XVe législature
Session ordinaire de 2018-2019

Séance du mardi 26 mars 2019

La parole est à M. Guy Teissier. Madame la garde des sceaux, dimanche dernier, vous avez reconnu qu’il y avait d’ores et déjà sur notre territoire 200 djihadistes revenants. Cette information est très inquiétante pour la sécurité de nos concitoyens, d’autant que le Gouvernement fait preuve à bien des égards d’amateurisme en ce qui concerne la surveillance des individus radicalisés.
J’en veux pour preuve la situation à Marseille. En octobre 2018, la direction de l’administration pénitentiaire a ouvert en catimini un dispositif secret d’accueil en milieu ouvert de condamnés et prévenus pour terrorisme. Le « programme d’accueil individualisé et de réaffiliation sociale » dissimule en réalité, sous une appellation technocratique plutôt sobre, des centres de suivi hors détention de prévenus et de condamnés pour terrorisme. À Marseille, cette petite équipe doit s’occuper, quelques heures par semaine, de jeunes de 22 à 35 ans, dont deux revenants du djihad, un sortant de prison, trois jeunes détenus de droit commun suspectés de radicalisation et six autres étiquetés « terroristes islamistes ». Et tout cela en plein cœur de ville !
Il est surprenant, pour ne pas dire scandaleux, que vous préfériez, madame la garde des sceaux, parler aux journalistes plutôt qu’aux élus. Comment se fait-il que le maire de Marseille et la présidente du conseil départemental, acteurs majeurs de la sécurité et du social dans notre ville, n’aient pas été avertis de la menace potentielle constituée par l’installation d’un tel service ? Ayant eu connaissance de ces faits, et souhaitant de plus amples informations, ils ont reçu une fin de non-recevoir de la part des représentants de l’État.
Après les assassinats barbares de Mauranne et Laura, la fermeture de la mosquée As Sounna et, plus récemment, l’attaque au couteau de passants sur la Canebière, il est clair que notre ville est affectée directement par la radicalisation et le terrorisme. Face à un dispositif d’expérimentation aussi opaque, pouvons-nous espérer de votre part des explications concernant la surveillance des individus dangereux lâchés en pleine nature ? L’amateurisme en la matière n’a pas sa place ! Sur un dossier aussi sensible, la coopération la plus étroite est attendue de tous. Madame, j’attends votre réponse !
(Applaudissements sur les bancs du groupe LR et parmi les députés non inscrits.) La parole est à Mme la garde des sceaux, ministre de la justice. Monsieur le député, ma réponse, la voici : ces centres n’ont évidemment rien d’opaque ni de confidentiel ! Vraiment ? La preuve, c’est qu’ils figuraient dans le plan de prévention et de lutte contre la radicalisation annoncé par le Premier ministre au mois de février dernier. Nous avons, à l’époque, clairement dit comment nous entendions prendre en charge les personnes suspectées de radicalisation. Lorsqu’elles sont en détention, ce qui est le cas de la plupart d’entre elles, elles font l’objet – j’ai déjà eu l’occasion de le dire ici – d’une évaluation et d’une prise en charge individualisée, notamment dans des quartiers étanches, à l’isolement ou dans le cadre d’un traitement spécifique.
Lorsque ces personnes sont placées sous main de justice, se trouvant donc à l’extérieur des établissements pénitentiaires, elles sont soumises, la plupart du temps, à un contrôle judiciaire et font, en outre, l’objet d’un suivi par les personnels d’insertion et de probation assuré dans des centres spécifiques tels que ceux que vous avez évoqués. Nous avons expérimenté l’année dernière, à Paris, un tel centre de suivi des personnes radicalisées placées sous main de justice. La mise en place des dispositifs supposant une prise en charge éducative, psychologique, psychiatrique et en termes de logement,...
Pourriez-vous nous donner des informations concernant Marseille ? Vous me demandez des explications, je vous les donne ! Ce n’est pas une réponse ! Laissez-moi terminer mes explications. Cette prise en charge, l’année dernière, a témoigné d’un certain succès pour désengager ces personnes de la radicalisation violente. Et Marseille, alors ? C’est la raison pour laquelle nous avons souhaité développer ces dispositifs, à Marseille tout d’abord, à Lyon et à Lille dans un second temps. Le maire de Marseille n’est pas au courant ! Monsieur le député, nous sommes pleinement engagés dans la lutte contre la radicalisation violente et je suis certaine que vous nous accompagnerez en ce sens. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LaREM.)
La parole est à Mme Anne-Laure Cattelot. Monsieur le ministre de l’économie et des finances, certains ont tendance à croire que l’industrie serait un sujet bien trop sérieux pour être débattu par tous. Or l’industrie, l’avenir de l’usine à côté de chez nous ou à l’autre bout de la France est bien un sujet qui anime nos chaumières, mobilise les élus locaux et nationaux.
Je veux revenir aujourd’hui sur le cas de la société Ascoval, dont les salariés courageux vivent des montagnes russes émotionnelles depuis plus d’un an. Le scénario du démantèlement et de la clef sous la porte semble s’éloigner, cinq repreneurs potentiels s’étant déclarés à deux jours de l’audience devant la chambre commerciale de Strasbourg.
Il semble bien y avoir une méthode pour sauver un site industriel : que tout le monde, quelles que soient ses convictions politiques, les syndicats, la direction s’unissent dans le même but, celui de donner un second souffle à des outils industriels performants. Mais soyons tous humbles : d’autres dossiers industriels sensibles n’ont pas connu la même issue malgré tous les efforts. Je pense aux fermetures de sites stratégiques, Akers, Sambre et Meuse, des fleurons centenaires liquidés ces dernières années dans le Nord. Je pense à Arjowiggins, aux Fonderies du Poitou, à Ford, à la Sucrerie de Cagny, dont le sort reste incertain, aux familles inquiètes en pensant à demain.
Monsieur le ministre, anticiper doit être notre maître mot à tous. Il est difficile pour les régions, l’État, les élus locaux d’agir en pompiers à la dernière minute. L’industrie française ne pourra pas faire l’économie d’une intégration des considérations environnementales, terreau d’opportunités et de nouveaux marchés, et de la nécessaire digitalisation de l’outil industriel et des process de fabrication : son avenir passe forcément par là. Cette industrie du futur ne sera pas le remplacement de l’ancienne par une nouvelle. Ces solutions doivent se réaliser dans chaque territoire de France.
Pouvez-vous expliquer à la représentation nationale, monsieur le ministre, les mesures d’anticipation de la politique industrielle française afin que la fin du diesel n’ait pas de relents de fermeture des mines ? Comment mettre en œuvre un accompagnement approprié des territoires dépendant de l’industriel qui l’abandonne ? Monsieur le ministre, l’enjeu est collectif : c’est la réussite des industriels français, leur donner envie d’investir, de faire confiance pour recruter.
(Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM.) Si ce brouhaha pouvait cesser ! Ceux qui ont des conversations à tenir peuvent aller les tenir en dehors de l’hémicycle. (Applaudissements.)
La parole est à M. le ministre de l’économie et des finances. Madame la députée, Ascoval peut reprendre espoir parce que vous vous êtes mobilisée, que les élus locaux se sont mobilisés, de la maire de Saint-Saulve jusqu’à Xavier Bertrand, président de la région des Hauts-de-France. Ascoval peut retrouver espoir parce que les salariés ont été exemplaires de courage et de détermination. Ascoval peut retrouver espoir parce que trois offres solides et sérieuses de reprise du site industriel ont été déposées hier. (Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM.)
Je me battrai pour chaque emploi industriel menacé, comme je me suis battu s’agissant d’Arc international, qui a trouvé un nouveau financement, ou des Fonderies du Poitou, sur le cas desquelles nombre d’entre vous m’ont alerté. Je continuerai à me battre pour Arjowiggins. Je continuerai à me battre pour une reconversion solide et riche de perspectives du site de Blanquefort à Bordeaux.
Vous avez parfaitement raison : notre première responsabilité est d’anticiper des transformations technologiques et industrielles d’une rapidité sans précédent dans notre histoire économique. Anticiper, c’est avoir le courage, que vous avez eu, que cette majorité a eu, d’alléger la fiscalité sur le capital pour que nous puissions financer notre industrie.
(Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM.) Ça ne marche pas ! Anticiper, c’est lancer des plans de formation et de qualification comme Muriel Pénicaud l’a fait, pour qu’on ne voit plus des PME, des TPE chercher désespérément des chaudronniers, des soudeurs, des ingénieurs, des développeurs parce que la France n’a pas su dispenser des qualifications conformes aux besoins des entreprises. Depuis plusieurs mois nous qualifions et nous formons les nouvelles générations en fonction des besoins de notre industrie et de notre économie.
Anticiper enfin c’est financer l’innovation, la recherche. C’est le Fonds pour une innovation de rupture, que vous avez eu le courage de voter et qui va nous permettre de garder un temps d’avance en matière technologique.
(Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM.)
Nous avons amorcé la reconquête industrielle…
Merci monsieur le ministre.
La parole est à Mme Laure de La Raudière. Monsieur le ministre de la transition écologique et solidaire, vous avez annoncé vendredi dernier que les tarifs réglementés de l’électricité allaient « sans doute » augmenter de 5 à 6 % au mois de juin, conformément aux recommandations de la Commission de régulation de l’énergie. Si cela venait à être confirmé, ce sont plus de 25 millions de foyers qui verraient leur facture d’électricité augmenter, à hauteur de 85 euros pour les ménages qui se chauffent à l’électricité ! La sortie de l’hiver va être rude pour les Français, alors qu’ils ont déjà subi une hausse de 35 % de leur facture d’électricité entre 2008 et 2017 !
Parallèlement, la pression exercée par l’État en faveur du chauffage électrique et des véhicules électriques va provoquer une augmentation de la consommation d’électricité.
Cette forte hausse des tarifs s’explique notamment par nos choix en matière de mix énergétique. En effet, le fort subventionnement public des énergies renouvelables pèse lourd dans la facture énergétique, pour une efficacité et une rentabilité douteuses.
Et la fermeture de Fessenheim ? Il devient donc urgent de s’interroger sans tabou sur ces choix. C’est l’objet de la commission d’enquête présidée par notre collègue Julien Aubert. D’ici là, c’est le pouvoir d’achat des Français qui est menacé.
Monsieur le ministre, pouvez-vous confirmer que le Gouvernement augmentera les tarifs réglementés de l’électricité de plus de 5 % et nous indiquer à quelle date ?
La parole est à M. le ministre d’État, ministre de la transition écologique et solidaire. La loi prévoit que les tarifs régulés de l’électricité – car il y a des tarifs proposés librement par des concurrents – sont fixés de manière indépendante par la Commission de régulation de l’énergie. Changez la loi ! Cette loi a été votée en 2010, lorsque Jean-Louis Borloo était à ma place. Changez-la ! Ils le sont sur la base des coûts de production de l’électricité, le prix régulé de l’électricité nucléaire et les coûts commerciaux d’EDF. Toute décision s’éloignant des formules calculées par la Commission de régulation de l’énergie est systématiquement annulée par le Conseil d’État, systématiquement saisi par les concurrents d’EDF. C’est ce qui s’est passé en 2014, alors que Ségolène Royal, au poste que j’occupe aujourd’hui, a voulu appliquer un autre tarif.
Ce sont les Français qui ont payé ensuite le prix de cette décision irresponsable. C’est d’ailleurs depuis Mme Royal…
Avec votre soutien ! …que la loi prévoit que la décision du ministre en charge de l’énergie ne peut pas s’éloigner des recommandations de la Commission de régulation de l’énergie. Changez la loi ! Le principe est simple et de bon sens sur le plan économique : le prix doit couvrir les coûts de production de l’électricité par EDF, et rien d’autre, qui sont aujourd’hui principalement les coûts du nucléaire. Nous avions pris l’engagement de ne pas augmenter, comme c’était prévu, l’électricité pendant la période hivernale, pour éviter aux Français qui se chauffent à l’électricité de subir cette hausse : cet engagement a été tenu.
Par ailleurs, le chèque-énergie, qui a succédé aux tarifs sociaux de l’électricité et du gaz, a été augmenté par une décision du Parlement, de près de 50 euros en moyenne et plus de 2 millions de personnes supplémentaires vont en bénéficier. C’est notre politique d’accompagnement social et de transformation énergétique qui permettra aux Français d’avoir une facture qui ne s’alourdit pas.
(Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM.)
La parole est à M. Buon Tan. J’associe à ma question mes collègues Nicole Dubré-Chirat et Christophe Arend.
Monsieur le ministre de l’Europe et des affaires étrangères, le 27 janvier 1964, la France devenait, grâce au général de Gaulle, le premier pays occidental à reconnaître la République populaire de Chine. L’année 2019 marque le cinquante-cinquième anniversaire de cet acte fort auquel le peuple chinois reste profondément attaché. La visite d’État qu’effectue en ce moment même dans notre beau pays le président chinois Xi Jinping témoigne de cette solide amitié.
En cinquante-cinq ans, nous avons tissé des liens étroits ; des liens politiques, bien sûr, mais également culturels, économiques et scientifiques que nos deux pays ont élevés, en 2004, au rang de « partenariat stratégique global ». Aéronautique, agriculture, transports ou encore innovation, nos coopérations sont florissantes et participent au dynamisme économique de la France, comme en témoigne la commande de 300 Airbus, pour près de 30 milliards d’euros, signée hier.
Ces succès ne doivent cependant pas masquer les défis qui se présentent à nous. Qu’il s’agisse du projet des nouvelles routes de la soie, du déploiement de la 5G ou d’autres secteurs stratégiques intimement liés à notre souveraineté, il nous faut absolument progresser et trouver ensemble des réponses adaptées.
Deuxième puissance mondiale, la Chine est un interlocuteur incontournable pour nous et pour l’Europe. Seule une position commune nous permettra de rééquilibrer le rapport de forces. La présence, ce matin, de la chancelière allemande et du président de la Commission européenne autour d’Emmanuel Macron et du président chinois constitue un signal fort.
Alors que la visite d’État du président chinois s’achève aujourd’hui, pouvez-vous nous en dresser le bilan et nous indiquer la stratégie suivie par la France pour que ce partenariat soit véritablement gagnant-gagnant ?
(Applaudissements sur quelques bancs du groupe LaREM.) La parole est à M. le ministre de l’Europe et des affaires étrangères. La visite du Président Xi Jinping s’achève et l’on peut dire qu’elle fut un succès, en tout cas, qu’elle marque une étape importante dans nos relations bilatérales. Comme vous l’avez dit, cinquante-cinq ans après l’établissement des relations diplomatiques entre nos deux pays, les symboles restent forts dans nos relations bilatérales, à l’image de la commande record de 300 Airbus, qui illustre le dynamisme de notre coopération.
Je souligne également l’importance des engagements dans le domaine agricole et agroalimentaire, avec la levée de l’embargo sur la volaille, qui succède à celle sur la viande bovine. Des agréments sont ainsi possibles pour plusieurs entreprises françaises dans ce secteur, ce qui ouvre nombre de perspectives s’ajoutant à la coopération nucléaire – qui se poursuit – et spatiale. De nombreux engagements ont aussi été pris dans le domaine de la coopération culturelle et de la mobilité des jeunes.
Le plus important, vous l’avez souligné, c’est l’approfondissement de la démarche en faveur d’un multilatéralisme rénové et plus équilibré. Ce matin, c’est une Europe unie sur ces engagements qui en a témoigné, avec la Chancelière Merkel et le Président Juncker. Le président français avait souhaité cette rencontre élargie, ce qui marque une démarche de fond pour un nouveau multilatéralisme, portant en particulier sur la dimension climatique et les engagements mutuels que nous prenons à cet égard, mais aussi sur l’indispensable rénovation de l’Organisation mondiale du commerce ainsi que sur la connectivité, dont participe la route de la soie – l’essentiel est que l’une comme l’autre soit à double sens et qu’elle réponde aux normes internationales.
Voilà, très condensé, le bilan d’une visite qui a été à tous égards exceptionnelle.
(Applaudissements sur quelques bancs du groupe LaREM.)
La parole est à M. Joaquim Pueyo. Monsieur le ministre de l’Europe et des affaires étrangères, il aura fallu cinq ans et plusieurs milliers de morts pour reconquérir les territoires occupés en Irak et en Syrie par le groupe terroriste Daech.
Cette organisation, la plus brutale de l’histoire moderne, faisait régner un régime de terreur sur les populations, multipliant les viols, les décapitations, les exécutions sommaires. C’est aussi à partir de ce califat que de nombreux attentats ont été commandités, tant dans cette région que dans le monde entier, y compris en France.
Je tiens à saluer le courage et le sacrifice de tous ceux qui sont engagés dans ces batailles, notamment, l’alliance arabo-kurde regroupée au sein des Forces démocratiques syriennes, sans laquelle aucune victoire n’était possible.
(Applaudissements sur les bancs du groupe SOC et sur quelques bancs du groupe MODEM.)
Je souhaite également rendre hommage aux différents pays qui participent à la coalition internationale, et tout particulièrement aux soldats français admirablement engagés dans l’opération Chammal. (Mmes et MM. les députés se lèvent et applaudissent longuement) .
La fin de ce califat marque une étape importante mais nous devons rester très vigilants, car Daech demeure une menace compte tenu de sa stratégie, qui évoluera, et de sa doctrine, toujours présente.
Alors que la crise syrienne entre dans sa huitième année, le pays est toujours dévasté, les morts se comptent par centaines de milliers, les déplacés par millions et le territoire reste morcelé.
Bien que les incertitudes demeurent, il faut reconnaître que le régime de Bachar el-Assad domine une large partie du pays. Néanmoins, la question des espaces contrôlés par les rebelles arabes, mais aussi par les Kurdes, se posera. Face aux pressions du régime, à l’implication de la Turquie, de l’Iran et de la Russie, face aussi aux annonces intempestives du président des États-Unis, peu de place subsiste pour l’Europe dans la résolution de cette crise, ce que nous regrettons.
Ma question sera double : quelle politique le Gouvernement compte-t-il mettre en place, en liaison avec l’Union européenne, pour la résolution de la crise syrienne ? Comment pouvez-vous assurer un soutien pérenne et juste aux forces arabo-kurdes qui ont combattu pour nous sur place ?
(Applaudissements sur les bancs du groupe SOC et sur quelques bancs des groupes LR et UDI-Agir.) Je vous prie de bien vouloir vous en tenir au temps de parole accordé.
La parole est à M. le ministre de l’Europe et des affaires étrangères.
Merci, monsieur le député Pueyo, et merci à la représentation nationale pour l’hommage qu’elle vient de rendre aux forces françaises qui ont combattu et qui continuent de combattre la barbarie en Syrie. J’en suis très ému, ayant été ministre de la défense lorsque nos forces ont été engagées.
C’est donc la fin du califat territorial. Il faut souligner l’ampleur de l’action menée par les forces démocratiques syriennes, en particulier lors de la dernière étape du combat contre Daech, à Baghouz. Elles ont fait preuve d’un courage et d’une détermination exemplaires…
Et les Kurdes ? …et leur engagement, surtout dans les zones à partir desquelles les assassins qui ont sévi sur notre sol sont venus, mérite non seulement le respect mais, pour la suite, nous oblige.
Ce n’est pas parce que le califat territorial est éradiqué que la menace de Daech a disparu. Des risques demeurent dans la clandestinité, ce qui conduit la France à avoir trois exigences.
Tout d’abord, il s’agit de poursuivre l’action militaire avec les membres de la coalition pour assurer la sécurité dans le nord-est de la Syrie, ce dont nous nous occupons en particulier avec nos partenaires américains.
Ensuite, il faudra trouver une solution politique, car, comme vous l’avez dit, des zones conflictuelles majeures demeurent, y compris des zones de guerre civile interne à la Syrie, à Idlib. Pour cela, la résolution 2254 des Nations unies doit s’appliquer. Il importe que l’ensemble des acteurs puisse le faire.
Enfin, il est indispensable de mener une action humanitaire immédiate face à l’afflux des réfugiés, singulièrement, dans la zone du Nord-Est, mais aussi dans les pays voisins. À cet égard, la France remplira tous ses engagements.
(Applaudissements sur quelques bancs du groupe LaREM.)
La parole est à M. Stéphane Baudu. Monsieur le ministre de la transition écologique et solidaire, ma question porte sur l’avenir de notre filière nucléaire. Nous l’avons vu au cours du grand débat national, les problématiques énergétiques figurent parmi les préoccupations majeures de nos concitoyens. Cependant, s’agissant du nucléaire, beaucoup expriment leurs difficultés à comprendre l’avenir de cette filière.
Le projet de programmation pluriannuelle de l’énergie – PPE – donne le cap : réduction à 50 % de la part d’électricité d’origine nucléaire dans le mix énergétique d’ici 2035 et décroissance du parc nucléaire par la fermeture de quatorze réacteurs.
C’est impossible à faire ! Néanmoins, cette stratégie appelle des précisions : la liste des réacteurs qui fermeront n’est pas fixée, et l’on ne peut se satisfaire d’un délai de trois ans entre une décision de fermeture et une prise d’effet. Même question concernant l’implantation de nouvelles piscines de stockage de déchets ou de réacteurs de type EPR.
Dans ce contexte, depuis quelques mois, une quinzaine de projets d’expansion émergent discrètement en France. Dans mon département du Loir-et-Cher par exemple, EDF envisage l’acquisition d’une centaine d’hectares de terres agricoles autour de la centrale de Saint-Laurent-des-Eaux. Or, jusqu’à présent, le flou demeure quant à l’utilisation future de ces réserves foncières.
De telles démarches ne peuvent que susciter l’inquiétude des riverains, agriculteurs ou élus locaux. En outre, l’incertitude permanente concernant le devenir des sites nucléaires donne l’impression que nous cherchons, sans le dire, à maintenir le statu quo.
Monsieur le ministre, nous partageons, je le crois, la conviction que l’accélération de la transition écologique suppose l’adhésion de tous les Français. Aussi me paraît-il indispensable, si nous voulons une politique énergétique viable, que sa mise en œuvre soit assumée, transparente et intelligible jusque dans sa déclinaison territoriale. Donner de la visibilité sans tabous, c’est permettre aux acteurs concernés de prendre en main leur destin.
La prochaine PPE permettra-t-elle de clarifier le devenir de chacun de nos sites nucléaires ?
(Applaudissements sur les bancs des groupe MODEM et LR.) La parole est à M. le ministre d’État, ministre de la transition écologique et solidaire. Nous partageons votre préoccupation qui est d’agir dans la transparence et l’anticipation. Contrairement à la précédente programmation pluriannuelle de l’énergie, celle que nous avons présentée le 27 novembre dernier est précise et détaillée ; elle donne le cap, année après année, dans chaque secteur de production d’énergie. Et la liste des centrales ! C’est extrêmement important pour que les acteurs – les industriels et les investisseurs mais aussi les collectivités locales et les Français – sachent où nous allons. Nous devons avoir une lisibilité.
Cette programmation pluriannuelle de l’énergie a fixé clairement les différentes étapes. D’ici à 2022, la centrale de Fessenheim fermera.
Et quelle sera la suite ? Et les centrales à charbon ? Comme je l’ai annoncé sur place, le premier réacteur fermera en mars et le deuxième en août 2020.
Pour le reste, nous avons programmé la fermeture progressive et anticipée de quatorze réacteurs d’ici à 2035. Pourquoi ? Parce que nous ne voulons pas que cela se fasse au gré de décisions concernant la sécurité des réacteurs comme cela se passe actuellement en Belgique où cinq centrales sur sept sont à l’arrêt pour des raisons de sécurité par défaut d’anticipation.
Nous avons demandé à l’opérateur EDF d’indiquer quels réacteurs seraient fermés en donnant une liste de sites concernés que je vous rappelle : Tricastin, Bugey, Gravelines, Dampierre, Blayais, Cruas, Chinon et Saint-Laurent.
Nous pensons que l’opérateur est celui qui est le mieux à même de dire où la fermeture sera la plus efficace. Ce seront des fermetures de réacteurs et non pas de centrales.
À Fessenheim, on ferme toute la centrale et ailleurs uniquement des réacteurs ! C’est deux poids, deux mesures ! Il s’agit de permettre aux territoires d’anticiper cette transformation en faisant en sorte qu’elle soit progressive et de ménager l’avenir. Concernant l’avenir, nous aurons un rapport détaillé sur les EPR d’ici à la fin de 2021 pour que les décisions puissent être prises en 2022.
La parole est à Mme Émilie Bonnivard. Monsieur le Premier ministre, l’image de la France à l’étranger a été très fortement dégradée par votre incapacité à mettre un terme, par de vraies solutions politiques, aux manifestations violentes qui émaillent notre pays depuis dix-huit semaines.
Se satisfaire glorieusement d’un samedi contenu, et encore, avec des victimes de part et d’autre, après des mois d’échec, nous paraît totalement déplacé.
Les commerçants, kiosquiers, restaurateurs, hôteliers et toute la filière touristique subissent des pertes considérables et une baisse de fréquentation alors que le tourisme est l’un des rares secteurs économiques dont la balance commerciale soit positive, et cela dans un contexte où notre déficit extérieur ne cesse de se creuser. Ce dernier a d’ailleurs atteint un record de 60 milliards d’euros en 2018, sous votre Gouvernement, tandis que l’Allemagne enregistrait un excédent de 28 milliards. Sans commentaire...
Or que choisit le Gouvernement en catimini et au mépris de toute décision politique de bon sens ? Il décide de baisser d’un tiers les moyens à l’étranger de la structure en charge de la promotion de notre pays, Atout France.
Scandaleux ! Une honte ! Sur la forme, c’est déjà proprement scandaleux. Vous ne pouvez agir ainsi, de façon totalement opaque, méprisant ce qu’a voté le Parlement lors de la dernière loi de finances. Vous donnez beaucoup de leçons au Sénat, mais vous ne respectez pas nos assemblées !
Sur le fond, politiquement, c’est totalement irresponsable : alors que notre pays et notre économie ont besoin, plus que jamais, que soient maintenus les moyens dédiés à restaurer l’image de la France, vous les réduisez considérablement.
Elle a raison ! Monsieur le Premier ministre, allez-vous revenir à du bon sens, allez-vous nous écouter enfin et maintenir les moyens dédiés à la promotion de la France pour restaurer l’image de notre pays et endiguer quelque peu vos très mauvais résultats en matière de déficit commercial ? (Applaudissements sur les bancs du groupe LR.) La parole est à M. le secrétaire d’État auprès du ministre de l’Europe et des affaires étrangères. L’image de la France a en effet été atteinte par un certain nombre d’émeutiers qui se sont permis de s’en prendre à des symboles nationaux et aussi à l’outil de travail d’hommes et de femmes des secteurs de l’hôtellerie, de la restauration et du luxe. Nous le déplorons et j’espère que c’est aussi votre cas. Ce n’est pas la question ! Agissez ! Face à cela, nous ne restons pas inertes. La semaine dernière, nous avons réuni 1 000 voyagistes à Marseille pour le salon Rendez-vous en France – ce fut un grand succès – afin de rassurer les clientèles étrangères. C’est Atout France ! Vous avez vu qu’ils étaient massivement présents à Chambéry au salon Grand Ski. Ces clientèles sont présentes en cette saison d’hiver qui se déroule très bien.
S’agissant des outils de la promotion de la France, je tiens à vous rassurer pleinement : sous l’autorité du Premier ministre, nous avons fait le choix de leur accorder 5 millions supplémentaires grâce aux recettes des visas. La bonne nouvelle est que ces 5 millions vont devenir 8 millions d’ici à quelques mois grâce à l’augmentation des visas Schengen.
Permettez-moi de m’étonner : le président de votre région, qui est aussi le président de votre famille politique, appelle de ses vœux 20 milliards d’économie et dès qu’il s’agit de 4 millions, vous commencez à tousser.
(Exclamations sur les bancs du groupe LR. – Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM.)
S’agissant d’Atout France, lors de son conseil d’administration qui s’est tenu la semaine dernière, j’ai pu annoncer que nous allions avoir le temps d’élaborer un nouveau contrat d’objectifs et de performance. C’est la règle. Il est important de voir qu’Atout France est un opérateur qui a réussi à se transformer depuis de nombreuses années. Nous faisons pleinement confiance aux hommes et aux femmes d’Atout France. (Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM.)
La parole est à Mme Anne-Laurence Petel. Monsieur le secrétaire d’État chargé du numérique, vous avez signé ce matin la charte « e-commerce », un code de bonne conduite entre les PME et les plateformes de vente en ligne. Parallèlement à l’instauration d’une taxe sur les GAFA – Google, Apple, Facebook et Amazon –, cette avancée répond à l’une des nombreuses problématiques que la révolution numérique pose à notre société et à notre économie.
Cette charte repose sur trois piliers : la formalisation des relations commerciales, la garantie d’un échange ouvert, fiable et individualisé et le renforcement de la lutte contre la contrefaçon. Tels sont donc les trois engagements auxquels les plateformes numériques devront se conformer. Ces géants doivent à leurs partenaires, nos entreprises, plus d’éthique, de respect et de transparence. Hélas, les deux acteurs les plus puissants du secteur, Alibaba et Amazon, refusent les règles d’un jeu équitable pour continuer à imposer la loi du plus fort.
En refusant de signer cette charte, ces deux empires commerciaux refusent l’équité commerciale. Ils refusent de respecter leurs partenaires, les TPE-PME, qui sont les véritables créateurs de richesse et d’emploi dans nos territoires. Face à ces géants du e-commerce qui imposent leurs règles sans vergogne, nos petites et moyennes entreprises sont soumises aux déloyautés du numérique : déréférencement du jour au lendemain, explosion des frais d’intermédiation, absence de contact et d’information.
(M. Jean Lassalle applaudit)
En concluant cette charte de bonne conduite, vous avez décidé de mener ce combat, monsieur le secrétaire d’État, pour équilibrer les relations commerciales et protéger nos TPE-PME de la loi du plus fort et des pratiques déloyales des plateformes numériques.
La représentation nationale tout entière, au-delà des clivages politiques, est avec vous pour protéger les entreprises françaises, car elles sont la clé de voûte de notre économie. Pouvez-vous nous en dire davantage des engagements contenus dans cette charte et de l’action que vous entendez mener pour contraindre Amazon et Alibaba à s’y conformer ?
(Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LaREM.) La parole est à M. le secrétaire d’État chargé du numérique. Ce matin, nous avons signé cette charte avec des entreprises qui se sont engagées à nos côtés. Deux d’entre elles, parmi les plus importantes, n’étaient pas présentes : Amazon et Alibaba.
Je l’ai dit hier, je suis en colère contre Amazon, car, depuis six mois, nous travaillions ensemble.
(Exclamations sur les bancs des groupes LR, GDR et FI.) La situation est grave car le e-commerce représente, en France, 90 milliards d’euros de chiffre d’affaires, et concerne 200 000 PME qui vendent sur ces « market places » – ces sites internet qui permettent de commander un produit, vendu par une entreprise, en général une entreprise de proximité, une TPE, une PME.
Quand tout va bien, la situation est formidable pour la PME qui peut réaliser 30 % ou 40 % de chiffre d’affaires en plus. Mais lorsque la situation se dégrade, quand la grande plateforme ne répond plus au téléphone, quand elle déréférence ou modifie unilatéralement son tarif, l’entreprise perd tout – et en disant entreprise, j’entends éditeur de proximité, artisan ou petit industriel.
(M. Jean Lassalle applaudit)
Pour toutes ces raisons, nous nous sommes engagés autour de cette charte. Ce matin, le Bon Coin, Rakuten, Cdiscount, Ebay, la Fnac, Darty, La Redoute, ManoMano, Conforama, Boulanger, qui représentent, à eux tous, la majorité du secteur, se sont engagés à mettre un interlocuteur humain à la disposition de ces PME, à rendre les frais transparents et à lutter contre la contrefaçon. Quant à ceux qui n’ont pas signé, ils seront soumis au règlement européen P2B – « plateforme to business » – pour lequel la France s’est engagée, et moi personnellement, depuis près de deux ans. Ce règlement sera voté dans quelques jours et il deviendra réalité en 2020. Cette charte de bonne conduite était simplement une manière pour la France et les acteurs de s’engager avant que le droit ne les y oblige.
Je suis très heureux de célébrer les plateformes françaises et européennes qui se sont engagées. Les autres pourront toujours nous rejoindre et signer dans quelques semaines.
(Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM.)
La parole est à Mme Mathilde Panot. Des citoyens réquisitionnent vingt-sept portraits d’Emmanuel Macron ? Vingt-deux gardes à vue, seize perquisitions et quatorze convocations à procès. Des militants à Bure luttent contre l’enfouissement des déchets nucléaires ? Une cinquantaine de procès, une vingtaine de perquisitions, vingt-six interdictions de territoire, une association de malfaiteurs. Vous frappez les lanceurs d’alerte écologistes ; nous les félicitons. Bravo à eux qui lancent l’alerte partout dans le pays !
Retirer des portraits présidentiels pour les déplacer là où le Gouvernement soutient de grands projets inutiles ? C’est une idée amusante pour quiconque a un peu d’humour. Mais M. Macron ne rit qu’à ses propres blagues.
S’autoproclamer champion de la terre avec un sens du ridicule achevé, notre Président sait le faire, mais il ferait mieux de dire directement, comme Trump, que l’urgence écologique n’existe pas ! En comparaison des politiques anti-écologistes du Président, dérober une photographie est particulièrement modéré. Mais la majorité compte traîner les militants d’Action non-violente COP21 en justice. Quelle horreur ! Ils ont osé toucher le saint portrait de Sa Grâce présidentielle. J’espère qu’au moins ils ont participé au grand débat pour ne pas aggraver leurs crimes de lèse-majesté.
L’heure n’est pas à arrêter ces citoyens qui œuvrent pour l’intérêt général. Elle est à punir ceux qui ne font rien alors que vous détruisez nos milieux de vie. L’urgence est de combattre les puissances de l’argent et leurs représentants politiques. M. Macron a oublié que, de la répression de Bure à la Montagne d’or en Guyane, en passant par le soutien au nucléaire et aux pesticides, les vrais dangereux sont ceux qui détruisent notre avenir. Le casseur de la planète, c’est lui !
(Applaudissements sur les bancs du groupe FI.)
Vous devez être tenus pour responsables de l’inaction écologique de l’État. Vous devez être tenu pour responsable de la continuation de ce modèle que vous défendez, monsieur le ministre de la transition écologique. Confier vos états d’âme dans la presse n’est pas à la hauteur de la situation. Vous êtes déprimé, monsieur de Rugy ? Allez donc retirer quelques portraits présidentiels des mairies, cela met en joie, paraît-il ! (Rires sur les bancs du groupe LR.) Je me demande si vous vous déciderez enfin à poursuivre les vrais responsables du désastre qui s’annonce. (Applaudissements sur les bancs du groupe FI.) La parole est à M. le ministre d’État, ministre de la transition écologique et solidaire. En tant qu’élus de la République ou responsables politiques, nous devons être conscients de la symbolique des gestes dans le contexte actuel. (Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM.) Chacun voit bien la symbolique de l’attaque, dans des mairies, contre le portrait du Président de la République. Celui d’aujourd’hui est Emmanuel Macron mais, depuis toujours, les présidents de la République ont leur portrait affiché dans toutes les mairies, car elles sont les cellules de base de la République française. (Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM et UDI-Agir.)
Chacun a conscience du contexte actuel, où l’on s’attaque violemment aux institutions de la République, comme en témoignent les événements de ces dernières semaines, où l’on s’attaque aux policiers qui défendent l’ordre public, où l’on s’attaque au droit de manifester, auquel vous devriez être attachés. Ne nous faites pas la morale ! Vous devriez d’ailleurs être à nos côtés pour défendre le droit de manifester pacifiquement dans notre pays et d’être protégés contre les casseurs ou les gens qui commettent des dégradations. (Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM. –Exclamations sur les bancs du groupe FI.)
Bien sûr, vous me répondrez que c’est moins grave. Comme par hasard, les personnes qui ont agi ainsi ont tout de même pris la peine de revêtir un gilet jaune. C’est vous, le malfaiteur ! La symbolique est claire.
Madame Panot, vous devriez être à nos côtés.
Jamais ! Du moins pourrions-nous travailler ensemble pour défendre le climat, réduire drastiquement les émissions de gaz à effet de serre. Le spectaculaire de certaines actions cache bien mal le vide des propositions. (Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM et MODEM. – Protestations sur les bancs du groupe FI.) Vous parlez du grand débat ?
La parole est à Mme Jeanine Dubié. Ma question s’adresse à Mme la Ministre de la santé et des solidarités.
La semaine qui vient de s’écouler a vu une incroyable succession de prises de position contradictoires sur l’âge de départ à la retraite. Nous avons en effet appris que vous étiez favorable, tout comme M. le ministre des comptes publics, à un allongement de la durée de travail. Cela n’a pas manqué d’en surprendre plus d’un – à commencer par M. le Haut-commissaire à la réforme des retraites – dans la mesure où le Président de la République s’était engagé à maintenir l’âge de la retraite à soixante-deux ans.
La semaine dernière, M. le Premier ministre nous a dit être ouvert à l’idée que l’on travaille plus longtemps, afin de financer l’aide à la dépendance, mais sans vouloir inscrire cet allongement dans le cadre de la réforme en cours.
Comprenez qu’il nous est bien difficile de nous y retrouver.
Mais, au-delà même de la question de savoir si, oui ou non, l’âge de départ à la retraite sera relevé, il nous faut nous interroger sur la pertinence-même de cette question : dans le système à points vers lequel nous tendons, ce débat a-t-il encore un sens ?
En réalité, je n’en suis pas certaine, dans la mesure où nous ne savons pas encore comment les droits acquis seront convertis en points. Un ensemble d’interrogations demeureront sans réponse tant que cette question n’aura pas été tranchée.
Elle se pose d’autant plus pour les femmes, particulièrement touchées par les ruptures de carrière : y aura-t-il des points supplémentaires pour les compenser ?
Enfin, allons-nous vers un pilotage automatique, laissant peu de place aux partenaires sociaux, puisqu’il consisterait à appliquer une règle d’or visant à assurer un équilibre permanent des comptes ? Cela ferait du montant des pensions une variable d’ajustement, moyennant des changements de la valeur du point.
Tous ces sujets nous paraissent bien plus importants que le débat autour de l’âge de départ à la retraite. Pouvez-vous donc nous éclairer sur ce qu’envisage le Gouvernement ?
La parole est à Mme la ministre des solidarités et de la santé. L’objectif de la réforme des retraites est clair : il s’agit de construire un système de retraites plus lisible, plus juste, qui donne les mêmes droits à tous, et qui prenne bien en compte les questions de solidarité que vous évoquez. C’est le mandat qui a été donné au Haut-commissaire Jean-Paul Delevoye. Comme l’a rappelé le Premier ministre la semaine dernière, et comme je l’ai moi-même rappelé dans cet hémicycle, le mandat n’a pas changé : il ne porte pas sur la question de l’âge minimal de départ à la retraite.
Dans le même temps, examinons les faits. L’allongement de l’espérance de vie est une réalité que nous devons regarder en face : il y a aujourd’hui, en France, 1,5 million de personnes de plus de quatre-vingt-cinq ans ; elles seront 5 millions en 2050.
Il s’agit là d’un changement démographique majeur, comme il y en a eu peu dans l’histoire des sociétés. Le vieillissement de la population représente un défi pour notre protection sociale et pour son financement, notamment pour notre système de santé, mais aussi pour notre système de prise en charge des personnes âgées dépendantes.
Il nous faudra déployer des moyens financiers considérables pour la prise en charge du grand âge et de la perte d’autonomie ; pour baisser le reste à charge des familles, pour améliorer les conditions de travail dans les EHPAD, et pour mieux tenir compte de la prise en charge à domicile. Ce sont là des objectifs que nous pouvons tous viser ensemble.
Nous avons pris un engagement : celui de débattre, en toute transparence, de la création d’un système universel de prise en charge des retraites, sans remettre en cause l’âge légal de départ, et de l’accompagnement de la perte d’autonomie, en nous interrogeant, le cas échéant, sur une forme d’augmentation du temps travaillé.
La parole est à Mme Marguerite Deprez-Audebert. Ma question s’adresse à Mme la garde des sceaux, et je souhaite y associer mon collègue des Côtes d’Armor, Bruno Joncour, dont le territoire, où se trouve la maison d’arrêt de Saint-Brieuc, est également concerné par ce problème.
Les surveillants pénitentiaires sont un maillon essentiel de la chaîne judiciaire. Ils veillent à la sécurité et à la sérénité de nos concitoyens. Fortement ébranlée après l’agression récente au centre de rétention de Condé-sur-Sarthe, la profession s’est mobilisée ces dernières semaines. J’ai d’ailleurs rencontré, dans mon département du Pas-de-Calais, les surveillants du site de Vendin-le-Vieil, un établissement similaire à celui de Condé, ainsi qu’une délégation de surveillants de la maison d’arrêt de Béthune. Vous avez également reçu leurs délégués, madame la ministre, le 18 mars dernier.
Si les revendications sécuritaires étaient, à juste titre, les plus importantes pour les premiers, un mal-être doublé d’une inquiétude étaient manifestes pour les seconds. Cela s’explique essentiellement par la surpopulation carcérale dont souffre tout particulièrement Béthune, avec un taux d’occupation de plus de 200 %. Dans ces conditions, il est impossible pour le personnel pénitentiaire d’assurer ses missions de manière sereine et efficace. Malheureusement, les efforts financiers prévus dans le budget tardent à se traduire dans leur quotidien.
Par ailleurs, le métier de surveillant pénitentiaire souffre d’un manque d’attractivité inquiétant. Les effectifs de l’école d’Agen – ENAP – sont notoirement insuffisants, et les abandons en cours d’études compromettent non seulement le pourvoi des nouveaux postes, mais également le simple renouvellement des postes existants. Ce métier requiert de solides qualités mentales, morales, physiques et psychologiques, pour tenir jour après jour dans un environnement souvent hostile et éprouvant. Je tiens ici à saluer l’ensemble des personnels de l’administration pénitentiaire pour leur dévouement dans ce travail souvent ingrat, et pour leur sens de la solidarité.
Pouvez-vous, madame la ministre, nous préciser le calendrier de la concrétisation d’un meilleur fonctionnement de la pénitentiaire, adapté notamment à la violence accrue de certains détenus et de leurs visiteurs ? La dotation en gilets pare-lames est-elle programmée pour l’ensemble des surveillants pénitentiaires ? Enfin, que comptez-vous faire pour rendre le métier de surveillant plus attractif ?
La parole est à Mme la garde des sceaux, ministre de la justice. Votre question, madame la députée, appelle une réponse globale. C’est une telle réponse qu’a souhaité apporter la loi de réforme de la justice qui a été promulguée le 23 mars dernier, il y a quarante-huit heures à peine.
Nous avons apporté quatre types de réponses dans ce texte. D’abord, une échelle des peines renouvelée, grâce à laquelle nous allons dépasser le systématisme de l’enfermement comme réponse exclusive à une infraction. Ensuite, un programme immobilier pénitentiaire ambitieux ; un suivi et une réinsertion des détenus qui seront extrêmement volontaristes ; enfin, la valorisation des métiers pénitentiaires.
Sur ce dernier point, qui fait à juste titre l’objet de fortes préoccupations, nous apportons trois types de réponses. Une réponse en termes de sécurité, qui est essentielle, repose sur l’amélioration du renseignement pénitentiaire. Nous faisons également évoluer le régime des fouilles – vous avez adopté cette mesure –, et nous irons encore plus loin pour les visiteurs. C’est enfin une dotation en gilets pare-lames, non seulement pour quelques quartiers spécifiques, mais pour l’ensemble des surveillants pénitentiaires. Nous allons les en équiper au cours de toute cette année civile.
Nous avons également apporté des réponses en termes indemnitaires. L’année dernière, 32 millions d’euros ont été votés sur le quinquennat pour une évolution positive en matière indemnitaire. Nous poursuivons dans cette voie.
J’apporte enfin une réponse en termes d’attractivité du métier. Vous évoquez l’École nationale d’administration pénitentiaire. Nous y avons créé vingt emplois supplémentaires pour prendre en charge les 1 100 recrutements supplémentaires qui ont été votés.
Nous avons également déployé – je me suis engagé en ce sens auprès des organisations syndicales – un parcours des métiers de la surveillance pénitentiaire, de manière à ce que les surveillants n’exercent pas toujours les mêmes fonctions tout au long de leur carrière. Ils pourront passer du renseignement à d’autres métiers, qui sont intéressants. Enfin, je me suis engagé à doubler l’accès à la catégorie B pour les surveillants pénitentiaires. Je crois que leur impatience n’a d’égale que mon active détermination.
La parole est à M. Stéphane Peu. Madame la ministre chargée des transports, j’ai deux minutes pour pousser un « coup de gueule express » contre un grand projet inutile, auquel les élus comme les usagers des transports en commun d’Île-de-France vous demandent de renoncer : le Charles de Gaulle Express, ce projet scandaleux, ce train des riches, réservé à une clientèle de choix, et dont même les salariés de Roissy seront exclus ; un train que les habitants de Seine-et-Marne, du Val d’Oise et de Seine-Saint-Denis regarderont passer pendant qu’ils resteront à quai. (Applaudissements sur les bancs des groupes GDR et FI.) Ce n’est pas vrai ! Ce train traversera la banlieue, sans s’arrêter, toute porte fermée, telle une diligence sillonnant le far west. (Exclamations sur plusieurs bancs du groupe LR.)
Mais, madame la ministre, la banlieue n’est pas une réserve d’Indiens ; c’est le territoire d’hommes et de femmes qui se lèvent tôt, travaillent dur et connaissent aujourd’hui les retards et l’inconfort de lignes hors d’âge, et de ce qui ressemble parfois à des wagons à bestiaux. (M. Jean Lassalle applaudit.) Cela se passe comment, ailleurs ? Comment ne pas comprendre leur colère, alors qu’ils vivent chaque jour les conséquences de vingt-cinq ans de sous-financement des infrastructures de transport ? Vous allez dilapider près de 2 milliards d’euros d’argent public dans un projet qui ne les concerne pas, et qui va leur pourrir la vie pendant cinq années de travaux.
Pour justifier l’injustifiable, certains membres du Gouvernement n’hésitent pas dire que ce projet s’impose à nous, car il serait dans le dossier de candidature de la France aux Jeux olympiques, ce qui est totalement faux.
(Applaudissements sur les bancs du groupe FI.)
Madame la ministre, il faut écouter les Français. Depuis des mois, dans tout le pays, ils demandent des services publics de qualité, partout et pour tous. (Applaudissements sur les bancs des groupes GDR et FI.) C’est vrai ! Or, avec le Charles de Gaulle Express, vous faites le contraire : un service rapide et confortable pour les uns, lent et pénible pour les autres.
Madame la ministre, il n’est pas trop tard pour renoncer, pour arrêter le « deux poids, deux mesures », et ainsi vous emprunterez un chemin plus vertueux, plus juste et plus ambitieux pour notre pays : celui de l’égalité républicaine.
(Applaudissements sur les bancs des groupes GDR et FI. – Mme Isabelle Florennes et M. Jean Lassalle applaudissent également.) La parole est à M. le ministre d’État, ministre de la transition écologique et solidaire. Monsieur le député, je connais votre attachement au développement du département dont vous êtes l’élu, la Seine-Saint-Denis. Je vous le dis tout net : on ne rend pas service à notre pays en opposant les habitants d’Île-de-France et les touristes qui viennent visiter Paris et l’Île-de-France (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LaREM) , car le développement du tourisme à Paris et en Île-de-France, ce sont des emplois pour les habitants d’Île-de-France, y compris et surtout dans votre département de la Seine-Saint-Denis, ou dans les départements voisins. Vous le savez très bien ! (Vives exclamations sur les bancs des groupes FI et GDR.) Monsieur Bernalicis, calmez-vous un peu ! On ne peut pas indéfiniment faire des discours sur « Paris ville monde » ou sur « l’Île-de-France région capitale » et refuser une bonne desserte entre Paris et l’aéroport international de Roissy-Charles de Gaulle. C’est le bon sens même, si l’on veut continuer à améliorer la desserte de Paris et de l’Île-de-France. Au détriment des habitants ! Par ailleurs, comme vous êtes élu de longue date en Île-de-France, vous savez très bien que ce projet de liaison rapide entre Paris et l’aéroport de Roissy-Charles de Gaulle ne coûtera pas un euro d’argent public, ni à l’État ni aux collectivités locales. Il sera financé à 100 % par des investisseurs qui, ensuite, feront payer leurs investissements par les utilisateurs de cette liaison directe, sans subvention. Ce n’est pas vrai ! Vous savez aussi pertinemment que, par ailleurs, nous développons les transports du quotidien en Île-de-France comme jamais : près de 7 milliards d’euros d’investissements, 200 kilomètres de lignes nouvelles, à commencer par la desserte de Roissy-Charles de Gaulle et des départements voisins, la Seine-Saint-Denis et le Val d’Oise. Vous le savez, le RER B fera l’objet d’investissements, et la ligne 17 de tramway desservira l’aéroport de Roissy-Charles de Gaulle pour que les habitants des banlieues proches puissent aller directement y travailler. Nous menons une politique de développement des transports en commun, au service de l’attractivité économique et des transports du quotidien. (Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM, MODEM et UDI-Agir.)
La parole est à Mme Béatrice Piron. Ma question s’adresse à M. le ministre Jean-Michel Blanquer, et j’y associe mon collègue Gaël Le Bohec.
Depuis quelques jours, de fausses informations circulent sur le projet de loi pour une école de la confiance. On peut lire, ici ou là, que les écoles maternelles et élémentaires vont disparaître, tout comme leurs directeurs, et que des classes en milieu rural seront fermées. Toutes ces informations sont fausses, mais elles circulent de façon virale sur les réseaux sociaux, partagées par des enseignants, des directeurs d’école ou des parents d’élèves, qui s’inquiètent de leur avenir ou pour celui de leurs enfants. Aujourd’hui, certains tracts, qui ne sont même pas signés, sont diffusés aux portes de nos écoles afin de saboter cette réforme ou de créer un climat de méfiance.
Allez parler aux maires, vous verrez ! Je comprends parfaitement que ces informations erronées puissent inquiéter la communauté éducative ou les maires, car nous sommes tous préoccupés par l’avenir de nos enfants et très attachés à notre école.
L’école est l’un des piliers de notre République. Elle doit garantir à chaque enfant l’acquisition des savoirs fondamentaux et de nos valeurs républicaines. Nous renouons d’ailleurs avec la promesse d’égalité des chances, grâce à toutes les mesures mises en place depuis dix-huit mois. Alors que l’un de nos objectifs est de réaffirmer l’importance de l’école maternelle, le projet de loi est détourné, et la rumeur de la disparition des écoles maternelles au profit des jardins d’enfant se propage.
Je regrette que l’école soit le théâtre de ces manipulations, car elle est avant tout un lieu d’ouverture critique sur le monde. Alors que les réseaux sociaux favorisent la diffusion rapide de fake news, l’école doit aider nos enfants à devenir des citoyens éclairés et à vérifier les sources et les informations.
Aussi, monsieur le ministre, pourriez-vous nous rassurer en répondant à ces inquiétudes, et redire que nous travaillons tous pour que l’école demeure un lieu où nos enfants doivent apprendre à discerner une fausse information d’une vraie, fiable et vérifiée ?
(Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM, MODEM et UDI-Agir.) La parole est à M. le ministre de l’éducation nationale et de la jeunesse. Madame la députée, merci pour cette question. Derrière le président, il y a un tableau de Raphaël qui nous invite à réfléchir en permanence sur l’enjeu de la vérité : il représente Platon le doigt pointé vers le haut, et Aristote le doigt pointé vers le bas. C’est le reflet d’une époque qui avait pour amour la recherche de la vérité. (Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM.) Et la recherche de la modestie ? Notre époque est malheureusement caractérisée aujourd’hui par la désinformation et pourrait être qualifiée d’« ère des bobards ». Au cours de la semaine dernière, chaque article de la loi a été l’objet de la désinformation la plus absolue. Grâce à votre question, je voudrais rétablir quelques vérités, notamment sur l’école primaire, car c’est la priorité du Gouvernement. Cela ne se voit pas ! Elle fait l’objet d’augmentations budgétaires et de créations de postes importantes, ainsi que de mesures qui visent à la renforcer.
Premier exemple, l’école maternelle. L’article 2 de la loi mentionne effectivement les jardins d’enfant, mais pour prévoir une transition de ces derniers vers l’école maternelle. C’est donc un renforcement de l’école maternelle qui est clairement prévu, y compris grâce à tous nos projets de formation, de soutien à l’école maternelle et d’amélioration du taux d’encadrement.
Vous ne tenez pas vos engagements ! Dire le contraire est un bobard !
Deuxième exemple, extrêmement parlant : on dit que l’établissement public des savoirs fondamentaux conduirait à supprimer des écoles rurales.
C’est vrai ! C’est faux ; c’est un bobard ! C’est l’inverse : c’est fait précisément pour renforcer les écoles rurales, pour leur donner une masse critique. (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes LaREM et MODEM.)
On dit que c’est fait pour supprimer les directeurs d’école ou les affaiblir : c’est un bobard ! C’est pourtant vrai ! C’est l’inverse qui est vrai. Au contraire, nous voulons donner un statut plus fort aux directeurs d’école. Avec la députée Cécile Rilhac, nous y travaillons, y compris pour avoir de nouvelles propositions permettant d’illustrer cela, à l’occasion de la lecture devant le Sénat. (Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM et MODEM.) Sa tête ne passe plus les portes ! Cette réponse est un bobard ! Merci, monsieur le ministre, de nous avoir rappelé qu’en français « fake news » se dit « bobard ».
La parole est à M. Vincent Ledoux. Monsieur le ministre de l’Europe et des affaires étrangères, le 23 mars, dans le village d’Ogossagou, au centre du Mali, on a découvert l’horreur : des corps sans tête, d’autres jetés au fond d’un puits, des amas de chairs brûlées vives, 160 personnes massacrées, une cinquantaine d’autres blessées. Dans ce massacre d’une barbarie inouïe touchant principalement des femmes, des enfants et des vieillards appartenant à l’ethnie peule, il y a quelque chose de la part de l’homme qu’on a voulu détruire, pour paraphraser Malraux devant l’effroi de Dachau. Je veux présenter ici, au nom de toute la représentation nationale, nos sincères condoléances aux familles des victimes et au peuple malien tout entier. (Applaudissements prolongés sur tous les bancs. – De nombreux députés se lèvent.)
Cette crise multidimensionnelle, qui mêle conflits ethniques et fonciers sur fond de terrorisme, déstabilise toute la région : 250 000 écoliers sont privés d’école, 140 000 déplacés fuient la violence et 416 000 personnes risquent de se trouver confrontées à la crise et à l’urgence alimentaire dans les prochains mois.
Après avoir appréhendé et puni les auteurs du massacre d’Ogossagou, le Mali aura besoin de l’aide internationale pour réformer son système de sécurité, car le défi majeur est de faire en sorte que les populations que l’État a le devoir de protéger aujourd’hui ne deviennent pas celles qu’il devra combattre demain. La communauté internationale devra aussi soutenir le projet malien d’assises de la paix et de la réconciliation, de même que la volonté de l’État de renforcer son dispositif militaire en parallèle d’un processus de désarmement, de démobilisation et de réintégration.
Monsieur le ministre, merci de nous préciser les actions que mène et que compte mener la France, seule ou avec ses partenaires européens, en faveur de nos amis maliens.
(Applaudissements sur les bancs du groupe UDI-Agir, ainsi que sur plusieurs bancs des groupes LaREM et MODEM.) La parole est à M. le ministre de l’Europe et des affaires étrangères. Le massacre d’Ogossagou est insupportable. Le bilan est tragique : plus de 150 personnes sont mortes. Le président du Mali s’est rendu sur place ; il a redéployé l’état-major de son armée et décidé d’œuvrer au démantèlement des milices armées.
En répondant à votre question, je pense d’abord à la population de ce village, à la population peule et aux habitants du centre du Mali, victimes à la fois des mouvements terroristes et des affrontements entre milices communautaires. Comme vous pouvez l’imaginer, les auteurs de ce massacre sont susceptibles d’être poursuivis devant la Cour pénale internationale, dont la procureure a délégué une mission qui doit se rendre au Mali cette semaine pour identifier les faits.
Il importe de prendre des mesures. Certaines ont été prises à l’initiative des autorités maliennes, qui ont décidé en particulier de renforcer la présence de l’État, des services publics et des forces de sécurité au centre du Mali. La France est prête à aider les autorités maliennes dans cette orientation. Alors que nous parlions jusqu’à présent surtout du nord du Mali, ces affrontements ethniques ont eu lieu au centre du pays : il importe donc que l’autorité de l’État s’y fasse sentir. Il importe aussi que la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali – MINUSMA – puisse accomplir totalement sa tâche, avec le soutien de la communauté internationale, et assurer des missions de protection de la population, au-delà de la sécurisation et de la mise en œuvre des accords d’Alger.
Enfin, je présiderai après-demain une réunion du conseil de sécurité des Nations unies, à New York, au cours de laquelle nous évoquerons la question malienne dans toutes ses dimensions, en présence du premier ministre malien.
(Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM, MODEM et UDI-Agir.)
La parole est à M. Sacha Houlié. Ma question s’adresse à Mme la ministre des sports, et j’y associe mon collègue Stéphane Testé, avec qui je participais ce matin à une réunion de l’instance nationale du supportérisme. C’est de ce mouvement méconnu que je souhaite vous parler aujourd’hui.
Né en France, dans le virage sud du stade Vélodrome de Marseille, en 1984, ce mouvement avait alors pour nom « commando ultra » et s’inspirait directement des kops liverpooliens et des curvas milanaises. Ses relations avec les pouvoirs publics étaient mauvaises car elles se sont nouées à l’occasion de tragédies. Je pense aux drames du Heysel et de Hillsborough, à l’étranger. En France, on se souvient de la mort de Julien Quemener, en 2006, et de celle de Yann Lorence, en 2010, à proximité de la porte de Saint-Cloud.
Ces événements ont conduit les autorités de notre pays à légiférer et à réglementer, parfois dans l’urgence, à l’occasion de l’examen d’un projet de loi antiterroriste, et parfois dans l’excès, dans le cadre d’une loi sur la sécurité intérieure ou d’une loi renforçant le dialogue avec les supporters et la lutte contre le hooliganisme. Cette législation, qui permet de prononcer des interdictions administratives ou judiciaires de stade, des interdictions de déplacement et des interdictions d’usage de fumigènes, crée aujourd’hui des crispations qu’il nous faut dépasser.
Nous, parlementaires, admettons volontiers – comme le Gouvernement, je l’espère – qu’un individu violent, homophobe, sexiste ou antisémite n’a rien à faire dans une tribune. Mais les lois ont leurs limites. Nous nous interrogeons sur la durée des interdictions administratives de stade, sur le cumul de ces mesures avec les interdictions judiciaires et sur les difficultés d’accès au juge. Le fait que les supporters soient interdits de déplacement altère le spectacle. Quant aux interdictions d’usage de fumigènes, elles sont, à mon sens, excessives. Parce qu’il n’y a pas de citoyens de seconde zone, nous avons demandé la création d’une commission parlementaire réunissant la commission des lois et la commission des affaires culturelles et de l’éducation pour traiter de ces questions.
Ce mouvement est peut-être méconnu, mais vous, madame la ministre, vous le connaissez bien. Ce matin, vous avez réuni l’instance nationale du supportérisme et avancé des pistes pour les supporters. Je vous serais reconnaissant de bien vouloir nous éclairer à ce sujet.
(Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LaREM.) Nous n’avons pas compris la question ! La parole est à Mme la ministre des sports. Monsieur le député, je vous remercie pour votre question. J’espère que c’est une question téléphonée, car nous n’avons rien compris ! J’ai eu l’occasion de m’exprimer ce week-end sur les chants entendus à Paris, mais je suis bien consciente que ces chants n’existent pas seulement dans les stades parisiens, mais aussi dans ceux d’autres clubs. On les entend surtout à Paris ! Pourquoi et comment de tels propos, intolérables dans la société actuelle, peuvent-ils être tolérés dans les stades sous couvert de supportérisme ? Il s’agit de représentations contre lesquelles nous devons nous battre, dans le sport comme ailleurs. Dans ces images et dans ces chants, la victoire, la force et la réussite sont associées à la masculinité, tandis que la faiblesse, l’échec et la défaite sont liés à la féminité et, par extension, à l’homosexualité. Pour autant, je suis convaincue, comme vous, monsieur le député, que les supporters méritent mieux. Aujourd’hui, ils font partie intégrante du spectacle et du résultat sportifs – ils font partie du sport.
Avec vous, monsieur Houlié, et avec M. Testé, nous avons réuni ce matin l’instance nationale du supportérisme. Je veux aujourd’hui améliorer ses moyens d’action et sa visibilité. Depuis sa création, il y a deux ans, par M. Braillard, elle a permis de réaliser un travail collaboratif et d’apaiser les tensions pour avancer sur des sujets portés par les associations de supporters elles-mêmes. Un agrément ministériel permettra d’améliorer le dialogue entre les autorités, la Ligue et les clubs.
C’est laborieux ! Je veux donner plus de responsabilités aux clubs, qui doivent proposer un véritable service à leurs associations de supporters. Qu’est-ce qui est prévu pour les adhérents de La République en marche ? Les tribunes debout, expérimentées avec succès à Lens, Saint-Étienne, Sochaux ou Amiens, vont pouvoir être généralisées. Enfin, j’ai engagé aujourd’hui une discussion sur deux mesures nouvelles portant sur l’utilisation de fumigènes et sur le déplacement des supporters.
Au regard des enjeux actuels du supportérisme, je crois que nous devons aller plus loin et être ambitieux. La mobilisation des Français, des spectateurs, est un enjeu de grande importance pour notre pays, qui va accueillir les Jeux olympiques dans cinq ans. L’éducation de nos enfants et de nos jeunes au supportérisme est une étape majeure de ce processus : je m’y engage pleinement.
(Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LaREM.) Nous avons terminé les questions au Gouvernement. La séance est suspendue.
(La séance, suspendue à seize heures dix, est reprise à seize heures trente.) La séance est reprise.
L’ordre du jour appelle les explications de vote au nom des groupes et le vote par scrutin public sur l’ensemble du projet de loi relatif à l’organisation et à la transformation du système de santé (nos 1681, 1767, 1762).
Dans les explications de vote, la parole est à Mme Caroline Fiat. Comme le disait Coluche, quand on sollicite un technocrate, il nous répond : « Écrivez-nous de quoi vous avez besoin. On vous expliquera comment vous en passer. »
En quarante ans, deux tiers des maternités ont disparu. Or, nous savons que lorsque la durée du trajet jusqu’à la maternité est supérieure à quarante-cinq minutes, les taux de mortalité à la naissance sont quasiment doublés. Pourtant, quand on vous demande comment améliorer la situation, vous nous répondez que si des maternités ferment, c’est pour le bien des femmes.
Étonnamment, sur les bancs du groupe La France insoumise, nous ne comprenons pas en quoi le fait d’obliger des femmes à faire une heure de trajet supplémentaire, au risque qu’elles accouchent sur l’autoroute, améliore leur sécurité.
(M. Ugo Bernalicis et Mme Mathilde Panot applaudissent.) Nous ne comprenons pas non plus en quoi il est préférable d’accoucher loin des siens, de perdre les eaux à l’hôtel, d’accoucher dans une maternité-usine, puis d’être renvoyée chez soi deux jours après.
La même logique vous guide pour les hôpitaux. Près de chez moi, en Meurthe-et-Moselle, l’hôpital Maillot a annoncé la semaine dernière la fermeture de trente lits de son service de soins de suite et réadaptation. La décision a été prise par le groupement hospitalier de territoire, le GHT. La concentration forcée des pouvoirs aux mains des gros hôpitaux mène forcément à ce genre de décision. Vous prétendez l’inverse : selon vous, mutualisations et regroupements forcés permettront de renforcer les hôpitaux de proximité. Mais, madame la ministre des solidarités et de la santé, les hôpitaux de proximité ne veulent pas d’un label ; ils veulent pouvoir continuer à exercer leurs missions de service public de santé au plus près des territoires.
Allonger les trajets de ceux qui vont se soigner tout en prétendant lutter contre le réchauffement climatique, n’est-ce pas un peu contradictoire ? Les gilets jaunes ont heureusement fait annuler la hausse de la taxe carbone : cela évite d’avoir à régler une somme astronomique pour aller accoucher ou se faire soigner loin de chez soi !
L’abandon des territoires ruraux s’amplifie et vous nous répondez : « télémédecine !» C’est dommage, car vous oubliez que c’est précisément dans les territoires ruraux qu’il y a des zones blanches et qu’un tiers des Français n’est pas à l’aise avec internet, ne sait pas l’utiliser ou tout simplement n’en dispose pas. Rien ne peut remplacer la présence d’un médecin ou d’un soignant auprès d’une personne malade.
Ce projet de loi écrit par un médecin, dont les rapporteurs sont médecins, ne peut donner qu’un projet de loi pour les médecins, qui ignore les soignants et les autres personnels de notre système de santé. Les aides-soignants, par exemple, en sont totalement absents. Nous effectuons pourtant au quotidien un travail éprouvant qui nous oblige constamment à outrepasser nos fonctions parce que les infirmiers n’ont pas assez de temps.
C’est le cas des actes de glycémie. Mon amendement sur le sujet visait à nous sortir de l’illégalité. Il a été rejeté, car vous avez prévu d’incorporer prochainement ce geste dans les nouvelles compétences des aides-soignants. Vous êtes restés sourds à ma requête de voter cet amendement pour que notre profession soit inscrite dans ce projet de loi, pour la revaloriser, bref, pour que, pour une fois, elle ne soit pas mise de côté dans un projet de loi sur la santé ! Mes démarches ont été vaines. Vous décidez de n’agir qu’en votre faveur, au mépris de la discussion et de la réalité quotidienne du terrain.
Ce projet de loi est particulièrement court : il ne compte que vingt-trois articles. Malgré cela, il contient des ordonnances à la pelle, sept en tout, qui bâillonnent les parlementaires et vous donnent les pleins pouvoirs sur des thématiques extrêmement sensibles : le déclassement des hôpitaux de proximité, la fermeture des maternités, des services d’urgences, ou l’abandon des plateaux techniques. Notre santé mérite mieux que des débats tronqués !
Cinquante-sept députés ont cosigné une tribune pour vous dire haut et fort que « nous sommes viscéralement attachés à nos territoires et à une certaine idée du service public ». (
M. Ugo Bernalicis et Mme Mathilde Panot applaudissent.)
Les soignants ne pourront pas continuer à porter à bout de bras un système de santé qui se meurt. Face à l’augmentation des maladies chroniques et au vieillissement de la population, une seule solution : donner les moyens à tous de se soigner dans des délais raisonnables, et arrêter de faire des économies sur la santé année après année.
Depuis votre arrivée au pouvoir, 8 milliards d’euros d’économie ont été votés sur le dos de l’assurance maladie.
Derrière vos éléments de langage, rien dans ce projet de loi ne nous garantit qu’une augmentation effective du nombre de médecins formés aura lieu, puisque les financements ne suivent pas. Nos internes sont sous-payés, nos soignants sont complètement ignorés, et vous consacrez tous vos efforts à prendre des mesures incitatives au profit des médecins libéraux.
Nos campagnes et les périphéries des villes sont délaissées, et l’accès aux soins est de plus en plus compromis pour les Français les plus modestes. Quand un médecin de campagne part à la retraite, c’est tout un bassin de vie qui est touché et qui voit sa poste, son école, et sa gare fermer.
Madame la ministre, vous nous promettiez un grand projet de loi santé pour soigner la France ; vous nous avez présenté un projet de loi sans perspective, qui nous mène droit dans le mur. Je ne peux que regretter que vous ayez lâché votre blouse blanche au profit d’une calculatrice « austéritaire ». Vous l’aurez compris : notre groupe votera contre ce projet de loi.
(Applaudissements sur les bancs des groupes FI et GDR.) Y a-t-il encore besoin de poursuivre après cela ? (Sourires.) On va tout de même écouter les autres...
La parole est à M. Alain Bruneel.
Lors de la présentation du plan « ma santé 2022 », en septembre 2018, le Président de la République a déclaré : « Notre système de santé ne souffre pas d’abord d’un problème de sous-financement, il pêche par un vrai handicap d’organisation. » Madame la ministre, vous vous êtes donc engouffrée dans cette logique consistant à organiser et à transformer le système de santé. Pourtant, vous êtes régulièrement interpellée par des personnels soignants éreintés et épuisés, qui vous demandent seulement des moyens matériels et humains.
Ces cris de révolte et de colère, les mêmes paroles de ce personnel épuisé, les parlementaires communistes n’ont cessé de les entendre dans le cadre de leur tour de France des hôpitaux et des EHPAD qui comportait plus de cent trente visites d’établissements où se sont fait entendre une même souffrance et un même sentiment de ne plus pouvoir exercer son métier correctement.
Madame la ministre, vous n’avez cessé de répéter que ce projet de loi n’était qu’une « brique » dans la transformation globale du système de santé. Une seule brique. Mais, en attendant les autres briques, les fondations du système de santé continuent de s’effriter, jour après jour. Comme toujours, il y a des effets d’annonce et un semblant de discussion, mais rien ne traite de l’urgence et de la situation gravissime dans laquelle est plongé notre système de santé. Les parlementaires communistes ne cessent d’alerter le Gouvernement sur cette situation qui est aujourd’hui intenable. Vous répondez « ma santé 2022 », mais nous sommes en 2019. Alors ma question est simple et directe : que faisons-nous en attendant ? Nous regardons les brancards passer, chargés de patients désemparés ?
(Applaudissements sur les bancs des groupes GDR et FI. – Mme Gisèle Biémouret applaudit également.)
Abrogation du numerus clausus, recertification des médecins, nouvelle organisation territoriale des soins, élargissement du soin à distance : les ordonnances qu’annonce le projet de loi ne sont pas médicales, elles sont, encore une fois, gouvernementales. Le rôle des parlementaires est bafoué. Comme pour la réforme de la justice, ou encore d’autres réformes, vous nous demandez notre avis sur des articles d’un projet de loi, mais lorsque nous posons des questions sur le contenu de certaines dispositions, quand nous souhaitons avoir des réponses claires à des interrogations légitimes, vous nous répondez que ce contenu sera, en grande partie, précisé par décrets et ordonnances. Circulez, mesdames et messieurs les députés, il n’y a rien à voir, et, surtout, laissez-nous faire, on s’occupe de tout ! (Mme Caroline Fiat applaudit.)
C’est inquiétant pour la démocratie, et cela témoigne d’une démarche constante de la majorité. Travailler dans de telles conditions, se faire soigner dans de telles conditions, ce n’est plus possible. Je pense souvent aux propos du Premier ministre s’adressant aux soignants du service des urgences d’Aulnay-sous-Bois. Il leur avait déclaré qu’il n’était pas magicien. C’est vrai ! Effectivement, nous n’avons pas besoin d’illusions, puisqu’il s’agit bien, ici et maintenant, de réalité et de souffrance. Dans ce projet de loi, vous prenez des décisions qui auront des effets d’ici à quelques années. Madame la ministre, les parlementaires communistes ont déjà eu l’occasion de vous dire à de nombreuses reprises que c’est tout de suite qu’il faut changer les choses, c’est tout de suite qu’il faut donner les moyens, c’est tout de suite qu’il faut agir ! (Applaudissements sur les bancs du groupe GDR.)
Parce que c’est maintenant que les soignants ont besoin d’avoir des conditions de travail dignes dans un pays comme le nôtre. Certains hôpitaux sont sous perfusion, d’autres en soins palliatifs. C’est maintenant qu’ils ont besoin de matériels, de renforts humains.
Parce que c’est maintenant qu’il est urgent de rétablir des lits pour que les patients puissent être accueillis dans des conditions décentes. En dix ans, 100 000 lits ont été supprimés pour économiser 7 milliards d’euros. (M. Jean-Paul Dufrègne, M. Hubert Wulfranc et Mme Muriel Ressiguier applaudissent.)
Parce que c’est maintenant que les services d’urgences sont engorgés et que les soignants font face à des choix cornéliens en décidant de soigner le plus urgent de l’urgence. Parce que c’est maintenant que nous assistons à l’augmentation des maladies chroniques, au vieillissement de la population, au renoncement aux soins. Parce que c’est maintenant que, dans certains hôpitaux, on ne peut plus assurer des examens médicaux faute de matériels. Parce que c’est déjà maintenant que des femmes accouchent sur le bord des routes ou dans des ambulances car leur maternité a été fermée. Parce que c’est maintenant que vous ne répondez pas aux cris d’alerte des personnels hospitaliers, et parce que c’est aussi maintenant que vous ne cessez d’attaquer le service public de la santé et la sécurité sociale.
Les drames humains se multiplient, et vous continuez à vous enfermer dans vos certitudes et dans votre logique financière. Le groupe de la Gauche démocrate et républicaine votera bien évidemment contre ce projet de loi, et nous vous demandons de revoir votre copie de toute urgence. (Applaudissements sur les bancs du groupe GDR et sur plusieurs bancs du groupe FI.) Bravo ! La parole est à M. Philippe Vigier. Madame la ministre, nous avions abordé l’examen de ce texte avec des attentes et avec des réserves ; il s’achève avec un sentiment de déception. C’est une déception sur la forme, évidemment. Comment espériez-vous recueillir notre assentiment sur ce texte en y introduisant une habilitation du Gouvernement à rédiger pas moins de six ordonnances ? Ces six ordonnances sont comme autant d’occasions de passer outre l’avis des parlementaires, et d’affaiblir un peu plus notre rôle de législateur au moment même où le président de l’Assemblée nationale souhaite réformer notre règlement pour donner toute sa place au Parlement.
Ordonnances, mesures de renvoi au projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2020, ou même négociations conventionnelles sur lesquelles ni le Gouvernement ni le Parlement n’ont aucun regard à porter : plus que jamais, le débat sur l’avenir de notre système de santé nous échappe alors qu’il est au cœur du nouveau contrat social que nous devons écrire tous ensemble.
Nous sommes aujourd’hui amenés à nous prononcer sur des mesures de portée limitée. Nous avons bien noté votre engagement de revenir en commission avant la ratification des ordonnances – c’est ce que vous nous avez dit –, et de proposer une étude d’impact pour chacune d’elles. C’est insuffisant car, en fait, nous n’aurons plus qu’à valider a posteriori des mesures décidées dans les bureaux du ministère de la santé.
Vous l’aurez compris : nous déplorons très fortement votre utilisation des ordonnances de l’article 38 de la Constitution sur des sujets aussi importants que les hôpitaux de proximité, comme sur d’autres sans urgence ni importance particulière, comme la recertification des professionnels de santé.
Au-delà de la forme, notre déception porte aussi sur le fond du projet de loi. Nous saluons votre réforme des études médicales qui passe par le relèvement du numerus clausus – il ne s’agit pas de sa suppression mais de son relèvement – ou la suppression des examens nationaux classants, mais nous attendions davantage. Nous vous avons proposé de créer des internats régionaux – il faudra continuer ce combat –, ou bien de développer des stages en dehors des CHU. Nous voulions ainsi renforcer l’attractivité des territoires et des différents modes d’exercice de la médecine, mais nos propositions sont restées lettre morte.
Au-delà des études de santé, je constate que les effets positifs de votre plan ne seront ressentis que dans dix ans. Autrement dit, il ne répond pas à l’urgence. Vous aviez promis une transformation du système de santé ; nous n’avons droit qu’à de simples modifications à la marge, dans la droite ligne de celles adoptées par vos prédécesseurs. Je pense aux groupements hospitaliers de territoire qu’il fallait transformer en groupement de santé de territoire, ou à la télémédecine dont le remboursement par l’assurance maladie n’est pas garanti à tout instant, si j’en juge par les courriers du directeur général de la Caisse nationale d’assurance maladie. Je pense aussi aux délégations de tâches pour lesquelles vous nous avez dit : attendons les discussions conventionnelles !
Toutes ces mesures étaient nécessaires, mais il fallait aller plus loin. Encore une fois, nous vous avions fait des propositions – vous ne pouvez pas dire que nous nous sommes contentés de critiquer votre texte. La plupart avaient d’ailleurs été formulées par la commission d’enquête que j’ai présidée, l’année dernière, sur l’égal accès aux soins des Français sur l’ensemble du territoire et sur l’efficacité des politiques publiques mises en œuvre pour lutter contre la désertification médicale en milieu rural et urbain.
Elles auraient permis de mobiliser en quelques semaines 10 000 médecins pour la médecine de ville. Nos mesures étaient facilement applicables. Nous proposions de créer un statut de médecin volant, praticien qui aurait pu venir épauler un médecin installé. Nous proposions de passer d’un régime d’autorisation à un régime de déclaration pour les remplaçants. Vous avez également manqué l’occasion de permettre à des praticiens titulaires de diplômes étrangers d’exercer en ville, sans passer par l’hôpital pendant trois ans.
Parmi les mesures d’urgence, je vous remercie d’avoir décidé de relever le plafond lié au cumul emploi-retraite des médecins jusqu’à 80 000 euros. Je vous en ai donné acte la semaine dernière ; je le répète aujourd’hui.
Il reste que, de manière générale, la majorité est demeurée sourde à nos propositions, comme à celles des autres groupes, allant même jusqu’à s’opposer à l’égalité de traitement des professionnels de santé en situation de handicap.
De notre côté, nous nous sommes mobilisés contre la mainmise de la technostructure et des agences régionales de santé. Quand les réforme-t-on ?
Bientôt ! Nous sommes parvenus à faire adopter des amendements visant à associer davantage les parlementaires et les élus locaux aux aménagements en matière de santé dans les territoires, avec pour seule ambition de remettre le patient au cœur de notre système de santé.
Déception donc, et amertume, madame la ministre, tels sont nos sentiments à l’issue de nos débats. Ils s’ajoutent à la crainte de voir certains hôpitaux déclassés et l’accès aux maternités et aux actes de chirurgie diminué dans certains territoires. Nous saluons la volonté, qui va dans le bon sens, d’encourager le maillage territorial des communautés professionnelles territoriales de santé, les CPTS. Néanmoins, leur financement demeure incertain et les moyens logistiques loin d’être réunis. La proximité, qui devait être la pierre angulaire de ce projet de loi, est mise à mal ! Car, si renforcer la proximité et accroître l’attractivité des métiers étaient les deux objectifs que nous estimions essentiels de ce projet de loi, ils ne nous semblent pas atteints.
Nous espérions enfin éviter tout esprit partisan sur ce sujet parce que, pour quelque banc que ce soit dans cet hémicycle, la santé n’est pas un sujet partisan. Malheureusement, la crainte restera forte au cours des prochaines années que la désertification médicale demeure un défi majeur. Par conséquent, madame la ministre, une majorité du groupe Libertés et territoires s’abstiendra sur ce texte, et quelques-uns voteront contre.
(Applaudissements sur les bancs du groupe LT.) La parole est à Mme Albane Gaillot. Les bancs de votre groupe sont bien vides, madame ! Ses membres ne sont pas venus en nombre pour vous soutenir ! Raison de plus pour être attentif, mon cher collègue ! Vous êtes là, c’est le plus important ! Est-ce à nous de faire le travail de La République en marche ? Nous avons achevé vendredi soir l’examen, en première lecture, du projet de loi relatif à l’organisation et à la transformation de notre système de santé. Je tiens avant tout à saluer le travail collectif que nous avons mené sur ce texte. Je pense naturellement aux rapporteurs Thomas Mesnier et Stéphanie Rist, mais aussi à Marie Tamarelle-Verhaeghe qui s’est chargée de suivre le titre Ier pour la majorité ainsi qu’à toutes celles et ceux qui ont siégé sur ces bancs tout au long de la semaine.
Ensemble, nous sommes parvenus à enrichir largement ce texte, en renforçant notamment la place des élus dans l’organisation des soins, en inscrivant noir sur blanc la prise en compte du handicap dans les CPTS et en actant dans la loi la délégation de tâches aux pharmaciens ou aux infirmiers. Je tiens à le dire, nous pouvons être fiers du travail accompli. Car, nous le savons, l’accès aux soins est une préoccupation majeure des Françaises et des Français, et c’est aussi une priorité de notre majorité.
Si notre système de santé présente des forces indéniables, il s’est aussi considérablement fragilisé au cours des dernières décennies. Notre société a changé. Nous devons aujourd’hui faire face au vieillissement de la population et à l’explosion des maladies chroniques. Et du fait de ce changement, notre système de santé est en tension : problèmes d’accès aux soins, patients sans médecin traitant, durée d’attente excessive pour consulter certains spécialistes, etc.
L’ambition du projet de loi que nous avons adopté vendredi...
Que nous avons examiné ! Nous ne l’avons pas encore voté ! …est de nous rendre capables de nous adapter à ces changements. Décloisonner, collaborer, mutualiser, partager, innover, tels ont été nos objectifs.
Le décloisonnement doit passer par des coopérations en proximité : entre la médecine de ville et l’hôpital, entre l’hôpital privé et l’hôpital public, mais aussi entre les professions de santé – médicales, paramédicales et médico-sociales. Mais la démarche n’a de sens que si elle s’articule autour du patient et met ce dernier au cœur du système de santé. Cela signifie qu’il faut construire la réponse des professionnels de santé autour du patient, à proximité et en réseau, afin que sa prise en charge soit fluide et coordonnée.
Ce changement de paradigme doit nécessairement passer par la responsabilisation des professionnels de santé dans l’organisation de la réponse aux besoins de santé sur leur territoire. Par la réponse aux besoins de santé, j’entends le fait de garantir l’accès à un médecin traitant, de savoir comment traiter les urgences qui relèvent des soins de ville, de proposer plus d’actions de prévention ou encore de favoriser le maintien à domicile des personnes âgées. Les professionnels doivent s’engager à travailler ensemble et à apporter une réponse collective aux patients. Telle est la colonne vertébrale de ce projet de loi : l’exercice isolé doit devenir l’exception.
Le cadre de cette coopération sera, bien évidemment, la constitution de communautés professionnelles territoriales de santé. Nous le savons, c’est dans la proximité que seront relevés les principaux défis qui se posent à nous. Notre objectif est simple : permettre à chaque Français d’avoir accès aux soins sur l’ensemble du territoire.
Pour cela, il est impératif de former plus de médecins. C’est l’objet de la réforme des études de santé et de la suppression du numerus clausus, une décision dont nous nous réjouissons tant ce système absurde est à l’origine d’un gâchis humain. Nous le savons, cette réforme ne portera pas ses fruits avant dix ans. C’est une première réponse, mais elle ne suffira pas à résoudre les difficultés d’accès aux soins que connaissent près de 20 % de nos concitoyens dans les zones dites « sous-denses ». Il nous faut donc compter sur toutes les forces vives, qu’il s’agisse des praticiens diplômés hors de l’Union Européenne ou des internes, ces derniers ayant toutes les compétences pour assister les médecins débordés et libérer ainsi du temps médical.
Si nous voulons permettre à toutes et tous dans nos territoires d’accéder à des soins, nous souhaitons, de surcroît, qu’ils soient de bonne qualité. C’est l’objectif de la gradation des soins et de la labellisation des hôpitaux de proximité. Mais rien de tout cela ne sera possible si le déploiement des nouveaux outils numériques n’est pas – enfin ! – pris en compte. La révolution numérique doit apporter de nouveaux services aux usagers pour qu’ils disposent de leurs données de santé et de l’information nécessaire pour être acteurs de leur santé.
La transformation du système de santé constitue un engagement fort du Président de la République et une attente importante de nos concitoyens et de nos concitoyennes, car la transformation de notre système de santé que nous nous apprêtons à voter est l’assurance d’un égal accès aux soins, d’un parcours de soins fluide, d’un exercice décloisonné et d’une médecine innovante. C’est, en fait, l’assurance que nous sommes en train d’évoluer vers une médecine « 4P » : préventive, prédictive, personnalisée et partagée !
Pour toutes ces raisons, le groupe La République en marche votera ce texte.
(Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM. – M. Patrick Mignola et Mme Maud Petit applaudissent également.) La parole est à M. Jean-Pierre Door. Voilà une semaine, madame la ministre, alors que débutait la discussion du projet de loi, vous avez souligné que « nous av[i]ons tous une exigence commune ». Alors que la santé ne figurait pas parmi les thèmes choisis par Emmanuel Macron, la question de l’accès aux soins s’est en effet imposée dans le grand débat national comme une préoccupation majeure des Français. C’est même un sentiment d’abandon qui s’impose chez ceux qui habitent des territoires délaissés. Refusant de présenter un énième plan santé,vous avez même affirmé « qu’un changement de modèle [était] nécessaire ». C’est la raison pour laquelle, étant donné l’enjeu que vous invoquez, nous restons inquiets quant aux défauts de la méthode et des remèdes proposés. Une semaine entière de discussion en séance publique n’a pas permis de dissiper nos doutes. Cela explique notre grande déception de ne constater que seule une dizaine d’amendements du groupe LR ont été adoptés sur les 1 700 amendements examinés en séance publique.
Une de nos principales critiques concerne le recours aux ordonnances sur les points les plus marquants de la réforme. Vous avez justifié le choix de cette procédure par la nécessité d’aller vite et de provoquer « un choc de confiance » et « une vraie accélération ». Mais cela fait près de deux ans que vous êtes au pouvoir, et il est prévu que les ordonnances soient prises dans un délai de dix-huit mois : l’argument de l’urgence, qui n’est déjà plus recevable aujourd’hui, le sera donc encore moins à l’issue de ce délai ! Vous avez donc invoqué un nouveau motif, jusqu’alors inconnu en droit constitutionnel, pour recourir à cette procédure : la nécessité de prendre le temps de la concertation... Certes, vous avez proposé, madame la ministre, que les parlementaires soient associés à l’élaboration des ordonnances. Mais alors, pourquoi ne pas poursuivre tout simplement le cours normal de la procédure législative ?
S’agissant des études médicales, une semaine de discussion n’a toujours pas permis de répondre à nos questions, qui sont celles que se posent les étudiants. Ainsi, la première année commune aux études de santé – PACES – est supprimée, de même que le numerus clausus, ce qui se traduira par une augmentation d’environ 20 % de places en médecine. Mais la réforme sera mise en œuvre par décret, et ses contours restent bien flous. Par quoi la PACES sera-t-elle remplacée ? Une nouvelle forme de sélection sera-t-elle mise en place ? Par ailleurs, rien n’a été prévu pour que les universités soient en mesure d’accueillir de nouveaux étudiants, ce qui inquiète la conférence des doyens. Enfin, les épreuves classantes sont supprimées ; dès lors, sur quel fondement reposera le classement ? Comment seront classés les futurs internes ? Là encore, ces questions restent en suspens.
Votre projet de loi vise à transformer le système de santé, mais il manque sa cible.
S’agissant des projets de santé de territoire, les dispositions relatives à leur validation par les agences régionales de santé nous paraissent rédhibitoires tant elles aboutissent à créer un véritable mille-feuille administratif. Ce que ne veulent pas les CPTS, c’est être sous la coupe réglée des ARS et des administrations. Et ce dont nous ne voulons pas, c’est une médecine suradministrée.
Vous proposez de renforcer le rôle des groupements hospitaliers de territoire en leur donnant un pouvoir supérieur dans l’intégration des établissements de proximité et le pilotage du projet médical. Vous concentrez le pouvoir hospitalier dans une nouvelle gouvernance étatique, tant et si bien que l’exigence de proximité est remplacée par la vision technocratique du Gouvernement. J’ai rappelé à cet égard les propos du professeur Frydman estimant que la mise en avant des GHT vient torpiller l’idée même de territoire de santé.
Ça, c’est vrai ! Nous avons besoin d’une coordination territoriale. Le projet de loi fait de l’hôpital de proximité « le cheval de Troie de la technostructure hospitalière pour contrôler les médecins libéraux » selon le président de l’Institut Santé. Vous ne pouvez pas réformer la médecine sans les médecins. Ne tuez pas ce qui reste de libéral dans la médecine française !
Nous ne pouvons pas à l’évidence voter un texte qui met en péril la médecine libérale. Ce projet passe à côté d’une vision stratégique réelle : rien sur la gouvernance du système de santé, rien sur la prévention, rien sur les financements structurels !
Pourtant, quelques améliorations ont été concédées afin de tenir compte de l’avis des élus et définir avec les collectivités la cartographie des établissements. N’avez-vous pas dit vous-même, madame la ministre, que « tout doit être fait pour que les initiatives viennent des territoires, pour libérer les projets » ? Vous avez également accepté, à notre demande, de maintenir certaines activités dans les hôpitaux de proximité, par dérogation et en fonction des besoins. Enfin, vous avez su écarter certains amendements punitifs comme ceux qui tentaient, au risque de tuer la politique conventionnelle, de réguler l’installation des médecins – une approche de surcroît combattue par tous les syndicats d’étudiants.
C’est la raison pour laquelle nous n’excluons pas, madame la ministre, de faire évoluer notre vote à l’issue d’une prochaine lecture, dans le cas où vous feriez preuve d’une ouverture plus significative. Dans l’immédiat, cependant, la majorité des membres du groupe Les Républicains ne votera pas ce texte.
(Applaudissements sur de nombreux bancs du groupe LR.) Sur l’ensemble du projet de loi, le scrutin est annoncé dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.
La parole est à M. Cyrille Isaac-Sibille.
Le groupe du Mouvement démocrate et apparentés apportera ses suffrages à ce texte qui offre des solutions aux problèmes auxquels est aujourd’hui confronté le système de santé et d’accès aux soins, mais aussi des réponses aux défis qu’il devra relever demain.
En s’inscrivant dans une dynamique plus générale, qu’il s’agisse des négociations conventionnelles en cours, du prochain PLFSS ou des lois bioéthiques – pour ce qui concerne l’usage en santé de l’intelligence artificielle –, ce projet de loi opère un changement de modèle, une véritable transformation en profondeur de notre système.
Il procède à la refondation, attendue de longue date, des études médicales, supprime un mode de sélection cruel et ouvre de nouvelles voies de formation susceptibles d’accroître la diversité des étudiants.
Il s’attaque à la question centrale de la désertification médicale sans céder aux solutions de facilité démagogiques et contre-productives que sont le conventionnement sélectif ou la coercition. Il tend, au contraire, à développer et mieux structurer les collectifs de soins de proximité via les communautés professionnelles territoriales de santé et les projets territoriaux de santé. Pour notre part, nous sommes convaincus que l’offre de santé ne peut être améliorée qu’en laissant une certaine forme de liberté aux acteurs de terrain – qu’ils pratiquent l’exercice libéral ou hospitalier –, à condition toutefois qu’ils travaillent de manière coordonnée et collective.
Repenser l’organisation du système de santé, c’est aussi repenser sa gouvernance. À l’heure où les Français aspirent à être autant des acteurs de leur santé que des usagers du système de soins, cette gouvernance doit intégrer tous les acteurs, qu’ils soient professionnels de santé, élus locaux ou encore usagers du système de santé. Notre groupe s’est donc évertué à impliquer davantage les élus locaux et les usagers dans les divers processus décisionnels abordés dans ce texte, et il a été entendu sur ce point.
Nous saluons l’opération de décloisonnement entre la médecine de ville et l’hôpital qui a été menée tout au long de l’examen du projet de loi : un tel décloisonnement était indispensable. De plus, un amendement de notre groupe permet désormais aux établissements de santé de recruter des professionnels paramédicaux – je pense aux masseurs-kinésithérapeutes – sous statut de fonctionnaires à temps non complet, pour leur permettre de cumuler une activité libérale en ville avec une activité à l’hôpital public où ils manquent cruellement.
Par ailleurs, ce texte ouvre une nouvelle perspective à l’innovation et au numérique en santé en concrétisant le projet d’un grand répertoire des données de santé sous la forme du Health Data Hub. C’est une avancée majeure. Notre pays disposera ainsi d’un véritable trésor qu’il lui restera à exploiter de manière optimale. Nous nous félicitons au passage de l’adoption d’un de nos amendements visant à intégrer dans le texte une dimension qui pouvait en paraître absente, celle de la prévention. La nouvelle plateforme des données de santé pourra désormais recueillir les données de prévention provenant de la médecine scolaire, de la médecine du travail ou encore de la médecine préventive infantile, autant d’informations grâce auxquelles notre pays sera en mesure de vaincre les inégalités de santé – ces inégalités de destin.
Notre groupe se félicite également que sa proposition de rendre automatique l’ouverture de l’espace numérique de santé et du dossier médical partagé ait été adoptée ; cela contribuera à la dynamique de déploiement du numérique en santé tout en permettant d’œuvrer à une politique de prévention plus efficiente.
Pour conclure, nous tenons à saluer, madame la ministre, l’investissement, l’écoute et la pédagogie dont vous avez fait preuve durant l’ensemble des débats. Plusieurs engagements importants ont été pris, comme celui de présenter à la représentation nationale le contenu des ordonnances avant l’examen du projet de loi de ratification. Nul doute que cette attitude a contribué à la qualité des débats qui se sont déroulés la semaine dernière.
Je le répète, le groupe MODEM votera ce projet de loi, souhaitant que ses différentes mesures s’appliquent rapidement et efficacement sur l’ensemble de nos territoires pour que nos concitoyens disposent du système de santé qu’ils méritent.
(Applaudissements sur les bancs du groupe MODEM.) La parole est à Mme Gisèle Biémouret. J’associe tout particulièrement mon collègue Joël Aviragnet à mon explication de vote au nom du groupe Socialistes et apparentés.
L’ambition affichée par les annonces contenues dans le plan « ma santé 2022 » serait-elle galvaudée par le projet de loi relatif à l’organisation et à la transformation de notre système de santé ? À cette question, les députés de mon groupe répondent sans détour par l’affirmative. La promesse d’une action pour la santé de tous a réellement perdu de sa force à l’issue de nos débats en commission, puis en séance publique.
Ce projet de loi a perdu de son ambition en raison de l’abus du recours aux ordonnances. Il a perdu de sa crédibilité, tant les évaluations nous laissent penser que la lutte contre la désertification médicale est loin d’être gagnée. Il a perdu de sa bienveillance en laissant nombre de nos concitoyens oubliés.
Sur la forme, le recours aux ordonnances – dans sept articles sur vingt-trois – est excessif. Sous prétexte de réduire les délais, l’usage répété de cette procédure nuit au débat démocratique et ne permet d’avoir aucune garantie sur les arbitrages ultimes du Gouvernement. Une telle attitude risque de creuser un peu plus le fossé d’incompréhension qui vous sépare des Français, tout particulièrement attachés à leur système de santé et à l’hôpital public.
Sur le fond, c’est une preuve supplémentaire des régressions contenues dans vos projets de loi. Ainsi, au-delà de l’affichage, la suppression du numerus clausus ne garantit en rien l’augmentation du nombre de médecins formés d’ici dix ans : il s’agit d’une décision en trompe-l’œil. Dans les faits, en effet, la formation de nouveaux praticiens est déterminée par les capacités d’accueil des universités et l’offre de stage disponible dans les hôpitaux. Sans moyens financiers supplémentaires accordés aux unes et aux autres, il ne sera donc pas possible d’accueillir plus d’étudiants que les 9 000 actuellement en cours de formation.
Quant à la régulation, elle n’a d’intérêt qu’avec des moyens supplémentaires, ce que n’apportent pas les décisions budgétaires que vous prenez depuis deux ans et que n’apporteront certainement pas celles que vous prendrez au cours des trois années à venir. L’incitation atteint ses limites, et vous rejetez à tort nos initiatives visant à réguler les installations de médecins grâce au conventionnement – lequel avait fait l’objet d’une proposition de loi déposée par Guillaume Garot et cosignée par les autres membres de notre groupe. Énième reniement : vous avez préféré revenir sur la disposition, adoptée en commission, tendant à obliger les étudiants de deuxième cycle à effectuer un stage en zone désertifiée.
La labellisation de 500 à 600 hôpitaux de proximité pour 2022 est un point majeur de votre réforme, même si ses contours géographiques ne sont pas précisés. Or c’est aussi pour nous un motif d’inquiétude, car cette disposition est synonyme d’accentuation des inégalités territoriales. Dépassons les apparences : vous prétendez vouloir mieux « graduer » l’offre de soins, mais vous vous préparez surtout à la dégrader. Comment peut-on croire en effet à une telle intention si le premier niveau de l’offre de soins, c’est-à-dire celui du premier recours, voire celui des soins d’urgence, n’est pas à la hauteur des sollicitations des usagers ? Quant au label de « proximité », il masque une concentration des soins de nature à accentuer l’éloignement : l’enjeu, pour vous, consiste à réviser la carte hospitalière, quitte à affaiblir le réseau des hôpitaux et à dévitaliser progressivement les plus fragiles d’entre eux.
De manière générale, le recul des services publics est source de défiance, d’inégalités et aussi de remise en cause des droits, comme nous le constatons depuis plusieurs semaines.
Si le présent projet de loi se concentre sur l’organisation des soins en abordant la médecine de ville et les hôpitaux, il sous-estime la question de la prévention et celle de la promotion de la santé, questions qui figurent pourtant comme des priorités dans la Stratégie nationale.
Que dire de nos concitoyens purement et simplement oubliés ? Je pense à celles et ceux en situation de précarité, de handicap ou de dépendance, mais également à nos concitoyennes et concitoyens d’outre-mer que notre collègue Ericka Bareigts a défendu tout au long de nos débats. Ces Français ne bénéficieront d’aucune disposition supplémentaire ou de droit nouveau pour leur permettre d’accéder à une meilleure offre de soins.
Censé être la traduction législative et pratique du plan « ma santé 2022 », ce projet de loi n’est finalement pas à la hauteur : il n’est ni à la hauteur des ambitions affichées par le Président de la République en septembre dernier, ni à celle des attentes de nos concitoyens, qui discernent dans vos intentions et dans l’entrée en vigueur de ce texte la fin de notre modèle de santé, ni à celle de l’urgence à faire évoluer le système de santé pour permettre de remédier à l’insuffisance de l’offre de soins, notamment dans les territoires ruraux et périphériques. Pour l’ensemble de ces raisons, les députés socialistes et apparentés voteront contre ce projet de loi.
(Applaudissements sur les bancs du groupe SOC. – Mme Muriel Ressiguier et M. Pierre Dharréville applaudissent également.) La parole est à M. Paul Christophe. Après un long marathon de débats qui a duré plusieurs jours et plusieurs nuits, nous nous prononçons aujourd’hui sur le projet de loi relatif à l’organisation et à la transformation du système de santé. Ce texte représente la traduction législative des orientations présentées en septembre par le Président de la République dans le cadre du plan « ma Santé 2022 ». Fondé sur le constat de l’inadaptation du modèle à bout de souffle hérité des Trente Glorieuses, porteur d’indicateurs positifs mais également de nouveaux enjeux auxquels il faut répondre, il a pour ambition de décloisonner et de renforcer la coopération entre professionnels de santé en s’appuyant sur les initiatives locales.
Avant d’aborder la discussion autour de ce texte, le groupe UDI, Agir et indépendants avait formulé de nombreuses craintes, notamment en raison du recours important aux ordonnances – pour près du tiers du texte. En tant que parlementaires, nous n’apprécions guère ce genre de pratiques qui permettent en quelque sorte de faire l’impasse sur le débat. Cependant, madame la ministre, il convient de souligner qu’il nous a bien été possible de débattre et de vous alerter sur nos craintes quant au contenu des futures ordonnances, et qu’en retour, vous avez pris de nombreux engagements en séance publique, notamment celui de nous associer à la rédaction de ces ordonnances. Nous vous en remercions et espérons donc être mis à contribution dans le cadre de la commission des affaires sociales, mais aussi en tant que destinataires des études d’impact relatives aux mesures qu’elles contiendront.
Il y avait également une réelle inquiétude sur la place accordée aux élus locaux dans ce projet de loi. La réforme ne peut réussir sans que les territoires y soient étroitement associés : puisque la réponse à apporter en matière de démographie médicale met en jeu l’aménagement du territoire, elle doit être élaborée avec les élus locaux. On aura beau construire une maison médicale flambant neuve, les jeunes médecins libéraux ne viendront pas pour autant s’y installer si le territoire ne propose pas, en lien avec les élus locaux, un cadre de vie attractif.
Cette approche de la santé par les territoires passe également par l’instauration d’un projet territorial de santé et par le développement des communautés professionnelles territoriales de santé faisant la part belle aux initiatives locales sans se retrouver bridées par une suradministration de l’État via les agences régionales de santé. De nombreuses critiques ont en effet été émises sur le fonctionnement des ARS, lesquelles demeurent trop souvent des structures technico-financières dénuées de véritable outil de démocratie, où le directeur général concentre encore beaucoup trop de pouvoir. Nous appelons de nos vœux un véritable partenariat entre les ARS et les acteurs du territoire. Si nous voulons voir les projets aboutir, il faut clairement circonscrire le rôle des ARS pour laisser aux acteurs toute latitude de s’organiser au plus près des besoins du terrain. Là encore, madame la ministre, vous avez pris des engagements pour garantir une place aux élus locaux et également aux représentants des patients au sein de ces structures. De nombreux engagements qui nous inviteraient presque, nous aussi, à transmettre un cahier de doléances !
Par ailleurs, notre groupe approuve de nombreuses mesures contenues dans ce projet de loi : la réforme des études de santé et la suppression du numerus clausus ; le développement du partage de tâches entre professionnels ; la création d’un véritable espace numérique de santé pour mieux informer les patients et les avancées visant à régulariser la situation des praticiens diplômés hors Union européenne. Mais nous réitérons nos mises en garde sur les difficultés que pourront rencontrer les étudiants dans la recherche d’un futur stage si le nombre de terrains de stage disponibles n’est pas augmenté. Vous le savez : il y a en effet un véritable problème d’attractivité pour la médecine libérale en France puisque, cinq ans après l’obtention de leur diplôme, seuls 25 % des médecins choisissent cette voie. Les projets professionnels des étudiants mûrissent à travers les stages ; il est donc primordial de développer les terrains de stage en médecine de ville afin d’améliorer l’appétence des étudiants pour l’exercice libéral.
Enfin, si votre projet de loi traite bien de la prise en charge du patient, nous regrettons qu’il ne soit pas fait mention des outils de la prise en charge, que ce soit le médicament ou la prévention, et nous notons qu’il reste également muet sur la santé au travail, sur la médecine scolaire, sur les aidants et sur la dépendance. Si je ne suis pas inquiet sur vos intentions, madame la ministre, je vous alerte encore une fois sur la traduction qui pourrait en être faite par une administration trop bureaucratique.
Mais, vous l’avez dit vous-même, madame la ministre, ce projet de loi ne constitue qu’une partie du dispositif qui demande à être complété par de prochains textes législatifs. Aussi, même si nous approuvons certaines de ses disposition, le groupe UDI, Agir et indépendants se partage entre vote favorable et abstention bienveillante, espérant voir ce projet de loi évoluer positivement dans les prochains mois.
(Applaudissements sur les bancs du groupe UDI-Agir.)
Je mets aux voix l’ensemble du projet de loi.
(Il est procédé au scrutin.) Voici le résultat du scrutin :
Nombre de votants 561
Nombre de suffrages exprimés 521
Majorité absolue 261
Pour l’adoption 349
Contre 172
(Le projet de loi est adopté.)
(Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM et sur plusieurs bancs du groupe MODEM.)
La séance est suspendue.
(La séance, suspendue à dix-sept heures quinze, est reprise à dix-sept heures trente, sous la présidence de Mme Carole Bureau-Bonnard.) La séance est reprise.
L’ordre du jour appelle la discussion de la proposition de résolution de M. Gilles Le Gendre et plusieurs de ses collègues tendant à la création d’une commission d’enquête sur la situation et les pratiques de la grande distribution et de leurs groupements dans leurs relations commerciales avec les fournisseurs (nos 1769, 1727).
La parole est à M. Grégory Besson-Moreau, rapporteur de la commission des affaires économiques. La semaine dernière, la commission des affaires économiques a adopté à l’unanimité la proposition de résolution qui vous est aujourd’hui proposée. La situation et les pratiques de la grande distribution et de ses groupements dans leurs relations commerciales avec les fournisseurs est en effet un sujet qui nous préoccupe tous, comme le montre la variété des signataires – MM. Gilles Le Gendre, Jean-Christophe Lagarde, Patrick Mignola, Thierry Benoît et moi-même, ainsi que par les membres du groupe La République en marche, du groupe UDI, Agir et indépendants et du groupe du Mouvement démocrate et apparentés.
Cette proposition du 28 février fait suite au texte rédigé dans les mêmes termes et déposé dès le 14 par le groupe UDI, Agir et indépendants. Ce dernier ayant fait usage de son droit de tirage pour créer la commission d’enquête sur les moyens des forces de sécurité, il n’était plus en mesure de réclamer une enquête parlementaire sur ce sujet pourtant essentiel.
Le groupe majoritaire a donc, pour ainsi dire, pris le relais, convaincu de la nécessité de créer cette commission.
Très bien ! Cette initiative s’inscrit dans le cadre du premier alinéa de l’article 140 de notre règlement ; la commission des affaires économiques a donc non seulement vérifié la recevabilité juridique de la proposition de résolution, mais s’est également prononcée sur son opportunité. C’est maintenant à notre assemblée dans son ensemble que revient la responsabilité de la création de cette commission d’enquête. C’est la deuxième fois, au cours de cette législature, qu’une commission d’enquête est créée par l’Assemblée et non par effet du droit de tirage d’un groupe : cela illustre, me semble-t-il, la volonté de la représentation nationale d’exercer pleinement la mission d’évaluation et de contrôle qui lui est confiée par l’article 24 de la Constitution.
Je ne m’attarderai pas sur la recevabilité juridique de la proposition de résolution. Les conditions de recevabilité sont, vous le savez, mes chers collègues, au nombre de trois. Premièrement, le champ d’investigation de la commission d’enquête doit être précisément défini. Deuxièmement, elle ne peut avoir le même objet qu’une autre commission d’enquête ayant achevé ses travaux moins de douze mois auparavant. Troisièmement, aucune poursuite judiciaire ne doit être en cours concernant les faits ayant motivé le dépôt de la proposition.
La première condition est remplie : le titre, le dispositif et l’exposé des motifs de la proposition délimitent nettement le champ d’investigation de la commission. Je me limiterai à préciser que la « grande distribution » doit être entendue comme la « grande distribution à dominante alimentaire ». Celle-ci se caractérise par une particulière concentration, comme nous l’avons constaté lors de l’examen de la loi ÉGALIM – pour l’équilibre des relations commerciales dans le secteur agricole et une alimentation saine et durable. Les quatre premières centrales d’achat françaises représentent en effet 92,2 % des ventes en valeur et 88,5 % des ventes en volume de produits de grande consommation. Il nous faudra donc dresser un état des lieux du rapport de forces entre distributeurs et fournisseurs, en nous intéressant particulièrement aux pratiques commerciales déloyales de la grande distribution dans ses relations avec les fournisseurs. Les centrales d’achat, leur fonctionnement, leurs pratiques seront évidemment au cœur des travaux de la commission, sans que, pour autant, nous nous limitions à leur seule analyse.
En ce qui concerne le deuxième critère de recevabilité, aucune commission d’enquête n’a travaillé sur ce sujet au cours des douze derniers mois, ni même au cours de la présente ou de la précédente législature. Enfin, Mme la garde des sceaux, ministre de la justice a confirmé qu’aucune poursuite judiciaire n’était en cours en lien avec les faits ayant motivé le dépôt de la proposition.
Faut-il vraiment vous convaincre, mes chers collègues, de l’opportunité de la création de cette commission d’enquête, alors que nous sommes tous conscients de la situation extrêmement difficile dans laquelle se trouvent certains transformateurs et une grande partie des agriculteurs, qui font la richesse de nos territoires ?
Quatre facteurs me paraissent néanmoins devoir renforcer notre conviction. Tout d’abord, la situation de la grande distribution a récemment évolué, en particulier en ce qui concerne la concentration des centrales d’achat. Je pense aux rapprochements à l’achat, annoncés en mai et juin 2018, entre Auchan, Casino, Metro et Shiever d’une part, et Carrefour et Système U, d’autre part. Ces évolutions invitent à s’interroger sur la position de la grande distribution vis-à-vis des fournisseurs, non seulement en France mais aussi, plus largement, au niveau européen, comme l’a souligné à juste titre notre collègue Thierry Benoit en commission.
Eh oui ! Par ailleurs, les négociations commerciales de 2019 semblent s’être déroulées dans un climat tendu, malgré les dispositions de la loi ÉGALIM. L’Association nationale des industries alimentaires – ANIA –, souligne que « les relations commerciales restent extrêmement déséquilibrées ». L’amélioration des conditions de négociation observée au sein de la filière laitière constitue l’exception ; les autres filières continuent malheureusement de souffrir. Les demandes de baisse de prix semblent toujours aussi pressantes de la part des distributeurs, et le chantage aux prix bas, assorti de menaces de déréférencement ou de déréférencement effectif, demeure malheureusement une réalité. La conclusion de l’ANIA doit nous interpeller : « Les entreprises françaises, encore cette année, sont confrontées à une destruction massive de la valeur de leurs produits ».
L’actualité récente souligne la nécessité de faire la lumière sur les pratiques commerciales des centrales d’achat. Le bilan annuel de la DGCCRF – Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes –, publié hier, a remis sur le devant de la scène l’assignation, en juin dernier, de la centrale d’achat du groupe Leclerc. En violation des dispositions de l’article L. 442-6 du code de commerce, celle-ci a imposé à certains de ses fournisseurs, entre 2013 et 2015, sans contrepartie commerciale, une remise de 10 % sur ses produits, également référencés, l’année précédente, dans une enseigne de hard discount concurrente.
J’ajoute que les produits de l’agriculture biologique, jusqu’alors relativement épargnés par la guerre des prix, sont de plus en plus concernés par ces pratiques commerciales déplorables. Le réseau Synabio – Syndicat des transformateurs et distributeurs bio –, qui rassemble près de 200 entreprises, a créé en 2018 un observatoire des négociations commerciales et affirme que « la grande distribution met ses fournisseurs bio sous forte pression ».
Enfin, comme vous le savez, la loi ÉGALIM a institué plusieurs dispositifs, désormais entrés en vigueur, destinés à rééquilibrer les relations entre la grande distribution et ses fournisseurs. Les enjeux sont tels que nous devons évaluer dès maintenant les premiers effets de ce texte, pour pouvoir, éventuellement, corriger le tir. Je rappelle que le rapport d’application de la loi sera publié à la mi-mai, mais qu’il s’agit d’un exercice très différent de celui auquel se livrera la commission d’enquête.
Je note par ailleurs que le Sénat a étudié en février, dans le cadre de plusieurs tables rondes, les effets du titre Ier de la loi ÉGALIM sur les négociations commerciales. Il me semble important de prolonger et d’approfondir cette démarche en mettant à son service les moyens et la solennité d’une commission d’enquête. Je précise, puisque la question a été posée en commission et a fait l’objet d’un amendement, que les travaux de la commission d’enquête devront naturellement déboucher sur des propositions concrètes : nous sommes là pour agir ! Je vous invite donc, avec une sincère conviction, à adopter cette proposition de résolution, afin que nous nous mettions au travail.
(M. Sylvain Maillard applaudit.) Très bien !
Dans la discussion générale, la parole est à M. Stéphane Travert. Je veux d’abord me réjouir de cette proposition de résolution tendant à la création d’une commission d’enquête relative aux pratiques de la grande distribution dans ses relations commerciales avec les fournisseurs. Plusieurs groupes politiques se sont unis pour parler d’une seule voix sur cette question très importante. J’y vois la volonté de changer profondément les choses. Absolument ! Cela me rappelle les débats que nous avons eus il y a quelques semaines, notamment lors de la discussion du projet de loi ÉGALIM. Thierry Benoit et Charles de Courson s’efforcent en particulier, depuis la LME – loi de modernisation de l’économie –, d’éclairer nos concitoyens sur ces pratiques. Comme vous l’avez dit, monsieur le rapporteur, l’actualité récente nous montre que le travail mené pour accroître la transparence porte ses fruits et que les contrôles sont effectués avec diligence, comme l’attestent les demandes élevées infligées aux distributeurs.
En effet, nous le savons tous, depuis trop longtemps, en France, les négociations commerciales s’apparentent à un théâtre d’ombres. Un certain nombre des maillons de la chaîne de production n’ont pas pour priorité de parvenir à un compromis équilibré.
C’est le moins qu’on puisse dire ! Dans ce domaine, il est de règle, traditionnellement, de discuter avec âpreté pour démontrer sa capacité à négocier et créer un pseudo-rapport de force. Mais à quel prix ? D’abord, l’agriculture a été la première victime de la volonté de certains de réduire au maximum les dépenses ; elle s’est trouvée seule face à des groupes qui ont pour religion d’imposer des prix insuffisants pour rémunérer le travail et couvrir les coûts de production. Les entreprises de l’agroalimentaire sont, elles aussi, victimes de cette guerre commerciale, qui fait descendre les prix toujours plus bas ; elles doivent bien souvent se tourner vers des pays tiers pour l’achat de matières premières, quand elles ne sont pas contraintes de fermer. Elles sont asphyxiées, étranglées par des clients toujours plus avides de marges arrière et de bien d’autres trouvailles en tout genre, que chacun connaît ici. Des entreprises de transformation, des agriculteurs, faute de trouver les compromis nécessaires et d’imposer des prix suffisamment rémunérateurs, ne peuvent plus investir, innover et créer la valeur ajoutée si utile pour la qualité de notre alimentation. Le mouvement de rapprochement des centrales d’achat s’est même accéléré, ayant pour effet de renforcer, au profit des quatre principales centrales, le déséquilibre entre les exploitations agricoles, les industriels et les distributeurs. Tout à fait ! Comment, dès lors, redonner des perspectives et de la confiance ? Comment restaurer le revenu agricole et celui des PME ? Comment agir sur les prix ? Les trois maillons de la chaîne alimentaire sont liés par la charte signée au sein du ministère de l’agriculture et de l’alimentation, en novembre 2017, ainsi que par le nouveau cadre légal issu de la loi ÉGALIM. Ils cherchent, pour certains, des échappatoires à leurs engagements : les distributeurs, pour ne pas faire remonter du revenu vers les maillons situés plus en amont, et certains transformateurs, parce qu’ils ne veulent pas changer leurs pratiques.
Chacun scrute le comportement de l’État, prompt à dénoncer le moindre manquement à ses engagements pour, le cas échéant, en tirer prétexte à ne pas évoluer et pérenniser les vieilles pratiques.
Pour y remédier, la loi du 30 octobre 2018 contient des dispositions permettant de lutter contre les prix abusivement bas et de faciliter la réouverture des négociations commerciales en cas d’évolution des coûts de production. Elle a également accru le contrôle de la DGCCRF.
S’agissant du relèvement du seuil de revente à perte et de la fin des promotions excessives, il n’y a pas de fatalité à ce que ces décisions, qui tendent à accroître les marges et le chiffre d’affaires de la distribution, se traduisent par une augmentation globale et excessive des prix pour le consommateur. Les entreprises du secteur peuvent faire un autre choix que de conserver ces marges : pour respecter leurs engagements, ils peuvent accepter de les réduire en augmentant le prix payé aux fournisseurs, c’est-à-dire aux PME de l’agroalimentaire et aux producteurs. Dans cette hypothèse, le rééquilibrage des marges concernerait un nombre si élevé de produits qu’en définitive, le distributeur qui aurait joué le jeu et serait resté fidèle à l’esprit des états généraux de l’alimentation pourrait offrir une meilleure rémunération aux agriculteurs et aux PME tout en préservant le pouvoir d’achat des consommateurs.
Aujourd’hui, la grande distribution doit simplement faire le choix de respecter les engagements de la charte du 14 novembre 2017. Nous l’avons vu, un certain nombre de filières ont signé des accords positifs, concernant par exemple le lait, la volaille ou les œufs, alors qu’il reste beaucoup à faire, nous le voyons bien, s’agissant des céréales ou de la viande bovine.
Absolument ! Faisons confiance au dialogue et à la concertation, mais avec des règles du jeu claires pour tous. Il nous faut, nonobstant les engagements de la charte, travailler et enquêter sur les regroupements des distributeurs et leurs pratiques. Il nous faut déterminer si, dans les faits, ces regroupements ont entraîné un nombre encore trop élevé de propositions déflationnistes dans les négociations commerciales pour deux des acteurs. Il nous faudra encore faire des propositions, dans le cadre du suivi de la loi ÉGALIM, pour rééquilibrer les relations entre producteurs, transformateurs et distributeurs. L’esprit et le souffle des états généraux de l’alimentation guident notre action et notre réflexion. Il s’agit d’accroître la transparence et de formuler des réponses concrètes en matière de prix… Veuillez conclure, mon cher collègue ! …pour accompagner la transition des entreprises et des producteurs vers la montée en gamme souhaitée par l’ensemble de nos concitoyens. C’est aussi une partie de notre économie qui est en jeu. (Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM et MODEM.) Très bien ! La parole est à M. Daniel Fasquelle. Je suis surpris de constater que l’initiative de cette proposition de résolution soit attribuée à la majorité, alors que la demande d’une commission d’enquête sur le sujet avait été exprimée, notamment au moment de la tenue du Salon de l’agriculture, par notre ami Thierry Benoit. Il faut rendre à César ce qui est à César, et à Thierry Benoit ce qui est à Thierry Benoit – sans parler du groupe UDI, Agir et indépendants. Monsieur Travert, vous vous félicitez que les groupes travaillent ensemble : c’est une plaisanterie ! Certes, le groupe UDI, Agir et indépendants avait déjà fait usage de son droit de tirage annuel, mais rien n’empêchait le bureau de l’Assemblée nationale de permettre l’ouverture de cette commission d’enquête et d’en confier la responsabilité à celui qui en était à l’origine.
Franchement, ce sont là des méthodes de l’ancien monde – et encore, car dans l’ancien monde, on n’agissait pas forcément de la sorte.
Il n’a pas tort ! Une fois de plus, vous nous décevez. Une fois de plus, on est loin des promesses du candidat Macron à la présidentielle. Espérons que ce ne soit pas un moyen pour la majorité de prendre le contrôle de la commission d’enquête en vue d’enterrer le dossier, à l’instar de ce qui s’était passé lors de l’affaire Benalla. Il s’agit en effet d’une question majeure, qui mérite qu’on s’y intéresse vraiment. Nous espérons qu’il ne s’agit pas d’une manœuvre visant à nous empêcher d’aller au fond des choses.
Il y a en effet un vrai problème de fond : la montée en puissance des grandes surfaces et de la grande distribution, dont les abus sont régulièrement dénoncés. J’ai déjà eu l’occasion d’en dresser la liste : abus au cours de la négociation des marges avant, avec des clauses pénales sans réciprocité, le retour des invendus à la charge des fournisseurs, l’adhésion obligatoire à des conditions générales de vente ; abus aussi en matière de marges arrière et de coopération commerciale, avec la facturation de têtes de gondole inexistantes et celle d’études censées permettre aux fournisseurs de développer leurs ventes à un tarif dix à vingt supérieur à la normale… La liste est longue.
Ces pratiques sont connues. Elles ont déjà fait l’objet de rapports au sein de cette assemblée, d’un travail important de la Commission d’examen des pratiques commerciales – je ne voudrais pas qu’on l’oublie et j’espère qu’on s’appuiera dessus –, et d’une jurisprudence importante, qui a fixé un cadre désormais reconnu.
Pourquoi créer une commission d’enquête alors que ces travaux existent ? Parce qu’une telle commission permettra d’aller plus loin et plus en profondeur qu’on ne l’a fait jusqu’à présent. En effet, les entreprises saisissent rarement les tribunaux par crainte de représailles et même si le ministre de l’économie se substitue parfois à elles, cela reste insuffisant. C’est pourquoi nous pensons qu’il pourrait être utile d’aller une fois pour toutes au fond des choses. Par conséquent, le groupe Les Républicains soutiendra l’excellente proposition de notre ami Thierry Benoit.
Nous y apporterons toutefois quelques correctifs. En premier lieu, il ne faudrait pas que cette commission d’enquête se transforme en tribunal inquisitorial, avec pour seul objectif de vilipender les grandes surfaces. D’abord, celles-ci font partie de l’économie française et elles contribuent au rayonnement de notre pays.
Tout à fait ! Quand nous allons à l’étranger, nous sommes fiers de voir que certaines grandes enseignes sont très bien implantées. Ensuite, certaines d’entre elles ont évolué ; elles s’adressent désormais aux producteurs locaux et sont même parfois pour eux des partenaires précieux. Dans le domaine de la pêche, par exemple, plusieurs navires ont pu être rénovés à Boulogne-sur-Mer et à Étaples-sur-Mer grâce à un partenariat avec des grandes surfaces. Attention donc à ne pas clouer celles-ci au pilori sans raison.
Deuxième correctif : une telle commission d’enquête ne servira à rien si elle ne nous conduit pas à nous interroger sur les failles de notre législation. L’exposé des motifs de la proposition de résolution est de ce point de vue éclairant. En effet, alors que, dans un premier temps, vous nous aviez expliqué que la loi EGALIM avait réglé tous les problèmes, vous reconnaissez maintenant que ce n’est pas le cas, puisque vous notez que « si ces nouveaux dispositifs vont dans le bon sens, ils ne semblent néanmoins pas suffisants ». Si, comme vous le dites, le problème n’est pas seulement français mais qu’il est européen, il faudra bien que nous ayons un débat de fond sur notre législation en la matière. En particulier, la question des injonctions structurelles devrait à nouveau être posée car l’arsenal législatif actuel ne permet ni au juge ni au ministre de briser la puissance d’achat.
Pour finir, je vous invite, mes chers collègues, à ne pas raisonner seulement par rapport au cadre actuel. Le problème, c’est que nous avons toujours, dans ce genre d’affaires, un coup de retard au moins. Amazon, par exemple, s’intéresse désormais aussi à l’alimentaire. L’entreprise a racheté Whole Foods Market. Résultat : plusieurs cadres sont partis et, surtout, on a demandé du jour au lendemain aux fournisseurs de baisser leurs prix de 25 %. Ce qui se passe aujourd’hui aux États-Unis arrivera bien un jour ici. Il serait bon que la commission d’enquête anticipe ces évolutions prévisibles, car elles feront vite bouger les lignes. Le danger serait de raisonner comme si la situation était la même qu’il y a dix ans et que rien n’allait changer. Il faut être capable d’anticiper.
En conclusion, nous soutiendrons la création de cette commission d’enquête, à condition toutefois que nous soyons justes, ambitieux et prospecteurs.
(Applaudissements sur les bancs des groupes LR, MODEM, UDI-Agir et LT.) La parole est à M. Richard Ramos. Un bon centriste ! Il faut le mettre en boîte ! Dans une boîte de camembert ? (Sourires.) Chers amis, nous sommes réunis aujourd’hui pour voter la création d’une commission d’enquête chargée d’évaluer les pratiques de la grande distribution et de ses groupements dans le cadre de leurs relations commerciales avec les fournisseurs. En réalité, à travers ce vote, nous allons décider du sort que nous voulons réserver à nos agriculteurs et à l’ensemble de nos PME, en particulier dans le secteur de l’agroalimentaire. Souhaitons-nous, oui ou non, préserver tout ce qui fait la noblesse de la ferme France ? Voulons-nous préserver le tissu industriel dans l’ensemble du territoire français ?
Le monde agricole français est très inégal : le paysan est le maillon le plus faible d’une chaîne agroalimentaire où les distributeurs, à travers les centrales d’achat, cherchent toujours les prix les plus bas, pour leur plus grand profit. Il convient de rééquilibrer les rapports de force entre, d’une part, les mastodontes que sont devenus les distributeurs et leurs centrales d’achats, d’autre part, les transformateurs et les agriculteurs, ces derniers étant situés au bout de la chaîne.
Les états généraux de l’alimentation, animés par l’excellent Stéphane Travert, ont réuni, pendant cinq mois, autour de la table, des acteurs qui ne se parlaient pas,…
C’est vrai ! …et cela dans un seul objectif : trouver ensemble des solutions pour stopper la guerre des prix. Tous les maillons de la chaîne étaient représentés : agriculteurs, distributeurs, industriels, pouvoirs publics, syndicats, représentants d’intérêts coopératifs agricoles, monde associatif. Tous ont signé en novembre 2017 la Charte d’engagement pour une relance de la création de valeur et pour son équitable répartition au sein des filières agroalimentaires françaises.
Hélas, cette charte n’a pas été respectée. Dès le lendemain de sa signature, la grande distribution la mettait à mal. Comment faire confiance à des gens qui signent, avec d’autres acteurs et le ministre, une charte, mais qui, dès le lendemain, la réduisent à néant ?
(« C’est vrai ! » sur les bancs des groupes UDI-Agir et LT.) Très juste ! Les états généraux de l’alimentation devaient donner aux distributeurs la possibilité de mieux rémunérer les agriculteurs. Nous avons permis à M. Michel-Édouard Leclerc, à Auchan, à Carrefour de gagner plus. Qu’ils ne viennent pas nous faire la leçon en affirmant qu’ici, dans cet hémicycle, nous n’agissons pas en faveur du consommateur ! Rien n’est jamais parfait, mais les nouveaux outils élaborés à la suite des états généraux de l’alimentation, tels que le relèvement du seuil de revente à perte ou l’encadrement des promotions, permettent, certes modestement, de freiner la guerre des prix sur les produits phares de la grande distribution. Ne nous y trompons pas : quand on appâte le chaland, quand on attire le client, quand on fait en sorte, quitte à perdre de l’argent, que les gens se battent pour acheter du Nutella à bas prix, c’est pour mieux faire de l’argent derrière, en étranglant l’agriculture française, en ne permettant plus à nos PME de vivre, faute de marges. Eh oui ! Force est de constater que six mois après la promulgation de la loi EGALIM, l’esprit des états généraux de l’alimentation a complètement disparu. On ne retrouve plus dans les cours de nos fermes l’espoir qui était alors le nôtre, monsieur l’ancien ministre de l’agriculture. Il faut retrouver cet élan, cet esprit-là. Lors des négociations commerciales du début d’année, les distributeurs ont tiré un trait sur leurs engagements. La grande distribution a imaginé de nouveaux dispositifs pour contourner la loi : cartes de fidélité, jeux concours, loteries. En la matière, son imagination n’a pas de limite. Hormis la filière laitière, qui est comme la brindille qui cache la branche qui elle-même cache l’arbre qui cache la forêt, les agriculteurs n’ont pas vu leur situation s’améliorer.
De ces stratagèmes, qui sont les victimes ? C’est simple : tout le monde ! La France entière ! Les agriculteurs, les transformateurs, les consommateurs !
C’est le consommateur, d’abord, à qui, à coups de publicité, on fait penser que bien acheter, c’est acheter peu cher. Monsieur Leclerc, quand on se promène dans vos magasins, on ne voit pas que les produits français sont beaux et bons, on voit juste qu’ils sont toujours moins chers. Vous avez fabriqué trois générations de Français qui pensent que bien acheter, c’est acheter pas cher ! Pour ma part, je crois à autre chose ; je crois que la qualité de l’agriculture française mérite d’être mieux défendue par la grande distribution.
(« Bravo ! » sur les bancs des groupes UDI-Agir et LT.) Excellent ! Ensuite, c’est l’agriculteur, encore et toujours, qui n’arrive plus à vivre décemment de son métier, car les centrales d’achat monopolisent la valeur ajoutée sur l’ensemble de la chaîne. Nous ne pouvons soutenir cette quête de la malbouffe, qui tend à installer dans nos assiettes ce qui est mortifère pour les exploitants. L’histoire de la France s’inscrit dans l’histoire de ses goûts, donc dans celle de ses terroirs.
On le constate : les deux objectifs de la loi EGALIM ont été totalement bafoués. La grande distribution, par l’intermédiaire de son bras armé que sont les centrales d’achats, a contourné ce que nous avions essayé de construire ensemble. Elle a même fabriqué des sociétés juridiquement installées à l’étranger pour facturer des services inutiles. Il faudra que les membres de la commission d’enquête se déplacent dans l’Europe entière, afin de traquer ces pratiques qui visent à détourner l’argent des campagnes françaises vers les pays étrangers.
Il a raison ! C’est parce que nous refusons cette prise en otage du consommateur, parce que nous refusons que l’économique et le lobbying soient plus forts que le politique, que nous soutiendrons bec et ongles les travaux de la commission d’enquête. Chacun sur ces bancs, nous devons espérer que celle-ci réussisse.
Au nom du groupe du Mouvement démocrate et apparentés, nous voterons en faveur de la création de cette commission d’enquête, et nous pensons que nous avons collectivement la responsabilité de sa réussite.
(Applaudissements sur les bancs des groupes MODEM, UDI-Agir et LT. – Mme Barbara Bessot Ballot applaudit aussi.) La parole est à M. Guillaume Garot. Tous ceux qui se sont exprimés partagent à l’évidence le même constat.