- Texte visé : Texte de la commission sur la proposition de loi de Mme Olivia Grégoire et plusieurs de ses collègues d’expérimentation pour l’instauration d’un enseignement d’éducation à l’alimentation obligatoire à l’école (2091)., n° 2398-A0
- Stade de lecture : 1ère lecture (1ère assemblée saisie)
- Examiné par : Assemblée nationale (séance publique)
À la seconde phrase de l’alinéa 6, après le mot :
« intégrant »,
insérer les mots :
« la végétalisation de l’alimentation »
Cet amendement de repli vise à inclure dans le code de l’éducation les apprentissages liés à la durabilité de l’alimentation, notamment en ce qui concerne la nécessité de réduire notre consommation de la viande et de végétaliser notre alimentation. En effet, la végétalisation de notre alimentation est indispensable pour notre santé, pour l’environnement et pour le bien-être animal, comme le conçoivent d’ailleurs la Stratégie Nationale Bas Carbone (SNBC), les recommandations du Haut Conseil pour le climat, du GIEC, de l’ADEME, de l’OMS, de l’INRAE, du CIRC, et de tant d’autres.
La consommation de viande est à l’origine de nombreux problèmes : environnementaux, sanitaires, éthiques. A l’occasion des 40 ans de la première conférence mondiale sur le climat, 11 000 scientifiques venant de 153 nations ont lancé un nouveau cri d’alerte sur le changement climatique, préconisant notamment de réduire notre consommation de viande. En effet, en plus des souffrances animales indicibles qu’elle occasionne, la production de viande est extrêmement polluante (68 % des émissions nationales de méthane, sans compter toutes les externalités négatives de pollution des sols, etc), est mauvaise pour la santé (selon l’OMS en 2020, 2,4 millions de décès dans le monde et environ 240 millions d’euros de coûts de soins de santé étaient imputables à la consommation excessive de viande rouge et transformée ; en 2018, le CIRC classait la charcuterie comme cancérogène avéré pour l’homme, etc)… et doit à ce titre absolument être réduite.
En 2019, le GIEC, dans son rapport, présentait le végétalisme comme le régime alimentaire ayant le plus grand potentiel de réduction des GES. Dans son rapport de mars 2023, le GIEC va encore plus loin en certifiant que l’adoption d’un régime végétarien permet une réduction de 8 tonnes de GES par an d’ici 2050, mais ils insistent également sur les autres bénéfices environnementaux d’une alimentation « plus saine et moins carnée » : une diminution des besoins en terres agricoles (3,1 milliards d’hectares de terre libérée avec l’alimentation végétalienne), la préservation de la biodiversité et des écosystèmes avec une réduction de moitié de l’eutrophisation et de l’acidification des milieux, la prévention des maladies liées à l’alimentation dans les pays développés.
Une étude publiée en juillet 2023 par des chercheurs de l’université d’Oxford, menée pendant 1 an auprès de plus de 55 000 britanniques (Peter Scarborough et al), a comparé le régime alimentaire de six groupes différents, concluant que le régime végane ne générait que 25,1% des GES émis par l’assiette d’un gros consommateur de viande (plus de 100g par jour). L’alimentation végétale est également plus économe en terres agricoles (25,1% de celles requises pour les gros mangeurs de viande) et en eau (46,4%). Le régime végane engendre moins d’eutrophisation (27% de celle provoquée par une alimentation très carnée) et en perte de biodiversité (34%).
Le cabinet de conseil Carbone 4, dans un rapport sur l’impact des actions individuelles afin de lutter contre le réchauffement climatique, démontre que l’adoption d’un régime végétarien est l’action la plus efficace pour atteindre l’objectif d’atténuation des GES fixé par l’accord de Paris. Ce geste individuel a plus d’effets que de choisir cumulativement de prendre le vélo pour des trajets courts, se déplacer en covoiturage lors de trajets longs, ne plus se déplacer en avion, manger local et pratiquer le zéro déchet.
En mai 2023, une étude très complète (Elysia Lucas et al., « Low carbon diets can reduce global and ecological costs », Nature Food, vol. 4, mai 2023) démontre que la consommation de produits animaux occasionne en réalité plus de 9800 milliards de dollars de coûts cachés par an à la société : selon les chercheurs, les produits d’origine animale sont responsables de 70% de ces coûts cachés, et la viande 51% de ces mêmes coûts. Dans les pays les plus riches, plus consommateurs en viande, ce pourcentage des produits d’origine animale va jusqu’à 84% des coûts cachés. L’étude montre qu’une alimentation végétalienne permettrait de réduire ces coûts cachés d’au moins 52% soit 7300 milliards de dollars par an (9% du PIB mondial). Les coûts cachés se basent sur de nombreux paramètres, tenant à la qualité de l’environnement et sa dégradation (acidification, toxicité, eutrophisation, utilisation d’eau, réchauffement climatique, etc) et à la santé humaine (accidents cardiaques, accidents vasculaires cérébraux, cancers, diabètes, etc). Par ailleurs, la réduction de l’élevage permettrait, en plus de la réduction des GES, l’augmentation du potentiel de captation carbone de la biomasse, la surface libérée par l’élevage permertant aux écosystèmes naturels de se restaurer.
Il est donc indispensable d’intégrer la nécessité de végétaliser notre alimentation au sein de l’éducation à l’alimentation, puisque cet aspect est indissociable des autres composantes de cette éducation.