XVe législature
Session ordinaire de 2018-2019

Séance du jeudi 09 mai 2019

L’ordre du jour appelle la discussion en deuxième lecture, selon la procédure d’examen simplifiée, en application de l’article 103 du règlement, de la proposition de loi en faveur de l’engagement associatif (nos 1757, 1884).
En application de l’article 107 du règlement, je n’appellerai que les amendements et les articles auxquels ces amendements se rapportent.
Je suis saisi de deux amendements identiques, nos 7 et 10, tendant à rétablir l’article 4 supprimé par la commission.
La parole est à M. Frédéric Reiss, pour soutenir l’amendement no 7.
L’article 4, introduit par le Sénat, a été supprimé en commission. À l’inverse des articles 1er ter et 1er quater, qui ont subi le même sort et qui mettaient en cause la notion même de bénévolat, le présent article me semble tout de même digne d’intérêt.
Les associations ont été fragilisées par la réduction draconienne des emplois aidés, par la suppression de la réserve parlementaire et par la baisse massive des dotations aux collectivités, dont le corollaire est une réduction sans précédent des subventions aux associations.
L’amendement no 7 permettrait d’augmenter les capacités d’action des associations par l’emploi de stagiaires. Il ne s’agit pas de pousser à l’emploi abusif de stagiaires, dont nous connaissons la précarité, mais d’exempter les associations des limitations légales issues du décret du 26 octobre 2015. Cela ne concernerait que les stages d’une durée inférieure à deux mois.
La parole est à M. Michel Zumkeller, pour soutenir l’amendement no 10. J’irai dans le même sens que M. Reiss. Les associations ont été grandement fragilisées – nous le constatons tous les jours dans les assemblées générales. Je ne pense pas que cela soit votre souhait. Les associations connaissent de grandes difficultés du fait de la fin des contrats aidés et aussi, je ne manque jamais une occasion de le rappeler, parce que les fédérations sportives leur imposent de plus en plus de contraintes, notamment en termes de formation. Il serait dommage de ne pas leur permettre de recruter des stagiaires supplémentaires, car cela ne coûte pas grand-chose. De plus, la proposition de loi vise à encourager la jeunesse à s’intéresser aux associations, ce que les stages permettent assurément. L’article 4, introduit par le Sénat, était donc très intéressant. Je souhaite qu’il soit rétabli. Très bien ! La parole est à Mme Sophie Mette, rapporteure de la commission des affaires culturelles et de l’éducation, pour donner l’avis de la commission sur ces deux amendements identiques. La commission a, sur ma proposition, adopté un amendement de suppression de cet article. Les risques liés à la multiplication des stages courts, qui ne font pas l’objet d’une gratification, sont ceux d’une substitution à l’emploi, d’une réduction de l’offre de stages longs et d’une tension sur la ressource de tuteurs au sein de l’association, ce qui met en cause la dimension formatrice du stage. En effet, certaines associations employeuses pourraient se servir de la mesure pour proposer des stages non gratifiés, car inférieurs à deux mois, et substituer, volontairement ou non, de véritables emplois à ces stages. Moi aussi, je souhaite défendre les associations et les bénévoles ! Ce n’est pas comme cela que vous les soutiendrez ! De plus, augmenter de manière importante le nombre de stagiaires accueillis simultanément au sein d’une même structure est de nature à poser des difficultés quant à la qualité de leur encadrement. L’encadrement de stagiaires plus nombreux par un seul tuteur en pâtira et la valeur pédagogique du stage diminuera d’autant.
Par ailleurs, vous voulez proposer des stages d’une durée inférieure à deux mois, alors que la majorité des stages inclus dans les cursus de l’enseignement supérieur sont plus longs : les étudiants tenus d’accomplir des stages de plus de deux mois auraient donc moins d’opportunités pour réaliser ces stages dans des associations.
Enfin, le dispositif proposé ne s’adresse qu’à un nombre limité d’associations : en effet, seules 8,2 % des 1,8 million d’associations françaises – les associations employeuses – sont visées. Avis défavorable.
La parole est à M. le secrétaire d’État auprès du ministre de l’éducation nationale et de la jeunesse, pour donner l’avis du Gouvernement. Au-delà des arguments employés par Mme la rapporteure, auxquels je souscris totalement, j’entends les deux préoccupations que vous évoquez : vous souhaitez apporter plus de soutien aux associations, de manière très concrète, et encourager les jeunes à s’intéresser aux associations en les mettant en lien avec celles-ci. Je ne pense pas que le dispositif que vous proposez permette d’y parvenir.
Le mouvement associatif a travaillé de nombreux mois sur un rapport publié en juin dernier, dont je suis sûr que vous avez pris connaissance. Il y détaille les mesures qu’il souhaite voir adopter en faveur des associations ; or il n’a absolument pas demandé cette mesure relative aux stages, qui n’apparaît nulle part. Dans mes discussions, tant avec le mouvement associatif qu’avec les associations sur le terrain, personne ne me parle de cet assouplissement pour les stages. Mme la rapporteure a fait valoir un certain nombre d’arguments tenant aux associations visées. Au-delà, le stage doit avoir une valeur pédagogique et donc un encadrement de qualité.
J’entends bien votre volonté d’apporter plus de ressources aux associations, raison pour laquelle nous avons adopté un certain nombre de mesures, notamment sur l’emploi associatif, en créant 4 000 postes FONJEP – Fonds de coopération de la jeunesse et de l’éducation populaire – ou en favorisant les groupements d’employeurs pour permettre à des associations de recruter leurs premiers salariés. C’est pour cela aussi que nous souhaitons faire découvrir aux jeunes les associations : tel est notamment l’objet du service national universel. Ces nombreuses mesures concourent aux objectifs que vous poursuivez, contrairement à celle que vous proposez. Avis défavorable.
La parole est à M. Frédéric Reiss. M. le secrétaire d’État défend très bien le service national universel ! Pour ma part, je pense que le mieux est parfois l’ennemi du bien. Nous avions là l’occasion d’envoyer un signal aux associations. Il ne s’agit pas de permettre un recours abusif aux stagiaires, mais de donner aux associations de plus grandes possibilités d’action. C’est avant tout une question de confiance envers les responsables associatifs. Très bien !
(Les amendements identiques nos 7 et 10 ne sont pas adoptés.)
Je suis saisi d’un amendement no 6 tendant à rétablir l’article 5 supprimé par la commission.
La parole est à M. Frédéric Reiss, pour le soutenir.
L’article 5, également introduit par le Sénat, a été supprimé en commission. Là encore, je veux rappeler le contexte et quelques chiffres. L’année 2018 a vu chuter les dons des particuliers aux associations et aux fondations – moins 16 % pour la Ligue contre le cancer, moins 11 % pour l’Institut Pasteur, moins 19 % pour les Apprentis d’Auteuil. Il ne s’agit pas ici d’analyser les causes de cette tendance, mais de clarifier l’intérêt général d’une association et de rassurer ainsi les donateurs.
Cet article serait une avancée selon le Haut Conseil à la vie associative, qui relève que l’interprétation trop stricte de l’administration fiscale pour reconnaître l’intérêt général d’une association est préjudiciable. La disposition suivante est donc proposée : « Lorsque le représentant de l’État dans le département a admis le caractère d’intérêt général de l’association, cette qualité lui est reconnue, pour une durée fixée par décret, au regard de l’ensemble des lois et règlements applicables aux associations régulièrement déclarées. Un décret en Conseil d’État détermine les conditions d’application du présent article. » Cette disposition s’appliquerait aussi bien aux associations loi 1901 qu’aux associations loi 1908 relevant du droit local en Alsace et en Moselle.
Quel est l’avis de la commission ? La commission a adopté un amendement de suppression de l’article 5, qui visait à créer un rescrit unique délivré aux associations souhaitant s’assurer de leur caractère d’intérêt général.
Comme je l’ai déjà expliqué en commission, la création de cette procédure aurait des conséquences sur l’organisation territoriale de l’État. D’une part, seule l’administration fiscale est soumise à des règles de confidentialité inhérentes aux opérations de contrôle, de recouvrement ou de contentieux des impôts nationaux, auxquelles devraient être soumis l’ensemble des agents amenés à connaître de cette nouvelle procédure de rescrit. D’autre part, cela alourdirait considérablement le travail des services déconcentrés, notamment pour traiter l’ensemble des associations actuellement existantes et qui devraient se soumettre à cette procédure.
Par ailleurs, cette procédure est particulièrement lourde pour les associations alors qu’en matière fiscale, que ce soit pour les impôts commerciaux, les dons ou le mécénat, les organismes sans but lucratif peuvent s’estimer d’ores et déjà eux-mêmes éligibles. L’administration fiscale a la possibilité de mettre fin à cette présomption d’intérêt général et de non-lucrativité à l’occasion d’un contrôle ou d’une demande de rescrit. Le dispositif actuel est donc plus simple, pour les organismes comme pour l’administration.
Enfin, le dispositif actuel, en tant qu’il admet une présomption d’intérêt général des associations, est garant de la liberté associative à agir. La mise en place d’une procédure telle qu’indiquée à l’article 5 viendrait imposer à toutes les associations existantes ou à venir de faire une demande auprès de l’administration pour obtenir une reconnaissance d’intérêt général. Cela viendrait ainsi créer une charge supplémentaire pour les associations au regard des procédures préalables auxquelles elles doivent se soumettre pour lancer des appels à la générosité du public et ainsi diversifier leurs ressources financières. Avis défavorable.
Sur l’ensemble de la proposition de loi, je suis saisi par le groupe La République en marche et par le groupe du Mouvement démocrate et apparentés d’une demande de scrutin public.
Le scrutin est annoncé dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.
Quel est l’avis du Gouvernement sur l’amendement no 6 ?
Je conviens, monsieur Reiss que vous pointez cette fois-ci un sujet de préoccupation pour les associations : la facilitation et la simplification de l’accès au rescrit fiscal. C’est effectivement un sujet que le mouvement associatif a soulevé dans le rapport que je viens d’évoquer et sur lequel nous travaillons. Cependant, comme la rapporteure l’a très bien expliqué, le dispositif proposé ne nous convainc pas. Il aurait sans doute pour conséquence d’alourdir les procédures pour les associations, qui peuvent d’ores et déjà bénéficier, à leur initiative, de déductions fiscales au titre des dons qu’elles reçoivent.
Dans son rapport, le mouvement associatif demandait la constitution d’un groupe de travail réunissant les services de Bercy, ceux du ministère en charge de la vie associative et des représentants du mouvement associatif. Nous avons accédé à cette demande et le groupe de travail a commencé à se réunir. Nous allons essayer d’avancer rapidement sur ce sujet.
Le dispositif proposé ne nous paraissant pas satisfaisant à ce stade, je donne un avis défavorable à cet amendement.
La parole est à M. Frédéric Reiss. J’entends bien les explications de Mme la rapporteure et de M. le secrétaire d’État, mais je pense que la proximité est aussi quelque chose de très important pour les associations. La nomination d’un interlocuteur unique dans les territoires, sur le modèle du préfet s’agissant de l’Agence nationale de la cohésion des territoires, dont nous avons examiné il y a peu le projet de création, serait intéressante.
(L’amendement no 6 n’est pas adopté.) Nous avons achevé l’examen des articles de la proposition de loi.
Je mets aux voix l’ensemble de la proposition de loi.
(Il est procédé au scrutin.) Voici le résultat du scrutin :
        Nombre de votants                        53
        Nombre de suffrages exprimés                53
        Majorité absolue                        27
                Pour l’adoption                52
                Contre                1
(La proposition de loi est adoptée.)
(Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM, MODEM,UDI-Agir et LT.)
L’ordre du jour appelle la discussion en deuxième lecture, selon la procédure d’examen simplifiée, en application de l’article 103 du règlement, de la proposition de loi pour la protection foncière des activités agricoles et des cultures marines en zone littorale (nos 1758, 1914).
Ce texte n’ayant fait l’objet d’aucun amendement, je vais le mettre aux voix en application de l’article 106 du règlement.
Sur l’ensemble de la proposition de loi, je suis saisi par le groupe Libertés et territoires d’une demande de scrutin public.
Le scrutin est annoncé dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.
Je mets donc aux voix l’ensemble de la proposition de loi.
(Il est procédé au scrutin.) Voici le résultat du scrutin :
        Nombre de votants                        53
        Nombre de suffrages exprimés                53
        Majorité absolue                        27
                Pour l’adoption                53
                Contre                0
(La proposition de loi est adoptée.)
(Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM, MODEM, UDI-Agir et LT.)
L’ordre du jour appelle la discussion en deuxième lecture, selon la procédure d’examen simplifiée, en application de l’article 103 du règlement, de la proposition de loi visant à favoriser la reconnaissance des proches aidants (nos 1764, 1911).
Ce texte n’ayant fait l’objet d’aucun amendement, je le mets aux voix en application de l’article 106 du règlement.
(La proposition de loi est adoptée.)
(Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM, MODEM, UDI-Agir et LT.)
La parole est à M. Patrick Mignola. Je remercie nos collègues de tous les groupes d’avoir accepté d’examiner ces trois textes selon la procédure simplifiée. Si n’importe quel président de groupe avait refusé cette procédure, nous n’aurions pas pu l’appliquer. Nous venons de montrer que le Parlement peut légiférer de façon consensuelle et efficace, que ce soit pour la protection des cultures marines et du littoral, à l’initiative de Jimmy Pahun, ou pour la reconnaissance des proches aidants, à l’issue du travail considérable de Nathalie Elimas – cette proposition de loi avait d’ailleurs été déposée par le groupe UDI, Agir et indépendants, le rapporteur en première lecture étant Paul Christophe, que vous pouvez applaudir. (Applaudissements sur les bancs des groupes MODEM, LaREM, UDI-Agir et LT, ainsi que sur plusieurs bancs du groupe LR.)
C’est un bon travail parlementaire, puisque c’est aussi l’accord du Sénat qui nous a permis de donner à ces textes force de loi. De tout cela, je veux vous remercier au nom du groupe MODEM. (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes MODEM et LaREM.)
L’ordre du jour appelle la discussion de la proposition de loi de M. Richard Ramos et plusieurs de ses collègues relative aux préenseignes (nos 1526 rectifié, 1915).
La parole est à M. Richard Ramos, rapporteur de la commission des affaires économiques. Excellent rapporteur ! Je suis fier de défendre aujourd’hui devant vous la proposition de loi relative aux préenseignes, cosignée par un grand nombre de nos collègues siégeant sur des bancs différents, tels Sébastien Jumel, Isabelle Rauch, Thierry Benoit, Richard Lioger, Marianne Dubois, Jean-Yves Bony et Vincent Descoeur – il m’est impossible de les citer tous. Encore une fois, c’est le bon sens national, ce morceau de France que chacun d’entre nous représente, qui fait valoir le droit et le juste.
Ces derniers mois ont mis à jour le malaise de la ruralité. Nous devons aujourd’hui, par cette proposition de loi, apporter modestement une petite pierre à une réponse qui devra bien évidemment être plus globale.
En avant-propos, je voudrais dire deux choses sur l’origine de ce texte. Nous avions déjà débattu de cette question lors de l’examen de la loi portant évolution du logement, de l’aménagement et du numérique, la loi ELAN. Nous avions déjà été nombreux à défendre un amendement adopté en séance publique par tous les groupes politiques, qui avait également emporté l’adhésion quasi unanime du Sénat. C’est dire que le bicamérisme français avait fonctionné.
Afin d’éclairer au mieux la décision du législateur, et sur proposition du groupe MODEM, le président de l’Assemblée nationale a saisi le Conseil économique, social et environnemental sur ce texte. Ce faisant, j’ai voulu nous permettre de débattre avec cette instance d’un sujet complexe qui met en balance l’économique et l’écologique. Je voulais également vérifier que cette institution est ancrée dans la réalité des territoires, comme le sont tous les députés, qui représentent un morceau de la France.
(Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe MODEM.)
Venons-en au fond. Je l’ai dit, cette proposition loi rétablit le droit, mais plus encore le juste. Il n’y a pas de développement durable s’il n’est pas soutenable. La ruralité, ce n’est pas seulement un espace de vacances pour bobos métropolitains ou technocrates décentralisés. La ruralité, c’est un lieu de vie où l’on naît, où l’on travaille, où l’on vieillit.
Les préenseignes sont des panneaux d’affichage normés qui indiquent, en ville ou sur les routes, la proximité d’une activité, d’une vie. Le régime juridique de ces préenseignes s’inscrit dans le cadre plus large des règles relatives à la publicité. Le principe général est l’autorisation des publicités en agglomération et leur interdiction en dehors. Par dérogation à cette règle, l’installation de préenseignes est autorisée dans un certain nombre de cas hors agglomération.
Les dérogations, prévues par le législateur dès 1979, étaient initialement très larges puisqu’elles valaient pour toutes les préenseignes signalant des activités pouvant être utiles aux voyageurs. Dans la pratique, les préenseignes se sont multipliées pour signaler les activités culturelles, les monuments historiques, les restaurants, les hôtels, les stations-service, les artisans et autres petits commerces.
Depuis le 13 juillet 2015, date d’entrée en vigueur du nouveau régime dérogatoire voté dans le cadre de la loi du 12 juillet 2010 portant engagement national pour l’environnement, dite « loi Grenelle 2 », le cadre a été considérablement resserré. Les préenseignes ne sont plus autorisées que dans les cas suivants : activités culturelles, monuments historiques classés ou inscrits, activités en relation avec la fabrication ou la vente de produits du terroir.
Dans la pratique, ce nouveau dispositif s’est révélé excessif et totalement inadapté pour les restaurateurs. Les défenseurs de cette réglementation pensaient que les préenseignes seraient peu à peu remplacées par internet et par la signalisation d’information locale – SIL –, un dispositif que nous connaissons bien. Sur ces deux éléments, il faut bien constater que le législateur a fait fausse route.
D’abord, les usages numériques ne peuvent être présentés comme une alternative crédible alors que les zones blanches sont encore nombreuses en milieu rural et que seul 65 % du territoire est aujourd’hui couvert par la 4G. Une zone grise ne permet pas non plus une navigation optimale. C’est dire qu’en milieu rural, il ne faut pas regarder les moyennes nationales mais la réalité numérique du terrain, mètre par mètre.
Quant à la signalisation d’information locale, elle ne remplit pas le rôle joué autrefois par les préenseignes. Tous les professionnels critiquent son manque de visibilité et de lisibilité : les caractères sont trop petits pour être lus sur une route départementale.
Les effets de la suppression des préenseignes ont donc été largement sous-estimés. Cette mesure n’a fait que renforcer le malaise de nos restaurateurs ruraux, un malaise qui ressemble beaucoup à celui que connaissent nos agriculteurs. De nombreux restaurateurs nous ont contactés, nous les parlementaires, sur tous ces bancs, pour nous faire part de leur désarroi. Certains d’entre eux ont tenté l’impensable après avoir reçu cette fameuse lettre du préfet, pour eux inadmissible. Nous sommes allés les rencontrer à l’hôpital pour les soutenir. D’autres ont reçu une convocation judiciaire, comme s’ils étaient des délinquants, parce qu’ils refusaient d’appliquer une loi qu’ils percevaient comme injuste et qui mettait tout simplement à mal leur parcours de vie, la vie de leur famille, de leurs enfants.
Les bistrots du village ou du bourg façonnent notre imaginaire collectif mais ils sont principalement des lieux où s’exprime la réalité du quotidien. Près de la moitié des restaurants ruraux ont déjà disparu en l’espace de quelques décennies. Ne nous y trompons pas : si nous n’agissons pas, cette lente et inexorable disparition de la restauration rurale se poursuivra, village après village. Un restaurant qui ferme dans la ruralité, c’est une économie qui s’éteint, alors qu’un restaurant qui ferme dans une métropole, c’est un autre qui ouvre !
(Applaudissements sur les bancs du groupe MODEM.) Eh oui ! Dans ce contexte difficile, la suppression des préenseignes accentue le malaise de la profession. Elle a rendu invisibles sur les routes bon nombre de restaurateurs à qui le chiffre d’affaires amené par la clientèle de passage permettait bien souvent de maintenir leur activité. Certains restaurants ont perdu entre 5 % et 45 % de leur chiffre d’affaires. Ceux qui ne se soumettent pas à la nouvelle réglementation s’exposent à des amendes de l’ordre de 200 euros par jour.
Nous, parlementaires, rencontrons ces restaurateurs et mesurons l’ampleur de leur détresse. Alors qu’ils sont déjà à terre, l’interdiction des préenseignes vient souvent leur porter le coup de grâce. Qu’on ne me parle pas d’une énième commission Théodule qui étudierait dans le détail le chiffre d’affaires de chacun. Ouvrez les yeux ! Allez à la rencontre des plus humbles ! Préférez l’inconfort de l’action au confort de la pensée dans un bunker parisien ! La fracture territoriale grandit. L’image des métropoles gagnantes face à des territoires ruraux perdants fragilise notre pacte social et la représentation parlementaire.
(Mme Justine Benin applaudit.)
Je le répète à temps et à contretemps : ce régime juridique donne le sentiment d’une déconnexion entre la prise de décision politique à l’échelle nationale et les réalités vécues sur le terrain. La prise de décision est perçue comme hors sol et technocratique, ce qui nourrit le sentiment de défiance grandissant des administrés envers une partie – une partie seulement – de la haute administration et certaines instances dites représentatives. Ces maux sont au cœur des mouvements sociaux qui traversent notre pays depuis plusieurs mois. À l’heure où nous devons tirer les conclusions du grand débat national, nous ne pouvons rester insensibles aux appels du terrain.
Certains craignent, à juste titre, que ce texte dénature notre cadre de vie. J’aimerais insister sur une chose : bien sûr que nous avons tous à cœur la préservation de nos paysages ruraux ! Gardons-nous cependant d’une vision binaire de la ruralité qui opposerait la préservation des paysages et le soutien à l’activité économique. Le législateur a privilégié l’économie sur l’écologie dans les grandes villes en autorisant l’installation de visuels de 12 mètres carrés, et la ruralité devrait être encore une fois la variable d’ajustement écologique ? Non, non et non ! Rien ne sert d’être beau quand on n’est plus vivant ! Gardons-nous de cette approche aseptisée et figée de la vie rurale ! Nos campagnes, où nous sommes fiers de vivre, sont belles et bien vivantes ! C’est ce qui fait leur attrait, tant pour les habitants que pour les touristes. Le Président de la République plaide en faveur d’une ruralité active, vivante. Donnons à notre Président les moyens de faire vivre cette volonté !
Dans la recherche d’un juste équilibre entre la préservation des paysages et l’affichage publicitaire sérieux, nous devons nous limiter aux restaurateurs ruraux, auxquels les préenseignes sont le plus utiles car elles permettent aux voyageurs, qu’il s’agisse de touristes ou de travailleurs de passage, de trouver facilement un lieu pour se restaurer. Nous pouvons raisonnablement écarter le risque de « forêts » de préenseignes, puisque l’installation de ces dernières reste strictement encadrée par les règlements pour ce qui concerne les règles de dimension, de distance et de nombre. La préenseigne, ce n’est pas l’arbre qui cache la forêt mais la petite pancarte qui indique un lieu de vie et d’économie.
Ces craintes mises à part, cette proposition de loi nous offre l’opportunité d’assurer un soutien fort au monde rural. Au MODEM comme dans l’ensemble des partis politiques, ce combat pour promouvoir des équilibres territoriaux plus justes nous est cher. Notre projet, tel que nous le défendons depuis de nombreuses années, a pour objectif la réussite de la France des territoires.
La ministre de la cohésion des territoires et des relations avec les collectivités territoriales, Jacqueline Gourault, a annoncé le lancement d’un nouvel agenda rural. Considérons que la présente petite proposition de loi pose une toute petite première pierre pour ce chantier de demain ! Là où la norme n’est pas adaptée, il nous appartient de la changer. Nous vivons une période où il est nécessaire de retisser les liens parfois brisés entre les difficultés quotidiennes vécues sur les territoires et la prise de décision publique nationale.
Pour la pérennité de la restauration rurale et pour la ruralité dans sa globalité, je vous invite, vous, députés, morceaux de France et de terroirs, à voter en faveur de cette proposition de loi.
(Applaudissements sur les bancs des groupes MODEM et sur plusieurs bancs des groupes LaREM, LR, UDI-Agir et LT). Le roi Richard de la ruralité ! Du grand Ramos ! La parole est à Mme la ministre de la cohésion des territoires et des relations avec les collectivités territoriales. Dans le cadre de sa journée d’initiative parlementaire, le groupe MODEM a souhaité inscrire à l’ordre du jour de votre assemblée une proposition de loi relative aux préenseignes déposée par M. Richard Ramos et cosignée par plus d’une centaine de députés issus de différents groupes de la majorité et de l’opposition, ce qui témoigne du large soutien dont bénéficie cette initiative.
L’unique objet du texte dont nous discutons aujourd’hui est donc de rétablir les dispositions prévues à l’article 161 de la loi ELAN, lequel a fait l’objet d’une censure du Conseil constitutionnel au motif qu’il s’agissait d’un cavalier législatif.
Je ne reviendrai pas sur l’historique des dispositions législatives relatives à la publicité, aux enseignes et préenseignes. Je ne reviendrai pas non plus sur les modifications profondes dont elles ont fait l’objet, à juste titre, dans le cadre de la loi Grenelle 2. Ces dispositions ont été fort opportunément élaborées afin de lutter contre la pollution visuelle et la dénaturation de nos paysages qui résultaient, dans de nombreux territoires, de la prolifération de préenseignes signalant la présence d’une multitude d’établissements et d’activités économiques, en particulier celles qui étaient qualifiées « d’activités utiles aux personnes en déplacement ». De ce point de vue, il est indéniable que les nouvelles restrictions prévues par la loi Grenelle 2 en matière d’implantation de préenseignes ont eu un puissant effet sur la protection de nos paysages depuis leur entrée en vigueur le 13 juillet 2015. Là où l’on assistait à un foisonnement anarchique de panneaux signalant des commerces, des restaurants, des activités culturelles ou des garages, par exemple, nous avons reconquis nos entrées de ville et nos zones rurales défigurées.
À ce stade de la discussion, permettez-moi de préciser que, dans le cadre de mon engagement politique, aussi bien en tant que parlementaire qu’élue locale, j’ai toujours eu à cœur d’œuvrer en faveur de la protection des paysages. Cette conviction profonde, que j’ai en particulier mise en pratique quand j’étais maire, continue bien évidemment à m’animer en tant que ministre de la cohésion des territoires.
Vous avez bien raison ! Bien entendu, la ministre de la cohésion des territoires et, plus largement, le Gouvernement, entendent la préoccupation exprimée par ce texte. J’entends les difficultés des territoires ruraux dont vous vous faites les porte-paroles. J’entends, monsieur le rapporteur, le désarroi des restaurateurs confrontés à une baisse de leur chiffre d’affaires, laquelle serait liée à la réduction du nombre de clients occasionnels ou de passage depuis que le signalement de la présence de leur établissement au moyen d’une préenseigne leur est interdit. Même s’il me semblerait utile d’évaluer précisément les effets économiques strictement liés à cette interdiction en vigueur depuis près de quatre ans, en particulier parce que d’autres facteurs ont certainement joué dans la crise que traversent les restaurants ruraux, je ne doute pas que la disparition des préenseignes a eu un effet réel.
Au-delà des restaurateurs, le Gouvernement est particulièrement sensible à la question de la vitalité économique des territoires et des ruralités. C’est la raison pour laquelle, dans le prolongement des orientations tracées par le Président de la République et le Premier ministre – le rapporteur vient de le rappeler –, le Gouvernement travaille à l’élaboration d’un agenda rural, c’est-à-dire à la préparation de mesures en faveur du soutien à nos territoires ruraux. Cet agenda rural, qui bénéficiera en particulier des conclusions d’un groupe de travail composé d’élus, notamment locaux, que j’ai constitué et qui doit me remettre le résultat de ses travaux au début du mois prochain, sera aussi l’occasion pour le Gouvernement de présenter des mesures spécifiques de soutien aux commerces de proximité, parmi lesquels figurent bien évidemment les restaurants, ainsi qu’un plan d’action global de soutien aux petites centralités, aux centres-bourgs, comme je m’y suis déjà engagée devant votre assemblée.
Faut-il alors rétablir, comme le Parlement s’était accordé à le faire dans le cadre de la loi ELAN, la possibilité pour les restaurants de se signaler par des préenseignes ?
Je note tout d’abord que votre commission des affaires économiques, sur proposition de son rapporteur, a retenu une position de principe : ne pas élargir cette faculté à d’autres activités que celles des restaurants. Je ne peux que m’en féliciter car il ne saurait être question, à la faveur de ce texte, de revenir de près ou de loin à la situation qui prévalait avant l’entrée en vigueur de la loi portant engagement national pour l’environnement.
Je note également, et je tiens là aussi à m’en féliciter, que votre commission a exprimé une préoccupation forte en faveur de la restauration de qualité, ce qui fait d’ailleurs écho aux débats que vous aviez eus en séance publique, en juin dernier, lors de l’examen de l’amendement déposé par le député Ramos et adopté par les deux assemblées parlementaires. En effet, si une nouvelle exception doit être introduite dans notre droit pour autoriser l’implantation de préenseignes dérogatoires, celle-ci doit être rédigée dans des termes permettant d’en faire bénéficier avant tout les restaurants répondant à des standards de qualité, les restaurants qui font vivre la ruralité.
Trouver une définition, un critère, qui soit suffisamment solide sur le plan juridique pour ne pas encourir de censure au regard du principe d’égalité mais qui soit aussi facilement applicable n’est sûrement pas un exercice aisé. De ce point de vue, je constate que vous avez vous-même émis des doutes sur le caractère opérationnel des dispositions retenues en commission qui limitent ces facultés de préenseignes dérogatoires aux seuls restaurants « répondant à un savoir-faire traditionnel et dont la majorité des plats proposés à la clientèle dispose de la mention "fait maison" ». En effet, ces critères sont difficilement applicables, qu’il s’agisse de la notion de « savoir-faire traditionnel », qui ne répond à aucune définition juridique, ou de l’exigence de disposer à la carte d’une majorité de plats « faits maison », ce critère semblant très malaisé à contrôler, en particulier en raison de la mise à jour régulière par les restaurateurs des plats proposés à la clientèle.
Dans ces conditions, si le Gouvernement ne peut que partager la philosophie qui a animé cette recherche d’un critère tendant à resserrer strictement la possibilité de préenseignes dérogatoires, il est naturellement sensible à la lisibilité du droit et à la nécessité de définir un dispositif applicable et opérationnel. À cet égard, la nouvelle rédaction proposée par deux amendements identiques déposés par le rapporteur et par le groupe La République en marche, qui prévoient de limiter les facultés de préenseignes dérogatoires aux restaurants proposant des plats « faits maison », apparaît de nature à répondre à ces exigences et me semble donc plus satisfaisante.
Si votre assemblée décide aujourd’hui de rétablir cette nouvelle faculté de préenseignes dérogatoires pour les restaurants – ce dont je ne doute pas –, cela se fera aux conditions réglementaires actuellement applicables aux activités qui bénéficient déjà de la possibilité de se signaler par une préenseigne. Ces préenseignes ne peuvent être implantées qu’à cinq kilomètres au plus de l’entrée de l’agglomération, au sens de l’INSEE, ou du lieu où est exercée l’activité qu’elles signalent. Leurs dimensions ne peuvent excéder 1 mètre en hauteur et 1,50 mètre en largeur, ce qui n’est pas rien. La hauteur maximale, panneau inclus, ne peut dépasser 2,20 mètres au-dessus du sol. Chaque restaurant pouvant bénéficier de cette nouvelle dérogation n’aura le droit d’installer, au plus, que deux préenseignes.
Je tiens aussi à rappeler qu’en application des dispositions générales relatives à la publicité fixées par le code de l’environnement, toute forme de préenseigne est interdite dans les sites remarquables, c’est-à-dire sur les monuments naturels et dans les sites classés, ainsi que dans les cœurs des parcs nationaux et des réserves naturelles.
D’une manière plus générale, le Gouvernement, dans le cadre de l’approfondissement de la décentralisation souhaité par le Président de la République, estime que de telles dispositions gagneraient à être prises au plus près du terrain, conformément aux enseignements que nous retenons du grand débat national.
J’entends, monsieur le rapporteur, votre souhait d’une adoption rapide de ce texte afin de répondre le plus vite possible à une forte attente des restaurateurs et, plus généralement, des habitants de ces zones rurales qui pâtissent des difficultés économiques que traversent ces entreprises. Pour autant, le Gouvernement estime que ce débat doit nous conduire à nous interroger sur l’échelon pertinent de prise de décision en la matière. Il est dommage que nous n’ayons pu le faire dans le cadre de ce texte. De même que le droit de l’urbanisme est un droit très largement décentralisé, comme vous le savez tous, le Gouvernement considère que les décisions d’implantation de préenseignes dérogatoires devraient être renvoyées aux communes ou aux intercommunalités, dans le cadre des règlements locaux de publicité, qu’ils soient communaux ou intercommunaux. Les élus locaux semblent, dans ce domaine, les mieux placés pour savoir où sont implantés les restaurants dont le dynamisme dépend de cette clientèle de passage et dans quels secteurs l’implantation de telles préenseignes pourrait avoir un effet bénéfique pour leur activité.
Une telle réflexion doit nous conduire à nous interroger à nouveau sur l’architecture générale des dispositions relatives aux règlements locaux de publicité, dont le mouvement d’élaboration est encore insuffisamment lancé et qui ne sont aujourd’hui susceptibles de couvrir que les collectivités compétentes en matière de plan local d’urbanisme – PLU. Or les communes soumises au règlement national d’urbanisme – RNU – ou couvertes par une carte communale ont, elles aussi, des restaurants implantés sur leur territoire qui pourraient trouver avantage à se signaler par une préenseigne – ce sont d’ailleurs sûrement ceux-là que vous visez en priorité. Dès lors que nous souhaiterions renvoyer aux règlements locaux de publicité les facultés d’implantation des préenseignes dérogatoires, il conviendrait de trouver une solution pour ces collectivités non compétentes en matière de PLU. La réflexion que j’engage ici vaut la peine d’être approfondie.
Ce texte repose enfin sur un pari, celui de la confiance envers les restaurateurs eux-mêmes, qui doivent démontrer leur capacité à s’autoréguler en choisissant pour leurs préenseignes des emplacements qui concilient l’attractivité de leur restaurant et la préservation des paysages. En cette matière comme en toute chose, ce sont les excès qui obligent le législateur à intervenir.
Je suis de celles qui pensent que ce n’est pas parce que l’on vit à la campagne que l’on ne doit pas avoir de la qualité, y compris dans les affichages.
Bien sûr ! Défendre la ruralité, c’est aussi défendre la qualité. C’est vrai ! Tel est, mesdames, messieurs les députés, l’état d’esprit dans lequel le Gouvernement aborde l’examen de cette proposition de loi. Le Gouvernement, soucieux de la protection de nos paysages, réaffirme sa préoccupation que ce texte ne se transforme pas en entreprise de remise en cause des principes adoptés par le législateur à la faveur du Grenelle de l’environnement, mais il entend bien évidemment la légitime préoccupation des territoires ruraux et des entreprises qui contribuent à leur dynamisme. C’est à la lumière de cette exigence d’équilibre que le Gouvernement accepte le rétablissement d’un dispositif proche de l’article 161 de la loi ELAN, à la stricte condition de ne pas en élargir le champ au-delà de l’objet initial de la proposition de loi. (Applaudissements sur les bancs du groupe MODEM et sur plusieurs bancs du groupe LaREM.)
Dans la discussion générale, la parole est à Mme Élodie Jacquier-Laforge. Le groupe du Mouvement démocrate et apparentés est attaché à la défense de nos territoires ruraux, comme notre excellent collègue Richard Ramos vient de le démontrer et comme il s’applique chaque instant à défendre les territoires, les savoir-faire et l’art culinaire en général.
Bien au-delà de la simple réadmission des préenseignes pour les restaurants aux abords des centres-bourgs, l’article unique de cette proposition de loi vise avant tout à redynamiser ces territoires afin de les inscrire dans une gestion territoriale qui se veut plus juste, plus humaine et qui valorise nos terroirs et nos traditions. Oui, mes chers collègues, cette proposition de loi vise également à préserver, au travers de l’instauration de conditions équitables pour les restaurants situés dans nos territoires ruraux, une certaine partie de notre tradition culinaire. Ces objectifs expliquent probablement l’unanimité qu’a suscitée cette proposition de loi sur les bancs de notre assemblée, à l’instar de la même disposition qui avait été portée dans le cadre de la loi ELAN.
Je souhaite par ailleurs saluer le travail de grande qualité réalisé par les rapporteurs du Conseil économique, social et environnemental. Conscient de l’importance d’accorder une plus grande place à nos concitoyens dans notre démocratie, le groupe MODEM a en effet décidé d’innover en proposant la saisine du Conseil économique, social et environnemental sur ce texte. Par son avis, cette institution a démontré, comme le groupe MODEM, qu’elle était attachée tant à la défense de l’attractivité de nos territoires ruraux qu’à la protection de leurs paysages. À cet égard, un équilibre doit nécessairement être trouvé dans le cadre de cette réflexion qui nous est commune. Aussi, permettez-moi de revenir sur certains points justifiant le bien-fondé de ce texte.
Soucieuse de lutter contre la pollution visuelle causée par les préenseignes situées aux abords des villes, la loi Grenelle 2 a supprimé la possibilité d’installer des préenseignes permettant notamment d’identifier les restaurants locaux et auparavant autorisées pour les activités utiles aux personnes en déplacement. Ainsi, depuis le 13 juillet 2015, ces préenseignes, qui bénéficiaient jusqu’alors d’un régime dérogatoire, ont été prohibées hors agglomération et dans les agglomérations de moins 10 000 habitants.
Si cette interdiction poursuivait un objectif important, celui de préserver nos paysages ruraux, elle n’en demeure pas moins déséquilibrée au regard d’autres impératifs. En effet, l’impossibilité d’être identifiés par des conducteurs de passage occasionne de lourdes conséquences économiques pour les restaurants situés dans des villes de moins de 10 000 habitants. Certaines estimations font état d’une perte de chiffre d’affaires de l’ordre de 25 %, pouvant parfois atteindre 45 % pour ces établissements qui devaient d’ores et déjà faire face à des difficultés économiques.
Je le répète, il n’est pas question ici d’adopter un raisonnement binaire, dans lequel nous ferions primer l’attractivité économique de nos territoires sur la préservation de leurs paysages, mais d’adopter un équilibre propice à assurer une plus grande équité entre les restaurateurs des grandes villes et ceux des territoires moins peuplés. Il est ici question de nous en tenir à un plus juste équilibre entre l’intérêt général et une meilleure gestion territoriale.
Cet équilibre a été pleinement observé lors des travaux de la commission des affaires économiques. Ces derniers ont notamment permis de limiter la réadmission de ces préenseignes aux seuls restaurants proposant une préparation culinaire répondant à une exigence de qualité locale et traditionnelle. Des amendements seront présentés afin de définir de façon très précise le « fait maison ». Nous ne pouvons que saluer cette précision, qui répond parfaitement à l’équilibre que j’évoquais précédemment.
Si la réadmission des préenseignes pour les restaurants locaux dans les territoires hors agglomération ne constitue pas l’unique solution pour revitaliser les territoires ruraux, elle s’avère néanmoins nécessaire au regard de l’état d’avancement d’autres solutions qui pourraient être proposées.
Le dispositif de signalisation d’information locale est en effet peu adapté à l’objectif poursuivi par ce texte. En outre, malgré l’ambition affichée dans ce secteur, la couverture numérique fait encore défaut dans certains de nos territoires qui n’ont, encore aujourd’hui, pas accès au très haut débit ou à une couverture réseau de bonne qualité. Ces solutions, qu’il sera nécessaire de mettre en œuvre à l’avenir, ne peuvent, à l’heure actuelle, suffire à redynamiser le secteur de la restauration dans nos territoires ruraux ; elles ne peuvent d’ailleurs que constituer des solutions complémentaires, nécessaires mais non suffisantes à elles seules.
Enfin, je tenais à souligner que cette proposition de loi ne ferait que réaligner ce régime de signalisation sur celui des activités de fabrication ou de vente de produits du terroir, pour lesquelles les établissements sont autorisés à utiliser des préenseignes dérogatoires pour se signaler.
Le groupe MODEM s’est toujours montré particulièrement sensible à la défense des atouts de nos territoires ruraux afin de donner à ces derniers les moyens de se développer. Comme vous vous en doutez, je réaffirme le soutien de notre groupe à cette proposition de loi.
(Applaudissements sur les bancs du groupe MODEM et sur plusieurs bancs du groupe LaREM.) La parole est à Mme Marie-Noëlle Battistel. Le groupe MODEM a souhaité inscrire à l’ordre du jour de sa journée d’initiative parlementaire une proposition de loi de notre collègue Richard Ramos relative aux préenseignes. Depuis le 13 juillet 2015 et en application d’une disposition de la loi Grenelle 2, les préenseignes dérogatoires installées à l’entrée des centres-villes et des centres-bourgs ont été en grande partie interdites pour limiter la pollution visuelle. Seules demeurent autorisées les préenseignes signalant des activités en relation avec la fabrication ou la vente de produits du terroir par des entreprises locales, les activités culturelles et les monuments historiques, classés ou inscrits, ouverts à la visite.
Depuis lors, l’Union des métiers et des industries de l’hôtellerie – UMIH – et l’Association des maires ruraux de France – AMRF – ont régulièrement demandé que ces préenseignes soient de nouveau autorisées pour les cafés, hôtels et restaurants situés en zone rurale, notamment au travers de la campagne « S’afficher, c’est exister ». Elles mettent en avant une perte moyenne de chiffre d’affaires de 25 % pour les établissements ayant perdu le bénéfice de cette dérogation depuis 2015.
Lors des débats sur le projet de loi ELAN, notre rapporteur, Richard Ramos, avait fait adopter un amendement visant à réautoriser ces préenseignes pour l’ensemble des restaurants servant des produits du terroir. Cet amendement définitivement adopté, devenu l’article 161 de la loi, a été censuré par le Conseil constitutionnel au motif qu’il s’agissait d’un cavalier législatif.
Vous souhaitez donc, monsieur le rapporteur, réintroduire cette disposition par la présente proposition de loi, dont l’article unique est identique à votre amendement adopté dans le cadre de la loi ELAN. Je salue votre travail. Mais pour le groupe Socialistes et apparentés, votre proposition pose un véritable problème de méthode.
En effet, la majorité nous rappelle régulièrement qu’elle applique, lors de cette législature, une nouvelle méthode consistant à étudier l’impact des lois existantes préalablement à toute modification législative. Le président de la commission des affaires économiques, M. Lescure, avait par exemple indiqué qu’aucune proposition relative au travail dominical ne serait acceptée dans la loi relative à la croissance et la transformation des entreprises – la loi PACTE –, en attendant qu’un bilan exhaustif des dispositions adoptées dans la loi Macron ne soit finalisé. Nous avons eu l’occasion de dire assez régulièrement que, sur ce sujet comme sur d’autres, il s’agissait d’une bonne méthode. Nous sommes donc surpris de cette proposition de loi, qui n’a bénéficié d’aucune étude d’impact ni d’aucun état des lieux exhaustif. Une mission d’information, ou a minima une mission flash, aurait été souhaitable préalablement au dépôt de ce texte. En amont de celui-ci, vous n’avez auditionné, monsieur le rapporteur, que l’UMIH et l’association des maires ruraux de votre département, ce qui, reconnaissez-le, est assez restrictif et ne nous paraît pas suffisant. Cela laisse peu de place au débat d’idées ! Quid des associations environnementales, des associations de citoyens et des administrations ?
Nous ne sommes pas les seuls à regretter cette absence d’étude d’impact préalable. Dans un avis rendu le 24 avril dernier, le Conseil économique, social et environnemental a fait la même analyse, et il l’a rappelé devant notre commission. Il se dit défavorable à votre proposition, même s’il considère, comme nous, que l’attractivité des territoires ruraux est un défi majeur qu’il convient de relever. Le dynamisme des restaurants contribue largement à cette attractivité, qui ne se limite pas à ce secteur d’activité. Une meilleure visibilité des acteurs économiques dans les territoires ruraux doit donc être recherchée.
Alors que vous souhaitez remettre en cause les dispositions de la loi Grenelle 2 sur la pollution visuelle, il n’est pas souhaitable, à ce stade, d’aborder cette question par le seul angle des restaurateurs proposant des produits du terroir. La problématique de l’interdiction des préenseignes à l’entrée des communes rurales concerne, au-delà des seuls restaurants, une diversité d’entreprises relevant du champ de l’économie de proximité, comme je l’ai rappelé en commission – je pense à l’épicerie, à l’hôtellerie, à la boulangerie, aux exploitations agricoles et à l’artisanat d’art. Si la proposition de loi était adoptée par le Parlement, la pression en faveur de son extension à d’autres types d’activités dans les territoires ruraux serait forte et inévitable. S’il doit y avoir une réflexion sur cette interdiction et sur son impact, elle doit donc être globale et non fragmentée.
En disant tout cela, monsieur le rapporteur, croyez bien que nous ne dénigrons ni ce sujet, qui est réel et important, ni votre engagement. Mais quand la majorité décide d’une méthode et l’impose aux oppositions dans le travail législatif, il est naturel que nous nous attendions ici à ce qu’elle s’y tienne également.
Cela n’enlève rien aux difficultés que rencontrent nos artisans et commerçants dans nos zones rurales. Nous connaissons d’ailleurs tous, dans nos circonscriptions, de nombreux exemples, et pas uniquement dans la restauration, qui motivent votre démarche, que je crois sincère. Nous devrions travailler ensemble pour dégager des solutions concrètes, en nous basant sur des analyses plus approfondies et plus larges.
Soulignons du reste que la mise en gestion extinctive du FISAC – le fonds d’intervention pour la sauvegarde de l’artisanat et du commerce –, votée par votre majorité, ne va pas dans le bon sens et n’est pas cohérente avec votre volonté de soutenir les acteurs économiques en milieu rural.
C’est vrai ! Madame la ministre, monsieur le rapporteur, nous n’avons pas déposé de motion de renvoi en commission, en vertu d’un principe auquel nous sommes fidèles depuis le début de la législature à l’égard des textes déposés lors des journées d’initiative parlementaire, mais nous pensons qu’un sérieux problème de méthode se pose car il aurait convenu, au moins, de réaliser une étude d’impact. En l’état, dans l’attente de cette étude, notre groupe s’abstiendra. La parole est à M. Thierry Benoit. L’excellent Thierry Benoit ! Notre groupe, quant à lui, soutiendra avec enthousiasme cette proposition de loi. Ne soyons pas timorés ! (Applaudissements sur les bancs du groupe MODEM et sur quelques bancs du groupe LaREM.)
La journée d’initiative parlementaire du groupe MODEM – un groupe centriste – coïncide avec la journée de l’Europe.
Je salue cette initiative parlementaire qui nous permet de nous adresser aux députés, bien sûr, mais aussi à nos concitoyens. Richard Ramos a beau n’être parlementaire que depuis deux ans, il est tenace. Faute d’avoir pu obtenir satisfaction au sujet des préenseignes par voie d’amendement, puisque la mesure, inscrite dans la loi ELAN, a été censurée par le Conseil constitutionnel qui l’a considérée comme un cavalier, Richard Ramos revient par la grande porte, celle de la proposition de loi, ce qui conférera encore plus de force à cette disposition !
(Sourires.)
Je me plaignais auprès de Yannick Favennec Becot de tourner en rond sur ce sujet. C’est vrai ! Il y a une dizaine d’années, au nom de la protection de l’environnement et de la lutte contre la pollution visuelle, nous avons réduit, par la loi Grenelle 2, le champ de publication des enseignes et des préenseignes. Cette mesure a d’ailleurs porté ses fruits, puisque la situation s’est améliorée dans les territoires ruraux, dans les petits chefs-lieux de canton et dans les villes moyennes comme celle où je vis. Je pense à Fougères et sa périphérie, à son joli château, aux Marches de Bretagne. Ces villes présentent un meilleur aspect lorsqu’on y met un peu d’ordre.
Cependant, le cas des préenseignes relatives à l’activité de restauration dans les villes de moins de 10 000 habitants ne faisant pas partie d’une aire urbaine de plus de 100 000 habitants est particulier. Il concerne ces villes moyennes en territoires ruraux dont nous sommes, avec Gilles Lurton, les dignes représentants.
Le sujet est d’autant plus grave que ces activités de restauration sont exercées par des entrepreneurs indépendants, qui ne sont pas aidés. Il y a quelques mois, nous avons évoqué le régime social des indépendants, le RSI, que nous avons voulu adosser au régime général de la sécurité sociale. Or, lorsque les indépendants sont confrontés à des problèmes familiaux, de santé ou économiques, ils se retrouvent quasiment seuls, malheureusement encore aujourd’hui, en 2019, dans notre pays.
L’adoption de cette proposition de loi serait un geste en faveur des entrepreneurs indépendants, et pas n’importe lesquels : nous aiderions les restaurateurs qui cuisinent les produits du terroir, ceux qui ont l’amour de la gastronomie, de l’art culinaire. Ils présentent d’ailleurs un point commun avec Richard Ramos, dont la mine réjouissante témoigne de son attachement à l’excellence de notre gastronomie.
(Sourires.)
Notre groupe soutient donc cette proposition de loi car, hélas, le problème du numérique mobile n’est pas réglé dans l’ensemble du territoire. Ainsi, il y a un mois, je voulais déjeuner dans un restaurant en milieu rural, avec mes collaborateurs, mais je n’ai pas pu trouver son numéro de téléphone faute de réseau ! Nous avons dû nous résigner à déjeuner dans une grande ville. Tant que ce problème perdurera, le sujet des préenseignes restera d’actualité. Eh oui ! Si les autochtones, les gens du pays, n’ont pas besoin de préenseigne pour connaître les restaurants de qualité, ce n’est pas le cas des touristes ni des commerciaux. Les préenseignes sont utiles pour ceux qui ne sont pas du pays mais veulent déjeuner dans des restaurants de qualité. Ils empruntent les routes secondaires, chères à Jean Yanne, dont le fameux sketch du permis de conduire est gravé dans nos mémoires. (Sourires.) Ils ne cherchent pas le restaurant où l’on cuit des frites surgelées et où l’on présente un morceau de viande entre deux tranches de brioche, mais un vrai restaurateur. En ce sens, cette proposition de loi présente un intérêt indéniable.
Vous avez déclaré, madame la ministre, qu’il conviendrait de laisser à l’échelon local le soin de mettre en œuvre la réglementation de la signalisation des préenseignes. Vous avez raison. Il y a quelques années, il a été décidé de transférer au niveau local l’instruction des autorisations du droit des sols, qui était auparavant assurée par l’État, plus précisément par les directions départementales des territoires – ou, dans les départements littoraux, par la direction départementale des territoires et de la mer, comme le sait très bien Bruno Joncour. Les intercommunalités, qui exercent la compétence économique, pourraient fort bien, dans le cadre du SCOT – le schéma de cohérence territoriale –, s’emparer de ce sujet. N’oublions pas qu’il s’agit, concrètement, d’un panneau de 1,20 mètre de largeur sur 1 mètre de hauteur. Ce n’est pas un monstre !
Nous avons salué les effets bénéfiques de la loi Grenelle 2 dans les villes moyennes et les territoires ruraux, mais la situation peut être différente dans les grandes métropoles ou les mégapoles. Si l’urbanisme est préservé dans certaines villes comme Saint-Malo, – n’est-ce pas, monsieur Lurton ? –, bien souvent, hélas, il a été conçu d’une telle manière, depuis quarante ans, que nous rencontrons aujourd’hui, à l’entrée des grandes villes, des zones d’activité commerciale qui rassemblent de vastes hangars, d’une qualité urbanistique très moyenne, polluées par la signalétique et la lumière la nuit.
C’est vrai ! La pollution visuelle n’affecte pas seulement les hommes, mais aussi la faune. À l’heure où l’on se préoccupe de la protection de l’environnement et de la biodiversité, nous devrions nous emparer de ce sujet. Ainsi, certains maires ont décidé de couper l’éclairage public entre minuit et cinq heures du matin. C’est très bien ! Nous devons encourager ces initiatives et nous mobiliser autour du sujet de la signalétique lumineuse dans les grandes agglomérations.
Je tiens une nouvelle fois à féliciter le député Richard Ramos pour cette initiative parlementaire. Nous sommes au cœur de notre métier. Le groupe UDI, Agir et indépendants soutiendra avec force cette excellente proposition de loi.
Madame la ministre, vous avez freiné l’élan du rapporteur, qui vous a dit qu’il était pressé. Or nous discuterons demain d’un texte rédigé en urgence suite à l’incendie de la cathédrale Notre-Dame de Paris. Nous sommes donc capables d’agir dans l’urgence ! Alors que les maires et les particuliers qui résident dans des zones de protection du patrimoine architectural, urbain et paysager – les fameuses ZPPAUP – sont soumis à une réglementation très stricte, vous voyez bien qu’il est possible de desserrer le carcan réglementaire pour reconstruire rapidement Notre-Dame de Paris.
Eh oui ! J’espère que cette proposition de loi sera adoptée avec les voix de tous les groupes présents et qu’elle sera appliquée dans les meilleurs délais. (Applaudissements sur les bancs des groupes UDI-Agir et MODEM, ainsi que sur plusieurs bancs des groupes LaREM et LR.) La parole est à M. François Ruffin. Monsieur le rapporteur, Richard, je nous voyais comme les Don Quichotte et Sancho Panza de l’hémicycle, champions des causes perdues contre les moulins à vent de l’industrie agro-alimentaire, les comptes cachés de Bigard, les truandages de Lactalis, croisant nos deux combats : toi en gastronome, dont la rondeur illustre le coup de fourchette, contre la malbouffe industrialisée, lyophilisée, aseptisée, et moi, plus banalement, contre l’Injustice avec une majuscule. Tout pour les géants, rien pour les paysans, les ouvriers, les damnés des plats congelés !
Avec toi comme rapporteur, j’attendais du rêve, des aventures législatives, une épopée parlementaire. Nous sommes ainsi, n’est-ce pas ? Ce monde, ici-bas, ne nous suffit pas : il nous faut un au-delà, une espérance. J’espérais. J’espérais en toi, compagnon de songeries, cœur à gauche et fidélité au centre. J’espérais une croisade contre McDonald’s et ses filiales au Luxembourg, en Suisse ou au Deleware, qui ne paient que 16 millions d’euros d’impôts pour 3,7 milliards de bénéfices, soit un taux d’imposition de 0,5 %, alors que les restaurateurs de nos bourgs, auxquels tu tiens, en paient cinquante fois plus et que les salariés de ce grand groupe sont privés de leurs primes de résultat puisque tout part au Deleware ! Nous aurions dégainé nos lances, côte à côte, à l’assaut de McDonald’s !
Or que vois-je arriver sur mon bureau, cher Sancho ? Une proposition de loi relative aux préenseignes. Misère du réalisme ! Misère du pragmatisme ! Je tourne la tête et te voilà redevenu un modéré du MODEM ! Comme s’il n’y en avait pas assez, dans notre société, dans notre assemblée, des esprits raisonnables !
(Sourires et exclamations sur plusieurs bancs du groupe MODEM.) Ne vous arrive-t-il jamais d’être raisonnable ? Le pire est que ton texte a des chances de passer. Soit, va pour les préenseignes.
Cela me fait penser à un garçon de chez moi, Pierre, qui, originaire de Paris, avait décidé d’installer un kiosque à pizzas à Flixecourt. Mon équipe avait géré ses problèmes d’eau ou d’électricité. Je ne m’en étais pas vraiment occupé mais je lui ai rendu visite pour déguster une pizza à neuf fromages. Il se tenait à l’écart de la rue principale, rue de Ville-le-Marclet, sur le parking de Speedwash – on ne pouvait pas tomber dessus par hasard. Je lui ai demandé pourquoi il n’avait pas installé de panneau dans la rue passante. Il m’a répondu qu’il attendait l’autorisation de la mairie, puis de la communauté de communes. Il a fini par obtenir une tolérance.
J’ai alors réfléchi. Tu as peut-être raison, Richard : il se peut qu’il existe une publicité de classe. Il est possible que la publicité des villes, des multinationales, des riches, soit acceptée et même encouragée, bien qu’elle soit diffusée sur des écrans géants, consommant de l’électricité et provoquant une pollution visuelle, alors que le Grenelle de l’environnement a interdit la publicité des champs, gratuite, celle de l’artisan du coin. Peut-être, en effet, n’est-ce pas juste. Cela étant, le risque est grand d’ouvrir la boîte de Pandore à toutes les franchises et filiales. Le « fait maison » est un concept flou qui ne garantit rien puisque ce n’est pas un label. Tous les Buffalo Grill se précipiteront dans la brèche. D’ailleurs, le Conseil économique, social et environnemental s’est prononcé à l’unanimité contre cette mesure. J’attends des débats qu’ils me donnent la garantie que les filiales ne profiteront pas de la situation car, pour l’heure, le « fait maison » ne me semble pas suffisant.
Je préférerais te rallier à une croisade pour le beau, qui est peut-être une cause perdue, mais il y a de belles causes perdues. La lutte contre les panneaux Publicis et JCDecaux permettrait de faire reculer la publicité, cette laideur de la société, dans nos villes et dans nos cerveaux. Est-il normal de tolérer, à l’entrée de nos villes, toutes ces boîtes à chaussures et ces panneaux situés dans tous les sens ? Cela participe de la dépression de notre pays. On ne se sent pas respecté lorsque cette laideur environnante est tolérée. Quel au-delà nous est alors offert ? La voiture, les téléphones et l’écran haute définition comme transcendance et comme espérance ? Le paradis, serait-ce Auchan, Casino ou Carrefour, qui sont surtout les champions du paradis fiscal ? Ils nous vendent leur camelote et touchent leurs dividendes, tout en se réfugiant dans des hôtels particuliers du septième arrondissement de Paris, qui est très préservé. Ils ont des villas à Saint-Tropez, des chalets à Megève et des îles dans le Pacifique. Ils vivent dans des écrins préservés de cette saleté et de cette laideur. Non seulement ton texte ne touche pas à cette situation, mais il nous interdit d’y toucher. Nous avions déposé des amendements en ce sens, mais ils ont été retoqués comme autant de cavaliers législatifs.
Je tiens à lancer un cri d’alarme. Un inspecteur des sites, dont la fonction est la surveillance de la protection des sites classés, est venu me rencontrer à ma permanence pour me prévenir qu’à l’ombre de Notre-Dame de Paris, on est en train de détricoter des milliers de sites classés. Depuis 1906, grâce au député Charles Beauquier, qui avait œuvré pour qu’il ne soit pas touché à une cascade dans le Doubs, dans laquelle il était prévu d’installer une conduite forcée, il faut la signature du ministre pour autoriser des aménagements dans des sites classés. Désormais, au nom de la déconcentration ou de la décentralisation, la signature du préfet sera suffisante. Jusqu’à maintenant, m’a dit l’inspecteur, neuf projets sur dix étaient abandonnés d’avance, qu’il s’agisse de l’installation d’un héliport, d’un spa, d’un terrain de golf ou d’un hôtel cinq étoiles : la signature du ministre donnant une dimension politique au projet, les auteurs d’un projet se décourageaient d’avance. En revanche, le préfet sera beaucoup plus sensible aux pressions des notables : c’est pourquoi les aménageurs attendent désormais que la mesure soit mise en œuvre, dans les semaines ou les mois à venir. Ils pourront ainsi installer avec une plus grande facilité leurs éoliennes ou leur spa en face du Mont Saint-Michel.
Voilà le nouveau paysage qui attend la France ! Cet inspecteur, qui avait fait un long déplacement pour me rencontrer, a évoqué l’effet dévastateur de ce cadeau fait aux aménageurs.
Nous allons bien sûr examiner ta proposition de loi – nous avons déposé un amendement qui porte sur les filiales. J’espère toutefois, Sancho, te voir reprendre ta lance et ton destrier pour le beau et le bon, contre les moulins à vent des multinationales et, parfois, contre ceux du Gouvernement.
La parole est à M. Yannick Favennec Becot. Madame la ministre, connaissez-vous le restaurant Le Saint-Aignan ? Visiblement non. C’est, dans ma circonscription, l’unique établissement de la petite commune de Saint-Aignan-de-Couptrain, située entre les villes d’Alençon, cher Joaquim Pueyo, et de Mayenne – une commune, il est vrai, un peu éloignée du Loir-et-Cher. Lors d’une de vos visites en Mayenne, j’aurai grand plaisir à vous y inviter. On y sert une cuisine savoureuse et généreuse. Pourtant, le patron, M. Saulet, m’indiquait il y a quelques mois que l’interdiction des préenseignes avait eu un impact significatif sur la fréquentation et donc sur le chiffre d’affaires. Je n’ai pas dit le contraire. La question que nous devons nous poser, alors que nous nous apprêtons à légiférer, est la suivante : la présente proposition de loi permettra-t-elle d’améliorer la vie de ce restaurant et des nombreux autres qui apportent de la vie dans nos territoires, et plus spécifiquement dans les zones rurales ?
Nous le savons, et cela a été dit, la loi sur la publicité de 1979 a donné un premier cadre en interdisant la publicité et les préenseignes en dehors des agglomérations, tout en assortissant cette interdiction de certaines dérogations. Ces dernières concernaient les services particulièrement utiles pour les personnes en déplacement, ou encore la vente de produits du terroir.
La loi Grenelle 2 est allée plus loin, en partant du constat de la multiplication des préenseignes dérogatoires, de leur installation souvent anarchique à l’entrée des villes et de l’impossibilité pour les règlements locaux de publicité de limiter cette prolifération. Il faut également reconnaître que la réglementation n’était pas appliquée avec zèle – c’est un euphémisme. La loi Grenelle 2 a donc eu pour ambition de réviser totalement la législation, en réduisant le nombre d’enseignes autorisées et en limitant le champ des dérogations aux seuls produits du terroir. C’est ainsi que les restaurants disposant de préenseignes se sont trouvés en infraction, à l’issue d’une période transitoire de cinq ans, en 2015. Cela a suscité l’incompréhension, d’autant que cette nouvelle situation a exposé les contrevenants à des amendes prohibitives. Plus grave encore : la suppression des préenseignes a entraîné une perte d’activité indéniable. Même si les chiffres allant jusqu’à 45 % de perte peuvent être sujets à caution, car il est délicat de les imputer à la seule disparition des préenseignes, il est néanmoins certain que ce changement de législation a fait basculer certains établissements sous le seuil de rentabilité.
Je crois, pour tout dire, que les implications de la loi Grenelle 2 n’avaient pas été bien évaluées. Ces dispositions ont été perçues, sur le terrain, comme des décisions technocratiques venant d’en haut, c’est-à-dire de Paris, sans aucune considération pour les contingences locales. Ce n’est pas tout à fait faux, même si, à Fougères, cher Thierry Benoit, ou dans ma chère ville de Mayenne, je constate aussi que le ménage a été fait dans les entrées de ville.
C’est vrai ! De plus, force est de constater que la signalisation d’information locale, la SIL, n’a pas permis, par sa taille notamment, de remplacer les préenseignes.
Nous comprenons toutefois les réticences que certains ont pu avoir alors que le présent texte assouplit une disposition de la loi Grenelle 2. Nous avons d’ailleurs eu ce débat au sein de notre groupe. D’aucuns ont estimé qu’il convenait de ne pas toucher à l’équilibre de cette loi, craignant que l’on n’ouvre ainsi la boîte de Pandore. D’autres, dont je fais partie, ont estimé qu’il était préférable de prendre en compte les difficultés rencontrées et d’y apporter, le cas échéant, des correctifs bienvenus et contenus.
Je rappelle en effet que ce texte est loin de procéder à une totale dérégulation : la taille, le nombre et l’implantation de ces préenseignes est réglementée – tant mieux ! La taille, tout d’abord : elles ne peuvent excéder 1 mètre de hauteur et 1,50 mètre de largeur. Le nombre, ensuite : seules deux préenseignes peuvent être installées. Le lieu, enfin : elles ne peuvent être installées à plus de cinq kilomètres de l’établissement. Il n’y a donc pas de risque de voir refleurir les publicités géantes qui émaillaient nos campagnes et défiguraient certains paysages.
Par ailleurs, les travaux de la commission ont permis de réduire le champ des restaurants concernés à ceux qui promeuvent les produits du terroir et qui répondent à la labellisation « fait maison ». Cette précision est bienvenue, notamment parce qu’il aurait été incompréhensible que des restaurants de grandes chaînes – je pense notamment à certains fast-foods dont il est inutile de rappeler le nom – s’engouffrent dans la brèche qu’ouvre cette proposition de loi.
Les modifications votées en commission semblent, à cet égard, apporter des garanties supplémentaires afin de circonscrire le dispositif. J’ai cependant vu que certains amendements nous permettront d’échanger sur la définition et les contours de la notion de « restaurant répondant à un savoir-faire traditionnel ».
Revenons à mon interrogation de départ. Au-delà du symbole important envoyé à la ruralité, pour reprendre les mots du rapporteur, la présente proposition de loi permettra-t-elle d’améliorer l’attractivité et la vitalité de nos centres-bourgs et de nos centres-villes ?
Disons les choses d’emblée : ce texte, dont l’ambition est limitée, n’y parviendra pas à lui tout seul. Je rappelle que la présente proposition de loi reprend un article de la loi ELAN censuré par le Conseil constitutionnel, qui a estimé qu’il constituait un cavalier législatif. Dans quelques années sans doute, compte tenu de l’évolution des technologies numériques, les préenseignes seront obsolètes. Nos voitures seront connectées et pourront indiquer aux conducteurs les restaurants à proximité.
Tout à fait ! Pour tout dire, cette technologie existe déjà, ou presque. Cependant, ceux qui vivent dans nos ruralités ou connaissent la situation de nos territoires savent que le principal obstacle réside non pas dans la technologie, mais dans son déploiement, comme l’a fort justement souligné Thierry Benoit. Alors que nous avons examiné, il y a quelques semaines à peine, une proposition de loi relative à la 5G, des pans entiers de notre territoire ne sont couverts ni par la 4G, ni même par la 3G, quand ils ne se situent pas en zone blanche, comme je peux malheureusement le constater dans ma circonscription de la Mayenne. C’est la vérité de notre pays aujourd’hui, même si les mesures de l’ARCEP – l’Autorité de régulation des communications électroniques et des postes – ne la montrent pas toujours. Pour cette raison et bien d’autres encore, nous considérons que l’aménagement numérique du territoire, qu’il s’agisse du réseau mobile ou du très haut débit, doit constituer la priorité absolue du ministère de la cohésion des territoires. Je suis bien d’accord ! Je sais, madame la ministre, que vous partagez cet objectif. Les fractures numériques sont l’exemple le plus probant des fossés qui se creusent entre les territoires et entre les Français. Je n’ai de cesse de le répéter, avec l’ensemble de mes collègues du groupe Libertés et territoires.
J’entends également mettre à profit mon intervention pour appeler votre attention sur les modalités de renforcement de la visibilité des acteurs économiques en dehors des agglomérations. C’est notamment le cas des commerces de proximité, dont le rythme des fermetures ne semble pas connaître de fin. Concurrencés à la fois par les enseignes de la grande distribution et les mastodontes du commerce en ligne, ils sont asphyxiés. Cet état des lieux, nous le faisons non seulement dans les zones rurales, mais aussi dans un grand nombre de petites villes et de villes moyennes – je le constate à Mayenne.
Les rapporteurs de la section de l’aménagement durable des territoires du Conseil économique, social et environnemental ont, outre les réserves qu’ils ont émises sur ce texte, évoqué à cet égard des pistes qui mériteraient d’être explorées. Des mesures ont été prises récemment – je pense notamment au programme « Action cœur de ville » et aux dispositions de la loi ELAN, qui a mis en place les opérations de revitalisation de territoire, les ORT. S’il est encore un peu tôt pour en dresser le bilan, je ne suis pas certain qu’elles suffiront à enrayer cette évolution.
Je veux enfin, revenant à l’objet du texte qui nous réunit ce matin, que celui-ci ne marque pas l’opposition entre les défenseurs des paysages et les soutiens à l’activité économique des restaurants de proximité. C’est la raison pour laquelle je ne suis évidemment pas favorable à un détricotage de la loi Grenelle 2. Un retour en arrière n’est pas souhaitable – il ne serait pas raisonnable et n’est d’ailleurs pas proposé. J’estime cependant que l’assouplissement raisonné et limité auquel procède votre texte, monsieur le rapporteur, va dans le bon sens et fait preuve de bon sens.
Très bien ! Aussi, le groupe Libertés et territoires soutient cette proposition de loi, qu’il votera. Comme Thierry Benoit, je souhaite qu’elle soit appliquée dans les meilleurs délais. (Applaudissements sur les bancs des groupes LT, MODEM et UDI-Agir, ainsi que sur plusieurs bancs du groupe LaREM.) Excellent ! La parole est à Mme Anne Blanc. Je tiens tout d’abord à remercier M. le rapporteur, Richard Ramos, pour sa détermination à défendre sa proposition de loi, et Mme la ministre pour son esprit d’ouverture et la qualité des échanges que nous avons eus sur ce texte.
La proposition de loi déposée par notre collègue Richard Ramos, que nous examinons ce matin en séance publique, fait partie de ces textes qui ont un impact important, direct et prégnant sur la vie de nos territoires. En permettant aux restaurants de placer des préenseignes aux abords des centres-bourgs, cette proposition de loi répond à une demande forte des acteurs majeurs de nos territoires, qui ont subi, pour un grand nombre d’entre eux, une perte de 20 à 40 % de leur chiffre d’affaires depuis l’interdiction des panneaux les signalant.
En effet, depuis la loi Grenelle 2 de 2015, les préenseignes sont interdites en dehors des agglomérations et dans les agglomérations de moins de 10 000 habitants, à l’exception des préenseignes relatives à certaines activités dérogatoires, très restreintes, liées au terroir, dont la restauration ne fait pas partie aujourd’hui. Ni les dispositifs supplétifs comme la SIL, ni les applications numériques n’ont permis de compenser la visibilité apportée par les préenseignes à la clientèle de passage. Rappelons que ces préenseignes n’ont rien de gadget ni d’obsolète à l’heure des applications sur smartphones : au contraire, elles permettent aux touristes et aux personnes de passage de découvrir, avec un effet surprise, des établissements invisibles depuis la route qu’ils empruntent.
Vous le savez, madame la ministre, notre groupe est animé par le respect des actions entreprises en faveur de la qualité paysagère et par la diminution de l’impact des pollutions visuelles. À cette fin, lors de l’examen du texte en commission, nous avons voulu restreindre la dérogation concernant les restaurants en modifiant la rédaction initiale, qui nous semblait trop large, pour éviter que les chaînes de restauration rapide ou les franchises de grandes enseignes n’installent à nouveau ces préenseignes. Le groupe La République en marche a souhaité valoriser les restaurants de qualité et le savoir-faire des restaurateurs en restreignant le champ de la dérogation aux restaurants répondant à un savoir-faire traditionnel, et dont la majorité des plats disposent de la mention « fait maison », ces critères étant définis dans le code de la consommation. Cet amendement est le fruit d’une construction collective pour parvenir à un nouvel équilibre.
Par ailleurs, nous sommes nombreux à avoir été sollicités par les professionnels des métiers d’art et par les très qualitatives entreprises du patrimoine vivant, qui ont été, avec les restaurateurs, les activités les plus affectées par le retrait de leurs préenseignes. Toujours avec pondération et pragmatisme, et sans vouloir ouvrir la boîte de Pandore en favorisant un nombre illimité d’activités, je suis convaincue, forte de mon expérience d’élue locale, que l’attractivité de nos territoires ruraux passe aussi par la visibilité des activités spécifiques et traditionnelles qui y sont implantées et qui représentent l’excellence française de nos savoir-faire traditionnels. Aussi, je défendrai tout à l’heure un amendement qui permettra à cette excellence, qui est le sceau de l’identité de nos territoires, d’être reconnue et soutenue.
Nous ne pouvons ignorer les conséquences de mesures trop restrictives sur la vie de nos territoires. Alors que nos concitoyens sont viscéralement attachés à la défense des services de proximité et à l’animation de la vie de village, rétablir cette signalisation est un signal fort, à l’heure où la réduction de la fracture territoriale est un enjeu de cohésion nationale. En élargissant raisonnablement la possibilité de se rendre visible pour des activités bien identifiées, nous rassurerons nos territoires et ses acteurs quant à notre capacité à comprendre les réalités vécues par nos concitoyens et à adapter nos décisions à la vraie vie, en quelque sorte.
Notre pays est fier de sa diversité – diversité de paysages, diversité de cultures, diversité des hommes et des femmes qui le composent. Si la protection de l’environnement et la préservation des paysages doivent être élevées au rang des priorités pour préserver notre avenir, nous ne pouvons omettre de prendre en considération les hommes qui les animent. Que seraient les beaux paysages et les plus beaux sites s’ils étaient vides de vie et d’humanité ?
Pour toutes ces raisons, nous soutiendrons avec détermination cette proposition de loi.
(Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes LaREM et MODEM.) La parole est à Mme Marianne Dubois. Permettez-moi tout d’abord, à titre personnel, de me réjouir de l’examen de cette proposition de loi, car j’ai moi-même travaillé sur ce sujet depuis plusieurs années, et récemment en collaboration avec mon collègue du Loiret, Richard Ramos. J’ai ainsi déposé une proposition de loi semblable à celle que nous examinons ce matin, qui a été cosignée par trente-trois de nos collègues. C’est donc bien volontiers que je m’adresse à vous en qualité d’orateur du groupe Les Républicains et que je vais défendre ce texte.
Pourquoi devons-nous permettre l’installation de ces préenseignes pour les restaurants et les hôtels en milieu rural ? Je vais aborder brièvement deux thèmes : le tourisme et la gastronomie.
La France – notre belle France, devrais-je dire – est l’un des pays qui accueillent le plus de touristes au monde. Nous avons accueilli 87 millions de touristes en 2017, et près de 90 millions en 2018 : c’est un chiffre record, malgré les événements qui auraient pu décourager nos amis étrangers. Le tourisme vert explique une bonne partie de ce succès. Nous devrions, cette année encore, conserver notre titre de première destination mondiale, et je m’en félicite car c’est un facteur important pour l’économie française. Nombreux sont les secteurs professionnels qui travaillent grâce au tourisme. Bien naturellement, il n’y a pas que des étrangers qui visitent notre pays : les Français eux-mêmes choisissent de passer leurs vacances en France.
Le deuxième thème que je veux aborder est celui de la gastronomie, cher à notre ami Richard Ramos. Là encore, notre pays brille de mille feux dans ce domaine. La réputation de la gastronomie française n’est plus à faire. Dans les enquêtes d’opinion permettant de connaître les raisons qui ont conduit les touristes à choisir la France comme destination pour leurs vacances, la gastronomie figure parmi les toutes premières motivations, avec les paysages, la culture et les monuments historiques. Les hôteliers et restaurateurs tiennent donc un rôle primordial pour notre économie.
Sans que je vous en abreuve à l’excès, permettez-moi de vous rappeler quelques chiffres. Terre de gastronomie, l’Hexagone regroupe près de 200 000 restaurants. Au fil des ans, le nombre d’emplois dans la restauration en France va crescendo. Ainsi, la filière comptait 615 000 salariés en 2013, puis 764 000 en 2016 ; aujourd’hui, le secteur représente, à l’échelle nationale, plus de 960 000 actifs, hors saisonniers. Figurant traditionnellement parmi les locomotives de l’économie nationale, il est présent sur tout le territoire, dans de nombreuses communes rurales, et offre ainsi un large éventail de services de proximité grâce à ses multiples établissements. Le secteur constitue l’un des premiers employeurs de France : il emploie 3 % de l’ensemble des salariés. La restauration représente 60 % du chiffre d’affaires du tourisme. En outre, 6 % des Français vont au moins une fois par semaine au restaurant. J’arrête là l’énoncé des chiffres concernant le secteur de la restauration, mais vous avez bien compris ma démonstration : les restaurateurs sont incontournables en France.
En revanche, les politiques de déplacement visant à éviter les centres-villes et villages font que ces derniers sont de moins en moins traversés par les automobilistes. Les commerçants, notamment les restaurateurs, souffrent de ces voies de contournement.
Les préenseignes étaient un excellent moyen pour faire entrer dans la ville les touristes ou personnes de passage à la recherche d’un restaurant. Or la loi Grenelle 2 a mis un terme, depuis le 13 juillet 2015, au système dérogatoire des préenseignes. Il ne s’agit pas aujourd’hui de revenir au « tout autorisé » et à la jungle des panneaux qui défiguraient nos paysages. Le Grenelle 2 a été bénéfique pour nos territoires, mais une mauvaise expertise, hors sol et sans nuance, a mis à mal des pans entiers de notre économie rurale. L’application de cette interdiction des préenseignes a d’ailleurs été progressive, voire aléatoirement effective, selon les régions et départements de France, avec des effets parfois dévastateurs pour les petits établissements ruraux de restauration et d’hôtellerie. Ces derniers rencontrent des difficultés à être référencés sur Internet, sur les réseaux et plateformes professionnels, ou sont situés dans des zones blanches. La signalétique est souvent la seule communication permettant de guider les clients vers ces établissements. Ils sont enfin, et surtout, parfois les seuls commerces encore en activité dans les villages de nos territoires ruraux.
En interdisant les préenseignes dans les communes de moins de 10 000 habitants, le législateur a organisé une terrible discrimination commerciale et, surtout, territoriale, ce qui n’est pas acceptable. Le commerce de proximité doit être soutenu, et pour cela être visible et accessible dans nos campagnes. Les hôteliers et restaurateurs ont été durement pénalisés, avec une perte de chiffre d’affaires pouvant atteindre 30 %. Certains ont dû fermer leur établissement, ce qui a parfois conduit à des drames.
Toutes les associations professionnelles ont interpellé les parlementaires sur l’absolue nécessité de réintroduire les préenseignes. L’Association des maires ruraux de France a également interpellé le Gouvernement sur les conséquences du retrait des préenseignes scellées au sol, ou simplement posées sur un chevalet, qui indiquent la proximité d’un local en zone rurale. Depuis un arrêté du 13 juillet 2015, seule la SIL, que les professionnels jugent insuffisante et totalement inadaptée au tourisme, peut être mise en place. L’UMIH, soutenue par l’AMRF, demande par conséquent l’autorisation d’utiliser des préenseignes dérogatoires, comme peuvent le faire aujourd’hui les activités de fabrication ou de vente de produits du terroir.
Vous l’avez compris, je soutiens cette demande de la profession et le retour des préenseignes. Toutefois, quelques réserves doivent être apportées.
Les préenseignes ont été interdites par la loi Grenelle 2 dans un souci environnemental. Le législateur avait voulu remédier à cette inflation d’enseignes qui défiguraient nos paysages. Soit ! Cependant, il faut trouver un juste équilibre entre la protection de l’environnement, l’information commerciale et le maintien de la vie dans nos villages, entre la préservation de nos paysages et la vitalité de nos territoires ruraux. C’est l’objet des travaux que nous avons entrepris, depuis plus d’un an, avec l’UMIH, le département et le préfet du Loiret pour définir une signalétique appropriée et homogène à l’échelle du département. Le projet est abouti ; reste à faire évoluer le cadre législatif pour permettre sa mise en œuvre en dehors d’une expérimentation.
Cependant, nous devons être très attentifs. En effet, si les restaurateurs et hôteliers obtiennent satisfaction, n’allons-nous pas voir d’autres commerçants exiger le même traitement ? Pour remédier à ce problème, qui ne manquera pas de surgir, nous devons définir dans cette proposition de loi des garde-fous, des garanties sur les conditions d’installation de ces préenseignes qui pourront être précisées dans les décrets d’application. Le projet que nous avons bâti dans le Loiret peut être pris en exemple : c’est un projet de bon sens et pragmatique.
Avec ces réserves et ces précisions, je suis naturellement favorable au retour des préenseignes, et le groupe Les Républicains votera en faveur de cette proposition de loi.
(Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes LR, LaREM et MODEM.) La parole est à M. Richard Lioger. J’apporte mon soutien plein et entier à la proposition de loi relative aux préenseignes, dont Richard Ramos est le rapporteur et dont je suis le deuxième signataire. Pour plagier une ancienne publicité, c’est deux Richard sinon rien ! (Rires.) Excellent ! Aujourd’hui, les préenseignes sont interdites en dehors des agglomérations, sauf dans certains cas dérogatoires bien précis qui concernent les produits du terroir, les activités culturelles et les monuments historiques. La proposition de loi, dans sa version initiale, prévoyait d’ajouter les restaurants à ces dérogations : elle permettait ainsi à tous les restaurants de France de placer des préenseignes en dehors des agglomérations où ils sont implantés. C’est une revendication très largement partagée par les commerçants et artisans de la ruralité, qui sont, hélas, trop nombreux à fermer boutique, en particulier les petits restaurateurs.
Écoutons plus que jamais leur cri d’alarme, repris de manière vibrante par Richard Ramos dans son intervention. En commission, la dérogation a été restreinte aux restaurants disposant d’un savoir-faire traditionnel et dont la majorité des plats sont « faits maison », afin d’éviter que cette possibilité soit ouverte à tous les restaurants, y compris, monsieur Ruffin, aux fast-foods et aux grandes chaînes. Je m’en félicite, car c’est bien ce savoir-faire qu’il faut mettre en avant. Au-delà des enjeux économiques, cette mesure présente également une dimension patrimoniale à laquelle nous sommes tous très attachés.
Je rappelle, comme l’a fait Richard Ramos, que cette proposition de loi est issue d’un amendement que celui-ci avait défendu lors du débat sur la loi ELAN, dont j’ai été le rapporteur. Cet amendement avait suscité un large débat dans l’hémicycle. M. Jacques Mézard, votre prédécesseur, et M. Julien Denormandie siégeaient au banc du Gouvernement, madame la ministre. Ce débat avait été très intéressant et finalement convaincant, comme vous l’avez rappelé, car tout cela a été voté au Sénat et repris par la CMP, qui a été conclusive.
Vous avez également eu raison de rappeler à ce propos les préoccupations urbanistiques, environnementales et, osons le dire, esthétiques. Il faut rappeler que la responsabilité des collectivités en la matière est l’alternative qui se développe, avec une utilisation croissante du numérique, comme l’a rappelé notre collègue Favennec-Bécot, mais la loi ELAN et l’action de votre ministère portent haut et fort le développement du numérique, surtout sur les territoires dont il est ici question.
Après la censure cavalière du dispositif, cette nouvelle proposition permet de remettre le sujet sur la table et de le travailler, en particulier pour restreindre les dérogations aux restaurants des territoires qui proposent une cuisine traditionnelle.
L’une des difficultés a été de trouver un critère juridique précis et pertinent pour viser exclusivement ces restaurants et exclure les grandes enseignes et franchises. La référence au fait maison a été proposée en commission à cette fin, car il est précisément défini dans le code de la consommation et est le gage d’une cuisine de qualité.
Le texte permet aussi une réflexion plus globale sur les activités économiques des territoires, qui devraient bénéficier d’une plus grande visibilité, en particulier celles des agglomérations de moins de 100 000 habitants, dans lesquelles les préenseignes sont interdites. Il me semble qu’avec cette limite, on ne doit pas craindre un foisonnement d’enseignes, étant donné le petit nombre des restaurants qui seraient autorisés à procéder à ce modeste affichage.
Comme l’a très bien rappelé Mme la ministre, dans le contexte du grand débat national et de la dynamisation des territoires, la proposition de loi ouvre donc la voie à une réflexion large et pertinente pour trouver le bon équilibre entre, d’une part, l’attractivité économique des territoires et, d’autre part, la préservation de l’environnement et bien sûr le souci de la beauté de nos paysages.
Le texte défendu par M. Ramos me semble répondre à cet équilibre nécessaire. Nous devons, plus que jamais, nous engager pour l’égalité des territoires et défendre notre ruralité, la restauration française et les produits du terroir. Nous voterons donc des deux mains pour cette magnifique proposition de loi. Merci, monsieur le rapporteur.
(Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM et sur quelques bancs du groupe MODEM.) Très bien ! La parole est à Mme Isabelle Rauch. Le sujet qui nous rassemble ce matin est révélateur du sens que nous, députés de la majorité, souhaitons donner à notre action : simplifier la législation, la modifier aussi parfois, non seulement pour répondre au bon sens mais également pour accompagner la production de richesses et la valorisation du travail dans notre pays.
La question des préenseignes n’est pas nouvelle : dès l’adoption du Grenelle II, nous en connaissions les difficultés, voire les nuisances, pour les restaurateurs de nos territoires. En mon ancienne qualité de vice-présidente déléguée au tourisme du conseil départemental de la Moselle, j’avais été très tôt été alertée des risques que présentaient ces dispositions législatives. Je n’ai pu qu’en constater les effets néfastes sur des restaurants de terroir éloignés de nos routes principales.
Ma circonscription comprend une frontière avec le Luxembourg et une autre avec l’Allemagne – pour la situer, c’est celle de Robert Schuman, l’un des pères fondateurs de l’Europe, à qui je veux rendre hommage en ce 9 mai, date anniversaire de son discours fondateur de la CECA, la Communauté européenne du charbon et de l’acier. Dans quelques-unes des communes de cette circonscription, nous pouvons jouer à « saute-frontière » en 3 ou 4 kilomètres seulement. Or nos voisins ne rencontrent pas de difficulté, de quelque nature que ce soit, pour signaler une activité depuis la route ; les automobilistes parcourent donc quelques kilomètres de plus pour trouver un restaurant. C’est un chiffre d’affaires que ne feront pas les restaurateurs du cru, mais ce sont aussi une valeur ajoutée et des recettes fiscales qui échappent à la France. Les paysages seraient-ils là-bas de moindre qualité ? Cela ne saute pas aux yeux – seule peut-être se dégage l’étrange impression que la France serait moins active que ses voisins.
L’Europe au quotidien, c’est aussi cela : c’est interroger la pertinence et les effets des mesures que nous votons au regard des intérêts de celles et ceux qui, au quotidien, font vivre les zones frontalières, dans lesquelles les écarts fiscaux, sociaux et normatifs ne sont en général guère favorables.
Par ailleurs, quand il y a interdiction, il y a sanction. C’est à ce titre que des restaurateurs de ma circonscription se sont vus contraints d’acquitter de lourdes sommes pour avoir contourné ou ignoré la loi, ou simplement pour avoir cru que la sanction ne tomberait jamais. Leur activité en a été mise en péril. Le sens de la décision qu’avaient prise nos prédécesseurs leur échappe.
« Quand la norme n’est pas adaptée, il nous appartient de la changer », souligne mon collègue Ramos dans son rapport. Je ne peux que souscrire à cette observation. C’est pourquoi j’avais moi-même déposé, voilà plusieurs mois, une proposition de loi allant dans le même sens. En lisant et relisant l’avis défavorable rendu par le Conseil économique, social et environnemental, je ne comprends pas en quoi l’amélioration de l’accès au très haut débit ou l’adaptation du système de signalisation d’information locale pourraient résoudre ces difficultés – nombre de nos collègues l’ont, du reste, exprimé avant moi.
Cessons donc de compliquer inutilement les choses. Notre patrimoine est exceptionnel. Nous reconnaissons cependant tous qu’il ne doit pas être figé dans le temps. Nos paysages sont tous aussi exceptionnels, mais la carte postale n’est touchante que si elle est vivante.
Pour l’ensemble de ces raisons, c’est non seulement avec enthousiasme, mais également avec soulagement que je voterai en faveur de la proposition de loi.
(Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes LaREM et MODEM.) La discussion générale est close.
La parole est à M. Fabrice Brun. Monsieur le rapporteur, je tiens tout d’abord à vous remercier pour votre pugnacité sur le dossier des préenseignes des restaurants dans nos zones rurales, supprimées par la loi du 13 juillet 2015, sous la précédente législature. J’aurai plaisir à travailler avec chacun d’entre vous, dans le groupe d’études sur la gastronomie, qui vient d’être créé, tant l’alimentation est structurante pour notre économie et de notre art de vivre à la française.
Malheureusement, notre pays se distingue dans un autre domaine : la technocratie. Au nom de quoi les restaurateurs des centres-bourgs de nos territoires n’auraient-ils plus le droit de se signaler à l’aide de panneaux dont les dimensions sont d’ailleurs, comme cela a été rappelé, de taille assez modeste – 1 mètre carré – et de dire tout simplement qu’ils existent, alors que fleurissent sur des écrans géants des publicités pour les fast-foods ? Dans le pays de la gastronomie, où le repas des Français est classé au patrimoine culturel immatériel de l’humanité, Brillat-Savarin et Grimod de La Reynière doivent se retourner dans leurs tombes.
Vous l’aurez compris, cela nous met un peu en colère – mon cher collègue Ramos ne me contredira pas –, encore plus lorsque cette même technocratie nous renvoie vers le tout-numérique. Tout le monde ne possède pas le dernier téléphone mobile à la mode et le réseau est encore loin de passer partout, comme cela a été fréquemment rappelé. C’est une preuve de plus que le tout-numérique aggrave les inégalités.
La réalité, c’est que l’interdiction des préenseignes a rendu invisibles sur les routes de nombreux restaurateurs ruraux, qui ont perdu une part significative de leur activité. C’est inacceptable car ces entrepreneurs indépendants contribuent à la vitalité de territoires. Derrière nos hôteliers-restaurateurs, il y a du tourisme, des filières agricoles de qualité, de l’emploi et de l’apprentissage dans les métiers d’avenir, à tous les niveaux de qualification.
Toutes ces raisons nous invitent à rétablir sans tarder l’autorisation d’installer des préenseignes dérogatoires hors agglomération pour nos restaurants, vitrines du savoir-faire de nos terroirs.
(Applaudissements sur quelques bancs du groupe MODEM.) La parole est à Mme Annie Genevard. Chers collègues, au moment où, comme il est fort probable à vous entendre, cette loi sera adoptée, je voudrais dire quelques mots pour faire entendre une petite musique qui, sans être antagoniste, sera un peu différente.
Je viens, moi aussi, d’un territoire rural qui compte énormément de restaurants de qualité produisant une gastronomie reconnue ; par conséquent, n’allez pas croire que mon intervention soit la manifestation d’une indifférence envers la défense de la restauration et de l’économie rurales. Mais de quelle réalité parlons-nous et d’où venons-nous ? Voilà quelques années encore, sur nos territoires ruraux, souvent très qualitatifs, fleurissaient toutes sortes de préenseignes cherchant à être plus visibles les unes que les autres : plus la couleur était criarde et la taille importante, plus le graphisme sautait aux yeux, et mieux c’était pour les promoteurs des activités concernées. Ils se faisaient certes voir, mais au détriment de quelque chose que nous, législateur, devons protéger et dont la préservation a été la motivation de cette disposition du Grenelle : nos paysages, dont nous ne nous sommes pas assez préoccupés jusqu’à présent. Il n’est pour s’en convaincre que de voir l’entrée de nos villes, dont chacun signale et déplore la laideur.
Un développement anarchique et incontrôlé des préenseignes participe à l’enlaidissement de notre territoire. Il faut avoir le courage de dire. Ce n’est pas être indifférent aux préoccupations exprimées par les fédérations professionnelles, mais il s’agit au contraire d’essayer de cheminer ensemble au profit de ce qui fait aussi l’attractivité touristique de nos territoires : la beauté de nos paysages. Le paysage appartient à qui le regarde, et il faut savoir le défendre.
Merci, madame Genevard. Conclusion ? On est pour ! En conclusion, il faut des garde-fous et des contrôles, j’entends bien. Mais qui contrôlera le fait maison et la conciliation entre la préservation du paysage et la signalisation des activités économiques ? Bonne question ! Les associations ! Madame la ministre, monsieur le rapporteur, nous avons besoin, pour la bonne prise en considération de l’un et de l’autre, que vous nous donniez des garanties. La parole est à M. Gilles Lurton. Je suis moi-même convaincu que nous disposons, sur nos territoires, d’activités culinaires de qualité, qui font à la fois la diversité des secteurs ruraux de notre pays et la qualité de l’accueil que nos concitoyens savent réserver à leurs visiteurs. Nous savons tous ici combien ces activités de qualité souffrent d’une réglementation beaucoup trop restrictive, leur interdisant toute précipitation.
À ce titre, je suis favorable à ce que nous réintroduisions une certaine souplesse,…
Très bien ! …à condition qu’elle soit bien encadrée et ne profite pas à tous les commerces, notamment aux établissements de restauration rapide ou aux chaînes de restauration,… Très bien ! …et que cet encadrement, comme vient très justement de le dire Mme Genevard, puisse être contrôlé par les personnes compétentes. Je le dis d’autant plus simplement que je suis, comme Thierry Benoit, élu d’une circonscription qui va du Mont-Saint-Michel, site classé au patrimoine mondial de l’UNESCO, à Saint-Malo, ville historique que tout le monde connaît.
J’ai bien conscience que le texte proposé ce matin ne s’appliquera pas à ces secteurs très protégés, encore qu’il me semble que certaines des activités de notre terroir – comme les huîtres et les moules de la baie du Mont-Saint-Michel – mériteraient parfois d’être mieux signalées, avec une signalisation appropriée et homogène sur tout le territoire. Je suis certain qu’avec un peu de bonne volonté, nous pourrions trouver les bonnes solutions en la matière.
Le texte que nous sommes en train d’étudier comporte néanmoins un point qui m’interpelle : l’avis rendu par le Conseil économique, social et environnemental, qui semble très mitigé à son propos et recommande de mieux utiliser les outils numériques pour signaler les restaurants concernés. Les outils numériques me semblent en effet pouvoir contribuer à une meilleure signalisation de ce type de commerces, à condition que tous nos territoires puissent être desservis par des outils numériques. À ce titre, M. Denormandie nous a assuré, dans le cadre du débat sur la loi ELAN, que l’ensemble du territoire serait couvert en 2022.
Merci, monsieur Lurton. Nous en sommes loin, et j’aimerais savoir où nous en sommes. La parole est à M. Joaquim Pueyo. Nous sommes nombreux à reconnaître – cela a été rappelé à plusieurs reprises – que la présence de trop nombreux panneaux publicitaires détériorerait les paysages et polluerait l’entrée de nos villages et de nos villes. Leur interdiction constitue donc une avancée sur laquelle nous ne devons pas revenir.
Nous devons cependant reconnaître les difficultés économiques, notamment sur nos territoires ruraux, où les petits commerçants et les restaurateurs sont confrontés à des baisses d’activité du fait d’un manque de dynamisme local. Il existe déjà des dérogations, mais elles sont limitées, notamment aux petites cités de caractère. Il s’agit donc, avec ce texte, de reconnaître la spécificité du monde rural.
S’il faut constater que les évolutions numériques jouent un rôle important pour faire connaître les produits de nos territoires, il faut aussi savoir que, comme cela a été dit à plusieurs reprises, certaines zones ne sont pas couvertes par le très haut débit ou ne permettent pas de toucher des publics moins connectés.
Les préenseignes qui mettent en avant la qualité des produits du terroir peuvent avoir un impact sur l’économie locale. Il ne s’agit pas pour autant, à mon avis, de revenir sur l’esprit de la loi Grenelle II. Toutefois, je pense que nous aurions pu étendre la disposition aux commerces de proximité qui favorisent les produits locaux et valorisent les particularités locales et leurs savoir-faire, sous réserve, comme cela a été dit à plusieurs reprises, qu’un encadrement strict soit mis en œuvre.
J’estime, monsieur le rapporteur, que votre travail va dans le bon sens. Le groupe Socialistes et apparentés s’est exprimé il y a quelques instants sur le texte. Nous avons tous été confrontés – et moi-même en tant que député d’une zone rurale – à de nombreuses demandes, émanant des maires, visant à élargir les dérogations actuelles. Cette proposition de loi va donc dans le bon sens.
La parole est à M. Éric Straumann. Je voterai moi aussi pour cette excellente proposition de loi, qui va dans la bonne direction.
Il est vrai que, dans le cadre des lois issues du Grenelle de l’environnement, on a adopté beaucoup de dispositifs dont on n’avait pas bien mesuré l’impact concret sur le terrain. Ainsi, en Alsace, les fermiers aubergistes installés le long de la route des crêtes ne sont pas visibles depuis celle-ci, alors qu’ils se trouvent à quelques centaines de mètres de distance. Certaines activités ont ainsi été mises à mal par cette nouvelle législation.
Je pense qu’il faudra aussi, au cours des prochains mois, avoir une discussion sur l’évolution institutionnelle et l’organisation des collectivités territoriales. Ne serait-il pas plus adapté que cette réglementation soit confiée aux départements, qui connaissent les réalités locales, qui peuvent imposer des chartes graphiques et qui disposent peut-être du personnel suffisant pour vérifier la bonne application des mesures sur le terrain ? De surcroît, ces panneaux sont posés le long des routes départementales. Or, pour les raisons que l’on sait, l’État n’a malheureusement pas aujourd’hui les moyens de réaliser des contrôles.
La parole est à M. Jean-Louis Bourlanges. Je n’avais pas l’intention d’intervenir après des débats aussi sérieux, mais je tiens à saluer l’initiative de mon collègue Ramos.
Je voudrais aussi, mes chers collègues, appeler votre attention sur la signification culturelle de ce texte. En effet, que voyons-nous au bord de nos routes ? Des panneaux de contrainte : sens interdit ; ne dépassez pas telle vitesse ;…
Quatre-vingts kilomètres heure ! …méfiez-vous des animaux qui risqueraient de vous percuter ; attention au brouillard. Bref, on vous dit tout un tas de choses qui vous font peur. Grâce à l’initiative de M. Ramos, nous aurons sur le bord de la route des panneaux de gratification, et non des panneaux d’attrition ! (Rires, exclamations et applaudissements sur les bancs des groupes MODEM, LaREM, UDI-Agir et LT.) Excellent ! Je crois que ce faisant, nous suivons la voie tracée par Danton, lequel, face à Saint-Just qui désirait une République de Sparte, appelait de ses vœux une République de cocagne. Eh bien, cher Richard Ramos, c’est un premier pas vers la République de cocagne de Danton que vous nous proposez là ! (« Bravos » et applaudissements sur les bancs des groupes MODEM, LaREM, UDI-Agir et LT.) La parole est à Mme Jacqueline Dubois, pour soutenir l’amendement no 16 rectifié. Cet amendement, déposé à l’initiative de ma collègue Sandrine Le Feur, vise à répondre aux difficultés pratiques que pose aujourd’hui la notion de produits du terroir. En effet, celle-ci n’étant pas définie juridiquement, les préfets peuvent, d’un département à l’autre, considérer qu’un produit bénéficiant d’une AOC – appellation d’origine contrôlée – fabriqué ou vendu par une entreprise locale entre dans le champ dérogatoire des préenseignes ou qu’il n’y entre pas. Ce manque d’harmonisation est préjudiciable aux entreprises concernées.
C’est pourquoi le présent amendement tend à inscrire explicitement les produits bénéficiant d’une AOP – appellation d’origine protégée –, label de qualité établi et solide juridiquement, parmi ceux dont la fabrication ou la vente par une entreprise locale peut être signalée par une préenseigne.
Il s’agit là d’une piste parmi d’autres pour stabiliser juridiquement le champ des produits du terroir. Il existe en effet de nombreux autres labels et sigles indiquant la qualité ou l’origine locale des produits. Il reste – c’est en cela que l’adoption de cet amendement revêtirait un intérêt certain – qu’il est indispensable de doter nos territoires et leurs produits de notions juridiques claires et stables, où qu’ils se situent.
Quel est l’avis de la commission ? Je demande le retrait de l’amendement.
À travers celui-ci, Sandrine Le Feur, qui est une agricultrice bio, pose une bonne question, car les préfets n’appliquent pas la notion de produit du terroir de la même façon, certains d’entre eux en faisant une interprétation restrictive.
Néanmoins, je demande que l’amendement soit retiré et que, par circulaire, Mme la ministre fasse entrer dans le champ dérogatoire les produits AOP et AOC. Je laisse la parole à Mme la ministre pour qu’elle nous confirme que ce sera bien le cas.
Quel est l’avis du Gouvernement ? Comme vient de le dire M. le rapporteur, si la disposition venait à être interprétée de manière différente d’un territoire à l’autre, je m’engage à faire le nécessaire pour que la loi soit appliquée de manière homogène sur l’ensemble du territoire national. Le plus simple serait d’envoyer aux préfets une circulaire en ce sens. Retirez-vous l’amendement, madame Dubois ? Oui. Je remercie Mme la ministre et M. le rapporteur pour ces précisions. Nous attendons avec impatience l’envoi de la circulaire.
(L’amendement no 16 rectifié est retiré.) Je suis saisi de plusieurs amendements, nos 14, 12, 11, 19, 21 et 10, pouvant être soumis à une discussion commune.
Les amendements nos 19 et 21 sont identiques.
La parole est à M. Stéphane Mazars, pour soutenir l’amendement no 14.
Avec votre permission, monsieur le président, je présenterai en même temps les amendements nos 12 et 11. Je vous en prie, mon cher collègue. Tous trois visent en effet à définir du mieux possible ce qu’on entend par « restaurant traditionnel », « savoir-faire traditionnel » ou « fait maison ». Je me réjouis du travail effectué en commission pour restreindre le champ d’application de la levée de l’interdiction des préenseignes aux seuls restaurants qui proposent, dans les territoires ruraux, des spécialités traditionnelles et valorisent des produits tels que la tête de veau, l’aligot ou les tripoux – pour prendre des exemples aveyronnais. Il restait toutefois à affiner le champ d’application de l’article unique, et tel était l’objet de ces trois amendements.
Je me rallie à l’amendement no 21, déposé, au nom du groupe La République en marche, par ma collègue Anne Blanc, qui défend elle aussi les produits gastronomiques aveyronnais
(Sourires) . Il est identique à l’amendement no 19 de notre collègue Ramos, qui a reçu, je crois, l’aval de Mme la ministre. On va donc restreindre le champ d’application de l’autorisation des préenseignes à destination des consommateurs aux restaurants qui proposent des plats faits maison, cette notion répondant à une définition juridique connue et n’étant pas soumise à aux aléas d’une interprétation par la préfecture ou par le service de contrôle. Si j’ai bien compris, vous retirez aussi vos trois amendements ? Tout à fait, monsieur le président.
(Les amendements nos 14, 12 et 11 sont retirés.) La parole est à M. Richard Ramos, pour soutenir l’amendement no 19. Il vise à restreindre l’application de l’article aux établissements qui proposent des plats bénéficiant de la mention « fait maison ». Pourquoi cela ? Parce qu’il s’agit d’un label d’État. Évidemment, se posera ensuite la question des postes nécessaires à la DGCCRF – direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes – pour réaliser les contrôles, mais il faut que nous défendions les labels publics. Ce ne sont pas des labels publicitaires : le fait maison correspond une réalité, et les autres labels ne répondent pas nécessairement à la situation des territoires ruraux. Il faut aller vers la qualité, vers le fait maison. Cet amendement a pour but de permettre à ceux qui s’engagent dans cette voie de bénéficier de ce texte.
J’ai un grand respect, monsieur Ruffin, pour les labels publics, qui peuvent seuls garantir une réelle qualité, indépendamment de toute considération marketing ou publicitaire. Restreindre le champ d’application de l’article au fait maison, sans préciser la quantité de plats concernés – car, pour le coup, le contrôle serait difficile –, c’est à la fois mettre le domaine public face à ses responsabilités et faire en sorte qu’il y ait une restauration de qualité dans nos territoires.
La parole est à Mme Anne Blanc, pour soutenir l’amendement no 21. Cet amendement, soutenu par l’ensemble du groupe, est identique au précédent.
Si nous avons eu tant de difficultés à trouver la bonne formulation, c’est tout simplement parce qu’il n’existe pas aujourd’hui de label unique qui identifierait avec précision les restaurants de qualité que nous souhaitons défendre à travers la proposition de loi. On a évoqué les savoir-faire traditionnels et les maîtres restaurateurs, on a envisagé d’exclure du bénéfice de la disposition les enseignes de restauration rapide, mais aucune de ces formulations n’était recevable juridiquement. Finalement, la mention « fait maison » a fait consensus, car elle nous semble à la fois suffisamment restrictive pour garantir la qualité et suffisamment large pour que toute la bonne cuisine de chez nous puisse bénéficier de la dérogation.
La parole est à M. Stéphane Mazars, pour soutenir l’amendement no 10. Il est retiré.
(L’amendement no 10 est retiré.) Quel est l’avis du Gouvernement sur les deux amendements identiques qui restent en discussion ? Je voudrais auparavant remercier M. Mazars d’avoir retiré ses amendements – qui allaient néanmoins dans le bon sens.
Je donne naturellement un avis favorable aux amendements identiques nos 19 et 21.
La parole est à Mme Annie Genevard. Je suis tout à fait favorable à ce que l’on restreigne l’autorisation d’apposer une préenseigne aux seuls restaurants fabriquant des plats faits maison, avec les critères de qualité que cela induit.
Toutefois, je voudrais soulever la question du contrôle – qui vaut aussi pour la taille de la préenseigne, pour son graphisme et pour les couleurs utilisées. Qui contrôlera tout cela ? Qui pourra constater le non-respect de la réglementation ? Aujourd’hui, alors même que la plupart des préenseignes sont interdites, certains ne respectent pas la réglementation. Demain, quand on aura rouvert cette possibilité, qu’est-ce qui nous garantit que chacun ne fera pas comme il l’entend et que le fait maison en sera véritablement ? Je pense donc que la question du contrôle est essentielle, et c’est vrai pour toutes sortes d’activités.
La parole est à M. François Ruffin. Je ne dis pas cela par esprit de contradiction, mais le fait maison, cela ne veut rien dire ! On prétend que cela correspond à un label. Je viens de consulter le site qui le présente : on y lit qu’il n’y a aucune démarche administrative à effectuer pour obtenir le label. On peut fort bien utiliser des produits déjà hachés, tranchés, épluchés, etc. On peut utiliser des produits conditionnés sous vide. On peut même décongeler des produits congelés ! La seule condition, c’est que les produits arrivent séparément et qu’on les mélange sur place. (Exclamations sur les bancs des groupes LaREM et MODEM.)
Moi aussi, je bouffe du kebab. On ne « bouffe » pas, on « mange ». D’après cette définition, un kebab, c’est du fait maison ! Il n’y a aucune démarche administrative à accomplir pour obtenir le label « fait maison » et il n’y a aucun contrôle possible. On peut utiliser des produits congelés, surgelés ou conditionnés sous vide, tout cela entre dans la catégorie du fait maison. C’est complètement flou !
Madame la ministre a fait semblant, à la tribune – je m’excuse, mais je l’analyse ainsi –, de juger que la législation en vigueur était floue mais que, comme on allait restreindre son champ d’application au fait maison, cela irait. Ce n’est pas vrai ! Le fait maison, tous les restaurants ou presque peuvent s’en réclamer.
Il n’a pas tort… Seul en sera empêché celui qui, pour servir un chili con carne, se contente d’ouvrir une boîte de conserve et de réchauffer le plat au micro-ondes. Tous les autres, dès lors qu’ils assemblent des éléments séparés, quand bien même il s’agirait d’aliments d’origine industrielle, pourront prétendre que leurs plats entrent dans la catégorie du fait maison – ou alors il faudrait en modifier la définition.
Si je dis cela, ce n’est pas pour vous ennuyer, monsieur le rapporteur – au contraire, c’est pour défendre votre objectif. Aujourd’hui, Buffalo Grill, c’est du « fait maison » ! McDonald’s, c’est du « fait maison » !
Mais non ! C’est cette proposition de loi qui est du « fait maison » ! (Sourires.) La parole est à M. Fabrice Brun. Je veux dire, à titre de complément, que je ne conteste pas la volonté de valoriser le savoir-faire des restaurateurs. Mais force est de constater que le label « fait maison » recèle quelques bizarreries et incohérences régulièrement relevées sur le terrain. Personnellement, je trouve dommage, au moment où l’on assouplit la norme législative, de lui redonner un coup de verrou en excluant des professionnels dont le métier est plus difficile en zone rurale qu’en agglomération, quel que soit d’ailleurs le label qu’ils revendiquent. En outre, je ne suis pas certain que cela n’expose pas le texte à un risque juridique.
(Les amendements identiques nos 19 et 21 sont adoptés.) La parole est à M. François Ruffin, pour soutenir l’amendement no 6. Si l’on autorise de nouvelles préenseignes, l’objectif doit être de le faire de la façon la plus encadrée possible. Le fait maison, je le répète, est une non-définition : je vous renvoie, sur ce point, aux textes de loi eux-mêmes, qui le suggèrent.
C’est pourquoi nous proposons ici un meilleur encadrement en ajoutant, après les mots : « et l’ensemble des restaurants », les mots : « , à l’exclusion des filiales et franchises de la restauration et de l’alimentation ainsi que des établissements couverts par la convention collective de restauration rapide, ». Cet amendement aurait le mérite de sécuriser juridiquement le texte et de préciser le champ des préenseignes que nous acceptons, en excluant celles que nous n’acceptons pas.
Quel est l’avis de la commission ? Dans votre dernier ouvrage, monsieur Ruffin, vous écriviez : « Mon écriture solitaire était stérile, c’est le réel qui m’a fécondé. » Vous que j’aime, vous qui allez à la rencontre du peuple français, vous n’êtes pas ici dans le réel, mais dans l’idéologie. D’ailleurs je n’aime pas que, incriminant la mauvaise restauration, vous parliez des kebabs, ce plat populaire, car il existe encore des gens qui font des kebabs de qualité. Pour ma part, je ne dis pas que le kebab n’est pas un plat de qualité, mais je plaide pour la qualité en général.
Pour le coup, vous devriez développer l’hémisphère droit de votre cerveau, siège de l’émotion et de la rencontre, plutôt que l’hémisphère gauche, siège de la raison idéologique.
(Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe MODEM et sur quelques bancs du groupe LaREM.) Le Ruffin que j’aime, celui qui va à la rencontre des Français, des plus humbles, n’est pas le même que celui qui vient de s’exprimer, car celui-ci n’est pas allé à la rencontre des restaurateurs. Si vous l’aviez fait, François, vous auriez vu que certains d’entre eux, dans la ruralité, souffrent et ferment leur établissement ! Si nous ne les aidons pas, ils mourront ! Au lieu de l’idéologie dans laquelle vous demeurez, nous devons donc aller chercher le réel.
Aussi ne pourrai-je soutenir votre amendement, idéologique en ce qu’il repose, pour opérer la distinction proposée, sur la seule nature juridique des établissements. C’est la qualité même des hommes et des femmes qui, je crois, fait la qualité des plats servis dans les restaurants.
(Applaudissements sur les bancs du groupe MODEM et sur quelques bancs du groupe LaREM.)
Je serai à vos côtés pour les combats qui doivent être menés ; mais, sur le présent amendement, je ne pourrai être le Don Quichotte dont vous parliez tout à l’heure : je serai plutôt le « Don qui shoote » ! (Rires et applaudissements sur les bancs du groupe MODEM et sur plusieurs bancs du groupe LaREM.) Quel est l’avis du Gouvernement ? Permettez-moi tout d’abord de vous saluer, monsieur Ruffin, puisque je n’ai pas encore eu l’occasion de le faire ce matin, me semble-t-il.
Votre amendement va évidemment dans le bon sens puisqu’il tend à soutenir les restaurants qui, ancrés dans les territoires, servent une cuisine de qualité et à exclure du dispositif les filiales, les franchises ainsi que les établissements qui relèvent de la convention collective nationale de la restauration rapide. Votre intention est donc très louable.
Cependant, la constitutionnalité d’une telle disposition m’apparaît très fragile au regard du principe d’égalité.
L’ajout de la mention « fait maison » est tout aussi fragile ! Les amendements nos 19 et 21, qui viennent d’être adoptés, me semblent répondre en partie, et de meilleure façon, aux préoccupations que vous exprimez ici. Je suis d’accord, avec les autres orateurs qui sont intervenus, pour reconnaître que l’expression à laquelle ils se réfèrent n’est pas absolument parfaite, mais elle nous semble la plus sécurisante et de surcroît la plus parlante pour les gens qui circulent dans nos campagnes, lesquels sont animés de bon sens.
J’émets donc un avis défavorable, à moins que vous ne retiriez votre amendement.
Le retirez-vous, monsieur Ruffin ? Je crois que vous vous êtes adressé à quelqu’un d’autre, monsieur Ramos. En effet, l’homme qui est intervenu à la tribune pour défendre le présent amendement n’est pas arrivé avec des certitudes sur ce qui se passe le long des routes nationales, en proclamant que votre texte était nul. Non ! Simplement, il s’interroge. Et l’homme qui s’interroge est allé lire la définition du label « fait maison », pour découvrir que l’on pouvait y faire entrer tous les types d’établissements. Non ! Si ! Il faudrait prendre deux minutes pour lire la loi afin de vérifier que le fait maison n’est pas défini. Cela signifie : élaboré sur place ! Je m’exprime animé par mes doutes ; et mon grand doute, en l’occurrence, tient à ce que l’on ouvre une brèche dans laquelle tous les types de restaurants pourront s’engouffrer. Inutile, donc, de m’inviter à ouvrir l’hémisphère droit de mon cerveau. Demandera-t-on à Mme la présidente Genevard d’en faire de même avec son hémisphère gauche ? Je ne le pense pas. Mon doute, je le répète, vient de la brèche dans laquelle, au vu de la non-définition du fait maison, tout le monde pourra s’engouffrer. Buffalo Grill et McDo pourront donc utiliser des préenseignes : je ne vois rien qui y fasse obstacle.
C’est pourquoi nous proposons d’encadrer juridiquement le champ du texte, en précisant qu’il n’inclut pas les filiales ou les grands groupes. J’ajoute que ces filiales et ces franchises ont les moyens de se payer des publicités en 4x3 à l’entrée des villes, hélas, mais aussi à la télévision et partout ailleurs. Nous devons trouver les moyens de réserver les préenseignes à ceux qui ne peuvent accéder à ces publicités très coûteuses.
La parole est à M. Éric Straumann. La question est bien posée : existe-t-il un risque de voir fleurir des panneaux McDonald’s et KFC ? Dans ma circonscription, ces grands groupes occupaient l’essentiel des préenseignes car ils en ont les moyens financiers : ils font fabriquer des panneaux et paient très cher les emplacements. A-t-on la garantie juridique que le texte ne fera pas refleurir leurs panneaux ? Un tel effet boomerang serait évidemment très dommageable. La parole est à M. le rapporteur. Je combats évidemment McDo et compagnie. Mais la piste du fait maison me paraît être la bonne, car elle signifie que les plats sont élaborés sur place. Si McDo installe une préenseigne portant la mention « fait maison », monsieur Ruffin, monsieur Straumann, je vous invite, ainsi que tous nos collègues, n’importe où en France, à expliquer clairement qu’il n’en est rien.