XVe législature
Session ordinaire de 2020-2021

Séance du mercredi 14 avril 2021

L’ordre du jour appelle la discussion, en lecture définitive, de la proposition de loi visant à améliorer le système de santé par la confiance et la simplification (no 4047).
La parole est à M. le secrétaire d’État chargé des retraites et de la santé au travail. Au préalable, je vous prierai de bien vouloir excuser l’absence d’Olivier Véran, qui, à vos côtés, a suivi chaque étape du parcours de cette proposition de loi : il est aujourd’hui retenu à Reims avec le Président de la République.
Nous entamons la dernière phase de l’examen parlementaire d’un texte majeur, à la fois par les engagements qu’il vise à concrétiser – ceux du Ségur de la santé – et par ses conséquences sur le quotidien des acteurs de notre système de santé, qui, depuis plus d’un an, font face à l’impensable. Le Ségur de la santé n’a pas été une énième consultation débouchant sur un rapport voué à finir dans un tiroir : la troisième réunion du comité de suivi, qui regroupe tous les acteurs du système de santé, a mis en évidence une très forte attente, voire une impatience, que ses engagements se concrétisent dans leur intégralité. Le Ségur de la santé, ce sont des sommes historiques sur la table : près de 9 milliards d’euros pour reconnaître et revaloriser les métiers du soin, 19 milliards d’euros pour relancer l’investissement dans le domaine de la santé. Je ne reviendrai pas sur les accords de revalorisation signés à Matignon le 13 juillet dernier, ni sur le lancement par le Premier ministre, le 9 mars, du volet dédié aux investissements.
Le ministre des solidarités et de la santé a annoncé hier la poursuite des revalorisations salariales, avec celles des grilles des personnels soignants, médico-techniques et de rééducation. Notre objectif est clair et ambitieux. Je voudrais partager avec vous ce que sera sa traduction concrète dans les tout prochains mois : pour une infirmière, 290 euros nets mensuels de plus après un an de carrière ; 335 euros après cinq ans ; 461 euros après vingt ans ; 536 euros en fin de carrière. Ainsi, mesdames et messieurs les députés, une infirmière en fin de carrière gagnera désormais plus de 3 300 euros nets par mois. Une aide-soignante verra son salaire augmenter de 228 euros nets mensuels après un an de carrière, de 261 euros après cinq ans, de 335 euros après vingt ans et de 651 euros en fin de carrière. Il était important que je prenne quelques instants pour détailler tout cela – ce que va permettre cette proposition de loi, ce que vous permettrez tout à l’heure, j’espère, en adoptant définitivement ce texte.
Outre ces revalorisations attendues depuis si longtemps – je dirais presque par-delà les âges, en tout cas par-delà les alternances politiques –, le Ségur de la santé a abouti à un diagnostic solide, partagé, portant sur l’ensemble de notre système de santé. Qu’il s’agisse d’investissement, pour envisager l’avenir avec confiance, qu’il s’agisse de gouvernance, pour assurer une juste participation de ceux qui soignent, qu’il s’agisse d’élargir les compétences des professionnels de santé, nous n’avons éludé aucun sujet ; vous non plus, madame la rapporteure – chère Stéphanie Rist. Encore fallait-il transformer l’essai et donner force de loi à nos engagements : tel est le sens de votre proposition de loi. Après deux lectures à l’Assemblée nationale et autant au Sénat, après des améliorations apportées par l’une et l’autre des deux chambres, je tiens à saluer le travail de chacun d’entre vous, en particulier, encore une fois, le vôtre, madame la rapporteure.
Au sein de l’hôpital, le Ségur, reprenant notamment une recommandation issue du rapport du professeur Olivier Claris, a préconisé la réhabilitation du service, de son rôle, de sa place, afin de mettre un terme aux excès de la loi du 21 juillet 2009 portant réforme de l’hôpital et relative aux patients, à la santé et aux territoires.
Merci, madame Bachelot ! Eh oui ! Dorénavant, ce sera une réalité. Cette proposition de loi répond également à la revendication de longue date, renforcée par la crise sanitaire, d’une plus grande liberté d’organisation interne des établissements de santé. La crise a montré que les collectifs de soins savaient s’adapter, s’organiser, surmonter des circonstances extrêmement difficiles, sans attendre pour cela un accord, une validation, un feu vert hiérarchique. Si les communautés médico-soignantes sont d’accord pour adapter l’organisation médicale, pour établir une gouvernance légèrement différente de celle du voisin, pourquoi les en empêcher au prétexte que ce ne serait pas la norme ? Nous tenons à donner à l’hôpital cette liberté d’organisation interne et de gouvernance, à la main des acteurs locaux : les établissements disposeront désormais de cette possibilité.
Nous devons continuer à progresser en matière de démocratie hospitalière. Grâce à ce texte, vous permettrez qu’un représentant des personnels non médicaux, un représentant des étudiants en santé et un représentant des usagers siègent au directoire des établissements publics hospitaliers. Cela semble aller de soi ; pourtant, ce n’était pas le cas jusqu’à présent ! Demain, ce sera une réalité dans de nombreux hôpitaux. Le Gouvernement a veillé au maintien d’un équilibre entre les travaux parlementaires et ceux ayant un rapport avec l’ordonnance du 17 mars relative aux groupements hospitaliers de territoire – GHT –, prise en application de la loi du 24 juillet 2019 relative à l’organisation et à la transformation du système de santé. De cette manière, les commissions médicales d’établissement (CME) et les commissions médicales de groupement (CMG) constitueront bientôt des instances décisionnelles dans la vie des hôpitaux, en se voyant dotées – elles-mêmes et leurs présidents – de missions révisées, conformément aux recommandations du rapport Claris, qui ont fixé le cap que nous suivons.
Mesdames et messieurs les députés, cette réforme de la gouvernance hospitalière a été particulièrement soutenue par Olivier Véran. Je le répète, elle sera désormais une réalité, grâce aux évolutions substantielles apportées par cette proposition de loi. Par ailleurs, nous sommes engagés ensemble dans la lutte contre le mercenariat de l’intérim médical, qui désorganise l’offre de soins dans nos territoires et met à mal les finances des hôpitaux. Sur ce point important, je vous remercie d’être revenus à la rédaction initiale du texte : une fois pour toutes, nous pourrons ainsi rendre effectif le plafonnement réglementaire en la matière, en obligeant le comptable public à rejeter tout paiement dépassant ce plafond.
Très bien ! Cette proposition de loi renforce également les dynamiques nées cet été à l’occasion du Ségur, par exemple l’extension du domaine de compétence de certaines professions : je pense en particulier aux sages-femmes et aux professions paramédicales – masseurs-kinésithérapeutes, orthophonistes, ergothérapeutes. Leur ouvrir de nouveaux champs d’action, c’est faire le choix de la confiance et de l’efficacité. Notre système de santé ne sera en mesure de relever les défis auxquels il fait face qu’en mettant un terme aux petites guerres entre chapelles, pour la défense de prés carrés, où certains souhaiteraient nous enfermer. Eh oui, bien sûr ! C’est pourquoi le ministre des solidarités et de la santé lancera très prochainement une mission de l’inspection générale des affaires sociales – IGAS – consacrée aux enjeux de l’article 1er, qui porte sur les auxiliaires médicaux en pratique avancée et s’articule pleinement à la réflexion que nous avons initiée au sujet de l’apparition, dans notre paysage de santé, d’une profession intermédiaire.
Vous avez été nombreux à appeler notre attention sur les spécificités des IADE, les infirmiers anesthésistes diplômés d’État, particulièrement mobilisés durant la crise sanitaire, comme bon nombre de professionnels de santé, et à qui je souhaite exprimer une nouvelle fois toute ma reconnaissance, ainsi que celle du Gouvernement. S’agissant de leur pratique professionnelle et de leurs compétences, la mission que je viens d’évoquer devra formuler des propositions ambitieuses ; s’agissant de leur reconnaissance salariale, les IDE spécialisés sont évidemment concernés par nos annonces d’hier, avec une revalorisation de 200 euros après un an de carrière et de 570 euros après vingt ans. Vous pouvez donc constater, mesdames et messieurs les députés, l’engagement du Gouvernement envers ces professionnels.
Je tenais à revenir sur les grands axes de cette proposition de loi, parce qu’ils constituent autant d’évolutions attendues par les acteurs et pour notre système de santé. Nous sommes heureux de voir le Ségur de la santé achever aujourd’hui son parcours parlementaire dans cet hémicycle ; nous avons hâte, collectivement, de voir ces évolutions concrétisées sur le terrain. Je salue encore une fois le travail de toutes celles et de tous ceux qui ont enrichi ce texte : ils contribueront demain à lui donner la force d’une promesse tenue.
(Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM et Dem.) La parole est à Mme Stéphanie Rist, rapporteure de la commission des affaires sociales. (Vifs applaudissements sur les bancs du groupe LaREM.) Nous sommes aujourd’hui réunis pour aborder la lecture définitive de la proposition de loi visant à améliorer le système de santé par la confiance et la simplification. Nous nous trouvons rassemblés autour de ce texte que nous, parlementaires, avons proposé, travaillé, remanié, pour aboutir à une rédaction qui comporte de véritables avancées vers la confiance que nous souhaitons tous témoigner aux professionnels de santé. C’est d’ailleurs l’occasion pour nous de les remercier encore une fois de leur engagement quotidien, intense, depuis maintenant plus d’un an.
Je le répète, ce texte nous rassemble : il correspond à la démarche ambitieuse, sans précédent, du Ségur de la santé, dont il vise à concrétiser plusieurs volets non financiers, très attendus des professionnels. Il complète des dispositions du Ségur traduites dans la dernière loi de financement de la sécurité sociale – rémunération des personnels hospitaliers, investissements pour l’hôpital –, dans les ordonnances récemment publiées, ou encore dans les annonces de ces derniers jours. En soumettant cette proposition de loi à la procédure accélérée, nous avons voulu signifier que nous mesurions l’attente de réponses concrètes et l’urgence d’améliorer le quotidien des soignants. Il existe en la matière une volonté politique forte, que nous partageons, et qui nous a permis de faire aboutir ce texte en moins de six mois.
Le Ségur de la santé a mis en évidence la nécessité d’une gouvernance plus médicalisée et plus souple des établissements. Concernant ce sujet, comme les autres, ma proposition de loi est tournée vers un objectif fondamental : redonner de la place aux soignants. Elle permettra notamment de renforcer le rôle du service et celui du chef de service, de diversifier la composition du directoire et du conseil de surveillance, et de réaffirmer la place des personnels paramédicaux, notamment des cadres de santé. La qualité de vie au travail des soignants sera améliorée par l’élaboration d’un projet de gouvernance et de management. Notre système évoluera également vers une meilleure prise en compte de l’humain grâce à l’accompagnement des étudiants en santé, au programme de formation managériale pour les postes à responsabilité, à la sensibilisation aux enjeux d’égalité entre hommes et femmes ou encore aux risques psychosociaux. Enfin, nous lutterons avec vigueur contre les dérives parfois scandaleuses de l’intérim médical, les dispositions législatives entrées en vigueur en 2016 étant encore insuffisamment appliquées, car difficilement applicables.
Chers collègues, cette proposition de loi nous rassemble également autour de ses mesures visant à simplifier et améliorer l’accès aux soins. Je pense à la simplification et à la transversalité que nous instaurons en prévoyant l’élaboration des protocoles de coopération, qui constitueront une réelle avancée pour nos territoires. Je pense aussi à la création de la plateforme numérique MonParcoursHandicap.gouv.fr en vue de simplifier le parcours administratif des personnes concernées, ou encore à l’inscription du service d’accès aux soins dans le pacte de refondation des urgences, cher à mon collègue Thomas Mesnier.
Enfin, la présente proposition de loi est tournée vers l’avenir et je sais que nous sommes rassemblés aussi pour élargir les compétences de certains professionnels – celles des sages-femmes notamment, mais aussi des ergothérapeutes, des orthophonistes, des masseurs-kinésithérapeutes, des pharmaciens et des biologistes. Ces avancées ouvrent la voie à une réflexion indispensable pour repenser l’avenir des professions de santé. Si la création des professions médicales intermédiaires n’a finalement pas pu figurer dans la proposition de loi, le fait d’offrir aux professionnels de santé une perspective d’évolution et d’enrichissement de leur mission reste à mes yeux un enjeu majeur de la transformation de notre système de santé. Un rapport devra à ce titre être remis au Parlement sur la mise en place et le déploiement des auxiliaires médicaux en pratique avancée, dont l’objectif est double : décloisonner les professions de santé et favoriser un meilleur accès aux soins. Ce rapport doit également permettre de réfléchir à l’ouverture de l’accès à l’exercice en pratique avancée aux infirmiers spécialisés, tels les infirmiers anesthésistes ; le rôle de cette profession mérite d’être davantage reconnu et valorisé.
L’adoption de cette proposition de loi n’est qu’une pierre à l’édifice que nous souhaitons construire pour refonder en profondeur notre système de santé. Elle s’inscrit dans la continuité de la stratégie « Ma santé 2022 », à laquelle nous œuvrons sans relâche depuis le début de la législature, et complète les dispositions financières de revalorisation salariale et d’investissements du Ségur de la santé.
Chers collègues, nous devons nous rassembler autour du vote de ce texte : il est temps en effet de faire davantage confiance aux soignants en simplifiant leurs pratiques, en décloisonnant les professions et en leur accordant plus de reconnaissance.
Cela n’a rien à voir avec nos débats ! Nous devons nous rassembler car cette loi trace le chemin d’un système de santé dans lequel chaque professionnel trouve sa place pour mieux soigner, demain, nos concitoyens. (Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM et Dem.)
Dans la discussion générale, la parole est à M. Adrien Quatennens. Il y a plus d’un an maintenant, alors que l’épidémie de covid-19 commençait à s’abattre sur notre pays tout comme elle sévissait partout dans le monde, les Français applaudissaient les personnels de santé tous les soirs à vingt heures aux balcons et jardins. Aujourd’hui, ces personnels font face à une situation tout aussi difficile pour la troisième fois et l’on peut penser que l’hôpital n’en sortira malheureusement pas indemne. Depuis cette tribune, je veux saluer chacune de ces femmes et chacun de ces hommes qui répondent présents en toutes circonstances, dans ces moments où chacun de nous se sent fragile et vulnérable.
La France atteindra bientôt le chiffre de 100 000 morts du covid-19. Le 12 mars 2020, dans son allocution aux Français, le Président de la République formulait des paroles que nous pourrions aisément reprendre à notre compte. Il disait notamment : « Mes chers compatriotes, il nous faudra demain tirer les leçons du moment que nous traversons, interroger le modèle de développement dans lequel s’est engagé notre monde depuis des décennies et qui dévoile ses failles au grand jour […]. Ce que révèle d’ores et déjà cette pandémie, c’est que la santé gratuite sans condition de revenu, de parcours ou de profession, notre État-providence ne sont pas des coûts ou des charges mais des biens précieux, des atouts indispensables quand le destin frappe. » Puis il ajoutait : « La santé n’a pas de prix. »
Malheureusement, comme cela était prévisible, des préférences politiques resurgissent à l’heure des choix. Emmanuel Macron n’a pas stoppé la politique mortifère de fermetures de lits ni de regroupements hospitaliers. Citons par exemple le cas des hôpitaux Bichat et Beaujon dont la fusion à terme impliquerait la suppression pure et simple de 400 lits d’hospitalisation, c’est-à-dire une baisse de 30 % des capacités. Sous l’effet des restructurations, des postes d’aides-soignantes et d’infirmières vont être supprimés en pneumologie au centre hospitalier universitaire – CHU – de Lille, en dépit de l’épidémie de covid-19. En vingt ans, la France a perdu 100 000 lits à l’hôpital, dont 7 400 au cours des deux premières années du quinquennat d’Emmanuel Macron.
Emmanuel Macron n’a pas stoppé le mouvement des économies exigées à l’hôpital puisqu’en dehors des mesures exceptionnelles liées à la crise de la covid-19, la trajectoire de fond vise toujours l’économie programmée de 800 millions d’euros. À l’Organisation mondiale du commerce – OMC – et avec le concours de l’Union européenne, Emmanuel Macron a engagé la France dans le refus de la levée des brevets qui permettrait de faire du vaccin le bien commun de l’humanité. L’Organisation mondiale de la santé – OMS – la réclame pourtant, afin de produire partout des vaccins sans les contraintes du marché et sans la soif de profit des grands laboratoires pharmaceutiques. La levée des brevets permettrait d’élargir le portefeuille de vaccins, à l’heure où la campagne vaccinale patine d’autant plus en raison des incertitudes concernant les vaccins AstraZeneca et Johnson & Johnson. Alors que la France verse des sommes considérables pour sa recherche, notre fleuron Sanofi supprime 400 postes dans ce domaine, mais verse 4 milliards d’euros de dividendes à ses actionnaires.
Emmanuel Macron n’a pas souhaité non plus financer les expérimentations de l’Institut Pasteur de Lille pour le repositionnement d’une molécule visant à concevoir un traitement contre la covid-19. C’est un investisseur privé, en l’occurrence le groupe LVMH, qui a dû s’en charger. Emmanuel Macron n’a pas donné suite à notre proposition de constituer en France un pôle public du médicament pour regrouper la recherche et la production des molécules indispensables à notre souveraineté sanitaire, à l’heure où la France ne produit même plus de Doliprane. La liste pourrait se poursuivre, et elle est malheureusement bien longue.
Longtemps admiré comme l’un des meilleurs au monde, notre système de santé s’est considérablement dégradé en quelques années sous les coups des néolibéraux successifs et de leur volonté perpétuelle de concurrence, de marché et de baisse des dépenses publiques. Mis à très rude épreuve, nos hôpitaux ne tiennent plus que grâce au dévouement absolu de personnels mobilisés avant même le début de la pandémie pour exiger des moyens supplémentaires. L’hôpital géré comme une entreprise, la santé comme une marchandise, les privatisations et l’austérité budgétaire, tout cela pèse lourd dans la dégradation de ce bien si précieux. Nos infirmières, parmi les moins bien payées de l’OCDE – Organisation de coopération et de développement économiques – ont dû souvent recourir à l’auto-organisation face à une technocratie hors sol incapable de planifier quoi que ce soit. Elles ont même dû porter des surblouses faites de sacs poubelles, dans la sixième puissance économique du monde ! Un grand pays comme la France aura manqué longtemps d’un équipement aussi banal qu’un bout de papier avec deux élastiques.
C’est vrai ! En résumé, notre système de santé doit être réparé d’un bout à l’autre. Aujourd’hui, la priorité doit être la mise sur pied d’un plan ambitieux visant à encourager les 180 000 personnels qui ont quitté le domaine de la santé à y revenir. Cette proposition de loi vise à mettre en œuvre les engagements pris lors du Ségur de la santé. Malgré quelques avancées que nous pouvons saluer, elle constitue une réparation insuffisante – et c’est l’occasion de vous rappeler, monsieur le secrétaire d’État, qu’il y a de nombreux oubliés du Ségur, notamment dans le secteur médico-social. Deux modifications apportées par le Sénat nous inquiètent : l’ajout d’un article autorisant des dépassements d’honoraires dans les établissements de santé et la suppression de l’article 10, qui permettait de mieux encadrer l’intérim médical. En définitive, même si nous sommes favorables à un certain nombre de ses dispositions, nous voterons contre ce texte en raison des articles relatifs à l’augmentation des mutualisations, qui facilitent l’implantation de groupements hospitaliers de territoire. (Applaudissements sur les bancs du groupe GDR.) La parole est à M. Pierre Dharréville. Depuis plus d’un an, notre système de santé est mis sous tension par une crise sanitaire qui n’en finit plus. Arrivés dans la crise affaiblis par des années d’austérité, avec un ONDAM – objectif national des dépenses maladie – compressé à chaque budget de la sécurité sociale, les soignants doivent toujours faire avec les moyens du bord. Ils sont épuisés et doivent compenser par un surcroît de travail et par la culture de la débrouille, alors que les démissions se multiplient à l’hôpital public. Cet échec, c’est aussi celui du Gouvernement, monsieur le secrétaire d’État : vous avez été rattrapés par le réel et vous êtes maintenant dépassés ! Le taux d’occupation des lits de soins critiques atteint 113 % au niveau national, avec 5 838 personnes en réanimation en date du 11 avril, un niveau jamais atteint lors de la seconde vague. Mais tout est sous contrôle, selon les propos du Président de la République. On le voit bien ! Le Gouvernement répète qu’il a appris de ses erreurs. Comment le croire, quand cette mauvaise séquence donne l’impression à chaque Française ou Français d’être le personnage principal incarné par Bill Murray dans le film Un jour sans fin  ?
Les mesures de rattrapage insuffisantes, oublieuses – notamment des personnels médico-sociaux – et inégalitaires prises dans le cadre du Ségur de la santé en juillet 2020, en matière de rémunération, d’embauches et de lits, semblent dérisoires au regard la situation sanitaire actuelle. Il manque toujours des lits ; il manque toujours du personnel pour les faire fonctionner. Pire, les fermetures et les restructurations continuent dans certains établissements, au nom de la rationalisation aveugle des dépenses publiques de santé. Votre pied ne rentre pas dans la pantoufle de vair, le réel ne rentre pas dans votre boîte.
Le réel dépasse la fiction ! Alors, comment vous faire confiance sur l’objectif de 10 200 lits de réanimation ? Depuis le début, vous appliquez les préceptes du « toyotisme », avec une gestion à flux tendu des ressources hospitalières qui se fait au prix de déprogrammations massives des soins en chirurgie, en orthopédie ou dans les urgences pédiatriques notamment.
Cette politique d’austérité, vous proposez même de la poursuivre pour les cinq prochaines années, comme en témoigne le programme de stabilité transmis cette semaine à la Commission européenne. Selon vous, la solution consiste à réduire encore et encore les dépenses publiques, au moment où le besoin d’une intervention massive de l’État n’a jamais été aussi prégnant en matière de santé et de solidarité.
Dans ce contexte, le texte présenté comme le volet organisationnel du Ségur de la santé n’est pas la réponse : il apporte sa pierre à la logique de déréglementation. La première partie du texte entreprend ainsi une réorganisation des compétences des professions médicales et un développement de la pratique avancée, dont on doute qu’ils puissent répondre à eux seuls au contexte de pénurie de la ressource médicale. Nous sommes néanmoins favorables à la reconnaissance des qualifications et des métiers. Vous devriez d’ailleurs en faire aussi bénéficier les infirmiers anesthésistes diplômés d’État, fortement mobilisés dans tout le pays, car pour eux cette loi rate le coche ; c’est d’autant plus important compte tenu du tribut qui est exigé d’eux pour monter les structures de réanimation dont nous avons besoin. Monsieur le secrétaire d’État, recevez-les.
D’autres mesures prévoient d’assouplir les règles de recrutement des praticiens hospitaliers en s’affranchissant des procédures habituelles, sans que cela ne garantisse une meilleure couverture des besoins de santé. Pour l’hôpital public, vous proposez peu de chose ou, du moins, toujours les mêmes recettes. Si quelques mesures vont dans le bon sens, comme l’ouverture de la gouvernance des hôpitaux à de nouveaux acteurs ou la volonté de redonner des prérogatives aux médecins dans l’organisation des services, d’autres risquent au contraire de prolonger le malaise hospitalier. Vous prévoyez ainsi plusieurs mesures visant à renforcer la toute-puissance des groupements hospitaliers de territoire, sans que le bilan de leur utilité ait été tiré et alors qu’ils contribuent bien souvent à des restructurations hospitalières ou à une mutualisation des moyens aux dépens des petits hôpitaux. Nous engagerons un travail à ce sujet dans les prochains jours au sein de la mission d’évaluation et de contrôle des comptes sociaux.
Vous rendez également obligatoire la mise en place d’un volet managérial dans chaque établissement hospitalier, poursuivant ainsi l’instauration de règles de management privé dans le service public de santé – ces mêmes logiques de rentabilité qui sont dénoncées depuis tant d’années par le personnel soignant car elles conduisent à une perte de sens sur le terrain au quotidien et à la déshumanisation du soin, vu avant tout comme un acte tarifé.
En fin de compte, ce texte donne une impression de bricolage. Ses mesures ne changeront probablement rien au mal-être hospitalier, au défi de la désertification médicale ni aux carences constatées en matière de démocratie sanitaire. Vous ne serez donc pas surpris si, faute d’y voir de réelles améliorations pour notre système de santé, les députés de notre groupe se prononcent contre cette proposition de loi.
(Applaudissements sur les bancs du groupe GDR et sur quelques bancs du groupe SOC.) La parole est à Mme Annie Vidal. Nous examinons cet après-midi en lecture définitive la proposition de loi visant à améliorer le système de santé par la confiance et la simplification portée par notre collègue Stéphanie Rist, que je remercie pour son engagement et son travail. Au terme d’un processus législatif qui a donné lieu à des débats animés, nous sommes amenés à statuer sur un texte équilibré, enrichi par les parlementaires, visant à apporter des réponses pragmatiques aux attentes des professionnels de santé, que je salue pour leur engagement sans faille auprès des patients.
Réformer notre système de santé et revaloriser le métier des soignants, c’est la promesse du Ségur de la santé. La présente proposition de loi s’inscrit en droite ligne de ces engagements avec une motivation principale, celle de renforcer la coopération, la coordination et la fluidité du travail des professionnels et des parcours dans notre système de soins. Les mesures proposées ont été établies dans une démarche de concertation, sur la base d’une écoute attentive des représentants des acteurs de terrain. Elles auront un impact concret, au plus près du terrain, et dans la vie quotidienne des professionnels de santé et des patients.
Une des ambitions fortes de la réforme est de faire évoluer les métiers et de mieux reconnaître ceux qui nous soignent. Nous voulons leur témoigner notre confiance et faciliter l’accès aux soins pour les patients.
 
Sur la base des propositions faites à l’Assemblée nationale et au Sénat, l’article 2 initialement consacré aux sages-femmes s’est considérablement enrichi. Désormais, le texte comprend onze articles concernant plusieurs professions paramédicales. Nous étendons la capacité de prescription des sages-femmes, leur permettons d’adresser directement leurs patientes à des spécialistes et leur donnons la possibilité d’être désignées comme sages-femmes référentes. En outre, nous élargissons le champ de prescription des masseurs-kinésithérapeutes et des ergothérapeutes afin de renforcer leurs compétences et de fluidifier le parcours des patients. Enfin, nous ouvrons la vaccination aux pharmaciens des pharmacies à usage intérieur et aux biologistes médicaux pour améliorer la couverture vaccinale des patients et des soignants. Nous le savons, toutes ces avancées concrètes sont très attendues par les professionnels.
L’autre axe important de ce texte de loi est l’accent mis sur l’agilité des établissements de santé pour donner un nouveau souffle à l’hôpital. Nous facilitons la création de postes au sein des groupements hospitaliers de territoire et nous simplifions la procédure de recrutement des praticiens hospitaliers. Un rapport s’intéressera également à la question de l’écart de rémunérations entre les carrières médicales des différents secteurs hospitaliers – public, privé à intérêt collectif et privé –, car nous savons qu’il y a là un enjeu d’attractivité.
Cette proposition de loi vise aussi à instaurer une gouvernance plus participative et plus souple au sein des établissements de santé afin qu’elle soit mieux adaptée aux réalités de terrain – c’est l’un des enseignements de la crise sanitaire. Ce sujet a fait l’objet de nombreuses discussions qui ont permis d’aboutir à des mesures innovantes, notamment celles qui visent à expérimenter des modalités alternatives d’organisation de la gouvernance et à associer les soignants à la prise de décision, y compris sur certains investissements.
En nouvelle lecture, la commission des affaires sociales de l’Assemblée nationale a également fait le choix de rétablir plusieurs dispositions remises en question par le Sénat. Elle a restauré la possibilité d’ouvrir le directoire des établissements de santé aux représentants du personnel soignant, aux étudiants en santé et aux usagers, ainsi que l’inscription d’un volet managérial et d’un volet social dans le projet d’établissement. Elle a également réintroduit l’un des articles phares de la proposition de loi visant à lutter contre les dérives de l’intérim médical sur lequel notre ministre, Olivier Véran, a mené un travail précurseur. En outre, nous avons adopté des dispositions visant à contrôler plus efficacement le cumul irrégulier d’activités. Enfin, s’agissant de l’organisation des établissements de santé, nous avons choisi, par le biais d’un amendement en séance publique, de renforcer la collaboration entre le chef de service et le cadre de santé, mais aussi entre les médecins et les soignants paramédicaux, grâce au projet médical ou au projet médico-soignant partagé.
Ils le font d’eux-mêmes : ils n’ont pas besoin d’une loi pour ça ! Par ailleurs, ce texte initie une réflexion sur de nouveaux métiers, notamment grâce à la mission confiée aux ordres des médecins et des infirmiers et à une demande de rapport sur l’exercice des pratiques avancées.
Mieux reconnaître les professionnels de santé, améliorer la coordination et faciliter l’accès aux soins pour les patients, tels sont les objectifs de cette proposition de loi. Comme il souhaite voir ces avancées se concrétiser, le groupe La République en marche votera en faveur de cette proposition de loi.
(Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM.) La parole est à M. Jean-Pierre Door. Nous voici parvenus au terme du cheminement laborieux de l’examen de cette proposition de loi qui ne rétablit pas la confiance – pas plus qu’elle n’aboutit à une simplification. Déposée le 22 octobre 2020, elle a été rejetée en nouvelle lecture par le Sénat après de multiples réécritures et de nombreuses adaptations. Devant ces plus de quinze articles aux dispositions disparates et au contenu dépourvu de ligne directrice, on en oublierait presque son but premier !
Selon l’exposé des motifs, l’objectif poursuivi était censé être la modernisation du système de santé et l’amélioration du quotidien des soignants et de la prise en charge des patients. Sur ce point, nous avions fait part, au cours des lectures précédentes, de notre déception, compte tenu des enjeux révélés par la crise sanitaire. Malgré les propositions que nous avons faites à l’Assemblée et les apports du Sénat, dont quelques-uns ont été concédés par la majorité,…
Eh oui ! …le texte final est toujours marqué par des faiblesses structurelles et un éloignement des problématiques du territoire. De plus, il ignore trop le secteur ambulatoire.
Certaines dispositions issues d’une convergence des deux assemblées recueillent certes notre accord. C’est le cas, par exemple, de celles concernant les sages-femmes, les biologistes et les pharmaciens. S’agissant de la gouvernance hospitalière, une clarification a été effectuée entre la fonction de chef de service et celle du chef de pôle. Notons aussi le maintien de la désignation d’un référent handicap dans chaque établissement de santé. Si nous adhérons à la lutte louable contre le recours abusif à l’intérim médical, nous partageons les doutes exprimés par le Sénat sur les limites d’un contrôle de légalité de la dépense d’intérim par le comptable public, qui sera effectué à l’issue de l’engagement de cette dernière : il faudra faire attention à la manière dont il s’exerce à l’usage.
S’agissant de la réorganisation territoriale de l’offre de soins hospitaliers, nous avions dénoncé – c’est au demeurant une critique générale des acteurs de santé – l’attribution à l’établissement support du GHT…
Oui, il y a des GHT qui posent problème ! …d’une compétence de recrutement pour le compte d’un établissement partie, et souhaité faire du projet territorial de santé un instrument déterminant dans la structuration de l’offre de soins.
En ce qui concerne le projet médical d’établissement, l’amélioration que nous souhaitions consistait à associer à sa conception non seulement les membres de la commission médicale d’établissement, mais aussi ceux de la commission des soins infirmiers et de rééducation et médico-techniques.
Quelle explication, madame la rapporteure, monsieur le secrétaire d’État, pouvez-vous donner au télescopage de la discussion parlementaire provoqué par la publication, fin mars, de deux des onze ordonnances que la loi relative à l’organisation et à la transformation du système de santé a habilité le Gouvernement à prendre, loi qui nous paraît maintenant en complet décalage par rapport à la crise que nous traversons ? La première a pour double objectif d’approfondir l’intégration des établissements au sein des GHT et de renforcer la médicalisation de la gouvernance ; la deuxième porte sur l’attractivité des carrières hospitalières : elle modifie les catégories de personnels médicaux pouvant être recrutés par les établissements publics de santé, adapte les modalités de mise en œuvre de la clause de non-concurrence et assouplit le régime de cumul d’activités ainsi que les conditions d’exercice de l’activité libérale intra-hospitalière. Monsieur le secrétaire d’État, la méthode assez désinvolte que vous avez adoptée est pour nous une marque de mépris à l’égard de l’organisation du travail législatif. Les sénateurs l’ont bien compris, c’est pourquoi ils ont rejeté le texte en adoptant la question préalable. Tout cela prive de sens et de portée une partie de nos propositions.
Éloignée des espoirs nés du Ségur de la santé, en décalage par rapport aux enseignements de la crise sanitaire, votre proposition de loi est une fois de plus une occasion manquée regrettable. Or il est urgent d’être à la hauteur de la mobilisation continue des médecins, des personnels hospitaliers, …
Il a raison ! …que tout le monde applaudissait chaque soir il y a un an. Tout le monde l’a oublié aujourd’hui ! Demain, il sera trop tard. Si nous n’agissons pas maintenant, l’hôpital français restera malade de sa bureaucratie. Ce texte nous laisse malgré tout un goût d’inachevé : trop de ses dispositions suscitent notre opposition comme elles ont suscité celle des sénateurs. Nous sommes désolés de voter contre. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LR.) Oh, c’est pas bien ! La parole est à M. Cyrille Isaac-Sibille. Nous voilà une nouvelle et dernière fois réunis pour nous prononcer sur la proposition de loi de notre collègue Stéphanie Rist, qui vise à traduire les mesures non financières du Ségur de la santé. Depuis la première lecture à l’automne dernier jusqu’à aujourd’hui, ce texte aura été profondément enrichi grâce au travail des membres des deux chambres, sur tous les bancs. Il aura permis d’ajuster et d’amender plusieurs dispositifs qui pouvaient susciter des interrogations, voire des crispations.
La chambre haute a décidé d’opposer la question préalable pour rejeter le texte adopté en nouvelle lecture par notre assemblée sans même l’examiner : nous en prenons acte. Qu’à cela ne tienne, cette lecture définitive, le groupe Dem l’aborde conduit par une vision volontariste et globale comme il l’a toujours fait tout au long des riches débats autour de ce texte, et animé par le même esprit que celui qui l’habite depuis le début de la législature, en particulier lorsqu’il s’est penché sur la stratégie « ma santé 2022 ».
Nous tenons à saluer les avancées obtenues.
Citons tout d’abord l’extension du champ de compétences des sages-femmes, notamment en matière de prescription. Il était nécessaire d’assouplir leur droit de prescription au regard de leur expertise et de la réalité des besoins de prise en charge sur le terrain.
Nous soulignerons ensuite la lutte contre les excès de rémunération occasionnés par un intérim médical qui n’a fait que croître au cours des dernières années. Si cet outil s’est avéré utile, il était nécessaire de pouvoir lui imposer des garde-fous. Désormais, grâce aux dispositions prévues à l’article 10, les établissements publics de santé seront mieux armés face aux abus nés de cette pratique.
Permettez-moi également de revenir sur cette belle avancée obtenue dans l’hémicycle lors de la nouvelle lecture : la participation des parlementaires avec voix consultative au conseil de surveillance des hôpitaux de leur circonscription. Je remercie à nouveau la rapporteure et le Gouvernement d’avoir su écouter les nombreux députés qui défendaient vigoureusement cette mesure de démocratie sanitaire.
C’est vrai ! Sur le fonctionnement hospitalier, notre groupe se réjouit par ailleurs du rétablissement du poste de chef de service au sein des centres hospitaliers. Il aura fallu de plus de dix années après la loi « Hôpital, patients, santé et territoire », dite loi HPST, pour se rendre compte à quel point cette fonction était essentielle au bon fonctionnement de nos hôpitaux.
Enfin, l’article 1er a soulevé de nombreuses interrogations. Initialement, il proposait de créer une profession intermédiaire ; il prévoit désormais une demande de rapport, ce qui nous paraît plus pertinent. La création
ex nihilo d’une nouvelle catégorie professionnelle méritait en effet plus de réflexions et une analyse de l’existant. Parallèlement au rapport sur lequel le Gouvernement devra plancher, une mission parlementaire que j’aurai l’honneur de rapporter au sein de la commission des affaires sociales débutera dans les prochains jours et s’y intéressera de manière exhaustive – je remercie mes collègues de la commission, ainsi que sa présidente, pour leur confiance.
Grâce à l’écoute de la rapporteure, la plupart des zones d’ombres qui subsistaient dans le texte ont été éclaircies. Néanmoins, il comporte encore quelques aspérités.
La première est relative aux établissements de santé privés d’intérêt collectif (ESPIC). Vous le savez, nous sommes profondément attachés à l’égalité de traitement entre les établissements de santé. Notre système de santé repose sur trois piliers : le public, le privé non lucratif et le privé. Si l’article 4 
quinquies introduit par le Sénat va dans le bon sens, il ne concerne qu’une minorité des établissements privés à but non lucratif qui fonctionnent avec des praticiens libéraux. Il ne règle donc pas la situation de la grande majorité des ESPIC, qui fonctionnent avec des salariés. Nous regrettons que les amendements que nous avons proposés aient été rejetés. Je suis convaincu que cette situation inégale appelle une solution rapide. Nous avons bien entendu la réponse du ministre et l’engagement qu’il a pris au sujet de la revalorisation des médecins salariés de ces établissements.
Autre point : nous regrettons que notre proposition d’intégrer les représentants des universités dans la nomination des chefs de service des CHU n’ait pas été retenue. Il s’agissait pourtant d’une mesure de bon sens, visant à renforcer de manière effective les interactions entre centres hospitaliers et universités.
Se pose, en outre, toujours la question du statut des infirmières anesthésistes auxiliaires ou infirmières de pratique avancée : notre commission et notre assemblée doivent poursuive leur travail pour reconnaître leurs spécificités.
Reste aussi à traiter l’accès aux soins et la désertification médicale, pour lesquels le groupe démocrate et notre collègue Philippe Vigier sont porteurs de propositions concrètes.
Enfin, au-delà de la proposition de loi, concernant les aspects financiers du Ségur, des interrogations subsistent au sujet de la grille des praticiens hospitaliers, mais je crois que ceux-ci vont être reçus par le ministre très prochainement.
Notre groupe soutiendra cette proposition de loi afin que ses mesures les plus emblématiques puissent entrer en vigueur promptement.
(Applaudissements sur les bancs des groupes Dem et LaREM. – Mme la rapporteure applaudit également.) La parole est à Mme Gisèle Biémouret. Au terme de la navette législative, les réticences que nous avions exprimées dès la première lecture de la proposition de loi visant à améliorer et simplifier le système de santé par la confiance et la simplification n’ont pas été levées.
Alors que notre système de santé reste soumis à une pression inédite, ce texte, qui entendait transposer les mesures non financières du Ségur de la santé, n’atteint pas ses objectifs et déçoit les attentes formulées dans ce cadre, tout en ne respectant pas son cahier des charges : faire confiance et simplifier.
Mais son premier manquement reste avant tout la totale absence d’évaluation. Nous sommes invités à voter à l’aveugle les choix effectués par le Gouvernement dans le cadre du Ségur de la santé, sans que ceux-ci aient fait l’objet d’une quelconque sécurisation juridique à travers un avis du Conseil d’État ou une étude d’impact.
Très bien ! Ainsi, aucune des conséquences que pourrait entraîner sur notre système de santé l’adoption des dispositifs de ce texte ne sera analysée. C’est une bien mauvaise manière, dans un contexte de tension sanitaire, que d’y ajouter une telle incertitude.
La troisième vague de l’épidémie a failli emporter le système de soins français, qui n’a tenu dans certaines régions qu’au prix d’un nombre important de déprogrammations d’interventions chirurgicales, entraînant des pertes de chances pour les malades, tout en révélant l’insuffisance des capacités hospitalières. Dans ce contexte, la présente proposition de loi ne répond pas aux besoins matériels et humains dont le système de soins a besoin. Ses dispositions, en mettant l’accent sur l’autonomie des hôpitaux et des groupements hospitaliers de territoire, affaiblissent encore davantage le service public national de santé.
C’est d’ailleurs pourquoi une majorité de syndicats et d’associations de professionnels de santé s’opposent au texte. Nous avons également été nombreux sur ces bancs à regretter le manque d’ambition et l’impréparation de celui-ci, qui a fait l’objet de multiples réécritures, souvent de dernière minute. Tel a été le cas s’agissant de la proposition de création d’une profession médicale intermédiaire entre infirmiers et médecins, qui figurait initialement dans le texte et qui a suscité une levée de boucliers de la part des professionnels.
La confusion dans l’élaboration de vos propositions s’est ressentie également à travers les multiples sollicitations et interpellations que nous avons reçues, en provenance de toutes les professions de santé. Malgré le Ségur, le malaise et l’amertume de nombreux personnels soignants restent palpables et je n’évoquerai même pas ici la situation de ceux qui ont été oubliés par les accords.
Le point le plus marquant de nos débats reste toutefois le cas des infirmiers anesthésistes diplômés d’État, parfait exemple d’un blocage incompréhensible.
C’est vrai, il faut faire quelque chose ! Au cours des discussions, le Gouvernement est resté fermé quant à leur reconnaissance – fondée sur leur socle de compétences – en tant qu’auxiliaires médicaux exerçant en pratique avancée, alors qu’ils remplissent toutes les conditions d’accès au corps et que la proposition de loi avait notamment pour vocation de valoriser les personnels paramédicaux du système de santé.
Au fil des navettes, nous avons tenté de vous faire changer d’avis, et nous regrettons que nos efforts soient restés vains. D’autant que les IADE, souvent placés en première ligne dans les services de réanimation, ont largement contribué à l’effort sanitaire depuis un an et qu’il n’aurait été que justice de leur accorder cette reconnaissance statutaire pour laquelle ils remplissent les critères tant au plan national qu’international.
Il y a quinze jours, notre collègue Alain David a de nouveau interpellé le ministre de la santé à ce sujet, au nom de notre groupe, à l’occasion des questions au Gouvernement : M. Véran lui a répondu qu’il souhaitait faire évoluer leur rémunération et le cadre de leur activité. Or les grilles salariales de la fonction publique hospitalière ont été publiées hier, faisant suite au Ségur de la santé. Les IADE représentent les professionnels dont les salaires sont les moins revalorisés, avec une augmentation de seulement 13 euros par mois !
Le principe de la remise par le Gouvernement d’un rapport au Parlement, adopté dans la proposition de loi, ne tient plus. Nous vous engageons, à défaut d’avoir pu maintenir l’article 1er 
bis  AA, à ce que les syndicats et les organisations professionnelles soient reçus très rapidement par votre ministère, afin d’entamer une concertation relative à leurs revendications légitimes, car leur colère est grande et juste.
En conclusion, rien dans ce texte n’est en mesure de soigner les principaux maux de l’hôpital que constituent l’absence historique de politique de santé publique en France, l’avènement depuis la loi de 2009, dite loi Bachelot, d’un modèle industriel de l’hôpital et des budgets contraints votés sans tenir compte des besoins de santé et appliqués au moyen de la tarification à l’activité (T2A). C’est pourquoi le groupe Socialistes et apparentés votera définitivement contre.
(Applaudissements sur les bancs du groupe SOC.) La parole est à Mme Annie Chapelier. Si à quelque chose malheur est bon, la crise sanitaire aura permis qu’un nouveau regard soit porté sur le monde de la santé. Notre système de santé, déjà très fragilisé, n’a tenu que grâce au courage et à l’investissement sans faille des soignants.
Il n’était plus pensable de ne pas prêter l’oreille à leurs revendications. Il aura pourtant fallu une crise sanitaire inédite et plus d’un an de grèves dans les services d’urgences et les hôpitaux pour enfin appliquer la revalorisation salariale de professions dont les compétences, la technicité et le rôle sociétal ne peuvent plus aujourd’hui être ignorés.
Cette revalorisation issue du Ségur de la santé est un pas essentiel que nous saluons, et qui doit s’accompagner de tout ce qu’exige la gravité de la situation du système de santé français, pour que celui-ci retrouve son prestige d’antan et son adéquation avec notre époque et notre société. Si le chemin est encore long, force est de constater que nous allons dans le bon sens.
À l’heure où notre pays traverse un troisième confinement, nous ne pouvons nier que le secteur de la santé conditionne tous les autres. Ce sera encore le cas demain et cela doit le rester. Même si l’espoir induit par le déploiement des vaccins est énorme et si nous finirons par sortir de la crise sanitaire, ne perdons pas de vue que notre devoir est de rompre avec les directions qui n’ont fait qu’affaiblir, année après année, le système de santé français. Ce combat est essentiel et mérite qu’on lui accorde une réelle volonté politique et les moyens nécessaires à sa réussite.
Les réformes que nous apportons au système de santé, donc à la France tout entière, doivent être tangibles, se fonder sur la réalité du terrain, partir de celles et ceux sans lesquels il n’existerait pas : les soignants. Ces derniers ont observé le milieu de la santé avec une attention et un réalisme remarquables. Dans chaque branche, ils ont proposé des évolutions pour redonner de l’attractivité à leurs professions, attractivité qui manque cruellement.
Aussi, face à un texte annoncé comme la mise en application de la concertation du Ségur, les attentes étaient considérables. Je salue le travail accompli par notre collègue Stéphanie Rist et la remercie d’avoir fait évoluer le texte lors des auditions et des débats en commission.
C’est vrai ! Elle s’est livrée à une sacrée gymnastique sur l’article 1er ! Plus généralement, je souligne l’enrichissement considérable dont a bénéficié le texte au cours des lectures successives, notamment grâce aux amendements défendus par notre groupe. Nous nous félicitons en particulier de l’abandon du projet de création d’une profession médicale intermédiaire, remplacé par une demande de rapport de l’inspection générale des affaires sociales sur la réingénierie de la formation des professionnels paramédicaux et sur le développement des pratiques avancées. Parce qu’elles offrent d’importantes perspectives d’évolution et de transversalité, ces dernières sont extrêmement attendues par les professionnels de santé et constituent l’échelon sur lequel notre système de santé peut, et doit, renaître.
En matière d’évolution des pratiques avancées, nous regrettons cependant que celle proposée par le Sénat concernant les infirmiers anesthésistes n’ait pu être entérinée durant le parcours de la proposition de loi. Mais notre groupe sait qu’elle sera au cœur du rapport de l’IGAS et, sans vouloir verser dans l’angélisme, nous sommes confiants quant à cette reconnaissance et à cette valorisation statutaire. Il le faut car, tout aussi importante que la revalorisation salariale, la considération des professions à leur juste valeur est essentielle pour rendre leur attractivité à ces professions qui manquent cruellement de personnels.
Dans la perspective d’améliorer la prise en charge des patients dans les territoires et d’assurer un égal accès aux soins, le groupe Agir ensemble a également soutenu la suppression de l’article 7 qui imposait, de manière uniforme, la mise en place d’une direction commune à travers la fusion des hôpitaux membres d’un groupement hospitalier de territoire en cas de vacance d’un poste de directeur. L’aspect contraignant de cette mesure constituait pour nous une ligne rouge à ne pas franchir. Notre groupe tient également à saluer la création d’une plateforme nationale à l’attention des aidants.
Enfin, la proposition de loi comporte des avancées notables en faveur des professionnels de santé, que nous tenons à saluer. Nous nous félicitons en particulier de l’élargissement des actes des sages-femmes, des masseurs-kinésithérapeutes, des ergothérapeutes, des orthophonistes ou encore des pharmaciens ; le fait d’avoir élargi ces dispositions à d’autres professions que les seules sages-femmes est à souligner. Ces évolutions constituent un pas de plus dans la juste reconnaissance et dans la responsabilisation des professionnels, les impliquant davantage et rendant ces métiers plus attractifs. L’encadrement de l’intérim médical, pour ne citer que cette mesure, fait également partie des signaux très positifs du texte.
Globalement, le groupe Agir ensemble tient à souligner les avancées de la proposition de loi, en particulier en ce qui concerne la simplification de l’organisation et l’évolution du périmètre de compétences de certains soignants.
Ce texte, qui s’inscrit dans la continuité du Ségur de la santé, ne doit cependant pas être considéré comme une fin en soi mais plutôt comme une première étape, un tremplin permettant de lancer le processus nécessaire à une réforme en profondeur du système de santé.
Mes chers collègues, comme je l’ai dit précédemment, le chemin est encore long et s’annonce complexe. Mais je suis convaincue que c’est grâce à ce genre de textes que nous construirons ensemble, pas à pas, un système de santé plus juste, plus performant et à même de répondre aux défis de demain. Vous l’avez compris, nous voterons pour la proposition de loi.
(Applaudissements sur les bancs des groupes Agir ens et LaREM.) Je vous informe que sur le vote de l’ensemble de la proposition de loi, je suis saisi par les groupes La République en marche et Socialistes et apparentés d’une demande de scrutin public.
Le scrutin est annoncé dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.
La parole est à M. Christophe Naegelen.
Avant d’en venir au cœur de la proposition de loi, je tiens à souligner les mesures du Ségur de la santé qui ont permis de revaloriser, à juste titre, les rémunérations des personnels de santé, mais aussi d’investir dans un système de soins sous-doté depuis de nombreuses années – il faut savoir reconnaître les points positifs.
Cela étant dit, nous restons surpris et désolés de constater que, malgré nos nombreuses interpellations, autant de personnes restent oubliées par le Ségur. Nous ne pouvons que déplorer que les aides-soignants, les infirmières, les auxiliaires de soins de la fonction publique territoriale (FPT) aient été écartés de cette politique – je vous ai déjà interpellé plusieurs fois à ce sujet.
En effet, en plus de devoir passer des concours régionaux sur titres qui n’ont rien à voir avec leur métier, de disposer d’un nombre de postes ouverts en totale inadéquation avec le nombre de postes vacants, entravant ainsi la titularisation et la fidélisation des agents, les soignants de la FPT font l’objet d’une forte discrimination salariale.
Ces inepties créent un cercle vicieux de travail dégradé qui entraîne une véritable hémorragie de personnels dans les EHPAD territoriaux. Il devient urgent de simplifier l’accès aux métiers de la santé dans la fonction publique territoriale, afin de la rendre plus attractive.
Concernant les métiers du soin et de la santé, je salue la hausse annoncée des rémunérations des personnels des services de soins infirmiers à domicile (SSIAD). Néanmoins, les départements vont devoir participer à cette hausse, sans compensation de l’État
a priori . Comptez-vous assumer vos décisions et accompagner les départements ?
De plus, et cela reste une vraie déception, rien n’a été fait pour renforcer les métiers du handicap. D’ailleurs, nous attendons avec impatience une grande loi sur l’autonomie pour revaloriser ces professions et renforcer l’accompagnement des personnes en situation de handicap. Pouvez-vous nous préciser à quel moment le projet de loi sur l’autonomie sera prêt ?
Pour en revenir à la proposition de loi, nous saluons les mesures prises en faveur des sages-femmes, mais considérons que la revalorisation de leurs responsabilités devrait s’accompagner de la revalorisation de leur statut.
Si, comme vous, nous sommes attachés à donner plus de souplesse à la gouvernance des hôpitaux, nous estimons que la rédaction issue du Sénat – que la majorité a supprimée – était bien plus satisfaisante ! Tout comme les nombreuses dispositions confirmées d’ailleurs en commission des affaires sociales, qui ont été supprimées par voie d’amendements gouvernementaux en séance. C’est malheureusement, une fois encore, faire peu de cas du travail parlementaire.
La confiance dans les territoires ne se décrète pas, elle se gagne. Dans le domaine de la santé, cela doit passer par une régionalisation du budget. Le but de mon propos n’est pas de tirer sur l’ambulance, car nous sommes conscients de la situation inédite et difficile. Néanmoins, l’administration déconcentrée symbolisée par les agences régionales de santé (ARS) a clairement montré ses limites. Nous proposons que les compétences en la matière soient transférées aux régions.
Dans les Vosges, comme dans de nombreux territoires, nous sommes frappés de désertification médicale et, malheureusement, une fois encore, votre texte n’apporte aucune avancée sur ce sujet. Un Français sur dix ne dispose pas de médecin traitant et 40 % des médecins généralistes n’acceptent plus de nouveaux patients. Je ne parle même pas de l’obtention d’un rendez-vous chez un spécialiste, qui peut parfois nécessiter une attente de plusieurs mois, voire d’un an !
Nous proposons donc qu’en fonction des besoins identifiés localement, les étudiants en médecine qui se sont formés sur le territoire doivent y rester trois à cinq ans. Notez que le
numerus apertus , censé augmenter le nombre d’étudiants en médecine, ne donne pas les résultats escomptés : au contraire, il concentre la hausse dans les universités parisiennes déjà pourvues.
Enfin, trop de mesures adoptées par le Sénat ont été supprimées. Nous le regrettons fortement – je pense en particulier à celles qui concernent les orthophonistes et les infirmiers en pratique avancée.
Ce texte, qui vise à améliorer le système de santé, s’additionne aux lois de financement de la sécurité sociale et à la précédente réforme, promulguée il y a à peine deux ans, dont nous ne ressentons pas encore clairement les effets. Il tend donc à alimenter l’inflation législative et à empiler toujours plus de normes.
En conclusion, nous considérons que la proposition de loi manque de vision, concernant en particulier les inégalités d’accès aux soins et la désertification médicale. Il ne récoltera pas les fruits de la navette parlementaire, puisque la majorité s’est évertuée à supprimer les dispositions votées par nos collègues sénateurs. C’est pourquoi le groupe UDI et indépendants ne votera pas en sa faveur.
La parole est à Mme Martine Wonner. Il y a quasiment un an, alors que notre système de santé affrontait la première vague de covid-19, l’annonce d’un Ségur de la Santé censé résoudre des années de désorganisation et de sous-investissement, avait suscité beaucoup d’espoir. Un an plus tard, nous sommes sur le point d’adopter une proposition de loi, censée traduire les mesures non budgétaires du Ségur de la Santé, alors même que l’épidémie de covid-19 pèse toujours autant sur les personnels de santé. Après un an de lutte acharnée, ces derniers sont au-delà de l’épuisement. Depuis le début, ils ont fait front avec abnégation – mais pour quel résultat, si ce n’est le sentiment que l’histoire se répète ?
Il est peu de dire que les personnels de santé attendaient beaucoup des concertations du Ségur, concernant en particulier les mesures budgétaires et les revalorisations salariales. Nous avons adopté celles-ci dans le dernier projet de loi de financement de la sécurité sociale ; elles sont importantes – nous le reconnaissons –, mais, déjà, elles faisaient des oubliés. Le Gouvernement a tenté de rectifier le tir – c’était nécessaire. Les dernières avancées concernent ainsi les aides à domicile et la revalorisation des grilles salariales des personnels soignants hospitaliers – nous les saluons, mais il ne faut pas s’arrêter là.
Des oubliés du Ségur, il y en a encore : les secteurs social et médico-social privés, ou encore les éducateurs spécialisés pour adultes en situation de handicap. Régulièrement, ces professionnels se mobilisent pour qu’on pense enfin à eux. Les mesures non budgétaires ont elles aussi des oubliés, et suscitent une frustration d’autant plus grande que l’espoir est immense.
Bien sûr, il y a des avancées et des mesures positives ; le groupe Libertés et territoires les a votées et saluées. Certaines ont d’ailleurs été adoptées à l’Assemblée nationale comme au Sénat, preuve qu’un consensus a pu être trouvé sur certains points – je pense, par exemple, à l’extension de certaines compétences aux professionnels de santé, en particulier aux sages-femmes, ou encore à l’organisation interne de l’hôpital, qui pourra mieux s’adapter aux spécificités locales. D’autres dispositions ont complété utilement la proposition initiale : la désignation de référents handicap dans les établissements de santé, la désignation d’une sage-femme référente, ou encore la prescription d’aides techniques par des ergothérapeutes. Toutefois, reconnaissons-le, ces avancées restent encore timides face aux enjeux. Surtout – et notre groupe insiste sur ce point – gardons-nous d’étendre sans cesse les compétences de certaines professions de santé, sans jamais améliorer ni leur formation, ni leur rémunération : c’est contre-productif et injuste – je pense notamment aux sages-femmes.
Un regret demeure, enfin, concernant la pratique avancée. Notre groupe aurait souhaité aller plus loin – les infirmiers anesthésistes, en particulier, auraient dû bénéficier du statut d’auxiliaires médicaux exerçant en pratique avancée. D’autres mesures paraissent en inadéquation totale avec les réalités du terrain. Comment expliquer, sinon, que depuis l’examen du texte, nous soyons sollicités de toutes parts par de nombreuses professions, qui veulent faire valoir leurs revendications ? Bien que la proposition de loi se présente comme la traduction du Ségur de la Santé, elle a manifestement donné lieu à une concertation insuffisante. Un trop grand nombre d’acteurs, directement concernés, pointent un manque de consultation et les décalages qui en résultent.
Deux mesures phares ont été supprimées, car elles ne répondaient pas aux besoins des acteurs. Il en est de même pour l’article relatif à l’attractivité du poste de praticien hospitalier : rien n’est proposé, concrètement, pour fluidifier et améliorer le recrutement – nos propositions, en la matière, ont malheureusement été rejetées. Pire, en confiant la décision à l’établissement support du groupement hospitalier de territoire, on donne l’impression d’éloigner encore la gouvernance, alors que tous les acteurs attendent davantage de proximité.
Cette proposition de loi a suivi un parcours sinueux. Malheureusement, le chemin est encore long pour que notre hôpital et notre système de santé se portent bien ; aujourd’hui, ils sont plus que jamais fragilisés. Le rejet du texte par le Sénat est compréhensible, et les critiques qu’il a émises quant à son caractère hétéroclite et à son manque de vision du texte sont légitimes. En conséquence, le groupe Libertés et territoires s’abstiendra. Nous appelons, d’ici au prochain projet de loi de financement de la sécurité sociale, à un changement de cap ambitieux pour notre système de soins dans son ensemble.
La discussion générale est close.
Je mets aux voix l’ensemble de la proposition de loi.
(Il est procédé au scrutin.) Voici le résultat du scrutin :
        Nombre de votants                        142
        Nombre de suffrages exprimés                137
        Majorité absolue                        69
                Pour l’adoption                95
                Contre                42
(La proposition de loi est adoptée.)(Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM.) La séance est suspendue.
(La séance, suspendue à seize heures dix, est reprise à seize heures vingt.) La séance est reprise.
L’ordre du jour appelle la suite de la discussion du projet de loi portant lutte contre le dérèglement climatique et renforcement de la résilience face à ses effets (nos 3875, 3995).
Hier soir, l’Assemblée a poursuivi la discussion des articles du projet de loi, s’arrêtant à l’amendement no 1466 à l’article 47.
Les amendements identiques nos 1466 de Mme Marie-France Lorho, 1602 de Mme Emmanuelle Ménard et 4914 de M. Benoit Simian, visant à la suppression de l’article 47, sont défendus.
La parole est à M. Lionel Causse, rapporteur de la commission spéciale pour les chapitres III à V du titre IV, pour donner l’avis de la commission.
Je suis ravi de démarrer l’examen de ces nombreux amendements sur l’article 47 relatif à l’artificialisation des sols.
Je tiens tout d’abord à remercier nos collègues Julien Aubert et André Chassaigne pour les propos qu’ils ont tenus hier soir. Ils ont reconnu les avancées qui ont été faites en commission spéciale, et je ne doute pas qu’il y en aura d’autres ici, mon objectif étant bien entendu de tenir compte des avis de tout le monde.
Cet article et les suivants sont très importants parce que notre pays consomme chaque année environ 28 000 hectares, soit l’équivalent de trois fois la surface de la ville de Paris. Comme la population n’augmente pas d’autant, cela montre bien que nous avons un problème d’aménagement de nos espaces dans notre pays.
J’ai souhaité, avec les administrateurs de l’Assemblée nationale que je remercie, avec Mme la ministre et ses équipes que je remercie également, et avec mes collaborateurs, tenir compte des 1 500 amendements qui ont été déposés. Nous avons lu et étudié tous ces amendements, sur lesquels nous donnerons des avis qui tiendront compte de deux points qui me semblent essentiels. Premièrement, il convient de faire en sorte que notre objectif de réduction de la consommation des espaces naturels agricoles et forestiers soit atteint d’ici à dix ans et que notre cible de 2050 – le fameux zéro artificialisation nette – puisse elle aussi être atteinte. Deuxièmement, il faut que les élus locaux, qui sont décideurs et responsables de l’aménagement du territoire et au plus près des projets de territoire, puissent avoir les outils nécessaires pour y parvenir, puissent mener la planification territoriale indispensable pour réussir ces projets. C’est l’objet des articles 49 et suivants, qui visent à les accompagner pour faire en sorte que tout le monde soit au rendez-vous de cet enjeu important.
C’est un enjeu important parce que nous allons sortir de certains paradigmes. Nous avons tous conscience que nous ne pouvons plus continuer à faire de l’étalement urbain comme nous le faisons aujourd’hui, eu égard à notre souveraineté alimentaire et aux enjeux que nous connaissons liés à la forêt et aux espaces naturels, c’est-à-dire à la biodiversité.
Comme beaucoup d’entre vous ici, j’ai été maire, et comme beaucoup d’entre vous j’ai fait de l’étalement urbain, parce que c’est souvent ce qui est le plus facile et le moins cher. Nous avons trop largement cédé à cette habitude pendant de nombreuses années. Ces articles vont nous permettre de voir l’avenir différemment, de réaménager nos territoires, de redynamiser l’existant et de refaire la ville sur la ville. Cet objectif est ambitieux, mais je sais que de nombreux élus ainsi que de nombreux professionnels – je pense à des urbanistes, des architectes, des aménageurs – sont déjà dans cet état d’esprit et cette philosophie, et je ne doute pas que nous serons tous au rendez-vous.
Bien entendu, je suis défavorable à ces amendements de suppression de l’article, parce que je crois profondément que les articles que nous allons continuer à enrichir en séance grâce au travail de Mme la ministre et de ses collaborateurs, ainsi que des collaborateurs de l’Assemblée nationale, permettront de préparer l’avenir de l’aménagement de notre beau territoire qu’est la France, en protégeant ce qui est pour nous le plus important, à savoir les espaces agricoles et forestiers.
(Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM et sur plusieurs bancs de groupes Dem et Agir ens.) La parole est à Mme la ministre déléguée chargée du logement, pour donner l’avis du Gouvernement. Nous démarrons ce chapitre sur la lutte contre l’artificialisation et pour la protection des sols. C’est un moment très important dans l’examen de ce projet de loi, parce que c’est la première fois qu’on reconnaît pleinement la valeur des sols en matière écologique, la valeur des sols pour la captation du carbone et leur rôle positif dans le cycle du carbone, mais aussi la valeur des sols pour la biodiversité, pour l’eau, pour la nature, pour nous tous en général.
Pour la première fois, nous passons de la notion de sobriété foncière, qui était déjà une notion importante mais qui signifiait simplement consommer moins, à une notion d’équilibre global. Il s’agit d’aller vers l’objectif de zéro artificialisation nette, de ne pas artificialiser plus que ce que nous pouvons : on continuera d’artificialiser parce qu’on en a besoin, tout en rendant à la nature autant que nous artificialisons. C’est un objectif que nous nous fixons pour 2050.
L’article 47 est la pierre angulaire, le premier point très important de ce chapitre qui donne l’orientation et la vision. Et parce que nous travaillons à la fois à long terme – 2050 – et à moyen terme – à l’horizon de dix ans –, nous posons le premier principe d’une réduction de moitié. Cette réduction de moitié, nous la posons sur la consommation des espaces naturels et agricoles parce que nous avons besoin d’une transition entre la définition actuelle connue, qui nous permet d’avancer, et la définition de demain, qui arrivera un peu plus tard dans ce chapitre et qui nécessitera à la fois des précisions et une appropriation. Cet article est donc à la fois l’article d’ambition et l’article de mise en œuvre.
Enfin, j’aimerais répondre au président Chassaigne et à Julien Aubert qui se sont exprimés hier. Il n’y a pas de fatalité à ce que l’objectif défini par cet article accroisse la rivalité et les combats entre les métropoles et la ruralité,…
Vous favorisez les métropoles ! …il n’y a pas de fatalité à ce que cela accroisse une fracture géographique territoriale. Au contraire, tous les articles suivants – les articles 48 et 49 –, qui déclinent opérationnellement cet objectif, défendent la territorialisation, l’équilibre territorial. C’est une chance pour un nouveau développement plus équilibré, pour chacune des échelles de nos territoires, de la grande ruralité à la périphérie, des villes moyennes jusqu’aux métropoles. C’est en fait une autre manière de concevoir l’aménagement du territoire, de concevoir l’urbanisme. Cet article 47 est essentiel par son ambition, par sa portée, par sa déclinaison. Je suis donc très défavorable aux amendements de suppression. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LaREM.)
(Les amendements identiques nos 1466, 1602 et 4914 ne sont pas adoptés.) Je suis saisi de trois amendements, nos 894, 1603 et 1604, pouvant être soumis à une discussion commune.
Les amendements nos 894 et 1603 sont identiques.
Les amendements nos 894 de M. Pierre Vatin, 1603 et 1604 de Mme Emmanuelle Ménard sont défendus.
Quel est l’avis de la commission ?
Ces amendements demandent une territorialisation à travers les schémas de cohérence territoriale (SCOT) pour atteindre l’objectif de zéro artificialisation nette. L’article 47 est un article de programmation dont la déclinaison territoriale se fera à l’article 49. Avis défavorable. Quel est l’avis du Gouvernement ? Même avis.
(Les amendements identiques nos 894 et 1603 ne sont pas adoptés.)
(L’amendement no 1604 n’est pas adopté.) La parole est à M. Loïc Prud’homme, pour soutenir l’amendement no 6843. Il vise à accélérer le rythme pour tendre vers l’objectif de zéro artificialisation nette dès 2025. Le Gouvernement fixe un objectif – 2050 – qui est encore bien trop lointain. Il nous objectera sûrement qu’un objectif à 2025 est bien trop proche et irréalisable, mais nous lui rappelons que nous avions déjà plaidé en faveur de cet objectif en 2018, lors de l’examen du projet de loi pour l’équilibre des relations commerciales dans le secteur agricole et alimentaire, en présentant un amendement qui avait été repoussé. Nous avons donc déjà perdu deux ans, et il est maintenant urgent de fixer cet objectif à 2025.
Il faut savoir ce qui se cache derrière le mot artificialisation. Nous ne parlons pas de l’artificialisation des sols pour construire des hôpitaux…
Il n’y a pas plusieurs types d’artificialisation ! …mais pour construire majoritairement des entrepôts logistiques, notamment ceux de l’e-commerce, ce qui entraînera un accroissement du transport routier et détruira des emplois comme c’est déjà le cas aujourd’hui.
Il est urgent d’adopter une trajectoire cohérente avec les limites climatiques que nous atteignons aujourd’hui.
Quel est l’avis de la commission ? C’est bien parce que nous avons l’intention d’atteindre nos objectifs – le délai me paraissant conforme aux engagements de la France et aux demandes de la Convention citoyenne – que nous souhaitons conserver la date de 2050. L’échéance de 2025 que vous proposez est bien trop prématurée, ne serait-ce que pour la mise à jour les documents d’urbanisme ; celle-ci serait irréalisable dans un tel délai.
Dans votre exposé sommaire, vous dites que l’« équivalent d’un département français est coulé dans le béton tous les 7 ans ». Je vous invite donc à revoir les données : 28 00 hectares c’est, à peu de choses près, l’équivalent d’un département moyen tous les vingt ans. Autrement dit l’objectif suggéré par votre exposé sommaire sera largement atteint avec ce que nous proposons ici.
Quel est l’avis du Gouvernement ? Il n’est pas possible de passer de 280 000 hectares tous les dix ans, soit 28 000 par an selon les chiffres donnés par le rapporteur, à 0 en trois ans, ne serait-ce que parce que la loi prévoit une déclinaison concertée, organisée avec les élus locaux dans les documents d’urbanisme.
La bonne ou la mauvaise artificialisation est une question dont nous aurons l’occasion de débattre largement, mais deux tiers de l’artificialisation en France proviennent de l’étalement du logement. Nous devons donc nous interroger sur la place de la maison individuelle par rapport à d’autres formes d’habitat. Les entrepôts du e-commerce ne représentent que 1 % de l’artificialisation, ils ne sont donc pas le cœur du sujet. Nous devons réfléchir à la manière d’habiter. Nous ne pourrons pas la transformer aussi brutalement en trois ans, au risque d’être en total décalage par rapport aux aspirations des Français. Avis très défavorable, donc.
(L’amendement no 6843 n’est pas adopté.) Je suis saisi de plusieurs amendements identiques, nos 109, 228, 290, 399, 806, 887, 1479, 1634, 2164, 2422, 2696, 2736, 3034, 4016, 4662 et 4748.
Les amendements nos 109 de M. Martial Saddier, 228 de M. Dino Cinieri, 290 de Mme Émilie Bonnivard, 399 de M. Marc Le Fur, 806 de M. Charles de Courson et 887 de M. Pierre Vatin sont défendus.
La parole est à M. Yves Hemedinger, pour soutenir l’amendement no 1479.
Il est proposé de substituer à la notion d’« absence de toute artificialisation nette des sols » celle de « sobriété foncière ». Cela renvoie moins à la décroissance ; cela évite de mettre sous cloche des territoires entiers sans distinction ; surtout, cela prévient les inévitables contentieux qu’un terme aussi flou et peu respectueux de la diversité des territoires ne manquera pas de faire naître – c’est du pain bénit pour les avocats. Les amendements identiques nos 1634 de Mme Danielle Brulebois, 2164 de M. Arnaud Viala, 2422 de M. Gérard Menuel, 2696 de M. Vincent Rolland et 2736 de M. Jean-Claude Bouchet sont défendus.
La parole est à M. Thibault Bazin, pour soutenir l’amendement no 3034.
Je suis heurté, madame la ministre déléguée, … Il n’est pas le seul ! …par ce que vous venez de dire sur la manière d’habiter. Vous semblez croire que nos concitoyens qui font le choix d’habiter dans une maison sont responsables de l’artifice des sols. Vous ne pouvez pas caricaturer ainsi ceux qui font le choix de la maison. Ce choix peut être dicté par la qualité de vie et l’envie d’offrir à sa famille de l’espace. Dans le contexte de la crise sanitaire, le fait de vivre dans une maison est quand même appréciable. En France, on peut faire ce choix-là sans être accusé d’artificialiser les sols. Les amendements identiques nos 4016 de M. Robin Reda, 4662 de M. Hervé Saulignac et 4748 de Mme Emmanuelle Ménard sont défendus.
Quel est l’avis de la commission sur ces amendements identiques ?
J’émets un avis défavorable à tous les amendements qui visent à remplacer l’artificialisation des sols par la sobriété foncière.
Je suis sensible aux enjeux de la sobriété foncière. C’est la raison pour laquelle le nouvel article 49 
quinquies donne la possibilité aux communes de signer un contrat de sobriété foncière avec les services de l’État.
Néanmoins, l’article 47 revêt un caractère programmatique. L’artificialisation des sols est une notion connue, y compris par les décideurs locaux. Pour éviter les contentieux qui ont été mentionnés, il est prévu de fixer sur la première période décennale des objectifs de consommation de l’espace très concrets. L’article 47 porte sur la programmation, l’article 48 sur la définition et l’article 49 sur la déclinaison concrète dans les territoires.
Quel est l’avis du Gouvernement ? Avis très défavorable sur cette série d’amendements, d’abord parce que la sobriété foncière n’est pas une notion très définie sur le plan juridique. Ensuite, c’est une notion négative alors que la protection des sols elle-même donne de la valeur au sol en matière non seulement de constructibilité mais aussi de biodiversité.
Pour continuer l’échange avec M. Bazin sur le point de savoir s’il était possible de fixer un objectif aussi rapide et aussi abrupt en 2025, je répondais non à M. Prud’homme, précisément parce que c’est notre modèle d’habitation qui est en cause. Nous devons en effet réfléchir à la question de savoir comment nous habitons le territoire. Chacun a le droit et la possibilité de trouver la bonne manière d’habiter. Nous trouverons ensemble la bonne manière d’habiter qui réponde aux aspirations des familles et soit compatible avec nos enjeux écologiques, mais cela prendra du temps. C’est la raison pour laquelle je soutiens l’horizon de 2050. Je voulais m’assurer qu’il n’y avait pas d’incompréhension entre nous, monsieur Bazin, car nous pourrions peut-être même être d’accord sur ce point.
Pas avec une définition aussi floue et source de contentieux !
(Les amendements identiques nos 109, 228, 290, 399, 806, 887, 1479, 1634, 2164, 2422, 2696, 2736, 3034, 4016, 4662 et 4748 ne sont pas adoptés.) Je suis saisi de plusieurs amendements, nos 5881, 5137, 105, 200, 229, 390, 1207, 1478, 2165, 2424, 2704, 3035 et 4015, pouvant être soumis à une discussion commune.
Les amendements nos 105, 200, 229, 390, 1207, 1478, 2165, 2424, 2704, 3035 et 4015 sont identiques.
L’amendement no 5881 de M. Julien Aubert est défendu.
La parole est à M. Hubert Wulfranc, pour soutenir l’amendement no 5137.
Je partage votre analyse, madame la ministre déléguée, il y a une réflexion à long terme à mener sur la manière d’habiter et sur le logement individuel. Il est également nécessaire de s’extraire d’une communication, désormais historique, en direction des Français sur la manière d’habiter. Il faut aussi reconsidérer les enjeux du logement social, qui s’adresse à 70 % des Français, en particulier en matière d’habitabilité – nous pouvons nous accorder sur ce point. L’avenir du logement social doit être inscrit en priorité à l’ordre du jour si nous voulons répondre à la problématique de la densification et de l’artificialisation des sols.
Ensuite, se pose un autre problème : la dévalorisation des terres agricoles qui sont potentiellement aujourd’hui des aspirateurs à construction. Leur valeur est plus de cinquante fois inférieure à celle des terrains constructibles. On ne peut pas nier non plus, me semble-t-il, que les « giga-constructions » métropolitaines, destinées aux activités tant tertiaires que quaternaires – la nature desdites activités pouvant donner lieu à une différence d’appréciation –, participent également à l’artificialisation des sols dans la mesure où la métropole constitue un centre d’extraction de la plus-value qui encourage une telle pratique.
Dans l’article 47, nous souhaitons que soit précisé le caractère national de l’objectif. Vous prévoyez de mettre à disposition des outils permettant de le décliner sur le terrain. Il faut affirmer l’objectif en termes politiques, comme vous l’avez indiqué vous-même, mais aussi au regard de la responsabilité – responsabilité jacobine par opposition à celle du girondisme que vous avez réfuté tout à l’heure dans les trois amendements repoussés. L’artificialisation s’apprécie d’abord à l’échelle du territoire national. Tel est l’objet de l’amendement. Nous reviendrons par la suite sur les enjeux locaux de l’objectif de réduction de 50 % de l’artificialisation.
Bravo ! Sur l’amendement no 5881, je suis saisi par le groupe Les Républicains d’une demande de scrutin public.
Le scrutin est annoncé dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.
Les amendements identiques nos 105 de M. Martial Saddier, 200 de M. Vincent Descoeur, 229 de M. Dino Cinieri, 390 de M. Marc Le Fur, 1207 de M. Jean-Claude Bouchet, 1478 de M. Yves Hemedinger, 2165 de M. Arnaud Viala, 2424 de M. Gérard Menuel, 2704 de M. Vincent Rolland, 3035 de M. Thibault Bazin et 4015 de M. Robin Reda sont défendus.
Quel est l’avis de la commission sur l’ensemble de ces amendements ?
Ils visent à préciser que l’objectif de réduction de 50 % concerne le territoire national.
Bien entendu, la loi s’applique au niveau national ; bien entendu, il s’agit d’un objectif national qui est décliné en trois articles : l’article 47 est un article de planification ; l’article 48 définit l’artificialisation pour l’intégrer dans les documents de planification et d’urbanisme ; l’article 49 décline la programmation au niveau régional en fixant un objectif de réduction de moitié de l’artificialisation des sols à travers les schémas régionaux d’aménagement, de développement durable et d’égalité des territoires (SRADDET).
Pour répondre à notre collègue Wulfranc, il y aura bien une déclinaison territorialisée, par le biais des SCOT et des plans locaux d’urbanisme intercommunaux (PLUI).
Le SRADDET n’est pas le bon échelon ! Je suis très attaché à la logique de ces articles : nous définissons un objectif national ; nous mettons des outils à disposition des décideurs locaux pour l’atteindre ; nous déclinons l’objectif à travers tous les échelons de planification et de réflexion territoriale. Nous ne pouvons pas faire mieux en matière d’implication de tous nos territoires.
J’émets donc un avis défavorable à tous ces amendements qui me semblent satisfaits.
Quel est l’avis du Gouvernement ? Monsieur Wulfranc, je partage l’idée selon laquelle le logement social est un élément essentiel dans l’équation, parce qu’il s’agit de logement abordable, plutôt situé à proximité des centres-villes, souvent de logement collectif. Le choix se pose souvent en ces termes : logement social ou logement individuel ? logement en centre-ville ou en périphérie ? Oui, le logement social est d’extrêmement bonne qualité. Je le rappelle, 70 % des Français sont éligibles au logement social, que je défends et qui sera soutenu dans la loi dite 4D – différenciation, décentralisation, déconcentration et décomplexification –, laquelle sera prochainement présentée en conseil des ministres.
Pour revenir à l’amendement, je partage l’avis du rapporteur : l’article 47 s’applique au territoire national. Il définit une ambition pour la totalité du pays, pour la totalité du territoire, qui se décline ensuite dans chaque région, puis dans chaque SCOT ou chaque PLUI de façon différenciée.
Compte tenu de l’ambition générale et nationale de l’article que je viens de rappeler, les amendements sont satisfaits selon moi. J’en demande donc le retrait, sinon mon avis sera défavorable.
La parole est à M. Julien Aubert. La différenciation n’est nullement précisée dans l’article 47, elle apparaît plus tard. Si vous convenez de ce qu’il s’agit d’un objectif national, l’adoption de l’amendement n’enlève strictement rien. Je conteste l’argument selon lequel il n’est pas nécessaire de préciser le caractère national. Je crois que plus la loi est précise, plus les choses sont claires. Vous auriez dû indiquer qu’il s’agit d’un objectif national qui peut ensuite être décliné de manière différenciée dans les territoires. Je mets aux voix l’amendement no 5881.
(Il est procédé au scrutin.) Voici le résultat du scrutin :
        Nombre de votants                        109
        Nombre de suffrages exprimés                97
        Majorité absolue                        49
                Pour l’adoption                19
                Contre                78
(L’amendement no 5881 n’est pas adopté.)
(L’amendement no 5137 n’est pas adopté.)
(Les amendements identiques nos 105, 200, 229, 390, 1207, 1478, 2165, 2424, 2704, 3035 et 4015 ne sont pas adoptés.) Les amendements nos 3036 de M. Thibault Bazin et 5138 de M. Stéphane Peu, pouvant être soumis à une discussion commune, sont défendus.
Quel est l’avis de la commission sur ces deux amendements ?
Nous avons déjà eu cette discussion en commission. La lutte contre l’artificialisation des sols, j’en conviens, ne doit pas empêcher une certaine densification. C’est un peu le sens de ces amendements.
L’article 47 a une vocation programmatique. Nous apporterons des réponses aux enjeux de densification avec les articles 48 et 49, que nous aborderons dans la foulée. Je demande le retrait des amendements. À défaut, j’émettrai un avis défavorable.
Quel est l’avis du Gouvernement ? Même avis. La parole est à M. Thibault Bazin. Une question très rapide, madame la ministre déléguée. Prenons le cas très concret d’une petite maison située sur un grand terrain, en pleine ville, dans une métropole. Si l’on construit à cet emplacement un immeuble de taille raisonnable, cela sera-t-il considéré comme de l’artificialisation des sols ? La parole est à Mme la ministre déléguée. Je vous réponds précisément, monsieur Bazin. En l’état du texte, l’unité de mesure étant la parcelle, la réponse est non : ce ne sera pas considéré comme de l’artificialisation.
(Les amendements nos 3036 et 5138, successivement mis aux voix, ne sont pas adoptés.) Les amendements nos 1110 de Mme Frédérique Lardet et 1274 de Mme Carole Grandjean, pouvant être soumis à une discussion commune, sont défendus.
(Les amendements nos 1110 et 1274, repoussés par la commission et le Gouvernement, successivement mis aux voix, ne sont pas adoptés.) L’amendement no 4642 de M. Matthieu Orphelin est défendu.
(L’amendement no 4642, repoussé par la commission et le Gouvernement, n’est pas adopté.) Les amendements identiques nos 118 de Mme Émilie Bonnivard, 466 de Mme Valérie Bazin-Malgras, 4018 de M. Robin Reda, 5677 de Mme Josiane Corneloup et 6386 de M. Philippe Huppé ainsi que l’amendement no 1633 de Mme Danielle Brulebois, pouvant être soumis à une discussion commune, sont défendus.
Quel est l’avis de la commission sur l’ensemble de ces amendements ?
Ils visent à ce que l’on réduise le rythme d’artificialisation des sols dans une proportion bien inférieure à la moitié. J’ai indiqué dans mon propos introductif que nous serions défavorables à tous les amendements moins-disants par rapport à nos objectifs initiaux. Je suis donc défavorable à ces amendements.
(Les amendements identiques nos 118, 466, 4018, 5677 et 6386, repoussés par le Gouvernement, ne sont pas adoptés.)
(L’amendement no 1633, repoussé par le Gouvernement, n’est pas adopté.) Je suis saisi de douze amendements, nos 26, 198, 618, 915, 3037, 3056, 3510, 3791, 4017, 5922, 1483 et 396, pouvant être soumis à une discussion commune.
Les amendements nos 26, 198, 618, 915, 3037, 3056, 3510, 3791, 4017 et 5922 sont identiques.
Les amendements nos 26 de M. Vincent Descoeur, 198 de Mme Véronique Louwagie et 618 de Mme Agnès Thill sont défendus.
La parole est à M. Pierre Vatin, pour soutenir l’amendement no 915.
L’article 47 tend à inscrire dans la loi l’objectif programmatique de réduction par deux du rythme d’artificialisation sur les dix prochaines années par rapport à la décennie précédente. Il apparaît malheureusement, à la lecture de l’article, que sont utilisés indifféremment trois concepts qui n’ont pas la même définition. D’ailleurs, seul le terme « artificialisation » est défini par le texte.
L’amendement vise à préciser quel est le référentiel d’observation de l’artificialisation par rapport aux dix dernières années, en vue d’élaborer un diagnostic objectif et de satisfaire l’objectif de division par deux du rythme d’artificialisation.
La parole est à M. Thibault Bazin, pour soutenir l’amendement no 3037. Défendu ! Parce que M. Aubert nous interdit de parler davantage. (Sourires.) Chez Les Républicains, c’est comme dans les légions romaines ! Les amendements nos 3056 de Mme Anne-Laure Blin, 3510 de M. Stéphane Viry, 3791 de M. Jérôme Nury, 4017 de M. Robin Reda, 5922 de M. Jean Lassalle, 1483 de M. Yves Hemedinger et 396 de M. Marc Le Fur sont défendus.
Quel est l’avis de la commission sur l’ensemble de ces amendements ?
La notion de consommation d’espace figure déjà dans le code de l’urbanisme. Elle est utilisée par les élus et décideurs locaux, et a été reprise par l’Observatoire national de l’artificialisation des sols. Nous la retiendrons pour la première décennie, le temps que la définition de l’artificialisation, donnée à l’article 48, soit opérationnelle. Je suis donc défavorable à tous ces amendements.
(Les amendements identiques nos 26, 198, 618, 915, 3037, 3056, 3510, 3791, 4017 et 5922, repoussés par le Gouvernement, ne sont pas adoptés.)
(Les amendements nos 1483 et 396, repoussés par le Gouvernement, successivement mis aux voix ne sont pas adoptés.) Sur l’article 47, je suis saisi par le groupe La République en marche d’une demande de scrutin public.
Le scrutin est annoncé dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.
L’amendement nos 6535 de M. Jean-Luc Poudroux, les amendements identiques nos 3204 de Mme Patricia Lemoine, 3886 de M. Vincent Descoeur et 5460 de M. Stéphane Baudu ainsi que l’amendement no 1078 de M. Vincent Descoeur, pouvant être soumis à une discussion commune, sont défendus.
Quel est l’avis de la commission sur l’ensemble de ces amendements ?
Leurs auteurs souhaitent une territorialisation de notre objectif. Or nous en discuterons lorsque nous examinerons les articles 48 et 49 ; cela n’a pas lieu de figurer à l’article 47. J’émets donc un avis défavorable sur tous ces amendements. Quel est l’avis du Gouvernement ? Même avis que M. le rapporteur. Premièrement, l’objectif est national – tel est bien l’esprit de l’article 47, nous l’avons rappelé il y a quelques instants. Deuxièmement, cet objectif sera décliné à différentes échelles, régionale puis infrarégionale, ainsi que le prévoit l’article 49. Les amendements étant selon moi satisfaits, j’y suis défavorable. La parole est à M. Julien Aubert. Le groupe Les Républicains est d’accord sur la stratégie, nous l’avons dit, mais il tient à introduire dans le texte la notion de diversité des territoires et le principe de différenciation. Par conséquent, si vous rejetez ces amendements, nous voterons contre l’article 47.
(L’amendement no 6535 n’est pas adopté.)
(Les amendements identiques nos 3204, 3886 et 5460 ne sont pas adoptés.)
(L’amendement no 1078 n’est pas adopté.) Les amendements identiques nos 5747 de M. François Pupponi et 6041 de Mme Nadia Ramassamy sont défendus.
Quel est l’avis de la commission sur ces deux amendements identiques ?
Défavorable. Quel est l’avis du Gouvernement ? Il s’agit d’une question très importante : ces amendements visent à définir une trajectoire spécifique pour les départements et régions d’outre-mer en matière de réduction de l’artificialisation des sols. Nous n’avons pas fixé de pourcentage à cette fin dans le projet de loi, considérant qu’il convenait d’examiner ultérieurement le cas de ces territoires, chacun d’entre eux présentant des spécificités. Je suis défavorable à ce que l’on retienne un taux uniforme de 25 %, car nous devons nous laisser le temps de définir une trajectoire sur mesure. Tel est bien l’esprit du texte.
(Les amendements identiques nos 5747 et 6041 ne sont pas adoptés.) La parole est à M. Antoine Herth, pour soutenir l’amendement no 2855. Dans la logique « éviter, réduire, compenser », nous proposons, par cet amendement, que la loi permette de mener des expérimentations en matière de lutte contre l’artificialisation et de mettre en œuvre des mécanismes de compensation. Quel est l’avis de la commission ? Monsieur Herth, je partage votre souci de faire jouer des mécanismes de compensation. Je sais que votre collègue Valérie Petit, première signataire de cet amendement, y est très attachée. Néanmoins, je le rappelle, l’article 47 a une visée programmatique. Nous aborderons la question de la compensation, comme celle de la territorialisation, lorsque nous examinerons l’article 49 ; nous pourrons alors avancer sur ce point, le cas échéant en retenant certains de vos amendements. Je vous invite à retirer le présent amendement, sans quoi j’y serai défavorable.
(L’amendement no 2855, ayant reçu un avis défavorable du Gouvernement, est retiré.) La parole est à M. Jean-René Cazeneuve, rapporteur général de la commission spéciale. Je fais une ultime tentative auprès de notre collègue Julien Aubert : il serait dommage de ne pas voter l’article 47. Nous votons certes la loi par amendements et par articles, mais le texte se lit globalement. Or, globalement, il indique de manière très précise que l’objectif est national et qu’il sera territorialisé au niveau de chacune des collectivités, au travers du SRADDET. La parole est à M. Julien Aubert. Monsieur le rapporteur général, la meilleure façon d’inciter Les Républicains à voter votre texte serait d’accepter certains de leurs amendements. Je mets aux voix l’article 47.
(Il est procédé au scrutin.) Voici le résultat du scrutin :
        Nombre de votants                        104
        Nombre de suffrages exprimés                97
        Majorité absolue                        49
                Pour l’adoption                85
                Contre                12
(L’article 47 est adopté.)
Nous en venons à des amendements portant article additionnel après l’article 47.
Les amendements nos 4382 et 4383 de Mme Fiona Lazaar sont défendus.
Quel est l’avis de la commission sur ces deux amendements ?
Ils visent à lier la délivrance des permis de construire à la lutte contre l’artificialisation. Or nous allons décliner la stratégie nationale dans les documents de planification, les SRADDET et les SCOT, et dans les documents d’urbanisme, les PLU et les PLUI. Les maires devront bien évidemment tenir compte des enjeux d’artificialisation lorsqu’ils signeront un permis de construire. Les amendements étant satisfaits, je demande leur retrait. À défaut, l’avis sera défavorable. Quel est l’avis du Gouvernement ? Selon moi, les amendements sont satisfaits : les permis de construire seront accordés d’après les documents d’urbanisme, selon que les zones considérées sont urbanisables ou non. C’est ce mécanisme, prévu par la loi, qui permettra le cas échéant de refuser un permis de construire ; l’objectif de lutte contre l’artificialisation ne pourra pas être invoqué en lui-même comme un motif de refus. Je demande moi aussi le retrait des amendements, sans quoi j’y serai défavorable.
(Les amendements nos 4382 et 4383 sont retirés.) La parole est à M. Antoine Herth, pour soutenir l’amendement no 2858. Aux termes de cet amendement, les SRADDET et les SCOT devront détailler les mécanismes de compensation de l’artificialisation nette. Quel est l’avis de la commission ? Ma réponse sera la même que tout à l’heure, cher collègue : nous aurons ce débat lorsque nous examinerons votre amendement no 3811 à l’article 49. Je vous invite donc à retirer le présent amendement ; sinon, mon avis sera défavorable. Quel est l’avis du Gouvernement ? Même avis : la compensation est abordée de manière précise à l’article 49. Je demande moi aussi le retrait de l’amendement, sans quoi j’y serai défavorable.
(L’amendement no 2858 est retiré.)
Les amendements identiques nos 4915 de M. Benoit Simian et 6206 de M. François Jolivet, tendant à supprimer l’article 48, sont défendus.
(Les amendements identiques nos 4915 et 6206, repoussés par la commission et le Gouvernement, ne sont pas adoptés.) Les amendements nos 6844 de M. Loïc Prud’homme, 5256 de Mme Valérie Petit et 1607 de Mme Emmanuelle Ménard sont défendus.
(Les amendements nos 6844, 5256 et 1607, repoussés par la commission et le Gouvernement, successivement mis aux voix, ne sont pas adoptés.) Je suis saisi de deux amendements identiques, nos 4305 et 5106.
L’amendement no 4305 de M. Christophe Jerretie est défendu.
La parole est à M. Jean-Luc Lagleize, pour soutenir l’amendement no 5106.
Il vise à préciser que l’article 48 a pour objectif la lutte contre l’artificialisation des sols. À cette fin, il tend à remplacer les mots : « tend à aboutir » par les mots : « a pour objectif ». Quel est l’avis de la commission ? Ces amendements de précision vont dans le sens de l’article. Avis favorable.
(Les amendements identiques nos 4305 et 5106, acceptés par le Gouvernement, sont adoptés ; en conséquence, les amendements identiques nos 231, 406, 807, 888, 1209, 1638, 2166, 2329, 3039, 4664 et 4750 tombent, de même que l’amendement no 4934.) Les amendements identiques nos 113 de M. Martial Saddier, 292 de Mme Émilie Bonnivard, 1487 de M. Yves Hemedinger et 2700 de M. Vincent Rolland sont défendus.
La parole est à M. Thibault Bazin, pour soutenir l’amendement identique no 3040.
Défendu, en raison du temps législatif programmé ! Quel est l’avis de la commission sur l’ensemble de ces amendements ? Défavorable. Quel est l’avis du Gouvernement ? Les amendements visent à remplacer la notion de « lutte contre l’artificialisation » par celle de « sobriété foncière », moins complète. Avis défavorable. La parole est à M. Pierre Vatin. Il me semble qu’il existe un danger : dans quelques années, on nous dira qu’en raison de la densification, les « villes-jardins » ne sont plus considérées comme telles. Je pense notamment à la ville d’Amiens, qui compte autant de voirie que celle de Lyon pour 130 000 habitants seulement, mais qui est composée essentiellement de maisons avec un jardin.
Tous les propriétaires de jardin pourraient décider de les fusionner pour créer une nouvelle parcelle, sur laquelle on pourrait densifier la construction : cette perspective est très inquiétante. Dans quelques années, nous serons obligés de revenir sur cette disposition, car on s’apercevra qu’il n’y a plus d’espaces verts dans les villes.
Absolument ! Cela favorise la spéculation !
(Les amendements identiques nos 113, 292, 1487, 2700 et 3040 ne sont pas adoptés.) L’amendement no 7148 de M. Julien Aubert est défendu.
(L’amendement no 7148, repoussé par la commission et le Gouvernement, n’est pas adopté.) Je suis saisi de deux amendements, nos 5017 et 1609, pouvant être soumis à une discussion commune.
La parole est à M. Jean-Luc Lagleize, pour soutenir l’amendement no 5017.
La revalorisation des friches étant l’un des éléments essentiels de la lutte contre l’artificialisation des sols, il conviendrait d’en faire un objectif à part entière. Madame Emmanuelle Ménard, l’amendement no 1609 est… Défendu, en raison du temps législatif programmé ! Vous voyez, cette fois, je vous ai laissé le dire ! (Sourires.)
Quel est l’avis de la commission ? Ces deux amendements sont très intéressants, mais rédigés de manière légèrement différente : dans la mesure où celui de M. Lagleize tend à faire figurer la rénovation des friches juste après la mention du renouvellement urbain, il me semble plus approprié. Je demande donc à Mme Ménard de bien vouloir retirer son amendement no 1609 au profit de l’amendement no 5017, sur lequel j’émets un avis favorable. Quel est l’avis du Gouvernement ?