XVe législature
Session ordinaire de 2018-2019

Séance du jeudi 20 juin 2019

L’ordre du jour appelle la suite de la discussion de la proposition de loi visant à rétablir le pouvoir d’achat des Français (nos 1721, 1815, 2026).
Ce matin, l’Assemblée a commencé la discussion des articles de la proposition de loi, s’arrêtant à l’amendement no 20 rectifié portant article additionnel après l’article 5.
La parole est à M. Stéphane Peu, pour soutenir l’amendement no 20 rectifié. Avouez qu’il est étrange, pour une journée dont l’ordre du jour est fixé par le groupe Les Républicains, qu’aucun de ses membres ne se trouve dans la salle pour le début de la séance ! (Sourires. – Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM.) Heureusement que le rapporteur est là,… Non des moindres ! Il y a la qualité ! …ainsi que vous, madame la présidente.
Cet amendement s’inscrit dans le prolongement d’un autre que j’avais déposé ce matin sur la TVA. Il s’agit, cette fois, de la TVA sur les consommations d’électricité et de gaz naturel. Il est question ici, vous en conviendrez, de satisfaire des besoins de première nécessité : de telles consommations sont indispensables pour vivre dans la dignité. Elles sont pourtant soumises à une TVA de 20 %, qui s’applique aux produits de consommation accessoire.
 
Nous proposons donc de ramener le taux de taxation à 5,5 %. L’annonce de l’augmentation des tarifs de l’énergie de 5,9 %, à compter du 1er juin, a suscité beaucoup d’émotion dans le pays. Elle va se traduire par une augmentation de 85 euros par an pour les foyers qui se chauffent à l’électricité, soit 35 euros de plus que le chèque énergie, dont on nous parle beaucoup mais qui ne couvrira pas cette hausse.
 
La parole est à M. Patrick Hetzel, rapporteur de la commission des finances, de l’économie générale et du contrôle budgétaire, pour donner l’avis de la commission. Il est important de rappeler que la commission n’a pas examiné cet amendement, qui soulève une vraie question et reflète une préoccupation de nos concitoyens quant à leur pouvoir d’achat. J’ignore si vous vous y êtes employés, mais nous avons essayé de chiffrer le coût de cette mesure : nous avons estimé la perte de recettes pour l’État entre 5 et 10 milliards. Bien que la difficulté soit réelle, je vous demande donc, à titre personnel, de retirer l’amendement ; à défaut, j’émettrais un avis défavorable. En effet, le coût de la mesure justifie qu’on appréhende globalement la question des taux de TVA. L’énergie n’est qu’une des dimensions à traiter : les carburants et bien d’autres produits mériteraient aussi une révision de leur taux. Cela nous offrirait, comme je le disais ce matin, une meilleure lisibilité. La parole est à M. le secrétaire d’État auprès du ministre de l’intérieur, pour donner l’avis du Gouvernement. Les abonnements des ménages relatifs aux livraisons d’électricité, mais également de gaz naturel et d’énergie calorifique distribuée par un réseau bénéficient déjà du taux de 5,5 % de TVA, alors que les consommations sont soumises au taux normal. Le Gouvernement n’est pas favorable à ce que l’on revoie ce dispositif équilibré. De manière générale, une baisse du taux de la TVA sur certains produits ou prestations n’est pas un levier efficace pour améliorer le pouvoir d’achat des ménages. L’expérience montre, au contraire, qu’une baisse de la fiscalité ne se répercute pas systématiquement sur les prix. La politique du Gouvernement en faveur des ménages les plus modestes passe donc par d’autres moyens que la TVA, notamment la baisse de la taxe d’habitation et de l’impôt sur le revenu. Enfin, comme cela a été souligné à l’instant par M. le rapporteur, la baisse de 14,5 points du taux de TVA applicable aux consommations d’électricité et de gaz naturel présenterait un coût budgétaire qui irait à rebours de l’objectif de redressement des finances publiques. Dans ces conditions, je vous demande, monsieur le député, de bien vouloir retirer votre amendement. À défaut, j’en demanderais le rejet. La parole est à Mme Cendra Motin. Je rappelle que le Gouvernement et la majorité se sont employés à aider les familles à payer leurs factures d’électricité : le chèque énergie a été augmenté, pour passer à 200 euros dès le 1er janvier 2019, et l’accès y a été facilité. Comme on le sait, le tarif social de l’énergie était méconnu de beaucoup de Français, notamment de ceux qui en avaient le plus besoin. Dorénavant, l’aide est versée directement à l’intéressé, grâce à la déclaration de revenus et, désormais, dans le cadre du prélèvement à la source. Tous ceux qui y ont droit en bénéficient à présent automatiquement, y compris les foyers non imposables qui, souvent, ne faisaient pas de déclaration. C’est une aide importante, qui permet de payer les factures d’électricité, de gaz et même de fioul. Nous agissons également en faveur de la rénovation thermique des bâtiments, en aidant les familles à dépenser moins, car une moindre consommation d’énergie participe aussi à la transition énergétique et a des effets bénéfiques pour notre planète. (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes LaREM et MODEM.) La parole est à M. le rapporteur. Je souhaiterais réagir aux propos de Mme Motin. Le quinquennat a déjà connu deux phases. Dans un premier temps, vous avez fait les poches des Français (Rires sur les bancs du groupe LaREM)… Ah ! Ça faisait longtemps ! …en augmentant l’impôt et la taxation, puis, dans un second temps, vous avez distribué des petits cadeaux pour essayer de calmer nos compatriotes. Malgré tout, dans l’ensemble, le pouvoir d’achat a diminué et la fiscalité a augmenté depuis le début du quinquennat. C’est pour cela que nous continuerons à nous battre en faveur du pouvoir d’achat. (Applaudissements sur les bancs du groupe LR.) La parole est à M. Stéphane Peu. Deux remarques. On oppose toujours l’impôt sur le revenu, que paient 50 % des Français, à la TVA, que chacun acquitte, y compris les Français qui n’ont pas les ressources suffisantes pour payer l’impôt sur le revenu. La TVA présente un caractère extrêmement sensible et injuste.
Plus fondamentalement, la question est de savoir ce qui justifie l’existence de plusieurs régimes de TVA en France : un taux de 20 % sur les produits de luxe, de 10 % sur les biens de consommation classique et de 5,5 % sur les produits de première nécessité. Ces trois régimes découlent de la qualification du bien. La question est de savoir si la consommation d’électricité ou de gaz, soit le minimum pour vivre dans la dignité, constitue une dépense accessoire, courante, ou correspond à un achat de première nécessité.
 
Au-delà de tous les débats sur les efforts qui sont faits, voilà le sujet. Nous considérons, à travers cet amendement, que la consommation d’énergie – le fait de pouvoir se chauffer par l’électricité ou le gaz, l’accès à l’eau chaude – est un bien de première nécessité et qu’elle devrait, à ce titre, être soumise au régime de TVA correspondant.
 
(L’amendement no 20 rectifié n’est pas adopté.) L’amendement no 1 de M. Éric Woerth est défendu.
Quel est l’avis de la commission ?
 
Cet amendement, déposé par Éric Woerth, a été rejeté par la commission. Il permet de poser le débat de la reconnaissance de la participation des retraités à la création de richesse dans notre pays. Il a pour objet de demander un rapport sur les conséquences de l’indexation des 1 000 premiers euros de pension sur l’évolution des salaires.
Depuis la fin des années 1980, l’indice des prix sert de base à la revalorisation des pensions, ce qui assure aux retraités, pour autant qu’on ne déroge pas à la règle – comme l’a fait le Gouvernement, par un coup de canif, en 2019 – une protection de leur pouvoir d’achat.
 
Toutefois, dans la mesure où ce mode de revalorisation n’assure pas aux retraités le bénéfice des effets de la croissance, il serait souhaitable de rétablir un lien entre l’évolution des salaires des actifs et celle des pensions. En effet, s’il y a de la croissance, on ne comprend pas très bien pourquoi les retraités ne pourraient pas en tirer profit.
 
Certes, un retour à l’indexation sur les salaires présenterait sans doute un coût trop élevé mais, entre cette forme d’indexation et celle qui est pratiquée actuellement, il y a peut-être une voie médiane : l’évolution des pensions pourrait être en partie liée à celle des salaires. Cela mérite, en tout état de cause, une étude plus approfondie. À cette fin, l’amendement demande au Gouvernement d’étudier « différentes hypothèses de construction d’un coefficient de revalorisation des pensions de vieillesse ».
 
À un moment donné, le débat doit pouvoir se tenir. Ce que nous voulons éviter, c’est que la réflexion se limite à des échanges entre la majorité et le Gouvernement. Ces questions doivent véritablement – c’est le rôle du Parlement, et c’est pourquoi nous y insistons – être discutées avec l’ensemble des oppositions.
 
La méthode actuelle – des annonces gouvernementales consécutives à la crise des gilets jaunes qui ne sont pas financées, des décisions de dernière minute… – n’est pas acceptable. Ces questions doivent s’inscrire dans le moyen et le long terme. Nous voulons engager un travail de fond sur le pouvoir d’achat de nos concitoyens.
 
Quel est l’avis du Gouvernement ? La proposition visant à panacher, dans le calcul des pensions, une indexation fondée à la fois sur les prix et l’évolution des salaires serait source de complexité et présenterait un caractère nécessairement arbitraire en raison de la pondération entre les deux critères. Au demeurant, la réforme des retraites qui sera conduite par le Gouvernement abordera les conditions de revalorisation des pensions. Je propose donc que nous ayons cette discussion à cette occasion. Je suggère le retrait de l’amendement ; à défaut, j’en demanderais le rejet. La parole est à M. Michel Castellani. Je soutiens cet amendement, qui soulève la question très importante de la clarification des indicateurs : c’est une réflexion qu’il convient, selon nous, de mener. Par ailleurs, cette initiative va dans le sens de propositions qui ont été faites ce matin quant à la réindexation des pensions de retraite sur l’inflation. La parole est à M. Damien Abad. Monsieur le secrétaire d’État, nous allons maintenir cet amendement, qui soulève clairement la question de l’appauvrissement des retraités.
D’un côté, les pensions sont désindexées ; de l’autre côté, l’inflation conduit à un accroissement des salaires des actifs. Cela va très vite nous conduire dans un goulot d’étranglement. Les retraités perdent déjà du pouvoir d’achat, et cela va s’aggraver. D’autant qu’avec l’allongement de la durée de vie, les retraités supportent des charges et des dépenses nouvelles : je pense notamment à toutes celles et tous ceux qui, à l’âge de 60 ou de 65 ans, doivent par exemple financer un EHPAD – établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes – pour leurs parents.
 
Nous voulons casser l’ensemble de cette logique économique qui veut nous faire croire que, parce qu’on taxe davantage les retraités, parce qu’on brise l’équilibre intergénérationnel, les actifs vont mieux s’en sortir. Nous maintenons notre amendement parce que, comme l’a dit très justement le rapporteur, il va dans le bon sens. Depuis le début de notre débat, nous vous demandons simplement d’indexer les pensions de retraite, pour que chacun puisse retrouver un juste équilibre en matière de pouvoir d’achat. Il me paraît important d’entendre ce message, et de ne pas reporter la mesure aux calendes grecques ou au projet de loi de financement de la sécurité sociale – on sait déjà qu’elle ne verra pas le jour.
 
Le Conseil constitutionnel vous avait déjà mis en demeure, à l’instar des Français. Nous attendons de vous une prise de conscience sur le sujet.
 
La parole est à M. le rapporteur. Ce matin, la majorité nous a dit que certains points n’étaient pas suffisamment documentés. Avec cet amendement, nous voulons rouvrir le débat, et faire évoluer les modalités d’indexation. Nous demandons au Gouvernement de fournir un rapport : la moindre des choses serait d’accepter cette demande et de mettre sur la table les éléments qui permettent d’avoir un débat serein entre les oppositions et la majorité ! Nous ne demandons rien d’autre que cela.
Notre amendement, très constructif, permettra au Parlement de jouer son rôle dans la discussion sur l’évolution du financement des retraites, et notamment sur leur indexation. Nous ne comprenons pas très bien vos réticences à transmettre ces éléments au Parlement. Monsieur le secrétaire d’État, ce qui ressort de votre intervention, c’est : « circulez, il n’y a rien à voir, le Gouvernement fait son affaire de tout cela, le Parlement n’est là que pour appuyer sur un bouton ». Ce n’est pas comme cela que l’opposition envisage le rôle du Parlement.
 
La parole est à Mme Cendra Motin. Monsieur le rapporteur, vous allez être content : en juillet, le Haut-commissaire à la réforme des retraites, M. Jean-Paul Delevoye, présentera un rapport issu non pas de trois petits mois de travaux, mais de deux ans de consultations avec les Français, avec les professionnels, avec les syndicats, avec la sécurité sociale, avec tous les acteurs. Mais pas avec les parlementaires ! Bien sûr que si ! Les parlementaires seront associés, puisqu’ils en discuteront dans le cadre des travaux législatifs.
Ce rapport extrêmement fourni présente des solutions pour rénover notre système de retraite, mais également pour le financer. Car vous avez raison, monsieur Abad, l’allongement de la durée de la vie soulève des enjeux importants. Ainsi, il faut aussi financer des retraites plus longues.
 
Nous vous rejoignons également sur la dépendance : le Président de la République s’est engagé sur l’élaboration d’un texte sur la dépendance, qui sera présenté par la ministre des solidarités et de la santé à la rentrée. Nous aurons, là aussi, l’occasion d’en discuter tous ensemble, mais au bon moment, au bon endroit et sur le fondement de rapports très approfondis, résultant de plus de deux ans de travail.
(Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LaREM.)
  Nous n’avons pas le rapport, madame !
(L’amendement no 1 n’est pas adopté.)
La parole est à M. Jean-René Cazeneuve. Chers collègues LR, vous savez pertinemment que le texte que vous nous proposez aujourd’hui relève de la loi de finances et qu’il ne peut pas être sérieusement examiné sans étude d’impact ni analyse de ses interactions avec le projet de loi de financement de la sécurité sociale, en milieu d’année et avec un effet rétroactif.
Vous savez pertinemment que le texte n’est pas financé. En outre, il faut aller sur votre site pour chercher vos mesures, dont mes collègues ont montré avec beaucoup de talent leur manque d’applicabilité et de précision.
 
Vous savez pertinemment que le pouvoir d’achat augmentera cette année, de l’ordre de 2 %. Nous pourrions évidemment faire mieux, nous voudrions évidemment faire mieux, car le pouvoir d’achat est l’une de nos priorités. Mais le chiffre de cette année est tout de même exceptionnel.
 
Vous savez pertinemment que ce texte n’est pas une future loi, mais, osons le dire, une sorte de scud médiatique, qui n’a pour seul objectif que de faire du bruit et du buzz,...
 
Et vous vous y connaissez ! ...puisque vous savez que la procédure place ce type de dispositions dans le projet de loi de finances – PLF.
En revanche, vous ne semblez pas avoir compris qu’être un jour « père la rigueur » et un autre pour une augmentation des dépenses publiques de 17 milliards d’euros, être le lundi pour le respect des procédures budgétaires et y être opposés le jeudi, être pour le gel des prestations sociales quand vous êtes au pouvoir et y être opposés quand vous êtes dans l’opposition – vous n’avez pas compris, chers collègues, que ces contradictions permanentes vous éloignent des Français.
(Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LaREM.)
  La parole est à M. Pascal Lavergne. Je voudrais expliquer à nos concitoyens et à la représentation nationale que l’article 6 montre à quel point cette proposition de loi n’est pas sérieuse. Voici la rédaction de l’article : « I. – Les charges et pertes de recettes résultant de la présente loi pour les organismes de sécurité sociale sont compensées à due concurrence par la majoration des droits visés aux articles 575 et 575 A du code général des impôts. II. – Les charges et pertes de recettes résultant de la présente loi pour l’État sont compensées à due concurrence par la création de taxes additionnelles aux droits visés aux articles 575 et 575 A du code général des impôts ».
Pour éclairer nos concitoyens, il s’agit de taxes sur le tabac.
 
Mais c’est classique ! En France, il se vend 2,7 milliards de paquets de cigarettes, et votre proposition de loi coûte 17 milliards d’euros, soit 6,2 euros par paquet de cigarettes. Vous allez nous dire que votre document powerpoint détaille des propositions de réduction de dépenses, mais nous n’avons pas à nous prononcer sur un powerpoint ! Nous examinons un texte de loi, dont l’article 6 précise le financement des mesures. Ces dispositions sont toujours les mêmes ! Vous ne le saviez pas ? Vous n’en avez jamais vu ? Vos propositions sont démagogiques, le financement de vos mesures est fantaisiste, et votre texte, outre le fait de vous offrir une tribune, nous fait perdre beaucoup de temps. Rien que cela ! Ce matin, vous invitiez la majorité à être constructive : je veux bien l’être, mais présentez d’abord des textes raisonnables. Si vous le faites, nous saurons être constructifs ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM.)   La parole est à M. le rapporteur. Monsieur Lavergne, nul ne peut se prévaloir de sa propre turpitude ! J’ai sous les yeux des propositions de loi de la majorité. Voulez-vous que je lise les gages ? Voulez-vous que je sois aussi cruel ? Vous faites exactement la même chose. Et pour une raison simple : c’est la procédure parlementaire, nous ne pouvons pas faire autrement ! C’est un néophyte ! De grâce, ne nous renvoyez pas ce genre d’arguments, vous êtes les premiers à faire la même chose. Et vous, vous êtes en train de faire le PLF ! Il faut suivre des stages de formation parlementaire ! La parole est à M. Fabrice Le Vigoureux. Puisque nous en arrivons à la fin de l’examen du texte, je voudrais revenir sur l’expression de « matraquage fiscal », employée ce matin sur les bancs du groupe Les Républicains pour caractériser la politique du Gouvernement.
L’évolution des prélèvements obligatoires en milliards d’euros est un chiffre qui n’a aucun sens. Cela n’a aucun sens de dire que Nicolas Sarkozy a augmenté les prélèvements de 40 milliards d’euros en 2010 ou que François Hollande en a rajouté 27 milliards. C’est la pression fiscale qui compte, c’est-à-dire le rapport entre le montant prélevé et la richesse créée. Le taux de prélèvements obligatoires est donc un indicateur incontestable : 41 % en 2009, puis 45,3 %, pic atteint en 2017. Or le projet de loi de règlement du budget a montré que ce taux avait baissé, en 2018, à 45 %.
(Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM.) C’est la première fois depuis bien longtemps !
 
Voilà ce qui compte, car les prélèvements obligatoires sont une composante essentielle du calcul du pouvoir d’achat. Réjouissons-nous collectivement que le taux de prélèvements obligatoires baisse enfin ! Cultivons collectivement l’humilité, qui, comme le disait Paul Claudel, est une « source non seulement de vertu, mais de bonne humeur ».
(Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LaREM.)    
 
La parole est à M. Michel Castellani. Qu’on le veuille ou non, l’article 6 est le point faible du texte. La volonté d’agir en faveur du pouvoir d’achat, notamment celui des plus modestes, ne saurait être mise en cause, mais comment gager cette dépense ? Comment baisser la dépense publique ? Dans le domaine de la défense ? Il n’en est pas question. Dans celui de la sécurité ? M. le secrétaire d’État ne serait pas tout à fait d’accord… Dans celui de l’enseignement ? Non. Dans celui de la santé ? Non plus.
C’est la difficulté classique du passage à l’acte… Par ailleurs, il n’est pas plus envisageable, ni durablement soutenable, d’accroître l’endettement, et la mesure ne serait pas conforme à nos engagements européens.
 
Tout cela doit nous inviter à réfléchir à la pertinence de certaines niches, à l’évitement fiscal, aux retraites chapeaux et aux parachutes dorés, en un mot, à une remise à plat de toute la fiscalité.  
 
La parole est à Mme Nadia Hai. À l’image de cet article, l’ensemble du texte ne repose sur aucun socle budgétaire, ni même sur une vision honnête pour le pouvoir d’achat des Français. Humilité et respect ! On l’aura compris, chers collègues, cette proposition de loi vous offre une tribune politique, alors que nous préférons, de notre côté, soutenir sans relâche une politique répondant aux besoins des Français. Vous l’avez démontré, vos propositions ne reposent sur rien d’autre que votre agenda politique. Exprimer avec aplomb, comme vous le faites, des contrevérités et superposer des sujets qui n’ont aucun lien entre eux ne font pas un raisonnement juste et cohérent.
Vous avez évoqué la crise de 2008 pour justifier les hausses d’impôts intervenues entre 2007 et 2012. Sur les 650 milliards d’euros de dépenses publiques supplémentaires, 400 milliards résultent en effet de la crise, mais 250 milliards proviennent exclusivement et directement de la politique que votre majorité a soutenue.
(Applaudissements sur quelques bancs du groupe LaREM.)
 
Et vous avez augmenté les prélèvements obligatoires de 100 milliards : gardez donc vos leçons de morale budgétaire !  
 
Ce n’est pas nous qui donnons des leçons ! En effet, notre majorité a soutenu une politique, qui, contrairement à la vôtre, a sorti la France du déficit public dans lequel elle était enlisée depuis dix ans. Il faut le rappeler ! Nous avons également diminué les prélèvements obligatoires, à hauteur de 0,2 %. Notre ambition est d’accélérer cette trajectoire de baisse d’impôts.
En voyant votre proposition de diminuer l’impôt sur le revenu de 2 milliards d’euros, nous vous invitons à rejoindre notre majorité pour soutenir la baisse d’impôt de 5 milliards d’euros,...  
 
Non financée ! ...qui figurera dans le prochain projet de loi de finances. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LaREM.)
Mes chers collègues, quand l’envie vous prendra de parler de matraquage fiscal, il conviendra de savoir de quoi vous parlez ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM.)  
 
Et comment financez-vous les 5 milliards d’euros ? La parole est à M. Frédéric Reiss. Cette proposition de loi a tout son sens, car la France se trouve dans une situation bien singulière depuis novembre 2018. La question du pouvoir d’achat, mis à mal par les récentes augmentations d’impôts et de taxes, s’est imposée comme la revendication centrale des Français et a été le catalyseur de la mobilisation des gilets jaunes.
Notre pays détient le record d’Europe de déficit public.
 
Eh oui ! En 2018, la CSG a augmenté massivement, la taxe sur les carburants a connu une hausse sans précédent et le montant de la prestation d’accueil du jeune enfant a baissé. C’est pourquoi nous proposons de nouvelles mesures destinées à redonner du pouvoir d’achat aux Français. En 2018, les prélèvements obligatoires ont augmenté de 4,5 milliards d’euros, selon l’INSEE.
L’article 6 ne prévoit peut-être pas un financement original de nos propositions, mais avouez que les deux vagues de mesures de rééquilibrage et de rétropédalage du Gouvernement, après les annonces du Président de la République et le grand débat national, ne sont pas financées du tout.
 
Exactement ! Pire, la politique fiscale du Gouvernement oppose les Français les uns aux autres, avec une grande fracture entre les métropoles et la ruralité. (Applaudissements sur les bancs du groupe LR.) La parole est à M. Damien Abad. D’abord, chers collègues, vous n’avez pas le monopole de la vérité. Ce n’est pas parce que nous pensons différemment de vous que nos idées seraient, par essence, fausses. Les Français rejettent massivement cette arrogance.
Quelle est la réalité ? Monsieur Lavergne, nous ne pouvons pas gager les mesures d’une proposition de loi par une baisse des dépenses publiques. Si vous aviez déposé davantage de propositions de loi, vous connaîtriez cette règle élémentaire qui s’impose aux parlementaires.
 
C’est clair ! Nous faisons bien entendu porter le gage sur le tabac, comme tout le monde l’a fait ici dans cet hémicycle, en tout cas tous ceux qui ont déposé des propositions de loi. Ne venez pas nous donner une leçon, car elle est fausse et irrespectueuse du travail du Parlement.
La vérité, c’est que vous ne voulez pas changer de cap ni d’orientation. La vérité, c’est que vous voulez continuer à matraquer les retraités et les classes moyennes, et à attiser la tension entre les Français. La proposition de loi est de bon sens : tous ses articles reposent sur un principe simple, celui de remettre de l’équité sociale et fiscale entre les Français. Vous ne voulez pas entendre l’opposition. Vous ne l’entendez qu’une fois acculés, quand les Français sont dans la rue ou rejettent une partie de votre politique. C’est dommage ! Nous jouons notre rôle d’aiguillon. Vous feriez mieux de nous écouter.
 
Enfin, vous nous dites que nos propositions de dépenses ne sont pas sérieuses car elles devraient être présentées dans le cadre du projet de loi de finances. Mais les 10 milliards d’euros présentés au mois de décembre par le Président de la République l’ont-ils été ?
 
Absolument ! Monsieur Cazeneuve, vous plaisantez, j’espère ! Souvenons-nous : le dernier projet de loi de finances initiale dont nous avons débattu ne risquait pas de prévoir ces 10 milliards d’euros, puisqu’ils ont été présentés après l’adoption du projet de loi de finances rectificative pour 2018, en décembre ! Cela s’appelle des crédits budgétaires, monsieur Abad, vous le savez très bien ! Par ailleurs, vos propres mesures n’ont toujours aucun financement. Prenons la baisse de l’impôt sur le revenu de 5 milliards : vous ne dites nulle part comment vous comptez faire. Le Premier ministre lui-même a prononcé ici même, la semaine dernière, un très long discours : il a parlé de tout, sauf du financement des mesures annoncées.
Commencez donc par balayer devant votre porte ! La vérité, c’est qu’il faut faire preuve d’un minimum de courage politique.
(Applaudissements sur les bancs du groupe LR.)
  La parole est à Mme Cendra Motin. Chers collègues du groupe Les Républicains, vous venez de faire la démonstration que vous êtes prêts – et je vous y invite – à voter les mesures d’économies budgétaires que nous proposerons dans le prochain PLF. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LaREM.) Pourquoi pas ? Présentez-les ! Nous nous en réjouissons. Nous aussi ! On les attend ! La dépense publique étant au cœur de vos préoccupations, sachez que nous serons ravis, respectueux que nous sommes de nos institutions, de notre travail et des possibilités qui vous sont offertes de présenter des propositions de loi – en sus de celle dont nous débattons depuis ce matin et dont j’ai détaillé les raisons pour lesquelles vous devez la remettre sur le métier –, de débattre avec vous lors de l’examen du PLF, qui est le cadre adéquat en la matière.
Par ailleurs, nous comprenons que, pour vous, la réduction de la taxe d’habitation d’un tiers l’an dernier et de deux tiers au mois de septembre prochain relève du matraquage fiscal.
 
C’est votre péché originel ! Les Français, eux, ne l’entendront peut-être pas de cette oreille.
Nous comprenons qu’augmenter la CSG de 1,7 point, pour vous, est pire que l’augmenter de 2,5 points, comme vous l’avez fait de 2009 à 2012, sans faire alors grand cas des retraités.
(Applaudissements sur quelques bancs du groupe LaREM.)
 
Nous comprenons qu’augmenter les minimas sociaux pour les plus fragiles ne vous intéresse pas forcément,…
 
C’est faux ! …car en matière d’impôt, vous préférez l’universalité à la solidarité, qui fait aussi la force de notre nation.
Nous poursuivrons le débat lors de l’examen du prochain projet de loi de finances. Il sera passionnant, j’en suis persuadée !
(Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LaREM.)
  La parole est à M. le rapporteur. Nous arrivons au terme de l’examen de la proposition de loi. Je me contenterai d’une observation technique : à tout moment, le Gouvernement peut lever le gage. Il est d’usage de procéder de la sorte. Bien sûr ! Pour des mesures sans utilité ? À quoi bon ? D’un point de vue technique, les arguments opposés à l’article 6 ne résistent donc pas à l’examen. Au demeurant, nous avons clairement indiqué, dans l’exposé des motifs de la proposition de loi, que nous ne souhaitons pas gager exclusivement le financement de ses dispositions sur le tabac, … Mais aussi sur le cannabis ! (Sourires.) …et qu’il ne s’agit que d’une contrainte technique.
Quels enseignements tirer du débat ? Nous avançons cinq propositions fortes en faveur du pouvoir d’achat de nos concitoyens. La première : rétablir l’indexation sur l’inflation des retraites et des allocations familiales. Quelle est la réponse de la majorité ? Non. La deuxième : rétablir l’indexation sur l’inflation des aides au logement. Que répond la majorité ? Non. La troisième : annuler la hausse de la CSG pour tous les retraités. Votre réponse, chers collègues de la majorité, est encore non.
 
Nous proposons de rétablir les plafonds du quotient familial, vous répondez toujours non. Enfin – hélas ! –, à la proposition de baisser de 10 % l’impôt sur le revenu pour les deux premières tranches du barème, vous répondez non.
 
Les choses sont claires : nous faisons des propositions sérieuses, dont le financement est documenté. Et que se passe-t-il ? La majorité, hélas, en reste à ses positions très fermées.
 
Cela fait deux ans que nous formulons des propositions. Comme le président Woerth et moi-même avons eu l’occasion de le rappeler, vous avez été obligés d’en reprendre certaines, car la crise des gilets jaunes est passée par là.
 
En tout état de cause, j’espère que la façon dont la majorité traitera l’opposition à l’avenir sera un peu plus constructive. Pour l’heure, je retiens que la majorité, hélas, fait de l’obstruction parlementaire.
 
(L’article 6 n’est pas adopté.) L’ensemble des articles et des amendements portant article additionnel ayant été rejetés, la proposition de loi est rejetée. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LaREM.) Hélas !
L’ordre du jour appelle la discussion de la proposition de loi d’orientation et de programmation relative à la sécurité intérieure (nos 1933, 2030).
La parole est à M. Éric Ciotti, rapporteur de la commission des lois constitutionnelles, de la législation et de l’administration générale de la République. Cette proposition de loi du groupe Les Républicains nourrit une double ambition : exprimer une reconnaissance à l’égard de ceux qui assurent quotidiennement, souvent au péril de leur vie et avec un courage exemplaire, la protection de nos concitoyens ; et prendre un engagement afin que ces hommes et ces femmes exemplaires disposent des moyens nécessaires à l’accomplissement de cette mission exigeante et difficile mais ô combien essentielle, qui les expose très souvent à des menaces.
Nous souhaitons aborder l’examen du texte dans un esprit de consensus. Depuis plusieurs années – vous le savez bien, monsieur le secrétaire d’État auprès du ministre de l’intérieur – nos policiers, nos gendarmes et nos policiers municipaux sont en première ligne dans la lutte contre le terrorisme islamiste. Ils sont également confrontés à une violence quotidienne de plus en plus ancrée dans notre société. Ils ont dû faire face, et encore plus depuis plusieurs mois, à la violence exprimée lors de manifestations au cours desquelles leur intégrité physique a été atteinte – près de 2 000 d’entre eux ont été blessés. Ils font également face à une crise migratoire inédite, qui, hélas, n’est pas près de refluer.
 
Paradoxalement, tandis que ces menaces et ces risques augmentent, voire explosent, les moyens structurels dont disposent nos forces de l’ordre n’ont cessé de diminuer.
 
Depuis cinquante ans, l’effort budgétaire de la nation pour protéger les citoyens a été divisé par deux. Dans les années soixante, lorsque le général de Gaulle était président de la République, la nation consacrait 6,5 % de sa richesse à la protection des Français. Depuis lors, ce chiffre a été divisé par deux.
 
Grâce à M. Sarkozy ! Et aux 35 heures ! Monsieur Balanant, la responsabilité est partagée par tous les gouvernements qui se sont succédé depuis cinquante ans. Chacun a sa part de responsabilité. Au moins avons-nous le courage de le dire ! On peut toujours regarder vers le passé : chacun a sa responsabilité, et nous prenons la nôtre, même si le contexte était distinct de celui qui prévaut aujourd’hui.
À présent, allons-nous continuer à regarder vers le passé, ou allons-nous enfin affirmer collectivement, de façon consensuelle, en délaissant les clivages politiques, que la protection de nos concitoyens comme de ceux qui nous protègent est une priorité qui doit nous réunir, par-delà les caricatures et les clivages habituels ?
 
La division par deux de la part de richesse nationale consacrée à la protection des Français peut sembler un peu abstraite. Voici donc deux autres chiffres : sur 1 000 euros de dépense publique consentie par la nation, à peine 25 sont consacrés à la sécurité, et à peine 4 à la justice. C’est ridiculement faible.
 
La présente proposition de loi vise à faire en sorte que nous changions de cap, de méthode, et que nous consacrions enfin les moyens nécessaires à la sécurité de nos concitoyens.
 
Dans ce contexte, j’aimerais rappeler l’appel de détresse lancé dimanche dernier, dans une tribune commune, par tous les syndicats de police, des commissaires aux gardiens de la paix en passant par les officiers.
 
Je les cite : « Les policiers souffrent au sein d’une administration devant s’adapter en permanence aux injonctions souvent paradoxales du politique et de la société civile, dans une institution frappée par la disette budgétaire, étranglée dans des normes inadaptées à l’exercice de la mission régalienne ». Disette budgétaire ! Le mot est lâché, non par l’opposition, mais par des syndicats de convictions souvent différentes.
 
Par-delà ce message, penchons-nous sur un indicateur particulièrement dramatique : cette nuit, un policier, le trente-cinquième depuis le début de l’année, s’est suicidé. Trente-cinq policiers ont mis fin à leurs jours, soit autant que ceux dont nous avons déploré le suicide en 2018 – et nous ne sommes pas encore à la fin du mois de juin !
 
Monsieur le secrétaire d’État, ces chiffres doivent vous alerter. Ils doivent nous mobiliser, collectivement. On ne peut pas se contenter d’une « circulaire barbecue » qui explique qu’il faut renforcer la convivialité. Il faut surtout plus de moyens. Tel est l’objet du présent texte.
 
Compte tenu de ce constat, que nous pouvons tous partager, il est donc indispensable, et c’est ce que nous proposons, de changer de méthode. La proposition de loi prévoit une programmation embrassant plusieurs perspectives à moyen terme. Il faut cesser de réagir, sous le coup de l’émotion, aux circonstances particulières et aux attentats. Il faut dessiner une perspective plus ample, et de plus long terme.
 
Tout d’abord, nous proposons d’apporter une réponse matérielle à la crise. Il est urgent de rendre à nos forces de l’ordre des marges de manœuvre budgétaires.
 
Je le dis solennellement : la France doit offrir des conditions de travail plus dignes à ceux qui nous protègent. Au sein de la seule police nationale, 400 commissariats sont en situation de vétusté, et il en est de même dans la gendarmerie nationale.
 
En vue d’y remédier, la proposition de loi prévoit, dans le cadre d’une démarche programmatique semblable à celle adoptée il y a plus de dix ans par la LOPSI I puis par la LOPPSI II – lois d’orientation et de programmation pour la sécurité intérieure –, un engagement supplémentaire de 15 milliards d’euros pour la période 2020-2025, soit 2,5 milliards supplémentaires par an. Cela peut sembler élevé, dans un cadre comptable, mais nous le devons à la nation et à ceux qui assurent sa sécurité.
 
L’article 3 vise à remédier à une situation parfaitement insupportable : aujourd’hui, l’État doit à nos policiers le paiement de 25 millions d’heures supplémentaires. C’est un scandale !
 
Il a raison ! Cette situation amorale déstructure nos services en profondeur, et contraint parfois nos policiers à partir en retraite avec un, deux ou trois ans d’avance, leur poste restant ouvert.
Le deuxième objectif du texte est de mieux protéger ceux qui nous protègent. De nos jours, l’uniforme ne protège plus, il expose. Chaque jour, on dénombre en moyenne 78 agressions contre les dépositaires de l’autorité publique et 178 outrages et violences à leur encontre. Chaque jour, 21 policiers et gendarmes sont blessés en mission. Quant aux agressions visant les sapeurs-pompiers, leur nombre a augmenté de 150 %. Les magistrats ne sont pas épargnés : il y a trois jours, la présidente d’une cour d’assises a été sauvagement agressée.
 
Nous proposerons donc de renforcer, par voie d’amendement, la protection des dépositaires de l’autorité publique. Nous considérons que l’uniforme doit être inviolable.
 
 
Lorsque des délinquants commettent des crimes et des délits contre des policiers, des gendarmes, des policiers municipaux, des pompiers, des magistrats, nous proposerons également d’instaurer des peines planchers, de systématiser le prononcé d’une peine d’interdiction du territoire français ou d’une expulsion pour les étrangers, d’écarter l’application de l’excuse de minorité. Enfin, nous proposerons de réprimer plus lourdement et plus efficacement les forces de l’ordre dont ils feraient l’objet.
 
Le troisième et dernier pilier de cette proposition de loi, c’est la volonté d’assurer un « continuum de sécurité », pour reprendre les termes de l’excellent rapport de nos collègues Alice Thourot et Jean-Michel Fauvergue, et pour cela de renforcer les prérogatives des polices municipales. Nous reprenons d’ailleurs certaines des excellentes propositions de ce rapport ; vous soutiendrez leur adoption, je n’en doute pas, mes chers collègues.
 
La sécurité des Français et de ceux qui nous protègent exige un dépassement des clivages politiques, et appelle l’unité nationale.
 
Très bien ! Nous nous devons de dépasser les postures partisanes, les préjugés et les dogmes, d’où qu’ils viennent. C’est la raison pour laquelle nous espérons que ce texte sera soutenu par l’ensemble des députés. (Applaudissements sur les bancs du groupe LR. – Mme Emmanuelle Ménard applaudit également.) La parole est à M. le secrétaire d’État auprès du ministre de l’intérieur. La sécurité des Français est une priorité absolue du Gouvernement, et depuis deux ans, aucun effort n’a été économisé pour la renforcer.
Nous avons, très rapidement, fait voter la loi renforçant la sécurité intérieure et la lutte contre le terrorisme – SILT.
 
Nous avons lancé, et amplifié cette année, la police de sécurité du quotidien : une sécurité du sur-mesure, qui s’adapte aux territoires ; une sécurité de la confiance, du terrain, qui conforte le lien entre les Français et leurs forces de l’ordre ; une sécurité du partenariat enfin, qui fait travailler ensemble police, gendarmerie, collectivités locales, polices municipales, acteurs de la sécurité privée.
 
Nous avons augmenté les moyens de la police et de la gendarmerie. Nous avons prévu la création de 10 000 postes de policiers et gendarmes au cours du quinquennat : 2 000 ont été créés l’année dernière, et 2 500 le seront cette année. Nous renforçons les moyens matériels de notre police et notre gendarmerie. Pour vous donner un exemple concret, et très attendu par nos forces de l’ordre, en 2018, 6 000 voitures neuves ont été commandées ; c’est 1 000 de plus qu’en 2017. En 2019, nous continuons cet effort, avec 5 800 voitures neuves commandées.
 
Ces avancées, je pense qu’au-delà des clivages, nous pouvons nous en réjouir tous ensemble. Elles offrent aux Français une véritable sécurité et permettent de faire baisser un peu la tension qui pèse sur des forces de l’ordre, éprouvées par les suppressions d’emplois qui ont eu lieu par le passé – certains d’entre vous les ont rappelées, mais il faut toujours s’en souvenir. J’ai entendu que cette responsabilité est assumée, mais je redirai néanmoins que ce n’est qu’à la fin de cette année que nous aurons à nouveau autant de gardiens de la paix que nous en avions en 2007.
 
Ces coupes claires parmi les effectifs de la police et de la gendarmerie nationale, je crois que plus personne ne les supporte. J’ai l’impression que du chemin a été parcouru depuis, et si c’est bien le cas, je m’en réjouis très sincèrement. Christophe Castaner et moi-même avons toujours été hostiles à ces suppressions d’effectifs et nous le restons aujourd’hui. Le Gouvernement entend bien poursuivre l’augmentation des effectifs.
 
Mais, nous le savons bien, les effectifs et les augmentations de moyens ne sont pas tout. Il faut aussi une analyse précise, détaillée, prospective de la menace. Or celle-ci, vous l’avez rappelé, monsieur le rapporteur, a objectivement évolué. Elle impose une gestion nouvelle de l’ordre public ; elle impose également de prendre en considération une menace terroriste plus importante mais aussi des violences de plus en plus fréquentes, notamment contre les personnes dépositaires de l’autorité publique.
 
Cette analyse nous permettra d’inscrire dans le marbre de la loi la montée en puissance des moyens de notre police et de notre gendarmerie. Il faudra aussi aborder les problèmes structurels de nos directions et les préoccupations du quotidien de nos forces de sécurité intérieure.
 
Il nous faut donc procéder avec méthode, procéder dans l’ordre. C’est bien notre idée. Bâtir une loi de programmation nécessite d’abord un état des lieux précis de la menace : c’est l’objet du livre blanc sur la sécurité intérieure annoncé par le Premier ministre dans sa déclaration de politique générale, et dont nous allons sans tarder engager la préparation.
 
Bâtir une loi de programmation demande aussi une concertation large, des échanges avec les syndicats et les instances de concertation de la gendarmerie. Nous les menons depuis des semaines et avançons conjointement avec les organisations syndicales de la police nationale sur les questions déterminantes du temps de travail et des heures supplémentaires.
 
Bâtir une loi de programmation demande également de consulter des directions, des experts, des élus, et d’établir des comparaisons avec les solutions pratiquées à l’étranger. Cela demande, surtout, de donner la parole aux femmes et aux hommes du terrain, aux policiers et aux gendarmes, qui sont les plus fins connaisseurs de la sécurité intérieure, ainsi qu’aux citoyens, aux Français. C’est ce que nous sommes en train d’organiser ; Christophe Castaner et moi-même sommes résolument engagés dans ce mouvement.
 
Une loi de programmation se réfléchit, se conçoit, se concerte. C’est un travail de longue haleine que nous ne devons ni négliger ni brusquer.
 
Aussi, vous comprendrez qu’il est impossible au Gouvernement de soutenir cette proposition de loi, qui est sans doute le fruit de lectures théoriques mais dont les articles méritent d’être confrontés à la réalité, ce que nous allons faire au cours de la discussion.
 
Ce n’est même pas moi qui pointe le manque de concertation et le caractère peu opportun de ce texte : les organisations syndicales elles-mêmes ont affirmé en commission que ce texte était précipité et qu’il convenait de respecter le processus de négociation engagé. C’est d’ailleurs dans ce dernier cadre, monsieur le rapporteur, que s’inscrit la tribune que vous avez évoquée, publiée dans le
Journal du dimanche  : émanant de syndicats pour la plupart majoritaires, elle vient nourrir la réflexion en cours et s’inscrit dans le dialogue permanent que Christophe Castaner et moi-même entretenons avec les organisations syndicales.
 
Nous serions bien présomptueux de prétendre savoir ce qui est bon pour les policiers et les gendarmes sans même les avoir consultés. Plutôt que de parler à leur place, je propose que nous les écoutions vraiment : menons à terme le livre blanc et le dialogue social ; écrivons le projet de loi de programmation de sécurité intérieure. Ce texte, réfléchi et concerté, constituera une base de discussion dont chacun pourra s’emparer.
 
En effet, je crois profondément à la plus-value du travail parlementaire et à l’enrichissement de nos textes par la discussion en commission et dans l’hémicycle. Je compterai alors sur l’investissement de tous. Christophe Castaner et moi-même ne fermerons aucune porte a priori.
 
Nous sommes d’autant plus à l’aise pour le dire que la proposition de loi que nous examinons aujourd’hui identifie de façon pertinente quelques problèmes auxquels nous sommes précisément en train de réfléchir.
 
L’article 3 du texte, par exemple, s’attelle à la question des heures supplémentaires. C’est évidemment une question qui nous préoccupe. Un stock s’est accumulé depuis des années, une dette s’est construite, que les différents gouvernements ont laissé filer. Oui, c’est un vrai problème, qui mérite de vraies réponses. C’est pourquoi nous avons confié une mission d’audit sur ce sujet à l’inspection générale de l’administration. C’est pourquoi nous sommes aussi convenus avec les syndicats de travailler à une solution : nous échangeons depuis le mois de décembre pour y parvenir.
 
Mais, pour réussir, préférons le dialogue aux solutions toutes faites.
 
Une autre question intéressante soulevée par ce texte est celle des polices municipales, aux articles 9 et 10. Je connais bien le travail remarquable des polices municipales ; je connais bien leur qualité et leur engagement pour concourir à la sécurité des Français, avec la police et la gendarmerie. Je crois donc qu’il faut fortifier les liens entre police et gendarmerie d’un côté, et polices municipales de l’autre. Je crois comme vous, monsieur le rapporteur, que nous devons nous efforcer de bâtir ce véritable continuum de sécurité qu’appellent également de leurs vœux dans leur rapport Alice Thourot et Jean-Michel Fauvergue, dont je salue le travail. Établir un tel continuum sera un des objectifs de la loi de programmation de sécurité intérieure.
 
Là encore, la proposition de loi pèche par impréparation : certaines dispositions ne sont pas constitutionnelles. Ainsi, confier la qualité d’agent de police judiciaire aux agents de polices municipales serait contraire à l’article 66 de la Constitution ; des dispositions proches avaient été censurées par le Conseil constitutionnel en 2011 dans sa décision sur la LOPPSI 2.
 
Pour le reste, certaines propositions de ce texte peuvent apparaître idéologiques ou inconstitutionnelles, ou alors n’ont pas montré leurs effets – et ces caractéristiques ne sont pas exclusives les unes des autres.
 
Nous y reviendrons dans la discussion, mais je pense par exemple à l’article 4 sur les peines planchers : au-delà même de la défiance gênante vis-à-vis de l’institution judiciaire qu’une telle mesure implique, je rappelle que les peines planchers n’ont montré aucune efficacité contre la récidive et n’ont pas même conduit à une augmentation significative des peines d’emprisonnement prononcées.
 
Je pense encore à l’article 5, qui propose des interdictions obligatoires du territoire français alors même que le Conseil constitutionnel a répété plusieurs fois que les peines obligatoires étaient contraires à la Constitution.
 
Je regrette ces dispositions, car je crois que s’il y a bien un thème où le clivage entre droite et gauche n’a plus cours, c’est celui de la sécurité.
 
J’espère bien ! En matière de sécurité, nous partageons des ambitions communes et nous ne devons pas, nous ne pouvons pas nous diviser. La sécurité des Français, comme les conditions de travail et d’engagement de tous ceux qui y œuvrent, méritent du travail, de la préparation et de la réflexion, mais ni postures ni précipitation.
À cet égard, monsieur le rapporteur, je me dois d’aborder ici la question des suicides. On ne peut pas résumer l’action du Gouvernement, vous le reconnaîtrez, à une instruction visant à améliorer la convivialité dans les services de police. Celle-ci ne constitue qu’un élément d’un plan d’ensemble qui visait aussi à mieux détecter, à mieux prendre en charge et surtout à mieux connaître les moyens dont ont besoin nos policiers et nos gendarmes.
 
Nous avons malheureusement déploré cette nuit le trente-quatrième suicide de l’année, alors que nous en avions compté trente-cinq l’an dernier. Cette augmentation est en effet extrêmement préoccupante.
 
Le Gouvernement s’opposera à ce texte. Nous nous attachons à continuer la consultation large que nous menons : des négociations productives sont en cours pour bâtir une loi de programmation efficace, concertée et réellement protectrice de la sécurité des Français. Nous en débattrons plus longuement lors de la discussion des articles.
(Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LaREM et quelques bancs du groupe MODEM.)
 
Dans la discussion générale, la parole est à M. Michel Vialay. J’aime répéter que la sécurité est la première de nos libertés.
Nous avons sans aucun doute l’une des meilleures polices du monde. Pourtant, les attentes des populations semblent toujours moins satisfaites. Le sentiment d’insécurité s’accroît, et se conjugue avec une perte de confiance des fonctionnaires qui sont chargés d’assurer notre sécurité.
 
Notre premier objectif doit être de retrouver ou d’instaurer des dispositifs simples, choisis pour leur efficacité, et centrés sur le rétablissement de l’ordre républicain.
 
J’en profite ici pour remercier Éric Ciotti, à l’initiative de la proposition dont nous débattons aujourd’hui dans l’hémicycle, pour son travail et pour son engagement de très longue date au bénéfice de la sécurité des Français. Merci de nous avoir proposé ce texte qui permet, enfin, d’engager une réflexion programmatique sur la sécurité qui manque cruellement au débat public depuis plus de dix ans.
 
Ce texte propose à juste titre de réarmer l’État en augmentant significativement les moyens budgétaires dédiés aux forces de l’ordre et en améliorant leurs conditions de travail, tout en renforçant les outils juridiques destinés à les protéger ainsi qu’en renforçant les prérogatives des policiers municipaux.
 
Les évolutions nécessaires sont profondes et importantes, et il est capital qu’en tant que députés, nous nous saisissions dès aujourd’hui de ces enjeux, car l’inaction, mes chers collègues, est la source d’une amertume croissante de nos concitoyens, qui conduit aux thèses des extrêmes de toutes sortes.
 
Je vous le dis, mes chers collègues, le rejet de ce texte en commission n’est pas la hauteur de l’attente des Français. Ne répondre qu’à des problèmes immédiats, et encore, très partiellement, sans logique d’ensemble, ne résoudra rien à long terme.
 
La sécurité de nos concitoyens doit être appréhendée sans esprit partisan. Notre objectif, ainsi que celui du Gouvernement, doit être non seulement de leur apporter la protection qu’ils demandent et à laquelle ils ont pleinement droit – c’est le rôle même de la nation – mais aussi la sécurité, et de protéger d’autant plus ceux qui les protègent, en risquant parfois leur vie.
 
Les événements dramatiques qu’a connus notre pays ces dernières années ont conduit le gouvernement de l’époque à décider de pérenniser le port d’une arme en dehors de leur service par les policiers et les gendarmes, en dehors de toute période d’état d’urgence. Ce fut une très bonne chose. Mais comprenez bien ici que l’ensemble des forces de l’ordre sont devenues des cibles potentielles pour des terroristes ou pour ceux qui veulent s’attaquer aux femmes et aux hommes qui incarnent ou ont incarné la défense de notre République et de la France.
 
Il y a trois jours, une présidente de la cour d’assises de Versailles a été violemment agressée à son domicile, dans une commune des Yvelines.
 
Quelle honte ! N’est-ce pas encore un exemple suffisamment parlant des risques que peuvent encourir les représentants de notre République ? Et pensez-vous au fonctionnaire de police confronté à un prévenu rempli de haine, qui lui portera un regard assassin en le menaçant verbalement, lui et sa famille ?
L’indignation ne suffit plus. Les réactions médiatiques sont outrageusement cyniques et les déplacements des ministres en cas d’événement tragique ne peuvent plus se limiter à des opérations de communication qui ne sont suivies d’aucun effet.
 
Dans la soirée du 13 juin 2016, un terroriste a assassiné sauvagement deux fonctionnaires de police à leur domicile, dans les Yvelines. Un hommage a eu lieu il y a une semaine, jour pour jour, au commissariat où l’une des deux victimes exerçait ses fonctions, en présence du ministre de l’intérieur et de vous-même, monsieur le secrétaire d’État.
 
À cette occasion, devant tous les fonctionnaires de police présents pour cet hommage, le ministre de l’intérieur a insisté sur sa volonté de lutter contre le terrorisme avec des mesures fortes et un engagement sans faille en termes d’effectifs et de moyens. J’y étais.
 
Monsieur le secrétaire d’État, il faut passer des paroles aux actes. Cette proposition de loi vous offre, à vous et au Gouvernement, une formidable opportunité de démontrer, sans attendre, la réalité de votre volonté d’engagement en la matière.
 
Les mots « indignation » et « émotion » perdent de leur valeur quand rien n’est proposé pour remédier aux actes odieux qui ont lieu dans notre pays. Le texte que nous débattons, au contraire, vise à redonner à l’État les moyens de son autorité, au moment où celle-ci ne cesse de régresser.
 
Je souhaite qu’aujourd’hui chacun d’entre nous, ici présent, puisse bien mesurer l’impact que peut avoir son vote sur ce texte et la responsabilité qu’il porte envers nos concitoyens et la France entière, au regard de nos enjeux de sécurité.
 
Chers collègues, il est indispensable de faire respecter l’ordre républicain. Pour y parvenir, il faut nous doter des moyens de toutes sortes qui sont nécessaires. Le courage politique est la clé des évolutions au service de nos concitoyens.
 
Pour toutes ces raisons, le groupe Les Républicains votera évidemment cette proposition de loi en faveur d’un indéniable renforcement des moyens pour assurer la sécurité des Français.
(Applaudissements sur les bancs du groupe LR.)
  La parole est à Mme George Pau-Langevin. Nous abordons avec cette proposition de loi un sujet indiscutablement important puisque, nous le savons, les forces de l’ordre ont été particulièrement sollicitées, notamment au cours des dernières années – par le terrorisme, et, plus récemment, par les crises sociales comme celle des gilets jaunes. Elles font preuve depuis des mois de beaucoup d’abnégation et d’un engagement sans faille dans les missions qu’elles assument, dans des conditions particulièrement éprouvantes.
Le drame des suicides a été évoqué. Il est réel et en dit long sur le parcours de souffrance de certains de nos policiers. Dans ce contexte de terrorisme, les forces de l’ordre ont été très mobilisées, ce qui rend leur quotidien et celui de leurs familles très difficile.
 
Les objectifs de la proposition de loi sont clairement affichés : vous proposez de renforcer les moyens budgétaires dédiés aux forces de l’ordre ainsi que les outils juridiques destinés à les protéger, et d’augmenter les prérogatives des policiers municipaux.
 
Nous sommes évidemment favorables à la poursuite des efforts budgétaires engagés notamment par Bernard Cazeneuve afin de sortir de la crise des institutions, et que le gouvernement actuel essaie de poursuivre. Mais, sans vouloir polémiquer, il paraît difficile d’oublier le nombre important de postes de policiers supprimés avant 2012. Ces suppressions ont contraint à un exercice délicat pour remettre sur le terrain des gendarmes et des policiers, d’autant que la situation, du fait du terrorisme, s’était complexifiée.
 
Faute de moyens humains et matériels, les policiers et les gendarmes se sentent souvent dans l’impossibilité de répondre correctement à toutes les sollicitations de nos concitoyens. Et la suppression de la police de proximité n’arrange rien !
 
Nous le savons, les habitants de nos quartiers populaires sont les premières victimes de ce sentiment d’insécurité. Il faut donc donner aux forces de l’ordre les moyens d’assurer leurs missions.
 
La vétusté des locaux dont vous avez parlé est, là encore, un problème réel. Malgré les efforts réalisés pour rattraper les retards considérables existants, les besoins pour améliorer les conditions matérielles dans lesquelles les policiers travaillent sont importants.
 
La proposition de loi avance de nombreux chiffres en vue d’un renforcement budgétaire. Il s’agit par exemple de ventiler des crédits supplémentaires pour la gendarmerie et la police nationale, ou de lancer un plan global d’investissement immobilier. Ce qui est gênant, c’est qu’une proposition de loi n’est pas le bon endroit pour cela : ces demandes de crédits, même si elles sont justifiées, auraient sans doute davantage leur place dans les discussions que nous avons chaque année sur le projet de loi de finances.
 
Vous abordez aussi une question très sérieuse, celle du paiement des heures supplémentaires accumulées depuis 2014. Là encore, vous touchez à un problème réel. Certains policiers comptabilisent tant d’heures supplémentaires non payées qu’ils partent à la retraite deux à trois ans plus tôt. Mais on a du mal à comprendre la solution que vous proposez pour obliger l’État à les payer : vous proclamez un engagement, mais comment y arrivera-t-on dans les faits ?
 
Sur d’autres sujets, je suis un peu plus sceptique. Vous envisagez par exemple de réintroduire les peines planchers. C’est un débat, monsieur Ciotti, que nous avons déjà eu depuis 2007 et vous ne vous étonnerez pas de constater que je ne suis pas davantage convaincue par les peines planchers aujourd’hui que je ne l’étais à cette date.
 
Nous avons vu ces mesures à l’œuvre, puisque la loi a prévu une certaine automaticité de la peine. Cette disposition a été contestée au motif que l’individuation de la peine est un principe fondamental des droits français et européen. Il a été constaté que ces peines planchers pouvaient permettre aux prévenus d’encourir les mêmes peines, qu’ils braquent une bijouterie ou fracturent un distributeur de boissons. De même, un jeune de 20 ans ayant acheté deux grammes de cannabis pouvait encourir quatre années de prison, alors même qu’on entend dire aujourd’hui à la radio que certains voudraient légaliser la distribution du cannabis – pour ma part, je suis très sceptique envers cette évolution.
 
En 2014, les peines planchers ont été supprimées au motif qu’elles n’étaient pas dissuasives et ne permettaient pas de lutter efficacement contre la récidive. Je vous reconnais le mérite de la ténacité, puisque vous proposez d’y revenir...
 
Merci ! …mais je demeure perplexe quant à leur intérêt, à un moment où nous essayons plutôt d’aménager les peines pour éviter d’accroître la surpopulation carcérale.
S’agissant de la fin de l’excuse de minorité, c’est là encore un vieux débat. Je sais que vous pensez que des jeunes de 16 ans grands et baraqués devraient pouvoir être condamnés comme des majeurs. Là encore, un principe fondamental de notre droit s’y oppose : celui d’envisager le mineur comme un être en devenir. Par conséquent, on doit garder l’espoir qu’il sera sensible à des mesures d’éducation.
 
C’est la raison pour laquelle notre justice des mineurs, si souvent décriée, permet tout de même à la grande majorité des jeunes qui passent devant le juge de retrouver le chemin du respect de la loi.
 
Nous ne voyons donc pas en quoi le fait de les juger comme des majeurs sera plus efficace et leur permettra de mieux comprendre la règle et de l’appliquer.
 
Avec les nombreuses dérogations que vous proposez, l’excuse de minorité sera vidée de son sens. Parmi les engagements internationaux que nous avons pris, la Convention internationale des droits de l’enfant nous engage à ne pas traiter les enfants âgés de 16 à 18 ans différemment de ceux de moins de 16 ans. Je vous renvoie à ce titre au très bel exposé des motifs de l’ordonnance du 2 février 1945 relative à l’enfance délinquante : « La France n’est pas assez riche d’enfants pour qu’elle ait le droit de négliger tout ce qui peut en faire des êtres sains. »
 
Je ne suis donc pas persuadée que la proposition de loi offre une solution adéquate au problème réel de la délinquance des mineurs.  
 
Vous prévoyez aussi un durcissement des peines en cas d’injures publiques à l’endroit des forces de l’ordre – celles-ci passeraient de 12 000 euros à un an d’emprisonnement et 45 000 euros d’amende. Il est vrai que les incivilités et les comportements méprisants ou agressifs à l’égard des forces de l’ordre voire des pompiers sont inadmissibles. Il faut cependant voir si ce que vous proposez est de nature à régler le problème.
 
S’agissant des polices municipales, il faut certes parvenir à leur donner des prérogatives plus importantes, car, étant très présentes sur le terrain, elles sont parfois en danger. Vous proposez d’habiliter les agents de police municipale à réaliser des contrôles d’identité. Certaines procédures sont toutefois réservées à des fonctionnaires nationaux, qui sont formés et les appliquent alors avec davantage de sécurité.
 
Je reconnais que les contrôles d’identité demeurent une plaie dans les relations entre la police et les habitants de certains quartiers, notamment les plus jeunes. Sans doute devons-nous approfondir la réflexion sur ce point. Manuel Valls avait généralisé les caméras permettant de vérifier que le contrôle s’effectue dans de bonnes conditions. Un bilan de cette procédure est souhaitable. Bref, nous devons travailler sur ce sujet, mais votre proposition me semble un peu rapide.
 
Cette proposition de loi ne me surprend pas, car elle traite des sujets de préoccupation de M. Ciotti, qui sont sérieux et fondamentaux. En l’état actuel, je suis toutefois perplexe quant aux solutions proposées. C’est la raison pour laquelle, sans préjuger toutefois de la discussion, notre groupe s’abstiendra très certainement.
(Applaudissements sur les bancs du groupe SOC.)
  La parole est à M. Erwan Balanant. Le bon ordre, la sécurité, la salubrité et la tranquillité publique : voici ce à quoi concourent nos forces de l’ordre. Souvent décriées, elles assurent dans des conditions souvent difficiles une fonction essentielle au maintien de l’autorité de l’État, et bénéficient, je l’espère, du soutien de l’ensemble des bancs de cet hémicycle.
Le sens du sacrifice de nos forces de l’ordre, leur dévouement pour l’intérêt général, constatés par l’ensemble de nos concitoyens, quotidiennement, constituent la source de la profonde considération que nous leur portons. Celle-ci nous interdit de nous hâter pour proposer une réforme des moyens mis à la disposition des forces de l’ordre sans une concertation préalable de l’ensemble des acteurs concernés. Une telle réforme serait vouée à l’échec.
 
À ce titre, le Premier ministre l’a rappelé lors de son discours de politique générale du 12 juin dernier, un projet de loi de programmation pour la sécurité intérieure sera présenté dans les prochains mois. Il apparaît par conséquent impératif de construire un travail de réforme, structuré et adapté aux difficultés que connaissent aujourd’hui nos forces de l’ordre, en s’inscrivant dans un cadre plus général que celui de cette proposition de loi.
 
Chacun sur ces bancs pourra contribuer par des propositions concrètes à ce projet de loi.
 
Le sens de la responsabilité que nous devons avoir envers ceux qui assurent l’ordre public doit nous empêcher d’opter pour la solution facile de la répression hasardeuse. Les Français méritent bien mieux. Nous devons tirer les leçons des choix passés. Ainsi, la loi du 10 août 2007 renforçant la lutte contre la récidive des majeurs et des mineurs avait instauré un mécanisme restreignant la liberté des juges dans la fixation du quantum de certaines peines d’emprisonnement, lequel mécanisme a été supprimé par la loi du 15 août 2014 relative à l’individualisation des peines et renforçant l’efficacité des sanctions pénales. Parfois, une bonne idée n’est pas une bonne idée, monsieur Ciotti.
 
La formule fera date ! En la matière, l’alternative demeure assez simple : devons-nous fixer de manière abstraite des peines par principe ou laisser toute latitude aux magistrats du siège dans leur appréciation des faits ? Le groupe MODEM et apparentés opte évidemment pour la seconde solution, car notre appareil judiciaire ne peut être accusé de laxisme alors qu’il prend déjà en compte les circonstances aggravantes prévues par le code pénal lorsque des infractions sont commises sur des personnes dépositaires de l’autorité publique. Nous le savons par expérience, les infractions commises contre les forces de l’ordre sont sévèrement punies. Un excès d’autorité en la matière serait tout simplement contre-productif. Laissons l’autorité judiciaire apprécier, après un débat contradictoire, la sanction à appliquer.
Le pragmatisme nous impose un constat : la jeunesse d’aujourd’hui n’est pas celle d’hier et ne sera pas celle de demain, personne ne l’ignore. Les infractions commises par les mineurs ont par conséquent elles aussi évolué, c’est un fait. Pour autant, notre responsabilité collective doit-elle nous pousser à perdre totalement espoir en cette jeunesse, souvent désœuvrée et désemparée ? Je ne le crois pas. Bien au contraire. Toutefois, notre sens des responsabilités ne nous conduit pas pour autant à ignorer un problème qui s’impose à notre société. Il nous commande simplement de le traiter avec humanisme, efficacité et pragmatisme.
 
Je le rappelle, l’excuse de minorité peut actuellement être écartée pour les mineurs de plus de 16 ans, compte tenu des circonstances de l’espèce et de la personnalité du mineur. En outre, des circonstances aggravantes sont prises en compte par les magistrats lorsqu’ils apprécient ce type d’infractions. L’excuse de minorité ne doit pas constituer un horizon indépassable, mais la supprimer purement et simplement, sans l’inscrire dans un cadre plus général, ne semble pas coller aux objectifs de cette proposition de loi. Le Gouvernement l’a bien compris, et la ministre de la justice proposera une réforme de la justice pénale des mineurs.
 
La proposition de loi prévoit la possibilité pour les membres du cadre d’emplois des directeurs de police municipale assurant la direction fonctionnelle et opérationnelle des services de procéder à des opérations de police judiciaire. Personne n’ignore que, pour pallier l’absence de forces étatiques, certaines communes se sont trouvées dans l’obligation de recourir à des forces d’appoint, notamment à la police municipale. Toutefois, la formation suivie par les policiers municipaux n’est pas la même que celle dont bénéficient les officiers de police judiciaire – OPJ. En cette matière aussi, nous devons écarter toute hâte afin de trouver une solution crédible et adaptée à la réalité du terrain. Nous devons rechercher un équilibre entre d’une part la sauvegarde des libertés individuelles et d’autre part la nécessité de préserver l’ordre public. Cet équilibre nous assurera un mécanisme permettant de répondre aux difficultés de certaines communes dans leur mission de maintien de l’ordre, sans pour autant introduire une confusion entre deux forces de l’ordre qui n’assurent pas les mêmes missions.
 
Les objectifs de cette proposition de loi ne peuvent que trouver un écho favorable au sein d’une représentation parlementaire qui porte une profonde considération aux forces de l’ordre. Cependant, nous nous devons de constater qu’elle ne comporte pas les moyens de ses ambitions. Le groupe MODEM et apparentés ne soutiendra donc pas cette proposition de loi.
(Applaudissements sur les bancs du groupe MODEM.)
  La parole est à M. Jean-Félix Acquaviva. Pour faire face à la menace terroriste qui met en alerte la France depuis les attentats de 2015, les forces de l’ordre sont sollicitées ; elles l’ont été encore plus ces huit derniers mois, et ce, sans discontinuer, chaque week-end, à l’occasion des manifestations du mouvement des gilets jaunes. La mauvaise gestion de ces événements, que nous avons dénoncée dans cette assemblée, a renforcé la fatigue et l’exaspération des agents.
Le groupe Libertés et territoires tient à saluer l’engagement des fonctionnaires de police. Mais s’il convient de les honorer, et surtout de leur donner les moyens d’accomplir leurs missions en toute sécurité, une nouvelle loi sécuritaire correspond-elle pour autant à leurs attentes ?
 
Nous sommes convaincus que le maintien de l’ordre peut s’exercer efficacement sans que nous ayons à adopter une énième loi venant inscrire dans le droit commun des mesures d’exception qui, désormais, se banalisent. Il faut se garder de légiférer systématiquement dans l’urgence lorsqu’une difficulté survient.
 
En deux ans, notre Assemblée a déjà adopté trois lois de ce type : la loi du 30 octobre 2017 renforçant la sécurité intérieure et la lutte contre le terrorisme ; la loi du 10 septembre 2018 pour une immigration maîtrisée, un droit d’asile effectif et une intégration réussie ; la loi du 23 mars 2019 de programmation 2018-2022 et de réforme de la justice.
 
Cette inflation législative, qui participe à l’encombrement du système policier et judiciaire, ne saurait être aggravée par des mesures pour le moins discriminatoires, vis-à-vis notamment des ressortissants étrangers.
 
Monsieur le rapporteur, votre proposition de loi n’évoque pas les modalités de financement des crédits supplémentaires prévus dans l’article 2, ce qui nous fait craindre la création d’une nouvelle taxe. Je tiens à rappeler que dans les deux derniers projets de loi de finances, les crédits alloués à la mission « Sécurités » ont très largement augmenté.
 
Nous nous rejoignons, cependant, sur la nécessité de mieux prendre en compte les efforts fournis par les forces de l’ordre. Cela suppose, comme vous l’avez précisé, le paiement des heures supplémentaires qu’elles ont effectuées. Nous soutenions déjà cette mesure lors de l’examen du projet de loi relatif à la transformation de la fonction publique. Il est impératif que l’État paye les heures supplémentaires déjà effectuées, et ce pour toutes les fonctions publiques, qui sont exsangues, notamment la fonction publique hospitalière.
 
Les salariés du privé bénéficient du paiement de leurs heures supplémentaires, par ailleurs exonérées de charges depuis peu. Pourquoi les fonctionnaires n’auraient-ils pas droit au même régime ? La défiscalisation doit profiter aux fonctionnaires afin de tendre vers plus d’équité. Les fonctionnaires n’ont pas été concernés par les annonces du Président de la République en décembre dernier. Cette injustice doit être réparée, alors que les Français nous demandent de rétablir la justice sociale.
 
Le Gouvernement évoque la rémunération au mérite. Mais quelle peut être la crédibilité d’une telle mesure auprès de fonctionnaires qui ne sont pas payés pour leurs efforts quotidiens ?
 
Si notre groupe approuve le paiement des heures supplémentaires inscrit à l’article 3, il ne souscrit absolument pas aux autres dispositions de votre proposition de loi. Ainsi, le vaste volet répressif de ce texte ne correspond pas à notre vision dans les domaines de la sécurité, de la prévention et des solutions pénales, qui repose sur l’équilibre des sanctions.
 
La peine d’interdiction du territoire français mentionnée à l’article 5 n’est pas récente. Présente depuis près de quarante ans dans notre législation, cette dernière ne visait initialement qu’à réprimer plus durement les infractions de trafic et de consommation de stupéfiants commises par des étrangers. Son champ d’application a peu à peu été étendu, et concerne maintenant près de deux cents infractions définies par le code pénal, allant des atteintes aux personnes aux atteintes aux biens commises avec violence, en passant par les atteintes aux intérêts fondamentaux de la nation, pour ne citer que ces trois exemples. Nous considérons que cette peine constitue une discrimination évidente à l’égard des étrangers, et même une double peine dans les faits.
 
Par ailleurs, la création de peines planchers à l’article 4 ne nous semble pas non plus adéquate compte tenu de la situation carcérale de notre pays. Si les forces de l’ordre méritent ce qui leur est dû, c’est-à-dire le respect absolu de leur travail, l’instauration d’une peine minimale ne fera qu’accroître l’engorgement des prisons.
 
En 2018, la densité carcérale a atteint 118 %, et même 140 % dans les maisons d’arrêt. Plus de 1 500 détenus dorment actuellement à même le sol, au mépris des considérations d’humanité. Si l’emprisonnement répond à un besoin d’éloignement de la société afin de protéger le reste de la population, il ne doit pas devenir la norme. Malgré les programmes de réinsertion, on constate dans de nombreux cas que la prison peut amener à l’isolement social et que le retour à la vie en société est plus que compliqué. Nous pensons qu’une peine d’emprisonnement doit être pleinement justifiée, et que les juges sont parfaitement aptes à décider de la peine la plus adéquate. Des peines alternatives existent. Servons-nous en. Le retour aux peines planchers, proposé dans l’article 4, n’est pas souhaitable. Il faut au contraire inverser la logique et faire confiance aux juges, qui prononceront les peines les plus adaptées au regard des circonstances de l’espèce.
 
Enfin, les dispositions relatives à l’excuse de minorité, d’une part, et aux injures publiques, d’autre part, prévues respectivement par les articles 7 et 8, étaient-elles nécessaires ? L’excuse de minorité s’applique aux personnes qu’elle nomme : les mineurs. Dès lors, pourquoi restreindre ce dispositif aux seuls mineurs de moins de 16 ans ? S’il importe de responsabiliser les adolescents proches de l’âge adulte et de leur faire prendre conscience des limites à ne pas franchir, ces jeunes restent tout de même des mineurs. Des peines adaptées doivent donc leur être réservées.
 
Par ailleurs, concernant les injures publiques, est-il bien efficace d’infliger une peine d’un an d’emprisonnement pour un tel délit ? Nos forces de l’ordre méritent que chaque citoyen les respecte, c’est indéniable, et ce dès le plus jeune âge, grâce à un renforcement du volet éducatif. Alors que la loi du 28 février 2017 relative à la sécurité publique a modifié cette disposition, était-il nécessaire de la corriger de nouveau alors qu’elle n’a pas encore démontré pleinement son efficacité ?
 
S’agissant des mesures relatives à la police municipale des articles 9 et 10, l’Institut d’aménagement et d’urbanisme de la région d’Île-de-France souligne, dans une note datée de janvier 2019, que sur les 21 500 policiers municipaux recensés à la fin de l’année 2016, 84 % étaient armés, et que 44 % étaient équipés d’armes à feu contre 39 % à la fin de l’année 2015. Les armes à feu, auparavant réservées à la police nationale, dotent déjà la police municipale de moyens conséquents que doivent par ailleurs supporter les budgets des municipalités.
 
La police municipale et la police nationale sont deux entités distinctes, et elles doivent le rester. Aussi ne nous paraît-t-il pas pertinent d’effacer les frontières entre les deux, chacune ayant un rôle précis et distinct de l’autre. En proposant de conférer de nouvelles attributions aux policiers municipaux, la proposition de loi vise à opérer progressivement une fusion des deux corps. Or, les formations ne sont pas les mêmes, et les concours d’entrée sont également différents.
 
Vous l’aurez compris, mes chers collègues, le groupe Libertés et territoires ne soutiendra pas cette proposition de loi trop répressive, déconnectée des réalités et qui souffre d’un manque évident de financement sur le long terme.
(Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LaREM.)
  La parole est à M. Stéphane Peu. Chacun s’accorde aujourd’hui sur le constat de l’insuffisance des moyens, matériels et humains, des forces de l’ordre pour mener à bien leur mission. Chacun mesure également le malaise grandissant de la profession. Le taux de suicide dans la police est supérieur de 36 % à celui de la population générale et les risques psychosociaux sont avérés.
Patrimoine immobilier vétuste, vieillissement du parc automobile, non-paiement de 25 millions d’heures supplémentaires, pression sécuritaire, instabilité permanente de la doctrine d’intervention, politique du chiffre : nous pourrions énumérer longuement les causes de ce malaise.
 
Face à cette situation préoccupante, nous soulignons, année après année, l’insuffisance des crédits de la mission « Sécurités » et plus spécialement des crédits qui intéressent la police et la gendarmerie. Ce constat est le point d’accord essentiel que nous ayons avec vous dans cette proposition de loi.
 
En 2019, l’essentiel de la légère hausse des crédits portait sur les effectifs. L’engagement de création de 10 000 emplois nets supplémentaires, sur le quinquennat, pour la police et la gendarmerie ainsi que le déploiement de la police de sécurité du quotidien constituent certes un signe encourageant. Pour autant, nous exprimons des doutes sur la réalisation de cet objectif à la fin du quinquennat.  Après 1 400 emplois supplémentaires l’an dernier, le Gouvernement a programmé la création de 1 735 emplois en 2019, dont plus de 800 dans la sécurité publique et 260 dans la police de sécurité du quotidien. Il n’est pas besoin d’être un grand mathématicien pour constater que le rythme de recrutement des deux premières années est largement insuffisant pour atteindre l’objectif de 10 000 emplois – il faudrait créer 2 000 postes par an.
 
Dans mon département, la défaillance de l’État est patente. Le rapport d’information rédigé en mai 2018 par François Cornut-Gentille, sur l’évaluation de l’action de l’État dans l’exercice de ses missions régaliennes en Seine-Saint-Denis, intitulé « La République en échec », décrit une mécanique dans laquelle, si les politiques spécifiques aux quartiers prioritaires sont souvent mises en avant, les politiques de droit commun ne sont pas respectées et restent bien en deçà de celles mises en place dans le reste du territoire.
 
En Seine-Saint-Denis, il y a moins de tout, moins de policiers, notamment. Moins d’un policier pour 400 habitants : c’est le ratio qu’atteignent des communes comme Bondy et Stains, avec un taux de délinquance – nombre de faits constatés pour 1 000 habitants – supérieur à 100 ‰. Juste à côté, à Paris, le ratio est d’un policier pour 200 habitants, c’est-à-dire le double. C’est pourquoi on peut parler d’une véritable rupture de l’égalité républicaine.
 
Le budget reste également insuffisant en matière d’immobilier et d’équipement. Les crédits consacrés à l’équipement progresseront certes de 15,8 millions d’euros en 2019 – comme l’a noté M. le secrétaire d’État –, mais le montant consacré, par exemple, au renouvellement de la flotte des véhicules légers diminue, en dépit des besoins.
 
Les syndicats ont d’ailleurs rappelé les attentes de la profession en matière de renouvellement du parc automobile, mais aussi de revalorisation des heures de nuit, des astreintes ou de paiement des heures supplémentaires. Or le règlement du stock des 25 millions d’heures supplémentaires ne fait toujours pas l’objet d’une enveloppe dédiée.
 
À l’instar des policiers et gendarmes eux-mêmes, nous invitons depuis des années, budget après budget, les gouvernements successifs à prendre à bras-le-corps la question de la souffrance au travail et à reconsidérer la vision managériale de la sécurité intérieure.
 
Le taux de suicide chez les policiers et gendarmes, je l’ai dit, est trois fois supérieur à celui de la population moyenne. Nous ne devons pas nous accoutumer à ces drames qui témoignent d’une souffrance au travail et d’une forme de maltraitance subie par les forces de l’ordre.
 
C’est pourquoi, il y a quelques semaines, j’ai demandé au nom de mon groupe, la création d’une commission d’enquête parlementaire sur les conditions de travail, afin de poser un diagnostic et d’établir un plan de prévention agissant sur les causes profondes de ce phénomène tragique. J’espère que notre demande sera acceptée.
 
Cette terrible souffrance au travail sur fond de pression hiérarchique, de politique du chiffre, de contrôles accrus et de perte d’autonomie professionnelle appelle également une remise à plat de la doctrine d’intervention des forces de sécurité.
 
Nous regrettons l’abandon – avant même le terme de l’expérimentation – de la police de proximité. La relation entre police et citoyens s’est profondément dégradée. Elle souffre de ce que la police française est davantage une police d’ordre, tournée vers la sécurité de l’État, et de lutte contre la grande délinquance, qu’une police de la sécurité quotidienne, laquelle fait figure de parent pauvre. Il ne s’agit pas de proclamer que l’on crée une police de sécurité du quotidien. Il faut aussi faire évoluer la doctrine et lui assigner la tâche de retisser les liens entre la police et les citoyens.
 
Faire exister la police de sécurité du quotidien ne consiste pas seulement à envoyer des renforts d’effectifs dans des départements et des quartiers identifiés, à renforcer la coordination entre préfets et procureurs dans la lutte contre les trafics ou à organiser des réunions de quartier. C’est certes nécessaire. C’est un progrès, mais cela ne suffit pas à conforter policiers et gendarmes dans l’idée de l’utilité sociale de leurs tâches quotidiennes ni à créer un lien de confiance indispensable avec la population.
 
Rappelons qu’aucun bilan sérieux n’a été tiré de l’expérience de la police de proximité, qui n’a jamais pu, dans les faits, pu être conduite à son terme. La droite au pouvoir a voulu lui substituer une police exclusivement préoccupée de maintien de l’ordre et de lutte contre la grande délinquance, une police très centralisée qui ôte toute autonomie aux agents, une police toujours plus spécialisée enfin, qui déprécie le travail de généraliste et, au final, fait des policiers de simples maillons d’une chaîne pénale dont ils ignorent le reste.
 
La gendarmerie nationale a longtemps incarné au contraire le modèle d’une police de proximité capable d’utiliser toutes les palettes de l’action, de la médiation à la force, en garantissant aux agents une certaine autonomie. C’est sur un modèle analogue qu’il nous faut rebâtir une police de terrain, en nous assurant de moyens budgétaires suffisants pour soutenir une politique de recrutement et d’équipement ambitieuse.
 
À l’inverse de cet objectif, les mesures proposées par ce texte – en dépit de l’augmentation des moyens, à laquelle nous souscrivons – ne visent qu’à aggraver des sanctions. De tels coups de menton nous laissent toujours dubitatifs. Je garde un souvenir précis des déclarations tonitruantes de Nicolas Sarkozy qui voulait nous faire adopter séance tenante une loi interdisant l’occupation abusive des halls d’immeuble. Malheureusement, toutes les discussions que j’ai pu avoir avec les commissaires successifs de ma ville de Saint-Denis m’ont convaincu que le texte est inapplicable. Les policiers sont mis en difficulté pour accomplir leur mission, les délinquants rigolent et les habitants se retrouvent une fois de plus pris en otages entre des déclarations médiatiques et la réalité du terrain, sur lequel on ne constate aucune amélioration.
 
Alors, oui, il faut plus de moyens. J’espère que nous trouverons un consensus à ce sujet dans l’hémicycle. Mais ne répondons pas à la crise qui frappe la police par une fuite en avant, en votant des sanctions inapplicables qui ne seraient que des effets d’annonce. Ouvrons un grand débat, comme le demandent plusieurs syndicats dans une tribune. Ouvrons la discussion sur la rénovation de la doctrine du maintien de l’ordre et sur l’urgence de retisser des liens de confiance entre nos forces de l’ordre et la population.
 
La parole est à Mme Alice Thourot. Nous nous retrouvons aujourd’hui pour débattre de la proposition de loi d’orientation et de programmation relative à la sécurité intérieure de notre collègue du groupe Les Républicains Éric Ciotti.
Je tiens en tout premier lieu et avant tout autre propos à rendre hommage à nos forces de l’ordre. Je tiens à souligner leur investissement particulièrement rude tout au long de l’hiver et les sacrifices qu’elles consentent, parfois – ou plutôt souvent – au détriment de leur vie personnelle et familiale pour servir, pour nos concitoyens et pour préserver nos institutions.
 
Dès le début de son mandat, le Président de la République Emmanuel Macron a affirmé que la sécurité comptait parmi ses priorités. Nous avons déjà fait beaucoup, mais ce qui nous reste à faire ensemble est encore bien plus important.
 
Pour mémoire, je rappellerai ce que le Gouvernement et la majorité parlementaire à laquelle j’appartiens ont mis en œuvre, depuis deux ans, dans le secteur de la sécurité. Cette liste n’est évidemment pas exhaustive. J’aborderai successivement le budget et les réformes structurelles en cours.
 
Concernant le budget, nous avons voté dès 2018 une augmentation des crédits de la mission « Sécurités » à hauteur de 206 millions d’euros. Cette augmentation s’est accélérée avec la loi de finances pour 2019, prévoyant une augmentation de 344 millions d’euros, budget que, monsieur le rapporteur et chers collègues du groupe Les Républicains, vous n’avez pas voté.
 
La création de 10 000 postes de policiers et de gendarmes est annoncée pour les prochaines années. Je souligne qu’il faut former ces personnels, ce qui prend du temps, surtout dans le domaine du renseignement, qui exige des compétences particulières. Se pose aussi la question sous-jacente de l’attractivité des métiers de la sécurité, dont nous devons débattre en ensemble.
 
Vous vouliez des chiffres. Je vais en citer quelques-uns. Je rappelle que, sous le Président Sarkozy, la famille politique à laquelle vous appartenez, monsieur le rapporteur, et qui était alors majoritaire, a supprimé 12 000 postes de policiers et de gendarmes.
 
Au-delà du financement d’équipements, un plan immobilier est en cours, dans lequel 300 millions d’euros sont injectés chaque année. C’est du quotidien de nos forces de l’ordre que nous parlons ici, de leurs conditions de travail : des conditions dans lesquelles on exerce un travail pas comme les autres, dans lequel on est confronté au côté sombre de l’être humain, parfois même à la mort, à celle des autres mais aussi à la sienne.
 
Un mot encore pour dénoncer et condamner fermement le bashing dont nos forces de l’ordre peuvent faire l’objet, parfois de la part de ceux qui les ont applaudies la veille pour avoir arrêté un terroriste.
 
Bravo ! Concernant les réformes structurelles, la future loi de programmation sur la sécurité annoncée par le Premier ministre et par le ministre de l’intérieur serait prévue pour le début de 2020. Je m’en réjouis. Elle permettra de fixer à long terme la politique de sécurité intérieure et de donner de la visibilité à nos forces de l’ordre.
Elle sera précédée d’une large concertation des forces de l’ordre, avec les femmes et les hommes qui sont sur le terrain et qui assurent chaque jour, parfois au péril de leur vie, la sécurité des Français. Elle donnera lieu à la publication d’un livre blanc avant la fin de l’année 2019.
 
Dimanche, dans une tribune, quatre syndicats de police vous ont appelé, monsieur le secrétaire d’État, à « réinventer » la police. Ils souhaitent qu’un débat ait lieu au sein de la police nationale avec les personnels qui la servent, qui l’animent, la respectent et lui dédient leur vie, pour penser la police de demain. Ce verbe, les syndicats l’ont écrit avec un e. Ils auraient pu aussi l’écrire avec un a.
 
Monsieur le secrétaire d’État, soyez assuré que nous soutenons cette démarche de concertation et de coconstruction avec les forces de l’ordre, dans laquelle les parlementaires de la majorité s’investiront tant à l’Assemblée nationale que sur leur territoire.
 
Un mot enfin sur le continuum de sécurité, qui m’est cher, et le rapport que mon collègue Jean-Michel Fauvergue et moi-même avons rendu au Premier ministre.
 
Chers collègues, j’ai noté que nombre d’entre vous, sur quelques bancs qu’ils siègent, reprenaient des propositions que nous avons formulées. Je vous en remercie. On mesure, en lisant certains de vos amendements, l’intérêt et l’enthousiasme que vous manifestez pour notre travail sur les polices municipales et le secteur de la sécurité privée – travail que nous avons toujours cherché à mener de manière transpartisane, ce qui semble au moins en partie réussi.
 
Sachez que, depuis des mois, Jean-Michel Fauvergue et moi-même avons présenté notre rapport aux professionnels. Ceux-ci l’ont accueilli avec chaleur et attendent avec impatience un texte sur lequel nous travaillons d’ores et déjà avec M. le secrétaire d’État.
 
Il est en effet difficile de saucissonner des propositions complémentaires, ce qui explique que nous ne soutenions pas celles qui nous sont présentées aujourd’hui. Je tends donc la main aux collègues qui souhaiteront s’investir pour travailler avec nous, et cela quelle que soit leur sensibilité politique.
 
Vous l’avez compris : compte tenu du calendrier que je viens de développer, la majorité ne votera pas la proposition de loi que nous avons le plaisir d’examiner. Elle préfère s’inscrire et s’investir dans une vraie concertation sur la sécurité intérieure avec celles et ceux qui sont chaque jour sur le terrain – nos policiers et nos gendarmes –, puis dans un débat nourri sur un texte ambitieux et attendu au sein de cette assemblée en 2020. J’espère que les parlementaires de tous bords s’inscriront avec nous dans cette démarche en faveur de nos forces de l’ordre.
(Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM.)
 
 
La parole est à M. Charles de la Verpillière. La France traverse une période difficile en matière de sécurité et d’ordre public. Le groupe Les Républicains vous propose aujourd’hui d’y remédier en votant une loi d’orientation et de programmation relative à la sécurité intérieure. Monsieur le secrétaire d’État, chers collègues, il y a urgence, car nous constatons une dégradation inquiétante de la situation. L’insécurité s’accroît, l’ordre public est de moins en moins respecté, nos forces de l’ordre et de sécurité – policiers, gendarmes, sapeurs-pompiers, policiers municipaux – sont à bout.
Que voyons-nous en effet ? En premier lieu, la persistance de la menace du terrorisme islamique. En deuxième lieu, la crise migratoire, que le Gouvernement ne veut pas ou ne peut pas juguler. En troisième lieu, l’apparition de zones de non-droit, où la loi républicaine ne s’applique plus, car les forces de l’ordre et de sécurité sont systématiquement agressées. En quatrième lieu, la réapparition de mouvements contestataires ultra-violents, qui ont par exemple cherché et parfois réussi à déborder le mouvement des gilets jaunes. En cinquième lieu, enfin, l’augmentation de ce que j’appellerai, faute de mieux, la délinquance ordinaire, les vols, les agressions, etc.  
 
Ce constat accablant que je viens de dresser, nous le faisons tous dans nos circonscriptions, quels que soient les bancs où nous siégeons. D’ailleurs, j’ai lu ce matin sur le site internet d’un grand journal que plusieurs adjoints de Mme Hidalgo, d’anciens amis de M. Castaner au parti socialiste, se plaignaient, à juste titre, d’une forte augmentation de l’insécurité à Paris.
 
C’est vrai. Dans ce contexte général difficile, le groupe Les Républicains propose trois séries de mesures.
La première consiste en une augmentation importante des moyens financiers de la politique de sécurité intérieure, programmée sur six ans, et dans le paiement immédiat les heures supplémentaires des policiers.
 
La deuxième série de mesures vise à renforcer l’arsenal juridique de protection des forces de l’ordre et de sécurité : peines plancher, interdiction du territoire et expulsion des étrangers en cas de crime ou de délit contre les forces de l’ordre, suppression de l’excuse de minorité pour les mineurs de plus de 16 ans ayant agressé les forces de l’ordre et de sécurité – en cela, nous nous séparons de Mme Belloubet, qui veut, au contraire, empêcher toute sanction pénale contre les mineurs de 13 ans –, enfin, création d’un délit spécifique d’injure publique contre les forces de l’ordre.
 
Par la troisième série de mesures, nous proposons d’étendre les pouvoirs des polices municipales – en tant qu’ancien élu local et ancien maire, j’y suis bien entendu, très favorable.
 
Mes chers collègues, en adoptant cette proposition de loi, vous manifesterez votre détermination à maintenir l’ordre républicain en France et, surtout, vous apporterez votre soutien à tous ceux qui en sont chargés : gendarmes, policiers, sapeurs-pompiers, policiers municipaux. Ils attendent un geste fort de notre part. Profitez de l’occasion qui vous est offerte !
(Applaudissements sur les bancs du groupe LR.)
  La parole est à M. Jean Terlier. Je tiens, tout d’abord, à rappeler le contexte dans lequel nous examinons la proposition de loi de notre collègue Éric Ciotti. Le sujet de la sécurité n’est pas nouveau ; le Gouvernement s’en est saisi il y a déjà plusieurs mois. Ainsi, le 8 janvier dernier, le ministre de l’intérieur a annoncé la préparation d’une loi d’orientation et de programmation pour la sécurité dont nous serons tous invités à débattre. Ce texte fixera la vision à long terme de notre politique de sécurité intérieure et ne se limitera pas à la police et à la gendarmerie nationales. Il offrira une vision globale de ce que l’excellent rapport Fauvergue-Thourot a appelé le « continuum de sécurité ».
Cher collègue Éric Ciotti, si nous sommes, ici, tous d’accord pour doter nos forces de sécurité de moyens humains et matériels qui leur permettent d’exercer leurs missions dans de meilleures conditions, votre proposition de loi n’apporte aucune réponse satisfaisante aux enjeux majeurs de la sécurité et aux besoins de ceux qui la servent.
 
Vous proposez une augmentation du budget de la sécurité. Sur ce point, nous sommes d’accord avec vous : le financement des forces de l’ordre est une priorité. Il l’était déjà, pour le Président de la République, en 2017, et le Gouvernement s’est engagé à traduire cette priorité dans les faits. Du reste, les crédits affectés à la défense et à la sécurité constituent le deuxième pôle budgétaire. L’État y consacre plus de 62 milliards d’euros cette année ; les seuls crédits de la mission « Sécurités » ont augmenté de 1,65 %, soit 13,5 milliards d’euros supplémentaires investis.
 
Quelques observations sur vos propositions, maintes fois répétées. S’agissant de la création de 15 000 postes de police et de gendarmerie pour 2025, je me permets de vous rappeler que le Gouvernement, qui a d’ores et déjà prévu la création de 10 000 emplois sur la durée du quinquennat, a créé 2 500 postes dès cette année, quand – je sais que vous appréciez qu’on le rappelle – la révision générale des politiques publiques a conduit à en supprimer près de 12 000 entre 2007 et 2012.
 
En ce qui concerne le paiement des heures supplémentaires dues aux agents des forces de l’ordre, je me permets, là encore, de vous rappeler que la loi de finances pour 2019 consacre plus de 64 millions d’euros à des mesures catégorielles, dont une partie est allouée au remboursement d’heures supplémentaires impayées, dont le stock s’élevait déjà, en 2008, à plus de 12,6 millions.
 
Je ne multiplierai pas les exemples, mon cher collègue : ils risquent d’être trop nombreux. Votre proposition de loi se veut ambitieuse, mais elle ne traduit pas effectivement les réponses qu’attendent nos forces de l’ordre dans la durée.
 
J’en viens au second volet de votre proposition de loi.
Sur les peines plancher, le débat est ancien et a déjà eu lieu à propos de nombreux textes de loi et, encore très récemment, lors de l’examen du projet de loi de programmation et de réforme de la justice. Nous vous l’avons rappelé en commission, l’instauration de peines plancher contrevient aux principes d’individualisation et de nécessité de la peine, qui constituent les pierres angulaires de notre système juridique. Rien ne justifie que nous renoncions à ces principes. En outre, vous l’avez constaté, les peines plancher m’ont aucun caractère dissuasif : leur efficacité dans le domaine de la récidive n’a toujours pas été démontrée, bien au contraire.
 
En proposant d’instaurer une peine d’expulsion du territoire automatique et obligatoire sanctionnant tous les crimes et délits commis envers un agent détenteur de l’autorité publique par un étranger séjournant de façon irrégulière en France ou y séjournant de façon régulière depuis moins de cinq ans, vous vous livrez à une surenchère pénale démagogique et inutile. Surtout, vous affichez une méfiance inconsidérée à l’égard du pouvoir judiciaire. Il est en effet regrettable que vous ne soyez pas convaincu que nos magistrats sont parfaitement aptes à juger si ces étrangers constituent une menace à l’ordre public justifiant leur interdiction de séjour sur le territoire.
 
Bravo ! En ce qui concerne le durcissement de la législation des mineurs et votre souhait d’exclure systématiquement tout mineur de plus de 16 ans du bénéfice de l’excuse de minorité pour des crimes ou délits commis envers un agent public, le Conseil constitutionnel a rappelé, dans sa décision du 9 août 2007, que l’atténuation de la responsabilité pénale des mineurs en fonction de l’âge est un principe reconnu par les lois de la République. Votre proposition présente donc un risque d’inconstitutionnalité.
J’ajoute que, Mme la garde des sceaux ayant annoncé, dans le cadre de la réforme de l’ordonnance de 1945, la possibilité d’instaurer une présomption d’irresponsabilité pénale pour les mineurs de moins de 13 ans, nous aurons l’occasion d’en débattre. Laissons-nous le temps de la réflexion sur un sujet aussi crucial que celui de la capacité de nos enfants à discerner les conséquences de leurs actes.
 
Malesherbes disait que « les lois répressives doivent être établies moins pour punir que pour prévenir, et surtout corriger, amender, éduquer ». Je crois, hélas, mon cher collègue, que votre proposition de loi s’éloigne bien trop de ces objectifs. Nous serons donc conduits à ne pas la voter.
(Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM.)
  La parole est à Mme Emmanuelle Ménard. « Les policiers veulent être entendus, ils doivent être écoutés. » C’est ce que l’on pouvait lire dans la tribune publiée, il y a quelques jours, dans le Journal du dimanche par quatre syndicalistes qui vous appelaient, monsieur le secrétaire d’État, à « réinventer » la police. C’est vrai, le malaise de nos forces de sécurité n’a jamais été aussi grand qu’aujourd’hui. Les agressions dont elles sont victimes atteignent des records : en 2017, plus de 18 000 policiers ou gendarmes ont été blessés en service, dont plus de 600 par armes. C’est à cette réalité que sont confrontées nos forces de l’ordre.
Ce sont nos forces de sécurité qui sont moquées, narguées, insultées, sur lesquelles on crache, voire pire. Voulez-vous des exemples ? Des piaillements de poulets quand ils s’approchent, un caillassage en règle lors de guets-apens soigneusement préparés… En voulez-vous d’autres ? Des insultes proférées contre leur famille, allant jusqu’aux injures contre leurs compagnes enceintes et aux menaces de mort proférées parfois contre leurs enfants et accompagnées de moult détails : « Je sais où tu habites » ou pire : « Ton fils est bien dans telle école ? »
 
À Béziers, le 25 juin 2018, un enquêteur qui n’était pas en service était pris pour cible par trois individus qui l’ont roué de coups de pied. En novembre dernier, trois policiers de la Brigade anti-criminalité de Béziers étaient agressés alors qu’ils venaient d’interpeller un individu dans le quartier « sensible », comme on dit, de La Devèze. Le 24 mai, un policier municipal était blessé à la tête après avoir reçu un projectile à l’intérieur de son véhicule, dans ce même quartier. C’est cela, le quotidien de ceux qui nous protègent !
 
Alors, oui, bien sûr, je soutiendrai la proposition de loi de notre collègue Éric Ciotti. Bien sûr, je me prononcerai pour que les heures supplémentaires de notre police nationale soient enfin payées et pour que ses agents puissent avoir une vie de famille digne de ce nom. Bien sûr, je suis favorable, comme j’ai déjà eu l’occasion de l’indiquer, à l’instauration de peines plancher pour les auteurs d’agressions contre nos forces de l’ordre.
 
Eh oui ! Oui, je soutiendrai le réarmement budgétaire préconisé dans ce texte afin que nos forces de sécurité puissent travailler dans des lieux – commissariats, casernes… – décents et avec des moyens matériels dignes de leur fonction et de ce qu’ils représentent. En dépit des efforts consentis dernièrement, comment voulez-vous qu’ils soient crédibles lorsqu’ils roulent dans des voitures vieilles de dix ans alors que les petits caïds circulent en grosses cylindrées flambant neuves !
Oui, je serai favorable à toutes ces mesures, et même plus ! Car nos polices municipales, troisième force de sécurité intérieure de notre pays, ont, elles aussi, besoin d’être considérées. Leurs compétences et leurs moyens doivent être optimisés. L’engagement de nombreuses communes d’équiper leurs agents de matériels de défense et de sécurité modernes, associé à la connaissance du terrain de ces agents, en fait une force moderne, particulièrement bien formée et source d’information dans la lutte contre toutes les formes de délinquance.
 
Force d’appoint, la police municipale doit devenir, demain, une vraie force auxiliaire de la police nationale et de la gendarmerie. C’est elle, la véritable police de sécurité du quotidien ! C’est pourquoi je demanderai que nos polices municipales aient un accès effectif au fichier des permis de conduire et cartes grises, ainsi qu’aux fichiers des véhicules volés et des personnes recherchées. Je demanderai également qu’il soit permis aux agents de police municipale de procéder, sous certaines conditions, à des contrôles d’identité. Je demanderai, pour renforcer leur protection, qu’ils soient autorisés à procéder, au moyen de caméras individuelles, à un enregistrement audiovisuel de leurs interventions. Je demanderai enfin que leur soit accordé un «  droit de poursuite » en dehors des limites de la commune et qu’il leur soit permis, dans certaines circonstances, de pouvoir exercer leur mission armés et en tenue civile.
 
Je n’oublierai pas nos gardes champêtres, trop longtemps mis de côté alors que, depuis quelques mois, le monde rural se rappelle à nous.
 
Très bien ! Nos gardes champêtres jouent pourtant, eux aussi, un rôle primordial. L’émergence de nouveaux enjeux, comme la protection de l’environnement et de la biodiversité ou même la délinquance rurale, a entraîné un bouleversement de leurs conditions de travail qui nécessite un ajustement de leurs prérogatives. Je les associerai donc pleinement à mes amendements.
Toutes ces questions doivent être abordées sans faux-fuyants et sans tarder. Les hommages répétés et les promesses sans lendemain ne suffisent plus ! 
(M. Maxime Minot applaudit.)
  La parole est à M. Stéphane Mazars. Dans un contexte tendu, entre la menace toujours présente d’actes de terrorisme, la crise migratoire et les actes violents et de vandalisme de certains mouvements contestataires, nous le savons tous, nos forces de l’ordre ont besoin, plus que jamais, de tout notre soutien. Nous devons saluer le courage et le dévouement professionnels indéfectibles dont ils font preuve dans l’exercice de leur mission, qui est d’assurer la sécurité de nos concitoyens et la défense de nos institutions.
Cette proposition de loi d’orientation et de programmation défendue par notre collègue Ciotti, dont on peut souligner l’engagement et la constance sur les questions de sécurité, nous donne l’occasion d’exprimer une nouvelle fois à nos services de police et de gendarmerie notre parfaite écoute et compréhension de leurs difficultés quotidiennes. Celles-ci sont bien réelles et nombreuses, mais le retard pris, voire le recul enregistré sous de précédents gouvernements est tel qu’une réflexion approfondie et de vastes concertations sont nécessaires afin qu’au-delà des mesures d’urgence qui s’imposent, des dispositions fortes et structurantes soient prises pour faire entrer enfin nos forces de l’ordre républicaines dans le XXIe siècle.
 
Oui, monsieur le rapporteur, aux retards accumulés dans le domaine des moyens financiers, matériels et humains, à la nécessaire nouvelle organisation des acteurs de la sécurité et aux besoins de signes forts et tangibles d’accompagnement et de reconnaissance, nous devons apporter une réponse à la hauteur des enjeux. Aussi votre proposition de loi ne peut-elle être appréhendée sérieusement, dès lors que les concertations avec les syndicats se poursuivent et qu’elles permettront sans aucun doute d’aboutir à la corédaction d’un projet comportant des mesures ambitieuses et efficaces mais également réalistes et pérennes.
 
Un projet comportant non seulement des mesures rapides et dès à présent attendues, mais aussi une programmation pour la sécurité intérieure, comme l’a annoncé le ministre de l’intérieur et comme l’a rappelé, ici même, le Premier ministre dans son discours de politique générale, la semaine dernière. Cependant, à ce stade, il convient de rappeler les premiers moyens mis en œuvre dès les premiers mois de cette législature pour accompagner les forces de sécurité de notre pays.
 
Sur le volet financier, dès la loi de finances pour 2018, les crédits de la mission « Sécurités » ont été augmentés de 1,5 % par rapport à 2017. Cette hausse s’est poursuivie dans la loi de finances pour 2019, cette mission étant dotée de 344 millions d’euros supplémentaires par rapport à 2018.
 
S’agissant du recrutement des personnels, dès 2018, 1 084 policiers, 492 gendarmes et 359 personnels dédiés aux services de renseignements ont rejoint les rangs des forces de l’ordre tandis que 2 500 agents renforceront les effectifs en 2019.
 
Concernant la rénovation et l’acquisition de nouveaux matériels, le Gouvernement a choisi d’y consacrer le double du budget de 2012, en fléchant notamment 230 millions d’euros vers les équipements des forces de l’ordre ou encore le déploiement de 9 400 caméras piétons.
 
Par ailleurs, pour assurer des conditions de travail plus décentes, le Gouvernement a arrêté un plan immobilier pour les années 2018-2020, qui permettra de mobiliser, chaque année, 300 millions d’euros pour des projets de réhabilitation, de réaménagement ou encore de déménagement comme ce sera le cas dans mon département, pour le  commissariat de Rodez.
 
Au-delà de ces moyens, soulignons que, depuis le début de cette législature et dans plusieurs textes, le Gouvernement a toujours eu pour objectif de redonner  confiance à nos forces de l’ordre dans l’exécution de leurs missions quotidiennes.
 
Figurent ainsi dans la loi de programmation 2018-2022 et de réforme pour la justice, des mesures pour simplifier la procédure, protéger l’anonymat des fonctionnaires et mettre en place de nouveaux dispositifs d’intervention, adaptés à la délinquance protéiforme du XXIe siècle. Rappelons également que cette loi, sur le plan pénal, redonne du temps de travail effectif d’enquête aux officiers de police judiciaire en les déchargeant de formalités inutiles et chronophages, ce qui était d’ailleurs l’une de leurs revendications.
 
Au-delà des moyens matériels, financiers, procéduraux et organisationnels proposés, je ferai quelques observations concernant d’autres aspects de votre proposition de loi qui reprennent des mesures totems pour les Républicains, déjà largement discutées et tranchées au sein de cet hémicycle.
 
S’agissant ainsi des infractions commises par les étrangers sur le territoire national, notamment à l’encontre des forces de l’ordre, notre groupe a eu l’occasion d’exposer sa position sur les peines d’expulsion et d’interdiction du territoire à l’occasion de l’examen du projet de loi asile et immigration. Ce que vous demandez existe déjà en tant que peine complémentaire et la mesure est régulièrement mise en œuvre par le juge qui exerce son pouvoir d’appréciation au cas par cas.
 
À l’occasion de l’examen du projet de loi de programmation et de réforme pour la justice, le sujet des peines plancher a une nouvelle fois fait débat. Alors que cette loi redonne à la peine tout son sens, nous avons eu l’occasion de réaffirmer notre attachement au principe de l’individualisation de la peine par le juge.
 
Aujourd’hui, le ministère de l’intérieur a lancé une concertation avec les représentants des fonctionnaires de police et des militaires de la gendarmerie, dont les conclusions seront actées dans un livre blanc de la sécurité intérieure, support de nouvelles réformes.
 
Aussi, les députés du groupe La République en marche, avec toute l’attention due à ceux qui nous protègent, choisissent de faire confiance au Gouvernement qui a prouvé, par son action et son ambition, l’intérêt qu’il portait à ces femmes et ces hommes qui sont l’honneur de notre République.
(Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM.)
  La discussion générale est close.
La parole est à M. le secrétaire d’État.
 
Permettez-moi de compléter mon intervention liminaire. Monsieur Vialay, je vous remercie d’avoir participé à la cérémonie d’hommage organisée en l’honneur de Jean-Baptiste Salvaing et Jessica Schneider, odieusement assassinés par un terroriste à leur domicile. Nous y étions ensemble. Cela a été l’occasion pour le ministre de l’intérieur de rappeler que les moyens seraient renforcés et que tout serait mis en œuvre pour lutter contre le terrorisme.
Rappelons la forte impulsion donnée en ce domaine par le Président de la République, dès son arrivée, en 2017. Ce drame horrible s’est déroulé en 2016 et, dès 2017, le Président Emmanuel Macron a réorganisé l’articulation entre tous les services de lutte contre le terrorisme. Du fait de mon passé professionnel, j’en fus l’un des acteurs. Je peux vous assurer, à ce titre, que tous les moyens sont mis en œuvre pour lutter contre le terrorisme. La loi SILT incarne cette volonté et nous poursuivrons notre action.
 
Madame Pau-Langevin, monsieur Peu, vous avez regretté l’abandon de la police de proximité. Nous ne partageons pas votre avis : la police de sécurité du quotidien est aujourd’hui largement présente sur notre territoire, et travaille en lien étroit avec la population. Elle exerce ses missions en partenariat avec l’ensemble des acteurs de la sécurité privée, comme nous le souhaitions. Surtout, son action peut être répressive, ce qui n’était pas le cas de celle de la police de proximité. Elle se développe dans l’ensemble du territoire national et j’en profite pour saluer l’action du directeur général de la gendarmerie nationale et celle du directeur général de la police nationale qui œuvrent à l’application de cette réforme. Celle-ci porte ses premiers fruits, très bénéfiques, dans les quartiers de reconquête républicaine où les effectifs ont été renforcés, mais également dans l’ensemble du territoire national. Monsieur Peu, elle se distingue des services d’intervention qui luttent contre les trafics, notamment de stupéfiants et elle mène bien une action résolue sur le terrain, au contact de la population.
 
Vous avez abordé, monsieur Peu, le cas très particulier de la Seine-Saint-Denis. Le Gouvernement, à la suite du rapport que vous avez cité, porte une attention particulière à ce département où les problèmes rencontrés au niveau de la police nationale sont davantage de fidélisation que de recrutement. Nous travaillons pour fidéliser des officiers de police judiciaire. Nous discutons  avec les organisations syndicales des mesures qui permettraient de rendre cette mission plus attractive, y compris dans les zones difficiles. D’une manière plus générale, nous voulons favoriser la fidélisation territoriale, ce qui répondrait à votre préoccupation légitime, monsieur le député, quant à la présence des forces de l’ordre en Seine-Saint-Denis.
 
Monsieur de la Verpillière, je ne peux pas être d’accord avec vous. Vous prétendez, à tort, que nous refusons de traiter la crise migratoire. Ce Gouvernement a mis en place d’importants moyens pour lutter contre l’immigration illégale. Le nombre de mesures d’éloignement forcé augmente très significativement chaque année – 20 % de plus entre 2016 et 2018.
 
Par ailleurs, hier encore, j’étais en République de Guinée car nous travaillons avec les pays de départ pour les aider à juguler l’immigration illégale. Vous ne pouvez pas nous reprocher de ne rien faire. De même, je réfute qu’il existe dans notre pays des zones de non-droit. Nos policiers et nos gendarmes font respecter la loi républicaine dans tous les territoires.
 
Pour ce qui est des chiffres de la délinquance, rappelons que celle-ci a baissé de façon significative entre 2017 et 2018. C’est vrai, elle repart à la hausse en ce début de l’année 2019, en partie d’ailleurs en raison du mouvement des gilets jaunes qui a fortement mobilisé les effectifs de police. Ce rebond fait l’objet de toute notre attention. À Paris, le ministre de l’intérieur a demandé au préfet de police de mener une action résolue pour lutter contre la délinquance de voie publique.
 
Enfin, je ne peux laisser dire que l’ordre public n’a pas été maintenu dans le pays. Nous sortons d’une crise très difficile qui a duré six mois et à laquelle gendarmes et policiers ont su faire face avec beaucoup de courage et d’abnégation. L’ordre républicain a été maintenu.
 
Madame Ménard, vous avez soulevé la question des polices municipales. Nous en débattrons lors de l’examen des articles. Comme vous, je pense que les policiers municipaux représentent une force de police moderne. Le rapport de Mme Thourot et M. Fauvergue marque notre volonté d’assurer un continuum de sécurité entre  l’ensemble de nos forces de sécurité nationale. Les polices municipales ne sont pas pour autant une force auxiliaire des forces de police et de gendarmerie. Je rendrai donc un avis défavorable à plusieurs de vos amendements car l’on ne saurait confondre les rôles de la police nationale, de la gendarmerie nationale et des polices municipales. En revanche, certaines des demandes que vous avez formulées à la tribune sont d’ores et déjà satisfaites, comme celles relatives aux caméras-piétons. Les policiers municipaux peuvent en être équipés. Nous avons expérimenté ce dispositif en 2018 avant de le généraliser en 2019.
 
Plusieurs d’entre vous ont insisté sur le fait qu’il ne fallait pas se contenter d’hommages mais passer aux actes. Telle est bien notre intention ! Nous avons prévu de débattre, au cours du deuxième semestre, d’un livre blanc puis de présenter un projet de loi de programmation. Nous ne renvoyons pas les actes aux calendes grecques, au contraire !
 
Qui plus est, les députés de la majorité l’ont rappelé, les moyens consacrés à la police nationale et à la gendarmerie nationale ont augmenté de manière significative depuis 2017, qu’il s’agisse des investissements, de l’entretien des bâtiments ou bien encore du renouvellement des véhicules. Ainsi, entre 2016 et 2019, nous sommes passés de 16 à 45 millions d’euros de crédits pour l’entretien des bâtiments dans la police nationale. Cette hausse notable témoigne de l’attention que nous portons à l’amélioration des conditions de travail de nos policiers.
 
Enfin, dans le cadre d’un protocole de discussion entre les organisations syndicales et le directeur général de la police nationale, le sujet des heures supplémentaires, du temps de travail et des cycles horaires de travail est débattu. C’est une contrepartie de la revalorisation indemnitaire intervenue en décembre 2018. Nous espérons que ces discussions aboutiront prochainement. J’aurai l’occasion d’y revenir lors de l’examen des articles.
 
La volonté ne fait pas de doute. Nous ne nous contentons pas de promesses. Nous agissons en lien avec les organisations syndicales de la police nationale et avec les organisations représentatives de la gendarmerie nationale pour améliorer les conditions de travail, les moyens et les équipements de nos policiers et de nos gendarmes.
(Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LaREM.)
  La parole est à M. le rapporteur. Je salue tout d’abord la tonalité de nos débats, à la hauteur du respect et de la reconnaissance que nous devons à nos forces de sécurité pour leur engagement. Tous les orateurs l’ont reconnu, à commencer par M. le secrétaire d’État : nous devons tous nous mobiliser pour renforcer les moyens de ceux qui protègent nos concitoyens.
Je remercie les orateurs qui ont exprimé des points d’accord, sur tous les bancs de cet hémicycle. J’essaierai de convaincre ceux qui ont exprimé leurs divergences, en particulier les députés du groupe majoritaire au sujet des peines planchers, mais je ne désespère pas de les voir évoluer. Le dispositif que nous proposons dans ce texte est différent de celui que vous avez contesté, au cours de cette mandature, ou sous de précédentes majorités auxquelles, pour certains d’entre vous, vous avez appartenu. Nous en débattrons et je ne désespère pas que votre position évolue  comme elle vient de le faire au sujet des quotas migratoires, que nous avons défendus à maintes reprises et auxquels vous vous êtes opposés avec la plus grande des énergies avant de les faire vôtres. Il est toujours louable d’évoluer dans ses positions et en l’espèce, nous saluons votre évolution.
 
Monsieur le secrétaire d’État, vous avez affirmé, à la tribune, que les syndicats sont  opposés à ce texte mais c’est faux. Les comptes rendus des auditions en témoignent : aucun syndicat ne s’y est opposé, au contraire. En revanche, ils ont pu exprimer leur scepticisme quant à votre volonté de soutenir ces propositions et de les mettre en œuvre. Aucun n’a exprimé d’opposition. La CFDT a approuvé le principe d’une loi d’orientation et a salué la démarche d’anticipation budgétaire. Le syndicat Alliance, qui souhaite que les moyens augmentent, soutient cette proposition de loi. Quant à l’UNSA-Police, elle a exprimé sa reconnaissance pour nos propositions.
 
Enfin, monsieur le secrétaire d’État, j’ai entendu vos promesses d’un livre blanc puis d’une loi de programmation. Je ne peux que saluer cette démarche à laquelle j’invite  depuis des années. Il serait de bonne méthode d’adopter une grande loi de programmation. Aujourd’hui, le cadre dans lequel nous débattons ne nous permet pas d’élargir la problématique mais j’avais déjà déposé, avant 2017, à titre personnel, une proposition de loi de programmation pour la sécurité intérieure et la justice. Nous devons réfléchir plus sérieusement au déficit de moyens dont souffre la justice, notamment le manque cruel de places de prison. La question n’est pas celle de la surpopulation carcérale, qui en est la conséquence, mais celle de la sous-capacité carcérale qui fait obstacle à l’exécution des peines prononcées.
 
Nous souscrivons à la méthode mais nous craignons la procrastination, monsieur le secrétaire d’État. Vos propositions vont dans le bon sens mais le temps que soit rédigé ce  livre blanc et préparé le projet de loi,  la loi de programmation sera au mieux adoptée au cours de l’année 2020, les décrets d’application suivront peut-être en 2021 et nous serons arrivés au terme de ce quinquennat. Les premières mesures figureront peut-être, au mieux, dans la loi de finances pour 2021. Les policiers, les gendarmes, les pompiers attendent au contraire des mesures immédiates.  
 
C’est ce que nous vous proposons. Nous avons des convergences, madame Thourot : nous avons repris l’essentiel des mesures relatives aux polices municipales que vous préconisez. N’attendons pas un futur projet de loi, dont le calendrier parlementaire peut contrarier l’adoption. Si nous sommes d’accord, engageons-nous, dès maintenant, pour nos forces de l’ordre qui le méritent et dont je tiens, de nouveau, à saluer le courage.
 
La discussion générale est close. La séance est suspendue.
(La séance, suspendue à dix-sept heures quinze, est reprise à dix-sept heures vingt-cinq.) La séance est reprise.
J’appelle maintenant les articles de la proposition de loi dans le texte dont l’Assemblée a été saisie initialement, puisque la commission n’a pas adopté de texte.
La parole est à M. Maxime Minot. S’inscrire dans le temps long, anticiper les besoins et faire face à l’urgence, telle est la mission des législateurs que nous sommes, à plus forte raison dans un contexte où la sécurité intérieure est confrontée à des problématiques majeures : menace terroriste, radicalisation des mouvements contestataires de toutes sortes, crise migratoire et affaiblissement de l’autorité républicaine.
Nous devons nous rappeler que la sécurité étant bien la première des libertés, l’assurer est le rôle premier de l’État. S’il se montre défaillant en la matière, le contrat social est rompu. C’est pourquoi il est indispensable d’engager, près de dix ans après l’adoption, en 2011, de la loi d’orientation et de programmation pour la performance de la sécurité intérieure, une réflexion globale sur la sécurité et de proposer des mesures concrètes.
 
L’inscription de ce texte dans notre niche parlementaire traduit une fois de plus la volonté des Républicains d’œuvrer pour la sécurité des Français. Je tiens, ici, à remercier nos collègues Éric Ciotti et Guillaume Larrivé pour leur engagement et le travail qu’ils mènent sans relâche sur ce sujet majeur, d’autant qu’après cinq années de majorité socialiste, adepte de la politique de l’excuse, et deux années de statu quo, il nous faut plus que jamais muscler notre arsenal juridique et réaffirmer notre soutien aux forces de l’ordre, qui sont chaque jour en première ligne pour défendre l’État de droit et les valeurs de la République.
 
Non, chers collègues de la majorité, tout ne va pas bien dans le meilleur des mondes, en matière de sécurité notamment. Comme sur d’autres sujets, la marge de progression est immense. Personne ne saurait se satisfaire des chiffres de 2018, qui a vu notamment l’augmentation sensible des violences physiques et sexuelles ainsi que des destructions et dégradations. C’est pourquoi j’en appelle à l’adoption des mesures que nous proposons ici, car la sécurité des Français n’est ni de droite ni de gauche : elle doit être la préoccupation de tous.
 
La parole est à Mme Emmanuelle Ménard. Je suis déçue : je regrette en effet la réduction de ce débat à la portion congrue dans le cadre de cette proposition de loi. Nous avions déjà vu les propositions de loi n’émanant pas de La République en marche vidées de leur substance ; nous avions assisté à l’adoption de motions de rejet préalable ou de renvoi en commission visant à nous empêcher de parler du fond. Voilà aujourd’hui un troisième cas de figure : des amendements de suppression déposés sur chaque article.
Je crains de trop bien comprendre, en dépit de l’importance du sujet en discussion. Nous avons entendu ici même, il y a quelques jours, le Premier ministre nous annoncer un changement de méthode et de ton. Je l’ai également entendu appeler, dans le même discours, au dépassement des postures et des vieux clivages : nous pouvons voir, malheureusement, ce qu’il en est aujourd’hui.
 
C’est évidemment dommage pour les députés qui ont déposé des amendements, et qui ne pourront pas tous les défendre. Mais c’est surtout dommage pour nos forces de sécurité, qui risquent leur vie tous les jours pour la protection des Français. Heureusement, tous les articles du texte ne pourront pas être supprimés : cela nous permettra de discuter de certains points, mais ce n’est pas un signe d’ouverture pour les débats dans cet hémicycle.
 
La parole est à Mme Josiane Corneloup. Nous avons l’une des meilleures polices du monde, et l’engagement de nos fonctionnaires de police est total. Pourtant les populations ont un sentiment croissant d’insécurité. Près de dix ans après l’adoption de la loi du 14 mars 2011 d’orientation et de programmation pour la performance de la sécurité intérieure, il est indispensable d’engager de nouveau une réflexion programmatique sur la sécurité. Dans un contexte marqué par la permanence de la menace terroriste, la radicalisation des mouvements contestataires, la crise migratoire, la crise sociale que nous venons de connaître avec les gilets jaunes et l’affaiblissement de l’autorité républicaine, la sécurité doit plus que jamais être la première des libertés.
Cette proposition de loi de programmation a pour ambition de s’inscrire dans un temps long. C’est une véritable stratégie, qui vise à réarmer l’État en renforçant significativement les moyens budgétaires dédiés aux forces de l’ordre, en améliorant leurs conditions de travail, en renforçant les outils juridiques destinés à les protéger, et aussi en élargissant les prérogatives des policiers municipaux. Au regard des heures supplémentaires que nos forces de l’ordre ont effectuées et qui n’ont toujours pas été rémunérées à ce jour, au regard des agressions dont elles sont victimes et des très nombreux suicides constatés au sein de la profession, il est indispensable d’agir à la fois pour mieux protéger nos forces de l’ordre et mieux assurer la sécurité des Français.
 
La parole est à Mme Brigitte Kuster. L’article 1er de cette proposition de loi vise notamment à approuver le rapport annexé, qui définit les orientations de la politique de sécurité intérieure. Parmi les grandes orientations définies, figure la lutte contre la délinquance, dont le niveau élevé touche les Français au quotidien – atteintes aux biens et violences contre les personnes – et crée une contrainte forte pour les services de police judiciaire et d’investigation chargés d’élucider des centaines de milliers de faits.
En tant qu’élue de Paris, je voudrais souligner que, dans cette ville, les crimes et délits ne cessent d’augmenter, et les faits divers se multiplient. Les chiffres des cinq derniers mois révèlent une augmentation de 25 % des destructions et des dégradations, et de 29 % des infractions à la législation sur le port d’arme. Nous le savons, ces chiffres sont liés aux violences constatées lors des manifestations des gilets jaunes, mais il faut aussi souligner l’augmentation de 37 % des vols à la tire, de 7 % des vols avec violences, et de 11 % des cambriolages.
 
Cette situation dégradée ne peut perdurer. Monsieur le secrétaire d’État, j’imagine que vous ne pouvez qu’en être d’accord. Bien sûr, nous rendons hommage au travail effectué par les forces de l’ordre, qui ont été sur-sollicitées. Mais nous vous demandons aujourd’hui des mesures immédiates. Le texte proposé par le groupe Les Républicains et défendu par Éric Ciotti en donne l’occasion. Le débat sur la sécurité parisienne a déjà eu lieu au Conseil de Paris. Le préfet s’est d’ailleurs engagé à remettre des hommes sur le terrain mais, à ce stade, le financement et le calendrier n’ont pas été précisés. Pouvez-vous nous assurer, monsieur le secrétaire d’État, que cela va être fait ? En effet, au-delà des violences liées aux manifestations des gilets jaunes, la situation se dégrade vraiment. Je ne vous ai pas non plus parlé des dégradations sur la voie publique, que vous pouvez certainement vous-même constater. Merci de nous rassurer et de suivre les préconisations de notre proposition de loi.
(Applaudissements sur les bancs du groupe LR.)
  Nous en venons à l’examen des amendements.
Sur l’amendement no 63, je suis saisie par le groupe Les Républicains d’une demande de scrutin public.
Le scrutin est annoncé dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.
La parole est à Mme Alice Thourot, pour soutenir l’amendement no 63, qui vise à supprimer l’article.
 
Je défendrai en même temps les amendements nos 63 et 65, qui visent à supprimer respectivement l’article 1er et l’article 2, puisqu’ils sont liés. Vous proposez une augmentation des budgets. Nous l’avons rappelé tout à l’heure : l’augmentation des budgets a été prévue par les lois de finances pour 2018 et pour 2019, que n’ont d’ailleurs votée M. Ciotti et le groupe Les Républicains. Je vous invite donc plutôt à voter avec nous le budget qui sera présenté cette année, qui permettra une nouvelle augmentation des crédits alloués à la sécurité et des moyens donnés à nos forces de l’ordre pour agir sur le terrain et améliorer leurs conditions de travail. Quel est l’avis de la commission ? La commission a émis un avis favorable sur cet amendement de suppression, et je le regrette. À titre personnel, et parce que je veux que les conditions matérielles de nos forces de l’ordre s’améliorent, je souhaiterais que nous puissions poursuivre le débat. En signe de respect, de reconnaissance et de considération envers nos forces de l’ordre, il convient de leur donner les moyens qu’elles ont légitimement réclamés, à maintes reprises, quelquefois avec colère. Je l’ai dit tout à l’heure lors de la présentation du texte, elles parlent d’une « disette budgétaire » dans la tribune rédigée en commun dans le Journal du dimanche.
Certes, nous n’avons pas voté les crédits de la mission « Sécurités », mais parce que nous considérions qu’ils n’étaient pas à la hauteur. Nous proposons une autre méthode : il faut aller plus loin et ne pas se contenter d’une approche comptable et budgétaire, dictée par Bercy. Nous voulons vous aider, monsieur le secrétaire d’État à obtenir plus de moyens, et je suis sûr qu’en votre for intérieur, vous espérez l’adoption de cette proposition de loi, parce qu’elle vous permettrait de répondre aux attentes des forces de l’ordre. (Applaudissements sur les bancs du groupe LR.)
 
Chers collègues, je regrette que vous refusiez la création de 15 000 emplois supplémentaires. Dans ces 15 000 emplois, nous avons, parce que nous sommes responsables, inclus les 10 000 emplois qui ont été annoncés, mais qui, au rythme actuel des créations de postes, ne seront pas au rendez-vous à la fin du quinquennat. Nous proposons que l’on s’engage à rénover 400 commissariats, aujourd’hui vétustes, et les bâtiments qui sont dans un état indigne. Nous proposons que l’on renouvelle totalement, en cinq ans, le parc de véhicules. Je regrette que vous vous y opposiez.
 
Quel est l’avis du Gouvernement ? Ma réponse en trois points sera nécessairement un peu longue. Monsieur Minot, vous relevez une progression de la délinquance en 2018 par rapport en 2017 mais, j’en suis stupéfait, vous ne faites état que des violences sexuelles, qui malheureusement augmentent depuis plusieurs années, et des dégradations. Vous oubliez la baisse significative en 2018 des cambriolages, des vols à main armée, des vols avec violences, des vols de véhicules, autant d’items qui touchent de très près nos concitoyens et qu’ils scrutent de près. Je vous concède que la baisse a été moins forte en 2019 – nous travaillons sur le sujet. Par respect pour le travail effectué par nos forces de l’ordre, il me paraît plus juste et plus honnête de bien préciser tout cela.
Madame Ménard, vous regrettez que le débat ne puisse avoir lieu. La séance d’aujourd’hui montre qu’il n’en est rien. Un livre blanc sera bientôt publié, et nous aurons la discussion que vous appelez de vos vœux lors de l’examen de la loi de programmation.
 
Pourquoi ne pas discuter aujourd’hui ? Le Premier ministre l’a dit, la discussion aura lieu.
Madame Kuster, vous avez évoqué l’évolution de la délinquance à Paris. Je confirme qu’une hausse a été constatée au début de cette année. Tout sera mis en œuvre pour y remédier et la juguler. Comme vous le savez, les quartiers de reconquête républicaine bénéficient d’effectifs supplémentaires. Paris compte de  tels quartiers, et des effectifs y seront immédiatement affectés.
 
Monsieur Ciotti, il ne faudrait pas laisser penser que, si nous souhaitons approfondir  dans le cadre du livre blanc et de la future loi de programmation les propositions que vous nous soumettez aujourd’hui, c’est que nous ne faisons rien. L’importance des augmentations budgétaires comme des recrutements d’ores et déjà effectués et qui continueront de l’être témoignent de ce que la sécurité est bien pour nous une préoccupation. Vous avez mal lu dans mes pensées : dans le cadre du livre blanc et de la loi de programmation, je souhaite que nous ayons le débat que vous appelez tous de vos vœux sur l’avenir, les missions, les conditions de travail, l’équipement et les moyens de la police nationale et de la gendarmerie nationale.
 
Le Gouvernement est bien évidemment favorable à cet amendement de suppression.
 
Je mets aux voix l’amendement no 63.
(Il est procédé au scrutin.) Voici le résultat du scrutin :
        Nombre de votants                        36
        Nombre de suffrages exprimés                33
        Majorité absolue                        17
                Pour l’adoption                22
                Contre                11
(L’amendement no 63 est adopté. En conséquence, l’article 1er et l’annexe I sont  supprimés, et les amendements nos 17 et 70 tombent.)
Sur l’amendement no 65, je suis saisie par le groupe Les Républicains d’une demande de scrutin public.
Le scrutin est annoncé dans l’ence