XVe législature
Session ordinaire de 2020-2021

Séance du mercredi 27 janvier 2021

L’ordre du jour appelle la discussion de la proposition de résolution de M. Christophe Arend, M. Christophe Castaner et plusieurs de leurs collègues pour l’approfondissement du suivi de l’exécution des projets franco-allemands mis en place par le traité d’Aix-la-Chapelle (no 3709).
La parole est à M. Christophe Arend. En ce jour de commémoration de l’Holocauste, nous soumettons une proposition de résolution qui vise à renforcer la coopération entre la France et l’Allemagne, donc l’Europe et la paix durable.
À l’occasion du cinquante-cinquième anniversaire du traité de l’Élysée, le 22 janvier 2018, un groupe de travail avait été établi afin de préparer une proposition d’accord parlementaire franco-allemand sur notre coopération avec le Bundestag. Les travaux de ce groupe de travail donnèrent lieu à l’adoption, dans cet hémicycle, d’un accord parlementaire, le 11 mars 2019, puis à la réunion constitutive de la nouvelle assemblée parlementaire franco-allemande, à Paris, le 25 mars 2019. En parallèle, le 22 janvier 2019, nos deux pays se sont retrouvés à Aix-la-Chapelle pour signer un nouveau traité visant à renforcer leur coopération et l’intégration franco-allemande.
Ces quelques éléments de contexte rappellent à quel point l’APFA – l’Assemblée parlementaire franco-allemande – est encore jeune. Pour autant, cela ne l’a pas empêchée d’être ambitieuse et elle compte déjà plusieurs succès à son actif. Je tiens à remercier l’ensemble des collègues qui, sur tous les bancs, n’ont eu de cesse de s’y investir, en plus de leur travail à l’Assemblée nationale. Pour résumer, depuis sa création, l’Assemblée parlementaire franco-allemande a tenu cinq réunions plénières et deux réunions extraordinaires au plus fort de la crise sanitaire, adopté six résolutions et installé cinq groupes de travail. Depuis le début de la crise sanitaire, elle n’a cessé de plaider : pour une harmonisation des règles sanitaires dans l’Union européenne ; en visionnaire, pour un plan de relance économique européenne, devenu Next Generation EU ; pour que nos frontières avec l’Allemagne ne soient pas à nouveau fermées. Nous avons pu nous réjouir de lire dans le
Frankfurter Allgemeine Zeitung un article de Michaela Wiegel dans lequel elle écrivait : « Les cinquante députés français et allemands de l’Assemblée parlementaire franco-allemande sont devenus la force motrice du couple franco-allemand. »
Mais nous voulons aller encore plus loin ! À cet égard, le traité prévoit en annexe une liste complémentaire et dynamique de projets franco-allemands dits « prioritaires ». Actuellement au nombre de quinze, ils correspondent à des investissements d’avenir, à des ambitions ayant une forte valeur ajoutée européenne pour les générations futures. Les domaines principalement visés sont la transition énergétique coordonnée, le développement des régions ferroviaires, l’intelligence artificielle, l’innovation de rupture ou encore le spatial. Ces projets prioritaires visent également à renforcer les échanges entre nos deux peuples : je pense notamment à la mise en place d’un fonds citoyen commun.
Par ailleurs, le traité d’Aix-la-Chapelle légitime pleinement notre rôle de contrôle et d’évaluation des politiques franco-allemandes mises en œuvre par le Gouvernement. Pour nous permettre d’exercer nos prérogatives en la matière, il est absolument essentiel que le Gouvernement rende compte au Parlement. Nous souhaitons que cela prenne la forme d’un rapport annuel permettant d’évaluer, lors de l’examen du projet de loi de finances, la mise en œuvre des projets prioritaires, et d’informer le Parlement sur les moyens budgétaires réels consacrés à chacun d’entre eux. Il s’agit donc d’un outil de dialogue entre le Parlement et le Gouvernement tout autant qu’entre nos deux pays. Ce rapport aura également vocation à donner plus de visibilité à la coopération franco-allemande, y compris auprès de nos concitoyens, car ceux-ci doivent, eux aussi, être mieux informés afin de devenir le réel moteur de la construction européenne. La coopération franco-allemande doit être lisible et transparente.
La proposition de résolution, présentée par le groupe majoritaire, La République en marche, a fait l’objet de discussions. Je pense notamment à la position de certains collègues sur d’autres bancs, qui y voient un manque d’ambition. Je veux leur dire ici qu’ils se trompent. Notre jeune assemblée parlementaire a déjà fait un sacré bout de chemin depuis sa naissance, elle est un outil extraordinaire de démocratie et de diplomatie parlementaires. Quand nos exécutifs respectifs pourraient avoir, légitimement, des positions binaires, elle permet de dégager des orientations transnationales par affinités politiques. Ce n’est donc plus la seule raison nationale qui l’emporte, mais bien l’envie de partager et de faire évoluer des ambitions communes. C’est une première victoire au service de nos deux pays mais aussi de l’Union européenne.
Cette proposition de résolution n’est donc pas un acte de défiance vis-à-vis de l’exécutif, pas plus qu’un acte de soumission. Elle n’est pas non plus un acte partisan mais tend à renforcer cette jeune institution, fruit du travail de cinquante de nos collègues et de leurs trente suppléants, qui y ont mis du cœur à l’ouvrage et comptent sur votre soutien pour faire progresser davantage encore la coopération franco-allemande. Cette résolution marquera une date supplémentaire et nécessaire dans la maturation de cette jeune institution. En l’adoptant, vous reconnaîtrez le travail déjà accompli par vos collègues et donnerez à l’Assemblée parlementaire franco-allemande encore davantage de légitimité et d’efficacité pour approfondir son travail. C’est pourquoi je vous demande de la soutenir.
(Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM, Dem et Agir ens.) La parole est à M. Patrick Hetzel. Avec votre groupe parlementaire, vous nous soumettez, monsieur Arend, une proposition de résolution qui a pour objectif « l’approfondissement du suivi de l’exécution des projets franco-allemands mis en place par le traité d’Aix-la-Chapelle ». Pour atteindre cet objectif, vous invitez le Gouvernement à développer des outils de suivi permettant une large information du Parlement et bien sûr des citoyens sur la mise en œuvre du traité d’Aix-la-Chapelle, en particulier des projets prioritaires franco-allemands, ainsi que sur les moyens budgétaires consacrés à chacun de ces projets. Soyons très clairs : cet objectif est louable. Toutefois, cette proposition de résolution pose de toute évidence deux problèmes qui méritent d’être soulevés.
Premièrement, tout ce qui est énoncé dans ce texte devrait se faire automatiquement, naturellement et normalement. Que ce ne soit pas le cas est l’illustration même que votre majorité et le gouvernement que vous soutenez fait de la communication et des promesses finalement jamais tenues. À tel point que vous êtes obligé, par cette résolution, de rappeler le Gouvernement à ses obligations de base : informer le Parlement ! La belle affaire ! Si cela n’était pas aussi grave sur le fond, on pourrait en sourire car il suffit de la lire et d’écouter vos arguments pour constater qu’elle est un aveu d’échec de la politique gouvernementale en matière de relation franco-allemande depuis 2017.
C’est clair ! Le second problème, c’est que cette proposition de résolution manque singulièrement d’ambition. Évidemment, nous avons urgemment besoin d’un bilan effectué par le Gouvernement sur les réalisations concrètes du traité d’Aix-la-Chapelle, mais ce qu’il faut véritablement, c’est un élan autour de la coopération franco-allemande. Or d’élan, il n’y en a point.
Monsieur Arend, je sais combien, à titre personnel, vous vous démenez sur cette question et vous vous investissez sans compter. Hélas, vous êtes très seul. Le groupe Les Républicains regrette très vivement que le gouvernement français, depuis trois ans, n’ait toujours rien mis en œuvre de concret parmi la liste des quinze projets clairement mentionnés dans le traité d’Aix-la-Chapelle. Là aussi, on se souvient des déclarations d’Emmanuel Macron à Aix-la-Chapelle : vous allez voir ce que vous allez voir. Mais, deux ans après, rien, rien de rien.
(Exclamations sur les bancs du groupe LaREM.) Mes chers collègues, je vous en prie ! Vous l’aurez compris, le groupe Les Républicains regrette que le Gouvernement soit plus velléitaire que volontaire. Pour toutes ces raisons, il ne peut que s’abstenir sur cette proposition de résolution qui, je le redis, ne fait que rappeler le Gouvernement à son devoir minimal. Nous sommes l’Assemblée nationale ; il serait tout de même normal qu’il respecte un tant soit peu le Parlement. Mais hélas, depuis quelque temps, ce n’est plus le cas, ce que nous ne pouvons collectivement que déplorer. (Applaudissements sur les bancs du groupe LR.) Il a raison ! Très bien ! Il y avait beaucoup de bon sens dans cette intervention ! La parole est à M. Sylvain Waserman. Ma lecture sur ce qu’il s’est passé depuis trois ans concernant les relations franco-allemandes, mon cher collègue du groupe Les Républicains, est totalement différente de la vôtre. Il est évident que le groupe Dem soutiendra avec force cette proposition de résolution.
Le traité d’Aix-la-Chapelle est fondateur puisqu’il a été le premier a énoncé des idées fortes telles que celle, par exemple, de l’harmonisation des modèles économiques et sociaux, et non pas seulement un vague objectif de convergence. C’est déjà le premier élément d’un triptyque que, consécutivement à vos propos, je tiens à décrire.
Deuxième élément du triptyque : l’Assemblée parlementaire franco-allemande. Je tiens à rappeler qu’il ne s’agissait pas du tout d’une innovation décidée entre nos exécutifs, mais bien d’une initiative parlementaire menée par un groupe préfigurateur de dix-huit députés – neuf français et neuf allemands. Ils en ont soumis l’idée au président et au bureau de notre assemblée, et celle-ci l’a entérinée.
Ce n’est pas l’objet de la proposition de résolution ! L’objectif est d’abord d’instituer une sorte de contrôle conjoint de l’action de nos gouvernements sur l’application du traité et aussi de créer, dans une logique d’harmonisation entre nos deux pays,… Le Rotary club fait mieux ! …un outil de convergence entre nos droits nationaux portant à la fois sur le stock – pensons aux groupes de travail sur la convergence de nos droits des affaires – et sur le flux – pour que les directives européennes soient transposées de façon plus harmonisée.
Le troisième élément de l’édifice, c’est le comité transfrontalier.
Ah ! Le séparatisme ! Il regroupe les pouvoirs réglementaire, législatif et locaux, du côté français comme du côté allemand, pour prendre en compte enfin, au bout de dizaines d’années, chacun des irritants du quotidien, ces problèmes concrets de la vie des citoyens frontaliers, et y apporter la meilleure réponse, qu’elle soit d’ordre réglementaire, législatif ou organisationnel. C’est du séparatisme et rien d’autre ! Aucun de ces trois éléments du triptyque n’existait avant 2017. Je rappelle que l’Assemblée parlementaire franco-allemande est une innovation démocratique, de même que le comité transfrontalier. Et ces innovations aboutissent à un tout cohérent : en haut de l’échelle des normes, le traité fixe le cadre de l’harmonisation, dans lequel se situent ces nouveaux outils opérationnels que constituent l’Assemblée parlementaire et le comité transfrontalier. Ce n’est pas l’objet de la proposition de résolution ! Hors sujet ! Le comité transfrontalier a toute sa place : il permet de pointer les dissonances entre les deux droits qui pourront être résolues soit par une harmonisation juridique grâce aux outils à la disposition de l’Assemblée parlementaire, soit par des solutions concrètes qui pourront être apportées.
Contrairement à ce que vient de dire notre collègue, ce qui s’est passé depuis trois ans dans le domaine de la coopération franco-allemande est absolument majeur, et ce n’est que le début de l’histoire ! En 2019, nous avons voté une résolution puis l’Assemblée parlementaire franco-allemande a été créée. En décembre dernier, le secrétariat du comité franco-allemand de coopération transfrontalière s’est installé. Certes, cela prend du temps, mais balayer tous ces éléments d’un revers de la main et dire qu’il ne s’est rien passé me semble être une contre-vérité que je tenais à corriger.
Le Gouvernement n’a rien fait ! Mes chers collègues, on écoute l’orateur. On l’écoute ! La preuve, c’est qu’on réagit ! On l’écoute sagement ! J’ai été personnellement impliqué dans chacun des trois volets : en remettant au Premier ministre un rapport sur le volet transfrontalier du traité d’Aix-la-Chapelle ; en participant au groupe de travail préfigurateur animé par Sabine Thillaye et Christophe Arend lorsqu’il s’agissait d’inventer l’assemblée parlementaire ; en siégeant dans le comité de coopération transfrontalière.
Ce n’est pas qu’une affaire d’Alsaciens.
Si ! Mais non, et c’est pour cela que je tenais à le préciser, monsieur Mélenchon. Je le disais déjà à cette tribune fin 2019 et j’y crois profondément : le moteur franco-allemand, c’est d’abord un fantastique message d’espoir pour l’Union européenne tout entière. Tu parles d’un message ! Encore faut-il que le moteur fasse aller dans le bon sens ! J’appelle votre attention sur le fait que nous avons voté cette semaine, dans cet hémicycle, le projet de loi autorisant l’approbation de la décision relative au système des ressources propres de l’Union européenne : qu’il s’agisse d’un budget, d’un plan de relance ou d’un endettement communs, ce sont des vrais pas de géant pour l’Union européenne, et l’impulsion franco-allemande y est pour quelque chose. C’est avec détermination que nous soutenons toutes les initiatives et les progrès majeurs accomplis dans le domaine de la coopération franco-allemande depuis 2017. (Applaudissements sur les bancs des groupes Dem, LaREM et Agir ens.) Vos intentions sont bonnes mais vos moyens sont mauvais ! La parole est à Mme Michèle Victory et à elle seule, monsieur Mélenchon. Au cœur de la dynamique européenne, la coopération et l’amitié franco-allemandes ont été renforcées par le traité d’Aix-la-Chapelle du 22 janvier 2019. Les quinze projets prioritaires proposés dans ce cadre doivent permettre, en tant qu’instruments de coopération entre la France et l’Allemagne, d’atteindre les objectifs fixés par le traité. La liste évolutive de ces projets doit s’accompagner d’une nécessaire souplesse afin de prendre en compte, avec plus de réactivité, les enjeux qui traversent nos sociétés. Le suivi de ces projets concrets, devant aller au-delà d’un simple contrôle administratif, pourrait être amélioré par une plus grande participation des parlements allemand et français.
La coopération culturelle ainsi que les échanges de jeunes font partie des domaines fondamentaux qui marquent l’attachement des Français et des Allemands à l’amitié de nos deux pays. Dans la mesure où ils apportent beaucoup à la dynamique européenne, ces projets méritent une attention particulière. Pour autant, cet attachement conjoint à la richesse de la relation franco-allemande n’a de force que s’il emmène avec lui, dans un élan universaliste et humaniste, toutes celles et ceux qui, à travers l’Europe, ont la volonté de rassembler au-delà des différences et des blessures infligées par l’histoire.
Le renforcement de la coopération culturelle entre la France et l’Allemagne constitue l’un des principaux piliers du traité d’Aix-la-Chapelle, dont la signature marque, pour les deux pays, la volonté d’inaugurer une nouvelle période d’intégration de leurs instituts culturels à l’étranger. Ainsi, quatre instituts culturels franco-allemands intégrés seront créés à Rio de Janeiro, Palerme, Erbil et Bichkek, tandis que dans les villes de Cordoba, d’Atlanta, de Glasgow et de Minsk, quatre instituts français et allemands seront colocalisés, suivant ainsi l’exemple de Ramallah, en Cisjordanie, où l’Institut français et l’Institut Goethe sont installés sous le même toit depuis 2000. Cette rencontre, d’abord opérée de manière spontanée, s’est transformée en une coopération étroite grâce à laquelle, à Ramallah, les deux instituts sont de plus en plus perçus comme un institut culturel européen commun. Cet exemple montre à quel point la coopération culturelle de nos deux pays constitue également un pilier important de la diplomatie de l’Union européenne. En renforçant la coopération entre les deux instituts, nous offrirons non seulement une représentation plus coordonnée de nos pays à l’étranger, mais nous donnerons également une voix plus forte à l’Europe tout entière.
Cet esprit d’échanges interculturels se vit et doit être encouragé le plus tôt possible. C’est pourquoi ma deuxième remarque sur la présente proposition de résolution concerne les projets d’échanges entre les jeunes Français et les jeunes Allemands. Les échanges entre les jeunes se trouvent au cœur de la sphère de coopération franco-allemande et représentent une expérience unique, d’où la nécessité d’élargir les programmes de mobilité pour les jeunes. L’OFAJ – Office franco-allemand pour la jeunesse – occupe une place primordiale en soutenant environ 8 000 échanges franco-allemands par an. L’objectif doit être de diversifier ces parcours, à travers une plus grande accessibilité aux échanges franco-allemands, non seulement pour les jeunes n’habitant pas en région transfrontalière mais aussi pour ceux vivant dans des quartiers défavorisés et en milieu rural. Pour développer la présence de l’OFAJ dans les écoles se situant sur ces territoires, il nous faut encourager de nouveaux partenariats entre lycées généraux et lycées professionnels, qui seront cruciaux pour sensibiliser plus de jeunes à la dynamique franco-allemande.
Là encore, et avec plus d’acuité depuis le Brexit et le frein que cela a constitué pour les échanges Erasmus, les liens étroits entre les jeunesses française et allemande me semblent avoir vocation à faire naître de nouveaux espaces de découverte européens, à nourrir un tissu d’expériences humaines nouvelles et formatrices. C’est bien à partir de ce duo enraciné dans notre histoire commune récente que peuvent se construire des stratégies pour combattre toutes les formes de xénophobie, de racisme, de désinformation et d’intolérance. La rencontre est toujours source de possible réconciliation ; dans un monde plus que jamais fracturé, nous avons le devoir de soutenir toutes les initiatives qui font de l’éducation le fil conducteur des politiques vers la jeunesse. De telles initiatives peuvent être complétées par un accroissement des cursus de coopération universitaire dans tous les domaines et des partenariats d’échanges entre apprentis et stagiaires franco-allemands. L’intégration du numérique dans ces échanges est fondamentale : elle a montré, dans cette période de crise sanitaire, ses nombreuses potentialités.
En tant que parlementaires, il est indispensable que nous étudiions de plus près la réalisation de l’objectif d’élargissement des programmes de mobilité. Cela implique de les rendre accessibles à un plus grand nombre de jeunes, quels que soient leurs origines, leur niveau scolaire ou universitaire ou encore les milieux professionnels auxquels ils appartiennent. A fortiori, il paraît important de développer ces programmes pour les milieux sportif et culturel. Ainsi, nous contribuerons à accroître la densité et la dynamique de la coopération franco-allemande et à la rendre plus diverse dans ses origines.
Le Parlement, qui se situe au cœur de nos sociétés démocratiques, doit encourager et accompagner ces projets concrets et travailler à des outils de concertation et d’échanges, en votant les moyens nécessaires au développement des initiatives. Le groupe Socialistes et apparentés soutiendra ce texte en souhaitant qu’il permette d’affiner encore davantage la méthode de travail et de contribuer ainsi à élargir la sphère de la coopération franco-allemande, qui reste un des moteurs essentiels du projet européen.
(Applaudissements sur quelques bancs du groupe LaREM.) La parole est à M. Antoine Herth. Né en 1963, sur les bords du Rhin, de parents dont la jeunesse a été marquée au fer rouge par les horreurs de la Seconde Guerre mondiale,… Vous voulez dire l’invasion ? …je suis en quelque sorte un enfant du traité de l’Élysée. Au cours des cinquante-huit dernières années, j’ai pu mesurer concrètement les retombées de cette main tendue entre la France et l’Allemagne, que ce soit en matière d’ouverture au voisin, d’enrichissement culturel ou de développement économique. La paix retrouvée entre nos deux nations a été scellée par des gestes symboliques au plus haut niveau, mais les citoyens, eux, ont davantage retenu les projets concrets.
C’est cette alchimie heureuse que doit réactualiser le traité d’Aix-la-Chapelle, signé le 22 janvier 2019 entre la République française et la République fédérale d’Allemagne, une alchimie entre des engagements solennels signés à l’ombre du trône de Charlemagne et la construction en commun de réalisations concrètes au service de nos deux peuples. Le général de Gaulle ne disait pas autre chose en 1965, dans son célèbre entretien avec Michel Droit portant sur la politique étrangère européenne de la France : « Ce sont ces pays-là qu’il faut mettre ensemble, et ce sont ces pays-là qu’il faut habituer progressivement à vivre ensemble et à agir ensemble. » Aussi, il est important que le Parlement apporte sa contribution, en assurant le contrôle des engagements du traité d’Aix-la-Chapelle.
Celui-ci prévoit une coopération dans de nombreux domaines, notamment en matière de politique économique, de politique étrangère et de sécurité, d’éducation et de culture, de recherche et de technologies, de climat et d’environnement. Ainsi nos deux pays s’engagent-ils à mettre en œuvre un nouveau traité par le biais de quinze projets prioritaires dont le suivi est assuré par le conseil des ministres franco-allemand.
Parmi eux, figure une coopération accrue au sein du Conseil de sécurité des Nations unies – sujet qui a parfois été sensible entre nos deux pays – afin de coordonner le plus possible les positions française et allemande.
D’autres projets comme la reconversion du site de la centrale nucléaire de Fessenheim ou la liaison ferroviaire Colmar-Fribourg, explicitement mentionnés dans le traité, concernent le territoire alsacien. À ce propos, je rappelle que la loi du 2 août 2019 relative aux compétences de la collectivité européenne d’Alsace confère à cette dernière des compétences en matière de coopération transfrontalière : l’action publique devra donc intégrer les acteurs locaux afin d’assurer la réussite des projets.
Enfin, un des points clés du traité d’Aix-la-Chapelle fut à mes yeux – et je sais que d’autres partagent cet avis – la création d’une assemblée parlementaire franco-allemande, dans laquelle siègent cinquante élus de chaque pays et à laquelle j’ai l’honneur de participer régulièrement en tant que membre du bureau. Je veux souligner que ce lieu de dialogue entre le Bundestag et l’Assemblée nationale fut d’un secours précieux, au cours des derniers mois, pour contribuer à la coordination des politiques nationales de lutte contre la pandémie tout en alertant sans cesse sur la nécessité de maintenir les échanges économiques et plus encore la circulation des travailleurs frontaliers.
Je ne peux qu’encourager mes quarante-neuf collègues français à s’investir dans ce travail interparlementaire, tant il est enrichissant de confronter les expériences, de comparer les méthodes de travail dans le champ législatif et plus encore de chercher les points de convergence entre nos deux pays, comme c’est le cas en matière de politique étrangère et de capacités militaires, notamment dans le dossier du Sahel, ou encore en matière de transition énergétique. Quant à ceux qui s’interrogent sur le poids du Parlement – certains l’ont fait à l’instant – dans la Ve République, ils trouveront certainement de l’inspiration dans l’observation du travail exigeant de nos collègues de Berlin.
Alors que le Brexit nous a rappelé à quel point l’Union européenne pouvait être la cible de menaces internes et externes, un axe franco-allemand vigoureux est indispensable pour fortifier l’Europe car, sans elle, nous ne pourrions faire face aux défis écologiques et économiques ni aux enjeux sanitaires et humains.
Le groupe Agir ensemble votera donc en faveur de la proposition de résolution. À titre personnel, je le ferai avec d’autant plus de conviction que je souhaite faire profiter les jeunes générations d’opportunités semblables à celles qui m’avaient été offertes.
(Applaudissements sur les bancs des groupes Agir ens, LaREM et Dem.) La parole est à M. Christophe Naegelen. Toute bonne amitié se doit d’être honnête et suppose de se dire les choses. Il semble ainsi nécessaire de faire le point pour constater les avancées mais aussi le chemin qu’il reste à parcourir dans notre relation avec nos voisins allemands. Nos pays ont de nombreux points communs et partagent une même volonté, mais il est nécessaire de remettre plus d’équilibre et de collaboration dans nos relations. Ah ! Plus que des actes diplomatiques, c’est un lien quotidien que nous devons bâtir avec notre partenaire allemand. On peut saluer, bien entendu, le fait de vouloir assurer un meilleur suivi des projets prioritaires franco-allemands figurant dans le traité, mais il devrait couler de source. Eh oui ! En collaboration avec nos voisins allemands, des projets prioritaires concernent la vie de tous les jours de nos concitoyens : les liaisons ferroviaires transfrontalières, les projets culturels ou les échanges entre les étudiants.
À ce sujet, il est important de rappeler que notre jeunesse est l’une des victimes collatérales de la crise actuelle car elle ne peut pas profiter de ce dont nombre d’entre nous ont bénéficié : des échanges, des voyages, des sorties, bref, des expériences de vie. Outre-Rhin, les universités, comme tous les établissements scolaires, sont fermées. Nous devons tout mettre en œuvre pour rouvrir les universités et les écoles des deux côtés de la frontière, mais aussi partout en Europe, dans des conditions sûres, rassurantes pour les étudiants. En effet, si les gouvernements souhaitent sauver le plus de vies, ils ne doivent pas oublier que plus nous restons enfermés, plus nous prenons le risque de gâcher la vie des plus jeunes.
Ainsi, l’élargissement des programmes de mobilité, tel que prévu par les objectifs prioritaires du traité, prendra d’autant plus d’importance qu’à la fin de cette crise, nous devrons à nos jeunes de leur donner tous les moyens pour qu’ils profitent de cette période de la vie si particulière et si formatrice. Cette crise pourrait finalement être l’occasion de mettre encore plus de moyens sur la table pour encourager la mobilité des étudiants et des jeunes en formation, les pousser à la découverte de l’Europe, de sa culture et de ses langues.
Aussi voudrais-je profiter de notre discussion pour mettre l’accent sur un point important de la relation franco-allemande et de la construction européenne. Les Britanniques ont récemment décidé de quitter l’aventure européenne, emportant avec eux leur langue ultra-dominante dans la diplomatie. S’il reste des pays anglophones au sein de l’Union, je crois que nous devons profiter de cette occasion pour renforcer la primauté du français et de l’allemand dans la politique européenne et ses institutions.
Je n’y crois pas ! Le français a derrière lui une longue histoire en tant que langue diplomatique, depuis les cours royales du XVIIIe siècle jusqu’aux traités de Vienne sur le droit international public, sans oublier les Jeux olympiques. L’allemand tient pour sa part une place plus importante dans les sciences ou les milieux économiques… En aucun cas je ne parlerai allemand ! …mais l’objectif doit rester le même : montrer la particularité de l’Europe dans le monde, qui repose sur la culture de notre continent. Personne ne parle allemand ! Même pas en Allemagne ! On y parle anglais ! Or c’est précisément en développant les liens entre nos populations, en développant le bilinguisme dans nos pays – et, avouons-le, les réunions de l’Assemblée parlementaire franco-allemande montrent que les Allemands ont un temps d’avance dans ce domaine –, c’est en faisant cet effort que nous bâtirons une union plus forte et plus soudée.
Pour en revenir au sujet en discussion, le groupe UDI et indépendants soutient bien évidemment cette proposition de résolution et j’espère, monsieur le secrétaire d’État chargé des affaires européennes, que le Gouvernement saura entendre la demande des parlementaires d’être plus impliqués. L’Europe ne se construira pas sans les territoires et leurs représentants.
(Applaudissements sur quelques bancs des groupes LaREM et Dem.) La parole est à M. Jean-Luc Mélenchon. Je dirai un premier mot à l’adresse de Sylvain Waserman, que j’ai beaucoup interrompu pendant son intervention, pour lui dire toute mon estime, tout le respect que j’ai pour ses positions. Il admettra cependant que nous sommes séparés à cet instant, assez sévèrement, je crois, sur ce qu’il appelle de ses vœux pour l’Alsace et que je considère pour ma part comme du séparatisme. Peut-être vaudrait-il mieux que nous nous en expliquions tous les deux pour éviter les malentendus que la brièveté d’une allocution à la tribune peut parfois créer inutilement. Bien volontiers ! Je redis solennellement mon opposition à l’idée que telle ou telle région de France, à la faveur d’un traité international, puisse réclamer pour elle-même le droit de réglementer et même un certain pouvoir législatif qui aboutirait à des décisions ne s’appliquant pas sur le reste du territoire. J’y suis absolument, totalement hostile, et c’est une des raisons pour lesquelles, déjà, je m’étais opposé au traité d’Aix-la-Chapelle.
Je tiens à vous montrer pourquoi j’ai le sentiment que rien n’est venu me démentir. J’ai pensé que ce traité ridiculisait nos institutions en imaginant qu’un ministre étranger participe au conseil des ministres français. Et quand il a créé une Assemblée parlementaire franco-allemande,…
Contresens ! Elle a été créée par un accord interparlementaire, pas par le traité ! …composée de cinquante parlementaires de chacun des deux pays, j’ai pensé qu’une association loi de 1901 ferait mieux que cet organisme qui enfile les vœux pieux comme les perles d’un collier et qui n’a aucune capacité à faire autre chose.
J’ai dit que le traité enfermait la France dans un tête-à-tête en Europe. Or, pour moi, c’est certainement ce qu’il y a de plus dangereux et de plus inutile ! La France n’a pas à s’enfermer dans un tête-à-tête avec l’Allemagne, tout au contraire. Compte tenu de l’évolution de la géographie de l’Europe qui, hier, faisait de l’Allemagne un pays frontière à l’Est, et qui en fait, aujourd’hui, une sorte de centre, l’intérêt des Français est évidemment de rééquilibrer ses relations avec les autres États membres, en particulier en densifiant celles avec les pays du Sud. Cela ne s’opposerait d’ailleurs pas à l’entente franco-allemande, mais la contrebalancerait. C’est une nécessité absolue. Quelle erreur de penser que tout passe par le couple franco-allemand et, à plus forte raison, d’inscrire dans un traité que l’on prétend avoir des positions communes en Europe, c’est-à-dire que nous formerions une sorte de fraction franco-allemande nous isolant de nos alliés naturels au sud de l’Europe !
De surcroît, ce traité fait l’apologie de l’OTAN, l’Organisation du traité de l’Atlantique nord. Vous vous êtes naguère, vous autres de la majorité, réjouis du contexte particulier créé par l’élection de Trump, grâce auquel nous devions enfin passer à l’idée d’une défense européenne souveraine. Je n’y crois pas non plus puisque nous sommes couverts par la dissuasion nucléaire et qu’il ne saurait être question de la partager avec les autres pays. En attendant, ce que vous dites n’a rien à voir avec ce qui se passe. Rappelez-vous en effet que Mme Annegret Kramp-Karrenbauer, lorsqu’elle présidait la CDU, avait prononcé une déclaration pour le moins hostile aux Français en soutenant, d’une part, que le Parlement européen devait quitter Strasbourg et, d’autre part, que notre siège de la France au Conseil de sécurité des Nations unies devait revenir dans la besace européenne – c’est-à-dire allemande. Or cette dame, qui n’a jamais retiré un mot de ce qu’elle a dit, est désormais ministre de la défense du gouvernement de la République fédérale d’Allemagne, et elle a déclaré que l’idée d’une défense européenne souveraine, indépendante, était une illusion. Ce n’est pas là une passante qui parle dans la rue, mais la ministre de la défense de l’Allemagne. Aussi, que signifient toutes ces gesticulations sur une défense européenne souveraine commune dont les Allemands vous annoncent d’ores et déjà qu’ils ne veulent pas ? Du reste, Mme Merkel elle-même a estimé que c’était une idée riche que le renouveau de la coopération dans l’OTAN.
J’en viens à l’indivisibilité de la nation. Je ferai partie jusqu’au bout de ceux qui s’opposent à ce que, sous prétexte de la création de régions transfrontalières, l’unité et l’indivisibilité de la République soient minées. Aucune raison ethnique ni même linguistique ne peut le justifier. La communauté nationale, c’est la communauté légale, et la communauté légale suppose l’unité de la loi : quand il n’y a plus unité de la loi, il n’y a plus unité de la nation. C’est aussi simple que cela, suivant un raisonnement républicain traditionnel ; peut-être faut-il en changer, mais alors vous nous direz comment et pourquoi.
Comme un de nos collègues siégeant sur un autre banc qui vient de s’exprimer, je soutiens qu’il est temps de rééquilibrer nos relations avec nos partenaires en Europe et d’en finir avec la naïveté. Ne vaut que la stricte égalité avec l’Allemagne. Or ce n’est pas ce qui se passe : elle ne tient pas parole. Ainsi, dans le domaine spatial, elle ne réserve pas ses tirs à la fusée Ariane, commune, mais, au contraire, développe ses propres lanceurs. Elle ne tient pas parole concernant l’accord que nous avons conclu sur les chars avec la compagnie Nexter, où elle a fait entrer une deuxième entreprise allemande et où elle fait entrer une entreprise espagnole qui est en concurrence avec les Français. Elle ne tient pas parole concernant les satellites : nous nous étions en effet partagé les secteurs, aux uns, les Français, l’optique, aux autres, les Allemands, le radar ; eh bien, ces derniers ont commencé à développer l’optique et nous avons dû compenser la différence.
Non ! Pas de naïveté dans ce type de relations : nous ne voterons pas votre résolution.
La parole est à M. Bertrand Pancher. Bien entendu, nous avons besoin d’une Europe forte, ce qui passe évidemment par le renforcement du couple franco-allemand. Comment pouvons-nous imaginer transformer cette première puissance économique qu’est l’Europe en grande puissance politique si les deux pays les plus importants de l’Union ne renforcent pas en permanence leur collaboration, ne se mettent pas d’accord sur certains points et si nous ne faisons pas travailler les parlements ensemble ? Tout cela est une évidence. Alors que le Royaume-Uni vient, après plusieurs années d’un long feuilleton, de quitter l’Union européenne, le rôle du couple franco-allemand s’avère plus central que jamais.
Dans ce contexte, le traité d’Aix-la-Chapelle, qui renforce la coopération entre nos deux pays, prend tout son sens. Le groupe Libertés et territoires avait soutenu vigoureusement ce traité de coopération entre la France et l’Allemagne signé il y a maintenant deux ans, tout comme il avait soutenu la proposition de résolution qui visait à une application rapide et ambitieuse du traité.
Ce traité, cinquante-six ans après le traité de l’Élysée signé entre le général de Gaulle et Konrad Adenauer, scellant la réconciliation entre la France et l’Allemagne, vient confirmer le lien d’amitié indéfectible entre nos deux pays. Surtout, il vise à passer des paroles aux actes en traduisant ce lien d’amitié par des projets communs concrets, même si l’Assemblée nationale n’a, de toute évidence, pas le même poids politique que le Bundestag.
Le traité d’Aix-la-Chapelle propose tout de même quinze projets que nous trouvons utiles et relativement ambitieux, et dont, à l’époque, nous avons salué les avancées en matière de coopération transfrontalière ou encore en matière environnementale. Sur ce dernier point, le traité aborde la question climatique, notamment par la proposition d’instauration d’un plan commun franco-allemand en matière d’efficacité énergétique, d’énergies renouvelables et de développement des infrastructures ; nous jugeons cet aspect particulièrement important pour notre avenir commun.
À notre connaissance, si certains projets ont avancé, comme le fonds citoyen commun, qui a accompagné 105 projets l’année dernière, d’autres sont bien plus lents à mettre en œuvre : qu’en est-il des projets de territoires transfrontaliers, des projets de liaisons ferroviaires frontalières ? en matière spatiale, en matière de recherche et d’innovation, en matière de lutte contre le réchauffement climatique, quelles sont les avancées concrètes ? Il ne faudrait pas que ces propositions ambitieuses ne soient que des paroles peu suivies d’effet.
C’est pourquoi nous partageons l’objectif de cette proposition de résolution. Nous pensons que le suivi de ces projets en vue d’une large information du Parlement et des citoyens doit être mieux assuré et nous souhaitons être précisément et régulièrement informés de l’état d’avancement et des moyens alloués à chacun d’entre eux.
En particulier, nous insistons sur l’importance de l’Assemblée parlementaire franco-allemande. C’est à elle, qui rassemble cinquante parlementaires de chaque pays, que devrait revenir en priorité la tâche d’assurer le suivi des projets lancés par le traité. Cette assemblée, qui s’est réunie vendredi dernier pour sa cinquième session ordinaire depuis sa création, a notamment été mobilisée dans le cadre de la gestion commune de la pandémie. Nous saluons le rôle de plus en plus important qu’elle est amenée à prendre à l’avenir, même si la conciliation de la tenue de ses sessions avec les impératifs sanitaires complique quelque peu les choses.
Avant de conclure, nous voulons tout de même témoigner de notre étonnement que ce texte soit déposé par le groupe majoritaire.
Même eux, ils subissent… Qu’est-ce que cela démontre de sa capacité à se faire entendre par le Gouvernement auquel il est directement rattaché ? Le groupe majoritaire essaie d’exister ! C’est bien au Gouvernement de mettre en place ces actions, d’appliquer le traité d’Aix-la-Chapelle au plus vite et aux mieux. Passé un moment, le temps des résolutions est terminé, et vient le moment de l’action. Comme je l’ai rappelé, nous avons déjà soutenu le traité et cosigné la résolution de Richard Ferrand appelant à une mise en œuvre ambitieuse du traité il y a seulement un an. Cela fait beaucoup d’appels en peu de temps, formulés en ces lieux, à appliquer des projets. Nous attendons désormais les actes.
Quoi qu’il en soit, parce qu’il faut évidemment lancer au plus vite ces projets et rappeler au Gouvernement ses engagements, nous voterons ce texte, car ce sont bien des projets concrets qui renforceront l’amitié entre nos deux peuples, à l’heure où le repli nationaliste, identitaire et populiste menace l’idéal de la construction européenne.
La parole est à M. Jean-Paul Lecoq. La présente proposition de résolution pour l’approfondissement du suivi de l’exécution des projets franco-allemands mis en place par le traité d’Aix-la-Chapelle pourrait paraître intéressante. « Quoique », aurait dit un célèbre humoriste.
En février 2019, les députés communistes avaient refusé de voter le traité d’Aix-la-Chapelle, qui n’était pas à la hauteur du traité de 1963. Le traité de 2019 prône en effet moins l’amitié entre les peuples que l’économie de marché et la convergence des normes. Cela ne peut pas être validé par nous, députés communistes, qui plaçons les valeurs d’amitié, d’échanges culturels, les valeurs sportives, scientifiques, diplomatiques bien plus haut que l’obsession pour une croissance économique à tout prix. Le traité de 2019 valorise en effet un couple lié par un culte commun de la richesse économique et de la croissance, tandis que celui de 1963 valorisait la réconciliation et l’interpénétration des cultures française et allemande. Sans compter que le traité de 2019 a pour ambition de créer une intégration économique franco-allemande suffisante pour que les gouvernements des deux pays puissent continuer d’imposer leurs choix aux vingt-cinq autres États membres de l’UE, a fortiori depuis le départ du Royaume-Uni.
Toutefois, outre ces projets politiques et économiques que nous rejetons, certains, prévus dans le traité de 2019, bien que très minimalistes, sont en train de voir le jour. C’est le cas de cette Assemblée parlementaire franco-allemande, qui permet de promouvoir des réflexions communes, de les diffuser et de partager une culture politique commune. Quoique…
La proposition de résolution propose de renforcer les attributions de l’Assemblée parlementaire franco-allemande en lui permettant de veiller à la bonne exécution des projets proposés par le traité d’Aix-la-Chapelle. À la commission des affaires étrangères, nous considérons que la diplomatie parlementaire a du sens, et tout ce qui va dans le sens de cette diplomatie peut être intéressant. Toutefois, là encore, les quinze projets portés par le traité de 2019 sont très inégaux. Certains sont intéressants : il sera positif de mettre en place des instituts culturels franco-allemands ou bien un fonds citoyen commun.
En revanche, comment, par exemple, se fera la coopération au Conseil de sécurité des Nations unies ? Comment l’assemblée parlementaire franco-allemande en vérifiera-t-elle la bonne application, d’autant que, pour les initiatives diplomatiques comme celle-ci, on connaît le penchant pro-américain de l’État allemand et sa très forte dépendance vis-à-vis de l’OTAN ?
De même, concernant la coopération spatiale ou militaire, dont Jean-Luc Mélenchon vient de parler, le problème majeur concerne la différence de pouvoir des parlements. Sur les exportations d’armes, par exemple, parlementaires français et parlementaires allemands ne sont pas à égalité : comment travailler ensemble quand nous souffrons d’une opacité complète de notre côté tandis qu’il existe une vraie concertation parlementaire côté allemand ? Comment travailler ensemble alors que l’exécutif, en France, a balayé d’un revers de main toute velléité de réforme sur ce sujet ? Comment l’Assemblée parlementaire franco-allemande va-t-elle faire ?
S’agissant de la coopération énergétique de la France et de l’Allemagne, comment va-t-elle se traduire alors que l’on ferme des unités de production d’électricité en France, comme la centrale thermique du Havre,…
Et celle de Gardanne ! …ou celle de Gardanne, en effet, quand bien même des projets de verdissement y étaient en cours, et qu’en même temps on demande aux Français de diminuer leur consommation électrique quand il fait à peine 0 degré ? S’achemine-t-on vers un accord qui permettra à la France de faciliter sa sortie désorganisée du charbon en achetant de l’électricité carbonée à l’Allemagne ? D’ailleurs, pouvez-vous m’indiquer ce que signifie « partager des hypothèses sur l’évolution du mix énergétique » ?
Bref, le diable se cache souvent dans les détails et, même si la plupart de ces propositions de coopération semblent fort utiles et intéressantes pour le rapprochement de nos deux nations, voire de nos deux peuples, notamment les nombreux projets transfrontaliers, les députés communistes resteront très vigilants sur les détails de leur application.
L’Assemblée parlementaire franco-allemande est une institution que nous respectons et trouvons utile – j’ai expliqué pourquoi – et nous saluons le fait qu’elle soit chargée de suivre ces projets. Néanmoins, à cause des réserves que je viens d’émettre, le groupe communiste s’abstiendra.
(Applaudissements sur les bancs des groupes GDR et FI.) La parole est à Mme Emmanuelle Ménard. Surnommé par certains le « traité de la petite Europe dans l’Europe », ce traité bilatéral de coopération et d’intégration d’Aix-la-Chapelle a fait couler beaucoup d’encre. Si l’on peut, bien entendu, se réjouir de voir que la France et l’Allemagne ont définitivement tourné la page des guerres fratricides qui les ont opposées en 1870, en 14-18 et en 39-45, on peut néanmoins s’interroger sur la portée réelle de la résolution que vous nous demandez là de voter.
Pour couper court à tout mauvais procès, je préfère le dire très clairement et tout de suite, je suis européenne, une Européenne convaincue mais une Européenne d’une Europe des pays souverains, capable de peser sur les destinées du monde et, bien sûr, absolument bienveillante envers l’amitié franco-allemande, mais qui ne le serait pas dans cet hémicycle ?
Cette précision étant formulée, il n’a échappé à personne que l’Europe encouragée par Emmanuel Macron n’est pas vraiment du même genre. Il n’y a qu’à lire le préambule du traité pour s’en rendre compte, puisqu’il nous parle d’une véritable convergence « en faveur d’un marché mondial ouvert » et d’États qui « renforcent et approfondissent l’union économique et monétaire ».
Le sujet de crispation le plus évident est finalement le renoncement volontaire à certains pans de notre souveraineté. Je pense en particulier à la coopération accrue au Conseil de sécurité des Nations unies à l’occasion du mandat de deux ans de l’Allemagne, notamment par le jumelage des deux présidences successives exercées par nos deux pays. Au-delà de la fiction d’une France et d’une Allemagne qui ne feraient qu’une et parleraient d’une seule voix, c’est aussi mettre nos deux pays sur un pied d’égalité. Or, faut-il le rappeler ? la France est membre permanent du Conseil de sécurité, contrairement à notre voisin d’outre-Rhin ; cela s’appelle tout simplement l’histoire. Pour dire les choses encore plus clairement, il s’agit là ni plus ni moins que d’une perte certaine d’influence de la France en matière de politique étrangère.
Je ne peux m’empêcher de vous rappeler qu’alors que le traité d’Aix-la-Chapelle a été signé en janvier 2019, quelques mois plus tard, le projet européen porté avec enthousiasme par le Président de la République recueillait lors des élections européennes moins de 23 % des voix ; c’est dire si le peuple français est loin de partager cette vision de l’Europe… Ce vote signifiait clairement : un peu moins d’Europe technocrate et un peu plus de souveraineté nationale. Mais non, rien à faire : deux ans après la signature du traité et cinq jours après la dernière réunion de l’assemblée parlementaire franco-allemande, vous continuez votre marche forcée en nous proposant d’adopter une résolution pour conforter le rapprochement Macron-Merkel, alors que l’Europe suscite scepticisme et défiance.
La crise sanitaire que nous traversons, tous pays européens confondus, ne risque pas d’apaiser les citoyens français. Que dire en effet lorsque l’on apprend que les deux ministres de l’intérieur de l’époque, Christophe Castaner et Horst Seehofer, se sont engagés à ne plus jamais fermer les frontières entre la France et l’Allemagne ? On pourrait sourire, ce serait charitable…
On a la fâcheuse impression que cette assemblée mixte et les décisions qui pourraient y être prises ont les faveurs du Président de la République, mais au détriment de qui ? Des institutions françaises, bien sûr ! Un seul exemple en dit long : pour les projets dits prioritaires, le Parlement français pourrait se voir informer de leurs avancées par des rapports annuels. Quel mépris !
Vous l’avez compris, je crois fermement en l’Europe, mais certainement pas celle qui se construit au détriment de la France. La création du parlement franco-allemand me paraît en soi problématique car elle permet aux parlementaires des deux pays de demander des comptes aux gouvernements français et allemand. Je ne vous cache pas mon malaise, pour ne pas dire plus, à l’idée que des parlementaires allemands puissent disposer d’une telle prérogative, alors même que le Parlement français a tant de mal à exercer ces mêmes compétences à l’égard de son propre gouvernement, nous le vivons ici jour après jour. C’est pourquoi je m’abstiendrai sur le vote de cette résolution.
La discussion générale est close.
La parole est à M. le secrétaire d’État chargé des affaires européennes.
Je commencerai par saluer le travail de Christophe Arend (Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM, Dem et Agir ens) , qui a rappelé tout à l’heure que nous commémorons aujourd’hui la journée mondiale dédiée aux victimes de l’Holocauste. Nous savons que, sur le territoire de l’Europe, par nos déchirements, des massacres se sont produits, des horreurs ont été commises, et nous devons aussi avoir ce sens de l’histoire qu’il a rappelé, je voulais l’en remercier.
Il y a quelques jours, lors de la réunion de l’Assemblée parlementaire franco-allemande, à laquelle vous participiez, nous célébrions le cinquante-huitième anniversaire du traité fondateur de l’Élysée. C’était le 22 janvier, désormais journée de l’amitié franco-allemande, en soi un symbole qui doit aussi nous faire réfléchir à notre histoire. Il y a deux ans, ce même 22 janvier, cinquante-six ans après le geste courageux du général de Gaulle et du chancelier Adenauer, la chancelière Merkel et le Président de la République Emmanuel Macron ont signé un nouveau traité, ce traité d’Aix-la-Chapelle qui fait écho au traité de l’Élysée et porte une vision de réconciliation approfondie…
Nous n’avons jamais été fâchés ! Nous avons été envahis, ce n’est pas pareil ! Ce sujet est toujours à l’ordre du jour, nous l’avons vu lors des débats. Ce traité, disais-je, porte une vision de coopération renforcée, mais – pas plus que le traité de l’Élysée lui-même, que j’invite chacun à relire car c’est un texte exemplaire par sa concision et sa clarté – sans s’opposer à des projets extrêmement simples et concrets, extrêmement quotidiens, M. Wasermann l’a rappelé, qui ne sont cependant nullement anecdotiques.
J’irai donc dans le sens de l’interpellation dont le Gouvernement a fait l’objet : nous avons en effet besoin, je n’y vois nulle contradiction ni vexation, d’un suivi renforcé, et le Gouvernement est prêt à vous rendre régulièrement compte de l’avancée de ces projets.
Quelle générosité ! C’est la moindre des choses ! L’un d’entre eux, vous l’avez mentionné à plusieurs reprises, est l’Assemblée parlementaire franco-allemande, qui, loin de dessaisir le Parlement français d’aucune prérogative, renforce la diplomatie parlementaire entre la France et l’Allemagne. Nous ne sommes pas à égalité ! Ce projet mérite d’être mentionné tout en haut des réalisations du traité d’Aix-la-Chapelle. Je ne crois pas, monsieur Hetzel, qu’il ne se soit rien passé dans la relation franco-allemande, ces trois dernières années,… En trois ans, le Gouvernement n’a rien fait ! …et je pense que personne ne peut le croire, au vu du traité d’Aix-la-Chapelle ou du plan de relance européen.
Je suis heureux de pouvoir vous donner quelques exemples, si le suivi du traité d’Aix-la-Chapelle vous a échappé. Ce sont quinze projets concrets, par exemple le renforcement de l’Office franco-allemand pour la jeunesse, créé par le général de Gaulle et le chancelier Adenauer, dont les moyens ont été augmentés et les capacités de mobilité et d’actions accrues.
Ces quinze projets concrets peuvent être suivis par le Parlement français, je réponds là à la proposition de résolution de M. Arend. La forme de ce suivi doit être discutée. Un document budgétaire en annexe du projet de loi de finances annuel a été évoqué. Vous connaissez les réticences amicales parfois constatées du côté de mes collègues du ministère des finances, mais je crois qu’un rapport annuel serait une bonne idée pour éviter tout malentendu sur le suivi des projets.
Pour un rapport, il faut du concret ! Laissez-moi donner quelques exemples parmi d’autres de ces avancées, que je crois importantes. Demain aura lieu une réunion du Forum franco-allemand pour l’avenir, un lieu de réflexion qui a commencé des travaux importants, entre sociétés civiles, entre des organisations comme France stratégie et son homologue allemand, pour faire un certain nombre de propositions concrètes. Beaucoup d’élus y participent également.
Le sujet des frontières, qui vous occupe, selon des positions diverses sur ces bancs, a été au cœur, et c’est normal, des discussions et des projets concrets ayant suivi le traité d’Aix-la-Chapelle. Je n’énumérerai pas les instances pour le plaisir, mais le comité de coopération transfrontalière, auquel certains d’entre vous participent, a permis, au mois d’octobre dernier – j’ai eu l’occasion alors de le coprésider pour la première fois – d’éviter que ne soient imposés des contrôles spécifiques pour les travailleurs frontaliers. Les travaux de l’Assemblée parlementaire franco-allemande qui y ont fait écho ont permis d’éviter, malgré la situation sanitaire, de perturber la vie quotidienne de nos travailleurs frontaliers, et pas seulement avec l’Allemagne ; je rappelle que leur nombre total atteint 350 000 et que, quand ils se déplacent, ils ne voyagent pas, ils travaillent, pour l’essentiel, ou ils vont faire leurs courses, ils vivent, tout simplement. Ce comité de coopération transfrontalière a permis d’organiser la coopération et parfois la solidarité dans l’accueil de malades au plus fort de la crise sanitaire, ces derniers mois ? Je crois que ce n’est pas une réalisation mineure.
Il y a aussi toute une série de coopérations en matière d’infrastructures. Il s’agit pour l’instant, depuis deux ans, d’études supplémentaires conjointes avec l’Allemagne, par exemple sur le rétablissement de liaisons entre Colmar et Fribourg ou encore la liaison ferroviaire entre Strasbourg et la Rhénanie-Palatinat. Cela prendra du temps, il ne s’agit pas d’un coup de baguette magique dans nos relations concrètes, comme nous le disions hier, mais ce sont des projets qui avancent et ont déjà avancé ces derniers mois.
Le champ des projets de coopération culturelle et éducative était également au cœur de l’esprit du traité de l’Élysée. Ces projets non plus ne sont en rien anecdotiques ou secondaires, et les avancées en la matière sont aussi importantes.
Nous avons, je l’ai dit à l’instant, renforcé les moyens, y compris financiers, de l’OFAJ : même pendant la crise sanitaire, il a réussi à organiser des mobilités, de façon numérique, malheureusement, mais nous avons maintenu ce lien humain et culturel entre la France et l’Allemagne malgré la crise sanitaire.
Nous l’avons même renforcé avec la mise en place – c’était une demande de plusieurs parlementaires au moment du traité d’Aix-la-Chapelle – d’un fonds citoyen commun, une sorte d’OFAJ de soutien aux associations, qui a d’ores et déjà sélectionné et financé, monsieur Hetzel, plus de 100 projets. Cette année, 200 projets supplémentaires seront soutenus. Nous pourrons vous en rendre compte ici.
Autre exemple dans le champ culturel et éducatif, nous renforçons les instituts culturels franco-allemands à l’étranger : un institut supplémentaire ouvrira cette année à Palerme et nous travaillons sur d’autres projets, notamment en Amérique du Sud.
Je veux citer un autre projet qui me tient particulièrement à cœur et sur lequel, je le reconnais, nous n’avons pas encore assez avancé : faisons-le donc ensemble ! Il s’agit, dans le prolongement d’Arte – dont nous avons célébré les 30 ans à la fin de l’année 2020 et qui constitue une autre réalisation exceptionnelle, unique au monde –, de renforcer la plateforme de contenus numériques des chaînes de télévision publiques française et allemande, disponibles en allemand et en français, mais aussi traduits en différentes langues. Cela me donne l’occasion de répondre à votre question sur le multilinguisme, monsieur Naegelen : le traité d’Aix-la-Chapelle est aussi le cadre dans lequel nous allons renforcer l’accès aux langues.
Je pourrais mentionner plusieurs des projets que nous avons lancés concomitamment au plan de relance européen préparé par la France et l’Allemagne l’été dernier, dans la continuité des stipulations du traité d’Aix-la-Chapelle, mais je me bornerai à rappeler le plan franco-allemand en matière de recherche sur l’hydrogène.
Parmi les différents points qui ont été abordés, notamment par M. Naegelen, je veux par ailleurs revenir sur la culture et l’éducation et rappeler que Jean-Michel Blanquer a annoncé en début de semaine, après un échange avec Armin Laschet, plénipotentiaire allemand chargé des relations éducatives avec la France, qu’un deuxième lycée franco-allemand serait ouvert dans les prochains mois à Strasbourg – il ne s’agissait pas d’un projet prévu dans le cadre du traité d’Aix-la-Chapelle, mais, vous le voyez, nous allons encore plus loin ! L’ouverture de ce lycée témoigne du lien qui existe entre nos deux pays.
Rappelons en outre, s’il en était besoin, que c’est notre gouvernement, avec le soutien de cette majorité, qui a rétabli les classes bilangues, lesquelles favorisent notamment l’apprentissage de l’allemand. Depuis la rentrée scolaire 2017, le nombre d’élèves qui apprennent cette langue augmente de nouveau à chaque rentrée. Il s’agit d’un point important, qui s’inscrit dans l’esprit du traité d’Aix-la-Chapelle.
Monsieur le président Mélenchon, vous avez formulé différentes observations qui ne sont pas directement liées à ce traité, mais qui ont trait à la coopération franco-allemande que nous devons défendre. Je ne crois pas, personnellement, à la rhétorique « l’Allemagne paiera » : nous l’avons collectivement payée assez cher pour savoir qu’elle ne mène nulle part, sauf à l’affaiblissement et à la destruction de notre pays. Les difficultés que vous soulevez doivent évidemment être prises en compte. Toutefois, plutôt que d’adopter avec notre voisin allemand, notre premier partenaire européen, une attitude de rejet ou de détestation, mieux vaut tenter de surmonter les blocages.
Prenons l’exemple, important, que vous avez soulevé : celui de la défense – j’aurais tout aussi bien pu choisir celui du spatial. À l’été 2017, lors du premier sommet franco-allemand qui a lancé les travaux sur le traité d’Aix-la-Chapelle, le Président de la République a décidé de lancer des projets de coopération industrielle entre la France et l’Allemagne. On ne peut pas reprocher à l’Allemagne de ne pas s’engager suffisamment en matière de politique extérieure et de ne pas assumer suffisamment de responsabilités au niveau international, notamment au Mali et au Sahel, et ne pas tenter, même si la tâche est difficile, de rapprocher nos industries de défense et de favoriser nos coopérations industrielles dans ce domaine.
Je note d’ailleurs une contradiction entre votre position et celle de M. Lecoq.
Nous sommes assez grands pour nous diviser tout seuls ! Je le signale par souci de cohérence ! Vous critiquez, et parfois à juste titre, les lenteurs allemandes. Nous faisons néanmoins avancer les projets à chaque nouvelle étape et encore récemment lors du sommet franco-allemand de Toulouse. Reste que, c’est un fait, les projets avancent lentement, pour une raison simple, qui est une spécificité du système allemand, pour lequel nous avons le plus grand respect : le Bundestag valide chacun des contrats, y compris lorsqu’ils portent sur de petits montants. Il en a le pouvoir, contrairement à l’Assemblée nationale ! Un tel système est assez exceptionnel en Europe et l’on pourrait certes débattre de sa pertinence, mais ce n’est pas ici notre sujet. En tout état de cause, il constitue le principal facteur de ralentissement des projets industriels franco-allemands. Soulignons tout de même un point fondamental : c’est la première fois que nous faisons le choix de coopérations industrielles avec l’Allemagne. Nous ne pourrons pas construire l’Europe post-Brexit en n’investissant pas ensemble dans le domaine de la défense.
Quant à notre coopération dans le secteur spatial, elle a rencontré des difficultés, mais il est illusoire, là encore, de croire que nous nous en sortirons séparément. Nous disposons d’acquis industriels qui dépassent la dimension franco-allemande, mais qui témoignent tout de même d’une coopération entre nos deux pays dans le secteur spatial. Le groupe Arianespace a été chahuté en Allemagne, mais nous avons remis le train sur les rails. Il y a quinze jours, Bruno Le Maire et son homologue Peter Altmaier ont relancé le processus afin d’éviter que l’Allemagne ne recoure à d’autres lanceurs : il est désormais acquis que les satellites européens seront placés en orbite par des lanceurs européens, je vous renvoie d’ailleurs à la déclaration commune du sommet franco-allemand de Toulouse. Par conséquent, la préférence européenne en matière de lancement spatial, qui n’était pas garantie jusque-là, est désormais explicitement reconnue.
Je pourrais multiplier les exemples en ce sens. Conformément à l’esprit d’Aix-la-Chapelle, nous avons la volonté de travailler ensemble et d’étendre notre collaboration au spatial et à la défense, plutôt que de nous mettre mutuellement des bâtons dans les roues, ce qui ne serait pas la méthode la plus efficace pour construire l’Europe et renforcer notre pays, ce qui est bien, à la fin, notre objectif commun.
(Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM et Dem ainsi que sur quelques bancs du groupe Agir ens.) La parole est à Mme Sabine Thillaye, présidente de la commission des affaires européennes. Je n’avais pas l’intention de prendre la parole, mais je ne pouvais pas, en tant que députée française de nationalités française et allemande – j’espère que cela ne dérange pas trop dans cette enceinte –,… Ça ne dérange personne ! …ne pas m’exprimer un jour comme aujourd’hui. Au cours de ma vie, j’ai pu mesurer ce qui s’est passé, ces soixante-dix dernières années. Monsieur Mélenchon, je ne peux pas vous laisser dire que nous envisageons la relation franco-allemande avec naïveté. L’Assemblée parlementaire franco-allemande a précisément été créée pour permettre aux députés allemands et français d’atteindre une hauteur de vue dans leur dialogue, en dehors de toute naïveté, en s’appuyant sur une méthode de travail qui préserve les intérêts de tous. Je vous invite donc, avec votre groupe, à participer pleinement aux travaux de cette assemblée, comme j’invite tous ceux qui le souhaitent ici à s’y associer. C’est seulement en rencontrant l’autre que l’on peut apprendre qui il est et comprendre, par exemple, ce que recouvrent les notions d’État central et de fédération, pour avancer vers une forme de complémentarité.
Je ne peux pas vous laisser dire non plus, monsieur Mélenchon, qu’il n’est fait aucun cas de nos partenaires du Sud de l’Europe. La commission des affaires européennes de l’Assemblée a notamment mis sur pied le groupe de Montecitorio, format de coopération interparlementaire totalement inédit entre la France, l’Allemagne et l’Italie, et également reproduit ce format avec nos amis polonais. L’Assemblée parlementaire franco-allemande constitue une sorte de champ expérimental parlementaire nous permettant de nous ouvrir plus largement à l’Europe tout en défendant nos intérêts respectifs. Je crois que c’est aussi l’objectif visé par le Gouvernement.
(Applaudissements sur les bancs des groupes Dem et LaREM.)
Je mets aux voix l’article unique de la proposition de résolution.
(L’article unique est adopté, ainsi que l’ensemble de la proposition de résolution.) La séance est suspendue.
(La séance, suspendue à seize heures cinq, est reprise à seize heures quinze.) La séance est reprise.
L’ordre du jour appelle la suite de la discussion de la proposition de loi de Mme Laëtitia Romeiro Dias, M. Loïc Dombreval, M. Dimitri Houbron et plusieurs de leurs collègues visant à renforcer la lutte contre la maltraitance animale (nos 3661 rectifié, 3791).
Hier soir, l’Assemblée a commencé l’examen des articles, s’arrêtant à l’amendement no 95 à l’article 3.
La parole est à M. Guillaume Chiche, pour soutenir l’amendement no 95. Il vise à créer un seuil au-delà duquel une commune ne pourra pas se décharger de son obligation d’avoir un refuge ou une fourrière sur son territoire, même si elle fait partie d’un EPCI – établissement public de coopération intercommunale. Ainsi, dès lors qu’une commune compte plus de 40 000 habitants, elle devra nécessairement disposer d’une fourrière ou d’un refuge, en plus de celui prévu pour l’EPCI auquel elle appartient éventuellement. La parole est à M. Loïc Dombreval, rapporteur général au nom de la commission des affaires économiques et rapporteur pour le chapitre Ier, pour donner l’avis de la commission. Monsieur Chiche, les discussions que nous avons eues hier indiquent qu’il est nécessaire de laisser aux communes la liberté de s’organiser en matière d’hébergement d’animaux errants ou en souffrance. Laissons les communes mais aussi les EPCI décider de la structure la plus adéquate ; c’est d’ailleurs ce que nous avons décidé hier en adoptant un amendement qui me semble très important. Les contraindre en instaurant des seuils risquerait de compliquer inutilement le dispositif. L’avis est défavorable. La parole est à M. le ministre de l’agriculture et de l’alimentation, pour donner l’avis du Gouvernement. Je serai du même avis que le rapporteur général. Nos débats d’hier soir ont donné un bel exemple de coconstruction de la loi, par l’adoption d’un amendement du groupe Les Républicains qui a permis de compléter le texte afin de résoudre un problème que nous avions identifié. Sa rédaction pourra d’ailleurs être finalisée au cours de la navette. Ainsi, à l’avenir, une décision de ce type pourra être prise soit à l’échelle communale, soit à l’échelle intercommunale, soit avec une autre collectivité locale, par conventionnement. Ce faisant, je crois que nous répondons aux attentes de nos élus locaux et de nos concitoyens. L’avis est défavorable. La parole est à M. Guillaume Chiche. La solution trouvée hier par un amendement sous-amendé visait à répondre à une situation spécifique concernant les intercommunalités composées de petites communes rurales, afin de ne pas alourdir les obligations de ces dernières en matière organisationnelle, administrative et financière.
Le présent amendement, lui, s’intéresse aux communes de plus de 40 000 habitants. Pour une commune de cette taille, le fait d’organiser l’accueil des animaux errants ne pose a priori pas de problèmes opérationnels majeurs. Par conséquent, je le maintiens.
(L’amendement no 95 n’est pas adopté.) La parole est à M. Philippe Meyer, pour soutenir l’amendement no 72. Déposé par notre collègue Stéphane Viry, il vise à compléter l’alinéa 7 de l’article 3 en exigeant que le certificat de connaissance prévu par l’article L. 214-1 du code rural et de la pêche maritime soit vérifié avant restitution d’un animal. Cela permettra de s’assurer de la légitimité du demandeur. Quel est l’avis de la commission ? Il est défavorable, pour les raisons évoquées hier à propos du certificat de connaissance. On peut supposer que ce document pourra être demandé en de multiples occasions mais il me semble compliqué d’en faire une obligation.
(L’amendement no 72, repoussé par le Gouvernement, n’est pas adopté.) La parole est à M. Philippe Meyer, pour soutenir l’amendement no 71. Il vise également à compléter l’alinéa 7 en conditionnant la restitution d’un animal à « la signature d’un document » et à « un rappel par la personne responsable de la fourrière ou du refuge des obligations liant le maître à son animal ». Il me semble important de le préciser afin de clarifier cette partie du texte. Quel est l’avis de la commission ? Le certificat de connaissance va être difficile à mettre en place, au moins au début. Si l’on exige la signature d’un document supplémentaire pour constater la légitimité du propriétaire, le dispositif deviendra trop compliqué. Je vous demande donc de retirer votre amendement.
(L’amendement no 71, repoussé par le Gouvernement, n’est pas adopté.) La parole est à M. le rapporteur général, pour soutenir l’amendement no 491. Il s’agit d’autoriser les agents de contrôle à restituer les animaux directement à leurs propriétaires. Cela permettrait aux animaux de ne pas subir le stress provoqué par la captivité en fourrière, de diminuer les risques sanitaires liés aux regroupements d’animaux et de simplifier la procédure pour les propriétaires. Ces derniers pourraient ainsi récupérer directement leur animal, plus rapidement et sans payer de frais de fourrière. Cela me semble être une proposition de bon sens.
Cet amendement comporte un gage compensant la perte de recettes pour les collectivités territoriales.
(L’amendement no 491, accepté par le Gouvernement, modifié par la suppression du gage, est adopté.) La parole est à M. Éric Diard, pour soutenir l’amendement no 108. Les animaux domestiques ou assimilés ne doivent pas demeurer trop longtemps en fourrière. Les éthologues décrivent en effet les souffrances engendrées par l’enfermement ainsi que les séquelles qui en découlent. De plus, le nombre d’abandons étant croissant, la fourrière doit pouvoir disposer rapidement de ses boxes, sans qu’une solution létale ne puisse être envisagée.
Dès lors, il convient de prévoir des dispositions spécifiques de nature à renforcer l’effectivité de l’article L. 211-14 remanié du code rural et de la pêche maritime. L’amendement a pour vocation de faire réagir plus promptement les propriétaires d’animaux et de trouver une solution pérenne pour les animaux non réclamés. Il contribuerait évidemment à la prévention de l’abandon. En outre, les animaux sortis rapidement de fourrière, présentant moins de risques de comportements asociaux, pourraient être plus aisément proposés à l’adoption. L’objectif est donc de pousser les propriétaires à sortir de leur torpeur.
Quel est l’avis de la commission ? L’article L. 211-25 du code rural et de la pêche maritime prévoit déjà que le gestionnaire puisse céder les animaux gratuitement à des fondations ou à des associations de protection des animaux disposant d’un refuge ; celles-ci sont seules habilitées à proposer les animaux à l’adoption à un nouveau propriétaire. Vous proposez donc un dispositif qui existe déjà ; c’est d’ailleurs un bon dispositif et je vous remercie d’en rappeler l’existence.
Par ailleurs, je vous rappelle que l’euthanasie d’un animal de compagnie – et plus généralement de tout animal – ne peut être pratiquée qu’après avis d’un vétérinaire.
Je demande le retrait de l’amendement.
Quel est l’avis du Gouvernement ? Même avis, pour les mêmes raisons. La parole est à M. Éric Diard. J’entends bien vos arguments, monsieur le rapporteur général, mais nous souhaitions raccourcir les délais. Notre amendement propose qu’« après mise en demeure infructueuse de régler les frais par lettre recommandée avec accusé de réception dans les soixante-douze heures de la réception de cette lettre restée sans réponse », l’animal devienne « la propriété [du] refuge ou de [l’]association de protection animale » auquel il a été remis. Le fonctionnement actuel est-il celui-ci ? C’est une accélération ! La parole est à M. le rapporteur général. Je vois bien le problème auquel vous faites allusion. Un amendement qui sera examiné ultérieurement propose l’introduction d’un délai de garde augmenté par la fourrière, passant de huit à quinze jours, ce qui permettra précisément aux propriétaires de pouvoir retrouver plus facilement leur animal. Ce n’est pas le même problème ! La parole est à M. Éric Diard. L’amendement dont vous parlez est très intéressant mais il ne résout pas le problème que je soulève. Je souhaite accélérer la réaction des propriétaires qui gênent parfois par leur silence le bon fonctionnement des fourrières. Votre amendement n’étant pas tout à fait de même nature, je maintiens le mien.
(L’amendement no 108 n’est pas adopté.) La parole est à M. Bruno Bilde, pour soutenir l’amendement no 375. Si un foyer français sur deux possède un animal de compagnie et si nos compatriotes sont de plus en plus nombreux à s’intéresser et à se passionner pour le bien-être animal, notre pays est aussi, malheureusement, le triste champion d’Europe en matière d’abandon. Les chiffres, qui témoignent d’une sordide réalité et d’un mépris profond pour l’existence animale, sont à la fois révoltants et choquants. Chaque année en France, 200 000 animaux de compagnie sont abandonnés, dont 100 000 chiens et chats.
Face à la bêtise, l’ignominie voire la barbarie qui caractérisent celles et ceux qui considèrent l’animal comme un vulgaire objet de consommation, je tiens à saluer les hommes et les femmes investis dans l’ensemble des refuges. L’action remarquable de ces bénévoles et professionnels permet de venir au secours des meilleurs amis de l’homme.
Concernant l’identification des animaux recueillis par les refuges et les fourrières, je propose d’inscrire dans la proposition de loi que les gestionnaires doivent élargir leurs recherches au détenteur et non au seul propriétaire de l’animal à identifier. Il arrive en effet qu’un animal soit confié à une tierce personne chargée d’en prendre soin sans pour autant en avoir la propriété.
Quel est l’avis de la commission ? Je n’arrive pas bien à voir comment cela pourrait fonctionner. La distinction que vous faites entre propriétaire et détenteur ne me semble pas pertinente. En effet, dans la grande majorité des cas, ce sont les coordonnées du propriétaire qui se trouvent sur la puce d’identification de l’animal et le propriétaire est quasi systématiquement le détenteur, sauf peut-être dans le cas spécifique des chevaux. Je ne vois donc pas bien l’intérêt de votre amendement.
Je pense qu’il faut surtout se fier à l’identification de l’animal et renforcer les mesures permettant que la puce d’identification soit bien mise à jour de façon régulière – sur ce point, les vétérinaires ont un rôle important à jouer. J’insiste sur l’importance de cette mise à jour.
L’avis sera défavorable.
(L’amendement no 375, repoussé par le Gouvernement, n’est pas adopté.) Les amendements identiques nos 129 de M. le rapporteur général et 179 de M. Bastien Lachaud sont défendus.
Quel est l’avis de la commission sur ces deux amendements ?
Favorable ! Quel est l’avis du Gouvernement ? Par ces amendements identiques, M. le rapporteur général et M. Lachaud proposent d’étendre le délai de garde en fourrière de huit à quinze jours. Sur le fond, je trouve cette proposition très intéressante, nous en avons déjà discuté hier soir. Je m’en remettrai toutefois à la sagesse de votre assemblée car cela impliquerait des obligations supplémentaires notamment pour les communes. La parole est à M. Fabien Di Filippo. Nous attendions d’avoir aujourd’hui des réponses aux questions que nous avions posées en commission sur les conséquences de diverses mesures – la castration des chats errants et l’allongement des délais de recueil des animaux en fourrière – qui vont créer des charges supplémentaires pour nos communes, à un moment où celles-ci subissent les effets de la crise alors que vous avez déjà réduit leurs marges de manœuvre, notamment en supprimant la taxe d’habitation.
Monsieur le ministre, monsieur le rapporteur général, pouvez-vous nous donner des réponses à toutes ces questions ? Nos communes vont-elles avoir des moyens correspondant à ces nouvelles obligations ou est-ce que ce sera encore un transfert de charges non compensées par des recettes ?
L’avis de sagesse de M. le ministre semble indiquer qu’il n’est pas venu avec le chéquier. C’est peut-être le rapporteur général qui va devoir répondre à ces questions.
La parole est à M. François-Michel Lambert. Certains de nos amendements ont été déclarés irrecevables au motif qu’ils créaient des charges supplémentaires pour telle ou telle structure publique. Dans le cas présent, y a-t-il une étude d’impact concernant le doublement du délai de recueil des chiens et chats – puisque les textes ne mentionnent qu’eux – en fourrière ? La parole est à M. le rapporteur général. Je comprends votre préoccupation à l’égard des collectivités territoriales. Hier, nous avons d’ailleurs adopté un amendement de votre groupe, de M. Larrivé, pour placer le dispositif à l’échelle de l’EPCI. Nous allons trouver des solutions, sachant que les maires ont beaucoup de problèmes avec les chats et les chiens, et que toutes ces mesures ont un coût.
Rappelons que cette proposition de loi vise à lutter contre la maltraitance animale. Actuellement, un animal peut être euthanasié parce que son propriétaire s’aperçoit tout à coup qu’il ne l’a pas vu depuis cinq jours, sans penser qu’il pourrait se trouver dans une fourrière. Au bout de neuf jours, il se rend compte qu’il a été piqué.
Ce n’est pas une bonne chose, d’autant que ce délai n’a plus de raison d’être. Savez-vous d’où vient ce délai de garde d’un animal pendant huit jours ? Il a été fixé à une époque où la France craignait la rage : la durée d’incubation de cette maladie étant de huit jours, ce délai a été imposé pour se prémunir de ce risque-là. Il n’y a plus de rage en France, mais on a gardé ce délai.
Quant au coût des fourrières pour les communes, il varie de 50-60 centimes par habitant et par an à 1,20 euro, 1,30 euro, voire 1,50 euro par habitant et par an, sans que personne s’en rende compte, pas même les maires qui, tous les ans, mettent au pot sans savoir exactement ce que font les fourrières à leur place. Il y a là une vraie question.
Ce n’est pas une question ! Il y a lieu de s’interroger sur ces huit jours et sur l’argent actuellement dépensé par ces fourrières. La parole est à M. Pierre-Henri Dumont. Monsieur le rapporteur général, vous ne répondez pas à la question soulevée par mon collègue Di Filippo. Nous en convenons tous, le délai d’une semaine est trop court : il s’écoule souvent deux ou trois jours avant que l’on s’aperçoive qu’on a perdu son chat et, après, il faut le temps de le chercher.
Cela étant, la mesure proposée induit deux types de charges nouvelles : il faut nourrir les animaux plus longtemps ; il faut aussi créer des places supplémentaires pour pouvoir les accueillir.
Nous voulons tous éviter que des animaux soient euthanasiés avant que leurs propriétaires ne les retrouvent, mais la mesure envisagée entraîne des conséquences que vous n’abordez absolument pas.
Monsieur le rapporteur général, monsieur le ministre, nous attendons une réponse à la question suivante : comment allez-vous compenser le coût supplémentaire induit pour les collectivités territoriales – communes et intercommunalités ?
La parole est à M. Bastien Lachaud. Je pense que tout le monde, dans l’hémicycle, est convaincu de l’utilité de cet amendement. C’est d’ailleurs pour cela que notre groupe a décidé de reprendre l’excellent amendement des trois rapporteurs, qui n’a malheureusement pas été adopté en commission.
Se pose la question du financement. M. le ministre, qui va s’exprimer, nous disait hier que le Gouvernement et sa majorité avaient financé par centaines de millions d’euros le bien-être animal et la lutte contre la maltraitance animale. Or, à en croire M. le rapporteur général, le coût de cet amendement ne dépasserait pas quelques millions d’euros. Peut-être pourriez-vous sortir le chéquier aujourd’hui et émettre un avis favorable, ce qui rassurerait nos amis du groupe Les Républicains.
La parole est à M. Julien Aubert. L’idée étant d’éviter l’euthanasie des animaux, la philosophie de l’amendement ne me gêne pas : nous devons parfois faire prévaloir des logiques autres que budgétaires. Peut-être aurait-il fallu, néanmoins, formuler l’amendement de manière plus précise sur deux points.
Tout d’abord, il faudrait peut-être pendre en compte certaines périodes de l’année où les gens sont en congé ou en déplacement, et peuvent ainsi mettre plus de temps à se mobiliser en cas de disparition d’un animal de compagnie. Signalons aussi que les chats, par exemple, ont parfois tendance à quitter la maison pendant 48 heures.
Ensuite, pour répondre à la question qui vous est posée au plan financier, il faudrait peut-être taxer, ou du moins faire payer davantage les propriétaires qui réagissent après une semaine. Dans la période de huit à quinze jours, on leur dirait que s’ils veulent récupérer leur enfant
(Rires sur de nombreux bancs)… Vos enfants apprécieront ! Le lapsus témoigne de l’attachement que je peux avoir pour les animaux, et je suis sûr que l’émission Quotidien en fera son miel ce soir.
La facture serait plus élevée pour les personnes ayant récupéré un animal resté plus d’une semaine en fourrière, afin de neutraliser le coût occasionné à la collectivité.
La parole est à M. François-Michel Lambert. Monsieur le rapporteur général, heureusement que nous n’allons pas suivre votre argumentation sur la rage : sans cette maladie, nos prédécesseurs auraient peut-être fixé le délai à seulement quatre jours. De ce point de vue, on peut considérer que le risque de rage a été une sorte de chance.
Comment porter le délai à quinze jours ? Nous sommes tous d’accord sur le fait qu’il faut donner du temps…
Il a raison ! …car chaque animal euthanasié est un échec pour la société : cela signifie que nous n’avons pas été capables de retrouver son propriétaire, une personne certainement en grande souffrance d’avoir perdu son chat ou son chien – puisqu’il n’est ici question que de ces deux animaux.
Alors que nous parlons de maltraitance animale, cet allongement du délai conduit à s’interroger sur le doublement probable du nombre d’animaux présents dans une fourrière. Comment nous assurer que ces lieux auront les moyens de doubler leurs capacités dans le respect de l’animal ? Si nous ne le faisons pas, nous risquons d’aboutir à l’inverse du but recherché, qui est de préserver le bien-être de l’animal, car un calcul simple conduit à envisager que deux fois plus d’animaux pourraient être entassés au même moment dans une même fourrière.
La parole est à M. le rapporteur général. Si certaines fourrières sont des régies municipales, la plupart d’entre elles fonctionnent par délégation de service public. Rien n’empêche la commune de modifier le contrat, et même de revoir les tarifs à la baisse.
L’euthanasie au bout de huit jours permet de vider les fourrières et de réduire leurs coûts, sachant que le délai a été fixé en fonction d’un argument scientifique qui n’est plus valable en France. À vous de décider.
La parole est à M. Hubert Wulfranc. J’approuve à la fois l’argumentation du rapporteur général et le souhait d’une sortie par le haut exprimé par notre collègue Aubert – les deux ne me semblant pas antinomiques.
Personnellement, je voterai pour cet amendement, tout en souhaitant que la navette parlementaire permette de trouver une solution pour que la hausse du coût soit digérée intelligemment.
La parole est à M. Philippe Michel-Kleisbauer. J’abonde dans le sens de notre collègue Loïc Dombreval : les collectivités peuvent très bien réviser leur grille de prix. L’euthanasie aussi a un coût, celui de l’injection et de l’équarrissage. Notre collègue Aubert a donné la solution en proposant de faire payer les propriétaires des animaux, au même titre que les automobilistes paient pour sortir leur voiture de la fourrière. La parole est à M. le ministre. La question du financement est très importante pour cette mesure et, sans vouloir préempter les débats, il le sera encore davantage lorsque nous aborderons les amendements qui prévoient d’obliger les communes à pratiquer des stérilisations. Bien sûr ! Pour certaines d’entre elles, cela peut coûter très cher ! C’est extrêmement compliqué ! C’est un sujet complexe, sur lequel je ferai trois observations, en précisant que le Gouvernement peut agir dans certains cas, mais pas dans d’autres.
Tout d’abord, comme l’indiquait à juste titre le rapporteur général, ce sont les communes ou les intercommunalités qui ont la main sur les tarifs pratiqués par les fourrières, que celles-ci fonctionnent en régie ou sur délégation de service public. Il y a donc là un premier élément où s’exerce leur choix souverain.
Ensuite, nous n’allons pas décider ici des crédits de la dotation globale de fonctionnement – DGF –, qui sont adoptés lors des débats budgétaires au Parlement. Vous allez donc adopter des mesures sur la stérilisation ou les fourrières dont le financement dépendra de crédits dont vous débattrez en fin d’année à propos de la DGF. Je m’en remets, pour cela, aux travaux de l’Assemblée.
Demandez à Jacqueline Gourault ! Enfin, j’en arrive à un élément sur lequel je peux intervenir et qui me permet de répondre à M. Lachaud : une enveloppe de 20 millions d’euros a été prévue dans le cadre du plan de relance, qui servira à financer des refuges – pas des fourrières – et des campagnes de stérilisation.
Comme je ne raconterai jamais de carabistouilles, j’indique que cette enveloppe sera accordée pendant une période donnée, les deux années du plan de relance. Elle ne pourra pas couvrir toutes les dépenses liées aux nouvelles obligations qui seraient créées par la loi en matière d’allongement des durées de garde ou de stérilisations obligatoires par les communes, ces dépenses relevant de la DGF, et donc des lois de finances.
Je tenais à vous donner ces éléments afin d’éclairer le débat en toute transparence.
(Les amendements identiques nos 129 et 179 sont adoptés.)
(L’article 3, amendé, est adopté.)
La parole est à Mme Samantha Cazebonne, pour soutenir l’amendement no 229, qui fait l’objet des sous-amendements nos 497 et 496 de M. Loïc Dombreval. Afin que la lutte contre l’abandon soit véritablement efficace, il paraît important que les registres des entrées et sorties, les registres sanitaires et le règlement sanitaire, éléments essentiels de la vie d’une structure accueillant des animaux domestiques, soient accessibles à tous. Ce préalable est indispensable pour évaluer la situation et apporter des solutions. Actuellement, faute de cet outil, il est impossible d’évaluer exactement le nombre d’animaux abandonnés en France chaque année. Or, cette évaluation est nécessaire à la définition d’une politique efficace contre l’abandon des animaux domestiques.
Cet amendement vise à ce que ces registres, dont la tenue est déjà obligatoire, soient automatiquement transmis tous les ans afin de pouvoir bénéficier d’un portrait fiable de la situation.
La parole est à M. le rapporteur général, pour soutenir les sous-amendements nos 497 et 496, qui peuvent faire l’objet d’une présentation groupée, et donner l’avis de la commission sur l’amendement no 229. Merci, madame Cazebonne, pour ce très bon amendement. Le mécanisme proposé doit s’organiser dans le cadre de l’observatoire qui sera financé grâce à une ligne budgétaire d’environ 1 million d’euros du plan de relance, et dont la création correspond à une recommandation que j’avais formulée à la fin de ma mission. En effet, on manque de données fiables sur les fourrières : pour ce qui du nombre d’entrées, de sorties ou d’euthanasies, les chiffres sont simplement déclarés par les fourrières, sans rien de concret. Pour mener de bonnes politiques publiques, il est important de créer un tel observatoire et de le faire bénéficier des chiffres que vous évoquez. Le budget est prévu dans le plan de relance, conformément à la volonté du ministre, et c’est une bonne chose.
Je suis, à titre personnel, favorable à l’amendement, dont les sous-amendements nos 497 et 496 précisent la rédaction.
Quel est l’avis du Gouvernement ? Avis favorable sur l’amendement no 229, sous réserve de l’adoption des deux sous-amendements, très importants.
On parle d’un élément essentiel : selon les derniers chiffres connus, 100 000 animaux de compagnie sont abandonnés chaque année, mais selon les associations, vous le savez sûrement, ce chiffre est largement sous-évalué. Il nous manque les moyens d’élaborer et de suivre cette politique publique. En effet, si l’on veut des politiques publiques efficaces, il faut des organismes de suivi ; le plan de relance assurera une partie des financements. L’amendement présenté par Mme Cazebonne, sous-amendé, fournirait une base pour le recueil des données ; c’est donc une disposition très utile.
La parole est à M. Hubert Wulfranc. Monsieur le rapporteur général, vous avez esquissé le rôle de l’observatoire qui sera créé. Pourriez-vous nous apporter quelques informations complémentaires sur sa structure, sa composition et sur les missions qui pourraient lui être confiées, à ce stade et à votre connaissance ? La parole est à M. le ministre. On est en train d’élaborer cet outil ; l’un des deux sous-amendements indique d’ailleurs qu’on le fera par décret. J’ai pris un engagement : mettre en place cet observatoire avant 2022. On est en train d’y travailler ou, pour être tout à fait honnête, on va commencer à y travailler car on a eu beaucoup de choses à faire. C’est avec grand plaisir que je vous en parlerai.
(Les sous-amendements nos 497 et 496, successivement mis aux voix, sont adoptés.)
(L’amendement no 229, sous-amendé, est adopté.)
La parole est à M. François-Michel Lambert, pour soutenir l’amendement no 285. Depuis le début de nos travaux, nous naviguons entre les mots « un chien ou un chat » et l’expression « animal de compagnie ». Au fil des différents alinéas de l’article, on commence par évoquer les chiens ou chats, puis on parle d’animaux de compagnie, comme nous venons de le faire dans nos débats – et j’ai du reste souligné hier que, dans une fourrière, il n’y aura pas que des chiens et des chats. Nous avons voté, à l’unanimité, la prolongation jusqu’à quinze jours du délai d’attente avant le geste ultime, l’euthanasie. Mais notre vote concerne-t-il les animaux de compagnie – le chien, le chat ou le lapin que mon petit a perdu et qui a été retrouvé par la fourrière – ou seulement les chiens et les chats ?
L’amendement no 285 propose de remplacer, par cohérence, les termes « un chien ou un chat », qui limitent les dispositions à deux espèces, par « un animal de compagnie », afin de ne pas faire de distinction entre les animaux, tous également attachants, que possèdent nos concitoyens.
Quel est l’avis de la commission ? Défavorable. Quel est l’avis du Gouvernement ? Défavorable également.
Monsieur Lambert, ce n’est pas que j’aime uniquement les chiens et les chats, et pas les autres animaux de compagnie, mais un rat, par exemple, peut être un animal de compagnie, or on peut difficilement distinguer un rat sauvage d’un rat domestique quand on en trouve un dans la rue : devrait-on recueillir dans une fourrière ou un refuge tous les rats qu’on peut croiser ? Ce n’est évidemment pas votre but ; vous pensez plutôt aux hamsters et aux autres animaux de ce type. Mais je suis persuadé que votre proposition n’est pas opérationnelle. Mon avis ne vient donc pas d’un amour exclusif pour les chiens et les chats, mais de ma conviction que l’amendement que vous proposez ne pourra pas être appliqué par les communes.
La parole est à M. François-Michel Lambert. Je remercie M. le ministre d’avoir pris le temps de répondre ; en revanche, je n’ai pas compris l’argumentaire du rapporteur général. Monsieur le ministre, a-t-on mesuré le risque que représente l’alternance, dans la rédaction actuelle, entre « un chien ou un chat » et « un animal de compagnie » ? Cette incohérence à la lecture ne risque-t-elle pas d’impliquer une incohérence à l’action ? Peut-être ne pouvez-vous pas répondre maintenant ; pourquoi ne pas engager un travail de fond dans le cadre de la navette parlementaire pour éviter de tomber dans un entre-deux, les animaux étant désignés, dans un même article, de deux façons différentes ?
(L’amendement no 285 n’est pas adopté.) La parole est à M. Philippe Meyer, pour soutenir l’amendement no 74. Aujourd’hui, un animal abandonné ou errant sans identification peut, dans les faits, être recueilli directement par une famille d’accueil, évitant ainsi l’euthanasie. L’amendement de notre collègue Viry propose de préciser, après l’alinéa 4, que la famille d’accueil peut être « une personne physique ayant recueilli temporairement, sans transfert de propriété, à son domicile, tout animal errant. » Ces familles d’accueil auraient les mêmes droits qu’une famille choisie par le refuge qui lui confierait l’animal. Quel est l’avis de la commission ? Défavorable. Quel est l’avis du Gouvernement ? Même avis.
Je ne vois pas comment rendre votre proposition opérationnelle. Vous étendez la notion de famille d’accueil à une famille qui proposerait le gîte et le couvert à un animal de compagnie qu’elle aurait recueilli sans en être propriétaire. Mais comment le refuge ou la fourrière, qui n’a que le numéro d’identification pour remonter au propriétaire, peut-elle identifier une telle famille ? Je vois le sens de votre amendement, mais je ne vois pas comment l’appliquer. Je vous propose donc de le retirer.
La parole est à M. Philippe Meyer. On peut considérer qu’un animal perdu, abandonné ou errant n’a plus de propriétaire. C’est dans cet esprit qu’il pourrait être recueilli par une famille d’accueil temporaire, plutôt que d’être amené au refuge et euthanasié parce qu’il n’a pas d’identification.
(L’amendement no 74 n’est pas adopté.)