XVe législature
Session ordinaire de 2019-2020

Séance du jeudi 12 décembre 2019

L’ordre du jour appelle la discussion, selon la procédure d’examen simplifiée, en application de l’article 103 du règlement, de la proposition de loi relative au passage de l’épreuve théorique du code de la route dans les lycées (nos 2351, 2442).
La commission des affaires culturelles et de l’éducation ayant rejeté la proposition de loi, nous examinons le texte dont l’Assemblée a été saisie initialement.
Sur l’ensemble de la proposition de loi, je suis saisi par le groupe Socialistes et apparentés d’une demande de scrutin public.
Le scrutin est annoncé dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.
En application de l’article 107 du règlement, je n’appellerai que les amendements et l’article auquel ces amendements se rapportent.
La parole est à Mme Sylvie Tolmont, suppléant M. Jean-Louis Bricout, rapporteur de la commission des affaires culturelles et de l’éducation, pour soutenir l’amendement no 2. Permettez-moi tout d’abord d’adresser à mon collègue Jean-Louis Bricout, à l’origine de cette proposition de loi et que je remplace modestement, mes amitiés et mes souhaits de prompt rétablissement. (M. Roland Lescure, président de la commission des affaires économiques, applaudit.)  
Cette proposition de loi vise à intégrer l’apprentissage et l’examen du code de la route dans les lycées. L’objectif de cet amendement est que l’expérimentation menée actuellement en Thiérache puisse être étendue au reste du pays, comme le prévoit le code de l’éducation.
Des outils permettent de multiplier ces expérimentations, notamment la loi du 26 juillet 2019 pour une école de la confiance, qui a considérablement étendu les possibilités offertes aux établissements scolaires en la matière. Sous réserve de l’autorisation préalable des autorités académiques et après concertation avec les équipes pédagogiques, des expérimentations peuvent désormais être lancées pour une durée de cinq ans, dans des conditions définies par décret. Les collectivités territoriales sont par ailleurs systématiquement associées à la définition des grandes orientations des expérimentations menées par l’éducation nationale ainsi qu’à leurs déclinaisons territoriales.
Cependant, le périmètre actuel des expérimentations concerne strictement l’organisation de la classe ou de l’établissement ainsi que les questions relatives aux enseignements et à leurs modalités. Il apparaît en conséquence nécessaire de l’étendre afin d’y inclure l’enseignement du code de la route et le passage de l’épreuve théorique. C’est la raison pour laquelle cet amendement de rédaction globale vise à insérer une phrase à l’article L. 314-2 du code de l’éducation pour que l’expérimentation menée en Thiérache puisse être lancée dans les autres territoires qui le souhaiteraient.
Cet amendement a été repoussé par la commission mais, à titre personnel, j’y suis évidemment favorable.
La parole est à Mme la secrétaire d’État auprès de la ministre de la transition écologique et solidaire, pour donner l’avis du Gouvernement. Il est défavorable. En effet, l’intérêt du passage de l’épreuve théorique du permis de conduire au sein des établissements scolaires en lycée est déjà mis en valeur par un article du code de l’éducation qui prévoit la possibilité, pour les élèves qui le souhaitent, de le faire en dehors du temps scolaire. Au passage, la demi-journée de sensibilisation instaurée par une circulaire de mai 2015 est inégalement appliquée dans les établissements.
De plus, la réforme du lycée et du baccalauréat appliquée depuis la rentrée 2019 implique de fortes contraintes organisationnelles pour les établissements dans les trois classes du lycée général et technologique. Une contrainte supplémentaire sur le temps scolaire ne peut être ajoutée en l’état actuel des choses.
Par ailleurs, avant de généraliser une expérimentation, nous avons besoin d’en connaître les premiers résultats. Or, celle dont vous parlez ayant été lancée en septembre dernier, nous ne disposons pas du recul nécessaire.
Enfin, la loi pour une école de la confiance permet déjà de conduire des expérimentations sur des thématiques larges et complètes, auxquelles il n’est pas nécessaire d’ajouter un contenu législatif à l’objectif certes important mais très limité, et qui a un impact sur les contenus et les horaires de l’enseignement.
(L’amendement no 2 n’est pas adopté.)
(L’article 1er n’est pas adopté.)
Je mets aux voix l’ensemble de la proposition de loi.
(Il est procédé au scrutin.) Voici le résultat du scrutin :
        Nombre de votants                        29
        Nombre de suffrages exprimés                29
        Majorité absolue                        15
                Pour l’adoption                10
                Contre                19
(La proposition de loi n’est pas adoptée.)
L’ordre du jour appelle la discussion, selon la procédure d’examen simplifiée, en application de l’article 103 du règlement, de la proposition de loi visant à étendre la qualité de pupille de la nation aux enfants des sauveteurs en mer décédés dans le cadre de leur mission de sauvetage et à assurer les besoins de financement de la Société nationale de sauvetage en mer (nos 2147, 2446).
Sur l’ensemble de la proposition de loi, je suis saisi par le groupe Socialistes et apparentés d’une demande de scrutin public.
Le scrutin est annoncé dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.
En application de l’article 107 du règlement, je n’appellerai que les amendements et les articles auxquels ces amendements se rapportent.
Je suis saisi de deux amendements, nos 5 et 6, qui peuvent faire l’objet d’une présentation groupée.
La parole est à Mme Valérie Rabault, rapporteure de la commission des lois constitutionnelles, de la législation et de l’administration générale de la République, pour les soutenir.
L’amendement no  5 est rédactionnel, monsieur le président. Le no  6 est un amendement de conséquence.    La parole est à Mme la secrétaire d’État auprès de la ministre de la transition écologique et solidaire, pour donner l’avis du Gouvernement. Avis favorable sur les deux amendements.  
(Les amendements nos 5 et 6 sont successivement adoptés.)
(L’article 1er, amendé, est adopté.)
Je suis saisi de deux amendements identiques, nos 9 et 10, portant article additionnel après l’article 1er.
La parole est à Mme la secrétaire d’État, pour soutenir l’amendement no 9.
Il s’agit d’un amendement très important puisque, malheureusement, comme vous le savez, le 7 juin 2019, trois bénévoles de la Société nationale de sauvetage en mer – SNSM – de la station des Sables-d’Olonne ont péri en mer au cours d’une opération de sauvetage. Ce drame a évidemment profondément bouleversé la SNSM, association reconnue d’utilité publique qui, avec ses 8 000 bénévoles, occupe une place prépondérante dans le dispositif français de sauvetage en mer. À elle seule, la SNSM contribue à la moitié des opérations de sauvetage en mer par moyens nautiques coordonnées par les centres régionaux opérationnels de surveillance et de sauvetage, soit près de 4 000 interventions et plus de 7 000 personnes secourues.
Cet amendement vise à concrétiser l’engagement pris par le Président de la République, le 13 juin dernier aux Sables-d’Olonne, de conforter le modèle exceptionnel de cette association, fondé sur la solidarité des gens de mer, en reconnaissant l’engagement des bénévoles et en accompagnant leurs familles.
Lors des assises de l’économie de la mer à Montpellier le 3 décembre, le Président de la République a rendu hommage aux bénévoles de la SNSM avec l’ensemble des acteurs du monde maritime. À cette occasion, il a annoncé que les cinq enfants des bénévoles décédés le 7 juin dernier pourraient être reconnus pupilles de la nation. Ainsi cet amendement vise-t-il à ouvrir la possibilité d’attribuer cette qualité, de façon rétroactive, à ces cinq enfants.
La parole est à Mme Valérie Rabault, rapporteure, pour soutenir l’amendement no 10. Il est identique. Je remercie le Gouvernement et le Président de la République qui ont permis l’extension de cette proposition de loi afin que les enfants des trois sauveteurs décédés en juin dernier aux Sables-d’Olonne puissent bénéficier de la qualité de pupilles de la nation – si bien sûr la proposition de loi est votée. La parole est à M. Sébastien Jumel. Nous voterons évidemment cet amendement gouvernemental, qui est légitime. L’attribution du statut de pupille de la nation aux enfants des trois bénévoles décédés aux Sables-d’Olonne est même la moindre des choses. Je regrette toutefois que l’amendement que j’avais déposé, visant à étendre cette attribution aux enfants des sauveteurs de la sécurité civile décédés dans la nuit du 1er au 2 décembre dernier, ait été jugé irrecevable.
Dans son argumentaire, Mme la secrétaire d’État a cru bon de préciser que le modèle de la SNSM avait été conforté. Je veux tout de même souligner l’absence de réponse concernant l’octroi de fonds pérennes permettant de subventionner le modèle original de la SNSM. Comme vous le savez, la proposition de loi de Mme Rabault a été dénaturée s’agissant du volet relatif au financement pérenne de la SNSM.
Nous voterons en faveur de ces avancées mais, en tant que député d’une circonscription qui compte deux stations de la SNSM, Dieppe et Le Tréport, je me devais de souligner ce manque qui, à terme, fragilisera le modèle de la SNSM.
(Les amendements identiques nos 9 et 10 sont adoptés.)
La parole est à Mme la secrétaire d’État, pour soutenir l’amendement no 8. C’est un amendement de cohérence visant à la suppression du gage.
(L’amendement no 8, accepté par la commission, est adopté et l’article est supprimé.)
Je mets aux voix l’ensemble de la proposition de loi.
(Il est procédé au scrutin.) Voici le résultat du scrutin :
        Nombre de votants                        33
        Nombre de suffrages exprimés                33
        Majorité absolue                        17
                Pour l’adoption                33
                Contre                0
(La proposition de loi est adoptée.)
(Applaudissements.)
L’ordre du jour appelle la discussion de la proposition de loi de M. Boris Vallaud portant création d’une prime pour le climat et de lutte contre la précarité énergétique (nos 2352, 2444).
La parole est à M. Boris Vallaud, rapporteur de la commission des affaires économiques. Le 18 juin 2019 nous avons, à la quasi-unanimité, fait le choix d’inscrire l’urgence écologique et climatique dans notre droit. Alors que les études réalisées par le GIEC – Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat – montrent que, même en accomplissant des efforts drastiques, il sera très difficile de respecter les objectifs d’une hausse des températures limitée à 1,5° C à l’horizon 2030, l’enjeu d’une accélération majeure de la transition écologique est plus important que jamais. Nul n’en disconviendra. Toute la politique énergétique de notre pays doit donc être fixée à l’aune de cet objectif.
C’est dans cette logique que nous avons collectivement renforcé la programmation pluriannuelle de l’énergie pour préciser les objectifs que nous nous fixons d’ici au milieu du siècle en matière de réduction des gaz à effet de serre, de diversification et de verdissement des modes de production d’énergie ou encore de décarbonation de nos industries, des transports et du secteur du bâtiment.
À cet égard, le logement, qui représente le quart de la consommation énergétique nationale, nous apparaît comme le secteur prioritaire pour amplifier la dynamique de transition énergétique de notre pays. En juillet 2017, le Premier ministre, dans son discours de politique générale, et Nicolas Hulot, dans le cadre du plan climat, prévoyaient de faire disparaître en dix ans les passoires énergétiques. Cet engagement correspond à la réalisation de 700 000 rénovations par an.
D’après l’étude réalisée en 2017 par le collectif « Rénovons ! », la rénovation des seules passoires énergétiques, qui représentent 30 % des logements, permettrait de réduire nos émissions de gaz à effet de serre de 6,13 millions de tonnes équivalent CO2 chaque année, soit 12,5 % des émissions du secteur du logement, et celles de dioxyde de soufre de près de 10 100 tonnes, soit une baisse de 48 % des émissions du secteur.
C’est dire si la rénovation énergétique du parc de logements représente un enjeu majeur, alors que le taux d’effort énergétique des ménages, c’est-à-dire la part de la facture énergétique dans leur budget, est en constante augmentation depuis vingt ans. Ce taux est en moyenne de 5,6 % aujourd’hui.
En 2017, les Français ont consacré 1 683 euros en moyenne au chauffage de leur logement, moyenne qui atteint 2 230 euros pour les ménages se chauffant au fioul. Alors que les ménages les plus modestes ont tendance à occuper les logements les moins efficients sur le plan thermique, ils sont nombreux à s’imposer des restrictions de consommation, à mal ou à peu se chauffer, en dessous des seuils de confort, ou à rogner sur certaines autres dépenses vitales.
C’est fort de ces constats, que je crois partagés, que le groupe Socialistes et apparentés a décidé de présenter, lors de cette journée qui lui est réservée, une proposition de loi visant à la fois à engager un changement de paradigme en matière de rénovation énergétique et à lutter contre la précarité énergétique. Dans la préparation de ce texte, nous n’avons pas cherché à repenser la trajectoire de rénovation du parc ou à en modifier l’ambition en fonction des publications scientifiques les plus récentes. Nous sommes partis, strictement, de ce que nous avions voté dans la loi énergie et climat et de ce que prévoit la programmation pluriannuelle de l’énergie, c’est-à-dire la neutralité carbone du parc de logements à l’horizon 2050.
La proposition de loi que nous présentons vise donc à massifier la rénovation thermique des logements pour éliminer les passoires thermiques – autrement dit les logements de catégorie F et G – en dix ans, à sortir les plus modestes de nos concitoyens de la précarité énergétique et à atteindre l’objectif de neutralité carbone en 2050, conformément à ce que nous avons décidé collectivement. Ce que nous proposons, c’est de rehausser l’ambition, le rythme et la logique de l’action publique grâce à un plan de 300 milliards d’euros sur trente ans, concrétisé au travers d’un dispositif unique, universel et ambitieux.
Au rythme actuel, celui du projet de loi de finances pour 2020, l’objectif de la neutralité carbone ne sera atteint, au mieux, qu’en 2080 : c’est là un fait établi. Alors que la vingt-cinquième Conférence des parties, la COP25, se tient en ce moment même à Madrid, le calendrier climatique, je crois que nous pouvons tous en convenir, ne peut être différé de trente ans.
Nous proposons donc de créer une prime pour le climat qui, ouverte à tous les propriétaires, occupants ou bailleurs, préfinancerait des travaux énergétiques complets et performants, permettant de hisser le logement jusqu’aux meilleurs standards de performance énergétique, et ce grâce à un plafond  de financement élevé. Cette prime serait constituée d’une part subventionnée et d’une autre, remboursable au moment de la vente ou de la succession. C’est une prime « zéro reste à charge » au moment des travaux.
Si nous voulons décrire ce dispositif, nous commencerons par dire qu’il est simple, en ce qu’il unifie les multiples autres qui existent aujourd’hui. Outre que cela rendrait les choses moins complexes et plus lisibles, le bénéficiaire serait accompagné de bout en bout dans sa démarche par l’ANAH – Agence nationale de l’habitat –, dont les moyens sont très substantiellement rehaussés.
La proposition de loi se veut à la fois incitative et contraignante. Incitative d’abord en ce que la prime prévue est fondante, appelée à diminuer avec le temps afin d’accélérer, chose nécessaire, l’investissement. Le dispositif est également ciblé sur les logements où l’on observe les plus grandes pertes énergétiques, à savoir les bâtiments classés F et G.  Elle est contraignante ensuite car ceux qui n’ont pas réalisé les travaux seront contraints dans leur capacité à relouer ou à revendre leur bien, demeuré une passoire énergétique. Le dispositif est aussi écologiquement efficace : il permet, je l’ai dit, une rénovation complète et performante, d’une qualité élevée, qui permettra d’atteindre le niveau basse consommation.
Très bien ! La prime pour le climat, je l’ai dit aussi, est universelle, et c’est sa grande différence avec le crédit d’impôt pour la transition énergétique – CITE. Elle s’adresse en effet à tous les propriétaires, bailleurs ou occupants, dès lors que leur logement est occupé à titre de résidence principale. Elle s’adresse à tous les ménages, quel que soit leur niveau de revenus et la zone géographique dans laquelle ils se trouvent, moyennant une dimension sociale majeure puisque le niveau de ces revenus déterminera celui de la part subventionnable, échelonnée en trois tranches de 20 %, 30 % et 40 %, avec une bonification de 10 % en zone C, c’est-à-dire en zone détendue, afin d’y prendre en compte les effets du coût des travaux sur la valeur de vente.
Nous avons ainsi levé deux des principaux freins à la rénovation thermique : le manque d’accompagnement des ménages dans leur projet de rénovation et le reste à charge, souvent trop élevé. À cette fin, le dispositif prévoit un accompagnement renforcé des ménages par le biais de l’ANAH et de ses mandataires habilités, tels que les sociétés d’économie mixte ou les offices HLM, qui ont déjà des compétences en matière d’habitat dégradé. Cet accompagnement de proximité repositionnera les collectivités locales et permettra une véritable assistance à la maîtrise d’ouvrage, au bénéfice des ménages les plus modestes et de tous ceux qui restent un peu cois face à la question des passoires énergétiques.
Le dispositif prévoit également une couverture pouvant atteindre 100 % du montant des travaux au moment de leur réalisation, sans aucune avance de trésorerie pour nos concitoyens les plus modestes, qui n’en ont pas les moyens. C’est le sens du ciblage et de la priorité donnée aux 7,5 millions de passoires énergétiques, dans lesquelles vivent 3,8 millions de ménages, le plus souvent modestes.
Sur le plan économique, il faut aussi le dire, le texte offre au secteur du bâtiment de la visibilité sur le long terme, de la stabilité et de la solvabilité…
Absolument ! …puisque les projets seront directement financés par l’ANAH. Ce sont là des conditions nécessaires à l’engagement de la profession, comme elle l’a elle-même souligné au cours de nos auditions : elle pourra se mobiliser, nous ont dit ses représentants, dès lors que l’État, de son côté, assumera la formation de proximité dans un certain nombre de territoires.
Cette proposition de loi est financée par le fléchage de crédits et de dépenses fiscales déjà existantes, sans effet d’éviction, et par le remboursement différé au moment de la mutation. Elle produirait un effet de levier considérable, le truchement de la Caisse des dépôts et consignation permettant d’emprunter au prix du marché, dans un univers de taux bas, plutôt qu’à des taux bancaires défavorables. Cependant, vous connaissez comme moi les contraintes liées à la recevabilité des propositions d’origine parlementaire : si le texte devait, par bonheur pour les Français qui en bénéficieraient, être adopté, il devrait être suivi, de toute évidence, par un texte budgétaire complémentaire, en vue de mobiliser des crédits du FEDER – Fonds européen de développement régional – ou de la part du programme d’investissements d’avenir dédiée à la rénovation thermique.
Au cours des débats que nous avons eus en commission, madame la secrétaire d’État auprès de la ministre de la transition écologique et solidaire, j’ai eu le sentiment d’une gêne. Nous avons, nous, essayé d’être le bras armé d’ambitions que nous avons définies ensemble et que la représentation nationale a désormais face à elle, qui lui sont opposables. Ces rendez-vous, nous ne pouvons les différer. Une décennie a été perdue, a-t-on entendu dire à l’ONU. Nous en prenons tous notre part. La conséquence, néanmoins, est que les nations doivent aujourd’hui consentir un effort deux fois supérieur à celui qui leur était demandé en 2010. Si nous devions encore différer cet effort, il deviendrait impossible.
Tel est le sens de notre proposition de loi. À ceux de nos collègues de l’opposition
(Exclamations sur les bancs du groupe LaREM) De l’opposition à l’opposition, vous voulez dire ! (Sourires.) …qui, dans quelques instants, se livreront au travail de la contradiction et qui ont eu la gentillesse de me dire que mon texte était très bon mais qu’on leur avait demandé de le dézinguer (« Oh ! » sur les bancs du groupe LaREM) , je veux dire que je ne leur en tiendrai pas rigueur à titre personnel. (Applaudissements sur les bancs des groupes SOC et GDR.) La parole est à Mme la secrétaire d’État auprès de la ministre de la transition écologique et solidaire. Le sujet qui est mis aujourd’hui sur la table, la rénovation énergétique des logements, est essentiel. Nous sommes d’accord pour dire que cette rénovation est un levier prioritaire pour atteindre l’objectif de neutralité carbone à l’horizon 2050 et assurer la transition écologique de notre économie.
Nous partageons les constats. Les bâtiments sont à l’origine de près de 45 % de la consommation d’énergie et de 25 % des émissions de gaz à effet de serre dans notre pays. Accélérer la rénovation énergétique des logements, c’est aussi poursuivre une politique aux multiples bénéfices : favoriser un secteur économique pourvoyeur d’emplois non délocalisables ; lutter contre la précarité énergétique et permettre aux ménages les plus modestes de réduire leurs charges de chauffage ; améliorer le confort des logements.
Avec Julien Denormandie, nous venons d’achever un tour de France de la rénovation énergétique au cours duquel nous sommes allés rencontrer les collectivités territoriales, les conseillers FAIRE – Faciliter, accompagner et informer pour la rénovation énergétique – des espaces info énergie, les professionnels, les ménages et les citoyens – y compris dans des permanences –, afin de comprendre ce qui bloque et d’améliorer le système. Ces rencontres n’ont fait que renforcer, bien entendu, notre conviction quant à l’ampleur de la tâche à accomplir.
Je veux le réaffirmer clairement : le Gouvernement a fait de la rénovation énergétique des logements l’une de ses priorités…
Sans y mettre les moyens nécessaires ! …en s’engageant à améliorer tous les dispositifs, pour atteindre 500 000 logements rénovés par an, dont 150 000 passoires thermiques. Bravo ! Cela ne se fera pas tout seul, nous le savons ; c’est pourquoi nous mobilisons des moyens importants.
Je commencerai par évoquer l’information et l’accompagnement, aspects essentiels à mes yeux. Nous devons assurer une information neutre et gratuite ainsi que des conseils personnalisés sur la rénovation énergétique, de manière simple et accessible, partout sur le territoire. C’est pourquoi nous avons décidé d’allouer une enveloppe de 200 millions d’euros, issue du dispositif des certificats d’économies d’énergie, en vue d’une contractualisation avec les collectivités locales : les régions, qui en assurent d’ailleurs le chef de filat, mais aussi les EPCI – établissements publics de coopération intercommunale – au plus près du terrain. Ce déploiement permettra à tous les Français d’accéder à une information de premier niveau neutre, gratuite et de qualité, et d’être accompagnés dans leurs projets de rénovation énergétique. Les premiers accords seront signés avec les collectivités d’ici à la fin de l’année, pour certains d’entre eux, et au début de l’année prochaine pour d’autres. Ils le seront de façon transpartisane, et s’adressent à toutes les collectivités qui souhaitent les signer.
Nous devons également mobiliser des outils financiers : en cette matière, si nous sommes d’accord sur les principes, nous ne le sommes pas forcément sur les modalités. Cela fait des années que le Gouvernement déploie une palette d’outils financiers pour accompagner la rénovation des logements, et il les améliorera en 2020. Le dispositif des certificats d’économies d’énergie, par exemple, n’a pas seulement vocation à accompagner les ménages à travers un conseil neutre et gratuit, mais aussi à financer des aides : le dispositif « coup de pouce », notamment, a permis la réalisation de plus de 560 000 opérations d’isolation ou de changements de chauffage depuis son lancement le 1er janvier 2019. Ces « coups de pouce » seront maintenus et stabilisés.
Cet été, nous avons aussi simplifié l’éco-prêt à taux zéro, désormais accessible sans conditions de ressources, pour financer des travaux d’amélioration de la performance énergétique du logement. D’autre part, nous maintenons bien entendu le taux de TVA à 5,5 % pour les travaux de rénovation énergétique, levier important de maîtrise du coût de ces travaux.
En 2020, le Gouvernement améliorera très significativement les aides aux ménages à travers un dispositif que vous avez voté dans le cadre du projet de loi de finances. Les aides à la personne, tout d’abord, seront simplifiées pour les ménages modestes et très modestes, avant de l’être en 2021 pour tous les ménages. Si les ménages modestes et très modestes souhaitent s’engager dans une rénovation globale, seul objectif de votre proposition de loi, ils continueront à bénéficier d’un dispositif totalement intégré, piloté par l’ANAH qui assume aussi une mission de conseil, le dispositif Habiter mieux sérénité, dont nous avons renforcé les moyens.
De façon suffisante ? La Prime rénov’, applicable à partir du 1er janvier 2020, financera quant à elle des gestes simples, qu’il est très important de continuer à aider aussi, en général à hauteur de 50 % pour les ménages modestes et très modestes. Cette prime, qui sera versée en quelques mois après la demande, évitera aux ménages de devoir faire des avances de frais. Elle sera plus juste, plus simple et plus efficace.
Pour les ménages des déciles 5 à 10, le CITE reste ouvert pour un certain nombre de gestes. Ces ménages seront intégrés progressivement dans le dispositif de la nouvelle prime en 2021.
La proposition de loi étudiée ce matin intervient donc à contretemps au regard de la réforme en cours. Surtout, elle pose des problèmes majeurs, que je vais maintenant détailler.
Le premier est qu’elle supprime toute aide aux gestes simples. Vous devez être conscients que, si vous votez cette proposition de loi, il n’y aura plus aucune aide au changement de chaudière, y compris pour les chaudières à fioul des ménages les plus modestes, et que les aides seront seulement destinées à la rénovation globale : vous supprimez ce qui fait aujourd’hui la masse de la rénovation et concourt à l’amélioration des performances énergétiques du parc.
Pour ce qui concerne la rénovation globale, la proposition de loi est moins-disante que le système actuel en termes de taux d’aide. Pour les ménages modestes et très modestes, les dispositifs ANAH Sérénité permettent de financer en subvention la rénovation globale avec des taux d’aide pouvant atteindre 50 %, voire 60 %, alors que votre proposition de loi plafonne ce taux à 30 % : les ménages modestes et très modestes perdraient donc jusqu’à 35 % d’aide pour la rénovation globale.
Par ailleurs, dans cette proposition de loi, seules les passoires thermiques des classes F et G sont éligibles au dispositif d’ici au 31 décembre 2026. Ainsi, un ménage en situation de précarité énergétique vivant dans un logement portant une étiquette  E et dont les factures de chauffage peuvent être supérieures à 1 500 euros n’aura plus d’aide du tout jusqu’à 2027.
Par ailleurs, ce nouveau dispositif, que vous présentez comme plus efficace, est finalement assez mal positionné, car il fixe un objectif de rénovation en bâtiment basse consommation – BBC. Il faudra alors passer directement de l’étiquette F ou G à une étiquette A, B ou C, de telle sorte que ces ménages qui, bien qu’engageant des travaux susceptibles de diviser par deux leur consommation d’énergie, n’obtiendraient qu’une étiquette D, ne seraient plus éligibles.
C’est vrai ! Si donc elle a des objectifs louables, cette proposition de loi ne fonctionne pas, car elle sort du dispositif tous les gestes individuels, baisse les taux d’aide et, pour les habitants de logements de catégorie F ou G, ne finance des travaux que s’ils atteignent un niveau inaccessible, avec montant unitaire très élevé, fixé à 550 euros par mètre carré.
Je peux encore formuler d’autres critiques, plus techniques. Ainsi, il n’existe pas d’articulation entre ce nouveau dispositif et les certificats d’économies d’énergie, alors que Ma Prime rénov’ a articulé son barème avec ces certificats pour plafonner les taux d’aide à 75 % pour les ménages modestes et à 90 % pour les ménages très modestes. Quant au financement du reste à charge, il s’inspire, dans votre proposition, de mécanismes existants tels que le prêt avance mutation ou les sociétés de tiers financement, qui en sont aujourd’hui à leurs balbutiements et ne montrent pas encore une efficacité qui permettrait une massification. Enfin, il n’est pas possible de transformer l’ANAH en un organisme capable de lever des fonds sur les marchés financiers.
J’évoquerai enfin le dispositif coercitif prévu à l’article 3 de la proposition de loi, très proche de celui que l’Assemblée nationale a voté dans le cadre de la loi relative à l’énergie et au climat. En effet, cette loi, entrée en vigueur voilà tout juste un mois, le 8 novembre dernier, prévoit déjà un dispositif d’éradication des logements les plus énergivores, appelés passoires thermiques, en instaurant une obligation d’engager des travaux d’ici 2028 et, dès le 1er janvier 2021, l’interdiction pour le propriétaire d’une de ces passoires d’en augmenter le loyer sans l’avoir rénovée. Il ne me paraît pas pertinent de revenir sur un dispositif aussi récent, voté voilà un mois par la représentation nationale. Nous travaillons déjà à sa mise en œuvre : le diagnostic de performance énergétique va faire l’objet d’un renforcement et de mesures de fiabilisation afin de pouvoir être rendu opposable dès 2021. Sur cette base, les mesures coercitives prévues par la loi énergie climat pourront progressivement entrer en vigueur.
Pour conclure, si nous partageons la volonté de rénover le plus vite possible le parc de logements pour atteindre nos objectifs de réduction d’émissions de gaz à effet de serre, pour améliorer le confort et pour lutter contre la précarité énergétique, votre proposition de loi, moins-disante techniquement et socialement, ne fonctionne pas. C’est la raison pour laquelle le Gouvernement y est défavorable.
(Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM et MODEM.)
Dans la discussion générale, la parole est à M. Dominique Potier. Tout à l’heure, Boris Vallaud a évoqué notre délibération du 18 juin, qui a permis adopter le principe d’urgence climatique. Cela m’a fait penser à un autre 18 juin, quelques décennies plus tôt, pendant la deuxième guerre mondiale, et à un documentaire qui m’avait frappé, consacré à Churchill et à Londres. Winston Vallaud et Boris Churchill ! J’ai d’ailleurs aujourd’hui une pensée toute particulière pour nos amis britanniques, qui sont en train de faire, de l’autre côté de la Manche, un choix très important pour l’avenir de notre continent, et peut-être aussi pour l’avenir du monde. Nous leur souhaitons, en ce jour de vote, le meilleur discernement. La barre est haute ! Churchill donc avait décidé d’envoyer à la fonte les grilles des bâtiments publics de Londres, pour alimenter un effort de guerre qui fut décisif. Dans le fameux discours où il promettait à ses concitoyens du sang et des larmes, il expliquait qu’en cas d’incendie – et il s’agissait là de l’incendie européen qu’était le nazisme –  il fallait aller jusqu’à sacrifier tous les éléments de patrimoine accumulés pendant des siècles dans la ville, car il y avait une urgence, et une seule. Bientôt, il va nous dire que nous allons à Munich ! Quand on nous parle d’urgence absolue et de mobilisation, on se paie souvent de mots. On ne peut pas dire que la maison brûle et que nous sommes à la veille d’un effondrement si on ne se mobilise pas ou si on hésite devant les moyens à mettre en œuvre.
Je pourrais citer également l’effort qu’a représenté le New Deal de Roosevelt après la crise de 1929, ainsi que le Green New Deal, qui est aujourd’hui la référence de tous ceux qui pensent le monde à hauteur d’homme et qui veulent être au rendez-vous de leur génération.
Il me semble que l’effort réalisé aujourd’hui, avec réalisme et sérieux, par le groupe socialiste et incarné par le rapporteur Boris Vallaud va dans ce sens. Je tiens, à ce propos, à saluer fraternellement notre collègue et ami Jean-Louis Bricout, qui suit nos débats et qui s’est énormément investi, avec beaucoup de conviction, sur ce dossier. Je les salue donc, ainsi que l’ensemble des députés du groupe Socialistes et apparentés, qui ont choisi de mettre dans ce qui est une sorte de plan Marshall de la rénovation énergétique beaucoup d’expertise et d’ambition, et qui, loin de s’en tenir à des incantations, ont pris soin d’adopter un certain réalisme.
Ce plan additionne deux éléments qui nous tiennent particulièrement à cœur dans cette période troublée de mouvement social. Tout d’abord, il vise à augmenter le « pouvoir de vivre » de nos concitoyens, pour reprendre la belle expression de Laurent Berger, dont nous ne nous sommes peut-être jamais sentis si proches qu’aujourd’hui.
(Sourires.) Le pouvoir de vivre exprime l’esprit de la déclaration des organisations pilotées symboliquement par Nicolas Hulot et Laurent Berger, ces organisations, de plus en plus nombreuses, qui font des propositions de transition sociale et écologique importantes pour notre pays.
Ce concept de pouvoir de vivre s’applique à toutes les personnes qui vivent dans des passoires énergétiques et dont les maigres revenus sont consommés par le coût du logement, qui est en France un problème structurel que nous n’avons pas su résoudre dans les dernières décennies, et par le coût de l’énergie, qui va flamber alors que, selon les pronostics du GIEC, il faudra à la fois se protéger des épisodes extrêmes de chaleur et faire face à des hivers plus rigoureux.
Outre le pouvoir de vivre, l’effort engagé tend aussi à suivre honnêtement et sérieusement la trajectoire fixée par la COP21, la vingt et unième conférence des parties à la Convention cadre des Nations unies sur les changements climatiques de 1992, et confirmée par la COP25. Notre collègue Christophe Bouillon, qui revient de Madrid, nous en parlera tout à l’heure à l’occasion de l’examen de la proposition de loi portant reconnaissance du crime d’écocide.
Atteindre le pouvoir de vivre et être en cohérence avec la trajectoire de la COP21, c’est, somme toute, retrouver une boussole pour l’action publique : il n’y en a pas d’autre que de viser à la fois la dignité humaine et la survie de notre maison commune. Nous devons disposer d’une boussole pour nos politiques publiques et l’objectif d’un parc d’habitat décarboné en France d’ici 2050 est, à cet égard, parfaitement cohérent.
Je ne reviendrai pas sur les outils dont nous disposons et je laisserai Boris Vallaud et mes autres collègues apporter des réponses techniques aux arguments que vous venez d’exposer, madame la secrétaire d’État, pour justifier vos réserves. Pour ma part, étant très investi sur le terrain dans ces domaines, je suis persuadé que le zéro reste à charge et un accompagnement sous forme d’assistance à maîtrise d’ouvrage intégrée sont des solutions à la hauteur des enjeux.
Je ne reviendrai pas non plus sur les trois paliers de 20 %, 30 % et 40 %, avec une priorité pour les logements de catégories F et G, qui assurent une politique de justice. L’objectif de financement est atteint grâce à une mobilisation de l’ensemble des ressources, qu’il s’agisse des ressources européennes ou de celles de la Banque des territoires.
La seule réserve que j’ai entendu exprimer sur le terrain quant à cette proposition de loi est néanmoins importante et je dois, par honnêteté intellectuelle, la prendre en compte : elle porte sur la capacité  des entreprises françaises du bâtiment à faire face à la demande. Sommes-nous capables d’investir et de réaliser 10 milliards d’euros de rénovation énergétique par an dans les trente ans qui viennent, pour réaliser ce plan et atteindre notre objectif ? Les entreprises françaises du bâtiment sont-elles capables d’atteindre cet objectif ?
Je répondrai à cela que, bien au-delà de ce seul secteur – dans l’agrochimie comme dans le diesel, dans mille métiers –, nous allons devoir muter. Cette mutation peut être tragique ou peut se révéler, au contraire, une véritable chance. En tant que socialistes et sociaux-démocrates, nous devons porter cette question. La transition écologique ne peut pas laisser des territoires, des populations et des métiers au bord de la route. Puisque des dizaines, des centaines de milliers de métiers devront évoluer demain, l’investissement dans les savoir-faire du bâtiment, le renforcement de la recherche et développement, la formation des hommes pour faire face au défi de la rénovation énergétique tel qu’il est exprimé dans la proposition de loi de Boris Vallaud et Jean-Louis Bricout est une formidable opportunité pour mobiliser, sur trente ans et avec une grande lisibilité, un formidable effort de recherche et de formation humaine, afin d’accomplir ce dessein et, sur la base de nos PME et ETI du bâtiment, de réaliser cet effort sans équivalent et dont les effets sont attendus.
Madame la secrétaire d’État, notre défense n’est pas idéologique : elle est incarnée sur le territoire – un territoire que vous connaissez, puisque vous nous avez fait l’honneur de venir signer sur Terres de Lorraine, dans le Toulois, un contrat de transition énergétique, dans le cadre duquel nous sommes engagés ensemble. Vous aurez noté que notre expérience du programme des territoires à énergie positive pour la croissance verte, porté par Ségolène Royal, avait permis de mobiliser, entre des certificats d’économies d’énergie et des subventions de l’État qui existaient alors, 3 millions d’euros de subventions pour 6 millions d’euros de travaux, qui ont permis d’économiser plusieurs millions de kilowatts, soit, en l’état des évaluations que nous sommes en train de réaliser, entre 300 000 et 400 000 euros d’économies de charges  publiques de dépenses d’énergie dans les collectivités qui avaient engagé ces travaux. D’après la fédération du bâtiment de Meurthe-et-Moselle, qui a été notre partenaire tout au long de cette opération, cette démarche a permis de créer vingt-cinq emplois nets. Voilà le bilan d’une action volontariste menée sur un micro-territoire. La proposition de loi de Jean-Louis Bricout et Boris Vallaud ne fait que reprendre cette tendance et permet de l’appliquer à une échelle industrielle.
Je note en outre qu’avec la Banque des territoires, notre territoire se prête actuellement à l’innovation et à l’expérimentation de l’intracting, formule qui permet de rembourser des charges uniquement en fonction des économies d’énergie réalisées. La solution proposée en alternative dans cette proposition de loi, consistant à gager les coûts de la rénovation sur la transmission du patrimoine pour la génération suivante, ne me paraît pas absolument critiquable. Nous laisserons, en effet, à la génération qui nous suit, une planète invivable ou alors la possibilité, en restreignant son héritage, de bénéficier ensemble d’un climat vivable.
Cette proposition de loi renoue, enfin, avec une capacité planificatrice permettant de définir des priorités et de s’y consacrer. Madame la secrétaire d’État, puisque vous exprimez une réserve quant au fait que nous allons distraire quelques dizaines de millions d’euros d’autres aides, notamment pour des gestes courants d’économies d’énergie, je tiens à rappeler qu’il existe des marges de manœuvre dans le projet de loi de finances pour 2020, dont nous allons achever l’examen dans les prochains jours, et encore plus dans celui pour 2021.
La suggestion récurrente des socialistes, c’est de revenir sur les privilèges que vous avez accordés, avec l’instauration de la flat tax et la suppression de l’ISF, aux quelques pour cent de Français les plus privilégiés. Il y a là des marges de manœuvre que nous n’avons même pas mobilisées dans le plan de financement de cette proposition de loi, mais qui permettraient à la fois de continuer à accomplir les gestes que vous évoquez et de réaliser le plan proposé aujourd’hui par les socialistes, qui est à la hauteur de l’enjeu.
(Applaudissements sur les bancs des groupes SOC et GDR.) La parole est à M. Bastien Lachaud. « Pour faire des économies, sept Français sur dix choisissent le froid au chauffage », titrait le journal L’Union , le 19 novembre dernier. Ce titre tapageur révèle en fait une terrible réalité : la précarité énergétique. Parmi les plus concernés par ce choix, les foyers touchant entre 1 500 et 2 500 euros par mois et les retraités. Quelle surprise !
Ce n’est absolument pas un choix, mais une terrible nécessité économique, que le Gouvernement ne veut pas voir. Les gens précaires, dont bon nombre ont un travail, ont ce terrible choix entre acheter à manger, payer l’essence pour aller travailler ou avoir froid. Et comme on ne peut pas se passer de manger et qu’on doit se déplacer pour travailler, on a froid. Combien de foyers où les enfants grelottent pour faire leurs devoirs parce que le chauffage est trop cher ? Ce n’est vraiment pas un choix !
La précarité énergétique est un mal qui ne se voit pas, qui se vit dans la honte. Évidemment, les plus touchés sont ceux qui habitent les logements les moins isolés, les plus vétustes, les plus insalubres. Ce sont donc les plus pauvres qui paient le plus pour se chauffer.
Quand on ne peut pas payer la facture ou que, de toute façon, l’électricité ou le gaz ont déjà été coupés, et qu’il fait si froid, on recourt à des moyens de fortune pour avoir un peu de chaleur. On allume des braseros qui sont sources de multiples accidents, déclenchent des incendies.
Dans ma circonscription, à Aubervilliers et Pantin, plusieurs incendies se sont ainsi déclenchés. Le lundi 28 janvier dernier, une jeune femme de 23 ans, enceinte de trois mois, a été retrouvée morte dans son lit à Bondy en Seine-Saint-Denis. Selon
Le Parisien, la victime aurait succombé à une intoxication au monoxyde de carbone, causée par un chauffage de fortune. Au pied de son lit, les secours ont retrouvé une casserole remplie de charbon.
La Seine-Saint-Denis, dont je suis élu, est le département le plus touché par le fléau des intoxications au monoxyde de carbone dues à un chauffage défectueux ou de fortune : 25 % des intoxications recensées. D’innombrables foyers grelottent en espérant ne pas mourir de froid, ou asphyxiés, ou dans un incendie. Ce n’est pas un choix, c’est la pauvreté.
Face à cela, que fait le Gouvernement ? Rien ou pas grand-chose. Il y a un an et demi, il publiait un plan de rénovation énergétique des bâtiments pour le quinquennat, qui est toujours au point mort. Pourtant ce plan serait vital pour les personnes précaires, indispensable pour lutter contre le dérèglement climatique, utile économiquement pour les emplois qu’une telle rénovation impliquerait.
Le Gouvernement ne se donne même pas les moyens d’agir. Ses objectifs sont flous. En un an, le comité de pilotage ne s’est réuni qu’une seule fois. Le financement public de la rénovation énergétique des logements a diminué d’un quart en 2019, en étant amputé de 800 millions d’euros, un montant jamais compensé.
La loi de 2015 avait prévu la mise en place d’un service public de la performance énergétique de l’habitat mais ce réseau, pourtant indispensable, est menacé car toutes les régions ne veulent pas le maintenir. Même avec des délais allongés et des ambitions réduites, il y a un gouffre entre les ambitions et la réalité.
Alternatives économiques indique que si la loi vise 500 000 rénovations annuelles pour amener les logements au niveau étiquette énergie B, la réalité serait plutôt autour de 40 000.
Quant aux moyens prévus, ils peuvent financer des dispositifs peu cohérents. À quoi sert de remplacer une chaudière à grands frais, si les travaux d’isolation ne sont pas faits ? En fait, ce qui est comptabilisé comme une rénovation n’est souvent que partiel et peu efficace. Les dispositifs « au geste » ne permettent pas une politique ambitieuse et cohérente et laissent les citoyens démunis.
Le Gouvernement n’a pas non plus pris de mesures contraignantes. Le diagnostic de performance énergétique opposable, annoncé pour 2019, est toujours remis à plus tard.
Dernière astuce employée par le Gouvernement pour faire croire qu’il agit : il envisage de revoir à la baisse le coefficient de conversion en énergie primaire de l’électricité, un tour de passe-passe statistique qui pourrait avoir pour effet de sortir au moins un million de logements de la catégorie des passoires énergétiques. Pour lutter contre les passoires énergétiques, le Gouvernement décrète qu’elles n’en sont pas !
Pour lutter contre la précarité énergétique, il faut se donner les moyens d’agir, en commençant par établir une planification écologique et par accorder des financements à la rénovation des bâtiments. Seule l’existence d’une filière énergétique de haut niveau et sous le contrôle de l’État permettra d’atteindre cet objectif, en garantissant une énergie à des prix abordables. C’est ce dont la France disposait avec des opérateurs historiques comme EDF et GDF, dont la qualité faisait l’admiration et suscitait l’envie dans le monde entier et que vous privatisez.
Nous sommes en décembre. Il y a vingt ans déjà, une terrible tempête balayait le pays, causant d’immenses dégâts. Nous savons à présent qu’elle ouvrait un cycle d’événements d’exception qui témoignent de la gravité du bouleversement climatique. Nous devons donc planifier maintenant la conversion écologique des bâtiments. Aussi cette proposition de loi est-elle la bienvenue.
La parole est à Mme Sylvia Pinel. Permettez-moi, tout d’abord, de remercier le groupe Socialistes et apparentés de mettre en débat, à l’occasion de son ordre du jour réservé, les enjeux liés à la rénovation des logements d’habitation, qui sont à la fois considérables et urgents.
Nous nous accordons tous à reconnaître le poids du secteur dans la consommation d’énergie et l’émission de gaz à effets de serre. Nous savons également que la rénovation énergétique emporte une dimension sociale évidente : ceux qui occupent ces passoires énergétiques sont les ménages modestes. N’occultons pas non plus une dimension économique manifeste : ces chantiers sont des sources d’emplois non délocalisables et ils contribuent à faire baisser la facture énergétique de notre pays tout en améliorant le pouvoir d’achat de nos concitoyens.
Cela étant, l’urgence climatique et les impératifs socio-économiques semblent ne pas suffire à motiver une accélération qui permettrait d’atteindre l’objectif de 500 000 logements rénovés. En 2018, le Réseau pour la transition énergétique – l’ancien CLER, comité de liaison pour les énergies renouvelables – évoquait un total de 290 000 rénovations, dont 50 000 seulement permettaient d’atteindre une performance énergétique de niveau B. En 2019, le Gouvernement table sur 370 000 rénovations. Ces chiffres me paraissent optimistes. Gageons que l’Observatoire de la rénovation énergétique, promis en 2020, nous permettra d’y voir plus clair.
Néanmoins, il serait injuste de dire que rien n’a été fait. Citons la loi relative à l’énergie et au climat, même si nous en avons souligné le manque d’ambition. Évoquons aussi les dispositions du projet de loi de finances : la réforme du CITE a le mérite de vouloir soutenir davantage les ménages modestes mais nous regrettons l’exclusion des déciles 9 et 10 ainsi que des propriétaires bailleurs, et, surtout, le fait que l’enveloppe ne progresse pas.
Un mot sur le service d’accompagnement pour la rénovation énergétique, piloté par l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie – ADEME – et qui devrait être fonctionnel en 2020. Il est en effet impératif de mieux accompagner les particuliers étant donné l’enchevêtrement des aides, mais nous notons que les 200 millions d’euros dont il est doté proviennent des certificats d’économie d’énergie et des collectivités.
Nous reconnaissons que le nombre de rénovations augmente. L’ANAH a annoncé hier qu’elle atteindrait son objectif de 120 000 rénovations. Est-ce pour autant suffisant ? Clairement, non.
Beaucoup plus ambitieux, le présent texte ne propose rien de moins que de remettre à plat notre système de rénovation des logements d’habitation. En cela et par les moyens qu’il cherche à mobiliser, il est très stimulant. C’est pourquoi je tiens à saluer l’important travail de ses auteurs.
Tout texte demeure perfectible et celui-ci fait d’ailleurs l’objet de plusieurs amendements du rapporteur mais cette nouvelle prime offrirait plusieurs avantages : sa visibilité et son accessibilité sont à même de lever les obstacles ; le soin apporté pour que le reste à charge soit adapté aux moyens des ménages ; le choix d’instaurer une avance pour accélérer les projets.
Je me pose néanmoins une question : même si la part non remboursable de la prime peut monter jusqu’à 30 % des travaux, ce qui représente une amélioration notable, cela suffira-t-il à convaincre les ménages les plus précaires ?
Avec une entrée en vigueur progressive en fonction de la performance énergétique, laquelle détermine aussi le taux de prise en charge, vous vous attaquez, en priorité, aux passoires énergétiques classées F et G. Ce texte confie aussi à l’ANAH un rôle central en matière d’ingénierie et de conseil. Vous proposez donc d’en augmenter sensiblement les ressources, notamment en fléchant des crédits existants et en recourant à l’emprunt.
Lors des travaux en commission, nous avons fait part des dispositions qui soulèvent des interrogations : votre dispositif de lutte contre le risque inflationniste sur les travaux de rénovation mériterait une véritable expertise, tout comme le mécanisme d’encadrement des loyers de logements rénovés.
Ces réserves posées, notons que ce texte a l’immense mérite de proposer des réponses innovantes, claires et ambitieuses. Il est à même de franchir un palier décisif. Sans présager de la suite des débats, ce texte mérite mieux que le sort auquel il semble malheureusement destiné.
Eh oui ! C’est évidemment le droit le plus absolu de la majorité. C’est gentil de le reconnaître ! Cela étant, nous nous souvenons tous des propos du Premier ministre, lors de son discours de politique générale, en juin dernier. Il nous promettait que les douze mois suivants seraient ceux de l’accélérateur écologique. Et de l’acte II ! Pour ce faire, il annonçait une remise à plat complète des aides à la rénovation énergétique auxquelles il reproche d’être d’une effroyable complexité et de profiter aux ménages les plus riches. Vous l’avez confirmé, madame la secrétaire d’État, dans votre propos liminaire.
La présente proposition de loi répond donc aux injonctions du Premier ministre et semble en mesure d’atteindre l’objectif à moyen et long termes : l’élimination des passoires thermiques en dix ans et la neutralité carbone du parc de logements à l’horizon de 2050. C’est pourquoi le groupe Libertés et territoires y est favorable.
(Applaudissements sur les bancs du groupe SOC.) La parole est à Mme Laure de La Raudière. Tout d’abord, je souhaite remercier Boris Vallaud et saluer son ambition. Il propose de s’attaquer au fléau des passoires thermiques, gâchis énergétique et révélateur des inégalités sociales.
Comme d’autres orateurs l’ont déjà dit, les personnes en précarité énergétique subissent une double peine : ils n’ont pas les moyens de financer des travaux de rénovation alors que leurs coûts de chauffage sont exorbitants. La baisse de la consommation d’énergie carbonée, dont le secteur du bâtiment est le plus gros consommateur, est aussi, à l’évidence, la meilleure façon de lutter contre le réchauffement climatique. Par conséquent, la réallocation de moyens publics vers la rénovation énergétique devrait se trouver au cœur de nos politiques publiques de l’énergie.
Pour des raisons idéologiques, les majorités successives ont plutôt choisi de financer massivement la production d’énergie renouvelable électrique : plus de 100 milliards d’euros ont été dépensés ou engagés, sans rien apporter à la lutte contre le réchauffement climatique. Il faut le rappeler sans cesse, tant le discours écologique dominant tente de faire croire le contraire. Réveillons-nous, chers collègues, et intéressons-nous au bon usage des moyens publics, nécessairement limités, pour lutter contre le réchauffement climatique.
En matière de transformation de l’habitat pour lutter contre le réchauffement climatique, le peu que nous faisons aujourd’hui n’est pas efficace. Selon l’ADEME, entre 2014 et 2016, 36,3 milliards d’euros ont été dépensés pour des rénovations de maisons individuelles dont le diagnostic de performance énergétique restera finalement inchangé. Il faut donc une meilleure coordination de l’ensemble des acteurs et un meilleur contrôle des prestations réalisées. Nous n’avons plus les moyens de nous permettre ce gâchis d’argent public. Le groupe UDI, Agir et indépendants s’interroge donc légitiment sur le véritable pilote de la rénovation énergétique des logements au sein de l’administration et du Gouvernement.
Nous attendons notamment, pour début juillet au plus tard, le premier rapport annuel du Gouvernement au Parlement, prévu à l’article 25 de la loi relative à l’énergie et au climat, concernant l’atteinte des objectifs de rénovation et l’estimation du nombre de logements dits passoires thermiques ayant été rénovés cette année. Nous manquons cruellement de données sur ce sujet.
Le présent texte propose donc un dispositif ambitieux pour la rénovation énergétique des logements privés. Si nous partageons l’objectif, certaines mesures ont déjà été prises avec l’adoption de la loi relative à l’énergie et au climat. Je ne les citerai pas, cela a été très bien fait par Mme la secrétaire d’État.
Nous nous interrogeons surtout sur le mécanisme de financement proposé. Nous avons de très sérieux doutes sur sa mise en œuvre et nous craignons qu’il ne permette pas d’assurer le plan proposé. Il nous apparaît incompatible avec la programmation pluriannuelle de l’énergie, notamment avec les subventions financières qui sont actuellement accordées aux énergies renouvelables plutôt qu’au secteur du bâtiment.
Mes chers collègues, c’est la programmation pluriannuelle de l’énergie qu’il faut revoir en priorité. C’est pourquoi nous ne pourrons pas soutenir ce texte, bien qu’il soulève cette question importante de la rénovation énergétique des logements.
(Applaudissements sur quelques bancs du groupe LaREM.) La parole est à M. Sébastien Jumel. Depuis plusieurs mois, je me dis que l’enjeu auquel nous sommes confrontés, face à l’urgence climatique, est de réconcilier la fin du monde et la fin du mois. Les colères sociales qui s’expriment depuis plus d’un an en France en attestent de manière criante. À l’invitation du groupe Socialistes et apparentés, nous abordons aujourd’hui le sujet à travers un texte relatif à la lutte contre la précarité énergétique qui offre une piste sérieuse et concrète de mise en œuvre d’une transition énergétique juste et équitable.
Depuis trop longtemps, au sein de la majorité, vous essayez de nous faire croire qu’environnement et économie sont incompatibles et que l’on ne pourra réussir la transition écologique qu’à condition que les plus pauvres acceptent de payer pour les plus riches.
Un sketch de Jamel Debbouze me revient en mémoire et résonne avec mes propres souvenirs d’enfance. Les familles populaires ont inventé l’économie circulaire avant l’heure ! Quand j’étais petit, je mettais les fringues de mes frangins. Nous avions déjà le souci de la préservation des biens de première nécessité puisque, dans la famille, nous prenions tous le même bain. Certes, nous le faisions pour des raisons d’économies davantage que pour des raisons environnementales, mais, ce faisant, nous étions dans une démarche exemplaire. Dans les familles populaires, les vélos étaient réparés quand ils étaient cassés, ce qui nous renvoie également au projet de loi relatif à la lutte contre le gaspillage et à l’économie circulaire, actuellement débattu par l’Assemblée et sur lequel nous avons déposé des amendements que vous refusez, pour la plupart, de prendre en compte.
Il existe un espace de convergence possible entre la fin du mois et la fin du monde, mais cette convergence exige des moyens. Le logement, qui absorbe 43 % de notre consommation d’énergie finale, en témoigne de manière exemplaire. Nous faisons face à une réalité sociale manifeste : le logement représente le premier poste de dépenses des ménages. Ce que l’on appelle le taux d’effort énergétique des ménages, c’est-à-dire la part de la facture d’énergie du logement dans leur budget, est en constante augmentation depuis vingt ans et représente en moyenne 5,6 %. Sur 36,3 millions de logements, plus de 7,4 millions sont considérés comme des passoires énergétiques.
Le mal-logement énergétique, cette précarité du quotidien, a un coût, et tout d’abord un coût économique pour les ménages, dont certains sacrifient plus de la moitié de leur reste à vivre à cette dépense. Les plus précaires ont froid et payent cher cette souffrance. Alors, quand vient l’hiver et que la chaudière au fioul fonctionne mal, on baisse le thermomètre pour tenir avec la réserve prévue jusqu’à février, voire jusqu’à mars. On pollue, on le sait ; on ne voudrait pas, mais on n’a pas le choix : on veut simplement ne plus avoir froid.
20 % de logements considérés comme des passoires thermiques et autant de foyers, de visages,  exposés chaque jour à de potentiels risques sanitaires. Car, il faut le rappeler, la précarité dans le logement tue au quotidien : maladies chroniques, insalubrité, accidents, dépression, isolement social, consommation d’antidépresseurs. Le chez soi, ce n’est pas seulement un bien à valoriser sur le marché, une plus-value immobilière ; c’est aussi le lieu qui permet à tous de se retrouver. Mais que faire quand ce chez soi devient lui-même un danger, un fardeau ?
La politique publique de rénovation énergétique existe, mais elle ne va pas assez loin. Les dispositifs tels que le CITE favorisent les effets d’aubaine. Ainsi, la TVA à taux réduit ne parvient pas à toucher les ménages les plus modestes et ne permet pas aux logements les plus énergivores d’être rénovés. Certes, l’ANAH a consacré l’an dernier près de 530 milliards d’euros à la lutte contre la précarité énergétique, mais pour bien peu de résultats face au défi que nous devons relever…
Le texte que nous examinons aujourd’hui propose de créer une prime pour le climat sous la forme d’une avance remboursable pouvant aller jusqu’à 100 % du montant des travaux. Cette prime viserait, selon un calendrier précis, à éliminer les logements des classes énergétiques basses en favorisant le financement des travaux de rénovation. Nous souscrivons à cette proposition et nous saluons celle qui vise à interdire la mise en location des logements classés F ou G à partir du 1er janvier 2027.
Lors de la discussion du projet de loi de finances pour 2020, nous avons réitéré nos critiques à l’égard de la réforme du CITE, qui constitue, selon nous, une mesure d’économie budgétaire déguisée en mesure sociale. Nous avons d’ailleurs, à cette occasion, formulé différentes propositions sur plusieurs sujets, et notamment celle de rendre éligibles au nouveau dispositif les rénovations globales. La prime pour le climat, favorablement accueillie par les professionnels du bâtiment et par les associations de propriétaires, représente un premier pas.
C’est vrai ! La refonte du système d’aides à destination du parc privé ne doit pourtant pas occulter les interrogations qui subsistent sur l’évolution préoccupante des prix de l’énergie, la dépendance aux hydrocarbures dans les systèmes de chauffage et le niveau insuffisant de l’investissement dans la rénovation des bâtiments publics.
En conclusion, nous appelons à élargir le débat pour initier un plan stratégique en faveur de la transition énergétique et sociale. Nous voterons ce texte, car il est porteur d’avancées significatives.
(Applaudissements sur les bancs du groupe SOC.) La parole est à Mme Sophie Beaudouin-Hubiere. La proposition de loi de notre collègue Boris Vallaud portant création d’une prime pour le climat formule des objectifs de rénovation énergétique louables. Ces objectifs, notre majorité et le Gouvernement les défendent depuis 2017 et en ont fait une priorité dans leur action. Il s’agit de la transition écologique, pour faire baisser la consommation d’énergie des bâtiments à usage résidentiel ou tertiaire et les émissions de gaz à effet de serre, et de l’amélioration du pouvoir d’achat des ménages et du confort de leur logement, avec une attention particulière portée aux ménages modestes. Ces ambitions exigent une mise en œuvre simple, juste et efficace, pour que chaque Français, en fonction de sa situation, de ses revenus et de son type d’habitation, puisse s’en saisir. C’est précisément sur cette mise en œuvre que nous divergeons, monsieur le rapporteur.
La prime pour le climat que vous proposez remplacerait toutes les aides existantes par une aide unique. Vous faites le choix d’une approche standardisée de l’aide à la rénovation énergétique ; mais standardiser, c’est exclure des ménages du dispositif, d’abord parce que certains ne pourront pas bénéficier d’aides à la rénovation dès à présent du fait du calendrier de rénovation que vous fixez, qui dépend de la classification des performances énergétiques. Que feront les ménages modestes habitant des logements classés E jusqu’en 2027 ?
Ensuite, le système que vous proposez vise exclusivement la rénovation globale, quand nous pensons qu’il faut aussi promouvoir la « rénovation par gestes » afin d’inciter un maximum de propriétaires à la rénovation.
Le prisme unique de la rénovation globale risque d’exclure des ménages modestes, inquiets de l’ampleur des travaux et de leur montant. De plus, avec votre dispositif, un ménage très modeste qui souhaite uniquement remplacer une chaudière en fin de vie ne pourra pas bénéficier de la prime alors qu’actuellement, il bénéficie d’aides.
Enfin, vous faites l’impasse sur des sujets majeurs. Quid de l’articulation de la prime pour le climat avec les subventions qu’elle ne supprime pas, les certificats d’économies d’énergie et les aides des collectivités locales ? Quid encore des risques d’effets inflationnistes sur les coûts des travaux ?
La majorité et le Gouvernement ont choisi une autre voie pour la simplification des aides : les aides sur mesure ! La transformation du CITE et d’une partie des aides de l’ANAH en prime unifiée, dite Ma Prime rénov’, entérinée dans les prochains jours, donnera de la lisibilité aux aides existantes et incitera à la rénovation. Il s’agit d’une aide directe aux ménages, en particulier les plus modestes. Ma Prime rénov’ permettra, à partir du 1er janvier 2020, de financer la rénovation des logements plus simplement, plus efficacement et de façon plus juste. Elle complétera les aides existantes, qui rencontrent de plus en plus de succès grâce au travail de simplification et de communication que nous menons.
Depuis trois ans, le nombre de logements bénéficiaires du programme Habiter mieux de l’ANAH connaît une augmentation impressionnante : 50 % de ménages bénéficiaires en plus en 2018 par rapport à 2016 ! Idem pour le CITE, qui a bénéficié en 2018 à 1,4 million de foyers, soit 200 000 bénéficiaires de plus qu’en 2017.
Eh oui ! C’est aussi le cas des primes énergie financées par le biais des certificats d’économies d’énergie : 20 % de ménages en plus y ont eu recours entre 2017 et 2018 ! Au-delà de la transformation du CITE en prime, pour renforcer son attractivité pour les plus modestes, l’éco-prêt à taux zéro, ou éco-PTZ, a lui aussi été simplifié afin d’être plus facilement mobilisable. Enfin, l’obligation d’engager des travaux de rénovation dans les passoires thermiques d’ici à 2028 constitue une avancée considérable, inscrite dans la loi relative à l’énergie et au climat à l’été 2019, à l’initiative de notre majorité. Bravo ! Ce travail d’amélioration du dispositif sera intensifié avec la mise en place de l’Observatoire national de la rénovation énergétique pour le parc bâti résidentiel et tertiaire, qui permettra un réel suivi des politiques publiques de rénovation.
Dans ce contexte, le moment était très mal choisi, monsieur Vallaud, pour faire table rase de notre système d’aide à la rénovation énergétique.
Revenons un instant sur l’avantage de votre prime pour le climat en comparaison des mesures que nous mettons en œuvre. Vous proposez 40 % du montant des travaux sous forme de subvention alors que, de notre côté, nous allons jusqu’à 65 % avec la prime unifiée. D’ailleurs, la prime pour le climat n’en est pas vraiment une ! Il s’agit en fait d’une avance sur travaux, qui conduira nos citoyens à s’endetter sur plusieurs dizaines d’années et peut-être même à transmettre des dettes à leurs héritiers.
J’ajoute que le dispositif n’est pas particulièrement inclusif. On nous a reproché cet automne d’exclure les neuvième et dixième déciles du CITE, mais vous proposez un système d’éligibilité qui n’est ouvert qu’à deux ou trois classes énergétiques à la fois !
Au bout du compte, si l’on en croit les chiffres que vous avancez, votre système repose sur un budget a minima trois fois supérieur à celui d’aujourd’hui, pour trois fois moins de personnes éligibles !
Le groupe La République en marche a fait le choix de ne pas déposer d’amendements de suppression sur cette proposition de loi, par respect pour le débat démocratique. Toutefois, je ne vous surprendrai pas en indiquant que nous lui sommes défavorables dans la mesure où nous avons, ces derniers mois, inscrit dans la loi et mis en œuvre de réelles améliorations des dispositifs existants. Il est nécessaire de laisser ces dispositifs se déployer et produire leurs effets, mais aussi de les évaluer, avant toute nouvelle modification.
(Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM.) Excellent ! La parole est à M. Jean-Pierre Vigier. La proposition de loi que nous soumet le groupe Socialistes et apparentés a pour objet la mise en place d’un dispositif ambitieux – j’insiste sur ce terme – pour le financement de la transition énergétique des logements d’habitation.
La question de la lutte contre les passoires thermiques a été abordée dans le cadre de l’examen en première lecture du projet de loi relatif à l’énergie et au climat à l’Assemblée en juin dernier. Le Gouvernement avait alors fait adopter un dispositif d’encadrement des performances énergétiques posant les premiers jalons d’une transition énergétique de l’habitat, sans toutefois proposer de mécanisme de financement correspondant. En outre, l’examen du projet de loi de finances pour 2020 n’a pas permis de dégager une vision claire de la transition énergétique prévue pour le parc français de logements puisque, en particulier, les 20 % des ménages les plus aisés sont désormais exclus de la nouvelle prime à la rénovation énergétique.
La proposition de loi cherche à combler cette lacune grâce à un plan sur trente ans doté d’une enveloppe de 150 milliards d’euros, soit 5 milliards par an, financés en grande partie par des emprunts de l’ANAH, garantis par l’État, et par la mobilisation de crédits existants.
La prime pour le climat doit permettre de financer les travaux de transition énergétique, le taux de prise en charge étant déterminé par le gain de performance énergétique. Une grande partie de la prime serait remboursée, soit par une augmentation des droits de mutation, soit de manière mensualisée, sur la base des économies d’énergie attendues.
Le dispositif ne manque pas d’intérêt. II nous semble à la fois pertinent et bien calibré du point de vue du financement. Il fait peser sur la puissance publique la trésorerie d’un investissement trop lourd pour de nombreux propriétaires, mais rentable économiquement et écologiquement à très long terme.
Je note, en tout cas, que la prime pour le climat suscite l’intérêt de toutes les parties prenantes : le secteur du bâtiment, les associations de propriétaires et les associations caritatives.
La mise sous perfusion dopante d’un pan entier de l’économie pose évidemment des questions. Un tel investissement est susceptible d’avoir des effets de bord qui nécessiteront des mesures de régulation en cascade. La proposition de loi prévoit d’ailleurs un encadrement des loyers des biens ayant bénéficié de la prime. Nous craignons par ailleurs de fortes tensions sur le marché des travaux en raison d’une éventuelle incapacité du secteur à répondre à cette demande stimulée artificiellement.
Au-delà des enjeux conceptuels d’une nouvelle forme de planification économique mi-administrée mi-incitative, la proposition de loi répond néanmoins à un enjeu écologique majeur, la réduction de la consommation d’énergie des logements, en levant les difficultés de financement de cette transition du parc de logements, aujourd’hui insoutenable pour un grand nombre de propriétaires.
Nous regrettons dès lors que la majorité ait balayé ce texte en commission sans autre forme de procès. Souhaitons que son examen dans l’hémicycle lui réserve un sort différent. Le Gouvernement et sa majorité doivent considérer ces propositions à leur juste valeur, au-delà de toute tactique politicienne. Pour nombre de Français, la précarité énergétique est en effet un piège duquel la politique actuelle ne leur permet pas aujourd’hui – je dis bien aujourd’hui – de s’extirper.
(Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes SOC et GDR.) La parole est à Mme Marguerite Deprez-Audebert. Alors que les factures énergétiques pèsent de plus en plus lourd dans le budget des ménages, l’instauration d’outils permettant d’alléger la charge du coût de rénovation des logements apparaît comme un enjeu social majeur. Je remercie donc le groupe Socialistes et apparentés de nous donner la possibilité de nous exprimer une nouvelle fois sur cette question.
La précarité énergétique touche un grand nombre de nos concitoyens. Plus de 7 millions de foyers sont considérés comme des passoires thermiques. Dans ma région des Hauts-de-France, ils sont 800 000 concernés par ce fléau. En outre, ces ménages utilisent 19 % de leur budget, en moyenne, pour se chauffer. C’est la raison pour laquelle la réduction de la précarité énergétique et la rénovation du parc de logements sont devenues des axes d’action prioritaires durant le présent quinquennat.
Le groupe MODEM et apparentés comprend, bien entendu, la volonté du groupe Socialistes et apparentés de permettre à nos concitoyens de se loger dignement. Je salue le travail accompli au cours des auditions que vous avez menées, monsieur le rapporteur. Nous ne remettons pas en question l’intention sincère qui anime les auteurs de la proposition de loi soumise à notre examen.
Conscients du défi social et environnemental que constitue l’impossibilité pour tous les Français de disposer de services énergétiques adéquats pour leur logement, nous devons aborder la question d’une manière durable et constructive et mettre en œuvre des solutions réalistes socialement et écologiquement soutenables.
Toutefois, depuis le début de la législature, le groupe MODEM souligne avec force l’importance d’un meilleur contrôle des dépenses publiques. Or, selon le dispositif qui nous est proposé, l’État accorderait par l’intermédiaire de l’Agence nationale de l’habitat une avance remboursable couvrant l’intégralité du montant des travaux. Cela représente un effort des plus considérables : 300 milliards d’euros sur trente ans. L’investissement par le fléchage que prévoit la proposition de loi risque de peser très lourd pendant une période très longue.
En outre, l’abondement financier de cette initiative ne devrait pas nécessairement découler du seul budget de l’État. Conformément à la responsabilité sociale des entreprises et en lien avec l’émergence d’une réglementation de l’action climatique, les régulateurs de marché et le secteur privé doivent jouer un rôle actif et contributif en la matière. Le secteur de l’électricité est très compétitif et la tendance à la baisse des prix exercera une pression supplémentaire sur les marges et les bénéfices. Pour aller de l’avant, il faut recourir à des mesures incitatives afin d’encourager les acteurs du marché à accompagner la démarche. Davantage de parties prenantes doivent être impliquées avec équité dans les initiatives de transition énergétique.
C’est la raison pour laquelle nous avons opté, dans le cadre du projet de loi relatif à l’énergie et au climat, pour une action en trois temps : une première phase d’incitation et d’information des propriétaires occupants, des propriétaires bailleurs et des locataires, notamment par l’intermédiaire d’un audit énergétique ; une deuxième phase d’obligation qui s’applique à la réalisation de travaux d’amélioration de la performance énergétique des logements classés F et G ; enfin, une phase de sanction, si besoin est. Ce mécanisme en trois temps repose sur un plan d’action progressif qui garantit l’accompagnement de nos concitoyens vers une société décarbonée et moins énergivore.
Ces mesures ayant fait l’objet d’un long examen il y a quelques mois, nous demandons que l’on commence par en évaluer la mise en œuvre, et ses effets, avant quelque autre travail que ce soit. Ce que nous avons voté est un pas dans la bonne direction : il est important que nous soyons en mesure d’en analyser toute la portée, et de disposer pour ce faire de toutes les études nécessaires, avant de recourir à de nouvelles mesures.
Mes chers collègues du groupe Socialistes, nous vous rejoignons bien évidemment s’agissant de la nécessité de lever les obstacles à la rénovation des logements pour de nombreux propriétaires modestes et d’accompagner ces derniers dans une démarche environnementale. Voilà précisément pourquoi nous attendrons les résultats de l’encadrement social et environnemental défini il y a quelques mois avant de chercher à définir de nouveaux mécanismes.
Le groupe MODEM et apparentés ne votera donc pas la présente proposition de loi.
(Applaudissements sur quelques bancs du groupe LaREM.) La parole est à M. Jean Lassalle. Je veux tout d’abord rendre hommage à Valérie Rabault et à mes collègues du groupe Socialistes pour leur initiative, qui me semble aller dans le bon sens par les temps qui courent. Sa concrétisation permettrait de remettre aux normes un très grand nombre de logements et, ainsi, de les rendre habitables dans des conditions normales, mais aussi, peut-être, de faire apparaître à nos concitoyens le lien, qui peut leur sembler un peu ténu, entre le renforcement des mesures pour le climat et le fait que leurs fenêtres ou leurs portes ferment plus ou moins bien.
Il n’y a qu’un aspect que je n’ai pas compris, mais nous le tirerons au clair – j’en ai parlé avec ma collègue Rabault à l’instant. Le texte propose l’instauration d’une prime pour le climat qui constitue une avance remboursable intégrale. Il y a là quelque chose qui ne va pas : une prime, on la donne ; une avance remboursable, on l’avance, puis on la récupère. Mais Mme Rabault m’a dit que nous allions voir cela par la suite.
C’est rassurant ! (Sourires.) En tout cas, une chose est certaine : si l’on prend en charge 30 % du montant des travaux de rénovation énergétique, comme on le fait actuellement, aucun ménage ou presque ne peut se permettre de réaliser ces derniers, pourtant si nécessaires, particulièrement en milieu rural et dans les villes de moins de 20 000 habitants. En revanche, si, par le biais de la Caisse des dépôts et consignations et grâce au concours de l’ANAH, les 70 % restants sont financés sous forme d’avance remboursable, beaucoup vont pouvoir faire ces travaux, et tout le monde s’en trouvera mieux, les habitants comme le climat.
Le fait d’y inciter, en leur tendant la main, les propriétaires qui louent de véritables passoires me semble également aller dans le bon sens.
Il y a là, madame la secrétaire d’État, une application tangible du plan climat que le Gouvernement a lancé.
Mais il manque peut-être de la thune, et c’est là le problème. Je ne cesse de le dire : nous ne pourrons pas traiter les problèmes graves auxquels notre pays est confronté, en relançant une grande politique économique et sociale propre à restaurer la confiance, si l’on n’y réinjecte pas des financements publics, au service du politique.
J’ai visité le four solaire de Font-Romeu, installé dans les années soixante : nous sommes beaucoup plus avancés qu’on ne le dit en matière d’énergie solaire. Si l’on avait un peu moins peur, pour diverses raisons, de laisser tomber le pétrole, on pourrait aller très vite sur cette voie. Si la France a été capable de construire son programme nucléaire en vingt ans, elle pourrait faire de même pour le solaire, et le Gouvernement n’aurait pas à s’inquiéter des retraites ni de tout ce qu’il convient de faire dans le pays, qui, aujourd’hui, s’impose aux plus modestes d’entre nous et qui, du coup, n’est pas engagé.
En résumé, j’appuie sans réserve la démarche de nos collègues, qui a le mérite de nous amener à discuter de ces éléments essentiels, et je pense plus généralement qu’il nous faut nous mettre enfin au travail pour opérer une transition énergétique véritable, avec de nouveaux moyens.
(Applaudissements sur les bancs du groupe SOC.) La discussion générale est close.
La parole est à M. le rapporteur.
Je suis au regret de constater, au vu des objections qui nous ont été faites, que beaucoup d’entre vous n’ont pas lu mon rapport ni pris connaissance des amendements.
Si ceux-ci sont nombreux, c’est parce que nous avons beaucoup auditionné, beaucoup écouté et beaucoup repris les suggestions de ceux qui ont bien voulu nous en soumettre. Au total, qu’il s’agisse des associations de lutte contre la précarité, de celles qui s’engagent pour la transition énergétique, des associations de propriétaires, de locataires ou des fédérations du bâtiment, tous nous ont témoigné beaucoup d’intérêt et nous ont vivement encouragés dans notre démarche.
Vos administrations elles-mêmes, madame la secrétaire d’État, nous ont confirmé – je ne dirai pas par la bouche de qui, car c’était sous le sceau du secret – le sérieux de notre proposition de loi, lui voyant un seul petit inconvénient : aller à rebours des propositions du Gouvernement…
Eh oui ! Voici en substance ce que vous nous avez dit : « Tu m’occupes de rien, je t’occupe de tout ! » Sauf que, en réalité, ce que vous faites n’est pas à la hauteur de ce que vous avez prévu… C’est vrai ! …et que je ne critiquerai même pas en tant que tel – je reprends d’ailleurs ici plusieurs de vos propres hypothèses. Je demande simplement que nous ayons un peu plus d’ambition, que nous tentions de nous donner les moyens d’être au rendez-vous de la suppression des passoires énergétiques en dix ans et de la neutralité carbone en 2050. Car un agenda s’impose à nous : celui du changement climatique. Il ne nous permettra pas de différer quoi que ce soit. On nous parle de tensions pour le secteur du bâtiment, mais ces rénovations thermiques, d’une manière ou d’une autre, il va falloir les faire ! Nous n’y échapperons pas.
Il est vrai que nos propositions supposent des partis pris, dont le fait d’écarter les gestes simples. Tous les acteurs nous l’ont dit : le problème, c’est que l’on admet les gestes simples plutôt que de concentrer nos moyens et nos efforts sur la rénovation complète visant la meilleure performance énergétique possible – c’est-à-dire un bâtiment basse consommation lorsque l’on peut le faire, mais, parce que nous ne sommes pas idiots, une moindre performance lorsqu’on ne le peut pas ; nous l’avons écrit dans notre rapport. C’est un parti pris, parce que cela coûte plus cher et que les moyens ne sont pas multipliables à l’infini.
Notre dispositif, nous objectez-vous, ciblera moins de personnes que l’actuel. Mais il fait passer de 200 000 à 700 000 le nombre de rénovations par an !
C’est pas mal ! Ainsi, si l’assiette est moins large, la proportion de ceux qui y auront recours sera démultipliée. Vous ne pouvez pas dire l’inverse.
Ensuite, nous procédons par ciblage, mais, sur la totalité de la période, ce sont 100 % des propriétaires qui sont éligibles au mécanisme, bailleurs comme occupants, du moment que le logement sert de résidence principale. Pas de fake news : c’est la réalité objective !
Vous nous dites ensuite que notre proposition est moins-disante socialement. Pourquoi donc ne pas l’avoir amendée pour relever les taux ? Pour notre part, nous avons pris la précaution de pratiquer le « refléchage », c’est-à-dire de ne pas créer de taxe ou d’impôt supplémentaire. En outre, les contraintes de la recevabilité ne nous ont pas permis d’adosser nos propositions à des ressources permettant d’en faire davantage – je pense par exemple aux subventions du FEDER que nous rendons chaque année à l’Union européenne, ou aux 9 milliards d’euros prévus dans le cadre des investissements d’avenir et que nous pourrions mobiliser.
Eh oui ! Bravo ! Nous avons par ailleurs évité de recourir aux certificats d’économies d’énergie, suivant la recommandation de plusieurs administrations selon lesquelles, leur champ d’application ne se réduisant pas à la rénovation, il est préférable de ne pas y toucher pour ne pas déséquilibrer d’autres politiques publiques.
Vous faites valoir, madame Beaudouin-Hubiere, que le taux d’aide actuel peut atteindre 65 %. Nous ne faisons pas moins bien ! D’une part, nous proposons par voie d’amendement d’instaurer un nouveau seuil de subvention, correspondant à 40 % de l’avance ; d’autre part, conscients du fait que certains travaux, bien que nous en ayons plafonné le montant à deux tiers de la valeur du bien, pourraient, en zone détendue, ne pas renchérir suffisamment le prix du bien, mettant le propriétaire en difficulté, nous avons instauré dans ces zones une bonification de 10 %.
Par ailleurs, vous l’avez dit vous-même, madame la secrétaire d’État, la partie non subventionnable de l’avance ferait l’objet d’un remboursement différé dans le temps. À cet égard, je rappelle que si on se basait sur l’inflation des droits de mutation ces trente dernières années, cela reviendrait à défalquer du reste à charge 66 % de l’augmentation de la valeur faciale due à l’inflation, 33 % sur vingt ans et presque 13 % sur dix ans. Et vous associez immédiatement la part subventionnable à l’effet inflationniste. Je note que pour les personnes les plus défavorisées habitant en zone détendue, notre proposition est mieux-disante sociale sur trente ans que la vôtre.
Ensuite, il est vrai que les propriétaires de bâtiments non classés F ou G vont devoir attendre. C’est la raison pour laquelle nous prévoyons que le chèque énergie devienne pour eux une bonification.
Oui, j’ai fait le choix sinon d’une planification, en tout cas d’une forme de colbertisme vert, parce que je crois que l’on ne peut faire confiance au seul marché pour que les problèmes se résolvent.
Vous pourriez être ministre ! Peut-être que cela arrivera, mon cher collègue, il peut y avoir des alternances. Monsieur le rapporteur… J’en reviens à mon propos, monsieur le président. S’agissant de l’ANAH, avec une augmentation de ses crédits de 1,5 milliard chaque année, ce ne serait pas la même qu’aujourd’hui, mais je rends hommage à la qualité de son engagement et de ses personnels. L’ANAH n’agirait pas seule, mais par l’intermédiaire des organismes habilités, éventuellement des sociétés d’économie mixte – je pense aussi à Picardie Pass Rénovation, dont je salue le travail –, qui permettront de faire de l’assistance à maîtrise d’ouvrage sous la forme, les associations concernées insistent sur ce point, d’un accompagnement personnalisé, de proximité. Il ne s’agit pas de standardisation, mais d’individualisation de l’accompagnement, avec comme objectif final la meilleure des qualités possibles. Très bien ! Nous ne prévoyons pas pour autant que l’ANAH devienne un organisme financier. On connaît les règles des ratios prudentiels – Bâle 3, etc. – et les difficultés qui en découleraient. Nous n’avons donc pas choisi d’en faire un tiers financeur. C’est pourquoi il est proposé de créer une nouvelle section au sein de la Caisse des dépôts qui assumerait cette tâche,… Exactement ! …la consolidant dans ses résultats et permettant ainsi d’emprunter à des taux de marché plus favorables que les taux bancaires. On ferait ainsi des économies. En plus, ce serait de la dette saine, puisqu’elle sera remboursée. Et on sait que l’argent que l’on n’investit pas aujourd’hui dans les économies d’énergie nous coûtera trois fois plus en investissements dans quelques années.
Quant au risque inflationniste, vous avez pu constater, même s’il y a une différence de culture entre nous sur ce point, que nous le prenons en compte en encadrant le dispositif. Il est ainsi prévu de plafonner par arrêté – car cela ne relève pas du domaine législatif – le montant des travaux selon les équipements, afin d’éviter un effet d’aubaine. Vous avez également pu constater que nous encadrons les conditions de relocation et de revente en prévoyant que le maire puisse prendre un arrêté de précarité énergétique, sur le modèle de l’arrêté de péril ou de l’arrêté pour insalubrité.
Très bien ! Notre dispositif est complet, le mécanisme de financement parfaitement fonctionnel. Alors quand je vous entends dire, madame la secrétaire d’État, que « nos objectifs sont louables », j’ai l’impression qu’il s’agit de l’appréciation d’un prof écrite sur le bulletin scolaire d’un de ses élèves : « Bien. Fait des efforts. » Je vous remercie, mais nous ne présentons pas cette proposition de loi pour nous-mêmes, mais au nom de l’urgence climatique, qui nous gifle sauvagement. Vous n’avez pas le monopole de la lutte contre la précarité énergétique ! Je me souviens que l’on disait il y a quelques années : « Regardez le monde qu’on va laisser à nos enfants. » Mais nous vivons déjà dans ce monde, c’est pour nous-mêmes qu’il y a urgence à agir maintenant. Je regrette le peu de considération dont vous faites preuve à l’égard de notre travail. Vous pensez que votre gouvernement a déjà tout fait, tant mieux… Mais si c’était le cas, chacun s’en féliciterait. Eh oui ! J’ai bien compris quel était le résultat des courses. C’est regrettable. Le dispositif que nous proposons est bien imparfait, mais je dois vous dire qu’il y a des jardins imparfaits qui me paraissent plus enthousiasmants et plus prometteurs que des jardins à la française qui ne produisent pas grand-chose et qui paraissent étriqués.
L’examen des amendements que nous allons entamer devrait tout de même permettre d’entrer dans le détail des propositions que nous formulons dans ce texte.
(Applaudissements sur les bancs du groupe SOC. – Mme Sylvia Pinel applaudit également.) La parole est à Mme la secrétaire d’État. Je souhaite que nous débattions de ce texte sur le fond, au regard de la question qu’il pose et des solutions qu’il apporte. C’est bien pourquoi le Gouvernement n’a pas déposé d’amendements de suppression. Je partage l’impatience exprimée par tous les orateurs : il s’agit en effet de faire fonctionner plus vite et mieux la rénovation énergétique des bâtiments. Je partage aussi leur indignation devant la situation des personnes aujourd’hui dans la précarité énergétique en raison de logements mal isolés et difficiles à vivre.
Je commencerai en revenant sur la métaphore du jardin à la française : c’est bien parce qu’elle fait penser à un jardin à la française, monsieur le rapporteur, que votre proposition de loi ne marche pas. Vous proposez une prime unique avec seulement – outre un taux bonifié sur certaines zones – deux taux d’aide sous forme de subvention pour travaux : un taux de 30 % ou de 40 %, qui s’appliquerait à tous les ménages du premier au huitième déciles, alors que cela fait un an que notre ministère travaille à la refondation du système pour parvenir à un système qui marche. Et je voudrais à cet égard, monsieur le rapporteur, vous rappeler ce que nous sommes en train de mener à bien.
Tout d’abord, il y a le plan énergétique du bâtiment. Lancé il y a un an, il est bien piloté : preuve en est que le comité de pilotage s’est encore réuni pas plus tard que le 18 novembre.
Nous travaillons sur tous les aspects de la question de la précarité énergétique, à commencer par la méthodologie pour savoir comment il faut évaluer le nombre de rénovations en cours. C’est un point important. Nous avons mis en place un observatoire de la rénovation énergétique qui nous permettra de répondre à la demande formulée lors des débats sur la loi énergie-climat, à savoir un rapport qui sera bien remis en juillet prochain.
Nous travaillons avec les artisans pour améliorer leur capacité à répondre à la demande en solidifiant le label RGE – reconnu garant de l’environnement – afin d’avoir plus d’artisans labellisés RGE, assurant ainsi une montée en compétences et capables de répondre à la demande.
Nous travaillons à l’accompagnement. Il faut sur ce point passer à la vitesse supérieure, parce que la loi de transition énergétique pour la croissance verte de 2015 avait bien confié une forme de chef de filat aux régions, mais sans qu’aucune mise en œuvre ne suive et en ne prévoyant que des moyens très limités pour l’ADEME – 20 millions d’euros par an. L’accompagnement est désormais assuré région par région ; 200 millions sont alloués sur trois ans pour qu’il existe réellement, pour que Juliette, une dame de 91 ans habitant Digne, dans les Alpes-de-Haute-Provence, que j’ai rencontrée et qui cherchait désespérément quelqu’un qui pourrait lui dire comment passer à une chaudière moins énergivore, dispose à cet effet d’un point d’accueil ailleurs qu’à Marseille.
Ça existe depuis vingt ans ! Ce sera le cas après la convention que le ministère va signer avec la région Provence-Alpes-Côte-d’Azur. Mais sachez que cette dame, faute d’informations, a décidé toute seule de remplacer sa chaudière au fioul par une autre chaudière au fioul ! Pour améliorer l’accompagnement et la capacité à répondre aux besoins des Français, nous mettons donc 200 millions sur la table et signons une convention avec chacune des régions. Et elles seront, ainsi que les EPCI, au rendez-vous.
Nous travaillons aussi sur la dimension territoriale. Dominique Potier sait bien que notre ministère a signé un contrat de transition écologique avec Terres de Lorraine, et quatre-vingts territoires sont déjà labellisés « contrat de transition écologique ». Cela permet une démarche intégrée à l’échelle territoriale.
Oui, monsieur le rapporteur, nous travaillons sur les aides et les primes ; et non, il n’y a pas une aide unique censée marcher pour tout le monde. La Prime rénov’ que nous mettons en place est différenciée selon les gestes et selon les revenus. C’est une mesure de justice que d’aider plus des gestes plus coûteux, plus lourds et plus difficiles à réaliser. C’est une mesure de justice que d’aider plus la rénovation globale. C’est une mesure de justice que d’aider plus les ménages qui en ont le plus besoin. Cette prime unifiée sera facile d’accès – on pourra la demander directement sur internet – et versée immédiatement après la fin des travaux, son montant variant en fonction de la situation personnelle et des revenus des ménages et des gestes énergétiques. Nous différons vous et moi concernant les gestes simples, mais je pense que tous les professionnels vous diront que nous avons besoin d’aider nos concitoyens à changer de chaudière comme à isoler leur logement, sachant que tout le monde n’est pas prêt à faire en une seule fois une rénovation globale, parce que c’est cher et que c’est lourd. À cet égard, une avance remboursable, qui nécessite de payer une mensualité pendant une durée très longue, ne peut être une solution pour tout le monde.
Tout à fait ! Je suis favorable aux deux types de rénovation : la rénovation globale et la rénovation par étapes. Cette dernière a d’ailleurs souvent lieu lorsque l’accompagnement est là : le ménage commence par un seul geste, la chaudière par exemple, avant de passer à l’isolation dans une perspective de rénovation globale. Il ne faut pas opposer les deux. Or vous arrivez avec un mécanisme unique et universel,… Comme les retraites, madame la secrétaire d’État ! …avec une seule aide, à chaque fois un seul taux, un seul critère, un seul objectif BBC – bâtiment basse consommation. Alors qu’il n’y a pas un seul chemin possible menant à la rénovation énergétique des bâtiments et que nous devons en financer plusieurs.
Je ne suis pas en train de dire que tout a déjà été fait et que tout fonctionne parfaitement, mais que nous sommes en train de changer fondamentalement la rénovation énergétique des bâtiments. Ma Prime rénov’ est mise en place le 1er janvier prochain : il faut laisser une chance à cette nouvelle mesure de trouver son public. De même, l’accompagnement personnalisé va être développé à partir de l’année prochaine, en lien avec les collectivités locales et en renforcement de ce qui existe déjà ; il faudra laisser à ce dispositif la possibilité de faire ses preuves. Nous sommes en train de changer les choses et prêts à être évalués sur les résultats. Je sais que nous le serons en rendant des comptes sur le nombre de rénovations effectuées.
Le mécanisme que vous proposez est faussement simple, faussement lisible et inadapté.
Très juste !
J’appelle maintenant les articles de la proposition de loi dans le texte dont l’Assemblée a été saisie initialement, puisque la commission n’a pas adopté de texte.
La parole est à Mme Marjolaine Meynier-Millefert. Je voudrais tout d’abord saluer l’apport de mes collègues Jean-Louis Bricout et Dominique Potier, avec qui j’ai eu l’occasion de travailler sur les questions de rénovation. M. Potier a d’ailleurs lui-même soulevé le problème majeur de ce texte : l’inimaginable appel d’air qu’il risquerait de créer et toutes les dérives qui pourraient en découler. Je vais m’expliquer en me livrant à un petit calcul. S’il y a 7,4 millions de passoires thermiques et que tous les propriétaires sont invités à demander entre 2021 et 2026 le financement très avantageux proposé par le texte, cela fait environ 1,5 million de dossiers à traiter chaque année pendant cinq ans, soit trois fois plus que les objectifs actuels – déjà difficilement atteints, puisque le rythme actuel est de 400 000 rénovations par an. Qui viendra faire les travaux, même s’ils sont financés à 100 % ? Qui formera les professionnels manquants et à quelle vitesse ? Comment sera garantie la qualité des travaux effectués ?
Admettons qu’on arrive à quadrupler le nombre de professionnels du jour au lendemain. Une rénovation complète coûtant 50 000 euros à 60 000 euros en moyenne, le total s’élèverait environ à 400 milliards sur cinq ans. Certes, il s’agirait d’un prêt, mais d’un gros prêt tout de même… Mais admettons.
Aujourd’hui, personne n’est capable de garantir le retour sur investissement des travaux de rénovation énergétique. Je dis bien personne. Et pour trois raisons : la qualité variable des travaux, l’augmentation imprévisible du prix de l’énergie et les usages des occupants après travaux – ce qu’on appelle l’effet rebond et qui peut annuler jusqu’à 50 % de l’efficacité énergétique attendue des travaux.
Elle a raison ! Je note que 50 % sur 400 milliards, cela signifie 200 milliards de dérive budgétaire possible.
Admettons que l’on parvienne à limiter à 5 % la dérive budgétaire – ce qui est le cas dans le cadre d’un contrat de performance énergétique. Cela représenterait tout de même 20 milliards sur cinq ans.
Admettons qu’une dérive de 20 milliards soit légitime au regard de l’urgence climatique. Comment produire les matériaux nécessaires aux rénovations ? D’où seraient-ils importés ? Quelle serait leur qualité ? Aujourd’hui, personne n’est capable de fournir une telle quantité de matériaux sans augmentation des prix sous l’effet de l’augmentation de la demande.
Par conséquent, à moins que je n’aie pas compris le mécanisme présenté,…
Ça doit être ça ! …je pense qu’il n’est pas viable. (Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM.) C’est un raisonnement par l’absurde ! La parole est à M. Jean Lassalle. M. Boris Vallaud est très aimé dans les Landes, comme moi, surtout de ses électeurs, et il est excellent comme on vient encore une fois de le voir. Solidarité du Sud-Ouest ! (Sourires.) Il y a deux termes dont mes capacités économiques ne me permettent pas de saisir comment ils peuvent échapper à la contradiction : « prime » – ce qui veut dire un don –… C’est très socialiste ! …et « avance » – ce qui veut dire remboursement. Quelqu’un pourrait-il m’éclairer sur ce qui peut prêter à plusieurs interprétations possibles, sachant que je voterai bien entendu cette proposition de loi qui me paraît excellente. La parole est à M. Boris Vallaud, pour soutenir l’amendement no 1. Il s’agit d’un amendement de précision juridique.
Je souhaitais réagir aux dernières interventions, qui me semblent dramatiques par ce qu’elles disent de la résignation – et même, dans une certaine mesure, de la démission – qui prévaut dans les rangs de la majorité. Vous expliquez que l’objectif fixé dans la proposition de loi n’est pas atteignable. Un calendrier s’impose portant à nous, en toute hypothèse : nous devons supprimer les passoires énergétiques en dix ans et atteindre la neutralité carbone d’ici à 2025. Vous pouvez apporter toutes les explications du monde, mais un engagement de 1,83 milliard d’euros restera toujours inférieur à une mobilisation à hauteur de 10 milliards d’euros. S’agissant des délais retenus, si nous donnons de la visibilité, de la stabilité et la possibilité de se former aux acteurs concernés, ils seront tenus.
Nous sommes en guerre contre le changement climatique. Aussi proposons-nous une économie de guerre. Vous pouvez invoquer toutes les raisons pour lesquelles les mesures proposées ne peuvent pas fonctionner, mais la réalité, c’est que si ce sont les seules réponses que vous êtes capables d’apporter, nous allons tous nous planter !
Vous n’avez pas répondu à ma question, monsieur le rapporteur ! Quel est l’avis du Gouvernement ? J’émets un avis défavorable, non pas sur l’amendement en tant que tel – qui est de précision juridique –, mais parce que le Gouvernement est opposé au dispositif proposé dans le texte de loi. La parole est à Mme Marjolaine Meynier-Millefert. Je ne me prononcerai pas non plus sur l’amendement de précision juridique, mais je souhaite compléter mon propos.
Vous proposez, monsieur Vallaud, de substituer une prime pour le climat à tous les dispositifs existants afin de lever les freins au financement de la rénovation énergétique. Nous aurions tous envie d’applaudir à cette idée, si elle avait une chance de réussir, mais nous avons déjà tenté d’appliquer cette solution, par le biais du système à un euro, qui a levé les freins au financement et permis aux Français d’engager des travaux. Le problème, c’est que la machine s’est emballée, à tel point que le dispositif – qui prévoyait initialement le renouvellement de 300 000 chaudières – doit aujourd’hui être freiné, sous peine de faire exploser le système.
Or vous ne proposez pas de réaliser 300 000 gestes de rénovation, mais 1,5 million de rénovations complètes – cinq fois plus ! Une telle augmentation serait, au rythme que vous proposez, ingérable. Je le dis avec regret, car je suis – comme vous le savez – très engagée sur le sujet de la rénovation énergétique, et je souhaite sincèrement que nous progressions.
Il est vrai que pour l’heure, nous ne sommes pas en ligne avec nos objectifs. En revanche, nous avons beaucoup amélioré la situation depuis deux ans. En 2017, il semblait que nous ne pourrions atteindre notre but qu’en 2100. Vous estimez que cet horizon a été ramené à 2080.
C’est exactement cela ! Dans deux ans, peut-être serons-nous effectivement en mesure d’atteindre notre cible en 2050. C’est tout ce que je nous souhaite, et je suis ravie que nous continuions de travailler ensemble dans ce sens. (Mme Véronique Hammerer applaudit.) Sur l’amendement no 31, je suis saisi par le groupe Socialistes et apparentés d’une demande de scrutin public.
Le scrutin est annoncé dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.
La parole est à Mme Sereine Mauborgne.
Plusieurs d’entre nous travaillent sur les questions de rénovation énergétique au sein du collectif Accélérons créé à l’initiative de Matthieu Orphelin. Je vous rappelle tout de même, monsieur Vallaud, que vous étiez aux affaires encore récemment, que vous n’avez jamais mené cette politique à bien et que, s’agissant de la mise en œuvre du chèque énergie – je peux l’affirmer pour y avoir travaillé avec Mme Sophie Beaudouin-Hubiere ici présente –, il y avait de nombreux trous dans la raquette,… Eh oui ! …d’abord en matière de non-recours – car lorsqu’on prend des mesures de protection pertinentes, la première exigence est bien de s’assurer que les Français y ont effectivement recours –, mais aussi s’agissant de la gestion administrative des fonds.
Il est facile de signer des chèques et d’ouvrir les vannes de la dette publique,…
C’est n’importe quoi ! …mais, si personne ne gère ensuite les approvisionnements et les effets sur les ménages, la mesure se révèle totalement inutile. (Mme Sophie Beaudouin-Hubiere applaudit.) La parole est à M. Dominique Potier. Je n’évoquerai pas l’amendement en tant que tel, le responsable du groupe Socialistes et apparentés ayant souhaité rebondir sur la discussion générale qui vient d’avoir lieu.
Votre attitude consistant à nous ramener à la période précédente, madame Mauborgne, ne me semble pas très constructive.
C’est pourtant la réalité : c’est factuel ! Je ne suis pas, personnellement, obsédé par l’élection de 2017. Combien de temps devrons-nous rendre des comptes sur la période écoulée ? Le temps du bilan, de l’évaluation et de la perspective viendra, mais ne pourrions-nous pas plutôt nous projeter sur l’horizon 2022, et souligner votre attitude sur l’ensemble de cette journée et des propositions de loi qui sont examinées ? Nous venons d’adopter la précédente à l’unanimité ! La vraie politique ne consiste pas à revenir en permanence en arrière… (Protestations sur les bancs du groupe LaREM.) Mes chers collègues, s’il vous plaît, seul M. Potier a la parole ! En tout cas, je vous écoute, monsieur le député. (Sourires.) Le président est suspendu à vos paroles, monsieur Potier ! Nous pouvons participer au jeu de massacre consistant à évoquer les années Sarkozy, les années Hollande, et ainsi de suite. Nous, nous pouvons ! Tous les gouvernements le font… Je préfère penser à l’état dans lequel nous serons en 2022. Je vous pose la question, madame la secrétaire d’État, monsieur le président Lescure : dans quel état démocratique nous trouverons-nous alors ? Je le dis sincèrement : nous ramener constamment les uns et les autres à la période précédente ne nous permettra pas d’être au rendez-vous.
Madame Meynier-Millefert, je vous rappelle que vous avez vous-même avancé en commission des propositions au moins aussi ambitieuses et – pour reprendre vos termes – aussi aventureuses que celles que nous présentons. Vous devez aujourd’hui faire le sale boulot, je le concède, mais vous défendiez des dispositions assez révolutionnaires – en tout cas davantage que celles, très réalistes, proposées par Boris Vallaud.
Je souhaite, à cet instant, énoncer deux principes de réalité. D’abord, alors que votre plan nous met sur une trajectoire qui permettrait d’atteindre la neutralité carbone en 2080, nous proposons d’y parvenir dès 2050. Ensuite, vous nous opposez une expertise sur le coût des matériaux et les talents humains qui manqueront. Nous affirmons au contraire que l’expertise provient du monde de l’entreprise et notamment de la Fédération française du bâtiment, qui cautionne l’objectif que nous fixons et prend acte de la nécessité de l’atteindre.
Veuillez conclure, monsieur le député. Dès lors que la puissance publique définit un objectif, nous croyons en la capacité des entreprises à trouver les solutions technologiques et humaines pour l’atteindre. C’est comme pour la suppression du glyphosate ! La parole est à M. Sébastien Jumel. Notre jeune collègue a présenté à l’hémicycle le théorème du renoncement – même s’il semble qu’elle ait été missionnée pour le faire et qu’elle n’en soit pas convaincue elle-même. Bien sûr que si, je suis convaincue ! Il est possible – j’en ai fait l’expérience dans le cadre de douze OPAH-RU, les opérations programmées d’amélioration de l’habitat-renouvellement urbain – de mobiliser les acteurs du bâtiment dans les territoires et d’accompagner concrètement, à travers des maîtrises d’œuvre urbaines et sociales, les locataires et les propriétaires occupants pour qu’ils procèdent à des rénovations thermiques. C’était possible à l’époque où l’ANAH accompagnait les projets, subventionnait les mousses isolantes et avait les moyens de faire de la dentelle pour réhabiliter les logements insalubres et rénover concrètement les cœurs de ville. C’est toujours le cas aujourd’hui ! Tout cela est une question de volonté politique, de moyens engagés et de planification – qui n’est pas un gros mot, sauf pour les libéraux que vous êtes ! La planification est la seule solution qui vaille en matière de transition énergétique : la théorie du petit geste, c’est la théorie du renoncement généralisé.
(L’amendement no 1 n’est pas adopté.) La parole est à M. Boris Vallaud, pour soutenir l’amendement no 31. Il vise à confier à la Caisse des dépôts et consignations, la CDC, un rôle de cofinanceur du dispositif, aux côtés de l’ANAH, en créant en son sein une troisième section, en plus de la section générale – le bilan de l’établissement public – et du fonds d’épargne. Cette troisième section – qui pourrait être appelée « fonds de primes pour le climat » – bénéficierait, elle aussi, d’un bilan autonome. Comme pour le fonds d’épargne, la CDC pourrait lui prêter et émettre des titres de créance à son bénéfice. Très bien ! Quel est l’avis du Gouvernement ? Il est défavorable. Si la CDC est, de toute évidence, plus indiquée que l’ANAH pour gérer la partie financière et les prêts, un tel dispositif entraînerait pour elle un coût important, quelle que soit l’entité qui porte la créance.
Par ailleurs, nous avons choisi d’accorder, à travers la Prime rénov’, un taux de subvention plus élevé, qui pourra s’ajouter à l’éco-prêt à taux zéro, l’éco-PTZ.
Je mets aux voix l’amendement no 31.
(Il est procédé au scrutin.) Voici le résultat du scrutin :
        Nombre de votants                        52
        Nombre de suffrages exprimés                52
        Majorité absolue                        27
                Pour l’adoption                11
                Contre                41
(L’amendement no 31 n’est pas adopté.) Je souhaitais voter pour, monsieur le président, mais je n’ai pas eu le temps de regagner mon siège ! Merci de cette précision, monsieur le député. (Sourires.)
La parole est à M. Boris Vallaud, pour soutenir l’amendement no 2. Il vise à expliciter le fait que la prime s’adressera aux propriétaires – qu’ils soient occupants ou bailleurs – dans le parc privé et non dans le parc social, même s’il y a aussi beaucoup à faire concernant ce dernier. Quel est l’avis du Gouvernement ? Il est défavorable, pour les raisons déjà évoquées : l’amendement vise à préciser un dispositif auquel le Gouvernement n’est pas favorable.
(L’amendement no 2 n’est pas adopté.) La parole est à M. Boris Vallaud, pour soutenir l’amendement no 3. Afin d’éviter les effets d’aubaine, il tend à exclure du bénéfice de la prime les investisseurs institutionnels – principalement les banques, les entreprises d’assurances et les sociétés foncières immobilières –, qui ne rencontrent pas les mêmes freins financiers à la rénovation que les autres propriétaires. Rappelons néanmoins que ces investisseurs sont extrêmement minoritaires. Quel est l’avis du Gouvernement ? Il est défavorable, pour les mêmes raisons que l’amendement précédent.
(L’amendement no 3 n’est pas adopté.)