XVe législature
Session ordinaire de 2018-2019

Séance du jeudi 20 juin 2019

L’ordre du jour appelle la suite de la discussion de la proposition de loi visant à rétablir le pouvoir d’achat des Français (nos 1721, 1815, 2026).
Lors de la première séance du jeudi 4 avril 2019, l’Assemblée a adopté une motion de renvoi en commission de cette proposition de loi.
 
La parole est à M. Patrick Hetzel, rapporteur de la commission des finances, de l’économie générale et du contrôle budgétaire.
 
Nous nous retrouvons pour la deuxième fois dans cet hémicycle pour discuter de la proposition de loi du groupe Les Républicains visant à rétablir le pouvoir d’achat des Français. Avec le souci de cohérence qui la caractérise, la majorité a en effet décidé, le 4 avril dernier, d’adopter une motion de renvoi en commission, peu avant de supprimer celle-ci de notre règlement parce qu’elle considérait qu’elle était détournée de son objet. Elle a, en effet, été détournée de son objet par la majorité elle-même qui, en deux ans, en a déjà adopté quatre de plus que sous la législature précédente. La motion de renvoi va être supprimée, mais nous faisons confiance à la majorité pour trouver d’autres subterfuges afin de refuser la discussion des propositions des oppositions. Le parti unique est en marche !
Le vote du 4 avril n’avait en effet d’autre but que d’empêcher la discussion des articles de la proposition de loi. Aucun des arguments présentés pendant la discussion générale ou la défense de la motion n’était dirigé contre le travail de la commission, mais contre la proposition de loi elle-même. La majorité de l’hémicycle était en parfaite harmonie avec celle de la commission, qui avait rejeté la proposition de loi la semaine précédente. Le renvoi en commission n’avait donc aucun sens. Comme elle l’a montré en commission la semaine dernière, la majorité n’avait aucunement l’intention de faire preuve d’ouverture d’esprit et de revenir sur son rejet de la proposition de loi. Nous le regrettons très vivement.
 
La majorité a voulu que le texte soit renvoyé en commission ; nous l’avons prise au mot. Le groupe LR a de nouveau inscrit la proposition de loi à l’ordre du jour et, comme le prévoit l’article 91 du règlement, la commission s’est réunie de nouveau et nous reprenons, en séance, le débat là où il avait été suspendu par le vote de la motion. Cette fois, la majorité n’échappera pas à la discussion de chacun des articles de la proposition de loi et devra assumer ses positions. Nous verrons alors que c’est elle qui fait de l’obstruction parlementaire.
 
Nous avons décidé de reprendre la discussion de ce texte parce que les arguments invoqués par la majorité en avril, selon lesquels il n’y aurait plus de problème de pouvoir d’achat et nos mesures ne seraient pas financées, ne nous ont pas convaincus, non plus que nos concitoyens.
 
De fait, nous ne considérons pas que les problèmes de pouvoir d’achat des Français aient été réglés, quand bien même certains indicateurs statistiques témoigneraient d’une amélioration au cours des derniers mois. Rappelons, d’une part, que le début de l’année 2018 s’était traduit, notamment du fait des mesures fiscales et sociales du Gouvernement, par une baisse du pouvoir d’achat des ménages – heureusement, cette tendance ne se poursuit pas ! – et, d’autre part, que la hausse statistique du pouvoir d’achat au cours des derniers mois, outre qu’elle ne correspond pas au ressenti de nos compatriotes, est très inégalement répartie. En effet, les mesures sociales et fiscales prises par le Gouvernement depuis l’automne pour corriger partiellement ses errements du début du quinquennat ont surtout bénéficié aux salariés du privé. Rien pour les inactifs en général et les retraités en particulier, qui ont été largement exclus de ces dispositions.
 
Enfin, le pouvoir d’achat des classes moyennes et modestes va de nouveau être affecté par la remontée des prix des carburants et la forte hausse des tarifs réglementés de l’électricité depuis le 1er juin – là encore, la majorité n’a strictement rien fait. Le Gouvernement aurait tort de rester indifférent à ces hausses, alors que l’augmentation des prix de l’énergie a été l’élément déclencheur du mouvement des gilets jaunes. La fin du grand débat national et les conclusions qui en ont été tirées par le Président de la République ont montré que la question du pouvoir d’achat restait au cœur des préoccupations de nos concitoyens et que la majorité ne pouvait faire autrement que de le reconnaître.
 
Elle s’est, du reste, largement inspirée des mesures figurant dans cette proposition de loi des Républicains. Le Président de la République a en effet annoncé une baisse de l’impôt sur le revenu pour 5 milliards d’euros, le renoncement à la désindexation des pensions inférieures à 2 000 euros pour 2020, la décision de porter à 1 000 euros la pension minimale pour les carrières complètes dans le privé et la reconduction de la prime exceptionnelle défiscalisée et désocialisée.
 
Nous avions proposé une diminution des taux applicables aux deux premières tranches de l’impôt sur le revenu ; la majorité se rallie à l’idée d’une baisse d’impôt sur les deux premières tranches. Nous avions proposé la réindexation des pensions pour 2019 et le renoncement à la désindexation pour 2020 ; la majorité reconnaît que son intention de maintenir celle-ci une deuxième année consécutive n’était pas tenable.
 
Une fois de plus, le Gouvernement et sa majorité restent fidèles à leurs principes : ne pas écouter les problèmes soulevés par l’opposition depuis maintenant deux ans ; puis, balayer d’un revers de main les solutions qu’elle propose ; s’apercevoir ensuite que ces solutions n’étaient pas si mauvaises ; revenir enfin vigoureusement sur leur position en oubliant qu’ils défendaient l’exact contraire quelques mois plus tôt, mais en s’arrêtant une fois de plus au milieu du gué, sans doute pour se ménager le plaisir d’une nouvelle volte-face.
 
Les revirements annoncés font suite à ceux que nous avons déjà pu observer sur la hausse de la CSG, la hausse de la fiscalité énergétique et l’exonération sociale et fiscale des heures supplémentaires. En renonçant à la désindexation des pensions inférieures à 2 000 euros, le Gouvernement reconnaît partiellement l’injustice dont les retraités avaient fait l’objet, mais il crée un effet de seuil générateur de nouvelles injustices. Nous les dénonçons. Comment considérer qu’un retraité touchant une pension de 2 000 euros est tellement plus riche qu’un retraité touchant 1 995 euros que sa pension ne devrait pas être revalorisée de la même manière ? La majorité n’a, par ailleurs, toujours pas prévu d’annuler la hausse du taux de la contribution sociale généralisée sur les pensions de retraite et d’invalidité pour la totalité des titulaires ayant subi le passage au taux de 8,3 % en 2018.
 
En ce qui concerne l’impôt sur le revenu, nous assumons de proposer une baisse de son taux qui profite à l’ensemble des contribuables de cet impôt, en particulier à ceux qui ont subi de plein fouet les augmentations de ces dernières années. Si vous souhaitiez limiter cette augmentation, vous auriez pu proposer des amendements pour discuter des modalités de la baisse d’impôt et de son ciblage. Vous ne l’avez pas fait.
 
Le débat ne se fait pas seulement entre le Gouvernement et sa majorité. Il doit se faire au sein des assemblées, faute de quoi nous risquerions de dévoyer l’esprit de nos institutions, à moins que l’on considère – mais je n’ose point l’imaginer – que les députés de la majorité ne sont que des godillots. C’est pourquoi j’ai déposé, en commission, un amendement de repli tendant à traduire en acte l’engagement du Président de la République de baisser l’impôt sur le revenu de 5 milliards d’euros, rappelé par le Premier ministre dans son discours de politique générale. La majorité, qui n’a pas été avare d’applaudissements lors de ce discours, n’en a pas moins unanimement refusé la main que nous lui avions tendue, en rejetant l’amendement que j’avais déposé pour concrétiser ses annonces. C’est une marque de sectarisme que je regrette profondément. Sans doute est-ce là une manifestation du nouveau monde : la majorité fait de l’obstruction parlementaire et refuse d’écouter ce que les oppositions ont à lui dire.
 
Nous assumons également d’augmenter le plafond de l’avantage du quotient familial. Ce n’est d’ailleurs pas un avantage, mais une modalité de calcul de l’impôt. Nous revenons sur une baisse injuste de ce plafond. Nous le répétons, le quotient familial est un instrument de redistribution de la politique familiale, donc un instrument de redistribution horizontale. Il est intrinsèquement lié au calcul de l’impôt. Il est un paramètre destiné à compenser le barème progressif applicable à la totalité des revenus du foyer. Des revenus égaux ne font pas vivre le même nombre de personnes selon la composition du foyer. Il est donc normal d’introduire, à ce stade du calcul de l’impôt, un élément de redistribution horizontale pour prendre en compte la composition du foyer. Nous ne faisons, en définitive, que revenir à la situation antérieure à 2012.
 
J’en viens à l’argument selon lequel les propositions des Républicains ne seraient pas financées. Il fait fi de tout le travail exposé depuis des mois et récemment rappelé par le président Woerth. Mais il laisse surtout dubitatif, compte tenu des financements proposés par le Gouvernement pour les 17 milliards d’euros de dépenses supplémentaires décidées depuis le mois de décembre.
 
Sur les 10 milliards d’euros des mesures votées à la fin de l’année 2018, moins d’un tiers sont, pour l’heure, financés par un resserrement de la dépense fiscale. Les économies en gestion de 1,5 milliard d’euros annoncées pour porter les financements à 4 milliards d’euros sur 10 restent, pour l’instant, aussi virtuelles que mystérieuses.
 
Quant aux mesures supplémentaires annoncées par le Président de la République à la suite du grand débat national, elles ne font l’objet, pour l’instant, d’aucun financement précis. Le Gouvernement évoque pêle-mêle des économies sur la dépense publique, nettement moins documentées que celles des Républicains ; la révision de certaines niches fiscales, là encore sans plus de précisions ; une évolution, non précisée, de la durée du travail – rejoignant ainsi nos propositions sur la nécessité d’augmenter la quantité d’heures travaillées – et des suppressions d’organismes publics inutiles, mais nous ignorons lesquels. Les critiques de la majorité sur le financement de nos mesures sont donc particulièrement malvenues.
 
Mes chers collègues, pour finir, je confirme l’invitation que le président Woerth vous a adressée la dernière fois : vous n’êtes pas obligés d’être d’accord avec nous sur toutes ces mesures, mais nous serons heureux de voter avec vous celles que vous accepterez, dans l’intérêt des Françaises et des Français. J’espère que, pour une fois, celui-ci primera sur votre sectarisme.
(Applaudissements sur les bancs du groupe LR.)
  La parole est à Mme la secrétaire d’État auprès du ministre de l’économie et des finances. Nous commençons à bien connaître la proposition de loi dont nous discutons. Le groupe Les Républicains l’a déposée en février ; elle a été ensuite renvoyée en commission des finances et nous la réexaminons aujourd’hui en séance publique. Certains nous reprochent parfois notre incohérence, je vais prouver le contraire : sur cette proposition de loi, le Gouvernement émettra un avis défavorable, comme il l’a fait en février dernier. Et cela, pour trois raisons principales. C’est cohérent avec le racket fiscal auquel vous vous livrez depuis deux ans ! Premièrement, le chiffrage des mesures et les modalités de financement proposées sont, pour le moins, peu rigoureux. Vous évaluez, en effet, le financement de vos cinq mesures à 10 milliards d’euros. Or, cette estimation est sensiblement inférieure à leur coût réel puisque, si l’on fait un calcul rapide, les financements nécessaires sont plutôt de l’ordre de 17 milliards d’euros. La réindexation des pensions de retraite et des allocations familiales sur l’inflation en 2019, avec un effet rétroactif, coûterait 3,5 milliards d’euros. La réindexation des aides au logement sur l’inflation représenterait 500 millions d’euros. L’annulation de la hausse de la CSG pour l’ensemble des retraités coûterait 3 milliards d’euros et le rétablissement des plafonds du quotient familial tels qu’ils existaient avant 2012, environ 1,65 milliard d’euros.
Surtout, la baisse de 10 % de l’impôt sur le revenu des deux premières tranches représenterait, non pas 2 milliards, mais plutôt 8,2 milliards d’euros et serait injuste. Vous suggérez de financer ces mesures par une baisse de 20 milliards de la dépense publique que vous ne documentez pas, proposant seulement de gager la perte de recettes sur l’augmentation des droits sur le tabac.
 
Nous ne pouvons pas faire autrement, vous le savez bien ! J’ai bien compris qu’il s’agissait d’une proposition d’appel. En tout état de cause, cette mesure conduirait à quadrupler le prix du paquet de cigarettes. Nous sommes ambitieux en matière de santé publique, mais je ne pense pas que cette hypothèse soit réaliste.
La deuxième raison est qu’une partie des mesures que vous proposez ont déjà été prises, notamment en matière d’accompagnement des plus fragiles. Concernant ainsi la CSG, nous sommes revenus sur la hausse de 1,7 point pour tous les retraités qui touchent moins de 2 000 euros par mois. Ce sont 3,8 millions de foyers de retraités, soit environ 5 millions de personnes, qui verront leur taux de CSG réduit. Seuls 30 % des retraités sont donc maintenant concernés par cette hausse de la CSG. Ce choix, nous le maintenons. Il est le pendant du choix économique que nous avons fait et qui a été validé par les Français lors de l’élection présidentielle : mieux rémunérer le travail.
 
Et là encore, conformément à nos engagements de campagne, nous avons renforcé les filets de sécurité pour les plus fragiles. Les 550 000 bénéficiaires du minimum vieillesse ont vu leur pension augmenter de 35 euros en janvier. Elle augmentera au total de 100 euros par mois durant le quinquennat. Le revenu de solidarité active est indexé sur l’inflation constatée. L’allocation adulte handicapé atteindra 900 euros par mois à la fin de l’année. Enfin, la prime d’activité a augmenté massivement pour permettre à tous ceux qui travaillent d’être mieux rémunérés. La hausse mensuelle de la prime d’activité de 90 euros et celle du SMIC de 18 euros ont permis à 5 millions de foyers d’être mieux rémunérés dès février 2019.
 
La troisième raison est que le contexte a changé : entre février et aujourd’hui, nous avons avancé. Nous avons réalisé un exercice démocratique inédit dans l’histoire de la Ve République. Nous avons écouté tous les Français, leurs contestations et leurs solutions.
 
Manifestement, vous ne les avez pas entendus ! Nous avons proposé des réponses que le Président de la République, puis le Premier ministre, lors de sa déclaration de politique générale, ont longuement détaillées. Nous sommes en train de les mettre en place.
Il y en a une que vous connaissez, puisqu’elle figure dans vos propres propositions. C’est la baisse de l’impôt sur le revenu pour les deux premières tranches. Vous avez d’ailleurs rectifié vos proposions initiales pour les adapter à celles du Gouvernement. Vous proposiez à l’origine d’abaisser le taux de la première tranche de 14 % à 12,6 %, et celui de la deuxième de 30 % à 27 %. Ces propositions étaient moins ambitieuses et surtout moins justes que celles que nous proposons. L’impôt sur le revenu sera réduit de 5 milliards d’euros dès le 1er janvier 2020.
 
Qui paiera ? Je peux vous retourner la question. Nous, nous avons proposé un plan de 20 milliards d’économies !
 
Monsieur Di Filippo, seule Mme la secrétaire d’État a la parole. Elle m’a posé une question ! Je répondais. Je vous remercie, en effet, de me laisser parler. L’impôt sur le revenu baissera massivement pour les personnes qui travaillent et en particulier pour les classes moyennes. Elle, en revanche, ne me répond pas ! Monsieur Di Filippo, s’il vous plaît, seule Mme la secrétaire d’État a la parole. Je vous prie de la laisser s’exprimer, sans l’interrompre à l’envi. Je vous remercie. Et quand elle me pose une question ? Monsieur Di Filippo, cela suffit. Je vous demande de respecter Mme la secrétaire d’État qui s’exprime à la tribune. C’est la dernière fois que je vous le demande. (Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM.) Madame la secrétaire d’État, vous avez la parole. Je pense notamment aux personnes qui gagnent un peu plus que le SMIC, entre 1 500 et 2 000 euros par mois. Parce qu’ils ne sont plus éligibles à certains dispositifs comme la prime d’activité et qu’ils sont soumis à l’impôt sur le revenu, ces Français, lorsqu’ils gagnent 100 euros de plus, ne disposent en fait à la fin que de 60 euros de plus. Ce prélèvement est excessif. C’est pourquoi nous souhaitons baisser de trois points le taux de la première tranche de l’impôt sur le revenu, en le ramenant de 14 % à 11 % : 12 millions de foyers fiscaux pourront ainsi bénéficier d’une baisse d’impôt d’environ 350 euros.
Cette baisse bénéficiera aussi aux classes moyennes qui sont imposées dans la  tranche à 30 %, mais dans une moindre mesure, car nous tenons compte du fait que la situation des Français imposés dans la première tranche est plus difficile. Le gain moyen par foyer fiscal sera de l’ordre de 180 euros pour les 5 millions de Français imposés dans cette tranche. Au total, pas moins de 90 % des Français bénéficieront d’une baisse d’impôt.
 
Enfin, notre réforme est plus juste car nous neutraliserons les gains de ces baisses d’impôts pour les personnes imposées dans les troisième et quatrième tranche en avançant le seuil d’entrée dans ces tranches.
 
Au total, le dispositif bénéficiera à environ 17 millions de nos concitoyens, qui constituent la classe moyenne de notre pays, et près de 2 millions d’entreprises, qui sont le cœur de notre appareil productif.
(Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM.)
 
 
J’appelle maintenant les articles de la proposition de loi dans le texte dont l’Assemblée a été saisie initialement, puisque la commission n’a pas adopté le texte.
La parole est à M. Charles de la Verpillière. Le matraquage fiscal des classes moyennes, particulièrement celui des retraités, restera le péché originel de ce Gouvernement.
Vous avez choisi de désindexer les pensions de retraite, les allocations familiales mais aussi les pensions de vieillesse et d’invalidité. Jusqu’à présent, elles évoluaient au rythme de l’inflation, ce qui permettait, plus ou moins – plutôt moins que plus, du reste –, de maintenir le pouvoir d’achat des allocataires. Vous avez choisi de ne  revaloriser ces prestations que de 0,3 %, alors que l’inflation s’établit autour de 1,5 %. Compte tenu de l’augmentation du coût de la vie, le pouvoir d’achat des bénéficiaires a fortement diminué. Ainsi, en 2019, la perte de pouvoir d’achat pourrait se monter à 3 milliards d’euros pour les foyers  concernés.
 
Par cet article, nous vous proposons simplement de rétablir l’indexation sur l’inflation.
(Applaudissements sur les bancs du groupe LR.)
  La parole est à M. Jean-René Cazeneuve. Le 4 avril dernier, nous avions démontré, chers collègues, que votre proposition de loi était injuste, démagogique et irresponsable. Nous allons vous le démontrer une nouvelle fois. Ajoutons qu’en déposant cette proposition de loi, vous avez manqué de respect aux parlementaires. Je vous rappellerai les propos d’un collègue de votre groupe, le président de la commission des finances. Lundi, lors d’un discours dont l’équilibre a été apprécié sur tous les bancs, il a reconnu que, grâce au travail réalisé au cours de cette mandature par l’ensemble des commissaires aux finances, nous avions réussi à partager en deux l’année budgétaire, le premier semestre étant consacré à un travail d’évaluation, le second au travail budgétaire par excellence, à savoir la préparation et l’examen du projet de loi de finances et du projet de loi de financement de la sécurité sociale.
Et voilà qu’en plein milieu d’année, vous nous soumettez cette proposition de loi dont vous voudriez de surcroît que les dispositions aient effet rétroactif ! Le Parlement a voté des mesures en décembre, sur lesquelles vous proposez de revenir dès février ou mars ! Quelle image donnez-vous ? Votre attitude est incohérente et irrespectueuse. Votre proposition de loi n’est pas financée, bien évidemment ! Vous n’en avez pas évalué le coût, ni mesuré les conséquences au niveau du financement de la sécurité sociale. Vous faites fi du travail parlementaire et du sérieux avec lequel la commission des finances exerce ses missions.
 
Pis, vous prétendez, avec assurance, que vos propositions sont financées. J’ai fini par vous croire ! Or, vous prévoyez seulement, à l’article 6, de gager cette proposition de loi par une hausse des taxes sur le tabac. Vous renvoyez alors à votre site internet. À force de chercher, nous avons fini par y trouver un fichier PowerPoint, rédigé par un responsable de la communication. Quel manque de respect que de penser pouvoir réviser la loi de finances à partir d’annexes à des annexes et sous PowerPoint !
(Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM.)
  La parole est à M. Jean-Louis Bricout. Rappelons brièvement la politique menée par ce Gouvernement. Dès son arrivée, il a pris des mesures qui ont privé l’État de recettes, qu’il s’agisse de la suppression de l’ISF ou de l’institution de la flat tax. En deux mots, vous incitez le monde de la finance à acheter autant d’actions qu’il le souhaite, puisqu’elles n’entreront pas dans le patrimoine soumis à l’impôt, et que les revenus qu’elles produiront seront  imposés à un taux moindre que celui de la première tranche pour les revenus du travail.
Et que dire de la réduction de la taxe d’habitation ! Quand on se prive d’autant de recettes, il faut prendre des mesures d’économies. Vous avez donc décidé de supprimer les contrats aidés, ce qui a fait beaucoup de mal dans les territoires. Vous avez baissé les aides personnalisées au logement et désindexé nombre de prestations. Ces mesures ne suffisant pas, vous êtes partis en quête de nouvelles recettes, douloureuses pour nos retraités : la hausse de la CSG et de la fiscalité écologique, sans vous préoccuper des conséquences de l’augmentation du prix de l’essence pour les personnes contraintes d’emprunter leur voiture.
 
Finalement, vous n’avez fait que rectifier le tir mais il aura fallu l’action des gilets jaunes pour prendre conscience que vous aviez totalement déséquilibré le système fiscal et le système social.
 
Vous avez pris quelques mesures fin 2018, puis d’autres à la suite du grand débat.
 
La proposition de loi de nos collègues de droite est singulière en ce qu’elle propose des dispositions généralement classées à gauche. Nous sommes bien évidemment d’accord pour redonner du pouvoir d’achat aux plus modestes. Nous soutiendrons également les propositions du groupe GDR en faveur d’un impôt sur le revenu plus progressif et plus juste. Nous y reviendrons.
 
La parole est à Mme Emmanuelle Anthoine. Le groupe Les Républicains n’a eu de cesse de dénoncer l’injustice de la désindexation des pensions de retraite sur l’inflation, venue s’ajouter à la hausse de la CSG sur laquelle le Gouvernement a reculé depuis ; de rappeler que ces retraités, qui ont pu travailler toute leur vie jusqu’à quarante heures par semaine, ont vu leur pouvoir d’achat considérablement réduit et éprouvent des difficultés à joindre les deux bouts.
En revenant, en partie seulement, sur la hausse de la CSG, ce que nous vous avions réclamé avec insistance, le Gouvernement n’a parcouru que la moitié du chemin. Pour l’aider à aller au bout de la démarche, nous proposons de réindexer les pensions de retraite sur l’inflation.
 
Il est en effet impératif de rendre du pouvoir d’achat aux retraités qui ont subi un véritable matraquage fiscal depuis le début du quinquennat. La désindexation des pensions de retraite étant une mesure injuste, il convient de revenir pleinement dessus en donnant à la réindexation un effet rétroactif. Cet article redonne un réel pouvoir d’achat aux Français, ce qui permettra à la fois de soutenir la croissance et de rétablir la confiance. Il convient de l’adopter.
(Applaudissements sur les bancs du groupe LR.)
  Monsieur Di Filippo, j’ai le plaisir de vous passer maintenant la parole, à vous et à vous seul. Je profite, madame la secrétaire d’État, de l’examen des articles pour poursuivre notre réflexion. Quel sérieux, en effet ! La majorité peut nous donner des leçons en matière de financement de nos mesures quand, pour la première fois de l’histoire de France, vous afficherez cette année le pire déficit de la zone euro. Aux 110 milliards votés par le Parlement, il faut ajouter les 17 milliards des mesures prises à la suite du mouvement des gilets jaunes – dont le chiffrage est plus qu’approximatif –, le coût de la suppression de la taxe d’habitation, celui des conséquences de la surévaluation de la croissance. Finalement, on arrive à 130, voire 140 milliards, soit le double du déficit laissé par François Hollande. Qui n’était déjà pas mal ! Pour ce qui est de la démagogie et de l’irresponsabilité, chers collègues, je vous renvoie à vos propres turpitudes. Nous avons, pour notre part, le courage, à côté de cette proposition de loi, d’assumer un programme de 20 milliards d’euros d’économies, justificatifs chiffrés à l’appui.
Nous avons le courage de proposer un plafonnement du cumul des aides sociales, pour permettre une revalorisation réelle du travail. Nous vous disons : Chiche ! Accompagnez-nous sur les mesures de revalorisation du pouvoir d’achat des classes moyennes que défend Patrick Hetzel, et nous vous accompagnerons sur les économies que nous vous proposons de réaliser afin de réduire le déficit de l’État.
 
Au début du quinquennat, vous avez matraqué les particuliers et les ménages : en effet, monsieur le député, il ne suffit pas d’évoquer les impôts, il faut parler aussi de  toutes les taxes, qu’il s’agisse de la CSG ou de la taxe sur les carburants. Alors oui, les retraités et les travailleurs ont perdu du pouvoir d’achat.
 
Dans la seconde partie du quinquennat, vous voudriez baisser quelque peu les impôts des ménages, mais au prix d’un matraquage fiscal en règle des entreprises : modification de la trajectoire de baisse de l’impôt sur les sociétés, pour 1,8 milliard d’euros, réduction des niches fiscales pour les entreprises, c’est-à-dire pour elles augmentation des impôts, pour  5 milliards d’euros, et taxation des contrats courts.
 
C’est à cause de votre politique que le taux de chômage est supérieur en France à ce qu’il est dans les autres pays européens et que l’activité y est étouffée. Aujourd’hui, je le répète, nous disons : Chiche ! Changeons de paradigme, rendons du pouvoir d’achat aux Français et réalisons les économies nécessaires.
(Applaudissements sur les bancs du groupe LR.)
  La parole est à M. Michel Castellani. Le groupe Libertés et territoires soutiendra cette mesure de nos collègues du groupe Les Républicains, d’autant que nous l’avons nous-mêmes proposée à plusieurs reprises. Il existe manifestement un problème des retraites en France – et je ne parle pas des allocations familiales, du minimum vieillesse ou des pensions d’invalidité. Ce problème des retraites a d’ailleurs été l’un des moteurs de la crise dite des gilets jaunes. Je ne pense évidemment pas aux retraites chapeau, qui sont quelquefois choquantes, délirantes : je pense aux petites retraites, qui sont les plus nombreuses et sur lesquelles le Gouvernement est allé gratter quelques milliards, ce qui est, à juste titre, mal ressenti car beaucoup de retraités sont, dans leur vie quotidienne, en grande difficulté.
L’indexation des retraites sur l’inflation est une mesure minimale de maintien du pouvoir d’achat.
 
La parole est à Mme Cendra Motin. Souvent, dans cet hémicycle, vous nous accusez de diviser les Français : nous serions les champions pour couper la France en deux. Il est vrai que vous ne vous débrouillez pas trop mal ! Pourtant, ce que nous lisons, dans votre annexe budgétaire sur Powerpoint, c’est une grande réforme du système des retraites, qui aboutira à diviser la France en deux : d’un côté, les gentils, ceux qui sont au régime général, et, de l’autre les méchants, tous ceux qui ont des avantages phénoménaux, à savoir tous ceux qui bénéficient d’un régime spécial de retraite et qui verraient leurs droits tomber du jour au lendemain, afin de vous permettre d’économiser 1 milliard par an – 5 milliards en tout, nous dites-vous. Si cela n’est pas une vision comptable, j’ignore ce que c’est ! En tout cas, on ne fait pas mieux pour diviser les Français !
Vous pouvez nous taxer de tous les maux, la vérité est que vous escomptez réaliser des économies sur les infirmières, les professeurs, les policiers, les militaires, les dockers, et trente-sept autres régimes spéciaux,…
 
Pas nous ! …que, pourtant, vous défendez de manière presque systématique lorsqu’on évoque une réforme catégorielle. Vos réformes paramétriques, qui divisent les Français, ne sauraient, à nos yeux, constituer le socle d’économies possibles. Vos propositions, qui frôlent le populisme, sont plus théoriques que fondées sur la réalité économique. (Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM.) La parole est à M. Jean-Hugues Ratenon. Cet article vise à réindexer les pensions de retraite et les allocations sur l’inflation : nous avions défendu la même mesure lors de l’examen du projet de loi de financement de la sécurité sociale. C’est, du reste, grâce à notre recours sur ce texte que le Conseil constitutionnel a censuré la désindexation pour 2020, obligeant le Gouvernement à repasser devant le Parlement pour la faire voter par sa majorité.
Même après les mesures prises en décembre, visant à limiter le nombre des retraités subissant la hausse de la CSG, ceux-ci demeurent perdants. Les ménages comptant au moins un retraité perdraient en moyenne 200 euros par an. Le Gouvernement récupère 2,8 milliards en 2019 et récupérera 5,2 milliards en 2020 sur le dos des retraités – augmentation de la CSG et désindexation des pensions comprises.
 
Ce n’est pas aux familles et aux retraités de financer les baisses d’impôts des plus riches. S’agissant des retraites, deux mesures complémentaires devraient être prises, que nous ne pouvons malheureusement pas défendre par voie d’amendement, en raison de l’article 40, mais qu’il est possible de retrouver dans notre programme
L’Avenir en commun  : aucune pension de retraite inférieure au SMIC et relèvement du minimum vieillesse au-dessus du seuil de pauvreté.
 
Nous voterons volontiers cet article. Toutefois, nous ne pourrons pas voter l’ensemble de la proposition de loi, car les recettes qu’elle prévoit ne sont pas les bonnes.
 
Sur l’article 1er, je suis saisi par le groupe Les Républicains d’une demande de scrutin public.
Le scrutin est annoncé dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.
La parole est à Mme Patricia Lemoine.
 
La position du groupe UDI et indépendants sur l’article 1er, qui sera la même sur l’ensemble des articles de la proposition de loi, n’a pas changé : nous considérons que le calendrier n’est pas le bon. Vos propositions sont intéressantes ; elles constituent des pistes à explorer, mais dans le cadre d’un projet de loi de finances ou d’un projet de loi de financement de la sécurité sociale, non en milieu d’année, d’autant que plusieurs mesures auraient un effet rétroactif, le tout pour un montant de 17 milliards d’euros, ce qui n’est pas neutre pour le budget de l’État.
Nous avons besoin de savoir comment vous les financerez, de connaître leur incidence sur l’ensemble du budget. C’est la raison pour laquelle nous ne pourrons pas soutenir les articles de la proposition de loi, alors que, je le répète, plusieurs d’entre eux contiennent des pistes intéressantes à creuser, dans le cadre d’un PLF ou d’un PLFSS.
(Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LaREM.)
  La parole est à M. Philippe Chassaing. Je tiens à vous rappeler que l’augmentation de 1,7 point de la CSG ne concerne plus que 30 % des retraités : ceux qui touchent plus de 2 000 euros par mois. Et alors ? Ils ont travaillé pour cela ! De plus, comparée aux autres pays européens, la France est un des pays les plus généreux envers les retraités, puisqu’elle leur consacre 3,4 % de PIB de plus.
Enfin, aujourd’hui, le niveau de vie moyen des retraités est supérieur à celui des actifs, comme l’a encore rappelé un rapport récent de France Stratégie.
 
Nous comprenons bien votre logique : c’est essentiellement la question du pouvoir d’achat des retraités que vous soulevez et non celle de l’ensemble des Français. Vous devriez le dire plus clairement.
 
Il est par ailleurs regrettable que vous fassiez abstraction de l’intérêt qu’il y a à faire financer l’assurance maladie et l’assurance chômage par la CSG. Il me semble, en effet, que nous faisons progresser le système de la protection sociale en le rendant plus universel, d’autant que cela permettra, demain, à des indépendants de percevoir des allocations chômage.
 
Bas les masques ! Montrez-vous plus cohérents dans les propositions que vous soutenez !
(Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM.)
  La parole est à M. Stéphane Peu. La discussion générale a eu lieu au cours d’une séance précédente. Toutefois, à l’occasion du débat sur l’article 1er, que nous voterons, parce qu’il est cohérent avec tous nos propos antérieurs, nous tenons à réaffirmer que la décision de désindexer les allocations familiales et les retraites a été à nos yeux d’autant plus insupportable que dans le même temps, étaient faits des cadeaux aux plus fortunés du pays.
Il est possible d’exploiter tous les chiffres que l’on veut, afin de prouver que les retraités seraient mieux traités en France qu’ailleurs ; je ne vous conseille pas d’aller l’expliquer hors de l’hémicycle, à des retraités qui souffrent de voir leur pouvoir d’achat baisser depuis deux ans,…
 
Il a raison. …d’autant que, dans le calcul du pouvoir d’achat, il faut prendre en compte non seulement le montant des retraites, mais aussi l’ensemble du coût de la vie, qui augmente. Les retraités, qui ont travaillé dur, mènent une existence très difficile. Insupportable, même. Ce qui est surtout insupportable pour les retraités et d’ailleurs pour les Français en général, c’est qu’en même temps que vous rendiez la vie plus difficile aux plus modestes, c’était open bar pour le 1 % des plus riches, qui ont été les seuls gagnants et grands gagnants de toutes vos décisions fiscales et budgétaires depuis deux ans. C’est cette dichotomie qui est insupportable.
Encore, si l’effort était partagé par tous, une pédagogie quant à la répartition de cet effort serait possible. Mais ce n’est pas le cas : vous avez ouvert les vannes des finances publiques pour les plus riches, tout en les resserrant pour les retraités et les plus modestes, ce qui a eu pour effet de diminuer leur pouvoir d’achat. C’est cette injustice fiscale assumée qui est insupportable et a été à l’origine de la crise sociale de ces six derniers mois.
 
Si vous ne l’avez pas compris au bout de six mois, c’est à désespérer !
 
La parole est à M. Pascal Lavergne. Venant juste d’arriver, peut-être répéterai-je ce qui a déjà été dit, mais la pédagogie étant l’art de la répétition, il faut en faire de façon permanente, s’agissant des mesures qui ont été prises par ce gouvernement et soutenues par cette majorité. C’est vrai, il ne faut pas se lasser de les expliquer aux Français : ils sont si bêtes ! Puis-je m’exprimer, monsieur Peu ?
La taxe d’habitation sur les résidences principales sera progressivement supprimée d’ici à 2020 pour la majorité des ménages et d’ici à 2022-2023 pour tous, ce qui représentera une baisse d’impôt de 17 milliards d’euros pour les Français.
 
Je suis élu d’une circonscription de la Gironde qui ne fait pas partie de la métropole bordelaise et se situe en périphérie du département. Or la métropolisation a pour effet de déplacer des populations qui ont peu de moyens, par cercles concentriques, jusqu’aux aux zones périphériques du département. C’est ainsi que le revenu moyen par habitant dans la commune dont j’ai été maire est inférieur à 1 000 euros.
 
Hier, Bercy nous a fourni des chiffres : la suppression de la taxe d’habitation permettra aux ménages de ma commune d’économiser en moyenne 600 euros par an – quasiment un treizième mois. Si ce n’est pas du pouvoir d’achat supplémentaire, cela y ressemble, et ils y sont, en tout cas, très sensibles.
(Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM.)
 
De plus, les cotisations salariales ont diminué en 2018, permettant de donner 22 euros supplémentaires par mois à chaque salarié. Enfin, les chefs des petites entreprises nous sont reconnaissants de tous les efforts que nous avons engagés pour favoriser la reprise de l’activité économique du pays. S’il faut redonner du pouvoir d’achat, il ne faut pas pour autant sacrifier les entreprises. Il faut au contraire permettre aux chefs des TPE à la fois d’embaucher et de vivre de leur entreprise.
 
La parole est à Mme Brigitte Kuster. Je n’avais pas prévu d’intervenir mais une phrase d’un député de La République en marche m’a fait réagir : les retraités ont un meilleur niveau de vie que les actifs, a-t-il dit. Et alors ? J’ignore tout d’abord sur quels chiffres vous vous appuyez pour justifier une telle assertion. Ensuite, pourquoi pointer du doigt les retraités ? Si certains ont un pouvoir d’achat supérieur aux actifs, c’est qu’ils ont cotisé à cette fin : ce pouvoir d’achat, ils l’ont mérité. (Exclamations sur les bancs du groupe LaREM.) Au moment même où vous vous refusez, dites-vous, à diviser les Français, vous opposez les retraités aux actifs. C’est surréaliste !
Il n’est pas suffisant, à nos yeux, d’avoir allégé seulement la CSG des retraités qui perçoivent moins de 2 000 euros par mois.
 
Ponctionner les retraités, c’est s’attaquer à des citoyens dont le pouvoir d’achat est, par définition, bloqué : il ne pourra plus jamais progresser. Pour eux, c’est donc la double peine.
 
De manière générale, vous avez aussi un problème avec la politique familiale : vous vous attaquez non seulement aux retraités, mais aussi aux familles dans leur ensemble – nous n’en avons peut-être pas assez parlé. Vous vous en prenez au quotient familial, renforcez le caractère destructeur de la politique engagée par le président François Hollande, et vous détruisez l’une des rares politiques que nous envient nos voisins européens. C’est tout simplement inacceptable.
(M. Maxime Minot applaudit.)
  La parole est à Mme Christine Cloarec. Je n’avais pas prévu d’intervenir, mais je crois qu’il faut continuer à faire de la pédagogie. (Exclamations sur les bancs du groupe LR.) Il est vrai que les Français sont des idiots ! S’est achevé hier le Printemps social de l’évaluation, dans le cadre duquel nous avons auditionné les services et les ministres. Je rappelle que, dans le cadre de la loi de financement de la sécurité sociale et de la loi de finances pour 2019, ainsi que  de la loi portant mesures d’urgence économiques et sociales, adoptée en décembre dernier, nous avons fait beaucoup sur le complément de libre choix du mode de garde pour les familles monoparentales et les familles ayant un enfant en situation de handicap. Nous avons harmonisé les barèmes et les plafonds de la prestation d’accueil du jeune enfant et du complément de libre choix du mode de garde. Nous avons prévu un dispositif d’accompagnement de l’abaissement de l’âge de l’instruction obligatoire à 3 ans. Nous avons diminué les cotisations sociales en contrepartie de la hausse de la CSG. Nous avons rétabli le taux de la CSG à 6,6 % pour certains retraités invalides. Nous avons exonéré de cotisations sociales les  heures supplémentaires et complémentaires. Nous avons permis le versement d’une  prime exceptionnelle défiscalisée et désocialisée. (Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM.)
Nous n’avons jamais autant fait pour le pouvoir d’achat des Français. Je tenais à le rappeler.   (Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM.)
  Il est bizarre qu’ils ne l’aient pas compris ! La parole est à M. Bruno Fuchs. Monsieur Peu, l’idée que la politique fiscale du Gouvernement ne profite qu’aux riches prospère depuis un certain temps, je ne comprends d’ailleurs pas pourquoi, car elle est fausse. Nous avons essayé de faire converger la fiscalité française avec la fiscalité européenne, en tout cas pour ce qui est des entreprises, et elle se situe encore légèrement au-dessus. Cette politique fiscale est menée non pour les riches, mais pour que les entreprises puissent disposer de capital : elle a aujourd’hui des effets, puisque la France est devenue le deuxième pays le plus attractif pour les investissements et crée des emplois industriels.
Vous ne pouvez pas dire ce que vous dites, car la capacité à créer de l’activité économique et de l’emploi permet d’assurer le pouvoir d’achat. Nous avons une divergence sur la façon de relancer l’économie. Depuis trente ans, on a trop souvent augmenté le pouvoir d’achat par la dette, laquelle atteint aujourd’hui quasiment 100 % du PIB. Le pouvoir d’achat ne peut augmenter que si l’on crée des richesses, et c’est là que nous divergeons fortement : ces richesses ne peuvent être créées que si les conditions fiscales sont réunies. En France, le cadre fiscal permet aujourd’hui de générer du pouvoir d’achat, notamment par la création d’activités économiques et de services.
(Applaudissements sur les bancs du groupe MODEM.)
  La parole est à M. le rapporteur. La majorité dit que jamais autant n’a été fait pour le pouvoir d’achat des Français. On se demande bien pourquoi ils ne semblent pas le comprendre ! (Exclamations sur plusieurs bancs du groupe LaREM.) Ce qui est étonnant, c’est que jamais les taxes n’ont autant augmenté. Au cours des deux premières années de la législature, on taxe. Après, on allège un peu le dispositif, et on dit que jamais autant n’a été fait. C’est incroyable ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LR.) C’est vrai ! Je tiens à préciser quelques éléments pour clarifier le débat. Tout d’abord, on reproche au groupe Les Républicains que ses propositions ne soient pas financées. Je rappelle que les financements sont prévus à l’article 6, avec une augmentation des prix du tabac. (Exclamations sur les bancs du groupe LaREM.) Madame la secrétaire d’État, vous savez pertinemment que nous n’avons pas d’autre solution : nous devons gager nos propositions. Comme l’a rappelé M. Di Filippo, depuis deux ans, le président Woerth ne cesse de répéter que nous proposons 20 milliards d’euros de réduction des dépenses. Le dispositif est financé. Non ! En outre, on nous objecte un problème de calendrier. Vous savez pertinemment que nous ne pouvons faire inscrire ces propositions de loi à l’ordre du jour qu’à certains moments. Nous aurions pu, d’ailleurs, en débattre beaucoup plus tôt : c’est précisément parce que vous n’avez pas voulu en débattre il y a quelques mois que nous en débattons au mois de juin. Ne nous reprochez pas ce dont vous êtes les responsables ! Mais il est vrai que cette majorité est experte en la matière.
J’en viens à la question de fond. Vous dites que seuls 30 % des retraités seront concernés car ceux qui touchent moins de 2 000 euros par mois verront leur pension réindexée l’année prochaine. Vous mettez en place un dispositif particulièrement injuste, avec des effets de seuil : le retraité disposant d’une pension de 1 995 euros bénéficiera de la réindexation, tandis que celui dont la pension est de 2 000 euros n’y aura pas droit, alors qu’il ne touche que 5 euros de plus ! C’est injuste. Comme l’a excellemment rappelé, en commission, M. de Courson, le Gouvernement ayant augmenté la CSG pour baisser les cotisations sur les salaires, cela a eu pour conséquence que celui qui touche 10 000 euros de salaire a bénéficié d’une baisse de cotisations, tandis que celui qui n’a qu’une petite retraite a vu sa CSG augmenter. Voilà ce que vous avez fait !
(Applaudissements sur les bancs du groupe LR.)
  C’est ridicule ! Monsieur Cazeneuve, je vous ai écouté : écoutez-moi ! Je sais que c’est difficile, parce que nous mettons le doigt là où cela fait mal. (Exclamations sur les bancs du groupe LaREM. – Applaudissements sur les bancs du groupe LR.)
C’est sûr qu’il n’est pas très agréable, pour la majorité, de se rendre compte que, pendant deux ans, elle a fait fausse route. Depuis deux ans, les Républicains font des propositions, et vous voilà obligés d’aller à Canossa et de reprendre leurs propositions ! Il faut que cela soit dit ! (Mêmes mouvements.)
 
En plus, vous refusez de l’assumer ! Le Premier ministre a fait ici des propositions. Je l’ai pris au mot : par un amendement, qui sera examiné tout à l’heure, nous reprenons strictement une proposition du Premier ministre, mais cet amendement, vous l’avez rejeté en commission !
(Mêmes mouvements.)
  Cela doit être discuté dans le cadre du PLFSS. S’il vous plaît, chers collègues ! Voyez comme vous êtes constructifs ! Cela n’est pas très sérieux.
Enfin, je rappelle que l’article 1er de cette proposition de loi vise à réindexer les  retraites à partir de 2019, avec effet rétroactif.
 
Sur cinq ans ? Assumez auprès de nos concitoyens que vous refusez l’indexation des retraites dès 2019 et bien sûr tout effet rétractif.
Vos actes sont en complet décalage avec vos propos : les Français s’en souviendront !
(Vifs applaudissements sur les bancs du groupe LR.)
  Il a raison ! Nos débats de ce matin sont fort animés. Les Républicains sont sur les nerfs ! La parole est à Mme la secrétaire d’État. Je n’aurai peut-être pas autant de talent oratoire que M. le rapporteur,… C’est parce qu’il est sincère ! …mais je voudrais rappeler quelques faits, parce que j’ai entendu beaucoup de choses qui ne me semblent pas fondées sur la raison. Les prélèvements obligatoires ont augmenté de deux points entre 2008 et 2012. Je crois bien que c’était votre famille politique qui était alors majoritaire. (Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM.) Il y avait une crise ! Ils ont augmenté de 1,3 point de 2012 à 2017. Ce matraquage fiscal a duré dix ans. Macron était ministre de l’économie ! Il se trouve que nous, nous sommes en train de les diminuer, ces prélèvements obligatoires, et que la trajectoire prévue doit permettre d’en ramener le taux à 44 %, là où nos prédécesseurs les ont augmentés de trois points. (Exclamations sur les bancs du groupe LR.)
Nous atteindrons cet objectif probablement plus tôt que prévu.
 
Macron était ministre de Hollande ! Si vous me le permettez, je parle de l’actuelle mandature. Vous prétendez que la réduction de la taxe d’habitation ne fait pas gagner en pouvoir d’achat. J’avoue ne pas comprendre : c’est précisément une mesure de justice sociale, les bases de la taxe d’habitation étant très éloignées de la situation réelle des Français qui habitent les logements concernés. Comment financez-vous cette mesure ? Tout le monde dit que cet impôt est injuste. Nous le supprimons, et je crois que tout le monde devrait s’en réjouir. (Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM.) Cette mesure figurait clairement dans le programme du Président de la République. Comment la financez-vous ? Comment la compensez-vous pour les collectivités ? Le déficit de la France était de 2,5 % l’année dernière, soit le niveau le plus bas depuis des années. 15 milliards d’euros de déficit commercial en deux ans ! Comme cela a été très bien rappelé, les indicateurs économiques laissent penser que notre politique économique porte ses fruits. Le taux d’emploi est le plus élevé depuis quarante ans. Le taux de chômage est le plus bas depuis dix ans. (Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM.) Pour la première fois depuis dix ans, on a créé de l’emploi industriel en France en 2017, 2018 et 2019, alors qu’on en détruisait 160 000 il y a dix ans. On a fait le choix de l’activité et de l’emploi. Faire converger la fiscalité sur le capital avec celle prévalant en Europe, c’est faire le choix de l’investissement et de l’emploi soutenable et durable. Cela ne se voit pas ! C’est insolent ! Je ne crois pas que le fait d’avoir un taux de prélèvements obligatoires légèrement supérieur à celui des pays scandinaves et de l’Allemagne soit contestable. (Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM.)
S’agissant des effets de seuil et de la hausse de la CSG, nous prévoyons un lissage, comme cela existe pour ce type de mesures. Il y aura un lissage par tranche sur la revalorisation des pensions situées autour de 2 000 euros. En tout état de cause, pour avoir l’habitude de traiter ces sujets, vous savez qu’il est possible de gérer ces effets de seuil. Il ne faut pas agiter des chiffons rouges imaginaires. De même, parlons de la réalité, et non de fantasmes à partir desquels il est aisé de disserter. (Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM.)
 
S’agissant du quotient familial, la loi de finances pour 2019 a relevé son plafond de 1 527 à 1 561 euros, de même qu’elle a relevé le plafond de l’allocation parent isolé de 3 602 à 3 660 euros. Ces faits, là encore, contredisent vos arguments.
 
Enfin, je rappelle que l’INSEE – Institut national de la statistique et des études économiques –, l’OCDE – Organisation de coopération et de développement économiques – et d’autres économistes prévoient une augmentation de 2 % du pouvoir d’achat cette année, soit la plus forte augmentation depuis 2007.
(Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM.)
  Nous en venons aux explications de vote sur l’article.
La parole est à M. Jean-Louis Bricout.
Certes, la taxe d’habitation est injuste, mais parce que les bases n’ont pas été révisées depuis 1970. Il est toujours possible de le faire. Ensuite, vous avez dit aux retraités que l’augmentation de la CSG serait compensée par la baisse, et même pour certains la suppression totale de la taxe d’habitation. Cependant, il y a des inégalités territoriales : tous les retraités ont subi la même hausse de CSG quel que soit leur lieu d’habitation, mais tous n’ont pas bénéficié d’une compensation identique en matière de taxe d’habitation. En outre, vous avez présenté cette mesure comme un gain de pouvoir d’achat. Certes, on rend du pouvoir d’achat aux Français, mais on le reprend d’un autre côté. Vous ne supprimez pas un impôt, vous ne faites que transformer un impôt local en impôt national, avec toutes les injustices que cela comporte d’ailleurs, puisque vous prévoyez de compenser la perte de recettes pour les  communes et que cette compensation sera financée sur le budget de l’État. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LR. – Exclamations sur plusieurs bancs du groupe LaREM.) C’est une réorientation des dépenses ! Je suis désolé, c’est la réalité ! Vous avez fait beaucoup de pédagogie ; permettez-moi de vous donner quelques explications. (Exclamations sur plusieurs bancs du groupe LaREM.) Je vous ai donné la parole pour une explication de vote, monsieur Bricout. Le groupe Socialistes et apparentés votera l’article 1er car il rejoint ses préoccupations. (Mêmes mouvements.) Voilà l’alliance LR-PS ! Il s’agit simplement de réindexer sur l’inflation des retraites qui n’auraient jamais dû être désindexées. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LR.) Il a bien changé, le PS ! La parole est à M. Jean-René Cazeneuve. Permettez-moi d’abord de rappeler en toute amitié à M. le rapporteur que la manière dont il a montré du doigt, avec insistance, l’un de ses collègues n’est pas correcte dans l’enceinte de notre hémicycle. (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes LaREM et MODEM. – Protestations sur plusieurs bancs du groupe LR.)
Le groupe La République en marche ne votera pas cet article, pour trois raisons principales.
 
Tout d’abord, cette proposition de loi n’est pas le bon véhicule. Le président Woerth lui-même a dit lundi, dans notre hémicycle, que le premier semestre devait être consacré à l’évaluation et à un travail de fond sur nos politiques publiques ; c’est pendant le second semestre que nous examinons et votons le projet de loi de finances.
 
Ce n’est donc qu’une question de calendrier ? La présente proposition de loi n’est accompagnée d’aucune étude d’impact, notamment sur les équilibres du PLFSS. Vous savez pertinemment que votre texte est bricolé. Et les mesures adoptées en urgence à la fin du mois de décembre ? Je ne parle même pas de l’effet rétroactif, qui est tout à fait inapproprié.
Deuxième raison de notre opposition à cet article : depuis le début du quinquennat, mes chers collègues, le pouvoir d’achat est notre priorité.
(Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LaREM.)
  Vous vous moquez du monde ! Les résultats sont là : le pouvoir d’achat a augmenté de 1,2 % l’année dernière et il augmentera de 2 % cette année. Voulez-vous que j’énumère les impôts que vous avez augmentés ? Les taxes sur l’essence ! La CSG ! Vous pouvez nous parler de ce qui monte et de ce qui baisse, mais c’est le solde qui importe : le résultat de notre politique est une augmentation significative du pouvoir d’achat. Toutes les études montrent que cette évolution profite aux classes moyennes – je sais que c’est difficile à admettre, mais c’est la réalité.
Nous n’avons pas copié ce que vous nous avez suggéré la semaine dernière ou il y a un mois.
 
Si ! Toutes ces mesures, notamment l’augmentation de la prime d’activité et la baisse des prélèvements obligatoires, figurent dans notre programme depuis le début. Nous voulons que le travail paie ! (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LaREM.) Nous ne faisons qu’exécuter, peut-être à marche forcée, notre programme.
Troisième raison : contrairement à ce que vous voulez nous faire croire, nous n’oublions pas les retraités. Ces derniers bénéficieront cette année d’une augmentation des pensions de 0,3 %.
 
Oh ! Bravo ! Merci, mon bon seigneur ! À partir de l’année prochaine, toutes les pensions inférieures à 2 000 euros par mois se verront appliquer une réindexation. En outre, le Président de la République s’est engagé à ce que tout salarié ayant effectué une carrière complète touche une retraite minimale de 1 000 euros. Non, nous n’avons pas oublié les retraités. (Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM et MODEM.) La parole est à M. Michel Castellani. Le groupe Libertés et territoires votera l’article 1er. Je ne répéterai pas ce que j’ai dit il y a quelques minutes : à l’évidence, il y a un problème de petites retraites en France. Beaucoup de gens souffrent. L’indexation de ces retraites sur l’inflation est une mesure minimale et évidente de maintien du pouvoir d’achat. La parole est à M. Christian Jacob. Après avoir entendu Mme la secrétaire d’État et M. Cazeneuve, j’aimerais rappeler quatre critères indiscutables permettant une évaluation objective de notre situation économique.
Le premier critère est l’évolution des dépenses publiques pendant les deux premières années du quinquennat. Ces dépenses ont augmenté de 55 milliards d’euros, alors que le Président de la République s’était très clairement engagé à les diminuer. Vous pouvez donc faire les présentations que vous voulez : la réalité, c’est que les dépenses publiques ont augmenté de 55 milliards d’euros.
 
Quant à la dette, elle a augmenté de 163 milliards d’euros pendant les deux premières années du quinquennat. Ce n’est pas rien !
 
Pour la première fois, madame la secrétaire d’État, le taux de prélèvements obligatoires a passé la barre des 45 %.
 
J’en viens à la balance commerciale, qui permet de mesurer objectivement la compétitivité de nos entreprises par rapport à celles de nos voisins. Lorsque vous êtes arrivés au pouvoir, notre balance commerciale était déficitaire de 45 milliards d’euros. Ce déficit atteint aujourd’hui 60 milliards d’euros : vous l’avez donc alourdi de 15 milliards.
 
Vous pouvez donc jouer au bonneteau comme vous le voulez, mais l’augmentation de la dépense publique, de la dette, des prélèvements obligatoires et l’aggravation du déficit de la balance commerciale sont incontestables. Voilà la situation économique dans laquelle nous nous trouvons, deux ans après votre arrivée au pouvoir.
(Applaudissements sur les bancs du groupe LR.)
  La parole est à M. Stéphane Peu. Le groupe GDR votera également l’article 1er. Depuis deux ans, beaucoup de mesures injustes ont été adoptées, mais celle qui consiste à faire peser sur les retraités modestes de ce pays un effort démesuré est sans doute l’une des pires ! Il suffit de se promener dans n’importe quelle rue de n’importe quelle ville ou n’importe quel village de France pour constater que les retraités ont extrêmement mal vécu les deux premières années du quinquennat. Ils considèrent la désindexation des pensions de retraite comme extrêmement injuste à leur égard. C’est sans doute pour cela que les retraités ont massivement voté pour la liste Renaissance aux élections européennes ! Tout le monde doit savoir ici que la pension mensuelle moyenne d’un retraité assujetti au régime général est de 1 850 euros bruts par mois. Pour ce retraité, la seule désindexation des pensions entraîne une perte de 21 euros tous les mois. C’est considérable ! Et je ne vous parle pas des conséquences pour ceux qui perçoivent une retraite plus faible : pour une pension de 1 000 euros bruts mensuels, la perte de pouvoir d’achat est de 12 euros par mois.
La réindexation des pensions avec effet rétroactif, pour éviter qu’une interruption de l’indexation devienne définitive, est une mesure de justice. Malgré nos réserves sur d’autres articles de cette proposition de loi, nous soutenons donc l’article 1er.
 
Je mets aux voix l’article 1er.
(Il est procédé au scrutin.) Voici le résultat du scrutin :
        Nombre de votants                        72
        Nombre de suffrages exprimés                71
        Majorité absolue                        36
                Pour l’adoption                30
                Contre                41
(L’article 1er n’est pas adopté.)
La parole est à M. Charles de la Verpillière. Madame la secrétaire d’État, chers collègues de la majorité, vous ne pouvez pas échapper à ce constat implacable : le matraquage fiscal et social des classes moyennes et des familles est le péché originel de la majorité et du Gouvernement. Eh oui ! Comme cela vient d’être dit lors de notre débat sur l’article 1er, l’une des formes de ce matraquage est la suppression de l’indexation des pensions et des allocations sur l’inflation. Nous savons tous que les prix augmentent en moyenne de 1,5 % par an. Du fait de la désindexation, les pensions et les allocations n’ont été revalorisées que de 0,3 % en 2019. Madame la secrétaire d’État, chers collègues de la majorité, je ne sais pas comment faire pour que vous compreniez que l’écart entre 1,5 % d’augmentation des prix et 0,3 % de revalorisation généreuse des pensions et des allocations entraîne inévitablement une baisse du pouvoir d’achat. Ce qui vaut pour les pensions de retraite, dont nous avons parlé à l’article 1er, est aussi valable pour les aides au logement, que vous avez déjà diminuées de 5 euros par mois dès 2017. Leur revalorisation limitée à 0,3 % et leur désindexation entraîne incontestablement, je le répète, une baisse de pouvoir d’achat pour les jeunes et les familles. Nous vous proposons donc de les réindexer complètement sur l’inflation, avec effet rétroactif. (Mme Brigitte Kuster applaudit.) La parole est à M. Jean-René Cazeneuve. Chers collègues du groupe Les Républicains, permettez-moi de vous rafraîchir la mémoire. Il n’y a pas si longtemps, en 2012, lorsque vous étiez encore au pouvoir, vous avez gelé les prestations familiales et désindexé les aides au logement. Maintenant, vous jouez les vierges effarouchées... Il n’y avait pas d’inflation ! Il y avait beaucoup plus d’inflation à cette époque qu’aujourd’hui ! La situation était différente ! Aujourd’hui, comme vous le savez, le taux d’inflation est extrêmement faible.
Cette proposition de loi comporte un péché mignon : elle prévoit l’indexation de tout. Vous voulez indexer les aides au logement, les allocations familiales, les retraites… Or l’indexation est évidemment une source de d’inflation et d’augmentation significative des dépenses publiques.
 
Dites aussi aux actionnaires que des revenus en progression constante, ce n’est pas une bonne chose ! Vous prétendez vouloir lutter contre la hausse des dépenses publiques, mais vous êtes favorables à une indexation qui, par définition, aligne l’évolution des dépenses publiques sur l’inflation, alors même que le Gouvernement doit faire face à d’autres priorités et réaliser un certain nombre d’investissements. Avec une telle disposition, le déficit se creuserait structurellement.
L’indexation systématique n’est pas la bonne solution car cette politique consiste à renoncer à faire des choix. Or, quand nous nous engageons à n’indexer que les pensions de retraite inférieures à 2 000 euros, nous faisons un choix politique en faveur d’une répartition des richesses plus juste.
 
Ben voyons ! En matière de logement, puisque c’est de ce sujet que traite l’article 2, nous préférons nous attaquer aux racines du mal. C’est tout l’esprit de la loi portant évolution du logement, de l’aménagement et du numérique – la loi ÉLAN –, dont je vous rappelle rapidement les grands axes : construire plus, mieux et moins cher, améliorer le cadre de vie des Français, faire évoluer le secteur du logement social, favoriser la mixité. (Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM.) Quel pipeau ! C’est un expert qui parle ! La parole est à Mme Cendra Motin. Continuons à passer au crible les propositions d’économies du groupe Les Républicains. Comment conciliez-vous cet article 2 avec votre invitation à « sortir de l’assistanat », comme vous aimez à le dire ? Il existe aujourd’hui quarante-sept aides sous conditions de ressources dont le coût avoisine 100 milliards d’euros, et par un coup de baguette magique, vous voulez économiser encore une fois 5 milliards d’euros. Magnifique ! Or vous ne précisez pas quels publics seront affectés par vos mesures d’économies. Allez-vous choisir les retraités à faible revenu en touchant à l’allocation personnalisée d’autonomie, l’APA ? Allez-vous choisir les adultes handicapés ? Les bénéficiaires de la politique familiale ? Je ne le pense pas. Allez-vous diminuer les APL ? Il ne me semble pas non plus, puisque vous voulez les réindexer. Ainsi, vous formulez de nombreuses propositions de dépenses publiques, mais vous ne précisez pas où vous trouverez ces 5 milliards d’euros d’économies que vous mettez pourtant en avant en stigmatisant, une fois encore, ceux qui en ont besoin et en dénonçant l’assistanat. La belle affaire !
Je ne peux pas résister à réagir à votre proposition sur la prévention santé. On s’éloigne un peu du texte, mais comme ce dernier ne comporte aucune disposition sur ce sujet, je profite de l’occasion pour en parler. Là encore, vous qui êtes les chantres de la ruralité, dont vous savez combien elle est mal connectée, vous proposez de faire 5 milliards d’euros d’économies grâce à la télémédecine dans tous les villages. Ce n’est rien de moins que la e-santé que vous voulez instaurer.
 
Vous découvrez que, dans nos campagnes déconnectées, nous allons tout d’un coup faire 5 milliards d’économies grâce à la e-santé, que vous combattez pourtant chaque fois que nous en parlons. Quelle cohérence ! Nous venons de perdre 10 milliards d’euros d’un seul coup avec vos propositions ? La belle affaire ! Là encore, beaucoup de vent !
(Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM.)
  Après le pipeau, la flûte ! La parole est à M. Jean-Hugues Ratenon. Depuis son arrivée au pouvoir, le Président de la République, Emmanuel Macron,  n’a cessé de raboter les APL : baisse soudaine et injuste de 5 euros en 2017, gel en 2018, qui a coûté en moyenne 4,2 euros par bénéficiaire, et sous-indexation en 2019. Le montant moyen d’une APL étant de 231 euros par mois, cette sous-indexation fera de nouveau baisser, en moyenne, les APL de 2,5 euros par mois en termes réels. Ce montant sera encore plus élevé pour ceux qui en touchent le plus, c’est-à-dire les personnes les plus fragiles, les familles les plus exposées, la baisse atteignant par exemple 6 euros pour les bénéficiaires touchant le plafond.
En 2019, les bénéficiaires auront perdu, en moyenne et en termes réels, 12 euros d’APL depuis l’arrivée du Président Emmanuel Macron, et cette dégringolade empirera encore en 2020.
 
L’article 1er propose, d’une manière logique, de revenir sur cette dernière désindexation de 2019. Notre groupe La France insoumise avait proposé cette mesure par un amendement au projet de loi de finances pour 2019. Cette question est, je le répète très importante. C’est, d’ailleurs, grâce au recours que nous avions déposé sur le projet de loi de finances que le Conseil constitutionnel a censuré cette désindexation pour 2020. La majorité devra donc, comme je l’ai dit, passer à nouveau devant le Parlement pour la faire voter. Nous allons donc, en toute logique, voter cet article 1er.
 
La parole est à M. Michel Castellani. Cet article propose de réindexer en 2019 les aides au logement sur l’inflation. Comme nous l’avons dit à propos des pensions de retraite, les APL ne seront revalorisées que de 0,3 % en 2019 et 2020, loin donc du niveau de l’inflation, qui se situe autour de 1,5 %.
Je ne répéterai pas ce que j’ai déjà dit ce matin ici, mais c’est pour les mêmes raisons que nous soutiendrons cet article.
 
La parole est à M. Éric Coquerel. Le groupe La France insoumise soutiendra, bien évidemment, cet article. M. Cazeneuve faisait tout à l’heure de l’indexation des allocations la mère de tous les déficits structurels. L’indexation systématique ! C’est énorme ! C’est joli ! Mais il y a des gens que vous n’avez jamais désindexés : pour les plus riches des actionnaires, pas de problème pour leur supprimer l’ISF ni instituer la flat tax. Pour eux, c’est la vie belle ! Pas question de les désindexer, et pour cause : vous leur offrez chaque année des milliards, qui augmentent le déficit structurel, car ce sont autant de recettes en moins pour l’État.
Que, tout en appliquant cette politique, vous vous permettiez, à l’autre bout de l’échelle, de toucher aux APL, est d’une telle injustice que vous ne vous rendez même pas compte de ce que cela provoque. Ne pensez pas que le mouvement des gilets jaunes et les mobilisations aient d’autres causes que des taxations injustes ressenties comme pesant toujours sur les mêmes, alors que vous favorisez les plus riches. Et vous continuez cette politique.
 
Non seulement vous avez baissé le montant des APL de 5 euros en 2017, l’avez gelé en 2018 et en proposez la sous-indexation en 2019, mais vous avez ajouté à cela la contemporanéisation des ressources dans le projet de loi de finances pour 2019, ce qui a pour conséquence de réduire globalement de 900 millions d’euros l’enveloppe dédiée aux APL. C’est donc, en réalité, près de 1 milliard d’euros supplémentaires qui ont été ainsi retirés aux 6,5 millions de foyers qui touchent des APL, et dont nous savons qu’ils sont parmi les plus pauvres de nos concitoyens.
 
Tout cela est insupportable. De surcroît, vous le justifiez en disant que les indexations ne sont pas sacrées. Pour certains Français, c’est largement permis, et on les autorise même à gagner toujours plus, en pensant que tout ça va ruisseler. Or, ça ne ruisselle pas. Par contre, vous prenez aux plus pauvres. Vous méritez décidément le titre de majorité des riches.
 
La parole est à M. Stéphane Peu. Deux remarques sur les APL. D’abord,  votre décision – l’une des premières de la mandature – d’en réduire le montant de 5 euros par mois, puis celle de les désindexer, affectent les plus modestes car, compte tenu de l’effet de seuil, il faut vraiment être dans la difficulté pour toucher les APL. Devant l’effet de sidération causée par cette décision, le Président de la République, le Premier ministre, nombre de ministres et nombre de parlementaires de la majorité ont dit que c’était une bêtise, et même, pour reprendre le mot du Président de la République, une « connerie ».
Et vous avez continué. C’est tout de même surprenant ! Quand on fait quelque chose que le Président de la République appelle une connerie, on peut considérer que c’est une erreur de débutant. Mais quand, l’année suivante, on répète cette erreur, ce n’est plus une erreur : c’est une faute politique, que vous assumez. Il y a là un double langage insupportable.
 
Au début de l’année, j’assistais, comme tous les ans depuis vingt ans, à la présentation du rapport annuel de la fondation Abbé Pierre et il se trouve que cette question a été évoquée lors du débat. Le ministre Julien Denormandie, qui était présent devant les milliers de personnes rassemblées, a répété à quel point cette décision était mauvaise. Or, quelques mois plus tard, elle a été confirmée. Il n’est pas supportable que vous puissiez dire devant la fondation Abbé Pierre que ce n’est pas une bonne mesure, dire dans les médias que c’est une connerie, puis la revoter à l’Assemblée nationale. Votez au moins cet article : il mettra vos paroles en conformité avec vos actes.
 
La parole est à M. Michel Lauzzana. Cette proposition de loi nous propose de dépenser toujours plus en indexant. C’est mieux que de taxer ! Pour ce qui concerne les APL, je rappelle tout d’abord que, dans notre pays, le secteur du logement social était tout particulièrement financé et que les aides étaient parmi les moins efficaces en Europe. Ce que nous cherchons, comme l’a dit M. Cazeneuve, c’est une meilleure efficacité des aides, et nous avons fait des réformes de fond pour aller dans ce sens, ce qui est très important. (Mme Cendra Motin applaudit.)
Deuxièmement, nous assumons nos choix politiques de fond. En effet, nous ne voulons pas seulement verser des subventions, mais relancer la France par l’économie. Nous avons déjà obtenu des résultats : en 2018, l’économie a été relancée et le pouvoir d’achat des Français a augmenté.
 
Merci, François Hollande ! Notre trajectoire est bien plus positive encore et sera l’une des plus positives que nous ayons connues au cours des dernières années. Ce choix politique qui a consisté à relancer l’économie pour redonner du travail aux Français – déjà 1 % de chômage en moins –, de l’efficacité à notre politique, de la fierté et du lien social à ceux qui retrouveront un emploi, nous l’assumons parfaitement. Les choix que nous avons faits entrent donc pleinement dans le cadre de cette politique. (Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM.) La parole est à Mme Christine Cloarec. Monsieur Coquerel, la contemporanéisation des APL est tout simplement une mesure de justice sociale. Dans le cadre du rapport que j’ai remis au Premier ministre sur la juste prestation, j’ai rencontré des associations qui souscrivaient toutes à cette contemporanéisation. En effet, il n’était pas très juste de prendre en compte les revenus perçus deux ans plus tôt pour des gens qui gagnaient moins au moment de la demande de prestation. À l’inverse, ceux qui ne toucheront plus les APL parce qu’on prendra en compte leur situation du moment sont ceux qui gagnent plus. Il faut éclairer les Français, car ce que vous dites n’est pas vrai. (Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM.) La parole est à M. Fabien Di Filippo. Le cœur de la motivation de cette proposition de loi consiste à redonner du pouvoir d’achat aux gens qui travaillent, qui ont travaillé toute leur vie et qui, aujourd’hui, n’y arrivent plus. Il y a des gens pour qui votre arrivée au pouvoir s’est soldée par une triple peine. C’est notamment le  cas des retraités, qui ont dû payer la taxe carburant, soit 400 euros par an de pouvoir d’achat en moins pour une personne qui fait un plein par semaine, qui ont subi la hausse de la CSG, puis le gel, notamment, des aides au logement. Pour certains de nos concitoyens, notamment dans les territoires périphériques, cela a été très douloureux.
Nous avons le courage de proposer le plafonnement du cumul des aides sociales mais il faut redonner un peu d’oxygène à ceux qui travaillent ou qui ont travaillé toute leur vie et qui, malheureusement, n’y arrivent plus aujourd’hui – non pas pour qu’ils puissent rouler sur l’or, mais tout simplement pour qu’ils arrivent à joindre les deux bouts. C’est une mesure de justice, qu’ont portée certains dans votre gouvernement. Pourquoi ne pas l’accompagner aujourd’hui ? Je le répète : nous sommes prêts, pour notre part, à vous accompagner en contrepartie pour réaliser certaines économies. Il ne faut pas reculer sur ce point. Je ne voudrais pas que la discussion tourne au dialogue de sourds ou que nous tournions en rond.
 
Madame la secrétaire d’État, je vous poserai deux questions. Tout d’abord, compte tenu de toutes les annonces faites l’autre jour par le Premier ministre  et avec 130 ou 140 milliards d’euros de déficit, comment allez-vous financer le budget de l’année prochaine ?
 
Ma deuxième question concerne, dans le contexte de toutes les annonces qui ont été faites en matière de pouvoir d’achat des Français – sur lesquelles je reviendrai plutôt à propos de l’article 2, qui y est plus propice –, la taxe sur les carburants. Des augmentations étant prévues jusqu’en 2022, il faut dire la vérité à nos concitoyens. Cette augmentation, qui a été appliquée en 2018, n’a été annulée que pour 2019 :…
 
Mais non ! …allez-vous encore augmenter cette taxe à la fin de l’année pour 2020, puis de nouveau en 2021 ? C’est une question très claire et très concrète. On l’a dit l’année dernière ! La parole est à M. Jean-Louis Bricout. Vous nous parlez des résultats économiques de 2018. Or, vous savez très bien que les effets des mesures relatives à l’économie et à l’entreprise en général ne se manifestent pas au bout d’un an, mais souvent trois ou quatre ans plus tard. Le CICE, le crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi – que vous avez du reste transformé en réduction de charges, lesquelles auront peut-être aussi leur effet, mais pas tout de suite – a produit ses premiers résultats en 2018. Il s’agit d’un cadeau que nous avons fait aux entreprises et que j’assume pour avoir participé à la mise en œuvre de cette mesure dans le cadre de mon premier mandat – je sais que ce n’est pas l’avis de tous mes collègues de gauche.
Cette mesure relevait d’une politique dite de l’offre. Nous espérions maintenant obtenir un équilibre avec des politiques qui relèvent davantage de la demande, avec une relance par le pouvoir d’achat. Or, vous avez fait exactement le contraire en arrivant au pouvoir.
 
Vous savez du reste très bien que les perspectives de croissance ont été quelque peu réévaluées grâce aux politiques que vous avez mises en place et aux rectifications que vous avez faites pour le pouvoir d’achat à la fin de 2018 et après le grand débat. On voit donc bien que cette politique a permis de relancer l’économie et de gagner quelques points de croissance. Nous n’avons donc pas de leçons à recevoir de vous.
 
La parole est à M. le rapporteur. Madame la secrétaire d’État, vous avez évoqué tout à l’heure, en réponse à une interrogation de Mme Kuster, la politique familiale, et notamment la hausse du plafond du quotient familial vantée par votre gouvernement. Cette hausse est réelle – et on voit bien que le Gouvernement ne se prive pas d’annoncer des mesures positives –, mais elle procède uniquement d’un effet mécanique de l’indexation sur l’inflation. Ni plus ni moins. Or, c’est ce dont il est question dans cet article.
Quant à l’argument selon lequel l’indexation contribuerait à l’inflation, il ne faut pas mélanger les effets et les causes : l’indexation tend précisément à corriger l’effet inflationniste. En réalité, cet effet mécanique ne fait que maintenir les situations.
 
Un autre point important, qui vient d’être évoqué par plusieurs orateurs, est la question de la justice non seulement sociale, mais aussi fiscale. Ce qui est en cause, et la raison pour laquelle nous proposons cet article de réindexation, c’est la politique du rabot particulièrement injuste que vous avez pratiquée.
 
C’est cette injustice que nous dénonçons. Pour qu’une politique soit légitime, il faut qu’elle soit juste ; or, elle ne l’est clairement pas. Vous pouvez d’ailleurs penser ce que vous voulez, il suffit de voir comment nos concitoyens réagissent : ils ont parfaitement compris qu’il y avait là une injustice.
 
Je terminerai par le point évoqué par Mme Motin tout à l’heure. Certains nous demandent où les Républicains réaliseront leurs économies. Je vous invite à regarder précisément : les 5 milliards auxquels nous faisons référence sont documentés. Si nous proposons de développer l’e-santé, ce n’est pas pour ne plus financer la santé, notamment dans les territoires ruraux. Nous avons montré qu’il existait des gisements d’économies, notamment parce qu’il y a de la  fraude ; ce point est également documenté. Notre collègue Claude Goasguen, ici présent, a rédigé un excellent rapport sur ce sujet et pourrait vous expliquer où elle a été clairement identifiée.
 
La question de la justice est réelle. C’est pour cela qu’il faut réindexer ; nous ne demandons pas autre chose. Nous avons constaté que les politiques publiques conduites provoquaient beaucoup d’injustices. Faites le lien entre la hausse de la CSG et la baisse des charges sur les salaires : cette décision gouvernementale a produit des effets absolument incroyables ! Les hauts salaires bénéficient de la baisse des charges tandis que les retraités modestes subissent, hélas, l’augmentation de la CSG. Nous dénonçons tout cela parce que nous pensons qu’il est essentiel que celles et ceux qui ont travaillé toute leur vie perçoivent, au moment de leur départ à la retraite, le juste retour du travail effectué. Vouloir pénaliser un retraité touchant 2 000 euros parce qu’il serait riche, alors qu’à 1 995 euros, il ne le serait pas, c’est tout de même une vision assez curieuse ! Voilà ce que nous dénonçons.
 
C’est un effet de seuil ! Pour conclure, nous vous mettons face à vos responsabilités, mesdames et messieurs de la majorité ! Cet article prévoit une indexation des aides au logement : êtes-vous pour ou contre ? Nos concitoyens pourront hélas constater que, par pur dogmatisme de ce parti unique, vous vous prononcerez contre. C’est caricatural ! Voilà une drôle de manière de voir les choses ! C’est vous qui faites de l’obstruction ! Nous sommes le parti majoritaire ! Nous voulons être constructifs : vous ne l’êtes à aucun moment ! C’est tout de même incroyable ! L’obstruction, contrairement à ce que beaucoup pourraient imaginer, n’est pas du côté des oppositions mais de la majorité ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LR.) Très bien ! La parole est à Mme la secrétaire d’État.