez du mal à distinguer entre les secteurs d’activité. Or honnêtement, tous les secteurs d’activité et toutes les régions n’ont pas besoin du même soutien.
Ce qui est difficile avec une relance, si on veut faire de la bonne gestion publique – je sais que votre groupe y est attaché –, c’est le dosage ; c’est de supprimer l’aide publique de l’État qui a été généralisée au début de la pour soutenir davantage les secteurs les plus touchés, dont le tourisme, l’hôtellerie et la restauration. Ce manque d’agilité me gêne.
Politique politicienne ! Il y a par ailleurs un excellent argument, que notre collègue Cariou a évoqué. À période exceptionnelle, mesure exceptionnelle ! Vous avez tous beaucoup d’expérience ici – surtout vous, monsieur Le Fur. (Exclamations sur les bancs du groupe LR.) Laissez M. Saint-Martin s’exprimer, chers collègues. Votre expérience collective sait mieux que moi que la TVA, on la baisse très facilement. Vous proposez de le faire jusqu’à la fin de l’année, mais on sait pertinemment que pour la remonter à des taux normaux, c’est une tout autre histoire. Si on adoptait votre proposition de loi, il faudrait – ce que vous ne faites pas dans votre texte – vous engager à la remonter au même niveau – ce serait un minimum.
Non, mes chers collègues : ce qui est efficace pour tous les secteurs d’activité, c’est d’avoir de la trésorerie. Comment avoir de la trésorerie ? Avec du « cash » directement injecté dans l’entreprise. L’activité partielle est ici une excellente mesure.
Vous citiez les Allemands : nous avons adopté un dispositif d’indemnisation de l’activité partielle plus protecteur que celui des Allemands. Vous citiez les Allemands : nous avons mis en place un fonds de solidarité que n’ont pas les Allemands.
(Protestations sur les bancs du groupe LR.–Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LaREM.)
Il y a une comparaison intéressante à faire. Le fonds de solidarité pour le secteur de l’hôtellerie, de la restauration et du tourisme, c’est environ 600 millions. Il se trouve que votre proposition porte à peu près sur le même montant. Si nous n’avions pas créé le fonds de solidarité, la baisse de la TVA aurait à la rigueur pu être intéressante. Rien à voir ! Il se trouve que les montants sont comparables et que le fonds de solidarité est plus efficace parce que plus direct. Sectarisme de la majorité ! Demandez aux acteurs de l’hôtellerie-restauration s’ils n’ont pas été satisfaits du fonds de solidarité ! Ils ont reçu l’aide directement dans leur trésorerie ; cela leur a permis de payer les charges. N’est-ce pas le plus important ? (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LaREM. – Exclamations sur les bancs du groupe LR.) J’ai dit que je ne serai pas dogmatique dans ma réponse : je vous demande aussi de ne pas l’être lorsque vous m’écoutez. Demandez une note à Le Gendre ! Ce n’est pas pour autant que le secteur du tourisme n’a pas besoin d’aide complémentaire. Je veillerai – à titre personnel et comme rapporteur du troisième projet de loi de finances rectificative – à ce que les aides soient bien ciblées. Je ne m’interdis absolument pas de donner un avis favorable à certains amendements s’ils venaient combler des failles dans le dispositif.
Émilie Bonnivard avait proposé pendant le printemps de l’évaluation une très bonne mesure pour augmenter l’attractivité de notre pays. Le tourisme, c’est très bien pour les cafetiers et les hôteliers, mais c’est aussi bon pour faire la publicité de la France.
Ouvrez les restaurants ! La France, qui est la première destination touristique mondiale, a besoin de redorer son image en matière d’attractivité. Émilie Bonnivard l’a compris et a proposé de renforcer les moyens d’Atout France. Je la soutiendrai dans cette démarche : si un amendement au PLFR 3 est déposé en ce sens, il recevra de ma part un avis tout à fait favorable. (Mme Cendra Motin applaudit.)
Il n’y a pas de solution magique, il n’y a pas de martingale. Les solutions concrètes, ce sont la trésorerie injectée dans les entreprises pour payer les charges et les salaires, l’activité partielle, le PGE, le fonds de solidarité, l’annulation de charges à hauteur de 3 milliards. C’est concret et efficace, c’est mieux que votre proposition de loi ! (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LaREM. – Exclamations sur les bancs du groupe LR.) Les restaurateurs ne vous disent pas merci ! La discussion générale est close.
La parole est à Mme la rapporteure.
Je voudrais d’abord remercier tous les intervenants qui ont pris la peine de se pencher sur cette proposition de loi du groupe Les Républicains, dont je rappelle qu’elle s’inscrit dans un plan de relance économique plus large. Certains d’entre vous ont pris plaisir à pointer du doigt cette mesure en disant qu’elle n’était pas l’alpha et l’oméga. Nous n’avons jamais dit le contraire : nous avons bien expliqué que cette baisse temporaire de la TVA à 5,5 % dans l’hôtellerie-restauration était une mesure complémentaire.
Nous avons fait le choix, dans cette journée d’initiative parlementaire du groupe Les Républicains, de présenter des propositions crédibles et pragmatiques. Celle-ci est très ciblée : elle concerne la TVA dans le domaine de l’hôtellerie-restauration.
Tout à l’heure, la proposition d’Éric Woerth et de Guillaume Peltier s’adressait aux jeunes ; vous l’avez refusée, alors qu’elle permettait de supprimer les charges sur l’emploi d’un jeune pendant deux ans dès lors qu’il y a un engagement de six mois. Nous allons examiner tout à l’heure la proposition de loi de Daniel Fasquelle sur l’annulation des charges pour les TPE-PME ; j’imagine que vous allez aussi la refuser.
C’est jamais le moment ! Tout ce qu’ils font, c’est plagier ! Vous ne pouvez pas à la fois dire qu’une mesure est trop ciblée et rejeter systématiquement les ensembles de mesures.
S’agissant du PGE, monsieur le secrétaire d’État, vous avez dit que seules 3 % des demandes de prêts avaient été refusées ; 3 %, c’est 1 500 entreprises : cela fait beaucoup sur l’ensemble du territoire. Or ce secteur est celui qui a été le plus touché pendant la crise et celui qui sera le plus touché après. Non seulement ces entreprises redémarrent les dernières et repartent de zéro, mais elles redémarrent avec des charges supplémentaires en raison des mesures sanitaires que l’on peut par ailleurs comprendre. On ne saurait donc se satisfaire de cette situation.
De plus, nous avons pris la peine de saluer les mesures du Gouvernement et nous avons bien expliqué que cette mesure ciblée s’inscrivait dans un contexte global.
On les a même votées ! Nous, on a du courage ! C’est toujours très amusant : ce qui est bon à un moment ne l’est plus à un autre.
Je reviens sur les propos de M. Saint-Martin, que j’ai trouvé beaucoup plus conciliant lors de la discussion en commission des finances.
C’est Le Gendre qui lui a fait une note ! Votre argumentation relative à l’Allemagne est tout de même cocasse : vous vous glorifiez des mesures que la France aurait prises avant l’Allemagne, mais nos voisins ont anticipé la baisse de la TVA pour le secteur de la restauration, passant de 19 % à 7 %, ce qui n’est quand même pas rien. C’est autre chose. Vous ne pouvez pas critiquer cette mesure significative en disant que la France a fait mieux ! Si l’on compare les situations actuelles de la France et de l’Allemagne, il me semble qu’il vaut mieux être un restaurateur allemand qu’un restaurateur français. La proposition de loi a donc tout son sens.
Au nom du groupe Les Républicains, je remercie Émilie Bonnivard et Vincent Rolland d’avoir souligné à leur tour l’importance de notre proposition de loi, que nous défendons avec fierté.
Madame El Haïry, vous dites que vous préférez les mesures de long terme. Nous aussi ! Mais si nous avions proposé cette mesure à titre définitif, on nous aurait dit que nous étions inconséquents, que cela coûterait trop cher, etc. Nous avons pris le soin de prévoir une durée temporaire de six mois. Je comprends ce que vous dites, mais l’un n’empêche pas l’autre : cette mesure est temporaire, quand nous en proposons d’autres plus pérennes. Je ne peux donc que regretter que vous ne nous accompagniez pas dans ce débat.
Je remercie M. Pueyo pour son soutien. En ciblant les mesures insuffisantes du Gouvernement, vous avez en effet compris l’objectif de ce texte : donner de l’oxygène à nos restaurateurs. C’est une mesure de bon sens et vous avez également rappelé qu’elle était complémentaire. Je remercie le groupe Socialistes et apparentés de nous accompagner pour atteindre cet objectif clair.
Madame Dubié, vous avez dit à juste titre que des interrogations demeurent. Je ne peux qu’aller dans votre sens, puisque vous avez souligné, avec raison, que les filières d’approvisionnement étaient également concernées. Derrière le monde de l’hôtellerie-restauration, il y a en effet toutes ces filières, et je vous remercie de l’avoir rappelé.
Vous l’avez dit également, la baisse de la TVA répond à une attente. Pensons à la théorie du ruissellement chère à notre Président de la République…
Ça ne marche pas vraiment ! Ça prend l’eau, plutôt ! Nous y sommes, n’hésitez donc pas : cette théorie est pleinement présente dans la proposition de loi !
Je me tourne à présent vers Mme Cariou – comme tout le monde change de groupe, on a du mal à vous suivre…
(Sourires et applaudissements sur les bancs du groupe LR.) Et ce n’est pas fini ! Nous, ça va : nous savons où nous sommes ! Madame Cariou, vous nous renvoyez au PLFR 3 en nous disant que ce sera le bon outil. C’est formidable ! Nous avons pourtant pris la peine de rappeler que lorsque cette mesure de baisse de la TVA à 5,5 % avait été défendue du temps de Nicolas Sarkozy, nous avions choisi un outil législatif. Qui n’a jamais atteint sa cible ! Voilà pour la forme. Sur le fond, vous avez eu une phrase très intéressante. Vous avez dit : « La baisse de la TVA ne peut pas se faire sur le dos des consommateurs. » Le raisonnement n’est pas tout à fait exact. Peut-être pouvons-nous entendre « les Français » plutôt que « les consommateurs » : au bout du compte, la baisse de la TVA a une incidence pour l’État et l’État, ce sont les Français. C’est une petite nuance par rapport à l’appréciation que vous avez de la notion de baisse de la TVA.
Vous nous avez donc fait une leçon sur la tenue des finances publiques que j’ai appréciée
(Applaudissements sur les bancs du groupe LR)… À votre place, j’éviterais ce terrain-là ! …parce que c’est toujours intéressant de recevoir des leçons de finances publiques d’un gouvernement qui a porté la dette à 121 % du PIB, faisant de la France l’un des pays les plus endettés d’Europe. (Applaudissements sur les bancs du groupe LR.) Rappel utile ! Je regrette que le groupe de Mme Firmin Le Bodo ne vote pas en faveur de cette proposition, car nous avons clairement précisé qu’il s’agit d’une mesure complémentaire. Vous avez affirmé vouloir soutenir plus largement les secteurs concernés ; nous aussi.
M. Peu – qui n’a pas, lui, changé de groupe – a rappelé à juste titre qu’il s’agit d’un secteur-clé qui compte 1 million d’emplois. On ne plaisante pas avec ce sujet ! Je vous remercie de votre soutien et d’avoir évoqué l’élargissement de la baisse de TVA à d’autres filières touristiques, y compris celle des voyagistes.
Je remercie également M. Sébastien Chenu de son soutien et d’avoir estimé que cette proposition constitue une première pierre de l’édifice.
Enfin, je salue les membres du groupe UDI-I, notamment M. Pascal Brindeau qui a rappelé que son parti a déjà défendu cette idée. Je vous associe donc à cette démarche collective dont vous avez souligné les enjeux ; ce n’est pas la première fois que nous faisons cause commune. Si rien n’est fait, d’aucuns auront la tentation de baisser les bras. Nous ne prétendons pas, quant à nous, que cette proposition constitue l’alpha et l’oméga de l’action à mener, mais elle s’inscrit dans le cadre d’un plan global formulé par une opposition responsable et pragmatique.
Vous recyclez des mesures qui n’ont jamais marché ! Si vous rejetez cette proposition, nous ne pourrons que regretter que vous ne soyez pas au rendez-vous d’une mesure d’intérêt général ! (Vifs applaudissements sur les bancs des groupes LR.) La parole est à M. le secrétaire d’État. Je remercie à mon tour tous les orateurs, en particulier Mmes El Haïry, Cariou et Firmin Le Bodo ainsi que M. Saint-Martin, qui partagent les arguments du Gouvernement. (« Oh ! » sur les bancs du groupe LR.) Et les autres ? Voilà le sectarisme de LaREM… Ne m’obligez pas, monsieur Cordier, à demander à Mme la rapporteure de vous intimer le silence, puisqu’elle réussit manifestement mieux cet exercice que quiconque… (Sourires.) Et vos anciens camarades socialistes ? Vous ne les remerciez pas ? Encore une fois, je remercie tous les orateurs, en particulier celles et ceux qui partagent nos opinions sur le caractère inopportun de la mesure proposée.
Permettez-moi d’apporter quatre précisions. Tout d’abord, en matière d’exonérations de cotisations patronales et de crédits de cotisations – nous y reviendrons lors de l’examen du texte suivant mais les deux volets coexistent bel et bien –, nous avons prévu l’éligibilité des secteurs de l’hôtellerie, des cafés et restaurants, de la culture, de l’événementiel ou encore de l’aéronautique, mais nous avons également inscrit à l’article 18 du PLFR 3 les filières les plus liées aux secteurs en question. La question des grossistes a été soulevée dans certaines interventions ; on pourrait également évoquer les blanchisseries, très affectées par l’interruption d’activité des hôtels. Dès lors que ces filières sont gravement touchées du fait de la fermeture d’établissements, nous proposons de les inclure dans le champ de l’exonération.
En ce qui concerne le fonds de solidarité pour les secteurs des cafés, de l’hôtellerie et des restaurants, il accompagne 400 000 entreprises pour, comme l’a rappelé M. Saint-Martin, un montant de 600 millions d’euros, ce qui est loin d’être négligeable. En outre, ce fonds de solidarité sera maintenu jusqu’à la fin 2020 pour les secteurs concernés, et les critères d’éligibilité seront élargis aux entreprises employant jusqu’à vingt salariés et dont le chiffre d’affaires atteint 20 millions d’euros, ce qui permettra d’aider plus de monde.
S’agissant des prêts garantis par l’État, j’ai annoncé un taux de rejet des dossiers par le secteur bancaire de 3 % mais soyons précis : il s’élève à 2,4 %, soit moins de 1 500 entreprises concernées – un nombre qui peut sembler important mais qui, en réalité, est très faible par rapport au nombre total de procédures de prêt. Il est naturellement impossible de porter une appréciation individuelle sur chacun de ces dossiers mais je vous assure que l’engagement du secteur bancaire et le travail de ses médiateurs a contribué à ce qu’un maximum d’entreprises soient accompagnées. Dans le secteur des cafés, hôtels et restaurants, le montant des prêts déjà garantis s’élève à 6,2 milliards d’euros.
Le chômage partiel, enfin : je vous confirme, monsieur Brindeau, que la prise en charge maximale sans dégressivité s’applique au secteur des cafés, hôtels et restaurants jusqu’en septembre, date à laquelle, comme l’a indiqué la ministre du travail, nous ferons un nouveau point de situation pour envisager comment aller plus loin.
J’ajoute qu’en règle générale mais plus encore en cette période de crise sanitaire, nous sommes attentifs aux locations de logements meublés et aux règles de loyauté de la concurrence.
(Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LaREM.)
J’appelle maintenant les articles de la proposition de loi dans le texte dont l’Assemblée a été saisie initialement, puisque la commission n’a pas adopté de texte.
La parole est à M. Damien Abad. Il est temps, monsieur le secrétaire d’État, d’autoriser l’ouverture de tous les restaurants dans toute la France métropolitaine. Nous demandons solennellement au Président de la République de déjuger son Premier ministre qui souhaite attendre le 22 juin pour autoriser l’ouverture des restaurants d’Île-de-France, alors qu’il y a urgence à agir, urgence à déconfiner et urgence à sauver les restaurants ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LR.)
Outre cette mesure, nous vous proposons de baisser à 5,5 % le taux de TVA applicable aux restaurants afin de donner un élan susceptible de relancer la machine économique, sachant que certains restaurants perdront 40 %, 50 %, voire 60 % de leur chiffre d’affaires. C’est une mesure temporaire, comme vous l’avez compris. Votre argument selon lequel elle n’est pas destinée à entraîner une baisse des prix est hors sujet : l’objectif n’est pas de baisser les prix, mais de reconstituer les marges des restaurateurs afin qu’ils survivent dans ce moment de crise et qu’ils puissent faire face à la situation dans laquelle ils se trouvent malheureusement.
Pourquoi faut-il avant toute chose reconstituer ces marges ? Avec un taux de TVA à 5,5 %, chaque restaurant pourra sauver un emploi et réaliser une économie de 20 000 à 30 000 euros, tout en garantissant la non-augmentation des prix aux consommateurs.
Il faut donc prendre cette mesure ! L’Allemagne l’a prise, d’autres pays européens aussi ; pourquoi la France ne la prendrait-elle pas à son tour, à moins de se mettre des œillères pour ne pas regarder la réalité en face ?
On nous oppose l’argument du coût : la mesure coûterait 700 ou 800 millions. Soit, mais combien a coûté la fermeture des restaurants et l’interruption complète des recettes de TVA correspondantes ?
Bien sûr ! À combien se sont élevées les rentrées fiscales pendant cette période ? L’économie est question de dynamique. Or, en stimulant la relance et en augmentant la fréquentation des restaurants afin que les restaurateurs reconstituent leurs marges, les recettes de TVA augmenteront et, in fine, le coût pour les finances publiques sera faible.
Nous vous demandons donc de fixer à 5,5 % le taux de TVA dans le secteur de la restauration. Je ne voudrais pas, chers collègues, que vous attendiez le projet de loi de finances, en octobre, pour adopter cette mesure, car cela reviendrait à vous renier une fois de plus ! Non ! Vous avez dès aujourd’hui la possibilité d’accorder un avantage économique important à la restauration. Certes, le plan de relance est global, mais il est parfois possible de prendre très vite des mesures concrètes. Nous vous demandons donc d’adopter celle-ci tout de suite, d’autoriser la réouverture des restaurants dès ce week-end et de ramener le taux de TVA à 5,5 % pour la restauration.
(Applaudissements sur les bancs du groupe LR.) Les restaurateurs vous écoutent ; il nous faut agir pour sauver l’économie française ! (Mêmes mouvements.) La parole est à M. Jean-Louis Bricout. Permettez-moi de remercier Mme la rapporteure de nous avoir remerciés pour notre soutien, mais aussi de nuancer son enthousiasme : il ne s’agit que d’un soutien ponctuel, et ce pour la raison principale que la mesure elle-même est ponctuelle – même si l’on peut penser qu’il sera difficile de revenir en arrière. Démago ! Non, c’est du bon sens ! Merci ! Enfin un peu d’honnêteté ! À l’évidence, cette baisse de TVA se traduira par une augmentation des marges, ce qui soulagera la trésorerie des entreprises dans un secteur qui a beaucoup souffert. C’est à cet égard que nous vous soutenons. C’est une démarche keynésienne. En revanche, ayons conscience du fait qu’une baisse de TVA sans baisse des prix et sans hausse du pouvoir d’achat de ceux qui n’ont pas accès à ce type de loisirs n’entraînera ni un surcroît d’activité ni une hausse de l’emploi dans le secteur. J’aurais préféré une politique fondée sur la demande qui consisterait à distribuer des chèques-loisirs ou des chèques-déjeuner… Les collectivités locales le font déjà ! …à ceux qui n’ont pas accès à ces loisirs, précisément, afin qu’ils puissent remplir les tables des restaurants. C’est ainsi que l’on créerait de l’activité et de l’emploi.
La mesure proposée présente un inconvénient : la TVA est liée au chiffre d’affaires. En somme, elle bénéficiera davantage aux grandes structures. Je plaide plutôt pour que l’on soulage les petites structures – le problème est le même pour les petits commerces – de leurs charges fixes et non celles qui sont liées au chiffre d’affaires, les charges fixes étant déjà difficiles à supporter par les plus petites structures, en particulier en milieu rural.
(L’article 1er n’est pas adopté.)
La parole est à M. Marc Le Fur. Ce débat est très révélateur : la majorité n’a pas pris la mesure de la spécificité de la crise dans un certain nombre de secteurs économiques. (« Eh oui ! » sur les bancs du groupe LR.)
Je ne nie pas vos efforts ; vous avez pris des mesures, nous l’avons dit. Nous les avons même votées ! Nous sommes membres d’un parti de gouvernement et avons été responsables en adoptant de nombreuses dispositions, mais vous n’avez pas pris la mesure de la situation, et vous en apportez la démonstration. Au fond, vous faites « comme d’hab » : la TVA, dites-vous, touche d’habitude les consommateurs. Nous affirmons au contraire que la baisse de recettes de TVA doit profiter non pas aux consommateurs mais à un secteur qu’il faut sauver ! Et aux emplois qui vont avec ! D’autres l’ont fait, outre-Rhin par exemple ; nous pourrions nous en inspirer. Je pourrais citer mille cas dans ma circonscription, mais je ne le ferai pas puisque vous n’écoutez pas le terrain. (Exclamations sur les bancs du groupe LaREM.) Je prendrai donc un exemple dans le 7e arrondissement de Paris, monsieur le président Le Gendre. Il se trouve que je déjeunais récemment à l’extérieur de l’Assemblée, sur une terrasse bien organisée. Quelle audace ! Le restaurateur, s’étant senti en confiance, m’a parlé après le repas et m’a dit ceci : il emploie normalement cinq salariés, mais il est désormais seul avec son épouse. Ils font tous la même chose ! Il n’y aura plus de saisonniers si l’on ne fait rien ! Pas un seul de ses salariés n’est présent. Il a encore recours au chômage partiel. Il ne pourra donc pas tenir et l’été, pour lui, n’existera pas ! Il ne percevra pas les recettes liées à la fréquentation de touristes étrangers ! Je parle de votre arrondissement, monsieur le président Le Gendre ! Tous dans le 7e ! Faites au moins en sorte que soit sauvé ce qui peut encore l’être dans ces secteurs ! C’est ce que nous vous demandons de manière très responsable ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LR.) La parole est à M. Laurent Saint-Martin. Je vous respecte bien trop, monsieur Le Fur, pour vous laisser dans l’erreur. Non, nous n’avons pas fait « comme d’hab » ! Au contraire, nous avons adapté des outils qui portent leurs fruits… Vachement… …dans le cadre d’un plan tourisme, que le ministre a présenté.
D’une part, le mécanisme de prêt garanti par l’État s’adresse précisément à ces acteurs ; il ne sera pas calculé de la même manière selon la perte de revenus d’activité – c’est très important. L’extension du fonds de solidarité jusqu’à la fin de l’année l’est tout autant, tout comme le maintien du dispositif d’activité partielle jusqu’à la fin septembre.
Mieux : nous n’avons pas fait « comme d’hab » parce que nous avons agi en lien avec le secteur ; voilà toute la différence !
C’est faux ! On peut être en désaccord sur la nature des mesures : vous pouvez préférer la baisse du taux de TVA – et c’est un bon débat, encore une fois. De grâce, cependant, ne dites pas que nous avons agi seuls, que le Gouvernement aurait pris des mesures depuis sa tour d’ivoire ; c’est totalement faux. Nous avons agi de concert avec le secteur qui, du reste, est davantage en accord avec nos mesures qu’avec la vôtre ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM.) Ce n’est pas vrai !
(L’article 3 n’est pas adopté.) Nous avons achevé l’examen des articles de la proposition de loi.
L’ensemble des articles ayant été rejetés, la proposition de loi est rejetée.
La séance est suspendue.
(La séance, suspendue à seize heures quarante-cinq, est reprise à seize heures cinquante.) La séance est reprise.
L’ordre du jour appelle la discussion de la proposition de loi de M. Daniel Fasquelle visant à annuler, le temps de l’état d’urgence sanitaire, les charges sociales et fiscales des entreprises ayant accès au fonds de solidarité créé par l’ordonnance no 2020-317 du 25 mars 2020 (nos 3002 rectifié, 3049).
La parole est à M. Daniel Fasquelle, rapporteur de la commission des finances, de l’économie générale et du contrôle budgétaire. La crise sanitaire est devenue une crise économique. Hier, le Gouvernement a présenté, en conseil des ministres, son troisième projet de loi de finances rectificative, qui prévoit une baisse de l’investissement de 19 % et une diminution de la consommation de 10 %. La situation est donc sans précédent : pendant huit semaines, des pans entiers de l’économie ont été volontairement mis à l’arrêt, peut-être trop brutalement – nous en discuterons dans les semaines et les mois qui viennent.
À cet égard, je salue malgré tout les différentes mesures d’accompagnement des entreprises, mises en place par le Gouvernement dans l’urgence.
Nous sommes réglos ! Le prêt garanti par l’État, le financement des salariés au chômage partiel, le report des échéances sociales et fiscales et le fonds de solidarité ont limité les conséquences de la crise pour les entreprises, même s’il a fallu que les députés Les Républicains bataillent pour, semaine après semaine, pousser le Gouvernement à adapter les dispositifs, afin de prendre en compte l’ensemble des entreprises de notre pays. Il a fallu un peu vous tirer l’oreille, mais on a fini par y arriver, même si ce fut un peu difficile et un peu long. (Exclamations sur quelques bancs du groupe LaREM.) Quel ego ! M. Fasquelle ne passe plus la porte ! Je me souviens d’être intervenu dans l’hémicycle, dès le début de la crise, pour demander, dans une question d’actualité, que le taux de perte du chiffre d’affaires retenu pour bénéficier du fonds de solidarité soit abaissé de 70 % à 50 % : le ministre avait balayé ma proposition, comme les remarques de mes collègues du groupe Les Républicains, avant que le Gouvernement ne nous donne raison une semaine plus tard. Nous en avons l’habitude ! Et il en fut ainsi pendant plusieurs semaines.
Le temps de l’urgence est maintenant passé. Comme l’illustre le dépôt du projet de loi de finances rectificative, il faut maintenant s’atteler à la reprise, puis à la relance. Cette proposition de loi s’inscrit parfaitement dans ce mouvement : je vous propose, mes chers collègues, de voter ce texte, qui prévoit une exonération des charges sociales et des impôts directs dus par l’ensemble des entreprises éligibles au fonds de solidarité, pour la période du 15 mars au 15 juillet 2020. Sont concernées les entreprises de moins de 10 salariés et de 1 million d’euros de chiffre d’affaires, ayant subi une fermeture administrative ou essuyé une baisse de 50 % de leur chiffre d’affaires.
Une exonération serait déjà satisfaisante, mais je souhaite – cette mesure ne figure pas dans la proposition de loi, car elle n’entre pas dans son objet, mais je lance un appel au Gouvernement – que le seuil d’éligibilité au fonds de solidarité soit modifié, afin d’inclure les entreprises de moins de 20 salariés ayant au moins 2 millions d’euros de chiffre d’affaires, pour qu’elles bénéficient d’une annulation de leurs charges.
Le groupe Les Républicains réclame depuis des semaines l’annulation des charges, reportées pendant la crise sanitaire, que le Président de la République a évoquée, en avril dernier, pour le secteur du tourisme ; le ministre de l’action et des comptes publics a précisé le spectre des exonérations de charges sociales, d’abord dans une émission de radio, puis, la semaine dernière, devant les commissions des finances et des affaires sociales de l’Assemblée nationale.
Quelles seront les entreprises concernées par les exonérations prévues par l’article 18 du PLFR présenté en conseil des ministres ? D’abord, les entreprises de moins de 250 salariés des secteurs particulièrement touchés : hôtellerie et restauration, tourisme – ce n’est pas l’ancien maire du Touquet qui vous démentira –, sport et événementiel. Leurs cotisations patronales seront annulées, et elles bénéficieront d’un crédit pour les cotisations salariales. Les entreprises de moins de 10 salariés ayant fait l’objet d’une fermeture administrative bénéficieront aussi d’une exonération de charges patronales pendant quatre mois. Enfin, les charges sociales des entreprises de moins de 50 salariés, dont le chiffre d’affaires a baissé de 50 % dans les trois derniers mois, pourront être partiellement annulées à la discrétion des URSSAF.
Le PLFR évalue ces exonérations à 3 milliards d’euros, qui bénéficieraient à 500 000 entreprises. Ces annonces recoupent largement la proposition de loi que je défends devant vous, preuve que Les Républicains avaient vu juste. Vous vous alignez, une fois de plus, sur les propositions de notre groupe pour accompagner les entreprises dans cette crise.
(Applaudissements sur les bancs du groupe LR.) Vous marchez dans nos pas ! La proposition de loi inclut les petites entreprises fermées administrativement comme les structures ayant perdu la moitié de leur chiffre d’affaires, car elle reprend les critères du fonds de solidarité. Le second critère a le mérite d’être clair et de cibler des entreprises déjà identifiées par l’État comme rencontrant des difficultés particulières ; il va au-delà de celui de la fermeture administrative, envisagé par le Gouvernement dans un premier temps, et permet de ne pas laisser sur le bord de la route toutes les entreprises qui gravitent autour de celles qui sont fermées.
J’ai déposé un amendement visant à inclure, en plus des entreprises de moins de 250 salariés, les entreprises des secteurs les plus touchés par la crise, qui doivent être incluses dans le PLFR.
La proposition de loi va un peu plus loin que le projet de loi de finances rectificative, car il prévoit l’annulation des impôts directs – impôt sur les sociétés, taxe sur les salaires et contribution sur la valeur ajoutée. Ces annulations de charges sont essentielles pour protéger les petites entreprises et limiter le nombre de faillites. En effet, la majorité des mesures d’accompagnement des entreprises sont des mesures de trésorerie, sous forme de prêts ou de reports. L’adoption de la proposition de loi aiderait les entreprises à reconstituer leurs fonds propres et à relancer leur activité. Les exonérations sont un moyen d’aller au bout de la démarche de soutien massif aux petites entreprises : il s’agit d’un moyen crucial pour aider et soutenir le tissu de PME et de TPE.
Dans cette deuxième étape de la crise, il faut accompagner, à tout prix, les entreprises très fragiles. Ne pas se mobiliser, ne pas les soutenir, c’est risquer de gaspiller toutes les sommes déjà investies dans la sauvegarde de l’économie pendant le confinement, parce que les entreprises disparaîtront lors du déconfinement.
La reprise est une période particulièrement difficile pour certaines de ces entreprises, dont le chiffre d’affaires baisse à cause des dépenses supplémentaires liées aux contraintes sanitaires qui leur sont imposées. En outre, elles devront rembourser les loyers qui ont été reportés, ainsi que les prêts qu’elles auront contractés. Si à cela s’ajoute le paiement des cotisations sociales et fiscales, elles se retrouveront face à un mur. Beaucoup mettront la clef sous la porte et de nombreux emplois seront perdus, à un moment où le chômage explosera ; en effet, de nombreuses entreprises ne pourront pas à la fois rembourser le PGE, payer les loyers reportés et s’acquitter des cotisations sociales et fiscales : il faut en être conscient !
C’est ça, le problème ! Les entreprises luttent pour leur survie : vous les achèveriez si vous n’adoptiez pas les mesures que le groupe Les Républicains avance dans cette proposition de loi. Celle-ci s’inscrit dans le plan de relance proposé par Damien Abad et notre groupe, comme les autres textes soutenus par mes collègues aujourd’hui, que ce soit la transformation progressive de l’indemnisation du chômage partiel en allégement de charges ou le taux réduit de TVA pour les secteurs de l’hôtellerie et de la restauration.
Je vous alerte enfin sur le danger des demi-mesures, que vous privilégiez depuis le début de la crise, notre groupe vous poussant à en adopter de vraies. Si vous ne faites que la moitié du chemin, vous n’atteindrez jamais votre objectif de maintenir les capacités productives du pays. Votre dispositif de soutien à l’apprentissage prévoit une prime pour l’employeur d’un apprenti, mais elle ne concerne qu’une partie des étudiants ; ainsi, les étudiants en master d’apprentissage, formation dont le développement est dans l’intérêt du pays, ne bénéficieront pas du dispositif. Pourquoi cette demi-mesure ? Pourquoi certains étudiants sont-ils exclus, alors que tous rencontreront des difficultés pour entrer sur le marché du travail au vu de la conjoncture ? Il s’agit d’un exemple parmi d’autres.
La question est la même ici : vous souhaitez faire du cas par cas et de la dentelle, en réservant l’exonération partielle aux entreprises de moins de 50 salariés, mais, monsieur le secrétaire d’État auprès du ministre de l’action et des comptes publics, « le mieux est l’ennemi du bien », donc ne vous contentez pas de demi-mesures ! Étendez l’éligibilité au fonds de solidarité et exonérez les entreprises de charges fiscales et sociales, comme le groupe Les Républicains vous le propose dans ce texte, afin d’éviter faillites et licenciements.
Mes chers collègues, je vous invite à adopter, dans un bel élan d’unanimité dont je ne doute pas, cette proposition de loi qui, au-delà du confinement, sauvera les entreprises dans le cadre du déconfinement.
(Applaudissements sur les bancs du groupe LR.) La parole est à M. le secrétaire d’État auprès du ministre de l’action et des comptes publics. La crise sanitaire provoquée par l’épidémie de covid-19 a profondément affecté les entreprises françaises, en raison de l’arrêt des échanges internationaux, des mesures de confinement afférentes, et des difficultés à organiser la poursuite de l’activité tout en garantissant la sécurité sanitaire des salariés. D’emblée, face à une crise dont l’ampleur est inégalée depuis près d’un siècle, l’État a fortement soutenu les entreprises.
Sa réponse a été massive. Les sommes mobilisées pour les mesures que nous mettons en œuvre représentent jusqu’à un cinquième de la richesse nationale, à hauteur de 450 milliards d’euros, dont 60 milliards de dépenses budgétaires, 80 milliards de prêts, de prises de participation et de reports d’échéance, et 330 milliards de garanties. Des mesures inédites ont été prises rapidement, telles que la création du fonds de solidarité, dont j’indique à M. le rapporteur qu’il a été élargi aux entreprises employant jusqu’à vingt salariés et réalisant jusqu’à 2 millions d’euros de chiffre d’affaires. Cette décision a été approuvée hier, en conseil des ministres.
Bravo ! Nous avons toujours raison avec un temps d’avance ! Le mécanisme des prêts garantis par l’État a été engagé pour un montant avoisinant 90 milliards d’euros. Quant aux mesures relatives au chômage partiel, elles atteignent un montant inédit : le troisième projet de loi de finances rectificative pour 2020, que nous aurons l’occasion de présenter en séance publique dans quelques jours, à l’issue de son examen en commission, prévoit de mobiliser des crédits à hauteur de 31 milliards d’euros pour financer l’activité partielle. Parmi ces mesures, de nombreux reports d’échéances, tant fiscales que sociales, ont été accordés, souvent automatiquement, pour un montant avoisinant 56 milliards d’euros. Pour ce faire, trois leviers ont été mis en place.
Premier levier : le remboursement de l’impôt. Les entreprises ont la possibilité de demander un remboursement anticipé des créances d’impôt sur les sociétés restituables en 2020, ainsi qu’un traitement accéléré des demandes de remboursement du crédit de taxe sur la valeur ajoutée.
Deuxième levier : la modulation des acomptes en cas d’anticipation à la baisse des résultats ou de la valeur ajoutée. Nous avons offert aux entreprises une capacité étendue de moduler leurs acomptes d’impôt sur les sociétés – IS –, ainsi que ceux versés au titre de la cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises – CVAE –, en permettant un étalement de leur versement en fonction du résultat prévisionnel, et en augmentant les marges d’erreur tolérées.
Troisième levier : le report massif des paiements. Le paiement de la CFE a été intégralement reporté au 15 décembre prochain pour les secteurs de l’hôtellerie, de la restauration, du tourisme et de l’événementiel. Les secteurs de l’hôtellerie et de la restauration bénéficient également d’un report de trois mois du versement de la contribution à l’audiovisuel public.
Par ailleurs, dès lors que chacun contribue selon ses facultés, la fiscalité dépend par définition de la situation économique. Ainsi, face au choc économique que nous connaissons, les entreprises ont logiquement bénéficié du rôle de stabilisateur automatique afférent à certaines impositions, qui deviennent nulles ou faibles en raison du recul de l’activité de l’entreprise. Tel est notamment le cas de l’IS et de la CVAE.
Nous sommes à présent dans un temps distinct du précédent : celui de la résilience, de la relance de l’activité et de la réouverture des commerces. Toutefois, certains secteurs d’activité doivent encore être accompagnés, notamment le tourisme, l’hôtellerie, la restauration, l’événementiel, le sport, la culture et le commerce de proximité. La réponse de l’État sera massive pour les secteurs les plus atteints.
Le troisième projet de loi de finances rectificative, que j’évoquais tout à l’heure, permet le financement d’une immense partie des plans sectoriels que nous avons annoncés. En outre, nous mobiliserons d’autres ressources. Ainsi, les plans de soutien sectoriel mobiliseront en tout plus de 40 milliards d’euros, pour accompagner la reprise de l’activité dans les secteurs les plus atteints par la crise économique.
La proposition de loi déposée par le groupe Les Républicains prévoit une exonération de charges sociales et fiscales ayant fait l’objet de reports du 15 mars au 15 juillet 2020 pour les entreprises éligibles au fonds de solidarité, et ce de façon indifférenciée, quel que soit leur secteur d’activité. Cela ne nous semble pas souhaitable. Nous sommes favorables à des actions ciblées sur certains secteurs d’activité, définies en fonction de la taille des entreprises.
Dans le troisième projet de loi de finances rectificative pour 2020, présenté hier en conseil des ministres, puis devant la commission des finances de votre assemblée, nous avons inscrit les dispositions que nous proposons au Parlement d’adopter. En effet, pour garantir la lisibilité et la cohérence des mesures fiscales auprès du celui-ci, nous les avons rassemblées au sein d’un projet de loi de finances rectificative et non d’une loi ordinaire, conscients que les lois de finances ont le monopole des mesures fiscales.
Dans le domaine social, nous proposons une réponse dont voici le détail. Tout d’abord, nous prévoyons une exonération de cotisations et de contributions patronales, bénéficiant aux TPE et aux PME employant jusqu’à 250 salariés des secteurs de l’hôtellerie, de la restauration, des cafés, du tourisme, de l’événementiel, du sport et de la culture. Il s’agit des secteurs durablement affectés par la crise économique, leurs activités étant les plus atteintes. L’exonération portera sur les cotisations dues pour les mois allant de mars à juin 2020, au titre de la période d’emploi allant des mois de février à mai.
Ensuite, nous accorderons une aide au paiement des cotisations et des contributions sociales à venir, égale à 20 % de la masse salariale bénéficiant de l’exonération. Les entreprises des secteurs concernés en calculeront le montant et pourront le déduire soit de celui des dettes qui demeureraient après application des exonérations, soit de celui des cotisations et des contributions sociales dues pour la période allant de la reprise d’activité à la fin de l’année 2020.
Par ailleurs, les salariés des TPE dont l’activité implique l’accueil du public et ayant fait l’objet d’une fermeture administrative bénéficieront d’une exonération et d’une aide identiques, s’agissant des cotisations dues pour les mois de mars à mai 2020, portant sur les périodes d’emploi allant des mois de février à avril.
Hormis les employeurs, les travailleurs indépendants ne sont pas oubliés. Les travailleurs indépendants et non salariés agricoles appartenant à ces mêmes secteurs d’activité bénéficieront d’un dispositif de réduction de cotisations sociales, tenant compte de leurs spécificités. Les micro-entrepreneurs bénéficieront d’une exonération de cotisations dues au titre de leur activité comprise entre les mois de février et de mai ou juin, selon leur secteur d’activité. Enfin, les artistes-auteurs auront droit à une réduction forfaitaire de leurs cotisations sociales, d’un montant variable selon leurs revenus.
Outre ces mesures d’exonération, nous prévoyons des dispositions destinées à toutes les entreprises, notamment la possibilité d’élaborer des plans d’apurement des dettes constituées, sans aucune pénalité de retard, pour des durées plus longues que la normale, pouvant aller jusqu’à trente-six mois, ainsi que des remises de dette ponctuelles, qui devront être négociées avec les organismes concernés dans les cas qui le justifient.
Nous proposons donc un éventail complet de mesures, pour un coût budgétaire de 3 milliards d’euros, dont 1,3 milliard pour l’exonération des cotisations et contributions patronales précitée, prévue pour une durée de trois ou quatre mois selon les secteurs, 1,2 milliard de crédits sur les contributions, que nous accordons aux mêmes entreprises, et 500 millions d’euros pour l’accompagnement des travailleurs indépendants, comme je l’ai indiqué à l’instant.
Notre volonté – chacun l’aura compris – est de faire en sorte que ces 3 milliards d’euros soient ciblés directement sur les entreprises des secteurs les plus affectés, ce qui sera plus avantageux pour elles que les dispositions que vous proposez, monsieur le rapporteur. Comme je l’ai indiqué dans le cadre du précédent débat, les dispositions d’exonération que nous proposons sont destinées aux secteurs que j’ai énumérés, mais aussi aux entreprises qui en dépendent étroitement. J’ai eu l’occasion de citer quelques exemples, notamment les grossistes, qui alimentent le secteur de la restauration, dont l’activité a été particulièrement affectée au cours de la période que nous venons de vivre.
Ça, c’est une bonne mesure ! Après le domaine social, j’en viens au domaine fiscal. Nous avons décidé de proposer un dispositif d’allégement de la fiscalité professionnelle, notamment de la CFE, qui bénéficiera aux secteurs les plus atteints par les conséquences économiques et financières de la crise sanitaire. Cette nouvelle mesure de soutien, à la main des communes et des intercommunalités souhaitant en bénéficier, leur permettra d’accorder un dégrèvement d’un montant égal aux deux tiers de la CFE due par les entreprises de ces mêmes secteurs d’activité.
Les collectivités territoriales pourront délibérer au plus tard le 31 juillet prochain pour décider d’activer ou non cette mesure d’allégement de la fiscalité locale, destinée à leur permettre d’accompagner le soutien aux entreprises. Si une collectivité territoriale adopte cette mesure de dégrèvement des deux tiers du montant de CFE due par les entreprises des secteurs susmentionnés, l’État prendra en charge la moitié de son coût, alors même qu’il ne perçoit pas cet impôt de façon générale. Par ailleurs, nous prendrons des mesures supplémentaires de soutien aux entreprises dans le cadre du paquet de mesures de relance, auquel nous aurons l’occasion de travailler.
J’achève mon propos en précisant, si c’était nécessaire, que nous ne sommes pas favorables à une proposition de loi visant à annuler, de façon indifférenciée, les charges sociales et fiscales ayant fait l’objet de reports du 15 mars au 15 juillet pour les entreprises éligibles au fonds de solidarité.
Pourquoi ? Vous n’êtes favorables à rien ! Nous préférons centrer nos mesures sur les secteurs rencontrant le plus de difficultés, ou dont les entreprises ont fait l’objet d’une fermeture administrative. Tel est le sens des mesures que nous défendons, dont on mesure là toute la différence avec la proposition de loi que vous défendez, mesdames et messieurs les députés du groupe Les Républicains. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LaREM.)
Dans la discussion générale, la parole est à M. Fabrice Brun. « Aidez-nous, sinon on va tous crever ! » Tout à fait ! C’est en ces termes, monsieur le secrétaire d’État, que je me suis adressé à vous en commission des finances le 15 avril dernier. Ce cri du cœur m’était inspiré de mon expérience de petit entrepreneur, qui sait qu’aucune entreprise ne peut rester plusieurs mois sans recettes, tandis que les charges continuent à courir.
Certes, les reports d’échéance ont été bons à prendre pour parer à l’urgence. Nous avons voté comme un seul homme les premiers textes d’urgence présentés à l’Assemblée nationale, notamment les dispositions relatives au chômage partiel et à la création du fonds de solidarité.
De même, nous avons soutenu l’adoption de PGE, qui doivent encore évoluer pour bénéficier aux contrats saisonniers, en différant leur remboursement de vingt-quatre mois au lieu de douze. Il y a là une demande importante de la filière du tourisme, très présente dans notre département de l’Ardèche, monsieur le secrétaire d’État. Ses acteurs souhaitent commencer à rembourser les prêts garantis par l’État après la saison 2021, car il leur faudra du temps pour se remettre de ce séisme.
Depuis le début de la crise, nous savons que reporter, c’est reculer pour mieux couler. Seule une exonération massive des charges sociales et fiscales sauvera l’activité économique, et donc l’emploi. Faute d’anticipation, faute de masques, de tests et de places en réanimation en nombre suffisant, le Gouvernement a plongé l’économie dans une forme de léthargie, pendant plusieurs mois. Désormais, il faut relancer l’économie, quoi qu’il en coûte ; à défaut, l’ardoise pour les finances publiques ne sera que plus lourde demain.
Malheureusement, le pire est devant nous. La deuxième vague risque d’être celle des dépôts de bilan et du chômage de masse, nonobstant la promesse du Président de la République selon laquelle aucune entreprise ne sera livrée au risque de faillite. Le véritable coup de massue sera assené au cours des prochains jours et des prochaines semaines, lorsque les charges tomberont, lorsque l’indemnisation du chômage partiel s’amenuisera, lorsque les surcoûts et les pertes de productivité induits par les mesures sanitaires seront chiffrés, le tout avec une reprise de l’activité en accordéon !
Si nous ne réagissons pas, ce sera une catastrophe ! Progressivement, les employeurs dont l’activité est affectée par la crise devront assumer le financement des salaires et des charges – si nombreuses dans notre pays –, sans retrouver un niveau normal d’activité avant plusieurs mois. Cet état de fait est vrai pour les travailleurs indépendants, les membres des professions libérales, les commerçants, les artisans, les agriculteurs, les restaurateurs et les acteurs du tourisme, qui ont été évoqués à de nombreuses reprises aujourd’hui, mais aussi pour les acteurs de la culture et de l’événementiel, soit dit pour ne citer que quelques exemples, car personne, en fin de compte, n’est véritablement épargné !
Dans ce contexte, le plan de soutien du Gouvernement sera à la hauteur de l’enjeu si, et seulement si, les exonérations de charges sont significatives, soit tout l’inverse du saupoudrage que vous proposez, monsieur le secrétaire d’État, estimé au mieux à 3 milliards d’euros, alors que les reports de charge, comme vous venez de le préciser, s’élèvent à 56 milliards d’euros. Le fossé qui sépare ces deux chiffres témoigne du manque de puissance et d’ambition de votre part.
Mes chers collègues, la course contre la pandémie économique est engagée. Adoptons dès à présent la proposition de loi présentée par le groupe Les Républicains !
Comme vous le savez, nous militons pour une année blanche fiscale et sociale pour nos TPE et nos PME. Avec notre collègue Daniel Fasquelle, auteur de la proposition de loi, nous vous invitons à adopter une annulation pure et simple des charges, des taxes, des cotisations et des impôts directs pesant sur les entreprises et dues pour la période allant du 15 mars au 15 juillet.
Nous pourrions même aller plus loin, en utilisant le levier de la réduction de la TVA à 5,5 % pour les bars et les restaurants, durement atteints par la crise, prévu par la proposition de loi brillamment défendue tout à l’heure par Brigitte Kuster, malheureusement sans succès. Nous pourrions également réduire le taux de la TVA frappant les travaux de construction et de rénovation, pour relancer le BTP, d’autant plus que la profession demande – comme nous – un plan massif de rénovation énergétique des bâtiments, conciliant économie et écologie.
Monsieur le secrétaire d’État, il y a urgence économique et sociale, notamment en matière d’emploi ! À ce sujet, j’aimerais évoquer – après d’autres aujourd’hui – l’emploi des jeunes. Zéro charge pour l’embauche d’un jeune en CDI, zéro charge pour les entreprises embauchant un apprenti : telles sont nos propositions en la matière. Nous les renouvelons avec conviction, car aucune génération ne doit être sacrifiée !
(Applaudissements sur les bancs du groupe LR.) La parole est à M. Bruno Duvergé. Le fonds de solidarité – comme d’autres dispositifs, parmi lesquels le prêt garanti par l’État – est l’une des réussites de la réponse étatique à la crise sanitaire provoquée par la pandémie de covid-19. Il a permis d’aider de nombreux travailleurs indépendants et libéraux, ainsi que des micro-entrepreneurs, des associations et des TPE, à hauteur de 1 500 euros par mois. Il comporte également un volet ouvrant droit à une aide versée par les régions, pouvant aller jusqu’à 5 000 euros.
Il a évolué au cours de la crise sanitaire, au profit notamment des entreprises nouvellement créées. En trois mois, les entreprises et les associations concernées ont bénéficié de plus de 4 milliards d’euros. L’inclusion d’une entreprise dans le champ du fonds de solidarité lui ouvre la possibilité d’obtenir de nombreuses aides supplémentaires, telles que la possibilité de reporter les charges d’eau, d’électricité et de gaz. Inutile de dire qu’il a apporté – et apporte toujours – une aide précieuse aux toutes petites entreprises, fortement atteintes par la crise sanitaire.
Ce fonds de solidarité est un si bon outil que nous allons le prolonger jusqu’à la fin de l’année 2020 pour les entreprises des secteurs de l’hôtellerie, de la restauration, de l’événementiel, de la culture et du sport, pour qui la reprise pourrait être plus lente. Les conditions d’éligibilité seront en outre élargies : les entreprises comptant jusqu’à vingt salariés ou réalisant un chiffre d’affaires de 2 millions d’euros au maximum pourront recevoir jusqu’à 10 000 euros d’aide mensuelle. Cafés, restaurants et petits hôtels pourront ainsi en bénéficier, le temps que l’activité reparte pleinement partout en France.
J’ai profité du confinement pour échanger avec de nombreux acteurs de la vie économique et sociale de l’Artois et du Ternois, dans le Pas-de-Calais. Nombreux sont ceux qui ont salué la mise en place du fonds de solidarité et son évolution favorable tout au long de la crise sanitaire. Je voudrais citer l’exemple de l’artisan-coiffeur de Frévent, à qui le fonds de solidarité a permis de vivre le confinement avec plus de sérénité et de relancer son activité dès la mi-mai avec succès.
Certains me posent aussi des questions sur la transformation des reports de charges en annulation et sur les conditions de la reprise d’activité. Ce sont bien les interrogations auxquelles cherche à répondre ce texte. Je remercie d’ailleurs mon collègue Daniel Fasquelle pour sa proposition de loi qui nous permet de prolonger le débat capital sur la trésorerie des entreprises.
Toutefois…
C’était trop beau ! …cette proposition m’apparaît à la fois trop large et prématurée. Les entreprises bénéficiaires du fonds de solidarité ne sont pas forcément les celles qui ont eu à souffrir le plus de la crise. Eh oui ! C’est pour cela que le groupe Les Républicains propose pour elles une TVA à 5,5 %. Certaines ont pu, grâce à ce fonds, traverser la crise sans trop d’encombres, et voient aujourd’hui leur activité repartir. Le Gouvernement a annoncé souhaiter une annulation des charges sociales des TPE ayant fermé administrativement au cours des mois de mars, d’avril et de mai, ce qui recoupe très largement le champ de la présente proposition. Cette mesure me semble, pour l’heure, amplement suffisante.
D’autres secteurs sont plus fortement touchés et pourraient pourtant être exclus de votre proposition. Dans ces secteurs, les propositions portées par le Gouvernement m’apparaissent plus adaptées. En matière d’annulation de charges, comme en toute chose, il faut essayer de viser le plus juste possible pour ne pas gaspiller les ressources.
Selon moi, ce sont les entreprises des secteurs du tourisme, de l’hôtellerie, de la restauration et de l’événementiel, ainsi que des secteurs liés, comme celui de la blanchisserie, qui ont encore le plus à souffrir des conséquences économiques du coronavirus. L’annulation des charges sociales patronales dans ce secteur pourrait porter sur une période de quatre mois. De plus, ces exonérations bénéficieront aux entreprises comptant jusqu’à 250 salariés. Celles-ci bénéficieront de plus d’un crédit cotisation en juillet, dont l’objectif est de favoriser la reprise. Enfin, les URSSAF seront autorisées à reporter de trente-six mois au maximum, voire à annuler, les charges sociales patronales des entreprises qui en auraient besoin.
Ce dispositif est historique, tant par son ampleur que par son champ. Nous devrions débattre de ces mesures et de leur financement dans le cadre du troisième projet de loi de finances rectificative dans les prochaines semaines. Nous considérons donc que voter ces exonérations aujourd’hui serait quelque peu prématuré.
De plus, par bien des aspects, la présente proposition est trop large. En matière d’annulation de charges fiscales, il existe une tension forte entre deux risques : d’une part, celui de viser trop large et d’amputer trop largement les ressources publiques ; d’autre part celui, tout aussi dangereux, de s’interdire toute annulation de charges fiscales, même pour des entreprises et secteurs très fragilisés. Peut-être faut-il, en la matière, adopter une approche beaucoup plus individualisée.
Eh oui ! Les travailleurs indépendants et les professionnels libéraux doivent être encouragés, le cas échéant, à moduler le taux et le montant de l’acompte du prélèvement à la source de leur impôt sur le revenu. Nous avions eu de grands débats sur le prélèvement à la source en début de législature ; force est de reconnaître que celui-ci simplifie la vie de nombre de nos concitoyens.
Les autres sociétés peuvent bénéficier de l’annulation partielle ou totale des impôts directs prévue à l’article 247 du livre des procédures fiscales. Ce vecteur semble beaucoup plus adapté à la situation actuelle, puisqu’il permet un examen et un accompagnement personnalisés.
Ainsi, le groupe du Mouvement démocrate et apparentés votera contre cette proposition de loi même si, comme nous, le groupe Les Républicains cherche à sauver un maximum d’entreprises. Nous aurons l’occasion d’en débattre de nouveau lors du PLFR qui sera examiné dans les prochaines semaines.
La parole est à M. David Habib.