Histoire et Patrimoine


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Monarchie de Juillet

Février 1848

Révolution de février

Une fracture socio-économique et culturelle se crée entre les partisans d’un régime d’ordre, les revendications d’une petite et moyenne bourgeoisie en développement et celles d’une classe ouvrière naissante. Le mécontentement populaire est accentué par la crise économique et bancaire de 1847 déclenchée par une bulle spéculative sur les chemins de fer, s’ajoutant à l’augmentation du prix du blé due à la mauvaise récolte de 1846. La crise provoque un retrait massif de l'épargne populaire, la multiplication des faillites et la chute des cours de la Bourse. Pour s’adapter à la crise de subsistance d’une sous-production agricole et régler les aspects nouveaux d’une surproduction industrielle, les grands travaux sont arrêtés et beaucoup d’employeurs renvoient les ouvriers. En 1848, près des deux tiers d’entre eux sont au chômage.

 

Dans un discours à la Chambre, le 27 janvier 1848, Alexis de Tocqueville alerte les députés sur le climat délétère régnant dans le pays : « Est-ce que vous ne ressentez pas, par une sorte d'intuition instinctive […], mais […] certaine, que le sol tremble de nouveau en Europe ? Est-ce que vous ne sentez pas […] un vent de révolution qui est dans l'air ? […], les mœurs publiques se dégradent ». Il pressent que cet étiolement amène « dans un temps court, prochain peut-être, à des révolutions nouvelles. Est-ce donc que la vie des rois tient à des fils plus fermes et plus difficiles à briser que celle des autres hommes ? ».

 

La citoyenneté devient un enjeu politique pour la conquête du droit de vote non censitaire, un but social pour l'accès de la population urbaine et rurale à de meilleures conditions de vie, et aussi un impératif économique. Un climat insurrectionnel s’installe, entretenu par l'organisation dans toute la France d’une campagne de banquets créés pour contourner l’interdiction du droit de réunion. Ces banquets réunissent des républicains, des radicaux et des libéraux réformateurs suffisamment fortunés pour payer un droit d’entrée élevé, excluant de fait la population la plus pauvre. Malgré des dissensions politiques au sein de cette opposition, les principaux discours prononcés sont en faveur d’un élargissement du corps électoral.

 

L’interdiction d’un banquet parisien par le Gouvernement, prévu pour le 19 février 1848, révolte les organisateurs qui décident de passer outre et de le reporter au 22 février, précédé d’un cortège, de la Madeleine aux Champs-Élysées. Mais le soir du 21, les principaux chefs de l'opposition reculent et appellent à leur annulation. Malgré ce repli, des étudiants se mêlent à près de 3 000 ouvriers le 22 février au matin et se dirigent vers la Chambre des députés aux cris de « Vive la Réforme ! À bas Guizot ! » sous le contrôle des forces de l’ordre. L'occupation militaire de Paris, forte de 30 000 soldats, est décrétée vers 16 heures, appuyée par l’artillerie et la sécurité des forts qui encerclent la capitale, ainsi que par environ 40 000 gardes nationaux.

 

La Chambre des députés ayant rejeté la demande de mise en accusation du Président du Conseil Guizot à l’encontre duquel se concentre la majorité des protestations, l’insurrection s’amplifie le matin du 23 février. Les gardes nationaux de plusieurs bataillons, issus de la petite bourgeoisie mais dont la plupart sont également exclus du suffrage censitaire du fait de leur faible revenu, décident de protéger les ouvriers et se posent en arbitre entre l'armée et le peuple parisien. Le roi se résout à renvoyer son chef du Gouvernement dans l'après-midi, ce qui semble équivaloir à l’acceptation de la réforme populaire et tend à calmer la rue. Dans la soirée, une foule allègre déambule dans la capitale et atteint les bureaux de Guizot, boulevard des Capucines, qu’elle commence à huer. Alors qu’un manifestant muni d’une torche s'avance vers les soldats d’un régiment faisant obstacle à la foule, la troupe ouvre le feu et occasionne plusieurs dizaines de morts. Le monde ouvrier, la jeunesse étudiante et la petite bourgeoisie s’embrasent, dévalisent les armuriers et édifient près de 1 500 barricades.

 

Le comte Louis-Mathieu Molé, président du conseil d'administration de la Compagnie des chemins de fer de l’Est, nommé Président du Conseil l’après-midi même du 23 février en remplacement de François Guizot, renonce aussitôt devant ce soulèvement populaire. Le 24 février, le roi ne parvient pas à calmer la situation malgré une dernière tentative de confier le Gouvernement à Odilon Barrot, député favorable à la réforme électorale. Le jour même, la menace de l’invasion du palais des Tuileries provoque l’abdication du roi en faveur de son petit-fils, le comte de Paris alors âgé de neuf ans, et se résout à l’exil. Au début de l'après-midi, la duchesse d'Orléans se rend au palais Bourbon pour l’investissement de son fils et faire proclamer officiellement la régence dans l'espoir de sauver la dynastie. Si la majorité des députés semble favorable à une régence, les républicains s’y opposent. Les libéraux s’empressent d’organiser un nouveau gouvernement pour prendre de vitesse les partisans monarchistes. Pendant la séance, le palais Bourbon est envahi par la foule révolutionnaire qui, en accord avec les élus de l'extrême gauche, repousse toute solution monarchique.

 

Les parisiens se sont éparpillés. Des listes nominatives circulent pour former un gouvernement provisoire. Réunis à l’hôtel de ville de Paris, les députés républicains Alphonse de Lamartine, Alexandre Ledru-Rollin, François Arago, Jacques Dupont de l’Eure et Pierre-Marie de Saint-Georges dit « Marie » s’accordent sur la répartition des portefeuilles de ministres. Le Gouvernement provisoire, composé de républicains mais exempt de radicaux, est entériné le soir du 24 février, par acclamation de la foule ; il doit désormais veiller à combler le vide institutionnel. La Chambre des députés est dissoute.

 

Le 25 février vers midi, la République n'est toujours pas proclamée. François-Vincent Raspail, scientifique et homme politique fortement préoccupé par les questions sociales, mène une délégation populaire jusqu’à l'Hôtel de Ville de Paris pour exiger l'instauration immédiate d'une République, menaçant le gouvernement provisoire de la reprise de la révolte ouvrière si elle n’est pas annoncée dans les deux heures. Dès 15 heures, Lamartine proclame la IIe République mais s'oppose à l'adoption du drapeau rouge signifiant le rejet d’une république sociale mais l’adhésion à un régime libéral. Il obtient le maintien du drapeau tricolore comme emblème national.

 

Portrait (gravure) d'Alphonse de Lamartine portant le drapeau tricolore. ministre représentant du peuple en 1848 et 1849 © Assemblée nationale

 

Portrait (gravure) d'Alphonse de Lamartine (1790-1869) © Assemblée nationale

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