La question de la toxicomanie est particulièrement sensible en Europe orientale et en Asie centrale. Les stratégies de substitution et de réduction des risques sont très controversées et il faudra du temps pour que les
dirigeants reconnaissent leur importance et leur utilité.
L'UIP pourrait jouer un rôle important dans ce contexte en mettant l’accent sur ces sujets dans le cadre de ses travaux sur le VIH.
THEME : LES DROITS DE L'HOMME AU REGARD DE LA TRANSMISSION DE LA MERE A L'ENFANT
Mme Chewe Luo, Conseillère principale VIH/sida à l'UNICEF, a expliqué aux participants que les enfants, à l’échelon mondial, paient un lourd tribut à l’épidémie de VIH. Ils représentent 17 % des nouveaux cas de contamination à l'échelle mondiale (soit 2,5 millions de personnes) et 14 % des décès provoqués chaque année par le SIDA (soit 2,1 millions). Des données probantes donnent à penser que les multithérapies pourraient permettre de faire baisser le taux de transmission en dessous de 5 %, y compris parmi les femmes qui
allaitent. Sur la base de ces conclusions, la prévention de la transmission du VIH de la mère à l'enfant est devenue l’une des priorités de l’OMS, dans le but de limiter à moins de 5 % la transmission verticale du VIH.
Pour éliminer d'ici 2015 la transmission verticale du VIH, il est indispensable d'élargir la couverture et d'améliorer la qualité des services prénataux liés au VIH. Toutefois, dans les pays à revenus faibles et moyens, 55 % des femmes n'ont pas accès à ces services. Il est donc important de renforcer les structures collectives susceptibles d'encourager les femmes à avoir recours aux services liés au VIH dans les premiers mois de leur grossesse. A cette fin, l'UNICEF et ses partenaires ont élaboré le « Pack
maman-bébé », mécanisme novateur, peu onéreux et facile d’utilisation, offrant des traitements prophylactiques pour éviter la transmission mère-enfant. Inspiré d'une idée appliquée par les travailleurs de santé du Lesotho, ce « Pack » permet aux mères de protéger elles-mêmes leurs enfants contre l'infection. Ce programme sera déployé dans quatre pays sub-sahariens, à savoir le Cameroun, le Kenya, le Lesotho et la Zambie.
Mme Hendrietta Bogopane-Zulu, Vice-Ministre des travaux publics de la République d'Afrique du Sud et Présidente du Groupe consultatif de l'UIP sur le VIH/sida, a déclaré que le fait que les hommes ne participent pas aux programmes de prévention de la transmission mère-enfant nuisait souvent à leurs résultats. Lorsqu'elles découvrent leur séropositivité, beaucoup de femmes enceintes ont peur de révéler leur état à leur partenaire, car elles craignent qu’ils ne les maltraitent ou ne les quittent. Si les
hommes participaient, ils bénéficieraient aussi du dépistage et n'accuseraient pas les femmes d'avoir été le vecteur de la contamination et auraient aussi plus facilement conscience de la nécessité d'avoir des rapports sexuels protégés.
L'oratrice a souligné que le droit pénal de nombreux pays criminalise la transmission du VIH, y compris la transmission verticale, c’est-à-dire de la mère à l’enfant. De telles lois ne font qu'inciter les femmes à se méfier des services de dépistage et de prise en charge prénataux liés au VIH.
La responsabilité des parlementaires à l'égard de l'épidémie de VIH est donc plus importante que jamais. Pour créer un environnement propice à la prévention de la transmission mère-enfant et aux autres programmes de lutte contre le VIH fondés sur des données probantes, il faudrait que les parlementaires réexaminent la législation existante à la lumière des droits de l'homme et des données scientifiques.
Mme Marleen Temmerman, sénatrice belge et membre du Groupe consultatif de l'UIP sur le VIH/sida a évoqué les résultats toujours décevants des programmes de prévention de la transmission mère-enfant dans des cadres à prévalence élevée. Cette situation exige une analyse critique des systèmes actuellement utilisés pour le dépistage du VIH fondés sur la notion de participation volontaire. La stigmatisation est l'une des raisons pour laquelle le dépistage du VIH constitue un cas particulier, continuant à
être associé à un ensemble de préjugés moraux sur les comportements sexuels, la mortalité et la maladie. Le défi consiste à déstigmatiser le VIH dans l'esprit du public, à trouver un équilibre entre l'autonomie des femmes et leur droit à ne pas connaître leur séropositivité d'une part, et l'intérêt de leurs enfants, de l'autre.
Deux essais réalisés en Afrique et une étude d'observation conduite aux Etats-Unis ont démontré l'efficacité de la prophylaxie antirétrovirale pour réduire le taux de contamination des nouveau-nés dont les mères n'avaient pas été prises en charge médicalement. Dans un cadre politique propice, le degré et la nature des avantages offerts par un dépistage précoce du VIH sont nettement supérieurs à ceux qu'offre un diagnostic tardif, qui va inévitablement de pair avec les maladies graves affectant les personnes
contaminées. Les nouveau-nés constituent le groupe pour lequel le dépistage est le plus urgent et ses avantages les plus évidents, explique Mme Temmerman. Il faut expliquer clairement au public les avantages de ce type de politique et être attentifs aux droits, à la santé et à la sécurité des femmes. Les parlementaires peuvent faire beaucoup pour lancer le débat dans leur pays.
Discussion et conclusions
Après les allocutions des intervenants, le Président de séance a invité les parlementaires à se répartir en trois groupes pour débattre des questions suivantes :
- Seriez-vous prêt à faire de l'appel lancé par la communauté internationale en faveur de l'élimination de la transmission mère-enfant d'ici 2015, un objectif dans votre pays ?
- Quels sont les moyens d'action dont disposent les parlementaires pour réaliser un tel objectif ?
- Que peuvent-ils faire pour accorder une priorité plus grande aux femmes et aux enfants en matière d'affectation des ressources et de conception des programmes ?
M. Jean-Pierre Door ainsi que Mme Bariza Khiari ont participé au premier groupe de travail.
Mme Bariza Khiari a fait remarquer que les représentations de la maladie montrent toujours des femmes et des enfants noirs et que cela constitue une première stigmatisation. Tous les pays sont touchés, le problème est évidemment mondial, et il est impératif de faire évoluer aussi la représentation mentale de ce fléau. Elle a ensuite réclamé un contrôle effectif et une évaluation réelle de l’action des gouvernements, en leur demandant notamment une cartographie précise des centres de soins, fixes ou itinérants, pour éviter l’apparition
de « déserts médicaux » sur un territoire.
M. Jean-Pierre Door a précisé qu’il n’y aurait pas de réduction des financements tant pour la recherche que pour la prévention, l’information et la communication, la France souhaitant que l’objectif de l'élimination de la transmission mère-enfant soit atteint le plus rapidement possible, avant 2015. Le principe de précaution impose de dépister et traiter les enfants le plus rapidement possible. Il s’agit donc de lutter contre la perte de chance pour l’enfant, et cela dès la naissance.
M. Jean-Pierre Door a ensuite fait un point sur les résultats d’UNITAID qui sont très encourageants. UNITAID est chargée de centraliser les achats de traitements médicamenteux afin d'obtenir les meilleurs prix possibles, en particulier à destination des pays en voie de développement. Elle est financée par une taxe de solidarité sur les billets d'avion, adoptée par quelques pays, encore trop peu nombreux. Toujours au sujet des médicaments, il a évoqué le fléau de la contrefaçon, recommandant aux parlementaires de travailler à la mise en place d’un principe de sécurité.
Les conclusions et recommandations des différents groupes ont été les suivantes :
Les parlementaires de tous les pays se sont associés à l'appel lancé en faveur de l'élimination quasi totale du VIH/sida chez les enfants d'ici à 2015 et se sont engagés à soutenir cet objectif à l'échelon national. Pour que cet objectif devienne réalité, il faudra que des services complets de prévention de la transmission mère-enfant soient intégrés dans les services de santé maternelle et de planification familiale.
- Les programmes de prévention de la transmission mère-enfant doivent être relayés par les parlementaires auprès du grand public, par la défense du dépistage précoce, et en incitant les familles à se rendre dans des centres de prise en charge prénatale pour bénéficier des services qui y sont proposés. Pour que de telles interventions aient lieu, il faudra que la stigmatisation et la discrimination disparaissent.
- Même si aucun procès n'a encore eu lieu, le recours au droit pénal à l'encontre de femmes enceintes séropositives pourrait aggraver la stigmatisation dont elles souffrent déjà et dissuader les femmes de faire appel aux programmes de prévention de la transmission mère-enfant. Il est donc urgent de dépénaliser la transmission du VIH pour favoriser le dépistage.
- La question de l'équilibre à trouver entre les droits de l'homme et l'exigence de santé publique que constitue le dépistage des femmes enceintes et des nouveau-nés doit faire l'objet d'un examen attentif. Il faut créer un environnement de nature à inciter les femmes à avoir recours volontairement aux services de prévention de la transmission mère-enfant.
- Les mesures visant à éviter la transmission mère-enfant sont au final, sources d’économie budgétaire, il faut donc que les parlementaires veillent à ce qu'elles soient financées. La stratégie la plus efficace pour réduire la transmission verticale du VIH constitue à déployer des services de prévention de la transmission mère-enfant à plus grande échelle tout en veillant à ce qu'ils soient bon marché, accessibles et de bonne qualité. Tous les pays doivent en faire leur stratégie
principale.
SEANCE DE CLOTURE
Dans ses remarques finales, M. Versnick a remercié le Parlement autrichien d'avoir accueilli cette réunion parlementaire, qui a été une excellente occasion de créer des contacts entre les parlementaires et de leur fournir des informations. Les débats ont révélé que la législation se rapportant au VIH présente toujours des lacunes et des imperfections que les parlementaires doivent veiller à combler. Il faudrait aussi que les parlementaires prennent la tête de la lutte contre la stigmatisation et la
discrimination qui frappent les personnes vivant avec le VIH et qu'ils donnent l'exemple à l'opinion publique. M. Versnick a remercié tous les parlementaires d’avoir assisté à la réunion et fait part de leur expérience. Il a également adressé ses remerciements au personnel du Parlement autrichien et du Secrétariat de l'UIP, qui ont contribué à la réussite de la réunion.
Mme Bogopane-Zulu a conclu en ajoutant qu'un certain nombre de questions exigeaient un engagement résolu des parlementaires. Elle a demandé à ce que les parlements prennent des mesures immédiates dans les domaines suivants : meilleure information des parlements ; révision et amélioration de la législation existante à la lumière des données scientifiques ; reconnaissance du droit d’accès à un traitement comme un droit fondamental de l'être humain ; garanties de financement de la recherche ; respect des
droits de l'homme et accès universel à la justice. Elle a remercié l'UIP de son rôle de premier plan dans la lutte contre le VIH/sida et l'a exhortée à continuer de concevoir en ce domaine notamment de grands programmes d’orientation pour les parlements du monde entier.
Compte rendu de la 122ème assemblée de l’Union interparlementaire
27 mars au 1er avril 2010 (Bangkok))
La 122e Assemblée statutaire de l’UIP s’est tenue à Bangkok (Thaïlande) du 27 mars au 1er avril 2010. Les délégations de parlements de 124 pays ont participé à ses travaux.
Le Groupe français y a été représenté par une délégation conduite par M. Patrice Martin-Lalande, président exécutif, président de la 2e commission permanente de l’UIP (développement durable, financement et commerce), député (UMP), et comprenant en outre M. Robert del Picchia, membre du Comité exécutif, sénateur (UMP), Mme
Alima Boumediene-Thiery, membre suppléante du Comité des droits de l’Homme des parlementaires,
sénatrice (rattachée au groupe socialiste), Mme Geneviève Colot, députée (UMP), Mme Gisèle Gautier, membre suppléante du Comité de coordination des femmes parlementaires, sénatrice (UMP), M. Serge Janquin, membre du Comité Moyen-Orient, député (SRC) et M. Hervé Maurey, sénateur (UC).
Point d’urgence : adoption d’une proposition française sur la réduction des risques de catastrophes
La 122e Assemblée était initialement saisie de trois propositions de point d’urgence : la première, déposée par Cuba et l’Uruguay, portait sur la solidarité internationale à l’égard des peuples haïtien et cubain après les catastrophes les ayant frappés ; les deux autres, présentées respectivement par la Palestine au nom du Groupe arabe et par l’Iran, étaient relatives à la protection des lieux saints musulmans et chrétiens
en Palestine contre les récentes mesures unilatérales prises par Israël.
Lors de la première réunion du Groupe des 12+, M. Patrice Martin-Lalande a estimé que la proposition cubano-uruguayenne était intéressante dans son principe mais de portée trop limitée et qu’il serait intéressant de l’élargir aux mesures urgentes à prendre pour mieux évaluer les risques, prévenir les catastrophes et en atténuer les conséquences, en associant à cette demande Mme Saumura Thioulang, députée cambodgienne et vice-présidente de la 2e Commission. La délégation
britannique s’étant exprimée dans le même sens, le groupe a décidé de soutenir une proposition franco-britannique sur la réduction des risques de catastrophes.
Une fois la rédaction de cette proposition arrêtée sur la base du texte proposé par la délégation française, avec l’appui technique d’experts de la Stratégie des Nations Unies pour la réduction des risques de catastrophe (UNISDR), MM. Martin-Lalande et del Picchia ont pris contact avec les délégations de l’Uruguay et de Cuba et obtenu d’elles la fusion des deux propositions sous un titre commun faisant référence aux catastrophes dont leurs pays ont été
victimes mais élargissant le champ de la proposition à l’ensemble des mesures urgentes de prévention des catastrophes et d’atténuation de leurs conséquences. Des contacts informels entre la délégation française et celle de l’Ouganda et de la Thaïlande, pays hôte de la Conférence, ont ensuite permis d’ajouter ces deux pays à la liste des auteurs de la proposition de compromis. Mise aux voix, cette proposition a été adoptée en obtenant 888 suffrages contre 466 à la proposition irano-palestinienne, ces deux délégations ayant également fusionné leurs demandes initiales.
M. Hervé Maurey a représenté la délégation française dans le comité de rédaction chargé d’élaborer le texte de la résolution soumise à l’Assemblée. Un grand nombre de ses propositions visant à raccourcir le texte initialement soumis au comité, formé par la juxtaposition des propositions arabo-uruguayennes et franco-britanniques, à mieux le structurer et à en faire plus clairement ressortir les propositions principales, ont été
adoptées, le texte issu des travaux du Comité étant ensuite adopté à l’unanimité par l’Assemblée.
Refondation juridique de l’UIP
Le projet consistant à transformer l’UIP en organisation internationale fondée sur un traité a été largement débattu lors de la 122e Assemblée.
Dans le cadre des travaux du Comité exécutif, M. del Picchia a de nouveau mis l’accent sur l’importance des difficultés à surmonter pour parvenir à un tel résultat et sur les risques inhérents à ce projet au regard de la cohésion de l’UIP et du traitement égal de ses membres. Il a fait observer que si la transformation de l’UIP en organisation internationale pourrait sans doute avoir des conséquences positives sur le fonctionnement de l’UIP en tant qu’institution, il n’était nullement démontré que le statut actuel, dans le cadre duquel des progrès nombreux et substantiels avaient déjà été accomplis, faisait réellement obstacle au développement de l’UIP. Des positions
similaires ont été exprimées par plusieurs membres du Comité, en particulier parmi ses membres appartenant au Groupe géopolitique des 12+. En revanche, le GRULAL (groupe géopolitique des pays d’Amérique latine) et le Groupe africain ont pris majoritairement position en faveur d’un traité UIP ou au moins de la poursuite de l’étude de la « faisabilité » d’un tel projet.
Lors de l’audition du Secrétaire général de l’UIP par le Groupe des 12+, M. Martin‑Lalande a rappelé la position prise par M. Bernard Accoyer, Président de l’Assemblée nationale, dans la lettre qu’il avait adressée le 12 avril 2010 au Président de l’UIP : le projet de transformation de l’UIP en organisation internationale, mentionné au paragraphe 31) du projet de déclaration finale de la 3e Conférence mondiale des
présidents de parlement, comporte beaucoup plus d’inconvénients que d’avantages et l’UIP pourrait continuer à développer ses activités en empruntant des voies moins périlleuses, comme celle consistant à renforcer l’accord de coopération qui la lie à l’ONU ; de plus, le renforcement des moyens matériels et financiers de l’UIP, également demandé par le paragraphe 31), n’est pas de mise dans le contexte budgétaire actuel des parlements nationaux, et l’UIP doit apprendre, comme l’ont fait ses membres, à faire mieux sans dépenser plus, ces deux
raisons conduisant à demander la suppression du paragraphe en cause.
Plusieurs orateurs sont intervenus pour faire part de leur opposition ou de leurs réserves à l’égard du traité UIP, dont le Président de la Chambre des représentants australienne et le Président du Parlement d’Andorre.
Procédure de désignation du Secrétaire général de l’UIP
Le Comité exécutif a examiné un amendement de M. Robert del Picchia visant à inscrire dans le règlement du personnel de l’UIP le principe selon lequel, à l’avenir, le Secrétaire général sera toujours recruté dans le cadre d’une procédure ouverte et transparente comportant un appel international à candidatures, que le sortant soit ou non candidat. Pour répondre aux souhaits exprimés par certaines délégations du Groupe des 12+, cet amendement comportait une
limitation à deux du nombre de mandats consécutifs d’un même Secrétaire général et prévoyait que, par dérogation aux dispositions faisant de la mise en concurrence la règle de droit commun, le Comité exécutif pouvait proposer au Conseil directeur de statuer par un vote sur le renouvellement du mandat du Secrétaire général sortant.
Après que M. del Picchia eut déclaré qu’il était ouvert à la discussion sur la limitation du nombre de mandats successifs et que la procédure dérogatoire visait seulement à donner aux instances dirigeantes de l’UIP la possibilité de reconduire le Secrétaire général sortant si elles l’estimaient nécessaire dans l’intérêt supérieur de l’organisation, le Comité exécutif a adopté le projet d’amendement en portant à 3 le nombre maximum de mandats consécutifs.
Cette proposition du Comité exécutif sera donc soumise au Conseil directeur au mois d’octobre lors de la 123e Assemblée.
Résolutions adoptées par la 122e Assemblée
Outre celle portant sur le point d’urgence, l’Assemblée a adopté trois résolutions sur le rapport de ses commissions permanentes.
La 1ère Commission permanente (paix et sûreté internationale) était saisie d’un projet de résolution sur le thème « coopération et responsabilité dans la lutte mondiale contre la criminalité organisée, notamment le trafic de drogues, la vente illicite d’armes, la traite des êtres humains et le terrorisme transfrontière ».
Les travaux de cette commission ont été suivis par Mmes Colot et Gautier, Mme Colot intervenant dans le débat général pour présenter les amendements déposés par la délégation française. Elle a par ailleurs fait valoir que les différents réseaux criminels interagissaient de façon croissante et constituaient désormais une menace pour la sécurité et la stabilité internationales. Cette menace touchait en particulier les États les plus
vulnérables et, en portant ainsi atteinte à la sécurité internationale, nuisait aux efforts des Nations Unies pour consolider la paix. Elle a rappelé enfin que la lutte contre la corruption était un élément central pour combattre la criminalité organisée.
Le Comité de rédaction a adopté trois amendements français, dont deux invitant les pays producteurs de drogue d’origine agricole et les pays consommateurs à coopérer pour instituer des programmes d’aide aux cultivateurs suffisamment attractifs pour les inciter de manière effective à se reconvertir dans d’autres cultures, et un amendement de précision.
La 2ème Commission (développement durable, financement et commerce) avait à traiter du rôle des parlements dans le développement des coopérations Sud-Sud et triangulaires en vue d’accélérer la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le développement.
Ses réunions plénières ont été présidées par M. Martin-Lalande et également suivies par M. Serge Janquin, qui est intervenu dans le débat général au nom de la délégation française. Il a souligné que la France encourageait les nouveaux bailleurs d’aide au développement à respecter le caractère soutenable de la dette des pays bénéficiaires, sinon cette aide serait contreproductive sur le long terme ; les responsables français
souhaitaient également promouvoir la transparence des prêts accordés. Surtout, il importait que l’aide Sud-Sud respecte les normes sociales fondamentales et les normes environnementales. Il convenait enfin que les nouveaux donateurs intègrent les principes concernant l’efficacité de l’aide.
La participation des jeunes au processus démocratique était le sujet inscrit à l’ordre du jour de la 3ème Commission (démocratie et droits de l’Homme). Les travaux de cette commission ont été suivis par M. Hervé Maurey, qui est intervenu dans le débat général pour présenter les amendements de la délégation française et souligner la nécessité de résoudre la contradiction existant entre la désaffection des
jeunes vis-à-vis de l’action politique traditionnelle et leur appétence pour d’autres formes d’engagement au service des causes qu’ils estiment justes. Dans cet esprit, il a souligné la pertinence des recommandations de la résolution visant à développer les parlements de jeunes et les organes de nature similaire, à généraliser l’enseignement des principes de la démocratie, à soutenir les conseils d’élèves dans les établissements d’enseignement et à promouvoir l’égalité de traitement entre jeunes des deux sexes et à valoriser les compétences acquises dans le cadre
d’activités bénévoles.
Le Comité de rédaction a retenu, en tout ou en partie, trois amendements français visant respectivement à faire apparaître que l’adoption de quotas de jeunes parlementaires n’était pas une solution adaptée à tous les contextes juridiques, à étendre aux jeunes femmes les cas obligatoires sur l’égalité des sexes que le projet initial réservait aux hommes et à préciser la portée de la recommandation relative à l’exclusion de jeunes
parlementaires dans les délégations aux réunions de l’UIP.
Le texte des trois résolutions adoptées sur le rapport des commissions permanentes peut être consulté à l’adresse suivante : http://www.ipu.org/strct-f/stcnfres.htm#122.
Thèmes d’étude pour la 124e Assemblée
Les thèmes retenus par les trois commissions permanentes, qui feront l’objet de réunions-débat lors de la 123e Assemblée sur la base des rapports préparés par les co-rapporteurs et de projets de résolution soumis à la 124e Assemblée, sont les suivants :
- 1ère Commission : Mettre en place un cadre législatif propre à prévenir la violence électorale et à assurer une transition politique sans heurt ;
- 2ème Commission : Le rôle des Parlements pour assurer le développement durable par la gestion des ressources naturelles, de la production agricole et de l’évolution démographique ;
- 3ème Commission : Financement des partis politiques et des campagnes électorales : transparence et responsabilité.
Il y a lieu de relever que le thème choisi par la 2ème Commission reprend, dans un cadre plus large, une proposition de la délégation française portant initialement sur la seule maîtrise des évolutions démographiques.
Réunion et Comité de coordination des femmes parlementaires
Mme Gisèle Gautier a participé au Comité de coordination des femmes parlementaires puis, avec Mme Geneviève Colot, à la Réunion des femmes parlementaires, qui a rassemblé 120 femmes, représentant 74 Parlements.
Mme Mensah-Williams (Namibie), vice présidente du comité de coordination, a d’abord rendu compte des travaux du Groupe du partenariat entre hommes et femmes, tenus sous la présidence de M. Robert Del Picchia, sénateur. Le Groupe avait notamment suivi le niveau de représentation des femmes dans les délégations présentes aux Assemblées de l’UIP, examiné le budget de l’Union interparlementaire dans une perspective de genre et s’était penché sur la situation des Parlements ne comptant pas de
femmes dans leurs rangs.
La Réunion a ensuite examiné le thème débattu par la première Commission permanente : Coopération et responsabilité partagée dans la lutte mondiale contre la criminalité organisée, notamment le trafic de drogue, le trafic d’armes, la traite des personnes et le terrorisme transfrontière. La Réunion s’est ensuite scindée en deux groupes : l’un a débattu de la traite des femmes, l’autre du rôle des femmes dans la lutte contre le trafic de drogue. Les rapports respectifs ont conduit à des
propositions d’amendements au projet de résolution de la première Commission permanente et plusieurs ont été adoptés.
Mme Gisèle Gautier, sénatrice, est intervenue comme oratrice au début de la séance de dialogue sur le thème Combattre la violence envers les femmes, en mettant l’accent plus particulièrement sur les femmes dans les lieux de détention et les prisons. Ce thème avait été présenté par S.A.R. la Princesse Bajrakitiyabha de Thaïlande, ambassadrice
de bonne volonté d’UNIFEM sur les violences faites aux femmes.
Les débats ont mis en évidence que le système carcéral ne tenait pas compte des préoccupations et des besoins des femmes et que, pour changer les choses, il était indispensable d’élaborer et d’appliquer de nouvelles normes tenant compte de ces besoins pour le traitement des détenues.
A la fin de la séance, les participants ont adopté à l’unanimité une déclaration appelant les parlementaires du monde entier à tout faire pour éliminer toutes les formes de violence envers les femmes et les filles dans tous les secteurs de la société .
Un débat a ensuite été consacré aux progrès et aux reculs de la représentation des femmes dans les Parlements. Les participants ont évoqué la modification des lois électorales et des Constitutions, les quotas, et les mentalités qui continuaient d’entraver l’accès des femmes au Parlement.
Soutien au TICE
La délégation française avait été alertée par le ministère des affaires étrangères sur l’intérêt que présentait la 122e Assemblée pour mener des actions de sensibilisation auprès des pays n’ayant pas encore ratifié le traité d’interdiction complète des essais nucléaires (TICE) et figurant sur la liste – figurant à l’annexe II - de ceux dont l’adhésion était nécessaire pour que ce traité puisse entrer en vigueur. Au
cours de la première réunion du groupe des 12+, M. Martin-Lalande a proposé la constitution d’un petit groupe de contact animé par la France et chargé d’entreprendre des démarches auprès de délégations de pays de l’annexe II. L’Australie, la Grande-Bretagne et la Nouvelle-Zélande ont souhaité s’associer à cette démarche et ont désigné un membre de leur délégation pour faire partie du groupe de contact, le représentant australien étant d’ailleurs le Président de la Chambre des représentants, M. Harry Jenkins.
Séparément ou collectivement, les membres du groupe de contact – qui, pour la France, étaient MM. Martin-Lalande et del Picchia – ont eu des entretiens avec les délégations d’Egypte, d’Indonésie et d’Iran. Des contacts ont également été noués, au niveau des conseillers, avec la délégation israélienne.
Lors de ces entretiens, les membres du groupe ont insisté sur le fait qu’une entrée en vigueur au TICE permettrait de donner une nouvelle impulsion à la dynamique du désarmement et de la non-prolifération nucléaires et serait donc profitable à toutes les parties intéressées. Si la délégation indonésienne a surtout mis en avant des problèmes de calendrier parlementaire, celle de l’Egypte a mis l’accent sur la dimension régionale du problème et sur sa volonté de faire du
Proche-Orient une zone totalement dénucléarisée, tandis que la délégation iranienne, après avoir rappelé que son pays avait adhéré au TNP, a insisté sur les liens qui existaient entre ce traité et le TICE et sur la nécessité que, dans le cadre de ces conventions, tous les pays soient placés sur un pied de stricte égalité, la non ratification d’Israël et des Etats-Unis constituant dès lors un obstacle majeur.
Intervenant sur ce thème dans le débat restreint de l’Assemblée spécialement consacré à la sécurité nucléaire, M. Robert del Picchia a notamment invité les parlementaires des pays figurant à l’annexe II du TICE à tout faire auprès de leurs gouvernements pour hâter leur ratification du traité afin de franchir un cap décisif dans le progrès de la sécurité et du désarmement nucléaires.
Débat général sur « le Parlement au centre de la réconciliation politique et de la bonne gouvernance »
M. Martin-Lalande est intervenu dans le débat général au nom de la délégation française. Il a rappelé qu’au début des années 1990, dans le contexte de la chute du mur de Berlin, s’était imposée l’idée que le Parlement, au-delà de son rôle traditionnel en matière de législation et de contrôle de l’exécutif, était également, au travers d’une fonction spécifique de représentation, un instrument indispensable pour
garantir ou rétablir la cohésion nationale et pour incarner la société dans sa diversité. Alors que la qualité de la gouvernance faisait l’objet d’une attention croissante, il est également apparu qu’un Parlement efficace était une composante essentielle du bon fonctionnement de l’ensemble du système politico-administratif national.
Dans les sociétés qui sortent d’un conflit ou d’une dictature, les modalités d’élection du Parlement et sa composition doivent d’abord permettre une représentation équitable de toutes les factions et composantes de la société et, en particulier, des groupes minoritaires dont le sort a pu être un des facteurs de déclenchement du conflit.
C’est aussi au Parlement qu’il revient de voter une éventuelle loi d’amnistie qui, si elle s’avère nécessaire, doit être strictement proportionnée aux objectifs légitimes poursuivis et ne peut en aucun cas inclure les crimes les plus graves.
Regrettant que le terme de réconciliation conduise à ne traiter que les situations où la crise a eu lieu, M. Martin-Lalande s’est déclaré convaincu que le Parlement, espace par nature propice à la confrontation pacifique de vues opposées et à la recherche de compromis, constituait également un outil très précieux pour prévenir les conflits et favoriser la résolution des différends.
Abordant le thème de la bonne gouvernance, il a estimé qu’elle était tout simplement impossible dans un pays sans Parlement ou doté d’une simple chambre d’enregistrement. Un des apports essentiels du Parlement à la bonne gouvernance tient à sa nature collégiale, qui permet de passer des projets de loi et des politiques publiques généralement élaborés en petit comité au crible d’un examen parlementaire non seulement pluriel mais également pluraliste.
L’existence d’un cadre constitutionnel offrant au Parlement des prérogatives suffisantes pour exercer de manière efficace ses attributions est également un des ingrédients de la bonne gouvernance. Dans l’optique d’une bonne gouvernance, il est important de définir et de mettre en œuvre des indications de performance ou des critères d’évaluation adaptés, y compris dans les Parlements.
La voie qui a jusqu’alors été privilégiée est celle de l’auto-évaluation. L’UIP a contribué utilement à cette démarche, mais d’autres instances interparlementaires ou organismes d’études ont également élaboré des cadres et critères d’évaluation des parlements démocratiques.
L’UIP pourrait rejouer un rôle pionnier dans ce domaine en mettant en œuvre le saut qualitatif suggéré par la délégation française, à savoir passer de l’auto-évaluation à un système d’évaluation pour les pairs qui fonctionnerait au sein de l’UIP en transposant au domaine de la démocratie parlementaire la procédure d’examen périodique universel qui existe à l’ONU dans le domaine des droits de l’Homme.
Autres activités de la délégation française
Mme Boumediene-Thiery a participé aux travaux du Comité des droits de l’Homme des parlementaires et M. Janquin à ceux du Comité Moyen-Orient, ces deux organes siégeant à huis clos.
Mmes Colot et Gautier ont participé à une réunion-débat sur le rôle des Parlements dans la pleine mise en œuvre de la convention relative aux droits de l’enfant.
Mme Colot a pris part à une visite de terrain co-organisée par l’UNICEF sur le thème de la protection des enfants victimes de la traite et des migrations à risque et Mme Boumediene-Thiery à une visite du même type sur l’accueil de la petite enfance.
Compte rendu de la 121ème assemblée de l’Union interparlementaire
13 au 15 octobre 2009 (Genève)
La 121ème Assemblée statutaire de l’UIP s’est tenue à Genève du 13 au 15 octobre 2009, avec la participation de délégations de plus de 130 parlements nationaux.
Le Groupe français était représenté par une délégation de six parlementaires conduite par M. Patrice Martin-Lalande, président exécutif du Groupe, président de la 2ème Commission permanente de l’UIP (développement durable, financement et commerce), député (UMP) de Loir-et-Cher, et comprenant en outre M. Robert del Picchia, membre du Comité exécutif, sénateur (UMP) représentant les Français établis hors de France, Mme
Alima
Boumediene-Thiery, membre suppléante du Comité des droits de l’Homme des parlementaires, sénatrice (rattachée au groupe socialiste) de Paris, Mme Chantal Bourragué, députée (UMP) de la Gironde, Mme Gisèle Gautier, membre suppléante du Comité de coordination des femmes parlementaires, sénatrice (UMP) de Loire-Atlantique et M. Serge Janquin, membre suppléant du Comité Moyen-Orient, député (SRC) du Pas-de-Calais.
Les parlementaires français ont activement participé aux travaux de l’Assemblée : M. Martin-Lalande a présidé les réunions de la 2ème Commission, a représenté le parlement français au sein du groupe de travail sur les contributions nationales et a suivi les travaux de la 3ème Commission sur « La participation des jeunes au processus démocratique », M. del Picchia a suivi les travaux du Comité exécutif, du groupe du partenariat entre hommes et femmes et de la 1ère Commission
sur le thème « Coopération et responsabilité partagée dans la lutte mondiale contre la criminalité organisée, notamment le trafic de drogues, la vente illicite d’armes, la traite des êtres humains et le terrorisme transfrontière »,, Mme Boumediene-Thiery ceux du Comité des droits de l’Homme des parlementaires et de la 1ère Commission, Mme Bourragué est intervenue au nom du Groupe dans le débat sur le point d’urgence « Action parlementaire pour assurer la sécurité alimentaire dans le monde », a suivi les travaux de la 2ème
Commission sur « Le rôle des parlements dans le développement des coopérations Sud-Sud et triangulaires en vue d'accélérer la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le développement » et a participé à une réunion-débat sur le thème « VIH/SIDA – Accès universel à la prévention, aux traitements et aux soins », Mme Gautier a pris part à la réunion du Comité de coordination des femmes parlementaires et a suivi les travaux de la Commission des affaires des Nations Unies et de la 2ème Commission et M.
Janquin a participé aux réunions du
Comité sur les questions relatives au Moyen-Orient et est intervenu au nom du Groupe au cours de la séance spéciale de la 2ème Commission consacrée au suivi des mesures prises par les parlements et l’UIP pour donner effet aux résolutions adoptées par l’Union sur la crise mondiale.
L’ensemble des membres de la délégation a par ailleurs participé aux réunions du Conseil directeur et de l’Assemblée siégeant en formation plénière. Par ailleurs, les délégations nationales des pays francophones ainsi que des autres pays méditerranéens ou de l’UE ont été conviés à une réception à la Représentation française, offerte conjointement par la délégation française et par M. Jean‑Baptiste Mattéi, ambassadeur représentant permanent de la France auprès de l’Office des Nations Unies à
Genève.
La sécurité alimentaire mondiale comme point d’urgence
L’Assemblée était initialement saisie de trois propositions de points d’urgence relatives à la situation à Gaza, d’une proposition visant à condamner le coup d’Etat survenu au Honduras et de deux propositions touchant à la sécurité alimentaire mondiale. Après le retrait de la proposition sur le Honduras et la fusion de celles relatives à Gaza et à la sécurité alimentaire, c’est ce dernier thème qui a été retenu à l’issue d’un vote par appel nominal.
Au cours du débat sur ce point d’urgence, Mme Chantal Bourragué est intervenue pour souligner la gravité de la situation de détresse alimentaire vécue par un nombre croissant de pays et de populations - aujourd’hui près de 1/6ème des habitants de la planète. Dans une perspective de long terme, elle a fait valoir que la lutte contre l’insécurité alimentaire nécessitait de maîtriser les changements climatiques actuellement à l’œuvre et donc de parvenir à
un accord global et efficace à la Conférence de Copenhague.
A court et à moyen terme, elle a rappelé que l’objectif devait être d’assurer un approvisionnement régulier et à un prix supportable des marchés des pays touchés par l’insécurité alimentaire, tandis qu’à plus long terme il fallait permettre à ces pays de mener des politiques publiques de soutien au secteur agricole.
A cet égard, elle a mis l’accent sur l’importance des actions visant à relancer la production vivrière et à favoriser la renaissance d’exploitations familiales viables, notamment par la voie du micro‑crédit et de la maîtrise des coûts fonciers des agriculteurs.
Elle a rappelé que les parlementaires français demandaient régulièrement à leur gouvernement d’accroître l’aide publique au développement, particulièrement au bénéfice du secteur agricole, et souligné l’intérêt de l’accord récemment conclu entre la France et le programme alimentaire mondial dans le domaine de la coopération technique et scientifique en faveur de l’agriculture.
Réforme des contributions
Réactivé sur décision du Comité exécutif, le groupe de travail sur la réforme des contributions s’est réuni à deux reprises au cours de la 121ème Assemblée. Le mandat du groupe était de faire un bilan à mi‑parcours de la refonte du barème décidée en 2006 pour veiller à ce que le barème appliqué par l’UIP reste le plus possible en phase avec celui de l’ONU, d’une part, et de réfléchir aux mesures qui pourraient être prises pour favoriser l’adhésion à l’UIP
des parlements des pays les plus pauvres, d’autre part.
Le groupe a été saisi d’un document de travail proposant principalement :
– d’adopter le barème des contributions de l’ONU pour la période 2010‑2012 comme base de calcul ;
– d’anticiper dès 2010 la mise en œuvre du barème cible pour 2012, ce qui permettrait de réduire significativement la contribution des pays les moins avancés et favoriserait donc l’adhésion à l’UIP de ceux de ces pays qui n’en sont pas encore membres.
M. Patrice Martin‑Lalande est intervenu à plusieurs reprises au cours des deux séances du groupe de travail pour faire valoir que :
– il semblait a priori étonnant que l’application d’un nouveau barème de contributions censé tenir compte des évolutions économiques récentes se traduise, pour un pays comme la France, par une augmentation de sa contribution, alors même que sa part ajustée du PNB mondial avait diminué au cours de la période de référence ;
– il était prématuré de vouloir fixer les taux de contributions nationaux à l’UIP en se fondant sur le barème de contributions de l’ONU pour la période 2010‑2012, celui‑ci étant toujours en négociation ;
– les précisions données au Groupe de travail par le Secrétaire général laissaient espérer un retour des Etats-Unis à l’UIP en 2010 ; l’impact financier d’une telle adhésion étant considérable, il paraissait inutile de se lancer dans une réforme du barème qui devrait, dans cette hypothèse, être profondément modifié pour l’exercice 2011 ;
– s’agissant des conséquences d’une éventuelle réadhésion des Etats-Unis, il faudrait tenir compte du fait que leur départ s’était traduit par des coupes dans les dépenses de l’UIP, mais aussi par des augmentations de contributions non négligeables : il serait donc logique que la contribution américaine soit au moins en partie intégrée dans le barème pour permettre une diminution des contributions des membres actuels ;
– la proposition d’une anticipation de l’application des taux‑cibles pour 2012 au bénéfice des pays les moins avancés (PMA) et des petits Etats insulaires en développement (PEID) était positive et devait être mise en œuvre dès 2010 ; compte tenu du fait que l’augmentation tendancielle des contributions nationales à l’UIP était déjà nettement supérieure à l’évolution des budgets de beaucoup de parlements, cette mesure ne devrait pas être financée
par une hausse supplémentaire de 1% des contributions, comme le propose le document de travail, mais plutôt par un prélèvement sur le fonds de roulement de l’UIP.
Au terme de ses débats, le Groupe de travail a recommandé, conformément aux vues défendues par M. Martin‑Lalande, de continuer à appliquer le barème actuel de contribution, de créer, en 2011, un Groupe de travail chargé de réexaminer le barème pour la période 2011‑2012 et de mettre en œuvre la mesure PMA/PEID en imputant son coût sur le fonds de roulement.
Situation des membres de l’UIP
Sur recommandation du Comité exécutif, le Conseil directeur a suspendu le Parlement du Niger et a condamné sa récente dissolution inconstitutionnelle. Il a par ailleurs décidé que les Parlements de Papouasie‑Nouvelle‑Guinée et de la Somalie seraient suspendus au 1er janvier 2010 si leurs arriérés de contributions n’avaient pas été régularisés à cette date.
Le Comité exécutif et le Conseil directeur ont à nouveau été saisis des modalités de représentation du Parlement palestinien. On rappellera que, sur la base d’une modification des statuts permettant l’adhésion à l’UIP de tout « Parlement constitué conformément à la loi fondamentale d’une entité territoriale dont la vocation étatique est reconnue par l’ONU et qui bénéficie du statut d’observateur permanent auprès de cette organisation, avec des droits et privilèges
additionnels importants », le Conseil directeur avait prononcé l’admission du Parlement de Palestine en précisant que la représentation du Conseil législatif palestinien (CLP), seul véritable « Parlement » au sens des statuts, pourrait être provisoirement facilitée par le Conseil national palestinien (CNP), c’est‑à‑dire une institution siégeant à Amman et représentant les Palestiniens de la diaspora comme ceux des territoires autonomes.
Depuis lors, les Palestiniens contestent cette décision du Conseil en soutenant que c’est à eux d’arrêter les modalités de leur représentation et que le CNP devrait être le représentant légitime de la Palestine à l’UIP.
Après avoir longuement débattu de cette question et refusé d’auditionner une nouvelle fois la délégation palestinienne, le Comité exécutif a été saisi, lors de sa dernière réunion, d’un projet de déclaration du Président de l’UIP devant le Conseil directeur précisant que, dans l’attente d’une évolution majeure dans les territoires occupés, le CNP serait traité de la même manière que tout autre membre de l’Union pour tout ce qui touchait à son statut en tant que
représentant de la Palestine à l’UIP.
M. Robert del Picchia a regretté que cette déclaration ne reflète pas fidèlement la décision du Conseil directeur et passe totalement sous silence le Conseil législatif palestinien, pourtant reconnu comme le Parlement de la Palestine par le Conseil directeur en application des statuts de l’Union. Déclarant comprendre le souci d’apaisement qui inspirait l’initiative du Président, il a cependant estimé nécessaire d’introduire
dans le texte de sa déclaration une référence au paragraphe de la décision du Conseil qui mentionnait le CLP.
La déclaration du Président, modifiée dans le sens souhaité par M. del Picchia, a été inscrite au dossier par le Conseil directeur.
Procédure de désignation du Secrétaire général
On rappellera que :
– le Comité exécutif avait décidé, lors de la 120ème Assemblée de soumettre la reconduction du Secrétaire général actuel, candidat pour un quatrième et dernier mandat, à un vote à bulletin secret du Conseil directeur ;
– le groupe britannique et une majorité du groupe des 12+ souhaitaient le lancement d’un appel à candidatures international dans le cadre duquel la candidature du Secrétaire général sortant serait traitée dans les mêmes conditions que celles des autres postulants ;
– dans un souci de respect des procédures parlementaires habituelles, M. del Picchia avait proposé que le vote sur la proposition britannique intervienne avant celui sur la recommandation du Comité exécutif ; pour éviter à l’avenir de telles controverses, il avait également élaboré un amendement au règlement du Secrétariat de l’UIP visant à y inscrire le principe du recours à une procédure de sélection ouverte et transparente comportant un appel international à
candidatures.
Les premiers échanges du Comité exécutif sur la désignation du Secrétaire général ayant montré un fort soutien à la procédure de vote à bulletin secret initialement retenue, le groupe britannique, soutenu par M. del Picchia, a fait le choix tactique de renoncer à soumettre sa proposition au vote du Conseil directeur sous réserve que le principe de l’appel à candidatures soit retenu pour l’avenir par le Comité exécutif.
Lors de la dernière réunion de cette instance, M. del Picchia a présenté un amendement au règlement du personnel prévoyant de :
– faire de l’appel à candidatures ouvert la règle de droit commun à appliquer avant toute élection ou ré‑élection du Secrétaire général ;
– limiter à deux le nombre de mandats consécutifs pouvant être effectués par un Secrétaire général ;
– prévoir, à l’initiative de la délégation britannique, une procédure dérogatoire permettant, dans des circonstances exceptionnelles, de renouveler le mandat d’un Secrétaire général, sur proposition du Comité exécutif, par un vote à bulletin secret du Conseil directeur.
Après débat, le Comité exécutif a décidé de retenir le principe de l’appel à candidatures et de renvoyer à la 122ème Assemblée la présentation d’un amendement modifiant le règlement du Secrétariat à cette fin.
Budget de l’UIP pour 2010
Lors de l’examen du projet de budget de l’Union pour le Comité exécutif, M. del Picchia a fait observer que l’augmentation de 2% du montant des contributions nationales prévue par ce projet était très supérieure à la progression des budgets de beaucoup de Parlements nationaux et pourrait donc être difficile à accepter par leurs instances dirigeantes. A titre d’illustration, il a rappelé que le budget du Parlement français serait
grosso modo gelé en euros courants pour la durée de la présente législature. Il a également suggéré que, dans un souci d’économies, les documents envoyés par l’UIP à ses membres ne le soient plus que sous forme électronique à tous les Parlements acceptant ce mode de diffusion.
Statut juridique de l’UIP
Au titre de la consolidation de la réforme de l’UIP, le Comité exécutif a débattu d’une possible évolution du statut de l’Union qui consisterait à lui donner comme fondement juridique un traité intergouvernemental, de manière à en faire une organisation internationale de plein droit et à renforcer ses relations avec le système des Nations Unies.
Dans le cadre de ce débat, M. del Picchia a estimé que la suggestion avancée était intéressante dans son principe mais que sa mise en œuvre poserait des problèmes complexes, puisque les membres de l’UIP devraient persuader leurs exécutifs de s’engager dans la négociation d’un traité tout en respectant les volontés de l’Union et de ses membres en ce qui concerne son contenu. Après avoir estimé qu’il faudra également régler le problème des Parlements membres dont le
gouvernement ne signerait pas le traité ou n’engagerait pas le processus de ratification, il a souligné que la conclusion d’un tel traité permettrait de répondre aux difficultés actuellement rencontrées en ce qui concerne la situation fiscale de certains personnels de l’UIP et conforterait la position de l’UIP vis‑à‑vis des partisans d’une assemblée parlementaire des Nations Unies.
Il a été convenu de poursuivre les consultations de spécialistes du droit international en vue de définir les contours d’un éventuel projet de traité, le Comité exécutif ayant par ailleurs pris note que cette idée serait également examinée dans le cadre de la préparation de la 3ème Conférence mondiale des présidents de parlements.
Séance spéciale de la 2ème Commission sur le suivi des résolutions sur la crise financière
Sous la présidence de M. Martin‑Lalande, la 2ème Commission a tenu une séance spéciale consacrée aux suites données aux résolutions sur la crise mondiale adoptées lors des 119ème et 120ème assemblées de l’UIP ainsi qu’à la Conférence parlementaire sur la crise mondiale organisée par l’UIP à Genève en mai 2009.
Cette séance a été ouverte par un exposé de M. Raymond Torres, directeur de l’Institut international d’études sociales de l’OIT, qui a présenté les objectifs et les propositions du Pacte global pour l’emploi élaboré par l’OIT dans le cadre de sa campagne de lutte contre les effets de la crise.
Au cours de ce débat, M. Janquin est intervenu pour décrire les mesures législatives adoptées par le Parlement français en 2008 et 2009 pour tenter d’enrayer ou d’amortir les effets économiques et sociaux de la crise, d’abord en injectant les liquidités nécessaires dans le système bancaire et ensuite en définissant un plan de relance et de soutien à l’économie dont il a cependant déploré certaines insuffisances. Il a ensuite rappelé que les suggestions élaborées par
un groupe de travail commun aux deux assemblées françaises avaient largement alimenté les propositions faites par la France dans le cadre des G20 de Londres et Pittsburgh.
Il a enfin souligné que de nombreux parlementaires français avaient défendu la nécessité de maintenir et d’accroître l’aide publique au développement en temps de crise, notamment dans le domaine de l’agriculture, et d’augmenter les recours aux financements innovants.
Postes à pourvoir
Après avoir été désigné comme candidat du groupe des 12 à l’issue d’un vote, M. Serge Janquin a été élu membre titulaire du Comité sur les questions relatives au Moyen‑Orient.
Compte
rendu de la conférence parlementaire sur la crise économique et financière
7 et 8 mai 2009
Les 7 et 8 mai derniers, l’UIP a organisé à Genève, une
conférence parlementaire sur la crise économique mondiale.
Le Groupe français y était représenté par MM. Patrice Martin-Lalande,
député (UMP), président exécutif du Groupe, président de la 2ème commission
permanente de l’UIP « développement durable, financement et commerce »,
Robert del Picchia, sénateur (UMP), membre du comité exécutif de l’UIP,
Jean Bizet, sénateur (UMP), membre du comité de pilotage de la Conférence
parlementaire sur l’OMC] et Jean Gaubert, député (SRC), vice-président de la
commission des affaires économiques de l’Assemblée nationale
Dirigés par M. Theo‑Ben Gurirab, président de l’UIP, les débats
de la Conférence ont porté sur trois thèmes : les politiques macro-économiques
de stimulation de l’économie mondiale, la réforme du système financier
international et enfin les éléments d’une stratégie parlementaire face à la
crise. Il est possible d’en retenir les éléments suivants :
Thème n° 1.
Le débat sur les politiques macro-économiques de stimulation de l’économie
mondiale était organisé autour de trois sous‑thèmes, dont le premier était Créer
des emplois et éviter la récession sociale. Le secrétaire général du BIT, M.
Juan Somavia, a appelé à la constitution d’un « Pacte mondial pour l’emploi »
afin de contrecarrer les effets de la crise sur l’emploi. Il a estimé que les
plans de relance nationaux - en moyenne 1,7 % des PIB -, n’étaient pas
suffisants pour faire face à la crise dans ce domaine et que les plans de
relance pour l’emploi étaient, en valeur, cinq fois plus faibles que les plans
de sauvetage financiers. Il a exprimé sa crainte que des mesures de
protectionnisme commercial et une déflation généralisée des salaires ou des
droits des travailleurs fragilisés ne viennent encore aggraver la situation.
M. Malloch Brown, secrétaire d’État britannique, a ensuite
introduit le débat sur le sous-thème Trouver une nouvelle voie vers la
croissance et la stabilité : les conclusions du G20, en présentant les
résultats du sommet de Londres.
A cette occasion, M. Robert del Picchia a observé que le G20
n’avait finalement pas décidé du pourcentage précis de prêt « titrisé » qu’une
banque devrait conserver dans son bilan, les débats ayant porté sur une
fourchette située entre 5 et 10 %. Une décision sur ce point était donc très
attendue. Il s’est ensuite interrogé sur le devenir d’une proposition
franco-allemande de création d’un « Conseil de sécurité économique » pour
veiller aux risques de déséquilibres mondiaux dans ce domaine.
Il a relevé que si la création d’une nouvelle monnaie de réserve
hors dollar s’imposait désormais, éventuellement au travers des Droits de Tirage
Spéciaux (DTS) du FMI, ceux-ci étaient loin d’atteindre la quantité critique
pour couvrir par exemple le montant des transactions pétrolières libellées
aujourd’hui en dollar.
Enfin, le débat a porté sur les moyens d’Atténuer l’impact de la
crise sur le développement. Les différents intervenants ont fait valoir que, si
les pays en développement n’avaient pas de responsabilité directe dans le
déclenchement de la crise - née des défaillances du système financier et
bancaire de pays du Nord -, ils étaient les principales victimes de ses graves
conséquences : réduction des investissements étrangers, protectionnisme, absence
de marge de manœuvre économique par manque de ressources financières. Les pays
développés ne devaient donc pas négliger cette donnée et tenir pleinement leurs
engagements d’aide au développement.
Thème n° 2.
La réforme du système financier international a été abordée sous l’angle des
mesures à prendre pour Assurer la stabilité financière puis des Principes de la
réforme : vers un nouveau Bretton Woods. Après avoir décrit les causes du
déclenchement de la crise financière (dérégulation, globalisation financière,
déconnection de la sphère financière par rapport au commerce et à l’économie
réelle) et de son expansion mondiale ainsi que ses effets sociaux et
économiques, les orateurs ont présenté les priorités de la commission sur la
réforme du système monétaire et financier dite « Commission Stiglitz ».
Celle-ci préconise en particulier un système de financement des
pays en développement libéré de toutes conditionnalités ; la création d’une
nouvelle facilité de crédit (où les voix des nouveaux prêteurs et emprunteurs
seraient mieux entendus) et la mise en cohérence des politiques commerciale et
financière. Est également recommandée la création d’un Conseil de coordination
de l’économie mondiale. Surtout, la Commission propose de créer un nouveau
système mondial de réserves se substituant à l’actuel « outil dollar ». Par
ailleurs, les objectifs que devrait aujourd’hui atteindre un système financier
rénové sont différents de ceux visés à Bretton Woods en 1944. Il s’agissait à
l’époque d’instituer un commerce multilatéral juste et de limiter les flux de
capitaux à la réduction des déséquilibres des paiements. Aujourd’hui, la
priorité du nouveau système doit être d’éviter les risques de crises, de
permettre un développement durable et d’aider à la réalisation des objectifs de
développement des pays les plus pauvres.
Lors du débat, M.
Jean Bizet a exprimé la crainte que le récent
G20, comme le Sommet de Glenneagles en 2005, soit davantage un nouvel exercice
de communication qu’un réel engagement en faveur d’une nouvelle régulation
économique, tirant durablement les leçons des crises récentes.
Il a ensuite formulé trois préoccupations : l’élimination des
instruments financiers qui ne font qu’accroître le risque tout en étant exempts
d’avantages sociaux pour les pays en voie de développement et les pays les moins
avancés, sera-t-elle vraiment menée à bien ? La conclusion tant attendue du
cycle de Doha sur le commerce et le développement, qui permettrait d’accroître
de 150 milliards de dollars le PIB mondial, est-elle réellement au centre du
plan de relance économique mondial ? Enfin, au lieu de rassembler les actifs
« toxiques » au sein de la Réserve fédérale, n’aurait-il pas été plus pertinent
de créer à cet effet une « bad bank » - à l’instar de ce qu’a fait l’Allemagne;
en effet, le bilan de la Réserve fédérale est pour cette raison passé de 800 à
2.000 milliards de dollars, alors même que son statut d’indépendance par rapport
au Gouvernement fédéral peut être de ce fait remis en cause.
M. Jomo Kwame Sundaram, sous-secrétaire général chargé du
développement économique à l’ONU, a apporté au sénateur les réponses
suivantes :
- On est loin d’un consensus entre l’espace anglo-saxon d’une
part et l’espace de l’Europe continentale d’autre part sur la question de la
régulation financière. Et pourtant, des conditions harmonisées en la matière
sont nécessaires, faute de quoi une course à la dérégulation risque de s’engager
entre ces différents espaces pour attirer le plus de capitaux possible, ce qui
ruinerait tout espoir de stabilité.
- Les conclusions de la première étape du cycle de Doha, en 2001,
insistant sur le volet « développement », doivent être réaffirmées. Les bases de
la négociation en cours et les propositions qui sont sur la table déçoivent
beaucoup les pays en développement. L’engagement résolu de l’OMC pour éviter le
retour du protectionnisme n’est certes pas en cause, mais rien aujourd’hui
n’empêche un État de recourir à des mesures protectionnistes nationales et cela
resterait vrai même si Doha devait aboutir. Il n’y a donc pas de lien entre la
conclusion du cycle de Doha et la réduction du risque protectionniste.
- S’agissant du recours à une « bad bank » aux États-Unis, il
faut là encore reconnaître les différences de culture entre l’Europe
continentale et les États-Unis. En Europe, y compris au Royaume-Uni, l’idée de
nationalisation des banques n’est pas taboue. Une proposition a cependant été
formulée aux États-Unis pour constituer un « noyau » bancaire public dont
l’objectif ne serait pas la profitabilité mais le soutien à l’économie réelle.
Thème n° 3. Enfin,
lors du débat sur les éléments d’une stratégie parlementaire face à la crise, M.
Patrice Martin-Lalande a fait valoir que celle-ci devait être vue
comme une occasion d’innover dans beaucoup de domaines, y compris celui du
fonctionnement des Parlements nationaux, qui devaient se demander pourquoi ils
n’avaient pas été en mesure de mieux anticiper cette crise et d’en prévenir les
effets. Les Parlements doivent donc s’attacher à corriger cette myopie et se
doter d’instruments de détection et de prévention appropriés.
Une autre responsabilité des Parlements en temps de crise est de
veiller à ce que les engagements pris par les Gouvernements, en ce qui concerne
la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le développement et le niveau de
l’aide publique au développement, soient respectés et non remis en cause,
notamment en se dotant d’un tableau de bord permettant de suivre la mise en
œuvre de ces engagements.
De manière plus générale, le retour du politique favorisé par la
crise économique ne sera pas légitime s’il se limite au seul pouvoir exécutif et
les Parlements doivent jouer pleinement leur rôle dans la redéfinition de
l’organisation économique, environnementale et politique du monde. Cette
redéfinition nécessitant une profonde modification des modes de vie actuels, il
est impératif que les Parlements y soient étroitement associés si on veut
obtenir l’indispensable adhésion des peuples qu’ils représentent.
Compte
rendu de la 120ème assemblée de l’Union interparlementaire
5 au 10 avril 2009 (Addis Abeba – Ethiopie)
La 120ème Assemblée statutaire de l’UIP s’est tenue à Addis Abeba
(Ethiopie) du 5 au 10 avril 2009. Les délégations de parlements de 123 pays (sur
153) ont participé à ses travaux.
Le Groupe français y a été
représenté par une délégation conduite par M. Patrice Martin-Lalande, président exécutif, président de la 2ème commission permanente
de l’UIP « développement durable, financement et commerce », député (UMP),
et comprenant M. Robert del Picchia, membre du Comité exécutif, sénateur (UMP), Mme
Alima Boumediene-Thiery, membre suppléante du Comité des droits de l’Homme des
parlementaires, sénatrice (rattachée au groupe socialiste), Mme
Geneviève Colot,
députée (UMP), M. Marc Dolez, député (GDR), M.
Pierre Fauchon, sénateur (UC),
Mme Gisèle Gautier, membre suppléante du Comité de coordination des femmes
parlementaires, sénatrice (UMP) et M. Serge Janquin, membre suppléant du Comité
Moyen-Orient, député (SRC).
1) Travaux
du Comité exécutif
M.
Robert del Picchia, membre du Comité exécutif, a participé aux réunions de
cette instance les 3, 4 et 9 avril.
La question des modalités de
participation du parlement de la Palestine aux travaux de l’UIP a été soulevée
par la délégation palestinienne. Avec l’appui de certains membres du Comité
exécutif, cette délégation a demandé que soit remise en cause la délibération du
Conseil directeur adoptée par le Conseil directeur lors de la 119ème Assemblée
pour admettre la Palestine comme membre à part entière. Les représentants de la
Palestine ont en effet contesté les termes de cette délibération qui désignent
le Conseil législatif palestinien (CLP) comme étant le Parlement de la Palestine
et autorisant à titre temporaire le Conseil national palestinien (CNP) à
faciliter la représentation du CLP.
Ils ont fait valoir que c’était
aux Palestiniens de déterminer les modalités de leur participation à l’UIP et
qu’ils souhaitaient qu’elle soit assurée par le CNP, qui permettait de
représenter les nombreux Palestiniens établis à l’étranger.
M. Robert del Picchia et d’autres
membres du Comité exécutif se sont étonnés de voir ainsi remise en cause une
décision du Conseil directeur adoptée par consensus – donc sans aucune
opposition – il y a quelques mois. Ils ont en outre fait valoir que le CLP était
le seul organe palestinien qui, d’une part, répondait à la définition du
Parlement au sens des statuts de l’UIP et décisions prises pour leur
application, en ce sens qu’il détient des pouvoirs législatifs et de contrôle
et, d’autre part, satisfaisait les conditions posées à l’article 3‑2 des statuts
pour l’admission de Parlements autres que ceux des Etats souverains. Sur
proposition du Président de l’UIP, le Comité exécutif a décidé de ne pas
recommander de modifier la délibération contestée du Conseil directeur et de
poursuivre les consultations avec la partie palestinienne.
Deux membres de la délégation
palestinienne appartenant au Hamas ayant ensuite tenté d’empêcher le
représentant de la Knesset de s’exprimer au cours du débat général, M. del Picchia
a demandé, au cours de la réunion du 9 avril, que ce comportement soit
officiellement condamné par le Président de l’UIP. Cette demande a été
satisfaite, M. Gurirab étant intervenu dans ce sens lors de la séance de clôture
de l’Assemblée.
Le Comité exécutif a également
délibéré sur la procédure de désignation du prochain Secrétaire général de l’UIP.
A cette occasion, le Secrétaire général actuel a indiqué qu’il était candidat
pour un dernier mandat. Sur proposition de M. del Picchia, qui avait souligné la
nécessité d’appliquer une procédure plus transparente que celle qui avait été
mise en œuvre pour le précédent renouvellement du mandat du Secrétaire général,
le Comité exécutif a décidé de recommander la reconduction de M. Anders Johnsson
et de soumettre cette recommandation au Conseil directeur qui statuera par un
vote à bulletin secret lors de la 121ème Assemblée de l’UIP.
Si le Conseil directeur
n’approuvait pas la reconduction du Secrétaire général, une procédure d’appel
international à candidatures serait lancée, conformément aux orientations déjà
approuvées par le Comité exécutif.
Le Comité a évoqué les mesures
qui pourraient être prises pour faciliter l’adhésion à l’UIP des Parlements des
petits Etats qui n’en sont pas encore membres, notamment en abaissant encore le
niveau de la contribution minimale et, après que plusieurs représentants de pays
membres du groupe des 12+ ont fait observer qu’une telle diminution ne devrait
pas être gagée par une augmentation corrélative des montants acquittés par les
contributeurs importants, a décidé de soumettre cette question au groupe de
travail chargé de dresser le bilan d’étape de la réforme de l’échelle des
contributions décidée en 2005.
Enfin, le Comité exécutif a
décidé de ne pas réclamer d’arriérés de contributions aux pays qui rejoignent
l’UIP après l’avoir volontairement quittée, cette mesure étant de nature à
clarifier les conditions d’une éventuelle réaffiliation du Congrès des
Etats-Unis d’Amérique. Le Comité a cependant souligné que, en cas de
réaffiliation, une contribution nationale de ce pays serait calculée dans les
conditions de droit commun.
2) Travaux
du Conseil directeur
Le Conseil directeur a siégé les
6 et 10 avril 2009. MM. Martin‑Lalande,
del Picchia et Janquin et Mmes Gisèle Gautier et Alima Boumediene-Thiery
ont participé en tant que membres du Conseil directeur à ses travaux, auxquels
ont également assisté d’autres membres de la délégation française.
Au cours de ses travaux, le Conseil directeur a notamment :
– réadmis comme membre le Parlement du Bangladesh, suspendu
l’affiliation des Parlements de la Guinée et de Madagascar et admis comme
observateur l’Internationale socialiste ; le Conseil a également créé une
nouvelle catégorie d’observateurs, à savoir les organisations
dont l’UIP partage les grands objectifs et avec lesquelles elle entretient des
relations de travail étroites et fructueuses et, à ce titre, a admis le Centre
pour le contrôle démocratique des forces armées (DCAF) ;
– approuvé les états financiers de l’exercice 2008 ;
– été informé de l’état actuel et des perspectives de la
coopération avec le système des Nations Unies, notamment celles offertes par la
résolution adoptée par l’Assemblée générale des Nations Unies en novembre
2008 ;
– adopté un amendement aux
statuts, initialement proposé par M. del Picchia et visant à distinguer la suspension de l’affiliation décidée en
cas de cessation du fonctionnement du Parlement de celle prononcée à raison du
non paiement des contributions dues ;
– adopté les grandes lignes d’une politique environnementale
visant à réduire l’empreinte carbone de l’UIP ;
3) Travaux
des commissions permanentes et de l’Assemblée
La 1ère commission a
examiné un projet de résolution sur le thème Promouvoir la non-prolifération et
de désarmement nucléaires, et assurer l’entrée en vigueur du Traité
d’interdiction complète des essais nucléaires : le rôle des parlements. Les
travaux de la 1ère commission permanente ont été suivis par M.
del Picchia, qui est intervenu dans la discussion générale pour défendre
les amendements déposés par la délégation française. Il a été désigné par le
groupe géopolitique des 12+ pour participer au comité de rédaction chargé
d’examiner les amendements et d’élaborer le projet soumis à la commission.
La 2ème commission, présidée par
M. Patrice Martin-Lalande, a examiné un projet de résolution sur le thème Changements
climatiques, modèles de développement durable et énergies renouvelables. Ses
travaux ont en outre été suivis par M. Marc Dolez, qui a présenté les
amendements français.
La 3ème commission a examiné un projet de résolution sur le
thème : Les travailleurs migrants, la traite des êtres humains, la xénophobie et
les droits de l’Homme. Ses travaux ont été suivis par M.
Pierre Fauchon, qui est
intervenu au nom de la délégation française dans le débat général.
Au total, les trois comités de rédaction ont
adopté totalement ou partiellement 18 amendements déposés par la délégation du
Groupe français, dont plusieurs amendements importants ayant respectivement pour objet :
1ère commission
·
d’inviter les États détenteurs de l’arme nucléaire à suivre l’exemple de la
France en procédant, sur une base volontaire, au démantèlement de leurs sites
d’essais nucléaires ;
·
d’appeler à l’ouverture de négociations pour parvenir à l’interdiction des
missiles sol-sol à courte et moyenne portées
· de
demander à tous les États ayant des capacités balistiques d’adhérer au code de
conduite de La Haye qui engage les parties à la retenue en matière de conception
et de déploiement de missiles et leur demande de ne pas contribuer à leur
prolifération ;
· de
subordonner la coopération et les transferts de technologie en matière de
nucléaire civil au respect de standards internationaux en matière de non
prolifération ;
· de
clarifier et de renforcer les recommandations relatives à la coopération des
États avec l’AIEA, notamment en prescrivant la conclusion systématique d’accords
de garanties généralisées et de protocoles additionnels et en affirmant la
nécessité de coopérer de bonne foi avec l’agence ;
2ème commission
· de
réaffirmer l’objectif visant à limiter à 2° C la hausse moyenne des températures
depuis la période préindustrielle, auquel une résolution adoptée par la 114ème
Assemblée de l’UIP avait pour la première fois donné un caractère universel ;
·
d’inviter les principaux émetteurs de gaz à effet de serre à suivre l’exemple
donné par le paquet « énergie-climat » adopté par l’Union européenne en décembre
2008 et à s’engager eux aussi à respecter, à l’horizon 2020, des objectifs
chiffrés de réduction du niveau des émissions, d’augmentation de la proportion
des énergies renouvelables et d’amélioration de l’efficacité énergétique ;
·
d’engager tous les États à participer dans un esprit constructif aux
négociations sur le climat en vue de définir à Copenhague un dispositif
post‑Kyoto équilibré et permettant de réduire efficacement le niveau des
émissions de gaz à effet de serre ;
3ème commission
· de
dénoncer les assassinats de journalistes ;
· de
préciser, dans un sens restrictif, les cas où des limitations peuvent être
légitimement apportées à la liberté d’expression en précisant ces limitations
doivent être strictement encadrées par une législation adaptée à l’objectif
poursuivi et dont la mise en œuvre est soumise à un contrôle judiciaire
indépendant ;
·
d’inviter le Conseil de Sécurité de l’ONU à adopter une résolution rappelant la
portée du droit international humanitaire pour les journalistes présents dans
les zones de conflits,
Les résolutions élaborées par les comités de rédaction et
approuvées par les commissions permanentes ont été adoptées par consensus, étant
relevé que la résolution issue des travaux de la 1ère commission a fait l’objet
de nombreuses et significatives réserves de la part des délégations de la Chine,
de l’Inde, de l’Iran et du Pakistan.
Au titre du point d’urgence,
l’Assemblée, initialement saisie de sept propositions, a adopté, après le retrait de cinq d’entre elles, une proposition élaborée
par les délégations canadienne et vénézuelienne sur la base de leurs demandes
originelles et ainsi libellée :
Le rôle des parlements dans l’atténuation des effets sociaux et politiques de la
crise économique et financière internationale sur les groupes les plus
vulnérables de la communauté mondiale, en particulier en Afrique. Le projet
de résolution établi par le Comité de rédaction a ensuite été adopté à
l’unanimité par l’Assemblée.
M.
Patrice Martin-Lalande est
intervenu au nom de la délégation française dans le débat général de l’Assemblée
sur le thème global Consolider la paix, la démocratie et le développement en
temps de crise : le rôle des parlements. Après avoir souligné qu’en temps de
crise, les Parlements avaient la responsabilité particulière de veiller au
maintien de la cohésion sociale dans leurs pays respectifs en s’assurant du
caractère équitable -notamment au regard de la situation des groupes sociaux les
plus vulnérables-, d’une part, et de continuer à voir loin en s’opposant à
sacrifier le long terme au court terme d’autre part,
Patrice Martin-Lalande a souligné que la question de la lutte contre le réchauffement
climatique constituait une parfaite illustration de cette seconde
responsabilité.
Dans ce dossier, les signaux
d’alerte ne manquent pas : augmentation en nombre et en intensité des évènements
climatiques extrêmes, fonte accélérée des calottes glaciaires, capacités de
retenue des puits de carbone en baisse, prévisions des climatologues plus
pessimistes que celles figurant dans le très récent dernier rapport du GIEC
(groupe intergouvernemental d’experts sur le climat)…A l’inverse, la nouvelle
attitude de l’administration Obama et l’adoption par l’UE d’un paquet « énergie-climat »
à la fois ambitieux et réaliste constituent des évolutions très positives.
Les Parlements ont donc le devoir de se
mobiliser pour qu’un accord global et réellement efficace sur le climat soit
trouvé à Copenhague en décembre 2009. Si une simple généralisation des dispositions contraignantes du
protocole de Kyoto ne paraît pas envisageable, un dispositif de régulation
efficace ne pourra être défini sans une certaine homogénéité de traitement entre
tous les grands pays industrialisés et sans une participation active des grandes
économies émergentes. Un large accord existe sur l’objectif général consistant à
limiter à 2°C la hausse moyenne des températures et un nombre croissant de pays
se rallie à l’idée que le corollaire obligé de l’objectif précédent est une
division par deux des émissions de gaz à effet de serre à l’horizon 2050. Pour y
parvenir ,il conviendra d’explorer les vois suivantes : différencier la nature
et le niveau des engagements souscrits par les pays en fonction de leur
situation propre ; prévoir néanmoins que tous les engagements devront avoir
comme caractéristique commune de déboucher sur des actions mesurables,
notifiables et vérifiables ; approfondir le concept d’approche sectorielle qui
permet de raisonner par secteur d’activité et non plus seulement par pays ;
augmenter sensiblement les transferts financiers et de technologie au bénéfice
des pays en développement ou émergents, notamment en orientant les
investissements privés vers le développement propre en recourant à des
financements innovants fondés sur le principe « pollueur‑payeur » et en prêtant
une attention particulière aux compensations financières pour la déforestation
évitée. En conclusion, M. Patrice Martin-Lalande a exhorté les parlementaires à faire
pression sur leurs gouvernements pour vaincre les blocages et les égoïsmes
nationaux et parvenir à Copenhague à un accord indispensable pour sauver la
planète.
4)
Activités du groupe géopolitique des « Douze plus »
MM.
Martin-Lalande et
del Picchia ont pris part aux travaux du
groupe des Douze plus, qui s’est réuni les 4, 7,8 et 10 avril.
Au cours de la réunion du 4
avril, M.
del Picchia a fait rapport
au groupe sur les travaux du Comité exécutif.
Les principales questions abordées lors des réunions des 12+ ont
été les modalités de représentation de la Palestine, le choix du point
d’urgence, la procédure à suivre pour la désignation du prochain secrétaire
général, les droits de l’Homme en Ethiopie et la consolidation du processus de
réforme de l’Union.
Au cours de la réunion du 8 avril, M.
Patrice Martin-Lalande, intervenant
en sa qualité de président de la seconde commission permanente, a déploré que
le grand nombre d’amendements déposé sur le projet de résolution examiné par
cette commission ait empêché la tenue de la seconde séance de discussion
générale prévue à titre facultatif dans le programme de l’Assemblée, alors
qu’elle aurait été justifiée par le nombre d’orateurs inscrits. Cela a eu pour
conséquence une regrettable rupture d’égalité entre les différents orateurs, les
premiers ayant pu s’exprimer beaucoup plus longtemps que les suivants. Pour
éviter la reproduction de situations aussi dommageables, il conviendrait de
réfléchir à une nouvelle organisation du calendrier des assemblées qui
permettrait aux réunions des Commissions de commencer dès le lundi après-midi, à
la place d’une séance de débat général d’assemblée qui pourrait être réinscrite
plus tard sans difficulté majeure.
5)
Autres réunions et activités
Au titre de leurs mandats, Mme
Alima Boumediene-Thiery, Mme
Gisèle Gautier et
M. Serge Janquin ont respectivement participé aux réunions du Comité des droits de
l’Homme des parlementaires, du Comité de coordination des femmes parlementaires
et du Comité sur les questions relatives au Moyen-Orient
Mmes
Colot et Gautier ont par ailleurs suivi les travaux de la
Réunion des femmes parlementaires et participé à une réunion-débat sur le thème
Les adolescentes : les filles laissées pour compte ? et Mme
Alima Boumediene-Thiery à
une réunion-débat sur La gestion de la diversité. Mme
Colot a également effectué
une visite de terrain organisée par l’UIP et l’UNICEF pour présenter des actions
de soutien social en faveur d’enfants et d’adolescents particulièrement
vulnérables
La réception
traditionnellement offerte par le Président exécutif du Groupe français et
l’Ambassadeur de France en l’honneur des délégations des pays francophones, des
pays du groupe des Douze Plus et des pays méditerranéens, a eu lieu le mercredi
8 avril à la Résidence de France
A l’occasion de la visite de travail en Ethiopie de Mme Rama Yade,
secrétaire d’Etat chargée des droits de l’Homme, la délégation française a
organisé le samedi 11 avril un petit déjeuner de travail réunissant, outre ses
membres, la ministre et ses collaborateurs, le secrétaire général de l’UIP et la
responsable du Comité des droits de l’Homme des parlementaires et l’ambassadeur
de France. Cette réunion a notamment permis de présenter à la ministre l’action
de l’UIP dans le domaine des droits de l’Homme et les modalités d’intervention
du comité spécialement chargé de suivre la situation des parlementaires
persécutés ou victimes de mesures arbitraires.
Compte rendu de la 119e Assemblée de l’Union interparlementaire (Genève)
13 – 15 octobre 2008
La 119e Assemblée
statutaire de l’UIP s’est tenue à Genève du 13 au 15 octobre 2008, avec la
participation des délégations de plus de 130 parlements nationaux. Le Groupe
français a été représenté par une délégation conduite par M. Patrice Martin-Lalande, président exécutif et député (UMP)
de Loir-et-Cher, et comprenant M. Robert del Picchia, sénateur (UMP) représentant
les Français établis hors de France, Mme
Alima Boumediene-Thiery, sénatrice
(rattachée au groupe socialiste) de Paris et M. Dino Cinieri, député (UMP) de la
Loire. M. Marc Dolez, député (SPC) de Nord, et Mme Gisèle Gautier, sénatrice
(UMP) de Loire-Atlantique, ont dû renoncer à assister à l’Assemblée pour des
raisons de force majeure.
Au cours de l’Assemblée, les
parlementaires français ont très activement participé aux travaux de l’UIP : M.
Patrice Martin-Lalande a présidé les réunions de la 2e Commission et est intervenu au
cours de la réunion-débat de la 1re Commission, M.
Robert del Picchia a suivi
les travaux du Comité exécutif et de la 1re Commission, Mme
Alima Boumediene-Thiery ceux du Comité des droits de l’Homme des parlementaires et de
la 3e Commission et M. Dino Cinieri ceux des 1re et 2e Commissions. L’ensemble
des membres de la délégation ont par ailleurs participé aux réunions du Conseil
directeur et de l’Assemblée siégeant en formation plénière. Par ailleurs, les
délégations nationales des pays francophones ainsi que des autres pays
méditerranéens ou de l’UE ont été conviés à une réception à la Représentation
française, offerte conjointement par la délégation française et par M.
Jean-Baptiste Mattéi, ambassadeur représentant permanent de la France auprès de
l’Office des Nations Unies à Genève.
La crise financière comme point d’urgence
Les quatre propositions de points d’urgence présentées devant l’Assemblée
concernaient toutes la crise financière et, à l’initiative du Bureau restreint
de l’Assemblée (dont M. Martin-Lalande est membre en qualité de président de la
2e Commission), ont pu être fusionnées dans une proposition unique adoptée par
consensus. La résolution élaborée par le comité de rédaction et adoptée par
l’Assemblée le 15 octobre demande l’adoption de mesures propres à réduire les
conséquences sociales que la crise financière internationale pourrait avoir sur
les perspectives d’emploi, la sécurité de l’emploi, la hausse des prix et la
pauvreté, afin de protéger les populations et de ne pas compromettre la
réalisation des objectifs du Millénaire pour le développement. La résolution
appelle également à renforcer les instances nationales de régulation des marchés
financiers, à définir des normes internationales permettant de mieux assurer la
transparence de ces marchés et des opérations qui y sont menées, à réprimer plus
efficacement les délits financiers et à promouvoir un nouveau système financier
plus juste et plus transparent.
Élection du nouveau président de l’UIP
M. Théo-Ben Gurirab,
président de l’Assemblée nationale de Namibie, était candidat à la présidence de
l’UIP avec le soutien du Groupe français et de la majorité du groupe
géopolitique des Douze plus (réunissant les pays occidentaux). Il a largement
devancé son rival, M. Agung Laksono, président de la Chambre des représentants
d’Indonésie, en obtenant 200 voix contre 113. Cette élection était très
importante pour assurer l’alternance de la présidence dont devait légitimement
bénéficier le continent africain.
Admission de la Palestine comme membre à part entière
A la suite des débats
consacrés à cette question lors de la 118ème Assemblée du Cap, le Comité exécutif
avait été mandaté par le Conseil directeur pour préparer un amendement aux
statuts de l’UIP permettant d’admettre la Palestine comme membre à part entière
de l’UIP sans ouvrir la porte à d’autres entités territoriales ne bénéficiant
pas de la même reconnaissance internationale ni d’un statut juridique comparable
auprès de l’ONU. Lors de la 251e session, tenue à Genève le 20 juin 2008,
le Comité exécutif avait adopté à cette fin, sur la proposition de M. Robert del Picchia, un projet d’amendement ainsi rédigé :
« Le Parlement constitué conformément à la loi fondamentale d’une entité
territoriale dont la vocation étatique est reconnue par l’ONU et qui bénéficie
du statut d’observateur permanent auprès de cette organisation, avec des droits
et privilèges additionnels importants, peut aussi devenir membre de l’Union
interparlementaire »
Cet amendement a
été adopté par l’Assemblée le 13 octobre 2008.
Conformément aux statuts, le Conseil directeur devait ensuite statuer sur
l’admission de la Palestine, ce qui soulevait la question du choix du Conseil
législatif palestinien (CLP) ou du Conseil national palestinien (CNP) pour
assurer la représentation de la Palestine au sein de l’UIP. En effet, si
l’amendement visant clairement le CLP, seul à pouvoir être considéré comme un
Parlement, il fallait aussi tenir compte de la situation créée par la
composition actuelle du CLP et par l’emprisonnement d’un nombre important de ses
membres en Israël. En conséquence, la résolution adoptée par le Conseil
directeur désigne le CLP comme étant le
Parlement de la Palestine mais admet, à titre
provisoire, que cet organe soit représenté par des membres du CNP.
Admission de nouveaux membres
Outre la Palestine,
sont également devenus membres de l’UIP le sultanat d’Oman et la Sierra Leone.
La demande de réaffiliation du Parlement des Comores, qui avait été suspendu
pour non-paiement de la contribution à l’UIP, a également été acceptée. Du fait
de ces nouvelles adhésions, le nombre de membres de
l’UIP s’élève maintenant à 154.
Adoption du budget 2009
Le projet de budget
de l’UIP pour 2009 a été adopté par le Conseil directeur. Le
léger tassement constaté entre 2008 (20,1 millions
de francs suisses, 13,4 millions €) et 2009 (18,4 millions de francs suisses,
12,25 millions €) est essentiellement dû à une forte diminution des dépenses de
soutien aux institutions représentatives, qui reflète l’achèvement de certains
programmes importants. Les contributions nationales
augmentent de 2,5 %, contre 4 % en 2008, ce qui permet
de respecter l’augmentation moyenne de 3 % sur laquelle l’UIP s’était engagée.
Par ailleurs, le montant des contributions volontaires attendues a été fixé de
manière plus réaliste, passant de 7,4 millions francs suisses en 2008 à
5,2 millions en 2009 . Le vérificateur interne, M. Hans Füchtel, député au
Bundestag, a cependant souligné l’insuffisance du taux d’exécution de certains
programmes de l’UIP.
Travaux du Comité exécutif
Sur proposition de M. Robert del Picchia, le Comité exécutif a adopté un
projet d’amendement aux statuts visant à distinguer
clairement les suspensions d’affiliation prononcées
pour raisons financières de celles qui interviennent au motif qu’un Parlement a
cessé de fonctionner. M. del Picchia a également souhaité que le Comité exécutif
engage une réflexion sur la consolidation dans les statuts de la sanction plus
limitée de suspension de la participation
d’un membre, appliquée dans le passé au cas
de la Thaïlande.
Le Comité exécutif a également approuvé un document d’orientation
sur la politique de l’UIP à l’égard des personnes handicapées et il a défini la
procédure de recrutement du prochain Secrétaire général,
sachant que le titulaire actuel de ce poste devra faire savoir,
avant le 30 juin 2009, s’il souhaite briguer un nouveau mandat.
Prochaines Assemblées
Sur proposition du
Comité exécutif, le Conseil directeur a décidé de tenir l’Assemblée de printemps
de 2010 en Thaïlande. Le Canada a fait acte de candidature pour accueillir
l’Assemblée de printemps de 2011, mais le Comité exécutif n’a, dans sa majorité,
pas souhaité définir des motifs légitimes de refus de délivrance de visa aux
délégués désignés par les membres de l’UIP, comme cela était demandé par le
Canada, de sorte que la question du choix du lieu de l’Assemblée pour 2011
demeure ouverte.
Réunions – débats des Commissions
En application du
nouveau format expérimenté pour l’Assemblée d’automne depuis 2007, les trois
commissions permanentes de l’UIP se sont réunies pour débattre, sur la base d’un
premier projet de rapport présenté par les co-rapporteurs, des sujets inscrits à
l’ordre du jour de l’Assemblée de printemps, à savoir :
–
promouvoir la non-prolifération et le
désarmement nucléaires et assurer l’entrée en vigueur du Traité d’interdiction
complète des essais d’armes nucléaires : le rôle des parlements (1re
Commission) ;
– changements climatiques, modèles de
développement durable et énergies renouvelables (2e Commission) ;
– la liberté d’expression et le droit à
l’information (3e Commission).
M. Patrice Martin-Lalande
a présidé la réunion de la 2e Commission, qui a
été marquée par la présentation de deux rapports distincts par M. Hans Fuchtel
(Allemagne) et M. Attila Lins (Brésil). S’agissant de la
définition d’un système post-Kyoto de régulation des émissions
de gaz à effet de serre (GES), les différences
d’approche relevées dans ces deux documents sur les responsabilités respectives
des pays industrialisés et des pays émergents dans la maîtrise des rejets et sur
la nature des efforts qui peuvent être demandés aux pays de ce second groupe
illustrent l’ampleur des défis à relever dans le cadre des négociations en cours
sur le climat.
M.
Martin-Lalande est par ailleurs intervenu devant la 1re Commission pour rappeler
le caractère exemplaire du bilan français en matière de désarmement et de
non-prolifération nucléaires et présenter les
initiatives prises par la France, à la suite du discours du Président de la
République à Cherbourg le 21 mars 2008, notamment pour parvenir au démantèlement
complet de tous les sites d’essais nucléaires, favoriser la conclusion d’un
traité d’interdiction de la production de matières fissiles à usage militaire et
promouvoir l’interdiction des missiles sol-sol à portée courte ou intermédiaire.
M. Martin-Lalande a également souligné la gravité de la
situation créée par le programme nucléaire clandestinement mis en œuvre par
l’Iran et a appelé les parlementaires iraniens à
œuvrer en faveur d’une reprise du dialogue sur cette question et d’une
suspension des activités d’enrichissement et de retraitement de l’uranium menées
dans leur pays. Enfin, il a souligné la nécessité de répondre à la demande
croissante d’accès aux usages civils du nucléaire dans le strict respect des
normes les plus exigeantes en matière de sécurité, de sûreté et de
non-prolifération.
Travaux du groupe des Douze Plus
Au cours de la
première réunion du groupe des Douze Plus, M.
Martin-Lalande est intervenu pour
suppléer M. Rudy Salles en tant que rapporteur du groupe sur la mise en œuvre de
la réforme de l’UIP. Il a souligné que la seule modification affectant le format
expérimental de la seconde assemblée annuelle était l’allongement d’une heure de
la durée des réunions-débats dans chacune des trois commissions permanentes, le
temps nécessaire ayant été prélevé sur la durée allouée à la commission des
affaires des Nations Unies, avec l’accord de cette dernière. Il a également fait
valoir que le bilan de cette expérimentation était, à ce stade, plutôt mitigé,
dans la mesure où l’augmentation du temps de session du Conseil directeur, s’il
avait permis un débat plus approfondi sur le budget, n’avait pas débouché sur un
renforcement significatif du contrôle exercé par les Membres en la matière, et
que la plus grande implication des parlementaires dans l’exécution des
programmes de l’UIP, souhaitée par les Douze Plus, n’avait pas eu lieu. Il
convient donc de continuer à coordonner l’action des délégations des Douze Plus
pour tenter d’infléchir ces pratiques.
Postes pourvus
Sur proposition de la
délégation française, M. Serge Janquin a été élu par le Conseil directeur au
poste de membre suppléant du Comité Moyen-Orient.
Conférence parlementaire sur l’OMC
(Genève, 10 - 12 septembre 2008)
La
Conférence parlementaire sur l’OMC, organisée conjointement par l’UIP et le
Parlement européen, s’est tenue à Genève du 10 au 12 septembre 2008. Le Groupe
français de l’UIP y était représenté par Mme Nicole Ameline (UMP), députée du
Calvados, et M.
Jean Bizet (UMP), sénateur de la Manche.
Cette conférence a permis à la
centaine de parlementaires des nombreux États représentés de faire le point sur
l’avancée du cycle de Doha. Ils ont pu s’entretenir avec M. Pascal Lamy,
directeur général de l’OMC, qui, répondant à une question de la délégation
française, a précisé le calendrier qu’il souhaitait pouvoir tenir.
Après avoir rappelé que les
négociations du cycle sont un accord global (agriculture, services, règles,
produits industriels) et qu’un accord même partiel est donc exclu, M. Lamy a
souhaité qu’un accord sur les principes intervienne avant la fin de
l’administration américaine actuelle de façon que la discussion sur les
modalités de mise en œuvre, seconde étape indispensable de la négociation,
s’engage pour aboutir avant fin 2009.
Ce scénario a été confirmé par
les ambassadeurs négociateurs de l’OMC pour les questions d’agriculture, M.
Crawford Falconer, et de services, M. Fernando de Mateo y Ventuirini, qui ont
insisté sur :
1/ les grandes avancées qui
étaient intervenues en juillet avant le constat d’échec symbolisé par le
désaccord persistant États-Unis – Inde ;
2/ les dommages
considérables qu’entraîneraient, pour tous et dans tous les domaines, l’échec du
cycle de Doha.
Dans de nombreuses
interventions, la question climatique est revenue comme une préoccupation
constante, souvent associée à la crise alimentaire mondiale. Cette question a
donné lieu à un échange sur le thème : Le commerce international peut-il
contribuer à atténuer les changements climatiques ?, plusieurs intervenants
soulignant les dangers d’un échec des négociations actuelles pour celles,
futures, qui s’engageront dans le cadre de la Conférence sur le changement climatique de Copenhague en décembre 2009.
Les autres débats ont permis de
nombreux échanges sur les thèmes : Voir plus loin que Doha et
Désamorcer les menaces de conflits en rapport avec les denrées alimentaires et
l’énergie grâce au commerce.
La Conférence a adopté un code de conduite des relations entre les gouvernements et
les parlements en ce qui concerne les questions commerciales internationales.
Dans leur déclaration finale,
les parlementaires ont demandé à leurs représentants de reprendre au plus vite
les négociations pour aboutir avant fin 2009. Toutefois, plusieurs orateurs ont
estimé que ce calendrier volontariste constituait un scénario optimiste.
En marge de ces réunions, les
parlementaires français ont été reçus par M. Jean-Baptiste Mattei, ambassadeur, représentant
permanent de la
France auprès de l’Office des Nations Unies à Genève,
et par notre délégué permanent auprès de l’OMC, M. Philippe Gros.
Compte rendu de la 118ème
Assemblée de l’Union interparlementaire (Le Cap, Afrique du Sud)
13 - 18 avril 2008
La 118ème Assemblée statutaire de l’UIP s’est tenue au Cap, en
Afrique du Sud, du 13 au 18 avril 2008, Les délégations de parlements de 130
pays suivants ont participé à ses travaux. Le Groupe français y a été représenté
par une délégation conduite par M. Patrice Martin-Lalande, président exécutif et
député (UMP), et comprenant M. Robert del Picchia, membre du Comité exécutif et
sénateur (UMP), Mme
Alima Boumediene-Thiery, sénatrice (rattachée au groupe
socialiste), M. Robert Bret, sénateur (CRC), Mme
Geneviève Colot, députée (UMP),
M. Jacques Desallangre, député (GDR), Mme Gisèle Gautier, sénatrice
(UMP) et M. Serge Janquin, député (SRC).
1) Travaux du Comité exécutif
M.
Robert del Picchia, membre du Comité exécutif, a participé aux réunions de
cette instance les 11, 12, 14 et 18 avril. La principale question débattue
par le comité a été celle de l’évolution du statut de la Palestine au sein de l’UIP.
La délégation palestinienne, appuyée par de nombreuses autres délégations,
demandait que le Conseil directeur statue au cours de la 118ème
Assemblée, sur l’admission de la Palestine – qui bénéficie aujourd’hui d’un
statut d’observateur très amélioré – comme membre à part entière de l’UIP. Eu
égard à la composition du Comité exécutif, cette demande bénéficiait d’un
soutien majoritaire en son sein. La plupart des représentants du groupe
géopolitiques des Douze Plus (regroupant les pays « occidentaux ») au Comité
exécutif ainsi que ceux de la Corée du Sud et de la Russie ont cependant fait
part de leurs réserves juridiques à l’égard d’une demande dont la satisfaction
immédiate serait contraire aux dispositions des Statuts de l’UIP réservant la
qualité de membres aux Parlements des Etats souverains. Après de longs débats
consacrés notamment à la question de savoir s’il était envisageable d’améliorer
le statut de la Palestine en lui accordant toutes les prérogatives d’un membre
sauf le droit de vote et si la Palestine devait être représentée par le Conseil
national palestinien ou par le Conseil législatif palestinien, un consensus
s’est dégagé pour accepter le principe de l’admission de la Palestine comme
membre à part entière, MM.
del Picchia et Gert Versnick (Belgique) obtenant
en contrepartie que cette admission ne se fasse pas en contradiction avec la
lettre et l’esprit des statuts de l’UIP et qu’elle soit donc subordonnée à
une modification préalable des statuts proposée par le Comité
exécutif. Il a été précisé que les dispositions dérogatoires à insérer dans les
statuts devaient s’appliquer seulement au cas de la Palestine, de manière
à éviter tout risque de « contagion ».
Sur la question de l’imposition par la France des revenus des membres du
personnel de l’UIP résidant dans notre pays, M.
del Picchia a informé le
Comité des perspectives ouvertes par les récents contacts entre M.
Martin-Lalande, président exécutif, et le cabinet du ministre du budget.
Conformément aux souhaits du Groupe français, aucune décision n’a donc été prise
à ce sujet par le Comité exécutif.
Comme cela avait été décidé lors du dernier Comité directeur des Douze plus, M.
del Picchia et les autres représentants de ce groupe au Comité ont demandé que
le choix du prochain Secrétaire général de l’UIP donne lieu à un appel à
candidatures international organisé de manière ouverte et transparente.
2) Travaux du Conseil directeur
Le Conseil directeur a siégé les 13 et 18 avril. M.
Martin-Lalande, Mme Gautier
et M. Desallangre ont participé en tant que membres du Conseil directeur à ses
travaux, auxquels ont assisté plusieurs autres membres de la délégation
française. Au cours de ses travaux, le Conseil directeur a notamment :
– admis ou réadmis comme membres les Parlements de la Guinée, de l’Iraq,
du Lesotho, de la Mauritanie et du Timor Leste, a suspendu l’affiliation du
Parlement du Bangladesh et a admis comme observateur l’association Human Rights
Watch ;
– approuvé les états financiers de l’exercice 2007 ;
– été informé de l’état actuel et des perspectives de la coopération avec le
système des Nations unies, notamment celles offertes par le nouveau
protocole d’accord entre l’UIP et le PNUD signé en novembre 2007 ;
– adopté des amendements au Règlement de la réunion des femmes parlementaires
(pour augmenter la durée du mandat des membres au Comité de coordination et ses
conditions de renouvellement) et au Règlement financier ;
– approuvé la tenue de la 120ème Assemblée à Addis-Abéba.
3) Travaux des commissions permanentes et de l’Assemblée
La 1ère commission a examiné un projet de résolution sur le thème « Trouver
un équilibre entre sécurité nationale, sécurité humaine et libertés
individuelles et déjouer la menace qui pèse sur la démocratie : le rôle des
Parlements ». Les travaux de la 1ère commission permanente ont
été suivis par M. Janquin, qui est intervenu dans la discussion générale pour
défendre les amendements déposés par la délégation française.
La 2ème commission, présidée par M.
Patrice Martin-Lalande, a examiné un
projet de résolution sur le thème du « Contrôle parlementaire des politiques
étatiques en matière d’aide étrangère ». Ses travaux ont en outre été
suivis par M.
Robert del Picchia, qui a présenté les amendements français.
La 3ème commission a examiné un projet de résolution sur le thème :
« Les travailleurs migrants, la traite des êtres humains, la xénophobie et
les droits de l’Homme ». Ses travaux ont été suivis par Mme
Geneviève Colot
et M. Robert Bret, qui est intervenu dans le débat général pour exposer les
motifs des amendements présentés par la délégation française.
Au total, les trois comités de rédaction ont adopté totalement ou partiellement
13 amendements déposés par la délégation du Groupe français,
dont plusieurs amendements importants au projet de résolution sur le
contrôle parlementaire de l’aide publique au développement visant à encourager
les conversions de dettes en investissements productifs, à assurer la promotion
de l’emploi local et à favoriser le développement de la capacité d’absorption de
l’aide financière par les pays aidés. Les amendements de la délégation française
avaient fait l’objet d’une consultation écrite des membres du Groupe français et
avaient été adoptés par consensus lors de l’Assemblée générale du Groupe tenue
le 25 mars 2008.
Les résolutions élaborées par les comités de rédaction et approuvées par les
commissions permanentes ont été adoptées à l’unanimité pour celles issues des
travaux des 1ère et 2ème commissions et par consensus
pour celle issue des travaux de la 3ème commission.
Au titre du point d’urgence, l’Assemblée, initialement saisie de six
propositions, a adopté une proposition commune élaborée, après retrait de leurs
demandes initiales, par les délégations d’Afrique du Sud, d’Egypte et d’Iran et
ainsi libellée : « Le rôle que les Parlements et l’Union interparlementaire
peuvent jouer pour mettre fin immédiatement à la dégradation rapide de la
situation humanitaire dans les zones de conflit et à sa dimension
environnementale, pour faciliter l’exercice du droit des Palestiniens à
l’autodétermination – en particulier en faisant cesser le blocus à Gaza – et
pour accélérer la création d’un État palestinien au moyen d’un processus de paix
viable ».
Le projet de résolution établi par le Comité de rédaction a ensuite été
adopté à l’unanimité par l’Assemblée.
Enfin, l’Assemblée a également adopté une déclaration de la Présidente de
l’Assemblée du Zimbabwe, dans laquelle les délégués à la 118ème
Assemblée expriment leur préoccupation devant le retard pris pour publier tous
les résultats du récent scrutin, affirment le droit du peuple du Zimbabwe à
choisir son avenir au moyen d’élections libres et régulières et exhortant les
autorités à lever les restrictions à la liberté de réunion et d’expression, à
réunir le Parlement dans les plus brefs délais et à œuvrer au maintien de la
paix civile.
4) Activités du groupe géopolitique des « Douze plus »
MM. Martin-Lalande et
del Picchia ont pris part aux travaux du groupe des Douze
plus, qui s’est réuni les 12, 15, 16 et 17 avril, Mme Gisèle Gautier participant
également aux réunions des 15 et 16 avril.
Suppléant M. Rudy Salles, rapporteur
des Douze plus pour la réforme de l’UIP, M. Martin-Lalande a présenté un rapport sur l’évaluation de la réforme de
l’UIP et, en particulier, sur le bilan du nouveau format de la seconde
assemblée annuelle expérimentée en octobre 2007 lors de la 117ème
Assemblée. Il a estimé que le système des co-rapporteurs, bien qu’imparfait,
favorisait aussi une sur-représentation des Douze plus dans presque tous les
cas. Le temps supplémentaire alloué aux sessions du Conseil directeur a certes
permis un débat plus animé et plus circonstancié sur le projet de budget, mais
on n’est pas sorti du schéma classique dans lequel les membres de l’UIP n’ont
que très peu de poids sur le contenu du projet et ne peuvent guère obtenir
qu’une rituelle et marginale réduction du taux d’augmentation du taux des
contributions nationales. En ce qui concerne le contrôle par les parlementaires
des programmes de l’UIP, aucun progrès significatif n’a été fait et il
conviendrait de relancer l’idée d’associer des parlementaires experts à
l’exécution des actions de soutien aux Parlements menées par l’Union et de faire
systématiquement statuer une autorité politique sur le lancement d’un nouveau
programme. L’expérience des débats d’étape en commission est en revanche plutôt
positive, mais il conviendrait cependant de leur donner un caractère plus
interactif, notamment en découpant la discussion autour de quelques sous-thèmes.
Le groupe des Douze Plus a également auditionné les deux candidats à la
présidence de l’UIP, soit M. Théo-Ben Gurirab, Président du parlement namibien
et M. Agung Laksono, Président du parlement indonésien ; à l’issue de cette
audition, les Douze Plus ont décidé de soutenir le candidat africain, rejoignant
ainsi la position déjà adoptée par le Groupe français lors de son Assemblée
générale du 25 mars 2008.
5) Autres réunions et activités
Mmes Colot et Gautier ont participé à une réunion-débat sur la santé
maternelle et infantile et Mme
Alima Boumediene-Thiery à une réunion-débat sur
la consolidation de la paix au service de la réconciliation.
Outre de très nombreux contacts informels entres les membres de la
délégation française et leurs homologues, M.
Martin-Lalande et Mme Alima Boumediene-Thiery
ont eu un entretien bilatéral avec des représentants du Parlement iraqien.
6) Postes pourvus
Deux membres du Groupe français ont été désignés par le Conseil directeur à des
postes de responsabilité au sein d’organes permanents de l’UIP :
Mme Gisèle Gautier
a été élue membre suppléant du Comité de coordination des femmes parlementaires
et M. Robert Bret, membre du Comité sur
les questions du Moyen Orient.
Première réunion parlementaire mondiale sur le VIH/sida
(Manille, 28 au 30 novembre 2007)
La Première réunion parlementaire mondiale sur le VIH/SIDA,
organisée dans le cadre de l’Union interparlementaire (UIP), s’est tenue à
Manille du 28 au 30 novembre 2007, à l’invitation du Sénat de la République des
Philippines.
La décision de tenir cette réunion a été prise lors de la 112e
Assemblée de l’UIP, qui s’était réunie également à Manille, en 2005, et qui
avait adopté une importante résolution sur la question des conséquences de la
pandémie sur les droits humains.
Environ 200 participants, issus des parlements de 55 pays, ont participé aux
travaux. Le parlement français était représenté par M.
Jean-Pierre Door, député
(UMP) du Loiret, et Mme
Sylvie Desmarescaux, sénatrice (N.I.) du Nord,
accompagnés de M. Thierry Bonnelle, fonctionnaire de l’Assemblée nationale.
Ouverture de la réunion
Dans son discours d’ouverture, M. Francisco Duque, ministre de la Santé
des Philippines, a indiqué qu’en raison du développement tardif de l’épidémie
dans son pays, où le taux de prévalence est encore inférieur à 0,1 %, le
dispositif mis en place par les autorités pour y faire face n’est véritablement
opérationnel que depuis 2004. Le Parlement a adopté récemment un cadre juridique
qui englobe l’ensemble des aspects de la pandémie.
M. Roberto Ruiz s’est ensuite exprimé au nom des personnes
qui vivent avec le VIH. Il s’est félicité que cette catégorie de personnes ait
été associée au travail législatif réalisé aux Philippines, mais a observé que,
même lorsque des cadres juridiques adéquats existent, ils sont insuffisamment
appliqués et, ainsi, ne permettent pas d’assurer une protection efficace des
personnes vulnérables. Il s’est particulièrement indigné des entraves apportées
à la libre circulation des personnes porteuses du virus dans plusieurs régions
du monde.
M. Michel Sidibé, directeur exécutif adjoint de l’ONUSIDA, a souligné que
l’épidémie de sida ne constitue pas qu’une crise sanitaire, mais également dans
les domaines des Droits de l’Homme, du développement et de la sécurité. Il a
estimé que dans tous ces domaines, les parlementaires ont un rôle fondamental à
jouer à plusieurs titres :
- en adoptant les textes
législatifs adaptés et en contrôlant leur mise en application ;
- en s’assurant lors de l’adoption des budgets que des financements suffisants
sont consentis pour la lutte contre la pandémie ;
- en veillant à ce que les engagements pris aux niveaux régional et
international soient tenus au plan national ;
- en utilisant leur position de « faiseurs d’opinion » pour susciter des débats
et lancer des campagnes, dans le domaine de la prévention et de la protection
des personnes vulnérables.
M. Anders Johnsson, secrétaire général de l’Union
interparlementaire, a rappelé que le sida a été souvent abordé lors des
assemblées de l’UIP, et en a même constitué le sujet principal à quatre
reprises, à l’instigation des parlements africains. Suite à ces débats, l’UIP a
constitué en 2006 un groupe consultatif sur le sida, composé de 8 parlementaires
qui ont effectué plusieurs missions et ont travaillé avec des experts pour
élaborer, en liaison avec l’ONSIDA, le « Guide pratique à l’intention des
parlementaires » dont la présentation fait l’objet du premier thème de la
présente réunion.
M. José de Venecia, Président de la Chambre des Représentants
des Philippines, soulignant l’urgence de trouver des solutions concrètes pour
financer les Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD), a proposé
qu’un montant de 3 milliards de dollars, prélevé sur le montant total de la
dette du Tiers Monde, soit affecté à la lutte contre le sida dans une vingtaine
de pays les plus endettés, qui seraient sélectionnés par l’ONU. Il a aussi
souhaité que soit créé un comité exécutif au niveau mondial chargé du suivi des
OMD.
Après avoir rappelé par quelques chiffres l’ampleur de
l’épidémie de sida dans le monde et ses conséquences économiques et sociales, M.
Manny Villar, président du Sénat des Philippines, a estimé que la lutte doit
pouvoir s’appuyer sur un maximum d’acteurs, parmi lesquels il a cité les medias,
les universités, les ONG et la société civile. Par ailleurs, il a indiqué que le
XIIe Sommet de l’ANASE (Association des Nations de l’Asie du Sud Est), qui
portait sur le thème du sida, a décidé la création d’un comité qui réunira les
structures de soins de la région.
Thème :
« Parlements et leadership dans la lutte contre le VIH/SIDA »
M. Elioda Tumwesigye, président du Groupe consultatif sur le
sida de l’UIP, a présenté le « Guide pratique à l’intention des parlementaires »
élaboré par ce Groupe. Les 13 chapitres de ce manuel abordent l’ensemble des
aspects de la lutte contre la pandémie sur lesquels peuvent intervenir les
parlementaires : dépistage, prévention, financements, accès aux soins et aux
médicaments, discriminations, protection des personnes vulnérables, etc.
Toutefois dans tous ces domaines il existe de grandes disparités de situations
entre les différents pays, et ainsi la mission assignée au manuel est de
suggérer des lignes directrices, qui doivent être adaptées à chaque cas
particulier. M. Tumwesigye a particulièrement attiré l’attention des
parlementaires sur le chapitre 13 du Guide, qui aborde le point très délicat et
controversé de la réponse à apporter au délit de transmission et d’exposition au
risque de transmission du VIH : une réponse de nature pénale, outre une
difficulté évidente de mise en œuvre, peut entraîner des conséquences négatives
telles qu’une aggravation de la stigmatisation liée au VIH/SIDA.
Le représentant américain a fait état des efforts réalisés
par les laboratoires des universités américaines dans la mise au point d’un
vaccin efficace. Concernant la prise en charge des traitements, il a estimé que
les employeurs devaient être davantage responsabilisés et mis à contribution.
Un membre de la délégation indienne a souligné le rôle de
l’Inde dans la production et la diffusion de médicaments génériques contre le
sida.
Au nom de la délégation française, M.
Door a préconisé la
généralisation des pratiques de dépistage précoce partout où elles sont
possibles, et notamment dans les « lieux sensibles ». Il a estimé que la lutte
contre les mesures entravant la libre circulation des personnes séropositives
devait constituer une priorité. Il a souhaité que les relations entre le Fonds
mondial et les parlementaires soient renforcées. M.
Door a également souligné
l’engagement fort de la France dans la lutte au niveau mondial. La France a en
effet décidé de consacrer 900 millions d’euros sur trois ans au Fonds mondial.
Elle est aussi à l’initiative de la création d’UNITAID, qui a déjà permis au
bout d’une année de fonctionnement de consacrer 160 millions d’euros à la mise à
disposition de médicaments dans les pays du Sud, grâce à un mode de financement
innovant fondé sur une taxe sur les billets d’avion. M. Door, regrettant qu’à ce
jour seuls sept pays se soient à joints la France dans le cadre de cette
initiative, a lancé un appel pour que de nouveaux pays s’y engagent à leur tour.
Un membre de la délégation vietnamienne s’est félicité que
le soutien du Fonds mondial ait permis à son pays d’instaurer la gratuité des
soins. L’effort doit désormais porter sur les moyens d’assurer un suivi efficace
des traitements.
Thème :
« Stigmatisation et discrimination : que peuvent faire les parlementaires ? »
M. Door a indiqué que la France s’est dotée récemment d’une
haute autorité, la HALDE, dont l’objectif est de lutter contre les
discriminations de toute nature. Il en a exposé la composition et le mode de
fonctionnement, estimant qu’elle pouvait constituer un exemple pour la mise en
place de politiques antidiscriminatoires, notamment dans les pays du Sud. Il a
également souligné que la préservation du secret médical et de l’anonymat des
malades constituait une priorité pour les autorités sanitaires françaises, la
question s’étant posée avec une particulière acuité dans le cadre de la
généralisation en cours du dossier partagé.
Une représentante de la Belgique a évoqué les conséquences
des discriminations sur la propagation de la maladie, par leur effet dissuasif
sur le dépistage.
Un membre de la délégation du Lesotho a indiqué que la
crainte d’une stigmatisation dissuade dans son pays les malades de se faire
soigner dans les hôpitaux publics.
La représentante tanzanienne a témoigné de la force des
stigmatisations dans son pays, particulièrement envers les femmes. Le Président
tanzanien a lancé une campagne en faveur du dépistage, mais son succès n’est pas
assuré, les personnes craignant d’aller chercher les résultats, et redoutant que
l’anonymat ne soit pas respecté.
Le représentant de l’Ouganda a lancé un appel au
volontarisme, estimant que les parlements constituent des lieux privilégiés pour
la lutte contre le sida. Les parlements exercent un leadership sur les autres
institutions, les parlementaires ainsi que les administrations parlementaires se
doivent de donner l’exemple à la nation. Il a aussi évoqué le problème complexe
de la prévention de la transmission mère – enfant, en s’interrogeant sur la
nécessité d’obliger par la loi les femmes enceintes à se faire dépister, au
risque de les exposer à des stigmatisations.
Un membre de la délégation indienne s’est félicité que, dans
son pays, de plus en plus de femmes enceintes peuvent désormais se faire
dépister dans des conditions confidentielles.
Le représentant thaïlandais a estimé que le dépistage
obligatoire ne pouvait se justifier dans aucune situation. L’effort doit porter
sur la sensibilisation et le renforcement des structures.
Un membre de la délégation grecque a mis l’accent sur la
nécessité absolue de protéger le secret médical en toute circonstance.
Le représentant zambien a exposé une initiative originale
prise dans son pays : en effet, tous les agents du gouvernement sont invités,
chaque vendredi, à délivrer un message au public contre les discriminations.
Le représentant du Surinam déplore que les lois existantes
ne soient pas appliquées faute de procédures intentées contre les contrevenants.
Thème :
« L’accessibilité aux médicaments »
M. Julian Fleet, chef du Service de liaison VIH/sida
au Bureau du PNUD à Genève, a noté une certaine amélioration de la situation au
cours des deux dernières années, même si le dispositif des licences obligatoires
demeure trop complexe, ce qui dissuade de nombreux pays de les utiliser. Ces
pays vulnérables redoutent aussi des sanctions de l’OMC, ou d’entrer en conflit
avec les grands laboratoires pharmaceutiques. Ces derniers n’hésitent pas à
poursuivre les pays qui adoptent des lois permettant une réduction des prix des
médicaments, comme l’Afrique du Sud, ou qui encouragent la production de
génériques à grande échelle, comme l’Inde. L’industrie pharmaceutique est en
effet l’une ce celles qui génèrent les profits les plus élevés, et certains
pays, au premier rang desquels les Etats-Unis d’Amérique, défendent avec vigueur
les intérêts de leurs laboratoires.
Le représentant de Médecins sans Frontières a souligné le
rôle éminent de l’Inde dans la production d’ARV génériques, et a souhaité que ce
pays demeure « la pharmacie des pays en voie de développement ».
Un membre de la délégation brésilienne a estimé que
l’expérience de son pays démontre que l’on peut traiter le sida même dans les
zones les plus pauvres. Le Brésil s’est en effet doté d’un arsenal législatif
qui a permis d’éviter une catastrophe sanitaire. Il a adopté dès 1996 une loi
sur la propriété intellectuelle prévoyant que les brevets déposés par les
sociétés étrangères dans le domaine de la santé n’étaient plus protégés au
Brésil si ces mêmes sociétés ne produisaient pas sur place. Cette mesure a
permis un fort développement de la production locale de médicaments génériques.
Une autre loi a consacré la priorité à la vie et consacré l’accès aux
médicaments comme un droit prioritaire des citoyens. Les effets de cette
mobilisation nationale ont été spectaculaires puisque le taux de mortalité lié
au sida a baissé de moitié au Brésil entre 1996 et 2002.
Un représentant philippin a regretté que le prix des
trithérapies reste très élevé dans son pays (entre 300 et 400 dollars US par
mois) alors qu’il n’est que de 44 dollars US par mois en Thaïlande, grâce au
régime des licences obligatoires.
Thème :
« Légiférer pour les groupes vulnérables »
Mme Hendrietta Bogopane Zulu, parlementaire sud-africaine
chargée de conduire le débat sur ce thème, a estimé que, le parlement étant le
lieu privilégié pour la protection des droits humains, il devait devenir
véritablement le « parlement du peuple », accessibles à tous, et notamment aux
groupes vulnérables tels que les handicapés, les travailleurs du sexe, les
utilisateurs de drogues, etc. Sur un sujet qui fait encore débat dans de très
nombreux pays, l’Afrique du Sud a franchi un pas très important en 2006, en
légalisant l’homosexualité et en autorisant le mariage entre personnes du même
sexe.
Le représentant du Royaume-Uni a indiqué que dans ce pays
les catégories vulnérables au sida sont essentiellement les gays et les immigrés
africains, et à un moindre degré, les toxicomanes et les professionnels du sexe.
La représentante belge a souligné que les professionnels du
sexe en Belgique disposent d’un statut légal, ce qui est un moyen de limiter
leur vulnérabilité.
Mme
Desmarescaux a indiqué qu’en France, comme au
Royaume-Uni ou dans d’autres pays européens, les principales catégories de
personnes vulnérables par rapport au sida sont les gays et les immigrés
africains. Toutefois ces deux groupes ne peuvent lutter sur un pied d’égalité :
en effet les gays bénéficient d’un encadrement associatif puissant, qui mène des
actions de lobbying, ce qui n’est pas le cas pour les immigrés, a fortiori
les clandestins. C’est donc principalement au bénéfice de ces derniers,
particulièrement vulnérables, que l’Etat français a réagi en instaurant la CMU
(Couverture maladie universelle).
Le représentant vietnamien a souligné toute la difficulté
que rencontrent les parlementaires à protéger certaines de ces catégories
vulnérables, dans la mesure où elles ne bénéficient pas du soutien des opinions
publiques. Par ailleurs, l’adoption de certaines mesures doit faire l’objet de
larges débats, car elles peuvent aboutir à des paradoxes. Il en est ainsi par
exemple de la fourniture de seringues aux toxicomanes, dans le but d’éviter des
contaminations.
Le représentant du Royaume-Uni a insisté sur la lutte contre
les stigmatisations, qui est un préalable pour pouvoir aider les groupes
vulnérables. Il a notamment préconisé une décriminalisation de l’homosexualité
dans tous les pays.
Mme Zulu a rappelé la situation spécifique de l’Afrique, où
les femmes, les enfants et les victimes des conflits constituent des groupes
très vulnérables face au sida.
La représentante du Lesotho a estimé pour sa part que la
notion même de catégorie vulnérable n’a pas de sens dans son pays, où un quart
de la population est séropositive. En revanche, le sort des orphelins pour cause
de sida doit faire l’objet d’une réelle mobilisation.
La représentante indienne a suggéré que les medias jouent un
rôle plus important dans la lutte contre le sida, et qu’un effort soit porté sur
l’éducation des filles et l’égalité entre les hommes et les femmes.
Le représentant de l’ONU s’est interrogé sur l’opportunité
d’un ciblage des actions sur certaines catégories, qui pourrait s’avérer
contre-productif.
Le représentant du Pakistan a souligné la haute incidence de
la pauvreté et de l’analphabétisme sur la propagation de la maladie. Il a
suggéré que le budget militaire soit réduit au profit du secteur social, qui
dispose de très peu de ressources dans ce pays.
Les représentantes de la Zambie et du Burundi ont préconisé
un renforcement des structures sociales et sanitaires au niveau des régions.
Le représentant de la Malaisie a également souligné le rôle
de l’éducation sexuelle, et suggéré d’accorder davantage de pouvoirs aux ONG.
Thème :
« Le pouvoir de contrôle du Parlement comme outil d’adaptation des budgets
publics aux besoins en matière de VIH/sida »
M. Christoph Benn, directeur des relations extérieures du
Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme, après
avoir rappelé l’historique du Fonds, a indiqué que, malgré un quadruplement des
ressources depuis 2001, il sera difficile de réaliser les Objectifs du
millénaire pour le développement (OMD) en matière de lutte contre le sida. Le
Fonds mobilise en effet 10 milliards de dollars par an, alors que les besoins
sont estimés au triple. Après avoir dans un premier temps concentré son action
sur les traitements, le Fonds privilégie désormais la prévention, qu’il
considère comme prioritaire. Un effort important est également consenti pour le
renforcement des systèmes sanitaires et sociaux de base, ce qui entraîne un
effet transversal en favorisant également la lutte contre d’autres maladies. Le
Fonds est par ailleurs très soucieux, dans un but d’appropriation des programmes
par les pays bénéficiaires, de mobiliser l’ensemble des partenaires concernés.
Un « Forum de partenariat » se réunit tous les deux ans avec la participation
d’institutions diverses, d’ONG et également de parlementaires. Le prochain se
réunira à Dakar en décembre 2008 sur le thème : « Comment traduire les besoins
des pays en programmes ? ». Un tel sujet pourrait être l’occasion d’appuyer le
leadership des parlements. Les parlementaires ont aussi un rôle éminent à jouer
en matière de mobilisation des financements, puisque 30 % des ressources du
Fonds proviennent de contributions nationales.
Un représentant du Burundi s’est alarmé du risque de remise
en cause des efforts accomplis dans son pays depuis deux ans en raison d’une
réduction considérable des financements consentis par les bailleurs de fonds
dans le cadre du Plan de financement 2007-2011 adopté récemment.
Un membre de la délégation argentine a souligné les effets
pervers d’une focalisation exclusive sur une seule maladie. Il existe un risque
de déstabilisation des systèmes de santé, l’essentiel des ressources humaines
étant attirées par ces programmes qui bénéficient de financements importants.
La représentant du Lesotho a souhaité que les parlementaires
puissent disposer d’une meilleure information sur l’utilisation qui est faite
des ressources du Fonds.
Le représentant de la Malaisie a proposé que l’UIP se voie
conférer le rôle de décideur en matière de répartition des financements octroyés
par le Fonds.
Discussion
du projet de conclusions
Les participants ont ensuite discuté sur un projet de
déclaration finale élaboré par un groupe de rédaction et intitulé « Projet de
conclusions de la Première réunion parlementaire mondiale sur le VIH/sida ».
Plusieurs délégations ont proposé des amendements ou des ajouts :
La délégation de Haïti a demandé que le texte inclue la
nécessité d’assurer une coordination optimale de l’utilisation des fonds, et
particulièrement de ceux qui sont confiés à des ONG.
La délégation de l’Arabie saoudite, soulignant que le rôle
des parlements diffère selon les pays, a jugé inopportun que le texte comporte
des préconisations inapplicables par l’ensemble des pays représentés.
La délégation française, a suggéré qu’il soit fait référence
au dispositif de taxation sur les billets d’avion, et que le texte lance un
appel pour que de nouveaux pays adoptent ce moyen de financement innovant pour
assurer l’accès aux médicaments dans les pays en développement.
La délégation italienne a proposé que soient mentionnées les
questions de la transmission de la mère à l’enfant et de l’éducation des filles
et des femmes afin de leur permettre d’effectuer des choix en connaissance de
cause.
La délégation du Soudan a souhaité que le texte fasse une
référence aux problèmes spécifiques liés aux migrations, et qu’il souligne la
nécessité d’une approche intégrée de la lutte contre la pandémie.
La représentante tanzanienne chargée de conduire les débats
de la séance a proposé que le texte soumis aux participants soit adopté à ce
stade de la discussion, et elle s’est engagée à demander au secrétariat de la
réunion d’inclure les amendements proposés.
Le texte a ainsi été adopté par acclamation.
© Assemblée nationale