XVe législature
Session ordinaire de 2021-2022

Séance du jeudi 07 octobre 2021

L’ordre du jour appelle la suite de la discussion de la proposition de loi visant à plus de justice et d’autonomie en faveur des personnes en situation de handicap (nos 4423, 4500).
Ce matin, l’Assemblée a commencé la discussion des articles de la proposition de loi, s’arrêtant à l’amendement no 17 à l’article 6.
Sur l’amendement no 17, je suis saisie par le groupe Les Républicains d’une demande de scrutin public.
Le scrutin est annoncé dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.
La parole est à Mme Stella Dupont, pour soutenir l’amendement no 17.
Nous débattons depuis ce matin d’une question d’autant plus essentielle qu’elle concerne des personnes fragiles ; il est donc légitime que nos échanges soient riches.
Depuis 2017, nous nous efforçons aux côtés de Mme la secrétaire d’État Sophie Cluzel et à son initiative de défendre une politique de réformes volontariste pour des droits réels et une action publique plus efficace – je ne reviendrai pas sur la prestation de compensation du handicap (PCH), pour laquelle nous devons agir main dans la main avec les départements. Légiférer sans efficacité n’a pas de sens ; on empile des textes qui ne changent rien à la vie des gens.
Nous sommes attachés à la solidarité nationale et familiale, comme à la justice sociale. Aussi entendons-nous les attentes des couples concernés par l’allocation aux adultes handicapés (AAH) : dès le 1er janvier 2022, une hausse de l’AAH devrait bénéficier à 120 000 personnes, si nous adoptons l’article 43 du projet de loi de finances (PLF) pour 2022, dont nous débattrons dès le 20 octobre prochain.
(Applaudissements sur quelques bancs du groupe LaREM.)
Il s’agit là d’une mesure de justice sociale, contrairement au fait d’allouer 900 euros à des couples disposant de hauts revenus. Elle permettra, par exemple, à Karine, qui est fleuriste et gagne 1 276 euros par mois, et à Olivier, qui ne travaille pas et perçoit l’AAH, de toucher 187 euros supplémentaires, correspondant à l’AAH à taux plein.
C’est parce que cette évolution de l’AAH est une mesure de solidarité nationale et familiale, une mesure de justice sociale, que nous vous proposons cet amendement de suppression.
(Mêmes mouvements.) La parole est à M. Aurélien Pradié, rapporteur de la commission des affaires sociales, pour donner l’avis de la commission. Je suis personnellement défavorable à cet amendement de suppression de l’article 6.
En premier lieu, je ne peux que redire que votre méthode, consistant à déposer un amendement de suppression sur chacun des articles de la proposition de loi est proprement invraisemblable.
(Protestations sur plusieurs bancs des groupes LaREM et Dem.) Exactement ! Nous ne sommes pas d’accord, et nous l’assumons ! Quand on se comporte comme vous vous êtes comportés depuis trois semaines que nous travaillons sur ce texte et, singulièrement, depuis ce matin, on ne peut nous asséner, comme vous le faites, des protestations de bienveillance, de coconstruction, de dialogue ou que sais-je encore. (Exclamations sur les bancs du groupe LaREM.) Il y a les paroles et il y a les actes ; vous ne voulez pas discuter de ce sujet, c’est une évidence.
Ensuite, madame la députée, il n’est nullement question, dans le PLF, d’une augmentation de l’allocation adulte handicapé…
Non, il s’agit d’un abattement forfaitaire ! …mais d’un abattement forfaitaire. Je veux bien que vous nous donniez en permanence des leçons de technicité mais, je suis navré, si vous ne voyez pas la nuance entre augmentation et abattement forfaitaire, vous n’avez, politiquement ou techniquement, pas grand-chose à nous apprendre. Quelle prétention ! Vous pensez que Mme Dupont ne maîtrise pas parfaitement les questions financières ? Pour le reste, la justice sociale consiste à garantir l’indépendance de celles et ceux qui sont frappés par le handicap. Vous ne pouvez pas comparer la situation d’une personne en situation de handicap à celle d’un allocataire du RSA : ce sont deux situations différentes et qui exigent des mesures différentes ; l’une relève du handicap, l’autre d’une situation conjoncturelle.
L’idée même que, dans notre pays, le montant de l’allocation adulte handicapé, qui vient compenser l’absence de revenus du travail – puisque c’est personnes ne peuvent travailler –, soit conditionné aux revenus du conjoint, est insupportable ! Vous pourrez tourner autour du pot, vous pourrez avoir recours à tous les arguments possibles – nous avons eu le droit la dernière fois à l’argument informatique : selon la secrétaire d’État, nous ne disposons pas du logiciel adéquat –, la réalité, c’est que vous trouveriez intolérable que vos propres ressources soient conditionnées par celles de votre conjoint.
(Applaudissements sur les bancs du groupe LR. – Mmes Caroline Fiat et Agnès Thill et M. Hubert Wulfranc applaudissent également.) Or c’est ce que vous imposez aux femmes et aux hommes en situation de handicap.
Au-delà de questions d’abattement, de mesures fiscales ou de montant de l’AAH, c’est une question de principe. Lorsqu’on fait de la politique et que l’on agit pour nos concitoyens, on doit avoir en tête le principe d’égalité autant que les considérations techniques. Rien ne peut justifier ni le sabotage de ce texte ni votre entêtement sur la conjugalisation de l’allocation adulte handicapé.
(Applaudissements sur les bancs du groupe LR. – Exclamations sur les bancs du groupe LaREM.) La parole est à Mme la secrétaire d’État chargée des personnes handicapées, pour donner l’avis du Gouvernement. Nous assumons le fait de donner plus à ceux qui en ont vraiment besoin. (Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM et Dem.) Ce n’est pas vrai ! Vous n’aimez pas les handicapés ! Ça, c’est une remarque de haut niveau ! C’est ce qui nous mobilise aujourd’hui. De façon pleinement responsable, nous nous tournons vers ceux qui en ont le plus besoin, avec une attention particulière pour les couples, afin qu’il n’y ait aucun perdant. C’est la raison d’être des mesures prévues dans le PLF, qui vont dans le sens de la justice sociale. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LaREM.) Ça ne veut absolument rien dire ! La parole est à M. Jean-Louis Bricout. Madame la secrétaire d’État, puis-je me permettre de vous donner un conseil ? Vous êtes en train de vous faire mal politiquement et d’entraîner votre majorité dans la même galère. Vous avez beau vous défendre en arguant que les oppositions n’ont pas agi lorsqu’elles étaient au pouvoir, ce que l’histoire retiendra, c’est que vous n’avez rien fait, alors que vous en aviez la possibilité.
Vous vous faites mal politiquement, car l’opinion ne voit que votre entêtement à vous dresser vent debout contre tout le monde : contre la société civile, les associations, les collectifs, les élus… Vous êtes toute seule dans cette galère face à des gens qui ont le sentiment que vous n’avez pas compris ce que veulent les familles qui vivent avec le handicap.
Ces familles aspirent à sécuriser l’avenir de leurs proches handicapés,…
C’est exactement ce que l’on fait ! …en particulier lorsqu’il s’agit d’un enfant : malgré les progrès réalisés grâce à une école plus inclusive, grâce à un accès facilité à la formation et à l’emploi, les parents vivent encore dans une inquiétude pénible.
Pour la dignité des enfants handicapés et pour la dignité des familles, il est temps que vous changiez votre fusil d’épaule.
La parole est à Mme Stella Dupont. Je l’ai dit, nos débats sont parfaitement légitimes. Nous développons nos arguments et entendons les vôtres. Certes, nous avons un point de désaccord, mais cela ne nous empêche pas d’avancer. L’abattement forfaitaire qui sera adopté dans le cadre du PLF révolutionne l’AAH. Révolutionne, vraiment ? Quels héros ! C’est une avancée d’autant plus pertinente qu’elle répond à votre souci de sécuriser et de consolider la situation des bénéficiaires de l’AAH. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LaREM.) Je mets aux voix l’amendement no 17.
(Il est procédé au scrutin.) Voici le résultat du scrutin :
        Nombre de votants                        108
        Nombre de suffrages exprimés                107
        Majorité absolue                        54
                Pour l’adoption                67
                Contre                40
(L’amendement no 17 est adopté. En conséquence, l’article 6 est supprimé.)
La parole est à Mme Nathalie Bassire. Nous arrivons quasiment aux termes de nos débats, et une grande partie des Français concernés par cette proposition de loi doivent être profondément déçus de voir ce texte, pensé avec et pour eux, vidé de toute sa moelle jusqu’à ne plus exister, puisque vos seuls amendements consistaient à demander la suppression de chaque article, l’un après l’autre. Ils seront donc déçus, mais aussi déconcertés par certains propos tenus.
L’article 7 est rédigé de manière à ce qu’il n’y ait aucun perdant, madame la secrétaire d’État, puisque tel est votre souci. J’entends que la majorité défende son bilan mais n’est-ce pas aux personnes en situation de handicap de juger de ce qu’il y a de mieux pour elles ? Accepterions-nous que notre revenu baisse parce que le Gouvernement aurait décidé que les revenus de notre conjoint sont plus que suffisants ?
La majorité clame qu’elle ne votera pas ce texte par cohérence, mais par cohérence avec quoi ? Parce que le groupe LR et les groupes d’oppositions sont, eux, cohérents avec ce qu’ils observent sur le terrain, l’article 7 propose une prolongation transitoire des modalités de calcul actuel de l’AAH pour les ménages perdants – estimés à 44 000 – suite à la déconjugalisation proposée. Ces ménages continueraient donc à bénéficier de l’ancien calcul, car nous voulons que cette loi ne fasse aucun perdant, car tous méritent les mêmes droits, la même justice sociale.
(Applaudissements sur quelques bancs du groupe LR.) La parole est à Mme Caroline Fiat. Madame Dupont, dire que l’empilement des textes législatifs n’a pas de sens, c’est manquer de respect pour nos travaux et pour notre rôle.
Madame la secrétaire d’État, vous nous parlez d’autonomie, de justice sociale et de respect ; vous êtes contente et fière de tout ce que vous avez fait, mais je n’aurai qu’un exemple : aujourd’hui, l’agence régionale de santé concernée vient de décider que, en Ardèche, me semble-t-il, où l’on manque de personnel, ce seraient les condamnés à des travaux d’intérêt général (TIG) qui s’occuperaient des résidents des EHPAD. Voilà le résultat de votre action !
Quel rapport avec le Schmilblick ? Il y a des personnes handicapées dans les EHPAD ! La parole est à M. Hubert Wulfranc. À ce stade du débat, je tiens, au nom du groupe communiste, à remercier M. le rapporteur pour cette proposition de loi qu’il a défendue avec beaucoup de précision et beaucoup d’engagement. Nous nous sommes totalement retrouvés dans son contenu. Nous nous y sommes à ce point retrouvés que nous vivons un remake, si je puis dire, de notre niche parlementaire du 17 juin dernier, durant laquelle nous avons enduré la même obstruction de la part de la majorité.
S’il y a un seul contre-exemple à opposer à cette majorité de marbre, ce sont ces propos que j’ai entendus : « Au nom de la justice sociale, comment pourrions-nous autoriser le versement de quelque 900 euros à une personne handicapée si son époux en gagne 4 000 ou 5 000 ? » Eh bien, cela est absolument inaudible, et c’est un communiste qui vous le dit, en compagnie d’un gaulliste.
(Applaudissements sur les bancs des groupes GDR et LR. – Mme Caroline Fiat et M. Jean-Louis Bricout applaudissent également.) Nous en venons à l’amendement de suppression no 18, sur lequel je suis saisie par le groupe Les Républicains d’une demande de scrutin public.
Le scrutin est annoncé dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.
La parole est à Mme Christine Cloarec-Le Nabour, pour le soutenir.
L’article 7 reprend le dispositif, adopté par le Sénat lors de la première lecture de la proposition de loi portant diverses mesures de justice sociale, créant un droit d’option de dix ans pendant lequel les bénéficiaires pourraient choisir d’opter pour une allocation conjugalisée ou déconjugalisée. En effet, comme le note le rapport de la Haute Assemblée sur ce texte, la déconjugalisation ferait 44 000 « perdants », pour la plupart des couples dont le bénéficiaire percevant l’AAH travaille et dont le conjoint dispose de faibles revenus. Une telle réforme irait donc à l’encontre de l’objectif d’insertion dans l’emploi des personnes handicapées.
Le droit d’option, quant à lui, serait une source de complexité supplémentaire pour les bénéficiaires de l’AAH qui devraient à nouveau s’interroger lors de chaque évolution de leur situation familiale. Ce système à double vitesse ne tiendrait pas compte de l’évolution de la situation conjugale des personnes. Il entraînerait une inégalité de traitement entre les bénéficiaires actuels et les nouveaux entrants, contraire au principe de justice sociale.
Enfin, la mise en œuvre opérationnelle d’un tel système en l’absence de toute concertation sur sa faisabilité avec les caisses d’allocations familiales et les acteurs concernés est très incertaine. C’est la raison pour laquelle le groupe La République en marche demande la suppression de cet article.
(Applaudissements sur quelques bancs du groupe LaREM.) Quel est l’avis de la commission ? Je tente de vous suivre ; évidemment, comme je n’ai pas votre niveau de technicité, c’est un peu laborieux. (« Oh ! » sur plusieurs bancs du groupe LaREM.)
Voilà déjà plusieurs fois que vous nous indiquez légitimement que la déconjugalisation de l’allocation adulte handicapé va faire des perdants ; sur ce point, il serait peut-être bon de donner quelques chiffres – tous les chiffres. En effet, la déconjugalisation pourrait faire 44 000 perdants. Mais il serait tout aussi utile d’indiquer combien nous faisons de gagnants – cet aspect est toujours absent de vos propos. Or ils seraient 196 000. La valeur travail ! La déconjugalisation de l’allocation adulte handicapé permettrait donc de faire près de 200 000 gagnants et, je le reconnais, en raison d’un effet de bord, 44 000 perdants.
Il se trouve que ce dernier point a été parfaitement identifié par les partisans de la déconjugalisation – qui n’ont pourtant pas votre niveau technique –, à commencer par notre collègue Jeanine Dubié. D’ailleurs, toutes les réformes conduites en matière d’allocations sociales ont suscité des perdants, raison pour laquelle des mécanismes de transition ont chaque fois été prévus. C’était notamment le cas lors de la création de la PCH : le législateur avait prévu un dispositif permettant d’assurer sur dix ans la transition avec le système précédent. Il en est de même ici, avec le régime transitoire que le Sénat a proposé d’instaurer : les 44 000 personnes susceptibles d’être lésées par la déconjugalisation de l’allocation adulte handicapé se verraient octroyer un droit d’option leur permettant de conserver jusqu’en 2031 le bénéfice du dispositif historique.
Depuis le début, vous dites que la déconjugalisation va faire des perdants.
Bien sûr ! Mais lorsque l’on vous propose une solution pour l’éviter, vous voulez supprimer l’article. Nous avons déjà eu ce débat… Je ne dois pas avoir un niveau intellectuel suffisant pour le comprendre, pardonnez-moi ! (Mme Caroline Fiat applaudit.) Oh, ça va ! Enfin, je voudrais corriger les mots que je viens d’employer, car j’ai toujours du mal à considérer qu’il y a des gagnants ou des perdants. Il faut mesurer ce dont nous parlons, c’est-à-dire d’une allocation de 900 euros mensuels à taux plein ; je ne suis pas sûr que le fait de permettre à nos concitoyens d’obtenir quelques centaines d’euros supplémentaires fasse d’eux des « gagnants » ! La déconjugalisation de l’allocation adulte handicapé permettra à tous nos concitoyens en situation de handicap de bénéficier d’un statut plus digne et d’une indépendance financière – c’est un mot que vous ne prononcez pas, alors qu’il est fondamental. Nous vous faisons une proposition inspirée du travail du Sénat et de celui de nos collègues pour repêcher tout le monde ; vous refusez cette solution. Franchement, si ce n’est pas de l’entêtement et du blocage parlementaire, c’est que je n’y comprends rien. (Applaudissements sur les bancs des groupes LR, SOC, FI et GDR.) Quel est l’avis du Gouvernement ? Être en situation de handicap n’est pas un statut, monsieur le député. (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes LaREM et Dem. – M. le rapporteur proteste.) Si, vous avez parlé de statut. Ce sont des citoyens ; respectons-les, s’il vous plaît.
L’article fait 44 000 perdants. Où est votre valeur travail ? Je pensais que c’était la valeur des Républicains. Vous faites perdre de l’argent à des personnes qui travaillent et qui sont le soutien de leur famille. Je le répète : où est la valeur travail ?
Et pour les 196 000, que faites-vous ? Ce n’est pas une façon de traiter les personnes en situation de handicap. Arrêtons de les regarder avec misérabilisme en disant qu’elles ne peuvent pas travailler alors que c’est le cas de plus de 44 000 d’entre elles. Avec la déconjugalisation, elles seraient perdantes ; avec ce que nous proposons dans le projet de loi de finances, personne n’est perdant. (Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM et Dem.) Chers collègues, je veux bien accéder aux quatre demandes de prise de parole, mais les orateurs ne disposeront que d’une minute chacun.
La parole est à Mme Véronique Hammerer.
En tant que législateur, nous avons la responsabilité de rendre la loi applicable. Concernant le droit d’option proposé à l’article 7, je voudrais que l’on me donne un exemple d’allocation existante pour laquelle on laisse à l’usager le choix entre celle-ci et une autre, plus avantageuse. Techniquement parlant – je suis désolée de parler de technicité, mais le législateur que je suis doit être responsable et n’a pas envie de mentir au citoyen –, est-ce vraiment possible ? (« Oh ! » sur les bancs du groupe LR.) Je ne le crois pas. La parole est à M. Stéphane Viry. Manifestement, il n’y aura pas de vote final, le texte ayant été totalement vidé de sa substance. En tant qu’orateur du groupe Les Républicains venu en soutien à la proposition de loi d’Aurélien Pradié, j’ai beaucoup de fierté d’avoir soumis à l’examen de nos collègues des propositions très concrètes sur la PCH, sur l’AAH, et peut-être plus encore de constater nos divergences et nos désaccords de fond avec vous. Chacun devra assumer sa position sur ce texte concernant les réponses que nous souhaitons apporter aux hommes et aux femmes en situation de handicap.
J’ai entendu dire que l’abattement fiscal qui sera proposé dans quelques jours dans le projet de loi de finances serait une mesure révolutionnaire. Mais ce qui aurait été révolutionnaire, c’est le vote, dès aujourd’hui, de la déconjugalisation
(Vifs applaudissements sur les bancs du groupe LR – Mme Agnès Thill applaudit également) , et non du baratin, des mesures techniques ou des décisions reportées ! Par votre faute, nous sommes passés à côté d’une belle occasion. (Mêmes mouvements.) La parole est à M. Stéphane Peu. Je voudrais faire deux remarques. La première, c’est que le montant de l’allocation adulte handicapé, même à taux plein, est toujours en deçà du seuil de pauvreté ; par conséquent, ne tenons pas de propos outranciers sur le pouvoir d’achat.
Deuxièmement, quelle que soit leur sensibilité politique, toutes les associations, absolument toutes, demandent l’individualisation de l’allocation adulte handicapé. C’est une question de dignité. La seule comparaison que l’on puisse faire – à la lumière de laquelle je ne comprends par pourquoi la majorité s’entête à vouloir faire ce qui apparaît comme un contresens historique et éthique –, c’est avec le milieu des années 1960, à l’époque où les femmes ne pouvaient pas ouvrir un compte en banque sans l’autorisation de leur mari. Cela a existé dans notre pays, et ce n’est pas si vieux ! Le parallèle que font les associations, c’est que la conjugalisation de l’AAH rend l’allocataire totalement dépendant de son conjoint ou de sa conjointe. C’est une atteinte à la dignité humaine.
(Applaudissements sur quelques bancs du groupe LR.) Oh ! La parole est à M. Bruno Millienne. À l’issue de ce débat qui a été mouvementé, souffrez que nous n’ayons pas philosophiquement la même idée que vous. Précisez votre position, nous ne l’avons pas comprise. J’entends vos arguments, et je n’interviens pas pour prétendre que vous avez tort. Mais nous considérons que la déconjugalisation que vous proposez va assigner à résidence des personnes qui n’aspirent qu’à une chose, c’est de travailler afin d’entrer dans la société. (Mme Christine Cloarec-Le Nabour applaudit.) C’est incompréhensible ! Deuxièmement, je trouverais injuste – et je m’étonne que les communistes puissent approuver une telle mesure – que des familles aux revenus substantiels dont un membre est porteur d’un handicap touchent l’allocation adulte handicapé alors que d’autres en ont plus besoin qu’elles. Ce n’est pas la famille qui est handicapée ! En outre, une disposition importante sera proposée dans le cadre du projet de loi de finances. Ce sont deux philosophies qui s’opposent ; ne nous en veuillez pas, nous avons le droit de défendre la nôtre. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe Dem.) Ce n’est pas une philosophie, c’est une bêtise ! Je mets aux voix l’amendement no 18.
(Il est procédé au scrutin.) Voici le résultat du scrutin :
        Nombre de votants                        134
        Nombre de suffrages exprimés                131
        Majorité absolue                        66
                Pour l’adoption                78
                Contre                57
(L’amendement no 18 est adopté ; en conséquence, l’article 7 est supprimé et l’amendement no 19 tombe.)
La parole est à Mme Sabine Rubin, pour soutenir l’amendement no 1 portant article additionnel après l’article 7. Le montant de l’allocation adulte handicapé est passé de 800 à 900 euros, ce qui vous fait jouer les grands seigneurs ; c’est vrai, c’est bien, notamment pour les bénéficiaires seuls et sans autres ressources. Pour les autres, ils verront avec leur conjoint, puisque le débat est plié – avec des arguments technocratiques plus que de principe, il faut le dire.
Je note toutefois que cette augmentation ne leur permet pas de dépasser le seuil de pauvreté, soit 60 % du revenu médian. Par ailleurs, l’augmentation annuelle prévue à l’article L. 821-3-1 du code de la sécurité sociale a été très faible : 3 % en 2020 et 0,1 % en 2021. Les hausses dont vous vous prévalez sont donc bien loin de compenser les effets de l’inflation.
Pour en finir avec ces atermoiements, nous proposons de porter le niveau de l’AAH à celui du salaire minimum – quel que soit, bien sûr, le revenu du conjoint.
(Applaudissements sur les bancs du groupe FI.) Quel est l’avis de la commission ? L’amendement prévoit un rapport sur le niveau de l’allocation adulte handicapé. Je n’ai pas d’avis défavorable ; un avis de sagesse me semble mieux inspiré.
J’en profite pour éclairer ma collègue qui s’inquiétait de l’existence, dans notre droit, d’un droit d’option entre deux prestations. Avant 2005 et la création de la prestation de compensation du handicap, il existait une autre prestation, l’allocation compensatrice pour tierce personne. Il demeure encore aujourd’hui un droit d’option entre les deux régimes.
Ce que vous pensiez techniquement inaccessible existe donc dans notre droit depuis 2005. Il ne semble pas que cela ait posé le moindre problème.
(Mme Caroline Fiat applaudit.) Quel est l’avis du Gouvernement ? En effet, nous devons maintenant appliquer la disposition prévue par le PLF pour augmenter le pouvoir d’achat des allocataires vivant en couple ; ils toucheront en moyenne plus de 110 euros par mois. Nous pourrons à ce moment-là évaluer le gain pour tous et pour chacun. Avis défavorable. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LaREM.)
(L’amendement no 1 n’est pas adopté.) La parole est à M. Stéphane Peu, pour soutenir l’amendement no 6. Il a également pour objet une demande de rapport, puisque la procédure parlementaire nous empêche de le déposer comme un amendement direct.
Il s’agit du relèvement de l’âge maximal pour bénéficier de la prestation de compensation du handicap. En 2016 déjà, un rapport de l’Inspection générale des affaires sociales préconisait de le porter à 65 ans, mais il n’a pas été suivi d’effet, malgré l’allongement de la durée de vie qui nous impose de repenser la distinction entre ce qui relève du handicap et ce qui relève de la vieillesse. Fixer ce seuil à 65 ans nous semblerait une évolution souhaitable et normale.
Quel est l’avis de la commission ? Avis favorable. Chacun comprend qu’à ce stade, nous n’avons que la possibilité de demander des rapports. Mais le sujet que vous évoquez, celui de pouvoir solliciter cette prestation après 60 ans, est un sujet majeur. J’en profite pour saluer votre engagement personnel sur cette question depuis de nombreuses années. Si ce sujet est aujourd’hui en débat – et encore pour encore quelques semaines, si j’ai bien compris –, c’est aussi grâce à votre implication. Quel est l’avis du Gouvernement ? L’articulation entre la PCH et l’allocation personnalisée d’autonomie, l’APA. C’est tout l’enjeu des travaux engagés avec les départements autour de la cinquième branche, consacrée à l’autonomie. Nous y travaillons. Avis défavorable.
(L’amendement no 6 n’est pas adopté.) La parole est à M. le rapporteur, pour soutenir l’amendement no 11. Il a pour objet une demande de rapport, puisque c’est la seule façon dont nous pouvons, dans le cadre de ce débat, appeler l’attention de tout le monde sur un enjeu essentiel : celui de la prestation de compensation du handicap destinée aux enfants. Ce sujet est un angle mort des politiques publiques. Je le redis, madame la secrétaire d’État : il ne suffit pas de reconnaître de façon grandiloquente les difficultés que nous connaissons en matière d’accompagnement, car cela fait près de dix ans que nous identifions le problème sans chercher à le résoudre.
Lorsque l’on bénéficie de l’AEEH, l’allocation d’éducation de l’enfant handicapé, on a la possibilité – c’est à nouveau un droit d’option – de choisir entre le complément à l’AEEH ou la PCH. L’articulation entre les deux pose des difficultés. Nous en revenons à ce qui a été au cœur des débats ce matin – et je regrette que certains n’aient pas voulu l’entendre : les critères d’éligibilité à la prestation de compensation du handicap. Ils ont été définis en se référant à la vie d’un adulte, à partir de considérations telles que les déplacements au sein du logement ou pour se rendre au travail, mais ne sont pas adaptés à celle des enfants. Tout cela doit être revu ; à défaut de pouvoir le faire maintenant, nous voulions vous alerter sur ce sujet.
Quel est l’avis du Gouvernement ? Nous sommes bien conscients des ruptures de parcours qui entravent sans arrêt la vie des familles, des enfants et des adultes. En aucune façon nous nions que nous devons nous améliorer. C’est pour ça que j’ai lancé le comité stratégique, créé par décret le 29 juin 2021. Il se réunira le 21 octobre pour installer les deux groupes de travail consacrés à l’amélioration de la compensation pour les enfants et à un autre sujet majeur, les sources de ruptures de parcours en matière de transport. Longtemps, nous avons fait des transports une politique à part ; nous devons améliorer la fluidité des capacités de transport pour les enfants et les adultes. Ces deux groupes de travail sont placés sous l’égide de la DGCS (direction générale de la cohésion sociale) et de la délégation ministérielle à l’accessibilité. Il est donc encore trop tôt pour demander un bilan de leur action : laissons-les travailler avec l’ensemble des partenaires, au premier rang desquels les départements, mais aussi les régions. Je suis donc défavorable à l’amendement.
(L’amendement no 11 n’est pas adopté.)
La parole est à Mme la secrétaire d’État, pour soutenir l’amendement de suppression no 20. En cohérence avec la suppression des autres articles de la proposition de loi, il vise à supprimer le gage. Quel est l’avis de la commission ? Ce sera mon ultime intervention, puisque l’opération de sabotage entreprise par le groupe La République en marche nous aura empêchés d’avoir ne serait-ce qu’un vote final sur ce texte.
Je voudrais adresser des remerciements d’abord aux collègues de mon groupe politique et à son président Damien Abad pour avoir choisi d’aborder à nouveau cette thématique au cours de cette niche parlementaire. Je voudrais ensuite remercier l’ensemble des groupes politiques d’opposition, qui ont accepté de travailler avec un collègue qui ne fait habituellement pas partie de la même équipe de foot.
(Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe FI. – MM. Christophe Castaner et Bruno Studer protestent.)
Sur de tels sujets, il n’y a pas de clivage politique qui vaille, malgré le spectacle auquel nous avons assisté depuis ce matin. Je suis convaincu qu’un grand nombre de vos déclarations sont incompréhensibles pour nos concitoyens. Je ne comprends pas comment vous pouvez vous satisfaire, sur des sujets aussi essentiels, de répondre « groupes de travail », « études action » ou « fiches action ». (Mme Nathalie Bassire applaudit.) C’est de la communication, ça ! Si en 2005 nos prédécesseurs, au Gouvernement comme dans cette assemblée, avaient eu, la même pudeur, le même regard de marbre, nous n’aurions jamais avancé. En réalité, ce courage politique qui, en 2005, a permis de transformer la société, vous n’en avez pas un dixième. (Protestations sur plusieurs bancs du groupe LaREM.)
Enfin, je suis toujours perturbé de vous voir si fiers au moment même où vous venez de saboter une occasion de faire avancer des droits. J’imagine même que, dans quelques instants, vous allez applaudir à tout rompre : chacun trouve sa fierté où il peut.
Merci à nos collègues d’avoir permis que ce débat vive ici ; nous en sommes fiers et nous resterons au rendez-vous aussi longtemps que nécessaire.
(Vifs applaudissements sur les bancs des groupes LR, SOC, FI et GDR. – Mme Agnès Thill applaudit également.)
(L’amendement no 20 est adopté.) L’ensemble des articles ou des amendements portant articles additionnels ayant été rejetés ou supprimés, la proposition de loi est rejetée. (Huées sur les bancs des groupes LR et FI.)
(La séance, suspendue quelques instants, est immédiatement reprise.)
L’ordre du jour appelle la discussion de la proposition de résolution de M. Robert Therry visant à lutter contre la disparition des abeilles (nos 4445).
Dans la discussion générale, la parole est à M. Robert Therry. L’abeille, c’est la vie ! Il est courant de prêter à Albert Einstein la citation selon laquelle « si les abeilles disparaissaient, l’homme n’aurait plus que quatre ans à vivre ». Si la paternité de ce propos demeure discutable, le fait n’en est pas moins incontestable : oui, l’abeille est indispensable à toute vie humaine.
Elle l’est d’abord parce que l’abeille est une véritable sentinelle de l’environnement. Elle est en effet le principal agent pollinisateur des écosystèmes. Or vous le savez comme moi, la pollinisation est une action essentielle pour la fécondation d’un grand nombre de plantes, elles-mêmes essentielles à la vie. Ainsi, dès lors que plane une menace sur l’abeille, tous les écosystèmes sont en réalité menacés, ainsi que la diversité de la flore, elle-même source de diversité de la faune sauvage. L’abeille a donc un effet sur la biodiversité.
Mais tâchons de ne pas oublier qu’elle est également une infatigable ouvrière : elle récolte le pollen et fabrique le miel, la cire, la gelée royale, la propolis. Ces denrées sont autant de sources de richesses naturelles pour la filière apicole et pour notre pays. Au cœur de la filière agricole, souvenons-nous que les abeilles créent de nombreux emplois. Ce marché est considérable : de façon très factuelle, il est estimé que la pollinisation des abeilles et des autres insectes pollinisateurs génère mondialement chaque année près de 130 milliards d’euros d’activité !
La contribution des abeilles à la recherche scientifique est également importante. En effet, en tant qu’espèce domestiquée, l’abeille permet d’étudier le comportement des insectes et de mesurer toujours plus précisément leur impact sur l’environnement. Vous l’aurez compris, l’abeille joue un rôle moteur et indispensable dans de nombreux domaines.
En tant qu’apiculteur professionnel – le seul sans doute dans cet hémicycle –, je suis hélas confronté quotidiennement au déclin des populations d’abeilles depuis la fin des années 1970. Leur mortalité s’est d’ailleurs accélérée au cours des années 1990. De nombreuses raisons structurelles peuvent expliquer cette disparition progressive des ruches. J’en citerai quelques-unes. La première réside dans l’utilisation par l’agriculture intensive d’insecticides neurotoxiques – dans l’attente de solutions alternatives. Cette pratique entraîne de nombreuses pertes d’abeilles, provoquant la mort des colonies en quelques heures.
Mais comme l’ont remarquablement écrit des responsables d’associations et de syndicats d’apiculteurs, la France ne doit plus opposer l’apiculture à l’agriculture, car ces alliées ne peuvent se passer l’une de l’autre. La pollinisation, c’est en quelque sorte un partenariat gagnant-gagnant entre l’agriculteur, qui a besoin des abeilles pour ses productions, et l’apiculteur, qui a besoin de fleurs pour ses abeilles. Il est indispensable que ces deux acteurs continuent à dialoguer.
La deuxième raison est à trouver dans la forte exposition des abeilles à des maladies naturelles comme la loque américaine, qui attaque le couvain, la nosémose, la fausse teigne, voire l’
Aethina tumida, le petit coléoptère des ruches apparu récemment. On peut également citer dans ce registre le Varroa destructor , un acarien visible à l’œil nu qui s’est transmis de l’abeille asiatique à l’abeille européenne. Il représente depuis les années 1970 un véritable fléau. En effet, il s’attaque aux abeilles et aux larves, les rendant infirmes et incapables de travailler. Heureusement, des thérapies naturelles existent et les apiculteurs s’attachent à les appliquer, même si elles sont très onéreuses.
Une troisième raison réside dans la carence de nourriture provoquée par la disparition des haies et d’une multitude de fleurs sauvages. On peut citer aussi les conséquences chaque année grandissantes du changement climatique, qui menace la survie de nombreuses colonies et rend les récoltes de plus en plus aléatoires. En France, l’année 2021 a été particulièrement calamiteuse en ce qui concerne la météo : gels tardifs, pluies régulières et importantes, insuffisance de la floraison. La production de miel a baissé de 80 à 90 % par rapport à 2020 ; pour éviter que leurs abeilles ne meurent de faim, les apiculteurs achètent déjà du sirop pour les nourrir, ce qui constitue encore une dépense très importante.
Néanmoins permettez-moi, comme apiculteur, d’être très franc avec vous. Parmi toutes les menaces, le frelon asiatique constitue désormais la plus grande. Introduite accidentellement en 2004 par le commerce international avec la Chine,
Vespa velutina , nouvelle sur notre sol, est très rapidement devenue une prédatrice redoutable : en vol stationnaire devant la ruche, elle capture l’abeille, la sectionne et l’emporte pour en nourrir ses larves. Des milliers de colonies sont ainsi dévorées.
Aussi la lutte contre ce frelon doit-elle être une priorité absolue. Je me réjouis que le ministère de l’agriculture et de l’alimentation ait constitué début 2021 un groupe de travail au sein de la direction générale de l’alimentation (DGAL), plus précisément au sein du conseil national d’orientation de la politique sanitaire animale et végétale (CNOPSAV), pour lutter contre ces insectes. Je salue aussi les initiatives plus individuelles, comme celle de mon collègue apiculteur de Bretagne, Denis Jaffré, qui a mis au point un piège à frelon efficace, qu’il faut développer.
Les frelons prolifèrent hélas partout. À la campagne comme en ville, et même à Paris. Laissez-moi à ce propos vous raconter une anecdote, ou plutôt un fait révélateur. Vous le savez, trois ruches ont été installées sur les toits de l’Assemblée nationale. À peine arrivé au Palais Bourbon – il m’arrive de dire « bourdon »
(Sourires sur les bancs du groupe LR)  –, je suis bien sûr allé visiter nos abeilles parlementaires. Le 22 juillet dernier, j’ai participé activement à la récolte du miel, dont notre président Richard Ferrand avait également souhaité être acteur. Mais, sur les trois ruches, l’une avait été complètement décimée par des frelons asiatiques qui s’étaient installés au beau milieu du jardin des Quatre-Colonnes ! Je vous rassure, leur nid a bien sûr été détruit depuis. Heureusement, car la piqûre du frelon asiatique est très douloureuse, voire mortelle dans certains cas. J’ajoute qu’hier après-midi, j’ai tué un frelon dans le même jardin.
Nous sommes pris dans une sorte de cercle vicieux, qu’il nous faut à tout prix rompre. En effet, la pénurie d’abeilles se traduit par une production de miel moindre. En temps normal, c’est-à-dire lorsque la météo est correcte et non calamiteuse, comme elle l’a été ces derniers mois, la France ne produit que 40 % du miel consommé par les Français : 60 % doivent être importés, majoritairement de Chine, d’Amérique centrale et d’Europe. Ces importations à bas prix ne sont pas toujours de bonne qualité, détruisent l’équilibre de l’économie apicole et contribuent, elles aussi, à la disparition des exploitations apicoles en France et donc des abeilles.
Il est urgent de déployer un plan national de reconstitution et de développement du cheptel apicole français. Certaines organisations apicoles suggèrent par exemple la création de stations régionales de multiplication et de diffusion d’essaims d’abeilles et de reines, comparables à des pépinières. Cette piste me semble intéressante.
Il faut également faire attention à certaines décisions politiques : le Parlement européen envisagerait – j’insiste sur le conditionnel – de durcir la législation sur l’huile essentielle de lavande, pourtant tellement utile et bénéfique depuis toujours. Évitons d’ajouter aux fléaux naturels un autre désastre, qui menacerait directement les apiculteurs de Haute-Provence et le réputé miel de lavande, ainsi que les agriculteurs producteurs de cette plante magnifique.
Toutes les calamités que je viens d’énumérer rapidement menacent l’abeille qui est désormais, on peut le dire, une espèce en voie de disparition. Près de 30 % des colonies d’abeilles meurent chaque année. La survie des abeilles dans ces conditions n’est possible que grâce au travail acharné des apiculteurs. Ils ne peuvent cependant demeurer isolés dans ce combat.
L’avenir des abeilles et de l’apiculture mérite la plus grande attention et la mobilisation de tous. Il appartient à notre responsabilité collective de maintenir, pour les générations futures, une biodiversité à laquelle les abeilles contribuent de façon déterminante. C’est d’ailleurs le sujet choisi par l’auteur français Bernard Werber pour son dernier roman,
La Prophétie des abeilles , qui montre que nous sommes dépendants de cet insecte.
Promouvoir la sauvegarde des abeilles est une nécessité absolue. Tel est l’objectif principal de cette proposition de résolution qui veut inviter le Gouvernement à déclarer la sauvegarde des abeilles grande cause nationale en 2022. Au-delà du symbole, ce cadre permettrait de prendre des mesures concrètes, rapides et ciblées, et de mobiliser l’ensemble des parties prenantes dans la lutte contre la disparition des abeilles. Dans cet esprit, la présente proposition invite le Gouvernement à réfléchir à l’élaboration d’un plan national de lutte contre le frelon asiatique, menace particulièrement importante.
Pour l’avenir de nos écosystèmes, de notre biodiversité, de nos apiculteurs, de nos agriculteurs et de nos enfants, je vous demande, s’il vous plaît, de voter cette proposition de résolution.
(Applaudissements sur les bancs du groupe LR et sur plusieurs bancs du groupe LaREM. – M. Hubert Wulfranc applaudit également.) La parole est à Mme Michèle Crouzet. La proposition de résolution présentée par Robert Therry et visant à lutter contre la disparition des abeilles doit mobiliser chacun d’entre nous. Nous ne pouvons que soutenir une telle démarche, tant la préservation de ces pollinisateurs est essentielle. Les abeilles assurent 80 % de la pollinisation et donc de la reproduction des plantes à fleurs, et ce sont jusqu’à 90 % des espèces végétales à fleurs qui dépendent uniquement des insectes pollinisateurs. Ainsi, 75 % de nos ressources alimentaires, fruits, légumes, oléagineux, dépendent de leur action fécondatrice. Enfin, sur le plan financier, toutes données confondues, l’extinction des abeilles coûterait près de 2,9 milliards d’euros à la France.
L’état de santé des abeilles est un indicateur de la qualité de leur environnement et donc du nôtre. Pourtant, depuis la fin des années 1970, nous assistons à leur anéantissement, de manière très inquiétante ; dans certaines régions de Chine, les abeilles ont même complètement disparu. En France, près de 15 000 apiculteurs ont cessé leur activité en dix ans et près de 30 % des colonies d’abeilles disparaissent chaque année.
Les raisons en sont multiples, mais deux d’entre elles sont particulièrement identifiables : l’utilisation d’insecticides par l’agriculture intensive et les dégâts causés par le frelon asiatique. Concernant la première, le plan Pollinisateurs lancé par le Gouvernement devrait permettre de réviser l’arrêté de 2003 relatif aux conditions d’utilisation des insecticides et acaricides à usage agricole en vue de protéger les abeilles et autres insectes pollinisateurs. L’objectif est de n’utiliser sur les cultures en floraison et sur les zones de butinage que des produits dont l’évaluation des risques confirme qu’ils sont peu dangereux pour les abeilles. En outre, ces produits ne pourront être appliqués qu’en dehors de la présence d’abeilles et, dans le cas général, entre deux heures avant le coucher du soleil et trois heures après son coucher.
Ensuite, il est indispensable que la France reste mobilisée en faveur de l’évolution au niveau européen des méthodes d’évaluation des risques des produits phytopharmaceutiques pour les pollinisateurs. En juin dernier, nous avons avancé dans ce domaine, grâce à la définition d’un objectif très strict de protection des abeilles domestiques ; nous devons poursuivre et mieux prendre en considération les pollinisateurs sauvages. Profitons de la présidence française à l’Union européenne pour obtenir des progrès dans ces domaines.
Le frelon asiatique constitue un second sujet d’inquiétude. Il est chaque année la cause de près de 30 % de la mortalité des colonies d’abeilles. Des produits chimiques, du type biocides, sont d’ores et déjà utilisés contre lui. Ce n’est pas suffisant. Dès 2013, la profession apicole avait demandé une dérogation pour utiliser le dioxyde de soufre (SO2) en ce sens, entre les mois d’août et novembre. La même année, une dérogation a été théoriquement accordée pour l’expérimenter, mais le délai était trop court eu égard à celui auquel le dépôt de dossier était subordonné – aucun dossier n’a été déposé. Il aura fallu attendre ce quinquennat, plus particulièrement l’année 2019, pour relancer l’idée d’une demande de dérogation relative à l’usage du SO2. Un cofinancement du ministère de la transition écologique et du ministère de l’agriculture et de l’alimentation a été imaginé. Le premier devrait piloter les discussions avec les professionnels et les industriels en vue de compléter les financements – nous l’y encourageons vivement.
En voulant inciter le Gouvernement à réfléchir à l’élaboration d’un plan national de lutte contre le frelon asiatique, la présente proposition de résolution s’inscrit dans la logique déjà amorcée. Elle réaffirme l’intérêt et l’importance de la question. C’est une des raisons pour lesquelles le groupe Mouvement démocrate (MODEM) et démocrates apparentés la soutiendra. J’ajoute enfin qu’une telle réflexion ne pourra faire l’économie d’une analyse approfondie de la filière miel française. Celle-ci mérite d’être mieux structurée et nos apiculteurs méritent d’être protégés de la concurrence étrangère. L’Europe ne produit aujourd’hui pas assez de miel pour subvenir aux besoins de ses consommateurs et en importe environ 40 % de pays tiers. Or la concurrence, majoritairement chinoise, propose un miel de moindre qualité, évidemment beaucoup moins cher. Le Gouvernement et le Parlement devront étudier cette piste. En attendant, je réitère le soutien du groupe Dem à cette proposition de résolution.
(Applaudissements sur quelques bancs du groupe LaREM.) La parole est à Mme Josette Manin. Depuis le milieu des années 1990, nous assistons impuissants à la disparition d’environ 300 000 ruches par an ; la perte de populations d’abeilles atteint 25 à 30 % chaque hiver. Ces chiffres effrayants sont révélateurs d’un dérèglement important de l’écosystème, dont les abeilles sont parmi les premières victimes. Or leur extinction révèle le lien indéfectible qui lie l’humain à l’environnement : grâce à la pollinisation, les abeilles contribueraient à 75 % de la production alimentaire mondiale ; 60 à 90 % des plantes sauvages ont besoin d’insectes pollinisateurs pour se reproduire. La contribution des abeilles à la vie humaine – à la vie sur Terre – est inestimable, Le cas des abeilles illustre parfaitement le concept « une seule santé », issu de l’épidémiologie, qui promeut une approche intégrée et unifiée de la santé humaine, animale et environnementale, c’est-à-dire une approche globale du vivant.
En révélant l’extrême fragilité de nos sociétés, la pandémie de covid-19 a mis en lumière notre degré d’interdépendance. Alors que 80 % des maladies émergentes proviennent du monde animal et sont liées à l’environnement, l’épidémiologie est à l’origine d’une révolution des savoirs, qui oblige à repenser ensemble écologie et santé, biodiversité et climat, sécurité alimentaire et commerce international. Nous avons besoin d’un nouveau pacte avec la nature. La survie des abeilles se trouve à l’intersection de tous ces enjeux.
La présente proposition de résolution en témoigne d’une certaine manière, en énumérant les multiples causes de la diminution des populations d’abeilles : insecticides, dérèglement climatique, maladies, arrivée du frelon asiatique. Face à cette multitude de facteurs, nous ne pouvons pas baisser les bras ; nous devons agir rapidement et résolument. Il est donc regrettable de nous contenter d’un texte de résolution sans valeur contraignante, qui revient à présenter devant notre assemblée des paroles mais aucun acte concret. Nous aurions préféré débattre d’un texte législatif, sur lequel nous aurions pu proposer des amendements relatifs à la cessation de l’usage des produits phytosanitaires, à l’accompagnement des agriculteurs, au soutien du secteur apicole. Mais pour l’instant, il convient de constater que les actes ne sont pas en adéquation avec les paroles, ce dont le vote autorisant à utiliser de nouveau des insecticides qu’on appelle dans le langage commun « tueurs d’abeilles » constitue l’exemple le plus flagrant.
Depuis maintenant presque cinq ans, sur la question de la préservation du vivant, il y a, d’un côté, les annonces de l’exécutif, et, de l’autre, la réalité d’un bien maigre bilan : l’engagement non tenu sur la sortie du glyphosate, le
statu quo annoncé sur la PAC (politique agricole commune), le fait que les organismes chargés de la mise en œuvre des politiques de biodiversité soient en sous-effectifs.
Pourtant, sur la question de la biodiversité, les attentes de nos concitoyens sont fortes : ils sont nombreux à se mobiliser pour la protection du vivant. Ainsi, l’initiative citoyenne européenne « Sauvons les abeilles et les agriculteurs » plaide pour la suppression progressive des pesticides de synthèse et pour un accompagnement renforcé des agriculteurs. Elle a obtenu plus d’un million de signatures, ce qui obligera la Commission européenne à étudier ses propositions. Une action en justice inédite a été lancée contre l’État français pour manquement à ses obligations de protection du vivant, au nom du principe de précaution sur l’usage des pesticides les plus dangereux pour notre santé et pour notre environnement. Et n’oublions pas la chlordécone qui a empoisonné les Antilles ! Lors du congrès de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), le Président de la République a reconnu que la France n’allait pas suffisamment vite pour réduire l’usage de tels produits.
L’exigence de notre temps commande de passer de la parole aux actes concrets. Souvenez-vous, Albert Einstein disait que « si les abeilles venaient à disparaître, l’humanité n’aurait plus que quatre ans devant elle ». Le groupe Socialistes et apparentés votera en faveur de cette proposition de résolution, qui invite le Gouvernement à déclarer la sauvegarde des abeilles « grande cause nationale 2022 » : il s’agit du minimum que l’on puisse faire pour une espèce qui façonne la vie de notre planète depuis 100 millions d’années, et qui, nous l’espérons, continuera à le faire pour les 100 millions d’années à venir.
(Applaudissements sur les bancs du groupe SOC.) La parole est à Mme Annie Chapelier. Nous débattons trop peu souvent, au sein de notre assemblée, des questions de la biodiversité et des abeilles. Rappelons que l’abeille a toujours été très présente dans l’histoire de notre beau pays, la France. Elle a été le symbole des rois mérovingiens et également celui choisi par Napoléon, comme attribut de la force et de la renaissance éternelle : cet animal, qui réussit non seulement à faire vivre sa propre colonie, mais aussi tout son écosystème, nous fascine.
L’espèce, plus que jamais menacée, est pourtant essentielle pour notre agriculture. Les pollinisateurs font travailler, en France, 55 000 apiculteurs, qui entretiennent plus d’un million de colonies. Les deux tiers des aliments que nous consommons sont le fruit direct ou indirect de la pollinisation, donc des abeilles. Profitons de ce débat et de cette tribune pour rappeler les moyens mis en œuvre pour lutter contre leur déclin – un drame qui se joue depuis plusieurs années.
En effet, notre pays connaît, chaque année, une perte d’abeilles de l’ordre de 30 %. Ce ne sont malheureusement pas les seules : tous les pollinisateurs et plus génralement tous les insectes sont concernés. L’éradication de l’abeille est déjà à l’œuvre dans certains pays, du fait de l’usage intensif de produits toxiques en agriculture, au point que les agriculteurs pourraient être amenés à polliniser manuellement, comme c’est déjà le cas en Chine.
Car les abeilles et les pollinisateurs sont essentiels à la reproduction de nombreuses plantes. Des études montrent que 40 % de la valeur économique agricole est directement liée au niveau de pollinisation. Nous devons donc agir collectivement, au niveau national et au niveau européen, pour stopper cette extinction de masse.
Les pesticides n’expliquent pas, à eux seuls, le déclin des abeilles. Les maladies, l’appauvrissement des sources d’alimentation, l’invasion du frelon asiatique sont autant de phénomènes qui les mettent en danger. Les élus locaux, nous le savons, sont très engagés dans la lutte contre la prolifération de ce dernier. Nous devons bien évidemment encadrer leur action.
Ces enjeux, nous les connaissons tous, et le Gouvernement n’a pas attendu la présente proposition de résolution pour agir et pour proposer des solutions. Dans la continuité des mesures engagées au niveau européen, notamment de l’approche « One Health, une seule santé », un plan national d’actions en faveur des pollinisateurs a été lancé. Il est prolongé par le plan national en faveur des insectes pollinisateurs et de la pollinisation, annoncé par le Gouvernement en août 2020 suite à la dérogation sur les néonicotinoïdes, et dont l’objectif est d’enrayer le déclin des abeilles grâce à une approche globale. Il permettra également de mieux comprendre l’origine du déclin des pollinisateurs, tout en privilégiant les bonnes pratiques en matière d’agriculture et en améliorant la santé de nos ruches. Nous attendons beaucoup de ce plan, qui devrait s’appliquer dans les prochaines semaines : madame la secrétaire d’État, pouvez-vous nous en préciser les détails ?
Cependant, sur ce sujet, nous ne saurions nous contenter de raisonner au niveau national : il nous faut également agir au niveau européen afin de trouver des solutions à la fois efficaces et qui ne pénalisent pas un pays par rapport aux autres, car les abeilles ne connaissent pas les frontières. Les questions de la préservation de la biodiversité et des pollinisateurs seront-elles mise en avant dans le cadre de la présidence française de l’Union européenne, au premier semestre de 2022 ?
Nous devons éviter d’opposer l’agriculture, l’apiculture et les pollinisateurs, tous victimes de ce fléau, mais au contraire les réconcilier et les accompagner afin de prévenir les conséquences pour notre agriculture d’une disparition des abeilles. Le groupe Agir ensemble – sensible au sort de nos amies les abeilles, comme le sont l’ensemble des personnes présentes dans cet hémicycle – votera donc en faveur de la proposition de résolution et soutient pleinement l’action du Gouvernement sur cette question.
La parole est à Mme Nicole Sanquer. Tout d’abord, nous souhaitons remercier le groupe Les Républicains de consacrer une partie de sa journée d’initiative parlementaire à la situation des abeilles, nous rappelant, si besoin était, la fragile situation de ces hyménoptères. Au sein de cet hémicycle, nous ne pouvons qu’évoquer le caractère mythique et politique de cet être vivant. On ne peut compter les récits, les représentations, les fictions et les fables qui mettent en scène les abeilles, liées à l’homme depuis des milliers d’années.
La place occupée par l’abeille dans l’imaginaire populaire lui vient de ses caractéristiques propres, notamment sur le plan politique : c’est un animal social, dont la vie s’inscrit dans celle de la collectivité à laquelle il appartient ; c’est un animal guerrier, qui sait se battre pour défendre son habitat, ses ressources et sa progéniture ; c’est un animal, enfin, dont la communauté est organisée hiérarchiquement autour d’une autorité unique. C’est donc sans surprise qu’elle fut associée à différents régimes politiques de notre histoire, de Childéric Ier, fondateur de la dynastie mérovingienne, à l’empire napoléonien.
Les progrès de la science nous ont aussi renseignés sur son rôle essentiel dans la chaîne alimentaire et le maintien de la biodiversité. Les abeilles sont indispensables et garantissent, grâce à la pollinisation, la reproduction des espèces végétales. L’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (INRAE) a ainsi estimé qu’elles assurent un tiers de l’alimentation mondiale, un service environnemental évalué à 153 milliards d’euros par an.
Néanmoins, ces insectes connaissent, depuis vingt ans, une chute de leur population, qui touche la production de miel, divisée par deux en France. Les causes d’un tel cataclysme sont multiples et plutôt bien identifiées : l’utilisation de produits phytosanitaires, dont les néonicotinoïdes, qui sont nuisibles aux abeilles ; la diffusion de maladies et de parasites ; l’introduction accidentelle du frelon asiatique depuis quinze ans, qui décime les colonies ; les pratiques d’une minorité d’apiculteurs, peu respectueux du bien-être des abeilles ; la standardisation des espèces d’abeilles, dont la diversité biologique faiblit ; la monoculture intensive, qui fragilise les sources d’alimentation des abeilles ; le changement climatique, qui bouleverse l’ensemble des écosystèmes.
En tant que députée d’un territoire vulnérable au changement climatique et à l’érosion de la biodiversité, je suis particulièrement sensible à ce sujet. Ainsi, à titre personnel, je n’étais pas favorable au texte sur les néonicotinoïdes adopté l’an dernier. Face à un constat édifiant, la présente proposition de résolution est animée de bonnes intentions, même si elle ne propose pas de solutions concrètes. Déclarer la sauvegarde des abeilles « grande cause nationale 2022 » peut être utile, mais seul un travail de long terme pourra inverser durablement la situation et nous devons collectivement nous y employer.
Le texte a néanmoins le mérite de sensibiliser le grand public à la cause des abeilles et à la lutte contre le frelon asiatique, ce qui passera notamment par une sensibilisation de toutes et de tous à l’ensemble des petits gestes possibles en faveur des abeilles : construction d’abris à insectes, culture de certaines plantes, tontes moins fréquentes.
Nous avons soutenu des solutions concrètes et réalistes, comme l’amélioration de l’étiquetage du miel pour défendre les revenus des apiculteurs et lutter contre les importations de faux miels. Nous soutenons aussi le rétablissement des haies bocagères dans le monde rural, pour favoriser la biodiversité. Nous proposons également de nous inscrire dans le cadre européen – socle idéologique
de l’UDI –, afin d’engager un plan d’actions concerté sur tout le continent, car les espèces invasives, les parasites, les maladies, même animales, ne connaissent pas les frontières.
Nous n’échouerons pas, nous n’en avons pas le droit, au risque de devoir recourir à des armées de travailleurs agricoles pour assurer une pollinisation manuelle, à l’image de la Chine, ou de devoir investir dans des flottes de drones miniatures, comme les États-Unis envisagent de le faire. Pour toutes ces raisons, face à l’urgence de la situation, le groupe UDI et Indépendants votera en faveur de la proposition de résolution.
La parole est à Mme Mathilde Panot. Je jouerai la trouble-fête… On connaissait « Martine à la ferme », « Martine fait du camping », « Martine à la mer ». On découvre, grâce à vous, « Les Républicains s’essaient à l’écologie ». Ce serait presque touchant, si vous n’aviez quelques efforts à faire en la matière. (Exclamations sur les bancs du groupe LR. – M. Jean-Paul Dufrègne applaudit.) Tu es vache, Mathilde ! Au vu de la présente proposition de résolution, il est clair que le Républicain n’est pas là dans son habitat naturel… Il est égaré en terre inconnue. Il faut donc aller sur le terrain de l’écologie petit à petit, un pied après l’autre, pour ne surtout pas le brusquer.
La présente proposition de résolution se donne pour ambition de lutter contre la disparition des abeilles, mais attention, mollo ! Je me réjouis que tous les députés s’apprêtent à adopter le présent texte, mais sachant qu’il y a un an pile, ils avaient voté majoritairement pour le retour des pesticides tueurs d’abeilles, il y a là une incroyable hypocrisie !
La proposition de résolution invite donc le Gouvernement à déclarer la sauvegarde des abeilles « grande cause nationale 2022 ». Commode. Si l’on en juge par le sort réservé à l’égalité entre les femmes et les hommes, grande cause du quinquennat, on peut supposer que le Gouvernement ne fournira ni engagement particulier, ni moyens supplémentaires.
Petit à petit, vous dis-je !
Le texte encourage le Gouvernement à réfléchir à l’élaboration d’un plan de lutte national contre le frelon asiatique : vous l’invitez aimablement à penser, vous lui suggérez une idée, vous stimulez son imagination – mais le contraindre, ça, jamais !
Vous êtes, collègues, attachés à la comparaison du réel et de la nature avec une valeur marchande, au prétexte que l’homme disposerait de ce qui l’entoure comme d’une chose. Selon cette logique, la pollinisation des abeilles est traduite en valeur chiffrée : 130 milliards d’euros chaque année, vous rendez-vous compte ? Sans ce calcul, nous n’aurions pas saisi l’ampleur de la catastrophe, l’effondrement de la biodiversité ne justifiant pas en elle-même une alerte… Vous nous dites, en somme, que se priver des abeilles revient à se priver d’un juteux pactole.
Attendez quelques secondes : un plan de sauvegarde des abeilles ? C’est étrange, je ne crois pas me souvenir d’une mobilisation fougueuse, dans les rangs des Républicains, à l’occasion du vote qui réautorisait l’usage des pesticides tueurs d’abeilles : la plus grande partie de votre groupe s’était prononcée en faveur de ce projet de loi – sans même parler de la majorité macroniste, qui l’avait massivement accepté.
Il est cependant particulièrement savoureux de vous voir ainsi donner une leçon d’écologie au Gouvernement. J’ignore ce qui est le plus honteux pour la Macronie : est-ce d’avoir contribué à détruire nos écosystèmes en réautorisant les pesticides tueurs d’abeilles, dangereux pour la qualité des sols et de l’eau et pour la santé humaine, dans un contexte où 37 % des colonies d’abeilles ont été décimées en quelques années au sein de l’Union européenne, et où 85 % de nos cultures sont mises en péril en l’absence de pollinisateurs ?
Non, je ne sais pas quel est le plus honteux entre cela et le fait que c’est maintenant le groupe Les Républicains qui rappelle aux néolibéraux qu’il faut sauvegarder la biodiversité. Ne le prenez pas personnellement, collègues, mais reconnaissez qu’à part inscrire la protection de l’environnement dans la Constitution, vous n’avez pas spécialement opéré votre mue écologique.
Nous partageons au moins une intuition : il est nécessaire de protéger la biodiversité. En revanche, ce que vous omettez soigneusement de dire, c’est que l’agriculture intensive utilise largement les pesticides, et contribue ainsi à la surmortalité des abeilles : une tonne de néonicotinoïdes peut tuer 150 000 milliards d’abeilles. Ce type d’agriculture favorise la monoculture,…
Écologiste de salon, écolo-bobo ! …épuise les sols et concourt au développement des parasites, des ravageurs et de maladies – vous le savez, les premières victimes de l’agriculture intensive sont les agriculteurs eux-mêmes.
Contrairement à ce que vous dites, il existe des solutions alternatives. Prendre la question écologique au sérieux nous conduit inéluctablement à opérer la bifurcation de notre modèle agricole. Nous pouvons investir massivement dans l’agriculture biologique et paysanne et créer 300 000 emplois paysans. La commande publique doit servir à développer ce type d’agriculture, et non l’agro-industrie chimique. Nous devons revaloriser le métier de paysan, qui ne se limite pas à l’usage de machines ou de pesticides. Il nous faut imposer un moratoire sur l’artificialisation des sols, limiter les marges de la grande distribution qui se gave sur les petits paysans et instaurer des prix planchers pour sortir nos agriculteurs de la pauvreté.
Et puisque vous parlez des abeilles, relisez les vingt ans d’études scientifiques qui prouvent la dangerosité des pesticides, leur rémanence dans les sols et dans les nappes phréatiques, leur dispersion sur toutes les cultures, y compris sur les plantes et la flore sauvage. Et la prochaine fois, votez en cohérence.
Je ne crois pas vous livrer un secret en vous disant que ce n’est pas avec ce texte que nous sauvegarderons quoi que ce soit de la biodiversité, ou que nous ferons face au dérèglement climatique. Mais je prends note de vos premiers pas dans le domaine de l’écologie ; je salue cette tentative, et déplore que la majorité et le Gouvernement s’achètent ainsi une bonne conscience à peu de frais.
(Applaudissements sur les bancs du groupe GDR.) Un peu vache ! Je l’aurais tourné autrement… La parole est à M. Benoit Simian. D’un mot, je voudrais regretter la position froide et technocratique qui nous a été opposée tout à l’heure sur un sujet aussi humain que l’AAH. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LR.) Nous avons donné du miel aux populismes. Et ici, c’est une ruche : il y a la reine – la présidente –, les butineuses, quelques frelons asiatiques… Je ne filerai pas la métaphore plus longtemps. (Sourires.)
Une menace plane sur nos ruches. En vingt ans, le taux de mortalité des abeilles est passé de 5 % à 30 %. Cette disparition, loin d’être anodine, nous inquiète.
Les chercheurs du laboratoire de l’INRAE d’Avignon, spécialistes en matière de pollinisation, sont formels : 84 % des espèces de plantes à fleurs qui sont aujourd’hui répertoriées sur la Terre ont besoin des abeilles. En Europe, ce sont 85 % des plantes cultivées qui ne survivraient pas sans la pollinisation qu’assurent les butineuses.
Les pollinisateurs sont un des maillons indispensables à l’équilibre de nos écosystèmes. Sans abeilles, c’est la fin des fleurs qui se profile. Sans abeilles, c’est la flore et la faune qui disparaissent peu à peu. Sans abeilles, c’est la biodiversité qui est mise à mal, et avec elle l’avenir de l’humanité.
Nous le savons : un monde sans pollinisateurs n’est pas envisageable. D’autres ont déjà rappelé la phrase d’Einstein. Oui, notre planète brûle !
Dans mon territoire, comme dans d’autres, les viticulteurs l’ont bien compris et ont installé de nombreuses ruches sur des corridors écologiques ; ils sortent de la chimie.
Tout l’enjeu aujourd’hui est donc de savoir pourquoi les butineuses sont en déclin, et comment les protéger. Plusieurs causes sont avancées : le dérèglement climatique, les difficultés de gestion des ruches, la menace du frelon asiatique ou encore celle du varroa.
Mais le problème principal, nous le connaissons. Ce sont les pesticides, notamment ceux de la famille des néonicotinoïdes.
Je ne referai pas ici le débat autour de la loi relative aux conditions de mise sur le marché de certains produits phytopharmaceutiques en cas de danger sanitaire pour les betteraves sucrières. Je me contenterai de rappeler que la majorité du groupe Libertés et territoires avait voté contre la réintroduction des néonicotinoïdes, quand bien même celle-ci serait limitée dans le temps. Pas moins de 1 222 études ont prouvé la dangerosité de ces produits : ils empoisonnent durablement nos sols et tout ce qui y pousse – avec ou sans fleur, d’ailleurs. Ils polluent nos nappes phréatiques. Ils affectent aussi la faune et en particulier les pollinisateurs. La mortalité dans les colonies d’abeilles a été multipliée par six. Nous cherchions les responsables du déclin des butineuses : les voilà !
Je ne minimise pas, pour autant, la menace que représente le frelon asiatique. Il a envahi aujourd’hui presque tout le territoire national, et une majorité des apiculteurs français sont confrontés à son action néfaste sur les ruches. C’est un véritable fléau ! Je comprends et partage les inquiétudes des apiculteurs qui constatent, année après année, l’incidence grandissante de ce prédateur. Nous assistons désarmés à un véritable effondrement des colonies.
Malgré les alertes des apiculteurs à propos de la menace représentée par ce nuisible, qui ont été lancées tôt, trop peu est fait pour lutter contre sa prolifération. Il y a bien quelques initiatives locales, mais pas de réelle coordination de la lutte au niveau national ni de moyens spécifiques. Nous attendons que le plan Pollinisateurs permette enfin de dégager les sommes nécessaires à l’éradication de cette calamité.
Il est également nécessaire de s’attaquer à une autre cause, plus structurelle, du déclin des abeilles : la perte de biodiversité. Les pollinisateurs ont besoin d’une large diversité de plantes mellifères pour se maintenir en bonne santé : le recours accru à la monoculture, et plus globalement l’érosion de la biodiversité, leur portent préjudice. Là aussi, la politique de restauration et de préservation de nos ressources naturelles se doit d’être plus ambitieuse. Le projet de loi de finances pour 2022 esquisse un premier pas en ce sens ; il faudra aller plus loin et agir sur le long terme.
Il est également urgent d’accompagner nos apiculteurs en cette période difficile. Quelques chiffres que je vous jette en pâture : en 1995, 33 000 tonnes de miel ont été produites en France ; en 2000, nous sommes tombés à 18 000 tonnes, et en 2021, moins de 10 000 tonnes auront été produites, en raison d’un climat défavorable, donc d’un manque de nourriture pour les abeilles. Madame la secrétaire d’État chargée de la biodiversité, comment entendez-vous soutenir nos apiculteurs ?
Le groupe Libertés et territoires, conscient de la place prépondérante qu’occupent les abeilles au sein de notre écosystème, et convaincu de la nécessité de les préserver, votera cette proposition de résolution. Mais nous souhaitons aller plus loin et nous appelons le Gouvernement à déployer rapidement le plan Pollinisateurs.
La parole est à M. Hubert Wulfranc. Belle et utile résolution ! Et tout a été dit par notre collègue Robert Therry, suivi par les orateurs qui se sont déjà exprimés. La majorité, le Gouvernement se saisiront-ils de cette belle et utile résolution ?
Nous l’avons dessinée ; vous vous en saisirez.
C’est là en effet, à bien y regarder, une formidable niche – que dis-je, une ruche électorale offerte au président qui nous gouverne, à ce président si friand de telles occasions en cette période. Imaginez les fabuleuses images offertes aux médias : le monarque – je ne parle pas du papillon –, au creux des vallées ou sur les pentes de nos contreforts, entourés d’essaims tout habillés de blanc, allant défendre l’ouvrière, la combattante, et la reine elle-même, faisant ensemble ainsi leur miel et récoltant la gelée royale !
(Sourires.)
Et armez-vous d’une armure, car ennemi il y a : ce migrant invasif, le frelon asiatique. Votre armure est certes cabossée, quelque peu éventrée, des batailles que vous avez perdues à force de ne pas les mener. Il s’agit des pestes que vous laissez encore courir dans nos champs, dans nos bois, dans nos pâtures.
Mais puisque guerre il doit y avoir, le monarque doit en prendre la tête.
Oui, monsieur Therry, votre résolution est belle et utile, née sans doute à l’aurore et morte peut-être au crépuscule – vous l’aurez cependant fait vivre, ce que vivent les roses, à moins que nous n’entendions Mme la secrétaire d’État Bérengère Abba essaimer jusqu’à nous, jusqu’à vous, le doux murmure de son approbation.
(Sourires.)
Oui, tout a été dit, et cette résolution sera votée à l’unanimité. Elle nous emporte, c’est vrai, sur le chemin des abeilles ; mais cette grande cause nous renvoie également à des questions politiques majeures, que vous avez abordées aussi, et dont nous reparlerons plus avant, notamment dans des débats politiques moins consensuels. (Applaudissements sur les bancs des groupes GDR, FI et SOC. – M. Bruno Millienne et Mme Maud Petit applaudissent également.) La parole est à Mme Sandrine Le Feur. Je me réjouis de prendre la parole dans cet hémicycle : la protection des abeilles est un enjeu qui me tient à cœur, et éminemment d’actualité.
Soyez assurés que, si l’enjeu peut encore paraître mineur à certains, il nous concerne toutes et tous. Pour illustrer son caractère central pour nos modèles économiques comme pour notre environnement, je crois nécessaire de convoquer quelques chiffres : 35 % de ce que nous mangeons dépend de la pollinisation par les insectes ; près de 90 % des plantes à fleurs dans le monde dépendent, au moins en partie, de la pollinisation par les insectes ; 70 % des cultures dépendent de la pollinisation ; 40 % de la valeur économique agricole est directement liée au niveau de pollinisation ; en France, près de 55 000 apiculteurs entretiennent 1 360 000 colonies.
Malgré la multitude de services écosystémiques que nous rendent les abeilles, leur mortalité en hiver est de 20 % à 30 %. Vous l’aurez compris, nous sommes confrontés à un défi environnemental, sanitaire, sécuritaire, économique et social majeur.
Les causes de ce déclin, nous les connaissons de longue date. La première d’entre elles, ce sont les effets néfastes de notre agriculture intensive sur les écosystèmes et en particulier sur les pollinisateurs. Viennent ensuite le dérèglement climatique, les activités humaines et l’exploitation des territoires modifiant les milieux et le fonctionnement des écosystèmes, les dangers biologiques, les prédateurs et parasites, entre autres. Parmi ces derniers, les frelons asiatiques, prédateurs majeurs des colonies d’abeilles, sont présents sur le territoire français depuis 2003 et prolifèrent de manière inquiétante depuis.
Face à ce déclin préoccupant, nous ne sommes pas restés inactifs. Dès 2017, lors des états généraux de l’alimentation, la nécessité d’adopter des modes de cultures davantage respectueux des écosystèmes a été soulignée. L’atelier no 1, dédié à la qualité environnementale de notre alimentation, l’atelier no 11, dédié à la transition écologique du secteur agricole, ou encore l’atelier no 14, dédié à la performance environnementale du secteur, se sont tous attelés à dégager des solutions concrètes permettant de protéger nos écosystèmes. La loi EGALIM, votée en 2018, a ainsi consacré notre volonté d’accroître la qualité de notre modèle alimentaire, la transition agroécologique étant essentielle à la notion de qualité.
En juin dernier, notre ministre de la transition écologique, Barbara Pompili, et notre ministre de l’agriculture et de l’alimentation, Julien Denormandie, ont lancé de façon conjointe une consultation publique nationale en faveur des insectes pollinisateurs et de la pollinisation. Le plan Pollinisateurs contiendra des mesures ambitieuses pour la protection des habitats et la restauration des services écologiques rendus par la pollinisation.
Je salue tout particulièrement le travail fourni dans ce cadre.
Encore plus récemment, la loi climat et résilience a réaffirmé la nécessité d’opérer une transition agroécologique rapide et efficace, en luttant contre les dérèglements à venir mais également en s’adaptant à ces bouleversements. En cela, les pollinisateurs constituent un levier majeur de notre capacité d’adaptation, le secteur agricole ne pouvant s’en passer.
Plus généralement, il s’agit d’assurer l’intégrité des écosystèmes et de la biodiversité, sans laquelle la vie humaine ne peut perdurer.
Enfin, le frelon asiatique figure désormais dans la liste des espèces exotiques envahissantes préoccupantes, adoptée en 2016 par l’Union européenne. Des opérations de lutte inscrites au code de l’environnement sont à l’œuvre depuis cette date. En 2018, un arrêté a inscrit le frelon asiatique sur la liste des espèces réglementées. Nous agissons donc à l’encontre de sa prolifération et continuerons de le faire.
C’est dans ce contexte législatif et réglementaire que nous examinons une proposition de résolution à l’initiative de notre collègue Robert Therry du groupe Les Républicains, laquelle rappelle ces enjeux et propose deux mesures : inviter le Gouvernement à déclarer la sauvegarde des abeilles grande cause nationale 2022 et l’encourager à réfléchir à l’élaboration d’un plan national de lutte contre le frelon asiatique.
Au vu du contexte que je viens de présenter, nous conviendrons toutes et tous du caractère systémique de l’action de protection des populations de pollinisateurs. Aussi les deux mesures proposées n’interviennent-elles qu’en complément de l’ensemble des actions que nous avons déployées depuis le début de notre mandat. Elles ne traduisent qu’une vision partielle de cette problématique qui exige des adaptations au sein de l’ensemble des secteurs économiques possédant un impact sur le déclin observé.
Mais force est de constater que les deux mesures proposées par la proposition de résolution font écho à une urgence. La perception de cette urgence est désormais transpartisane, quasi consensuelle, et je m’en réjouis. C’est pourquoi je voterai pour cette proposition de résolution, qui traduit un engagement écologique grandissant de la représentation nationale.
(Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LaREM.) Sur la proposition de résolution, je suis saisie par le groupe Les Républicains d’une demande de scrutin public.
Le scrutin est annoncé dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.
La parole est à Mme Emmanuelle Ménard.
Comment ne pas être d’accord avec cette proposition de résolution ? Vous avez raison, chers collègues du groupe Les Républicains, l’abeille, c’est la vie ! Et l’abeille est un symbole aussi. En cette année du bicentenaire de Napoléon, je me plais à rappeler qu’il l’avait choisie pour orner ses armoiries.
Malheureusement, cet insecte est en danger : depuis quelques années, la population d’abeilles est en très forte diminution et, dans certaines zones, elles disparaissent totalement. Les principaux chiffres ont été rappelés ; permettez-moi d’en choisir quelques-uns parmi les plus parlants : les populations d’abeilles domestiques chutent chaque année de 30 % en France. En Europe, elles ont diminué de 25 % entre 1985 et 2005, et certains avancent des chiffres supérieurs. Ces derniers hivers, la mortalité des populations d’abeilles a pu atteindre 53 % dans certains pays.
En France, la production annuelle de miel est passée d’environ 35 000 tonnes au début des années 1990 à environ 15 000 tonnes aujourd’hui, soit une diminution de plus de 50 % sur cette période. Si la production est en chute libre, la consommation de miel est très stable : elle s’élève à environ 40 000 tonnes par an, ce qui signifie que nous importons de divers pays de l’Union Européenne, mais aussi de Chine ou d’Argentine, plus de la moitié du miel que nous consommons. Ce miel importé est souvent moins cher, mais aussi de moindre qualité. Interrogeons-nous sur ce constat.
Bref, il est temps de prendre le problème à bras-le-corps. L’abeille contribue à la reproduction de 80 % des espèces de plantes à fleurs, ce qui en fait une alliée nécessaire à nos écosystèmes et notre agriculture. Là encore, comme vous l’avez dit, cher Robert Therry, il est grand temps de cesser d’opposer apiculteurs et agriculteurs. Nous devons relever ensemble ce défi dont les enjeux sont si importants.
Parmi les nombreux prédateurs de nos si utiles abeilles, il en est un qui est particulièrement dangereux : le frelon asiatique, qui s’attaque principalement aux ouvrières des ruches. Introduit accidentellement en France dans les années 2000, il a très vite colonisé et détruit les ruches, malheureusement sans susciter aucune réaction des responsables politiques pourtant alertés de cette menace grandissante.
À Béziers, la ville possède ses propres ruches et, chaque année, nous organisons la fête du miel qui rencontre toujours un vif succès. Toutefois, bien entendu, cela ne suffit pas. S’il est important d’agir au niveau local, car il existe dans ce domaine aussi des gestes qui sauvent comme planter des espèces mellifères, consommer du miel local, parrainer une ruche, à l’évidence cela ne suffit pas et il faut agir rapidement au niveau national et même européen, tant les conséquences de la disparition des abeilles seraient désastreuses.
Le plan national mis en œuvre par le Gouvernement en faveur des insectes pollinisateurs, sorte de feuille de route pour contrer la disparition accélérée de ces indispensables insectes, a été présenté le 11 juin dernier. Il porte sur la période 2021-2026 et rassemble des mesures pour restaurer les habitats de ces insectes, améliorer la disponibilité de leurs ressources alimentaires ou encore restaurer les services écologiques rendus par la pollinisation. Malgré ces quelques avancées, ce plan reste insuffisant et il est malheureusement en dessous des attentes des apiculteurs : selon les organisations apicoles, c’est un coup d’épée dans l’eau.
Il est donc grand temps de réunir autour de la table les différents acteurs, à commencer, bien sûr, par nos agriculteurs et nos apiculteurs. Bien évidemment, il faut voter cette proposition de résolution et, surtout, il faut y faire droit afin que la sauvegarde de l’abeille soit déclarée grande cause nationale 2022. Protégeons nos abeilles et consommons du miel français !
(Applaudissements sur quelques bancs du groupe Les Républicains.) La discussion générale est close.
La parole est à Mme la secrétaire d’État chargée de la biodiversité.
Mesdames et messieurs les députés, monsieur le député Robert Therry, je vous remercie d’avoir inscrit à l’ordre du jour cette proposition de résolution, comme je vous remercie pour l’engagement dont celle-ci témoigne. Nous nous demandons souvent, au sein du secrétariat d’État chargé de la biodiversité, comment mieux partager ces enjeux de préservation de la nature. L’abeille nous rassemble et nous mobilise presque instinctivement pour sa défense. Elle nous ouvre le chemin que nous devons tracer ensemble vers la transition environnementale et agroécologique.
L’abeille domestique est une espèce emblématique à plusieurs titres : elle est indispensable à la production d’un bien de consommation très apprécié et un très bon indicateur de l’état de santé de notre environnement. Elle nous est familière et sympathique, de sorte qu’elle suscite une large mobilisation. Nous sommes rassemblés aujourd’hui pour sa sauvegarde. Au-delà de la préservation des populations d’abeilles et d’insectes pollinisateurs, nous parlons de tout un écosystème et de toute la vie de nos territoires.
L’apiculture est en effet un secteur important de l’économie agricole, tant par le rôle qu’elle joue pour le maintien de populations d’abeilles et pour la pollinisation que pour la production de miel, de gelée royale et d’autres produits de la ruche. Elle contribue au développement rural et au maintien de la biodiversité grâce aux nombreux producteurs, professionnels ou amateurs, présents sur le tout territoire français. La France compte environ 54 000 apiculteurs pour une production de 20 000 tonnes de miel par an, ce qui la place au quatrième rang des pays producteurs européens. Les Français en consomment près 40 600 tonnes par an ; autrement dit près de la moitié du miel consommé en France doit être importée, ce qui soulève des questions relatives à la qualité de ce produit.
Nous avons donc une responsabilité importante dans la protection de l’abeille, dans la sauvegarde de l’apiculture française et dans l’encadrement des produits proposés à la consommation. Le déclin des pollinisateurs est une tendance générale et de long terme, que les scientifiques ont largement éclairée. C’est une réalité mondiale, comme l’a rappelé la plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES) dans son rapport spécial de 2016 sur le sujet. Leur nombre tend à diminuer partout dans les pays industriels ; si ce déclin a été observé dès les années 1970, il s’accélère aujourd’hui, comme le montre l’inscription d’une espèce sur dix d’abeilles ou de papillons sur les listes rouges de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). Lors des hivers 2017, 2018 et 2019, on a constaté un déclin de ces colonies d’abeilles qui ont connu des taux de mortalité de 20 à 30 %.
Monsieur le député Therry, nous pensons comme vous qu’il est impératif de mener des actions fortes pour protéger les abeilles. Plus généralement, nous voulons mettre en place un plan de lutte pour les insectes pollinisateurs. Cette proposition de résolution vise spécifiquement le frelon asiatique. C’est nécessaire, mais cela ne répond que partiellement aux défis auxquels fait face la filière apicole. Le frelon asiatique nous rappelle à quel point nos écosystèmes sont vulnérables face aux espèces exotiques envahissantes ; ce cas montre l’importance des enjeux et leur l’impact économique. Le Gouvernement prépare un plan d’action spécifique pour lutter contre ces espèces envahissantes, plan qui fera l’objet d’une concertation dans les semaines qui viennent. J’accompagnerai lundi prochain en Normandie une brigade du Conservatoire d’espaces naturels dans son action sur le terrain.
Le frelon asiatique a été signalé pour la première fois dans le Lot-et-Garonne en 2004. Aujourd’hui, il est signalé presque partout en France. Il atteint les colonies d’abeilles mellifères autant par la prédation directe que par le stress qu’il engendre, ce qui entraîne des conséquences sur la production. Plusieurs méthodes de lutte ont été élaborées mais elles n’ont malheureusement pas montré une réelle efficacité. Il nous faut donc poursuivre nos efforts.
Deux réglementations sont actuellement mises en œuvre : j’ai déjà évoqué notre politique pour lutter contre les espèces exotiques envahissantes ; la réglementation sur la limitation des dangers sanitaires, elle, est pilotée par le ministère de l’agriculture et de l’alimentation, à travers un plan national en faveur des insectes pollinisateurs et de la pollinisation 2021-2026. Il a fait l’objet d’une consultation du public l’été dernier, et nous avons reçu 17 000 contributions ; c’est vous dire combien ce sujet intéresse nos concitoyens. Il est donc nécessaire de mettre nos politiques en cohérence avec cet intérêt et de renforcer nos actions grâce à ce plan Pollinisateurs.
Dès que la présence de frelons asiatiques est constatée, les préfets de département peuvent faire procéder à leur destruction par arrêté précisant les conditions de ces opérations. Ils peuvent ainsi ordonner la destruction de nids sur des propriétés privées. De nombreuses collectivités aident alors les particuliers, techniquement, en mobilisant notamment le réseau des fédérations régionales de défense contre les organismes nuisibles (FREDON), mais aussi financièrement, par des aides pour compenser une partie des coûts d’intervention.
Le ministère de l’agriculture finance différentes actions menées par l’Institut technique et scientifique de l’apiculture et de la pollinisation (ITSAP) ou Institut de l’abeille ainsi que le Muséum national d’histoire naturelle, qui identifie et valide des outils de lutte contre le frelon asiatique. Il est en effet nécessaire, préalablement à leur déploiement, de vérifier l’efficacité et l’absence d’effets néfastes sur l’environnement des outils de lutte envisagés.
Les actions financées comportent deux volets : une méthode de piégeage des fondatrices et le développement d’un protocole pour la destruction de nids par appâts empoisonnés. Le premier volet, arrivé à son terme, montre que le nombre de nids du frelon décroît significativement lorsque la méthode est conduite sur plusieurs printemps successifs, avec un maillage spatial fin et régulier, soit plus de 200 pièges répartis de manière homogène sur un rayon de 10 kilomètres carrés autour du rucher à protéger.
Le second volet vise à vérifier l’efficacité d’appâts empoisonnés et leur absence d’impacts sur l’environnement. Si cette méthode se montre efficace, il reviendra à la filière de s’en saisir ou aux industriels de réaliser les démarches d’autorisation des substances actives puis des produits biocides. Cette méthodologie doit nous permettre de trouver une alternative au fipronil, cette substance hautement toxique trop souvent utilisée sans autorisation dans la lutte contre les frelons.
Quant à la destruction des nids, un accompagnement financier de la filière apicole pour l’homologation européenne du dioxyde de soufre est d’ores et déjà prévue par les ministères de la transition écologique et de l’agriculture.
Le dioxyde de soufre présenterait plusieurs intérêts : il est très efficace, réputé sans danger pour la faune auxiliaire, non rémanent dans l’environnement et peu coûteux. Il ne fait pas l’objet d’un enregistrement ou d’une autorisation de mise sur le marché. Nous devons donc relever ce défi tant en France qu’en Europe. Les apiculteurs expriment une attente forte, en nous invitant franchement à nous y atteler. Du reste, ils connaissent déjà cet insecticide, utilisé dans la lutte contre l’aethina tumida, le petit coléoptère des ruches – vous l’avez rappelé, monsieur Therry.
En 2020, un groupe de travail dédié à la surveillance a été créé dans le cadre de la plateforme épidémiosurveillance, qui d’ores et déjà, développe des outils adaptés. Néanmoins le sauvetage de l’apiculture ne se limite pas à la lutte contre le frelon asiatique. Les abeilles domestiques ou sauvages, les bourdons, les papillons, les mouches et leur action de pollinisation jouent un rôle clé dans la préservation des écosystèmes que nous devons également renforcer, en garantissant la qualité et les rendements de nos productions agricoles. Ainsi, 90 % des fleurs cultivées dans le monde dépendent, en partie à tout le moins, de la pollinisation par les insectes et, au total, 35 % de ce que nous mangeons – ce qui inclut des denrées comme le cacao, le café ou les épices – relèvent de l’action des pollinisateurs.
Notre plan national en faveur des insectes pollinisateurs et de la pollinisation prévoit également de modifier l’arrêté relatif aux conditions d’utilisation des insecticides et acaricides à usage agricole en vue de protéger les abeilles et autres insectes pollinisateurs. La mise à jour des méthodologies d’évaluation des risques réalisée au niveau européen, qui intègre les pollinisateurs sauvages, est ambitieuse et protectrice. Depuis 2013, la France, vous le savez, joue un rôle moteur en défendant seule ou presque, je le dis, la consolidation de la méthodologie actuelle, pour tenir compte des connaissances scientifiques les plus récentes.
Dans le cadre du financement européen, notamment de la politique agricole commune (PAC), le budget du programme apicole européen est passé de 3 à 6 millions d’euros par an. L’enveloppe a donc été doublée, ce qui mérite d’être salué.
Le plan prévoit également l’introduction d’actions favorables aux insectes pollinisateurs dans les pratiques de nombreux secteurs d’activités, que ce soit l’agriculture, la forêt l’aménagement urbain ou l’industrie. Nous devons évidemment accompagner la filière apicole en développant la commercialisation, la viabilité des exploitations et en nous dotant d’un important cheptel apicole.
La formation sanitaire est également essentielle. Par ailleurs, le plan veillera à rendre compte du déclin des insectes de manière objective, en publiant des listes rouges, notamment pour mieux comprendre les espèces solitaires. Il prévoit l’observation des facteurs de stress, nous l’avons dit. Il s’appuiera sur l’ensemble des acteurs du territoire.
Mesdames et messieurs les députés, monsieur le député Therry, le plan d’action que vous appelez de vos vœux, il existe et est prêt à être appliqué, l’État s’y engage pleinement. Nous pouvons collectivement nous en réjouir. Si la lecture a été déclarée grande cause nationale jusqu’à l’été 2022, il vous appartient de proposer qu’il en soit fait de même pour la sauvegarde des abeilles. Même si votre proposition de résolution n’aborde que le problème des frelons asiatiques, qui n’est que l’un des facteurs de diminution des populations de pollinisateurs, je vous rejoins sur la nécessité de porter haut et fort cet enjeu. Compte tenu de la dimension symbolique de la proposition de résolution, je donnerai un avis de sagesse. Je m’en remets donc à la sagesse du Palais-Bourbon – ou « Palais-Bourdon », pour reprendre votre bon mot, monsieur le député.
(Applaudissements sur de nombreux bancs du groupe LaREM et sur plusieurs bancs du groupe Dem.)
Je mets aux voix la proposition de résolution.
(Il est procédé au scrutin.) Voici le résultat du scrutin :
        Nombre de votants                        112
        Nombre de suffrages exprimés                110
        Majorité absolue                        56
                Pour l’adoption                110
                Contre                0
(La proposition de résolution est adoptée.) (Applaudissements sur de très nombreux bancs.) La séance est suspendue.
(La séance, suspendue à seize heures cinquante, est reprise à dix-sept heures.) La séance est reprise.
L’ordre du jour appelle la suite de la discussion de la proposition de loi visant à raisonner le développement de l’éolien (nos 2781, 3594).
Jeudi 3 décembre 2020, l’Assemblée a commencé la discussion des articles de la proposition de loi, s’arrêtant à l’amendement no 19 portant article additionnel après l’article 1er.
Je suis saisie de trois amendements, nos 19, 29 et 68, pouvant être soumis à une discussion commune.
L’amendement no 29 fait l’objet d’un sous-amendement no 77.
La parole est à M. Grégory Labille, pour soutenir l’amendement no 19.
Par cet amendement de M. Guy Bricout, nous proposons le retour des zones de développement de l’éolien (ZDE), qui ont été supprimées en 2013 par le gouvernement socialiste. Cet outil aiderait les collectivités locales à réfléchir et à planifier le développement de l’éolien sur leur territoire de façon indépendante, en lien avec les services de l’État. Il permettrait d’engager une véritable planification, et de donner de la visibilité et de la prévisibilité tant aux populations qu’aux porteurs de projets.
L’amendement vise également à retenir l’échelle de l’intercommunalité, puisque les compétences liées à l’urbanisme ont été transférées au niveau intercommunal. Vu la taille des projets, un parc éolien doit se concevoir à l’échelle intercommunale, l’objectif étant d’éviter qu’une commune implante, en périphérie de son territoire, un champ éolien qui aurait un impact fort sur les habitants de la commune voisine.
Je profite de cette intervention, madame la ministre de la transition écologique, pour vous alerter de la situation que je constate dans la Somme – département que vous connaissez bien. Comme vous, je suis interpellé par des citoyens qui, même s’ils ne sont pas hostiles au développement de l’éolien – tout comme moi –, reconnaissent que notre beau département a, plus que d’autres, amplement contribué au développement de cette énergie : sur les 8 000 éoliennes de France, pas moins de 1 000 sont dans la Somme. En tant que Samariens, nous pouvons être fiers de notre contribution, mais stop ! La pauvreté de notre territoire ne justifie pas le lobbying massif des promoteurs. Vous affirmez, madame la ministre, que notre département est propice à l’éolien, car il est venteux. L’objectif potentiel de 12 000 éoliennes supplémentaires nous inquiète donc. Mille éoliennes supplémentaires, non ! Ça suffit !
Prendrez-vous en considération le référendum citoyen dans lequel les habitants de la commune de Cartigny ont massivement voté contre un projet éolien ?
Bravo ! Au-delà du rapport du commissaire enquêteur, qui semble laisser transparaître une certaine hostilité, les habitants se sont en effet déplacés pour participer à un référendum – ils étaient d’ailleurs plus nombreux que lors des dernières élections régionales et départementales. Madame la ministre, le vote des habitants de Cartigny et du conseil municipal sera-t-il respecté ? La parole est à M. Jean-Marie Sermier, pour soutenir l’amendement no 29. Cet amendement de Vincent Descoeur vise à rétablir les zones de développement de l’éolien, telles qu’elles avaient été instaurées en 2010 par la loi portant engagement national pour l’environnement, dite loi Grenelle 2, avant d’être supprimées. Les ZDE permettent d’encadrer véritablement l’implantation des éoliennes, en intégrant la particularité des territoires. Elles répondent aux souhaits de bon nombre de Français, qui craignent que l’implantation d’éoliennes ne dénature leur patrimoine touristique et écologique ainsi que leur cadre de vie.
L’amendement aurait une autre conséquence : les zones de développement de l’éolien s’imposeraient au schéma régional éolien, qui est généralement voté sans prendre en considération les particularités de chacun des territoires.
La parole est à M. Marc Le Fur, pour soutenir le sous-amendement no 77. Il y a les éoliennes à terre, mais il y a aussi les éoliennes en mer visibles depuis la terre. Un projet nous préoccupe grandement en Bretagne, en particulier sur les côtes de la Manche, au large d’Erquy et du Val-André : l’installation de soixante-deux éoliennes en mer par la société Iberdrola. Si elles sont installées – ce que je ne souhaite pas –, elles seront extrêmement visibles : chacune est plus haute que la tour Montparnasse, et elles seront implantées dans un espace grand comme la ville de Paris. Ce n’est pas vrai ! On nous dit que de tels parcs existent – ou vont exister – en Grande-Bretagne. Cette dernière envisage en effet des projets similaires, voire plus importants. On oublie toutefois de préciser qu’en Grande-Bretagne, le parc éolien se trouvera à plus de 100 kilomètres des côtes. Ce n’est pas du tout la même chose ! N’importe quoi ! J’ai le souci de nous en protéger. On oublie également de préciser que ces éoliennes toucheront directement des zones protégées, où se trouvent en particulier des coraux. On protège les coraux dans le Pacifique, mais on les oublie sur les côtes de la Manche ! Voilà autant de raisons pour lesquelles nous devons être extrêmement vigilants ; nous ne devons pas sacrifier des territoires riches de biodiversité ; nous ne devons pas sacrifier nos paysages pour des projets dans lesquels nous ne trouverons absolument pas nos intérêts. Très bien ! Ces projets sont essentiellement portés par des entreprises étrangères, qui emploieront des machines fabriquées loin de chez nous et des processus différents des nôtres, et qui, de surcroît, produiront une énergie extrêmement chère, à plus de 145 euros le mégawattheure. (Mme la ministre de l’écologie manifeste son étonnement.) Cela vous surprend, madame la ministre, mais cette énergie coûtera bien 145 euros le mégawattheure. Nous vous attendons d’ailleurs sur place ! Vous défendez l’éolien en mer, paraît-il, mais vous ne venez pas parler avec les pêcheurs et avec les associations qui se mobilisent ; vous ne venez pas non plus rencontrer les élus locaux. (« Oh ! » sur les bancs du groupe LR.) Nous serions très désireux de vous accueillir ! Hélas, votre emploi du temps – que chacun sait extrêmement chargé – vous a, depuis de nombreuses années, interdit de venir sur les côtes bretonnes… Ça commence bien ! La parole est à M. Jean-Louis Bricout, pour soutenir l’amendement no 68. L’Aisne est elle aussi confrontée à un problème d’acceptabilité du développement de l’éolien – je parle ici devant plusieurs collègues picards, qui partagent cette difficulté. Le développement de l’éolien entre en confrontation avec les projets culturels et touristiques et, plus largement, avec les projets de territoire, en plus de heurter les paysages ; de sorte qu’il fait naître un sentiment d’exaspération – « trop, c’est trop », d’une certaine façon. Nous attendons avec impatience des dispositions qui permettraient une meilleure planification et une meilleure régulation. Ça ne fera pas baisser les gaz à effet de serre ! La planification et la régulation sont tout l’objet de cet amendement de Gérard Leseul, qui vise à établir un zonage territorial du développement de l’éolien. Adossé aux schémas de cohérence territoriale (SCOT) et aux plans locaux d’urbanisme intercommunaux (PLUI), il contribuerait à une meilleure maîtrise de l’implantation des projets éoliens. L’amendement prévoit trois zones : l’une où l’implantation d’éoliennes est interdite, l’autre où elle est autorisée de façon préférentielle, la troisième où elle est autorisée à défaut d’implantation possible dans la zone préférentielle. La parole est à M. Julien Aubert, rapporteur de la commission du développement durable et de l’aménagement du territoire, pour donner l’avis de la commission sur ces amendements et sur le sous-amendement. La commission a repoussé ces amendements, et n’a pas examiné le sous-amendement de M. Le Fur. À titre personnel, je trouve plus protecteur l’amendement no 29, sous-amendé par M. Le Fur. Vous voulez rétablir les ZDE, sous diverses appellations – j’en profite pour saluer notre collègue Gérard Leseul, qui a beaucoup travaillé sur une proposition de loi qui n’a pas pu être examinée, et qu’il reprend ici partiellement. J’appelle votre attention sur une difficulté : si nous adoptions l’amendement no 19 de M. Bricout, une commune pourrait se voir imposer un parc éolien contre sa volonté. Quant au zonage d’implantation potentielle de l’éolien (ZIP) préconisé par l’amendement no 68 de M. Leseul, il serait soumis à la majorité qualifiée, et le préfet aurait la possibilité de passer en force, si l’intercommunalité ne prenait pas de décision.
Pour toutes ces raisons, je vous appelle plutôt à adopter l’amendement no 29 de M. Descoeur, sous-amendé par M. Le Fur, car il élargit la protection aux grands sites.
La parole est à Mme la ministre de la transition écologique, pour donner l’avis du Gouvernement. Permettez-moi de prendre quelques minutes pour resituer notre travail dans son cadre ; je pourrai ensuite répondre plus rapidement aux amendements qui nous sont soumis. En tant que ministre chargée de l’énergie, mon travail consiste tout d’abord à faire en sorte que nous respections les objectifs de l’accord de Paris, et par conséquent que nous réduisions nos émissions de gaz à effet de serre. C’est ma première mission. Ensuite, pour ce qui concerne l’électricité, je dois m’assurer que nos concitoyens aient l’électricité dont ils ont besoin, aujourd’hui, mais aussi dans cinq, dix, vingt ou trente ans.
À ce stade, il me faut battre en brèche l’argument trop répandu, selon lequel nous n’aurions pas besoin de baisser nos émissions de gaz à effet de serre, puisque notre mix électrique est décarboné. C’est une erreur d’analyse assez grossière, que j’entends malheureusement trop souvent.
Eh oui ! Elle provient d’une confusion entre l’électricité et l’énergie. Or, en France, deux tiers de la consommation d’énergie reposent encore sur des énergies fossiles, notamment le pétrole. Heureusement qu’il y a le nucléaire ! Voilà exactement le genre d’argument qu’on entend habituellement, ce qui montre à quel point leurs auteurs sont mal renseignés – mais je suis là pour les aider et mieux les renseigner. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LaREM. – Exclamations sur les bancs du groupe LR.)
Deux tiers de notre consommation d’énergie sont donc gravement carbonés – pétrole, charbon, gaz, etc. Ma première action doit donc consister à baisser la consommation de pétrole – nous en sommes tous d’accord. Il existe deux moyens d’y parvenir. Le premier réside dans les économies d’énergie : nous nous y employons avec tous les outils possibles – efficacité énergétique, sobriété… Nous le faisons par exemple dans les logements avec le dispositif MaPrimeRénov, qui rencontre un grand succès – preuve de l’appétence de nos concitoyens pour l’isolation de leurs logements ; ils ont bien compris qu’ils y gagneront en confort et feront baisser leurs factures. Il faut développer le nucléaire, c’est bien ce qu’on disait ! Deuxièmement, pour baisser notre consommation de pétrole, il faut… Développer le nucléaire ! …faire passer un certain nombre d’utilisations du pétrole à l’électricité. C’est ce que nous faisons avec l’électrification du parc de véhicules, mais aussi, dans le cadre du plan de relance, en soutenant la décarbonation des processus industriels. Cela passe par le nucléaire ! C’est aussi ce que nous faisons dans les bâtiments, avec le remplacement des chauffages. (Exclamations sur les bancs du groupe LR.)
Voilà ce que je dois faire pour réduire nos émissions de gaz à effet de serre. (Vives exclamations sur plusieurs bancs du groupe LR.) Pour y parvenir, nous avons besoin de produire plus d’électricité. Des agences sérieuses prévoient une augmentation de notre besoin d’électricité de l’ordre de 20 % à l’horizon de 2035, c’est-à-dire d’ici à quinze ans. Nous connaîtrons donc une forte hausse de la demande d’électricité. Elle a changé d’argumentaire ! L’augmentation sera même plus forte d’ici à 2050 : elle devrait atteindre 50 %. Face à une telle hausse de la demande, et par conséquent du besoin d’électricité, j’invite tous les députés qui considèrent qu’on peut construire une centrale nucléaire en moins de dix ans, à venir m’expliquer comment ils procéderont ! Prenez une décision maintenant ! Vous auriez pu éviter d’en fermer ! Soyez sérieux, voyons ! Pour répondre à ce besoin urgent de produire plus d’électricité – il s’agit d’éviter des coupures généralisées, soyez-en conscients – la seule chose que nous puissions faire, d’ici à quinze ans, est soit de produire de l’énergie fossile, soit de développer l’énergie renouvelable. Notre choix est clair : produire massivement des énergies renouvelables (ENR) de toutes sortes. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe Dem. – Exclamations sur plusieurs bancs du groupe LR.) Développez plutôt le nucléaire ! Monsieur de la Verpillière, s’il vous plaît. Une fois ces explications données, dans le respect de la parole de chacun, vous comprendrez que devons développer le photovoltaïque, mais aussi la méthanisation – car il n’y a pas que l’électricité –, les réseaux de chaleur, l’hydrogène et l’éolien, que ce soit sur terre ou en mer. Nous ne le comprenons pas !