XVe législature
Session ordinaire de 2020-2021

Séance du mardi 25 mai 2021

La parole est à Mme Sylvia Pinel. Ma question s’adresse à M. le Premier ministre. Le 8 avril dernier, à une très large majorité, notre assemblée votait définitivement la première loi de la Ve République consacrée aux langues régionales, proposée par mon collègue Paul Molac.
Cette loi est très attendue dans nos régions où nos langues, notre patrimoine, sont en péril. Elles doivent leur survie à l’engagement de bénévoles au sein d’associations et d’un réseau d’écoles dynamiques en breton, basque, catalan, corse ou occitan.
Or, vendredi dernier, le Conseil constitutionnel, tout en validant la majorité de ce texte, a censuré deux mesures, ce qui pourrait avoir de graves répercussions. Je ne reviendrai pas sur les conditions de la saisine ; dans notre pays, les décisions du Conseil s’imposent à nous.
Pour être issue d’une famille politique viscéralement attachée à la République, je vous assure que ce texte ne la menace en rien. Qui peut sérieusement croire que le n tilde, le ñ, dans les actes d’état civil, constitue une menace pour l’indivisibilité de la République ? Alors que la future carte d’identité sera bilingue anglais-français, il sera interdit d’y faire figurer les signes diacritiques des langues régionales.
Aujourd’hui, c’est l’existence même des écoles immersives qui est remise en cause. Or je veux insister sur les apports de la diversité linguistique et culturelle, sur les excellents résultats pédagogiques de ces méthodes d’enseignement, y compris dans la maîtrise du français.
Que deviendront les écoles associatives qui proposent un enseignement immersif ? Suspendrez-vous leur contrat d’association, les contraindrez-vous à modifier leur pédagogie, à suspendre les projets en cours de déploiement ? Quel est l’avenir des écoles internationales prévues par la loi, dans lesquelles la scolarité se fait en langue étrangère ? Ma question est donc simple : comment comptez-vous sécuriser juridiquement l’existence des écoles immersives qui, depuis des décennies, fonctionnent sans remettre en cause l’unité de notre République ?
(Applaudissements sur les bancs du groupe LT et sur quelques bancs des groupes LR, Dem et UDI-I.) La parole est à M. le ministre de l’éducation nationale, de la jeunesse et des sports. Une chose nous réunit, c’est que nous sommes tous pour les langues régionales… Menteur ! Certains plus que d’autres ! …qui sont aujourd’hui enseignées à 120 000 élèves en France, dont 60 000 dans le premier degré. Ce chiffre n’a cessé d’augmenter depuis 2017, à la faveur d’impulsions que nous avons d’ailleurs données à des structures comme Diwan ou Seaska auxquelles vous avez fait référence. Le débat doit donc partir sur des bases saines : nous sommes tous pour les langues régionales. Le débat a été sain dans l’hémicycle ! Puis, il y a une décision du Conseil constitutionnel. Vous l’avez dit, il ne nous appartient pas spécialement de la commenter, mais de l’appliquer dans un sens constructif. Vous êtes constructif quand ça vous arrange ! Ainsi, mon message aujourd’hui – et je suis certain que le Premier ministre aura l’occasion de s’exprimer aussi –, c’est évidemment une main tendue à tout le monde : aux partisans des langues régionales parce que nous allons continuer à les encourager, et aux structures qui peuvent penser qu’elles courent un risque du fait de cette décision. Nous les recevrons et regarderons avec elles comment nous pouvons aller de l’avant.
Je l’ai souligné lors du débat parlementaire, je suis en faveur de l’existence de Diwan ou de Seaska par exemple, et nous avons d’ailleurs, lors de cette rentrée, engagé des moyens supplémentaires pour ces écoles. Aussi, le sujet ne doit pas conduire à des malentendus.
Le Conseil constitutionnel a pris une décision ; il vaut mieux que ce soit maintenant qu’à l’occasion d’une question prioritaire de constitutionnalité. À tout le moins, la « loi Molac », en faveur de laquelle je m’étais d’ailleurs prononcé lors de sa première lecture, bénéficie d’une sécurité juridique. Il faut maintenant voir comment appliquer de manière constructive cette loi qui, en effet, peut représenter un progrès, en préservant les droits des structures qui pensent qu’elles courent un risque. Mais si nous sommes sincèrement pour les politiques de langues régionales, nous pouvons, de façon consensuelle et unanime sur ces bancs, aller vers une politique toujours plus dynamique, en tenant compte de la décision du Conseil constitutionnel et en réussissant à aider les structures qui justement promeuvent les langues régionales.
(Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LaREM et sur quelques bancs du groupe Dem.)
La parole est à M. Jean-Louis Bourlanges. Ma question s’adresse à M. Jean-Yves Le Drian, ministre de l’Europe et des affaires étrangères. Elle porte sur l’acte de piraterie internationale commis par les autorités biélorusses et j’y associe mon collègue Frédéric Petit, député des Français installés dans cette zone géographique.
La situation créée par l’initiative du président Loukachenko et de ses séides appelle trois constats. Premièrement, c’est un acte de piraterie d’une extrême gravité, qui remet en cause une des libertés fondamentales et qui se traduit par une prise d’otages et la mise en cause d’un opposant politique qui n’a contre lui que d’exercer le droit d’être un citoyen libre.
(Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM, Dem, LR et UDI-I.)
Deuxièmement, c’est un acte qui n’a rien d’isolé : il s’inscrit dans un processus durable de mise au pas d’un pays par un dictateur et vise l’Union européenne dans son ensemble.
Troisièmement, c’est un acte auquel l’Union européenne a réagi vite et fermement, ce dont nous nous réjouissons, même si cette réaction n’a pas été exempte de balbutiements initiaux. Au départ, les déclarations de la commissaire européenne ont été attribuées à un premier mouvement maladroit. Or je rappellerai ce que disait Talleyrand : « Défiez-vous des premiers mouvements, ce sont les bons ».
Sur la base de ces constats, je vous poserai deux questions. Premièrement, dans cette affaire, les Européens n’ont-ils pas, plus qu’une simple obligation de moyens, une obligation de résultat : obtenir la libération de Roman Protassevitch et de sa compagne ?
(Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes LaREM, Dem, LR et UDI-I.) Cela exigerait d’aller au-delà du traditionnel principe de proportionnalité entre le crime et la riposte. La proportionnalité, c’est la loi du talion du pauvre. Dès lors, ne faut-il pas élargir et durcir le champ des sanctions qui doivent frapper l’ensemble des dirigeants biélorusses dans leur personne, dans leur famille, dans leurs avoirs, dans leurs mouvements ?
Deuxième question : peut-on considérer que pour l’Union européenne, ce que le Président Macron appelle « le temps de la naïveté » est vraiment révolu ? Les Européens en ont assez de voir l’Union européenne jouer les ours en peluche face aux ours polaires qui la défient, la menacent et l’agressent. L’Europe doit cesser d’être considérée comme le ventre mou du monde.
(Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM, Dem, LR et UDI-I.) La parole est à M. le ministre de l’Europe et des affaires étrangères. Le détournement du vol de Ryanair à la seule fin d’arrêter un opposant politique biélorusse s’apparente pour la France à un acte de piraterie aérienne étatique. (Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM, Dem, LR et UDI-I. – M. Jean-Luc Mélenchon applaudit aussi.) Il a mis en jeu illégalement la sécurité des passagers d’un vol commercial opéré par une compagnie européenne, entre deux capitales européennes, transportant principalement des passagers européens, et tout cela pour emprisonner M. Protassevitch, opposant politique, exilé dans un pays de l’Union européenne.
C’est un comportement inacceptable, inadmissible. Dans un monde où les régimes autoritaires n’ont plus aucune limite dans leurs comportements déstabilisateurs et répressifs, l’Europe se devait de réagir fortement et dans l’unité. C’est ce qui a été fait, comme vous avez bien voulu le dire, monsieur le président Bourlanges.
Je rappelle les mesures qui ont été prises hier soir : d’abord, interdiction de survol de l’espace aérien biélorusse aux compagnies européennes ; ensuite, interdiction aux compagnies biélorusses de traverser l’espace aérien européen et de se poser sur les aéroports de l’ensemble de l’espace européen ; enfin, application de sanctions économiques renforcées contre le régime. Le président Bourlanges le sait : ces décisions constituent le quatrième train de mesures. Certaines ont déjà été prises, y compris contre M. Loukachenko lui-même et contre son fils, dans le paquet des quatre-vingt-huit hauts responsables biélorusses qui ont été sanctionnés antérieurement. Ces mesures sont immédiatement applicables et évidemment, nous souhaitons et nous exigeons la libération de M. Protassevitch et de sa compagne, Mme Sapéga, dans les plus brefs délais.
(Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM et Dem.)
La parole est à M. Alain David. Ma question s’adresse à M. le secrétaire d’État chargé des retraites et de la santé au travail. Il n’est pas là, il fait du porte-à-porte ! Un récent rapport de la Cour des comptes a relevé que, sur les quelque 810 000 prestations de retraite attribuées en 2020 à d’anciens salariés, une sur six est affectée d’une erreur financière, contre une sur neuf en 2016. Ces erreurs cumulées auraient des conséquences non négligeables et représenteraient 1,6 milliard d’euros.
Ce rapport vient donc renforcer le sentiment que l’on peut avoir dans nos permanences, quand nous rencontrons des néoretraités ou des associations qui nous alertent sur leurs difficultés à faire valoir leurs droits. Ajouté au contexte de généralisation de la dématérialisation des procédures de liquidation, qui est excluante pour certains de nos concitoyens, ce rapport a de quoi inquiéter, sans parler de la tendance continue à la baisse des pensions – malheureusement – que votre projet délétère viendrait encore aggraver.
Selon la direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (DREES), 16,7 millions de retraités touchent en moyenne seulement 1 503 euros brut, un montant en baisse du fait de revalorisations inférieures à l’inflation et de réformes successives qui rendent l’obtention d’une retraite complète de plus en plus difficile.
En tout état de cause, le pouvoir d’achat de nos concitoyens retraités continue d’être grignoté. Je souhaiterais donc savoir les mesures que le Gouvernement envisage pour que cessent ces erreurs de calcul et, surtout, pour que cesse le déclassement progressif des retraités, notamment les plus modestes.
(Applaudissements sur les bancs du groupe SOC.) Très bien ! La parole est à Mme la ministre du travail, de l’emploi et de l’insertion. Vous l’avez souligné, dans le cadre de son exercice annuel de certification des comptes de la sécurité sociale, la Cour des comptes a en effet émis des réserves, notamment sur la branche retraite. Elle pointe le fait qu’en 2020, environ une pension sur six comporte une erreur, avec une dégradation depuis plusieurs années. Le constat de la Cour est avéré, les erreurs de calcul de pension se sont accrues ces dernières années. L’erreur médiane, lorsqu’elle est en défaveur des assurés, est de l’ordre de 10 euros par mois.
Il faut d’abord rappeler que les anomalies ne sont généralement pas pérennes : il existe de nombreuses occasions de réaliser des corrections et des révisions. C’est même une grande partie de l’activité de l’assurance-retraite. La Caisse nationale d’assurance vieillesse – CNAV – évalue à plus de 40 % les anomalies détectées sur une année donnée, qui donnent lieu à correction dans les semaines et mois qui suivent.
Il n’en demeure pas moins qu’il y a là un enjeu structurel, l’effet de la crise sanitaire sur l’organisation du travail n’expliquant pas tout. Du fait d’un système de retraites morcelé, de l’accroissement de la réglementation et de la complexification des carrières, le calcul des pensions de retraite est de plus en plus difficile. Des améliorations de l’organisation et de la qualité de service de la CNAV sont de fait nécessaires. Un plan national d’action de l’assurance-retraite est déjà appliqué pour redresser la situation, avec des actions à court terme comme le renforcement de la supervision, et à moyen et long terme avec des formations internes et le développement de nouveaux outils pour fiabiliser les carrières. Les services de l’assurance-retraite sont pleinement mobilisés et je suis très attentive à ce que la situation évolue positivement dès cette année.
La parole est à M. Antoine Savignat. Monsieur le Premier ministre, avoir confiance en ayant peur ; avoir confiance sans savoir pourquoi ; avoir confiance en comptant chaque jour les blessés, les morts, en constatant notre incapacité à apporter des réponses. Nos forces de l’ordre, auxquelles nous tenons à rendre un hommage appuyé pour leur dévouement et leur courage au quotidien, (Applaudissements sur les bancs du groupe LR) assurent notre sécurité là où la justice doit nous la garantir. Or ces mêmes forces de l’ordre ne cessent d’exprimer leurs doutes dans l’action de la justice.
Alors, que faire ? Certainement pas, comme vous le faites, imposer aux policiers la présence de l’avocat lors d’une perquisition ; c’est une ultime défiance à leur égard. Ensuite, contrairement à ce qu’affirme le garde des sceaux, nous devons absolument revenir aux peines planchers
(Applaudissements sur les bancs du groupe LR) pour ne laisser qu’une moindre marge de manœuvre aux magistrats, permettant ainsi à la société d’exprimer sa volonté de voir certains crimes et délits sanctionnés plus sévèrement ; chez Les Républicains, nous le préconisons depuis des décennies.
La justice au nom du peuple, c’est aussi la loi voulue par le peuple. Le manque de confiance provient de l’inacceptabilité des sanctions prononcées dans certaines affaires, voire de l’absence de sanction, ou de remises en liberté, véritables désaveux du travail des forces de l’ordre.
Il faut une véritable politique pénale harmonisée, sans décalage entre celle voulue par l’intérieur et celle menée par la chancellerie. Ce décalage trouve son paroxysme quand le ministre de l’intérieur manifeste avec les policiers contre la politique de son collègue garde des sceaux.
(Applaudissements sur les bancs du groupe LR.)
Il faut enfin des poursuites, des réponses fermes et exécutées pour faire cesser la peur. Nous serons tout à l’heure appelés à voter un projet de loi qui permettra quelques avancées mais qui ne rétablit pas les peines planchers et reste très insuffisante pour rétablir la confiance en la justice. Alors comment comptez-vous corriger le tir pour restaurer la confiance des forces de l’ordre et des citoyens dans l’institution judiciaire ? (Applaudissements sur les bancs du groupe LR.) La parole est à M. le ministre de l’intérieur. (Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM. – Exclamations et protestations sur les bancs du groupe LR.) ( M. le ministre se tourne vers les bancs du groupe LR.) Je sais que je vous ai manqué, j’en suis désolé… Ne prenez pas vos désirs pour des réalités ! Monsieur Savignat, je me permets de suppléer le garde des sceaux, actuellement au Sénat. J’espère que vous l’excuserez. Le fait que je réponde montre sans doute que la division que vous espérez n’existe pas. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LaREM. – Les protestations se poursuivent sur les bancs du groupe LR.) Trois applaudissements : personne n’y croit ! Le projet de loi que défend le garde des sceaux est un texte… (Nouvelles protestations sur les bancs du groupe LR.) Mes chers collègues, je vous rappelle que le Gouvernement désigne qui il veut pour répondre aux questions qui lui sont posées. (Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM.) Le garde des sceaux étant retenu, M. le ministre de l’intérieur, et lui seul, a la parole. Le projet que défend Éric Dupond-Moretti est un texte important non seulement pour la justice des Français, mais aussi pour les policiers et les gendarmes. Ils sont contre ! Lorsque des enquêtes préliminaires durent de très nombreuses années et que les policiers et les gendarmes nous expliquent dans les commissariats, dans les gendarmeries – ce qu’ils font d’ailleurs sans doute aussi lorsque vous les rencontrez – que depuis 2014, 2013, voire parfois depuis 2012 ou même 2010, des centaines et des centaines de dossiers n’ont jamais été clôturés, sont demeurés sans réponse pénale pour les victimes et que l’enquête dont les policiers et gendarmes sont responsables n’a jamais avancé, alors un encadrement apparaît nécessaire.
Lorsque le garde des sceaux prévoit de modifier le code pénal et le code de procédure pénale pour que les policiers et les gendarmes puissent communiquer sur les résultats de leurs opérations sans attendre l’accord du procureur de la République, on aide effectivement les policiers et les gendarmes.
Lorsque le garde des sceaux propose une nouvelle organisation pour les officiers de police judiciaire (OPJ), alors nous enquêtons mieux et nous pouvons, grâce aux images des vidéosurveillances, mieux condamner.
Ce n’est pas nous qu’il faut convaincre, ce sont les syndicats ! Il ne faut pas opposer police et justice. Le garde des sceaux a proposé un texte important, et c’est grâce à l’augmentation, par ce gouvernement, du budget de la police et de la justice que, demain, le ministre de l’intérieur aura sans doute moins de travail. (Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM.)
La parole est à M. Stéphane Peu. Monsieur le Premier ministre, je veux me faire l’écho de notre très sérieuse inquiétude, qui est celle de nombreux Français, devant une dérive grave qui met en péril l’État de droit et menace le débat public. Elle s’est manifestée à deux reprises ces derniers jours. Mercredi, alors que se réunissaient les policiers en deuil devant notre assemblée en présence du ministre de l’intérieur et de plusieurs d’entre nous, des syndicalistes ont fustigé le pouvoir judiciaire, l’Assemblée nationale et notre Constitution. Dimanche, le ministre de l’intérieur a annoncé vouloir porter plainte contre Audrey Pulvar.
Nous prenons solennellement la parole pour vous mettre en garde contre ces propos et ces actes inquiétants. Inquiétants quand, oublieux des mots de Pascal qui prévenait « La justice sans la force, c’est l’impuissance, la force sans la justice, c’est la tyrannie », vous vous soumettez le jour même aux injonctions en amendant dans l’urgence votre projet de loi Justice.
Inquiétante aussi, la conception du débat public qu’a le Gouvernement lorsqu’il interdit de manifester la solidarité avec le peuple palestinien ou lorsqu’il souhaite censurer une candidate à l’élection régionale.
Inquiétantes encore, les libertés prises avec notre Constitution quand près de 50 % des textes de cette législature sont déclarés inconstitutionnels.
Inquiétant, enfin, ce vent mauvais qui souffle sur le pays, quand aux portes de l’Assemblée on réclame de « faire sauter les digues de la loi et de la Constitution ». Oui, ces mots sont « glaçants ». Alors, monsieur le Premier ministre, serez-vous cette digue ? Vous souviendrez-vous des mots de Montesquieu : « Pour qu’on ne puisse abuser du pouvoir, il faut que, par la disposition des choses, le pouvoir arrête le pouvoir » ?
(Applaudissements sur les bancs des groupes GDR et SOC.) La parole est à M. le ministre de l’intérieur. Ce que je trouve inquiétant, monsieur Peu, c’est que vous trouviez inquiétant d’interdire des manifestations du type de celles au cours desquelles, en 2014, on a crié « Mort aux juifs ! » dans les rues de Paris. C’est un mensonge ! Ce que je trouve inquiétant, monsieur Peu, c’est que, pendant près de deux minutes d’une question parlant des policiers, vous n’ayez pas évoqué les deux deuils qui ont touché coup sur coup la police nationale. (Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM. – Protestations sur les bancs des groupes GDR et SOC.) C’est faux, je l’ai dit ! Oui, il l’a dit ! Ce que je trouve inquiétant, monsieur Peu, c’est que vous critiquiez… Menteur ! …une manifestation qui s’est tenue devant l’Assemblée nationale, à laquelle a participé, ceint de son écharpe, le premier secrétaire de votre parti, candidat à l’élection présidentielle !
Voyez, monsieur Peu, quand on chante la vérité on ne la chante pas à moitié et, pour paraphraser Jean Ferrat chantant Louis Aragon : fou celui qui fait le délicat lorsque les policiers sont attaqués.
(Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM.) Darmanin adore Jean Ferrat !
La parole est à M. Yannick Kerlogot. Monsieur le Premier ministre, dans sa décision du 21 mai 2021, le Conseil constitutionnel a déclaré conforme le forfait scolaire à verser par les communes concernées au bénéfice des élèves inscrits dans une école privée sous contrat d’une collectivité voisine et qui enseigne les langues régionales. C’est une avancée historique, rendue possible par la mobilisation transpartisane des députés de cet hémicycle. Elle apporte une solution financière attendue par les intéressés depuis des décennies. Mesurons-le, tous ensemble.
Le Conseil constitutionnel s’est par ailleurs saisi d’office d’une autre disposition de la loi en lien avec l’enseignement, à savoir l’enseignement dit « immersif » en langue régionale. Il relève que cette forme d’enseignement est une méthode qui consiste notamment à utiliser la langue régionale comme langue principale d’enseignement et comme langue de communication au sein de l’établissement et qu’à ce titre, la nouvelle loi méconnaît l’article 2 de la Constitution. Certains esprits – partisans – s’emploient aujourd’hui à proclamer la mort annoncée des écoles concernées quand la réalité de terrain vient confirmer que le terme d’immersion est à nuancer.
Permettez-moi d’observer qu’au sein de ces établissements la langue française reste évidemment la langue de communication utilisée dans tous les actes administratifs, les conseils d’administration et les conseils d’école. Il va de soi également qu’à l’issue de la scolarité la langue française est tout aussi bien maîtrisée que la langue régionale.
Monsieur le Premier ministre, pouvez-vous nous confirmer que la vie des établissements concernés n’est nullement touchée par la décision du Conseil constitutionnel, tant dans leur existence juridique que dans leur pratique pédagogique, puisque cette décision ne porte pas modification de l’article L. 312-10 du code de l’éducation actuellement en vigueur ? Pouvez-vous enfin nous indiquer quelles démarches vous entendez entreprendre pour stabiliser définitivement l’enseignement des langues régionales et le statut des établissements concernés sans que puisse leur être opposé l’article 2 de la Constitution ?
(Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM.) La parole est à M. le Premier ministre. Les langues régionales sont une chance pour la République française. Je le dis devant votre assemblée. (Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM, Dem et LT.) Pas de langue de bois, monsieur le Premier ministre ! Elles font d’ailleurs partie, depuis la révision constitutionnelle de juillet 2008 – excellente révision constitutionnelle – du patrimoine de la Nation. L’élu que je suis, ou que j’étais, d’un territoire où une langue à part entière est particulièrement vivace – et pas seulement dans l’enseignement – peut témoigner du fait qu’il n’existe pas d’opposition entre ces langues régionales et le français, langue de la République.
Vous évoquez la décision récemment rendue par le Conseil constitutionnel sur le texte adopté le 8 avril dernier. Je constate avec vous, mesdames et messieurs les députés que, sur ce chapitre, cette décision comporte trois avancées majeures : d’abord, la reconnaissance par le Conseil constitutionnel de l’appartenance des langues régionales au patrimoine immatériel de la France ; deuxièmement, la consécration par cette même instance de la place de l’enseignement des langues régionales à tous les niveaux d’enseignement, de la possibilité pour les collectivités territoriales d’accorder des subventions d’investissement ainsi que du régime des forfaits, longtemps l’objet de contestations.
Les forfaits existaient ! Enfin, le Conseil constitutionnel reconnaît la constitutionnalité de l’autorisation prévue par la loi de l’affichage de traductions en langue régionale sur les inscriptions et les signalétiques publiques.
Il reste, et vous avez parfaitement raison de le souligner, la question de l’enseignement immersif. Il nous appartient politiquement de tirer toutes les conséquences de la décision de censure du Conseil constitutionnel qui ne porte pas, vous l’avez dit, modification de l’article L. 312-10 du code de l’éducation.
S’agissant d’un texte d’origine parlementaire, je vous annonce que je vais confier à deux députés une mission…
(Exclamations sur quelques bancs du groupe LR.) Encore une mission ! …pour que soient tirées toutes les conséquences de cette décision du Conseil constitutionnel. À la suite de cela, avec le ministre de l’éducation nationale et sur la base des préconisations ainsi formulées, je recevrai l’ensemble des représentants des établissements d’enseignement en langue régionale. (Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM.)
Mon souci, et le souci du Gouvernement est, comme toujours, d’apaiser le débat… Pompier pyromane ! …et de trouver, dans le cadre de l’État de droit et des lois de la République, une solution permettant de respecter non seulement notre Constitution, mais aussi les engagements que le Président de la République a rappelés à Quimper le 21 juin 2018 : les langues régionales ont un vrai rôle à jouer dans la République. (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes LaREM, Dem et Agir ens.)
La parole est à M. Maxime Minot. Monsieur le Premier ministre, un féminicide de plus, c’est toujours un féminicide de trop. Hier, dans la même journée, une femme de 30 ans a été tuée à coups de marteau dans l’Essonne, une autre de 22 ans a été tuée en pleine rue, à coups de couteau, par son conjoint, en Moselle. Ce sont donc le 43e et le 44e féminicides depuis le début de l’année 2021 – un fléau qu’il nous faut combattre collectivement, avec la plus grande fermeté mais aussi beaucoup de lucidité.
Les Républicains, grâce au travail d’Aurélien Pradié, ont obtenu des avancées législatives importantes dans la protection des femmes face à leur conjoint violent, mais il faut aller encore beaucoup plus loin. Passée l’extrême émotion qui nous assaille, l’incompréhension laisse place à une colère – qui peut paraître légitime dès lors qu’un acte odieux soulève plusieurs questions, lesquelles donnent le terrible sentiment que ce drame aurait pu être évité. À Hayange, le tueur présumé, de nationalité serbe, avait déjà fait l’objet d’une plainte de la victime. Pire, cet individu, condamné à un an de prison, venait d’être libéré de manière anticipée grâce à un aménagement de peine, douze jours avant de tuer sa compagne.
Bravo ! Je ne veux mettre personne en cause, d’autant que nous n’avons pas encore tous les éléments, mais tout de même, vous en conviendrez, un tel enchaînement de décisions désolantes voire incompréhensibles impose une forte remise en question et un durcissement de la réponse pénale à apporter à ce phénomène. Oui ! Une enquête a-t-elle été menée avant d’autoriser le retour de cet individu notoirement violent à son domicile, donc chez sa compagne ? Pourquoi le dépôt de plainte n’a-t-il pas été utilisé comme un facteur aggravant empêchant d’envisager une libération anticipée, même avec un bracelet électronique qu’il a d’ailleurs arraché ? Monsieur le Premier ministre, comment comptez-vous corriger les failles établies en Moselle pour éviter à tout prix que pareil drame se reproduise ? (Applaudissements sur les bancs du groupe LR.) La parole est à Mme la ministre déléguée chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes, de la diversité et de l’égalité des chances. Il y a trente déjà, la journaliste Benoîte Groult disait : « Le féminisme n’a jamais tué personne. Le machisme tue tous les jours. » (M. Erwan Balanant applaudit.) Vous venez donc de le rappeler : le machisme tue tous les jours dans notre pays.
Nous nous rendons compte que ces actes criminels, au-delà de briser des familles et de laisser des enfants orphelins de mère, ont un énorme impact sur notre société. Le moins que l’on puisse dire, c’est que pendant longtemps – trop longtemps –,…
Répondez à la question de Maxime Minot ! Vous faites de la théorie ! …notre société a été sourde aux cris d’alarme, n’a pas entendu les souffrances et est restée muette face à toutes ces violences.
Vous le savez, depuis maintenant trois ans, le Gouvernement et la majorité sont mobilisés comme jamais auparavant contre ce fléau. Vous parliez des sanctions : elles sont importantes. Quatre lois ont été votées…
Cela ne suffit pas, madame ! …et quarante-six mesures ont été prises à l’issue du Grenelle des violences conjugales. Celles-ci sont désormais pleinement effectives et la justice prend évidemment toute sa part dans leur application. Jamais nous n’avons vu les procureurs autant engagés. Les bracelets anti-rapprochement, également, ont été instaurés par le Gouvernement… (Exclamations sur les bancs du groupe LR.) Veuillez laisser Mme la ministre déléguée parler. Pourriez-vous me laisser terminer, s’il vous plaît ?
Je rappellerai aussi que nous avons décidé de lancer, dès la fin du mois prochain, la plateforme qui permettra à toutes les femmes de notre pays, dans tous les territoires, d’avoir une écoute attentive, sept jours sur sept, vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Elles avaient demandé la création d’une telle plateforme lors du Grenelle des violences conjugales : nous l’avons fait.
Quatre lois votées, des magistrats et des forces de l’ordre mobilisés : vous ne pouvez pas dire que nous ne faisons rien !
(Exclamations sur les bancs du groupe LR.) Vous l’avez dit, cette assemblée a voté des lois et c’est ensemble, monsieur le député, et non les uns contre les autres, que nous devons lutter contre ce fléau. (Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM.)
La parole est à Mme Isabelle Santiago. Ma question s’adresse à M. le ministre de l’intérieur.
Elle avait 22 ans et était mère d’une petite fille de 4 ans : elle a été tuée ce week-end à coups de couteau en pleine rue à Hayange.
Elle avait 30 ans et était mère de deux enfants : elle a été tuée à coups de marteau ce week-end à Arpajon.
Elle avait 31 ans et était mère de trois enfants : elle a été brûlée vive en pleine rue à Mérignac.
Quarante-trois féminicides insupportables ont été commis depuis le début de l’année, certains même en dehors du huis clos du domicile. Désormais, nous assistons aussi à des meurtres de femmes en pleine rue.
Où est donc la grande cause du quinquennat dédiée à la lutte contre les violences faites aux femmes ? Lutter contre ce type de violences est une urgence, une question de vie ou de mort. Il manque une volonté politique contre les féminicides. Il y a beaucoup de paroles, de la communication, mais où sont les actes – ceux que nous pouvons constater sur le terrain, dans nos circonscriptions ?
Il n’y en a pas ! Il y a un numéro de téléphone ! C’est d’un véritable plan d’urgence dont nous avons besoin.
J’avais déjà eu l’occasion de vous interpeller sur cette question l’an dernier à la suite d’un féminicide commis dans le Val-de-Marne. Les associations vous réclament un tel plan et je les soutiens. Il nous le faut, ainsi qu’un budget transversal aux différentes politiques publiques concernées, dont le montant a été estimé à 1 milliard d’euros. Il faut également que vous renonciez à votre projet de fermeture des commissariats la nuit.
Il convient aussi de réfléchir à la constitution, comme l’Espagne l’a fait il y a déjà quinze ans, de tribunaux dédiés aux violences conjugales. Cela suffit, nous voulons que les femmes et leurs enfants cessent de vivre dans la peur !
Mon expérience d’élue territoriale chargée de l’enfance en danger dans un conseil départemental m’a montré l’ampleur des drames humains pour ces enfants qui arrivent dans un foyer de l’enfance la nuit du meurtre de leur mère. Ma détermination vient de ces enfants victimes de psychotraumatismes graves, car les féminicides ne mettent pas seulement fin à une vie ; ils brisent la vie d’enfants et de familles.
Monsieur le ministre, où est donc la grande cause du quinquennat dédiée à la lutte contre les violences faites aux femmes, dont les féminicides sont l’expression la plus violente et rappellent les dysfonctionnements que nous observons ?
Merci, madame la députée… Où sont les mesures de l’État ? (Applaudissements sur quelques bancs des groupes SOC et LR.) La parole est à Mme la ministre déléguée chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes, de la diversité et de l’égalité des chances. Je vous remercie de me permettre de reprendre la parole sur cette question éminemment grave dans notre société. Parler des violences sexistes et sexuelles, c’est arrêter de nier leur existence. Le moins que l’on puisse dire, c’est que depuis que le Président de la République a décidé que cette cause serait la grande cause du quinquennat, nous n’avons jamais autant parlé des violences faites aux femmes ;… C’est faux ! Ce sont des crimes, pas des violences sexuelles ! …qu’on le reconnaisse ou non.
Pourquoi ces crimes font-ils aujourd’hui la une des médias ? Parce que toute la société est sensibilisée à cette question. Je le disais tout à l’heure, quatre lois ont été votées en trois ans pour protéger les femmes.
Vous parliez de budget : mon ministère a obtenu une augmentation de son budget de 40 % pour lutter contre ce type de violences.
Vous parliez des enfants : il faut évidemment s’en occuper. Nous soutenons des associations qui prennent en charge les enfants lorsqu’ils sont malheureusement victimes de ces violences, qui ne concernent pas toujours que les seuls adultes.
Et oui, il est temps que nous écoutions les victimes : c’est ce que fait le Gouvernement depuis 2017. Je l’ai rappelé tout à l’heure, ce fut aussi la raison d’être du Grenelle des violences conjugales : quarante-six mesures en ont découlé, comme l’augmentation de 60 % du nombre de places d’hébergement d’urgence pour accueillir des femmes.
Pardon, mais combien de mesures avons-nous prises, qui auraient dû l’être par les gouvernements précédents ?
(Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM et sur quelques bancs du groupe Dem.) Reconnaissez-le car, sinon, jamais on ne s’en sortira !
Le fléau des violences faites aux femmes concerne l’intégralité de notre pays, aussi bien le ministère de l’intérieur que ceux de la justice et de l’éducation. C’est l’égalité des sexes qu’il nous faut instaurer dans notre société et nous n’y arriverons pas seuls !
(Mêmes mouvements.)
La parole est à M. Christophe Lejeune. Ma question s’adresse à M. le ministre de l’Europe et des affaires étrangères.
La Biélorussie, par l’intermédiaire de son chef d’État, Alexandre Loukachenko, a envoyé ce dimanche un MIG-29 intercepter un vol commercial de la compagnie Ryanair en provenance d’Athènes et à destination de Vilnius, ce que le Gouvernement français a qualifié d’« acte de piraterie d’État ».
Songez, mes chers collègues, qu’à seulement 1 500 kilomètres de nos frontières, un chef d’État, faisant fi des revendications de son peuple depuis plusieurs mois, s’est octroyé le droit, au mépris de toutes les conventions aériennes internationales, de provoquer l’atterrissage d’un vol commercial reliant deux capitales de l’Union européenne ! Le seul but de cet acte était d’arrêter l’un de ses opposants, un journaliste. Ce sont de sombres méthodes, qui nous renvoient à une période que nous pensions révolue. Nous ne pouvons pas le tolérer.
Peu de temps après le détournement, le média d’opposition biélorusse Nexta affirmait que Roman Protassevitch, son ancien rédacteur en chef, avait été arrêté par les services de sécurité de l’aéroport de Minsk après un atterrissage d’urgence de l’appareil, sous prétexte d’une alerte à la bombe. Ce même média a assuré que des agents du KGB biélorusse étaient à bord. Sur Twitter, Svetlana Tikhanovskaïa, figure de l’opposition au régime biélorusse, désormais réfugiée en Lituanie, a assuré que Roman Protassevitch encourait à présent la peine de mort.
L’Union européenne a largement dénoncé une « action complètement inacceptable de Minsk ». La France, dont au moins neuf ressortissants étaient à bord, a dénoncé un « détournement » d’avion « inacceptable ». Les dirigeants de l’Union européenne se sont rencontrés hier soir afin de discuter de potentielles sanctions. Nous savons que le chef de l’État, Emmanuel Macron, et le Gouvernement français, représenté par Jean-Yves Le Drian et Clément Beaune, ont été particulièrement actifs.
Merci, monsieur le député… Pouvez-vous nous faire état de l’avancée des discussions relatives aux propositions de sanctions de la France et de l’Union européenne ? (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LaREM.) La parole est à M. le ministre de l’Europe et des affaires étrangères. J’ai déjà répondu en partie à cette question lorsque j’ai été interrogé par le président Bourlanges. Sachez que je comprends d’autant plus votre interrogation et votre émotion que vous êtes président du groupe d’amitié entre la France et le Bélarus – « amitié » n’est pas le bon terme pour décrire nos relations avec M. Loukachenko – et que vous avez par ailleurs des relations personnelles avec ce pays.
Vous savez donc que depuis août 2020, il y a dans ce pays des arrestations arbitraires, des associations bâillonnées, des opposants intimidés et emprisonnés et une répression très grave, qui font suite à une élection présidentielle irrégulière. Voilà pour le fond du problème.
Les événements de dimanche, que vous avez décrits et dont nous avons parlé tout à l’heure, ne sont qu’une escalade supplémentaire, certes très grave, dans cette stratégie de répression aveugle menée par le régime de M. Loukachenko.
J’ai rappelé les mesures prises hier par le Conseil européen : elles sont très strictes. J’ajouterai plusieurs éléments en complément de ce que j’ai dit au président Bourlanges.
Jamais nous ne reconnaîtrons la légitimité de l’élection de M. Loukachenko. Jamais !
(Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LaREM et sur quelques bancs du groupe Dem.) Nous ne la reconnaissons pas aujourd’hui et nous ne la reconnaîtrons pas davantage demain.
De plus, nous apportons notre solidarité permanente à l’opposition biélorusse. Je me suis entretenu hier avec Mme Tikhanovskaïa, réfugiée en Lituanie, afin de l’en assurer.
Enfin, trois trains de sanctions ont déjà été pris à l’encontre du Bélarus, lesquels ont été complétés hier par des sanctions économiques contre certaines entités majeures du pays. Nous les prorogerons jusqu’à ce que le régime reconnaisse le choix démocratique qui a été fait et se plie à la pression du peuple.
(Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes LaREM et Dem.)
La parole est à M. Gérard Cherpion. Ma question s’adresse à M. le Premier ministre.
La crise sanitaire et économique a durablement marqué l’activité des entreprises, donc l’emploi. Si des mesures ont été prises par votre gouvernement, force est de constater et de regretter qu’elles ont été décidées à la hâte, sans véritable concertation avec les partenaires sociaux et encore moins avec le Parlement. Gouverner par ordonnances et par décrets a ses limites.
Par exemple, les 220 salariés de l’usine de Saint-Dié-des-Vosges de l’entreprise Inteva Products ont été licenciés grâce à l’ordonnance du 20 mai 2020, prise sans aucun débat préalable au sein de notre assemblée. Celle-ci permet la reprise d’une entreprise par celui-là même qui l’a menée à la liquidation – en l’espèce assortie de la fermeture du site, du licenciement de l’ensemble des salariés et d’une délocalisation dans les pays de l’Est. Les 220 salariés de cette usine sont-ils responsables de leur inscription à Pôle emploi, ou la responsabilité vous revient-elle ? Moins de 25 % d’entre eux ont, à ce jour, retrouvé un emploi.
Les autres seront-ils une seconde fois pénalisés par l’application du décret du 30 mars 2021 portant diverses mesures relatives au régime d’assurance chômage ? En effet, ce décret est en inadéquation avec la réalité de l’emploi dans le contexte actuel.
(M. François Ruffin applaudit.) Le taux de chômage augmente, quoique de façon moins importante que nous le craignions. Toutes catégories confondues, 6 millions de personnes sont inscrites à Pôle emploi, moins de 50 % d’entre elles percevant une allocation chômage. Votre décret augmentera encore le nombre de personnes non ou mal indemnisées.
La politique sociale de la France se construit dans la concertation et dans la responsabilité : le dernier accord national interprofessionnel sur le télétravail en est une belle illustration. Aussi, comme le demandent tous les partenaires sociaux, représentant aussi bien le patronat que les salariés, de nombreux économistes et même l’ancienne ministre du travail, comptez-vous persévérer dans l’erreur ou plutôt reprendre le chemin de la démocratie sociale et politique en retirant ce décret ?
(Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LR et sur quelques bancs du groupe FI.) La parole est à Mme la ministre du travail, de l’emploi et de l’insertion. Je suis un peu surprise par vos propos (Exclamations sur quelques bancs du groupe LR) car, comme vous le savez, depuis le début de la crise, nous prenons des mesures exceptionnelles pour protéger les entreprises et les salariés. Vous protégez les riches ! Comme j’ai déjà eu l’occasion de le dire devant cet hémicycle, nous avons mobilisé plus de 40 milliards d’euros au titre de l’activité partielle pour protéger les emplois.
Dans les prochains mois, nous poursuivrons la protection des entreprises et des salariés grâce à un dispositif qui, contrairement à ce que vous prétendez, a été concerté et même proposé par les partenaires sociaux :…
C’est historique ! …l’activité partielle de longue durée.
J’estime donc que le Gouvernement n’a aucune leçon à recevoir en matière de dialogue social.
(Protestations sur les bancs des groupes LR, FI et GDR.)
Quant à la réforme de l’assurance chômage, elle a fait l’objet de six mois de concertation avec les partenaires sociaux. Elle est nécessaire pour rendre notre système plus juste et pour lutter contre la précarité qui concerne des centaines de milliers de salariés.
Au cours des dernières années, le nombre de CDD de moins d’un mois a augmenté de 250 %. Il faut donc réformer le système, en plaçant les entreprises devant leurs responsabilités, grâce à un système de bonus-malus qui les incitera à proposer des CDI ou des CDD plus longs. Par ailleurs, le calcul du montant de l’allocation chômage doit permettre d’assurer une meilleure équité entre les salariés.
Le dialogue social est une réalité ; c’est grâce à lui que nous avons instauré le dispositif d’activité partielle de longue durée et que nous avons conçu le dispositif Transitions collectives, qui vise, lui aussi, à protéger les salariés.
(Applaudissements sur quelques bancs du groupe LaREM.) La parole est à M. Gérard Cherpion. Les demandeurs d’emploi et les partenaires sociaux apprécieront votre réponse ! (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LR.)
La parole est à Mme Mathilde Panot. C’est une alerte. La pauvreté explose et vous n’avez pas le droit de détourner les yeux. Laetitia, qui vit seule avec ses quatre enfants, ne sait plus comment les nourrir, dès le 10 du mois. Quatre appels manqués : ils ont été passés par le propriétaire du logement d’Ahmed, qui n’a plus d’emploi depuis mars 2020. Cet été, il souhaitait emmener ses enfants dans le Sud, mais depuis qu’il sait qu’ils vont être expulsés, il n’arrive plus à penser à autre chose. « Puis-je passer demain midi ? » demande le voisin de Lucas. Lucas aimait déjeuner avec son voisin du CROUS avant de réviser ses partiels, mais cette fois, il hésite, parce que son frigo est vide.
Ahmed, Lucas, Laetitia et tant d’autres : regardez-les, entendez-les ! Ces femmes et ces hommes ont la boule au ventre, ils ont honte, ils vivent dans l’angoisse permanente. Oui, les 10 millions de femmes et d’hommes qui vivent sous le seuil de pauvreté à cause de votre politique ont des visages, des goûts, des désirs. La moitié d’entre eux a moins de 30 ans et la vie devant soi. Ce n’est pas parce que vous ne les connaissez pas qu’ils n’existent pas.
Vous leur préparez aujourd’hui un agenda de la honte. Le 31 mai 2021, les expulsions locatives reprendront et vous jetterez des dizaines de milliers de familles à la rue. Puis, le 1er juillet 2021, la réforme de l’assurance chômage entrera en vigueur et vous condamnerez à la mort sociale plus d’1 million de personnes privées d’emploi. Il y a un autre agenda, celui des indécents et des cupides. Hier, nous apprenions que Bernard Arnault était l’homme le plus riche du monde. Il y a un mois, nous découvrions les chiffres mirobolants des 51 milliards d’euros de dividendes versés aux actionnaires. Votre guerre sociale doit cesser. Déjà 300 000 emplois ont été détruits ; le Secours populaire déclare être venu en aide à plus d’1 million de personnes, soit 45 % de plus que l’année précédente. Ces chiffres seuls devraient vous tordre le ventre.
La crise sociale ne fait que commencer. La pauvreté et la détresse disloquent notre pays. Renoncez à votre réforme de l’assurance chômage, prolongez la trêve hivernale ! Monsieur le Premier ministre, quand libérerez-vous nos compatriotes des chaînes de la pauvreté ?
(Applaudissements sur les bancs des groupes FI et GDR.) Chers collègues, je vous signale que le chronomètre est en panne. Un substitut me permet toutefois de veiller au grain et Mme Panot a parfaitement respecté les deux minutes qui lui étaient imparties.
La parole est à Mme la ministre de la transition écologique.
Madame Panot, quand je vous entends, j’ai envie de répondre par cette fameuse phrase : « Vous n’avez pas le monopole du cœur. » (Protestations sur les bancs des groupes LR et FI.) Giscard, reviens ! Nous aussi nous connaissons, nous rencontrons des personnes qui vivent des difficultés, notamment durant la crise actuelle, si pénible. Face à cela, nous agissons et, au lieu de simplement citer des exemples, nous essayons d’apporter des solutions. Nous avons notamment pris des mesures exceptionnelles pour protéger les locataires vulnérables. L’an dernier, à l’issue de la trêve hivernale, que nous avons prolongée jusqu’en juillet 2020, nous avons fixé comme consigne que chaque expulsion soit accompagnée d’une proposition de relogement ou d’hébergement, ce qui s’est traduit par un nombre exceptionnellement bas d’expulsions cette année-là. 30 000 familles à la rue ! Cette année, nous avons prolongé de nouveau la trêve hivernale jusqu’au 31 mai 2021 et avons par ailleurs ouvert un nombre exceptionnellement élevé de places d’hébergement pour la mise à l’abri. Plus de 200 000 places sont ainsi disponibles et Mme Emmanuelle Wargon a annoncé la semaine dernière qu’elles le resteraient jusqu’en mars 2022. C’est historique. Historique, évidemment ! Nous devons désormais réussir la sortie de la trêve hivernale et des mesures temporaires, afin d’assurer un retour progressif au droit commun. Nous nous y préparons depuis plusieurs mois, avec une priorité : continuer à protéger les populations précaires et vulnérables. Après le 1er juin, les expulsions seront donc assorties de propositions de relogement, ou, au minimum, d’hébergement. Un travail sera également mené en amont de l’expulsion, afin de proposer un accompagnement social et une solution de relogement aux locataires. Par ailleurs, nous devons aussi tenir compte des petits propriétaires, pour lesquels les loyers constituent une source importante de revenus. Dès juillet, nous abonderons donc le fonds d’indemnisation des propriétaires bailleurs, le besoin complémentaire étant estimé à environ 20 millions d’euros. Enfin, à titre exceptionnel, nous avons instauré, pour 2021,… Merci, madame la ministre. …un fonds d’aide aux impayés de loyer de 30 millions d’euros. Voilà des aides concrètes, pour les plus vulnérables.
La parole est à M. M’jid El Guerrab. Monsieur le ministre de l’Europe et des affaires étrangères, il y a quelques minutes, nous avons appris que le colonel Assimi Goïta, vice-président du Mali, avait démis de leurs fonctions le président Bah N’Daw, ainsi que le premier ministre Moctar Ouane, arrêtés lundi soir par des membres de l’armée et détenus dans le camp militaire de Kati. Il leur serait reproché d’avoir « enfreint la charte de la transition ».
Ce nouveau rebondissement, qui survient alors que le pays a connu en août dernier son quatrième coup d’État depuis l’indépendance, complexifie encore la situation politique et en matière de sécurité dans la région du Sahel, quelques jours après les bouleversements graves survenus au Tchad. Pourtant, avant les événements de la nuit dernière, le Mali semblait se diriger vers une transition démocratique inclusive, qui associait les acteurs politiques et sociaux, comme le président Bah N’Daw me l’avait clairement signifié lors d’un déplacement au Mali, dans ma circonscription.
Avant d’aller plus avant dans ma question, j’ai une pensée pour les 8 500 ressortissants français qui vivent au Mali, ainsi que pour les 5 100 soldats français engagés dans l’opération Barkhane pour assurer la paix et la stabilité dans la région, eux qui ont déjà payé un lourd tribut en honorant leurs missions.
(Applaudissements sur quelques bancs des groupes Agir ens, LaREM, LR et SOC.)
Monsieur le ministre, alors que notre pays a accueilli la semaine dernière un sommet international sur le financement des économies africaines, afin d’accompagner le continent dans la résolution de la crise sanitaire, la communauté internationale, et, au premier rang de celle-ci, l’Union africaine, se préoccupent des soubresauts de la gouvernance, dont la stabilité est le préalable à toute sortie durable de la crise dans la zone. Quelle est la position de la France concernant cette nouvelle menace pour la stabilité du Sahel ? Comment assurer la sécurité de nos compatriotes qui résident au Mali ? (Applaudissements sur les bancs du groupe Agir ens.) La parole est à M. le ministre de l’Europe et des affaires étrangères. La France condamne avec la plus grande fermeté le coup de force qui s’est déroulé hier au Mali. (M. Jean-Luc Mélenchon applaudit.) À la suite d’un changement de gouvernement décidé légalement par le président de la transition Bah N’Daw et le premier ministre Moctar Ouane, ceux-ci ont été arrêtés et conduits dans le casernement de Kati.
Cette condamnation ferme est unanime, puisque s’y associent l’Union africaine, l’Union européenne et tous les voisins du Mali, réunis dans le cadre de la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest, la CEDEAO. En outre, nous proposerons de nouveau au Conseil de sécurité des Nations unies de formuler une condamnation. Nous avons donc provoqué sa réunion, qui aura lieu dans quelques heures – ce sera encore le matin à New York – pour prendre en considération la grave situation au Mali.
Le respect strict du caractère civil de la transition et de ses délais est une condition
sine qua non de la crédibilité de ce processus et du soutien des partenaires internationaux aux autorités maliennes. Dans l’immédiat, nous exigeons donc la libération des autorités détenues, dont la sécurité doit être garantie, et la reprise immédiate du cours normal de la transition. En outre, je sais que l’ancien président du Nigéria, M. Goodluck Jonathan, doit se rendre aujourd’hui à Bamako pour faire valoir le point de vue des pays de la région.
Je précise qu’en l’absence de retour à une transition ordonnée, nous prendrons des mesures immédiates ciblant les responsables militaires et politiques qui entravent la transition.
(Applaudissements sur quelques bancs des groupes Agir ens et Dem.)
La parole est à M. Jean-Paul Dufrègne. Monsieur le ministre de l’économie, des finances et de la relance, bien qu’elles soient occultées par les élections régionales et la nationalisation de leurs enjeux, n’oublions pas les élections départementales et leur importance pour le quotidien des Français. Dès le début de cette crise, les départements ont été en première ligne pour appliquer les mesures gouvernementales et être force de proposition. Si c’était à prouver, ils ont démontré leur rôle d’échelon de proximité, de relais avec le réseau d’intercommunalités, les communes, les services de l’État comme les agences régionales de santé ou encore avec le tissu associatif dont ils sont les partenaires.
Rappelons-le, car c’est toujours utile, le département est compétent en matière de solidarité, de cohésion territoriale, de collèges, d’action culturelle et sportive, entre autres. Or ces domaines ont tous été affectés par la crise et sont essentiels pour toutes et tous, au quotidien.
Dans le projet de loi de finances initiale pour 2020, vous avez décidé de compenser la perte du produit fiscal de la taxe d’habitation auparavant versé aux communes par le transfert et l’affectation à celles-ci de la part départementale de la taxe foncière sur les propriétés bâties, privant ainsi les départements de toute autonomie fiscale et financière, alors que celles-ci sont essentielles en cette période de crise sanitaire et sociale.
Monsieur le ministre, qu’envisagez-vous pour rendre aux départements une part d’autonomie financière et fiscale ? Qu’envisagez-vous, concernant le RSA, dont le nombre d’allocataires explosera à cause de votre funeste réforme de l’allocation chômage ?
L’expérimentation dans quelques départements prévue dans le projet de loi relatif à la différenciation, la décentralisation, la déconcentration et portant diverses mesures de simplification de l’action publique locale, dit 4D, suffira-t-elle à répondre à l’inquiétude grandissante des départements, ou envisagez-vous des mesures spécifiques ?
(Applaudissements sur les bancs du groupe GDR.) La parole est à Mme la ministre déléguée chargée de la ville. Vous interrogez le Gouvernement sur l’autonomie financière des départements et, plus largement, sur leur santé financière. Je vous rappelle tout d’abord que l’autonomie financière n’est pas en soi la réponse à leurs difficultés. Leur problème principal tient à la volatilité de leurs ressources, qui peuvent diminuer en cas de coup dur, tandis que leurs dépenses, notamment sociales, continuent de croître. C’est le fameux effet ciseaux.
C’est pourquoi nous devons avant tout leur garantir des recettes dynamiques solides et les aider en cas de retournement de conjoncture. Si vous observez le panier des recettes des départements, vous constaterez d’ailleurs que la majorité de celles-ci répond à ces conditions : je pense bien sûr aux droits de mutation à titre onéreux – DMTO –, à la taxe intérieure sur la consommation de produits énergétiques – TICPE –, à la TVA, ou encore à la taxe sur les contrats d’assurance.
Pour nombre de départements, le seul levier de la taxe foncière, placé entre les mains des communes depuis cette année, n’aurait pas permis de faire face à la crise. En effet, dans un très grand nombre de cas – je pense particulièrement aux départements ruraux –, le taux de cette taxe, déjà élevé, ne laissait en réalité aux élus qu’une très faible marge de manœuvre.
Nous continuons bien sûr à travailler avec les départements sur les questions financières. La ministre Jacqueline Gourault et le ministre délégué Olivier Dussopt ont tenu il y a deux semaines une réunion avec les représentants de l’Assemblée des départements de France et il a été convenu d’étudier des améliorations possibles des mécanismes de clause de sauvegarde, grâce à des règles permettant de lisser les recettes départementales. Une partie d’entre elles pourrait être provisionnée les bonnes années, avant d’être réinjectée lors des années plus difficiles.
Vous le voyez, nous sommes depuis quatre ans à l’écoute des départements. Nous continuerons de l’être, particulièrement en cette période de crise.
(M. Rémy Rebeyrotte applaudit.)
La parole est à M. Grégory Labille. Monsieur le ministre de l’éducation nationale, de la jeunesse et des sports, nous pouvons enfin nous réjouir de l’avancée de la campagne de vaccination. Depuis hier, lundi 24 mai, les membres des professions prioritaires, notamment les enseignants, peuvent s’inscrire pour se faire vacciner. La campagne s’ouvrira à l’ensemble de la population adulte le 31 mai. La campagne vaccinale avance donc et la sortie de la crise sanitaire – soyons optimistes – se dessine.
Toutefois, je m’interroge sur la gestion de la rentrée scolaire prévue au mois de septembre 2021, car j’y vois plusieurs éléments discordants, qui m’invitent à vous demander quelques précisions.
En effet, j’appréhende la gestion des effectifs en septembre 2021, notamment le nombre de personnels enseignants disponibles pour assurer les cours. Nous ne sommes pas à l’abri d’un retard possible dans la campagne de vaccination du personnel enseignant, des agents territoriaux spécialisés des écoles maternelles, les ATSEM, des auxiliaires de vie scolaire et du personnel de garderie et de cantine. Ce retard vous obligerait à maintenir la mesure de fermeture de classe en cas de détection de cas de covid-19. De nombreux directeurs d’école alertent déjà sur la difficulté d’assurer les remplacements des personnels enseignants en cas de maladie, liée ou non au covid-19. Parallèlement, la suppression de postes en milieu scolaire continue.
Compte tenu de la situation sanitaire, je crains un effet de ciseaux à la rentrée scolaire : les cas continueront à augmenter en raison des vacances d’été, tandis que le nombre des personnels enseignants diminuera, notamment dans les milieux ruraux. Une manière de réduire ce risque pourrait être la levée de la mesure de fermeture de classe en cas de détection d’un cas de covid-19 à partir d’un certain seuil de vaccination du personnel éducatif. Une autre serait de renoncer à la suppression de certains postes, prévue à la rentrée 2021.
Monsieur le ministre, comment avez-vous prévu de gérer la campagne vaccinale dans les établissements scolaires pour préparer au mieux la rentrée 2021 ? Tiendrez-vous compte de la situation sanitaire en donnant aux directeurs académiques des services de l’éducation nationale les moyens de maintenir des postes d’enseignants ?
La parole est à M. le ministre de l’éducation nationale, de la jeunesse et des sports. Votre question est évidemment très importante puisque la préparation de la rentrée doit faire l’objet d’un examen particulier lors d’une crise comme celle que nous traversons. Il est important de rappeler, d’abord, que des questions de ce type se posaient l’année dernière à la même époque… Sauf qu’il n’y avait pas de vaccin ! …et que nous avons préparé une rentrée qui a permis le retour de tous les élèves. Bien sûr, tout n’a pas été parfait, mais les Français peuvent être collectivement fiers de leur système éducatif, qui est l’un de ceux ayant le mieux tenu au monde. Quelle modestie ! Bien entendu, nous avons l’intention d’aller de l’avant ; j’en parlais encore ce matin avec les organisations syndicales. Plusieurs questions se posent ; j’entrerai dans le détail dans d’autres circonstances. Concernant la question vaccinale, merci d’avoir rappelé les mesures qui viennent d’être prises : les professeurs peuvent désormais être vaccinés, quel que soit leur âge. Normalement, le rythme actuel permet d’envisager que tous les personnels – pas seulement les professeurs et pas seulement les personnels de l’éducation nationale, mais aussi ceux des collectivités locales concernées – puissent être vaccinés et à jour pour la rentrée prochaine.
Il y a aussi tous les enjeux relatifs aux tests. Nous déployons progressivement les tests antigéniques depuis le premier trimestre, les tests salivaires, et maintenant les autotests. Si l’épidémie est encore présente à la rentrée, nous poursuivrons la stratégie « tester, alerter, protéger », qui est décisive et qui a été la clef pour réussir l’ouverture des écoles.
Vous avez évoqué l’allégement du protocole sanitaire. Je suis le premier à le souhaiter pour la rentrée prochaine, parce qu’il nous permettrait d’avoir une vie courante plus facile. Cela dépend évidemment des données sanitaires, que nous évaluerons le moment venu, aussi bien au début du mois de juillet – comme l’année dernière – qu’à la fin du mois d’août, pour ajuster les choses. S’agissant des autres éléments de préparation de la rentrée, je vous répondrai ultérieurement.
(Applaudissements sur quelques bancs du groupe LaREM.)
La parole est à M. Marc Le Fur. Ma question concerne les assistantes maternelles, et plus précisément leur situation fiscale. Elles sont près de 300 000 en France ; on en parle trop rarement dans cette assemblée et pourtant, elles jouent un rôle essentiel pour les familles, en accueillant leurs jeunes enfants. En 2020, en pleine pandémie, elles ont été exemplaires, continuant à travailler alors que l’on fermait les crèches. Pourtant, elles n’ont guère été reconnues : elles n’ont pas bénéficié de la prime covid, alors qu’elles étaient en première ligne.
Lorsque les parents ont repris leurs enfants, parce qu’ils étaient nombreux à être à la maison du fait du chômage partiel ou du télétravail, elles ont bénéficié d’une indemnité exceptionnelle correspondant à 80 % de leur salaire. Je rappelle que les autres salariés bénéficiaient de 84 % de leur salaire au titre du chômage partiel : pourquoi cette mesquinerie ?
Nous sommes maintenant en pleine période de déclaration des revenus, et les assistantes maternelles sont en train de comprendre qu’elles vont être grugées.
(« Eh oui ! » sur les bancs du groupe LR.) En effet, elles devront déclarer l’indemnité exceptionnelle sans aucun abattement, alors que le salaire versé par les parents leur permet de bénéficier d’un abattement de trois heures de SMIC par jour et par enfant accueilli.
De ce fait, alors que beaucoup d’entre elles ont touché moins d’argent en 2020, elles vont devoir déclarer plus de revenus imposables. Dès septembre, celles qui payent l’impôt vont voir augmenter leur taux moyen et celles qui ne le payaient pas encore vont peut-être devoir le payer. Qu’entendez-vous faire pour éviter une telle injustice ?
(Applaudissements sur les bancs du groupe LR.) La parole est à M. le secrétaire d’État chargé de la transition numérique et des communications électroniques. Je vous prie tout d’abord de bien vouloir excuser l’absence de mon collègue Olivier Dussopt. Je veux profiter de votre question pour rappeler le rôle absolument essentiel des assistantes maternelles, notamment pendant le premier confinement. M. Le Fur l’a dit, pas besoin de répéter ! Vous avez raison, nous ne parlons pas assez d’elles, de leur rôle et du fait qu’elles ont permis aux parents de continuer à travailler lorsqu’ils étaient obligés de le faire. Sans elles, le pays n’aurait pas tenu. (M. Hervé Berville applaudit.)
Je veux également prendre le temps de répondre en détail à votre question. Vous avez raison, les rémunérations perçues à raison de l’activité des assistants maternels et des assistants familiaux, régies par des dispositions spécifiques du code de l’action sociale et des familles, bénéficient d’un régime particulier d’imposition favorable, prévu à l’article 80 sexies du code général des impôts. En application de ces dispositions, le revenu brut à déclarer, c’est-à-dire avant application de la déduction forfaitaire pour frais professionnels de 10 %, est égal à la différence entre d’une part, le total des rémunérations et indemnités perçues pour l’entretien et l’hébergement des enfants, d’autre part, une somme égale à trois fois le montant horaire du salaire minimum de croissance par jour et par enfant confié. Cette dernière somme est majorée dans certaines situations ; j’espère que c’est clair.
Ce régime spécifique d’imposition est ainsi directement lié à l’exercice effectif de l’activité d’assistants maternels, plus précisément à la garde effective de jeunes enfants et aux frais d’entretien et d’hébergement correspondants. Par suite, il est justifié que ce régime de faveur ne soit pas applicable aux revenus de remplacement ou de substitution, dès lors que par hypothèse, leurs titulaires n’exercent alors pas l’activité d’assistants maternels. En conséquence, à l’instar des indemnités de chômage perçues en dehors de la crise sanitaire, les indemnités d’activité partielle versées aux assistants maternels par le particulier qui les emploie n’ouvrent pas droit au bénéfice du régime spécifique d’imposition.
Concrètement ! La parole est à M. Marc Le Fur. Plus techno, on ne fait pas ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LR.)
Voilà des personnes qui n’auront pas eu la prime covid, dont l’indemnité de chômage est inférieure à celle des autres salariés et qui, en plus, vont être pénalisées fiscalement ! C’est inadmissible ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LR et sur quelques bancs du groupe UDI-I.) Plus démago, on ne fait pas mieux !
La parole est à M. Bruno Studer. Quel bonheur, quel soulagement d’avoir vécu la semaine dernière la réouverture des cinémas, des salles de concerts, des opéras, des théâtres, et d’avoir retrouvé le chemin des écoles de musique ! (Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM et Dem.) C’est dans cet élan que le Président de la République a annoncé la généralisation du pass culture dans toute la France hexagonale et l’outre-mer (Mêmes mouvements) . L’année de leurs 18 ans, nos jeunes pourront bénéficier de 300 euros, valables deux ans, pour s’offrir une place de spectacle ou de cinéma, prendre des cours de danse, de musique ou de peinture, s’acheter des livres, des albums ou des instruments de musique chez leurs commerçants de proximité.
Ce pass culture est à la fois un outil de recensement des événements, jusqu’aux plus confidentiels, de géolocalisation, et aussi de relance au profit du secteur culturel.
Vous auriez pu le dire en alsacien ! Au contraire de ce qui a pu être dit, tout cela se fait sans passer par les géants du commerce en ligne, les moteurs de recherche dominants ou les plateformes qui, au-delà de pratiques fiscales et commerciales contestables, cherchent à enfermer nos jeunes dans des algorithmes de consommation, alors que la culture nous apporte justement la nuance par rapport à la vie. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LaREM.)
Je veux associer à ma question l’ensemble de mes collègues qui se réjouissent avec moi que nos jeunes, en France, le pays de la culture, puissent s’ouvrir et accéder plus facilement à celle-ci. Madame la ministre de la culture, le pass culture doit s’installer durablement comme un véritable réseau social culturel.
Travaillez-vous à une possibilité de recharge entre particuliers ? En d’autres termes, un grand-parent pourra-t-il recharger le pass culture au profit de ses petits-enfants ? Travaillez-vous à des possibilités de conventionnement avec des collectivités territoriales, afin qu’elles puissent s’associer au pass culture et l’abonder ? Vous avez aussi annoncé que les élèves, à partir de la classe de quatrième, pourraient bénéficier des premiers versements dès janvier ; cela permettra de faire connaître le pass culture à tous les jeunes de France. Mais comment envisagez-vous, dans les semaines qui viennent, d’atteindre les jeunes qui auront 18 ans cette année ou l’année prochaine, notamment ceux qui ne sont plus scolarisés ? Une communication à leur intention est-elle prévue ?
(Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM et sur quelques bancs du groupe Dem.) La parole est à Mme la ministre de la culture. Monsieur le président Bruno Studer, vous étiez un ardent militant du pass culture et je vous en remercie. Il est maintenant généralisé dans toute la France,… Il y a la généralisation des passeports sanitaires aussi ! …le Président de la République l’a annoncé lors de son déplacement à Nevers. C’est d’ores et déjà un grand succès : la plateforme de téléchargement du pass culture a enregistré 600 000 connexions depuis vendredi dernier (M. Pierre Cordier scande le mot « historique ! ») ; 110 000 jeunes ont activé leur compte et ont fait 273 000 réservations jusqu’à dimanche ; le mouvement continue. Ce sont donc des résultats extrêmement positifs.
Les jeunes de plus de 18 ans ont un crédit de 300 euros, mais chaque jeune a en réalité un crédit de 500 euros, puisqu’avec le ministre de l’éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, nous avons décidé qu’une partie de ces crédits – 200 euros – serait consacrée aux jeunes de la quatrième à la terminale, pour qu’ils se familiarisent avec le pass culture.
Vous me posez des questions précises sur la communication. J’ai envoyé une lettre aux préfets vendredi pour que la meilleure information soit assurée. Des personnels y sont dédiés au sein des directions régionales des affaires culturelles et nous mobilisons les associations d’élus et les réseaux d’éducation populaire.
Vous m’avez posé une autre question : réfléchissons-nous à la possibilité pour les grands-parents, par exemple, de recharger le pass culture ? Nous la concrétiserons dans une deuxième phase. Par ailleurs, la collaboration avec les collectivités territoriales est d’ores et déjà engagée ; c’est le cas de la Bourgogne Franche-Comté, où nous étions avec le Président de la République, région où les avantages culturels sont parfaitement coordonnés avec le pass culture. Nous avançons ; le pass culture est un grand outil de démocratisation culturelle et un engagement tenu du Président de la République.
(Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes LaREM et Dem.)
La parole est à M. Michel Larive. Ma question s’adresse à M. le Premier ministre. Depuis des mois, des années maintenant, votre gouvernement surfe sur une vague sécuritaire qui s’amplifie de jour en jour, effaçant ainsi les problèmes essentiels des seconds, voire des derniers de cordée,… C’est vrai ! …ceux qui nourrissent, enseignent, soignent, construisent et protègent, ceux qui ont tenu – et qui tiennent encore – le pays à bout de bras pendant la crise sanitaire. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe FI.) Pour tous ceux-là, la vie continue – ou pas.
Chaque année, on recense malheureusement des milliers d’accidents du travail en France. Selon le secrétaire général de la CGT-construction Bruno Bothua, chaque jour travaillé, un ouvrier du bâtiment décède d’un accident du travail ; toutes les cinq minutes survient un accident grave, qui peut entraîner un handicap à vie. Ce sont des statistiques officielles, où ne sont pas intégrés, notamment, les cas des travailleurs détachés. Il faut parfois deux à trois ans pour que soit reconnu un accident du travail. Pendant ce laps de temps, aucun accompagnement n’est proposé aux familles.
Le pire dans tout cela, c’est la fatalité, qui mène à une certaine normalité. Jamais ne sont interrogées les causes profondes qui conduisent à ces drames. Je veux parler de l’obsession de la rentabilité et du profit, qui pousse aux cadences infernales, aux pressions des hiérarchies ou d’ailleurs, aux mesures de sécurité allégées, aux conditions de travail dégradées.
(Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe FI.)
Là aussi, la problématique est systémique. Mais de tout cela, vous ne parlerez pas ; il n’y aura pas de manifestations de soutien et de solidarité. Pourtant, toutes les vies se valent. La multitude des cas sera coincée à la rubrique « faits divers » de la presse quotidienne régionale. Ces milliers de drames sont invisibilisés dans un silence assourdissant. Monsieur le Premier ministre, quand prévoyez-vous d’inscrire à votre agenda politique et médiatique la question sociale essentielle des accidents du travail ? (Applaudissements sur les bancs du groupe FI.) La parole est à Mme la ministre du travail, de l’emploi et de l’insertion. Je considère comme vous que tout accident de travail est un accident de trop. Ce sont en effet des drames humains, et les entreprises doivent tout faire pour les prévenir. La prévention des accidents de travail est au cœur des missions de l’inspection du travail, à laquelle je veux rendre hommage : depuis le début de la crise, elle est totalement mobilisée pour veiller à la santé et à la sécurité des salariés.
Nous avons conçu un plan d’action ciblé afin d’être présents là où les risques sont les plus importants – je pense par exemple aux chutes de hauteur. En 2020, les agents de l’inspection du travail ont réalisé plus de 37 000 interventions relatives à la santé et à la sécurité au travail. Ils ont soustrait à un risque de danger grave et imminent près de 8 000 travailleurs et mené plus de 10 000 enquêtes relatives à des accidents de travail afin de déterminer les responsabilités pénales et de prévenir la survenance de nouveaux accidents.
L’inspection du travail n’agit pas seule. Le réseau des CARSAT – caisses d’assurance retraite et de santé au travail – est également très mobilisé. Je suis parfaitement consciente qu’au moment où certains secteurs économiques reprennent leur activité après avoir été à l’arrêt, nous devons être particulièrement vigilants. Aussi avons-nous prévu un financement pour des formations dites de réentraînement au travail et annexé au protocole national en entreprise une fiche de l’Agence nationale pour l’amélioration des conditions de travail qui fournit des conseils pour reprendre le travail en toute sécurité. Le ministère du travail, de l’emploi et de l’insertion joue donc son rôle de prévention, comme celui de recherche des infractions.
La parole est à M. Erwan Balanant. Ma question est collective : je la pose au nom de mes collègues Jimmy Pahun, Vincent Bru, Bruno Fuchs, Sophie Mette, Sylvain Waserman, Maud Petit, Bruno Joncour, Sandrine Josso, François Pupponi et Florence Lasserre. Par sa décision du 21 mai, le Conseil constitutionnel sème le trouble et menace le choix que de nombreuses familles ont fait pour l’éducation de leurs enfants. Il a raison ! L’apprentissage par l’immersion a fait ses preuves depuis plus de cinquante ans, en démontrant son efficacité pédagogique et humaine. Comment comprendre et accepter que des réseaux associatifs qui ont montré leur excellence soient aujourd’hui menacés partout en France ? Comment mettre en péril des établissements tels que le lycée Diwan de Carhaix, classé en 2013 meilleur lycée de France par Le Figaro ?
La France souffre de ne pas comprendre que les langues régionales sont un trésor pour notre culture.
Très bien ! Ce mal a été amplifié par la révision constitutionnelle de 1992 : les parlementaires ont ajouté à l’article 2 de la Constitution un alinéa qui proclame le français seule langue de la République. Cette réforme visait à construire l’unité républicaine, au détriment cependant de notre patrimoine linguistique. Nous sommes très inquiets de cette nouvelle remise en cause. Apprenez l’anglais ! Le MODEM est fier d’appartenir à une famille politique qui a toujours protégé les langues régionales, notamment en 1994, lorsque François Bayrou a fait de ces établissements des établissements privés sous contrat. (M. Jimmy Pahun applaudit.)
Monsieur le ministre de l’éducation nationale, vous avez fait des annonces dans Ouest-France samedi dernier. Malheureusement, vos déclarations ne nous rassurent pas complètement, non plus que les acteurs du secteur associatif, quant aux conséquences éventuelles de la décision du Conseil constitutionnel. Pouvez-vous clarifier votre position sur l’immersion ? Comment garantirez-vous l’avenir des écoles immersives malgré la décision du Conseil constitutionnel ? (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes Dem et LaREM.) La parole est à M. le ministre de l’éducation nationale, de la jeunesse et des sports. Vous avez entendu le Premier ministre, vous savez donc quelles initiatives permettront d’accompagner les acteurs. Je répète aisément l’engagement que j’ai pris lors des précédentes discussions parlementaires sur ce sujet : nous voulons soutenir les structures auxquelles vous avez fait référence.
Merci d’avoir cité l’entretien que j’ai accordé à
Ouest-France ; j’y dresse les perspectives de développement des langues régionales. D’abord, les élèves seront autorisés à choisir les langues régionales comme option au bac ; elles pourront leur apporter des points supplémentaires, comme le latin et le grec. J’ai annoncé cette décision, qui pourra favoriser le choix des langues régionales pour les élèves qui entrent au lycée. Si 85 % des élèves qui étudient les langues régionales ne sont pas en situation d’immersion, tous sont concernés par cette mesure.
Deuxièmement, nous allons développer les technologies au service des langues régionales. Le CNED – Centre national d’enseignement à distance – enseigne désormais les quatre premières langues régionales françaises, c’est-à-dire qu’on peut les apprendre où qu’on soit dans le monde, ce qui est inédit. Afin d’augmenter le nombre d’élèves dans l’ensemble du territoire, nous allons développer la technologie du « distanciel synchrone », grâce à laquelle un même professeur enseigne à plusieurs classes en même temps.
Enfin, il est important de souligner que les langues régionales peuvent également être enseignées pendant le temps périscolaire et extrascolaire, dont j’ai la charge en tant que ministre de l’éducation nationale, de la jeunesse et des sports : le plan « mercredi » et le dispositif « vacances apprenantes » y contribueront ainsi. Les enseignements peuvent être dispensés en immersion, en parfaite adéquation avec la Constitution.
Enfin, osons le dire, le bilinguisme est désormais constitutionnellement consacré, ce qui permet bien des choses, en particulier de faire perdurer les pratiques actuelles. Ne jouons donc pas à nous faire peur. Néanmoins, il est très important que les textes soient précis et conformes à la Constitution. Respectons l’État de droit et développons les langues régionales.
(Applaudissements sur quelques bancs des groupes LaREM et Dem.)
La parole est à M. Charles de Courson. Monsieur le Premier ministre, le groupe Libertés et territoires, auquel j’appartiens, a constamment combattu les dispositions liberticides des divers projets et propositions de loi relatifs à la sécurité. Lors des débats sur la proposition de loi mal intitulée « pour une sécurité globale préservant les libertés », notre groupe s’est opposé aux dispositions liberticides, en particulier aux anciens articles 22 et 24, respectivement relatifs à la captation d’images par drones et à la création d’un délit de provocation à l’identification des agents des forces de l’ordre en opération. Cette loi souffrait d’un déséquilibre manifeste entre la nécessité de maintenir la sécurité publique et celle de préserver les libertés fondamentales. Tout au long des débats, le Gouvernement et sa majorité sont restés sourds à nos arguments à ce sujet.
Jeudi 20 mai, le Conseil constitutionnel a purement et simplement annulé ces deux articles très contestés. Concernant les drones, la mesure portait atteinte au respect de la vie privée. Concernant l’ex-article 24, le législateur n’avait pas observé le principe de légalité des délits et des peines, selon lequel on ne peut être pénalement condamné qu’en vertu d’un texte de loi précis et clair. D’ailleurs, cet article faisait également peser une menace importante sur la liberté de la presse.
D’autres textes en cours d’examen constituent des menaces pour les libertés publiques, comme l’article 18 du projet de loi confortant le respect des principes de la République et de lutte contre le séparatisme, qui calque la disposition de l’ex-article 24, censuré, de la proposition de loi pour une sécurité globale, puisqu’il vise à sanctionner la divulgation d’informations permettant d’identifier une personne. La commission mixte paritaire a échoué ; cet article sera donc prochainement examiné de nouveau à l’Assemblée nationale.
Après la décision du Conseil constitutionnel, le Gouvernement renoncera-t-il définitivement à ces mesures liberticides ?
(Applaudissements sur les bancs du groupe LT.) La parole est à M. le ministre de l’intérieur. Sur les quatre-vingt-dix articles de la proposition de loi déposée par vos collègues Alice Thourot et Jean-Michel Fauvergue, sept seulement ont fait l’objet d’une réserve d’interprétation ou d’une censure. C’est beaucoup. Le reste, à savoir 90 % du texte, permet donc dès aujourd’hui de travailler à renforcer la sécurité de nos concitoyens, grâce à la protection des forces de l’ordre, notamment la protection fonctionnelle, et au travail que peuvent accomplir les policiers municipaux, en consultant certains fichiers ou en améliorant considérablement la sécurité privée dans notre pays, notamment en prévision des Jeux olympiques et de la coupe du monde de rugby, que la France organise.
Certaines dispositions ont fait l’objet à la fois d’une réserve et d’une censure, mais je n’ai pas la même lecture que vous de la décision du Conseil constitutionnel concernant l’article 24. Il est faux de dire qu’il a été entièrement censuré. La disposition que les députés de la majorité et le Gouvernement souhaitaient appliquer en premier lieu tendait en effet à pénaliser ceux qui inscrivaient dans un fichier publié sur internet l’identité des policiers et leur photographie, les mettant particulièrement en danger – on pense au sombre et triste, ignominieux même, site Copwatch.
Le Conseil constitutionnel a validé la disposition défendue par les parlementaires de la majorité. Le délit de provocation à l’identification créé par les rapporteurs du Sénat et validé par la commission mixte paritaire a, lui, été censuré par le Conseil constitutionnel ; nous en prenons acte. Nous ne souhaitons pas revenir sur ces dispositions, sauf en ce qui concerne les drones, que vous avez évoqués : nous constatons que tout le monde en France peut en faire voler, sauf les policiers et les gendarmes, ce qui, vous en conviendrez, est un peu délicat lorsqu’on lutte contre le trafic de stupéfiants, les troubles à l’ordre public ou les violences urbaines.
Après avoir consulté notamment la CNIL – Commission nationale de l’informatique et des libertés –, je proposerai prochainement à M. le Premier ministre de nouvelles dispositions à présenter au Parlement.
(Applaudissementssur plusieurs bancs des groupes LaREM et Dem. – M. Vincent Descoeur applaudit également.) La parole est à M. Charles de Courson. J’ai posé une question précise : allez-vous, oui ou non, renoncer à l’article 18 en cours de discussion ? Vous savez pertinemment que nous saisirons le Conseil constitutionnel ; or cet article est aussi large que l’article 24.
La parole est à M. Guillaume Vuilletet. Ma question s’adresse à M. le ministre des outre-mer. Le 8 avril, le Congrès de Nouvelle-Calédonie a demandé l’organisation d’un troisième référendum pour décider si la Nouvelle-Calédonie restera au sein de la République. Ce rendez-vous hautement démocratique est le dernier prévu par l’accord de Nouméa ; il achèvera un processus entamé en 1988. Il nous impose de regarder l’ensemble de notre histoire commune. Elle a été douloureuse – chacun garde en mémoire les événements des années 1980. Mais je me souviens aussi d’une histoire plus lumineuse, celle d’une concorde, que l’ensemble des composantes de la société calédonienne ont décidé de bâtir avec les accords de Matignon et ceux de Nouméa. Une nouvelle génération est là : la moitié des Calédoniens ont moins de 30 ans, l’âge de beaucoup parmi nous.
Notre vision commune doit reposer sur la compréhension lucide de cette histoire, avec ses nuances, articulée à la volonté de construire l’avenir. L’enjeu pour ces jeunes est de bâtir une communauté de destins. Nous sommes les représentants de la nation ; chacun s’impliquera dans son rôle.
La question qui sera posée aux Calédoniens l’a déjà été par deux fois : « Voulez-vous que la Nouvelle-Calédonie accède à la pleine souveraineté et devienne indépendante ? » Elle est un peu binaire et doit être précédée d’un débat. Quel que soit le choix, il demande une vision franche du jour d’après, qui prenne en considération la diversité des questions soulevées.
Comme beaucoup d’entre vous, je suis attaché à l’épanouissement de la Nouvelle-Calédonie au sein de la République, mais ce choix appartient à nos compatriotes de ce territoire. Pour les accompagner, le Gouvernement a pris plusieurs initiatives, que je salue. Une table ronde commence aujourd’hui, qui durera jusqu’au 1er juin. L’ensemble des forces vives de Nouvelle-Calédonie y ont été invitées. Vous avez aussi souhaité qu’une vaste concertation locale ait lieu ; elle a été irriguée par près d’un millier de contributions.
Avec cette table ronde, le territoire calédonien entame aujourd’hui un processus décisif, qui le mènera à la date butoir du référendum d’octobre 2022. Pouvez-vous détailler ce chemin et en préciser l’agenda ?
(Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LaREM.) La parole est à M. le ministre des outre-mer. Il n’est pas en septaine ? Les accords de Matignon ont été conclus en 1988, ceux de Nouméa en 1998 et – c’est une certitude – ils arrivent à leur terme. Il appartient à ce gouvernement – celui de Jean Castex, précédemment celui d’Édouard Philippe – et à votre législature d’appliquer la fin de cet accord, qui deviendra obsolète à son échéance. Deux référendums ont déjà eu lieu, le troisième a été demandé, vous l’avez rappelé. Nous devons être prêts. Depuis vingt ans, on travaille à la formulation de la question, à définir ceux à qui elle sera posée – c’est le fameux sujet du corps électoral – et la date à laquelle elle devra l’être.
Assez curieusement, parce que c’est à bien des égards le plus délicat, jamais aucun travail n’avait été accompli concernant les conséquences du « oui » et celles du « non ». C’est chose faite, avec la production d’un document inédit. Sous l’autorité du Premier ministre, l’ensemble des ministères se sont prononcés, ont défini les implications de chacun des choix, les conséquences qui s’imposeront aux différentes parties et celles qui feront l’objet de négociations. Ces dernières donneront lieu à une discussion politique avec l’ensemble des acteurs calédoniens. Ils ont été invités à Paris, où ils séjournent pour plus de dix jours. Je sais que certains parlementaires auront à cœur de les rencontrer.
Il est quasiment impossible de parler de la Nouvelle-Calédonie en deux minutes. Qu’il me soit seulement permis, au nom du Gouvernement, de former le vœu que nous sortions de l’alternative obscure et stérile dans laquelle nous sommes malheureusement tous enfermés depuis plusieurs décennies. En éclairant le « oui » et le « non », essayons de trouver un nouveau chemin, qui permette la paix, la concorde et le développement prospère de la Nouvelle-Calédonie. Telle est en tout cas la promesse républicaine que nous exprimons.
(Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LaREM.)
La parole est à Mme Frédérique Meunier. Monsieur le ministre des solidarités et de la santé, la crise sanitaire que nous traversons bouleverse nos habitudes et notre vie quotidienne, plus particulièrement celles des enfants. L’obligation de porter le masque a été étendue aux enfants d’au moins 6 ans en novembre 2020. Il s’agissait alors d’une mesure adaptée à la situation sanitaire. Cependant, l’OMS a établi une liste de plusieurs effets indésirables liés au port du masque. Elle a reconnu que les enfants pouvaient mal le supporter et que son port présentait des inconvénients et des difficultés.
Nous sommes alertés par des professionnels, orthophonistes, thérapeutes du langage et de la communication, qui s’inquiètent quant au développement neurologique de l’enfant. Les premières années de l’enfance sont une période cruciale de développement neurologique. Le langage du nourrisson se développe à travers les interactions sociales, le ressenti, l’imitation : comment peut-il percevoir les émotions de son interlocuteur lorsque la moitié du visage de ce dernier est cachée ?
Pour les enfants âgés de 6 à 11 ans, qui sont masqués quasiment toute la journée, les risques physiologiques et psychologiques sont importants. Les professionnels du langage et de la communication redoutent de les voir atteints de dyslexie et de dysorthographie. Beaucoup d’entre eux souffrent déjà de maux de tête, de saignements de nez, de difficultés à respirer, d’angoisses, de phobies, de troubles de l’attention et du comportement – la liste est encore longue.
Il est donc nécessaire et urgent d’apprécier la balance entre les bénéfices et les risques et de défendre les besoins fondamentaux des enfants en allégeant le protocole sanitaire à leur intention. Quelle est votre stratégie pour nos jeunes enfants quant au port du masque, monsieur le ministre ?
(Applaudissements sur les bancs du groupe LR.) La parole est à M. le ministre des solidarités et de la santé. Je vous remercie pour votre question, qui est importante, madame la députée. Si nous avons rendu le port du masque obligatoire pour les enfants âgés de 6 ans et plus dans certaines situations, c’est avec l’agrément de la Société française de pédiatrie, sur la base de recommandations de l’Organisation mondiale de la santé et du Haut Conseil de la santé publique. Cette mesure est intervenue dans un temps ultérieur au port obligatoire du masque chez les adultes et fait sens – vous l’avez dit vous-même – d’un point de vue sanitaire pour limiter le risque de diffusion du virus. La semaine dernière encore, environ 20 % des contaminations dans notre pays concernaient des mineurs. Il faut donc pouvoir protéger les plus jeunes, comme nous protégeons les adultes, pour eux-mêmes, mais aussi pour l’ensemble de la communauté nationale.
Le port du masque obligatoire pour les enfants dans certaines situations n’est pas l’apanage de la France : la plupart des pays qui nous entourent l’ont rendu obligatoire et continuent de le faire – c’est le cas de l’Italie, de l’Espagne, de la Grèce, de l’Autriche et de bien d’autres pays. Si les recommandations de la Société française de pédiatrie nous ont permis de rendre obligatoire le port du masque, c’est d’abord parce que celle-ci a jugé qu’aucune contre-indication de nature dermatologique, pneumologique, ORL, phoniatrique ou psychiatrique n’était de nature à l’empêcher. Il existe bien évidemment des exceptions, que vous connaissez : les tout petits, à savoir les enfants âgés de moins de 6 ans, en sont dispensés ; de plus, nous ne le rendons pas obligatoire en toutes circonstances.
Vous dites, et vous avez raison, qu’il faut être très attentif à ce que le port du masque n’entrave pas le développement de certaines capacités et ne suscite pas l’apparition de troubles au niveau du langage ou troubles « dys ». Nous serons extrêmement vigilants, nous y travaillons avec l’ensemble des professionnels et des spécialistes du secteur.
Enfin, vous m’avez interrogé sur la date jusqu’à laquelle les enfants devraient porter le masque. Aujourd’hui, le virus circule toujours, même si je constate avec joie et soulagement qu’il y a moins de questions au Gouvernement portant sur la crise sanitaire,…
Ne soyez pas frustré ! …ce qui signifie que nous tenons le bon bout. Si le moment d’enlever le masque pour les enfants n’est pas encore venu, nous l’autoriserons dès que nous le pourrons – ce dont nous serons à n’en pas douter unanimes à nous féliciter. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LaREM.) Il est jaloux car on ne lui a pas encore posé de questions aujourd’hui !
La parole est à Mme Chantal Jourdan. Ma question s’adresse à M. le ministre des solidarités et de la santé. Le 16 février dernier, 500 professionnels de santé dénonçaient la réforme de l’aide médicale d’État (AME) comme une triple faute morale, économique et sanitaire. Par décret, le Gouvernement s’est engagé dans la dégradation d’un mécanisme destiné à soigner les plus précaires.
Concrètement, cette réforme soumet les personnes en situation irrégulière à un délai de neuf mois entre le dépôt de la demande d’AME et l’accès à certaines opérations ou soins de ville considérés comme secondaires. De plus, les demandeurs ne peuvent plus déposer leur dossier auprès de leur commune, des services sociaux départementaux ou d’une association : ils doivent passer par l’assurance maladie, par un hôpital ou par une permanence d’accès aux soins, parfois très éloignés de leur lieu de résidence.
Ces mesures ont plusieurs conséquences déplorables. Premièrement, les professionnels du soin et les associations nous le répètent, les démarches doivent se faire au plus près des demandeurs pour lutter contre le non-recours massif et ne pas laisser ces populations sans accès aux soins de proximité.
Deuxièmement, confier ces démarches aux services de santé, c’est oublier que les services hospitaliers, les permanences d’accès aux soins et l’assurance maladie sont débordés,
a fortiori avec la crise de la covid-19. Faire reposer ces démarches sur des services publics sous tension, c’est porter directement atteinte à la santé des sans-papiers.
Troisièmement, cette réduction des droits fondamentaux entraînera des privations de soins pour des personnes ayant déjà un parcours difficile, atteintes de pathologies nécessitant souvent une prise en charge rapide qui pourrait se faire auprès de soignants de proximité.
Allez-vous revenir sur cette réforme très dommageable pour des hommes et des femmes qui sont déjà dans une très grande précarité ?
(Applaudissements sur les bancs du groupe SOC.) La parole est à M. le ministre des solidarités et de la santé. Pour vous répondre en une phrase, la non-assistance à personne en danger ne fait pas partie de l’ADN de notre pays, ni de l’ADN de nos blouses blanches, et elle ne fait certainement pas partie de l’ADN de notre majorité. Soyez donc rassurée quant à notre volonté et à notre détermination à faire en sorte que quelle que soit la situation rencontrée, une personne qui a besoin de soins en reçoive, quelle que soit sa nationalité, quel que soit son statut social, quelles que soient ses origines, quelle que soit sa profession. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LaREM.)
On ne saurait considérer une seule seconde, de façon raisonnable, qu’une personne malade se présentant dans un hôpital ou chez un médecin se voie renvoyer chez elle sous prétexte qu’elle n’a pas les bons papiers ou le bon certificat, ou qu’elle n’a pas vu le bon guichet de telle ou telle administration. Vous pouvez donc déjà être rassurée.
On peut également réfléchir à l’évolution récente des démarches en matière d’accès à l’AME. C’est un point important, qui fait débat parmi les associations et dont je discute avec elles. Lorsqu’une personne fait une demande d’AME, elle doit être physiquement présente. Elle peut être accompagnée par un responsable associatif – il ne s’agit pas de la contrainte massive que vous semblez redouter, même si je sais que votre question n’est pas mal intentionnée et que ce sujet fait couler beaucoup d’encre… Mon engagement comme parlementaire, et aujourd’hui comme ministre,…
Profitez-en ! Il vous reste quelques mois, ensuite, c’est fini ! …et celui de ma prédécesseure pour faire de l’AME un outil de protection sociale à la fois généreux et le plus adapté possible, n’est pas à démontrer.
S’il vous fallait des preuves de l’intention du Gouvernement, regardez ce que le Ségur de la santé, dont nous fêtons aujourd’hui les un an du lancement, a proposé pour les populations les plus précaires : développement de lits halte, de soins de suite, d’équipes mobiles qui vont dans les quartiers les plus populaires et auprès des publics précaires, développement des fameux PASS, les parcours d’accès spécifique santé, pour améliorer l’accueil des personnes en situation irrégulière, qui n’ont parfois même pas accès à l’AME. Croyez à notre très grande vigilance sur le maintien de l’accès aux droits et aux soins pour toutes les personnes qui en ont besoin sur notre territoire national.
La parole est à M. Nicolas Turquois. Le 30 mars dernier, monsieur le ministre de l’agriculture et de l’alimentation, je vous interrogeais ici même sur les intentions qui vous guidaient pour élaborer le plan stratégique national en vue de répondre aux enjeu de la nouvelle PAC. J’évoquais alors la quadrature du cercle, entre le besoin de préserver les aides, donc les revenus de chaque agriculteur, et la nécessité d’accompagner les transformations pour dessiner l’agriculture française de demain.
Vendredi dernier, vous avez présenté vos premiers arbitrages. Malgré les réactions attendues de certains, je tiens à les saluer, car il s’agit d’abord du choix d’une grande stabilité des dispositifs d’accompagnement. L’agriculture est l’essence même de l’activité économique de temps long. Redistribuer toutes les cartes des financements européens tous les sept ans n’est pas supportable pour nos nombreuses exploitations. La continuité est donc un signal fort.
Pour autant, vos propositions comportent aussi des choix structurants d’avenir : un accompagnement très volontariste pour la production de protéines végétales, donc pour notre autonomie agricole ; l’évolution des modalités de paiement à l’UGB – unité de gros bétail – pour accompagner la filière bovine ; 50 % de fonds supplémentaires pour faciliter l’installation et le renouvellement des générations ; l’aide au petit maraîchage, une première ; une trajectoire de conversion à l’agriculture biologique très ambitieuse.
Pourriez-vous, d’une part, nous éclairer sur vos intentions, et d’autre part, en évoquer les conséquences en termes de paiement pour les exploitations actuelles ? Je pense notamment à celles situées en zone intermédiaire, à l’élevage en bovins allaitants ou à l’agriculture ultramarine.
D’autres points ne sont d’ailleurs toujours pas tranchés au niveau européen, comme le plafonnement des aides ou la définition de l’agriculteur actif, points essentiels pour maintenir une agriculture à taille humaine. Pourriez-vous également nous éclairer sur vos intentions en la matière, à quelques heures du super trilogue consacré à ce sujet ?
(Applaudissements sur les bancs du groupe Dem.) La parole est à M. le ministre de l’agriculture et de l’alimentation. J’ai en effet exposé, vendredi dernier, les premières orientations de cette nouvelle politique agricole commune. Je tiens à cet égard à vous remercier personnellement, ainsi que vos collègues, quelle que soit la majorité à laquelle ils appartiennent, car nous avons eu de nombreux débats sur la PAC, au service de notre agriculture et de notre pays.
Nous travaillons actuellement sur une PAC au budget conséquent
, car la France, singulièrement le Président de la République, a obtenu de l’Europe que nous puissions conserver un tel budget : c’est une victoire française ! (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes LaREM et Dem.)
Au moment où nous en déclinons les principales orientations, je voudrais souligner que la PAC doit répondre à la vision politique qui est la nôtre, tournée vers la souveraineté agroalimentaire : il n’y a pas et il n’y aura jamais de pays fort sans une agriculture forte. Cette souveraineté implique d’abord que la PAC consolide la production qualitative : il n’est pas possible d’investir si nous n’avons pas de revenus, raison pour laquelle nous stabilisons un certain nombre d’aides sur le premier pilier, mais également l’ICHN – indemnité compensatoire de handicaps naturels – au bénéfice des territoires de montagne ; c’est le budget de l’État qui apportera les sommes complémentaires nécessaires.
Deuxièmement, la PAC doit accompagner les transitions agroécologiques : un budget consacré au bio en hausse de 30 %, un écorégime qui soit accessible, là encore, grâce à l’abondement, par le budget de l’État, des mesures agroenvironnementales.
Troisièmement, nous voulons une PAC qui fasse le pari de la jeunesse et qui mise sur l’avenir : les aides à l’installation augmentent comme jamais, les régions étant également partie prenante.
Quatrièmement, la PAC doit nous sortir des dépendances, car la souveraineté consiste bien à regagner notre indépendance, notamment grâce à un doublement, à terme, des aides aux protéines.
Enfin, la PAC doit être tournée vers la création de valeur, notamment sur les territoires, comme je l’ai évoqué pour les territoires de montagne, qui bénéficient de l’ICHN, ou pour les zones intermédiaires, qui feront l’objet de dispositifs particuliers. Vous le voyez, nous avons une vision très claire, orientée vers notre souveraineté alimentaire !
(Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes LaREM et Dem.)
La parole est à M. Bernard Perrut. Monsieur le Premier ministre, notre pays connaît depuis plus d’un an une crise sanitaire, économique et sociale éprouvante pour tous et exigeante pour l’État, les collectivités et les entreprises.
Les régions ont montré leur agilité et leur réactivité pour faire face à la crise, tant dans le domaine sanitaire que dans le soutien apporté aux acteurs économiques. Elles sont désormais reconnues comme l’échelon territorial majeur de demain. À l’approche des élections, je souhaite connaître vos engagements pour l’avenir des régions.
Dans le domaine de la santé, une nouvelle gouvernance et le pilotage d’un projet régional de santé avec chaque agence régionale de santé sont indispensables.
Dans le domaine économique, il faut donner plus de liberté et de souplesse aux régions pour un pilotage au plus près du terrain, car la relance exige de prendre en compte les spécificités de chaque territoire pour développer les filières, relocaliser les productions, favoriser les circuits courts.
Dans le domaine de l’emploi, une coopération renforcée entre Pôle emploi et chaque région favoriserait un accompagnement des demandeurs d’emploi plus efficace et plus adapté aux perspectives de développement d’activités dans chaque bassin, aux formations et aux mobilités.
Quant à la sécurité, essentielle dans les transports ferroviaires, il faut en donner la responsabilité aux régions, qui font des efforts financiers importants. Je pense notamment à la région Auvergne-Rhône-Alpes, qui soutient aussi les communes : équipements de police municipale, vidéosurveillance, protection des gares, des places, des rues et des lycées.
Pourquoi ne pas associer les régions à l’action de l’État pour la sécurité, qui est la priorité des Français ? À l’heure où le Parlement s’apprête à débattre de la loi dite 4D, êtes-vous prêt, monsieur le Premier ministre, à faire de l’exigence de proximité, d’efficacité et de résultat, attendue par les Français, votre priorité ? Êtes-vous prêt à soutenir nos élus, communaux, départementaux ou régionaux, qui veulent davantage d’autonomie ? Êtes-vous prêt à donner un nouveau souffle, indispensable, à la décentralisation ?
(Applaudissements sur les bancs du groupe LR.) La parole est à Mme la ministre déléguée chargée de la ville. Vous nous interrogez sur un renforcement des compétences que vous souhaitez voir confiées aux régions. Vous le savez, la ministre Jacqueline Gourault a présenté le 12 mai dernier en conseil des ministres le projet de loi 4D, qui répond aux attentes concrètes formulées par les élus.
À l’occasion des concertations sur le texte, elle a fait le tour de France de toutes les régions, et aucune n’a exprimé le souhait d’un big bang institutionnel ; au contraire, après la loi portant nouvelle organisation territoriale de la République, dite NOTRE, et la loi relative à la délimitation des régions, toutes ont réclamé de la stabilité pour intégrer leurs nouvelles compétences et organiser leur administration en conséquence.
Ainsi, lors de nos nombreuses réunions avec les élus de Régions de France, dont le président de votre région est d’ailleurs l’un des vice-présidents, il a toujours été très clair que de nouvelles compétences aussi structurantes que celles que vous mentionnez ne pourraient être transférées aux régions.
Je voudrais revenir sur deux d’entre elles. La sécurité est une compétence régalienne, partagée avec les communes sur un certain nombre de sujets de proximité, en lien avec l’exercice de leurs propres compétences, et je m’étonne de ne la voir apparaître que maintenant dans les débats.
En ce qui concerne la santé, ensuite, les enseignements de la crise sanitaire nous portent à croire que les Français sont attachés à un système universel de santé, parfaitement égalitaire sur l’ensemble du territoire. Toutefois, vous le savez, nous sommes en faveur d’une meilleure association des élus locaux à la gouvernance des ARS, et une disposition spécifique en ce sens figurera dans la loi 4D.
Je sais que le débat parlementaire sera riche, sur ce point comme sur d’autres, et nous comptons sur vous, mesdames et messieurs les députés, pour avancer ensemble et dans la continuité des échanges qui ont eu lieu jusqu’à présent avec les élus locaux.
(Applaudissements sur quelques bancs du groupe LaREM.)
La parole est à Mme Jacqueline Dubois. J’associe à ma question François Cormier-Bouligeon, Cédric Roussel et Sandrine Mörch.
Dans son discours de soutien à la candidature de Paris 2024, le Président de la République a affirmé que ces Jeux olympiques étaient une occasion de faire de la France une vraie nation sportive. Le sport, a-t-il dit, est un outil d’émancipation et d’apprentissage de la vie. Ce n’est pas qu’un secteur économique ou une activité subsidiaire ; cela fait partie de ce qui fait rêver notre jeunesse et la mobilise, de ce qui permet à quelqu’un de trouver sa place dans l’existence, c’est un instrument de l’autonomie.
En pédagogue, j’ajouterai que chez les petits, c’est un moyen de comprendre l’intérêt qu’il y a à respecter les règles, tandis que chez les adolescents, c’est un moyen de prévention des addictions et de la prédélinquance.
Nous savons tous que le manque d’activité dû à la crise sanitaire a eu des répercussions tangibles sur la santé physique et psychique des enfants, chez qui on constate une prise de poids anormale dans deux cas sur trois, ainsi qu’une diminution des capacités physiques et aérobies, de la coordination et des performances globales.
Elle a raison ! Heureusement, ce n’est pas irréversible. Prenant acte de la baisse des adhésions dans les clubs de sport, le président Macron vient d’annoncer le déploiement d’un pass’sport pour la jeunesse. Historique ! Il faut le généraliser ! Où est Roxana ? Initialement destiné aux enfants du primaire, il sera finalement accessible jusqu’à 18 ans. Je salue cette extension aux adolescents, car c’est un projet que je défends depuis le début de la législature et auquel je suis très attachée.
Ce pass, destiné aux familles qui perçoivent l’allocation de rentrée scolaire et aux jeunes en situation de handicap, aidera à financer l’inscription dans un club. C’est une grande nouvelle pour la jeunesse, c’est une grande nouvelle pour les clubs, qui ont perdu jusqu’à 30 % de leurs adhérents cette année.
Ce que nous voulons à présent, c’est que les familles s’approprient ce dispositif. Dans cette perspective, quelle est la feuille de route du Gouvernement pour le pass’sport ?
(Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LaREM.) La parole est à M. le ministre de l’éducation nationale, de la jeunesse et des sports. Merci d’avoir souligné l’importance de cette mesure, symétrique et complémentaire du pass culture défendu par Roselyne Bachelot ; ces deux dispositifs annoncés la même semaine vont ensemble et illustrent la priorité que nous donnons à la jeunesse, tout comme en témoigne le plan mentorat, dont j’ai présidé aujourd’hui le premier comité de suivi avec Élisabeth Borne.
L’exercice physique est fondamental pour les jeunes et, bien entendu, nous l’encourageons de mille manières, tout particulièrement depuis que l’éducation nationale, la jeunesse et les sports ne forment plus qu’un seul ministère.
C’est une belle connerie ! La semaine dernière, le Président de la République s’est déplacé dans l’Aube pour annoncer la nouvelle mesure, dans les termes que vous venez de décrire. Il s’agit de toucher potentiellement près de 5 millions d’enfants et de jeunes, parmi les plus défavorisés, ainsi que des jeunes en situation de handicap – nous y avons veillé avec Sophie Cluzel.
La mesure aura un double effet : d’une part, elle permettra que davantage de jeunes fassent du sport à partir de la rentrée prochaine ; d’autre part, elle contribuera à soutenir financièrement les clubs qui bénéficieront de ces inscriptions.
Faites confiance aux fédérations sportives ! Elle est donc de la plus haute importance, parce qu’elle doit en effet montrer que dans la perspective de Paris 2024, nous voulons une nation sportive, composés de jeunes bien dans leur tête, mais aussi bien dans leur corps. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LaREM.) Nous avons terminé les questions au Gouvernement. La séance est suspendue.
(La séance, suspendue à seize heures cinquante, est reprise à dix-sept heures dix.) La séance est reprise.
L’ordre du jour appelle les explications de vote et les votes, par scrutin public, sur le projet de loi pour la confiance dans l’institution judiciaire (nos 4091, 4146) et le projet de loi organique pour la confiance dans l’institution judiciaire (nos 4092, 4147).
La conférence des présidents a décidé que ces deux votes seraient précédés d’explications de vote communes.
La parole est à Mme Blandine Brocard. Je tiens tout d’abord à saluer le travail constructif qui a été réalisé sur ce projet de loi avec le rapporteur et le Gouvernement, mais aussi avec l’ensemble des groupes de notre assemblée. Pas moins de 106 amendements, issus de tous les bancs de cet hémicycle, ont été adoptés sur les 579 qui ont été soutenus. C’est suffisamment rare pour être souligné et pour retenir non seulement la qualité des contributions, mais aussi l’accueil qui leur a été réservé.
Je souhaite également saluer les modifications apportées à ce texte grâce à la forte implication du groupe Mouvement démocrate (MODEM) et démocrates apparentés, notamment à travers l’action de notre collègue Laurence Vichnievsky. Nous sommes ainsi parvenus, par exemple, à faire aboutir la création d’un pôle d’instruction national spécialisé dans les crimes sériels et les affaires non élucidées, projet soutenu par notre collègue Vichnievsky et réétudié avec le Gouvernement en vue de l’examen en séance.
Notre groupe a enrichi ce projet de loi de plusieurs autres dispositions, comme l’extension aux infractions connexes à celles faisant l’objet d’une enquête, la possibilité d’effectuer des mesures de réquisition ou des perquisitions chez un avocat lorsqu’il y a des raisons plausibles de soupçonner ce dernier d’avoir commis lesdites infractions, l’inscription dans la loi des autorités compétentes pour autoriser l’enregistrement des audiences ou encore l’allongement des délais d’enquête préliminaire pour les actes de terrorisme et tous les crimes qui relèvent du parquet national antiterroriste.
Cependant, nous avons également des regrets, notamment le rejet de deux de nos amendements qui portaient sur des points importants. Le premier visait à inscrire les infractions financières pour lesquelles le parquet national financier (PNF) est compétent parmi celles qui bénéficient d’un régime dérogatoire, avec une durée maximale d’enquête portée à trois ans. Les infractions financières, du fait de leur complexité, nécessitent en effet souvent des investigations plus longues et réduire la durée des enquêtes préliminaires en la matière risque de favoriser l’impunité de leurs auteurs.
Notre second regret concerne la présence d’un avocat honoraire parmi les assesseurs dans la composition de la formation de jugement aux assises. Outre que cette disposition peut être interprétée comme la manifestation d’une défiance à l’égard des magistrats, l’argument du manque d’effectifs qui nous a été opposé s’agissant des cours criminelles départementales n’est pas pertinent pour les cours d’assises, qui n’éprouvent aucune difficulté à se réunir. Ce dispositif expérimental porte atteinte aux fonctions respectives des juges et des avocats en opérant une confusion entre le jugement et la défense. Il eût été plus judicieux, si l’objectif est de diversifier les profils des juges, d’élargir l’accès à titre temporaire des avocats au statut de magistrat.
En dépit de ces quelques regrets, nous estimons que ce projet de loi est empreint de mesure et d’équilibre. Il accorde des droits nouveaux à la défense, tout en lui imposant une déontologie. Il récompense l’effort, le travail et le désir de réinsertion, mais sanctionne leur absence chez les détenus. Il œuvre non pas pour une justice expéditive, mais pour qu’elle ne s’égare pas dans les méandres de procédures sans fin. En effet, quelle famille, ébranlée par le viol d’un de ses enfants, peut attendre tant d’années avant de voir comparaître l’auteur des faits ? La généralisation des cours criminelles départementales permettra, nous l’espérons tous, que ces affaires soient jugées plus rapidement – deux fois plus rapidement au vu des résultats de l’expérimentation. Mais il faudra veiller à ce que les moyens nécessaires leur soient donnés pour parvenir à cette étape – je parle d’étape, car deux fois moins d’attente, c’est parfois encore bien trop long.
Je tiens à évoquer un dernier point qui me tient particulièrement à cœur : ces dernières années, notre groupe a proposé à plusieurs reprises de supprimer ou de réviser le rappel à la loi, mesure alternative aux poursuites. Or le Gouvernement n’y était pas favorable. Nous nous réjouissons donc que vous ayez finalement intégré une disposition en ce sens, que nous appelions de nos vœux de longue date. Nos concitoyens, respectueux de la loi, peuvent comprendre qu’on rappelle celle-ci une fois, peut-être deux, mais à la troisième, c’est la confiance en toute l’institution qui est ébranlée. En outre, l’action de la justice s’inscrit bien souvent dans la continuité de celle des forces de l’ordre, qui ont besoin, elles aussi, de savoir qu’une suite autre qu’un simple sermon est donnée. « La police ne fait rien, elle ne se déplace même pas » : combien de fois ai-je entendu cette remarque de la part de nos concitoyens, excédés par des tapages, outrages, injures et incivilités répétés par les mêmes individus ? En renforçant la confiance dans la justice et dans les réponses qu’elle donne aux délits, nous ferons en sorte que nos concitoyens se sentent protégés, que les policiers et gendarmes se sachent soutenus, et que leur travail ne soit pas vain. Combien de fois ai-je aussi entendu les forces de l’ordre exprimer leur lassitude de courir toujours après les mêmes personnes ? Vous nous avez annoncé une mission flash pour étudier ensemble une nouvelle disposition qui remplacerait le rappel à la loi : notre groupe souhaite vivement y être associé.
Monsieur le ministre, le groupe Mouvement démocrate (MODEM) et démocrates apparentés votera en faveur de ce projet de loi, qui est un pas supplémentaire vers un meilleur fonctionnement de la justice et une restauration du lien de confiance entre les justiciables et l’institution judiciaire.
Ça, ce n’est pas gagné ! Toutefois, le chantier dans lequel nous sommes engagés à vos côtés reste ouvert et appelle de nouvelles avancées. (Applaudissements sur les bancs du groupe Dem et sur quelques bancs du groupe LaREM.) La parole est à Mme Cécile Untermaier. À l’occasion de la motion de rejet préalable que j’ai défendue, j’ai exprimé, au nom de mon groupe, des points sérieux de contestation que je rappellerai ici rapidement. Le premier réside dans la diffusion des procès : si elle vise un but pédagogique intéressant, elle n’est pas entourée par le législateur des garanties suffisantes pour faire en sorte qu’elle concerne avant tout les professionnels qui s’y intéressent.
Notre deuxième critique sérieuse porte sur les cours criminelles, dont nous contestons la généralisation. L’expérimentation de ces cours a été votée ici même par la représentation nationale, qui a prévu qu’elle durerait jusqu’en 2023 ; aussi nous paraît-il étrange et cavalier de revenir sur un tel dispositif. Un rapport a certes été établi à son sujet par des députés parfaitement méritants, mais dans une période de pandémie qui n’était pas tout à fait idéale, convenons-en. Les cours criminelles seront en outre coûteuses en magistrats, puisqu’ils seront cinq à y siéger, contre trois dans les cours d’assises. Enfin, il y a une forme d’incohérence à vouloir supprimer les cours d’assises – ou en tout cas les réduire notablement – alors que dans le même temps, on crée une convention citoyenne pour le climat et on cherche, à juste titre, tous les moyens pour que les citoyens, à l’image des jurys populaires, participent à la chose publique. Les cours d’assises constituaient justement un formidable outil faisant appel aux jurys populaires, et nous les regretterons.
Enfin, notre troisième critique sérieuse concerne la réforme des peines. Nous partageons bien évidemment l’objectif de réinsertion des détenus, mais encore faudrait-il que les prisons en aient les moyens. Le laxisme dont on pourrait taxer la présente réforme doit être démenti : les juges savent pénaliser les mauvaises conduites des détenus, et nous n’évoluons pas dans un monde de laxisme ou de laisser-aller – bien au contraire. Cette réforme risque de provoquer des tensions en prison. Si elle est appliquée – mais elle ne le sera pas, faute de moyens –, elle entraînera une surpopulation carcérale qui sera de toute évidence contraire au projet de réinsertion que nous devons proposer à chaque détenu.
Le projet de loi comporte certes des dispositions utiles, comme la protection du secret de l’avocat. Toutefois, qu’en sera-t-il du secret professionnel du journaliste ? Dans le cadre de la navette, vous devrez faire en sorte qu’il soit protégé. La limitation de la durée de l’enquête préliminaire, assortie d’un renforcement des droits de la défense et du contradictoire, est également une excellente chose. Enfin, je ne contesterai bien évidemment pas la création de collèges de déontologie et de discipline chez les officiers publics ministériels et les officiers ministériels ; je regrette néanmoins que l’on n’ait pas jugé utile d’instaurer un collège de déontologie chez les avocats, comme si une profession pouvait s’en abstraire.
Pour finir, la confiance dans la justice passe d’abord par l’indépendance du parquet. On ne doit pas répondre aux interrogations légitimes des policiers et des gendarmes en augmentant les peines, dans une logique de surenchère, mais plutôt en affichant l’indépendance du parquet. Je vous livrerai deux propositions à ce sujet, monsieur le ministre délégué chargé des relations avec le Parlement, que vous transmettrez à M. le garde des sceaux. Il faut institutionnaliser un espace de dialogue dans la loi, protéger le pouvoir du juge, mais aussi éclairer les policiers et les gendarmes sur les mesures prises par ce dernier. À cet égard, l’idée du référent n’est pas suffisante : il faut aller beaucoup plus loin, et faire en sorte que les conseils de juridiction, qui sont une vitrine du tribunal et relèvent du domaine réglementaire, accèdent au niveau de la loi et deviennent de véritables vitrines dans lesquelles une discussion puisse avoir lieu.
En conclusion, notre groupe votera très majoritairement contre ce texte, et certains de ses membres s’abstiendront.
(Mme Marietta Karamanli applaudit.) La parole est à M. Dimitri Houbron. Je parie qu’ils vont voter pour ! Suspense ! (Sourires.)
J’aimerais tout d’abord vous faire part de la satisfaction du groupe Agir ensemble : nous sommes parvenus à un texte solide, qui atteint les objectifs fixés. Je remercie particulièrement M. le garde des sceaux, Mme la présidente de la commission des lois et M. le rapporteur pour la qualité des travaux que nous avons conduits et des échanges qui ont été les nôtres ; je remercie aussi les responsables des autres groupes parlementaires : chacun a pu défendre ses conceptions de la justice, du milieu carcéral et de la place des professions concernées.
Le débat, parfois vif, a mis en lumière les propositions de certaines sensibilités politiques, dont le caractère infaisable, voire dangereux, devrait interpeller nos concitoyens. Nous avons malheureusement constaté une surenchère de pseudo-solutions, abreuvée par les ambitions électorales et l’instrumentalisation de drames humains : citons la mise au pas de la presse proposée par Mme Le Pen, l’automaticité de la détention provisoire, ou encore le retour des fameuses peines planchers, automatisme qui réduirait l’appréciation des magistrats.
Les amendements ont été déclarés irrecevables ! Les statistiques disponibles, éprouvées et vérifiées, démontrent pourtant que l’individualisation de la procédure, jusqu’aux modalités d’exécution de la peine, réduit le risque de récidive, et par conséquent le nombre de futures victimes. Les peines planchers sont une mesure dogmatique ; expérimentées par le passé, elles n’ont en rien réduit la délinquance. Elles n’ont jamais fonctionné, ni dans l’histoire, ni dans le monde : cinq ans après leur instauration en 2007, le taux de récidive des crimes est passé de 3,9 % en 2006 à 6 % en 2012.
J’ai entendu des réserves, notamment chez nos collègues du groupe Les Républicains, concernant la présence de l’avocat lors des perquisitions.