XVIe législature
Session extraordinaire de 2021-2022

Séance du mercredi 27 juillet 2022

L’ordre du jour appelle la prestation de serment devant l’Assemblée nationale de cinq juges titulaires et des six juges suppléants à la Cour de justice de la République. M. Didier Paris m’ayant fait savoir qu’il ne pouvait être présent aujourd’hui, sa prestation de serment aura lieu ultérieurement.
Aux termes de l’article 2 de la loi organique sur la Cour de justice de la République, les juges parlementaires « jurent et promettent de bien et fidèlement remplir leurs fonctions, de garder le secret des délibérations et des votes et de se conduire en tout comme dignes et loyaux magistrats ».
Je prie Mmes et MM. les juges de bien vouloir se lever à l’appel de leur nom et, levant la main droite, de répondre par les mots : « Je le jure. »
Pour les juges titulaires, j’appelle Mme Émilie Chandler.
(Mme Émilie Chandler se lève et dit : « Je le jure. »)
J’appelle Mme Laurence Vichnievsky. (Mme Laurence Vichnievsky se lève et dit : « Je le jure. »)
J’appelle M. Philippe Gosselin. (M. Philippe Gosselin se lève et dit : « Je le jure. »)
J’appelle Mme Danièle Obono. (Mme Danièle Obono se lève et dit : « Je le jure. »)
J’appelle M. Bruno Bilde. (M. Bruno Bilde se lève et dit : « Je le jure. »)
Pour les juges suppléants, j’appelle Mme Nicole Dubré-Chirat. (Mme Nicole Dubré-Chirat se lève et dit : « Je le jure. »)
J’appelle M. Xavier Albertini. (M. Xavier Albertini se lève et dit : « Je le jure. »)
J’appelle M. Vincent Bru. (M. Vincent Bru se lève et dit : « Je le jure. »)
J’appelle M. Xavier Breton. (M. Xavier Breton se lève et dit : « Je le jure. ».)
J’appelle M. Julien Bayou. (M. Julien Bayou se lève et dit : « Je le jure. »)
J’appelle Mme Anaïs Sabatini. (Mme Anaïs Sabatini se lève et dit : « Je le jure. »)
Acte est donné par l’Assemblée nationale des serments qui viennent d’être prêtés devant elle. (Mmes et MM. les députés se lèvent et applaudissent.)
L’ordre du jour appelle la discussion, en nouvelle lecture, du projet de loi de règlement du budget et d’approbation des comptes de l’année 2021 (no 154).
La parole est à M. le ministre délégué chargé des comptes publics. Les comptes ne sont pas bons : ils ont cramé la caisse ! Vous n’allez pas commencer… Il a fait une bazinade ! (Sourires.) La procédure parlementaire a ceci de particulier qu’elle nous conduit à nous retrouver deux fois dans la même journée pour aborder l’examen de textes budgétaires portant sur deux exercices différents : nous nous sommes quittés tôt ce matin après avoir adopté le projet de loi de finances rectificative (PLFR) pour 2022 ; nous nous retrouvons cet après-midi pour l’examen en nouvelle lecture du projet de loi de règlement du budget et d’approbation des comptes pour l’année 2021. J’ai eu l’occasion, lors de l’examen du texte en première lecture, d’échanger avec vous sur ses points essentiels. Je n’y reviendrai donc que très brièvement.
À la faveur de l’amélioration de la situation sanitaire, l’année 2021 a été celle de la sortie progressive du « quoi qu’il en coûte », de la reprise économique et du début du redressement des comptes publics.
L’exercice 2021 s’est caractérisé par de très fortes turbulences sur les plans sanitaire et économique. Cette instabilité explique d’ailleurs le montant des reports de crédits effectués l’année dernière – 24,6 milliards d’euros –, sur lesquels j’ai eu l’occasion de m’exprimer à plusieurs reprises, lors de l’examen du texte en première lecture, en réponse aux questions que vous aviez formulées sur ce point.
L’année 2021 a aussi marqué le début du redressement des comptes publics après la crise liée au covid. Sous la conduite de Bruno Le Maire et de mon prédécesseur, Olivier Dussopt, le déficit public a baissé de 2,5 points de PIB, passant de 8,9 % en 2020 à 6,4 % en 2021. Nous comptons poursuivre sur cette trajectoire de responsabilité. Le PLFR adopté cette nuit, qui comporte des avancées majeures en faveur du pouvoir d’achat de nos concitoyens, ne remet pas en cause l’atteinte de l’objectif consistant à ramener le déficit public à 5 % en 2022. Nous continuerons sur cette lancée pour, conformément à l’engagement pris par le Président de la République, revenir sous les 3 % de déficit en 2027, après avoir commencé à stabiliser et à rembourser la dette publique en 2026.
Excellent ! Néanmoins, la sortie progressive du « quoi qu’il en coûte » n’a jamais été conduite au détriment des Français : durant la période écoulée, nous avons tout fait pour ne pas ajouter la vulnérabilité financière à la vulnérabilité sanitaire. Ainsi, nous avons, afin de protéger les ménages, mobilisé 3,8 milliards d’euros pour verser une indemnité inflation de 100 euros à 38 millions de foyers, et engagé 600 millions d’euros pour verser un chèque énergie exceptionnel à 5,6 millions de foyers modestes juste avant les fêtes de fin d’année.
Mais on ne protège pas les individus sans aider les entreprises qui les emploient et qui les font vivre. Nous avons donc constamment adapté les dispositifs mis en œuvre pour protéger les entreprises exposées aux vagues pandémiques successives, donc les emplois des Français. Je pense en particulier à l’activité partielle, dont ont bénéficié 3,5 millions de salariés. Au total, nous avons mobilisé plus de 34 milliards d’euros dans le cadre de la mission
Plan d’urgence face à la crise sanitaire . Ce faisant, nous n’avons pas fait de « cadeaux » aux entreprises, contrairement à ce que j’ai entendu dire sur certains bancs : nous leur avons simplement permis de tenir le choc, de ne pas manquer de trésorerie et de continuer d’investir et d’embaucher.
Souvenez-vous aussi de l’effort de relance exceptionnel accompli l’année dernière. Avec 72 milliards d’euros engagés sur les 100 milliards prévus au 31 décembre, nous avons agi pour accélérer la transition énergétique et renforcer la compétitivité de nos industries, mais aussi pour favoriser l’insertion professionnelle des jeunes grâce au plan « 1 jeune, 1 solution ». En vue d’améliorer l’information du Parlement sur les crédits engagés, vous avez adopté en première lecture un amendement défendu par M. Philippe Brun, du groupe Socialistes et apparentés, qui prévoit la remise d’un rapport détaillant précisément le coût de chaque action et sous-action menées dans le cadre des trois programmes de la mission
Plan de relance en 2020, 2021 et 2022.
Assumer la fin du « quoi qu’il en coûte » sans laisser personne à la merci de l’inflation, telle est la ligne de crête sur laquelle nous avançons et que j’ai déjà défendue ici. La loi de règlement que nous examinons en nouvelle lecture prouve que cette politique est efficace. En faisant le choix de la protection et de la relance, nous avons fait celui de la croissance et de l’emploi.
(Mme Danielle Brulebois applaudit.) La France affichait ainsi une croissance de 6,8 % en 2021, soit 1,4 point de mieux que la moyenne de la zone euro. Exactement ! Certains d’entre vous ont voulu y voir uniquement un effet de rattrapage, sans jamais concéder le moindre satisfecit. C’est vrai ! Nous pourrions pourtant, à l’occasion, nous réjouir ensemble lorsque notre pays réussit, car ce succès est le fruit du travail de tous : des Français, des entreprises et des salariés qui ont fourni d’importants efforts pour tenir tout au long de la crise.
La situation de l’emploi, quant à elle, n’a jamais été aussi favorable depuis 2008 : le taux de chômage a été ramené à 7,3 % de la population active. Là encore, réjouissons-nous que la France aille mieux, après des décennies durant lesquelles le chômage de masse avait fini par paraître insoluble. Les chiffres communiqués ce matin font d’ailleurs état d’une nouvelle diminution du chômage. L’objectif consistant à atteindre le plein-emploi en 2027 est donc bien atteignable, pourvu que nous continuions nos efforts pour favoriser la compétitivité des entreprises, l’activité économique et l’emploi.
Très bien ! La première protection du pouvoir d’achat, c’est l’emploi. Eh oui ! Or nous sommes sur la voie du plein-emploi en France : il ne s’agit plus d’un slogan, mais d’un objectif à notre portée. (Applaudissements sur les bancs des groupes RE et Dem.) Il y a tout de même des différences selon les territoires ! Grâce à la politique de soutien aux entreprises que nous avons menée et à la vigueur de la reprise de l’activité économique, nous avons enregistré un surplus de recettes fiscales en 2021 : par rapport aux prévisions figurant dans la loi de finances initiale, ce sont 37,9 milliards d’euros de recettes fiscales supplémentaires que nous avons encaissées, grâce au dynamisme de l’impôt sur les sociétés (IS), de la TVA et de l’impôt sur le revenu. C’est, là encore, le signe d’un pays qui commence à aller mieux. Pendant l’examen du texte en première lecture, certains ont cherché à démontrer que ce surplus serait uniquement lié aux circonstances ou à l’inflation, sans jamais admettre que la politique que nous avons conduite en faveur de la compétitivité et de l’attractivité avait contribué à la bonne santé des entreprises et donc au rendement de l’impôt sur les sociétés – malgré la baisse de son taux. Exact ! C’est simplement la trajectoire que vous aviez prévue dès le départ ! Nous avons en effet ramené, durant la dernière législature, le taux de l’impôt sur les sociétés de 33 % à 25 %.
Pourtant, sa collecte a augmenté par rapport aux années précédentes !
(Applaudissements sur les bancs du groupe RE. – Exclamations sur les bancs du groupe LFI-NUPES.) C’est bien la preuve que favoriser la compétitivité des entreprises, c’est encourager l’activité économique, donc accroître les recettes de l’État. On peut faire mieux ! Au bout du compte, en dépit des critiques formulées ici ou là, l’année 2021 aura donc validé notre stratégie : soutenir l’activité économique et faire baisser le chômage… …en traquant les chômeurs ! …pour plus de croissance et de rentrées fiscales. C’est ce dont témoignent les comptes soumis à votre examen.
Comme je l’avais souligné au cours de l’examen en première lecture, l’exercice est assez formel : il s’agit uniquement de prendre acte de ce qu’il s’est passé l’an dernier. Mais il est toujours intéressant de mesurer les efforts accomplis. J’insiste sur le fait que ceux-ci ont été fournis par tous les Français et toutes les entreprises, qui ont tout fait pour rebondir et être au rendez-vous de la reprise économique. Au moment d’examiner ce texte et de l’adopter, souvenons-nous de leurs efforts.
(Applaudissements sur les bancs des groupes RE et Dem.) Excellent ! La parole est à M. Jean-René Cazeneuve, rapporteur général de la commission des finances, de l’économie générale et du contrôle budgétaire. Dure semaine pour le rapporteur général ! (Sourires.) Ne vous inquiétez pas, cher collègue : je suis en pleine forme !
Nous examinons aujourd’hui le projet de loi de règlement du budget et d’approbation des comptes de l’année 2021, après l’échec de la commission mixte paritaire réunie la semaine dernière. Je regrette que les sénateurs aient choisi de rejeter purement et simplement, pour la quatrième année consécutive, le projet de loi que nous leur proposions, malgré les compromis fréquemment trouvés sur d’autres textes financiers. Sans revenir en détail sur les raisons ayant motivé la décision de la majorité sénatoriale pour la quatrième année consécutive, je précise malgré tout que je comprends certaines des réserves émises envers ce texte. Je partage notamment le constat faisant état de finances publiques dégradées en 2021.
Ah ! Vous finissez par nous écouter ! Chacun en connaît les causes principales : une pandémie qui a continué, en 2021, à imposer des mesures d’urgence très onéreuses ;… Elle a bon dos, la pandémie ! …un plan de relance substantiel qui a pesé sur la totalité de l’exercice pour la première fois en 2021 ; et un début d’envolée des prix qui nous a conduits à prendre de premières mesures de protection des Français.
Le budget pour 2021 n’a certes pas permis d’assurer le rétablissement des comptes publics. Fallait-il pour autant faire autrement, en renonçant notamment au « quoi qu’il en coûte » et au plan de relance ? Certainement pas ! Tous ces choix budgétaires étaient justifiés et je ne suis d’ailleurs pas certain qu’il se trouve, sur ces bancs, beaucoup de parlementaires qui auraient pleinement assumé de ne pas les faire !
(Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe RE.)
Chacun le sait, nous avons connu en 2021 une année hors norme, marquée à la fois par la reprise et par l’instabilité. Par définition, on ne saurait exiger que cet exercice soit le reflet d’une politique de redressement des finances publiques, même si j’appelle un tel rétablissement de mes vœux. La politique de soutien à l’économie et à l’emploi des Français que nous avons décidé de conduire nous a permis de relancer fortement et durablement l’activité économique en 2021 et d’envisager désormais un retour à des finances publiques sous contrôle.
Sans le « quoi qu’il en coûte », nous accuserions un niveau de dette publique bien plus élevé qu’il ne l’est à l’heure actuelle – à hauteur de douze à quatorze points de PIB supplémentaires –, sans compter que la France se trouverait dans une situation sociale et économique absolument catastrophique. Rappelons qu’au début de la crise, certains prédisaient un nombre record de dépôts de bilan d’entreprises et de nouveaux chômeurs. Cela ne s’est pas produit.
C’est même le contraire ! Ce contraste entre l’état actuel de la France et la situation à laquelle nous ferions face si nous n’avions pas pris ces mesures est confirmé par les travaux de l’OCDE – Organisation de coopération et de développement économiques –, du Fonds monétaire international (FMI) et de l’INSEE.
Nous ne le répéterons jamais assez : la crise sanitaire, avec son lot de mesures de protection et de restrictions d’activité, aurait été plus dévastatrice encore pour l’économie et les finances si nous ne l’avions pas contrée avec de puissants mécanismes de soutien, comme le fonds de solidarité et l’activité partielle, à hauteur de 34 milliards au titre de la mission
Plan d’urgence face à la crise sanitaire . Merci l’Europe ! Revenons à présent sur le contenu du projet de loi de règlement du budget en rappelant d’abord les grands chiffres de l’année. Le ministre délégué l’a dit, le déficit public, qui était de 8,9 % du PIB en 2020, s’est établi à 6,4 % en 2021. La dette publique, moins élevée que ce qui avait été prévu dans la loi de finances initiale, représentait 112,5 % du PIB fin 2021 en France, en diminution par rapport à 2020, principalement en raison du rebond du PIB.
En effet, la réduction du déficit et de la dette publics a été permise par la vigueur de la reprise économique, avec une croissance de 6,8 %, sans précédent depuis plus de cinquante ans.
On partait de loin ! La croissance, soutenue par une forte reprise de l’investissement et de la consommation, a également profité au marché du travail, particulièrement dynamique en 2021, avec la création nette de plus de 850 000 emplois salariés et une baisse du taux de chômage à 7,4 % au quatrième trimestre 2021, soit son plus bas niveau depuis 2008 – j’ajoute qu’il est encore en baisse au deuxième trimestre 2022 selon les chiffres publiés ce matin.
Cette bonne dynamique ne doit rien au hasard. Elle est le fruit d’une politique économique et sociale ambitieuse menée depuis 2017…
C’est ça, oui… … qui nous a permis de terminer l’année 2021 avec des résultats bien meilleurs que ce qui avait été anticipé : 295,7 milliards de recettes fiscales en 2021, en hausse de 37,9 milliards par rapport à la loi de finances initiale – notons en particulier les 10 milliards de rendement supplémentaires de l’impôt sur les sociétés payé par les entreprises. La hausse des recettes concerne autant l’impôt sur les sociétés que la TVA ou l’impôt sur le revenu.
Les collectivités territoriales ont aussi tiré leur épingle du jeu. La Cour des comptes juge ainsi que la situation financière des départements « s’est nettement améliorée » en 2021 – elle s’avère même bien meilleure qu’avant la crise.
Exactement ! Rappelons-nous tout de même qu’au début de l’année 2021, des inquiétudes persistaient en raison de la poursuite de la crise sanitaire, laquelle a eu en effet un impact important sur le budget pour l’année 2021, avec notamment la nécessité de poursuivre le décaissement des crédits d’urgence et de continuer à accompagner les secteurs les plus touchés à travers les mesures suivantes : 28,8 milliards de crédits d’urgence reportés de 2020 à 2021 au cours du premier trimestre ; un décret d’avance pris en mai ; 10 milliards de nouveaux crédits d’urgence versés dans le cadre d’une loi de finances rectificative en juillet.
La fin de l’année 2021 a également été marquée par l’accélération de l’inflation. Les tensions inflationnistes n’ont en effet pas attendu la guerre en Ukraine pour se faire sentir – elles sont apparues dès l’automne dernier, chacun s’en souvient.
Puisqu’il nous fallait agir rapidement pour en limiter immédiatement les effets, nous avons pris les mesures suivantes : gel des tarifs du gaz à leur niveau d’octobre 2021 ; prévision d’un dispositif similaire pour l’électricité ; en décembre, versement d’une indemnité inflation de 100 euros à 38 millions de personnes en décembre et d’un chèque énergie exceptionnel à 5,8 millions de ménages.
Ces mesures nous ont permis de contenir les hausses de prix qui grèvent le portefeuille des Français. Une des conséquences directes de ces mesures est que la France connaît aujourd’hui un taux d’inflation inférieur de deux points à la moyenne européenne. Nous le devons à l’action de notre majorité
(Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes RE et DEM.) et ne pouvons que nous en féliciter .
Voilà donc un aperçu global de l’environnement dans lequel nous avons évolué en 2021 et des différents ajustements que nous avons dû opérer au cours de l’année face aux différentes menaces qui pesaient sur notre économie.
Au-delà de la nécessaire protection de notre économie et de nos emplois, nous avons préparé l’avenir à travers un plan de relance massif entré en vigueur à l’été 2020, doté de 100 milliards, et que nous avons mis en œuvre rapidement. Le « quoi qu’il en coûte », qui s’est imposé aussi longtemps que la situation économique l’exigeait, a permis une reprise rapide et durable de l’activité économique et de la croissance en France.
En conclusion, l’enjeu de la bonne gestion de nos finances publiques est plus que jamais au cœur de nos préoccupations. À cet égard, les résultats, meilleurs qu’attendu en 2021, permettent de commencer le redressement nécessaire de nos finances publiques sur des bases un peu plus solides et de conforter pleinement notre ambition de ramener le déficit public à 3 % du PIB en 2027.
Ça se gâte en 2022 ! En 2022, cher collègue, avec un déficit à 5 %, nous nous situons exactement sur la trajectoire que j’évoquais !
D’ailleurs, nous avions déjà atteint cet objectif juste avant la crise du Covid et c’est précisément la bonne tenue de nos comptes publics qui nous a permis de répondre présent en temps de crise. L’assainissement de nos finances, tel est désormais l’enjeu. II y va de notre capacité à réagir mais également de notre crédibilité et de notre souveraineté nationale. Vous pourrez compter sur moi pour veiller à ce que ces objectifs soient atteints.
(Applaudissements sur les bancs du groupe RE.)
La parole est à M. Franck Allisio. Nous nous retrouvons pour l’examen en nouvelle lecture du projet de loi de règlement du budget et d’approbation des comptes de l’année 2021, qui a été rejeté par le Sénat.
Rejeté d’abord parce qu’il a été présenté hors du délai que la loi fixait au 31 mai. Ce n’est en effet que le 4 juillet que le projet de loi a été présenté en Conseil des ministres, ce qui a empêché, je cite les sénateurs, « la représentation nationale de prendre connaissance » du texte et « d’informer les Français sur le bon usage de leurs impôts et l’efficacité de l’action publique ».
Ce mépris du Parlement, vous l’avez illustré maintes fois, et pas plus tard que la nuit dernière, en bafouant un vote de notre assemblée et, ce faisant, la représentation nationale et le peuple français.
(Applaudissements sur les bancs du groupe RN.)
Rejeté ensuite parce que les jeux de tuyauteries du Gouvernement durant l’exercice budgétaire 2021 n’ont pas non plus été appréciés. Les reports de crédits – procédure qui devrait être exceptionnelle –, sont devenus une pratique habituelle depuis deux ans. Ces méthodes, qualifiées par le rapporteur général de la commission des finances au Sénat de « procédures d’exception », portent atteinte à l’autorisation parlementaire qui doit être donnée sur un exercice spécifique.
Rejeté enfin parce que les documents annexés au projet de loi compliquent le travail des parlementaires. Là encore, je cite le rapporteur général : « Les sous-indicateurs sont très nombreux et parfois inexploitables […] De surcroît, nombre d’entre eux sont peu fiables ou peu utiles pour éclairer pleinement les parlementaires […] »
Mais ce projet de loi de règlement est surtout révélateur de vos errements et de vos échecs en la matière au cours des cinq dernières années voire de la dernière décennie.
Cela se vérifie tout d’abord s’agissant des dépenses publiques. Comme chaque fois depuis des décennies, l’ensemble des dérapages budgétaires ont été imputés à la crise alors qu’une bonne partie doit l’être à votre mauvaise gestion de l’argent du contribuable.
Vous nous répétez souvent, monsieur le ministre délégué, que la France est championne du monde de la dépense publique. Or vous y avez largement contribué. Si encore il s’agissait d’une bonne dépense publique, fondée sur de l’investissement dans nos infrastructures, dans nos services publics, dans nos secteurs d’avenir ou encore bien sûr dans les missions régaliennes de l’État ! Or il n’en est rien.
Le Haut Conseil des finances publiques vous a averti que « la soutenabilité de la dette publique suppose une nette réduction du déficit structurel dans les années à venir, et notamment une action sur la dépense publique ». Justement, en matière d’économies, nous pouvons vous aider. Des dizaines de milliards d’euros sont à récupérer, d’abord grâce à une lutte sans merci contre toutes les fraudes qui gangrènent notre pays ; ensuite, en stoppant la fuite en avant de notre contribution au budget de l’Union européenne qui a été tout simplement multipliée par quatre en moins de vingt ans ; enfin, en stoppant évidemment une immigration incontrôlée
(Applaudissements sur les bancs du groupe RN. – Exclamations sur plusieurs bancs du groupe LFI-NUPES) ,… Ah ! Les obsessions du Rassemblement national… …dont les coûts économiques, sociaux, régaliens, sont chaque année plus exorbitants pour notre pays.
D’après le montant des recettes publiques figurant dans ce projet de loi de règlement, nous restons les vice-champions du monde des impôts, lesquels découragent nos classes moyennes et populaires, nos commerçants, artisans et entrepreneurs – bref, nos forces vives – et pèsent essentiellement sur ces derniers à défaut de peser sur les 0,1 % les plus riches qui sont les principaux bénéficiaires des rares baisses d’impôts mises en œuvre par votre gouvernement au cours du quinquennat précédent.
Au fond, vos priorités politiques et budgétaires révèlent qu’il n’existe, entre vous et votre opposition d’extrême gauche, qu’une différence de degré et non de nature. Alors que votre bilan depuis dix ans peut se résumer à « plus d’impôts pour plus d’immigration », le projet de votre opposition d’extrême gauche se résume, lui, à « encore plus d’impôts pour encore plus d’immigration ».
(Applaudissements sur quelques bancs du groupe RN. – Exclamations sur quelques bancs du groupe LFI-NUPES.) Silence pour la France ! Preuve, s’il en était nécessaire, que la seule opposition crédible dans cet hémicycle est celle du groupe Rassemblement national et que le seul projet d’alternance crédible est celui porté par Marine Le Pen. (Applaudissements sur les bancs du groupe RN.)
Alors, monsieur le ministre délégué, une nouvelle fois, nous ne voterons pas ce projet de loi, fruit de vos erreurs passées et à venir. (Mêmes mouvements.) La parole est à M. David Guiraud. Nous voici donc réunis pour examiner une nouvelle fois le projet de loi de règlement du budget et d’approbation des comptes de l’année 2021 qui constate les éventuelles différences entre ce qui avait été décidé lors du vote des lois de finances – initiale et rectificative – et l’exécution du budget.
D’un point de vue comptable, nous sommes bien sûr exigeants s’agissant de la bonne exécution des crédits budgétaires même si nous pouvons faire preuve d’indulgence eu égard au caractère instable et mouvementé de la période de crise sanitaire que nous avons traversée. Néanmoins j’aimerais porter certains éléments à la connaissance de tous.
Vous avez dit, monsieur le rapporteur général, que notre pays connaissait un rebond. Or les recettes de l’État étaient de 295,4 milliards en 2018 et se sont élevées à 295,7 milliards en 2021. En fait de rebond, c’est du surplace !
(Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NUPES et sur quelques bancs du groupe Écolo-NUPES.) Ce qui n’avance pas recule ! Une question fondamentale subsiste à propos de ces recettes : qui paie, qui contribue à l’impôt ? Bonne question ! Ce que nous observons avec certitude, c’est que, d’une part, les classes les plus modestes, les classes populaires ont davantage contribué au budget de l’État, en raison d’une hausse des prix, donc des recettes de la TVA (Mêmes mouvements) et que, d’autre part, les plus aisés y ont moins contribué, surtout parce que vous leur avez fait des cadeaux depuis plusieurs années. Je pense à la suppression de l’impôt de solidarité sur la fortune ou à la flat tax , mesures dont on sait qu’elles sont en partie responsables de la baisse des recettes de l’État.
Les exonérations d’impôts et de taxes consenties aux plus aisés – qu’il s’agisse des ménages ou des grandes entreprises – les dispensent ainsi de participer à ce qui fait l’unité de notre patrie. Vous avez endossé une grande responsabilité en refusant la taxe sur les profiteurs de crise, lesquels sont – je le dis haut et fort – des traîtres à la patrie.
(Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NUPES et sur plusieurs bancs des groupes Écolo-NUPES et GDR-NUPES.)
Vos mesures en faveur des ménages sont elles aussi injustes. Par exemple, avec la suppression de la taxe d’habitation dont nous avons discuté la semaine dernière, les 15 % de Français les plus pauvres n’ont rien gagné tout simplement parce qu’ils ne la payaient pas. En revanche, les 18 milliards d’économies résultant de cette suppression ont été captés pour moitié par les 20 % des Français les plus riches. Encore une fois, ce sont eux qui bénéficient de la moitié du manque à gagner pour les impôts, ce qui est bien dommageable pour le budget de notre pays. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LFI-NUPES.)
Surtout, qu’avez-vous fait de toutes ces recettes ? Ils ont fait des chèques ! Comment ne pas rappeler que les retraités de notre pays qui s’étaient couchés hier avec 500 millions de plus, aujourd’hui se sont levés avec 500 millions d’euros de moins ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NUPES. – Exclamations sur plusieurs bancs des groupes RE et LR.) Cinq cents millions pris sur les pensions des militaires ! Vous avez commis une faute majeure dont vous mesurez mal les conséquences. En effet, ce projet de loi de finances rectificative qui devait améliorer le pouvoir d’achat des Français s’est conclu par un vote qui leur a enlevé du pouvoir d’achat. (Mêmes mouvements. – Mme Béatrice Roullaud applaudit également .) Ce n’est pas le sujet ! Vous n’avez pas voté pour la revalorisation des retraites de 4 % ! Et quand vous nous dites que l’emploi va bien, j’aimerais que vous le répétiez aux 2 600 salariés de Camaïeu, à Roubaix dans ma circonscription, dont l’entreprise, en cessation de paiements, a demandé à être placée en redressement judiciaire. Dites-leur que l’emploi dans ce pays va bien ! Sur le front du chômage, ça ne va pas mieux. Les chiffres sont implacables : l’économiste Florence Jany-Catrice a souligné dans le journal Le Monde que les deux tiers des 107 000 emplois nets créés au quatrième trimestre 2021 l’étaient dans l’intérim, pour une durée moyenne selon la DARES – la direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques – de deux semaines. Je ne vois pas comment on peut remplir son frigo en deux semaines dans ce pays ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NUPES. – M. Benjamin Lucas applaudit également.)
En conclusion, le groupe LFI-NUPES votera contre ce projet de loi de règlement parce que les recettes faites sur le dos des classes populaires ont été redistribuées aux plus riches de ce pays. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NUPES et sur plusieurs bancs des groupes SOC et Écolo-NUPES.) La parole est à Mme Marie-Christine Dalloz. Les années passent et se ressemblent. C’est vrai ! Ainsi, nous voici de nouveau réunis pour nous prononcer, cette fois-ci, sur la gestion budgétaire 2021. Je relève le dépôt tardif du projet de loi de règlement, alors que la révision de la loi organique avait très justement rappelé la nécessité d’analyser l’exécution budgétaire pour orienter les futures priorités de la gestion des finances publiques. Mais peut-on encore parler de gestion ? La réalité du bilan du Gouvernement, monsieur le ministre délégué, est parfaitement résumée par la Cour des comptes dans son dernier rapport sur la situation et les perspectives des finances publiques : « En réalité, la situation des finances publiques ne s’est pas améliorée, le niveau du solde structurel restant inchangé […]. » M. le ministre de l’économie et des finances, Bruno Le Maire, annonçait il y a quelques jours que, s’agissant des finances publiques, la cote d’alerte était atteinte. Depuis plus de cinq ans, tous les indicateurs macroéconomiques n’ont cessé de se dégrader et nos performances restent durablement en deçà de celles de nos voisins européens. C’est une triste réalité. Elle a raison ! En effet, alors que de nombreux partenaires ont profité de la période 2017-2019 pour reconstituer leurs marges de manœuvre budgétaires, tel le Portugal qui se trouvait pourtant dans une situation plus défavorable que la nôtre, la France a abordé la crise sanitaire sans avoir préalablement assaini ses finances publiques. Tout à fait ! À ce titre, la Cour des comptes qualifie de « marginal » l’effort structurel de redressement. Par manque d’ambition et de courage politique, la majorité n’a jamais profité de ces années de croissance et de taux bas pour désendetter le pays et pour mener les réformes structurelles nécessaires.
Si le bref rebond de l’économie en 2021, dont nous nous réjouissons collectivement et que nous mettons à l’actif du Gouvernement, a permis de ramener le déficit à 6,4 points de PIB, il reste plus de deux fois supérieur à celui d’avant-crise. De surcroît, la croissance s’essouffle et notre endettement est chronique. L’année 2021 est la première depuis longtemps où le poids de la charge de la dette a augmenté, une tendance qui se poursuivra cette année puisque le PLFR pour 2022 prévoit une hausse de 17,8 milliards d’euros de ce poste par rapport à la loi de finances initiale ; et c’est un signal fort du changement des conditions de financement de notre dette.
Celle-ci dépasse désormais les 2 900 milliards d’euros, soit près de 44 000 euros par Français ; elle est actuellement supérieure de près de quarante-cinq points à la dette allemande, alors qu’elle lui était encore quasiment équivalente en 2010. Voyez, monsieur le ministre délégué, mes chers collègues, la dégradation en douze ans !
Enfin, s’agissant des dépenses, elles ont augmenté de 37 milliards d’euros rien qu’en 2021, soit 90,7 milliards en deux ans. Ces hausses résultent, en particulier pour 2021, du lancement de la mission
Plan de relance , mais un grand nombre d’autres missions du budget général sont concernées. Même si elle diminue, la mission Plan d’urgence face à la crise sanitaire a consommé tout de même encore plus de 34 milliards d’euros en 2021. Avec 1 460 milliards d’euros de dépenses publiques en 2021, nous nous éloignons drastiquement des objectifs inscrits en loi de programmation des finances publiques. Au total, le surcroît de dépenses de 2019 à 2021 est plus de trois fois supérieur aux sommes engagées lors de la crise financière de 2008 à 2010 – comme souvent les années Sarkozy, celles de la crise financière, servent de point de comparaison, j’aime bien rappeler au Gouvernement que nous avions alors fait beaucoup mieux. Très juste ! La situation risque de connaître une nouvelle dégradation puisque la dette publique française remonte à 114,5 % du PIB à la fin du premier trimestre 2022, contre 112,9 % à la fin décembre 2021. Sur le budget de l’État sont inscrits 420 milliards de dépenses pour 250 milliards de recettes, soit un déficit de 170 milliards représentant 6,4 % du PIB. À la lumière de ces chiffres,… Terribles ! …nous constatons que ce projet de loi de règlement donne une vision trompeuse quand l’accumulation des déficits creuse la dette au moment où l’inflation et les taux d’intérêt repartent à la hausse. Par conséquent, le groupe Les Républicains ne votera pas ce projet de loi de règlement qu’il juge insincère et obsolète, notamment du fait du niveau des reports de crédits en 2021, soit 36 milliards d’euros, un montant inédit.
Il nous reste à souhaiter, monsieur le ministre délégué, que vous reviendrez à l’automne prochain avec un projet de loi de finances abouti tant sur le fond que sur la forme, et qui donnera des perspectives claires en matière de maîtrise de la dépense publique et de redressement de nos finances.
(Applaudissements sur les bancs du groupe LR. – Mme Martine Étienne et M. Jean-François Coulomme applaudissent également.) La parole est à M. Mohamed Laqhila. Nous sommes réunis aujourd’hui pour examiner en deuxième lecture ce projet de loi qui clôt l’exercice budgétaire 2021. C’est le dernier du nom, la loi de règlement étant appelée à devenir l’an prochain la « loi relative aux résultats de la gestion et portant approbation des comptes de l’année », un nouveau nom et un nouveau domaine qui, je n’en doute pas, parleront bien plus à nos concitoyens – et certainement aussi à l’ensemble des parlementaires – de par la clarté de ce nouvel énoncé – du moins je l’espère.
Comment ne pas dire un mot sur les reports de crédits qui, en 2021 comme en 2020, auront été massifs ? Monsieur le ministre délégué, nous comprenons au groupe Démocrate la difficulté de piloter un budget en temps de pandémie, marqués par des vagues imprévisibles ; et accordons-nous, chers collègues, sur le fait qu’en matière budgétaire, il vaut mieux prévoir trop que pas assez. Toutefois, le procédé des reports est une facilité dangereuse pour la portée de l’autorisation parlementaire. Soyez assuré, monsieur le ministre, que nous serons très vigilants à ce sujet lors de l’examen du PLF pour 2023 ainsi que de tout PLFR de fin de gestion.
Ce projet de loi de règlement, exceptionnel à plusieurs égards, valide ainsi la stratégie économique et budgétaire de soutien aux entreprises et aux ménages conduite par le Gouvernement pendant la crise sanitaire. Le rebond économique de 2021 a été exceptionnel, bien supérieur à celui de nos voisins européens, et nous a permis de couvrir nombre de dépenses dues à la crise du covid tout en finançant le plan de relance et la transition écologique, et en assurant une augmentation significative du pouvoir d’achat des Français. En 2021, la croissance a connu sa plus forte hausse depuis 1969, le taux de chômage a été au plus bas depuis 2008 et plus de 850 000 emplois privés ont été créés.
Excellent ! Assumons avec fierté cet excellent bilan. Cette stratégie est confortée par d’excellentes nouvelles s’agissant des recettes publiques, qu’elle a elle-même contribué à faire entrer dans les caisses de l’État sans augmentation d’impôts. J’y insiste toujours : nul besoin d’augmenter les impôts pour augmenter les recettes…Bien au contraire. C’est ainsi que nous sommes parvenus à rendre notre économie plus attractive ; et c’est en maintenant ce cap que nous dégagerons les marges de manœuvre nécessaires au soutien des Français.
Vous l’aurez compris, chers collègues, le présent texte clôt un exercice budgétaire 2021 hors du commun, mêlant mesures d’urgence et mesures de relance car les dépenses courageuses entreprises en 2020 et en 2021 pour faire face à l’urgence et relancer la croissance étaient indispensables pour soutenir l’économie française. Il suffit pour nous en convaincre d’écouter les acteurs économiques, tous ces chefs d’entreprise, et tous nos concitoyens qui ont salué à l’unanimité les dispositifs de soutien à notre économie. Le déficit budgétaire recule mais reste élevé, à 6,4 % du PIB, mais le taux d’endettement a diminué du fait de la forte hausse du PIB en 2021.
C’est pour toutes ces raisons que le groupe Démocrate (MODEM et indépendants) votera ce texte en nouvelle lecture.
(Applaudissements sur les bancs des groupes RE et Dem. – M. Philippe Pradal applaudit également.) La parole est à M. Philippe Brun. Vous avez rappelé à juste titre que nous passons notre vie ensemble, monsieur le ministre délégué, mais n’étant pas encore rassasié de vos discours, j’ai écouté celui prononcé devant le Sénat le 19 juillet dernier à qui vous avez dit que le projet de loi de règlement était « un passage obligé ». Si vous ne sembliez pas vous en réjouir, heureusement tout de même que cet exercice existe pour permettre à la représentation nationale de mettre en lumière les errements de la politique budgétaire des gouvernements Macron. (Applaudissements sur les bancs du groupe SOC.) Assurément, loin d’y prendre part de bonne grâce, le Gouvernement maltraite à plus d’un titre cet exercice démocratique.
Tout d’abord, il s’agit d’un texte retardataire, cela a été relevé par plusieurs de mes prédécesseurs, qui arrive plus d’un mois après la date que la loi impose.
C’est vrai. Il s’agit également d’un texte qui frôle l’insincérité ou, au mieux, pratique la méthode Coué. Le Gouvernement vante le rebond spectaculaire du PIB en 2021 pour tenter de faire oublier que comparé à ce qui était prévu pour 2022 avant la crise, la France accuse encore un déficit de production d’environ 50 milliards d’euros.
Et puis surtout, ce texte porte atteinte aux principes budgétaires, cela a été rappelé par le Sénat qui l’a refusé. Le projet de loi contrevient au principe d’annualité : les reports de crédits de 2020 à 2021 étaient déjà d’une ampleur historique, plus de 30 milliards d’euros, et cette année, ils dépassent les 22 milliards d’euros sur le budget général. Les finances de l’État y perdent en transparence, et surtout en sincérité lors des débats au Parlement. Le principe de spécialité est, lui aussi, malmené avec des reports croisés de crédits entre programmes budgétaires différents ; le financement de l’activité partielle d’urgence qui est assuré par deux programmes distincts ; la création d’un programme générique pour compenser l’insuffisance des recettes du compte d’affectation spéciale
Participations financières de l’État au lieu que soient ouverts des crédits au sein de la mission concernée. Mes chers collègues, ces principes, tout comme la loi de règlement elle-même, sont pourtant des passages obligés, n’en déplaise au Gouvernement.
Après 2020, l’année de toutes les urgences, les comptes de l’année 2021 témoignent d’un gouvernement qui, face à l’urgence de la relance, s’est endormi. Sur les 72 milliards d’euros engagés pour France relance n’ont été consommés que 42 milliards d’euros, soit à peine plus d’un tiers du budget de 100 milliards d’euros initialement promis. Un gouvernement tout aussi endormi face à l’urgence sociale : l’article 4 du projet de loi de règlement procède à l’annulation d’autorisations d’engagement non consommées ni reportées de la mission
Travail et emploi à hauteur de 916 millions d’euros, annulation qui porte principalement sur les programmes Accès et retour à l’emploi et Accompagnement des mutations économiques et développement de l’emploi . Ces annulations sont sans doute justifiées par ce fameux chiffre en trompe-l’œil : celui du chômage en recul, à 7,4 %.
Nous saluerions la performance si elle ne cachait pas les deux hontes du quinquennat précédent : les radiations consécutives à la réforme de l’assurance chômage et la poussée de l’emploi précaire. Au-delà de leurs conséquences délétères, les reports massifs de crédits d’une année sur l’autre, de surcroît souvent pour d’autres finalités, au lieu de leur inscription au budget à l’automne, privent le Parlement de la possibilité d’examiner et de débattre de leur usage réel. Tout cela est tout bonnement inacceptable.
Inacceptables également, monsieur le ministre, sont les réductions d’impôts non financées. Les comptes 2021 pâtissent de la politique fiscale menée depuis cinq ans : 5 milliards d’euros de baisses d’impôts pour les plus riches chaque année depuis la suppression de l’impôt sur la fortune (ISF) ;…
Eh oui ! …11 milliards d’euros chaque année de baisses d’impôts sur les sociétés ; suppression de la taxe d’habitation étendue aux 20 % les plus riches qui n’en demandaient pas tant pour un coût total de 17 milliards d’euros.
Ces réductions d’impôts ont une conséquence directe sur l’exercice 2021 : le déficit public atteint près de 161 milliards d’euros, soit 6,5 % du PIB. Monsieur le ministre délégué, le « en même temps » trouve une fois de plus ses limites. Il n’est décidément pas possible de faire en même temps des cadeaux fiscaux aux plus aisés, d’assurer l’équilibre des finances publiques et d’améliorer le quotidien des plus modestes.
(Applaudissements sur quelques bancs des groupes LFI-NUPES, Écolo-NUPES et GDR-NUPES.) Vous nous demandez d’approuver cette quadrature du cercle, de faire rentrer le cercle vicieux de votre endettement dans le carré parfait de votre discours. Ne comptez pas sur nous pour vous accompagner dans cette acrobatie. Le groupe Socialistes et apparentés votera contre ce texte. (Applaudissements sur les bancs du groupe SOC et sur quelques bancs du groupe LFI-NUPES. – M. Benjamin Lucas applaudit aussi.) La parole est à M. François Jolivet. (Applaudissements sur les bancs du groupe HOR.) Comme presque tous les ans – je le dis aux nouveaux députés –, nous discutons en nouvelle lecture, après réunion d’une commission mixte paritaire (CMP), d’un projet de loi de règlement du budget et d’approbation des comptes. Je ne rappellerai pas les propos que j’avais tenus en première lecture, mais m’attacherai plutôt à exposer les raisons pour lesquelles les sénateurs et les députés n’ont pas trouvé d’accord. J’invite d’ailleurs plusieurs de mes collègues à en consulter le rapport de la CMP, car ils ont parfois dit le contraire de ce qui y figurait. Il s’agit pourtant d’un document écrit, accessible à tous. Mais, manifestement, tout le monde ne connaît pas ce sujet. Je peux comprendre que la politique l’emporte, que les effets de tribune transforment parfois les intervenants en procureurs, alors qu’ils devraient s’exprimer en parlementaires.
Que nous reprochent nos amis sénateurs ? Que le Gouvernement aurait déposé le projet de loi de finances rectificative en retard.
C’est vrai ! En effet, c’est incontestable. Cela signifie-t-il pour autant que le Gouvernement souhaitait cacher quelque chose ? Les sénateurs s’attachent au fond. Voici ce qu’a déclaré Jean-François Husson lorsqu’il s’est prononcé sur les équilibres budgétaires : « Notre déficit est principalement supporté par l’État, tandis que les collectivités locales parviennent quasiment à l’équilibre et que les administrations de sécurité sociale ont divisé leur déficit par plus de deux. Quant à notre endettement public, il reste à un niveau très élevé […]. » Le rapport de la commission mixte paritaire ne fait état ni du poids de la politique d’immigration dans les dépenses publiques, ni de la taxe d’habitation. À ce propos, 15 % des personnes résidant en France étaient auparavant exonérées de cette dernière. M. Guiraud a affirmé il y a quelques instants que les 20 % des Français les plus riches avaient capté la moitié des économies entraînées par la suppression de la taxe d’habitation, mais c’est exactement le contraire qui s’est produit. La différence entre 15 % et 100 %, c’est 85 %. Il y a donc eu 60 % de personnes exonérées en plus… L’Horizon semble brumeux, aujourd’hui ! En effet, c’est un peu poussif ! Ce n’est pas de l’imposture, je me contente d’évoquer des pourcentages.
Je pense que le Gouvernement aurait souhaité pouvoir déposer son texte plus tôt, et qu’il n’a pas cherché à cacher quoi que ce soit. D’ailleurs, les sénateurs ne lui font pas ce reproche. De même, il est certain que le Gouvernement, contrairement à ce dont on l’accuse, aurait souhaité diminuer le déficit et mieux prévoir les recettes. Mais nous étions en crise. Je suppose qu’au-delà même de la majorité, tous les parlementaires sont satisfaits que le Gouvernement ait financé l’activité partielle et que des fonds de garanties aient été versés aux entreprises.
Bien sûr ! De même, tous les parlementaires sont satisfaits du plan de relance, bien qu’il n’ait sans doute pas été suffisamment utilisé – les entreprises et les collectivités locales n’ont pas toujours su s’en saisir. Cela explique d’ailleurs qu’il existe un écart entre les autorisations de programme et les crédits de paiement. Chers collègues, je ne sais pas si cette assemblée va durer suffisamment pour pouvoir le constater, mais il est possible que l’année prochaine, les crédits de paiement correspondant aux amendements que vous avez fait adopter aujourd’hui ne soient pas très élevés, parce que les collectivités n’en auront pas fait usage.
En ce qui concerne la loi de règlement, il faut savoir raison garder. Il s’agit d’un acte très formel et obligatoire qui permet de prendre acte de l’état des comptes publics. N’oubliez pas que le passé n’a jamais d’avenir ; je ne suis pas sûr que, lorsqu’on s’exprime à cette tribune, la véhémence, l’arrogance ou les paroles s’apparentant au-delà du raisonnable à celles d’un procureur apportent quoi que ce soit de bon au débat public.
On peut vous le reprocher en ce moment même ! Je vous invite à voter le présent texte, en pensant que vous faites le bien pour la France. (Applaudissements sur les bancs des groupes HOR et RE.) La parole est à Mme Christine Arrighi. La loi de règlement a pour objet d’arrêter le montant définitif des recettes et des dépenses du budget de l’État, ainsi que le solde budgétaire qui en découle. Elle constate les résultats financiers de chaque année civile et approuve les différences entre les résultats et les prévisions de la loi de finances initiale, éventuellement modifiée par une ou plusieurs lois de finances rectificatives. Ainsi, la loi de règlement constate et approuve. Or – et c’est là tout le problème – nous n’approuvons ni la façon dont les deniers publics ont été utilisés en 2021 (M. Benjamin Lucas applaudit) ni les choix politiques de la majorité précédente, ce pour plusieurs raisons. La première raison, et non la moindre, se fonde sur l’appel très récent de la Cour des comptes à respecter le principe de l’annualité budgétaire. Depuis 2020, le montant des crédits reportés à la fin des années 2020 et 2021 ont battu des records. À situation exceptionnelle, crédits reportés exceptionnels, il est vrai. Ah ! Mais comme le Premier président de la Cour des comptes le soulignait récemment devant la commission des finances de notre assemblée, ces reports importants dérogent au principe de l’annualité budgétaire. L’annualité budgétaire est pourtant l’un des piliers du contrôle de l’action du Gouvernement par le Parlement. Or il n’aura échappé à personne que le Gouvernement a, de fait, accumulé un bas de laine, des réserves, une cagnotte au moment où la discipline européenne se relâchait pour créer des marges de manœuvre sur les exercices suivants. Il entend ainsi contourner les règles budgétaires européennes qu’il défend pourtant si souvent sous prétexte d’orthodoxie budgétaire. Quelles sont, au juste, les marges de manœuvre envisagées ? Nous les découvrirons lors de l’examen du projet de loi de finances pour 2023. Mais nous commençons déjà à avoir quelques idées : ni les salaires ni les retraites ne seront concernés !
La deuxième raison tient à la constatation du déséquilibre des grands équilibres. Le déficit budgétaire reste élevé en 2021 – il est quasi stable par rapport à 2020 –, tandis que la charge de la dette atteint 36 milliards d’euros. Et pourtant, le Gouvernement a encore fait le choix d’alléger les impôts en 2021 : un peu pour les ménages, avec
la baisse de la taxe d’habitation, qui prive les collectivités locales de presque tout levier fiscal et donc de marges de manœuvre ; beaucoup pour les entreprises, avec la réduction de l’impôt sur les sociétés et des impôts de production ; énormément pour le capital, avec la suppression de l’ISF et l’instauration de la flat tax . (Applaudissements sur les bancs du groupe Écolo-NUPES.) Notez que le Gouvernement s’exprime souvent en franglais – flat tax , « Make our planet great again » – quand il souhaite ne pas se faire comprendre ou qu’il entend ne rien faire. On comprend mieux le sort qui a été réservé à la Convention citoyenne pour le climat… (M. Benjamin Lucas applaudit.) La loi portant mesures d’urgence pour la protection du pouvoir d’achat et la loi de finances rectificative montrent clairement l’intention du Gouvernement de s’entêter sur cette voie. Il refuse l’augmentation des salaires, le SMIC à 1 500 euros, l’instauration d’une taxe sur les superprofits des grandes entreprises. (Mêmes mouvements.) Il repousse systématiquement tous les amendements proposés par chacune des composantes de la NUPES. À situation exceptionnelle, comportement habituel !
La troisième raison a trait à l’utilisation de l’enveloppe du volet Écologie du plan de relance. L’écologie a été désignée à plusieurs reprises, d’ailleurs tout récemment par le ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, comme une priorité du plan de relance. Cette répétition relève de l’incantation puisque, en réalité, c’est l’inaction climatique qui règne. Trop de plans tuent le plan ! Le suivi des moyens affectés à l’action écologique n’a pas été rigoureux et des montants significatifs initialement prévus pour la transition écologique sont reportés. La non-référence à l’écologie dans le présent texte est éclairante quant à l’inaction du Gouvernement en la matière. Et si action il y a, elle est trop faible au regard des enjeux actuels. La Cour des comptes souligne que, sur les 18,3 milliards d’euros d’autorisations d’engagement prévues au titre du volet Écologie du plan de relance, 4,5 milliards n’ont pas été consommés. Le chemin, qui n’était déjà pas à la hauteur de l’enjeu, n’a pas été totalement parcouru.
Un exemple, objet de toute notre attention, permet d’illustrer mes propos : celui des mobilités et des transports. Voici ce que la Cour des comptes établit dans une note d’exécution budgétaire sur les dépenses fiscales : « L’empilement des dépenses fiscales relatives au développement durable et à l’environnement, opéré sans cohérence, pourrait ainsi conduire à multiplier les coûts sans garantir l’efficience des dispositifs. Les effets des différentes dépenses fiscales pourraient même s’avérer contradictoires entre eux. Des efforts d’évaluation et de coordination pourraient être effectués dans ce domaine. » Ce n’est pas moi qui parle, c’est bien la Cour des comptes !
(Applaudissements sur les bancs du groupe Écolo-NUPES.) Cela illustre parfaitement ce qui manque cruellement à ce projet de loi de règlement. Il y manque de la conviction, donc l’ambition du Gouvernement de mesurer toute action à l’aune d’indicateurs relatifs à la santé, l’éducation, les inégalités de revenus et le développement soutenable. En fait, le présent texte ne respecte pas la loi visant à la prise en compte des nouveaux indicateurs de richesse dans la définition des politiques publiques, adoptée en 2015 grâce aux propositions de députés écologistes. (M. Benjamin Lucas applaudit.)
Aujourd’hui, la biodiversité s’effondre, les inégalités de revenu et de patrimoine explosent, de véritables ruptures sont observées dans les domaines de l’éducation et de la santé. Pourtant, les Français ne savent toujours pas quel a été l’impact des 528 milliards d’euros de dépenses publiques en 2021 sur l’espérance de vie, le taux de décrochage scolaire, l’empreinte carbone ou la santé. Ils ont droit, tout au plus, à une exécution de type « budget vert ». Cette dernière est terriblement rustique et fruste puisqu’elle se contente de classer les dépenses selon qu’elles sont favorables ou non à l’environnement et laisse de côté 93 % des crédits considérés comme neutres – je dis bien 93 %. Veuillez conclure. Il est temps de changer de logiciel. Il est temps de considérer l’écologie sociale et environnementale comme le paradigme absolu de toute action gouvernementale, compte tenu des enjeux et des réalités qui nous rattrapent… Il faut conclure, chère collègue ! …et qui, si vous persistez à ne rien faire ou à ne pas en faire assez, vont bientôt nous dépasser et nous déborder. (Applaudissements sur les bancs des groupes Écolo-NUPES et sur quelques bancs du groupe LFI-NUPES.) La parole est à Mme Karine Lebon. « Un travail doit être mené d’ici le prochain texte » ; « Il y aura des négociations » ; et même « Votre amendement créerait une rupture d’égalité entre les territoires ultramarins et l’Hexagone » : c’est en ces termes que les ministres et les rapporteurs présents au banc depuis deux semaines ont accueilli des amendements clés visant à soulager les habitants des territoires d’outre-mer, eux qui subissent des crises économiques et sociales s’ajoutant aux urgences locales déjà existantes. Chacun mesurera dans les phrases que j’ai citées le degré de déconnexion, voire de mépris du Gouvernement à l’égard des réalités des territoires ultramarins, que certains d’entre nous représentent dans cette assemblée. Ce comportement n’est en rien une nouveauté. Nous pointons depuis longtemps la verticalité des décisions gouvernementales et leur inadéquation vis-à-vis de la situation de nos territoires. L’année 2021, marquée par une politique économique d’ampleur, n’a pas dérogé à la règle.
Le tableau de l’exécution du budget pour 2021 a été dressé la semaine dernière. Ce budget a été caractérisé à la fois par un plan de relance mal calibré, par une baisse du montant de la CVAE, la cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises, très coûteuse pour les collectivités territoriales et par l’absence de toute contribution de solidarité des grandes entreprises – choix que vous persistez à faire. Je souhaite, pour ma part, analyser l’exécution du budget 2021 à travers le prisme des territoires d’outre-mer. La politique du « quoi qu’il en coûte », par laquelle 140 milliards d’euros d’aides ont été alloués aux entreprises, a clairement fait défaut en outre-mer. Le cadre global et général des dispositifs s’est avéré insuffisant tant il était peu adapté aux écosystèmes locaux. C’est aussi en outre-mer que l’absence de mesures pour les ménages, déjà préjudiciable au niveau national, a été la plus violente, alors que la pauvreté y est surreprésentée.
Le plan de relance n’a pas non plus répondu aux attentes. Annoncé en grande pompe lors de la discussion du projet de loi de finances pour 2021, ce fameux plan, doté de 100 milliards d’euros, se voulait comme un outil de relance au service d’investissements dans la transition écologique et la compétitivité des entreprises. En outre-mer, il est impératif que les plans de relance locaux soient construits avec les collectivités locales. Or la coconstruction n’a pas permis d’adapter les mesures aux spécificités locales. L’État n’a ainsi mobilisé que 1,8 milliard d’euros pour les outre-mer, sur les 100 milliards du plan de relance. Le montant de cette mobilisation laisse dubitatif au vu des défis auxquels ces territoires font face.
Au-delà de ce montant, le fléchage trop ciblé de beaucoup d’aides n’a pas permis de prendre nos particularités en considération. Les concertations trop rapides, menées dans l’urgence, n’ont pas permis d’élaborer des dispositifs opérationnels sur nos territoires. L’absence d’assistance technique pour certaines collectivités a finalement conduit à une inadéquation importante entre les plans de relance et les spécificités des territoires. La Cour des comptes vient encore de souligner ce point.
Après avoir analysé la territorialisation des plans, un avis récent du CESE – Conseil économique, social et environnemental – « fait le constat d’un enchevêtrement de mesures qui au final ne répondent pas de manière satisfaisante aux besoins des territoires et qui laissent des exécutifs et des entreprises face à des difficultés qui ne trouvent pas de solutions », ajoutant que cela « laisse perdurer, chez un grand nombre d’Ultramarins, un sentiment de défiance et d’abandon ».
Le plan de relance, qui avait initialement suscité beaucoup d’espoir chez nombre de nos concitoyens, n’a donc pas permis de relever les défis structurels auxquels sont confrontés nos territoires concernant l’accès aux services publics, à l’éducation, au logement, à l’eau, à une alimentation saine et, bien sûr, la possibilité de vivre dignement de son travail.
Ce bilan de l’année 2021 constitue un signal d’alarme à l’heure où l’inflation maintient une situation sociale très difficile, voire explosive. Outre-mer, les ménages font face aux augmentations d’un coût de la vie qui est déjà environ 30 % supérieur à celui enregistré dans l’Hexagone. Nos entreprises sont également particulièrement touchées par l’explosion des coûts de transport et par le racket opéré par CMA CGM.
Nos spécificités doivent enfin être prises en compte. Des mesures territorialisées et concertées avec tous les acteurs locaux constituent l’unique solution pour espérer désamorcer la crise sociale à l’œuvre. Il est grand temps d’agir et de mettre fin à la succession de rendez-vous manqués entre le Gouvernement et nos territoires qui a marqué l’année 2021 et le début de la nouvelle législature.
En conclusion, suite au bilan que nous venons de dresser et en complément des éléments plus généraux présentés la semaine dernière en première lecture, vous comprendrez…
On a bien compris ! …que son appréciation des politiques économiques menées en 2021 conduit le groupe GDR-NUPES à s’opposer à ce texte. (Applaudissements sur les bancs du groupe GDR-NUPES et sur quelques bancs du groupe LFI-NUPES.) La parole est à M. Charles de Courson. Qui a dit que la France avait atteint sa cote d’alerte en matière de finances publiques ? C’est M. Le Maire, et il avait raison. Je lui ai seulement reproché d’avoir pris cinq ans pour s’en apercevoir. Il n’a pas apprécié le compliment. Cela dit, mieux vaut tard que jamais. J’espère que le jeune ministre qui siège aujourd’hui au banc du Gouvernement… « Jeune ministre » : il faut arrêter avec ça ! C’est la nostalgie qui l’anime ! …n’a pas attendu quinze jours pour se rendre compte de la situation des finances publiques.
J’en viens à notre texte au sujet duquel je ferai quatre remarques. Première remarque : comme de nombreux collègues l’ont signalé, l’article 46 de la LOLF (loi organique relative aux lois de finances) n’a pas été respecté. Plus grave encore, nous avons fait l’impasse sur cette nouvelle méthode que constituait le Printemps de l’évaluation, à l’occasion duquel nous pouvions entendre chaque ministre. Cela est fort regrettable.
Deuxième remarque : tels que les traduit le projet de loi de règlement, les résultats économiques et sociaux de 2021 sont peu glorieux. On nous explique que nous bénéficions cette année-là de l’un des meilleurs taux de croissance d’Europe. C’est exact, mais il faut aussi rappeler que, l’année précédente, nous étions les champions du décrochage. Autrement dit, sur deux ans, nous nous retrouvons dans une modeste moyenne par rapport aux autres pays de la zone euro.
Quant au taux de croissance structurelle, souvenez-vous de ce que M. Le Maire nous expliquait en 2017 : il devait doubler en cinq ans et passer de 1,2 ou 1,3 % à 2,5 %. Pourtant aujourd’hui, nous en sommes toujours à 1,2 ou 1,3 %, et on nous explique encore que tout ira mieux demain – ce dont nous discuterons la semaine prochaine en débattant du programme de stabilité 2022-2027. Vous annoncez que ce taux remontera à 1,5 ou 1,7 %. Les prévisions affirment toujours que les finances publiques seront redressées grâce à la croissance. Hélas, ce n’est pas ce que nous constatons au vu des résultats de l’année 2021 !
On nous dit aussi que taux de chômage baisse ; c’est vrai. Seulement, il baisse pour les chômeurs de catégorie A, alors qu’il est en hausse pour les chômeurs des catégories B et C.
(Mme Christine Arrighi et Mme Eva Sas applaudissent.) Si l’on considère tous les chômeurs, la baisse est très légère. En fait, le chômage s’est transformé : on n’est plus à 100 % actif ou à 100 % au chômage ; il y a de plus en plus de situations intermédiaires.
Notre déficit public s’élève à 6,4 % du PIB, mais le plus intéressant dans cette affaire, c’est le déficit structurel. Or il n’est pas de 4,4 % du PIB comme cela est indiqué dans l’article liminaire du projet de loi de règlement, mais de 5,4 % selon le Haut Conseil des finances publiques. En clair, il a doublé en cinq ans – il était de l’ordre de 2,3 à 2,5 % avant 2017. Si on retient la nouvelle estimation du PIB potentiel de 2021, c’est-à-dire 2 682 milliards d’euros, le déficit structurel s’élève à 145 milliards, soit un dérapage d’environ 72 milliards par rapport au moment où vous êtes arrivés au pouvoir. Nous battons tous les records !
Notre rapporteur général partage ces inquiétudes, et il commence à être plus prudent. Il a bien raison. Cependant, il impute tout cela à la crise de la covid. Non, monsieur le rapporteur général ! Le déficit structurel se calcule hors impact de la covid. Nous avons bien un problème structurel. Nous avons fait quelques économies les deux premières années, 6 à 7 milliards d’euros par an, alors que l’on avait promis 20 milliards d’économies par an. Puis, par la suite, il n’y a plus rien eu. Il ne faut pas s’étonner que le déficit budgétaire structurel explose.
Veuillez conclure. En guise de troisième remarque, je voulais parler de la dette. Elle est sous-estimée de 100 milliards grâce aux primes à l’émission, alors même que nous allons être confrontés à l’explosion des frais financiers – cela se voit dès la loi de finances rectificative pour 2022, mais cela sera encore plus visible en 2023. Merci… Pour conclure avec ma dernière remarque, permettez-moi d’évoquer la situation nette de l’État : elle est négative à la fin de 2021 pour 1 657 milliards d’euros. Cela signifie que l’essentiel du déficit budgétaire de l’État relève du fonctionnement : on ne s’est pas endetté pour financer de l’investissement.
Pour toutes ces raisons, le groupe Libertés, indépendants, outre-mer et territoires votera contre le texte.
La parole est à M. Mathieu Lefèvre. Nous examinons, en nouvelle lecture, le projet de loi de règlement des comptes de l’année 2021 après son rejet par le Sénat. Ce rejet, s’il est cohérent par rapport au vote du Sénat sur la loi de finances initiale, ne saurait en revanche être justifié au motif que ce texte présenterait une vision « idéalisée » de nos comptes publics, comme l’a dit en séance le rapporteur général de la commission des finances du Sénat, Jean-François Husson.
Il est en effet difficile d’accuser un texte d’administration de présenter une quelconque « vision » de nos comptes. Notre rapporteur général l’a rappelé : il ne s’agit pas d’approuver ou non la gestion du point de vue politique mais de fixer, du point de vue comptable, l’exercice budgétaire de l’an dernier. Nous pouvons en revanche en tirer tous les enseignements relatifs à la gestion par le Gouvernement des conséquences de la crise sanitaire.
De fait, comme nous l’avions dit en première lecture, ces résultats valident
a posteriori la stratégie économique et budgétaire du Gouvernement et de la majorité. Nous sommes en effet parvenus en même temps – si j’ose dire – à obtenir des résultats économiques probants en sortie de crise et à poursuivre le redressement de nos comptes. Cette stratégie est à la fois agile, puissante et cohérente dans le temps.
Elle est agile parce que la crise, les crises nous ont appris à adapter nos politiques publiques à l’urgence : cela a bien entendu été le cas lors de la crise sanitaire comme en témoigne la mobilisation massive et rapide, à hauteur de plus de 70 milliards d’euros, des crédits du plan de relance. Elle est puissante, ensuite, comme en témoignent les mesures prises dès l’automne dernier pour protéger les Français d’une hausse inconsidérée des prix de l’énergie. Elle est cohérente, enfin, avec l’ambition de la majorité de renforcer la compétitivité de nos entreprises, l’attractivité de notre pays et le pouvoir d’achat des Français tout en continuant à baisser leurs impôts.
Cette stratégie a porté ses fruits sur le plan économique. Les résultats sont de ce point de vue éloquents et incontestables. Notre pays a connu une croissance de 6,8 %, sans précédent depuis un demi-siècle. Le taux de chômage a diminué pour s’établir à 7,4 %, soit son plus bas niveau depuis 2008, cette baisse étant particulièrement marquée pour les jeunes, en lien avec les réformes du marché du travail et de la formation engagées par la précédente majorité. Enfin, 850 000 emplois salariés ont été créés.
De la même manière, en matière de finances publiques, les résultats sont incontestables. D’exécution à exécution, le déficit budgétaire s’établit à 170,7 milliards d’euros, après avoir atteint plus de 178 milliards en 2020. Le déficit public, de 6,4 % du PIB, est en nette amélioration par rapport à 2020, lorsqu’il correspondait à près de 9 % de la richesse nationale. La dette publique est également en reflux à hauteur de 112,5 % du PIB, même si, à ce niveau d’endettement, il est, sinon indécent, du moins incongru de parler de cagnotte ou de bas de laine, mots que j’ai entendu prononcer dans l’hémicycle. Enfin, les recettes des collectivités locales, notamment les recettes fiscales, ont été dynamiques, et la capacité d’autofinancement des collectivités s’est nettement accrue.
L’année 2021 a été une nouvelle année de « quoi qu’il en coûte », ce qui était indispensable face à la crise sanitaire et inflationniste. Il est donc bien légitime, pour répondre aux arguments du Sénat, que les dépenses du budget général aient été en hausse. À titre d’exemple, la mission
Plan d’urgence a donné lieu à 34,4 milliards d’euros de décaissement, soit seulement 8 milliards d’euros de moins qu’en 2020.
Ces chiffres combinés prouvent qu’il est possible de conjuguer sérieux budgétaire et soutien massif à l’activité économique. Ils nous permettent d’ailleurs de répondre en grande partie aux critiques relatives au financement de nos mesures. Les recettes nettes ont ainsi augmenté de plus de 25 milliards d’euros, principalement en raison de la reprise de l’activité économique. Grâce à au dynamisme de cette dernière, soutenue par la politique que nous menons, les recettes sont au rendez-vous. En vérité, comme le ministre l’a rappelé, en baissant les impôts, nous augmentons leur rendement. Les recettes de l’impôt sur les sociétés sont ainsi aujourd’hui supérieures à ce qu’elles étaient en 2017, alors que le taux de l’IS est de huit points inférieur.
Cette page est désormais tournée. Il nous appartient à présent de protéger les Français et leur pouvoir d’achat dans un nouveau contexte tout en poursuivant le redressement de nos comptes et en assurant la maîtrise de notre endettement. C’est la raison pour laquelle le groupe Renaissance votera en faveur du projet de loi de règlement.
(Applaudissements sur les bancs des groupes RE, Dem et HOR.) La discussion générale est close.
La parole est à M. le ministre délégué.
Permettez-moi de répondre à quelques points qui sont revenus dans la discussion générale.
La question du calendrier a été évoquée par M. Allisio – que je ne vois plus –, par Mme Dalloz, par M. Jolivet et par d’autres orateurs. Il est vrai que la loi organique impose que le projet de loi de règlement soit transmis au Parlement avant le 1er juin. À partir de l’an prochain, en raison de la révision de la LOLF issue la proposition de loi organique de M. Laurent Saint-Martin et de M. Éric Woerth, il devra même l’être avant le 1er mai. Il est également vrai que le projet de loi de règlement 2021 a été transmis après le 1er juin.
Je veux simplement indiquer une chose : nous sommes en année électorale. Le projet de loi de règlement a été présenté au premier Conseil des ministres qui a suivi les élections législatives et donc déposé après le 1er juin. De même, en 2017, le projet de loi de règlement avait été présenté lors du premier Conseil des ministres suivant les élections législatives et déposé hors délai. En 2012, monsieur Brun, le projet de loi de règlement avait été présenté par le gouvernement de François Hollande au cours du premier Conseil des ministres suivant les élections législatives et déposé hors délai. En 2007, madame Dalloz, le projet de loi de règlement avait été présenté par le gouvernement de Nicolas Sarkozy lors du premier Conseil des ministres suivant les élections législatives et déposé hors délai.
Je ne dis pas tout cela pour excuser le dépôt hors délai du projet de loi, mais pour démontrer que chaque année électorale, c’est la même chose. En effet, si le Gouvernement dépose un projet de loi avant les élections législatives, il doit le redéposer ensuite devant la nouvelle assemblée élue.
De plus, nous avons fait le choix de nous appuyer sur les dernières données de l’INSEE concernant la croissance de 2021, lesquelles n’ont été transmises que le 31 mai. Nous avons donc mené un exercice de transparence et de sincérisation des comptes. La question du calendrier étant revenue plusieurs fois, je souhaitais répondre en vous indiquant bien évidemment que dès l’année prochaine, comme les années précédentes, nous tiendrons les délais fixés par la loi organique en déposant le projet de loi avant le 1er mai.
Les reports massifs d’une année sur l’autre – plus de 20 milliards d’euros, en l’occurrence – ont été dénoncés par plusieurs d’entre vous. Je ne me satisfais évidemment pas d’une telle situation. Je mets simplement le doigt sur le fait que les deux années qui viennent de s’écouler ont été très particulières. Notre pays a connu des événements exceptionnels qui trouvent nécessairement une traduction sur le plan budgétaire.
Comme l’a très bien résumé M. Laqhila, quand vous faites face à une crise sanitaire majeure qui elle-même provoque une crise économique importante, il vaut mieux prévoir trop que pas assez. Les gouvernements précédents ont eu tout à fait raison de prévoir suffisamment d’argent pour soutenir des entreprises risquant de se casser la figure ou financer des tests de dépistage, par exemple. Des crédits importants ont donc été prévus, ce qui explique les reports que nous constatons.
L’objectif est désormais de revenir évidemment à des niveaux de reports soutenables et habituels. Je note d’ailleurs qu’entre 2017 et 2020, un travail colossal avait été mené pour les réduire. Les reports de 2017 à 2018, de 2018 à 2019 et de 2019 à 2020 avaient même atteint un niveau historiquement bas – de l’ordre de 2 milliards d’euros.
Monsieur Guiraud, vous avez nié à plusieurs reprises que notre économie connaissait un rebond. Si c’était le cas, dites-vous, il en résulterait des recettes fiscales supplémentaires. Or les recettes fiscales de l’État en 2021 ont été de 295 milliards d’euros, soit le même niveau qu’en 2018, avant la crise. C’est factuellement vrai, mais vous oubliez de dire qu’entre 2018 et aujourd’hui, nous avons transféré 40 milliards d’euros de recettes aux collectivités locales…
Elles veulent de l’autonomie fiscale, pas des dotations ! …pour compenser la suppression de la taxe d’habitation et de la CVAE. De plus, nous avons réduit le taux de l’impôt sur le revenu pour les premières tranches. En réalité, vous comparez des périmètres qui ne sont plus les mêmes. Oui, l’activité économique rebondit de manière massive et historique… C’est parce que le creux était historique ! …et, à périmètre constant, c’est aussi le cas de nos recettes fiscales.
Il était important d’apporter cette correction.
(Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe RE.)
J’appelle maintenant les articles du projet de loi dans le texte précédemment adopté par l’Assemblée nationale et rejeté par le Sénat.
La parole est à M. Philippe Brun, pour un rappel au règlement. Il se fonde sur l’article 88-4 de notre règlement. Je me permets de rappeler au Gouvernement que nous examinerons la semaine prochaine le programme de stabilité que la France doit communiquer à l’Union européenne. Or, à ce jour, les commissaires aux finances – et, a fortiori , l’ensemble des députés – ne l’ont pas reçu. Seul un document très succinct de sept pages nous a été adressé, comprenant quelques tableaux. Je demande donc au Gouvernement de nous transmettre dans son intégralité le texte dont nous débattrons la semaine prochaine. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe SOC.) La parole est à M. le ministre délégué. Vous n’avez en effet été destinataires que des grands indicateurs macroéconomiques du programme de stabilité. Le texte complet vous sera transmis vendredi, après son adoption par le Conseil des ministres. Vous aurez donc pleinement le temps d’en prendre connaissance avant que nous nous retrouvions pour en débattre dans l’hémicycle.
Je suis saisie de deux amendements, nos 2 et 1, pouvant être soumis à une discussion commune.
La parole est à M. Charles de Courson, pour soutenir l’amendement no 2.
Encore un amendement d’appel à 500 millions ? (Sourires.) Moi, mes chers collègues, je lis les avis du Haut Conseil des finances publiques (HCFP). L’amendement a simplement pour but de suivre ses prescriptions. Le suivant, proposé par Valérie Rabault, est d’ailleurs très proche, à ceci près qu’il se fonde sur les estimations de la Commission européenne – d’où le dixième de point d’écart. En tout état de cause, je pense qu’il faut aborder la situation telle qu’elle se présente et arrêter de se cacher derrière son petit doigt.
Cela étant, que l’amendement soit adopté ou non n’a pas d’importance
(« Ah ! » sur divers bancs) ; il n’a aucune portée, sinon de donner une idée plus juste de la réalité : vous pouvez donc le voter tranquillement. (Rires sur les bancs du groupe LR.) Il vous a déjà dit ça cette nuit, ne le croyez pas ! D’ailleurs, l’article liminaire n’a lui-même aucune portée, et vous pourriez tout aussi bien le rejeter ! La parole est à M. Philippe Brun, pour soutenir l’amendement no 1. Madame la présidente, c’est un honneur pour moi de défendre cet excellent amendement dont vous êtes la première signataire. Depuis 2012, à l’instar de M. de Courson, le groupe socialiste dépose d’ailleurs des amendements similaires sur chaque projet de loi de règlement et sur chaque projet de loi de finances initiale ou rectificative, les gouvernements et Bercy ayant la fâcheuse tendance de choisir des évaluations des soldes public et structurel qui sont erronées. Nous aurions tout intérêt à mettre à jour les données contenues dans les articles liminaires des projets de loi budgétaires afin de nous prémunir contre tout risque d’insincérité.
J’ajoute que nos collègues sénateurs déposent également régulièrement des amendements de ce type, lesquels font cependant toujours l’objet d’un avis négatif du Gouvernement. Nous nous honorerions à retenir des évaluations plus sincères. Nous proposons donc de reprendre les estimations qui sont faites par la Commission européenne.
Quel est l’avis de la commission ? Ce sujet a déjà été évoqué plus d’une fois depuis quelques jours, et mes arguments n’ont pas changé. Je suis désolé de me répéter, mais nous ne faisons qu’appliquer la loi organique. Sur le fond, vous avez raison, mais la programmation des finances publiques, mise à jour à la rentrée, nous permettra de distinguer plus nettement les soldes structurel et conjoncturel. Avis défavorable. Quel est l’avis du Gouvernement ? Je ne veux pas allonger les débats, mais nous avons appris à faire attention aux amendements d’appel de M. de Courson. (Sourires.) Celui-ci, il ne coûte rien ! L’amendement que vous présentez vise à substituer, dans l’article liminaire et dans l’article d’équilibre, le cadre potentiel et le solde structurel définis par le HCFP à ceux calculés à partir de la loi de programmation des finances publiques. Monsieur de Courson, vous dites que vous respectez les données du HCFP ; nous respectons quant à nous la loi organique relative à la programmation et à la gouvernance des finances publiques, qui prévoit que nous devons nous référer au cadre potentiel de la loi de programmation des finances publiques. Cette disposition aurait d’ailleurs pu évoluer à l’occasion de la dernière révision de la loi organique, mais cela n’a pas été le cas.
Une nouvelle loi de programmation des finances publiques sera présentée en septembre prochain et permettra d’actualiser le cadre potentiel et le solde structurel. Mesdames et messieurs les députés, je vous invite à rejeter ces amendements qui ne respectent pas la loi organique.
La parole est à Mme Marie-Christine Dalloz. Je me réjouis qu’une loi de programmation des finances publiques soit enfin en vue, dans la mesure où la précédente, qui n’est plus respectée depuis longtemps, est obsolète. Nous aurons enfin une nouvelle trajectoire pour les finances publiques ; c’est une bonne nouvelle.
Monsieur le ministre délégué, vous dites que les amendements ne respectent pas la loi organique – c’est évident. Pour ma part, je suis lasse de déposer de tels amendements, contrairement à mes collègues socialistes ou à Charles de Courson qui, dans leur constance, ont gardé cette habitude. Je sais bien que la pédagogie est l’art de la répétition mais cette année, après avoir proposé des dispositions similaires pendant au moins quatorze ans, j’ai fini par renoncer.
Monsieur le rapporteur général, la réalité c’est qu’on peut faire tout dire aux données relatives au déficit – votre réponse le montre d’ailleurs de façon limpide. Mais il y a des choses qui ne trompent pas : la distinction entre déficit structurel et déficit conjoncturel est une vraie conséquence des politiques qui sont menées – ou qui ne le sont pas. Comme nous vous reprochons depuis des années de ne pas faire de réformes structurelles, nous sommes nécessairement amenés à considérer que votre déficit est majoritairement structurel, contrairement à ce que vous affirmez. Sur ce sujet, nous avons un profond désaccord.
La parole est à M. Arthur Delaporte. Nous reconnaissons tous l’intérêt des lois de programmation mais le vrai sujet est celui de la sincérité des comptes. M. le rapporteur général a lui-même reconnu ce que nous disons tous : les chiffres qui sont donnés dans le projet de loi ne sont pas les bons. Quand on défend le principe de sincérité budgétaire comme nous le faisons tous, cela pose problème. Si la loi organique a créé le HCFP, c’est bien pour que nous disposions de chiffres exacts. Voilà pourquoi nous soutenons ces amendements.
(Les amendements nos 2 et 1, successivement mis aux voix, ne sont pas adoptés.) Sur l’ensemble du projet de loi, je suis saisie par le groupe Les Républicains d’une demande de scrutin public.
Le scrutin est annoncé dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.
La parole est à M. Charles de Courson, pour soutenir l’amendement no 3 rectifié.
Il s’agit d’un amendement de réflexion. (Sourires.) Et ça coûte combien ? Il ne coûte rien ! Vous avez tous regardé l’article liminaire. Souvenez-vous de ce que contient le programme de stabilité, puisque celui-ci est encore applicable – c’est même ce qui fonde l’argument du rapporteur général. Le déficit devait s’établir à 0,9 % du PIB, nous sommes à 6,4 %. Il n’y a donc qu’un léger écart de 5,5 points qui, rapporté aux 2 600 milliards du PIB, représente tout de même plus de 140 milliards – des broutilles !
Plus grave : le solde structurel pour 2021, estimé officiellement à –4,4 points de PIB par le Gouvernement, qui reconnaît qu’il s’établit plutôt à – 5,4 points, aurait dû être de – 1,2 à en croire la loi de programmation 2018-2022. Il y a 4,2 points d’écart – autant vous dire que cela représente
grosso modo un peu plus de 100 milliards d’euros. Arrêtez-le ! On a dérapé de 100 milliards ; c’est énorme. Je n’ai pas déposé cet amendement pour cacher la poussière sous le tapis, mais simplement parce que la décomposition qui est faite n’a plus beaucoup de sens – ce n’est pas moi qui le dis, c’est le HCFP. Plutôt que de voter un tableau qui n’a pas de sens, je propose qu’on remplisse chaque case de l’écart constaté entre la loi de programmation 2018-2022 et l’exécution de 2021 avec la mention « non renseigné », sauf s’agissant du solde effectif, pour lequel les données conservent un sens. Quel est l’avis de la commission ? Avis défavorable. Quel est l’avis du Gouvernement ? Même avis. La parole est à M. Philippe Brun. Les députés socialistes voteront cet amendement qui, bien que symbolique, rappelle l’absence totale de pluriannualité dans la gestion de nos finances publiques. Notre cadre pluriannuel est fantaisiste.
Je répète ce que j’ai dit au sujet de l’article liminaire. Comment faire vivre la pluriannualité budgétaire dans une culture de l’annonce telle que la nôtre ? Les annonces du Président de la République de mesures qui se chiffrent parfois à 20 ou 30 milliards d’euros ponctuent l’actualité. Celle de la suppression de la contribution à l’audiovisuel public en est un parfait exemple.
Nous devons absolument réfléchir à une réforme du cadre pluriannuel de gestion des finances publiques et je salue, de ce point de vue, la démarche lancée par M. le ministre délégué. Notre groupe s’y associera bien entendu et votera en faveur de l’amendement de M. de Courson, qui a le mérite de nous inviter à la réflexion !
(L’amendement no 3 rectifié n’est pas adopté.)
(L’article liminaire est adopté.)
(Les articles 1er, 2, 3, 4, 5, 6, 7 et 8 sont successivement adoptés.)
Je mets aux voix l’ensemble du projet de loi de règlement du budget et d’approbation des comptes de l’année 2021.
(Il est procédé au scrutin.) Voici le résultat du scrutin :
Nombre de votants 286
Nombre de suffrages exprimés 283
Majorité absolue 142
Pour l’adoption 153
Contre 130
(Le projet de loi est adopté.)
(Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes RE et HOR.)
(La séance, suspendue quelques instants, est immédiatement reprise.)
L’ordre du jour appelle la discussion, sur le rapport de la commission mixte paritaire, de la proposition de loi portant diverses dispositions d’adaptation au droit de l’Union européenne en matière de prévention de la diffusion de contenus à caractère terroriste en ligne (nos 142, 149).
La parole est à M. Benjamin Haddad, rapporteur de la commission mixte paritaire. Nous examinons aujourd’hui la proposition de loi portant diverses dispositions d’adaptation au droit de l’Union européenne en matière de prévention de la diffusion de contenus à caractère terroriste en ligne. La lutte contre la propagation des contenus à caractère terroriste est un combat qui rassemble largement notre assemblée. La semaine dernière, la première commission mixte paritaire de la XVIe législature s’est réunie à l’Assemblée nationale : elle s’est conclue par un succès. Très bien ! La présente proposition de loi a été déposée en janvier dernier par notre collègue Aude Bono-Vandorme, qui en était également la rapporteure et dont je veux saluer le travail et l’engagement. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe RE.)
Ce texte est le fruit d’un effort mené par notre pays au niveau national et européen pour mieux lutter contre la haine en ligne et réguler les plateformes et les hébergeurs. Cet effort a abouti au règlement européen du 29 avril 2021 relatif à la lutte contre la diffusion de contenus à caractère terroriste en ligne, le règlement TCO, dont notre texte vient garantir l’application. Le règlement Digital Services Act (DSA), adopté lors de la présidence française du Conseil de l’Union européenne, est une autre avancée obtenue grâce à l’ambition de la France.
Notre principe est simple : ce qui est interdit dans le monde réel doit l’être également dans le monde virtuel.
(Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe RE.)
Sous l’impulsion de la France et du Président de la République, l’Union européenne apparaît aujourd’hui en pointe sur la scène internationale dans la régulation des contenus numériques, certaines normes, comme celles du règlement général sur la protection des données (RGPD), s’imposant au-delà des frontières de notre continent. La souveraineté européenne repose aussi sur notre capacité à exporter nos normes et nos règles, mais ce combat en est encore à ses prémices.
Il a fallu dix-sept longues minutes pour interrompre la diffusion en direct de la tuerie de Christchurch et deux jours pour supprimer les 1,5 million de vidéos de l’horreur qui circulaient sur les réseaux sociaux. Samuel Paty, quant à lui, avait été la cible durant plusieurs semaines d’une violente campagne de menaces, avant son assassinat par un terroriste islamiste. Le temps perdu avant d’agir représente autant de minutes et d’heures gagnées pour la propagande, le recrutement et la haine, autant de temps de détresse perdu pour les proches et les familles des victimes. C’est à ce défi que nous voulons répondre aujourd’hui.
Quelles sont les mesures instaurées par le règlement TCO ? Tout d’abord, il impose aux hébergeurs proposant leurs services dans l’Union européenne le retrait dans l’heure des contenus à caractère terroriste.
Ensuite, il donne la possibilité aux autorités nationales d’émettre des injonctions de retrait exécutoires dans un autre État membre et instaure une procédure de recours pour les hébergeurs et les éditeurs.
Enfin, il prévoit que les hébergeurs classés « exposés » par l’autorité qui les supervise prennent des mesures spécifiques pour protéger préventivement leurs services de la diffusion de contenus à caractère terroriste.
La proposition de loi insère, en outre, quatre nouveaux articles dans la loi pour la confiance dans l’économie numérique.
Le premier habilite une autorité administrative à émettre des injonctions de retrait ou de blocage des contenus à caractère terroriste. Il s’agira, en France, de l’Office central de lutte contre la criminalité liée aux technologies de l’information et de la communication (OCLCTIC). Cet article désigne également l’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique (ARCOM) comme l’autorité compétente pour mener l’examen approfondi des injonctions de retrait émises par les autorités administratives d’autres États membres. L’ARCOM est également habilitée à garantir l’application des mesures spécifiques prises à l’encontre des hébergeurs considérés comme particulièrement exposés.
Le deuxième article prévoit de nouvelles sanctions pénales à l’encontre des hébergeurs qui ne respecteraient pas les obligations de retrait.
Le troisième article permet à l’ARCOM de mettre en demeure un hébergeur de se conformer aux obligations prévues par le règlement européen. En cas de non-conformité, une sanction pécuniaire pourra être prononcée à l’encontre de l’hébergeur.
Enfin, le dernier article instaure des voies de recours à la disposition des hébergeurs et des fournisseurs de contenus.
Après son examen par l’Assemblée nationale, où il avait été enrichi par la commission des lois, le texte a été modifié par le Sénat à l’initiative du rapporteur André Reichardt, à qui je souhaite un prompt rétablissement, tout comme d’ailleurs à Didier Paris, qui devait initialement être le rapporteur du texte pour notre assemblée.
En séance publique, le texte a aussi été modifié par deux amendements gouvernementaux, dont l’un permet à l’ARCOM de saisir le juge administratif pour les injonctions émises en France qui ne seraient pas conformes. À la demande de l’ARCOM, un suppléant sera par ailleurs nommé pour traiter ces demandes et faire face éventuellement à une importante charge de travail.
À l’issue de l’examen du texte par la commission mixte paritaire, en présence de la sénatrice et rapporteure Nathalie Goulet, les divergences étaient minimes. La seule difficulté qui persistait concernait les modalités et les délais d’appel des décisions de blocage ou de retrait. L’appel est désormais prévu auprès des cours administratives d’appel, qui auront un mois maximum pour rendre leur décision.
Le texte qui vous est proposé instaure donc dans notre droit un dispositif à la fois efficace et proportionné, dans le respect des libertés individuelles et du droit européen. Parce qu’il permet un contrôle rapide et efficace des contenus à caractère terroriste, il constitue une avancée importante. Nous pouvons l’intégrer aujourd’hui à notre droit pour mieux défendre nos compatriotes et nos partenaires européens.
Cette proposition de loi ouvrira, espérons-le, la voie à d’autres renforcements du droit dans les prochaines années. Nous devons en effet amplifier notre effort pour protéger le monde virtuel des contenus et des comportements illégaux du monde réel. Je pense notamment aux travaux entamés à l’Assemblée, dès 2019, avec la proposition de loi visant à lutter contre la haine sur internet, dont Laetitia Avia était à l’initiative.
(Applaudissements sur quelques bancs du groupe RE.)
Ce travail est aujourd’hui mené par la France au niveau européen et international. J’espère que le texte de la commission mixte paritaire recueillera massivement vos suffrages ! (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe RE.) La parole est à Mme la ministre déléguée chargée des collectivités territoriales. Baptême du feu ! La commission mixte paritaire réunie le 19 juillet sur ce texte décisif pour la protection de nos concitoyens a permis d’aboutir à un accord d’équilibre. Je tiens à saluer l’esprit constructif qui a présidé à l’ensemble de vos échanges dans le but, unanimement partagé, de faire de ce texte de loi l’instrument le plus efficace possible au service de la sécurité des Français.
Je remercie Yaël Braun-Pivet et François-Noël Buffet qui, sous la précédente législature, ont présidé respectivement les débats des commissions des lois de l’Assemblée nationale et du Sénat sur cette proposition de loi. Je remercie également les rapporteurs André Reichardt et Benjamin Haddad. Enfin, j’ai une pensée pour Aude Bono-Vandorme, à l’initiative de la proposition de loi.
(Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe RE.)
Grâce à l’accord trouvé par la commission mixte paritaire, ce texte permettra d’élargir encore notre arsenal juridique pour lutter contre la diffusion des contenus à caractère terroriste sur internet. Les attaques dont notre pays a été victime l’ont montré : que les terroristes aient agi au sein de réseaux structurés ou en loups solitaires, la consommation de propagande terroriste en ligne a joué un rôle clef dans leur radicalisation comme dans leur passage à l’acte.
Depuis 2017, sous la conduite du Président de la République et des gouvernements successifs, le bras armé de l’État contre le terrorisme n’a cessé d’être renforcé. Que ce soit sur la question des moyens humains, des ressources financières ou sur le plan juridique, l’action des services de renseignement, des forces de sécurité et des magistrats a été soutenue et facilitée de manière inédite.
La détection, parce qu’elle est fondamentale, a fait l’objet de mesures renforcées, qu’il s’agisse du numéro vert dédié au recueil de signalements – il faut rappeler l’importance de ces signalements, car chacun doit se sentir acteur de la lutte anti-terroriste –, de l’augmentation des moyens de la plateforme d’harmonisation, d’analyse, de recoupement et d’orientation des signalements, PHAROS, ou encore de la pérennisation de techniques de renseignement innovantes.
Dans cette lutte de tous les instants, particulièrement difficile, un constat s’est vite imposé : la menace terroriste dépasse les seules frontières de notre pays et concerne tous nos partenaires européens, durement touchés eux aussi ces dernières années. Ce sont les valeurs que nous avons en partage qui sont visées. En outre, internet est un média global : pour lutter efficacement contre la diffusion de contenus à caractère terroriste en ligne, il est impossible de se cantonner au cadre national. C’est donc bien à l’échelle européenne qu’il fallait penser et construire un cadre puissant et unifié de lutte contre ces contenus.
C’est chose faite depuis l’adoption par l’Union européenne, en avril 2021, avec le soutien de la France, d’un règlement en la matière, entré en vigueur le 7 juin dernier. Ce règlement vise à permettre le retrait des contenus terroristes en ligne en une heure maximum : si les plateformes ne retirent pas leur contenu terroriste dans ce délai, elles risquent des sanctions financières pouvant représenter jusqu’à 4 % de leur chiffre d’affaires.
La présente proposition de loi adapte notre législation pour permettre la bonne mise en œuvre du règlement TCO dans notre pays. En effet, pour assurer le bon fonctionnement de ce dispositif, des autorités indépendantes, chargées d’assurer et de contrôler la légalité du retrait des contenus, doivent être désignées par chaque État membre.
À l’issue de son examen en première lecture par l’Assemblée nationale, la proposition de loi avait été enrichie sur différents aspects. Tout d’abord, la désignation d’un suppléant, dans les mêmes conditions que la personnalité qualifiée titulaire, a été prévue afin de garantir une réponse rapide en cas de forte sollicitation. Ainsi, compte tenu des prérogatives désormais dévolues à l’ARCOM en matière de régulation graduée et effective des contenus, elle est maintenant autorisée à mettre en demeure les hébergeurs dès le premier manquement à leurs obligations administratives et non dans le seul cas de manquements systématiques ou persistants. En outre, le régime des sanctions a été assoupli pour éviter une double incrimination en cas de non-respect des obligations relatives aux injonctions de retrait transfrontalières. Par ailleurs, faculté a été offerte à l’ARCOM de recueillir les informations nécessaires à l’exercice de sa mission de suivi des obligations administratives découlant du règlement européen.
Le Sénat, quant à lui, a tenu à s’assurer que les injonctions de retrait prévues à l’article 3 du règlement européen soient systématiquement transmises à la personnalité qualifiée de l’ARCOM, afin qu’elle puisse suivre l’ensemble des demandes relatives aux contenus terroristes, sans être limitée aux demandes de retrait mentionnées à l’article 6-1 de la loi pour la confiance dans l’économie numérique et aux injonctions de retrait transfrontalières.
Le Sénat a également souhaité « aligner les peines encourues en cas de non-respect par un fournisseur de services d’hébergement de l’obligation d’informer les autorités compétentes d’un contenu à caractère terroriste présentant une menace imminente pour la vie dont il aurait connaissance sur celles prévues en cas de non-respect de l’injonction de retrait en une heure. » En contrepartie, une aggravation des peines a été prévue lorsque la « méconnaissance de l’obligation » est « commise de manière habituelle ».
Enfin, au cours de sa première lecture en séance publique, le Sénat a supprimé le mécanisme de double mise en demeure ; il a en outre souhaité rendre applicables les dispositions de ce règlement en Nouvelle-Calédonie, en Polynésie française et à Wallis-et-Futuna.
L’accord trouvé en CMP a donc permis de valider la procédure juridictionnelle ouverte aux fournisseurs de services d’hébergement et aux fournisseurs de contenus pour contester les décisions prises par PHAROS, par la personnalité qualifiée de l’ARCOM ou par l’ARCOM dans le cadre du règlement européen. Une procédure d’appel devant la cour administrative d’appel a ainsi été prévue, laissant au requérant dix jours pour la saisir ; elle statuera dans un délai d’un mois.
Vous le voyez, la présente proposition de loi s’est enrichie et précisée au fil de la navette parlementaire : sa rédaction issue des travaux de la CMP intègre à la fois les apports de l’Assemblée nationale et ceux du Sénat, tout en conservant l’esprit initial de ce texte que vous avez soutenu. Pour toutes ces raisons, le Gouvernement est favorable au texte issu de la CMP et vous encourage à l’adopter définitivement.
(Applaudissements sur les bancs des groupes RE, Dem et HOR.)
J’ai reçu de Mme Mathilde Panot et des membres du groupe La France insoumise-Nouvelle Union populaire, écologique et sociale (LFI-NUPES) une motion de rejet préalable déposée en application de l’article 91, alinéa 5, du règlement.
La parole est à M. Ugo Bernalicis.
Nous n’avons pas changé d’avis depuis la première lecture de ce texte. Souvenez-vous qu’en février dernier, je me trouvais à cette même tribune pour défendre – déjà – une motion de rejet préalable, et je veux essayer de vous convaincre de l’erreur que nous sommes en train de commettre. Il faut commencer par dire une chose : dès que nous avons affaire à un texte dans lequel l’exécutif introduit le mot « terrorisme », tout le monde se trouve transi, dans l’incapacité de réfléchir et d’analyser le fond des sujets, parce qu’il s’agit de terrorisme. Relativisme ! Ce qui était au départ une crainte est devenu récurrent ; d’ailleurs, dans leurs argumentaires de l’époque, celles qui étaient alors respectivement rapporteure et ministre – c’était Marlène Schiappa qui était au banc –… Qui ça ? …avaient évoqué – cela vient encore d’être le cas, puisque je sais que les uns et les autres font plus ou moins des copier-coller des interventions précédentes, surtout en dernière lecture – l’assassinat terrible, odieux et scandaleux de Samuel Paty, mais aussi la tuerie de Christchurch. Le sous-entendu est clair : « attention à votre vote ! » Ce que vous nous dites, c’est que voter votre proposition de loi permettra d’éviter tel ou tel attentat. Or je rappelle qu’être aussi présomptueux, en la matière, ne nous rend jamais service. Une question de fond se pose à nous : quelles limites voulons-nous fixer à la liberté d’expression, qui, je le rappelle, est une de nos libertés fondamentales,… Vous êtes les premiers censeurs de la République ! …un des grands principes de la République, repris à l’article 11 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen ? Je dis « des droits de l’homme » ; depuis, nous avons découvert – bien heureusement – qu’il y avait aussi des femmes, mais c’est ainsi qu’elle s’appelle.
Je voudrais apporter une autre précision préalable, parce que j’en connais plusieurs, sur ces bancs, qui sont capables de faire preuve de mauvaise foi s’agissant de ce genre de texte, lorsqu’il est question de terrorisme.
Il suffit de regarder à gauche pour en trouver, de la mauvaise foi ! Personne dans notre hémicycle, je le crois, n’est favorable à la diffusion de contenus à caractère terroriste en ligne. Là n’est donc pas le sujet. Le sujet, le voici : comment mesurer le « caractère terroriste » ? Et la réponse apportée est-elle proportionnée, nécessaire et donc constitutionnelle ? La différence est subtile ! Ce n’est pas si subtil que ça, cher collègue ! La différence, vous le verrez, a été définie par le Conseil constitutionnel, dans sa décision du 18 juin 2020 concernant la loi visant à lutter contre les contenus haineux sur internet, dite loi Avia. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NUPES. – M. Benjamin Lucas et Mme Sandra Regol applaudissent également.) Explicite ! C’est de cela que nous parlons, et je vous rappelle que les motions de rejet servent notamment à faire état de l’inconstitutionnalité d’un texte, en plus de critiquer sa pertinence.
En matière de lutte contre le terrorisme, ce qui prévaut, c’est d’abord, systématiquement, l’effet cliquet : les restrictions de liberté vont toujours de plus en plus loin, et il n’y a jamais – ou du moins rarement – de retour en arrière. C’est ensuite un principe de capillarité dans le droit : ce qui est appliqué dans un premier temps en matière de terrorisme finit toujours par l’être pour punir la criminalité organisée – qui est aussi un phénomène répréhensible –,…
Vos électeurs sont concernés ! …puis, enfin, la criminalité « ordinaire » – d’abord s’agissant des infractions les plus graves. Des dispositions exorbitantes du droit commun finissent ainsi par se généraliser. La législature précédente a bien démontré la réalité de l’effet cliquet et j’avais dressé, dans ma précédente motion de rejet, la liste de tous les textes que vous avez fait adopter en montrant comment nous allons de plus en plus loin en la matière. La loi pour une sécurité globale préservant les libertés en a été un exemple : après une première saisine qui avait mené à la censure de plusieurs articles, vous avez produit un deuxième texte – la loi relative à la responsabilité pénale et à la sécurité intérieure – pour essayer de pousser le Conseil constitutionnel dans ses retranchements, et nous nous trouvons ici dans un cas de figure similaire.
En effet, la définition de ce qui est « terroriste » et de ce qui ne l’est pas est parfois évidente ; mais parfois, elle l’est moins. Je veux le dire très tranquillement : certaines enquêtes sont ouvertes pour des motifs de terrorisme par le parquet national antiterroriste (PNAT) ou par des parquets territorialement compétents contre des militants ayant attaqué des antennes 5G.
Eh oui, ça fait partie du terrorisme ! Or ce que vous dites vous-mêmes – dans vos déclarations, dans le rapport du rapporteur ou dans l’intervention de la ministre déléguée –, c’est que vous ciblez le terrorisme islamiste, et que c’est ce phénomène qui a motivé votre proposition de loi. Vous avez ajouté des mentions à Christchurch au passage, mais la cible est très claire ; il suffit de regarder le nombre de fois où vous faites référence à l’islamisme lorsque vous prenez la parole sur le sujet du terrorisme. Entre l’intention et la réalité, les choses ne sont donc pas si simples : soyons attentifs, lorsque nous légiférons, à ce que les mesures que nous prenons pourraient entraîner.
Si le présent texte n’est pas opportun, c’est d’abord pour une raison assez évidente, qui devrait toutes et tous vous interpeller : il vise à adapter notre droit à un règlement européen. Or les règlements européens, contrairement aux directives, n’ont pas besoin d’être transposés, puisqu’ils sont d’application immédiate.
Ça dépend ! Je me demande donc bien ce que nous faisons là ! Je me suis déjà posé la question il y a cinq mois, et j’ai cru qu’il s’agissait alors de remettre une pièce dans la machine en rouvrant le débat sur le terrorisme, pour créer une certaine ambiance politique à des fins électoralistes. Quel théâtre ! En effet, à l’époque, le règlement européen a été combattu par soixante-et-une organisations au niveau européen, dont onze françaises et en particulier La Quadrature du Net, dont je salue à nouveau l’action, la Ligue des droits de l’homme, le Syndicat de la magistrature (SM) et le Syndicat des avocats de France (SAF). Ce texte étant d’application immédiate, nous devons nous poser la question : cette pseudo-transposition que nous menons ici, que vient-elle ajouter ou surajouter ? Vous qui d’habitude n’aimez pas surtransposer, je pourrais ici vous renvoyer l’ascenseur.
Votre texte pose un problème de constitutionnalité, je l’ai dit, parce que le dispositif qu’il instaure – retrait du contenu en une heure – est exactement identique à celui que vous aviez expérimenté dans la loi de 2020 visant à lutter contre les contenus haineux sur internet, qui avait été quasi intégralement censurée par le Conseil constitutionnel. Elle l’avait été au motif que vous poursuiviez des infractions dont « la détermination du caractère illicite » ne reposait pas « sur leur caractère manifeste », donc était laissée à interprétation et même « soumise à la seule appréciation de l’administration », ce qui est toujours le cas. La décision du Conseil constitutionnel ajoutait que « l’engagement d’un recours contre la demande de retrait » n’était « pas suspensif » et que « le délai d’une heure » ne permettait pas « d’obtenir une décision du juge » dans l’intervalle – évidemment, en une heure ! Tout cela, en outre, exposait les opérateurs concernés à des sanctions incluant des peines d’emprisonnement et des amendes.
Voilà donc les reproches que formulait le Conseil constitutionnel, qui concluait en disant : « le législateur a porté à la liberté d’expression et de communication une atteinte qui n’est pas adaptée, nécessaire et proportionnée au but poursuivi. » Cher collègue Bazin, ce sont les trois critères retenus par le Conseil constitutionnel !
(M. Maxime Minot proteste.) Dans un État de droit tel que le nôtre, il me semble important de les respecter si nous voulons que nos lois soient constitutionnelles.
Les mêmes causes vont donc conduire aux mêmes conséquences, et les quelques ajouts opérés par la commission mixte paritaire – surtout du fait du Sénat –, qui a introduit la possibilité de faire appel des jugements rendus, la juridiction d’appel devant alors statuer « dans un délai d’un mois à compter de sa saisine », n’y changeront rien.
C’est quand même mieux ! Oui, c’est mieux que si c’était pire, c’est sûr ! Mais dans l’intervalle, si votre contenu a été censuré à tort, c’est votre liberté d’expression qui en pâtit ! C’est très clair ! C’est bien pour cela que l’atteinte, du point de vue du Conseil constitutionnel, est « disproportionnée ».
Il y a quatre mois, nous nous étions demandé, au groupe La France insoumise – nous n’étions alors que dix-sept –, si nous pourrions saisir le Conseil constitutionnel le moment venu, et nous espérions pouvoir le faire. Maintenant, nous avons la réponse ! Vous savez donc ce que nous comptons faire à l’issue de l’examen du texte, si d’aventure vous le votiez : nous saisirons le Conseil constitutionnel.
Cela étant, vous pourriez me dire : « attendez, monsieur Bernalicis, vous et votre groupe, vous ne voulez pas qu’on puisse retirer du contenu à caractère terroriste en une heure ? » Et vous auriez beau jeu d’ajouter : « Mais si nous ne votons pas une telle mesure, nous serons désarmés ! »
C’est vrai ! Je connais vos méthodes, pour vous avoir pratiqués pendant plusieurs années. On censurera votre compte YouTube, ça fera du bien à tout le monde ! Mais quel est l’état actuel du droit ? Pour l’instant, le contenu doit être retiré « en vingt-quatre heures ». Oui, en l’état actuel du droit et du fonctionnement de nos administrations et de notre justice, il est déjà possible de retirer du contenu à caractère terroriste en ligne. Peut-être aurions-nous pu faire différemment, en instaurant une procédure visant – comme la vôtre – à retirer le contenu en une heure, mais en en faisant une procédure judiciaire confiée à un juge indépendant ? Bien sûr ! Alors pourquoi ne le faites-vous pas ? Parce que la justice n’a pas suffisamment de moyens dans notre pays, évidemment ! (Applaudissements sur les bancs des groupes LFI-NUPES et Écolo-NUPES.) Voilà ! Et finalement, on préfère une procédure administrative qui met un coup de canif à la liberté d’expression, et qui, encore une fois, « n’est pas adaptée, nécessaire et proportionnée ».
En outre, une telle mesure pousse les plateformes à créer des algorithmes afin d’éviter de recevoir des dizaines de milliers de demandes de retrait de contenu de la part de l’OCLCTIC, ce qui donne lieu à des censures
a priori . Je vous avais déjà expliqué, à l’époque, comment différents types de contenus étaient appréciés de différentes manières par les plateformes. Ainsi, l’intervention que notre collègue Bastien Lachaud avait faite à propos du covid avait été censurée par YouTube pour diffusion de fake news – encore un de vos grands principes –, alors que c’était un discours prononcé ici même, à cette tribune ; c’était tout de même un peu scandaleux ! Le ministre de l’époque avait même saisi la plateforme pour que la vidéo réapparaisse, mais tout le monde n’a pas la possibilité de le faire. Et dans le même temps, des vidéos de militants d’extrême droite menaçant des députés n’étaient absolument pas censurées et pouvaient être tranquillement diffusées. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NUPES.)
Pour toutes ces raisons, je vous appelle à rejeter le présent texte. (Vifs applaudissements sur les bancs des groupes LFI-NUPES et Écolo-NUPES.) La parole est à M. le rapporteur. Vous devriez vous réjouir, cher collègue, que l’on régule les contenus des plateformes, des hébergeurs qui sont de grandes entreprises multinationales. C’est le travail que mène la France au niveau européen et international pour protéger le droit, la vie privée et, dans le cas présent, pour lutter contre la propagation de contenus à caractère terroriste. Et en effet, vingt-quatre heures, c’est trop long ! Quand on voit comment se sont propagées les images de Christchurch ou la manière dont se sont amplifiées les menaces contre Samuel Paty, on voit bien que vingt-quatre heures, c’est autant de temps pour la propagande, pour le recrutement et pour la haine en ligne, autant de temps qui aggrave les risques d’attentat.
Par ailleurs, vous avez évoqué la nécessité – ou non – de transposer le règlement européen dans le droit français. En l’occurrence, une marge de manœuvre est laissée à chaque État pour désigner les autorités compétentes, et en particulier les modalités de recours et d’appel. C’est ce à quoi s’emploie le présent texte, et cela nous permet d’ailleurs de répondre à l’avis du Conseil constitutionnel, qui avait évoqué cette question il y a quelques années. Défavorable à la motion de rejet, pour toutes ces raisons.
(Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe RE.) Très bien ! Très clair ! La parole est à Mme Blandine Brocard. J’aurai l’occasion de m’exprimer davantage sur le fond du texte dans la discussion générale, mais permettez-moi de faire déjà quelques remarques, monsieur Bernalicis.
Tout d’abord, je vous remercie de vos réflexions tout en nuances. Nous en avons l’habitude, mais sur ce type de textes, c’est assez choquant.
(Applaudissements sur quelques bancs du groupe RE.)
Vous avez cependant raison sur un point : nous devons trouver un équilibre entre la protection de nos concitoyens et la préservation de leur liberté d’expression, à laquelle nous sommes ici tous attachés – vous n’avez pas ce monopole. Ce n’est pas chose facile. Or vous ne faites aucune proposition pour trouver cet équilibre, puisque vous défendez une motion de rejet.
Dernière chose, parce que ce n’est pas le moment de s’appesantir, vous direz aux familles de Samuel Paty
(Exclamations sur les bancs du groupe LFI-NUPES. – M. Laurent Croizier applaudit ), du père Hamel, d’Arnaud Beltrame et des victimes du Bataclan, qu’il n’y a rien besoin de changer. (Applaudissements sur les bancs des groupes RE, Dem et HOR.) C’est indigne, mais nous sommes habitués ! C’est honteux d’instrumentaliser cela ! C’est facile ! Ce n’est pas pour ça que c’est faux ! Posez-vous les bonnes questions ! La parole est à Mme Cécile Untermaier. Quel est l’objet de ce texte ? Réguler les contenus terroristes sur internet. Qu’est-ce qu’un contenu terroriste ? Si l’on s’en tient aux définitions de l’ONU et de l’Union européenne, c’est l’usage de la violence ou de l’intimidation pour exercer des pressions sur un gouvernement ou des citoyens. Exactement ! Les législateurs que nous sommes ont, dans ce cadre européen, l’absolue nécessité de prévoir un dispositif qui apporte des garanties. En effet, comme vous l’avez dit, monsieur Bernalicis, il est essentiel de trouver un équilibre entre sécurité et liberté d’expression. Il ne faudrait pas que les pressions soient telles qu’elles en viennent à amoindrir la liberté d’expression, mais le cadre européen nous invite précisément à y réfléchir et à apporter des garanties.
Contrairement à ce qui a été dit, l’Assemblée nationale et le Sénat ont fait un travail intéressant. En faisant de l’ARCOM le destinataire de toutes les injonctions faites aux hébergeurs, les sénateurs ont ainsi permis à cet organisme d’exercer un vrai contrôle. Le cas échéant, l’ARCOM pourra faire remonter au législateur et aux plateformes un éventuel excès dans la régulation.
Si nous ne disconvenons pas de l’existence de lacunes dans ce texte, nous considérons que la motion de rejet préalable n’a pas de portée utile, compte tenu de l’importance de la mesure et du cadre européen de l’action. Nous considérons aussi que ce texte est utile à la sécurité de la France.
(Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes RE et Dem.) Merci ! La parole est à M. Philippe Pradal. Le groupe Horizons et apparentés s’opposera à cette motion de rejet préalable. À l’occasion de cette intervention, je voulais apporter le témoignage supplémentaire d’un territoire qui a été frappé par le terrorisme. Le maintien en ligne, même pour une durée de vingt-quatre heures, a un effet sur les victimes : un mur désastreux se dresse entre leur résilience et leur travail de deuil. Pour avoir l’honneur d’accompagner et de rencontrer régulièrement des victimes et leurs proches, je peux vous dire que ces personnes vivent une régression terrible à chaque fois qu’un attentat se produit, qu’un contenu est en ligne. Ne perdons pas de vue cet élément.
Le dispositif est équilibré : il permet à la fois de concilier le nécessaire respect de la liberté d’expression avec le droit des victimes à se reconstruire.
(Applaudissements sur les bancs du groupe HOR et sur plusieurs bancs du groupe Dem.) La parole est à M. Guillaume Gouffier-Cha. Le groupe Renaissance s’opposera à cette motion de rejet préalable. Je tiens à saluer les propos très clairs de notre rapporteur avant de rappeler l’importance de ce texte. Cher collègue Bernalicis, ce texte a bien pour but de lutter contre le terrorisme, contrairement à ce que vous nous avez dit. Vous nous reprochez d’agir pour renforcer la protection de nos concitoyens et de lutter contre le terrorisme ? Eh bien oui, nous assumons de le faire ! Vous nous connaissez ? Nous vous connaissons aussi, vous et votre constance à refuser de travailler sur ces sujets. Nous voterons contre cette motion. (Applaudissements sur quelques bancs des groupes RE et Dem.) Vos nouveaux copains d’en face vont vous aider, ne vous inquiétez pas ! La parole est à Mme Danièle Obono. Pour commencer, je voulais rappeler que sur de tels sujets, il est de bon ton et de bonne tenue pour le débat d’éviter d’instrumentaliser les morts et les terroristes en se les envoyant à la figure.