XVe législature
Session ordinaire de 2021-2022

Séance du jeudi 02 décembre 2021

L’ordre du jour appelle la suite de la discussion, en application de l’article 34-1 de la Constitution, de la proposition de résolution visant à la mise en place d’un plan exceptionnel d’accompagnement du phénomène de vieillissement accéléré de la Martinique (no 2757) .
Ce matin, l’Assemblée a commencé d’entendre les orateurs inscrits dans la discussion générale.
La parole est à Mme Annie Chapelier.
Plus jeune département de France en 1950, la Martinique sera un siècle plus tard, en 2050, le département le plus vieux de notre pays. Si le défi de l’autonomie concerne tous les territoires français et a d’ailleurs conduit notre majorité à créer une cinquième branche de la sécurité sociale, l’ampleur et la rapidité du vieillissement de la Martinique sont sans commune mesure avec la situation que nous connaissons en métropole. Les projections démographiques de l’INSEE estiment en effet que 40 % de la population martiniquaise aura plus de 60 ans à l’horizon 2030. Cette tendance n’est d’ailleurs pas propre à la Martinique puisque le même phénomène est observé en Guadeloupe, dans des proportions toutefois moindres.
Un tel renversement démographique, qui s’est opéré en seulement quelques décennies, s’explique par de multiples facteurs. Il résulte d’abord – et c’est une bonne nouvelle – de l’allongement de l’espérance de vie. Les Antilles françaises détiennent ainsi le record de longévité de la zone caribéenne, puisque la durée de vie moyenne y est estimée à plus de 81 ans, hommes et femmes confondus. Il découle aussi de la baisse très rapide de la natalité observée depuis le début des années 2000 : entre 1999 et 2015, les naissances ont reculé de 30 % en Martinique. Il trouve enfin son origine dans l’émigration massive des jeunes générations – et cela est une moins bonne nouvelle – vers l’Hexagone. Une étude de 2015 montre ainsi que 40 % des femmes et 47 % des hommes âgés de 25 à 34 ans et natifs de Martinique ou de Guadeloupe vivent en France métropolitaine. Cette émigration est d’autant plus forte chez les jeunes diplômés ; elle contribue par ailleurs, évidemment, à réduire le nombre de jeunes femmes en âge de procréer présentes sur l’île et explique pour beaucoup la baisse de la natalité.
Ces trois facteurs, en s’additionnant, conduisent au vieillissement accéléré que connaît aujourd’hui la Martinique. Le déséquilibre de la pyramide des âges s’inscrit de surcroît dans un contexte de forte précarité sociale : 30 % des plus de 75 ans vivent sous le seuil de pauvreté en Martinique, contre 8 % en moyenne dans l’Hexagone. S’agissant de ce département, les enjeux en matière de santé, de dépendance, d’emploi, de mobilité ou d’habitat sont donc considérables, d’autant qu’il fait par ailleurs face à d’immenses défis sociaux, révélés au grand jour par la crise actuelle.
Dans ce contexte, la proposition de résolution de notre collègue Manuéla Kéclard-Mondésir invite le Gouvernement à déployer un plan d’urgence exceptionnel pour accompagner le phénomène de vieillissement accéléré de la Martinique. Sur le principe et au vu des chiffres que je viens de citer, il paraît évident que la Martinique a besoin du soutien de l’État pour surmonter le bouleversement démographique qu’elle subit. Sur le fond, la présente proposition de résolution n’apporte toutefois aucune solution concrète et opérationnelle pour y répondre, la plupart des mesures qu’elle contient étant par ailleurs déjà satisfaites.
Ainsi, l’article 1er suggère par exemple la création d’une agence de l’autonomie, regroupant l’État et la collectivité territoriale de Martinique, pour prendre en charge le grand âge. Or cela correspond précisément au fonctionnement et aux missions des maisons départementales de l’autonomie (MDA), qui existent déjà.
L’article 2 prévoit la création d’un fonds exceptionnel permettant la réhabilitation de six EHPAD et le développement de nouvelles solutions d’hébergement pour les seniors. Un tel objectif est doublement satisfait. Il l’est d’une part grâce au plan d’investissement du Ségur de la santé dans le domaine du médico-social, puisque 20 millions d’euros ont déjà été fléchés vers les EHPAD ultramarins en 2021 ; et d’autre part par l’article 36 
bis  B du projet de loi « 3DS » – relatif à la différenciation, la décentralisation, la déconcentration et portant diverses mesures de simplification de l’action publique locale –, qui vise à favoriser le développement, en outre-mer, de solutions d’habitat intermédiaire pour les personnes en situation de handicap ou en perte d’autonomie.
L’article 4 propose quant à lui d’augmenter progressivement le montant de l’allocation personnalisée d’autonomie (APA) ; or le projet de loi de financement de la sécurité sociale (PLFSS) pour 2022 répond à cette demande par l’instauration d’un tarif plancher fixé à 22 euros de l’heure, alors que le tarif horaire pratiqué en Martinique oscille autour de 19 euros.
L’article 5 vise à favoriser le retour des jeunes docteurs martiniquais dans leur département d’origine. C’est une démarche qui a du sens pour lutter contre la désertification médicale ultramarine, mais elle est purement incantatoire, la proposition de résolution ne précisant pas comment y parvenir.
L’article 6 propose enfin de mobiliser davantage de jeunes dans l’accompagnement des personnes âgées. Il se trouve que c’est exactement l’objectif poursuivi par l’ouverture de 10 000 missions de service civique auprès de personnes âgées, notamment en EHPAD, suite à la crise sanitaire.
Mes chers collègues, vous l’aurez compris, parce que les mesures proposées sont soit satisfaites – voire dépassées –, soit inopérantes, le groupe Agir ensemble ne votera pas la proposition de résolution.
La parole est à M. Yannick Favennec-Bécot. Avant toute chose, le groupe UDI et indépendants tient à faire part de son inquiétude quant à la situation aux Antilles. Parce que nous sommes particulièrement attachés à la liberté des collectivités locales et notamment de celles d’outre-mer, nous pensons que la voie à emprunter est évidemment celle du dialogue et de l’écoute.
Nous ne pouvons qu’être alarmés face au constat dressé par la présente proposition de résolution. En quelques décennies, la Martinique, qui était l’un des territoires les plus jeunes du pays, risque d’en devenir le plus vieux. Les raisons de ce vieillissement soudain de la population sont sans doute multiples, et les difficultés que connaissent les Martiniquais au quotidien les amènent souvent à quitter leur territoire en quête d’une meilleure qualité de vie. Nous partageons le diagnostic posé par le texte qui, me semble-t-il, repose sur deux axes principaux : il vise d’abord à assurer l’émergence d’un écosystème favorable au retour des cerveaux martiniquais sur leur terre natale, et ensuite à accompagner l’autonomie des seniors martiniquais.
S’agissant de l’autonomie, nous convenons qu’il s’agit d’un point noir du présent quinquennat. La création de la cinquième branche de la sécurité sociale n’aura pas permis d’entreprendre le virage domiciliaire ni d’améliorer le taux d’encadrement dans les EHPAD. Notons que le plan pour l’autonomie des personnes âgées, dévoilé par le Premier ministre au mois de septembre dernier, prévoit le recrutement de 10 000 agents supplémentaires dans les EHPAD d’ici cinq ans, là où le rapport Libault sur la concertation « Grand âge et autonomie » recommandait le recrutement de 80 000 personnes. Autrement dit, au rythme actuel, nous ne parviendrons pas à assurer un encadrement correct dans nos EHPAD avant 2066 ! Le compte n’y est pas : le Gouvernement ne sera pas parvenu à placer notre pays dans une trajectoire nous permettant de relever ce défi pour nos aînés.
S’agissant des déserts médicaux, la situation martiniquaise semble bien pire que celle de la plupart des départements hexagonaux ; à ce sujet, nous partageons totalement le constat dressé par le texte. Trop longtemps, nous avons placé la liberté d’installation du médecin au-dessus de l’exigence d’accès aux soins. Pourtant, entre 6 et 8 millions de nos concitoyens n’ont pas accès à un médecin – nous en avons longuement discuté au cours de la matinée. Finalement, certains territoires, dont la Martinique, pâtissent d’un réel abandon de l’État.
Il y aurait ainsi des endroits où l’on accéderait aux soins, à la culture, aux services publics, aux emplois les mieux rémunérés, à des offres de formation, à l’enseignement supérieur, et il y aurait tous les autres, au sein desquels l’État disparaîtrait à vitesse grand V : on ne pourrait alors y compter que sur la famille, quand elle est présente ; l’espérance de vie y serait plus faible, l’ascenseur social en panne, le médecin en retraite, le commerce du village fermé et le patrimoine en ruine. Il faut agir, et vite, avant que la rupture ne soit consommée entre les territoires qui vivent et ceux qui survivent.
S’il est un point sur lequel notre groupe s’interroge, c’est sans doute en ce qui concerne l’article 1er, qui vise à créer une agence de l’autonomie associant l’État et la collectivité territoriale de Martinique. Notre pays compte déjà plus de 1 200 agences, très coûteuses pour les finances publiques, alors que leur efficacité n’est pas réellement démontrée. Si nous sommes conscients des particularités locales existantes, nous nous opposons traditionnellement à la création de toute agence nouvelle, car notre pays meurt de sa bureaucratie. Nous considérons qu’il faut se départir de ce réflexe bien français consistant à identifier un problème et à créer une commission, une agence, une autorité, une institution, une chambre – et j’en passe – chargées de le résoudre.
Nous sommes par ailleurs tout à fait favorables au retour des cerveaux martiniquais sur leur territoire natal par la création de dispositifs incitatifs. Le territoire martiniquais ne peut se développer si sa jeunesse n’y œuvre pas, et je pense très sincèrement que les jeunes Martiniquais ne demandent qu’à y travailler.
Enfin, notre groupe est très favorable au renforcement du service militaire adapté (SMA) ; le Gouvernement lui-même y a d’ailleurs œuvré, encore cette année au sein de la mission 
Outre-mer du PLF pour 2022, notamment pour la Nouvelle-Calédonie et la Polynésie française. Ce dispositif spécifique, consacré aux outre-mer, a démontré son efficacité en matière d’insertion dans l’emploi, et les taux de réussite de ceux qui en bénéficient sont – il faut le dire – très encourageants.
En conclusion, le groupe UDI et indépendants soutiendra la proposition de résolution ; elle expose un problème fondamental pour la Martinique, auquel la représentation nationale doit apporter une réponse efficace et concrète.
(Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe GDR.) La parole est à M. Michel Castellani. À l’échelle nationale, les Françaises et les Français sont de plus en plus nombreux et ils sont de plus en plus âgés : notre pays vieillit, nous le savons. Le portrait de la France de demain se dessine ; les enjeux économiques, sanitaires et sociaux s’en trouveront posés en termes nouveaux. Une telle évolution nous impose évidemment de repenser les solidarités intergénérationnelles, et c’est dès maintenant, sans attendre, que nous devons anticiper en décidant des réponses à apporter à ces nouveaux enjeux.
Si tous les territoires sont concernés par le vieillissement, la situation de la Martinique est plus qu’alarmante. En cinquante ans, elle va devenir le département le plus vieux de France, alors qu’elle en était l’un des plus jeunes. Ce glissement accéléré a une cause principale : l’exode massif des jeunes générations, entre autres les étudiants, qui sont nombreux à quitter leur île pour poursuivre leurs études.
L’inquiétude à l’égard du vieillissement est d’autant plus forte que celui-ci se conjugue avec d’autres problèmes, tout particulièrement la pauvreté. De manière générale, les territoires ultramarins, périphériques et insulaires rencontrent souvent les mêmes problèmes : leurs habitants vieillissent plus vite – et plus mal –, et les difficultés rencontrées sur le continent y sont décuplées. Je pense également à la Corse, qui m’est quelque peu chère, vous le savez.
Or les obstacles se cumulent. Lors de l’examen du texte précédent, nous évoquions la désertification médicale, qui progresse. Dans les territoires insulaires, les inégalités d’accès aux soins sont aggravées ; mais dans le même temps, les besoins en santé de leurs populations vieillissantes augmentent. En Martinique, particulièrement, la faible densité médicale fait courir un risque de non-recours aux soins plus fort qu’en métropole.
Quant à la politique de soutien à l’autonomie, elle continue elle aussi d’être affaiblie par un sous-investissement et des inégalités territoriales très fortes. Le groupe Libertés et territoires a toujours placé cette question parmi ses préoccupations premières, en soutenant deux impératifs : une telle politique doit d’une part être financée par la solidarité nationale, et elle doit d’autre part respecter la volonté et la dignité des personnes en situation de dépendance. En effet, les inégalités territoriales empêchent de prendre en charge la dépendance de manière homogène et satisfaisante sur l’ensemble du territoire : des disparités se font jour et des manques très forts existent en outre-mer. Ainsi, comment ne pas s’intéresser à une proposition prévoyant des mesures et des attentions renforcées en direction de la Martinique, comme à toutes celles qui visent à protéger les territoires les plus vulnérables ?
Le rapport rédigé par Luc Broussy sur l’adaptation de l’habitat au vieillissement consacre un chapitre entier à la situation de la Martinique et de la Guadeloupe, qu’il juge alarmante. Il invite à instaurer un plan spécifique pour anticiper et pour préparer le vieillissement massif des populations. Le rapport Libault, lui aussi, insiste sur la situation d’urgence que vivent certains territoires, plus exposés que d’autres à ce problème du vieillissement.
Nous le savons tous, la question de l’autonomie, de la prise en charge de la dépendance, est centrale pour notre cohésion sociale et territoriale. Pour y répondre, vous proposez la création d’une agence unique de l’autonomie, qui associerait l’État et la collectivité territoriale de Martinique. En dépit du développement encore parcellaire des maisons de l’autonomie, nous ne pouvons qu’encourager le développement d’une logique de guichet unique, car nous regrettons l’éclatement des compétences en la matière.
Nous regrettons surtout que la question de l’autonomie ait été traitée de manière éclatée durant le quinquennat. Malgré la création d’une cinquième branche – encore embryonnaire – de la sécurité sociale, des chantiers demeurent : ils concernent la valorisation des métiers du lien, la formation des professionnels, l’accroissement du soutien aux proches aidants ou encore la résorption des inégalités en matière de reste à charge. Ainsi, les inégalités qui touchent l’allocation personnalisée d’autonomie seront en partie résolues par la création d’un tarif plancher s’agissant des services à domicile. Mais la question du reste à charge en établissement demeure d’actualité.
Plus récemment, la commission des lois de l’Assemblée a adopté, dans le projet de loi relatif à la différenciation, la décentralisation, la déconcentration et portant diverses mesures de simplification de l’action publique locale, dit 3DS, des dispositions visant à favoriser le développement des logements-foyers en outre-mer, notamment les résidences autonomie et les logements-foyers en habitat inclusif. Ces avancées sont bienvenues et répondent en partie aux demandes de la présente proposition de résolution, mais nous regrettons qu’elles ne soient pas intégrées à une réforme globale de soutien à l’autonomie, qui permettrait de garantir la cohérence des mesures appliquées au niveau national, mais aussi de porter une attention accrue aux particularités territoriales et de prévoir des adaptations si nécessaire. L’abandon, par le Gouvernement, du projet de loi relatif au grand âge et à l’autonomie nous prive de la possibilité de traiter ces enjeux dans leur globalité. Ce texte aurait pu constituer une réforme sociale majeure du quinquennat et restera donc comme une occasion manquée.
Le groupe Libertés et territoires soutiendra la proposition de résolution.
(Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe GDR.) La parole est à Mme Caroline Fiat. Lundi dernier, l’INSEE publiait ses projections démographiques pour 2070 et rappelait que le vieillissement de la population était inéluctable. Ainsi, d’ici à 2070, le nombre des personnes âgées de 60 à 74 ans restera stable, mais celui des 75 ans et plus augmentera de plus de 5 millions. Tous les territoires ne seront pas touchés de la même manière et c’est à double titre que cette proposition de résolution visant à lancer un plan exceptionnel d’accompagnement du phénomène de vieillissement accéléré de la Martinique arrive à point nommé.
En 2019, le rapport Libault nous a alertés sur la situation de la Martinique, prédisant qu’elle deviendrait le plus vieux département de France en 2050. Pour rappel – il ne faut pas avoir peur de répéter ces chiffres –, un retraité sur quatre perçoit le minimum vieillesse, un retraité de plus de 65 ans sur trois vit seul et de manière potentiellement isolée, et plus de la moitié des retraités martiniquais vivent en dessous du seuil de pauvreté, lequel est de 615 euros en Martinique contre un peu plus de 1 000 euros dans l’Hexagone – plus d’un retraité sur deux !
C’est donc à juste titre qu’il convient de déclencher un plan exceptionnel d’accompagnement du vieillissement en Martinique. Nous connaissons la situation actuelle et la situation passée du département et nous savons que le nombre des retraités âgés va augmenter, malgré la volonté de la majorité de repousser l’âge de départ à la retraite.
À cet égard, le rapport d’information de la délégation aux outre-mer sur le grand âge dans les outre-mer soulignait déjà, en février 2020, que l’espérance de vie y était plus faible que dans l’Hexagone et que la proportion des personnes âgées dépendantes en Martinique dépassait la moyenne nationale.
Il paraît dès lors indispensable de consacrer des moyens supplémentaires aux territoires d’outre-mer les plus touchés par le vieillissement accéléré : la Martinique, tout d’abord, et peut-être ensuite la Guadeloupe et La Réunion – ces trois territoires étant considérés comme prioritaires selon le rapport de la délégation aux outre-mer. Il serait temps d’envisager, enfin, une prise en charge digne, solidaire et collective de la dépendance liée au grand âge.
Mais revenons à la Martinique et à la proposition de résolution. Nous approuvons tout particulièrement la proposition de planifier la réhabilitation des EHPAD martiniquais et de créer de nouveaux EHPAD en lien avec les besoins croissants. En effet, en matière de santé gériatrique comme en matière de santé tout court, la Martinique et plus généralement les territoires d’outre-mer sont sous-équipés : les services publics présents sur place ne pourront plus, demain, faire face aux besoins.
L’agence régionale de santé (ARS) de la Martinique estime ainsi que dix postes de gériatres supplémentaires seront nécessaires dans les dix prochaines années. La sous-dotation actuelle, pour ne pas dire le désert gériatrique, qui caractérise la Martinique aggrave le non-recours aux soins de personnes qui ont pourtant besoin d’une prise en charge et d’un soutien renforcé de la nation.
C’est pourquoi nous approuvons également la proposition de planifier la hausse progressive de l’allocation personnalisée d’autonomie, qui permettrait de limiter, et à terme de supprimer, le reste à charge pour les personnes dépendantes et leur famille – celui-ci est une autre explication des non-recours. Inutile de répéter une nouvelle fois les chiffres et les constats de la proposition de résolution, qui est parfaitement claire.
La majorité nous a promis à maintes reprises un projet de loi relatif au grand âge et à l’autonomie, mais elle vient de l’enterrer au profit de mesures qui ne sont pas à la hauteur du dénuement dans lequel vivent certains de nos anciens, et qui appellerait pourtant des décisions urgentes. Elles ne prennent pas non plus la mesure des conditions de travail des professionnels du secteur, en première ligne face aux difficultés sanitaires, en temps de covid-19 comme en temps normal.
La proposition de résolution ne complétera donc pas le projet de loi relatif au grand âge et à l’autonomie, mais elle se conjuguera avec le programme de La France insoumise pour 2022, « L’Avenir en commun », qui prévoit d’engager un plan pluriannuel d’investissement et de développement des services publics dans les territoires d’outre-mer, ainsi que la construction d’un service public de la dépendance – auquel, vous le savez, je suis très attachée.
Il s’agira notamment de développer un réseau public de maisons de retraite aux tarifs harmonisés et accessibles et de créer 10 000 places par an dans des EHPAD publics pendant cinq ans. Nous prévoyons aussi de former et de recruter au moins 210 000 personnes – nous n’avons pas cessé, depuis 2018, de vous répéter que ces emplois étaient nécessaires. Enfin, il nous faudra revaloriser les métiers et les revenus de l’ensemble des professionnels du grand âge, qu’ils travaillent à domicile ou en institution.
Cette proposition de résolution concerne spécifiquement la Martinique, mais elle ouvre la voie à une prise en charge ambitieuse et collective de nos aînés dans tous les territoires d’outre-mer. Elle a le mérite de rappeler la situation de personnes bien souvent oubliées car elles ne peuvent pas se mobiliser – contrairement aux générations plus jeunes, dont nous suivons actuellement les mobilisations aux Antilles et en Martinique.
Je salue, pour finir, les personnes âgées de la Martinique. Le groupe La France insoumise votera bien évidemment en faveur de la proposition de résolution.
(Applaudissements sur les bancs du groupe GDR.) La discussion générale est close.
Sur la proposition de résolution, je suis saisie par le groupe de la Gauche démocrate et républicaine d’une demande de scrutin public.
Le scrutin est annoncé dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.
La parole est à Mme la ministre déléguée chargée de l’autonomie.
Le vieillissement accéléré observé dans plusieurs territoires ultramarins, particulièrement en Martinique, est une question très importante. Je me réjouis donc de cette discussion, d’autant que la proposition de résolution avait été déposée auprès du bureau de l’Assemblée nationale en mars 2020. Or, en moins de deux ans, nous avons parcouru un chemin important avec nos compatriotes ultramarins, en particulier martiniquais. C’est satisfait ! Le besoin est là et a largement été documenté par le rapport d’information de Stéphanie Atger et Ericka Bareigts au nom de la délégation aux outre-mer de l’Assemblée nationale.
L’insularité de la majorité des départements et des collectivités d’outre-mer complexifie le recours des personnes âgées à l’offre en matière de soutien à l’autonomie. Dans le même temps, la population se transforme, la natalité diminue, l’espérance de vie augmente et la quête d’emploi pousse un grand nombre de jeunes à rejoindre l’Hexagone – c’est un fait. En somme, ces territoires entrent de manière accélérée dans la société de la longévité. Dans moins de trente ans, près de la moitié des Martiniquais auront plus de 60 ans. L’État est conscient de cette situation et répondra présent.
La proposition de résolution formule de nombreuses recommandations, qui sont, pour beaucoup, vous le savez, en passe d’être satisfaites par le Gouvernement, qui m’a fait l’honneur de me confier la mission de mettre en œuvre son ambition dans le domaine du grand âge.
Permettez-moi, madame Kéclard-Mondésir, de passer en revue les mesures que vous proposez dans cette proposition de résolution.
En matière de gouvernance, tout d’abord, le texte recommande la création d’une structure qui permettrait à la collectivité de Martinique d’exercer véritablement les compétences qui lui sont dévolues. Cette « agence de l’autonomie » serait créée sous la forme d’un groupement d’intérêt public (GIP) et favoriserait un fonctionnement plus souple et adapté aux spécificités du territoire. Or cette possibilité existe déjà en Martinique.
En revanche, l’implication de l’État comme partie prenante du GIP pourrait être perçue comme une recentralisation de la compétence du département. En outre, la collectivité n’a exprimé aucune demande en ce sens jusqu’à aujourd’hui. La politique que je mène au nom du Gouvernement en faveur du soutien à l’autonomie vise, au contraire, à faciliter le réinvestissement des collectivités afin qu’elles assument pleinement la compétence qui est la leur.
Pour l’illustrer, je veux répondre dès maintenant à l’ambition que vous exprimez dans l’article 4 de la proposition de résolution. La définition et le versement du montant de l’APA relèvent des départements, ce qui explique que des montants différents soient versés de l’un à l’autre. Afin de favoriser le développement d’une offre domiciliaire forte, j’ai engagé, au nom du Gouvernement, la refonte de la tarification des structures, avec une revalorisation-socle de l’APA, désormais fixée à 22 euros par heure minimum. Cette mesure permettra le rattrapage de l’APA dans les plus de soixante-dix collectivités dans lesquelles son montant se situait jusqu’ici en deçà de ce montant, notamment la Martinique. Son application ne se traduira par aucun surcoût pour les collectivités : la nouvelle branche de la sécurité sociale compensera intégralement et de manière pérenne le différentiel, soit un investissement de l’État de 240 millions dès l’année prochaine.
J’ajoute que les structures de soins à domicile qui entreront dans une démarche de contractualisation visant à améliorer la qualité de service, soutenir l’autonomie des personnes âgées, lutter contre leur isolement, accompagner les aidants ou améliorer les conditions de travail de leurs salariés bénéficieront d’une dotation complémentaire de 3 euros par heure. Cette mesure représentera un investissement de l’État de 500 millions d’euros d’ici à 2025 et concernera la Martinique au premier chef.
En matière d’investissement, vous suggérez au Gouvernement de créer un fonds d’expérimentation ayant vocation à réhabiliter certains EHPAD et à permettre le développement de solutions d’hébergement alternatives. Vous saluez donc sans doute la rupture opérée par le Ségur de la Santé en matière d’investissement !
Aux côtés du Premier ministre et du ministre des solidarités et de la santé, je me rends chaque semaine dans une nouvelle région pour annoncer les projets que nous financerons afin de rénover les établissements de santé et les établissements sociaux et médico-sociaux. Alors que la grande majorité de ces établissements n’ont pas bénéficié de rénovation d’ampleur depuis plus de vingt ans, le Gouvernement entend répondre aux besoins partout sur le territoire national et agit. Nous présenterons prochainement un plan d’investissement important pour l’outre-mer. Il permettra de satisfaire des besoins clairement identifiés.
L’EHPAD, vous l’avez rappelé, ne saurait, par ailleurs, être l’alpha et l’oméga de la politique d’hébergement des personnes en perte d’autonomie. Nous devons identifier des solutions d’hébergement alternatives pour les personnes qui n’ont pas besoin d’un haut niveau de médicalisation pour vivre de manière autonome, mais tout de même d’une certaine sécurité. C’est la raison pour laquelle nous ouvrons la possibilité de créer des résidences autonomie en outre-mer dans le projet de loi 3DS, déjà discuté en commission et dont l’examen en séance publique débutera lundi prochain.
Pour développer de tels projets, vous l’avez souligné à juste titre, il est cependant nécessaire de prendre en compte les frais d’ingénierie. Nous avons pris ce sujet à bras-le-corps et nous lui avons apporté deux réponses. La première, conjoncturelle, vise à permettre aux établissements candidats au volet investissement du Ségur de la santé d’être accompagnés dans le développement de leur projet. La seconde est structurelle : le projet de loi 3DS est le véhicule législatif qui permettra le financement de ces frais par la conférence des financeurs de la prévention de la perte d’autonomie.
En revanche, plusieurs de vos propositions ne me semblent pas opportunes, madame Kéclard-Mondésir. Certaines sont même inopérantes. Ainsi, la création de dispositifs d’exonération fiscale spécifiques pour une catégorie d’établissements et une zone géographique données, comme vous le proposez pour la TVA des petites unités de vie de la Martinique, créerait un précédent difficilement justifiable. Pour faire valoir ces exonérations, vous vous appuyez sur l’Agence de l’outre-mer pour la mobilité (LADOM), mais vous créeriez là aussi un précédent, d’autant plus délicat que ces exonérations relèvent des autorités fiscales et que LADOM n’a pas de compétence en la matière.
En ce qui concerne le retour en Martinique de soignants martiniquais, vous proposez de recourir au centre des intérêts matériels et moraux, le CIMM. Je comprends votre objectif, mais le moyen ne me semble pas adapté. En effet, la Martinique fait partie des collectivités dans lesquelles l’installation permet de prétendre au contrat d’engagement de service public (CESP), auquel les jeunes médecins peuvent souscrire pendant leurs études – nous l’avons rappelé ce matin lors de l’examen du texte précédent. En contrepartie de leur installation dans une zone sous-dotée, les jeunes médecins bénéficient d’un financement relativement confortable de leurs études. Ce dispositif est plus ambitieux que le recours au CIMM : non content de faciliter le retour en Martinique des jeunes médecins martiniquais, il permettrait en effet de financer leurs études.
En matière d’emplois francs, lors du dépôt de la proposition de résolution, nous entamions une expérimentation à La Réunion, laquelle suit son cours et sera évaluée l’an prochain. La question de sa généralisation sera examinée lorsqu’elle sera achevée.
Vous souhaitiez mobiliser le dispositif du service militaire adapté et ouvrir plus de places au sein du régiment de service militaire adapté de la Martinique (RSMA-M) pour attirer des jeunes vers les emplois du « prendre soin ». Dans le contexte martiniquais, et au-delà, c’est une ambition que je partage. Face à la crise sanitaire, nous en avons pris la pleine mesure : nous avons ouvert près de 10 000 places de service civique sur l’ensemble du territoire national pour lutter contre l’isolement et répondre à l’envie d’engagement des jeunes et au besoin de lien social de nos aînés. Pour la Martinique, plus de 150 missions de service civique sont ouvertes.
Je crois que chaque jeune doit trouver la solution d’engagement qui lui correspond, mais force est de constater qu’à ce jour, l’ensemble des places prévues pour le dispositif en RSMA ne trouvent malheureusement pas preneur. C’est dommage, car ce dispositif est de nature à renforcer le lien entre notre armée et nos jeunes tout en assurant une insertion professionnelle plus stable à des publics parfois éloignés de l’emploi. Ce constat doit nous conduire à diversifier nos outils pour répondre aux besoins d’engagement. Je sais que Sarah El Haïry, secrétaire d’État en charge de la jeunesse, y est particulièrement sensible et nous travaillons ensemble sur ce sujet. C’est un enjeu d’émancipation et de développement personnel, mais aussi de réaffirmation de la place de chacun dans la société. Ce sujet est pleinement en phase avec la politique que je mène en matière de soutien à l’autonomie des personnes âgées, en ce qu’il est nécessairement intergénérationnel.
Je crois que les motivations de cette proposition de résolution sont en accord avec la politique gouvernementale. Son examen permet de prendre la mesure du chemin parcouru. En soulevant les différentes avancées, je ne cherche pas un satisfecit, ce n’est pas mon genre. La situation que vivent nos concitoyens martiniquais est particulièrement marquée par l’accélération du vieillissement, dont nous devons prendre toute la mesure. Je suis néanmoins convaincue que nous avons dépassé l’ambition de cette résolution.
En raison de ces avancées majeures, qui répondent à une partie des motivations de cette proposition de résolution, et des objections que j’ai formulées à quelques autres, vous comprendrez que je ne rendrai pas un avis favorable à l’adoption de cette résolution. Mais le Gouvernement s’engage résolument à poursuivre son action pour accompagner l’ensemble des collectivités qui font face à un vieillissement accéléré de la société, au premier rang desquels la Martinique. Nous continuerons ainsi à protéger nos personnes âgées, comme nous le faisons aujourd’hui dans la crise sanitaire, pour qu’ils puissent bénéficier demain du meilleur accompagnement possible.
(Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM.)
Je mets aux voix l’ensemble de la proposition de résolution.
(Il est procédé au scrutin.) Voici le résultat du scrutin :
        Nombre de votants                        56
        Nombre de suffrages exprimés                56
        Majorité absolue                        29
                Pour l’adoption                19
                Contre                37
(La proposition de résolution n’est pas adoptée.)
L’ordre du jour appelle la discussion de la proposition de loi visant à atténuer les inégalités d’accès à l’enseignement supérieur générées par Parcoursup (nos 4588, 4707).
La parole est à Mme Karine Lebon, rapporteure de la commission des affaires culturelles et de l’éducation. Mon groupe et moi-même sommes sortis dubitatifs de l’examen de notre proposition de loi en commission. Loin d’être un texte clivant et partisan, celui-ci a pourtant été conçu dans une démarche d’ouverture et de recherche du consensus. Il est aussi l’héritage du sénateur Pierre Ouzoulias, qui a longuement travaillé sur cette question.
Si notre groupe souhaite à moyen terme une réforme ambitieuse du système scolaire s’appuyant sur des investissements financiers massifs ainsi que l’abandon de Parcoursup, notre volonté aujourd’hui est de remédier aux dysfonctionnements les plus patents de cette plateforme. À cet effet, nous nous sommes appuyés sur les rapports de différents organismes – Cour des comptes, Défenseur des droits, Centre national d’études des systèmes scolaires –, sur les conclusions d’une mission d’information sénatoriale conduite par un parlementaire du groupe Les Républicains et sur l’expérience des usagers de Parcoursup. Les lycéens et leurs familles, ainsi que les étudiants, ont dénoncé le stress lié à cette procédure dans des sondages d’opinion ou au cours des auditions. Aussi, la question que nous nous posons est simple : pourquoi ce problème laisse-t-il la majorité et le Gouvernement indifférents ? Considèrent-ils réellement que le système Parcoursup est parfait ? Répondre par l’affirmative à cette question ressortirait au mieux de la cécité, au pire d’un mépris pour les milliers de jeunes qui subissent les dysfonctionnements de cette plateforme et les conséquences majeures qu’ils ont pour leur parcours de vie.
Lorsqu’il s’agit de prendre des décisions pour la jeunesse et son avenir, notre devoir le plus élémentaire est de tenir compte de son ressenti et de ses aspirations. Nous nous sommes livrés à cet exercice et nous n’avons pu que constater la très grande perfectibilité de la procédure d’accès à l’enseignement supérieur, qui est aujourd’hui vécue comme un facteur d’insatisfaction, d’arbitraire et d’angoisse.
Le déploiement de la plateforme Parcoursup a permis de mettre un terme au système du tirage au sort d’admission postbac (APB) et constitue, certes, un espace unique sur lequel est centralisé un nombre croissant d’informations relatives aux formations du supérieur. Cela ne saurait toutefois masquer la sélectivité croissante de l’accès à l’enseignement supérieur. En effet, l’augmentation de la démographie étudiante n’a pas donné lieu aux investissements financiers nécessaires, tant en volume que du point de vue de l’adéquation de la répartition des moyens avec les besoins du terrain. La Cour des comptes déplore que les nouvelles places financées n’aient pas profité aux formations les plus sous tension. Aucun algorithme ne pourra compenser ce sous-investissement qui trahit un manque d’ambition pour notre système éducatif.
(Applaudissements sur les bancs des groupes GDR et FI.) Un algorithme peut seulement, comme le fait Parcoursup, gérer plus ou moins décemment l’accroissement de la sélectivité et du temps d’attente des candidats pour l’obtention d’une affectation.
Pour les bacheliers technologiques et professionnels, le problème se présente avec une acuité renforcée : du fait de l’insuffisance et de la mauvaise adéquation des capacités d’accueil en sections de technicien supérieur (STS) et en instituts universitaires de technologie (IUT), leur attente est en moyenne plus importante, et ils sont également plus nombreux à ne pas obtenir d’affectation à l’issue de la procédure Parcoursup.
Elle a raison ! Il ne s’agit pas pour autant de décrire Parcoursup comme la source des inégalités qui caractérisent malheureusement notre système éducatif et menacent la vigueur de notre pacte républicain. Ces inégalités naissent et se creusent bien en amont, sans que les gouvernements successifs n’aient jugé bon de définir une politique publique ambitieuse dans ses fins et ses moyens pour enrayer ce phénomène. Cela étant précisé, loin de lutter contre ces inégalités, Parcoursup les aggrave et en crée de nouvelles. (Applaudissements sur les bancs des groupes GDR et FI.) La mention du lycée d’origine permet par exemple aux élèves des établissements de « bonne réputation » – c’est-à-dire fréquentés par des familles socialement favorisées – de s’assurer de poursuivre leurs études dans les meilleures filières. La masse d’informations contenue dans Parcoursup, couplée à l’indigence des moyens confiés au service public de l’orientation, font naître de réels besoins d’accompagnement. Ces besoins sont pris en charge dans les familles maîtrisant les codes scolaires ou disposant des moyens financiers pour souscrire à des offres d’accompagnement privé. Les autres n’ont qu’à se débrouiller : c’est ainsi que plus de la moitié des élèves appartenant aux classes sociales les moins favorisées ont saisi seuls leurs candidatures sur Parcoursup.
Les dispositions de cette proposition de loi sont modestes, mais urgentes. Elles permettent également de tirer les conclusions logiques de la réforme du baccalauréat, qui a profondément transformé la structure de la filière générale sans procéder aux ajustements nécessaires sur Parcoursup. Eu égard aux enjeux que je viens d’évoquer et de la méthode d’ouverture que nous avons suivie, j’invite chacune et chacun d’entre vous à se placer dans une démarche transpartisane qui permettra l’adoption de ces dispositions de bon sens. Et je vous rassure : l’ouverture d’esprit, ce n’est pas une fracture du crâne !
(Rires et applaudissements sur les bancs des groupes GDR et FI.)
Nous souhaitons en premier lieu rendre anonyme le lycée d’origine des candidats dans la plateforme. Comme l’a indiqué le Défenseur des droits, ériger cette information en critère de sélection fait naître un risque important de discrimination. Cette pratique pouvait servir à la prise en compte des phénomènes de surnotation et de sous-notation rencontrés dans certains établissements. Néanmoins, rien n’empêche le Gouvernement de mettre au point un autre indicateur permettant de corriger ce phénomène, qui est amené à se réduire en raison du mouvement d’harmonisation des pratiques de notation que la réforme du baccalauréat entraîne. Par ailleurs, nous avons souhaité préciser par amendement que cette anonymisation s’exercera sans préjudice du bon fonctionnement des dispositifs visant à garantir l’égalité des chances, contre lesquels nous n’avons naturellement jamais entendu lutter.
Notre proposition de loi tend également à renforcer la transparence de Parcoursup. Le Conseil constitutionnel a contraint les responsables des formations à procéder à la publication d’un rapport explicitant comment les candidatures ont été examinées à l’issue de la procédure Parcoursup. Nous voulons aller plus loin, en demandant que les critères et modalités de sélection au titre de l’année en cours soient communiqués à tous en amont de l’ouverture de la procédure Parcoursup. Les effets attendus sont doubles. Cette communication intervenant avant l’examen des candidatures, et non après, elle permettra aux candidats de savoir comment leur dossier sera examiné par les commissions d’examen des vœux. Et cette communication bénéficiant à tous, et non aux seuls candidats, elle permettra aux lycéens de première et de seconde de disposer de toutes les informations nécessaires pour construire leur projet d’orientation.
C’est déjà le cas ! Le renforcement de la transparence que nous appelons de nos vœux n’a pas pour objet de renier le caractère secret et souverain des délibérations des jurys : il s’agit principalement de rendre public les algorithmes locaux de préclassement automatisés des candidatures (Applaudissements sur les bancs des groupes GDR et FI) C’est la moindre des choses ! …et non d’empêcher les membres du jury de procéder à des classements manuels des candidatures, en appréciant notamment des éléments des dossiers des candidats non résumables par des chiffres, tels que les lettres de motivation ou les engagements extrascolaires. Pour cette raison, nous avons déposé un amendement qui rappelle notre attachement au principe du secret des délibérations des jurys et préserve la possibilité pour les candidats de réclamer la communication des motifs pédagogiques ayant justifié la décision prise sur leur candidature, une fois celle-ci traitée. C’est la moindre des choses ! Enfin, la proposition de loi procède à une mise en cohérence du système Parcoursup avec la réforme du baccalauréat général. Dans la mesure où des responsables de formation nous ont indiqué que certaines combinaisons d’enseignements de spécialité et optionnels sont très vivement recommandées pour l’accès à leurs formations, il est indispensable que ces informations soient très largement diffusées, notamment auprès des élèves de seconde.
L’augmentation du nombre de filières en tension doit être traitée sérieusement, puisque la sélectivité croissante dans l’accès à l’enseignement supérieur en découle. Nous proposons dès lors d’inscrire dans la loi que cette problématique devra être au centre du dialogue annuel entre l’autorité académique et les responsables de formation pour la détermination des futures capacités d’accueil.
(Applaudissements sur les bancs des groupes GDR et FI.) Voilà qui est positif ! Du reste, ce progrès est appelé de ses vœux par la Cour des comptes, qui regrette que cette question, pourtant primordiale, soit prise en compte de manière très différente en fonction des territoires. L’inscription dans la loi de l’obligation d’établir un plan d’action pour la réduction de la tension dans les formations du supérieur est de nature à permettre une harmonisation des réponses apportées.
La situation des bacheliers professionnels et technologiques étant davantage dégradée, nous avons également souhaité mettre l’accent sur la nécessité, pour l’autorité académique, de veiller à ce qu’un nombre suffisant de places en STS et en IUT leur soit ouvert. Cette obligation pourrait être une occasion de s’interroger sur l’implantation territoriale de ces formations : Paris, territoire densément peuplé, ne dispose par exemple que d’un IUT.
Enfin, les auditions nous ont permis de constater qu’en dépit des annonces ambitieuses réalisées à l’occasion du plan Étudiants, l’accompagnement à l’orientation dans les établissements scolaires souffre de nombreuses lacunes : insuffisance du nombre de psychologues de l’éducation nationale, absence de formation à l’orientation pour les professeurs principaux, application décevante des cinquante-quatre heures annuelles et des deux semaines normalement consacrées à l’orientation, etc. Nous proposons donc d’inscrire dans la loi l’obligation d’un accompagnement personnalisé pour chaque lycéen à partir de la classe de seconde. Cet accompagnement permettra aux élèves de mieux se préparer à l’échéance Parcoursup, notamment au moment du choix de leurs enseignements optionnels et de spécialité.
Les lycéens et leurs familles seront attentifs aux réponses que vous allez apporter aux propositions que nous formulons aujourd’hui. Ces dernières ont rencontré l’adhésion de l’ensemble des organisations représentatives, qui souhaitent vivement voir évoluer un système dont les limites sont désormais bien identifiées. Si vous avez des enfants confrontés à Parcoursup, ils seront les premiers à vous le dire.
Mais nous en avons ! La volonté du Gouvernement de répondre aux inégalités que Parcoursup génère et entretient sera d’autant plus scrutée qu’il s’est donné l’objectif de créer au cours des prochaines semaines une plateforme semblable pour l’accès en master. De nombreuses organisations étudiantes nous ont déjà alertés sur le fait que cet outil pourrait aussi accroître la sélection et les inégalités. Le groupe GDR y sera en tout état de cause particulièrement attentif. (Vifs applaudissements sur les bancs des groupes GDR et FI.) La parole est à Mme la ministre de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation. Je ne peux que regretter, madame la rapporteure, que vous ne teniez pas aujourd’hui les mêmes propos que lors de notre rencontre, il y a une dizaine de jours,… Pardon ? …avec le président de l’université de La Réunion, qui, assis à notre table, nous faisait savoir combien l’entrée en vigueur de Parcoursup… Nous parlions d’APB juste avant ! …et les moyens accordés dans le cadre de la loi relative à l’orientation et à la réussite des étudiants lui avaient permis de mener une véritable politique d’égalité des chances dans son université. (Vives exclamations sur les bancs des groupes GDR et FI.) Dommage qu’il n’y ait pas de témoins ! On peut donc attaquer en dessous de la ceinture ! C’est scandaleux ! Les objectifs que vous affichez sont, en réalité, déjà très largement atteints. Un peu de dignité ! Si le Gouvernement partage votre ambition de réduction des inégalités d’accès à l’enseignement supérieur, nous ne pouvons en aucun cas souscrire aux arguments que vous développez. Un peu de respect à l’égard des députés ! Nous ne sommes pas au cirque ! Vous proposez, dans votre exposé des motifs, de supprimer Parcoursup. On voit bien que vous n’avez jamais été élue ! Je serais curieuse de savoir par quoi vous comptez le remplacer – car non, la plateforme Parcoursup n’incarne pas le triomphe de l’hypercompétitivité, les critères qui y sont appliqués ne sont pas le fruit d’algorithmes mystérieux et les élèves issus des classes les plus défavorisées n’en sont en aucun cas les premières victimes. (Vives exclamations sur les bancs des groupes GDR et FI.) Vous savez que c’est faux ! C’est la foi du charbonnier ! Mes chers collègues, s’il vous plaît ! Laissez-moi rappeler quelques chiffres : 94,2 % des néobacheliers ont reçu une proposition sur Parcoursup en 2021, ce qui constitue une proportion plus élevée qu’en 2020. Cette augmentation est particulièrement marquée pour les filières professionnelles et technologiques. Le passage de la première à la deuxième année atteint 53 % en 2020 contre 40 % en 2017,… C’est facile ! Tous les autres ont abandonné ! …grâce à une meilleure orientation des lycéens et aux nouveaux moyens accordés aux établissements pour déployer des dispositifs d’accompagnement… Valérie Pécresse disait la même chose en 2017 ! …– car ce gouvernement n’entend pas se contenter de distribuer des cartes d’étudiant, mais souhaite accompagner les jeunes dans leur réussite. Du Pécresse dans le texte ! Vous prétendez que Parcoursup accentue les inégalités sociales et géographiques. Ce n’est pas vrai. Surtout, c’est prêter aux équipes qui examinent les candidatures des intentions qu’elles n’ont pas. Là encore, les chiffres parlent d’eux-mêmes : grâce à notre action, le taux de lycéens boursiers admis dans l’enseignement supérieur est passé de 20 % à 25 % en deux ans. Pour la seule année 2021, 13 600 lycéens boursiers ont été admis dans la formation de leur choix, à laquelle ils n’auraient pas eu accès sans les taux de priorité instaurés par la loi. Devaquet, sors de ce corps ! La mobilité aussi a progressé : 21,7 % des bacheliers ont accepté une proposition hors de leur académie d’origine, soit une hausse de 2,2 points en un an. Les 500 euros d’aide à la mobilité accordés aux étudiants boursiers ont en outre permis d’accroître la part de mobilité de ces derniers, qui est ainsi passée de 15,3 % à 17,6 % à la rentrée 2021. De quoi faire deux allers-retours en train ! Ce phénomène est particulièrement marqué en Île-de-France, puisque le nombre de lycéens boursiers de l’académie de Créteil ayant accepté une proposition d’admission à Paris a augmenté de 5 % par rapport à 2020. Affinons ce constat : 6 591 lycéens boursiers du département de la Seine-Saint-Denis ont été accueillis dans des établissements parisiens et 51 % des demandes ont reçu une réponse positive. Merci, Seigneur ! Vous avez toute notre gratitude ! Ce taux de réussite atteint 52 % pour les candidats engagés dans le dispositif Cordées de la réussite qui ont émis le souhait d’intégrer une classe préparatoire parisienne. Faut-il baiser la babouche ? Veuillez écouter la ministre, s’il vous plaît. Ses propos ne vous intéressent-ils donc pas ? On ne peut pas dire que nous ne l’écoutons pas ! On aurait été bien en peine d’obtenir de tels résultats à l’époque où le portail APB était utilisé : aucune priorité n’était alors donnée aux étudiants boursiers, tout simplement, et la hiérarchisation des vœux contribuait à brider les audaces et à renforcer les réflexes d’autocensure. Comment vous remercier ? Vous prétendez ensuite que la plateforme manque de transparence. Là encore, je tiens à lever plusieurs incompréhensions. Parcoursup a permis d’améliorer continûment la pertinence et la transparence de l’affectation. Chacune des étapes de sa construction a fait l’objet d’un dialogue avec les acteurs concernés, dans le souci de renforcer le travail des commissions pédagogiques. Dans sa décision du 3 avril dernier, le Conseil constitutionnel a entendu protéger le secret des délibérations pour garantir l’indépendance des équipes et l’autorité de leurs décisions. Il a jugé nécessaire d’assurer, dans le respect de la vie privée des candidats et sous la forme d’un rapport, la publicité des critères en fonction desquels les candidatures sont examinées. Plus de 10 000 rapports ont ainsi été rendus publics et peuvent être consultés librement. Vous ne répondez même pas à nos courriers ! Ni à nos questions écrites ! La transparence était aussi au cœur de la loi relative à l’orientation et à la réussite des étudiants adoptée ici en 2018. Ce texte a été conçu pour opérer une rupture complète avec la logique qui animait le fonctionnement du portail APB, dont je rappelle que la Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL) avait demandé son arrêt. Les candidats à l’enseignement supérieur disposent désormais d’une information toujours plus riche et transparente : 19 500 formations reconnues par l’État sont accessibles sur une seule plateforme, dont un peu plus de 6 000 en apprentissage. Le caractère lisible, complet et utile de cette information est reconnu par les lycéens eux-mêmes, comme en attestent les études d’opinion menées auprès d’eux.
S’agissant du classement des candidatures, ce ne sont pas des algorithmes mystérieux qui effectuent la sélection. Bien au contraire, nous avons remis de l’humain au cœur du système, car ce sont bien les enseignants des formations d’accueil qui examinent les dossiers des candidats.
Meilleurs vœux, Parcoursup ! Ces commissions ont pour mission de définir les modalités et les critères d’examen des vœux, dans le cadre des critères généraux publiés sur la plateforme dès le mois de décembre. L’examen de chaque candidature ne repose pas sur un traitement entièrement automatisé : des outils d’analyse et d’aide à la décision sont mis à la disposition des établissements, mais ils ne formulent pas les propositions. L’intelligence artificielle, c’est pour bientôt ! Celles-ci sont préparées de façon collégiale et arrêtées par le chef d’établissement. J’emploie le terme « propositions » à dessein, car une des caractéristiques de Parcoursup consiste à laisser le dernier mot aux candidats, qui peuvent faire évoluer leur projet tout au long de la procédure.
En réponse à l’accusation selon laquelle nous gérerions la pénurie, j’opposerai là encore quelques chiffres : 84 000 nouvelles places ont été créées dans l’enseignement supérieur dans le cadre des plans Étudiants et France relance ; le Gouvernement a consacré 1 milliard d’euros à la transformation du premier cycle depuis 2018 ; 13 000 nouvelles places ont été créées dans Parcoursup pour la seule rentrée 2021, sur les 34 000 proposées dans les universités.
La réalité, c’est que jamais autant de places n’ont été ouvertes dans l’enseignement supérieur, notamment dans les formations les plus demandées – licences, STS, formations de santé, formations paramédicales et formations complémentaires d’initiative locale (FCIL). Le plan de relance a par exemple permis de créer 1 350 places dans des formations courtes pour répondre aux étudiants souhaitant mûrir leur projet d’orientation ou de spécialisation afin d’intégrer le marché du travail dans des secteurs professionnels répondant aux besoins locaux. Ces créations de places sont le fruit du volontarisme du Gouvernement, bien sûr, mais aussi d’un dialogue approfondi, conduit au plus près du terrain par les recteurs avec les chefs d’établissement – et les exécutifs régionaux s’agissant des instituts de formation en soins infirmiers (IFSI). C’est ce volontarisme et ce dialogue qui ont permis d’offrir de nouvelles solutions aux jeunes en respectant la diversité de leurs besoins et de leurs projets.
Pour ce qui est de l’orientation, Jean-Michel Blanquer et moi-même…
Il est dans le coup, lui aussi ? …n’avons cessé de renforcer l’accompagnement des lycéens. Je songe, entre autres exemples, aux deux professeurs principaux dans les classes terminales, aux cinquante-quatre heures d’enseignement dédiées à l’orientation dans tous les lycées, aux semaines de l’orientation, aux journées portes ouvertes, ou encore aux Cordées de la réussite qui concernent cette année 200 000 lycéens. Des progrès restent certes à accomplir, mais regardons la réalité en face : grâce à la réforme du lycée et au déploiement de Parcoursup, nous sommes désormais en mesure d’accompagner les jeunes dans la construction de leur projet et de les en rendre acteur, pour poser les bases d’un continuum entre le lycée et l’enseignement supérieur pour tous.
Oui, ce gouvernement a fait le choix de l’humain, de la transparence, de l’orientation et de l’accompagnement.
(Vives exclamations sur les bancs des groupes GDR et FI.) Pas ça ! Humain, Parcoursup ? L’humain, c’est nous ! Loin de la démagogie qui consiste à laisser penser qu’il suffit de délivrer des cartes d’étudiant et loin des fantasmes qui n’ont jamais fait une politique pour la jeunesse, nous avons engagé une transformation sans précédent de l’accès à l’enseignement supérieur, qui, chaque année, s’affine et progresse, avec pour seule boussole la réussite de tous les jeunes. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LaREM. – Nouvelles exclamations sur les bancs du groupe GDR.)
Dans la discussion générale, la parole est à Mme Elsa Faucillon. La proposition de loi défendue par ma collègue Karine Lebon au nom du groupe de la Gauche démocrate et républicaine vise à atténuer les fortes inégalités d’accès à l’enseignement supérieur… Mme la ministre a dit qu’il n’y en avait pas ! …créées par Parcoursup. Nous avons tenté, à travers ce texte, de cibler quelques-uns de ces facteurs d’inégalités. Encore faut-il rappeler pourquoi nous nous sommes opposés à la logique qui a présidé à la création de Parcoursup et combien nous constatons, sur le terrain, ses conséquences pour les lycéens et pour les étudiants.
Je m’appuierai sur une phrase prononcée par le Président de la République : « nous ferons en sorte que l’on arrête de faire croire à tout le monde que l’université est la solution pour tout le monde ». Ces quelques mots donnent à voir la logique méritocratique et inégalitaire invoquée pour concevoir Parcoursup et pour en faire un système de sélection.
Là n’est pas la question ! Ils consacrent aussi un renoncement et couronnent les efforts déployés pour démanteler le service public de l’enseignement supérieur. Notons que si j’évoque ce démantèlement de manière générale, certaines universités sont tout de même bien mieux dotées que d’autres. Je songe par exemple à l’université de Nanterre, que chacun connaît pour son statut de symbole historique des luttes étudiantes : il y manque actuellement 250 postes d’enseignants pour atteindre la moyenne nationale et y garantir, simplement, de bonnes conditions d’apprentissage. Ça, c’est factuel ! La faculté est un lieu crucial de formation de l’esprit critique. Les universités les moins dotées sont d’ailleurs généralement aussi un lieu d’accueil des classes populaires et des étudiants étrangers. Or ce sont elles qui sont le plus souvent délégitimées – peut-être me reprocherez-vous, madame la ministre, de faire ici le lien avec les attaques perpétrées contre les universitaires, fréquemment accusés de verser dans « l’islamo-gauchisme » ou le « wokisme », pour reprendre vos propres mots et ceux du ministre de l’éducation nationale, de la jeunesse et des sports. Alors que ces deux expressions sont pourtant l’apanage de la droite la plus extrême et sont dépourvues de toute assise scientifique, vous les utilisez à l’envi.
L’université est aussi attaquée par un sous-financement chronique : certaines sont exsangues depuis qu’elles sont devenues autonomes. En ce sens, vous poursuivez consciencieusement la politique instituée par Mme Pécresse dès 2007, alors que les facultés font face, dans le même temps, à une explosion du nombre d’étudiants et à une stagnation du nombre d’enseignants titulaires.
Étudier est pourtant un droit et non un privilège – un droit bafoué par ce gouvernement depuis le début de son mandat et le déploiement de la plateforme de sélection Parcoursup.
(Applaudissements sur les bancs du groupe FI et sur plusieurs bancs du groupe GDR.) Cet outil est le résultat d’une politique visant à instaurer, de la maternelle à la faculté, un système concurrentiel au profit des élèves jugés les plus méritants – c’est la raison pour laquelle j’évoquais un système méritocratique. Plutôt que de créer de nouvelles places et nouveaux postes, pourtant nécessaires, le Gouvernement a choisi de composer avec le manque de places en organisant une sélection généralisée. Oh là là ! À tous ceux qui ont surmonté les inégalités sociales et qui ont empoché leur baccalauréat avec fierté, on signale désormais que les portes des universités leur sont fermées ou que les places qui leur seront offertes ne correspondront aucunement à leur choix.
Je constate, dans ma circonscription, au contact des élèves privés de place à l’université, en lycée ou en master – ils sont d’ailleurs assez nombreux –, les effets catastrophiques de cette logique méritocratique et de cette sélection.
Le ministère a affirmé à la rentrée que seuls 239 bacheliers inscrits sur Parcoursup n’avaient pas reçu de proposition. Or dans mon seul département, je trouve assez aisément 239 élèves dans cette situation – ils sont peut-être même un peu plus nombreux.
Ah ! Il est vrai que ce faux bilan ne prend pas en compte les jeunes non affectés qui ont choisi, faute de mieux – et parce qu’ils sont courageux –, de se tourner, par exemple, vers un service civique. Il ne s’agissait pas du tout de leur premier choix mais, n’ayant pas obtenu d’affectation, ils s’y sont résolus en considérant qu’ainsi ils ne perdraient pas leur année. Telle n’est pourtant pas la fonction du service civique, lequel devient de plus ne plus un cache-sexe pour masquer tantôt les dégâts de Parcoursup, tantôt le chômage des jeunes.
En réalité, à la rentrée 2021, ce sont près de 22 000 bacheliers qui n’ont pas trouvé de place dans l’enseignement supérieur. Par ailleurs, des milliers de bacheliers ont été réorientés vers des filières correspondant à leur dixième vœu ou à un sous-voeu. Les retours sont alarmants : lycéens recalés alors que leur moyenne est excellente, bugs informatiques, listes d’attente interminables ou encore jeunes sans formation.
Pourtant ce gouvernement est incapable de reconnaître qu’une de ses mesures a été à l’origine d’un problème. À grand renfort de communication, on nous annonce donc que Parcoursup a été une « vraie réussite » qui, loin d’avoir instauré la sélection, a « favorisé la démocratisation de l’enseignement supérieur » ou encore que tous les candidats ont reçu des propositions « au plus près de leurs vœux ».
Soyons sérieux. Cette plateforme a créé des inégalités de traitement et votre gouvernement devra en rendre compte. Parcoursup laisse l’élève seul face à une série d’opérations qu’il ne contrôle pas. Dans ce système, le droit à l’erreur ou le droit de ne pas savoir quoi faire – car oui, cela arrive – n’existent pas. Parcoursup a remplacé le tirage au sort par la sélection des candidats sur des critères arbitraires. Le recours à des algorithmes opaques porte atteinte au principe d’égalité. C’est ce que l’article 1er de la présente proposition de loi s’efforce de contrer.
Je ne dis pas qu’APB était un bon système – le tirage au sort, ça ne fonctionnait pas. Je dis que Parcoursup, c’est pire.
(Applaudissements sur les bancs du groupe FI et sur plusieurs bancs du groupe GDR.) Mais non ! La mise en place de Parcoursup a renforcé les inégalités en faisant reposer le choix des étudiants sur des stratégies scolaires qui nécessitent des ressources. C’est complètement faux ! Il faut le dire, les premiers touchés par cette mesure sont les élèves issus des classes populaires car ils ne bénéficient ni du capital culturel ni du capital économique requis pour trouver une issue favorable face à une réponse négative. Voilà un exemple probant de ce que l’historienne Laurence De Cock appelle la politique de contre-démocratisation scolaire, qui assigne à certains enfants, en fonction de leur profil – notamment social –, une trajectoire et une classe.
En outre, cette nouvelle plateforme a créé un marché juteux, ce qui devrait vous alerter.
Mais oui ! Si vous ne me croyez pas, vous pourriez au moins constater que, dans le domaine de l’aide à l’orientation, des entreprises s’enrichissent. (Applaudissements sur les bancs des groupes GDR et FI.) Des parents, y compris dans les classes populaires, se tournent vers ces sociétés parce qu’ils ne maîtrisent pas les codes de l’enseignement scolaire et sont prêts à payer 500 à 800 euros en pensant que cela aidera leur enfant à s’orienter. L’article 2 vise à instaurer un vrai service d’aide à l’orientation dans la mesure où vous avez en grande partie démantelé celui qui existe actuellement.
Dans la même logique de concurrence entre étudiants, nous avons appris par voie de presse que vous alliez aussi mettre en place un programme Parcoursup destiné à résoudre le problème des étudiants sans master, qui ne prévoit ni hiérarchisation des vœux ni anonymisation de l’établissement d’origine. Vous avez donc décidé de poursuivre sur la même voie, sans prendre en considération les problèmes déjà créés par Parcoursup. Un tel projet ouvre la voie à une sélection sociale basée sur l’établissement mais aussi à une mauvaise orientation des étudiants. Nous resterons attentifs aux suites données à cette proposition et nous y opposerons assez fermement.
Essentielle, la suppression de Parcoursup doit évidemment s’accompagner de l’ouverture de places supplémentaires afin d’accueillir l’ensemble des bacheliers et bachelières, ce qui suppose un plus grand nombre d’enseignants, des locaux de taille suffisante ainsi que la création de nouvelles formations et même de nouvelles universités. Nous pourrions ainsi réduire en partie les inégalités scolaires et sociales.
C’est à cause de ces inégalités que nous sommes fermement opposés à Parcoursup. Nous nous exprimons aujourd’hui dans le cadre d’une niche parlementaire mais nous n’avons pas fini de vous embêter – le mot est faible – à propos de Parcoursup et des critères de sélection.
Avec plaisir et délectation ! Avec grand plaisir ! Entendez au moins que les deux propositions que nous formulons dans ce texte font l’objet d’un consensus, non seulement auprès de celles et ceux que nous avons auditionnés mais aussi partout où nous nous rendons et dans tous les témoignages qui nous remontent aujourd’hui. Vous devriez y être attentifs, ne serait-ce que pour atténuer les problèmes – bien réels, même si vous les niez – causés par la mise en place de Parcoursup. (Applaudissements sur les bancs des groupes GDR, SOC et FI.) La parole est à Mme Anne Brugnera. Le Groupe La République en marche partage l’objectif d’atténuer les inégalités scolaires et d’accès à l’enseignement supérieur. Ça se voit ! Elles existent donc bien ? C’est même le moteur principal de l’engagement politique de nombre d’entre nous, membres de la commission des affaires culturelles et de l’éducation, et l’objet de nos travaux parlementaires, relatifs à la scolarisation dès 3 ans ou aux cités éducatives pour ne citer que deux exemples.
Mais nous sommes convaincus que ce n’est pas Parcoursup qui provoque ces inégalités. Nous pensons au contraire que cette procédure nationale peut aider à les réduire grâce à la liberté d’accès à l’information, à la transparence sur les attendus des formations et à l’égalité de traitement des candidats.
Vous êtes donc pour la proposition de loi ? Bien sûr, Parcoursup peut encore être amélioré (« Ah ! » sur les bancs du groupe GDR) – il l’a d’ailleurs déjà été depuis sa création – mais les pistes que vous proposez n’atténueront pas ces inégalités, au contraire même. Il y a donc bien des inégalités ! Concernant le lycée d’origine, les consignes ministérielles précisent qu’il n’est pas un critère d’évaluation des vœux. La Cour des comptes a pourtant constaté que c’était parfois le cas, ce que nous condamnons. En anonymisant le lycée et en remplaçant ce critère par l’écart entre la moyenne des notes des élèves du lycée au contrôle continu et celle obtenue au baccalauréat, on neutraliserait, selon la Cour, la tendance à surnoter ou à sous-noter l’établissement d’origine.
Cette proposition nous semble difficilement compatible avec la réforme du bac en cours et les calendriers distincts des épreuves du bac et de la procédure Parcoursup.
A contrario , ne pas disposer du nom du lycée empêcherait, à candidatures équivalentes, de favoriser l’ouverture sociale et la discrimination positive. Incroyable ! Vous voulez rire ? À la fin, il ne reste que la mauvaise foi ! Votre proposition pourrait se révéler contre-productive et empêcher à ce stade le repérage de talents et de profils atypiques.
D’autre part, permettez-moi de rappeler que jamais nous n’avons disposé d’un outil aussi transparent que Parcoursup
(Exclamations sur les bancs des groupes SOC, FI et GDR) Si ! ça s’appelle le monde d’avant APB ! –  au passage, j’ai mal aux oreilles quand j’entends qu’APB était un meilleur outil. L’information y est accessible, riche et claire, les lycéens eux-mêmes le reconnaissent. Avant de faire leurs vœux, ils disposent, comme leurs parents et leurs professeurs, des attendus nationaux et locaux, des critères généraux d’examen des vœux, du nombre de places et du rang du dernier admis pour chaque formation. Tout candidat peut connaître les motifs qui ont justifié la réponse à chacun de ses vœux. Ce n’est pas vrai ! Si ! Non ! Allez donc dire cela à ma nièce ! En outre, depuis cette année, chaque formation publie sur Parcoursup un rapport détaillant les critères de sélection des candidats. Vous souhaitez qu’il soit rendu public en amont de la procédure. Cette question a été tranchée par le Conseil constitutionnel. Dans sa décision d’avril 2020, il a rejeté un recours en relevant que la protection du secret des délibérations des commissions constituait un motif d’intérêt général qui vise à assurer leur indépendance et l’autorité de leurs décisions. Car Parcoursup n’est pas un algorithme mais une procédure à l’issue de laquelle une décision humaine est prise au sein d’une commission de professionnels.
D’ailleurs, nos collègues Sarles et Juanico, qui ont évalué Parcoursup, ne disent pas autre chose : « […] les avancées récentes favorisant une plus grande transparence […] permettent d’atteindre un équilibre satisfaisant. Aller plus loin et exiger la publication
ex ante d’un barème constitué de l’intégralité des critères d’examen des candidatures, détaillés et pondérés, risquerait de conduire à un traitement totalement automatisé des dossiers, ce qui doit être absolument évité. Seule l’intervention humaine permet en effet d’envisager la diversité des profils des candidats et d’aboutir à la véritable équité de traitement […] » Eh oui ! Concernant le plan d’action que vous voulez inscrire dans la loi, je tiens à rappeler les efforts réalisés en matière d’ouverture de places : 70 000 places ont été créées depuis 2017 et, en cette rentrée 2021, 34 000 ont été ouvertes dont 13 000 en première année, sur Parcoursup, dans les formations les plus demandées – formations de santé et paramédicales, notamment en IFSI, STAPS – les sciences et techniques des activités physiques et sportives –, ou encore les sections de technicien supérieur.
À l’article 2, vous proposez un accompagnement personnalisé des lycéens. Or celui-ci existe déjà, il a été créé en 2018. Ainsi, cinquante-quatre heures sont désormais consacrées à l’orientation en terminale et deux professeurs principaux permettent aux lycéens de bénéficier d’un accompagnement adapté à leurs besoins. L’application de ce dispositif encore très récent est bien sûr variable selon les lycées. Notre groupe a d’ailleurs demandé une mission flash sur l’orientation. Elle vient de débuter et permettra de faire un point objectif sur ce sujet.
Enfin vous proposez que les spécialités suivies au lycée soient mentionnées dans les attendus et dans les statistiques d’admission. Lors de leur audition, les syndicats lycéens nous ont dit qu’ils y étaient opposés car ils craignent que cela ferme des possibilités aux lycéens qui n’ont pu ou voulu choisir ces spécialités.
C’est ce qui se passe de toute façon ! Cette proposition pourrait donc être contre-productive. Parcoursup propose déjà – sur la page d’accueil, vous pouvez le vérifier – des conseils aux lycéens sur les choix d’enseignements, de spécialités ou d’options en première et terminale. Mais ce ne sont que des conseils et non des obligations afin de laisser ouvert tout le champ des possibles à nos lycéens.
Pour toutes ces raisons, nous voterons contre les articles de cette proposition de loi et contre les amendements déposés.
(Mme Jacqueline Dubois applaudit.) La parole est à Mme Constance Le Grip. La proposition de loi que nous examinons aujourd’hui à l’initiative de la Gauche démocrate et républicaine vise à réduire les inégalités d’accès à l’enseignement supérieur créées par Parcoursup, ce qui est a priori un objectif louable.
Nous le savons, chaque année, les élèves de terminale sont confrontés à de nombreuses difficultés lors de la procédure Parcoursup. On se souvient par exemple des dysfonctionnements recensés en mai 2019 mais également de difficultés et d’inégalités récurrentes dans l’accès, non seulement à l’enseignement supérieur en général mais aussi à des informations claires pour nos lycéens.
Chaque année, nous dénonçons ces difficultés, ces bugs, ces inégalités d’accès. Et chaque année, vous nous répondez, madame la ministre, que tout va pour le mieux même si, souvent, sur le terrain, des lycéens, des parents d’élèves ou des associations de parents d’élèves nous interpellent vivement sur ce sujet, nous faisant part de leurs angoisses.
Cette année encore, plus de 90 000 élèves se sont retrouvés sans affectation à l’issue de la première phase de Parcoursup en juillet. Certes, au cours des étapes suivantes, certaines difficultés se sont progressivement résorbées. Mais le processus a été extraordinairement stressant, c’est le moins que l’on puisse dire.
Le Gouvernement répète que la plateforme d’orientation Parcoursup est un système beaucoup plus humain que feu APB, ce que je conçois bien volontiers. Cependant, le resserrement du calendrier et le peu de transparence des algorithmes demeurent des sources d’inquiétude pour nos étudiants, il faut le rappeler.
La procédure crée du stress pour les familles comme pour les lycéens. D’après une enquête réalisée par Ipsos pour le ministère de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation en septembre 2021, 82 % des néobacheliers jugeaient la procédure Parcoursup stressante. Ils sont en effet invités à exprimer jusqu’à dix vœux, ainsi que des sous-vœux et parfois des vœux d’apprentissage. Des erreurs d’aiguillage étant toujours possibles, nous le savons tous – inutile de le nier –, certains se retrouvent, à l’issue des différentes étapes, dans des filières qu’ils ne souhaitaient pas vraiment intégrer, ce qui peut aboutir à des réorientations en cours d’année ou à l’issue d’une première année ratée ou même à des abandons avant la fin de la première année.
Il faut aussi reconnaître que les délais de réponse sont longs et que les files d’attente qui se créent engendrent elles aussi du stress, de l’angoisse, de fortes incertitudes, ce qui peut conduire certains candidats à effectuer un choix par dépit et à s’inscrire dans une formation qui ne leur convient pas vraiment, voire qui ne leur plaît pas du tout, uniquement s’assurer une inscription dans l’enseignement supérieur.
Par ailleurs, les lycéens français sont de plus en plus nombreux à s’orienter vers des établissements d’enseignement supérieur à l’étranger, en Europe ou ailleurs. Plusieurs de ces établissements les démarchent en les incitant à ne pas attendre les étapes suivantes du processus de Parcoursup, à se débarrasser des affres de ce parcours et à les rejoindre. Des élèves, de plus en plus nombreux, préfèrent ainsi assurer leurs arrières en se tournant vers des établissements étrangers, ce qui est tout de même fâcheux.
La proposition de loi présentée par nos collègues du groupe de la Gauche démocrate et républicaine s’appuie notamment sur des constats et recommandations formulés par la Cour des comptes dans son rapport de février 2020, qui dresse un premier bilan de l’accès à l’enseignement supérieur dans le cadre de la loi relative à l’orientation et à la réussite des étudiants. Nous partageons la plupart de ces observations et bien des préconisations. Nous sommes d’accord avec nos collègues sur le diagnostic établi, celui des inégalités d’accès à l’enseignement supérieur et à l’information, mais nous sommes beaucoup plus réservés sur les dispositifs qu’ils proposent dans leur texte, qui sont contraires à l’idée que nous nous faisons de l’enseignement supérieur.
Nous ne sommes pas favorables à l’anonymisation pure et simple du lycée d’origine, sans création d’un outil statistique tel que le préconise la Cour des comptes : une mesure de l’écart entre les notes obtenues au bac et celles obtenues au contrôle continu. Il ne nous semble pas non plus souhaitable d’ajouter aux critères de détermination des capacités d’accueil un « taux de pression », d’ailleurs jugé peu fiable par la Cour des comptes. Enfin, l’obligation préconisée par la proposition de loi d’accueillir tous les candidats venant de l’enseignement professionnel et technologique au sein des STS et des IUT ne nous semble ni raisonnable ni réaliste. Nous, au groupe Les Républicains, avons toujours insisté sur l’importance de l’information des élèves pour leur bonne orientation. C’est d’ailleurs un point qu’avait soulevé la mission flash que nos collègues Frédéric Reiss et Géraldine Bannier avaient menée il y a quelques mois.
Parce que la proposition de loi contient à ce stade peu d’avancées, nous nous abstiendrons lors du vote, même si, encore une fois, nous partageons certains constats de nos collègues.
La parole est à Mme Géraldine Bannier. La discussion de la proposition de loi du groupe de la Gauche démocrate et républicaine est l’occasion, bienvenue, de s’interroger sur un problème d’envergure : l’inégalité d’accès sociale et territoriale des lycéens aux études supérieures. Le texte, avec ses deux axes – amélioration de la transparence de Parcoursup et renforcement de l’aide à l’orientation et à l’information des étudiants –, vise un objectif somme toute louable et partagé.
Il est vrai que les chiffres sont sévères : selon le rapport 2017 de l’Observatoire des inégalités, si 30 % des jeunes âgés de 18 à 23 ans ont des parents ouvriers, c’est le cas de seulement 11 % des étudiants de l’enseignement supérieur ; le chiffre tombe à 6 % pour les élèves des classes préparatoires. On connaît aussi le chiffre décevant de la promotion 2019-2020 à l’École nationale d’administration où un seul élève sur quatre-vingt-deux est fils d’ouvrier.
Ah, c’est du joli ! Mais bien au-delà du seul outil Parcoursup, qui a quand même mis fin à l’improbable système APB de tirage au sort et a permis, en 2019, l’acceptation de 21 % de boursiers en plus en phase principale par rapport à l’année précédente, c’est le système global qui n’encourage pas la mixité sociale dès le plus jeune âge et qui doit être revu.
Il faudrait surtout éviter qu’il y ait d’un côté les bons établissements et de l’autre les moins bons. Nous avions d’ailleurs voté, lors de l’examen de la loi confortant le respect des principes de la République, un amendement tendant à améliorer la mixité sociale au sein des établissements, en concertation avec les collectivités territoriales. C’est un levier majeur, le premier, pour corriger les inégalités de destin, liées à l’origine sociale, que de travailler partout, dans chaque établissement, privé comme public, dans chaque territoire, à un objectif de mixité sociale, dès lors que la démographie locale et l’adaptation des transports le permettent.
Dans l’attente, pour l’avoir constaté, un excellent élève provenant d’un établissement moins performant en comparaison d’autres, même s’il a nécessairement du retard, a tout le potentiel nécessaire pour le rattraper très vite, et doit avoir la même chance d’intégrer un établissement coté, même s’il n’a pas bénéficié d’un aiguillage précoce ni bénéficié de la réflexion de proches aguerris au système scolaire. Le second levier à actionner est ainsi celui de la lutte contre l’autocensure. Nous devons poursuivre notre action en ce sens, notamment grâce aux Cordées de la réussite mises en place entre les établissements du secondaire et du supérieur pour promouvoir l’égalité des chances. Je tiens à rappeler que la loi de programmation de la recherche, que nous avons votée il y a bientôt un an, permet aux formateurs de l’enseignement supérieur de prendre en compte la participation des bacheliers à ce type de dispositifs dans le cadre de l’examen de leurs candidatures par l’intermédiaire de Parcoursup.
L’idée d’une anonymisation du lycée d’origine nous paraît intéressante puisqu’elle permettrait d’éviter à d’excellents établissements de faire leur marché d’abord et avant tout auprès d’établissements tout aussi cotés. Sans être tout à fait défavorables à ce point précis, nous émettons des réserves sur les reproches faits à la nouvelle plateforme de pérenniser les inégalités sociales et territoriales dans l’accès des étudiants aux études supérieures. Parcoursup a amélioré la transparence en publiant l’algorithme ainsi que les attendus de formation des établissements d’enseignement supérieur. La plateforme fournit également à ces derniers des instructions strictes quant à l’obligation de non-discrimination et d’égalité de traitement.
Les données de Parcoursup 2021 nous rappellent que près de 95 % des bacheliers, quel que soit leur établissement d’origine, accèdent à l’enseignement supérieur et que la mobilité progresse de manière générale, notamment chez les élèves boursiers. Ainsi, malgré la crise sanitaire, près de 22 % des bacheliers et près de 18 % des élèves boursiers ont accepté une proposition d’orientation hors de leur académie – des chiffres en hausse constante. Cela va dans le bon sens. On constate aussi de nets progrès dans l’accès à certaines formations d’excellence. Les écoles nationales vétérinaires et Sciences Po Paris affichent un taux d’élèves boursiers de 12 % et 13 % respectivement, en forte hausse par rapport aux années précédentes, avec une ouverture plus large aux lycéens de toutes les régions – une évolution à saluer.
Ainsi, pour le groupe Mouvement démocrate (MODEM) et démocrates apparentés, l’outil Parcoursup est loin d’être la cause du problème d’inégalité des chances dans l’accès à l’enseignement supérieur. Nous voterons donc contre cette proposition de loi.
(M. Brahim Hammouche applaudit.) La parole est à Mme Michèle Victory. Si le portail APB n’était pas satisfaisant, la plateforme Parcoursup ne l’est pas davantage et elle ne répond pas aux promesses de son cahier des charges. C’est le constat qui vous a amenée, madame la rapporteure, à nous présenter cette proposition de loi visant à atténuer les inégalités provoquées par la plateforme.
Dans leur rapport d’information sur l’évaluation de l’accès à l’enseignement supérieur, publié en juillet 2020, nos collègues Régis Juanico et Nathalie Sarles ont souligné que Parcoursup n’est qu’une plateforme d’affectation, dont le premier objectif est quantitatif, puisqu’il s’agit de faire accéder la plus grande proportion possible de candidats à l’enseignement supérieur, au détriment d’une approche plus qualitative. Or, vous l’avez dit, les inégalités sociales et territoriales pèsent lourd, tout au long du parcours scolaire et au moment de l’accès à l’enseignement supérieur, y compris dans les filières non sélectives. Les enfants d’ouvriers représentent 12 % de l’ensemble des étudiants, alors que les ouvriers représentent 21 % de la population active ; 67 % des enfants de cadres obtiennent un diplôme de l’enseignement supérieur au-delà de la licence, contre 16 % seulement des enfants d’ouvriers.
Ces chiffres doivent appeler à un sursaut. Les études supérieures ne peuvent pas être réservées aux seuls enfants des élites de notre pays. Nous partageons donc votre constat, madame la rapporteure : Parcoursup, s’il n’est pas à la racine des inégalités, contribue à les aggraver.
Tout d’abord, les modalités d’orientation n’assurent pas un égal accès de tous les lycéens aux informations permettant de faire un choix éclairé, comme le regrette la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH). En maintenant une certaine opacité sur les critères de sélection et les algorithmes, Parcoursup favorise les enfants des familles les mieux informées, très bien intégrées au système scolaire et sachant trouver l’information. Les procédures d’affectation sont anxiogènes pour 82 % des lycéens et perçues comme arbitraires par 61 % d’entre eux.
La Cour des comptes souligne que le lycée d’origine reste un critère de sélection pour 20 % des établissements d’enseignement supérieur, ce qui crée une discrimination selon le lieu de vie. Elle rappelle également que le manque de moyens consacrés à l’orientation des élèves et le non-respect du nombre d’heures dédiées à celle-ci ne permettent pas d’assurer le niveau d’information nécessaire pour garantir l’égalité d’accès à une formation supérieure. En outre, la plateforme met en exergue d’autres inégalités, celles relatives au parcours des lycéens. Lors de la première phase d’admission de l’année 2021, 65 % des lycéens inscrits dans un cursus général avaient reçu une réponse contre 43 % des lycéens des parcours technologiques et seulement 35 % des lycéens issus des lycées professionnels ; ils et elles apprécient !
La réforme du baccalauréat, avec l’introduction des enseignements de spécialité, a considérablement compliqué les choses. Elle oblige, plus que jamais, les élèves à faire les bons choix de spécialités en amont, c’est-à-dire dès la fin de la seconde, s’ils veulent intégrer la formation de leur choix, sans forcément connaître les critères de sélection. Là encore, le nouveau système favorise les élèves issus des familles les mieux informées, qui vont jusqu’à faire appel à des organismes privés pour bénéficier d’un accompagnement. Est-il normal que certains jeunes payent pour rédiger des lettres de motivation ?
Au-delà de ces défauts structurels, le problème de fond, c’est un enseignement supérieur incapable d’accueillir la totalité des candidats, toujours plus nombreux, dans les filières de leur choix. Comme le constate le président de la commission d’examen des vœux (CEV) Parcoursup de la licence de science politique de l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, Parcoursup visait simplement à rendre l’éviction d’une partie des candidats plus acceptable, en écartant l’injustice du tirage au sort, mais en continuant à ignorer le droit de chaque futur étudiant de choisir son orientation dans des conditions dignes de l’ambition de notre pays.
La Cour des comptes note que l’on n’a pas créé suffisamment de places supplémentaires dans les filières les plus demandées, par exemple en STAPS où au moins 100 postes devraient être débloqués pour répondre à l’urgence et plus de 1 000 pour envisager un véritable plan de rattrapage, ou en études de santé, déjà évoquées ce matin. Trop de filières en tension sont prêtes à craquer. La situation est particulièrement préoccupante pour les bacheliers professionnels et technologiques, qui se dirigent vers des filières exclusivement sélectives, marquées par un manque structurel de places. En huit ans, le nombre de bacheliers professionnels est passé de 120 000 à 180 000 environ, et seules 9 000 places supplémentaires ont été créées en première année de brevet de technicien supérieur (BTS). Il est nécessaire de sortir de la logique actuelle et d’abandonner un dispositif qui consiste seulement à gérer des listes d’attente, à partir d’un algorithme qui décide presque seul de l’orientation de chacun et qui abîme le sentiment de reconnaissance sociale en donnant à des milliers de jeunes l’impression de ne pas trouver leur juste place dans la société.
Je le redis : ce système, trop opaque, n’a rien réglé sur le fond des incroyables difficultés auxquelles est confrontée notre politique d’enseignement supérieur. Comme la réforme du bac qui, elle aussi, est loin de donner les résultats promis, Parcoursup montre ses limites. Nous souscrivons entièrement aux objectifs de votre proposition de loi, madame la rapporteure, et nous voterons un texte qui nous semble de nature à améliorer la plateforme Parcoursup et les parcours d’orientation et d’information des étudiants.
(Applaudissements sur les bancs des groupes SOC et GDR.) La parole est à Mme Agnès Firmin Le Bodo. L’égalité des chances fait partie des combats les plus importants que nous puissions mener, et que nous menons. Ce texte vise donc des objectifs louables et pleinement partagés par tous. Parce que les inégalités se forgent dès l’enfance, et non pas uniquement sur Parcoursup, comme le laisse entendre le titre de la proposition de loi, c’est sur l’enfance que doivent, en premier lieu, se concentrer les efforts. Donner plus de moyens à ceux qui en ont moins, telle est la boussole de nos politiques en la matière d’éducation. C’est ce que nous avons entrepris depuis 2017 : je pense bien sûr au dédoublement des classes de CP et CE1 dans les réseaux d’éducation prioritaire (REP), progressivement étendu aux grandes sections ; 330 000 élèves bénéficient désormais de cette mesure de justice sociale.
La loi pour une école de la confiance, que nous avons adoptée en 2019, s’attaque à la racine du problème en abaissant à 3 ans l’âge de l’instruction obligatoire et en étendant l’obligation de formation jusqu’à 18 ans. Lutter contre les inégalités scolaires, c’est aussi faire en sorte que l’école de demain soit plus inclusive : c’est pourquoi nous avons augmenté de plus de 10 % le nombre d’accompagnants pour les élèves en situation de handicap, et plus que doublé le nombre de classes adaptées aux enfants autistes. Dans ce cadre, le remplacement de la plateforme APB par Parcoursup a permis de renforcer l’information, la mobilité et la personnalisation des parcours étudiants. Surtout, il a enfin mis un terme au principe délétère et injuste du tirage au sort dans les filières en tension.
Des améliorations peuvent toujours être apportées, mais les solutions présentées dans cette proposition de loi sont en décalage avec les réalités du recrutement dans l’enseignement supérieur. Les mesures proposées sont à la fois satisfaites sur le fond et inopérantes sur la forme.
Satisfaites sur le fond, car la mobilité progresse d’une manière générale et les instructions données par Parcoursup aux formations s’agissant des obligations de non-discrimination et d’égalité de traitement sont strictes et très claires. Malgré la crise sanitaire, en 2021, 22 % des bacheliers ont accepté une proposition hors de leur académie d’obtention du baccalauréat – c’est deux points de plus qu’en 2020. Depuis la rentrée 2019, les étudiants boursiers bénéficient d’une aide à la mobilité de 500 euros.
Ils sont de plus en plus nombreux à accéder aux établissements prestigieux ou éloignés de chez eux, même si, nous sommes d’accord, il faut encore beaucoup progresser dans le domaine de la mobilité.
Les mesures du texte sont par ailleurs inopérantes de par leur caractère déclaratoire car il ne suffit pas d’énoncer le principe d’un accompagnement personnalisé des lycéens tout au long de la procédure pour y parvenir : il faut des actions concrètes, des droits réels et non pas formels, à l’image de ce qu’a fait notre majorité en prévoyant depuis 2018 deux professeurs principaux pour les classes de terminale et 54 heures annuelles d’accompagnement à l’orientation au lycée.
Il en va de même pour l’adaptation des capacités d’accueil des formations, qui doit, selon cette proposition de loi, se faire en fonction de la tension dans chaque filière : cet élément est déjà pris en compte par les recteurs, notamment dans la mise en œuvre du plan Étudiants, qui a permis de créer 70 000 nouvelles places dans l’enseignement supérieur depuis 2017.
Beaucoup a par ailleurs été fait pour le droit à l’information des lycéens. Ainsi, depuis 2019, les statistiques de recrutement par établissement et par académie sont publiées sur le site du ministère de l’enseignement supérieur, et, depuis 2020, Parcoursup indique aux lycéens les spécialités recommandées pour intégrer chaque formation.
Quant à anonymiser le lycée d’origine des postulants, cela rendrait impossible toute politique de répartition nationale et de mobilité territoriale, et tout programme de lutte en faveur de l’égalité des chances.
Pour toutes ces raisons, mes chers collègues, le groupe Agir ensemble votera contre cette proposition de loi.
La parole est à M. Yannick Favennec-Bécot. Alors que le nombre d’étudiants ne cesse d’augmenter dans nos universités et autres établissements de l’enseignement supérieur, le processus permettant aux jeunes de candidater pour suivre les études de leur choix est de plus en plus vécu comme un long parcours, semé de beaucoup d’embûches. Il faut dire que les obstacles sont en effet nombreux : certaines formations manquent de places pour accueillir tous ceux qui le souhaitent, d’autres se retrouvent être des choix de secours pour des élèves aux notes pourtant élevées, retardant ainsi la validation des places accordées. Cette complexité entraîne une incertitude angoissante pour de nombreux étudiants qui se retrouvent à attendre des semaines, voire des mois,… C’était pire avant ! …pour obtenir une réponse et savoir comment ils vont organiser le début de leur vie d’adulte.
Je tiens donc à vous remercier, madame la rapporteure, ainsi que nos collègues du groupe GDR, de mettre ce sujet sur la table lors de votre journée de niche parlementaire, car l’angoisse qui peut toucher les futurs étudiants concerne potentiellement tout de même chaque année plus de 700 000 jeunes et, à travers eux, 700 000 familles. Il est vrai que ce qui est frappant dans les répartitions par Parcoursup, c’est de voir à quel point les problèmes et les retards touchent bien souvent les élèves issus de filières professionnelles ou technologiques – mais aussi ceux ayant des résultats moins bons que les autres dans la même filière. Le récent rapport sur les chiffres de Parcoursup en 2021 est évocateur sur ce point. Je n’en citerai que quelques-uns : il a fallu attendre le 4 août pour que 90 % des bacheliers sans mention obtiennent une réponse, alors que cette proportion avait été atteinte dès le 17 juin pour les mentions « très bien », et, au 1er juillet, 79 % des bacheliers généraux avaient reçu une réponse, contre seulement 48 % des titulaires du baccalauréat professionnel.
Là est le problème. Ainsi, comme l’a souligné le site letudiant.fr dans un récent article, pour bien s’en sortir sur Parcoursup, il vaut mieux être un élève de filière générale avec de bonnes notes ! Il est évidemment important d’encourager les élèves à avoir les meilleurs résultats possibles qui leur ouvriront ensuite le plus de portes possibles, mais il est tout aussi important de permettre à chacun de trouver sa voie et de tenter de mener la vie qu’il entend, quels que soient ses moyens et son milieu social.
Bien que mon propos liminaire soit assez critique, je pense qu’il faut reconnaître, comme la Cour des comptes, que Parcoursup a fait suite au système admission postbac, très décrié en raison notamment de l’emploi du tirage au sort, et qu’il a permis, au moins dans un premier temps, de remettre de l’ordre mais aussi de donner des résultats satisfaisants pour une bonne partie des candidats.
Pour en venir au cœur de la proposition de loi, notons que la première mesure que vous proposez reprend une recommandation de la Cour des comptes dans le rapport susmentionné puisqu’elle prévoit l’anonymisation du lycée d’origine de l’élève. Vous ne reprenez pas pour autant pas la seconde partie de la recommandation de la Cour qui prévoit en contrepartie que soit aussi pris en compte l’écart entre les résultats aux épreuves du bac et la notation au contrôle continu. Si je comprends que cette dernière disposition relèverait plus de l’ordre du réglementaire, comme vous l’avez indiqué en commission, elle semble pourtant nécessaire pour garantir un certain équilibre à la mesure d’anonymisation.
Je souscris à votre demande d’une transparence accrue dans les critères retenus et pour les spécialités favorisées par les établissements – bien que l’on puisse ici aussi s’interroger sur la nécessité d’inscrire ces éléments dans la loi. Ce point soulève en tout cas la véritable iniquité qui se cache derrière Parcoursup, celle de l’inégal accès à l’information en fonction de l’établissement scolaire et de la qualité de l’accompagnement en matière d’orientation. Je rejoins, à cet égard, la réflexion qu’avait faite ma collègue Agnès Thill dans le cadre de sa mission flash menée avec Bertrand Bouyx sur les spécialités de la classe terminale : la disparition du groupe classe pose de nombreux problèmes, et le manque de psychologues au sein de l’éducation nationale, éléments clés de l’orientation des élèves, se fait aussi terriblement sentir. L’orientation est pourtant déterminante pour garantir une meilleure égalité des chances pour chaque jeune ; elle est aussi un point essentiel pour bien accompagner, dès le plus jeune âge, les envies diverses de nos enfants, et lutter ainsi contre certains préjugés qui conduisent à orienter les filles et les garçons vers des domaines qui leur seraient spécifiques.
Enfin, à l’heure où l’on parle beaucoup de réindustrialisation, nous ne devons pas considérer les filières techniques comme des filières qui devraient être moins valorisées ou moins bien traitées, tant elles constituent une manne de travailleurs qualifiés importante.
Aussi, si le groupe UDI et indépendants souscrit aux ambitions du texte, il lui semble que les cartes sont surtout entre les mains du ministère de l’éducation nationale et que nous tournons autour du vrai problème que constitue l’orientation dans le secondaire. C’est la raison pour laquelle notre groupe s’abstiendra sur cette proposition de loi.
La parole est à M. Michel Castellani. Notre pays souffre d’une reproduction sociale des inégalités qui fait mentir la promesse républicaine et remet en cause l’idéal de méritocratie. Or nous le savons : la lutte contre les inégalités sociales et territoriales commence par la lutte contre les inégalités scolaires. Et toutes les enquêtes démontrent l’incapacité de notre pays à les réduire. Elles débutent dès le plus jeune âge et se confirment, se cristallisent, lors de l’accès à l’enseignement supérieur.
Depuis la crise sanitaire, les confinements à répétition, la fermeture des écoles et la mise en place d’un enseignement à distance, ces disparités scolaires se sont encore creusées. Dans le parcours du combattant que peut représenter l’accès aux études supérieures, la clé réside en premier lieu dans l’accès à l’information, mais les lycéens sont inégalement armés pour appréhender la documentation mise à disposition par une grande diversité d’acteurs. Nous voulons à nouveau souligner les faiblesses de notre modèle d’orientation, notamment en direction de ceux qui ne peuvent compter sur l’accompagnement de leur entourage, beaucoup d’entre eux devant se débrouiller seuls.
Dans le cadre de la réforme du baccalauréat et de la suppression des filières traditionnelles, l’accent devait pourtant être mis sur l’accompagnement des élèves ; mais celui-ci n’est pas suffisant et demeure très inégal selon les établissements, une fois de plus au détriment des élèves les plus défavorisés. La Cour des comptes estime ainsi que la mise en place d’un second professeur principal en classe de terminale, l’instauration de deux « semaines de l’orientation » et d’un créneau de cinquante-quatre heures annuelles d’accompagnement pour chaque classe de lycée restent insuffisantes et, de surcroît, inégalement appliquées.
Aussi la proposition de loi prévoit-elle de renforcer l’accès à l’information et d’améliorer l’accompagnement des élèves : le Libertés et territoires ne peut qu’y souscrire. Même si Parcoursup ne saurait être pointé comme le responsable de tous les maux de notre enseignement supérieur, reconnaissons l’existence de biais, régulièrement dénoncés, dans le système d’orientation et de sélection des élèves, biais qui éloignent certains publics de l’enseignement supérieur. L’égalité des chances ne pourra être une réalité qu’à condition que chacun ait connaissance des règles qui s’appliquent. Le préalable à la réussite de Parcoursup réside donc dans la mise en œuvre d’une procédure plus transparente.
Nous sommes tous d’accord pour dire que l’ancienne plateforme admission postbac était très loin d’être satisfaisante, mais reconnaissons certains défauts à la plateforme actuelle. Les lycéens eux-mêmes considèrent cette procédure très stressante et parfois injuste. Les bons résultats de Parcoursup au niveau quantitatif ne doivent pas nous faire oublier les améliorations possibles au niveau qualitatif, car beaucoup d’étudiants se retrouvent dans des voies qui ne leur correspondent nullement. Il faut en finir avec le Parcoursup du combattant !
Ainsi, la Cour des comptes estime que 20 % des établissements d’enseignement supérieur s’appuient sur le lycée d’origine pour effectuer le classement des candidats, alors que cela ne devrait pas être un critère de sélection. Nous approuvons donc les dispositions visant à rendre anonyme le lycée d’origine, et à communiquer sur les critères, sur les algorithmes ainsi que sur les spécialités requises pour intégrer les formations.
Enfin, et je terminerai sur ce point car il est sans doute le plus important, la cause de ce processus de sélection discriminant et opaque, source de ces inégalités, s’explique en grande partie par des capacités d’accueil insuffisantes dans certaines filières. Nous l’avons dit lors de l’examen du budget : le financement de places pour les nouveaux étudiants ne couvre pas l’augmentation des effectifs. La Cour des comptes alerte sur l’augmentation du taux de pression des filières sélectives et non sélectives – c’est notamment le cas des filières professionnelles, alors même que le quinquennat a été l’occasion d’encourager les bacs professionnels.
Aussi souscrivons-nous aux dispositions de la proposition de loi relative aux formations en tension même si, sur ces sujets, la question relève en premier lieu d’une capacité financière à faire face aux besoins. Notre inquiétude est d’autant plus grande que la ministre de l’enseignement supérieur envisage une réforme de la sélection en master sur le même modèle que Parcoursup. Attention de ne pas reproduire les mêmes carences alors que, chaque année, de très nombreux étudiants, après avoir validé leur licence, sont forcés d’arrêter leurs études.
Madame la ministre, chers collègues, nos marges de manœuvre pour améliorer les procédures d’orientation et pour lutter contre les inégalités scolaires demeurent importantes. Cette proposition de loi, que le groupe Libertés et territoires soutient, ne prétend pas y répondre entièrement, mais soulève des pistes intéressantes pour résoudre certains écueils de Parcoursup.
(M. Moetai Brotherson applaudit.) La parole est à Mme Sabine Rubin. C’est sans doute la dernière occasion, en cette fin de législature, de discuter au sein de cet hémicycle de l’une des réformes les plus controversées de ce gouvernement : Parcoursup. En préambule, je tenais donc à remercier nos camarades GDR pour cette proposition de loi, dont nous partageons largement les aspirations.
Mais de quoi Parcoursup est-il le nom ? Formellement, celui d’une plateforme numérique mise en place en septembre 2018 et permettant aux lycéens de formuler des vœux pour leur accession aux études supérieures. Plus prosaïquement, et pour reprendre ici le terme de l’exposé des motifs, il s’agit d’une véritable « machine » à trier, à sélectionner et à encourager la compétition entre les établissements et les élèves.
Eh oui ! C’est sous un fallacieux prétexte que fut décidée cette plateforme : celui de la mise sous tension des filières. Cette majorité a alors fait le choix délibéré d’entériner la sélection dans nos universités. L’argument, répété ad nauseam , fut alors de ne plus avoir à tirer au sort les élèves – méthode certes injuste –, mais aussi de mieux aider à la réussite de tous les étudiants par une meilleure orientation. Eh bien oui. Mais Parcoursup a-t-il rempli ses objectifs ? Eh bien oui ! Permettez-moi d’abord d’en dresser un bilan. J’écarterai au préalable la grossière propagande du ministère, qui prétendait en septembre ne comptabiliser que 239 élèves sans solution, ne retenant que ceux qui, sans affectation, ont maintenu leur recours devant les CAES, les commissions d’accès à l’enseignement supérieur. Soyons sérieux : en 2019, sur les 570 000 bacheliers ayant formulé un vœu sur la plateforme, 92,5 % d’entre eux avaient reçu une proposition d’admission. Ce sont donc plus de 42 000 lycéens qui auront été laissés sur le carreau, une moitié recevant des réponses négatives, l’autre ayant abandonné. Et l’on dénombrait plus de 148 000 candidats en réorientation, dont 17 % sans proposition.
Aurait-il fallu du temps pour que nos jeunes apprivoisent cette nouvelle plateforme ? Hélas, les chiffres ne sont guère meilleurs s’agissant de l’année 2020 : pour ne prendre que l’exemple de Paris 8, au sein de filières dites non sélectives, comme la licence informatique, 1 991 vœux ont été confirmés pour seulement 70 places. Un véritable chemin de croix, c’est le cas de le dire : beaucoup d’appelés mais peu d’élus ! Et la dernière rentrée confirme cette tendance. En outre, 82 % des lycéens jugent la plateforme stressante et 61 % l’estiment injuste. Parcoursup n’est donc pas un franc succès, de quelque point de vue que ce soit.
Certes, cette proposition de loi ne prétend pas résoudre l’ensemble des problèmes qui désagrègent l’enseignement supérieur mais, comme son intitulé l’indique, elle entend, modestement mais avec sérieux, en atténuer les effets délétères. Elle le fait tout d’abord en assurant a minima la transparence de la procédure avec l’obligation de communication des critères et des algorithmes, pour ne pas laisser les seuls « sachants » préempter des cursus qui sont autant de sésames ; ensuite, en anonymisant le lycée d’origine des bacheliers pour éviter que l’assignation géographique soit synonyme d’assignation sociale ; en tenant compte également du taux de pression exercé sur chaque formation ; en renforçant, enfin, l’aide à l’orientation des élèves et leur accès à l’information : en effet, savoir, c’est pouvoir. Mais hélas, votre gouvernement a supprimé le service public de l’orientation, et les cinquante-quatre heures annuellement consacrées à l’orientation au lycée sont largement insuffisantes en terminale.
On ne pourra pas éviter la question des moyens alloués à l’enseignement supérieur et à la recherche : avec 20 % d’étudiants en plus sur la période 2008-2018 et une hausse d’à peine 10 %, faire mieux avec moins, c’est résoudre la quadrature du cercle. Il faut également parler du manque d’encadrement, à côté de l’ouverture de places. Cette augmentation significative du budget, vous nous la refusez encore, alors que l’on s’apprête à voter le dernier projet de loi de finances.
Si cette proposition de loi se présente comme un premier pas, raison pour laquelle nous la voterons, on ne pourra faire l’économie d’abroger complètement Parcoursup et d’investir fortement dans le supérieur, comme d’ailleurs dans l’ensemble du système éducatif, pour en finir véritablement avec cette reproduction sociale que nous connaissons dans nos écoles, depuis la maternelle jusque dans les universités.
(Applaudissements sur les bancs du groupe FI et sur plusieurs bancs du groupe GDR.) La discussion générale est close.
La parole est à Mme la rapporteure.
Je souhaite apporter quelques éléments de réponse. Mme la ministre m’a accusée de manquer de cohérence. Je vous rassure, l’absence de colonne vertébrale n’est pas de mon côté. (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes GDR et FI.) Ce que j’ai dit lors du dîner républicain, et je le redis, c’est que personne ne regrette APB. Là-dessus nous sommes d’accord, et je l’ai dit aussi en commission. Notre proposition de loi n’entend pas supprimer Parcoursup. Ne sachant si vous l’avez lue, je vous donnerai donc le rapport, c’est un petit cadeau de Noël. (Nouveaux applaudissements sur plusieurs bancs des groupes GDR et FI.) Oh là là ! Eh oui, la rapporteure a raison ! Un peu de respect ! S’agissant de la transparence, le rapporteur public du Conseil d’État, dans ses conclusions, citées page 9 du rapport, ne dit pas autre chose : « On peut penser que cela n’est guère satisfaisant pour les intéressés, qu’il y a même ici un habile procédé d’escamotage. Et cela, combiné au caractère ex post des informations communiquées, appelle sans doute une réflexion et une intervention du législateur pour que le droit d’accès aux éléments qui pourront la fonder, concrètement aux critères de classement des candidatures, puisse s’exercer préalablement à la décision administrative prise sur la candidature et non postérieurement à elle. Comme le dispositif actuel, cette obligation de transparence préalable pourrait ne bénéficier qu’aux candidats, à l’exclusion des tiers. Mais c’est au législateur qu’il revient de se prononcer sur tous ces points. »
Vous parliez du nombre de places créées. Le problème, c’est que ce nombre n’est pas en adéquation avec les filières en tension, et je suis sceptique sur l’efficacité de toute création de places dans des filières qui ne sont pas en tension.
Mme Brugnera m’a de nouveau interrogée sur les critères de l’année en cours. J’ai apporté une réponse en commission mais, comme la pédagogie est affaire de répétition,…
C’est une enseignante qui parle ! …je cite exactement ce que j’avais dit : « Cela ne signifie pas pour autant que nous souhaitons revenir sur le principe du respect du secret des délibérations des jurys : l’obligation de communication ex ante des modalités de sélection, notamment au moyen de traitements automatisés, n’a pas vocation à figer les délibérations des membres des CEV, qui pourront toujours procéder à des classements des candidatures "à la main", en se fondant, entre autres, sur des éléments du dossier non résumables par un indicateur chiffré, comme les lettres de motivation. Ainsi, le dispositif envisagé propose de maintenir la faculté, pour tout candidat, de réclamer la communication des motifs pédagogiques ayant fondé la décision prise sur sa candidature après réception de celle-ci. Ce maintien est introduit par voie d’amendement. »
S’agissant des enseignements de spécialités, nos amendements visent à substituer au terme « indispensables » celui de « conseillés ». Vous avez déjà annoncé vouloir voter contre ces amendements. C’est là un véritable manque de cohérence puisque vous dénoncez, dans notre texte, le mot « indispensables » et proposez vous-mêmes de le remplacer par « conseillés ». Mais vous décidez quand même de voter contre nos amendements déposés à cette fin !
En vous écoutant, je constate que nous avons un dialogue de sourds. Je reste sceptique quant à la bonne foi des députés du groupe La République en marche. Je le redis, les lycéens, les étudiants, les parents, qui ont exprimé des réserves sur la plateforme Parcoursup, nous regardent, et je pense que nous leur devons des réponses.
(Applaudissements sur les bancs des groupes GDR et FI.) Exactement ! La parole est à Mme la ministre. Madame la rapporteure, dans l’exposé des motifs de la proposition de loi il est bien écrit : « Parcoursup doit être supprimée. » C’est à quoi j’ai fait référence. Non, ce n’est pas dans le texte : l’exposé des motifs et le texte même de la proposition de loi, ce sont deux choses différentes. Même sans le bac on peut le comprendre ! S’agissant du chiffre de 82 % de procédures stressantes pour Parcoursup, il me semble assez normal, l’année où l’on passe son baccalauréat – en tout cas c’est le souvenir que j’en ai – d’être légèrement stressé. Oui, 82 % trouvent que la procédure a été stressante ; pourquoi ne pas mentionner les 74 % qui trouvent que la plateforme est claire, les 73 % qui estiment qu’elle a facilité leur accès à l’enseignement supérieur, les 66 % qui considèrent qu’elle a facilité leur orientation, les 88 % qui disent qu’elle les a aidés à trouver sur un site unique l’ensemble des formations, les 88 % qui disent avoir apprécié la liberté de choix, ou encore les 84 % qui trouvent que les indications sur la plateforme sont claires ? (Protestations sur quelques bancs du groupe GDR.) Et que fait-on de tous les autres ? Quand on cite des statistiques, il est important de citer l’ensemble de l’enquête qui en fait état. Ce ne sont pas des statistiques mais des sondages ! Les critères sont communiqués. On a beaucoup entendu le contraire, donc je vous invite vraiment à aller voir : les critères généraux sont fixés et les critères spécifiques déduits des critères généraux sont précisés pour chaque formation. Pourquoi cela n’a-t-il pas beaucoup de sens de fixer les critères à l’avance ? Parce que, vous le savez si vous avez déjà participé à un jury d’admission – et je suis sûre que c’est arrivé à certains d’entre vous –, il est très compliqué, avant de connaître les dossiers, de fixer les critères qui permettront in fine de les départager. Les critères généraux sont évidemment importants. Nous rappelons que toute discrimination est interdite. Comme les contrôles au faciès, qui sont eux aussi interdits ! Il est important aussi que je rappelle, si vous ne souhaitez pas le faire, la confiance absolue que j’ai dans les équipes des enseignants-chercheurs qui prennent en charge ces dossiers et se les approprient pour les traiter comme je viens de l’indiquer. Attention, il y a peut-être des islamo-gauchistes parmi eux ! Vous ne voulez pas réintroduire le tirage au sort mais souhaitez supprimer Parcoursup. En réalité, vous entendez donc revenir à l’époque des files d’attente, où le jeune se rendait à quatre heures du matin devant un établissement en espérant que, au moment où il arriverait devant le guichet d’inscription, il y aurait encore des places dans cet établissement. Vous n’avez pas lu la proposition de loi, c’est impressionnant ! Nous avons présenté des propositions précises ! Être ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche et ne pas être capable d’écouter, c’est incroyable !
J’appelle maintenant les articles de la proposition de loi dans le texte dont l’Assemblée a été saisie initialement, puisque la commission n’a pas adopté de texte.
La parole est à Mme Sabine Rubin. Au moment où l’on parle de Parcoursup, de la sélection, du manque de places et de moyens, je ne peux me taire sur la situation de l’université Paris-Nanterre, où des étudiants sans fac sont victimes de votre politique de sélection, que va d’ailleurs aggraver la mise en place d’un Parcoursup pour les masters, et où, en même temps, la présidence est soumise à votre austérité budgétaire. Votre gouvernement, qui aime tant les « en même temps », devrait pouvoir répondre tant aux revendications légitimes des étudiants – car étudier n’est pas un privilège mais un droit – qu’à l’épuisement des équipes pédagogiques qui ont prétendument toute votre confiance, mais que vous entraînez pourtant dans votre spirale du « faire toujours plus avec toujours moins ».
L’université Paris-Nanterre souffre d’un des plus bas taux d’encadrement, selon son président. Mes collègues Elsa Faucillon, Régis Juanico et moi-même vous avons interpellée par écrit à ce sujet. Au regard de la tension qui s’amplifie, je souhaite que vous vous engagiez à nous recevoir le plus rapidement possible.
Voilà les effets de Parcoursup et de votre politique budgétaire.
(Applaudissements sur les bancs du groupe FI et sur plusieurs bancs du groupe GDR.) La parole est à Mme Lamia El Aaraje. Je souhaite réagir au discours tenu par la ministre, car j’ai le sentiment que nous ne vivons pas dans le même monde. Vous avez raison, madame la ministre, les statistiques doivent être exhaustives et il faut les regarder dans leur globalité. J’opposerai donc deux autres chiffres à la logorrhée que vous nous avez envoyée à la figure : 82 % des lycéens, selon un sondage réalisé par votre propre ministère – il me semble que c’est toujours votre ministère –, jugent la plateforme stressante, et 61 % estiment qu’elle n’est pas juste et ne traite pas tous les candidats de la même manière.
Peut-être trouverez-vous plus étayé l’avis de la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH), qui me semble être une organisation émettant des avis plutôt clairs et impartiaux : « Du fait de leur opacité », écrit-elle, « les procédures d’affectation dans le processus d’utilisation de Parcoursup sont anxiogènes et sont perçues comme arbitraires. Le manque de transparence qui entoure ces règles de classement nuit à l’efficacité et à l’équité de la procédure […] » La Cour des comptes, organisme impartial – du moins je le crois –, assure quant à elle que « malgré un nombre significatif de nouvelles places créées, le taux de pression des filières sélectives et non sélectives a augmenté entre 2018 et 2019 ». Il n’y a pas que nous qui le disons.
En tant que députés, nous avons l’occasion de rencontrer un grand nombre de citoyens, qui nous font état d’interrogations, d’incompréhension, de stress, alors entendre de la bouche de la ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche que ce n’est pas grave d’avoir un peu de stress en terminale parce que c’est l’année du baccalauréat, je trouve cela particulièrement choquant et insultant.
Ce n’est pas ce que j’ai dit ! Quand je vois le traitement que vous réservez à nos jeunes, je suis effarée et j’espère qu’ils sauront s’en souvenir. (Applaudissements sur les bancs du groupe GDR. – M. Ugo Bernalicis applaudit également.) La parole est à Mme Anne Brugnera. Je souhaite prendre la parole au sujet du stress des étudiants, en rappelant tout d’abord ce qu’était APB, car visiblement certains l’ont oublié, et même ce qu’il y avait avant ce portail. Le stress des étudiants ne date pas d’aujourd’hui. Nous n’avons pas dit le contraire ! Le stress des bacheliers est ancien, il tient d’abord à l’épreuve du bac et, ensuite, à la procédure d’obtention de la formation de leur choix.
Parcoursup permet d’accéder à 19 500 formations par un seul outil et un seul calendrier, ce qui est une source très importante de simplification. Il donne toutes les informations nécessaires. L’ampleur de ces informations peut faire peur à certains jeunes, mais ils sont accompagnés par leurs professeurs.
Tous les jeunes, bien sûr, n’obtiennent pas ce qu’ils voulaient le plus. Je rappelle tout de même que, dans Parcoursup, les vœux ne sont pas hiérarchisés, ce qui est d’ailleurs une forte demande des lycéens, qui veulent pouvoir mûrir leur projet et en décider après avoir eu le bac, au dernier moment.
Reste bien sûr le sujet du stress, qui est généré par le fait d’avoir des choix à faire – on comprend que ce soit stressant – et surtout par l’attente de réponses, ce qui est lié au fonctionnement des listes d’attente. Un tel stress est inhérent à tous les choix que l’on a à faire dans sa vie ; les lycéens l’apprennent à ce moment-là. Il pourrait toutefois être diminué par la poursuite de l’amélioration du calendrier, et notamment du calendrier des listes d’attente – je tiens d’ailleurs à souligner à quel point cela a déjà été beaucoup amélioré depuis la création de Parcoursup. Il faut également encourager une communication bienveillante sur le droit à l’erreur, le droit à la réorientation et les passerelles qui existent entre les formations, autant de chose dont on ne parle pas assez. Il faudrait donc communiquer davantage auprès des jeunes et, bien sûr, auprès de leurs parents, qui sont tout aussi stressés et qui ajoutent certainement du stress à leurs enfants.
La parole est à M. Stéphane Peu. Madame la ministre, avant d’entamer l’examen des amendements à l’article 1er, je voulais vous faire part d’une réaction. Tout à l’heure, vous avez parlé de la Seine-Saint-Denis, territoire dont vous savez qu’il me tient à cœur. À moi aussi ! Le hasard du calendrier fait que j’ai rencontré hier soir des parents d’élèves et des lycéens du lycée Paul Éluard à Saint-Denis, à leur invitation. Ils m’ont expliqué la façon lamentable dans laquelle se déroule leur scolarité – professeurs non remplacés, assistantes sociales, infirmières absentes, etc. Au-delà, ils m’ont aussi fait état de leurs inquiétudes quant à ce qu’ils ont vécu avec la réforme du bac et avec Parcoursup, car les deux sont liés. Et en liant les deux, vous avez aggravé la discrimination à l’encontre des lycées et des jeunes des quartiers populaires.
Le résultat, c’est que le bac – qui était un examen national avec, à chaque coin de France, du moindre petit village jusqu’au quartier populaire d’une grande ville en passant par les petites bourgades, le même examen pour tout le monde – en est réduit à une série d’examens potentiellement différents d’un lycée à l’autre, donc potentiellement perçus comme ayant une valeur différente ici ou là. Parcoursup a renforcé la sélection. Avec Parcoursup, dites-vous, le nombre d’étudiants originaires de Seine-Saint-Denis qui vont dans les universités parisiennes a augmenté de 5 %. Ces propos me choquent.
Je n’ai pas dit ça ! Si, c’est ce que vous avez dit ! C’est choquant ! Vous le regrettez peut-être, mais vous l’avez dit. C’est choquant et méprisant pour les jeunes de la Seine-Saint-Denis. Il n’est pas question d’autoriser quelques-uns à sortir de leur réserve indienne pour étudier dans les universités parisiennes. Je suis député de la Seine-Saint-Denis, où sont implantées deux grandes universités – Paris 8 et Paris 13. La question est la suivante : Parcoursup a-t-il permis à plus d’enfants de la Seine-Saint-Denis d’accéder à l’enseignement supérieur ? La réponse est non ! (Applaudissements sur les bancs des groupes GDR, SOC et FI.) Et les quotas de boursiers ? En renforçant la sélection, Parcoursup a mis plus d’enfants des quartiers populaires sur le banc de touche que ne le faisaient les dispositifs précédents ! Ce que vous dites n’est pas vrai ! La manipulation des chiffres ! Nous en venons aux amendements.
La parole est à Mme la rapporteure, pour soutenir l’amendement no 1.
Il s’agit d’une nouvelle rédaction de l’alinéa 3, relatif à l’anonymisation, sans préjudice des mécanismes de promotion de l’égalité des chances. Nous proposons une rédaction plus opérationnelle du dispositif d’anonymisation du lycée d’origine dans la plateforme Parcoursup, afin d’éviter que ce critère soit utilisé à des fins discriminatoires et de reproduction des inégalités sociales, et de contribuer au mouvement d’harmonisation des pratiques de notation entre les différents établissements.
L’amendement précise également que cette anonymisation ne remettrait pas en cause les dispositifs visant à promouvoir l’égalité des chances, principe auquel nous sommes très attachés – comme beaucoup d’entre nous j’imagine. Au nom des lycéens, des étudiants et des parents, je vous encourage à faire preuve d’ouverture.
(Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe GDR.) Excellente proposition ! Quel est l’avis du Gouvernement ? Quel enthousiasme sur tous les bancs ! (Sourires.) Vous l’avez compris : le Gouvernement ne souhaite pas l’adoption du texte. En effet, on l’avait compris ! On vous propose de l’améliorer ! Vous l’avez dit vous-même, madame la rapporteure : en réalité, ce texte une attaque frontale contre la politique que la majorité mène depuis 2017 en matière d’orientation et d’accès à l’enseignement supérieur. Il est très important de rappeler que tout ce qui a été fait – mise en place de quotas de boursiers et pour les bacs professionnels et les bacs technologiques pour suivre un BTS ou entrer dans un IUT – vise à ce que chaque jeune, où qu’il soit sur le territoire, ait plus de chance d’accéder à ses choix. Tout à fait ! Je ne dis pas que c’est mieux ou que c’est moins bien. Simplement, plutôt que de séparer les académies de Paris, de Versailles et de Créteil, traiter toute l’Île-de-France comme une seule académie a permis à plus de jeunes d’aller étudier dans l’établissement qu’ils avaient choisi. Ce n’est pas vrai ! Pour moi, c’est absolument essentiel. Ceux qui souhaitaient… Vous mentez ! C’est la réalité ! C’est bien la réalité, en effet, les chiffres le montrent. Plus de jeunes de Seine-Saint-Denis – pas moins – ont accédé à l’enseignement supérieur depuis que la plateforme a été mise en place,… Non, c’est faux ! Vous mentez ! …et ils sont accompagnés. Tous les chiffres sont disponibles, et ce ne sont pas ceux de la ministre : ils viennent des services qui gèrent Parcoursup, des rectorats… Lesquels sont indépendants et pas sous votre tutelle, évidemment ! Ce sont les chiffres des professeurs du secondaire, qui passent une grande partie de leur été avec les professeurs du supérieur pour faire des propositions à l’ensemble des jeunes. Une fois de plus, je tiens à dire que les commissions d’accès à l’enseignement supérieur, qui réunissent des conseillers d’orientation, des professeurs du secondaire et du supérieur, des recteurs et des psychologues de l’éducation nationale, font un travail exceptionnel auprès des jeunes. En leur téléphonant et en leur demandant de mieux définir leur projet, ils leur permettent de trouver une formation qui correspond à leur choix. C’est absolument essentiel.
S’il y a une chose sur laquelle j’espère que nous pourrons nous rejoindre, c’est l’importance du travail d’accompagnement de l’ensemble des enseignants du secondaire comme du supérieur, pour favoriser l’accès à l’enseignement supérieur. Il faut vraiment comprendre qu’en première année de licence, 10 % des étudiants – presque 20 000 – ont des cours adaptés pour leur permettre de réussir, des travaux dirigés en plus, et un accompagnement par des tuteurs. Voilà ce qui nous permet de faire progresser le nombre d’étudiants de première année qui passent en deuxième année.
Comment peut-on se satisfaire collectivement d’avoir trouvé, en 2017, moins de 40 % des jeunes inscrits en première année qui passaient en deuxième année ? C’est le sens de l’investissement de plus de 1 milliard d’euros que le Gouvernement a fait dans le premier cycle universitaire pour accompagner les étudiants vers la réussite. Pour moi, démocratiser…
Ce n’est pas sélectionner ! …ce n’est pas donner une carte d’étudiant aux jeunes en les laissant se débrouiller. C’est donner les moyens aux établissements de faire ce que nous avons mis en place, c’est-à-dire d’offrir un accompagnement personnalisé.
Il y a tout de même un minimum de logique : je ne pense pas qu’un président d’université ou un recteur demande des créations de places dans des filières où il n’y a pas de demande. Toutes les places créées le sont, je puis vous l’assurer, dans des filières en tension.
(Protestations sur quelques bancs du groupe GDR.) Vous imaginez bien que les responsables des établissements ne font pas de demandes farfelues, ils en formulent là où se fait sentir une pression supplémentaire. Expliquez-moi : quelle logique y aurait-il à ajouter 1 milliard de financement pour les universités si notre but était de restreindre l’accès à l’enseignement supérieur ? Oh ! La parole est à Mme Sabine Rubin. Un abondement de 1 milliard, c’est largement insuffisant au regard de l’augmentation du nombre d’étudiants.
Je salue effectivement l’implication des enseignants du secondaire, voire du supérieur, pour accompagner les étudiants. Ils le font beaucoup, et ils le font en plus de leur travail. C’est ce qu’on appelle le « toujours plus », avec toujours moins de moyens. Voilà ce que nous regrettons. Ils le font en lieu et place des centres d’information et d’orientation (CIO), des conseillers d’orientation que vous avez carrément liquidés – c’est tout un système que vous avez liquidé.
(M. Ugo Bernalicis applaudit.) Ces personnels, dont c’était le métier, il n’y en a plus. Je ne vois pas comment un professeur de maths, même principal, pourrait connaître toutes les filières et toutes les spécificités qu’il faut suivre pour rentrer dans telle ou telle filière. On a même vu apparaître des coachs privés ! D’un coup, on a vu pulluler des publicités faisant la promotion des coachs privés pour savoir comment s’orienter dans le méandre de Parcoursup et des spécialités. Voilà la réalité. Et je salue le travail des enseignants. Moi aussi ! En attendant, vous ne m’avez toujours pas répondu à propos de Nanterre ; car, je le répète, je salue aussi le travail des enseignants que vous mettez sous pression. (Applaudissements sur les bancs du groupe FI. – Mme Marie-George Buffet applaudit également.) La parole est à M. Jean-Paul Lecoq. Madame la ministre, je pense que vous n’avez pas la prétention de détenir la vérité à vous seule. Non ! Démonstration a été faite, et explication nous a été donnée, dans les universités, par les associations d’étudiants et les présidents d’université, que Parcoursup méritait pour le moins quelques corrections, rectifications, adaptations et améliorations. Dans ce texte de loi, nous vous proposons des améliorations de Parcoursup. Jusqu’à preuve du contraire, l’anonymat concernant le lycée d’origine ne me semble pas mettre en péril le fonctionnement de Parcoursup, mais vous le refusez… Oui ! …au prétexte – au moins, vous le dites clairement, cela a l’avantage d’être clair – que vous êtes contre la proposition de loi. Vous pourriez néanmoins considérer que le texte contient des dispositifs issus des remontées du terrain – on vous en a même peut-être fait part. Nous vous proposons de les reconnaître et de les mettre immédiatement en œuvre en les adoptant. Ce qui ne vous convient pas, vous le rejetterez – vous avez une majorité pour cela ; mais, plutôt que de tout rejeter en bloc en considérant que le texte est complètement inadapté, il y a peut-être des mesures qui méritent d’être adoptées.
Ce n’est pas nous qui faisons la démonstration, c’est le terrain. Ce n’est peut-être pas toute la France. Notre groupe ne comprend qu’une quinzaine de députés ; nous n’avons pas la prétention de représenter l’ensemble du territoire français,…
Nous non plus ! …mais nous représentons une formation politique qui, elle, est présente sur l’ensemble du territoire français et qui est au contact des différents acteurs. Encore récemment, avec le Mouvement jeunes communistes de France, nous avons fait le point et constaté que la proposition de loi correspond exactement aux attentes des étudiants, des professeurs et des présidents d’université quant à une amélioration du dispositif. Nous vous disons que Parcoursup n’est pas le dispositif idéal pour entrer à l’université, et il l’est encore moins pour les masters et les autres formations. Saisissez la balle au bond afin, à tout le moins, de l’améliorer, comme nous vous y invitons – et si vous ne voulez pas l’améliorer, afin de le supprimer. La parole est à Mme la rapporteure. Concernant l’anonymisation, je rappelle qu’un établissement sur cinq se servirait du critère du lycée d’origine. C’est tout de même quelque chose qui doit nous interpeller. Nous saluons, nous aussi, le travail des professionnels. Le problème, c’est qu’ils ne sont pas toujours formés. Un psychologue de l’éducation nationale pour 1 500 élèves : on peut quand même convenir qu’on n’est pas dans de l’accompagnement personnalisé !
Madame la ministre, vous avez demandé comment concilier l’anonymisation et les cordées de la réussite. C’est précisément l’objet de l’amendement que de tenir compte des processus de discrimination positive ; il suffit donc de l’adopter. Je veux vous faire part, chers collègues, des propos de Mme la ministre – car je les ai bien entendus –, qui a justifié son refus en disant qu’il ne fallait pas chercher à « faire le buzz ». Je ne sais pas si tel était le cas ; nous avons cherché à améliorer Parcoursup mais, visiblement, ce n’est pas l’objectif du Gouvernement.
(Applaudissements sur plusieurs bancs des groupe GDR et FI. – Mme Lamia El Aaraje applaudit également.) La parole est à Mme Anne-Christine Lang. Je voudrais d’abord saluer les très nombreuses améliorations qui ont été apportées à Parcoursup depuis sa création. Vous l’avez rappelé, madame la ministre, les progrès dans l’accompagnement des bacheliers dans leurs choix d’orientation sont réels, et l’accès à certaines filières très sélectives a été démocratisé. Mais non ! Néanmoins, depuis l’ouverture de la plateforme, et à chacun des points d’étape réalisés depuis, des voix se sont opposées à la mention du lycée d’origine dans la procédure, au motif que le risque de discrimination à l’égard des lycéens issus d’établissements défavorisés ou situés en zone rurale était élevé, alors même que ces élèves n’ont pas choisi leur lycée de secteur. Ça, par contre, c’est juste. Si la mention du lycée d’origine est maintenue, comment peut-on sérieusement considérer qu’un élève venant d’un lycée défavorisé a les mêmes chances que celui qui vient d’un lycée de centre-ville qui jouit d’une excellente réputation ? (Applaudissements sur les bancs des groupes FI et GDR.) La pondération du lycée d’origine sur la base de critères plus ou moins aléatoires, comme la réputation, pose un vrai problème d’équité sociale.
Mentionner le lycée d’origine de ces élèves, c’est comme l’adresse sur le CV : cela revient à les assigner à résidence.
(Applaudissements sur les bancs des groupes FI et GDR.) On ne peut pas approuver une telle discrimination.
On nous parle des procédures d’ouverture sociale, notamment des cordées de la réussite. Sans doute peuvent-elles être intégrées à la procédure : techniquement, la question me paraît soluble. En ce qui concerne l’hétérogénéité des notes entre les différents établissements, c’est une question sans doute réelle, mais une objectivation me semble possible : une commission pourrait s’emparer de cette question pour examiner les différences de notation. Là encore, je crois cette question soluble.
En tout état de cause, je voterai cet amendement.
(Applaudissements sur les bancs des groupes SOC et GDR.)
(L’amendement no 1 n’est pas adopté.) La parole est à Mme Sabine Rubin, pour soutenir l’amendement no 10. Nous retirons l’amendement, puisque l’amendement no 1 avait un objet similaire.
(L’amendement no 10 est retiré.) La parole est à Mme Sabine Rubin, pour soutenir l’amendement no 11. Nous souhaitons que l’adresse du candidat ne soit pas accessible dans le cadre de la procédure nationale de préinscription : les établissements qui examinent les candidatures ne pourraient avoir accès qu’à l’académie dans laquelle réside le candidat. L’objectif est d’éviter toute discrimination en fonction du lieu de résidence et de garantir une égalité de traitement entre tous les candidats. C’est déjà le cas ! Le Défenseur des droits a rappelé que « l’article 2 de la loi du 27 mai 2008 […] dispose que toute discrimination directe ou indirecte fondée sur le motif mentionné du lieu de résidence est interdite en matière d’éducation ». Le texte est très clair : « Le Défenseur des droits considère en première analyse […] que cette anonymisation doit couvrir le lieu de résidence. » (M. Ugo Bernalicis et Mme Elsa Faucillon applaudissent.) Quel est l’avis de la commission ? La commission a émis un avis défavorable. À titre personnel, je suis favorable à l’amendement. Quel est l’avis du Gouvernement ? L’amendement est satisfait : les dossiers de candidature ne mentionnent ni le nom, ni le prénom, ni l’adresse du domicile, ni l’âge du candidat – sauf cas particulier, comme les internats. La parole est à M. Ugo Bernalicis. J’émets des doutes sur ce que nous raconte la ministre. Oh ! Tout à l’heure, elle a énoncé à la tribune un certain nombre de prétendues vérités ; ainsi, les étudiants inscrits sur Parcoursup auraient tout à fait connaissance des attendus des différentes formations, et quand ils ne sont pas pris, ils auraient un retour sur les raisons de cette décision. Eh oui, c’est le cas ! Vous dites « eh oui »… J’ai, moi, envoyé des petits messages à ma nièce, qui vient d’avoir son bac et qui est donc passée en 2021 dans la moulinette de Parcoursup : « Mais enfin, tu m’avais dit que tu n’avais eu aucune info sur les attendus ! » Mais si !